Voir les informations

Détails du document

Informations détaillées

Conditions générales d'utilisation :
Protégé par droit d'auteur

Consulter cette déclaration

Titre :
Le samedi
Éditeur :
  • Montréal :Société de publication du "Samedi",1889-1963
Contenu spécifique :
Supplément 2
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque semaine
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Successeur :
  • Nouveau samedi
Lien :

Calendrier

Sélectionnez une date pour naviguer d'un numéro à l'autre.

Fichiers (12)

Références

Le samedi, 1902-01, Collections de BAnQ.

RIS ou Zotero

Enregistrer
[" Ol.XIII, No 3i.LE SAMEDI 57 FEUILLETON DU \u201cSAMEDI\u201d, 25 JANVIER 1902fl) La Griffe d\u2019Or DEUXIÈME PARTIE Xia Prevenxie III.\u2014 (Suite) \u2014Dans une folie .une suggessiou.\u2014Qui m\u2019aurait suggessionnée ?\u2014Un ami quelconque.Elle n\u2019eût mémo point d\u2019indignat'ou, simplement son geste de mépris.\u2014Vous avez rnis cette hypothèse en avant lors de mon dernier interrogatoire.Je n\u2019ai pas à me défendre contre une telle calomnie.\u2014Vous alliez chercher vos lettres poste restante t \u2014J\u2019ai raconté ce qu\u2019étaient ces lettres.\u2014ltacontez-le encore Le ton devenant plus péremptoire.C'était le magistrat qui parlait, le juge qui a le droit de poser vingt-cinq fois la môme question, parce qu\u2019au cours de ces vingt-cinq fois, il guettera une variation, un mensonge, voire un simple oubli, une défaillance de mémoire, qu\u2019il retournera contre celui qu\u2019il appelle encore : un prévenu.Il fa\u2019lait recommencer.Eve répliqua : \u2014Voilà.\u201c Je reçus une après-midi, vers la tin, \u2014 il allait être l\u2019heure de se mettre à table, \u2014 un télégramme, un petit bleu conçu à peu près en ces termes : \u201c Votre mari vous délaisse et ruine.Impossible de vous fournir, 11 avec aussi peu de place, tous les détails ; venez chercher poste \" restante Madeleine, demain dans la matinée, une lettre à vos ini-11 dales, E V., et vous saurez tout, n Madame Va'iurier s'arrêta.Et le juge de sa voix brève : \u2014Je vous prie de poursuivre.Elle pressa son front dans sa main.\u2014Je préfère que vous me posiez des questions.\u2014 Pour quel motif ?La main de la jeune femme retomba dans un pli de sa robe.Puis avec calme : \u2014Ma franchise, sera sans nul doute taxée d\u2019impudence, néanmoins je serai franche, jo vous l\u2019ai juié .11 Je sens le réseau dans lequel vous voulez m\u2019enserrer.J\u2019ai l\u2019instinct du danger, que peut me faire courir une déviation de mémoire, bien naturelle pourtant, on une situation pareille à la mienne.quand la lièvre me bat aux tempes, jusqu\u2019à me faire croire, par instant, que je deviens folle.quand je sens en mon cœur, en môme temps qu\u2019un dégoût profond, une telle désespérance que je me demande, si je no vais pas dédaigner une défense qui me dégrade à mes propres yeux.\" J\u2019ai deux enfants, et pour elles, pour leur nom, pour leur honneur, j\u2019aurai le courage, si l\u2019aveuglement d\u2019une justice impitoyable m\u2019y pousse, à la barre de la cour d\u2019assises comme je l\u2019ai devant vous, de la crier mon innocence.\u201c Mais je ne veux pas.et je ne donnerai pas à ce bourreau qui s\u2019appelle un juge, ou à ces bourreaux qui s\u2019appellent des jurés, un seul avantage contre moi.\u2014Madame, modérez.\u2014Je ne m\u2019adresse pas plus à l\u2019homme, aujourd\u2019hui, que je ne m\u2019adresserai plus tard aux hommes qui se croiront le droit de me condamner ou de m\u2019absoudre.\"J'ai la loyau é de mettre à jour ma pensée, c\u2019est peut-être un tort.et pourtant.et pourtant ne m\u2019avez-vous pas dit que la vérité seule me sauverait ?\u2014Je le répète.\u2014Alors, je la dirai tout entière.Elle ne se trouvera pas, la justice, devant un être sans force, brisé avant de combattre, Elle se trouvera devant une femme à qui son amour de mère.si ce n\u2019est plus son amour d\u2019épouse donnera l\u2019héroïsme de lutter, si odieuse, si épouvantable.si torturante que soit la lutte.\u2014St la justice, croyez-le, préférera cela.\u2014A moins qu\u2019elle n\u2019y voie du cynisme.(1) Commencé dans lo numéro du 21 décombre 1901.Le juge plongea dans ses yeux de feu, droits sur les siens, la pointe aiguë du son regard.\u2014A moins qu\u2019ello ne pense.que vous êtes très forte.trop forte, madame \u2014Voyez, je ne ino trompe pas.\u2014\tDépasser la mesure, c\u2019est perdre la meilleure cause.\" Dans lo silence de ce cabinet, moi et mon grc Hier sommes seuls à vous entendre.Si vos paroles sont notées, votre attitudo no peut ietre.Devant les jurés co sera autre chose.\" Ne soyez point agressive, croyez-moi.clans votre intérêt toujours.\u2014\tJe suis innoconte ! \u2014\tJe le souhaite.\u2014\tEt c\u2019est être agressive, que de prétendre conserver ses avantages, dans cette lutte, inégale et odieuse.C\u2019est être agressive, quo de me révolter contre une tactique, qui, au lieu de me mettre en mains les éléments susceptibles de me tirer du gouffre, s\u2019applique à m\u2019y enfoncer.\" Je no le crois pas.\" Eu tout cas, je parlerai à la cour d\u2019assises, \u2014 si lo crime s\u2019accomplit de m\u2019y envoyer, comme je parle ici.\" Là auhsi je dirai : \" Interrogez je répondrai.Le magistrat eut au visage une poussée de sang, remplacée instantanément par uno pâleur.Et le vieux greffier dont la plume s\u2019arrêta, lui lança un regard.D\u2019accusée comme celle-là, certes, ou n\u2019en avait pas vu souvent.Etait-ce du dépit que ressentait le \" patron n ?Une conviction qu\u2019il se trompait, qu\u2019il faisait fausse route, qu\u2019il y avait à chercher ailleurs lo coupable, entrait-elle dans son esprit ?La figure de son \" juge n redevint, même pour lui, impénétrable.Et, plutôt ému, peut-être se fit-il philosophiquement cette réllo-xiou, le vieux greffier : \u2014\tElle est jolie, on l\u2019acquittera.Innocente ou coupable, elle se tirera d\u2019affaire.La prévenue attendait.Le juge se recueillait.Et co dernier demanda : -\u2014- Quelle fut votre impression, au sujet de ce télégramme ?\u2014\tD'abord j\u2019éprouvai la commotion violente, qu\u2019eût éprouvée toute femme à ma place.un battement de cœur terrible, la sensation que j\u2019allais perdre connaissance.\" Puis la réaction,.un énervement extrême, une colère égalant ma douleur.\" Enfin, je pensai que ce billet était infâme, je le déchirai.\u2014\tMalheureusement.il eût mieux valu que vous le gardiez.\u2014\tJe le comprends aujourd\u2019hui.\u2014\tAinsi, vous avez également déchiré les lettres (pic vous retiriez posts restante ?\u2014\tOui également.-\u2014 Sans en conserver une ?\u2014\tSans en conserver une ! \u2014\tC\u2019est étrange.\u2014\tPas le moindre du monde.Cela s\u2019explique tout naturellement parla crainte, dans l\u2019état de santé où se trouvait mon mari, si jo lui en parlais, ou ci l\u2019une d\u2019elles lui tombait sous la main, d\u2019aggraver son état.\" Bien portant, je serais allée à lui, je lui aurais mis sous les yeux la correspondance, c\u2019est-à-dire les quatre ou cinq lettres que j\u2019eus la faiblesse d\u2019aller retirer.\u2014\tVous eussiez dû \u2014 et cela était plus humain \u2014 les garder, les cacher.afin de vous expliquer plus tard .Car vous aviez un doute, puisque vous retourniez à la poste.\u2014 Si j\u2019affirmais que je ne l\u2019avais pas, ce doute, je mentirais.et l\u2019on prêt mirait pour le coup, avec raison, (pie cela n\u2019eût pas été humain.\" Malgré ma confiance, malgré mon amour, et lorsque jo croyais l\u2019avoir rejeté pour toujours, il revenait me torturer.n La dern:èra lettre que j\u2019ai dégagée m\u2019affirmait que la proclmino me livrerait un nom n J\u2019attendais celle-là pour dire à Jacques : Une machination doit se tramer contre notre bonheur.n Quels sont nos ennemis ?n Les connais-tu ?\u2014Vous eussiez fait cela ?\u2014Jo le pense ; j\u2019en avais la ferme intention, et je ne crois pas que la jalousie m\u2019eût poussée à faire autre chose !, Depuis que, arrêtée comme empoisonneuse, le problème se tourne et Re retourne dans mon cerveau, de ce qui a pu amener cette accusation, la conviction s\u2019implante à chaque minute du jour et de la nuit, plus profonde en moi, que toute une conspiration s\u2019est formée autour do nous, que nous avons des ennemis (pii ont juré la destruction de notre ménage, peut-être notre perte à tous deux.ete., oto., B AUM3T RHUM AL 58 LE SAMEDI \u2014Vous prétendiez que vous ne vous connaissiez pas d\u2019ennemis, ni à vous, ni à M.Vallurier \u2014En effet, ni à moi, ni à mon mari, je n\u2019en connais.\u2014Cependant, vous inclinez à croire.\u2014Je n\u2019incline pas, je suis sûre.\u2014Sans soupçonner qui ?\u2014Sans soupçonner qui \u2014Vous savez que, poste restante, il n\u2019est rien arrivé pour vous ?\u2014Je pense qu\u2019il n'y a pas là de quoi étonner la justice.Mon arrestation doit être connue, mon nom livré au public.La voix d'Eve Vallurier se brisa de nouveau.Elle releva son front alourdi.\u2014Le misérable qui m\u2019adressait ces lettres n\u2019a plus éprouvé le besoin d\u2019en écrire.Il y eut encore un silence.Le juge d\u2019instruction, les coudes sur son bureau, le visage dans ses mains, semblait plongé dans la récapitulation de son interrogatoire.Madame Vallurier avait laissé retomber sa tête sur sa poitrine.Le vieux greffier repassait, mot à mot, ses notes.Le premier sor it de sa position méditative.\u2014Arrivons aux faits.11 \\ otre mari absorbe do l\u2019arsenic, mêlé d\u2019abord à l\u2019eau de la carafe qu\u2019il vide presque entièrement le soir.Car c\u2019est de toute évidence à l\u2019eau de cette carafe que l\u2019arsenic fut mêlé.\u2014Certainement, puisque chaque crise revenait après qu\u2019il l\u2019avait bue, et que nul dans la maison n\u2019était malade de l\u2019absorption des aliments aux repas, et dont il prenait sa part.\u2014Qui emplissait cette carafe ?\u2014Son domestique habituellement \u2014Ne la lui avez-vous pas emplie vous-même, lorsqu\u2019il supposa que, par négligence, ce dernier, au lieu de lui donnev de l\u2019eau filtrée, la mettait simplement sous le robinet de la cuisine ?-\u2014l\u2019arfnitement.nous crûmes d\u2019abord que cela lui causait des douleurs d\u2019entrailles.\u2014Et les douleurs continuèrent ?\u2014Elles continuèrent.\u2014Comment expliquez-vous cela ?\u2014Je ne l\u2019explique pas, j\u2019en voudrais l\u2019explication.\u2014Aucun domestique n\u2019entrait dans la chambre, une fois la robe de lit faite ?\u2014Généralement, mais il pouvait y entrer.\u2014Vous ne vous y teniez pas ?\u2014Non.Je me couchais quelquefois avant Jacques, le plus souvent j\u2019allais au salon faire un peu de musique, mes fillettes endormies, ou je venais lui tenir compagnie dans son cabinet, lisant pendant qu\u2019il travaillait, avec des intermèdes de conversation.m C\u2019étaient de bonnes.oh ! oui, de bonnes soirées ! \u2014 Vous avez été la première à déclarer qu\u2019aucun de vos domestiques ne pouvait être soupçonné.\u2014Et je le déclare encore.\u2014Ils ont été interrogés, et ils n\u2019est pas en effet permis de garder un doute à cet égard.\u2014C est seulement vis-à-vis de moi, que le doute est permis.\u2014^0Uvcnez v0U8\u2019 mafUme, que du jour où M.Vallurier décacheta lui-même son lait stérilisé, les troubles cessèrent.ii Souvenez-vous que du jour où vous le lui avez stérilisé, vous, ils reparurent, et cela si intenses, que les médecins ont pu le croire perdu.Elle porta la main à ses tempes qu\u2019elle -ferra avec force.\u2014Cest inouï.Je ne peux que vous répéter que je n\u2019y comprends rien.\u2014C\u2019est cependant ce point-là qu'il nous faut élucider.\u2014Avais- je donc plus d'intérêt que mes domestiques à la mort de mon mari ?\u2014Qui sait ?.Un Ilot rouge empourpra la belle figux-e d\u2019Eve Vallurier.\u2014Oh! ou:.les lettres poste restante.que j\u2019ai déchirées toutes.Mon mari que j\u2019adorais, le père de mes enfants dont je voulais la mort ! Elle se lova de sa chaise où elle demeurait assise depuis le commencement do cet interrogatoire, étendit les bras en crispant ses mains l\u2019une dans l\u2019autre.\u2014Dans quoi abîme veut-on me faire rouler.La justice de qui je me réclame.la justice à qui je demande réparation, doit-elle s\u2019allier à ceux qui veulent me perdre ?m En qui, en quoi aurai-je désormais confiance si ce n\u2019est en elle!.Le magistrat chassait de nouveau toute impression personnelle.U répondit froid, solennel : \u2014Madame, c\u2019est toujours à la justice qu\u2019il faut vous en remettre.h Elle seule peut arriver, si comme vous le prétendez, il y a un mystère à démêler.h Alors que vous la croyez contre vous, elle vous protège.h Si vous n'êtes pas coupable, elle fera la réparation si éclatante qu\u2019elle sera l\u2019oubli tout entier.h Ayez confiance.h Vos ennemis,\u2014j\u2019admets une conspiration, j\u2019admets quelque odieuse vengeance \u2014 vos ennemis dans l\u2019impudence d\u2019une impunité qu\u2019ils croiront durer toujours, se découvriront, se dévoileront peut-être d\u2019eux-même.se perdront ! h Que je vous rende à la liberté, ils se tiendront sur leur garde, le jour des assises viendra, vous y comparaîtrez, rien de nouveau n\u2019aura surgi, vous serez perdue sans remède.h En vous gardant à ma disposition, je leur donne cette sécurité dont je viens de parler.h L\u2019enquête ne s\u2019arrête point.elle fouille, elle creuse, elle recueille toutes les indications.h La victime elle-même, en état de répondre, de chercher, nous aide.h Et nous atteignons à un résultat.h II faut, encore une fois, dans votre intérêt même, que vous ne rentriez chez vous que la tête si haute, que personne n\u2019ait plus le droit de vous suspecter.\u2014La tête haute, fit-elle, les bras le long du corps, son front livide encore levé, j\u2019ai le droit de la porter.je ne l\u2019aurai jamais.plus haute ! \u2014A vos yeux, pas à ceux du monde.Et c\u2019est le monde qu\u2019il vous faut viser.ne serait-ce que pour vos petites filles.\u2014Mes chéries, oui.oui.Sans elles, sans leur pensée, je me serais, dès le premier soir où vous m\u2019avez fait coucher en prison, brisée la tête contre la muraille.\u2014Mais maintenant vous êtes courageuse.Forte de cette innocence que vous proclamez, à laquelle, je le répète, la justice ne demande qu\u2019à croire, vous prendrez patience.la vérité se découvre toujours.Elle hocha la tête, fit un mouvement d\u2019impatience, de découragement : \u2014Quelquefois trop tard.Puis elle eut un geste violent et désespéré, pressant avec force, sous la poussée de ses mains, ses tempes qui se soulevaient.Et on l\u2019entendit murmurer : \u2014Quel mystère y a-t-il ?.quel mystère ?.Le magistrat la regardait toujours.\u2014Voyons, reprit-il, cherchez bien.Ne trouvez-vous pas quelque indice.autour de vous.chez vous.Elle eut le même mouvement de tête : \u2014Non, non.rien ! \u2014Vous-même, réellement, ne soupçonnez-vous aucun de vos domestiques ?\u2014Aucun.\u2014Personne en dehors d\u2019eux n\u2019avait, dans votre maison, une liberté réelle ou relative ?\u2014Non.à l\u2019exception, je l\u2019ai déjà dit, de la fille des concierges, à qui je donnais des répétitions de chant.une enfant charmante, bonne, qui doit être terrifiée de ce qui m\u2019arrive.\u2014Nous la citerons ces jours-ci.\u2014Celle-là, moins que tout autre, doit être soupçonnée.D\u2019abord parce que ce serait une aberration, ensuite parce que quelque liberté qu\u2019elle pût prendre chez moi, cette liberté n\u2019est pas allée jusqu\u2019à franchir le seuil de nos chambres.jamais seule, en tous cas.Puis, je le répète, une pensée douteuse à son égard, serait une aberration .Il vaudrait autant mettre à l\u2019index tous les gens que nous recevions, voire les clients de mon mari.\u2014Il est évident que votre personnel seul pourrait être directement soupçonné.\u2014Les domestiques ont été interrogés tous ?\u2014Oui.la cuisinière, le valet de chambre, la femme de chambre.même le cocher.\u2014Et miss Nella ?\u2014Qui est miss Nella ?\u2014La gouvernante de mes enfants.\u2014Elle n\u2019a pas été citée.Mme Vallurier leva la main.\u2014Cela importe peu.Cette fille, pas plus que les autres, ne doit être impliquée dans cette abominable affaire.\u2014\tEst-elle depuis longtemps chez vous ?\u2014\tSeulement depuis trois mois.Ses certificats étaient excellents, j\u2019en suis fort satisfaite.Le mobile qui l\u2019eût fait agir serait à inventer.Elle ne pourra que vous dire aussi combien notre intérieur était tranquille et heureux.\u2014\tAujourd\u2019hui même, la citation sera envoyée.\u2014\tOn m\u2019a appris que mes fillettes étaient chez le docteur Saus-saye, elle les y a certainement suivies.\u2014\tOn l\u2019adressera chez le docteur Saussaye.Un silence se fit encore.Et la voix du juge prononça, solennelle en même temps que menaçante : LE SAMEDI \u2014\tVous n\u2019avez rien à ajouter?.Une dernière fois, dites la vérité, la vérité entière ! \u2014\tJe n\u2019ai rien à ajouter.Je l\u2019ai dite.\u2014\tVous êtes prête à signer votre interrogatoire ?\u2014\tJe suis prête.La prévenue n\u2019avait plus qu\u2019à apposer son nom au bas des feuillets, griffonnés par le greffier.Elle sortit entre les deux gardes qui l\u2019avait amenée, reconduite dans la cellule qu\u2019elle occupait depuis son arrestation.Le grincement des verrous, \u2014 la sensation la plus douloureuse qu\u2019éprouve le prisonnier, \u2014 arrivé à ses oreilles, elle s\u2019assit sur le siège grossier, auprès du lit étroit, où elle avait à peine en ces trois jours et ces trois nuits, sommeillé quelques heures, et le menton dans la poitrine, demeura immobile.Même là dans l\u2019obscurité de la sinistre pièce, elle n\u2019avait point le droit des larmes ni des plaintes.Un judas pratiqué dans la porte même, donnait au gardien, dont le pas sonore résonnait sur les dalles du long corridor, constant, celui d'investigation.Elle avait pu, au premières heures de détention, se laisser aller à des désespoirs qui ébranlaient de leur manifestation, les murs noirs.Elle avait repris cette dignité, empêchant de se donner en spectacle à ceux-là mêmes \u2014 à ceux-là surtout \u2014 dont le métier est d\u2019assister au spectacle de tous les désarrois humains.Il faisait nuit, lorsqu\u2019on vint la chercher pour lui faire descendre les escaliers gravis à son arrivée.La griffe qui emprisonnait le cœur de la jeune femme, se resserrait.Ce n\u2019était pas le non-lieu, ce n\u2019était pas même la liberté conditionnelle.Elle se trouva dans une cour assez mal éclairée par quelques becs de gaz, où de longues voitures aux ouvertures grillées stationnaient, vers lesquelles se dirigeait une bande de créatures, la plupart en cheveux, les unes déguenillées, les autres mises décemment, muettes et sombres, ou gouailleuses, cyniques et effrayantes.Les voitures étaient, en style de prison, des paniers à salade.Elles allaient conduire après quelque rafle, les filles à Saint-Lazare.Ce fut dans un de ces véhicules, avec elles, au milieu de rires ou d\u2019imprécations, enveloppée des relents de vices et de misère, étouffant entre les cloisons qui, une fois assises les séparaient, que la femme du docteur Vallurier, jeune, belle, adulée, enviée même dans une société dont elle était un des joyaux, une fois encore à bout de forces, emmenée vers cette prison où elle allait se trouver en contact, avec toutes les laideurs, toutes les hideurs, toutes les plaies jusqu\u2019alors ignorées, s\u2019avançait, balbutiant toujours les noms chers.L\u2019architecte, ce matin-là, n\u2019attendait de la clientèle que ce que l\u2019imprévu était susceptible de lui envoyer.L\u2019imprévu se manifesta en la personne de sa 11 petite veuve 11 d\u2019Asnières.Il était allé la veille à la villa pour y arrêter enfin les transformations, et il ne l\u2019attendait point.Mais une jolie femme demeure en général la bienvenue.Avant qu\u2019il l\u2019y eut invitée, la vicomtesse avait pris place dans le large fauteuil disposé pour le visiteur, à l\u2019angle du bureau.\u2014Mon cher monsieur Cameron, savez-vous pourquoi je viens ?Roger s\u2019assit et, gracieusement : \u2014Je ne me le demande même pas, madame, très heureux en tout cas, que vous ayez pris la peine monter mes deux étages.Elle fit la moue.\u2014Vos deux étages, qui en valent trois.il est vrai que l\u2019escalier est très doux.C\u2019est égal, je me suis déjà demandé comment un garçon chic.moderne, comme vous, peut habiter une vieille maison comme celle-ci.\u2014Parce que le quartier est central, ce qui pour mes affaires est de toute nécessité.\u2014Vous croyez qu\u2019en vous logeant un peu plus loin du centre, dans une de ces confortables maisons à ascenseur, dont vous dirigez la construction, vos clients ne viendraient pas vous trouver ?\u2014Plus tard, dans deux ou trois ans, mais le noyau en ce moment se trouve par ici.Puis, mes parents habitent Saint-Mandé .Je n\u2019ai qu\u2019à monter en tramway, à ma porte, pour me rendro chez eux.\u2014Vous allez souvent les voir ?\u2014Pour le moins, une fois par semaine.\u2014Arous êtes un bon fils ! \u2014Ils m\u2019adorent et je n\u2019ai qu\u2019eux.\u2014Jusqu\u2019à votre mariage ils vous verront ainsi ; après.\u2014Mon mariage ne m'empêchera nullement de visiter les miens.\u2014Si votre femme les aime.\u2014Ne les aimerait-elle pas,que je resterais pour eux, ce que je suis.\u2014Taratata, la femme, dans ce qu\u2019il est convenu d\u2019appeler un bon ménage, entraîne fatalement le mari de son côté.Elle a une manière à elle de lui faire subir belle-maman, comme elle a une 59 manière à elle d\u2019écarter les siens à lui.Le mari n\u2019y voit quo du feu, préférant d\u2019ailleurs, dans son égoïsme de mari, ce qu\u2019il appelle la paix, à l'accomplissement complet de ses devoirs do fils.\u2014On croirait que vous avez fait ainsi, lorsque vous aviez le vôtre?La vicomtesse de Tillière ne se démonta pas.\u2014Je me suis confiée à vous.Je n\u2019ai pas eu cette peine de mêler plus ou moinN nos deux familles à notre vie.Autrement, j\u2019aurais fait comme les autres, il y a peu d\u2019exceptions.J\u2019ai constaté cela autour de moi.Quant au vicomte, si je l\u2019avais voulu, même à son lit de mort, U n\u2019eût pas revu son père.\u2014Vous ne l\u2019avez pas voulu ?Mireille Jourdain faillit lancer, avec un geste peu aristocratique, un : \" Je te crois !11 énergique La vicomtesse de Tillière arrêta sur ses lèvres l\u2019apostrophe.Elle répondit, grave : \u2014Vous voyez, c\u2019est moi qui sers aujourd\u2019hui au comte de garde-malade.\u2014Quel dévouement ! Le ton comme l\u2019expression de la physionomie de l\u2019architecte, décelait quelque peu d\u2019ironie.La jeune femme continua, plus sérieuse peut-être : \u2014Le devoir ne s\u2019appelle pas du dévouement.Roger la regarda en face, et tout à coup pouffa de rire.Puis, penché sur elle : \u2014Voyons, ne posez pas avec moi.Vous m\u2019eu avez déjà trop raconté.et je vous comprends.Vous ne restez avec votre beau-père quo par intérêt.Elle fronça légèrement les sourcils.\u2014Eh ! eh ! je vous trouve brutal ! \u2014Non, franc .Pourquoi vouloir me faire croire.ce qui n\u2019est pas.Comment pourriez-vous, voyons, demeurer par dévouement, auprès de ce vieux, tout ce qu\u2019il y a au monde de plus désagréablo ?Il vous tient par l\u2019argent, c\u2019est tant pis.Tâchez donc de conquérir votre liberté ! \u2014Je suis en train, répondit-elle penchée aussi de son côté, comme eu confidence ; je suis résoluo à me remarier.\u2014Vraiment ! \u2014Et lui m\u2019y pousse.\u2014C\u2019est donc que vous avez assez l\u2019un do l\u2019autre ?\u2014Probablement, lui comme moi.Enfin, je me marie -\u2014Avec qui ?\u2014Oh ! un instant.il n\u2019y a rien de décidé.C\u2019est à celui qui décrochera la timbale.\u2014Vous avez plusieurs prétendants ?\u2014 Plusieurs, certes.quoique aucun ne se soit encore hasardé à me bombarder d\u2019une déclaration.\u2014Ce sont alors des amoureux transis ?La vicomtesse redevint grave.\u2014Ce sont des hommes honnêtes.pas encore rrrivés à une situation suffisante, pour prétendre à la main d\u2019une femme leur apportant cinq cent mille francs.Mme de Tillière regardait bien en lace Roger Cameron.Celui-ci ne broncha pas.\u2014Je comprends, prononça-t-il d'un ton tranquille, ils n\u2019osent.\u2022\u2014C\u2019est un tort.\u2014Cependant.Parce qu\u2019à ne pas oser, il peuvent se voir couper l'herbe sous le pied.\u2014C\u2019est à vous à provoquer la demande.\u2014Mon Dieu ! je les mets sur la voie, autant que je puis.Je no peux pas me jeter à leur tête en criant : Epousez-moi ! \u2014Surtout s\u2019ils sont plusieurs .Combien ?\u2014Trois.Roger pensa : \u2014Comme dans la comédie d\u2019Ernestine Truchon.Chiffro fatidique.Un sourire malgré lui, avait retroussé sous sa fine moustache soyeuse, le coin de sa lèvre.\u2014A quoi pensez-vous ?interrogea-t-ello d\u2019un ton un peu vexé.\u2014A rien.à rien de particulier.\u2014Vous vous moquez ?\u2014Madame, je vous en prie.Je pense aux trois prétendants, dont deux forcément seront éconduits, et si je me moque.c\u2019est do ces deux-là.\u2014Malhonnête ! il no manquerait plus que ce soit de moi ! Elle ajouta, riant : -\u2014Tant pis, en effet, pour eux.\u2014\\'ous vous en moquez aussi ?\u2014Dame ! écoutez donc, je ne puis les épouser tous les trois.Ce serait beaucoup.Le jeune architecte se mit à friser sa moustache.Alors, le premier qui se déclarera.\u2014Je ne dis pas le premier.Je choisis parmi les (rois.s\u2019ils se déclarent, toutefois. 60 LE SAMEDI \u2014Et s\u2019ils continuent 5, no pas oser ?Elle haussa les épaules.\u2014Que les hommes sont bêtes !.\u2014Ou trop délicats.Est-ce que la situation ne vaut pas l\u2019argent ?.\u2014 Vous êtes bien certaine que c\u2019est là.la seule considération qui les arrête ?Mireille Jourdain, vicomtesse de Tillière.avait cette perspicacité qul; .y\u2019?,1.™ chez les femmes comme elle, éveille brusquement la susceptibilité.Elle prit ses grands airs \u2022 \u2014Par quelle considération, monsieur, voudriez-vous qu\u2019ils fussent arretés ?¦\u2014Faut-il être franc ?\u2014Certainement, il faut être franc Le jeune homme n\u2019eût qu\u2019une demi-seconde de réflexion.Leur avez-vous fait la confidence que vous m\u2019avez faite à moi ?\u2014Je ne cache rien à personne.\u2022' Qu\u2019y a-t-il derrière moi qu\u2019un homme de cœur ne comprenne ?Koger Cameron s\u2019inclina : \u2014Rien, madame, en effet.\u2014Que signifient, en ce cas, vos paroles ?at,tachez aucun Henf> malveillant.Ce qu'il y a pour moi d évident, c est que, se sachant trois, ni l\u2019un ni l\u2019autre ne veut de TOlièreier ! aCheVa\u2019 revenanfc k m hardiesse do langage, madame ~ \u2014Cu s\u2019avancer, rectifia son interlocuteur.\u2022.\u2014Es ont tort, voilà tout, ils ont tort ! \u2014Leurs chances sont donc égales ?, ~l e|lt\"ôtre en est-il, dont la priorité sur mon cœur est incontestable, et qui remporterait la palme.Mais à défaut de celui-là, vous épouseriez l\u2019un des autres ?\u2014A moins que ce ne soit un quatrième ! ^aiment, vous voilà décidée à convoler en secondes noc^s.¦Absolument, et cela le plus tôt possible.Non seulement l\u2019existence avec mon beau-père n\u2019est plus possible, mais si je veux connaître de nouveau le bonheur en ménage \u2014 car j\u2019espère bien que mon Haïr me guidera et que je serai heureuse \u2014 il est temps.\u2014Il n y en a pas de perdu.\u2014Je n\u2019ai plus vingt ans \u2014Vous avez mieux.C est pour cela que les partis ne me manquent pas ?\u2014Seulement, ils ne se déclarent point ?-\u2014Je le répète, ils ont tort.Et l\u2019architecte frisant encore sa moustache.\u2014Enfin, ils savent, ces prétendants, qu\u2019il faut se dépêcher.\u2014Oui, ils le savent.\u2014Vous le leur avez dit ?\u2014Comme je vous le dis.Quelle profession ont-ils, ces messieurs ?Quelle profession ?.Mon Dieu ! je puis bien vous mettre au courant : un médecin, un avocat et un architecte ! \u2014Tiens ! tiens ! Madame de Tillière se leva, lui tendit la main, montrant dans un sourire de bonne fille ses dents bien rangées.\u2014Allons au revoir.à bientôt.A propos, ce n\u2019était pas pour vous dire cela que j\u2019étais venue.Ce que c\u2019est que les circonstances.\u2014Eh ! oui.Parlons affaires ! ,T~^0^8 allez Hanfl doute être contrarié.Mais les nouvelles réparations à ma villa d\u2019Asnières, ne me semblent plus nécessaires.\u20141ourquoi donc ?\u2014Parce que mon mari préférera peut-être la vendre que de la garder.\t1 \u2014C\u2019est une raison.\u2014Cela ne vous ennuie pas ?fas du tout, le travail était de très peu d\u2019importance.puis chacun est libre do revenir sur une décision.Je vous demanderai du reste, en temps voulu, si je ne change pas encore d avis.\t6 \u2014Nul n\u2019est variable comme une jolie femme.f lattour !.Je vous demanderai de vous charger de cette vente.\u2014.toujours à vos ordres, madame, et quand vous le désirerez.Il redevenait l\u2019architecte.Elle n\u2019était plus que la cliente.Roger Cameron la reconduisit jusqu\u2019à la porte du palier.Elle eut, avant de la franchir, une hésitation assez marquée.Il faillit la retenir.Madame de Tillière passa le seuil.Roger Cameron ne la retint pas.Elle s\u2019en allait vexée.11 rentra, agacé, mécontent, se disant qu\u2019il perdait une belle occasion do déclarer une flamme qui lui paraissait suffisante, pour atteindre le but auquel il prétendait parvenir.Ce but, il le touchait, s il le voulait, pour ainsi dire, du jour au.lendemain.Son mariage avec la jolie veuve, c\u2019était la faculté des grandes entreprises, la grosse fortune rêvée.Il n avait qu un mot à prononcer.II en était sûr.On ne pouvait pas venir dire plus carrément à quelqu\u2019un : \u2014Epousez-moi Il ferait tout ce qu\u2019il voudrait, il serait le maître avec cette femme-là.Lue îéfloxion 1 arrêtait, au moment où d\u2019un mot qui lui montait aux levres, il allait la retenir.Ses parents accepteraients-ils ce mariage ?Jamais.IV Cet après-midi donc, après sa visite avec sa bru, au docteur Jac-ques ravi ni a, le comte de Tillière, qui ne voulait point de la jeune femme pour continuer ses courses, remontait seul en voiture aidé par son valet de chambre.Il se rendait d\u2019abord boulevard Malesherbes.Il voulait revoir les concierges, non pour 1 appartement qu\u2019il avait arrêté, mais pour les questionner.\tr Ce nom de Bonenfant, qui était le leur, ce prénom de Mireille que portait leur fille, l\u2019intriguaient au plus haut degré.Le hasard, ce grand maître, allait-il le mettre, lui, sèr la trace de cette entant, que Mireille Jourdain prétendait être l\u2019enfant de son fils ?Son intention n était pas d\u2019éclaircir immédiatement le mystère.Avec le soupçon qui demeurait en lui, de quelque imposture il voulait se livrer avant que sa belle-fille pût intervenir, à des constatations, à une étude personnelle.Pour cela, il ne fallait pas que celle-ci fût sur la piste, du moins quant à présent.Il serait peut-être assez difficile de l\u2019empêcher d\u2019entendre ces deux noms.Le comte l\u2019espérait cependant.Il avait son plan.Le hasard de nouveau le favorisa La concierge était seule' Le valet de pied amenant son maître jusqu\u2019à la loge, l\u2019y laissa sur un des fauteuils qui la garnissaient.Monsieur voudrait peut-être voir le propriétaire?demanda Mme Bonenfant.; c est malheureux, il vient de partir.\u2014 Pas du tout, nous devons signer le bail après-demain, ie n\u2019ai pas besoin de lui jusque-là.Je venais, ma brave dame, afin de causer tranquillement avec vous.-Avec moi ?.Pour 1 appartement.Monsieur voudrait-il y monter aujourd hui ?\tJ \u2014Non, pas encore.\u2014C est si facile avec l\u2019ascenseur.\u2014N\u2019ayez pas peur, j\u2019en userai.\u2014Je l\u2019espère bien, et longtemps.Monsieur a une do ces maladies avec lesquelles on vit très vieux.\u2014Je peux vivre dix ans, comme je peux mourir demain.tout a.J fieure.tout de suite, ici.dans votre loge.La concierge, leva les bras, l\u2019air effaré.Le futur locataire sourit.\u2014Rassurez vous, j\u2019espère que le grand moment n\u2019est pas encore arrivé pour moi.Causons donc, si vous avez un peu de temps à me donner.\t1 bout le temps que vous voudrez, monsieur.Je suis à votre disposition.\u2014Pour cela, asseyez-vous, reprenez votre chaise.Elle obéit.M.de Tillière la regarda bien en face.\u2014Maclume Bonenfant, la jeune fille que j\u2019ai vue ici, n\u2019est pas votre fille ?\t1 La jeune fille.ma.ma fille n\u2019est pas.Monsieur i \u2014î\\o mentez point ! .Je-je.ne mens point.Pourquoi mentirais-je ?.Je ne sais pas ce que vous voulez dire.\u2014Je puis vous aider à vous souvenir.Cette enfant que vous appelez Mireille, cest du reste, son seul nom, et c\u2019est le prénom de sa mere, vous fut confiée comme nourrisson.Vous occupiez alors votre mari et vous, la place de concierges chez des châtelains de la Beauce.Dans sa coiffure noire, ornée d\u2019un nœud de ruban jaune la figure de madame Bonenfant, congestionnée un instant par la surprise devint très blanche.Les lèvres tremblèrent.Elle ne trouva pas une parole.\tL \u2014ISe mentez pas, répéta son interlocuteur.Elle essaya encore de protester.\\ LE SAMEDI 01 \u2014Qu\u2019est-ce que c\u2019est que cette histoire ?\u2014La simple vérité, madame Bonenfant.Vous avez demandé un bébé en nourrice à une sage-femme de votre connaissance.Elle vous envoya celui d\u2019une jeune mère, que vous avez cru certainement abandonné, que vous avez gardé, élevé comme votre enfant, ce qui est très beau.et qui ignore peut-être que vous n\u2019êtes pas sa mère.Ces paroles, prononcées d\u2019une voix grave et profonde, opérèrent sur la pauvre femme l\u2019effet que le comte attendait.Son gosier serré laissa échapper une sorte de sanglot, deux grosses larmes jaillirent de ses yeux.\u2014C'est très beau, répéta M.de Tillière, cela prouve une honnêteté qui n\u2019a d\u2019égale que votre grande bonté de cœur.Je vous admire.Elle fit un geste vague.\u2014Il n\u2019y a pas de quoi.Nous n\u2019avons jamais eu d\u2019enfants, c\u2019était un désespoir.Mon mari m\u2019a dit, voyant que je m\u2019ennuyais à la campagne : Prends un nourrisson.J\u2019ai répondu : Je veux que ce soit une fille.Alors, quand Mme Testin, la sage-femme qui était une compagne d\u2019école à moi, en a eu une, elle m\u2019a écrit.Je suis accourue la prendre, la mère n\u2019est pas venue la voir une fois.\u2014Pas venue la voir une fois ?répéta le comte.Intérieurement, il se disait, en songeant à sa belle-fille : \u2014Elle m\u2019a menti.\u2014Pas une.Ella n\u2019a pas payé un mois de nourrice, pas même un demi-mois.\u2014De combien donc étaient-ils ?\u2014Je n\u2019avais demandé que vingt-cinq francs, monsieur.Le comte pensa de nouveau, ne suspectant point la parole de cette femme, qui laissait toujours échapper des sanglots, qu\u2019elle voulait comprimer : \u2014Elle m\u2019a menti.Il s\u2019en doutait, d\u2019ailleurs.Il prévoyait dès la naissance, un abandon complet.L\u2019instinct ne s\u2019éveillait chez Mireille Jourdain, que lorsque son enfant devenait pour elle un moyen d\u2019action.D\u2019une voix persuasive, très douce, M.de Tillière continna à interroger.\u2014Et vous vous êtes attachée à cette petite abandonnée ?\u2014Moi et mon mari, nous nous sommes mis à, l\u2019aimer comme si elle était à nous.Nous n\u2019avions qu\u2019une terreur, c\u2019était de voir reparaître la mère.\u2014Vous craigniez qu\u2019elle vous la reprît ?\u2014Pensez, monsieur.ce que ça coûte de mal un enfant! les nuits blanches et les inquiétudes.Les femmes qui donnent les leurs à élever aux autres ne s\u2019en doutent pas.Et voyez-vous, pour aimer beaucoup les enfants.même les mères, il faut avoir eu ce mal-là autour d\u2019eux.\" Ils vous le rendent du reste.Voilà.la nôtre.Je puis bien l\u2019appeler la nôtre, mon Dieu ! Ce qu\u2019elle nous en faisait, des caresses quand elle était petite, et ce quelle nous en fait toujours !.Mon Dieu ! mon Dieu ! s\u2019il fallait lui raconter.\u2014Je ne me trompe pas, elle vous croit ses parents ?\u2014Oui, monsieur.A sa première communion, pour ses extraits de naissance et de baptême, je me suis expliquée avec le curé, qui n\u2019a rien dit, la petite ne s\u2019est pas doutée de la vérité.Pour son entrée au Conservatoire, on a encore usé d\u2019un truc.Elle n\u2019a rien vu, et jusqu\u2019à présent rie^ appris.\" Nous voudrions que ça vienne le plus tard possible.\u2014Vous avez donc peur, une fois qu\u2019elle saura la vérité de perdre son affection ?\u2014Son affection ?Non ! non ! Seulement qu\u2019on nous la prenne.\u2014Qui pourrait vous la prendre ?Madame Bonenfant le regarda avec des yeux anxieux.\u2014Vous.Le comte secoua la tête.\u2014Je n\u2019ai, légalement, aucune autorité sur elle.Elle poussa un soupir de soulagement.\u2014Alors, reprit-elle, le front encore chargé d\u2019inquiétude, sa mère.\u2014Ah ! cela, je n\u2019en réponds pas.Cette fois, la pauvre femme, trembla des pieds à la tête.\u2014Vous la connaissez ?\u2014Oui.La concierge appuya ses deux coudes sur la table, et tout en pressant dans ses mains sa figure bouleversée : \u2014C\u2019est elle qui a fait mettre des annonces dans les journaux.\u2014Parfaitement.Et vous l\u2019avez vue avec moi, hier.\u2014Vraiment, c\u2019est cette belle dame ?.J\u2019aurais dû.Mais comment voulez-vous, chez madame Testin, la sage-femme, je ne l\u2019ai vue que dans son lit qui dormait.Elle m\u2019a paru très jeune, elle avait de très beaux cheveux blonds.Je ne me rappelle pas autre chose.11 Madame Testin disait : \u2014\" Il vaut mieux emporter l\u2019enfant pendant qu\u2019elle dort.quoique, vous savez, je crois qu\u2019à celle-là ça ne lui tournera pas le sang.Vous ne savez pas ce qu\u2019elle a crié, quand je la lui ai montrée ?Et Mme Bonenfant répétant les paroles do Mme Testin, laissa retomber ses mains, considérant son interiocuteur : \u2014Enlevez-moi ça ! Malgré son calme, son empire rur lui, M.do Tillière tressaillit assez violemment.Mme Bonenfant s\u2019aperçut de l\u2019impression produite, si elle n\u2019en devina pas la cause.\u2014Oui, monsieur, fit-elle avec indignation, oui !.Ces paroles-là, me sont toujours restées dans les oreilles : 11 Enlevez-moi ça.n Une petite gourgandine, une petite rien du tout, quoi ! Le comte écoutait, surmontant avec une certaine peine, l\u2019agitation que ces paroles soulevaient en lui.Et la concierge, avec plus d\u2019indignation, plus de colère : \u2014O a mérite de retrouver sa fille, une femme comme ça ?\u2014Non, dit-il, non ! \u2014Pourtant, elle la cherche.Mais vous devez le savoir mieux que moi.Elle a fait mettre dans les journaux, des annonces.Nous les avons lues.Quelle frousse ! monsieur.Quelle peur ! pour être plus polie.\u2014Quoi ! vous avez lu ces annonces, et vous n\u2019avez pas donné signe do vie ?\u2014Est-ce que nous n\u2019avons pas gagné de la garder, cette petite ?\u2014Vous ne savez pas, que, vis-à-vis de la loi, vous et votre mari, vous êtes répréhensibles ?\u2014Elle pourrait nous faire un procès ?La voix de la brave femme fléchissait un peu.Avant que le comte eût répondu, elle s\u2019écria, le gesto énergique : \u2014Qu\u2019elle fasse ce quelle voudra.Nous nous en fichons d\u2019elle, et de la justice ! \u2014Madame Bonenfant ! madame Bonenfant ! ^ \u2022 \u2014Ali ! monsieur, que voulez-vous, nous n\u2019avons rien fait de mal.Et, soupçonneuse, sur un ton de regret et d\u2019amertume : r \u2014Seulement j\u2019ai bien sûr tort, de parler comme ça devant vous.Vous pourriez le dire aux juges, que nous nous fichons d\u2019eux, et ça se retournerait contre nous.\u2014Vous ne m\u2019avez pas bien regardé, ma pauvre madame Bonenfant.La colère de la concierge se changea en attendrissement.De nouvelles larmes glissèrent de ses paupières.\u2014Pour sûr.que vous avez l\u2019air.d\u2019un brave monsieur.honnête.et pas méchant.Pour sûr.mais pourtant.\u2014Iléiléchis8ez, rien qu\u2019une minute.Vous aurais-je prévenue, si j\u2019avais voulu vous causer des ennuis ?\" Je me tourne de votre côté, au contraire.Je suis ce qu\u2019on appelle, un allié.\u2014C\u2019est vrai ?\u2014Je vous l\u2019assure.\u2014Pourquoi êtes-vous avec nous ?\u2014Peut-être vous le dirai-je.Il sullit pour l\u2019instant que je l\u2019affirme.Qui sait, si vous ne serez pas, pour moi, une aide plus puissante que je ne serai pour vous.Je commence par vous demander, de ne répéter à personne, notre conversation d\u2019aujourd\u2019hui.\u2014Je m\u2019en garderais bien !.Il n\u2019y a qu\u2019à mon mari.-\u2014Croyez-vous utile de la lui dire ?\u2014Dame ! il serait bien juste qu\u2019il sache, que la mère est venue ici.\u2014 Vous ne trouvez pas, au fond, qu\u2019il vaudrait autant qu\u2019il ne sache rien ?Elle demeura, une minute, la têto penchée, absorbée dans une réflexion.\u2014Après tout, peut-être.c\u2019est le meilleur des hommes, mais.\u2014Il n\u2019est pas aussi fin que vous ?\u2014Il n\u2019est pas bête, pourtant.\u2014Enfin, il n\u2019est pas ma'in.Il n\u2019a pas votre sagacité, il n\u2019y a qu\u2019à le regarder pour s\u2019en convaincre.De vous deux, vous êtes la forte tête.\u2014Oh ! monsieur, il tient sa place.il tient sa place.\u2014Je vous en félicite.Une femme qui relègue son mari dans le trente-sixième dessous, n\u2019est pas plus intéressante, qu\u2019un mari qui ne tient aucun compte de la personnalité de sa femme.Il y a place pour deux, dans un ménage, quel que soit le degré d\u2019intelligence.A moins, naturellement, d\u2019avoir épousé un idiot ou une idiote.\u2014Mon mari n\u2019est pas un idiot, il s\u2019en faut ; son cerveau ne travaille pas vite, voilà tout.il raisonne plus juste que bien d\u2019autres.Seulement vous comprenez, moi qui suis la poudre, ça m\u2019impatiente.Je parle pour lui, ou je lui dis de se taire.\" Faut encore prendre des précautions, il est susceptible, Bonenfant.\u2014Croyez-moi, ne lui apprenez rien quant à présent.Nous raterions notre affaire.\u2014Quelle affaire ?\u2014Punir par où elle a péché, la mère indigne de votre Mireille. 62 LE SAMEDI \u2014Et noun la laisser, à nous ?\u2014Oui.\u2014Ali ! monsieur, que vous êtes bon.\u2014Je ne suis que juste.Un intérêt majeur a seul poussé cette femme à rechercher une enfant quelle a délaissée.P 11 Oet intérêt, plus puissant encore aujourd\u2019hui qu\u2019il y a oueloues années, continue il la guider.\t1 y q ques 11 Je crains de sa part, \u2014 je pourrais même dire à présent que J en suis sur, une imposture, qui décèlerait un cynisme révoltant Vous pouvez m\u2019aider à la confondre.\ty avouant.\" 11 8ulht P™r.cela; nou8 donnerait -une bonne nnnll/ ir11'-0 \u201cT\u20194 rePlendrmit Mimi.Car nous l\u2019avons toujours P\" Alonsièur le cou °US nS l aPPolon8 Pas encore souvent Mireille.\u201e U U'.\u2019 Ie C0UP rluo Va nous a tait, n\u2019est pas croyable.son\tU vT'0nH 6 rnger\u2019à midi\u2019jouait devant la maison\tJe vous verrai toujours, ou plutôt je verrai toujours Bonen- ant qm lui, se souviendra aussi tant qu\u2019il tombait sur la tête Et pendant un quart d\u2019heure au moins, nous nous sommes regardés comme deux hébétés.\tsommes \" P\u2019C.8fc lu; '« Prornier, qui s\u2019est mis à pleurer, moi idem ¦ et nous sanglotions tellement, qui Mimi est rentrée.cris nfSluLu^r n0UH COnsoler- elle «est mise à jeter les hauts c , il lallut la calmer, ça nous a apaisés un peu.11 Mais tout à coup, M.le comte paraît : \" ^,u est-co qui vous faut, mes pauvres gens ?4ta7lCC8ti?0,?enf'lnt qu\u2019aperdu 8a \u201cère, et le voir dans un tel Sr\u201d' \" NOTS \u201c,IOnS\t1= -™ en aller! \" Cette réponse m\u2019était venue tout d\u2019un coup, comme ces choses- feir;ieTnfc';' lMün pauvre h°mme était tellement ahuri qu\u2019il SXs Jous «nfi,eHt,e- V eMffcj0Ur8 a^8* avec d\u2019excellentscSi ücat., nous quittions le chateau, racontant que nous partions an pays pour cuit ver le petit bien que ma belle-mère - qui étaR morte depuis dix ans, et soutenue par nous, - laissait Q t ¦ 7 0US \u201c°us replacions tout bonnement dans une magnifique pro-pi été, en Champagne, où nous gagnions davantage.° Q P Paris \u201c\u201cV- ^ n Cinq 011 8,x ans- 1,08 maîtres nous ramenèrent à ans .d ou nous sommes natifs tous les deux.mn\" ; avtt,cnt,un très bel hôtel près du bois de Boulogne et mon man qu, se fatiguait, lut chargé simplement ne l'entilien du jar venduVliôteU nnV ^ ' n°îre maître est morfc> 8e8 héritiers ont vendu l hotel, nous avions de gentilles économies qui nous faisaient de petites rentes.oh ! toutes petites, mais enfin c\u2019est L ouf nous a permis, et c est ce qui nous permet, avec cette loge que nousVavons [>M M trop do temps.toi ! h trouver, d'mTÏÏÏS ' S ™ \u201c Cl\u201d\u201c' ?d,i ** «\"trer au Conservator J \u2019 ConscrvTtohc \"\t\"°U\"'\t»»* « fjuoi que soit un -Je le comprends, n\u2019y entre pas qui veut, métier bien scabreux.I\u2019lu\" 'I™ \u201clu> d\u2019ouvrière.Puis elle est honnête von» pa^it^r^^Œ\t\u201d 8'\u201c ^ \u201c 8CePtlqUe\u2019 heurté dans la vie par la plus grande dé\u201con qui pût 'SI vow toiiRw.^z\tî» atteindre, ce quil appelait la folie de son fils \u2014 au fond, excellent sachant compatir aux chagrins réels, démêlant avec une justesse d appréciation qui témoignait d\u2019une étude approfondie de ses semblables, le vrai du faux, l\u2019honnêteté de l\u2019hypocrisie.Oui, cette brave femme le touchait.La sincérité de son sentiment éveillait sa sympathie.Celle-ci poursuivit : i 7~V 0U8 comprenez maintenant pourquoi on ne nous a pas déni-£f8; \" 7OU8 a™,a8 dit en quittant la Beauce, que nous partions habiter le pays de la mere de mon mari.Si cette femme est allée au clmteau, on n a pu lui donner aucun renseignement.\u2014Pour les références, vos nouveaux maîtres ne se sont donc pas adressés aux anciens ?\t1 \u2014Le bon Dieu a encore été pour nous là dedans.Les anciens, au moment ou nous sommes replacés, étaient partis pour l\u2019Italie ¦ ne pouvait avoir les renseignements de vive voix, ils n\u2019ont pas écrit snitp comme partout où.nous avons passé, on devait être, tout de v!îl 611 denOU8\u201c.La mort de notre maître ne serait pas venue, nous y serions encore.\tp \u2014Enfin, vous deviez arriver à ce que vous vouliez : garder celle que vous appelez votre fille.\të \u2014Et qui l\u2019est, allez, monsieur.Est-ce que vous ne trouvez pas yons, qu un enfant est plus à celle qui a eu le mal de l\u2019enlever\u2019 qui a supporté les maladies et les soucis de toutes façons, que ces petits etrès-là causent quand on ne les quitte jamais, que la femme qui s est contentée de les mettre au monde, sans avoir passé une X uXîta J?prommer \"A les consol6r'\til» \u2022 r Malheureusement la loi ne voit pas de cette façon.Encoie la loi ! fit-elle avec un effroi involontaire \u2014Jusqu à sa majorité, une fille appartient à sa mère \u2014 Voilà ce que nous voudrions ! qu\u2019elle l\u2019atteigne, sa majorité sans que 1 autre mette le grappin dessus.\t^\t\u2019 \u2014Et vous avez pour cela combien d\u2019années à attendre ?tdra?Tsndd ° C0IIÎ aVGC 7 aoadaino efc rapide contraction, sur les traits, de quelqu un dont 1 attention, \u2014 une attention presaue anxieuse, \u2014 se trouve éveillée.\tpresque 'Attendez, fit madame Bonenfant, ça nous fait au juste ca nous fait.trois ans et demi.\tJ > ça -Trois ans et demi ! répéta M.de Tillière, dressant son buste un peu affaissé et levant la tête brusquement.\u2014Mais oui.m,ne ^onnars pas plus plus de seize ans à votre fille \u2014Elle n en paraît pas plus en effet.Elle a dix-sept et demi Dix-sept et demi.Etes-vous bien sûre, ma bonne dame ?que moi*862 d°nC 81 Je 8U1S 8Ûre L ' 11 n y a Per80nne de PÏus sûre Le comte, malgré son empire sur lui, laissait de nouveau percer un certaine agitation.\t\u201cvc«,u peicer Sa bru n affirmait-elle pas que l\u2019enfant avait juste seize ans La date des relations de Mireille Jourdain avec Fernand de Til-hère, était bien précise.FJrf er,rfeur de 4uelques mois était tout juste permise, par rapport à cette naissance, qui d instinct lui semblait suspecte.P Un an et demi, ce n\u2019était plus possible.Mireille Jourdain lui avait menti.Cette enfant, venue au monde avant qu\u2019elle connût son fils ne pouvait etre par conséquent l\u2019enfant de celui-ci.\u2014Misérable ! pensait-il, misérable ! minutesCOnsfcatatlon mentale, n\u2019avait pas demandé plus de deux etmoitinurieuesefanfc,8e8entait PlU8 interloquée, moitié inquiète, Le comte répéta : \u2014Vons êtes bien sûre ?\u2014Comment, monsieur, mais j\u2019ai les dettes exactes.A quel age la sage-femme vous a-t-elle remis votre nourrisson ?¦l°\u201crS ; e\u2018le né° 16 t,'°is miI «ktr:x\u201cPd( r brxhuit ceni Il y eu*\u2019 un nouveau silence, tout aussi court, d\u2019ailleurs vieillardeZ V0US 8°U8 qUel n°m\u2019 Penfanfc fut dëclarée ?interrogea le Madame lestin me l\u2019a dit, le simple prénom de Mireille père et mère inconnus.\t' l \u2014Ainsi sa mère lui donna même pas le sien.\u2014Il ny a pas de danger ! Sans madame Testin, elle l\u2019aurait mis tout de suite, aux Enfants-Assistés.C\u2019est elle qui a essavé de lui donnée.er \u2018'h'6™'' \u201d V°\u201cS V°J\u2019\u201c \u2018>U'elle\tfw Etait-elle donc absolument dénuée de tout ?\u2014Elle avait des bagues plein les doigts ; une petite sans-cœur pré- BAITIO! 'B-H'TTMA Xi \\ LE SAMEDI (53 tendait Mme Testin, qui possédait certainement assez, pour imiter les filles-mères qui font leur devoir.\u2014Est-ce qu\u2019ello vit toujours, madame Testin ?j .\u2014Je pense.quoique nous étions bonnes camarades, j\u2019ai mieux aimé ne plus la voir.de peur qu\u2019elle donne notre adresse à cette coquine.\u2014Il faut que vous me donniez la sienne.\u2014A la sage femme ?\u2014Mais oui.\u2014Oh ! monsieur ! monsieur ! vous allez nous prendre Mireille ! \u2014Non.je vous le jure ! Le visage était si franc, le geste si énergique, que la pauvre femme se sentit rassurée.\t1 -Ali ! merci.Nous en tomberions malades.Ça nous emporterait, Bonenfant comme moi.Non seulement, je ne vous la prendrai pas, votre enfant, \u2014 car vous avez raison, elle est bien à vous \u2014 mais j\u2019empêcherai la mère de vous la reprendre.La brave femme joignit les moins, répétant cette fois sur un ton de remerciement, d\u2019espoir, de confiance : \u2014Oh ! monsieur ! monsieur ! \u2014Il faut pour cela, que vous vous conformiez en tous points à mes instructions.D\u2019abord, que le secret de cette conversation demeure entre vous et moi.Pas un mot à votre mari.Ça vaut mieux.il serait capable de faire une grosse C est ce qu il ne faut pas.et je crois, en effet, qu\u2019il en serait capable.\u2014Je vous l\u2019ai dit, Bonenfant ce n\u2019est pas une bête, ceux qui le croiraient auraient tort.Seulement, il est long à saisir .puis il aime tant cette petite, qu\u2019elle devinerait bien, elle, à son air, qu\u2019il y a quelque chose.\u2014Et vous ne voulez pas quelle le devine ?\u2014Non.qu\u2019elle ne sache que plus tard possible.la vérité.~ Voyons, ma bonne dame, vous n\u2019êtes pas si sûre que vous le prétendez, de son affection ?\u2014Si.Meme au cas ou sa mere viendrait lui dire : Je suis riche, tu le seras aussi.\u2014\tMême.si elle disait ça.Non, madame Bonenfant, vous n\u2019en êtes pas aus-i sûre que vous voulez vous le persueder.Vous avez peur quelle ne soit tentée cette enfant, et que malgré son bon cœur, sa tendresse pour vous .meme sans 1 intention de vous délaisser tout à fait, elle vous quitte, pour suivre l\u2019autre.La concierge remit ses coudes sur la table, replongea son visage entre ses mains.Et son interlocuteur reprit : Dites-moi toute votre pensée.N\u2019est-ce pas que vous n\u2019êtes pas tranquille ?Elle répondit d\u2019une voix étouffée : \u2014\tEst-on sûr de quelque chose dans la vie ?Puis aussitôt, se redressant : \u2014\tElle me tromperait bien, car je crois la connaître.\u2014\tVous pensez qu elle préférera votre loge h quelque appartement luxueux, a un hôtel même ; les courses en omnibus à un équipage, et les petites robes bon marché, aux toilettes digues de sa beauté ?\u2014\tJe le pense.\u2014\tPourtant, 1 épreuve vous épouvante, vous redoutez ce moment ou, entre la femme qui la délaissa, et vous qui l\u2019avez élevée comme votre enfant, elle aura à choisir.\u2014\tTaisez-vous, monsieur, vous me faites mal.\u2014\tJe dois vous paraître cruel, je veux vous armer contre ce qui pourrait advenir.vous donner à l\u2019avance des forces.\u2014\tRien ne m\u2019en donnera.\u2014\tAu fond du sentiment que vous éprouvez, y aurait-il beaucoup d\u2019égoïsme ?\u2014\tPourquoi ?\u2014\tUne affection vraiment dévouée, demanderait-elle autre chose que de voir 1 enfant chérie, exempte d\u2019aucun souci.Croyez-vous que cela ne vaudrait pas mieux que le théâtre ?\u2014\tPas pour elle, il n\u2019y a rien au-dessus de son chant.\u2014\tQuelque voix qu\u2019elle ait, serait-elle destinée à conquérir la célébrité, elle aura bien des déboires.Voyons, écoutez votre cœur, rien que votre cœur.\u2014\tAh ! bien sûr que ce serait le mieux, la fortune.bien sûr ! Et, avec toute l\u2019angoisse quelle ne pouvait dissimuler : \u2014\tAlors, elle est riche, sa mère ?Le comte hésita à peine : \u2014\tOui.\u2014\tVous prétendiez pourtant, tout à l\u2019heure, quelle recherchait, sa fille, dans un but intéressé ?\u2014\tQu\u2019elle pourrait bien ne pas atteindre, et ce qui pourrait, elle la ruiner.Le visage de madamo Bonenfant s\u2019éclaira.\u2014\tJe no la plaindrais pas ! \u2014\tAu contraire ?\u2014\tOh ! oui ! \u2014\tD\u2019autant que Mireille ne serait plus tentée par le mirage do cette fortune.\u2014\tElle ne le serait pas quand même, j\u2019en suis sûre.Oui, j\u2019en suis sûre ! \u2014\tAllons, c\u2019est une brave enfant, je souhaite que vous ne vous trompiez pas.Donc, pas un mot i\\ personne.et vous suivrez de point eîi point mes instructions.\u2014\tDe point en point.\u2014\tVous le promettez à votre tour ?\u2014\tJe jure, monsieur, comme vous.\u2014\tIl se peut que madamo de Tillière, car cette femme qui fût mauvaise mère, a su accaparer mon fils et se faire épouser, rentre dans votre loge.\u2014\tEst ce quelle habitera avec monsieur, le cinquième ?\u2014\tJe n\u2019en sais rien encore, je no crois pas.En tout cas, ollo viendra souvent.Il ne faut pas, du moins d\u2019ici quelque temps, que votre nom soit prononcé lorsqu\u2019elle est là .\u2014\tJe le comprends.Si elle n\u2019habite pas la maison, il est possible qu\u2019elle ne l\u2019entende pas.Si elle habite, ce serait bien extraordinaire qu\u2019on ne le dise pas devant elle.\u2014\tJe pense comme vous.J\u2019ai besoin do réfléchir.Du reste, la solution est inévitable, les événements la précipiteront ou la retarderont.\u2014\tJ\u2019aimerais mieux qu\u2019ils la retardent.\u2014\tVous avez tort.Croyez-vous que cela va être uno vie pour vous, de sentir dans cette maison, celle devant qui vous fuyez depuis des années, d\u2019être obligée de lui parler, de voir peut-être arriver votre Mireille pendant qu\u2019elle sera là.d\u2019entendre un conversation entre elles ?\u2014\tOh ! là ! là ! mon Dieu !.\u2014\tC\u2019est ce qui peut so produire.c\u2019est ce qui se produira sûrement.\u2014\tMais, monsieur, je vais me trouver dans des transes perpétuelles.Je vais sécher sur pied.\u2014\tVous ne sécherez pas sur pied, madame Bonenfant, si vous avez confiance en ma promesse, si vous vous persuadez que vous sortirez victorieuse de la lutte (pii s\u2019engage.11 Pensez ceci : 11 Tôt ou tard, il fallait que la situation s'éclaircit.Au moins je n\u2019aurai pas le remords \u2014 car cela fût sans douto devenu pour vous un remords, madamo Bonenfant \u2014 d\u2019avoir soustrait l\u2019enfant à des recherches qui eussent pu la faire riche, et de courir le risque quelle ne le reproche un jour.\u2014\tOui, c\u2019est bien vrai.certainement vous avez raison.\u2014\tDonc, dites-vous : Le moment est venu, je tiendrai tête à l\u2019orage,.et si bien tête, que c\u2019est moi qui arriverai à mes fins.Cette femme après tout, n\u2019a pas de droits.\u2014\tElle n\u2019a pas de droits ! exclama la pauvre concierge.\u2014\tAu fond, bien peu .Il vaut mieux que vous le sachiez, cela ne peut que vous donner une tranquillité, une énergie qui vous serviront autant qu\u2019elles me serviront à moi-même.Car si vous la détestez, moi je la méprise.si profondément, (pie cela m\u2019a conduit à la haine.Le comte ajouta, plus bas, comme parlant à soi-même : \u2014\tSurtout pour ce qu\u2019elle s\u2019apprête à faire.beaucoup plus que peur co qu\u2019elle a fait.Mme Banenfant prononça fébrilement : \u2014\tVous prétendiez tout à l\u2019heure que, devant la loi, c\u2019est moi (pii aurais tort.Maintenant vous dites quelle n\u2019a pas de droits.\u2014\tC\u2019est que, vous venez de m\u2019apprendre, que l\u2019enfant fut déclarée sous le simple nom de Mireille, née de père et mère inconnus.\u2014\tAh ! c\u2019est la sage-femme qui me l\u2019a raconté, monsieur.\u2014\tDans ce cas, je me demande si vous, qui l\u2019avez élevée, et nourrie, n\u2019auriez pas le pas sur la mère (pii, dès sa naissanco, la désavoua.\u2014\tCe ne serait que justice, en tout cas.\u2014\tAbsolument.Mais il faudrait prendre un avocat ; cela peut-être entraînerait à un long procès, dont vous no seriez pas à même de payer les frais, si vous le perdiez.Je vous répète encore, de me laisser faire, et d\u2019avoir confiance.11 Ne parlez de rien, ayez assez d\u2019empire sur vous, pour garder vis-à-vis de madame de Tillière, le naturel que vous avez avec tout le monde.\u2014\tLa première fois que je vais la revoir, ça me fera de l'effet, mais j\u2019y arriverai.si je suis sûre au bout, de ne pas perdre ma petite.\u2014\tJe vous réitère ma promesse.Je suis avec vous deux.M.de Tillière eut un geste bref.\u2014\tAlors, monsieur, vous auriez voulu l\u2019adresse de madame Testin, 64 LE SAMEDI Parfaitement, je tiens il contrôler (l\u2019une façon légale la naissance de cette petite.Il y a longtemps, comme je vous l\u2019ai raconté, que je l\u2019ai perdue de vue.volontairement.\" Elle habitait autrefois chaussée Clignancourt, au numéro 15.Maintenant, je ne sais pas \u2014\tChaussée Clignancourt, numéro 15.Merci, je m\u2019y fais conduire.11 Voulez-vous appeler mon valet de pied ?Et l\u2019arrêtant, comme elle passait contre lui : Avant, parlons d\u2019autre chose.Cette infortunée madame Vallurier n\u2019a pas reparu ?\u2014\tNon, monsieur, non.elle ne reparaîtra pas, allez.\u2014\tVous ne croyez pas cependant, plus qu\u2019hier, à sa culpabilité ?\u2014\tPas plus.malgré que ce soit bien drôle, cette affaire-là.\u2014\tAllons, vous la soupçonnez ! Je vous assure que non.Seulement, on ne peut s\u2019empêcher de se répéter : c\u2019est bien drôle ! ¦\u2014Est-ce que votre fille a été chez le juge d\u2019instruction?.N\u2019était-elle pas mandée ?.Oui, et ça a fait un tel effet à son père, qu\u2019il est rentré malade.Il n a pas digéré son déjeuner, je l\u2019ai envoyé se promener,voir des amis que nous avons à la Bastille.Ça descendra on route.\u2014\tC\u2019est donc ce matin qu\u2019ils se sont rendus au Palais de Justice ?\u2014\tLa petite était convoquée pour neuf heures.11 A midi ils rentraient.» On ne lui a rien demandé de particulier ; ello a racouté comment madame \\ allurier s occupait d\u2019elle.et le bon ménage que ça faisait, elle et son mari, et comme ils s\u2019aimaient, et que ça ne ouvait pas être elle qui avait fait ce coup-là.Enfin, elle â fait es pieds et des mains pour qu\u2019on la relâche.\" Ce qui n\u2019empêche pas qu\u2019elle m\u2019a dit, quand elle est revenue : 11 Ça n a pas pris, je l\u2019ai bien vu.Elle ne va pas revenir.\" Ali ! ça lui cause un de chagrin, à la pauvre gosse.\u2014\tC\u2019est une bonne petite.\u2014\tOh ! oui, si elle n\u2019est pas arrivée à attendrir le juge, c\u2019est qu\u2019il n\u2019y avait pas moyen.11 Mais il paraît que c\u2019est en bois, ces gens-là.Il lui a répondu : Vous avez la reconnaissance des services rendus, cela prouve un bon naturel.» Puis il a sonné, on est venu, et elle est partie.Le comte inclina un peu sur sa poitrine son visage triste, fatigué.Puis, avec un geste faible : \u2014\tVeuillez dire au valet de pied qu\u2019il vienne me prendre.\u2014\tVoilà, monsieur.Ce fut elle qui s\u2019arrêta.\u2014\tAlors, si elle vient.cette femme.Qu\u2019est-ce que je lui raconterai ?\u2014\tVous serez avec elle comme vous êtes avec tout le monde.N\u2019est-ce pas convenu ?\u2014\tAllons, oui.Je ne ferai mine de rien,.Je lui répondrai sur ce qu\u2019elle me dira.\u2014\tParfaitement, sans trouble.\u2014\tMais si Mireille était là ?\u2014\tCe serait la môme chose, je suppose.Vous vous seutiriez, au contraire, plus de résolution, et par conséquent plus de calme \u2014\tVous avez raison ce ne serait pas le moment d\u2019en manquer.Au reste, la petite n\u2019y est jamais, dans la loge, ça a été un hasard que vous l\u2019y rencontriez.cette affaire.l\u2019affaire de madame Vallurier, a détraqué ses habitudes.\" Dans la journée, elle est au Conservatoire, ou chez son professeur, ou ello grimpe au sixième pour étudier.Le propriétaire a bien été deux ans sans la voir.\u2014\tAlors, ne vous tracassez pas .Et si le hasard voulait qu\u2019elles se rencontrassent.vous ne courez toujours pas le risque quelles se reconnaissent.\u2014\tC\u2019est encore vrai ! \u2014\tElle, n\u2019a pas revu sa fille depuis sa naissance, je crois ?\u2014\tNon, depuis qu\u2019elle a dit, quand on la lui a présentée : \" Enlevez-moi ça.\u2014\tCoquine ! prononça entre ses dents le comte de Tillière.\u2014\tAh ! oui, coquine ! répéta sur un ton grondant la mère adoptive.Puis, tout à coup, son inquiétude, malgré elle, revenue : \u2014\tEt la voix du sang, monsieur, la voix du sang ! Le comte eut un grand geste sceptique.\u2014\tPar exemple, si c\u2019est cela qui vous fait peur, ma bonne dame.\u2014\tC\u2019est qu\u2019il paraît que ça existe.J\u2019ai vu, dans le temps, jouer une pièce à l\u2019Ambigu.Il y avait aussi un enfant, un fils, je crois.et le fils sans rien savoir, quand il s\u2019est trouvé devant la grande dame, a crié : \" Ma mère ! u M.de Tillière ne put s\u2019empêcher do rire.\u2014\tSi vous n\u2019avez comme preuves que ce qui se passe à l\u2019Ambigu, dormez sur vos deux oreilles.\" La voix du sang, voyez-vous, la base des mélodrames, n\u2019est qu un accessoire ailleurs.Quant à la mère, elle est, soyez-en sûre, profondément inaccessible à ses accents.Ou, pour m\u2019exprimer plus simplement, elle est incapable d\u2019un élan nature vers celle qu\u2019elle a délaissée.\u2014- Le bon Dieu vous entende, monsieur ! Et sans se le faire répéter, madame Bonenfant, s\u2019en alla cette fois, ramenant au bout d\u2019une minute, le grand valet de pied correct, dont M.Tillière prit le bras, pour regagner à pas lents, son coupé.La marche du vieillard était plus assurée, qu\u2019elle n\u2019avait été depuis longtemps.il portait haut la tête, tel qu\u2019aux jours valides, où, grand, mince, distingué, il attirait une attention plutôt sympathique.Les épaules redressées, il retrouvait, s\u2019appuyant à peine au bras du valet, ce port altier, cette prestance de jadis.L\u2019reil redevenait vif sous l\u2019arcade un peu avancée.Seuls les cheveux changeaient, gris comme la moustache, restée fine sur la lèvre énergique.Assis dans la voiture qui roulait, le beau-père de Mireille Jourdain éprouvait la sensation de quelqu\u2019un qui renaît, après un long engourdissement, de quelqu\u2019un qui a ressenti assez profond, pour lui sembler irrémédiable, le dégoût de vivre, et qui se reprend à exister.Le coupé se dirigeait vers la chaussée Clignancourt, au pied de Montmartre.Il s\u2019arrêtait au bout de vingt-cinq minutes, devant l\u2019immeuble portant le numéro 15.Avant de descendre, M.de Tillière regarda par la glasse baissée.Ls rez-de-chaussée de cette maison comprenait trois boutiques.Celle du milieu était occupée par une herboriste.Il ne voulait pas éveiller l\u2019attention de son domestique, en l\u2019envoyant demander à la concierge si elle avait toujours madame Tes-tin pour locataire.L idée lui vint de pénétrer d\u2019abord chez cette herboriste où, aux yeux du valet et du cocher, il pouvait avoir à faire quelque achat de drogue, et qui certainement le renseignerait.La porte à peine ouverte, il renvoya son domestique.Line femme de cinquante à soixante ans venait de la pièce du fond.\u2014Monsieur, que désirez-vous ?\u2014Madame, je voudrais obtenir de vous un renseignement : Madame Testin, la sage-femme, habite-t-elle toujours la maison ?\u2014Madame Testin la sage-femme.c\u2019est moi, monsieur.\u2014Ah ! vraiment ?.\u2014Je suis, ou plutôt,j\u2019étais sage-femme.\u2014Et vous ne l\u2019êtes plus ?\u2014Non, je n\u2019exerce plus.Vous avez besoin de moi.pour une parente ?\u2014Oui.\u2014Eh bien, j\u2019y ai renoncé, il y a déjà cinq ans, à la suite de rhumatismes articulaires aigus, qui m\u2019ont clouée sur mon lit, dix mois .Le métier devenait trop dur, j\u2019avais passé, dans le temps jadis, des examens d\u2019herboriste, j\u2019ai monté cette bôutique qui marche, je suis très contente.\u2014Ah les affaites vont ?\u2014C\u2019est suffisant.Cette profession de foi, qui ne parraissait, dans sa spontanéité, dictée par autre chose qu\u2019une franchise servie par une loquacité naturelle, au lieu d\u2019éveiller le soupçon chez le visiteur, lui donna confiance.Le comte était physionomiste.Madame Testin, petite, assez boulotte, avait un de ces visages ouverts, un de ces regards droits, qui ne trompent point.Pas sotte, certes, il sentait qu\u2019elle ne voyait pas en lui, un client ordinaire.Comme il la dévisageait, elle reprit sans s\u2019émouvoir.\u2014Cela vous semblerait-il drôle, monsieur, qu\u2019il y ait des sages-femmes et même des herboristes, honnêtes ?Non, pas du tout, et je suis bien persuadé que vous êtes du nombre.Il se tut continuant à l\u2019examiner.Elle fronça un peu le sourcil.\u2014Si vous, êtes venu en croyant.en espérant le contraire.vous voilà déçu, mon cher monsieur.M.de Tillière sourit.\\ otre perspicacité va trop loin ; je ne suis pas ici pour vous proposer, pour quelque service à une femme à laquelle je m\u2019intéresserais, la forte somme.Je viens pour vous demander très loyalement, me fiant au contraire à cette honnêteté dont je suis sûr, un renseignement précis sur un événement passé.\u2014Je suis prête, si toutefois je n\u2019ai pas engagé le secret professionnel, à vous le fournir.\u2014Qu\u2019appelez-vous le secret professionnel ?\u2014Dans le métier qui a été le mien pendant vingt-cinq ans, il est des cas où, pour l\u2019honneur parfois de toute une famille, nous de- LE SAMEDI 05 vons nous taire.Si vous abordez un de ceux-là, je vous préviens que j\u2019ai la bouche cousue.\u2014\tVous n\u2019évoquez certainement que ceux capables de compromettre une famille.Il no s\u2019agit pas d\u2019une chose semblable.au contraire.Mais permettez moi de chercher un siège.je suis malade, presque infirme.\u2014Ah ! pardon, monsieur, je voyais pourtant bien que vous aviez quelque chose.Tenez, voulez-vous que nous passions dans l\u2019arrière-boutique ?.Qa vaut mieux, si nous avons à causer.Le comte acquiesça de la tête, et de son pas lent, franchit la porte ouverte, que l'herboriste lui montrait.Il se trouva dans une toute petite pièce, meublée d\u2019une table ronde, d un dressoir étagere en noyer, de quatre chaises et d\u2019un grand voltaire couvert d'une housse d\u2019indienne rouge foncé.Près d\u2019une lampe déjà allumée, une jeune fille cousait.\u2019 Va & la boutique, Julie, fit l\u2019herboriste ; tu ne m\u2019appelleras que si tu as absolument besoin de moi.\u2014Oui, marraine.\u2014C\u2019est ma demoiselle de magasin, une petite fille que j\u2019ai adoptée, une brave gamine qui peut me remplacer.Prenez le fauteuil, monsieur.Avec plus de dilliculté qu\u2019il ne marchait, les jarrets pliant avec peine, le comte obéit à l\u2019invitation.Quant il fut installé dans le voltaire, Mme Testin s\u2019assit en face de lui.\u2014Maintenant, je vous écoute.Cela était dit sur un ton qui signifiait : h Dépêchez-vous, car malgré ma bonne volonté, je ne pourrai pas vous donner grand temps, n Et se relevant pour voir au-dessus de la cloison vitrée, séparant la petite pièce du magasin.\u2014Il est très chic votre équipage, voilà déjà autour une bande de gamins.\u2014Est-ce que cela vous gêne, qu\u2019il stationne devant chez vous ?Pas le moins du monde.Alors, monsieur, vous venez pour.\u2014Au sujet d\u2019un accouchement que vous avez fait, il y a peut-être seize ans, peut-être dix-sept ans.C'est sur ce point que je demande justement à être éclairé.pourvu que vous vous en souveniez.\u2014Quand à me souvenir, je ne réponds de rien.Mais j\u2019ai mes livres en règle.n Mais, auparavant, j\u2019ai besoin de savoir à qui je m\u2019adresse, dans quel but sont faites les recherches.et si le secret professionnel.\u2014Je comprends.J\u2019approuve vos raisons tout entières, je vais vous exposer les miennes saus ambages.Le comte plongea dans celui de Mme Testin, ce regard incisif qui troublait à differentes reprises Mme Boncnfant, en amenant à sa bouche toute la vérité.L herboriste le supporta avec la sérénité de quelqu\u2019un dont la conscience est sans reproche, en même temps que la force de caractère assez grande pour ne pas se laisser iuiluencer par une intimidation.\u2014Je vous demanderai à l\u2019avance et dans tous les cas, le secret sur notre entretien, reprit M.de Tillière.\u2014Chez moi, c\u2019est le confessionnal, vous n\u2019avez pas besoin d\u2019avoir peur.\u2014\t\\ ous souvenez-vous d\u2019avoir eu chez vous, car vous preniez des pensionnaires.\u2014Quelques-unes, comme toutes mes collègues.on y est presque forcé.\u2014Eh bien, vous rappelez-vous avoir eu comme pensionnaire une nommée Mireille Jourdain ?\u2014Parbleu! si je m\u2019en souviens!.Mireille Jourdain, ah ! la petite peste !.Pas méchante, vous savez, mais coquine jusqu\u2019au bout des ongles.Son père était un copain de mon mari, ébénistes tous les deux, et tous les deux poivrots ! n Mais méchant lui, sa femme en a vu de grises.Il y avait là-dedans cinq enfants, quatre garçons et une idle.Tout ça vous a lâché la maison, dès que ça pu, la fille en même temps que les garçons 11 Oh ! oui, la petite gueuse !.le cœur ne l\u2019étouffait pas n Sa mère est morte à l\u2019hôpital d\u2019une péritonite, à la suite d\u2019un coup de pied lancé par sa brute de mari.Mireille n\u2019est seulement pas venue à son enterrement, il est vrai qu\u2019elle venait de s\u2019en aller, et elle n\u2019avait pas éprouvé le besoin de laisser son adresse.m Quant au père, il n\u2019y a pas plus de sept ou huit ans qu\u2019il a défilé la parade ; il s\u2019est fait écraser, étant ivre, par un camion.n Oui, ça a mal fini, là-dedans.\u2014En effet, murmura le comte, que décidément le destin servait, et énormément intéressé.L\u2019herboriste continua : \u2014C\u2019est de Mireille Jourdain que vous venez me parler ?.Sur elle, je suis en mesure de vous renseigner.Elle n\u2019a jamais seulement pensé à me demander le secret professionnel.Le vieillard fit un geste un peu nerveux.t \u2014Vous pouvez empêcher une imposture, et, soyez-en sûre, vous n\u2019aurez pas affaire à un ingrat.\u2014Oh ! je ne veux pas que vous croyiez que je parle pour do l\u2019argent!.Achetez-moi des drogues, si vous voulez, et payez-moi.J\u2019ai de la belle parfumerie, de la brosserie.faites aller mon commerce, j\u2019en serai contente, mais je n\u2019accepte pas d\u2019argent sans travailler, moi ! \u2014Je trouverai un moyen quelconque.Vous avez adopté une enfant, vous me permettrez.\u2014Je ne vous permettrais rien, si je savais que vous croyiez que ce sont les cordons de votre bourse, qui me délieront la langue, et mieux que ça,je ne vous raconterais plus rien.\" De même, si vous vous figuriez que j'ai quelque chose contre cette femme, que j\u2019ai connue gamine.Non je n\u2019ai rien, ni qui m\u2019arrête, ni qui mo pousse à parler.11 Si j avais eu une fille comme ça, je me serais assise dessus, où je l\u2019aurais cassée en deux.(Ja ne m\u2019a pas empêchée de lui rendre encore service.11 Par exemple, quand je l\u2019ai revue si huppée, quelle est venuo me dire qu\u2019elle était comtesse, j\u2019en suis restée de là.et j\u2019ai pensé : la chanco n\u2019est faite que pour celles-là.\u2014Vous l\u2019avez donc revue ?\u2014Plusieurs fois, et il n\u2019y a pas plus que six semaines encore.Six semaines ! exclama le comte, de plus en plus intrigué \u2014Oui, à peine, même.\u2014Est-ce la reconnaissance qui l\u2019a raménée vers vous ?La reconnaissance?.ah! ouiche !.Elle voudrait me tirer les vers du nez, quand je ne sais rien.Elle aussi, mo donnerait de l\u2019argent.Mais je ne peux pas l\u2019impossible.\u2014 Y a-t-il dans ce qu\u2019elle désirait de vous un secret ?Madame Testin fut bien une minute sans répondre.C était elle, qui dévisageait maintenant, qui essayait de fouiller de son petit œil rond et vi f, la pensée, la conscience.Le comte sentit qu\u2019il était nécessaire de lui donner confiance.\u2014Vous venez de me dire que celle-là n\u2019avait jamais pensé à vous demander le secret professionnel.Alors qu\u2019il s\u2019agit d\u2019empêcher u,nci raauvnaso action, une action passible des tribunaux, dans l\u2019interet do celle qui aurait l\u2019audacieuse inconscience do la perpétrer, vous ne pouvez hésiter.si comme je le crois, comme j'en suis sûr, car il est des physionnomies qui no trompent pas, vous êtes une honnête femme.L herboriste eut le mouvement do dignité convaincue, de toute personne sentant sa valeur, i \u2014Je peux me vanter, monsieur, si j\u2019ai souvent rendu service, de n\u2019avoir rien fait qui n\u2019est pas à faire.\u2014J\u2019en suis sûr.Par conséquent, allons y tout droit, parlons franchement.11 Je vous apprends quo Mireille Jourdan se fit épouser par mon fils, au lit de mort de celui-ci.\" Jo suis donc son beau-père.J\u2019ai de fortes propensions à croire quelle veut faire passer pour l\u2019enfant de mon fils, celui i(u\u2019ello mit au monde chez vous.cela dans le but do profiter un jour, no lut-ce que par sa fille, de mon héritage.\" Je préfère déjouer cette manœuvre que d\u2019avoir à m'adresser à la justice.Je ne veux pas que mon nom traîne devant les tribunaux.\u2014Je comprends .Ce serait donc une affaire de justice ?\u2014Certes.et à laquelle vous seriez mêlée.même malgré moi, forcément.\u2014Je n y tiens pas.quoique je n\u2019aie rien à me reprocher.quoique je puisse montrer mes écritures en règle, ce qui épaterait certainement messieurs les juges, je me passerai bien d\u2019être prise dans leurs pattes, moi qui n\u2019ai eu, en aucun temps, de démêlées avec personne.\u2014Alors, vous sentez également le besoin do cette franchise, qui seule évitera quelque catastrophe.\u2014Sûrement, dans ce cas-là.\u2014Dites-moi ce que venait faire chez vous cello-qui, devant la loi, est ma bru.\u2014Me harceler pour que je lui apprenne, \u2014 ce que j\u2019ignore autant qu\u2019elle, \u2014 l\u2019adresse des parents nourriciers de la petite.\u2014Simplement pour cela ?\u2014Simplement.Elle ne réclame rien autre chose de vous ?\u2014Pas jusqu\u2019à sa dernière visite.\u2014Cela viendra.\u2014Qu\u2019est-ce qu\u2019elle pourrrait bien réclamer de moi.à présent ?\u2014D\u2019être sa complice.\u2014En quoi ?\u2014En deux mots, je vais vous l\u2019expliquer.\" Voulez-vous mo donner la date exacte do la naissauce de son enfant ? LE SAMEDI 6fi \u2014C\u2019est facile.quoique ya demandera un petit moment.Il faut que je tire de là-haut, mes grands-livres.j\u2019appelle Julie.Madame 'festin frappa du doigt au carreau.\u2014Voilà ! répondit une voix claire.Et la frimousse de la filleule, une frimousse éveillée de petite Parisienne, se montra dans l\u2019ontre-bâillement de la porte.\u2014Vous voulez, marraine ?\u2014Apporte l\u2019escabeau et descends-moi le livre que je t\u2019indiquerai, en haut du placard.\u2014Tout de suite.Julie poussa tout à fait la porte, prit au bout du comptoir une espèce de chaise qui.une jois dépliée, servait d\u2019échelle et, l\u2019apportant au fond de l\u2019arrière-boutique, la posa devant l\u2019armoire ménagée dans la muraille, préalablement ouverte par sa mère adoptive.\u2014Grimpe, fit celle-ci, et donne-moi la lettre J., à gauche.La jeune fille, tout en haut de 1 échelie, tira le livre, pris entre plusieurs autres, et descendant le remit à l'herboriste, qui cherchant dans un coin un chiffon, l\u2019épousseta répétant: \u2014C'est pas faute qu\u2019on nettoie pourtant.La poussière, on ne sait par où ya passe, ya se fourre partout.11 Retourne au magasin, mignonne.Et renouvelant sa recommandai ion : \u2014Tu ne me dérangeras que si tu as absolument besoin de moi.\u2014Bien, marraine.\u2014L\u2019ox-sage-femme, s\u2019approchant de la table, feuilletait le livre.Oui, monsieur, j\u2019écrivais tout.Quand elles no me donnaient que des faux noms, ma foi ! je ne pouvais pas inscrire des vrais.Mais les dates, toujours exactes, toujours correspondant avec les déclarations à la mairie.\u2014Une vraie femme d\u2019ordre enfin, répondait M.de Tillière, et aussi de conscience.\u2014Oh ! je mourrai tranquille, je n\u2019aurai rien eu à me reprocher.Comme je dis, dans la vie, c\u2019est le devoir!.le bon Dieu n\u2019en demande pas plus.\u2014Vous avez raison, c\u2019est la meilleure, la seule vraie des vérités.\u2014Motus ! nous y sommes.tenez, monsieur, là.Le voltaire, dans lequel s\u2019asseyait le comte, se trouvait tout près de la table.Il n\u2019eut qu\u2019à se pencher pour lire sur le registre quelle lui tendait, mettant lo doigt près de l\u2019inscription, ces quelques mots d\u2019une écriture assez régulière : Mireille Jourdain, dix-sept ans et demi, accouchée d'une fille viable, déclarée sous le prénom de Mireille, père et mère inconnus.\u2014 3 juillet 1878.Le comte avait lu à mi-voix.Tout haut il prononya : \u2014C\u2019est bien ce que m\u2019a raconté madame Bonenfant.\u2014Madame Bonenfant ?.Qu\u2019est-ce que vous dites, monsieur ?\u2014Je sors de chez elle.\u2014La nourrice de la petite, mon ancienne camarade d\u2019école ?.\u2014Parfaitement.\u2014J\u2019avais Uni par croire quelle était morte.\u2014Elle vit si bien que c\u2019est elle qui m\u2019a donné votre adresse.\u2014Ça, c\u2019est trop fort.Pourquoi,quand on était si amies, ne m\u2019a-t-elle jamais fait savoir ce qu\u2019elle devenait ?\u2014Lui pardonnez-vous.quel que soit le motif de ce silence ?\u2014Pour sûr.quoique si je la voyais, je ne lui cacherais pas ma pensée.\u2014Voyons, madame Testin, vous qui avez adopté un enfant.\u2014Que j\u2019aime comme si elle était ma fille, acheva l\u2019herboriste.\u2014Seriez-vous contente, si on venait vous la reprendre ?\u2014Quant à ya, je n\u2019en ai pas peur.C'est aussi une enfant abandonnée père inconnu, mère morte en la mettant au monde.Les Enfants-Assistés l\u2019attendaient.Ça m\u2019a crevé le cœur, je l\u2019ai gardée.\u2014Eh bien, votre ancienne camarade d\u2019école, ainsi que vous, est restée sans héritier.Cette petite fille quelle a élevée, qui s'appelle comme sa mère, Mireille, elle s\u2019est mise à l\u2019adorer.C\u2019est pour empêcher qu\u2019on la lui reprit, que, même à vous, elle n\u2019a plus donné signe de vie.\u2014Ah ! la pauvre femme, c\u2019est pour ya .pauvre Thérèse, va, je comprends.Je lui pardonne.Et l\u2019honnête madame Testin s\u2019écria, faisant un geste qui ferma la bouche à son interlocuteur : \u2014Ne me la donnez pas, son adresse, car si la mère revient, que voulez-vous que je lui réponde ?\u2014Que vous l\u2019ignorez.\u2014C\u2019est pour ya, gardez-la,je n\u2019aime pas mentir, voyez-vous.Je ferais une drôle de figure.Et soupirant : \u2014Et pourtant j\u2019aurais du plaisir à la revoir.On vieillit, ya rajeunirait un brin, de ponsor au temps d\u2019autrefois \u2014Rien ne vous empêchera do la revoir, si vous devenez pour moi et pour elle, une alliée.\u2014Une alliée.Comment ?Dites un peu, monsieur.\u2014Continuons notre conversation, au sujet de ma belle-fille, et je suis sûr que de vous-même vous demanderez à l\u2019être.\u2014Continuons.Pourtant, je n\u2019ai rien à dire, notre compte est liquidé.Savez-vous depuis quand ?Le comte fit non, de la tête.\u2014\tParbleu ! e\u2019le no pouvait pas entrer ici en falbalas, me raconter qu\u2019elle était devenue comtesse, \u2014j\u2019ai eu du mal à croire que c\u2019était comtesse pour tout de bon \u2014 en laissant une dette au fond du sac aux oubliettes.\u201c Elle m\u2019a payée.croyez bien que je ne lui ai pas fait un compte d\u2019apothicaire.recta ce qu\u2019elle me devait.\u2014Mais pourquoi venait-elle vous voir ?\u2014Eh ! pour que je l\u2019aide à retrouver les parents nourriciers, et sa fille par la même occasion.\u2014Je comprends.\u2014Elle m\u2019a même donné la dernière fois son adresse à Asnières, en insistant surtout pou> que je vienne moi-même si j\u2019avais du nouveau, et que je ne m\u2019adresse qu\u2019à elle-même.\u2014Puis, c\u2019est tout ce qu\u2019elle vous a dit ?\u2014C\u2019est tout, jusqu\u2019à présent.\u2014Il est probable, je le répète, qu\u2019elle vous demandera autre chose.\u2014Quoi ?\u2014Votre complicicé dans la mauvaise action qu\u2019elle combine.\u2014Je ne saisis pas.\t| \u2014Ne viens-je pas de vous avertir qu\u2019elle prétend, le jour où elle la retrouvera, pousser sa fille dans mes bras, en me jurant que je suis son grand-père ?\u2014Monsieur, les dates sont là.\u2014Justement.Cette femme, pour moi, en ce moment, est un problème vivant.Mo suis-je trompé sur son compte?Est-elle plus sotte ou plus roué-) que je ne le supposais ?.11 Croit-elle, malgré de nombreux avertissements préalables, me convaincre d\u2019une afliliation consanguine,entre l'enfant qu\u2019elle retrouvera chez ses parents nourriciers et moi ?\" Ou allant jusqu\u2019à a complète aberration, s\u2019apprête-t-elle, en se fanant aider par des gens sans aveu, à la fabrication de quelque acte de naissance, raji unissant suffisamment sa fille, pour qu\u2019il ne me reste point de doute sur la paternité de mon fils ?\u2014Oh ! monsieur, elle n\u2019oserait point aller jusque-là ! \u2014Je me le demande.11 Si elle ne portait pas mon nom, je la laisserais se perdre elle-même.la justice se chargerait de son affaire.\" Mon malheureux enfant a eu la faiblesse, et de le lui donner, et d\u2019exiger des promesses qui m\u2019acculent au fond d\u2019une impasse.\" Je ne veux pas faire traîner sa femme devant les tribunaux, pas plus que je ne veux faire mon héritière de cette petite.qui du reste est charmante \u2014Vous la connaissez ?\u2014Je l\u2019ai vue.Blonde comme la mère, sans en avoir absolument les traits.rien du tout de mon fils.Puis avec un geste de satisfaction : \u2014Me voilà fixé, bien fixé.Il ne me reste plus qu\u2019une démarche à la mairie, pour me rendre un compte officiel, si je puis m\u2019exprimer ainsi, de la situation \" Je ne serai pas plus avancé que je ne le suis, mais enfin, c\u2019est la dernière formalité.Aujourd\u2019hui il serait trop tard, j\u2019irai demain après-midi.\u2014\tEt vous verrez que la date que vous venez de lire là, fit Mme Testin, en remettant l\u2019index sur son grand-livre, est bien celle de la déclaration.\u2014Je n\u2019en doute nullement.Il ne me reste plus qu\u2019à vous remercier infiniment, jusqu\u2019à ce que nous nous revoyions.\u2014Il n\u2019y a vraiment pas de quoi.\u2014Puis-je compter sur votre absolue discrétion relativement à ma visite, au cas probable où vous reverrez ma belle-fille ?\u2014Vous n\u2019avez pas besoin de m\u2019en parler, je pense bien qu\u2019il ne faut rien dire.\u2014Alors, je me fie entièrement à vous ?\u2014Comme vous vous fieriez à vous-même.Elle peut revenir, madame la comtesse, elle ne se doutera point que vous êtes entré chez moi.\u2014Merci encore .Maintenant, si elle vous proposait de devenir sa complice, do l\u2019aider à faire passer sa fille.L\u2019herboriste interrompit : \u2014Ça, elle peut so fouiller.Je suis même très sûre quelle ne me le proposera pas.\u2014Vous croyez ?\u2014Ello me connaît trop.Peut-être tournera-t-elle autour du pot, elle n\u2019ira pns au miliou.\u2014Enfin, si vous vous trompiez dans votre supposition, si elle essayait de vous tenter, laissez-la faire.laissez-lui croire, sans vous compromettre, que vous êtes avec elle.Madame Testin fronya les sourcils. LE SAMEDI 67 \u2014Je ne sais pas mentir, elle y verrait quelque chose,.Puis, pourquoi faire ?\u2014Cela servirait mon plan.\u2014Votre plan ?Il faudrait le connaître.\u2014Je tiens absolument à me rendre compte, si elle est capable de cette infamie.J\u2019ai besoin de cette conviction pour me débarrasser de certains engagements pris, au lit de mort de mon fils, et qu\u2019il n\u2019eût pas exigés, s\u2019il eût bien connu la créature à qui il avait affaire.\" Car peut-on pire que cette femme ?\u2014Je vous plains, monsieur, car en effet, elle n\u2019a pas changé.\u2014Au fond, c\u2019est la même.\u2014Les années devraient pourtant lui mettre un peu de plomb dans la cervelle.\u2014Bah ! ces cervelles-là n\u2019en ont jamais.entendez-vous, jamais ! \u2014Ce n\u2019est peut-être pas de sa faute ; une brave mère, mais un père ivrogne et voyou.Testin, lui, levait beaucoup le coude, pas autant que Jourdain, du reste.Mais il n\u2019était pas voyou.même distingué dans son genre.\u2014Evidemment, non, ce n\u2019est pas sa faute ! l\u2019inconduite du père amène le déséquilibre moral des enfauts.J\u2019admets qu\u2019elle soit irresponsable, elle n\u2019en reste pas moins dangereuse.\u2014Pour ça, oui.\u2014A ma place, vous vous mettriez en garde ?\u2014Bien sûr.\u2014C\u2019est ce que je fais.Son tempérament, je ne l'incrimine pa?, elle n\u2019y peut rien.une hérédité, que n\u2019est pas venue tempérer l'éducation.Mais le reste, le crime, car c\u2019est un crime qu\u2019elle s\u2019apprête à commettre, après le mensonge de douze années !.\" Elle ne l\u2019accomplira pas, c\u2019est tout ce que je pourrai empêcher.11 Quant à la punir, c\u2019est autre chose.Et, si je n\u2019en trouve pas le moyen, Dieu s\u2019en chargera.\u2014Moi, j\u2019y crois, au bon Dieu ! fit gravement madame Testin.Le comte, comme galvanisé s\u2019était mis debout, sans aide, presque d\u2019un seul mouvement.\u2014Alors, demanda-t-il, j\u2019ai votre promesse d\u2019honnête femme?.Pas un mot, pas une allusion à ma visite.L\u2019herboriste leva la main.\u2014Je me ferais plutôt couper la langue, \u2014J\u2019ai foi en votre parole 11 Et maintenant passons à une autre question : je ne veux pas partir sans rien acheter.La marchande fit entendre son bon rire enroué.\u2014Pour le coup, vous êtes libre, toute la boutique si vous voulez.\u2014Un peu de la boutique, cela me suffira.Il repassa dans le magasin, la main droite sur sa canne, d\u2019un pas presque sûr.Et, arrêté vis-à-vis du comptoir, il se fit servir des brosses, du savon, de l\u2019eau de Cologne.Le total se montait à une cinquantaine de francs.S\u2019approchant de la porte vitrée, il appela d\u2019un signe le valet de pied, qui vint chercher le paquet.Et, celui-ci lui présentant l\u2019appui de son bras : \u2014Allez, allez, mon garçon, je gagnerai seul la voiture.Le domestique n\u2019en revenait pas, le cocher non plus, qui de son siège le regardait deux minutes après, traverser le tiottoir.Le comte avait laissé cinq francs pour \" la petite fille adoptive \".Et les deux femmes, qui elles aussi, l\u2019accompagnaient des yeux, disaient dans une même pensée : \u2014Il est généreux, celui-là ! Uniquement pour remonter dans le coupé, le vieillard se laissa soutenir par son domestique.Celui-ci referma la portière, regrimpa sur le siège.L\u2019équipage roula.M.de Tillière se sentait comme l\u2019ajeuni.Le but qu\u2019il poursuivait : confondre celle dont les artifices, non seulement avaient jadis sur le moral de son fils la plus pernicieuse influence, mais qui contribuaient, en le jetant dans une existence abracadabrante, dans une de ces courses aux plaisirs qui ont raison des plus vigoureux, à user suffisamment sa santé, pour que la maladie eût prise sur lui, à la première attaque, l\u2019emportât de la façon quasi foudroyante dont il avait été emporté, \u2014 ce but l\u2019arrachant à son oisiveté forcée, lui donnait une force certaine.Le mal, lent et sûr, d\u2019année en année, de mois en mois, de jour en jour1 gagnant du terrain, destiné à progresser jusqu\u2019à la parlysie générale ou la fin subite et brutale, se taisait tout à coup.Sans l\u2019espèce de faiblesse qu\u2019il lui laissait, le comte de Tillière eût pu se croire revenu à dix années en arrière.Oui, c\u2019était quelque chose, ce but.Mais il en avait un autre, lui tenant autant au cœur et plus peut-être.La mise en liberté, la réhabilitation de cette jeune femme qu\u2019il connaissait toute petite, dont le père était son amp Eve Brîssol, aujourd'hui madame Jacques Vallurier.La malheureuse reprit brusquement possession entière de son esprit.Il avait donné au cocher l\u2019adresse du beau-père, l\u2019ancien procureur général Vallurier.La veille, le comte prévenait par letti'o celui-ci do sa visite, en lui en indiquant le mobilo.Il arriva chez lui cinq minutes avant l\u2019heure convenue.Basfien, le domestique corse, le fit entrer dans le cabinet de travail de son maître.L\u2019ex-magistrat parut presque aussitôt.Il tendit la main au visiteur.\u2014Je vous connais de nom, monsieur ; ma pauvre petite bru a parlé plus d\u2019une fois de vous, devant moi.Et je suis content de trouver en vous un de ses défenseurs.\u2014Certes, monsieur, répliqua le comte, répondant chaleurousemont à l\u2019étreinte de son interlocuteur ; vous me voyez également heureux de sentir que votre opinion et la mienne, par rapport à cette infortunée, sont les mêmes.» Je la crois innocente.\u2014Moi aussi, absolument.\u2014J\u2019étais venu pour connaître votre opinion.Je vois quo je n\u2019aurai pas besoin de la discuter, nous soramos sur le même terrain.Je vous demanderai seulement très franchement : Et son mari, que pense-t-il ?M.Vallurier eut un gesre bref : \u2014Son mari est toujours malade.\u2014Sauvé cependant ?\u2014Les médecins le pensent.Cependant, toute surexcitation lui serait extrêmement nuisible.Il le sont comme nous.Il no parle que de ses enfants, et nous ne lui parlons que des petites.\u2014Votre opinion à vous, monsieur, à vous, son père ?\u2014C\u2019est qu\u2019il se trouve partagé, entre la conviction de la non-culpabilité.et.\u2014Et celle de la culpabilité ?\u2014Non pas positivement, mais le doute.le doute terrible.la peur que ce soit elle.elle qu\u2019il adorait, qu\u2019il adore encore.\u2014Comment peut-il l\u2019adorer et douter ?\u2014Mettez-vous à sa place.Les présomptions les plus terribles, de ces présomptions qui constituent des preuves, s\u2019élèvent contro elle.C\u2019est ce qui va faire changer certainement son arrestation provisoire, en prison préventive .11 Connaissez-vous les détails, les avez-vous lus dans les journaux ?\u2014Oui, ils sont évidemment, ce qu\u2019on appello probants .ils le sont du moins pour la masse.11 Mais pour nous.pour moi qui ai vu naître cette enfant, qui ai connu les parents, leur éducation, leur caractère.et le caractère surtout de cet fillette, élevée dans des principes aussi hauts qu\u2019on puisse les placer.Moi qui l\u2019ai suivie jeune fille, comment me serait-il possibie de voir en elle, jeune femme, mariée par amour, mère certainement dévouée, tenue rien que par ses enfants, dans le droit chemin, non seulement une épouse indigne, une mère dénaturée en ce sens qu\u2019elle déshonore ses filles, mais une misérablo empoisonneuse !.une femme versant à celui quelle aime, au père de ses enfants, la mort goutte à gontte ?.a Comment voulez-vous que je croie à cette monstruosité ?\u201c Elle est folle ?11 Non.» Si elle n\u2019est pas folle, elle est innocente.\" Et si elle est innocente, il faut la réparation éclatante.\u2014Vous avez raison, monsieur.\u2014Eve n\u2019a plus personne que moi.\u2014Et nous, fit M.Vallurier.Le comte eut un mouvement presque violent.\u2014Vous ?.son beau-père.lui, son mari.11 Mais le doute, la peur dont vous venez de parler, passera do lui en vous.elle y est peut être déjà passée, c\u2019est fatal.Jurez-moi, monsieur Vallurier, qu\u2019elle ne vous a pas effleuré.L\u2019ex-procureur général secoua son front chargé de soucis.\u2014Je ne puis le jurer.\u2014Vous voyez .je reste le seul.oui, allez, je le sens, et rn\u2019eus-siez-vous dit le contraire, le seul.\" Qu\u2019on accumule les preuves, je n\u2019y croirai point, jo resterai encore et toujours son défenseur convaincu, je le répète ; le seul ! \u2014Hélas ! peut être ne vous trompez-vous pas.C\u2019est là surtout pour nous, mon fils et moi.et je dirai aussi seR deux amis, le doo-teur SauBsaye et M* Terreuas, c\u2019est là le côté le plus torrible do la situation.a Mon fils a failli mourir ompoisonné.IL va mieux, il guérira, son tempérament robuste commençant à prendre le dessus.la secousse physique s\u2019atténue.Mais le moral ! ii II faut savoir ce qu\u2019était pour lui sa femme, son Eve.Homme d\u2019intérieur et homme de science, avec les moindres minutes de son existence occupées, pour Jacques rien n\u2019oxistant qu\u2019elle et ses tilles,.Moi peut-être après,.L\u2019affection de l\u2019enfant vis-à-vis des 68 LE SAMEDI parents, pour si grande (|u\u2019elle soit, s\u2019amortit et se détourne ; elle se fixe sur les têtes innocentes qui deviennent à leur tour le point de jonctions, si je puis m\u2019exprimer ainsi, do l\u2019amour entre le père et la mèro.\u2014Non, l\u2019uflèction ne remonte pas, elle descend toujours.\" Jacques ne vivait donc surtout que par ces trois êtres.\u201c Combien de lois n\u2019ai-jo pas surpris, son 1 egard attaché sur sa femme, un regard qui ne pensait point à cacher la passion, l\u2019admiration, la tendresse immense enfin, causée par son charme, sa beauté, îles qualités d\u2019esprit et de cœur, qui faisaient dire au mari : \" C\u2019est une perle, mon Eve.\u2014Le mot n\u2019est pas exagéré, fit le comte do Tillière, j\u2019avais prévu dans la jeune fille, ce que serait la femme.Et M.Vallurier suivrant 5.voix haute, la marche des souvenirs : \u2014Puis, ses yeux à elle, son attitude, sa voix, disaient la même chose ; plus d\u2019une fois également, je l\u2019ai vu et je l\u2019ai senti.» Quoi (ju\u2019il soit advenu, ccs deux êtres-là se sont aimés ardemment, pleinement sans arrière-pensée.\u2014Et que voudriez-vous qu\u2019il soit advenu ?qu\u2019aurait-il pu advenir ?\u2014Jacques n\u2019a-t-il pas laissé échapper, que sa femme allait retirer une correspondance poste restante ?\u2014Est-ce vrai ?\u2014Il l\u2019a fait surveiller.Elle y est bien allée plusieurs fois.\u2014Et vous déduiriez de ceci ?\u2014Que.qu\u2019elle avait sans doute.un complice.Le comte demeura quelques secondes sombre et silencieux.Puis, hochant la têto : \u2014Je ne le crois pas.Cependant, admettons.\" Est-co parce qu\u2019une femme a d\u2019autres affections qu\u2019elle empoisonne son mari ?\u2014Non.Mais si nous voulons tout chercher, ce peuLôtre une indication.\u2014Je parlais.il y a un instant, de folie.Alors,on l\u2019aurait rendue folle ?\u2014Il faudrait l\u2019admettre.\u2014La fille do mon vieil ami le colonel Brissol était absolument équilibrée, je ne m\u2019arrête pas à cette hypothèse.La faute commise ne lui eût pas fait perdre la raison.11 Voyiez-vous souvent vos enfants, monsieur ?\u2014Plusieurs fois par semaine lorsque j\u2019étais à Paris.11 Depuis un mois, j\u2019habitais Nice.C\u2019est de là qu\u2019on m\u2019a rappelé par télégramme ; les journaux lus en route m\u2019ont appris l\u2019incroyable nouvelle.J'ai cru que j\u2019allais suffoquer.\u2014Je le comprends.Quelle fut votre première opinion ?\u2014Que l\u2019accusation pesant sur ma belle-tille était la dernière des infamies.\u2014Et aujourd\u2019hui ?\u2014Je le pense toujours.ellleuré cependant, suivant votre expression, par la peur.\u2014Je le comprend tout autant.C'est la lutte dans votre âme.\u2014 Comino dans celle de mon malheureux fils.11 Car le plus à plaindre, voyez-vous, c\u2019est certainement encore lui.\u2014Peut-être.et pourtant .Envisagez la situation morale de cette femme.si elle est innocente.\u2014Voyez.vous-même, vous dites : si.\u2014Pour me placer à l\u2019unisson de vos impressions.Car moi, sur ce que j\u2019ai de plus sacré, sur la tomb;' de mon fils unique, je crois à son innocence.\u2014Et moi,\u2014fit l\u2019ancien magistrat,\u2014l\u2019ancien substitut d\u2019Ajaccio\u2014 jo veux continuer à y croire ! L\u2019expression do lutte, de souffrance était telle, sur le visage de cet homme plus âgé que lui, aux cheveux et la barbe de neige, que le comte de Tillière, à son tour, lui tendit spontanément la main.\u2014Jo vous plains.Cette confiance vous reviendra.Vouîez-vous que nous nous unissions pour essayer do percer le mystère elfroyablo de cette affaire ?.Il existe.Débrouillons donc ci que peut-être la justice n\u2019arriverait pas à débrouiller.\u2014Jo ne demande qu\u2019à y parvenir, sans soupçonner par quel moyen.sans voir la route où doivent se diriger mes pas.-ans éclaircir, enfin devant moi.C\u2019est dans mou esprit, un chaos inimaginable.Quel homme peut être assuré do finir sa vie dans Je calme?.Croyais-je qu\u2019à mon âge, le malheur, et un pareil malheur, put fondre sur moi ?M.de Tillière eut un mouvement lent de la tête.\u2014Jusqu\u2019au seuil de la mort, le malheur, quel qu\u2019il soit, peut toujours nous atteindre.Quel est celui qui ne s\u2019est pas demandé plus ou moins de fois, au cours de sa carrière, pourquoi nous sommes sur terre, quel caprice de la nature nous y jette ou plutôt quelle cruauté ?.Chacun, plus ou moins c\u2019est vrai, mais il en est bien peu qui l\u2019esquivent, a sa part de déboires, de douleurs.11 J\u2019ai eu la mienne et je ne sais comment, seul, sans aucun dé- vouement, même sans aucune affection, malade, à peu près infirme, je puis continuer à traîner les jours insipides d\u2019un inutile.Ce fut au four de M Vallurier à interrompre.\u2014Vous n\u2019êtes pas un inutile, puisque vous surgissez pour défendre celle.que plus personne, bientôt, ne.no pourra défendre.La voix était oppressée, l\u2019expression plus tourmentée encore (1e la physionomie décelait le combat intérieur, violent, tumultueux.Et le cornt i vit deux larmes jaillir, lourdes comme des gouttes de plomb, des paupières fatiguées par l\u2019insomnie, la lièvre, peut-être déjà par les pleurs.M.Vallurier, assis devant son bureau, y appuya les coudes, .prit sa tête blanche dans ses deux mains, et les yeux fixes, la gorge de de plus en plus serrée : \u2014Ai-je dans ma vie failli au devoir, ai-je commis ce qu\u2019on appelle un crime, pour qu\u2019une pareille catastrophe frappe ma vieillesse ?.Il abaissa ses mains, se retourna vers son visiteur, le regarda.\u2014Tout chancelle, monsieur, dans de pareils moments, tout.Je me croyais un esprit dégagé des superstitions, jo me croyais un incrédule, il me paraissait qui ri bas, une seule loi nous dirige, une seule force aveugle et contradictoire, celle qu\u2019on appelle destin, hasard, des mots vagues qui ne disent rien \"Je croyais à l\u2019inanité de tout, et haussais les épaules lorsque j\u2019entendais parler de la justice de Dieu.\" Moi, magistrat contraint de par mes fonctions toutes spéciales à appeler sur les criminels plus ou moins coupables, plus ou moins responsables, d\u2019affreux scélérats, ou des malheureux poursuivis par cet implacable et idiote fatalité, les foudres de la justice humaine, \u2014 n\u2019ayant jamais constaté la manifestation occulte de quelque puissance au-dessus, si ce n\u2019est celle-là qui frappe en aveugle,je demeurais le sceptique, ou du moins l\u2019indiffèrent que nous sommes pour la plupart.\" En quelques jours, j\u2019ai chaDgé.\"Je le le répète,je n\u2019ai pas failli au devoir; ma carrière de magistrat est sans reproche ; comme homme, je fus ce que sont tous les hommes, sujets à des faiblesses, à des entraînements qui n\u2019engagent point leur conscience.Le comte se demandait un peu où cette digression devait les mener.L\u2019aucien magistrat rapprocha un peu son fauteuil de celui du comte.Il se pencha vers lui.\u2014Je parle à un ami ?\u2014Certes.Je le répèle, le but que nous poursuivons, moi avec une confiance inaltérable, vous en ne demandant qu\u2019à reprendre confiance, nous lie absolument.\u2014Je puis compter sur votre discrétion complète ?\u2014Toute entière.\u2014Eh bien, cette idée me poursuit.Elle m\u2019est entrée dans la tête et elle y resta clouée avec la sensation pénétrante d\u2019une blessure physique \u2014 Quelle idée ?\u2014J\u2019ai dans mon passé, dans ma jeunesse.avant mou mariage.une vilaine page.\u2014Ah! M.Vallurier ouvrit la bourbe, la referma, hésita encore, puis se leva en repoussant, d\u2019un mouvement nerveux, son fauteuil.\u2014Oui, c\u2019est mon teul, mou vrai remolds.\" Ma femme veste le souvenir le meilleur, le plus doux, auréolé du respect dont on auréole cdles qui furent des saintes.» J\u2019ai été le père attentif et tendre, le père chérissant son enfant, que je me retrouve aujourd\u2019hui.\" Je fus le magistrat intègre.remplissant sa tâche sans défaillance, sans animosité, inaccessible aux tentations que telle ou telle famille pour innocenter un des siens, qui la déshonorait ou n\u2019éprouvant plus que la pitié suprême qui porte à sauver la chair de sa chair, faisait par un moyen ou par un autre miroitera mes yeux.\" Je n\u2019ai jamais fléchi.\" Mais, je le répète, monsieur de Tillière, dans ma jeunesse, pourtant ayant l\u2019âge de la raison, l\u2019âge de mesurer la portée de mes actes, j'ai commis une mauvaise action.Le procureur général, après quelques pas agités dans la pièce, était revenu à sa place.Il prononçait ces derniers mots, penché de nouveau vers celui qui l\u2019écoutait, attentif et surpris.Le comte ne demanda point : \u2014Laquelle ?L\u2019aveu viendrait de lui-même.\u2014J\u2019ai abandonné une pauvre fille corse à laquelle j\u2019avais imposé un mariage simulé, pour me marier.Elle s\u2019appelait Rosirai Santos et nous avons un enfant.(A suivre.) "]
de

Ce document ne peut être affiché par le visualiseur. Vous devez le télécharger pour le voir.

Lien de téléchargement:

Document disponible pour consultation sur les postes informatiques sécurisés dans les édifices de BAnQ. À la Grande Bibliothèque, présentez-vous dans l'espace de la Bibliothèque nationale, au niveau 1.