Le samedi, 1 avril 1902, Supplément 2
[" VoL xm.Ko 45 LE SAMEDI I7:i FEUILLETON DU \"SAMEDI\", 12 AVRIL 1902a» La G-riffe d\u2019Or TROISIÈME PARTIE Xa\u2019Accusee XVI.\u2014 (Suite et JinJ Vide aussi la poche où il cachait le manuscrit à l\u2019encre rouge semblait le déversoir de ses colères, de sa douleur et de sa fièvi On l\u2019avait volé.Oui?Morissot.Et Morissot naviguait.Deux jours après ce déjeuner gai et copieux auquel il le conviait, il venait lui dire que le mariage qu\u2019il croyait contracter à son tour, ne lui convenant décidément pas, il se décidait à reprendre un poste de médecin de bord.Leur acte d\u2019association n\u2019était pas signé, et Pavinia lui trouverait facilement un remplaçant.Donc, Morissot était en raer.Le misérable savourait, en plein Océan, sa vengeance.Il devait avoir détruit ce papier.Quo faisait-il du manuscrit ?Lorsque Pavinia annonça à sa femme cette diparition il ressemblait à un cadavre.Les yeux qui roulaient dans les orbites étaient des yeux de bête en folie.Celle-ci éprouva plus le sentiment de la peur, que celui de la déconvenue.-Elle trouva un mot qui le remit relativement.\u2014Le comte a certainement mentionué sur son testament ce don à mon égard.\u2014Croyons-le, fit-il, et partons ! Us étaient maintenant dans l\u2019étude, l\u2019angoisse au cœur et la pâleur au front, presque aussi l\u2019émus l\u2019un que l\u2019autre.Avec eux, Mtre Jules Terrenas, le docteur Saussaye, la petite Mireille Bonenfant, et l\u2019architecte Roger Cameron, ce dernier extrêmement surpris d\u2019avoir été appelé, aussi surpris qu\u2019Andrée Hellin, mandée et accompagnée do sa mère.En substance, voici ce que disait le testament olographe, rédigé dans toutes les règles, et parfaitement valable bien qu'il eût été écrit vingt-quatre heures seulement avant la mort foudroyante du testateur.L\u2019acte ne faisait d\u2019ailleurs que confirmer, avec deux ou trois clauses en plus, un acte antérieur seulement de quelques jours, et remis également entro les mains du tabellion.Le comte Roger de Tdlière faisait madame Eva Vallurier, sa légataire universelle, à charge à elle, d\u2019exécuter ses dernières volontés, et de se charger des legs plus ou moins considérables, qu\u2019il indiquait.D\u2019abord: trois cent millo francs, à Mireille Bonenfant, père et mère inconnus, élevée par de bonnes gens, auxquels il constituait une petite rente viagère.Secondement à mademoiselle Andrée Helün, une dot de cent mille francs ù condition qu\u2019elle épouse M.Roger Cameron.Troisièmement, \u2014 on trouverait dans le tiroir à double fond de son bureau lo plan exact, depuis longtemps élaboré, de ce qu\u2019il voulait, \u2014 les deux tiers de sa fortune, qui se montait à près de cinq millions, affectés à la construction d\u2019un sanatorium, à l\u2019endroit le plus proprice, aux environs de Paris, destiné aux tuberculeux, en mémoire de son fils unique, mort phtisique à trente-six ans.La construction de ce sanatorium serait confiée ù M.Roger Cameron, à la condition expresse qu\u2019il se marie avec Mdo Andrée Hellin.Le regard doux d\u2019Andrée répondit au regard de Roger, doux aussi, avec une sorte de remords pour sa résistance passée à sa conscience, ù son cœur Il l\u2019épouserait, celle qu\u2019il aimait et qu\u2019il avait prétendu sacrifier à sou ambition surexcitée par la nécessité.Le comte de Tillièra réglait les conditions de paiement de ces legs, fixait la somme destinée à sa fondation, celle qui devait revenir à madame Jacques Vallurier, née Eve Brissol ; un million et demi, \u2014 après s\u2019être arrêté aux rentes viagères à do vieux domestiques.Madamo Jacques Vallurier avait la forte part.C\u2019était tout.Lo nom de sa belle-fille ne se trouvait mémo pas mentionné.Et Pavinia et sa femme, so regardaient, blêmes.Le premier s\u2019avança vers lo notairo.\u2014Et mes cinq cent mille.mes.cinq.cent mille.francs ! \u2014Remettez-moi, contre reçu, l\u2019engagement du comte do Tillièro, je le ferai valoir à la succession.Le magnétiseur ouvrit encore la bouche.De sa gorge, aux muscles contractés, sortit comme un son rauque.Il fit un terrible effort, les veines du cou, saillant comme des cordes, les prunelles roulant dans lo blanc des yeux striés de sang.Puis il eut un éclat do rire aigu, sauvage, effrayant.Sans plus voir personne, il bondit du côté de la porte que lo premier clerc venait d\u2019ouvrir, le bouscula au passage.Il hurlait : \u2014Morissot ! Morissot !., Je vais tuer Morissot ! Il sembla que d\u2019en bas do l\u2019escalier, la voix arrivait encore : \u2014Morissot ! Morissot ! Je vais tuer Morissot ! qui On se regarda épouvanté.Un homme tomba sur un siège, c\u2019était M.Vallurier père, quo son fils fit transporter chez lui dans une voiture d\u2019ambulance urbaine, après un quart d\u2019heure de soins et de vaines tentatives pour le rappeler au sentiment.Le docteur Saussaye et lui étaient du mémo avis : attaque «l\u2019apoplexie avec hémiplégie du côté droit.La dernière personne qui quitta l\u2019étude fut madame Pavinia, immobile et blanche, durant ces scènes tragiques, comme une statue.Il lui restait sa maison d\u2019Asnières, achetéo quatre-vingt mille francs et qu\u2019elle ne revendrait peut-être pas moitié prix.En bas, dans le vestibulo do la maison, ello fut arrêtée par une jeune fille, celle qui prétendait continuer s\u2019appeler Mireille lion-enfant.Simplement, celle-ci lui dit : \u2014Madame, vous savez ce quo je vous ai promis, si un jour vous vous trouviez malheureuse, de me souvenir que vous êtes ma mère.\" Mon mari et moi\u2014j\u2019épouse dans quelques semaines M.Jules Terrenas \u2014 nous ne vous laisserons manquer de rien.je vous le promets.\u2014Merci, murmura Mireille Jourdain, qui s\u2019appuya au chambranle de la porte cochère, tandis que ses yeux, d\u2019où jaillissaient brusquement deux larmes, empreints pour la première l\u2019ois d\u2019un sentiment vrai, suivaient l\u2019enfant blonde qui s\u2019en allait svelte et légère, lame grande, le coeur haut, dans lo poudroiement d\u2019or dont le soleil nimbait ses dix-huit ans.Rosina Santos, la mère farouche et désespérée, a retrouvé son fils, après une semaine d\u2019affreuses transes, ù Bicêtre, dans une cellule d\u2019aliénés.Huit jours et huit nuits, le malheureux avait erré on ne savait où, se nourrissant d'on no savait quoi, cherchant toujours Morissot.Puis, une crise de folie furieuse quand doe gardiens de la paix l\u2019arrêtèrent comme vagabond.La préfecture prévint la mère.Son fils ne la reconnut pas.Et jamais plus il ne devait la reconnaître.Jacques Pavinia, jusqu\u2019au jour où la mort figerait son corvcau atteint d\u2019une lésion inguérissable, hurlerait et écumerait, ù moins que la stupeur, qui suit les crises auxquelles le plus robuste organisme semblerait devoir céder, no lo terrassât comme une brute \u2014Toi, disait-il ù sa mère, quand cette intuition de l\u2019avenir pour lui venait de lo saisir, je te reconnaîtrai toujours.h Quand tu viendras me voir parmi lo troupeau de déments, je recouvrerai la raison, j\u2019entendrai ta voix.Sa voix, il ne l\u2019entendait pas.Et il venait ù Rosina des lueurs rouges devant ses yeux qui pleuraient des larmes sanglantes.Ello ( ût tué pour la venger.Sa passion de mère capitula devant sa haine Elle accepta qu\u2019on plaça son fils infortuné, la vraie victime do son mariage, dans la maison de santé du docteur Blanche, en première classe, afin que si de loin on loin, une lueur de raison revenait en lui, il pût se croire, ce qui avait été un peu son idée fixe, riche, avec de la gloire, de la renommée.Son amoureux d\u2019autrefois, le vieillard paralysé, immobile dans un fauteuil, jusqu\u2019à ce que la tombe lo prît, avait pu «1e sa langue empâtée, exprimer un désir ardent, que le deuxième fils oubliant la vengeance odieuse, exécutait.C\u2019étaient son père et son frère qui faisaient entrer le fils do Rosina Santos chez le grand aliéniste.Un jour la presse donna, arrangé par les soins de Mtre Terrenas et le juge d\u2019instruction lui-même, qui réparait envers madame Vallurier l\u2019erreur envoyant celle-ci à Saint Lazare,l\u2019épilogue «le 1\u2019 \"Affaire Vallurier \".(1) Commencé dans le numéro du 21 décembre 1901. 174 LE SAMEDI Le docteur Pavinia avait, avant d'avoir été frappé de folie, rédigé la confession do son crime, l'empoisonnement par suggestion, par ordres que son sujet oxécutait avec une ponctualité terrifiante, du mari, en s\u2019y prenant de façon, sans négliger les dénonciations anonymes, it jeter sur la femme le poids du crime.Motif: rancune de jeunesse, que son caractère de Corse, son besoin de vendetta, poussaient jusqu\u2019à l'infernale machination, atteignant la limite de l\u2019envergure des cerveaux humains.Car on avait trouvé dans le double fond du bureau qu\u2019indiquait sur son testament lo comte de Tillière, le manuscrit on lettres rouges, adressé par Jacques Santos à son père et à son frère.Madame Eve Vallurier était entièrement réhabilitée.Et les discussions, les polémiques, autour do la puissance limitée ou illimitée de la suggestion, de reprendx-e leurs cours entre les adoptes, l\u2019Ecole de Nancy et l\u2019Ecole de Paris, encore une fois aux prises, cette dernière battue dans toutes les règles.Mireille Bonenfant s\u2019ost appelée, dès le commencement de juin, madame Jules Terronas.Quinze jours plus tard, Roger Cameron épousait \u2014 un mariage discret où il n\u2019y avait que les témoins et la famille \u2014 la petite Andrée Ilellin, qui devait bénir comme sa mère ce bienfaiteur qu\u2019elles avaient à poino vu, qui donnait à l\u2019une lo bonheur, à l\u2019autre la quiétude et la joio.La joio ! Hélas ! Comme s\u2019il eut attendu pour partir lo mariage de cotte soeur chérie, avec lo patron pour qui il s\u2019était senti de la peur, le petit Pierre, le blondin aux cheveux bouclés, à la dernière période d\u2019une phtisie galopante, trois jours plus tard, tranquillement, en parlant, sa soeur et son beau-frère au pied do son lit, sa mère à son chevet qui lui tenait la main, rendit sa frêle âme, où s\u2019était ouverte pour se refermer sans retour, la vision de la vio.La bouche do l\u2019enfant se figea sur l\u2019oreiller.La mère poussa de grands cris do douleur, la soeur, à genoux, priant, sanglotant.L\u2019homme, debout, le front pâle, un voile sur les yeux, arraché à son rêve d'amour, regardait le fin visage blême, l\u2019immatérielle et sereine imago qui semblait le rêve de la mort.Lo petit Pierre qui avait ou sa part de peine s\u2019en allait bien heu-roux.Il no souffrirait plus, il no connaîtrait plus rien du mal de vivre, il ne connaîtrait rien du mal d\u2019aimer.Les tombes étroitos où les mères portent des fleurs sont les tombes des élus.Lo bonheur entier, lo bonheur aussi complet qu\u2019on peut l\u2019avoir sur terre a reparu chez le docteur Vallurier.Le formidable ouragan est loin, non souvenir n\u2019eflleure Eve et Jacques que pour leur faire goûter plus complète l\u2019heure présente, la paix quotidienne au milieu de l\u2019existence occupée de l\u2019époux, de celle de l\u2019épouse que ses devoirs de mère, de maîtresse de maison, de mondaine que sa situation oblige à bien des concessions, ne laisse jamais oisivo.Eve et Jacques s\u2019adorent davantage, si c\u2019est possible, en englobant dans leur tendresse les deux jolis démons qu\u2019on appelle Eve-ltose \u2014 pour qui l\u2019on conservera intact l\u2019héritage de cet ami, de co philanthrope, de cet honuête homme qui s\u2019est appelé le comte de Tillière.Lo jeune ménage Terrenas et le ménage Sausnayo font, pour ainsi dire, partie do la famille.S'il est un adoucissement à la tristesse que son cerveau garde à l\u2019état latent, Jacques Vallurier, l\u2019ancien procureur général, le jeune et fringant substitut qui fut le premier mari do Rosina Santos, l\u2019éprouve avec le sentiment du bonheur des deux innocents qui failliront payer pour lui, et la vue journalière des jumelles dont les petits bras ont de doux enlacements, autour de sa tête blanche, où flotte le remords.Pauline Warth, ou plutôt Nella, sortie après trois longs mois de son sommeil léthargique, et sans plus se rappeler de cette station à l\u2019Hôtel-Dieu, que de son passé, a été réclamée par l\u2019Ecole do Nancy qui lui assure, comme sujet confirmant sa thèse, un avenir matériel et même moral, exempt d\u2019aucun souci.Ernestine Truchon a épousé Joseph Grandier, joué à l\u2019Odéon, au lendemain de son mariage ; son frère Er- est, à qui l\u2019oxpiication de Mme de Tillière portait un coup plutôt brutal, a pris le parti de s\u2019engager pour devancer le service mslitaire.Son père lui envoie l\u2019argent qu\u2019il dema.nde, il se déclare heureux au régiment, et préfère se préparer pour Saint Maixent que de rentrer dans la vie civile.Les bravos Bonenfant, complètement rentiers, et qui voient lour Mireille chaque jour s\u2019ils le veulent, sont les plus heureuses gens du monde.Mme de Tillière a vendu sa maison d'Asniéres et a rejoint à New-York, où il fait de la clientèle.ce 11 petit Morissot \", trop fou d\u2019amour pour ne pas lui pardonner sa trahison, et à qui elle a pardonné, elle, de n\u2019être pas la femme, ou plutôt l\u2019esclave du magnétiseur Pavinia Lorsqu\u2019elle pense à sa fille, c\u2019est pour se dire qu\u2019avec elle, on cas de malchance nouvelle.elle a du pain sur la planch\".Quand la brave et bonne petite Mireille, aujourd\u2019hui une des plus élégantes et des plus jolies jeunes femmes de Paris, mère de deux beaux bébé, aimant son mari autant qu\u2019il l'aime, et co n\u2019est pas peu dire, songe à sa mère, c\u2019est pour penser que l'houro sonnera où, malheureuse, elle viendra lui demander de tenir sa promesse.Et les jours s\u2019écoulent, la vie passe.Notre misérable planète continue sa marche implacable, autour do l\u2019astre qui brûle, tandis que s\u2019agitent les passions nobles ou malsaines, les calculs puérils, les ambitions coupables des êtres infirmes qui y gravitent.FIN.mmmst S! voua fcois&s*!?; prenas h "]
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