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Titre :
Le samedi
Éditeur :
  • Montréal :Société de publication du "Samedi",1889-1963
Contenu spécifique :
Supplément 2
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque semaine
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Le samedi, 1903-10, Collections de BAnQ.

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[" Vol.XV, No 21.LE SAMEDI FEUILLETON DU \u201cSAMEDI\u201d, 21 OCTOBRE 19030) Dette Sacrée ! No 8.\t- TROISIEME PARTIE ÏjH C o in tesse ï jpo jol« VIII.\u2014COMl'AONONS DK 8 ET K (Suite) Sus compagnons de plaisir étaient ordinairement de la Roche et Armand Trémanzey.Armand Trémanzey principalement.Rien que Jane, la douce enfant du banquier Oérald, l\u2019épouse amoureuse, la femme éprise de la gloire de son mari, eût fait aménager a l'intention de celui-ci un atelier somptueux, presque princier, jamais, depuis son mariage, Armand n\u2019avait consacré un instant au travail.A quoi bon, d\u2019ailleurs, puisqu'il avait à sa discrétion la fortune m sa femme, où il puisait largement.Oh! les beaux billets de mille qui constituaient la dot de celle-ci, comme il leur faisait danser une sarabande effrénée!.Et malgré qu\u2019aucune plainte ne sortît jamais des lèvres de Jane, son père s'inquiétait pourtant de la voir parfois si pâle, les yeux meurtris, rougis comme par des larmes.Sa sollicitude paternelle s\u2019alarmait, avertie par un instinct.11 devinait en partie la vérité qu'on lui cachait.Mais quand il interrogeait Jane, tout de suite celle-ci l\u2019interrompait.Et les bras enroulés au cou du banquier elle protestait : \u2014Voyons, père, que vas-tu t'imaginer là.Moi, malheureuse.Allons donc!.Pour ne pas être satisfaite de mon sort.il faudrait que je fusse bien exigeante.Armand a.quelques petits défauts sans doute.Quel est celui qui n\u2019en a pas ici-bas?.Il est pour moi plein de tendresse.plein de prévenances.Que puis-je demander de plus ?.\u201cTu t\u2019alarmes à tort, mon pauvre père.Elle l\u2019embrassait bien fort, d\u2019une façon qui n'était pas naturelle, comme si la jeune femme eut voulu cacher une émotion très grande, très profonde.Et le \"pauvre père\u201d se taisait.Néanmoins, il hochait la tête comme si les paroles de sa fille ne \u2019\u2019eussent pas convaincu.Mon Dieu! souffrirait-il donc toujours du même doute?.Jane se cachait-elle de lui?.Et ce cœur, ce pauvre cœur d'enfant, par pudeur, par fierté ne livrerait-il jamais le secret de sa blessure?Mystère.Durant ce temps Armand s\u2019amusait.Il se livrait à mille excentricités.à mille folies.Il était l\u2019un des rois du monde où l\u2019on cascade.Il s'offrait l\u2019amour des plus belles.Que lui importait, n'était-ce pas l'argent de sa femme qui payait les frais de l'orgie?.Après nous la fin du monde!.Ce soir-là le fils de l'ancien notaire, de la Roche et le comte Roger d\u2019Esclabert étaient réunis dans un cabaret de nuit célèbre des environs de l'Opéra.Trois chanteuses d\u2019un café-concert du boulevard de Strasbourg les accompagnaient.Le souper avait pris fin, copieux, largement arrosé de vins fins et généreux.Trop arrosé peut-être.Une femme s\u2019était levée.Elle s\u2019approcha du comte Roger.Celui-ci pencha le buste, voulut l\u2019attirer àlui.Mais dans le mouvement qu\u2019il fit, un porte-cartes, très riche, très élégant, en cuir de Russie, glissa d\u2019une de ses poches sur le tapis.La femme l\u2019avait aperçu et, tout de suite, s\u2019en était emparé.Elle le porta à son visage.Puis elle s'exclama: \u2014Parfumé à la violette.discrètement.cela vient d\u2019une grande dame.\u2014Allons, rends-lc-moi, dit-il sur un ton de mauvaise humeur.La main se tendait.Mais la sotipeusc recula.amusée.gouailleuse.(1) Commencé dans lu mnnôro du S septumbru lîHtt.S3 \u2014Tout à l\u2019heure, monseigneur.Autour d'elle les têtes se redressaient.et curieusement les yeux se fixaient sur la jeune femme et sur le comte Roger.Armand Trémanzey, comme les antres, suivait les péripéties de cette scène inattendue.Il était 1res rouge, le visage congestionné.Maintenant le porte-cartes passait de main en main.Cela devenait un jeu.Chacun le humait.\u2014Oui.exquise, celte odeur.\u2014Parfum de fleur fanée.\u2014Comme les amours d\u2019autan, hélas! L\u2019objet arrivait à Armand Trémanzey sa.ns que le comte, qui cherchait a le reprendre, eût pu s'en emparer.Le sculpteur eut un mouvement de surprise.\u2014Tiens.tiens.articula-t-il.El il se mit a examiner attentivement le chillre d'or qui ornait i un des coins du porte-cartes.le chi11 re lait de deux initiales entrelacées.\u2014C\u2019est étrange.murmura le fils de l'ancien notaire.h.t il eut comme un ricanement.\u2014Quoi est étrange?.demanda vivement le comte qui.surgissant soudain près d'Armand, reprenait ce qui était sa propriété.\u2014\tRien.ce sont des souvenirs qui me reviennent à l'esprit.\u2014A propos de ce porte-cartes?\u2014Non.mais a propos du chiffre qui v est imprimé.\u2014Ce chiffre.vous le connaissez?.\u2014()ui.i! me semble.Il s'était rejeté en arrière.il passait la main sur son front.\u2014\tMon Dieu! que je suis stupide.la l\u2019innée du champagne brouille les idées dans mou cerveau.mais cette fumée se dissipe.maintenant je me rappelle.'Debout près de lui.le comte Roger.légèrement pà!e, le dévisageait De la Roche et les trois femmes subitement se taisaient, intrigués.Après un instant de silence, Armand reprit : \u2014D abord, mon cher comte, une question: l\u2019ornez-vous me dire à qui appartient cet objet?\u2014A moi parbleu ! \u2014Je n\u2019en doute pas.Mais, avant d\u2019être à vous il était.à d\u2019autres.l'iens.tiens, voyez-vous, monsieur de la l\u2019alisse.s'exclama une femme en riant bruyamment.Les autres firent chorus.Le comte Roger n\u2019avait pas répondu.11 semblait réfléchir.h.t malgré les efforts qu'il faisait pour demeurer calme.S' n vi.-age trahissait une inquiétude soudaine.Armand interrogea: \u2014\tI n souvenir de femme, n'est-ec pas, comte?Celui-ci sortit enfin de son indécision.\u2014Eh bien.oui.avoua-t-il.êtes vous satisfait?\u2014Et cette femme?.\u2014Parlez.\u2014Sans doute n'a-t-elle fait que passer dans votre vie.Aucun lien ne vous rattache plus à elle?Le comte eut une nouvelle hésitation.\u2014\tPourquoi ces questions?.tdue vous importe! \u2014\tlîeaucoup.Répondcz-moi donc franchement.La demi-ivresse que traduisaient toit) à l'heure les veux du comte Roger se dissipait peu à peu.Ses lèvres avaient un frémissement.Son attitude était étrange.\u2014Oui.prononça-t-il.la femme.qui m'a donne l\u2019objet qui cause votre surprise ne m'est plus de rien.Ce qu'elle est devenue, je l'ignore.Il était visible pour qui eût été de sang- froid que le comte ne disait pas la vérité.Mais aucun, parmi ceux qui se trouvaient là.n'était en état de s'apercevoir de l\u2019émotion que, brusquement, reflétait le visage du comte d\u2019Esclabert.Voilà qui est bien.dit Armand.je puis donc parler libre ment.l\u2019eusse été fâché de vous mettre au courant de choses qui .peut-être vous auraient été désagréables.\u2014Y'nvons, mon cher Trcmanzev.a présent que vos scrupules sont apaisés.parlez.Vous dites que ce chiffre.\u2014Je l'ai vu ailleurs déjà.\u2014Le même?\u2014Identiquement.\u2014Où?.Dans quelles circonstances ;.\u2014Oh! dans des circonstances bien bizarres.Sur un bijou découvert :i v a vingt-cinq ans dans un coin de province, au bord d\u2019une route, par une vieille mendiante.Maux de Gorge\tBAUME RH U MAL. LE SAMEDI K 4 De comk' Roger se tenait toujours debout, appuyé au dossier d\u2019une chaise sur laquelle était assise l\u2019une des soupettses.\u2014\tKli bien, dit-il, (|uoi(|iie ce fait m\u2019étonne, je le confesse, je ne vois pas jusqu\u2019à présent ce qu'il a d\u2019extraordinaire.\u2014Attendez.Ce bijou ce n\u2019est pas sur la route même que la vieille mendiante, malgré ses dires, l\u2019a trouvé.mais dans les langes d'un enfant abandonné au pied d\u2019une croix.-\u2014Dans les langes d\u2019un enfant?.\u2014Oui.un petit être d'un an environ.\"Il n\u2019est pas douteux que ce bijou appartint aux parents de celui-ci.\"Ces parents, jamais on n'a retrouvé leur trace.\u201cQui sont-ils?\u201cQuel est le père.quelle est la mère de cet enfant?Ceci est un mystère.De comte Roger était devenu d'une pâleur mortelle.\u2014Vous dites que le bijou trouvé dans les langes de cet enfant portait le même chiffre fixé sur ce porte-cartes?\u2014Oui.Il m'est impossible de me tromper.Ce chiffre est d'un travail artistique unique.il ne peut y avoir confusion.\u2014Vous l'avez eu entre les mains?\u2014Oui.\u2014Qu\u2019est-il devenu ?Malgré l'exaltation que le commencement d\u2019ivresse produisait en lui.Armand Trémanzey eut à son tour un instant d\u2019hésitation.I.a conversation prenait, pour lui, un tour dangereux.Certes il n'allait pas avouer que ce bijou il l\u2019avait en sa possession.Il lui eût fallu, dans ce cas, fournir des explications qui ne laisseraient pas d'etre embarrassantes.Des explications que d'ailleurs il se refusait à donner.D\u2019ailleurs l'attitude du comte n'était pas sans l'intriguer.C\u2019était singulier.Il dit: Ce qu'est devenu ce bijou, mon cher comte, je l\u2019ignore.Da vieille mendiante qui me l\u2019a montré et qui voulait me le vendre était une bohémienne.( )ù traine-t-elle à cette heure son existence misérable?Nul sans doute ne pourrait le dire.Kl puis qu\u2019importe! lais-sous-là cette histoire.Ce n'est pas au passé qu\u2019il faut songer mais au présent.\"( )r le présent a pris la forme de trois jolies tilles, celles qui sont a nos cotés et que nous négligeons, ce me semble.\"hst-ee que la galanterie française ne serait plus qu'un vain mot?\"Mesdames je bois à votre beauté.Il élevait a la hauteur des lèvres une coupe de champagne, la vidait d\u2019un irait.De la R( iclie s'était tourné vers le comte Roger.-\u2014\u2022Trémanzey a raison.oublie cette raison.Klle prouve une chose: c'est (pie celle que tu as aimée en a aimé un autre.De comte ne répondit pas.Ses traits étaient décomposés.l'ne sueur légère perlait à ses tempes.11 s'était laissé tomber sur un siège comme si tout à coup sc» jambes eussent refusé de le porter.Mais la partie reprenait de plus belle.De champagne coulait.Des femmes chantaient les refrains de leur répertoire au café-concert du boulevard.De comte Roger demeurait taciturne.K.t tous les enfforts tentés par ses compagnons pour l\u2019arracher à ses pensées furent inutiles.Il songeait à ce qu'il venait d'apprendre, à cet enfant abandonné dans les langes duquel on avait trouvé un bijou ayant le même chiffre que celui du porte-cartes tombé accidentellement de sa poche.De chiffre de la comtesse Irène!.Tout à coup de la Roche se leva.-Mesdames, messieurs.déclara-t-il, nous sommes très bien ici, je 1 avoue.Toutefois, peut-être serait-il sage d'aller voir si l'on n'est pas mieux ailleurs.\u2014\tItravo, de la Roche!.Tous et toutes s\u2019étaient mis debout.Armand sonna.réclama l\u2019addition, qu\u2019il solda ravalement.Des femmes avaient jeté des manteaux sur leurs épaules.Mais au moment de sortir, le comte Roger posa sa main sur l'épaule d'Armand.-Voulez-vous m'accorder quelques minutes d'entretien, mon cher ami.Celui-ci surpris, sc retourna.\u2014Comment donc, comte, parlez.\u2014\tNon.C est un entretien particulier que je désire avoir avec vous.Ces dames nous excuseront.de la Roche aussi.D\u2019ailleurs, dans quelques instants nous les rejoindrons.fis sortirent.De comte et Armand Trémauficy étaient seuls.Te vous écouté, mon cher comte, déclara ce dernier.Son interlocuteur avait les sourcils froncés, les yeux sombres, les traits contractés.11 demanda: \u2014\tD histoire que vous avez racontée tout à l'heure.ce bijou trouvé sur un enfant.c\u2019est sérieux?\u2014Absolument.\u2014\\ ou s pouvez me le jurer?\u2022\u2014Je vous le jure.De comte lit un pas en arrière.\u2014Oh! la gueuse.bégaya-t-il.Sa voix était rauque, sifflante.Scs poings se crispaient.Surpris, Armand le regarda.Voyons, je vous en prie.mon cher.calmez-vous.Il ajouta: Je devine la cause de votre émoi.Da femme que vous avez (lit n avoir été dans votre vie que la fantaisie d une heure.vous 1 aimiez.peut-être 1 aimez-vous encore.\u2014( fui.oui, vous avez deviné juste.Pourtant il est des choses que vous ne savez pas.Des choses que je ne peux pas vous dire.Ecoutez.lout a 1 heure.vous n\u2019avez pas dit tout ce que vous saviez au sujet de 1 enfant.Ne protestez pas.C\u2019est inutile.Croyez-vous donc qua vos réticences, à votre hésitation, je n\u2019ai pas compris que vous me cachiez une partie de la vérité.Devant de in Roche, devant ces dames, soit, .Maintenant nous sommes seuls.Cette vérité, vous devez me la faire connaître.Da femme de qui il est question est une misérable.\"Elle s'est jouée de moi.Elle ma indignement.odieusement trompé.\"Je veux me venger.t fui.me venger d elle.de son enfant.\"Vous savez qui il est?\".\u2018son nom.ditcs-le-moi.\"Je n\u2019exige rien.\u201cJe supplie.Armand, mon ami, le nom de cet enfant, par grâce!.De fils de I ancien notaire fixa son compagnon.Celui-ci était effrayant à regarder.Dans ses yeux brillait une lueur implacable.une lueur de haine.En lui-même, Armand, se répétait les paroles du comte: J*- Q'll-X me venger.Oui, me venger d elle.de son enfant.l'enfant d'un autre!.».Ah! mais elle était belle pour lui, Armand, l'occasion d\u2019assouvir sa haine contre Pierre !.Contre ce Pierre dont le nom seul le remplissait de fureur.C ar il fallait bien qu il se 1 avouai à lui-même.Il avait peur de l'artiste.I\teur (|il un jour ce dernier lui arrachât son masque.()h! s il avait pu écraser enfin celui qu'il continuait à consider .u-comme un ennemi.De comte Roger eut un geste violent.-Voyons, parlez.\\ otre attitude me confirme dans ma conviction .De nom de cet entant.1 enfant de cette femme.de cette miserable, vous le connaissez.\"Dites-lc-moi.\u2014Soit.A une condition.\u2014A toutes celles qu\u2019il vous plaira d'exiger.-A mon tour, je vais vous demander un serment.\u2022\u2014I ,equel ?-\tCelui, quoi qu il advienne, de ne rien dire à personne que ces révélations, c'est moi qui vous les ai faites.\u2014\\ otis avez ma parole.\u2014I )'honneur ?\u2014( fui.\u2014\tKh bien, cet enfant s\u2019appelle Pierre Mérandes.\u2022\u2014Pierre Mérandes?Ce nom ne vous dit rien.Attendez.Il en a porté un autre.Autrefois il s appelait, il se faisait appeler Pierre Trémanzev.Des yeux du comte s'agrandirent de stupeur.¦\u2014Votre frère! \u2014Non.Entre lui et moi aucun lien n'existe; il est un étranger pour moi.\"(fh ! je comprends votre étonnement.\" l\u2019cut-être même ne me crovcz-vous nas.\"Ma mère l'avait recueilli par charité.C e n est que plus tard que la vérité ni a été révélée.De comte Roger était livide.II\tquestionna: \u2014< )ù est-il?Qu\u2019est-il devenu?-\tIl habite Paris.Il était très malheureux, parait-il .Par intrigue, il a su intéresser à son sort une haute personnalité parisienne.un ami de la famille de ma femme. LE SAMEDI s .j \u2014Qui donc?\u2014Le marquis d\u2019Aulnoye.Armand Trémanzey ajouta : \u2014Maintenant, mon cher comte, n'oubliez pas que nous sommes attendus.Domptez votre, émotion.Vous parliez de vengeance.Vous y songerez demain.Allons, venez.11 l\u2019entraînait.Celui-ci ne résistait pas.\u2014Oui.murmura-t-il, les dents serrées, les prunelles fulgurantes, je me vengerai.je me vengerai.\u201cEt dire que je croyais à la vertu, à l'honnêteté de cette femme.\u201cTriple niais !.\u201cA cette heure, je possède son secret.\u201cC\u2019est par des larmes de sang qu\u2019elle expiera!.IX.-UN AMOUR SI N ci.K K ! \u2014Dite -moi, Bélus.L\u2019homme interpellé au seuil des écuries dans lesquelles il allait pénétrer, s\u2019arrêta.Et se retournant : \u2014Monsieur le régisseur?\u2014J'ai quelques mots à vous dire.\u2014A moi, monsieur le régisseur?\u2014Oui.Vous êtes un brave garçon, Bélus.Pourtant, depuis quelque temps il se passe dans votre ménage des choses anormales.Cela ne me regarde pas, je vous l'accorde.Néanmoins, je ne puis résister au désir de vous en parler.Ce matin, je vous ai encore entendu vous disputer avec votre femme.Vous éleviez la voix.Toutes les domestiques habitant les communes ont dû entendre aussi.\u201cOr, depuis quinze jours ces scènes se renouvellent quotidiennement.\"Elles importunent vos voisins qui, un jour ou l\u2019autre, se plaindront certainement à madame la comtesse.\u2014C\u2019est que vous ne savez pas, monsieur le régisseur.L\u2019homme, un palefrenier marié à l'une des femmes de chambre de la comtesse Irène, se grattait la tête, embarrassé.Il étati grand et fort, le visage rouge, les sourcils rudes, les yeux fuyants.Son interlocuteur reprit : \u2014Je ne vous demande rien.Je vous fais cette remarque uniquement dans votre intérêt, afin de vous éviter, pour plus tard, des désagréments.Le jeune régisseur du château d\u2019Ësclabert, Philippe Bcssières étcut de haute stature, comme l'homme auquel il s'adressait ; sa physionomie mâle encadrée par une barbe brune exprimait la bonté, la loyauté.Le palefrenier passait pour netre point d\u2019humeur facile tous les jours.Son visage chafouin, aux traits durs, ne prévenait pas en sa faveur.Si tout autre que le régisseur se fût permis de formuler l'observation que ce dernier venait de faire, il est probable qu il eût été très mal reçu.Mais avec Philippe Bcssières il n'osait pas se fâcher.11 continuait à se gratter la tête.Pourtant dans ses veux gris de ids de paysan passaient des lueurs rapides, des lueurs mauvaises.\u2014Oui, vous avez raison, monsieur le régisseur.mais tout de même si l\u2019on n\u2019a plus le droit de dire scs vérités à une farceuse.Ses propres mains caillcuscs se crispèrent.Une contraction tordit ses lèvres sous les poils hérissés de la moustache rousse.\u2014Voyons, Bélus, un peu de calme.Votre femme a l'air très honnête.Vous devez vous figurer ce qui n'est pas.Il faut, pour s\u2019accorder entre époux, se faire des concessions réciproques.__Soit.Mais il ne faut pas cpie l\u2019un sc moque de l'autre.__] son cœur battait plus fort, son cœur battait à se rompre, lors qu'une silhouette de jeune femme, dégante et line, se dessinait dam-les allées du jardin de la petite maison.Un nom venait alors a ses lèvres: \u2014Geneviève.Par des bûcherons, par des paysans questionnés adroitement, il avait appris qu\u2019elle était la fille du commandant Barandier, mort trois ans auparavant.Elle avait un enfant et elle v'vait auprès de sa tante, mademoiselle Noémic, comme on l'appelait simplement dans le pays.De son côté, le père de Philippe, un paysan madré, possesseur de terres immenses\u2014le plus riche propriétaire de la région, affirmait-on avec raison\u2014n'avait pas été sans remarquer aussi combien celle-ci était loin l'être indifférente à son fils.La jeune femme était veuve, prétendait-on.Pourtant.jamais dans le pays, on n\u2019avait parle du mariage de la nièce à mademoiselle Noémie.Il y avait là certainement quoique chose qui n'était pas très clair, linéique chose d'insolite même et que lui.le vieux père Bcssières, était bien près de deviner.D\u2019ailleurs, que lui importait?\\ ses veux, une seule chose avait de l'importance: l'argent que Geneviève possédait ou posséderait un jour.Le reste, c est-à-dire le passé de la jeune fille regardait Philippe.S\u2019il plaisait à celui-ci de ne montrer au sujet de ci' passé mystérieux aucune curiosité, aucune jalousie, c'était son allairc!.Lui.le père Bcssières, sen \"lavait les mains .D'ailleurs, \"la Parisienne\" ne lui déplaisait pas.Elle était jolie, elle avait de \"belles manières\".Au fond de lui-même il serait flatté d\u2019avoir une bru pareille.Immédiatement il s'élr.it arrête à une determination.D\u2019abord, il avait fait avouer à Philippe l'amour que celui-ci nom' l issait pour la fille du commandant Barandier.Cela n\u2019avait offert aucune difficulté.Alors, sur la prière même de son fils, il avait fait auprès de tante Noémic la démarche que l'on sait.Mais, lorsqu'on lui avait annoncé la nouvelle de la fuite du banquier Loderelle et, par suite, celle de la ruine complète de la sieur et éle la fille du commandant, il avait eu un juron épouvantable.Et ti ne s était pas laissé aller à des \"sensibleries , comme il disait dans son parler pittoresque.Non, certes.Tout de suite il avait pris une décision énergique.Puisqu\u2019il en est ainsi, nini c'est fini.La belli' enfant lia plus le sou.C\u2019est regrettable.Mais Philippe ne l\u2019épousera pas.Celui-ci, profondément épris de Geneviève, avait formulé quelques objections.Mais le vieux paysan, redressant sa taille courbée, avait déclaré péremptoirement que \"tant qu'il serait sur la terre\" ce mariage n'aurait pas lieu.\t\u2019 El Philippe, timide, respectueux de l'autorité paternelle, s\u2019était tu.Le vieillard avait ajoute: \u2014( luanil je ne serai plus là, libre à toi d\u2019agir comme bon te semble et de commettre une sottise.Moi vivant, c est different.D ailleurs, sois tranquille, je ne te gênerai guère longtemps.En vérité, il avait une mine inquiétante. LE SAM EDI 80 I, asthme dont il soufflait le tenait chaque matin, durant ui.oui, mon chéri, ilit i Ile.Philipjie contemplait d\u2019un regard attendri l\u2019enfant de Geneviève.h cher petit auquel il eut < 11 heur.-ux de -ervir de père et de donner son nom.Il releva la tête.\\ \"tt et.p.ut ii\"Im ulei mi au château, mademoiselle?interrogea-t-il.X\"ti Je ne repu que demain .n après-demain pour les Aul- j LE SAMEDI nelles.Fernand, lui, restera pendant une semaine auprès de sa mère selon le désir exprimé par madame la comtesse d'Fsclaberl.Celle ci a toutes les bontés pour ma nièce.Adieu, monsieur Philippe.File faisait un pas pour s'éloigner.\u2014Adieu.dit-il., comme à regret.Mais à ce moment un homme, un paysan qui venait de franchir h' pont-levis entrait dans la cour.A sa vue, le jeune régisseur poussa une exclamation : \u2014Mathurin.l'un des domestiques de mon père.Tout de suite une pensée traversa son cerveau.\u2014Mon Dieu, un malheur est-il arrivé!.Son cœur se serra.L\u2019homme s'était approché.Son visage glabre, solennel, faisait en effet pressentir une mauvaise nouvelle.Il s\u2019était découvert et il demeurait muet, immobile, comme si la comission dont il était chargé l\u2019embarrassait extrêmement.Enfin il se décida: \u2014Monsieur Philippe, ne vous frappez pas de ce que je vais vous dire.Il faut que vous veniez avec moi aux Aulnelles sans peydre un instant.Un cri vint aux lèvres du jeune homme.\u2014Mon père! Le domestique ne répondit pas.\u2014Voyons, parlez.Je suis un homme.Quelque terrible que soit la vérité, je veux la connaître.Mon père est en danger.d est.mort peut-être.par grâce, répondez.Il avait porté la main à son front.Il chancelait.Mathurin sembla prendre une résolution.\u2014Eli bien, oui, monsieur Philippe, j'aime mieux vous l\u2019apprendre tout de suite.Ce pauvre monsieur llessières vient de trépasser.Hier soir il allait très mal.J\u2019ai voulu vous prévenir.11 s\u2019v est opposé sous prétexte que le lendemain il irait mieux.Moi, je voyais bien qu\u2019il s\u2019illusionnait, le pauvre homme.Mais je n'ai pas osé lui désobéir.Car, vous le savez, monsieur Philippe, il n\u2019était pas prudent de le mettre en colère.Le matin il a eu des quintes que ça faisait pitié.A midi il s\u2019est soulevé sur son fauteuil.lia essaye de prononcer quelques paroles, puis il est retombé.C\u2019était fini.Votre malheureux père ne souffrait plus.\u2014Mon Dieu.ô mon Dieu.De la gorge contractée du jeune homme aucun mot ne pouvait sortir.Il avait les prunelles égarées.pleines d\u2019une épouvante soudaine! A ses tempes une sueur fine perlait.Certes, depuis longtemps déjà il s'attendait à cette nouvelle.Il était préparé à la mort de son père.Pourtant devant la soudaineté de la catastrophe il demeurait comme foudroyé.Tante Noémie, s\u2019était avancée, profondément émue.\u2014Il faut avoir du courage, monsieur Philippe, dit-elle.Il fit un effort.se domina.\u2014Oui.Vous avez raison.C'est à chacun son tour d\u2019être frappé par la destinée.Depuis longtemps la mort rôdait autour d la maison.Elle a accompli son œuvre.Désormais je suis seul au monde.\u2014Non.dit-elle.Il vous reste des amis.Il eut un triste sourire.\u2014Il n\u2019y a qu\u2019une amitié au monde qui me soit précieuse.L'obtiendrai-je jamais?Il s\u2019éloignait derrière Mathurin.Tante Noémie le regarda disparaître.Quand il fut loin, elle murmura : \u2014Pauvre garçon.11 n\u2019est pas difficile de deviner à qui il fait allusion.Qui sait! peut-être l'avenir exaucera-t-il ses vœux?.Il n\u2019a pas osé dire à Geneviève qu\u2019il l'aimait.Fh bien ! moi, j'oserai pour lui.Tante Noémie s\u2019était dirigée vers la chambre de sa nièce.Oui, elle était décidée.File parlerait.Elle apprendrait à la jeune fille ce qui venait de se passer.File ne lui cacherait pas plus longtemps l\u2019affection que, secrètement, Philippe nourrissait pour elle.Et, cette fois, il faudrait bien que Geneviève l\u2019écoutât jusqu\u2019au bout.La jeune fille était seule, assise dans un fauteuil, en une attitude de profonde rêverie.La sœur du commandant s\u2019approcha d\u2019elle.Le petit Fernand, quittant sa main, s\u2019était dirigé vers la fenêtre, et, soulevant l\u2019un des rideaux, il s\u2019amusait à contempler le va-et-vient des domestiques dans la grande cour du château.\u2014Geneviève, murmura tante Noémie.Celle-ci, à l\u2019apparition de sa tante, à celle de Fernand, s\u2019était mise debout.\u2014Tu as quelque chose à me dire, tante?\u2014Oui.quelque chose de grave.Fonglemps j\u2019ai hésité.la minute est venue.il faut que tu m\u2019écoutes.l.a jeune fixa la vieille demoiselle avec étonnement: Celle-ci ]>(iiirsuivit : \u2014Tu te rappelles: un jour, je t'ai demandé: Si, malgré les tris tesses du passé, un homme venait à toi loyalement, s'il t'offrait sa tendresse, son nom.que déciderais-tu?\u2014Tante ! \u2014Tu m\u2019as suppliée de ne jamais te parler de cela.\u2014Oui.\u2014Aujourd hui, si.maigre la prière, je te posais la même question, que répondrais-tu?\u2014Ce que je répondrais?\u2014< )ui.¦\u2014Je te dirais: Aujourd'hui comme hier, ma volonté n\u2019a pas changé.Flic ne changera jamais.Mon cœur est mort à l\u2019amour, il appartient a Fernand.à loi, ma bonne tante.Mais cette conversation m est pénible.Parlons d\u2019autre chose.\u2014Non, Geneviève.Car je ne t\u2019ai pas dit tout.et, je te le répète, il faut que tu m entendes jusqu'au bout.Tout à l'heure, jetais dans la cour du chateau avec Fernand, l\u2019ai rencontré.quelqu'un.avec qui j\u2019ai parlé longuement.\u2014En quoi cela peut-il m\u2019intéresser, tante?\u2014Tu vas le savoir.Ce quelqu\u2019un s\u2019appelle Philippe llessières.\u2014Le régisseur du château?Oui.Au moment de nous séparer, un homme est venu lui annoncer une bien pénible nouvelle: celle de la mort de son père.\u2014En effet, pour lui, c\u2019est une rude, une cruelle épreuve, et je le plains sincèrement.\u2014Tu as raison, Geneviève, il mérite la pitié.plus encore qu\u2019il t'est possible de le supposer.La jeune fille eut un mouvement.Que disait sa tante?Celle-ci poursuivit: \u2014Depuis plusieurs mois que tu vis sous le même toit.dans une promiscuité presque constante.tu n\u2019as rien surpris.rien deviné dans son attitude?\u2014Surpris.deviné quoi, tante?M.Philippe llessières ne s\u2019est jamais départi envers moi de la réserve la plus extrême, du respect le plus profond.Il semblait en proie à une invincible tristesse.\u2014Cette tristesse, tu n\u2019en as pas pressenti la cause?Tu n\u2019as pas lu le secret que recèle son âme?\u2014Tante ! lîrusquement pour Geneviève la lumière s'était faite.l/allusion de tante Noémie était trop transparente pour qu'elle n\u2019en saisit pas le sens.Son front se couvrit de rougeur.\u2014Tu comprends enfin.Philippe t\u2019aime.il v a longtemps.Geneviève eut un geste de supplication.Mais la vieille demoiselle poursuivit : \u2014Lorsque son père est venu me rendre visite, dans notre petite maison des Aulnelles, c était dans I intention île demander ta main pour son fils.Alors, nous possédions une petite fortune.Cette consideration était suffisante pour le decider a acquiescer au désir de Philippe.Le vieux paysan avait l\u2019âme de sa race, un culte unique: l\u2019argent.Quand il a appris notre ruine, il n\u2019a plus donné suite à ses projets.Mais son tils, lui.n\u2019a pas cessé de t\u2019aimer.li a été très malheureux.Il a souffert.il soutire encore â la pensée que pour toi il n\u2019est qu'un indifférent.\u2014Oh! je t\u2019en supplie !.\u2014 Cet amour humble, dévoué, ne t\u2019émeut pas?.\u2014Tante ! \u2014Réponds.Tu sais bien quel est mon désir secret.Demain, un désastre peut se produire.un cataclysme bouleverser encore notre existence.Qui connaît l\u2019avenir?.La mort peut me prendre.Je suis une pauvre vieille que chaque jour rapproche un peu plus de la tombe.Je ne serai complètement rassurée que lorsque je saurai à quelqu un le droit de te protéger, de te détendre.Ce droit, un mari seul peut l avoir.Genevieve, ma petite Geneviève, sois raisonnable.Ecoule la voix de la raison, celle du devoir.Four loi, le bonheur est possible encore.Ne le dédaigne pas.l\u2019lus tard, qui sait?peut-être n\u2019auras-tu pas assez, de larmes pour regretter.\u2014Jamais, tante.jamais, je te le répète.Je ne veux pas.le ne veux pas.\u2014Pourquoi?Philippe n\u2019a-t-il pas toutes les qualités qui rendent un homme digne de l'amour d\u2019une femme?\u2014C\u2019est vrai.-\u2014Par la bonté, par la droiture de son caractère, il a su conquérir l\u2019estime, le respect de tous.\u2014Oui.\u2014Alors?.\u2014Alors.je ne veux pas.je ne veux pas.Un éclair traversa les prunelles de tante Noémie.\u2014Tu ne veux pas, déclares-tu.Je vais te dire pourquoi, moi. 88 LE SAMEDI File allait ajouter: \u2014 Parce que lu en aimes toujours un autre.un infâme, dont :es lèvres tout menti.un misérable qui t\u2019a délaissée après avoir «'.luise de ta confiance, après avoir semé dans ta vie le malheur.Mais e.e demeura muette.Non, ces paroles, elle ne pouvait pas les prononcer.Geneviève eût trop souffert en les entendant.(.eût été de la part de la vieille demoiselle une cruauté à laquelle elle se refusait.'Faute Noémie pensa: \u2014I,a malheureuse! Dans son âme, il n\u2019v avait pas de colère, mais de la pitié.Le petit hernand avait quillé l\u2019emhrasure de la fenêtre.Il s\u2019approcha de sa tante, se blottit contre ses jupes.La sieur de Lex-commandant se pencha.attira â elle le mignon.\u2014Au moins, toi, tu m\u2019aimes, mon chéri.Jamais tu ne m\u2019as fait de la peine.Ft pourtant c\u2019est toi qu\u2019il faut plaindre, toi qui porteras plus tard le poids d\u2019une faute que tu n\u2019as pas commise.\u201c l\u2019auvre cher petit ! La gorge de la vieille lïlle se serrait.ses veux devenaient humides.Geneviève avait tressailli.Son visage pâlissait.Les paroles prononcées par tante Noémie, avec intention peut-être, avaient pris le chemin de son cœur crispé par une souffrance soudaine.Fernand n\u2019avait plus de père.Plus tard, lorsqu\u2019il aurait l\u2019âge de comprendre, lorsque la vérité brutale lui serait révélée, il souffrirait.Qui sait s\u2019il ne rougirait pus du nom qu\u2019il devrait porter: le nom de la mère coupable.( )h ! c\u2019était atroce.Tout â l\u2019heure tante Noémie avait dit : \u2014Demain, un désastre peut se produire, un cataclysme bouleverser encore notre existence.Je ne serai complètement rassurée que lorsque je saurai â quelqu\u2019un le droit de te protéger.de le défendre.Sans doute elic avait pensé : \u2014De protéger.de défendre Fernand.Pauvre ange!.Qu\u2019un malheur s\u2019abattit sur tante Noémie.sur elle, Geneviève.que la mort vînt â passer.et il serait seul au monde.orphelin.\u2014Mon Dieu! ô mon Dieu! A présent, un tremblement agitait les membres de Geneviève.Des gouttes de sueur mouillaient ses tempes.Ses lèvres se séchaient.Ses paupières battaient fébrilement.Tante Noémie observait la jeune fille.Kt, dans ses petits veux gris, voici qu\u2019une lueur s\u2019allumait.une lueur qui sembait traduire une secrète satisfaction.Elle avait conscience d\u2019avoir adroitement manœuvré.Elle fit plus étroite l\u2019étreinte dont elle enveloppait le petit Fernand.Et elle poursuivit : \u2014Oui, mon chéri, tu es un pauvre enfant sans père.Tu ne sais pas encore tout ce (pic cette situation a de pénible et d\u2019humiliant pour toi.Pourtant, un jour, tu comprendras, hélas!.et tu seras très malheureux !.\"Le monde est si méchant, vois-tu!.\u201cFasse le ciel que tu n\u2019aies pas à maudire le jour qui te vit naître !.\u201cPourtant, si ta mère voulait, elle t\u2019éviterait bien des déboires, bien des humiliations, bien des souffrances peut-être.Tu aurais, comme tout le monde, un père.un nom.tu n\u2019aurais plus à rougir devant personne.\u201cUn honnête homme qui t\u2019aimerait comme si tu fusses réellement son fils te servirait de soutien, de guide dans la vie.\u201cLa mort pourrait nie prendre.Pour toi, je ne redouterais plus rien.\u201cHélas! il n\u2019en sera pas ainsi.\u201cLes déboires, les humiliations, les souffrances que l\u2019avenir réserve à ceux qui, comme toi, ont été abandonnés, reniés par qui leur a donné la vie.ta mère ne te les épargnera pas.\u201cPauvre petit Fernand!.Un cri.un sanglot interrompirent la vieille demoiselle.\u2014Tante Noémie! Dans la voix de Geneviève il y avait tant de douleur, une détresse si profonde que la sœur du commandant en fut toute remuée et qu\u2019elle eut la conviction d\u2019avoir été trop loin peut-être.Elle se tourna vers sa nièce.\u2014Geneviève, qu\u2019as-tu ?Celle-ci en proie à une intolérable souffrance s\u2019était laissée tomber sur un siège.Elle se prit la tête entre les mains.Et courbée, cassée, la poitrine secouée par des sanglots elle s'abandonna à une douleur qu\u2019il ne lui était plus possible de contenir.1 )h ! tante Noémie avait frappé juste.File avait employé les seuls arguments capables d\u2019émouvoir Geneviève.de triompher de sa résistance.Oui, si celle-ci voulait, Fernand aurait un père.elle pouvait effacer la tare que sa naissance constituait aux yeux du monde.X était-ce pas là ce que le devoir lui ordonnait! En elle une voix disait: \u2014 II le faut.il le faut.< lui, mais au prix de quel martyre et de quelles tortures!.I ante Noémie saisit dans les siennes les mains de la jeune fille.\u2014Voyons, Geneviève, ma chérie.reprends possession de toi-même.je ne t ai pas dit cela pour te faire de la peine.En somme tu es libre d\u2019agir comme bon te semble.Je suis une vieille radoteuse.Oublie les paroles que je viens de prononcer.Mais les larmes de la jeune mère ne se séchaient pas.ses nerfs étaient trop tendus.Pleurer la soulageait.Fernand s'était approché, désolé devant le chagrin manifesté par s«u mère.Fiévreusement celle-ci prit l\u2019enfant dans ses bras.Elle l\u2019étreignit avec une tendresse passionnée.Tante Noémie ne parlait plus.File songeait: l\u2019lettre.pleure, pauvre petite.Après, tu réfléchiras à ce que tu viens de dire.\u201c( )ue le bon Dieu me pardonne les larmes que je te fais verser.\"C\u2019est pour ton bien, pour celui de Fernand que j\u2019agis ainsi.I n jour tu le comprendras.Je connais la bouté, la noblesse de ton âme.\"Tu ne voudras pas que plus tard, à cause de toi, Fernand soit malheureux.\u201cTu seras l\u2019épouse de Philippe Bessières.\"Le cher ange aura un père.\"Toi, un mari que tu finiras bien par aimer quand tu reconnaîtras que nul n\u2019est plus digne de tendresse.\u201d Ni le lendemain, ni le jour suivant, la tante et la nièce ne firent aucune allusion à la scène qui avait eu lieu.La vieille demoiselle paraissait avoir oublié ce qui s\u2019était passé.File affecta même une gaieté qu'elle ne parvînt pas à faire partager à Geneviève.\\ ers deux heures de l\u2019après-midi, dans le grand escalier du château, ¦ lies se trouvèrent tout à coup en présence de Philippe Bessières.Le jeune homme était vêtu de noir.Il venait de conduire son père à sa dernière demeure.Devant les deux femmes il baissa les yeux, s\u2019effaqa, en les saluant, pour les laisser passer.Geneviève n\u2019avait pu réprimer un mouvement que tante Noémie r.e fut pas sans remarquer.Mais celle-ci se tut, garda pour elle ses réflexions.A la tombée de la nuit elle reprit le chemin des Aulnelles.celui de la petite maison qu\u2019elle avait quittée depuis trois jours.File laissait le petit Fernand au château auprès ds Geneviève et de la comtesse Irène d\u2019Esclabert.L'intérêt que celle-ci, dès le début, avait porté à l\u2019enfant s\u2019était transformé rapidement en une sorte d\u2019adoration.Il eût été difficile de dire qui, d'elle ou de Geneviève, ava.it le plus d\u2019affection pour lui.Ft cependant la jeune mère l\u2019aimait bien.l\u2019aimait de toutes les fibres de son âme.son petit Fernand.X.\u2014MARI KT FEMM1- La comtesse Irène venait, une fois encore, de questionner Geneviève au sujet du passé.File avait conscience de raviver une grande douleur dans le cœur de la jeune mère et cependant elle n\u2019avait pu résister au désir d\u2019interroger celle-ci sur le père de Fernand.Mais, hélas! Geneviève n'avait pu que confirmer ce qu\u2019elle avait déjà dit a la comtesse: Pierre Trémanzey n\u2019était pas un enfant «abandonne.Il avait une famille, une mère pour laquelle il semblait éprouver une vive affection.Quant a dire ce qu il était devenu cela lui était impossible.File l\u2019ignorait complètement.I ,a comtesse I rêne avait poussé un profond soupir.D ailleurs les suppositions qu\u2019elle faisait étaient absurdes!.C\u2019était de la folie d\u2019arrêter son esprit à pareille hypothèse.L homme dont la conduite envers Geneviève avait été aussi lâche, aussi indigne, ne pouvait avoir rien de commun avec l\u2019enfant perdu depuis tant d années, et qu\u2019Irène n\u2019avait jamais cessé de pleurer. LE SAMEDI su Au hasard était duc cette ressemblance qui l'avait tant impressionnée.Cette resscmbance qui avait provoqué en elle un trouble qui persistait encore.Mêlas! jamais rien ne soulèverait le voile mystérieux jeté sur le passé.Jamais, elle ne recueillerait un indice pouvant la mettre sur la trace de l'enfant que des misérables lui avaient ravi.Geneviève venait de sortir.Depuis le départ de tante Noémie, la jeune fille paraissait plus songeuse, plus triste encore et ses grands yeux bleus étaient cerclés de bistre.La comtesse Irène assise près d\u2019un bon fer.qui crépitait dans la cheminée monumentale de sa chambre avait attiré à elle Fernand qui, devenu familier, semblait être heureux des caresses que lui prodiguait cette femme aux gestes si deux, au regard plein île bonté.Il la contemplait avec étonnement, une interrogation dans ses prunelles d'enfant.Ft il semblait lui demander: \u2014Pourquoi m'aimes-tu ainsi, toi qui n\u2019est pour moi qu\u2019une étrangère ?La châtelaine ne parlait pas.Les paupières mi-closes elle s\u2019abandonnait au charme d\u2019un rêve.Ses lèvres murmuraient: \u2014Mon enfant.mon doux mignon.Et à plus de vingt ans de distance, elle revoyait en imagination le chérubin qu\u2019elle avait tenu quelques heures à peine dans ses bras et dont le souvenir faisait battre son cœur à coups sourds et violents.Elle croyait le reconnaître, le retrouver dans Fernand, ce bébé qui avait dans le regard une inquiète et précoce gravité.Elle resserra l\u2019étreinte dont elle l\u2019enveloppait.Et tout à coup elle ordonna : \u2014Ecoute, Fernand.Dis: Je t\u2019aime, maman.Et \u2019enfant, obéissant aussitôt, de sa voix zézayante: \u2014Ze t\u2019aime, maman.Mais se reprenant presque tout de suite: \u2014 Pourquoi que tu me fais dire ça.t\u2019est pas ma maman, toi.La comtesse Irène ne répondit pas.A présent ses paupières étaient closes entièrement.Ses lèvres frémissaient.L u mouvement précipité faisait se soulever et s\u2019abaisser sa poitrine.Et doucement, lentement, elle passait ses longues mains pâles, aux doigts fuscés, dans la chevelure ondoyante de l'enfant.Un lampadaire à abat-jour de soie mauve que supportait un flamant aux pattes roses, épandait dans la pièce une clarté discrète et tendre.Par instants, du dehors, arrivaient les plaintes du vent, lugubres dans la nuit d'hiver.Et, lorsqu\u2019une accalmie se produisait on percevait aux vitres comme un frôlement doux et soyeux : celui de.la neige qui tombait.Soudain la châtelaine tressaillit.Au milieu des rumeurs vagues de la nuit, il lui avait semblé percevoir un bruit.le bruit d'une lourde porte qui s\u2019ouvre.puis celui de pas dans la cour du vieux manoir.Elle écouta plus attentivement.Mais elle s\u2019était trompée sans doute.Le vent seul, devenu plus furieux, faisait grincer des girouettes.soufflait en tempête.Des craquements se produisaient.La comtesse, reprit son rêve une minute interrompu.Elle attira l\u2019enfant sur ses genoux, le pressa contre son sein passionnément.Et voici qu\u2019à son tour Fernand, en un geste câlin, se serra contre cette poitrine qu'il sentait palpiter.Il se haussa jusqu'au visage de celte dame si belle, aux tempes argentées, et ses lèvres se posèrent sur les joues creuses, émaciées de la châtelaine.\u2014Ze t\u2019aime.bégaya-t-il.\u2014Et moi aussi, mon ange, je t\u2019aime.Sous le baiser de l\u2019enfant elle avait frissonné.Elle n\u2019entendit pas qu\u2019on frappait à la porte.Elle n\u2019entenu.t pas davantage le bruit que fit cette porte en s\u2019ouvrant.Lin homme, dans la clarté mauve, apparut.Un grand manteau de voyage l'enveloppait.11 eut, devant le spectacle de la comtesse étreignant l\u2019enfant dans scs bras, un sourire cruel et mauvais sous la moustache hérissée.Irène ne l\u2019avait pas aperçu.Elle poursuivait, parlant lentement comme on parle dans un rêve et comme si elle se fût adressée à l'enfant qu'elle avait perdu: \u2014Tu es beau, mon amour, beau comme un chérubin.mon cœur t'appartient.tous ses battements sont pour toi.ta pensée seule me donne le courage de vivre.Et le silence se faisait plus profond, plus enveloppant, presque complice.Mais il fut Iroubé soudain par un ricanement.Lue voix prononça sur un ton indéfinissable: \u2014Tous mes compliments, madame.La comtesse Irène sursauta.Cette voix elle la reconnaissait.Celait celle du comte Roger.Comment se trouvait-il là?Pourquoi revenait-il ainsi à l\u2019imprnviste sans l'avoir prévenue?Lue seconde, ces interrogations se posèrent à l'esprit de la comtesse.Elle ne put y répondre.L\u2019autre répétait : \u2014Tous mes compliments.vraiment le tableau est charmant.11 y avait de l\u2019ironie dans sa voix.Cette voix avait aussi une intonation agressive.Irène leva la tète.Elle regarda le comte en face.\u2014Vous, monsieur?\u2014Oui.Cela vous surprend, n\u2019est-ce pas?Vous ne m\u2019attendiez guère, avoucz-le.Et mon retour ne vous est que médiocrement agréable.Cela se conçoit.Je n'ai pas cru devoir vous en aviser pour des raisons toutes particulières.Je ne m\u2019en plains pas, puisque celte circonstance m a permis d\u2019assister à un spectacle vraiment touchant.Il persiflait.II avait fait un pas en avant, les lèvres pincées, les yeux durs et mauvais.Elle demanda simplement: -\u2014Vous revenez seul ?\u2014Seul.ce soir.oui.-\u2014Pour chasser?\u2014C'est l\u2019un des motifs de mon retour.I v en a un autre.11 prononça cette dernière phrase avec un accent étrange.\u2014Ah! lit-elle sans le questionner.11 expliqua: \u2014Quelques amis doivent venir me rejoindre ces jours-ci.Nous organiserons des battues.Pourtant ce n'est point, je vous le répète, pour cette raison que je suis revenu au château.Irène ne répondait pas.Que lui importait le motif pour lequel cet homme était là.Devant l'indifférence manifestée par sa femme, le comte Roger blêmit.Ses poings inconsciemment se crispèrent.Mais il se domina.Et de nouveau un sourire étrange, un sourire cruel erra sur ses lèvres.Comme s'il eût conscience d\u2019un danger proche, Fernand s'était serré contre la comtesse et, de ses petits liras, il l\u2019étreignait avec force.Un silence mortel pesa.Le comte Roger s'était mis à marcher dans la pièce.Malgré l\u2019épaisseur des tapis, ses pas nerveusement maretlaient le plancher.Tout à coup il s\u2019arrêta.\u2014 Pouvez-vous me dire qui est cet enfant que je suis surpris de trouver ici, sur vos genoux, et auquel, lorsque je suis entré, vous prodiguiez des caresses ardentes?\u2014Que vous importe.Lu éclair traversa les prunelles du comte.Elle ajouta d'une voix calme: \u2014Ne vous souvenez-vous donc plus de ce qui a été covnenu entre nous lors de votre départ?11 se planta devant elle, les bras croisés.\u2014Si, je me souviens.articula-t-il.\u2014Eh bien, alors, que vous importe ce que je fais.Je me désintéresse de vos actions.Ne vous occupez pas des miennes.Chacun notre liberté, avons-nous décidé.Vous en usez à votre guise.Trouvez bon que j'en fasse de même.Il ricana: \u2014Elle vous est donc bien nécessaire cette liberté.Vous avez donc bien peur d'avoir à répondre de vos actes à qui a droit de vous eu demander compte.\u2014Monsieur ! \u2014Vous n\u2019avez donc pas conscience que si tout autre que moi vous eût surpris à embrasser cet enfant.comme vous le faisiez.il n\u2019eût pas manquer d'echafouder de singulières suppositions.\u2014Lesquelles, s'il vous plaît?-\u2014Oh ! vous me comprenez.D\u2019ailleurs, il ne vous appartient pas de m\u2019interroger.Vous n\u2019avez pas répondu à ma question.A qui est cet enfant?\u2014A madame Geneviève Harandier, ma dame de compagnie.\u2014Pourquoi se trouve-t-il au château?\u2014Parce que j'ai permis à sa mère de le garder quelques jours auprès d'elle.\u2014Vous avez eu tort.Sa place n\u2019est pas ici.\u2014Si tel n\u2019est pas mon avis? «10 LE SAMEDI \u2014 Soil.Alors expliquez-moi la raison qui vous fait lui porter une affection aussi étrange?\u2014Non.\u2014Vous refusez de me répondre?\u2014Oui.\u2014lt.li bien, je vais le faire pour vous, moi.I\t.a comtesse tressaillit.Hile posa a terre le petit Fernand.Dehors, le vent redoublait d'intensité.Ha tempête faisait rage.Hc comte Roger reprit : Si, sur votre trahison, sur votre infamie, j'avais conservé le moindre doute, votre attitude, à cette minute, suffirait pour le dissiper.\u201cVous aimez, cet enfant, parce que sans doute il vous rappelle le souvenir de 1 outre.celui qui est à vous.celui que vous avez eu d\u2019un autre mariage.Ha comtesse Irène poussa un cri.HUe s était dressée, livide, les prunelles dilatées par l\u2019épouvante.Hile voulut parler.protester.se défendre.mais aucun son ne put se livrer passage dans sa gorge contractée.Ainsi cet homme possédait son secret ! Foui lui le passé n\u2019avait plus de mystère.< )h ! c\u2019était atroce !.Comment avait-il appris?He comte lit un pas en avant.He pli qui barrait son front s'était creusé davantage.Son regard s\u2019était fait plus froid, plus féroce.\u2014Voyons, vous ne vous révoltez pas! \u201cVous ne m\u2019avez donc pus entendu?\u201cKn face d'une pareille accusation vous ne trouvez pas un mot pour vous disculper, pour vous défendre! Hile lit un effort intense pour reconquérir son sang-froid.-\u2014Tl est des accusations, monsieur, auxquelles on ne répond que par le silence et par le mépris.Hile s'était penchée vers le petit Fernand.\u2014Va retrouver ta mère, mon mignon.\u2014Oui.murmura-t-il faiblement, effrayé par la scène à laquelle il assistait.F.llc le conduisit à une porte, souleva la portière qu\u2019elle laissa retomber derrière l\u2019enfant.Hc mari et la femme étaient seuls.He comte avait repris sa marche furieuse dans la chambre.II\ts\u2019approcha d\u2019Irène.\u2022\u2014Alors vous prétendez que ce que je viens de dire est faux?\u2014Oui.\u2014Prenez garde!.Un mensonge ne peut vous sauver.J\u2019ai la preuve.D\u2019un geste violent il lira d'une de ses poches le porte-cartes auquel il dev,ait les révélations qu\u2019Armand Trémanzev lui avait faites.\u2014Ce porte-cartes est bien à vous, u\u2019est-ce pas?.dit-il d'une voix (pie la fureur faisait trembler.\u2014C\u2019est-à-dire qu\u2019il était à moi.Un jour vous avez manifesté l\u2019envie de le posséder.J\u2019ai fait droit à votre désir.-\u2014Ce chiffre?\u2014F.tait mon chiffre de jeune fille, vous le savez bien.Pourquoi ces demandes inutiles?\u2014Vous allez le savoir.Il faut, pour que vous me compreniez, que je vous raconte une histoire.singulière.et qui ne peut manquer de vous intéresser.Il y a vingt-cinq ans environ, vous voyez que je précise, une vieille mendiante trouvait un enfant au pied d\u2019une croix sur une route.\"Cet enfant, abandonné croit-on par des bohémiens pour lesquels probablement il constituait un embarras, était enveloppé dans des langes retenus par un bijou.une broche marquée d\u2019un chiffre.Ha comtesse était devenu très pâle.Son cœur avait cessé de battre.Sous elle, ses jambes se dérobaient.Elle se laissa tomber dans un fauteuil.Impitoyable, le comte Roger poursuivit : \u2014Or ce chiffre était le même que celui de ce porte-cartes.\u201cOsez donc dire que le bijou trouvé autrefois sur cet enfant ne vous a pas appartenu ! \u2014Mon Dieu ! \u2014Répondez.\u2014Je ne sais ce que vous voulez dire.taisez-vous par grâce.\u2014Vous avouez?\u2014Non.Vos soupçons sont ridicules cl odieux.Ce bijou il me faudrait le voir.Ht puis comment voulez-vous que m ayant appartenu, m\u2019appartenant, il ait été trouvé dans les langes d\u2019un enfant ?.\u2014La belle affaire!.\u201cCet enfant était le vôtre.\u201cJe suis fixé à cette heure.Si ce ([ne j avance était faux, dès le début de notre entretien vous eussiez bondi d'indignation.1 >r votre émotion, votre souffrance, en m\u2019écoutant, vous a trahie.C'était vrai.Ha comtesse avait clos à demi les paupières.Sa tête se renversait.t'es mains se crispaient désespérément aux bras du fauteuil.On aurait pu croire qu\u2019elle était morte.Alors il s approcha d\u2019un guéridon.appuva sur un timbre.1 ne servante parut.\u2014A otre maîtresse vient de se trouver mal.dit-il.Soignez-la.Ht, ayant pivoté sur ses talons, il quitta la chambre.XI.\u2014.1 A 1,0 US U He comte s'était retiré chez lui.Il affectait le dédain, le mépris.Son calme n'était qu\u2019apparent.H\" lui, une colère persistait.un sentiment obscur de jalousie cpti mettait dans ses yeux une ilamme de menace.\\ raiment, comme depuis vingt-cinq ans, Irène s\u2019était jouée de iui !.lu il n\u2019avait rien deviné.rien compris, il avait pris l\u2019indifférence de la comtesse pour l\u2019indice d\u2019une nature froide, inaccessible à l'amour.L\u2019imbécile!., Oh ! comme il avait eu raison, dès le lendemain de leur mariage, de s\u2019éloigner d\u2019elle.Jamais elle ne l'avait aimé.I! comprenait pourquoi à cette heure!.Il se rappelait le mépris dont elle l'avait flagellé.son indigna-tion.lorsqu\u2019elle l'avait surpris essayant de faire entendre à cette Geneviève que les regrets ne sont pas éternels.Son mépris !.son indignation !.Vraiment elle avait eu de l\u2019audace! Désoimais quoi qu il lit, elle naîtrait ni le droit d\u2019un reproche ni celui d\u2019une révolte.Elle devrait tout subir.tout endurer.Car il n entrait pas dans ses intentions de donner aux événements qui venaient de se produire le divorce pour solution.Ce serait provoquer un scandale énorme.confesser le rôle ridicule que pendant vingt-cinq ans il avait joué, lui, le comte Roger d\u2019Esclabert.Ht Pujs nue autre raison le fortifiait dans sa résolution de ne pas arriver à celte extrémité.I\tue raison fort simple en elle-même, mais dont la valeur était indiscutable.Divorcer c'était se placer dans l\u2019obligation de restituer à la comtesse, sa dot, tous les biens qu\u2019elle avait apportés en mariage.Or, cette restitution faite, que resterait-il au comte?Absolument rien.II\tserait sans aucunes ressources.Aussi pauvre que Job.Quand il avait épousé sa cousine Irène d\u2019Esclabert, il était complètement ruiné.Il avait gaspillé son patrimoine en fêtes, en orgies avec de joyeux compagnons.C'était même cette considération qui l'avait décidé à se marier, lui, si jaloux de sa liberté.11 est vrai que cette liberté il l'avait conservée entière.Avec l\u2019argent d\u2019Irène il avait repris sa vie de débauche.paradé dans les cabarets à la mode.il entendait qu'il en fût toujours ainsi.Lorsque la vérité, brutalement lui avait été révélée dans ce restaurant de nuit où il soupait en compagnie d\u2019Armand Trémanzey et de la Roche, son premier mouvement avait été celui d\u2019une colère effroyable.Mais depuis il avait réfléchi.Certes sa colère ne s\u2019était pas complètement apaisée.A cette heure, pour la comtesse, c\u2019était de la haine qu'il éprouvait.Pourtant la réflexion lui conseillait de ne pas se laisser aller à la violence.D\u2019ailleurs n\u2019était-il pas vengé terriblement?N\u2019avait-il pas dit à sa femme: \u2014Je connais votre secret.\"Vous avez eu un enfant dont vous pleurez la perte .\u201cCet enfant existe.\u201cJe sais qui il est.\u201cJe n\u2019ai qu\u2019un mot à prononcer et il vous sera rendu.\u201cOr ce mot, je ne le prononcerai pas.BAUME RHUM AL La Bronchite LE SAMEDI 91 Pouvait-il rêver pour Irène un châtiment.un supplice plus épouvantables ?Le comte s\u2019était mis au lit.Mais il ne donnait guère.loutc la nuit il réfléchit, forma mille projets, s\u2019arrêta aux résolutions les plus contradictoires.Pourtant, en se levant, le matin, il était fixé sur l\u2019attitude que désormais il lui convenait de prendre.\\ raiment il était bien sot de se mettre ainsi martel en tête.( )ù était la belle philosophie qu'il affichait naguère devant les événements les plus fâcheux?( ht son calme.' son insouciance légendaire?N avait-il pas pour principe de chasser un souci, une contrariété en se jetant à corps perdu dans le plaisir.Le plaisir.N\u2019était-ce pas là toute sa vie! Le comte Roger avait sonné son valet de chambre.Il lui donna l\u2019ordre de s\u2019informer auprès d\u2019une femme de chambre comment la comtesse avait passé la nuit.Puis, lorsqu\u2019il fut seul de nouveau, il s\u2019accouda à l\u2019appui d\u2019une fenêtre.contempla l\u2019admirable spectacle que la nature offrait à ses regards.La neige ne tombait plus.La forêt toute blanche prenait un aspect de féerie.Le temps était froid et sec.Au loin on apercevait les Aulnelles.l\u2019église du village.les maisons de chaume couverte d\u2019un taois de neige.Sous la fenêtre, c\u2019était un coin du parc.un sentier étroit qui conduisait a la grand route dont on distinguait, â quelques centaines de mètres, les arbres dénudés pareils à des squelettes fantastiques.Soudain, dans ce sentier un homme parut.Le comte le reconnut.C était un palefrenier.l\u2019élus, le mari de Victoire.Sans doute était-il chargé d\u2019une commission par le régisseur.il se rendait dans les environs.à Talloires ou aux Hêtraies.Sa demarche était lourde.Il semblait hésitant, indécis.Par instants, il s\u2019arrêtait, se retournait comme si une force mystérieuse le rappelait en arrière.Il ne voyait pas le comte qui, un sourire singulier aux lèvres, le suivait longuement des yeux, le regardait disparaître peu à peu.Le mari d\u2019Irène s\u2019était redressé.\u2014Tiens, tiens, murmura-t-il, puisque les circonstances me favorisent, pourquoi n\u2019irai-je pas faire la causette avec madame Bélus?Mais on frappait à la porte.Il se retourna.Et, d\u2019une voix brève: \u2014Entrez.ordonna-t-il.Firmin reparut.Il prononça: \u2014Monsieur le comte, madame la comtesse a passé une nuit très agitée.Madame Geneviève l\u2019a veillée constamment.Il y a une heure à peine, madame la comtesse s\u2019est endormie.\u2014C\u2019est bien, Firmin.D\u2019un geste, il congédiait le valet.Celui-ci s\u2019éloignait.Brusquement, son maître le rappela.\u2014Firmin.\u2014Monsieur le comte a des ordres â me donner?\u2014Oui.Il faudra, dès aujourd\u2019hui, mettre quelques chambres en état de recevoir des amis de Paris que j\u2019attends pour chasser.\u2014Combien, monsieur le comte?\u2014Trois chambres suffiront.\u2014Elles seront prêtes.Monsieur le comte n\u2019a plus rien à me '.lire.\u2014Non.je verrai moi-même le régisseur.les palefreniers.Vous pouvez vous retirer.Le domestique obéit.Derrière lui, le comte prit son chapeau, se ganta.et, â son tour, quitta la chambre.Sans bruit, il atteignit le palier du premier étage, descendit le grand escalier, traversa les vestibules et se trouva sur le perron.Quelques minutes plus tard, il gravissait un autre escalier en haut duquel s\u2019ouvrait le couloir qui donnait accès aux logements des domestiques.A l\u2019entrée de ce couloir le comte se heurta à un valet de chiens.C\u2019était un vieux célibataire chargé au château d\u2019u nemploi important : celui de veiller à l\u2019entretien de la meute du comte qui était l'une des plus réputées de France.Il s\u2019en acquittait d\u2019ailleurs à merveille.Il salua son maître sans manifester le moindre étonnement de le rencontrer dans un tel endroit.Le comte d\u2019Esclabert, assez familier avec ses domestiques, se rendait souvent dans leur logis lorsqu\u2019il avait des ordres à leur donner.\u2014Ménestot, dit le châtelain, je suis bien aise de vous rencontrer.Nous chasserons cette semaine.Veillez à ce que les équipages soient irréprochables.\u2014Ils le sont, monsieur le comte.\u2014Bien.Dites-moi, où allez-vous?\u2022\u2014Inspecter le chenil, monsieur le comte.\u2014Savez-vous si Bélus est chez lui?\u2014Je ne pense pas, monsieur le comte.Monsieur le régisseur l\u2019a envoyé aux nouvelles coupes des ilétraies.Mais Victoire, sa femme, est là.\u2014Alors, c'est à elle que je parlerai.Elle transmettra mes ordres à son mari.Ménestot avait soulevé respectueusement sa casquette.Le comte écouta ses pas s\u2019éloigner.Lorsqu il n entendit plus aucun bruit, il s'engagea dans le couloir.11 n alla pas loin.s\u2019arrêta devant une porte entrouverte.Délibérément, sans frapper, il entra.11 se trouva dans une sorte de cuisine servant aussi de salle à manger et pour le moment de cabinet de toilette.Madame Bélus leva la tête, eut un petit cri de surprise et de frayeur : \u2014Monsieur le comte! Lui.tranquillement avait referme la porte.\u2014 Bonjour, Victoire, dit-il en s'avançant.ce n'est pas moi que vous attendiez, n'cst-ce pas?Elle riait: \u2014Pour ça, non.monsieur le comte.J'ignorais même votre retour au château.\u2014Je suis rentré dans la nuit.Ce matin, j\u2019ai désiré voir Bélus au sujet de chasses que je veux incessamment donner.\u2014 Bélus n est pas ici, monsieur le comte.il vient de sortir.\u2014Pour longtemps?\u2014Pour quelques heures, je suppose.M.Bessières l'a envoyé aux I Iétraies.-\u2014Diable! Enfin.je le verrai dès qu'il reviendra.\u2014Ne restez pas ici, monsieur le comte ; l'élus est très violent et un rien lui monte la tête.Soudain, un bruit de pas retentit dans le couloir.\\ ictoire s\u2019exclama, les yeux pleins de frayeur: \u2014Ciel, si c\u2019était Bélus ! Ah! non, pour sûr.il ne partait pas de bon gré, ce matin-là, le palefrenier.Lorsque, dès le matin, le régisseur lui avait fait dire de passer à son bureau il avait cru que Philippe Bessières le faisait appeler pour lui adresser des reproches.Car la nuit même une discussion fort orageuse avait eu lieu entre lui et sa femme.Cette discussion avait été provoquée par un nouvel accès de jalon sic qu\u2019il n\u2019avait pu refréner en apprenant par Firmin le retour du comte.La nouvelle de ce retour inopiné s'était vite répandue parmi le personnel du château.Bélus avait eu une crispation des lèvres et un froncement des sourcils de mauvais augure.Sûr.ça ne lui faisait pas plaisir que le comte fût revenu! Or voilà que dès le premier jour on l\u2019envoyait faire, à travers bois, une course qui le tiendrait éloigné pendant plusieurs heures.Car ce n\u2019était pas des reproches que lui avait faits le régisseur sous les ordres duquel il était placé.Dès qu\u2019il était entré dans le bureau de Philippe Bessières, celui-ci, aimablement comme toujours, lui avait dit : \u2014 Bélus, je vais vous charger .une commission.Vous n\u2019avez rien d'urgent à faire ce matin?\u2014Ma foi, non, monsieur, avait-il répondu.\u2014Cela se présente à merveille.Je devais me rendre ce malin aux Hêtraies, dans la coupe des Hauts-Plateaux qui est en exploitation.Or, je ne puis, au dernier moment, m\u2019absenter.Vous allez vous y rendre à ma place et porter cette lettre à Dolinier, le chef d\u2019exploitation.C\u2019est pressant, vous entendez.Et comme Bélus avait un geste : \u2014Le premier palefrenier est là, n'est-ce pas?\u2014Oui, monsieur le régisseur.\u2022\u2014En ce cas prévcnez-le de votre départ et allez.Voilà la lettre que vous aurez à remettre à Dolinier, Bélus n\u2019avait plus osé protester.Le régisseur était son chef.\t11 ne pouvait qu'obéir à ses ordres.C\u2019est ce à quoi il s'était résigné.Mais quand il avait eu quitté le bureau, il avait donné libre cours à sa mauvaise humeur.\u2014Ah! bon sang de bon sang.c\u2019était la guigne décidément.Cette course-là allait lui prendre à lui, Bélus, une partie de la matinée.Pour aller et pour revenir des Hêtraies il fallait plus de deux heures en ne flânant pas en route.En rentrant chez lui il avait eu, vers sa femme occupée à préparer le déjeuner du matin, un coup d\u2019œil oblique.La dispute de la nuit avait eu pour résultat une brouille qui persistait encore.Pas un mot depuis le lever n\u2019avait été échangé entre les époux.Victoire ne parut pas remarquer le retour de son mari. LE SAMEDI 1)2 Celui-ci avait déjeuné silencieusement.ytiand il eut terminé il se leva: l'aut (jtie je sorte, se décida-t-il à dire.\u2014Ah.\u2022C-'i \"'est pas fait pour te contrarier, hein?\u2014\tPourquoi m\u2019en réjouirais-je?Dame!.tu vas être débarrassée de moi pendant deux heures .\u2014Tu as toujours tes mêmes idées, alors?Comment ne les aurais-je pas.Faudrait être aveugle pour ne rien voir.\u2014Mais voir quoi, enfin?Ou on te regarde de trop prés et que cela n'a pas l\u2019air de t\u2019être désagréable.-Si on me regarde tu devrais en être fier, au lieu de t\u2019en fâcher.Non.je ne puis le tolérer.D\u2019ailleurs, je t'ai prévenue.\u2014\tOne tu es donc nigaud! I\tne paix relative s était produite après cet échange de paroles., lu Mclus, ayant mis sa casquette, avait quitté son logis pour se rendre a la coupe des Hauts-Plateaux.lut traversant la cour du château, il avait eu un regard vers !e vieux manoir ou toutes les fenêtres étaient closes, où tout semblait encore dormir.II\ts éloigna, franchit le pont-levis dont les chaînes grinçaient sous les rafales du vent qui souillait de nouveau.Puis il s\u2019engagea dans le parc, tourna â gauche, prit le sentier qui conduisait a la coupe des Hauts-Plateaux.Pourtant il s était arrêté a plusieurs reprises.indécis, pris d\u2019une envie soudaine de retourner la-bas, de rentrer inopinément.Pendant son absence, que faisait-elle?Il ne prêtait aucune attention a la beauté du paysage paré dégivré, semblable a quelque décor de Noel légendaire.I, herbe était toute blanche, comme hérissée d\u2019aiguilles menaçantes.I\tne lois encore Mélus s\u2019arrêta.II\tétait â cinq cents mètres environ du château.Il revint sur ses pas.Il était nécessaire d'agir avec prudence, avec ruse.S il suivait le sentier, on pouvait l\u2019apercevoir des fenêtres du cita team 1 andis cjn en s engageant a travers les futaies il arriverait jusqu\u2019au pont-levis sans être vu.Dix minutes plus tard il était de retour, retraversait en hâte !a cour du chateau et gagnait le batiment qui servait à la domesticité.I\tne contraction de ses traits rendait son visage dur et mauvais.tjuand il lut eu haut de 1 escalier, il s'arrêta et.avant de s'engager kins le couloir, il prêta l\u2019oreille.Presque aussitôt un frémissement parcourut tout son être.On parlait chez lui.II\tpercevait un bruit confus de voix.Les yeux étincelants, l\u2019élus, d\u2019une pesée brusque, poussa la porte.Au seuil il s arrêta, un ricanement prêt â sortir de ses lèvres.Mais il demeura silencieux.I .e comte d h.sclabert venait de se dresser devant lui pendant que, dans un coin, \\ ictoire était occupée a mettre de l\u2019ordre dans te ménage.I\tne légère pâleur, un certain embarras se lisaient sur le visage du châtelain.Pourtant il dit sur un ton parfaitement calme: -\té est vous, Mclus.Croyant vous trouver j'étais entré chez vous.Notre femme ma dit que vous étiez parti aux Hêtraies, [e suis heureux de votre retour puisqu\u2019il va me permettre de vous dicter mes instructions.Ah.ah.Monsieur le comtr', bégayait le palefrenier intimidé soudain.-\tOui, continuait le comte avec le même calme apparent.Dans quelques jours nous chasserons a courre.11 importe donc de s\u2019assurer si les chevaux sont suffisamment entraînés.Je compte sur des invités de marque et je tiens absolument à ce qu\u2019ils aient sur mes equipages de chasse une excellente opinion.C\u2019est pourquoi j\u2019ai voulu vous parler.D un geste dégagé, en homme sur de lui, le comte d\u2019Esclabert coquettement frisait les pointes de sa moustache.l'élus tremblait.riais il gardait les yeux baissés.Comment se fâcher, montrer les dents?II\tperdrait sa place.Où pourrait-on en retrouver une semblable?\u2014Misère de misère.Il se mordait les lèvres.refoulait les injures prêtes â lui échapper.\u2014Oui.monsieur le comte, répondit-il.ht il continua a tenir baissés ses yeux dans lesquels passaient des lueurs rouges.Le comte Roger assujettit dans son orbite le monocle qui depuis un instant il avait laissé tomber et avec lequel il jouait négligemment.Puis se tournant vers Victoire: \u2014Ainsi les ordres dont je vous avais chargée pour votre mari sont transmis ?déclara-t-il.Il pivota sur ses talons.sortit.Dès qu il fut dehors, le palefrenier les veux injectés de sang, les poings crispés, se laissa tomber sur une chaise.Kt pendant un instant il resta la sans rien dire, comme accablé.\\ ictoire allait et venait dans la pièce, fébrile, comprenant que l'orage allait éclater.Elle n\u2019osait pas parler.h ne grande frayeur s\u2019était emparée d\u2019elle.Elle devinait en partie ce qui se passait dans l\u2019âme de son mari.et elle le savait capable des pires violences.Pourtant de quelle faute était-elle coupable?(Ju\u2019avait-elle â se reprocher?En dessous elle observait son mari.A sa grande surprise il se leva tout à coup et sans un mot, sans un reproche, il quitta la pièce.11 redescendit l\u2019escalier, traversa de nouveau la cour et reprit i< sentier qui conduisait aux Hêtraies.En travers de son front les rides formaient comme des bourrelets.Les sourcils rudes, hérissés, restaient froncés.Les cils épais et roides voilaient la lueur sombre de ses yeux.Ses lèvres étaient crispées par un rictus.Et quand il se fut enfoncé sous bois, il parla.Des phrases hachées.des phrases de menaces, de malédictions jaillirent de ses lèvres.Il leva le poing en l\u2019air et ricana: \u2014( )ui.qu il prenne garde!.il paiera cher! XII.\u2014UN MARCHÉ Firmin n\u2019avait pas menti.La comtesse avait passé une nuit terrible.Lorsque, après le départ du comte, elle était sortie de sou évanouissement, elle avait vu penchée anxieusement sur elle une servante lui donnant des soins.Alors elle s était rappelé la scène.l\u2019épouvantable scène qui venait d\u2019avoir lieu.D\u2019un geste silencieux elle avait donné l\u2019ordre à la femme de chambre de se retirer.Et, pendant des minutes interminables, écroulée dans un fauteuil, elle était demeurée dans une sorte de prostration de tout son être, semblable à une folle, la tête entre les mains.La pendule d\u2019onyx qui, sur la cheminée de marbre dressait ses colonnettes sculptées, chef-d\u2019œuvre du siicle dernier, sonna les neuf coups de l\u2019heure.I n â un les bruits s\u2019éteignirent.A cette heure, lorsqu'il n\u2019v avait pas d\u2019ir.vités au château, tous les domestiques se couchaient.La comtesse Irène avait voulu qu\u2019on conservât l'habitude de sonner le couvre-feu.C\u2019était le moment où la cloche de la chapelle faisait resonner jusqu\u2019aux campagnes lointaines sa puissante voix d'airain.La châtelaine ne l\u2019entendit pas.Elle semblait ne plus se rendre compte de la vie extérieure.Elle ne perçut pas davantage le bruit de deux coups discrets qu\u2019on frappait â la porte.Celle-ci tout à coup s\u2019ouvrit doucement.Et dans 1 entrebâillement la tête inquiète tie Geneviève parut.La jeune femme s\u2019excusa: \u2014Madame la comtesse m\u2019avait priée de revenir près d\u2019elle avant qu\u2019elle se mit au lit.Rien ne répondit.Pourtant la châtelaine était là, assise dans un fauteuil.S\u2019était-elle endormie?Geneviève hésita à avancer.Mais ce sommeil de sa maîtresse était si étrange, si inquiétant que l'hésitation de la jeune tille ne fut pas de longue durée.D'ailleurs, tout de suite elle était fixée.Le corps de la comtesse venait d\u2019être agité par un frémissement.Celle-ci ne donnait pas.Alors pourquoi restait-elle dans cette pose morne d\u2019accablement et de désespoir?Etait-elle souffrante?Geneviève s\u2019approcha.Et connue la châtelaine ne bougeait pas, elle osa la toucher doucement à l\u2019épaule en appelant: LE SAMEDI \u2014Madame.Sette fois Irène releva la tête.Elle regarda avec des yeux hébétés, des veux où l\u2019intelligence était absente, celle qui lui parlait.On aurait dit que tout d'abord elle ne la reconnaissait pas.Enfin elle murmura: \u2014C\u2019est vous, mon enfant.\u2014Oui, madame, vous m\u2019avez dit de revenir.J\u2019ai obéi à votre désir.Fernand repose dans son petit lit.Mais qu\u2019avez-vous, vous êtes toute pâle, mon Dieu, madame, vous me faites peur!.\u2014Ecoutez, Geneviève.pour vous je n'ai pas de secret.il faut que je vous dise.une scène effroyable a eu lieu ce soir entre mon mari et moi.\u2014Monsieur le comte est revenu! \u2014Oui.à l\u2019improviste.méchamment.dans un but de vengeance infâme.|x>ur me causer la plus épouvantable souffrance qû'on puisse imaginer.A voix basse.la poitrine oppressée.elle racontait à Geneviève 1 arrivée inopinée du comte.ce qui avait eu lieu alors: sa stupeur, son épouvante à elle, Irène, lorsqu\u2019elle avait su qu\u2019il possédait son secret.qu\u2019il savait qu\u2019elle avait eu un enfant d\u2019un premier mariage.un enfant qui vivait.qui portait un nom que lui, le comte Roger, connaissait.\u2014Comment a-t-il appris?.je ne sais pas.je ne sais pas.\u2014Mais.il vous a révélé le nom de votre enfant.\u2014Non.c\u2019est là sa vengeance.Il n\u2019est pas possible d\u2019en rêver de plus atroce.Songez donc : vivre à côté de cet homme, savoir que d\u2019un mot il peut me rendre le bonheur que je croyais à jamais perdu.me dire où est mon enfant.et ne rien pouvoir pour le fléchir!.\u2014Alors.vous supposez.que jamais il ne prononcera une parole.pour vous mettre sur la trace de votre fils.\u2014Jamais! Oh! vous ne le connaissez pas, Geneviève!.11 n\u2019a «le cœur que juste ce qui est nécessaire à la circulation du sang.ni mes larmes, ni mes supplications n\u2019auront le secret de l\u2019émouvoir.et pourtant je le supplierai.je me traînerai à ses genoux.Maintenant que je sais que mon enfant existe, il m\u2019est impossible de vivre séparée de lui.je veux qu'il apprenne que je suis sa mère.Elle s\u2019était dressée.les prunelles étincelantes.en proie à une exaltation extraordinaire.Geneviève eut peur.\u2014Madame.je vous en supplie.reprenez votre calme.Vous allez vous mettre au lit.être raisonnable.vous avez la fièvre.Pensez à ce qu\u2019il adviendrait si vous tombiez malade.s\u2019il vous arrivait malheur!.11 vous faut, au contraire, être forte pour lutter contre.contre M.le comte.Votre enfant vous sera rendu.J\u2019adresserai au ciel des prières si ardentes qu\u2019il m\u2019écoutera peut-être.Je ne veux pas que vous soyez malheureuse.je vous aime, je vous respecte profondément.Vous devez vous reposer.Moi, je resterai auprès de vous.étendue sur cette chaise-longue.je serai très bien.Ne protestez pas.c\u2019est une prière, madame, que je vous adresse.\u2014Mais le petit Fernand?\u2014Le cher mignon dort dans la pièce voisine.il ne se réveillera pas.D\u2019ailleurs je me rendrai de temps à autre auprès de lui pour m\u2019assurer que rien ne trouble son sommeil.\u2014Et vous-même, ma pauvre enfant?\u2014Oh, moi, madame, je suis habituée.Pendant les six premiers mois qui ont suivi la naissance de Fernand, combien de nuits n\u2019ai-je pas passées auprès de son berceau ! Vaincue, la comtesse avait cédé.Elle s\u2019était jetée tout habillée sur son lit.La fièvre qui s\u2019était emparé d'elle doublait d\u2019intensité.Il semblait que la révélation du comte l\u2019eût atteinte aux sources mêmes de la vie.Pas une seconde ses paupières ne s\u2019abaissèrent sur ses veux où brillait une flamme singulière.Elle songeait au moyen de reconquérir son enfant.d\u2019amener le comte à lui dire sous quel nom et l\u2019endroit où celui-ci vivait.Ce moyen il faudrait bien qu\u2019elle le découvrit !.Oui.peut-être.peut-être même l\u2019avait-elle trouvé.Elle avait appelé Geneviève tout près d\u2019elle.et, prenant les mains de la jeune fille, elle expliquait : \u2014Monsieur d\u2019Esclabert est léger.frivole.II aime les plaisirs.l\u2019argent qui lui permet de satisfaire à ses appétits les plus vils.Eh bien, pour qu\u2019il me dise où est mon fils.je lui donnerai de l\u2019argent.oui, autant qu\u2019il en exigera.Je lui ferai abandon de tout ce que je possède.ma fortune sera à lui.Que m\u2019importe la pauvreté.je veux mon enfant.mon enfant que d\u2019une parole il peut me rendre.Vers le matin, terrassée par la fatigue, la comtesse Irène s\u2019était enfin endormie.Mais son sommeil devait être lourd, peuplé de rêves, de cauche- 1)3 mars, car, à chaque instant, le corps de la pauvre femme avait des soubresauts.A midi, elle s\u2019éveilla.Il fallut que Geneviève insistât pour qu'elle consentit à se fairc-servir un peu de nourriture à laquelle elle toucha à peine.I\tue fièvre nouvelle.un es|>oir maintenant la soutenait.Elle voulait voir le comte.Lui parler.Avoir avec lui un entretien décisif.Cet homme était si infâme que peut être il accepterait le marché qu'elle était décidée à lui prop>ser.Dans l'après-midi, elle lui tit demander s'il voulait se rendre auprès d\u2019elle.II\tobtempéra à ce désir dont il ne parut nullement étonné-, bit quoiqu'il crut deviner le motif |x>ur lequel la comtesse le faisait appeler, il était curieux de voir, après les événements qui s\u2019étaient déroulés, quelle serait l'attitude d\u2019Irène.Il trouva celle-ci assise dans une bergère, le visage pâli, les veux cerclés de bistre.Il s\u2019était incliné.Il prononça simplement: \u2014Vous m'avez fait demander, madame?\u2014( )ui.Après ce qui s\u2019est passé hier soir une explication est nécessaire entre nous.Cette situation équivoque ne peut durer.Vous m\u2019avez reproché de vous avoir caché l\u2019existence de mon enfant.Et comme il avait un geste : \u2014J\u2019ajouterai que je n\u2019en éprouve aucun retnonb V ous voyez que je vous parle avec la plus entière franchise.A un homme loyal et sincère qui m\u2019eût aimée.qui, en mYqxntsant, n'iut oliei qu'à l\u2019impulsion de son cœur, il y a longtemps que j\u2019aurais fait l\u2019aveu du mystère que cachait mon passé.\"Envers vous j\u2019étais exempte de tout scrupule.\"En m\u2019offrant votre nom vous ne vous laissiez guider que par l\u2019intérêt.La jolie existence que vous meniez à Paris vous avait placer dans l\u2019alternative de vous brûler la cervelle, car non seulement vous étiez ruiné mais vous aviez clés dettes, ou de trouver une jeune femme naïve dont la dot servirait à paver vos fredaines passées et celles à venir.\"Vous voyez que s'il y a eu une dupe, cette clnpe ce n\u2019est pas vous.Elle frémissait.l\u2019n peu de sang montait à ses joues.11 la laissait parler sans l'interrompre, un sourire iuq»ertinent.ironique aux lèvres.\u2014C\u2019est pour me dire cela que vous m'avez fait venir?.demanda-t-il froidement.\u2014Non.Que m\u2019imjxirtent les sentiments que vous nourrissez.que vous avez toujours nourris à mon égard.Nous avons sans cesse été l\u2019im [xmr l\u2019autre des étrangers.C'est à peine si, aux veux du inonde, vous avez pris la peine de sauver les apparences.\u2014Vraiment, madame, vous avez l'audace.\u2014Oui.Au surplus ne vous indignez pas.Admettons que je n\u2019ai pas le droit de vous adresser aucun reproche.Vous devez convenir que, entre nous désormais., l'existence est impossible.J\u2019ignore quelles sont vos intentions.Hier vous m\u2019avez affirme que vous possédiez mon secret.que vous saviez où était mon enfant.\"Dites-moi où il se trouve.Il la regarda avec stupeur.Il était venu dans la conviction qu\u2019il la trouverait sanglotante, vaincue.dans la certitude qu'elle se traînerait à ses genoux.qu\u2019elle le supplierait, et voici qu\u2019elle lui parlait sur un ton sec, presque impératif.Il ricana: \u2014Vraiment, je vous croyais plus intelligente.\"Vous dire oitest votre enfant ! Mais ce ne serait pas ch la naïveté de ma part, ce serait tout simplement de la folie! \"Tout à l\u2019heure vous prétendiez qu'entre nous désormais l'existence était impossible.\u201cJe vous ai comprise.\"Cela, n\u2019est-ce pas, signifie que vous n\u2019avez qu'un désir: celui de rompre les liens qui vous unissent à moi et de vivre désormais avec votre fils si j\u2019étais assez niais |x»ur le jeter dans vos bra>.Elle le fixa hardiment.\u2014Et quand cela serait ! \u201cVous me croyiez plus d\u2019intelligence! J'en ai suffisamment pour deviner votre calcul.\u201cVous me haïssez et cependant le divorce vous fait peur, non pas qu\u2019il vous soit désagréable de recouvrer votre libe lle, vous l'aimez trop pour cela, mais parce que le jour où la loi nous désunirait vous vous trouverez dans la situation où vous étiez la veille de notre mariage.C\u2019est l'argent.l\u2019argent uniquement qui sert de mobile à chacun de vos actes.\u201cEh bien, écoutez.\u201cJe n\u2019essaierai pas de vous attendrir par des prières values.Je ne vous dirai pas quec\u2019est atroce de vouloir séparer à jamais une mère de son tils lorsque, d\u2019un mot, il est possible de les réunir.Je 94 LE SAMEDI île ferai pas appel à votre cœur, à votre pitié.Ce serait inutile, n\u2019est-ce pas?.Oli! je l\u2019ai bien compris.Je vous rends justice.Avec vous je parlerai donc affaire, car c'est une affaire que je vais vous proposer.\"l)iles-moi le nom de mon enfant.\"I.e lieu où il est.\u201cMa fortune s'élève à deux millions environ.Je vous en abandonne la moitié.davantage même.Parlez.fixez vous-même un chiffre.Je vous donne tout.tout ce que je possède si voui me rendez mon tils ! I ,e comte avait tressailli.One damme rapide.un éclair traversa ses prunelles.I\t,a liberté.un million.davantage même, c\u2019est-à-dire le moyen de vivre à sa guise et.n'ayant plus d\u2019entraves, plus d'apparences à sauvegarder la possibilité d\u2019éblouir Paris de son luxe.< )li ! oli! mais voici que l'aventure prenait une tournure à laquelle il n\u2019avait pas songé jusqu alors.une tournure qui était loin de lui déplaire.La comtesse l'avait dit : cet homme était un infâme.Son âme vénale était morte à tout noble sentiment.\u2014 Kh bien, monsieur, vous ne répondez pas?.I! demeura silencieux.II\tréfléchissait.Et voici que dans son cerveau un plan s\u2019échafaudait, un plan machiavélique, monstrueux.Il s'était vengé de la comtesse.11 la tenait à sa merci.A cette heure elle expiait durement le mépris avec lequel elle l\u2019avait traité.Mais il était quelqu\u2019un dont il avait juré également de se venger.quelqu\u2019un qu\u2019il avait désiré également tenir à sa merci.Geneviève ! Qui sait si la minute qu\u2019il avait si longtemps attendue n\u2019allait pas sonner ! Il avait relevé la tête.Froidement il prononça: \u2014Madame, je vous ai déclaré (pie jamais vous ne reverrez votre enfant.Je n'ai rien à ajouter.Cet entretien est inutile, trouvez bon que je me retire.11 s\u2019inclina, sortit, tandis qu'lrène livide, frappée au cœur par les paroles de son mari, chancelait, les mains crispéçs à l'appui d\u2019un meuble pour ne lias tomber.l'ne heure plus tard, Geneviève était mise par la comtesse au courant de ce qui venait d\u2019avoir lieu.La jeune fille.profondément émue.prodigua à sa bienfaitrice les plus touchantes consolations.Irène était désespérée.Elle avait cru que cet homme accepterait le marché qu\u2019elle lui avait proposé.11 avait refusé.Pourquoi ?Quel était donc le but mystérieux qu'il poursuivait?XIII.-CHASSE TRAGIQUE l\u2019élus n'avait cessé un instant de se monter la tête.Il cherchait un moven de venger le mal que, dans son imagination, le comte lui faisait.Or, ce matin-ci, il avait marché longtemps dans la neige, ses vêtements étaient mouillés.11 dut les quitter, en revêtir d\u2019autres plus secs.Puis, lorsqu\u2019il fut seul, avant de descendre aux écuries, il chercha, dans une vieille malle abandonnée dans un coin, une brochure dont la couverture bleue, salie, maculée, disait l\u2019ancienneté.Cette brochure avait pour titre: I.cs Poisons végétaux.\u2014Leurs effets sur les Animaux.11 l\u2019examina un instant, puis la glissa dans une de ses poches, car Victoire venait de rentrer.11 semblait satisfait.Quelques minutes plus tard, il était dehors.Et bientôt, après avoir traversé les écuries, il pénétrait dans les greniers à foin.Il savait que ceux-ci étaient ordinairement solitaires.et, en ce moment, il recherchait la solitude.11 s'approcha d\u2019une lucarne afin de mieux voir et s\u2019assit sur le foin odorant.Là, il n\u2019avait aucune surprise, aucune discrétion à craindre .De la poche où, tout à l\u2019heure, il l\u2019avait dissimulée, il tira la f;kneuse brochure à laquelle il paraissait attacher un grand prix.En quoi l\u2019étude des poisons végétaux et celle de leurs effets sur les animaux pouvaient-elles l'intéresser?11 ouvrit le livre.le parcourut.Il n\u2019avait qu\u2019une instruction rudimentaire.C\u2019est à peine s\u2019il savait lire et écrire.Pourtant en hésitant un peu il arrivait à déchiffrer les lignes.Pt bientôt il s\u2019arrêta à une page.Son attention fut particulièrement frappée.En haut de celte page, un en-tête de chapitre portait cette indication : I.cs /'/antes nuisibles pour le cheval.Ce fut là que les recherches du palefrenier s\u2019arrêtèrent.Attentivement, mot par mot, l\u2019élus prit connaissance de tout le chapitre.Tout à coup il cessa de lire.Et.de même que le matin, alors qu'il marchait à travers les solitudes de la montagne, un sourire cruel passa sur ses lèvres, s\u2019v fixa de nouveau.Ah.oui.il l\u2019avait trouvée, sa vengeance!.Elle serait ainsi qu\u2019il avait décidé, effrayante, atroce.Et puis personne ne l\u2019inquiéterait ! Les événements se passeraient !e plus naturellement du monde.Il n\u2019aurait ni représailles, ni châtiment à craindre.Qu\u2019y avait-il donc dans ces lignes mystérieuses qu\u2019il parcourait avec un flamboiement dans les prunelles et qu'il gravait dans son cerveau ?Quelle corrélation entre elles et sa vengeance?Quand il redescendit il s\u2019était de nouveau composé une physionomie.Celle-ci avait l\u2019impénétrabilité d\u2019un masque.Dans deux ou trois jours on devait organiser une chasse à courre, malgré la neige et le froid très vif à cette époque de l\u2019année.Cinq ou six invités, des amis du comte, étaient arrivés de Paris.llélus en profita pour se rendre dans !a forêt, son précieux livre en poche.La neige avait fondu par places.Ce fut là que le mari de Victoire s'arrêta.Et pendant que, dans le lointain, les aboiements des chiens résonnaient par instants, éveillant d\u2019innombrables échos dans la montagne, iui, penché vers la terre, chercha parmi la mousse et les plantes.11 fut d'abord longtemps sans trouver ce qu\u2019il désirait, puis tout à coup il étouffa une brusque exclamation.Parmi de grandes herbes à demi séchées, une plante qux feuilles allongées dont la couleur était grisâtre et la surface cotonneuse venait d'apparaître à ses regards.Les doigts noueux de llélus la saisirent, l\u2019arrachèrent .\u2014C\u2019est bien ça.murmura-t-il.Pourtant, par acquit de conscience, il tira une fois encore la brochure de sa poche.Et il compara la plante qu\u2019il venait de cueillir à celle que représentait une gravure du livre.Nul doute ne demeurait possible: c\u2019était la même plante.Il se pencha à nouveau, chercha, et bientôt sous la neige il en découvrit d\u2019autres.A quelques-unes d\u2019entre elles adhéraient encore de petites fleurs toutes grises qui tombaient dès qu\u2019une secousse agitait la tige.11 en fit précieusement un paquet, qu\u2019il lia d\u2019un brin de bruyère et qu\u2019il dissimula sous sa veste.11 s\u2019en revint au château et cacha dans l\u2019un des greniers le paquet d iicrbcs qu\u2019il avait cueilli.11 ne devait pas le laisser là longtemps.Le soir même, toujours en cachette, il le rapportait dans les écuries et le glissait derrière un coffre.Le lendemain avait lieu la première chasse.Le cheval que devait monter le comte d\u2019Esclabcrt était une bête superbe, venue d\u2019Espagne l\u2019année précédente.llélus lui donna dès le matin la ration de foin habituelle.Mais à cette ration il mêla la boîte de plantes rapportés la veille de la montagne.Ils n\u2019engendraient point la mélancolie les invités du comte Roger.C\u2019étaient tous des viveurs à son image, de hardis compagnons à qui il ne déplaisait pas, de temps à autre, de quitter Paris, les boulevards pour aller, en un site pittoresque, se retremper dans de grandes chasses comme celle que leur offrait aujourd'hui le mari d\u2019Irène.Au nombre de ces invités était de la Roche.Armand Trémanzey devait l\u2019accompagner.Mats, au dernier moment, sous un prétexte quelconque, celui-ci avait ajourné sa visite à une date ultérieure.La vérité c est que le gendre du banquier n\u2019était rien moins qu\u2019un Nemrod.Les exploits cynégétiques de scs amis de la Roche et d\u2019Esclabcrt ne l\u2019enthousiasmaient que médiocrement.D\u2019autre part, il éprouvait une extrême répugnance à abandonner Paris à une époque particulièrement chère aux boulevardicrs.Dès son arrivée au château, de la Roche avait eu un mouvement LE SAMEDI clc surprise en se trouvant face à face, dans le grand escalier avec Geneviève qui tenait le petit Fernand par la main.11 la salua.I.a jeune femme était pâle.Dans ses éternels vêtements de deuil elle semblait plus triste que jamais.et ses grands yeux brillants de fièvre recelaient une souffrance secrète.Elle répondit au salut du jeune homme, s\u2019éloigna avec le petit Fernand.Il la regardait disparaître.troublé.envahi teint à coup par une pitié profonde pour cette jeune femme qu'il devinait très malheureuse.Dès qu\u2019il fut seul avec le comte Roger, dans le cabinet de celui-ci il dit sur un ton de plaisanterie affecté : .\u2014 J'ai vu.il y a quelques instants.l'adorable créature pour laquelle, à l\u2019automne dernier, ton cœur a pris feu subitement.Et comme le châtelain avait un geste d'humeur : \u2014Serais-tu jaloux.Vraiment l\u2019aventure serait curieuse.\u2014 Peut-être.Je n'ai aucun droit qui m'y autorise, dirais-tu, c'est certain.Mais tu devrais savoir qu'on ne me brave pas impunément.Celte adorable créature que tu viens de rencontrer éprouve certainement pour moi l'aversion, la haine la plus profonde.Et changeant brusquement le sujet de la conversation: \u2014Demain.chasse sérieuse.aux sangliers et aux loups.\u2014De fortes émotions alors?\u2014Oui.et aussi des dangers à affronter.\u2014Ecs fauves?___Oh! les fauves!.11 y a quelque chose de plus redoutable qu\u2019eux : le terrain sur lequel nous allons les traquer.\u2014Sur quel ton dis-tu cela.Comment! c\u2019est toi que jamais rien n'a fait reculer.toi, d\u2019Esclabert, dont l'intrépidité est proverbiale qui parles ainsi !.\u2014Oui.je ne sais pas.la chasse qui pour moi a ordinairement tant d\u2019attrait ne me dit rien qui vaille aujourd'hui.Pourquoi!.Je serais bien embarrassé pour l\u2019expliquer.De la Roche éclata de rire.\u2014On nomme cela un pressentiment, prononça-t-il.Ee comte Roger demeura grave.Ce matin-là, le soleil se leva par delà les montagnes, dans un ciel très bleu.Des abîmes insondables.des crevasses monstrueuses trouaient de déchirures noires l\u2019immensité blanche de la glace.11 faisait très froid.Des chasseurs sortirent du château.franchirent le pont-levis.Déjà des piqueurs étaient partis en avant pour déterminer, les remises du gibier.Au pas.les chevaux tournèrent à gauche, s'engagèrent dans l\u2019un des sentiers de la montagne, naseaux fumants, oreilles dressées.C'étaient toutes de fort belles bêtes aux jarrets nerveux, aux garrots puissants, aux muscles d acier.Soliman, le cheval du comte Roger, était remarquable entre tous par la robustesse et par l\u2019élégance de ses formes.Le comte nourrissait pour lui une préférence marquée.A travers la montagne traîtresse, parsemée d\u2019abîmes, il avait réalisé des prouesses qui avaient affirmé les merveilleuses qualités d\u2019endurance du cheval et la science équestre, le sang-froid imperturbable du cavalier.D'où venait qu'aujourd'hui il n'avait plus ce bel entrain, cette audace tranquille qui forçait l'admiration de ses compagnons?.Il s'efforcait de parler et de rire, mais on voyait que c\u2019était là une tâche qu'il s'imposait, car dès que la conversation s\u2019interrompait son visage devenait lugubre.Et de la Roche le dévisageant se disait : ____Que rumine-t-il?Il se passe dans ce chateau des choses étianges certainement.Entre la comtesse qui semble si malheureuse.la jeune dame de compagnie si jolie, si pitoyable et d\u2019Esclabert, un drame se joue, j'en ai la conviction, un drame dont le dernier acte n'est lias éloigné.Soliman, sur lequel le comte se tenait, non plus fier et superbe, mais en s'abandonnant, le corps comme courbé par une lassitude singulière, Soliman montrait lui aussi plus de nervosité que d ordinaire.|>ar instants il frissonnait.Puis il se jetait de côté, u obéissait pas au mors, secouait les oreilles, manifestait une sorte d'exaltation que son cavalier ne lin avait jamais vue jusqu'alors.A deux ou trois reprises le comte dut se servir de la cravache sous laquelle le fier animal se cabra, frémissant.\u2014On a dû, pensa le châtelain, lui donner une trop forte ration d\u2019avoine.Mais voici qu'au loin les hommes s'avançaient au-devant des cavaliers.C\u2019étaient les traqueurs.Quand ils furent tout près, ils firent connaître le résultat de leurs recherches.Ce résultat était excellent.Des traces de fauves, loups et sangliers, avaient été découvertes.Leurs remises étaient signalées.C\u2019était au bois de Abîmes, ainsi nommé à cause des crevasses, des gorges escarpées qu'il renfermait.Le comte d\u2019Esclabert eut cette fois encore un léger mouvement.Avait-il donc peur?Pourtant maintes fois il était aile chasser dans ce bois précisément affectionné par lui à cause de son pittoresque et des dangers qu ¦! présentait.Il se tourna vers les chasseurs.\u2014Messieurs, je dois vous prévenir que le bois des Abîmes est parsemé de trous profonds.de gouffres.il ne faut donc s y aventurer qu'avec la [dus grande prudence .( )n le regarda.De la Roche s\u2019exclama : \u2014Nous savons, mon cher.tous nous y sommes allés déjà.Nous ferais-tu l'injure de nous prendre pour des poltrons?Les autres approuvèrent.Ee comte Roger se dressa sur ses étriers.-\u2014Eh bien, en route.Ecs piqueurs avaient montré le chemin, indiqué les points d attaque.Depuis quelques secondes, le mari d Irène sentait davantage encore frémir Soliman.Ces Irissons, plus prolongés, mettaient comme une houle à la surface du corps du superbe animal.Décidément, la bête n'était pas ainsi qu\u2019à l'ordinaire.El, à part lui, le cavalier pestait contre les valets d écurie.\u2014Sûrement, on avait donné au cheval une ration d avoine anormale.Les brutes! Soliman bondit.11 fallut une nouvelle intervention de la cravache pour le ramener dans le peloton des chasseurs dont il semblait sans cesse vouloir s'écarter.Dix minutes plus tard les invités du comte atteignaient la lisière du bois et trouvaient là de nouveaux piqueurs qui leur donnaient des renseignements plus précis.On allait attaquer sans retard.Chaque chasseur était muni d'une carabine de précision.De la Roche avait apporté des balles explosibles qui, pensait-il.allaient faire merveilles.Sur les indications des traqueurs.les chasseurs se séparèrent.se portèrent aux points qui leur étaient assignés.Au ciel le soleil montait.Le froid, cependant, était toujours aussi vif.Roger d\u2019Esclabert, qu'un autre chasseur accompagnait, s était engagé sur un plateau où la neige, chassée sans cesse par le vent, n\u2019avait qu\u2019une faible épaisseur.Le comte, malgré l\u2019effort de sa volonté, ne pouvait arriver a retrouver son calme habituel.Autant que Soliman, il était nerveux.Alors, pourquoi était-il ainsi.inquiet.préoccupé.en proie à une mélancolie inexplicable?Tout il 'allait-il pas selon son désir?T.es événements ne prenaient-ils pas une tournure faite pour *e satisfaire?.Oui certes.1! tenait Irène à sa merci.Chaque jour.chaque heure.il pouvait se repaître de la sou! franco de la malheureuse.Car elle souffrait atrocement.Il le constatait à son visage creusé, à ses paupières brûlées par le-larmes.Certes il était vengé.11 n'avait qu'un mot à prononcer.et il recouvrerait sa 'iberle.Il recommencerait sa folle existence de jadis.La iortunc de sa femme.un million.plus encore.serait à lui.Irène avait déclaré: \u201cPour savoir où est mon enfant, j'abandonnerai tout ce que je possède\".Et cependant cela n\u2019avait pas suffi à sa vengeance.Absorbé par ses pensées, le comte avait abandonne les rênes de son cheval.L\u2019animal, ne se sentant plus retenu, avait [iris le galop.m galop fou.Il allait par bonds désordonnés.Lorsqu\u2019il se rendit compte de ce qui venait de se passer, le mari d'Irène reprit les rênes afin de ramener sa monture à une allure plus raisonnable.Mais Soliman n\u2019obéit pas.Sous la douleur du mors il accéléra son allure.La main du cavalier effleura le col du cheval. 96 LE SAMEDI La peau en était brûlante.Et voici cjuc des naseaux fumants sortit un bruit de soufflet qui, dès cet instant, ne cessa plus.La course devenait vertigineuse.Maintenant l\u2019animal avait pénétré dans la forêt.Il suivait un chemin forestier où la neige était plus épaisse.Le comte, les genoux collés aux flancs de Soliman, avait conscience du péri! auquel il était exposé.Il ne devait plus songer à maîtriser son cheval.l'.n proie a une folie véritable.sous l'influence d'un empire diabolique, ceiui-ci n\u2019obéirait plus.Roger d\u2019Esclabert se retourna.Il étati seul.Son compagnon n'avait pu le suivre.Ses tempes se mouillèrent de sueur.Une angoisse, une peur horrible l\u2019étreignirent à la gorge.Et la chevauchée devint fantastique.t Lc cheval et son cavalier semblaient deux fantômes emportés par l\u2019espace dans un vent de tourmente, au gré du Destin.Des oiseaux, des animaux surpris n'osaient pas fuir.et les regardaient passer avec des yeux ronds d\u2019épouvante.Tout à coup le comte crut qu'un glas sonnait.C\u2019était la trompe d\u2019un chasseur qui se faisait entendre.Un coup de feu fut tiré dans le lointain.La chasse était commencée.Aux oreilles du comte Roger le bruit s\u2019amplifia, prit des proportions effrayantes.Il sentait sa raison s\u2019égarer.Sans une hésitation le cheval franchissait tous les obstacles: souches, roches émergeantes qui se trouvaient devant lui.Mais le chemin se resserrait.Des branches d\u2019arbres frappaient le cavalier au visage, le meurtrissaient.Sauter à terre?Celui-ci y songea un instant.Mais c\u2019eût été, dans cet emportement de vertige, la mort certaine.Brusquement le bois prit fin.Le cheval avait fait un circuit.Il était revenu à son point d° départ sur le plateau immense qui terminaient d\u2019un côté les remparts du chateau, (le l'autre un ravin profond de deux cents pieds que des roches pointues hérissaient.Des fenêtres du château, l\u2019œil découvrait au loin cette sorte de ter-i asse naturelle et aussi 1 abîme qu elle surplombait.A l\u2019instant oû Soliman et le comte sortaient de la forêt, la chasse arrivait.Un loup, poils hérissés, yeux flambants, langue pendante, fuyait, poursuivi par une meute hurlante et par les chasseurs.La vue d\u2019un cheval passant comme une trombe avec un cavalier qui se cramponnait désespérément à lui, les arrêta net.Un cri d\u2019horreur jaillit de toutes les bouches.Puis un nom \u2022 \u2014D\u2019Esclabert ! Et la surprise instantanément fit place à la terreur.Soliman, fou absolument, courait droit au gouffre, à la mort.Il ne s arrêterait J>as devant le vide béant de l\u2019abîme.Il irait toujours devant lui.Essayer de couper le chemin à l'anima! emporté était inutile.Pourtant, abandonnant la chasse, laissant fuir le loup, les cavaliers se précipitaient.Ils virent le comte Roger qui se tenait courbé sur l'encolure de Soliman, se redresser tout a coup, essayer de dégager scs pieds des étriers.Mais I tin d eux était trop profondément engagé.D'ailleurs à quoi bon?Il était trop tard.Le comte se sentait perdu.Ainsi le voulait le destin.Il se redressa complètement, voulant mourir en brave.Ses prunelles dilatées fixèrent l'espace, l\u2019espace magnifique.les campagnes toutes blanches sous le manteau de neige qui les recouvrait.Derrière lui, nid d'aigle, sombre, fantastique, le château oû il avait vécu s'érigeait profilant ses tourelles pointues sur le ciel infiniment bleu.En une seconde mille pensées assaillirent le cerveau du comte.Un cri rauque s'étouffa dans sa gorge contractée.11 ferma les yeux.Et il sentit que le cheval poursuivait sa course tragique avec une vitesse plus grande encore.il l\u2019entendit pousser un hennissement prolongé, lugubre, un râle d'agonie.Alors il eut la conscience que c'était la fin.qu'il allait s\u2019abîmer sur les roches, lesquelles au fond du gouffre dressaient leurs pointes horrifiantes .Sa dernière heure avait sonné ! A cette même minute, â une fenêtre de l\u2019un des greniers du château, une tête d'homme apparaissait.Et des yeux flambants, des yeux au fond desquels se lisait une joie cynique, infernale, regardaient ce spectacle de mort.On eut dit que le destin se plaisait à donner â Bélus cette horrible satisfaction.Le palefrenier grimaça un sourire.XIV.\u2014POUR SON ENl-'ANT La comtesse Irène était décidée â faire auprès de son mari une nouvelle, une suprême tentative.Elle avait trop souffert.elle souffrait trop.elle voulait que, à tout prix, son enfant lui fût rendu.Elle emploierait pour amener le comte à lui livrer le secret qu n détenait tous les moyens que son cœur meurtri, affolé, lui dicterait.JÛt il faudrait bien que Roger d\u2019Esclabert consentît à parler! Tout a coup un grand bruit résonna dans la cour du château.Des pas de chevaux se firent entendre.Assise, dans une chauffeuse au coin de la cheminée de sa chambre, Irène se leva, en tressaillant.Les chasseurs rentraient.Elle allait guetter son mari, le voir, et sans plus attendre le prier de se rendre auprès d\u2019elle.Elle se dirigea vers la fenêtre, souleva le rideau, regarda.Dans la cour, couverte de neige, les chasseurs mettaient pied à terre.Elle remarqua qu'ils s\u2019entretenaient entre eux avec vivacité, puis qu'ils annonçaient aux domestiques quelque événement grave sans doute, car ceux-ci tout à coup parurent en proie à une vive émotion.Elle n'aperçut pas le comte Roger.Pourtant l\u2019idée d\u2019un malheur ne se présenta pas tout de suite à son esprit.Ce ne fut que lorsqu'on frappa à la porte de sa chambre et qu\u2019eue vit s'avancer de la Roche, le chapeau à la main, de la Roche très pale, le visage grave, qu'elle éprouva au cœur comme un pressentiment .11 s'inclinait : \u2014Madame.je suis porteur d\u2019une bien pénible nouvelle.je vous en prie, ayez du courage, Elle balbutia, la gorge contractée.\u2014Monsieur d\u2019Esclabert.un accident?.\u2014Oui.\u2014Grave ?\u2014Très grâve.\u2014Mon Dieu.il est mort!.Elle faisait deux pas en avant, traversée par un grand frisson.Et de la Roche, tristement: _ Je ne puis vous répondre, madame.peut-être tout espoir n est-il pas perdu encore.peut-être le comte n\u2019cst-il que grièvement blessé.\u2014Mais comment?.Oh!.l'affreuse chose.Quelqu\u2019un l\u2019a donc tué?.un coup de feu tiré maladroitement.\u2014Non.le cheval du comte s\u2019est emporté.a pris le mort aux dents.\u2014Et mon mari est tombé.il a été piétiné.\u2014Pis que cela, madame.Alors.quoi?je ne vois pas.je ne devine point.Expliquez-vous.D\u2019Esclabert montait Soliman.Celui-ci était nerveux, agité, en proie â un trouble singulier.Dans le bois, subitement il est parti a une allure folle, fantastique, il a regagné les hauts plateaux.Le comte n était plus maître de sa monture.Nous autres nous étions â la poursuite d\u2019un loup.Lorsque nous nous sommes rendu compte du danger auquel était exposé votre mari, tout de suite nous avons abandonné la chasse pour nous précipiter à son secours.Il eût fallu détourner de sa course vers le gouffre l'animal affolé.Hélas! nos efforts ont été vains.Nous n\u2019avons pu arriver à temps pour empêcher l'horrible événement de s\u2019accomcplir.Et.\u2014Et?.De la Roche s\u2019était arrêté, n'osant prononcer les derniers mots.Irène anxieuse, une sueur légère aux tempes, attendait.Pourtant il comprit que maintenant la comtesse était préparée à entendre toute la vérité.11 acheva: \u2014Et le cheval sauta dans le goffre des Aigles.\u2014Mon Dieu.Alors.M.d\u2019Esclabert?\u2014A roulé avec lui.au fond de l\u2019abîme.Irène se rejeta en arrière.se laissa tomber sur un fauteuil, défaillante.(A suivre) "]
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