Le samedi, 1 décembre 1903, Supplément 3
[" Vol.XV, No 28.LE SAMEDI 17 FEUILLETON DU \u201cSAMEDI\u201d, 12 DÉCEMBRE 1903H) No 3.mm\\ mi v LIVRE SECOND II (Suite) Très soumis aux usages du monde, il ne vit aucun inconvénient à se maiiei, luge en étant venu, avec une demoiselle fort riche, élevée en province, assez jolie, un peu pimbêche, que lui désignaient des convenances de famille et de relations; et.marié, il n\u2019aurait pas manqué d\u2019etre un fort convenable époux, pareil à la plupart des maris bien nés, très assidu aux réceptions de sa femme sans renoncer au ccicle ni aux salles d armes, si ( laire de Brczollcs fût devenue feest avec les plus simples provinciales que Paris en peu de temps fait ses plus subtiles mondaines) la compagne aimable qu\u2019il espérait et si, pai un hasard, aux bains de mer, en Bretagne, il n\u2019avait pas rencontré Suzette.Voir celte enfant, d abord, 1 amusa.Il éprouvait à la considérer, remuante et gazouillante, le plaisir que connaissent les gens les plus graves devant un magasin de jouets ou de petites automates soufflent dans des flûtes, où des oisillons mécaniques battent des ailes en pépiant.L\u2019idée d\u2019acheter, d\u2019emporter l\u2019un des jouets ne leur saurait venir; que feraient-ils de ces futilités puériles?mais, un instant, ils s\u2019en divertissent.Edme s\u2019attarda longtemps, très longtemps, en un plaisir si périlleux en appai ence ; deux mois écoulés, un soir, seul dans la chambre d\u2019hôtel\u2014après de longues heures où il n\u2019avait pas quitté des yeux \u2022\u2019enfant qui riait et dansait\u2014une colère le prit contre une lettre de sa femme, reçue la veille et qu\u2019il retrouvait, oubliée, sur la table; sans savoir ce qui le poussait, il saisit le papier et le déchira.Il resta tout surpris, se demandant pourquoi il avait fait cela; alors, comme en la brève lucidité d\u2019un éclair, parut et disparut toute la vision de l'enchantement qu\u2019eût été sa vie, si Suzette lui avait appartenu, et il 1 aimait ! Oui, il ne pouvait pas se le cacher à lui-même, d- l\u2019aimait ! Peu à peu, sans le faire exprès, avec ses gaîtés et scs enfantillages, elle était entrée, s\u2019était installée en lui: comme un enfant, sans dessein, en pensant a autre chose, se glisse dans une chambre inconnue, elle s\u2019était insinuée dans ce cœur d\u2019homme, et elle v jouait, petite fille; il l\u2019y entendait aller et venir, avec des éclats de rire et des refrains de chanson! et il sentait qu\u2019il n\u2019aurait jamais le courage de la chasser.La prendre, l\u2019emmener, avec une patience si caressante et si lente que même une aile d\u2019ange ne s\u2019en pourrait pas sentir rudoyée; déshabituer du recul, à force de cûlinerie dans l\u2019approche, la sensitive de cette âme ingénue, la voir, l\u2019écoulcr éclore.\u2014-ah ! quel rêve, quel rêve mystérieux et doux, et, aussi, quel divin devoir! Hélas! puisqu\u2019une autre femme se nommait Mme de Norvaisis, jamais il ne serait aimé de cette enfant, si exquise, à moins que.Et, le lendemain soir\u2014l\u2019âme pareille au cimetière de toutes les chimères mortes\u2014ayant guetté, ayant suivi, sur le bord de la mer douce et déserte, Suzette qui le cherchait, inconsciemment, Suzette qui l\u2019aimait, donc il se devinait aimé, ce fut sans même un soupçon du plus lointain mensonge que, dans le plaintif jour lunaire, il pleura en la regardant; ce fut sans même un espoir qu\u2019il pleura, qu\u2019il s\u2019agenouilla près d elle comme devant un rêve défunt qui ne ressuscitera point; ainsi qu\u2019on baise le bord d\u2019un linceul où pâlit une fiancée, il baisa, un peu loin du bras, la dentelle qui mettait, sur la peau de Suzette, de l\u2019ombre, et, en s\u2019éloignant, il crut à l'éternité de l'adieu.Mais il l\u2019aimait.En vain, revenu a Paris, rentré dans sa maison, il essaya, avec des empressements que lui conseillait le repentir, de redoubler de courtoisie envers Claire de Norvaisis, de se persuader â lui-même qu\u2019il ne la haïssait point; il ne pouvait écarter l'idée de l\u2019enfant, de l\u2019ado->ée enfant que, durant deux mois, il avait vue, entendue, de Suzette.toute petite, si frêle, qu\u2019un baiser casserait.Puis, un soir\u2014oh ! sans avoir rien tenté pour sc rapprocher d\u2019elle_ il la revit, dans une rue, comme elle sortait d\u2019un concert avec i t cousine Isaurine; désormais, il ne put s\u2019empêcher de la chercher, de la suivre, inaperçu, dans les foules : elle se croyait oubliée, elle ne i était pas, hélas! La voyant triste, 'es premiers temps, plus jolie de (1) Coinmencé/lnns lo numéro du'28 novombrn 1!)0M.ccttc mélancolie, il sc disait
Ce document ne peut être affiché par le visualiseur. Vous devez le télécharger pour le voir.
Document disponible pour consultation sur les postes informatiques sécurisés dans les édifices de BAnQ. À la Grande Bibliothèque, présentez-vous dans l'espace de la Bibliothèque nationale, au niveau 1.