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Titre :
Le samedi
Éditeur :
  • Montréal :Société de publication du "Samedi",1889-1963
Contenu spécifique :
Supplément 2
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque semaine
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Le samedi, 1903-12, Collections de BAnQ.

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[" Vol.;XV, No 30.LE SAMEDI FEUILLETON DU \u201cSAMEDI\u201d, 20 DÉCEMBRE 1903W No 5.LIVRE TROISIEME I (Suite) Mais Edme l\u2019aimait tant! Il l\u2019avait emportée clans la joie de l\u2019amour, où rien ne subsiste que l\u2019amour lui-même, et dans des luxes, dans des fêtes, où l\u2019on n\u2019a pas le temps d\u2019être malheureuse.Et elle n\u2019avait plus voulu penser aux tristes choses, et elle n\u2019y avait plus pensé.Puis, était-ce vrai, seulement, ce que la vieille, si vilaine, avait raconté?Une insensée qui invente, qui dit tout ce qui lui passe par la tête.On serait bien fou soi-même si l'on se faisait éternellement du chagrin, parce qu\u2019il a plu à une folle de vous faire peur.D\u2019ailleurs, dix ans ! dix ans tout entiers ! C\u2019était fini, perdu dans le lointain, ces mauvais rêves.11 ne s\u2019agissait plus de cela.Le vrai, le certain, c\u2019est qu\u2019elle adorait M.de Norvaisis et qu\u2019elle en était adorée; qu elle avait pour époux le plus beau et le plus loyal des gentilshommes, occupé d\u2019elle seule,, qui fût mort avec joie pour lui épargner un souci, et dont l\u2019unique soin était de lui faire une belle et triomphale vie.S\u2019aimer comme ils s\u2019aimaient, est-ce que cela ne prouvait pas qu iis étaient innocents?Elle ne songeaient même pas qu\u2019ils étaient innocents, puisqu\u2019il n\u2019y avait jamais eu de crime.Quel crime?Elle était heureuse.Plus heureuse aujourd\u2019hui qu\u2019hier, et demain serait plus beau qu\u2019aujourd\u2019hui.Une seule chose à redouter : ils seraient vieux, plus tard ; lui d\u2019abord, puisqu\u2019il était plus âgé qu\u2019elle; M.de Norvaisis avait quelques cheveux gris déjà, il lui en viendrait d\u2019autres; tandis qu\u2019elle, vingt-neuf ans ; et elle se savait très belle.Rarement elle se disait que c\u2019était fâcheux, cette grande différence d\u2019âge, entre Edme et elle.Fâcheux, pourquoi?Cesserait-elle de l\u2019aimer, vieilli?non, certes; elle aurait, en sa tendresse, un peu moins d\u2019ardeur, peut-être, mais plus de sérénité.Puis, enfin, ce n\u2019était que quelques cheveux gris, comme beaucoup d\u2019hommes en ont dès trente ans ; et ils lui seyaient bien.Nul n\u2019était aussi beau que lui! lui seul était digne d\u2019être aimé! Pendant les dîners, dans les bals, où elle triomphait des plus belles et des plus élégantes, dans l\u2019enivrement d'être jeune, belle, convoitée, ce qui la ravissait surtout, c\u2019était qu\u2019ils se retrouveraient seuls bientôt, loin de tous ces bruits, hors de toute cette foule, et qu\u2019il lui retirerait les fleurs et les colliers, en lui baisant les cheveux et le front.Quant à lui, sa joie était immense, avec des emportements d'orgueil.Il avait eu Suzette, enfant, si mignonne, si jolie, fraîche comme une fleur pas fleurie encore, et avait Suzanne, merveilleuse créature, en son épanouissement superbe.Ivresse chaque jour renouvelée, chaque jour accrue.Quelle femme était plus belle que la sienne?Et tout entière\u2014 tout le corps et toute lame\u2014il la possédait; de cet être, si victorieusement beau, si ardemment épris, pas un charme qui ne lui appartînt, pas un désir qui n\u2019allât vers lui.Il avait aussi cette fierté, qu\u2019il méritait son bonheur! Il se jugeait\u2014tant il avait, pour elle, de tendresse et de respect, de ferventes adorations\u2014un époux digne de cette épouse.\tt Avait-il oublié le passé, lui?certes, il s\u2019en souvenait; s'en voulait souvenir._ Maintenant que, depuis longtemps, les pitiés anciennes s\u2019étaient évanouies, il se targuait, en son bonheur, de l'action qui le lui avait valu.L\u2019horrible dessein, l\u2019accomplissement plus horrible et la tombe refermée, il les approuvait.Comme un martyr, le ciel conquis, se réjouirait des antiques tortures, il aimait le crime dont le prix était si beau.Il ressemblait aussi à quelque tyran vêtu d'or et de gloire, debout au milieu des nations prosternées, qui se rappellerait avec plaisir les cadavres et le sang de la journée où il mérita abominablement le trône.(1) Commencé dans le numéro du 28 novembre 1ÎK)3.La Grippe 35 Quelquefois, seul, dans le fumoir, s\u2019interrompant d\u2019une lecture ou d\u2019une rêverie, il se mettait à rire comme quelqu\u2019un qui se rappelle une amusante aventure.Il raillait le châtiment! qui n\u2019était pas venu, qui ne viendrait pas.Eh bien ! à quoi songeaient-elles, les Providences qui guettent les coupables et les punissent?Lui, criminel, n\u2019était-il pas heureux?Cependant, que d\u2019occasions de le frapper offertes à la vindicte divine ! Grande-Maguet, puisqu\u2019elle savait la vérité, aurait pu parler à tous, le dénoncer; non, elle n\u2019avait parlé qu\u2019à Suzanne qui n\u2019avait rien révélé, qui ne révélerait jamais rien.Sa femme, d\u2019abord, l\u2019avait fui, et, sans elle, il eût été le plus misérable des vivants; mais il l\u2019avait reconquise, plus amoureuse et plus belle.Plus tard, n\u2019avait-il pas voulu se tuer?n\u2019avait-il pas, le froid de l\u2019acier à la temps, pressé la détente du revolver?La Providence\u2014il riait plus fort\u2014avait permis que la balle, rencontrant quelque os solide, ne pénétrât point profondément, et il avait guéri dans les bras de sa femme! 11 avait mieux que l\u2019impunité; il avait la récompense de son crime.Distraction du juge, qui a d\u2019autres soins s\u2019il existe ! Et maintenant, qu\u2019avait-il à craindre?Son bonheur n\u2019était-il pas assuré, solide, inattaquable?Ah! oui, il pouvait mourir; il y a des accidents: un cheval vous jette à bas, on reste inerte sur le pavé, le crâne ouvert : ou, par un jour de grand vent, une cheminée vous tombe sur la tête; il y a aussi les maladies imprévues, quelques jours de souffrance et l\u2019on expire.Mais la mort, à présent, viendrait trop tard! n'avait-il pas eu, tassées, plus de joies qu\u2019il n\u2019en pourrait tenir en une très longue vie?Il mourrait plein de regrets sans doute, satisfait pourtant entre le souvenir de la plus parfaite félicité qui fut jamais donnée à un époux et l\u2019espérance, la paisible espérance, comme d\u2019un long cortège de chers pleurs, de l\u2019éternelle fidélité d\u2019une veuve.Non, le trépas même 11e lui serait point un châtiment, et l\u2019Equité, dont la peur traditionnelle des races inquiète les criminels, serait frustrée en lui, quoi qu\u2019il arrivât ! Quoi qu'il arrivât?Il cessait de rire, son défi hésitait.Il se pouvait que Suzanne mourût ou que Suzanne cessât de l'aimer.Oh! la mort de sa femme, ou la trahison de sa femme, ceci\u2014 surtout\u2014eût été l\u2019épouvantable désastre, la catastrophe définitive, annulant toutes les ivresses anciennes; l\u2019effrayante stupeur devant l\u2019irrémédiable Il ne pouvait pas penser à cela! il n'y penserait point; il n'avertirait pas, par des appréhensions avouées, les providences, d\u2019ailleurs chimériques, ou absentes, des seules choses qu\u2019il pût craindre; comme un homme sûr d\u2019être seul, dans les ombres inquiétantes d'un bois où rien 11e le menace, retiendrait le halètement de son souffle, maîtriserait ses frissons, pour ne point donner l\u2019éveil à des bandits embusqués, qui ne sont point là, cependant.Puis, en vérité, quelle folie! Est-ce qu\u2019il était imaginable que Suzanne, en la pleine efflorescence de sa jeune santé, mourût! ou que Suzanne cessât fie l\u2019aimer, en aimât un autre?Elle, un autre?1! n\u2019est pas de vrai amour qui ne soit immortel: et quel vrai amour, doublement éprouvé par les angoisses de jadis et le bonheur d'à présent, l\u2019amour de Suzanne ! Il avait triomphé de tout, s\u2019était augmenté de tout, sans découragement ni satiété; ce qu\u2019il était, il le serait toujours, tendre, ardent, infini! Telle était la paix vicoricuse, la certitude de joie où M.de Norvaisis, esprit et cœur, se complaisait, qu'il était parfois tenté d'admettre\u2014car le bonheur incline à ces attendrissements de pensée qu\u2019elles veillaient, oui.peut-être, les volontés vengeresses, mais qu\u2019en-iin son tenace et héroïque amour les avait émues, leur avait\u2014en dépit d'une heure sombre\u2014conseillé la clémence; et, de deux choses l\u2019une: le Juge n\u2019existait pas, ou bien, s\u2019il existait, il s'était réconcilié avec le coupable\u2014et l\u2019approuvait ! II A cause du tumulte de leur vie mondaine, à cause aussi des intimités de leur tendresse, il y avait assez longtemps (pie M.et Mme de Norvaisis n\u2019avaient fait visite à Mlle d\u2019Avclcyne.Vieille tout à fait, avec un asthme, on la laissait bien seule\u2014le bonheur est ingrat\u2014dans l\u2019hôtel de briques roses, ridicule et joli, où elle était revenue, d\u2019où elle ne bougeait guère, plus affolée que jamais de ses fleurs et de ses oiseaux.Vraiment, Suzette et Isaurine ne s\u2019étaient point vues depuis six mois, lorsque, une après-midi, un peu avant l\u2019heure du Bois, la femme de chambre de Mme de Norvaisis dit, en levant la portière du boudoir: \u2014C\u2019est la cousine de madame, qui vient pour voir madame.BAUME RHUM AL LE SAMEDI 36 Et Allie 'és Par ses parents d\u2019Autriche et Il était allié à des races impériales! il était altesse! Un se chargeait de son éducation.On 1 emmena, on le mit dans un collège, en Angleterre Un lin enseigna beaucoup de choses; et il faisait des armes, montait a cheval, se querellait avec ses camarades.Il 1 avouait : quelques années se passèrent où, sans oublier Suzette u pensa a elle moins souvent.Parce que, entre jeunes hommes, on parle, on rit: il fut un écolier très tapageur.Mais, quand il eut dix-sept ans, Suzette, avec plus d\u2019insistance lui icvint a l esprit; sa fraternelle amie de jadis, il l\u2019aimait toujours d une autre façon.\t\u2022 nJ;LIani°yait felIc\u201edu'cI,c deyait être à présent; l\u2019idée qu\u2019elle fut petite «Hé\u2014Pitisqu ils avaient joué ensemble\u2014quand il était petit garçon, 1 induisait a croire quelle avait grandi, elle aussi - d se la figurait triomphalement belle.\u2014Comme vous êtes ! dit-il.\u2014Ah! quel enfant, quel enfant toujours! Suzanne riait encore, plus attendrie.Il continua son récit, il parlait d\u2019une voix très douce, lointaine eu -on dit ; un peu détourné, sans regarder Mme de Norvaisis, comme s il eut craint des reprochés.Fl il raconta que l'image de Suzette le hantait, ne le quittait plus Lien longtemps elle avait été mêlée, cette image, au souvenir dé Lydia, au souvenir de la pâle mère morte; elle s\u2019en dégagea peu à peu, fut clle-meme, fut elle seule.\t' ' Il était toujours sur le point d\u2019espérer qu'il allait rencontrer S îzette, au detour de quelque allée, dans le jardin du collège.ü avait dans sa chambre, au-dessus d\u2019un meuble, un miroir \u2022 ja-nia.s ,1 ne se tourna vers cette glace sans la furtive pensée qu'il a ait y reconnaître Suzette reflétée, vaguement qui serait entrée pendant qu il tournait le dos.et qui lui ferait des signes.Il était toujours si distrait, à cause de Punique souci dont il avail \u2022 ame occupée, qu\u2019on le croyait un peu fou; ou bien on pensait qu\u2019il se tenait a 1 écart parce qu\u2019il était fier d'être prince, d\u2019être altesse - on 1».reprochait de ne pas vouloir frayer avec ses camarades par orgueil.\t'\t1 Certes, il avait en lui la glorieuse espérance d\u2019être maître' - L.es ,lM,a.ts clm ,l!> appartenaient, puisqu\u2019on les lui avait volés il îauclrait bien cju on les lui rendit un jour.Ce n était que fort peu de terre, celte principauté lointaine, froide et morne, près du pole: n'importe, il v serait roi! et il pensait qu\u2019elle y serait reine.ri I offrirait à Suzette, un jour, la couronne, non pas de fleurs et diadème\u2019 ma'S f'C c*'amants et (lc perles, la couronne qui serait un Puis, qui sait ce qu\u2019il y a derrière la porte de demain.Il rêvait de batailles, de victoires, d\u2019arcs triomphaux au bout des avenues princieres jonchées de fleurs.Quand on est roi, il n'est pas impossible d'être un héros! Il se jetterait a travers les aventures.Tl s interrompit, craignant quelque ridicule Il venait de se rappeler quelle lui avait dit une fois: \u2014Des soldats de plomb?Mais ce n\u2019éait pas chimérique, c\u2019était la continue inclinaison de son ame veis un cher passé, qui devenait, dans la rêverie, le présent et qu, serait peut-etre, dans la réalité, l\u2019avenir; de sorte que, en une tustesse piesque heureuse, si amère aussi, il ne regrettait rien n'aimait rien, n espérait rien, où elle ne fût mêlée.Maintenant, à le voir si différent des autres écoliers, si absorbé dans une pensee inconnue, on chuchotait, il le savait bien, qu'il louait de son père,\u2014dont 1 absurde folie s\u2019éternisait en légende.\u2014et (|u il serait, un jour ou l\u2019autre, un insensé comme le marquis de Shclsèa-Kalix : faisant jouer des pantomimes dans quelque seigneurie près du cap Nord, rouant de coups, après boire, ses sujets ivres vêtus de peaux de phoques.l'.h bien ! soit, fou, comme son porc, mais doux, comme sa mère! Il ne répudiait ni l\u2019une ni l\u2019autre hérédité.I! joindrait le paternel emportement â la mélancolie maternelle.Il serait, avec démence, quelqu'un de très bon, qui aime â sourire et â pleurer: fils d'un monstre et d'un auge, il serait, extraordinairement, épris, fervent, pur.Ft 1 excès de sa tendresse irait vers .Suzette,- il ne disait plus Lydia, vers Suzette, petite fille dans le passé, femme si belle dans 1 avenir, qui lui avait appris à lire et qui.Mme de Norvaisis s\u2019inquiéta enfin d'entendre ces paroles, qu\u2019il proferait a voix basse comme avec une peur qu'on les entendit.Il avait vingt ans, plus de vingt ans.Sa timidité excusait â peine son audace.\u2014Voyons, voyons, dit-elle, causons, ne parlez pas tout seul.Vous êtes tout a fait gentil, et ridicule! Vous avez pensé â moi, c'est très bien; moi aussi j'ai pensé â vous.Ah! les bonnes parties que nous avons faites â travers bois.I out a fait drôles, les déjeuners chez le bûcheron.?Je vous assure que cela m'a amusée, souvent, de me rappeler ou vous avez pris mon mouchoir iU pour attraper une Ce promenad cigale.Lt je nie souviens de mille autres choses.Mais nous sommes de grandes personnes maintenant.Nous sommes sérieux.Oh! nous allons nous voir très souvent.Vous viendrez aux bals où je vais.Nous danserons ensemble sera très amusant.Mais il faut parler sans folie! Allons, petit Swen, soyez sage.Ainsi, vous êtes à Paris depuis un mois,\u2014on vous laisse donc voyager tout seul?et vous nëtcs pas venu me voir! voilà qui est très mal.li a fallu que la cousine Tsaurinc\u2014a propos, ch bien, où donc est-elle?\u2014vous rencontrât devant la porte; je suis fâchée.Parce que je vous aime de tout mon cœur.Pourquoi n\u2019ètes-vous pas venu plus tôt.Je vous aurais présenté tout de suite a mon mari.Swen s était levé; u cria presque, en marchant vers la porte: C est parce que vous avez un mari que je ne suis pas venu ! Vous n\u2019avez pas dit autrefois que vous étiez mariée, et les servan-\u2022 es de 1 auberge étaient de stupides filles qui avaient pu, qui avaient dû se tromper.Ah ! mille fois, j\u2019ai songé â toutes ces choses ! et, dès que, après les etudes, on m a permis de voyager, je suis parti pour Paris, â cause de vous.\\ ous i appelez-vous la tou Ile de fleurs que j ai mise sur mon habit, .a touffe de fleurs qui s\u2019appelait Lydia?Je l\u2019ai gardée toute sèche, pareille â rien : ce qui reste des herbes flétries ; mais cette ressemblance de ma mère et de vous disparues, je la conservais, je pensais: \u2014Je les lui montrerai, les fleurs fanées, si pas: et elle les reconnaîtra, elle dira: Swen ! Mais, a Paris, tout de suite.11 allait sortir, il tenait d\u2019une main crispée\t.|MM ll;, ,, avait eu une colère qui lui allumait l'reil, l\u2019air qu\u2019il eut, jadis, quand i.écrasait du talon la vipère dans le- sable de grès.\u2014Mais, â Paris, j\u2019ai appris tout de suite que vous avez un mari, l-.t je ne suis pas venu vous voir, et tout un mois, chaque jour, je sms resté, pendant des heures, sous les fenêtres de votre hôtel, et je ne serais pas entré, non, jamais, si votre cousine ne m\u2019avait pas vu.et je suis très malheureux! \u2014Swen ! s\u2019écria-t-elle.Il était déjà parti.Llle resta tout étonnée de ce jeune homme qui était un fou.I n mu, certainement.C était dommage, eue l\u2019aimait bien; très volontiers, elle eut fait de 1m un camarade, avec qui elle serait allée au Rois, â cheval, les matins: M.de Norvaisis.un peu las.se plaisait moins â ses promenades d avant-midi.Et c\u2019était très ennuyeux que le petit comte de Shelsëa-Kàlix fût bizarre a ce point : il était charmant tout de même avec son air triste et: farouche à la fois.Mais de quoi s\u2019inquiétait-elle?il reviendrait : elle parlerait de lui à M.de Norvaisis qui le sermonnerait, lui apprendrait à être sage: il ne montrerait plus ces mélancolies, ces emportements: le joli valseur qu elle aurait dans les bals officiels où quelquefois on ne connaît presque personne! il n y a rien de plus ennuveux que de danser avec le premier venu.BAUME\tRHUM AL elle ne me reconnaît l\u2019étolfe de la porte; il U Asthme 38 LE SAMEDI \u2014F.h bien! où est-il, le petit?dit la cousine Isaurinc qui revenait du jardin, les frisures toutes défaites.Suzanne n\u2019eut pas le loisir de répondre.11 montait de la cour des bruits de piaffements.C\u2019était l\u2019heure du Ifois ; M.de Norvaisis, à cheval déjà, attendait sa femme dans la cour de l\u2019hôtel ; elle ouvrit la fenêtre.\u2014Oui, oui, je viens! le temps de mettre mon amazone! Elle s\u2019échappa en disant à la cousine Isaurinc: \u2014Tu dîneras avec nous, n\u2019cst-ce pas?Elle fut très vite habillée.Elle descendit, soulevant d\u2019une main la traîne de drap vert ; et, en selle, les brides ramenées, la tête vers son mari : \u2014An! le beau temps! tu sais que je t\u2019adore?allons, partons! Les deux bêtes qu'ils montaient étaient sveltes et fines, avec de longs cous qui s\u2019effilent.Ce fut, après la porte cochère, un amusant galop, le long de l\u2019avenue, vers l\u2019Arc de Triomphe, sous le clair soleil de mars qui allumait l\u2019air et mettait partout, dans le fraîcheur de l\u2019après-midi, de l\u2019or qui rit et sautille aux grêles branches encore sans feuilles.Ils ralentirent l\u2019allure de leurs chevaux.Ils suivirent l\u2019avenue de l\u2019Impératrice.On les remarquait, on les reconnaissait ; il y avait vers eux ces signes, très flatteurs, de gens qui chuchotent.Mais ils ne paraissaient ne pas prendre garde aux passants qui s\u2019inquiétaient d\u2019eux.Ils se regardaient l\u2019un l\u2019autre.M.de Norvaisis la trouvait si belle, sous le voile vert où affleuraient toutes roses les lèvres; et elle l\u2019admirait, si beau cavalier, si élégant dans le veston étroit et tenant ferme la bête dangereuse qui mordait le mors.Mais tout à coup: \u2014A propos, dit-elle, tu ne sais pas qui j\u2019ai vu aujourd'hui?Devine.\u2014Comment veux-tu ?.\u2014Eh bien ! imagine-toi.Elle n'acheva point.Jugeait-elle inutile de lui parler de cet enfant qu'elle avait rencontré autrefois, de Svvcn, son petit camarade?oui, sans doute; à quoi bon rappeler, même pour en sourire, les heures douloureuses de jadis ?j| demanda: \u2014Eli bien?\u2014Eh bien ! reprit-elle, c\u2019est la cousine Isaurinc qui est venue à la maison.11 y avait bien longtemps que je ne l\u2019avais vue, je lui ai dit de rester à dîner.Elle cravacha son cheval ; avec l\u2019amusement de voir s\u2019effarer sur leur passage les promeneurs bourgeois, M.et Mme de Norvaisis entrèrent, au grand galop, parmi la fraîcheur ensoleillée, dans la large avenue cpii s\u2019étend vers les lacs.Un reporter, assis à une table du Pavillon Chinois, tira de sa poche où il nota leurs noms.Des familles, assises sur les chaises et les fauteuils peints en jaune, enviaient cet homme et cette femme, des gens du grand monde certainement, qui étaient beaux, riches, et qui étaient heureux.TIT Plusieurs jours, Swcn inquiéta la pensée de Suzanne, très peu, et rarement, d\u2019une visite à l\u2019autre, dans le coupé où l\u2019on est seule, où l'on ne sait à quoi penser ; durant les dîners où les ministres parlent de la nouvelle opérette,-entre deux valses d\u2019un bal ennuyeux.C\u2019était vrai, il ne reviendrait pas,\u2014puisqu\u2019il n\u2019était pas revenu.Elle en était doublement fâchée; parce qu\u2019elle l\u2019aimait bien, et puis, parce que, prince,\u2014il n\u2019y avait pas à dire, il était prince,\u2014elle en aurait fait, quelque temps, la curiosité de ses thés de cinq heures et de ses mercredis soirs.Mais c\u2019était un extravagant, avec ses réminiscences trop tendres d\u2019idylle puérile, avec scs espoirs d\u2019épopée.Et, puisqu\u2019il ne se montrait pas, ch bien! tant pis pour lui; on se passerait de sa petite Altesse.N\u2019importe, c\u2019était fâcheux.Elle aurait voulu que M.de Norvaisis prît en amtiié le jeune comte de Shelsëa-Kalix, lui donnât des conseils.Justement, cinq ans auparavant, son mari avait été plénipotentiaire en Suède; il conservait beaucoup de relations diplomatiques a la cour de Stockholm ; il aurait pu aider Swen à recouvrer la principauté, près du pôle Nord.Ce petit garçon, roî ! oui, comme dans les comtes de fées; enfin, c\u2019était sérieux tout de même, presque roi.Il serait amusant .sur un trône.Mais, puisqu\u2019il se cachait, on ne pouvait pas s\u2019intéresser à lui; et, deux semaines passées, elle oublia tout à fait,\u2014tout à fait, non\u2014la visite du fils farouche et joli de la princesse Lydia.Cependant elle se faisait des reproches, à cause de la cousine Isau-rine qui lui avait amené le jeune comte.C\u2019était très mal de la laisser toute seule, l\u2019aimable petite parente.Aille d\u2019Avelcyne ne s\u2019ennuyait pas puisqu\u2019elle avait ses fleurs et scs oiseaux ; n\u2019importe, il aurait fallu aller la voir de temps en temps, d'autant plus qu\u2019à présent elle était vieille, asthmatique, mal soignée peut-être par scs servantes; Suzanne se jugeait ingrate, se souvenant de son enfance, sachant bien qu\u2019Isaurine l\u2019avait aimée, autant qu\u2019elle pouvait aimer, l\u2019avait préférée au plus cher de ses oiseaux-de-paradis.De sorte que, chaque matin, Mme de Norvaisis se disait: \u201cAujourd'hui, j\u2019irai chez ma cousine.\u201d Mais elle n\u2019y allait pas.C\u2019était singulier: elle avait en même temps un désir et une crainte d\u2019entrer dans l\u2019hôtel de briques roses, ridicule et joli, où elle s\u2019était tant amusée, petite fille.Et elle demeurait incertaine, presque troublée de ce double sentiment.Jamais plus qu\u2019à présent, elle n\u2019avait songé à cette obligation d\u2019aller embrasser la vieille petite femme,\u2014devoir si longtemps négligé,\u2014et quelque chose pourtant, l\u2019empêchait de remplir ce devoir très agréable en somme.Quelle chose?oh! c\u2019éait tout simple: les visites, les essayages chez le couturier, les expositions de cercles, où l\u2019on ne saurait manquer de se faire voir, prennent tout le temps ; on est très occupé quand ou n\u2019a rien à faire.Mais enfin, une après-midi, comme elle revenait du Bois, d\u2019assez mauvaise humeur,\u2014un incident fâcheux: M.de Norvaisis, en franchissant la barrière, près du lac des patineurs, avec d\u2019autres cavaliers plus jeunes que lui, avait été renversés de cheval; aucun mal! tout de suite remonté en selle; mais cette mésaventure pour un sportsman tel que lui, c\u2019était fâcheux,\u2014une après-midi, elle se résolut tout d\u2019un coup à s\u2019arrêter chez la cousine Isaurine ; et elle entra dans la serre-volière, qui avait été, petite Eve, son petit Eden.Personne.Rien que les oiseaux et les fleurs, dans le jour plus ensoleillé d'avoir traversé les vitrages couleur d\u2019or.L\u2019exotique bois-jardin, sous verre, au milieu de Paris, elle l\u2019avait revu bien des fois depuis le jour où elle partit pour de longs voyages; jamais elle ne l\u2019avait trouvé si lumineux et si joyeux; c\u2019était lout à fait joli, ce pêle-mêle envolé de colibris pépiants, de carduli-nes â la gorge de pourpre, de pigeons d\u2019Amérique, pareilles à des touffes de soie, qui voletait de la branche, et, çà et là, se posait, avec une palpitation d\u2019ailes, au cœur des cactus ouverts ou sur le bord des grands gardénias; et les couleurs et les sons pétillaient dans les parfums.Une petite toux.La cousine Isaurinc, habillée de rose et de vert, toute sautelante, les cheveux volants,\u2014pareille à une vieille petite fée, reine des oiseaux, sur le point de devenir un oiseau elle-même,\u2014sortit de derrière un grand buisson de roses ; son toussotement ressemblait à un ramage enroué.\u2014Ah ! la voilà ! dit-elle.Elle se jeta au cou de Suzette, en un trémoussement de toute sa robe qui ressemblait à des plumes secouées, et au bout des bras pareilles à des ailerons, dont clic l\u2019enlaçait, les petites mains étaient comme des pattes de tourterelle, grêles et roses.Près de sa cousine-oiselle, parmi ce faux paysage clair et souriant, Mme de Norvaisis, en sa toilette, aux couleurs éteintes, de parfaite mondaine, n\u2019était pas sans avoir l\u2019air d\u2019une très élégante comédienne, qui, les autres artistes déjà costumés, et les décors posés, et la rampe allumée, répéterait en robe de ville, dans quelque folle féérie.Mlle d\u2019Aveleyne se mit tout de suite à babiller.L\u2019interrompre, c\u2019était à quoi il ne fallait point penser.Tout en suivant l'allée où elle avait eu jadis de si moroses rêveries, Suzanne dut écouter mille discours brouillés comme des gazouillements.Ah! que de choses il se passait dans la serre-volière! On ne s\u2019imagine pas tout ce qui arrive chez un peuple d\u2019oiseaux.Faire vivre en paix les piverts de France avec les geais d\u2019Amérique, il n\u2019y a rien de plus difficile; ils se déplument les uns les autres, tout le temps, et les bengalis, ces gavroches, gros comme le rubis d\u2019une boucle d\u2019oreille, et cliquetants comme un grelot, ne font qu\u2019exaspérer le tumulte.Enfin, malgré ces batailles, tout se passerait assez bien si les mésanges,\u2014les petites surtout,\u2014n\u2019étaient pas les plus agressives querelleuses de la terre! Quant à Suzon, elle ne se portait pas trop mal.Très veille, de belle humeur encore.(A suivre) "]
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