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Titre :
Le samedi
Éditeur :
  • Montréal :Société de publication du "Samedi",1889-1963
Contenu spécifique :
Supplément 2
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque semaine
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Le samedi, 1904-01, Collections de BAnQ.

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[" VoL XV, No *.LE SAMEDI 4î> FEUILLETON DU \u201cSAMEDI\u201d, 9 JANVIER 1904») REVELATIONS MORTELLES No LIVRE TROISIEME III (Suite) I! détourna la tête, non pas à cause de cette menace, mais sous l\u2019implacable mépris qu'elle avait dans les yeux! Manu liant, elle marchait vers lui.décheveléc, la lèvre frémissante; et, montrant d un long geste la porte: \u2014Sortez d'ici! vous avez empoisonné votre femme! et vous avez 'erse, goutte a goutte, le poison dans la tasse! Je vou> dis de vous en aller.Je ne suis pas à vous.Celle qui est votre femme, c\u2019est celle que vous avez tuée.S\u2019il vous faut un gîte, vous avez sa tourne.Allez avec la morte que vous avez faite.Grandie.elle l'obligeait à rétrograder devant la parole et le gcst*.1! rencontra la porte, qui céda sous le heurt du recul.Alors, sorti, elle tira le battant vers elle en criant encore: \u201cVa-t\u2019en donc, empoisonneur!\u201d tourna la clef, poussa le verrou; puis, brisée de tant d effrois et d\u2019efforts, n\u2019en pouvant plus, elle tomba tout du long sur le tapis, resta là.mordant la laine, et balbutiant dans les larmes qui lui mouillaient la bouche: \u201cSwen ! Swen ! AhîmonDièu! je ne le verrai plus, mon petit Swen!\u201d Mais elle se releva.Elle se calomniait elle-même! Ce n\u2019était pas à cause de Swen, qui avait bien fait de partir, qu\u2019elle n'aimait pas\u2014puisqu\u2019elle ne voulait pas l'aimer!\u2014ce n'était pas à cause de ce pauvre enfant qu\u2019elle avait jeté l\u2019irrémédiable parole, qu'elle avait chassé M.de Norvaisis.La vérité, c\u2019était que la conscience se rouvrait en elle enfin, comme un (cil longtemps aveugle; elle reprenait possession d\u2019clle-même, elle répudiait avec indignation la proximité, si longtemps subie, du malfaiteur.Ab! ¦ uii.autrefois, petite fille encore, elle avait cédé à la tendresse uni remplissait toute, n'avait pas pu se défendre contre le cher souvenir des liançaines et des noces.l\u2019uis M.de Norvaisis avait voulu se tuer.Avait-il voulu >n cœur libéré d\u2019une effroyable sujétion, elle demeurait la femme de l\u2019empoisonneur.Cette porte qu'elle venait de fermer, dont elle avait poussé le verrou, il la pourrait rouvrir! Oh ! qu\u2019il était hideux, tout à l\u2019heure, dans le matin clairvoyant, avec la couleur du poison sur sa face ! Elle le reverrait tous les jours, et ils étaient mariés, et rien ne pouvait la séparer tie lui.(1) CommoucA dans le numéro du 28 novembre 1903.Comme elle était punie! Punie?de quoi?Eh! d'avoir, si longtemps, accueilli l'amour de cet homme! Elle se repentait trop tard! ses souffrances étaient légitimes, puis qu\u2019elle fut, par le silence, par le bonheur, hélas! la complice du criminel ! Ah! mon Dieu, une pauvre femme, si bonne, si pure, presque une sainte, une sainte tout à fait, avait souffert, sans se plaindre, était morte en souriant au trépas! et elle, Suzanne, elle avait approuvé cette agonie, elle avait partagé la responsabilité de celte tombe! Quel châtiment n\u2019avait-elle pas mérité ! Ce quelle aurait dû faire autrefois, maintenant elle le comprenait, délivrée d\u2019une trop longue illusion, désensorcelée.Elle aurait dû fuir M.de Norvaisis, non pas avec l'inavoué désir d'en être suivie, non pas comme une enfant qui boude -car.enfin, elle avait boudé, rien de plus\u2014mais avec l\u2019norreur sincère de le revoir; et il v a des solitudes où, quand on le veut bien, celui qui vous cherche ne vous trouve pas.Elle aurait dû faire mieux encore: dénoncer l'assassin! Pourquoi pas?parce qu\u2019elle eût porté un nom déshonoré?Ah! quel déshonneur public eût été plus cruel, alors, que ne l'était aujourd'hui son mépris d\u2019elle-même.Hasarder sa bonne renommée à dénoncer le crime de son mari, aurait mieux valu que de s'avilir jusqu'à une espèce de complicité jusqu\u2019au recel 1.Car une idée abominable lui venait: Claire de Brezollcs était très riche.Grande-Maguct l\u2019avait dit: M.de Norvaisis avait hérité de sa femme, s\u2019était enrichi de cet héritage, de sorte qu'elle avait, elle Suzanne, dans 1 élégance de sa robe et 1 éclat de ses pendants d'oreille un peu de crime, devenu dentelles et diamants! Mais, le dénoncer, ce crime, jadis, ce n'eût pas été assez.Les juges hésitent, admettent des circonstances atténuantes: il aurait: fallu qu'elle vengeât elle-même Claire de Brezollcs.La venger?comment?de quelle façon?Oh! elle ne voulait pas envisager l'horrible devoir auquel aurait pu la contraindre sa pitié pour l\u2019irréprochable martyre; pourtant, si M.de Norvaisis était mort, si M.de Norvaisis, par un juste talion, avait subi l'agonie et le trépas infligés à sa première femme, est-ce que la justice éternelle n\u2019aurait pas approuvé, ne se serait pas réjouie?Suzanne eut peur de l\u2019affreuse idée qui lui était venue.Non, non, Swen, dans cette idée, n\u2019était pour rien ! Elle n avait pas songé, non, que M.de Norvaisis, maintenant, était, a son tour, 1 obstacle, le seul obstacle.l'obstacle à quoi?Elle ne pensait qu\u2019à Claire de Brezollcs! Son désintéressement était l\u2019excuse de l'ignominieuse tentation qui, une minute, l'avait hantée.Elle courut vers la fenêtre, pour aspirer l\u2019air du malin, pour s'emplir, hors des noirs chimères, de lumière et de réalité saine; mais, brisée par tant d\u2019angoisses, les bras agités en avant, elle ne put pas atteindre jusqu\u2019à l\u2019appui de la croisée.Elle faillit tomber en arrière, recula de meuble en meuble, rencontra le lit oû elle s\u2019abandonna, où son évanouissement, après des sursauts et des sanglots, s'acheva douloureusement en sommeil.Le sommeil n\u2019est pas toujours le repos.Elle rêva.Après des tournoiements de la pensée dans des ténèbres où s; dressait, fuyante et revenante, une grande vieille qui levait les bras, après la submersion de tout l\u2019être dans un noir sans fond, et les rac-crochements crispés de la vie à des bras rie squelette pareils à des branches de saule au bord d'un achéron, elle rêva qu\u2019elle marchait, lentement, vêtue d\u2019une étoffe pâle, d'un linceul, qu'on lui avait prêté puisqu\u2019elle n'était pas morte, le long d\u2019un corridor, dans l\u2019ombre, assourdissant le bruit de ses pas pour ne pas éveiller les échos assoupis dans les encoignures.Où était-elle?où donc allait-elle?Elle sentit qu\u2019elle avait, dans sa main droite, une fiole.Elle comprit ce qui l\u2019avait conduite dans cette maison, la nuit ! Oh! pourvu que Grande-Maguets là-haut, dans sa chambre, n\u2019entendît pas le glissement des pantoufles sur le carrelage; pourvu qu\u2019elle ne descendit pas, ne la suivît pas.Connue Suzanne retenait son haleine, s\u2019avançait avec précaution, le long du mur lisse\u2014en tenant la fiole.Une porte enfin, la porte ! Les gonds, pendant qu\u2019elle poussait cette porte, ne geignirent pas; et Suzanne entra dans la chambre, pareille à une chapelle, où Claire avait dormi, où Claire était morte.Mais Claire de Brezollcs n\u2019était pas dans le lit; c\u2019était M.de Norvaisis qui était couché là.Et Suzanne le reconnut, et elle se dit: \u201cIl dort !\u201d Il ne l\u2019avait pas entendu venir; il ne l\u2019entendrait pas s\u2019approcher du lit.Elle s\u2019approcha.Qu d était laid, avec sa grimace blcmc, avec ses paupières couleur de plomb, ridées, et sa méchante bouche étroite où ricanait un mauvais dessein.Sur la table, à côté du lit, il y avait, près d\u2019une théière, une tasse. 4*3 LE SAMEDI Suzanne avança la main qui tenait la fiole, et, goutte à goutte, dans la Lasse, une liqueur verte tomba, tomba encore.Mais un bruit remua derrière la porte! C\u2019était Grande-Maguet qui était là, Grande-Maguet qui avait tout vu, qui la dénoncerait! Suzanne jeta le flacon, s'enfuit, et, dans le couloir, elle heurta la vieille, pareille à un grand fantôme livide, la vieille !.A cette minute, l\u2019horreur du songe fut telle que Mme de Norvaisis s\u2019éveilla en criant ! Elle revit sa chambre où le matin ensoleillé entrait joyeusement par la fenêtre restée grande ouverte.Mais elle se souvenait, elle se souvenait ! et si épouvantables furent, mêlés, son remords du cauchemar et son exécration de la réalité, qu\u2019elle se jeta vers le mur, la tête dans l\u2019oreiller, fuyant le jour, et elle déchirait désespérément, avec les dents, la toile.IV Lis ne se parlaient plus.Parce que la vie commune les tenait, avec scs obligations quotidiennes, elle ne pourrait éviter de le rencontrer, dans le salon, à l\u2019heure où l'on reçoit les visites, dans la salle à manger aux heures des repas; il y a des domestiques qui disent: \u201cMonsieur attend madame\", et auxquels il faut répondre comme on eût répondu la veille du désastre.Mais plus rien de leur intimité de naguère ne subsistait; et leurs yeux ne se rencontraient pas.Telle était l\u2019acerbe froideur de Suzanne, dans les occasions de plus en plus rares qui les mettait en présence, qu\u2019Edme ne se hasardait ni à des questions ni à des prières ; cent fois il fut sur le point de se jeter aux genoux de sa femme et de la supplier en lui baisant les mains; il n'osait pas; plus d'un soir il s\u2019approcha dans l\u2019ombre de la chambre conjugale, résolu a ouvrir la porte; il avait peur, il s'éloignait.Ce qui aurait été plus affreux que la désolation même de sa solitude, c\u2019eût été d\u2019entendre une fois encore la parole qu\u2019elle lui avait jetée, ou de revoir le geste dont elle l\u2019avait chassé; et tout le supplice que peut endurer un vivant lui bourrelait le cœur.Lui qui, pour posséder cette femme plus aimée, plus convoitée que la parole humaine ne saurait l\u2019exprimer, avait osé un aussi abominable forfait, lui qui la posséda, souriante, amoureuse, heureuse, .1 ne l\u2019avait plus ! Et ce qui outrait jusqu\u2019à la frénésie son désespoir, c\u2019était la certitude que Suzanne avait cessé de l\u2019aimer, en aimait un autre.Comment expliquer sans cela ce revirement d\u2019âme, après dix années ?Est-ce qu\u2019il était possible\u2014allons donc!\u2014qu'elle se fût avisée, tout à coup, d'elle même, d'elle seule, après le long et délicieux hymen, d\u2019un retour aux terreurs d\u2019autrefois?Il y avait bien longtemps que c\u2019était fini, les peurs qu\u2019elle avait eues, et ses fuites et ses hésitations.Ca funeste pensée ne serait jamais revenue à Suzanne, et, surtout, Suzanne n\u2019aurait jamais eu le courage de la formuler, si quelque chose n\u2019était arrivé, qui l\u2019avait changée toute: et ce quelque chose c\u2019était un autre amour,\u2014ce ne pouvait être qu\u2019un autre amour.\"Les femmes sont ainsi, pensait-il ; elles ne pardonnent ou n\u2019estiment que selon qu\u2019elles aiment, et elles ne sont justes que si elles cessent d\u2019être tendres.\u201d Jadis elle l\u2019avait absous, parce qu\u2019elle l\u2019aimait; maintenant, elle l'accusait et le condamnait, parce qu\u2019elle ne l\u2019aimait plus.?Ah ! il se pouvait qu\u2019elle ne se rendit pas compte de ce qui se passait en elle; elle croyait peut-être qu après une trop longue complaisance l\u2019impartialité lui était venue, naturellement, simplement, parce qu\u2019il était logique et honnête qu\u2019il en fût ainsi.Elle se trompait, elle se mentait à elle-même: les cœurs ont de ces hypocrisies.Si la passion l\u2019avait aveuglée autrefois, c'était la passion\u2014une autre passion, hélas !\u2014qui la désaveuglait à présent.Et il était un empoisonneur, parce qu\u2019elle ne voulait plus de lui.Pensait-il quelquefois que le châtiment commençait?Se disait-il que des deux seules choses\u2014la haine de sa femme, la mort de sa femme\u2014qui pussent atteindre son bonheur, l\u2019une, déjà, s\u2019accomplissait par la volonté, peut-être, des Providences?11 ne voulait pas penser à cela.11 avait, à cette idée, ce sccoûmcnt d\u2019épaules, qui écarte une opportunité; cette espèce d\u2019ennui qui fait dire à Don Juan, sans autre parole: \u201cSortons d'ici\u201d, quand le commandeur a remué la tête.Ce qui l\u2019occupait, c'était, avec sa douleur, l\u2019amère et déchirante curiosité d\u2019en découvrir la source Qui aimait-elle, Suzanns?Elle ne pouvait faire un pas sans avoir derrière elle quelque espion fidèlement acharné.il souffrait?espérait-il donc mériter autre chose que la souffrance ?Et, en vérité, il eût été singulier qu\u2019elle perdit le temps à le plaindre, quand elle avait, elle innocente, toute l\u2019âme affreusement tourmentée.Elle lui en voulait même du pardon que, pendant dix ans.elle lui avait accordé, du bonheur qu\u2019elle, lui avait dû! Car, enfin, ce bonheur, auquel l\u2019avait contrainte une tyrannie aujourd'hui secouée, l\u2019avait faite, presque, la complice du crime; et elle détestait son mari de l\u2019avoir tant adoré.Mais, à présent, sa haine, mépris autant que haine, ne ressemblait pas aux épouvantes qu\u2019elle avait eues, presque enfant, autrefois; plus de ces phantasmes de fièvre où Claire lui apparaissait dans le cercueil nuptial, où se mêlaient des souvenirs de contes de fées, où Grande-Maguet avait la laideur menaçante des ogresses.Elle regardait en face le fait, dégagé des puériles chimères, plus effrayant de n\u2019être qu\u2019un fait; ô dégoût! cet homme, dont elle portait le nom, qui prenait place à table, en face d\u2019elle, de qui les domestiques disaient: \"monsieur est rentré,\u201d ou \"monsieur est sorti,\" était de ceux que le juge d\u2019instruction fait venir dans son cabinet, qu\u2019il interroge, et qu\u2019on voit en cour d\u2019assises, entre deux gendarmes, et dont un avocat essaye de sauver la tête en implorant la pitié du jury.Si M.de Norvaisis passait en jugement, elle serait, elle, Suzanne, la circonstance atténuante à laquelle il devrait d\u2019éviter l'échafaud! Et c'était répugnant de manger, de dormir, de vivre enfin, dans la maison où mangeait, où donnait, où vivait ce malfaiteur pareil à ceux dont on parle dans les causes célèbres.Elle ne songeait même plus à ce qu\u2019avait d'extraordinaire, après une si longue cécité, sa soudaine clairvoyance.Elle était trop occupée par les déboires du réveil pour se remémorer la secousse qui l'eveilla.Elle ne voulait pas se demander, elle ne se demandait pas pourquoi elle se rappelait maintenant ce qu\u2019elle avait si longtemps oublié.Le geste, qui versait à boire, c\u2019était le geste dont il avait, goutte à goutte, mesuré la dose de la liqueur empoisonneuse.Elle pensait quelquefois qu\u2019un homme de police allait entrer, au dessert, et mettrait la main sur l\u2019épaule de M.de Norvaisis, devant les valets.Eh bien! que dirait-elle?Le lendemain, elle recevrait un papier, citée comme témoin.Dans son affliction, elle avait des heures où une douceur la consolait.à cause de Swcn ! A coup sûr, elle ne l\u2019aimait pas, comme on aime un mari.Mais une tendre sympathie l'inclinait vers le souvenir de l\u2019enfant disparu, et souvent, très souvent, elle songeait à lui.Quelle âme pure et hautaine il avait ! Qu\u2019il ressemblait peu à tant de gens qu\u2019on voit, qui sont des imbéciles et des méchants, et à d\u2019autres, qui sont des assassins; il était quelqu\u2019un d\u2019héroïque et de doux; il avait la candeur fière d\u2019un dieu adolescent.Sans doute il aurait mieux valu qu\u2019il ne conçut point quelque folle espérance, qu\u2019il resta le petit homme que, jadis, volontiers, elle eût fait sauter sur ses genoux.Mêlas! cela grandit, les enfants, puis, quand ils sont grands, ils aiment ! J! ne lui avait pas écrit depuis son départ pour la Mèsie.11 devait y être arrivé, pourtant, depuis trois ou quatre semaines; il devait s'être battu, déjà, avec l'emportement tie sa gracieuse audace.Il avait bien fait de ne pas lui écrire: elle approuvait, elle admirait ce silence, témoignage d\u2019obéissance et de respect; elle en était troublée aussi quelquefois.S'il lui était arrivé malheur ! Elle lisait anxieusement les journaux: on ne s\u2019y inquiétait que rarement de cette guerre dans un pays lointain : île temps en temps, une dépêche très brève; jamais le nom du comte de Shclsèa-Kalix.Mais elle savait bien qu\u2019il faisait son devoir, là-bas, et, plus d\u2019une fois sans doute, jeune et joli, en son bel uniforme, il avait planté un drapeau sur la plus haute pierre de quelque forteresse! Ce qui lui aurait fait plaisir, c'eût été de recevoir, sous une enveloppe, sans lettre, une petite fleur cueillie dans la montagne guerrière.Rien.Aucune nouvelle.11 avait raison.Il tenait sa parole.Il lui avait dit adieu.L\u2019exécrable réalité se jetait à travers ces rêveries: et Suzanne descendait dans la salle à manger ou M.de Norvaisis attendait, chaque jour plus morne avec sa temps où blanchissaient les cheveux, et ses yeux caves, qui avaient peur et qui faisaient peur.¦ V ' .BnnBnmnnnHmnnn LE SAMEDI 47 Enfin, que ferait-elle?continuer à vivre ainsi dans l\u2019horreur et les transes, c'était impossible.Certes, pour se délivrer, elle ne.se résoudrait à aucune action brutale, indique d'elle: elle avait répudié, avec un haussement d\u2019épaules, 1 épouvantable et absurde conseil du cauchemar oùelle suivit le long corridor nocturne, une fiole à la main ; elle, criminelle, à son tour, la sombre folie ! Cependant, quel parti prendre?Elle se souvint du château de Eilbonnc, en Picardie: toute petite, elle y avait vécu, avec son père; le domaine lui appartenait, à elle seule.Elle se dit,-se rappelant la solitude des grandes pièces, le pays monotone et désert,\u2014quelle serait bien la, qu\u2019elle v pourrait souffrir en paix.Ah ! désormais rien du monde ne la tentait : elle n\u2019avait plus de plaisir à être belle.Elle sentait quelle supporterait sans regrets de Paris ni de la vie mondaine, qu elle aimerait peut-être le long ennui des jours pareils aux jours et l\u2019isolement dans le silence.Puisque le bonheur, et l'espoir, c\u2019était fini, d\u2019ailleurs, n'allait-elle pas être vieille bientôt ?\u2014puisqu'elle était une espèce de morte, ch bien ! elle prendrait là-bas, dans la morose demeure, l'habitude du tombeau.(.op-qu elle fut décidée, elle s'occupa tout de suite de mettre son projet à exécution.Elle écrivit au régisseur du domaine de Eilbonnc: donna ordre de réparer et de remeubler «os appartements du premier étage: exigea que tout fût en bon état avant deux semaines.Dans doux semaines, à la fin de novembre, elle partirait : à sa douleur la tristesse de l\u2019automne finissante ferait un doux accueil.Avertirait-elle .M.de Xorvaisis de l'exil où elle se vouait, de la retraite choisie?pas avant d\u2019être arrivée à Lilbonne.A tout prix elle voulait s\u2019épargner les prières et les larmes, ou les colères de son mari; elle ne voulait pas entendre la voix d'Edme, plaintive ou furieuse.Mais, du chateau, elle annoncerait à son mari, très nettement, par une courte lettre, sa résolution de ne jamais le revoir; lui.déclarant que rien ne la ferait changer de dessein, et que, s'il l\u2019importunait dans la solitude élue, elle s\u2019adresserait a la justice pour obtenir, au risque de quelque scandale, la séparation de corps.Il comprendrait qu\u2019elle ne se laisserait pas fléchir, la laisserait vivre seule.Vivre seule?toujours seule?toujours; personne n\u2019entrerait an chateau, pas même le cher enfant mélancolique, qui était parti.Elle savait bien que dans la presence de Swen, il n\u2019v aurait pour elle-même aucun danger, mais lui.à la revoir, il raviverait son malheureux amour et sa douleur; et elle ne voulait pas qu\u2019il souffrit; il ne devait pas souffrir, parce qu\u2019il était innocent.Ce qu\u2019elle espérait, c'était d\u2019en être oubliée; tout à fait?non, pas au point qu il n\u2019eût d elle aucun souvenir: elle voulait bien qu'il la revit, quelquefois, dans ses pensées, mais sans amertume, sans passion, comme on songe à une amie qui a été très douce, et qui n\u2019est plus, comme il songeait à Lydia, sa mère; qu\u2019il eût dans ses regrets deux Lydia, ainsi qu\u2019autrefois, toutes les deux mortes.Puis, quand il serait marié, plus tard, il parlerait d'elle à sa jeune femme qui ne serait pas jalouse.Elle, Suzanne, alors, serait véritablement morte sans doute, ou bien, vivante encore, ce serait comme si elle était trépassée, tant elle serait loin des hommes et des choses dans la demeure paisible où elle attendrait, vieillissante, que sonnât l'heure espérée de l\u2019éternel repos.Une lettre l\u2019avertit que l'on avait exécuté ses ordres: le château était disposé pour la recevoir; elle pourrait s'y installer quand il lui plairait.Bien.Elle n'eut pas un instant d\u2019hésitation.L'impossibilité, c\u2019était de séjourner plus longtemps dans la maison conjugale, déshonorée, dans le voisinage de l\u2019être horrible qui tua.Elle partirait demain, par l\u2019express du soir.Elle était très calme, de ce calme avec lequel ceux qui se sont résolus au suicide prennent les dispositions dernières.Elle arriverait à Lilbonne de grand matin; une voiture l'attendrait à la gare.Elle réfléchissait.Au moment de s\u2019exiler pour toujours, n'oubliait-elle rien, ou personne ?Ah ! si, l\u2019ingrate, elle oubliait ia cousine Isaurine, un peu folle, un peu radoteuse, mais si douce en son égoïsme écervelé, et qui, enfin, l\u2019avait élevée.F.h bien! avant de partir, elle irait l\u2019embrasser, lui dire adieu.En descendant de voiture devant l'hôtel d.Vvclcvne, elle vit, derrière la vitre d'un fiacre, une tête inconnue qui se retira brusquement, comme avec une peur d\u2019être surprise.Suzanne haussa l'épaule.Bien des fois déjà elle s'était aperçue que M.de Xorvaisis la faisait suivre.Que lui importait?Rien de plus naturel d ailleurs: la vilenie d'être un espion s'accorde avec la lâcheté d\u2019être un empoisonneur.Elle entra dans l\u2019allée de la porte cochère sans s\u2019inquiéter davantage de l'homme qui guettait.Mais, devant le battant de verre, qui ouvrait sur le jardin, elle hésita un instant.Elle craignait, presque, de revoir la serre-volière où elle avait été si gaie, petite fille, si triste, jeune femme; où.naguère, Swen ia regardait avec ses beaux yeux candides, lui disait, de sa jeune voix pure, d\u2019héroïques poèmes.Hélas! là, parmi les parfums de fleurs et les gazouillis d\u2019oiselets, combien de jolies heures, combien d\u2019heures tristes aussi! et, un soir, inclinée vers Swen.Mais à quoi songeait-elle?Est-ce que, pour elle, tout n\u2019était pas fini?elle ne voulait même plus avoir de souvenirs!\tAA?Elle entra très vite, traversa le jardin tout joveux d'un beau soleil d après-midi, effraya de son passage les bengalines et les cardulines, qui, ne la reconnaissant pas, s'allaient cacher dans le tremblement des buissons de roses ou sous les feuilles longues des lauricrs-canne-1 ?ers, pénétra dans la maison, ou, sur la banquette du vestibule, les têtes dans leurs mains, larmoyaient les deux vieilles servantes.\u2014Qu y a-t-il donc?dit Suzanne; que faites nous là.pourquoi pleurez-vous ?\u2014Ah! mon Dieu, c\u2019est Mme Suzettc, s'écria l'une des vieilles en levant les bras.Vous êtes revenue?Est-ce qu\u2019on vous a dit?.( )n ne pouvait pas vous avertir.Vous étiez en vovage.très loin.on ne savait pas où.Mademoiselle croyait que vous ne reviendriez pas avant l\u2019hiver.Et puis, hier encore, c'était peu grave.oa n'était pas inquiet.mais cette nuit, ah! Seigneur, la pauvre demoiselle ! Même dans un cœur d\u2019où les douleurs débordent, il v a toujours une place pour une douleur encore.Suzanne, anxieusement : -\u2014M a cousine est malade ! \u2022\u2014C\u2019est fini, fini.Le médecin ne reviendra pas.Il dit qu'il n\u2019v a plus rien à faire.C\u2019est l\u2019asthme, elle étouffe.Teniez, regardez ! Les deux servantes s\u2019embrassèrent avec des plaintes et des cris, pendant que Mme de Xorvaisis voyait un prêtre descendre l'escalier, la tête base, attristé.Elle courut à lui, l\u2019interrogea du regard.Il comprit que c\u2019était quelque parente: secoua la tète, leva les veux vers le plafond, puis salua et sortit.Suzanne s\u2019élança, enjamba les marches, fut dans la chambre d\u2019Isau-rine.D\u2019abord, comme dans un crépuscule, à cause de la fenêtre clos?et des rideaux baissées, elle ne distingua rien.Mais scs veux s\u2019accoutumèrent vite à la pénombre.Si peu grande dans le lit.sa petite face toute ridée et doucement jaune comme de la vieille cire parmi la dentelle de l'oreiller, Isaurine, avec un râle à peine entendu, susurrement d'un oiseau qui meurt, grattait des ongles les draps qui avaient l\u2019air tie haleter sur le soulèvement inégal de sa poitrine.Suzanne, à genoux devant le lit, tendait les bras vers l\u2019agonisante, en criant: \u201cCousine! cousine! parle-moi! dis que ce n'est pas vrai! dis que tu ne meurs pas !\u201d .Niais Mlle d Avclcync ne répondait que de son petit râle plus sourd et plus pressé; son cou s\u2019enflait et se creusait comme celui d'une tourterelle qui roucoule.Suzanne saisit les pâles mains, les baisa, les mouilla de pleurs, leva les yeux vers les yeux de la moribonde.Hélas ! ces yeux ronds et menus, sans regard, avec la fixité du vide, ressemblaient aux bulles de verre peint qui sont les veux des oiseaux empaillés.Suzanne retomba sur le tapis, le front au rebord du funèbre lit.Dans la chambre presque obscure, rien ne troublait le silence, sinon la plainte, toujours de ia cousine Isaurine.et, par saccades.les sanglots, qui montaient, des servantes dans le vestibule.Mais, tout à coup, un son clair, vif.très gai, une espèce de allant qui siffle, parfois rauque avec des rires: Suzon, la perruche, perché sur le dossier du lit.allait et venait en battant des ailes, et jacas sait: l'un des airs qu\u2019Isaurine lui avait appris.Suzanne voulait la faire taire.Mais -ville d'Avelevne avait remué la tête; elle >c souleva un peu.tourna le cou, et, du plaisir dans scs «.-eux ressuscités, elle écoutait l'oiseau, l'approuvait, battait, avec un tout petit doigt ¦ \u2022éle.en l'air, la mesure de la chanson : elle riait avec la perruche, dans les glouglous du râle.Puis, lassée, elle s\u2019affaissa dans l\u2019oreiller.Alors elle vit Suzanne et la reconnut, d\u2019un regard content ; il y eut 48 LE SAMEDI dans l\u2019essoufflement de l\u2019agonie presque une articulation de paroles: \u201cTu.c\u2019est.toi.embrasse.je.meurs.embrasse.moi.Ali! cousine! cousine!' Mme de Norvaisis, avec la peur de lui faire du mal, caressait, enlaçait la vieille petite femme qui ronflait plaintivement.Longtemps, rien.Isaurine se dressa ! fut presque assise.bille ouvrait la bouche, agitant les bras, pour dire pour faire comprendre quelque chose.Elle put proférer enfin : \u2014La fenêtre! Suzanne s\u2019élança, écarta les rideaux, ouvrit la croisés toute grande: dans la chambre brusquement lumineuse entra le soleil et l\u2019air chargé de parfums, et le vacarme allègre de la volière.Aidée par Suzanne, Mlle d\u2019Avelcyne se hissait vers toute cette vie qui luisait, embaumait, chantait; haletante, elle aspirait tout ce qu\u2019elle avait tant aimé.I l lui fallait autre chose encore.Accoudée, de l\u2019avancement de sa tête et d\u2019une frêle main tremblotante, elle désignait pas loin du lit, le perchoir de Sitzon, où il y avait, dans la mangeoire, un biscuit un peu grignoté.\u2014Donne, donne.Ce biscuit r oui, c\u2019est bien cela qu\u2019elle voulait.Elle le reçut entre ses doigts sans force, qui tâchèrent de le briser en le roulant, et, sur son coude, en des efforts peut-être les derniers, elle se hissait encore, le front hors du lit, vers la fenêtre, presque debout, entre les bras de Suzanne.Elle lança vers le rebord de la croisée des miettes qui n\u2019v atteignaient pas, tant elle était faible ; pourtant quelques-unes tombèrent sur l\u2019appui, et une mésange qui passait, en goba une, sans se poser.Alors, des catalpas, des buissons de roses, des magnoüers aux grands feuillages lentement balancés, de tout le jardin ensoleillé, se précipita, avec îles ramages et des frémissements de plumes, le joli peuple ailé! les colibris, les carduliues, les améthystes, les piverts, les bouvreuils, les bengalis, les citrincllcs, les oiseaux de paradis aussi, roses, gris, verts, dorés, de toutes les couleurs, picoraient sur la fenêtre, sur le tapis, sur la table, les miettes du biscuit, se querellaient, gazouillaient, s\u2019échappaient, revenaient, se renvolaient et revenaient encore.\u2014Gentils, gentils!.petits oiseaux.petits oiseaux.gentils.Mais Isaurine se mourait.Elle défaillit sur la couche pantelante, le cou plus renflé de râles; ce qui restait, entre ses doigts, du biscuit, s\u2019éparpilla parmi les draps; et les oiseaux gourmands se jetèrent sur les miettes avec mille volè-tements qui palpitent ; ils la frôlaient toute, à coups légers d\u2019ailes, et aussi, de leurs fines pattes, ils marchaient sur le corps menu et tressautant de la petite vieille qui allait rendre l\u2019âme, charmée; ils se posaient sur ses doigts, lui grimpaient du coude à l\u2019épaule, se perchaient sur sa tête, lui tiraient du bec les cheveux, cherchant des bribes de gâteau; et d\u2019autres, papillonnant au-dessus de ses lèvres, y becquetaient l\u2019agonie.Suzanne ne ies écartait pas, tant elle voyait de ravissement dans 'es veux de la cousine Isaurine dont le râle ramageait : -Petits anges.petits anges.pas plus jolis.paradis.tout à l\u2019heure.\t_ Soudain elle s\u2019érigea, les bras battant l\u2019air, la bouche crispée, la e rimace de la mort sur la face, et Suzanne, stupide d\u2019épouvante, ne pouvait pas crier, la bouche ouverte! Les oiseaux effrayés s'éparpillèrent à travers la chambre.Mais, quand Isaurine fut retombée morte, quand elle ne bougea plus, très pâle, souriante, ils revinrent avec leur joli tumulte qu\u2019allumait le soleil ; ils planaient sur la mignonne trépassée, se posaient sur elle, la couvraient; elle était comme ensevelie dans un linceul de vives plumes et de caresses chantantes.Suzanne pleurait, lame toute fondue en une douloureuse tendresse.Des minutes passèrent.Eüe s\u2019approcha doucement, si doucement que deux ou trois mésanges, farouches, s'envolèrent settles; elle ferma lentement les petits veux de sa cousine.Et elle pleurait toujours en la regardant.\\ plusieurs reprises elle dut chasser Suzon, la perruche, qui voulait lever du bec les paupières d\u2019isaurine, comme elle avait coutume de faire, les matins, quand sa maîtresse, paresseuse, tardait à s\u2019éveiller.Enfin, toutes les miettes mangées, les oiseaux se renvolèrent vers le jardin, vers les belles fleurs lumineuses, là-bas; ils pétillaient, ils gazouillaient dans l'air clair; ils avaient emporté peut-être l\u2019âme de in cousine Isaurine, petite âme d'oisellc aussi, qu\u2019ils s'étaient partagée entre eux, et c\u2019était elle, éparpillée, qui chantait et voletait dans le soleil.Suzanne ferma la croisée, baissa l\u2019un des rideaux, s\u2019assit près du lit Elle contemplait mélancoliquement attendrie, la cousine Isaurine qui avait l'air, pas grave même dans la mort, avec sa futile tête aux cheveux ébouriffés, d\u2019une fillette qui aurait rendu l\u2019âme en jouant; et clic ne la plaignait pas d\u2019etre morte, parce qu\u2019elle aurait voulu être morte aussi; mais elle se souvenait des jours heureux du plus lointain jadis, de la jolie enfance parmi les ramages et les parfums, de la petite princesse qu\u2019elle fut grâce à cette chère petite fée.Elle se courba pieusement, elle baisa le front de la défunte les innocences, les rires, les puérils enchantements, qui n\u2019étaient plus.Puis, s\u2019étant laissé glisser, à genoux, le front sur 1 une des mains pâles d\u2019isaurine, elle murmura, longtemps, longtemps, des prières.Ce fut peu à peu le crépuscule.Suzanne se leva.Il fallait avertir les servantes, pour qu\u2019on ensevelit la trépassée,, pour qu\u2019on allumât des cierges auprès du lit mortuaire.Elle alla vers la cheminée, chercha le cordon de sonnette parmi un désordre de fanfreluches, de journaux, de livres, de bibelots, cent choses dont s\u2019était amusée sans doute la maladie de Mlle d\u2019Avelcyne, et qu\u2019on avait laissées là.Elle ne trouvait pas le cordon de sonnette, elle se pencha pour mieux voir; il y avait, sur un tas de rubans, une enveloppe de lettre, où tomba son regard, d\u2019où il ne s\u2019écarta point.Pourquoi donc se préoccupait-elle, en un tel moment, de ce papier ;J Elle s\u2019inclina davantage, regarda de tout près l\u2019enveloppe.Ces caractères bizarres, à demi effacés, sur le timbre, autour d\u2019une tête, inconnue, de souverain.Une lettre de Swen ! oui, oui, de Swen ! Le pauvre enfant! Elle comprenait; il n'avait pas osé lui écrire, à elle, mais il avait écrit à la cousine Isaurine.Oh! certainement une lettre de lui.Et l\u2019irrésistible désir la prit de lire ce qu\u2019il écrivait.Il parlait d\u2019elle sans doute.Elle saisit l\u2019enveloppe décachetée,\u2014mais c\u2019était bien le timbre de Mésic!\u2014mais non, elle n\u2019osait point lire, tout près de ce pauvre petit cadavre.Elle se tourna vers Isaurine, en joignant les mains, comme pour lui demander pardon.\u201cVa, va, je ne t\u2019en voudrai pas, je permets, tu peux.\u201d Suzanne tira la lettre, courut à la fenêtre, et commença de lire, les paupières battantes ! Non, la lettre n\u2019était pas de Swen.Swen n\u2019aurait pas dit cérémonieusement: \u201cMademoiselle,\u201d à la cousine Isaurine.Suzanne tourna la page, cherchant des yeux la signature.Un nom peu lisible, qui ne ressemblait pas du tout à celui du comte de Shelsëa-Kalix.Elle s\u2019effrayait maintenant! Elle n\u2019osait plus lire.Mlle d\u2019Avelcyne ne connaissait personne en Mésie, dans ce pays lointain ; pourquoi donc, de là-bas, un autre que Swen lui adressait-il une lettre?Suzanne frissonna, d\u2019un pressentiment.N\u2019importe, elle lirait, elle saurait.Celui qui avait écrit devait mal connaître le français.Suzanne déchiffrait avec peine.Pourtant, il y avait ceci, sûrement: \u201cRegrets.le comte de Shelsëa-Kalix m\u2019a chargé en.\u201d, et, après, un mot qu\u2019elle ne pouvait pas lire, quelle avait peur de lire.Une angoisse lui tenaillait le cœur ! Des gouttes de sueur lui perlèrent aux tempes ! Elle passa quelques lignes.\u201cIl a fait son devoir, très bien.jeune héros.seul avec douze volontaires contre tout un détachement.embuscade.on a pu le rapporter au camp blessé.\u201d Blessé ! Suzanne crut qu\u2019une lance ou une balle lui traversait la poitrine.Elle haletait ! Elle lut plus avant, la lettre secouée entre ses mains tremblantes.\".11 m\u2019a donné votre adresse, m\u2019a fait jurer de vous écrire.\u201d Mais, alors?Ses yeux remontèrent à la première ligne ! Elle lut le mot cette fois : \u201cEn.mourant.\u201d Non ! non! ce n\u2019était pas possible! Il n\u2019y avait pas cela! \u201c.m\u2019a chargé en.mourant !\u2019\u2019 Swen ! mort ! Son cri fut tel que, d\u2019en bas.les servantes l\u2019entendirent, et elles se jetèrent dans l\u2019escalier, et elles entrèrent, et elles tombèrent à genoux affolées et gémissantes, devant la cousine Isaurine sur le lit.immobile, pâlotte, qui souriait, et Suzanne toute roide sur le tapis, cadavre aussi peut-être.(A suivre) "]
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