Le samedi, 1 novembre 1910, samedi 12 novembre 1910
[" ILVilO NUMÉRIQUE Première(s) page(s) manquante(s) ou non-numérisée(s) Veuillez vous informer auprès du personnel de BAnQ en utilisant le formulaire de référence à distance, qui se trouve en ligne : https://www.banq.qc.ca/formulaires/formulaire reference/index.html ou par téléphone 1-800-363-9028 Bibliothèque et Archives nationales Québec ES ES ES ES VOL.XXÏI, No 23.12 Nov.1&1Ô.LE SAMEDI lï m mmam \u201e ,.v ¦.FEUILLETON DU \u201cSAMEDI : .: ?m® É| sLsHSxi âS&gËs&âaai«&»«&&&&< TRESSE BLONDE Grand Roman Sentimental et Dramatique Par Fortuné du Boisgobey.No 8 SUITE \u2014 Mais co maudit rocher s\u2019est donc enlisé comme Noreff dit tout à coup Châte-aubrun ; comme le fraudeur, reprit-il pour ne p;as initier le douanier au mystère de.la cassette.\u2014 Il y a cinq minutes, j\u2019espérais encore, répondit le soldat en secouant tristement la tête, maintenant je suis sûr que nous avons passé Tombelaine.\u2014Mais alors il faut revenir sur nos pas, chercher à droite ou à g a iche.\u2014Chercher! la mer ne nous en laisse-serait pas le temps.\u2014Ah ça ! crois-tu que j\u2019ai envie de me noyer comme un chien dans cette baie de malheur?Tr as promis de nous conduire, conduis-nous.Si l\u2019ilot est passé, la côte doit être devant nous et il n\u2019y a plus qu\u2019à marcher tout droit.\u2014Ecoutez, mon officier, j\u2019ai une femme et des enfants et je tiens autant à les revoir que vous et votre ami à rentrer vivants à Paris, mais, foi d\u2019ancien soldat, je ne sais pas où nous sommes, et il n\u2019y a que le hasard qui puisse nous sauver.\u2014Eh bien! je veux aider le hasard, et je suis décidé à ne pas attendre ici que la mort vienne me relever de faction.Commencé dans No du 24 sept.1910.Publié en vertu du traité avec la Société des gens de lettres.\u2014 Vous voyez bien, mon officier que je pense comme vous, puisque je ne m\u2019arrête pas.\u2014Mais où arriverons-nous?\u2014 A la rive, si nous avons un peu de chance .\u2014 Au fait, nous sommes toujours certains d\u2019être dans le .bon chemin tant que nous recontrerons pas la mer; si nous y revenions sans nous en douter, nous la verrions bien et nous n\u2019aurions qu\u2019à lui tourner le dos.Le douanier ne put retenir une exclamation qui ressemblait à un gémissement.\u2014Alors, il serait trop tard dit-il.La marée d\u2019équnoxe court dans la grève aussi vite qu\u2019un cheval au galop.\u2014 Bah! tout à l\u2019heure Beau était si calme.\u2014Ecoutez! s\u2019écria tout à coup Sartilly en s\u2019arrêtant sur place.Le son lointain, mais distinct, d\u2019une cloche frappa l\u2019oreille attentive des égarés \u2014C \u2019est la cloche du mont Saint-Michel, nous sommes sauvés ! \u2014 Bon! cria le capitaine, c\u2019est comme au couvent du Saint-Bernard, on sonne pour indiquer la route.Alors, nous allons marcher à la cloche, comme à la guerre on marche au canon.\u2014Non, car nous n\u2019arriverions pas au Mont, la mer y serait avant nous, si elle n\u2019y est déjà; mais maintenant je sais où est la rive, et nous n\u2019avons plus qu\u2019à aller devant nous en obliquant un peu à droite.\u2014A la bonne heure je savais bien que nous nous en tirerions.\u2014Je l\u2019espère, mais ne perdons pas de temps.On se remit en route d\u2019un pas plus lé- .81 ger.Chacun avait un poids de moins sur la poitrine.Sartilly pensait à Jeanne, et il oubliait presque la porte du trésor.Quant au capitaine, il ne tarissait pas en discours joyeux et en plaisanteries de haut goût.Le soldat ne semblait pas tout à fait aussi rassuré.Il marchait par enjambées rapides, silencieux et attentif.On aurait dit que ses yeux cherchaient à percer le brouillard en avant et que ses oreilles é-coutaient en arrière.Plus d\u2019une fois déjà il avait fait une halte de quelques secondes, et il était resté le cou tendu, la main rapprochée de la tête, dans la pose d\u2019un homme qui cherche à se rendre compte d\u2019un bruit encore mal défini.Il y eut un moment où il s\u2019arrêta tou* à fait, muet, immobile et pâle.Des profond urs brumeuses de la grève montait un murmure étrange.C\u2019était comme un roulement sourd et continu qui se rapprochait rapidement, quelque chose de semblable au bruit éloigné d\u2019une cataracte.Le vent d\u2019ouest apportait des bouffées humide et de grands oiseaux de mer passaient à tire d\u2019ailes, poussés par un souffle invisible.- C\u2019est 1 mer! cria le douanier, il n\u2019y a plus que nos jambes qui puissent nous sauver.Et il se lança sur la grève, suivi de près par les deux amis.Il était tempis.Déjà courait derrière eux une nappe peu profonde qui précédait le flot, et cette eau sans vagues se déroulait comme un immense tapis Sur le sable uni.D\u2019abord les fugitifs gagnèrent du terrain.Le brouillard s\u2019était un peu éclairci devant eux, et la forme encore indécise d\u2019une ligne de terre basse et allongée se d ssinait vaguement à travers le brouil- 12 LE SAMËDÏ lard.Le capitaine poussa une exclamation, de triomphe ; \u2014Voilà la digue et nous reverrons Tortoni ! \"\u2014 Nous ne sommes pas encore à terre, murmura le douanier.Là grève s\u2019élevait sensiblement et il é-tait évident qu\u2019on se trouvait déjà sur un plan plus élevé que la marée, dont le bruit grondait toujours à cent ras en arrière.Tout à coup le soldat s\u2019arrêta comirm s\u2019il eût été frappé par une balle.\u2014 En avant ! en avant done ! cri Châ-teaubrun en l\u2019exeitant du geste.\u2014 Regardez, dit simplement le douanier.Devant eux tourbillonnait un véritable bras de mer.Sartilly se jeta à droite, le capitaine courut à gauche.A droite et à gauche, e\u2019était l\u2019eau grise, calme et profonde.Ils avaient donné dans un des pièges cette grève perfide tend aux voyageurs.Le sol y est inégal et la mer remplit d\u2019abord les dépressions de la plage, de sorte que les parties hautes émergent encore quelques instants avant d\u2019être couvertes par la marée.Leur mauvaise étoile les avait conduits sur une de ces langues dé sable destinées à disparaitre promptement sous le flot qui roulait vers eux avec l\u2019impétuosité d\u2019une avalanche.\ti \u2014 Nous sommes cernés, dit le soldat; il ne nous reste plus qu\u2019à mourir.-\u2014Mourir ! répéta le capitaine, allons donc! ©st-ce qu\u2019on meurt ainsi, quand on à servi dans le 7e hussard! Je ne nage pas tout à fait comme un phoque, mais je peux encore me soutenir sur l\u2019eau, mon ami que voilà passe pour être de première force, quant à toi, mon brave.\u2014 Messieurs, interrompit le douanier, nous n\u2019avons plus qu\u2019une ciianee, c\u2019est de nous laisser emporter par le flot.il nous jettera contre la digne et nous pourrons peut-être nous y accrocher si nous ne sommes pas étouffés avant d\u2019y arriver.\u2014 Parbleu! c\u2019est une idee.Qu\u2019en dites-vous, Sartilly?Le vicomte serra la main de Château-brun et murmura \u2014 Si je meurs et que vous me surviviez, vous veillerez sur Jeanne, n\u2019est-ce pas?\u2014 Convenu mon cher, mais vous ne mourrez pas.C\u2019est bon pour Noreff de finir dans la vase.Le capitaine parlait encore quand la mer tomba sur eux comme une montagne d\u2019eau qui s\u2019écoule et les enleva dans un tourbillon d\u2019écume.Ce qui se passa alors, ni Sartilly, ni Châ-teaubrun ne le surent jamais bien.Etourdis par le choc de cette trombe liquide, is perdirent le souffle et aussi le sentiment de la situation.Une violente secousse les fit revenir à eux et l\u2019instinct de la conversation les poussa à s\u2019accrocher au premier point d\u2019appui qui se rencontra sous leurs mains.Le capitaine empoigna une racine de tamaris; Sartilly embrassa une grosse pierre .En ouvrant les yeux, il virent qu\u2019ils touchaient- la digue.-^Tenez bon ! nous sommes sauvés, leur cria le brave domuanier qui avait pris pied à côté d\u2019eux.\u2014 Mille tonnerres! qu\u2019êst-ce que c\u2019est que ça ?il me tombe une poutre sur la tête, répondit la voix étouffée du capitaine qui venait d\u2019être heurté violemment par Un objet assez volumineux.\u2014Ah! monsieur, c\u2019est le coffre! dit le soldat.Le voilà! je le tiens?C\u2019était vrai.La cassette abandonnée par Tiby avait été saisie par le flot et poussée contre la rive.Dieu avait bien fait les choses.La grève avait dévoré l\u2019implacable ennemi de Jeanne; la marée d\u2019équinoxe rapportait la fortune des Mensignae.xv: LE FANTOME.C\u2019était la nuit, trois jours près les terribles scènes de la grève de Tombelaine, Au fond d\u2019une chambre faiblement éclairée, dans un lit à rideaux blancs, un lit de jeune fille, Jeanne de Mensignae dormait d\u2019un sommeil agité.Des mots sans suite sortaient de ses lèvres décolorées et ses bras s\u2019étendaient comme pour repousser un ennemi invisible.La fièvre courait dans les veines bleues de sm front pâle, et un large cercle de bistre entourait ses beaux yeux fermés.A son chevet, une femme assise la regardait tristement et suivait tous ses mouvements avec une sollicitude attentive.Le timbre d\u2019une vieille pendule de Boule sonna l\u2019heure, et la malade se réveilla, \u2014 Julie, appela-t-elle d\u2019une voix faible.\u2014 Me voilà, mademoiselle, répondit a-vec empressement la femme de chambre ; vous trouvez-vous mieux?Le sommeil a dû vous faire du bien.\u2014 J\u2019ai soif, dit la jeune fille.Julie tendit une tasse à sa maitresse.qui but avidement et parut soulagée.\u2014Toujours ce feu qui me dessèche la gorge et me brûle la poitrine soupira Jeanne.-Demain, vous serez guérie, mademoi-elles ; le docteur a dit que cette potion calmerait la fièvre.\u2014Demain ! oui.demain peut-être je ne souffrirai plus.\u2014 Oh ma chère maitresse, dit Julie, qui feignit de ne pas comprendre le sens désespéré de ces paroles, que M.le vicomte sera heureux de vous trouver remise des suites de cette affreuse chute! \u2014Edmond murmura la malade, je ne veux pas qu\u2019il me voie ainsi, je veux que ce soit fini quand il reviendra.\u2022\u2014 M.le vicomte ne peut pas tarder beaucoup, maintenant.\u2014Tl y a six jours qu\u2019il est parti et je l\u2019attends depuis hier.Demain, si de Sartilly n\u2019est pas de retour, vous ferez prévenir le notaire que je désire lui parler.\u2014Mais, mademoiselle, D médecin a or donné un repos absolu, et.\u2014Je le veux, dif Jeanne de Mensignae.Après un long silence, elle reprit d\u2019une voix affectueuse \u2014Julie, vous avez besoin de repos.Je vais dormir, je me sens mieux.Il ne faut pas que vous passiez encore cette nuit à veiller.Appelez miss Georgina.\u2014* Miss Georgina est souffrante ce soir, dit la femme de chambre avec hésitation; mais que mademoiselle ne s\u2019inquiète pas, je jors très bien sur le canapé dû petit salon.La malade ne répondit que par un geste, et ferma les yeux comme si\u2018 elle avait enfin trouvé le sommeil.Julie sortit, et alla s\u2019asseoir dans la pi' ce Voisine, où brûlait un grand feu.Une portière à demi relevée séparait de la chambre à coucher ce boudoir, éclairé seulement par la lumière amortie d\u2019une lampe.La femme de chambre regardait autour d\u2019elle avec inquiétude, et frissonnait pur fois quand ses yeux s\u2019arrêtaient sur le lambris qui lui faisait face.On aurait dit que de ce côté devait venir un danger inconnu.L\u2019immobilité est un des signes les plus certains de la frayeur, et Julie, depuis qu\u2019elle était seule, semblait changée en statue.Une heure s\u2019était écoulée sans qu\u2019elle osât bouger, quand un bruit de pas la fit tressaillir.On marchait dans la galerie qui précédait le petit salon, et on parlait à voix basse.Elle se leva toute pâle et elle écouta.\u2014 Mademoiselle repose probablement, disait un valet de pied mais quelqu\u2019un, veille dans le boudoir, et si M.le vicomte veut entrer.\u2014M.de Sartilly s\u2019écria Julie, nous sommes sauvées ! Et elle se précipita vers la porte, qui s\u2019ouvrit doucement.C\u2019était bien Edmond de Sartilly qui apparaissait au moment où celle dont la vie dépendait de son retour désespérait de le revoir.\u2014Ah ! M.le vicomte, que mademoiselle va être contente!\t, \u2014Où est-elle?demanda Sartilly.\u2014 Elle dort, répondit Julie, en montrant la chambre à coucher.\u2014 Que dit le médecin?\u2014Rien de bon.Il avoue qu\u2019il ne comprend rien à la maladie de mademoiselle.Le lendemain du départ de monsieur le vicomte, ell; allait très-bien ; mais la nuit suivante a été mauvaise et la fièvre n\u2019a plus cessé.\u2014La fièvre ! \u2014Oui, c\u2019est un mal étrange, et je n\u2019ai jamais vu personne souffrir ainsi ; ce sont des frissons, une soif ardente, un feu qui lui brûle la gorge; c\u2019est surtout le matin que ma pauvre maitresse se plaint.On dirait que chaque nuit augmente ses douleurs.\u2014 Malheureuse, tu as oublié ce que tu m\u2019avais promis, tu l\u2019as laissée seule.\u2014Bas une heure, pas une minute, monsieur le vicomte, je vous le jure.Miss Georgina vient s\u2019asseoir auprès dû lit pendant le jour, et alors je ne quitte pas la chambre.La nuit, elle n\u2019entre jamais ici, et moi je reste sur ce canapé.- \u2014 Mais tu ne peûx pas veiller toujours, et pendant que tu dors, on peut venir.82 LS 8AM1DÎ iê $ I H fcttj ia, % s dû lin, \u2014 Je ne d^rs pas, j *ai trop peur.Peur ! tu as peur ! De quoi as-tu peur ?l\u2019as-tu vu?Parle, mais parle donc! Il se passe dans cette maison des loses effrayantes.Mais je suis là maintenant, reprit le {îsoiîleomte, et ' l n\u2019as plus rien à craindre.Il avait compris qu\u2019il fallait avant ut la rassurer s\u2019il voulait qu\u2019elle par- t.\u2014 Oui, c\u2019est vrai, continua Julie, et, aintenant je vais vous dire ce que j\u2019ai «lit de \\f ®i éclaij \u201c«tie d\u2019uni nger ml cuelquuM: ¦; ïkdtij( Sartilly tremblait d\u2019émotion et d\u2019impâ-ence.C\u2019était la première nuit que j\u2019ai allé mademoiselle.Miss Georgina venait remonter chez elle.J\u2019étais assise là, ir ce canapé, et je lisais.La lampe avait a abat-jour et le salon était sombre; je \u2019avais pas sommeil et pourtant j\u2019étais risée de fatigue.J\u2019entendis sonner mi-uit à la pendule, et je voulus me lever oür aller voir si mademoiselle n\u2019avait jsoin de rien.\t, u moment où je me tournais de ce )té, continua J-lie en montrant un an-ie du boudoir, le feu qui brûlait dans .cheminée se ranima tout à coup et jeta ne grande clarté, et alors, je crus voir.dsi I ! VIS .\u2014Quoi?au nom du ciel! \u2014Je vis là.au milieu d\u2019une des eurs de la tapisserie.la lumière du )yer donnait en plein sur le lambris.je is briller un oeil.Le vicomte pâlit et ne put s\u2019empêcher e regarder la muraille.Oui j\u2019m suis bien sûre, reprit la fem-iê de chambre d\u2019une voix si basse qu\u2019on .entendait à peine, c\u2019était un oeil qui un» porte,ipLgardait.Alors.oh! alors, je crus que aEite-' \u2019allais mourir de frayeur, ja me laissai moment oui }mper Slir canapé et je fis semblant cU son retour j ormir.je ne pas combien de mips je restai aimn, mais quand je roü-ris les yeux, le feu s\u2019était éteint et je ne istinguai j.lus rien, Mais depuis.cha-ue nuit, à la même heure, j\u2019ai revu.| Julie se fut et cacha sa figure dans ses nains, Sartilly resta quelques instants mmobile 'at muet, mais, chassant cette remière impression d crainte dont les lus fermes esprits ne se défendent pas lojoujours, il alla droit à la tapisserie et la rouva intacte, n'olj \u2014 A-t-elle rêvé se demandait-il an egardant attentivement la femme de hambre qui n\u2019osait pas bouger.Puis, prenant tout à coup une résolut!-n \u2014 Je veillerai ce soir dans la chambre iflte mademoiselle de Mensignac, dit-il d\u2019un ^0^'|on qui n\u2019admettait pas de réplique.Tu ^M'esteras ici et tu ne viendras que si je \u2019appelle.Et, sans attendre la réponse de Julie, Sartilly souleva doucement la portière et ntra dans la chambre de la jeune fille.[illy.! $ loi 1 }{iÿ| Jeanne dormait.Sa respiration précisée soulevait sa poitrine à intervalles négaux, et des tressaillements involontaires contractaient son charmant visage.Sartilly s\u2019arrêta près du lit, retenant son lOuffle et comprimant les battements de ion coeur.Lui qui avait déjà vu mourir, I # il reconnaissait sur les traits de sa fiancée l\u2019empreinte des griffes de la mort.Elle venait, elle était là, étendant sa main décharnée pour saisir sa proie, et l\u2019imagination troublée du malheureux vicomte évoquait cette image hideuse du squelette qui personnifie l\u2019idée terrible.Lj dernier cri de Noreff retentissait encore à ses oreilles.\u2018\u2018Elle mourra\u201d, avait dit le misérable en disparaissant dans sa tombe de fange, et la sinistre prédiction allait s\u2019accomplir.\u2014 Qui donc la tue?murmura Sartilly en regardant autour de lui.La lueur incertaine d\u2019une veilleuse é-clairait la chambre.\u2014Je le saurai, dit-il tout bas.Et il se cacha derrière Un grand rideau qui pendait devant la fenêtre.Du poste qu\u2019il avait choisi, il pouvait voir en face de lui une porte basse à demi cachée par une large portière, et il se souvenait vaguement qu'on arrivait par là au long corridor qui conduisait à la bibliothèque.Tout à coup, cette porte s\u2019ouvrit doucement, et il vit sur le seuil une femme qui marchait du pas silencieux des fantômes.Elle était enveloppée, des p>ieds à la tête, d\u2019un long manteau de couleur écarlate.Un voile épais de dentelles, arrangé à U façon d\u2019un mantille espagnole lui cachait entièrement la figure.Sa main une main i ¦¦!!?!!\u201c et blanche, sortait de son manteau et tenait r objet que Sartilly ne pouvait pas voir.Elle s\u2019avancait lentement.On aurait dit qu\u2019elle glissait sur le tapis.Une Ou deux fois elle s\u2019arrêta comme pour écouter.Elle allait vers le lit où Jeanne dormait encore.Sartilly retenait sa respiration et aurait voulu comprimer les battements de son coeur.Il comprenait qu\u2019il allait assister à une chose terrible.La femme marchait toujours.Elle touchait presque le lit.\u2014 Si elle venait poignarder Jeanne ! pensa-t-il.Mais l\u2019apparition s\u2019arrêta à deux pas du chevet.La main s\u2019étendit au dessus d\u2019une tassé placée à portée de la malade, et y laissa tomber une poudre blanche.Edmond s'avai; tout maintenant.Jeanne é-tait empoisonnée chaque nuit.La femme au manteau rouge resta un instant immobile.Ses yeux brillaient à travers son voile, et elle tourna la tête, pour s\u2019assurer qu\u2019elle était seule dans la chambre.Le vicomte fit un mouvement pour se jeter sur elle, mais il pensa à l\u2019horrible frayeur qu\u2019il allait causer à la malade en la réveillant ainsi, et il se contint.Le prétendu fantôme recula lentement vers la porte qui donnait sur la galerie, souleva la portière' et disparut.:\u2014 Enfin! murmura Sartilly en sortant de sa cachette et en traversant la chambre à pas de loup.La porte se fermait par un double battant, et il put l\u2019ouvrir sans bruit.La galerie était sombre; la nuit n\u2019avait pas de lune et la pâle clarté des étoiles suffisait à peine pour se diriger dans ce long corridor, mais la femme au manteau semblait connaitre parfaitement le chemin.Le vicomte eut d\u2019abord la pensée de i\u2019arrêter à l\u2019instant même, puis les récits de Jeanne lui revinrent à l'esprit; il pensa à toutes ces histoires d\u2019apparitions nocturnes qui avaient si souvent, depuis un mois, effrayé la jeune fille, et il résolut de savoir enfin à quoi s\u2019en tenir.Il ne croyait pas aux revenants, et il était bien convaincu que l\u2019empoisonneuse était de chair et d\u2019os.Pour où était-elle entrée?Par où allait-elle sortir?Voilà ce qu\u2019il voulait savoir.\u2014\u2022 Il faut que cette nuit la complice de Noreff me livre son secret, dit-il entre ses dents, et pour cela il faut que je la suive jusqu\u2019au bout.Un vague pressentiment l\u2019avertissait déjà que l\u2019inconnue se dirigeait vers la bibliothèque, et son imagination évoquait, le souvenir des mystères sanglants de cette galerie où il était venu naguère chercher le tome VII .La femme marchait sans se retourner.Elle se hâtait évidemment de sortir de l\u2019hôtel, et elle devait connaitre une issue secrète, car il était impossible de supposer qu\u2019elle allait traverser la cour et se faire ouvrir la porte cochère dans ce costume de fantôme, Sartilly réglait sa marche sur celle de l\u2019inconnue; l\u2019épais tapis qui garnissait le couloir amortissait le bruit de ses pas.Il pouvait donc espérer de conserver sa distance sans être remarqué.Le moment critique approchait.La femme en rouge allait entrer dans la bibliothèque; il fallait la suivre d\u2019assez près pour qu\u2019elle n\u2019eût pas le temps de s\u2019y en fermer.Sartilly avança un peu plus vite.Une haute et large fenêtre éclairait le corridor en face de la grande porte que le fantôme allait ouvrir et le contraste en tre la lumière et l\u2019ombre rendait ce passage difficile à franchir sans être vu.Il s\u2019arrêta sur la limite extrême où cessait l\u2019obscurité^ et il attendit.La femme, ^pràs quelques secondes d\u2019hésitation, posa la main sur la clef et la fit tourner dans la serrure.Au moment où le lourd battant pivotait sur ses gonds, Sartilly se précipita sur l\u2019empoisonneuse.Il réussit à la saisir un instant, mais elle se dégagea par un mouvement brusque et se jeta dans la bibliothèque.Il repoussa vigoureusement la porte qu\u2019elle voulait fermer derrière elle et il entra.Il ne cherchait plus à se cacher et la femme ne cherchait plus à fuir.Elle s\u2019était arrêté à quelques pas du seuil et quand la main du vicomte s\u2019abattit sur son épaule, elle ne fit pas un mouvement.\u2014 Qui êtes-vous et que me voulez-vous?dit-elle d\u2019une voix vibrante.\u2014 Qui je suis?répéta Sartilly,.tremblant de rage, je suis le fiancé, de celle que vous venez' d\u2019empoisonner.Ce que je veux ?Je veux la venger et je veux venger aussi Son frère que vos complices ont tué.Un éclat de rire fut toute la réponse de l\u2019inconnue.\t; \u2014 Ah ! tu avoues, misérable ! cria le vicomte exaspéré.-\u2014J\u2019avoue, oui j\u2019avoue que je poursuis jusque-dans ses derniers rejetons une race infâme; Jeanne mourra , comme Roger doit mourir.Moi aussi, je me venge.¦ \u2014-¦ Mais tu ne comprends donc pas que je vais te tuer dit Sartilly en la secouant 83 LE SAMEDI d\u2019une main furieuse.\u2014 Que m\u2019importe ?Mon oeuvre est faite! \u2014Eh! bien, non, je ne te tuerai pas, mais je vais te livrer à la justice.\u2014 Me livrer à la justice?Tu tiens donc bien à déshonorer celle que tu aimes.Edmond voulut crier, mais la voix lui manqua; il voulut entrainer l\u2019empoisonneuse, mais ses mains qui la tenaient s\u2019ouvrirent malgré lui.\u2014Viens dit-ell'e en l\u2019entrainant vers une fenêtre, je veux que tu rrm connaisses.tu vois bien que je ne te crains pas.Puis, d\u2019un geste rapide elle enleva son voile.\u2014 La femme aux cheveux d\u2019or! murmura Sartilly en reculant comme s\u2019il a-vait vu un spectre.-\u2014Ecoute, dit l\u2019empoisonneuse, tu me livreras après.Tu m\u2019as déjà vue une fois; ce jour-là tu avais amené avec toi des limiers de police, 'et tu sauras bien les retrouver pymr t\u2019aider à m\u2019arrêter, car, seul, tu n\u2019oserais pas.Il y en a un pourtant que tu ne retrouveras plus, celui dont tu avais fait ton ami, celui qui espionnait le mur de l\u2019hôtel de Noreff pendant que je te chassais de chez moi.Si tu veux le revoir, celui-là, cherche-le, au fond de la Seine.\u2014Jottrat ! \u2014 Oui, Jottrat, ton digne complice.Tu me reconnais maintenant, n\u2019est-ce pas?Eh bien, je vais te dire pourquoi je me venge.Je me venge, parce que le frère de ta fiancée a assassiné ma soeur, à moi.\u2014 Roger, assassin! tu mens! \u2014 Je miens! tu oses dire que je mens! Mais tu sais bien que c\u2019est ici, dans cette galerie,, que ce misérable l\u2019a égorgée; tu sais bien que sa tête est tombée là, sur ce tapis, car tu as vu la tache.Viens à cette place où le sang de ma soeur a laissé des traces, et, quand nous serons là, appelle les valets de l\u2019assassin, et envoie chercher tes amis de la police.La femme en rouge s\u2019élança vers le fond de la bibliothèque et se perdit dans l\u2019ombre.Sartilly entendit le bruit sec d\u2019une porte qui se referme, puis un éclat de rire qui semblait sortir de la muraille, puis plus rien.Il courut, il chercha, il appela dans les ténèbres.L\u2019écho des hauts plafonds lui répondit seul.L\u2019empoisonneuse avait disparu.Il resta pétrifié de surprise et de frayeur et il n\u2019essaya même pas de découvrir la mystérieuse issue par laquelle l\u2019horrible créature avait dû fuir.Il se retrouvait en présence d\u2019un des mystères au milieu desquels sa vie s\u2019agitait depuis un mois, et il ne pouvait pas perdre son temps à le deviner.Sauver Jeanne, cette pensée illumina tout à coup son cerveau.L\u2019empoisonneuse avait disparu mais le poison était resté.D\u2019un instant à l\u2019autre, la jeune fille pouvait se réveiller et boire le contenu de cet te tasse où l\u2019exécrable femme venait de verser la mort.Trois nuits de suite elle avait fait son oeuvre, et Jeanne, minée pjar la fièvre, s\u2019éteignait peu à peu.on voulait la tuer lentement, mais la dose de cette nuit devait être la dernière.Si Jeanne buvait, elle allait mourir.Edmond se précipita dans le corridor, arriva devant la porte de la chambre et 1 ouvrit avec une émotion indicible.La veilleuse éclairait de ses lueurs vacillantes les rideaux blancs et la tasse fatale.Jeanne dormait toujours et le bruit régulier de sa respiration annonçait qu\u2019elle n\u2019avait pas dû se réveiller.Sartilly faillit s\u2019évanouir de joie et ce fut d\u2019un pas chancelant qu il marcha vers le lit.Quand il saisit le vase empoisonné, sa main tremblait si fort que le bruit de la porcelaine heurtée troubla le sommeil de la malade.Elle s\u2019agita, étendit les bras murmura quelques mots sans suite.\u2014 Edmond!.Edmond! répétait la jeune fille.le revoir.je veux le revoir.Il allait répondre à l\u2019appel de Jeanne quand il vit, à l\u2019entrée du petit salon, Julie qui lui faisait signe de ne pas parler.Il pensa alors que la surprise et la joie pourraient avoir un effet désastreux sur la malade et il eut le courage de différer son bonheur.Il traversa la chambre sur la pointe du pied et il rentra dans le boudoir.\u2014 J\u2019ai vu l\u2019oeil, murmura Julie, il estait là quand vous m\u2019avez laissée seule et il me regardait comme la nuit dernière, comme les autres nuits.Oh! je mourrai de frayeur, si je veille encore.\u2014 Tu ne veilleras plus, lui dit Sartilly, car demain l\u2019empoisonneuse sera livrée à la justice.\u2014 L\u2019empoisonneuse! \u2014Oui cette servante infâme qui t\u2019épiad dans ce salon pendant que sa complice venait au chevet de ta maitresse verser le poison.\u2014Mais, monsieur le vicomte, jamais miss Georgina n\u2019est restée seule dans la chambre de mademoiselle.\u2014 Non, elle n\u2019avait pas besoin d\u2019y entrer.La femme en rouge se chargeait d\u2019y apporter la mort.\u2014La femme en rouge! c\u2019est le nom que mademoiselle a répété si souvent quand elle a eu le délire.\u2014 Oui; celle-là se glissait comme un serpent quand l\u2019autre l\u2019avertissait que l\u2019heure était venue.Tu veillais toi, pauvre fille dévouée, mais on épait tes moindres mouvements.Qui sait?Elles ont peut-être compté sur la terreur que devait t\u2019inspirer cet oeil fixé sur toi.\u2014 Ah ! c \u2019était donc pour m\u2019espionner que l\u2019Anglaise me laissait toujours seule.Je me rappelle qu\u2019elle a prétexté, dès la première nuit, une grande fatigue pour se retirer de bonne heure.Elle avait deviné que vous aviez des soupçons; peut-être avait-elle entendu ee que vous m\u2019aviez reeommandé le jour de votre départ.\u2014- Laissons là le passé.Demain je veux en finir avec cette infâme créature, et il ne faut pas qu\u2019elle sorte d\u2019ici cette nuit.Où est sa chambre?\t! Au-dessus de celle de mademoiselle ; elle doit y être rentrée, car je viens de l\u2019entendre marcher et, depuis unie demi-heure., dit Julie avec hésitation, depuis une demi-heure.l\u2019oeil a disparu, \u2014 Oui, elld a cessé de te surveiller parce que l\u2019oeuvre était accomplie.Le poison «I f pl H; «rps rau'*-\" est là, dans cette tasse, et maintenan j\u2019attends de toi deux choses.\u2014\tJe suis prête.\u2014D\u2019abord, tu vas 'enfermer ce vase daiîLi une armoire dont tu garderas la clef.i \u2014J\u2019ai là le petit meuble de Boule.\u2014Ensuite, tu vas aller réveiller un deJLpen valets de pied et tu me l\u2019amèneras.veux mettre une sentinelle à la porte dfk'i miss Georgina.\t^K'ès \u2014\tJe crois que le père Cravert, le coiILtlî cierge, vaudrait mieux.Il n\u2019aime pas l\u2019Aï bp glaise, tandis que les deux valets de piefc ÿ sont à sa dévotion, parce qu\u2019elle les cou ble de cadeaux.\t, \u2014Va chercher le concierge alors, et fai vite.La femme de chambre descendit preste ment et Sartilly resté seul, se prit à réfl chir.Le danger qui menaçait Jeanne V( nait enfin de prendre un corps et tou s\u2019effaçait devant l\u2019urgence des mesures prendre pour la sauver.\u2014\tJ\u2019ai trop tardé, se disait-il, j\u2019ai tro hésité devant des craintes secondaire Que me font après tout les vieilles histo res de ce misérable Noreff avec le gént ral de Mensignac?Je ne veux pas qu\u2019o tue Jeanne et je livrerai les assassins, dî le nom de Roger être atteint par le prc cès.Livrer les assassins ?reprit-il en se frap pant le front, mais comment ?Quand j\u2019ai rai dénoncé cette Anglaise, elle refuser de parler et je ne retrouverai jamais se eompdices.Ah! ils ont eu raison de tuer Jottra celui-là aurait su les découvrir.Un bruit de pas et de voix contenues qr partait du corridor attira son attentior Une porte du petit salon donnait directe ment sur le couloir.Edmond sortit pou;; empêcher que Jeanne fût réveillée par c mouvement qu \u2019il ne s\u2019expliquait pas, et s trouva en présence de la femme de eham bre et du concierge.\u2014 Monsieur le vicomte, dit le portier qui semblait fort animé, il y a un homnn qui veut absolument vous parler.\u2014 Me parler?ici et à pareille heurei \u2014 Il prétend qu\u2019il a des choses de 1, dernière importance à dire à M le vicom : te ; il est venu trois fois depuis hier à L : rue d\u2019Astorg et dès qu\u2019il a su que M.1 vicomte était} ici.\u2014Où est-il?\tJ^ii \u2014 Il a tant insisté que j\u2019ai cru pouvoi: ^ prendre sur moi de le faire entrer dans 1: ifav bibliothèque, où il attend M.le vicomte.IHAod \u2014 J\u2019y vais, Maintenant, Chavert, écou tez-moi bien Vous êtes un vieux serviteu; pity et j\u2019ai pleine confiance en vous, il se pas : ^ l\u2019o se ici des choses graves,- et il faut que vouifu 1 m\u2019aidiez.\u2014 Pour mademoiselle Jeanne, je feraifUas 5 tout.\tJiii.jp \u2014~ Vous allez monter au second étagii^.¦ et garder la porte de miss Georgina jua i : ' * qu\u2019à ee que je vienne vous appeler.Il ni faut pas, vous m\u2019entendez, il ne faut p qu\u2019elle sorte de sa chambre.\u2014 Oh! monsieur le vicomte p,eut compi te sur moi; je la déteste.\u2014 Toi, Julie, tu ne quitteras pas h ;;.h x chambre de ta maitresse, reprit Sartilly ; i est probable d\u2019ailleurs que j\u2019aurai bientô 84 US SAMEDI 15 1er pi ; de 'a la lW5| jii avec cet homme.:i Qui peut-il être?murmura-t-il en s\u2019acheminant lentement vers la bibliothèque, clefl Son imagination se forgeait mille chi-Jères et il n\u2019était pas jusqu\u2019au choix for-% J lit du lieu de l\u2019entrevue qui ne l\u2019inquié-(t un peu.A force de vivre au milieu d\u2019é-ements presque fantastiques, il avait li par devenir superstitieux et il n\u2019en-^rt, pliait plus sans répugnance dans la gale-lis sanglante.Quelle surprise l\u2019y atten-?,iit?Il se le demandait avec anxiété et, [u\u2019eUgiçjMns ce court trajet, il eut le tempjs d\u2019épui-\u2022r à peu près toutes les suppositions sans Valors rencontrer la seule qui fût juste.B En ouvrant la porte de la bibliothèque, «OjipJ vit que le concierge avait eu la sage $j prjrtlfécaution de laisser une lampe sur une ait,JÇfr es tables.Dans le cercle lumineux qui eorps \u2022 if\u2019illait faiblement au milieu des grandes désignasses d\u2019ombre projetées par les hautes mmoires de chêne, un homme se tenait lip] ; , embout et immobile.s Sartilly marcha droit à lui demanda: -Qui êtes-vous et qiie venez-vous faire i?urço 1H jMp\t\u2022 : .L\u2019homme, au lieu de répondre fit un as en avant et dit d\u2019une voix douce: \u2022I\u2014C\u2019est moi, monsieur le vicomte.-Jottrat! s\u2019écria Sartilly.Quoi! c\u2019est anus ! vous que je croyais mort, assassiné ar ces misérables.\u2014 Non, monsieur le vicomte, ils n\u2019ont as réussi à me tuer, quoiqu\u2019ils aient essaie, je vous assure.Je me suis sauvé par | iracle ou plutôt on m\u2019a sauvé; mais c« l\u2019est pas de moi qu\u2019il s\u2019agit.Mademoi- Ile de Mensignac court un grand danger dès que j\u2019ai appris votre retour de tormandie, j\u2019ai couru chez vous.-Mon retour de Normandie! vous sa- secoiii Ailles li® t-iienseï ' Qnandj elle refus \u2022ai,jamais 111.('OstwHj ou atten -ri S| ez donc que j\u2019y étais allé ?d sortit a reilleepsfl \u2014je saps tout, monsieur le vicomte, par nécessité et par état; je sais que vous a-iedeemz faj]]i périr et que vous rapportez la imtune du marquis de Mensignac, qui de- t endra bientôt la dot de la vicomtesse de aiiflt'qiartilly.Je sais même que Dieu s\u2019est char-w I & d\u2019une partie de notre vengeance que i\\üle lis® oreff est mort dans la grève de Tombe-elioses ®,ine.Jlle'11» Sartilly entendit ce discours avec une ois While stupéfaction qu\u2019il ne trouva pas de A que-paroles pour demander à Jottrat comment I était si bien informé.-Mais il y a une chose que j\u2019ignore, cmHfeprit gravement l\u2019agent de police, itreràfl Le vicomte interrogea des yeux et du [e yic-offlîfrreste.l2îeFi§ \u2014 Je ne sais si j\u2019arrive à temps pour [U#{ rrêter l\u2019oeuvre infâme qui s\u2019accomplit ]g,ils%ans cet hôtel depuis trois mois.J\u2019ai été mtqrjeverti trop tard, et d\u2019ailleurs je ne pouvais pas agir sans vous.\u2014Oui, il est encore temps, s\u2019écria Sartil-«/; oui, car j\u2019ai surpris l\u2019empoisonneuse et ;C()jk1\u2018Vai supprimé le poison.Jeanne vivra, et liant aux misérables qui ont voulu la Jer.\u201clier.jjl&w \u2014 Leur châtiment me regarde, monsieur le vicomte, et à l\u2019heure où je vous par-rjüùm, je n\u2019ai plus qu\u2019un ordre à donner pour I vrer tous les coupables à la justice.\u2014 Tous! c\u2019est impossible, car l\u2019horrible emme qui apportait la mort chaque nuit ient de m\u2019échapper.Elle a disparu ici, à ette place où nous sommes après m\u2019avoir dit son nom et montré son visage : elle m\u2019a jeté en partant la menace dei déshonorer le nom Mensignac, et ajouta Sartilly en baissant la voix, et.je crains qu\u2019elle ne possède de terribles secrets.Si le vicomte en parlant, avait regardé l\u2019agent de police, il aurait lu dans ses yeux la justification de Roger.\u2014 La femme dont vous parlez, dit froidement Jottrat porte le nom du scélérat que vous avez vu mourrir, elle a pris part à tous ses crimes et de tous les secrets qu\u2019elle possède je vous je vous jure qu\u2019il n\u2019en est pas un seul dont l\u2019honneur de la maison de Mensignac ait à souffrir.\u2014 Ah je vous crois maintenant, et je me maudis d\u2019avoir laissé fuir l\u2019empoisonneuse.\u2014 Monsieur le vicomte, j\u2019ai déjà eu l\u2019honneur de vous dire que je me chargeais de punir tous les coupables.La femme au manteau rouge a pu s\u2019évanouir dans cette galerie comme un fantôme, mais qui versent du poison ne restent pas longtemps invisibles et je sais où saisir demain matin la digne compagne de No-reff.\u2014 Dieu est juste ! murmura Sartilly.\u2014 Oui, continua l\u2019agent, oui, demain, nous serons vengés; demain, je leur ferai payer les dix-huit années de tortures que j\u2019ai souffertes depuis qu \u2019ils m\u2019ont pris mon fils.Mais il me les faut tous, et je viens chercher ici la complice de l\u2019empoisonneuse.\t, \u2014 L\u2019anglaise! ah! celle-là ne vous é-chappera pias.Elle est déjà prisonnière dans sa chahmbre.\u2014 Pardon, monsieur le vicomte, pardon de me laisser emporter ainsi.J\u2019oublie que je suis venu ici pour accomplir un devoir et pour tenir un serment.Demain, à pareille heure, je l\u2019espère, j\u2019aurai rempli ma tâche et je serai délié de ma promesse.Cette nuit je ne puis que vous supplier d\u2019avoir confiance en moi, de me faire amener Georgina Fassit, et de me permettre de lui parler seul.\u2014Quoi! ici?\u2014 Ici même, et je vous réponds que je l\u2019empêcherai de passer à travers les murs, Je sais des paroles pour rompre le charme qui protège les fantômes.\u2014Je vous crois, et d\u2019ailleurs, si je n\u2019assiste pas à l\u2019entrevue, je ne serai pas loin-de la bibliothèque ; si vous aviez besoin de moi, vous n\u2019auriez qu\u2019à m\u2019appeler.\u2014L\u2019entretien sera très-court, mais il importe de ne pas le différer.Il ne me restera pas trop de temps pour agir ailleurs quand j\u2019aurai interrogé miss Georgina.\u2014 Je vais la chercher dit Sartilly.L\u2019agent de police, resté seul, se mit à se promener à grands pas.L\u2019animation que son entretien avec le vicomte avait vêL pandue sur son visage venait de s\u2019effacer tout à coup pour faire place à un air d\u2019accablement profond.Cet homme qui venait d\u2019annoncer avec tant d\u2019autorité le châtiment prochain des complices de Noreff, se laissait aller maintenant à des gestes désespérés et prononçait des phrases sans suite.\u2014 Mon fils! mon enfant! je ne le retrouverai pas lui, répétait-il d\u2019une voix sourde.Qu\u2019en ont-ils fait, les misérables?Et il s\u2019arrêtait, sombre, menaçant perdu dans ses pensées.Un faible bruit lui fit tourner la tête, une femme venait d\u2019entrer.Il s\u2019était ins-tinctevement rapproché de la lampe.Pour interroger l\u2019Anglaise, il voulait la mettre en pleine lumière.Elle semblait du reste chercher aussi la clarté, car elle marcha droit à l\u2019homme qui ne pouvait être qu\u2019un ennemi, et, quand elle fut debout devant lui, la tête haute et la main appuyée sur la table, elle dit d\u2019un ton sec: \u2014- Pour quel motif vous permettez-vous de me faire appeler?La voix de miss Georgina fit bondir Jottrat comme s\u2019il eût été frappé d\u2019une commotion électrique.Il fit un pas en avant, avança son visage jusqu\u2019à toucher presque celui de l\u2019Anglaise, et poussa un cri de surprise et de colère.Il venait de la re-connaitre et le véritable nom de cette femme s\u2019échappa de ses lèvres.\u2014 Suzanne! cria-t-il.L\u2019Anglaise recula comme si elle eût marché sur un serpent, Ses yeux brillaient dans l\u2019ombre et s\u2019attachaient à la figure de police avec une fixité pénétrante.Elle ne le reconnaissait pas.\u2014Je vous retrouve donc enfin! dit entre ses dents Jottrat.\u2014 Cessez cette plaisanterie, répliqua miss Georgina, Je ne vous ai jamais vu et je suis peu curieuse d\u2019éclaircir la ridicule méprise qui vous amène ici.Elle lui tourna le dos et se dirigea vers la porte.\u2014Je vais rappeler vos souvenirs, reprit l\u2019agent avec amertume.Nous noud\\somme» quittés au Havre, le 24 mai 1830.Cette simple phrase produisit sur l\u2019Anglaise un effet prodigieux, Elle se retourna comme une lionne blessée courut à Jottrat et le regarda bien en face.\u2014 Louis ! murmura-t-elle d\u2019une voix si basse qu\u2019on l\u2019entendait à peine; les morts reviennent donc!\ti \u2014 Je comprends qu\u2019après dix-sept ans vous ayez oubliée mon visage ; mais je vous ai reconnue, moi; vos crimes ne vous ont pas changée.\u2014C\u2019est bien, je vous reconnais aussi: vous êtes Louis Jottrat, et j\u2019ai eu le malheur de vous épouser autrefois.Que me voulez-vous ?Il y eut un moment de silence.L\u2019agent courbait douloureusement la tête devant cet excès d\u2019audace, et un observateur aurait pu lire sur ses traits contractés les agitations de son coeur.En revoyant la femme qu\u2019il avait tant aimée, il s\u2019était raidi coptre le souvenir d\u2019une passion mal éteinte, et il avait été dur parce qu \u2019il craignait d\u2019être faible.Il avait peur que Suzanne ne lui demandât grace en lui parlant du passé: elle lui jetait une insulte et un défi.Cette monstrueuse impudence lui rendit sen sang-froid et son énergie.\u2014 Ce que je veux?reprit-il d\u2019une voix qui ne tremblait plus, je vais vous le dire.Je venais ici pour arrêter la complice d\u2019une empoisonneuse.Je savais que dans l\u2019hôtel de Mensignac, une créature infâme s\u2019était chargée d\u2019assurer le succcès d\u2019une trame dont je connaissais les auteurs.Le visage de l\u2019Anglaise était resté d
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