Le samedi, 1 août 1912, samedi 3 août 1912
[" \\ Dans le procliuin No nous commencerons un nouveau roman.J&î&a/msdi MONTREAL, 3 AOUT 1912.VOL.XXIV, NUMERO 8 Journal Illustré Hebdomadaire Le Numéro 5 cts UN GltACliOUX T1UO l ¦BMI isîSKÿîïïæJ l '¦ üü fMÏ mtrnimm* 5520 il LE SAMEDI La RBVUEPOPULftIRE /¦ 'SO.Actinie Coijuillc de Buccin Appendice* du IJan.tt d A'cvnuU Ermite La Pagures \\ .:r V-j\t\u2014»\u2014¦' \u2022t./T e ' t-'ïM \u2019 V.\tJMéb\u2019fe VaEL's.m mm Vous vous amuserez au récit des aventures véridiques de fondateurs d\u2019enepires chimériques tels .que le Roi de la Lune; vous lirez une humoristique nouvelle de Rudyard Kipling et des articles documentés sur la manière de compter des sauvages, les animaux bizarres, les grandes pêches en mer.Si vous aimez les cartes vous apprendrez un tour intéressant et .peu connu et si vous avez une petite fille vous lui lirez un article sur les poupées qui fera sa joie; etc., etc.Bref, il y en a pour tous les âges et pour tous les goûts dans ce numéro très varié qui com.prend en outre trois romans; un breton, un canadien et un californien.Réolamez-tle sans tarder â votre dépositaire ou aux Editeurs-pro priétaires, POIRER, BESSETTE & CIE, 200, Bld St-Laurent, Montréal.Vipère péliade.Vipère aspic «train 1» Couli1 LA REVUE POPULAIRE POIRIER, BESSETTE et CIE, Edit.-prop., 200, Boul.St-Laurent.Coupon d\u2019abonnement Veuillez trouver ci-inclus $1.00 pour un an.50 cents pour 6 mois d\u2019abonnement fl la Revue Populaire.Nom .M., Mme ou Mlle (Bien spécifier votre qualité).Rue.Localité.Rayer les umts nuis suivant l\u2019abonnement que vous déviiez.écrivez lisiblement votre nom et résidence et envoyez il l\u2019adresse ci-dessus.ITno Huppe et son nid Gravures extraites du No d\u2019Août de la \u201cRevue Populaire\u201d. Montréal, 3 Août 1912.LE SAMEDI ABONNEMENT (Payable d\u2019avance) Canada et Etats-Unis Six Mois .\t$1.25 Un An.2.50 Montréal et Europe Un An.$3.50 Six Mois.1.75 (Fondé en 1889) 3k $wrmdi JOURNAL ILLUSTRE HEBDOMADAIRE Organe du Foyer Domestique PRX DU NUMERO : 5 cts U.S., as second class HEURES DE BUREAU: De 8.40 a.m., à 5.45 p.m., tous les jours, excepté le samedi, de 8.30 a.m., à midi.\t- Tarif d\u2019annonce fourni sur demande.POIRIER, BESSETTE & Cie, Tel.Main 2680 Propriétaires, 200, Boni.St-Laurent, Montréal.matter under Act of March 3rd 1879.Entered March 23rd 1908 at the Post Office of St.Albans, Vt., CARNET EDITORIAL S\u2019IL est un signe d\u2019une incontestable utilité, c\u2019est assurément le point d\u2019interrogation.11 ne se passe guère de jour, en vérité, sans qu\u2019il présente à notre esprit sa petite silhouette noire et crochue.C\u2019est à propos du temps qu\u2019il fera demain, ou bien de la réponse attendue à une demande de rendez-vous adressée à celle qui fait faire toc-toc à notre coeur; c\u2019est au sujet peut-être d\u2019un rêve de gloire conçu dans un moment d\u2019enthousiasme ou, plus prosaïquement, il accompagne le doute qui nous saisit au restaurant devant un civet de lièvre lequel hurlait peut-être une complainte à la lune sur notre toit la nuit précédente.Bref, le point d\u2019interrogation est un compagnon tenace qui no nous lâche dans aucune circonstance et apparaît plus mystérieux et angoissant que jamais lorsqu\u2019il se dresse sur la tête d\u2019un bébé.Cela commence déjà avant que le bébé ne soit venu égayer la famille.Sera-ce un gros garçon joufflu oubien une petite demoiselle?\u2014Point d'interrogation?Un blond ou une brune?\u201cRepoint.\u201d Et cela continue ainsi jusqu \u2019au jour où l\u2019on est définitivement fixé.et content.Ce n\u2019est pas fini cependant! Cela ne fait au contraire que commencer; que sera Bébé plus tard?La mine des points d'interrogation est loin d\u2019être épuisée et la preuve en est que le jeune espoir de la famille y puise largement lui-même pour satisfaire sa curiosité sans cesse grandissante.Il veut toucher tout ce qu\u2019il aperçoit et lorsqu\u2019il commence à causer, il en demande le nom et l\u2019utilité; il faut renseigner Bébé sur tout, se transformer en une véritable encyclopédie aussi complète que souvent fantaisiste car Bébé pose parfois avec ingénuité des questions terriblement ardues.En un mot c\u2019est un véritable point d\u2019interrogation vivant auquel il n\u2019est pas toujours facile de répondre.L\u2019enfant perçeoit.en effet, le monde extérieur tout autrement (pie nous; l\u2019influence magique de l\u2019imagination sur les sens lui fait enrichir les objets de propriétés que nous ne leur connaissons pas comme, d\u2019autre part, sa sensibilité et son innocence lui font faire les réflexions les plus inattendues.Il semble ainsi, aux enfants, que tous les êtres vivants, qui d\u2019abord grandissent comme eux, doivent, à la fin de leur vie, redevenir tout petits.Un bébé de trois ans déclarait un jour à sa mère: \u201cLorsque je serai une grande fille et toi une petite fille, je te fouetterai comme tu viens de me fouetter.\u201d Un petit.garçon disait: \u201cQuand je serai grand et que tu seras petite, je te porterai à mon tour, je t\u2019habillerai, je te mettrai au lit\u201d.En vérité, l\u2019on pourrait croire qu\u2019il y a dans l\u2019enfant une intuition profonde de l\u2019avenir: ce qui vient du néant y retourne.Il y a.tout au moins, une manière toute particulière de comprendre les choses et de les ressentir.L\u2019enfant ne se fait pas du \u201cbeau\u201d l\u2019idée que nous nous en faisons, mais il sait quand même voir les choses par un côté original qui l\u2019a frappé.Tl aime, par exemple, de voir réunir les couleurs qui lui plaisent séparées mais il ne saura pas juger l\u2019effet artistique de la combinaison; tout ensemble harmonieux de parties variées et pittoresques est pour lui sans charme; les paysages, notamment, le laisseront indifférent.jusqu\u2019à ce qu\u2019un détail typique vienne éveiller son imagination.\u2014Te souviens-tu, disait-on à l\u2019un d\u2019eux, du beau village où nous sommes allés l\u2019an dernier?\u2014Oh oui! répondit le marmot, je m\u2019y suis bien amusé à jeter des pierres aux petits cochons de mou oncle! Un autre admire une montagne; il justifie son enthousiasme eu constatant qu\u2019elle est plus grande que sa maison.Un troisième, petit garçon de quatre ans, déjà galant, fait à la servante cette flatteuse déclaration: \u201cToi je t\u2019aime bien parce que tu es jolie: tu as un gros nez rouge!\u201d Certains enfants, cependant, sont moins superficiels; il en est qui ont d'ans un très jeune âge, une faculté de comprendre réellement extraordinaire, mais le fait est rare.Quelques faits sont curieux à citer.On a souvent rappelé, entre autres que Mozart, à l\u2019âge de 14 ans.nota de mémoire, l\u2019ayant entendu une seule fois à la chapelle Sixtine, le \u201c.Miserere\u201d d'Allegri dont il était rigoureusement défendu de donner copie ; Royer cite le cas d'un enfant de quatorze mois qui montait régulièrement la gamme en chantant; le fils du compositeur Dvorack chantait a un an et demi des mélodies de son père que celui-ci accompagnait au piano, mais ces enfants sont des exceptions et l\u2019imagination seule n'a plus rien à voir en ces cas et il n\u2019en faudrait pas en conclure, parce qu\u2019un enfant aime bien à pousser des cris perçants faisant la joie des parents, mais la terreur des voisins.que cet enfant sera, plus tard, un ténor distingué.L\u2019Espoir de la Famille.Il y a principalement dans l\u2019esprit de l\u2019enfant, un grand désir d\u2019imiter et de posséder; là, encore, son imagination lui vient bien mi aide.Le petit garçon voudrait déjà être un homme; il n\u2019est, en conséquence, jamais si joyeux que lorsqu\u2019il s\u2019affuble du chapeau de son père, il se trouve très beau et surtout très fier d\u2019être, tout d\u2019un coup \u201cdevenu si grand\u201d.A défaut de la réalité, la fiction le contente, s\u2019il ne peut avoir une chose, il se persuade qu\u2019il l\u2019a et il est, en cela, plus sage que bien des hommes.Voyez un enfant solitaire; il saura bien se créer une compagnie fictive: chaises, canapés, fauteuils, deviennent, à ses yeux voilures, chemins de fer et bateaux.La petite fille aura, pour un informe morceau de bois, un amour presque maternel ; elle en fera une poupée de prédilection (pie les objets mécaniques les plus perfectionnés ne feront jamais dédaigner.C\u2019est \u201csa\u201d poupée, créée de rien avec les efforts de son imagination et par conséquent d\u2019autant plus chère.Que d\u2019étonnant, devant cela, qu\u2019un auteur ait dit: \u201cIl y a plus de poésie dans la cervellle de ces chers amours que dans vingt poèmes épiques!\u201d Avons-nous donc tous été poètes alors que nous ne nous en doutions pas, pour cesser bientôt et à jamais de l\u2019être, sauf quelques rares élus?Point d\u2019interrogation ! Fernand de Verneuil. 4 (.« LE SAMEDI MO COEl'K ET LA MAIN e-v Qu\u2019osl-ce que tu viens donc faire uvue tu tirelire?Te souliaiter la fête, grand-papa.pkovekre \\ i; \\ i i j / Vois-tu.mou vieux, ee qui me manque c'e.sl le temps.Pourquoi dis-tu eelaV \u2022l\u2019arec i|uc le temps e\u2019est de l'argent.MOS ( 'U.VSIOI lililOt US 1\u2014il \u2014,\u201e 11, Le camarade, (-qui est en arrière).- Avariée done, .1 os, et n'aie pas peur! Tu n\u2019as qa'à lui passer ta corde autour du cou et quand tu l'auras \u201cpogné\u201d, je t'aidera à l'en.mener.VOCATION MANQUEE Un éléphant Très bon enfant Et d\u2019humeur quelque peu distraite, Se promenait un jour au coucher du so- [leil, Quand il vit à ses pieds, dans un rayon [vermeil, L\u2019humble logis d\u2019une alouette; \u201cOh! fit-il, s\u2019approchant, les jolis petits [oeufs ! Mais, de près ni de loin, nul qui prenne [soin d\u2019eux.Ses parents, j\u2019en ai peur, sont défunts [tous les deux.Que vont-ils devenir en ce péril extrême?Pauvres abandonnés!.je veux, tant je [les aime, Leur tenir lieu de mère et les couver moi- [même.\u201d Il se tut, suffoqué par l\u2019attendrissement.Fit demi-tour à gauche, et sur le nid char- [mant S\u2019assit, tout doucement.MOKA LE : On peut être un grand philosophe, L\u2019ornement d\u2019un barreau, la gloire d\u2019un [sénat, Opulent, charitable et n\u2019avoir pas l\u2019étoffe D'un directeur d\u2019orphelinat.-o- I.NSCKII\u2019TIO.N AlTIIEXTiyi\u2019E l'nc amusante aventure est récemment arrivée au savant 'Charles Weiss, à Paris.Il reçut une lettre où île correspondant lui disait avoir déchiffré sur da margelle d\u2019un puits très ancien les lettres suivantes, à demi effacées, et qu'il le ipriait de vouloir bien lui expliquer.il K S 1-1 II V O I H Gravement, Weiss se mit à l'oeuvre, et.après un mois de réflexion, répondit que c\u2019était ,lît une inscription latine, à n\u2019en pas douter, dont le sens devrait être: \u201cRESpublica ERigere VOluit ad lRrJgardum.\u201d Peu après, nouvelle missive du correspondant, apprenant au savant qu\u2019il s\u2019était trompé et que l\u2019adjoint de la commune avait découvert là la farce d'un mauvais plaisant.Les lettres mystérieuses signifiaient simplement: RESERVOIR.ET ELLE?-\u2014-Il y a tout de même des gens qui s'occupent trop de ce -qui lie les regarde pas! Madame ne se doute .pas que je la vois par le trou de la serrure en train do décacheter les lettres de monsieur.JAMAIS CONTENT! Pourquoi pleures-tu, Itébé?\u201411i.Ili! Tous mes frères ont des vacances et moi j'en ai pv>! \u2014-(Pourquoi cela?\u2014Je ne vais pas encore à l\u2019école.GARE A LA PRONONCIATION ! hvl o L'anglais, (qui a bon appétit).\u2014J\u2019ai une faim énorme (il prononce \"fame énorme.\") La serveuse.\u2014Vraiment, m'sieu?.Mais votre femme, ce n\u2019est lias -mon affaire! AVENTURES DES TROIS NAINS [CANinJ CJrinl CflivDT I Comme nos trois nains faisaient une petite promenade, ils entendirent une jolie jeune lillo 11 no faut jamais désespérer de quoi que ce soit.Telle chose qui nous apparaît comme un surcroît de malheur est parfois, au contraire, le commencement d'un meilleur temps, G> (Lorsque vous voyez un homme s'installer dans le fauteuil du dentiste avec le même sourire que dans sa chaise herceu.se et les yeux (dos pour (mieux savourer sa béatitude, vous pouvez parier IIP contre un que c\u2019est un poète.O ir\" \u2022 Avcz-v< lis donné la sonpi' à |('i7 >/* expédiés deux étaient écoulés.L\u2019un de ces deux volumes avait été acheté par une dame qui portait le nom de Mme veuve Ilerbault.L\u2019autre était devenu la propriété d\u2019un clerc de notaire.Le poète Daniel ne regarda même pas le nom du clerc, puisque c\u2019était exclusivement de son acheteuse qu\u2019il avait souci.Son imagination se mit tout de suite en campagne.Une femme capable djadheter ses livres et de les aimer, ne pouvait être qu\u2019une créature supérieure,, digne en tout point de l\u2019amour d\u2019un poète.\u2014Si j\u2019allais à Ribérac.par simple curiosité?\u2014dit-il un soir à l\u2019un de ses amis Celui-ci, qui avait de l\u2019esprit, se moqua de lui.L\u2019affaire en était là, quand il reçut de Ribérac, avec une troisième missive, un manuscrit.C\u2019étaient des confidences poétiques de Mme J.11.avec prière de lire et de corriger.La déception du poète Daniel fut cruelle.La mystérieuse veuve lui était apparue jusqu\u2019ici sous la figure séduisante d\u2019une lectrice éprise de lui et de ses talents.L\u2019envoi de ce manuscrit la transformait subitement en un vulgaire Bas-Bleu d\u2019une petite ville.Quelle déchéance! Encore, si les vers de Mme J.II.eussent valu quelque chose! Mais non.Ils étaient d\u2019une médiocrité désolante.Daniel furieux lança le manuscrit dans un coin de son cabinet de travail, avec l\u2019intention formelle de ne pas s\u2019en occuper.Mais il avait compté sans la ténacité d'une Sapho de Province qui attend avec impatience l\u2019heure de sa première publication .Mme J.11., en adressant sa copie à Daniel, priait celui-ci de vouloir bien la lui retourner dans un mois, date extrême.Elle lui \u2019\t' comme adresse les mê- mes initiales J.IL, poste restante.Six semaines s\u2019écoulèrent.Mme J.IL, ne recevant aucune nouvelle de son manuscrit, revint à la rescousse.dette fois, la traîtresse eût recours aux grands moyens.Elle joignit à sa supplique son portrait-carte.Daniel n\u2019eût pas plutôt jeté les regards sur ce portrait, (pie les remèdes envahirent son coeur.Certes, les vers (le Mme .1,11.méritaient les rigueurs de la critique.Mais blanches et 7 rouges), et des 4(i étoiles blanches sur fond bleu: Nous prenons l\u2019étoile au ciel, le rouge à notre, mère patrie (l\u2019Angleterre); nous l\u2019avons divisé par des raies blanches, montrant ainsi que nous nous sommes séparés d\u2019elle: ces bandes blanches passeront à la postérité comme symbole de la liberté.S\u2019il va 13 bandes, c\u2019est qu\u2019à l\u2019origine il yavait 13 états unis.A cette époque (1777), il n\u2019v avait aussi que 13 étoiles blanches, mais cette nouvelle constellation s\u2019est enrichie au fur et à mesure de l\u2019accroissement de la jeune république.Les premiers drapeaux qui aient flotté en Amérique, d'après la monographie officielle, sont ceux (pu* Colomb apporta à San Salvador, le 12 octobre 14112.Ce n\u2019est qu\u2019en 177(1 que le Congrès des premiers Etats-Unis décida de prendre un emblème national.La légende veut qu\u2019un comité, présidé par (leorge Washington, soit venu trouver une jeune veuve, Betsy Ross, dans sa boutique de tapisserie de Philadelphie.et lui ait demandé de faire un modèle de drapeau ; ils lui suggérèrent de combiner les raies et les étoiles symboliques.Elle lit le projet, en conseillant toutefois l\u2019emploi des étoiles symboliques, et l\u2019emploi des étoiles à cinq branches \u201cparce qu\u2019on peut les découper d'un seul coup de ciseaux\u2019' et le Congrès le ratifia.En reconnaissance, la maison de Betsy Ross a été achetée par un comité patriotique et est soigneusement conservée.ESPRIT PRATIQUE Lui.\u2014Oh, chérie! quand je suis auprès de vous.1\u2019univers no compte (tins pour moi, j\u2019oublie tout ! Elle.- -Tâchez au moins de ne pas oublier (pie vous m\u2019avez promis une bague.-o- Bouche qui rit montre les dents.I X JHU «M I l'TMT MAL 1 Voici deux ip-etiits gaillards qui -pensent Lien s'amuser en caohant un bassin d'eau sous ce tapis afin de faire marcher dans l\u2019eau ceux qui passeront.mm 2 'Précisément un beau monsieur arrive; nos deux malins s\u2019amusent déjà d\u2019avance de sa surprise.3 iXIais ils n'avaient -pas -réfléchi à ce qui allait arriver et ce -furent eux qui furent copieusement arrosés.I Ils n\u2019avaient plus qu\u2019une chose à fai re: se sécher au soleil, ce qui fut, il est vrai, tôt fait par ce temps-ci.7^07 10 LE SAMEDI LA PRECAUTION UNE PREUVE CONVAINCANTE Elle.\u2014Voi(\u2018i doux jours seulement que nous sommes mariés et vous empruntez déjà $10 à mon frère! Cependant on vous disait riche ! Lui.\u2014Ma chère amie, je le suis en effet, mais, c\u2019est afin de faire croire tout le contraire à votre frère, comme cela, il ne cherchera pas lui-même à m\u2019emprunter de l\u2019argent.LES SOIREES AMUSANTES Un invité.-Dites donc, ce que l\u2019on s\u2019embête ici, surtout à écouter cette grande sauterelle qui chante comme une porte mal graissée ! Son voisin.\u2014Ah! je suis bien de votre avis.L\u2019invité.\u2014Allons-nous-en, alors, venez-vous?Le voisin.\u2014Je voudrais bien, mais je ne peux pas, je suis le maître de la maison et la grande sauterelle c\u2019est ma femme.PRESENCE D\u2019ESPRIT Lui.(tout bas).\u2014J\u2019entends toil père qui vient; faut-il tourner le gaz pour remonter la lumière?Mlle.\u2014Non.Tourne le pour l\u2019éteindre tout-à-fait.Le juge.\u2014Enfin, cette dame prétend que le $5.00 en or que vous avez ramassé à terre lui appartient; d\u2019autre part, vous dites que c\u2019était vous qui l\u2019aviez perdu, donnez-m\u2019en la preuve.Le tramp.\u2014C\u2019est facile à prouver, votre Honneur, voyez, il y a un trou à ma poche! LE PLUS SATISFAIT \u2014Quel est le plus satisfait, de celui qui possède un million ou de celui qui a une douzaine d\u2019enfants?\u2014Sûrement celui qui a un million! \u2014Erreur; car celui-là eu voudrait encore un autre tandis que celui qui a douze enfants n\u2019en demande plus d\u2019autres.INQUIETUDE FLATTEUSE dos.\u2014Est-ce que je ne vous ai lias demandée en mariage, hier soir, Mlle Clarisse?Clarisse.\u2014Mais non; pourquoi me dites-vous cela?dos.\u2014< ! \u2019est parce qu\u2019hier j\u2019avais bien soupe an Champagne et, vous savez, quand je suis un peu en fête, je fais les pires idioties sans m\u2019en souvenir le lendemain! LES TRIBULATIONS DE SUZE1TE J voudrais bien voir ce s burasoli là a la mode l'an Unt enlisés dans le tourbillon.Une austère psalmodie, arrivant par bouff ées du dédale des ruelles, dominait par instants la houle populaire, dont les Ilots déferlaient de toutes parts.Puis les voix pieuses devinrent plus distinctes, la toule se tassa dans une immobilité silencieuse et les tetes sc découvrirent au moment où débouchèrent les hallebardiers royaux, précédant la procession solennelle de la confrérie des Pénitents blancs, dans laquelle Henri III venait de se faire recevoir, en même temps que Catherine de Médieis, sa mère, entrait dans celles des Pénitents noirs.78 14 LE SAMEDI Le cortège passa lentement, à travers la foule pressée, ébouie par les chatoiements des ri SL es bannières, par les éclairs des encensoirs et les feux d\u2019or des hautes croix.Derrière les longues files de pénitents venait leur auguste confrère, vêtu de 1 \u2019«humble robe blanche et suivi des princes et seigneurs : Henri, roi de Navarre ; le duc d\u2019Alençon, frère du roi ; Henri de Lorra ne, due de Guise, grand maître de France ; Jacques Amyot.évoque d Auxer re, grand-aumônier ; Kent' de Birague, chancelier, garde des sceaux ; Philippe de Sortzzi, colonel général île 1 infanterie française ; Léonin* tic i habot, comte de Charily, grand-écuyer ; A ri us de Cosse, comte de Secondigné, maréchal et grand-panelier de France ; Charles de Cossé, comte de Brissac, grand-lauconnier *, François de YiLiers, seigneur de ( bail.y, grand-louvetier, et il autres officiers de la couronne.A la tète des geulilshounnes et des citoyens d\u2019Avignon marchaient K cliard de Pérussis, viguier île la ville : Melchior de Galléan, seigneur des Issarls, jiremier consul ; Gérard de Sannazar, primicier de l\u2019Uirversité ; François de Saint-Geniès.auditeur de la Rote.Puis venait, avec le vénérable chapitre de l\u2019église métropolitaine de NotrcDame-des-Dons en étincelantes chasubles, Mgr Dominique Grimaldi, archevêque d\u2019Avignon, vice-légat de Sa Sainteté.L\u2019interminable et splendide cortège était fermé par la garde bourgeoise et par une forte colonne de gens d\u2019armes, commandés par don Marc Martinongo,.comte de Vülachiara.général des troupes pontificales.Fleur-de-Lis, avec autant de curiosité que d\u2019émotion, avait observé les traits recueillis d\u2019Henri III ; elle avait conclu qu\u2019elle pouvait tout espérer de la démence d\u2019un prince qui ne craignait pas d\u2019humilier publiquement son front, ceint d\u2019un double diadème, devant l\u2019impérissable majesté du Roi des rois.L\u2019hôtellerie du \u201cGrand-Saint-Agricol\u201d était le rendez-vous de la noblesse : ce fut là que descendit Fleur-de-Lis ; ce fut la qu\u2019elle essuya sa première déception ; car Fifrelin apprit d\u2019un gentilhomme du pays, Gharles de Forlia, que le roi.très irrité, avait juré de faire un exemple en frappant la rébellion à la tête.\u2014Les deux Montbrun, dit-il.sans «e douter qu\u2019il poignarda t son interlocuteur, sont d\u2019ores et déjà condamnés.Ils ne pourraient être sauvés que par une très puissante intervention; mais qui voudrait intervenir en leur faveur?.Fifrel\u2019n rapporta ces tristes paroles à Fleur-de-Lis, qu\u2019elles tirent frissonner de douleur et d\u2019effroi.\u2014Une très-puissante intervention!.répéta la pauvre fiancée en réfléchissant.Unis, soudain, comme prenant une réso-lution héroïque, elle dit avec une amination étrange : \u2014Mon Dieu, c\u2019est vous qui daignez m\u2019inspirer ; protégez-moi, protégez-nous! Tl n\u2019y a pas un instant à perdre, et Raymond ne peut être sauvé que par une hau- te intercession ; je n\u2019ai pas le droit d\u2019hésiter, quoi qu\u2019il m\u2019en coûte !.Alors elle écrivit cette lettre : \u2018\u2018 Que Votre Altesse me fasse la grâce de m\u2019entendre sans aucun retardement.Je connais son grand coeur, et je sais que je ne ferai pas vainement appel à la générosité du digne fils du noble prince qui disait à son meurtrier : \u201c La religion me commande de te pardonner ! \u201d \u201c FLilUR-DE-LTS ALLEMAN.\u201d Fifrelin sort, emportant la lettre de sa '\u201cpetite soeur,\u201d et, moins d\u2019une heure après, l\u2019hôtellerie du \u201cGrand-Saint-Agricol\u201d est en belle rumeur : dans sa cour, le duc de Gu:se vient de mettre pied à terre.Fleur-de-Lis tressaille en entendant le piaffement des chevaux.Seigneur mon Dieu, murmure-t-elle dans un sourire d\u2019espérance, soyez mon guide et mon secours! Conduit par Fifrelin, le prince est bientôt en présence de la belle jeune tille, et, sans chercher à maîtriser son émotion : \u2014Madame, dit-il, j\u2019accours à votre ap-pol, respectueusement reconnaissant de l\u2019honneur que vous avez bien voulu me faire.11 est pâle, parlant comme avec effort, et son regard trahit le trouble de son coeur.\u2014Monseigneur, répond Fleurde.-Lis, je rends grâces à Votre Altesse de son.courtois empressement.J\u2019ai besoin de sa protection, et je l\u2019implore avec confiance.-\u2014Il n\u2019est rien au monde, rien, répète le due de Guise d\u2019un ton significatif, que je ne tente pour mériter votn estime.\u2014Je n\u2019attendais pas moins de votre générosité.\u2014Dites, madame; si c\u2019est possible, c\u2019est fait ; si c\u2019est impossible, cela se fera.\u2014Un homme vous a gravement outragé, monseigneur ; vous lui avez pardonné, vous lui avez laissé la vie pii faut qu il vous la doive une seconde fo;s, car cet homme est mon fiancé.\u2014Raymond du Puyl.s\u2019écrie Henri de Lorraine en devenant plus pâle encore.\u2014Oui!.Soyez son sauveur, et jamais le digne tils de Guise n\u2019aura remporté de plus magnanime victoire! \u2014C\u2019est bien l\u2019impossible que vous me demandez! dit le prince d\u2019une voix oppressée.\u2014Alors.cela se fera, monseigneur?\u2014Le roi, madame, vous l\u2019ignorez sans doute, est outré contre Montbrun et son frère./La gloire des rois est surtout faite de clémence.\u2014La clémence envers les rebelles incôr-rig blés peut être une irréparable faute.\u2014Le rebelle pour qui j\u2019intercède est, depuis longtemps, dans la voie du repentir.\u2014Et vous voulez que ce soit moi qui fasse fléchir la justice du roi pour sauver.mon rival ?\u2014Je veux avoir une raison de plus de glorifier ce grand nom de Guise, que j\u2019ho- 79 nore déjà de toutes les forces de mon patriotisme et de ma foi.\u2014Vous êtes cruellement irrésistible, madame! dit Henri de Lorraine.avec une poignante amertume.\u2014L\u2019histoire vous magnifiera, monseigneur, à l\u2019égal de votre illustre pèi\u2019e, si c\u2019est à vos généreuses sollicitations que Montbrun et son frère doivent leur grâce.\u2014Quoi ! vous prétendez que je sollicite leur grâce, à tous les deux?\u2014Puis-je demander celle de Raymond du Puy sans demander celle de son frère?\u2014C\u2019est vrai! \u2014Le roi ne peut rien refuser au duc de Guise.\u2014J\u2019ai peur de ne savoir pas plaider une telle cause.\u2014Un Guise, avoir peur! \u2014Je tremble depuis que je suis devant vous.\u2014Je ne tremble plus, moi, parce que je sens que ma cause est gagnée.\u2014Auprès de moi, madame, mais pas encore auprès du roi ; vous plaît-il de venir chez Sa Majesté ?Deux avocats valent mieux qu\u2019un, et la beauté désarme aisément la colère.\u2014Je remercie de toute mon âme Votre Altesse, et je suis prête à suivre ses bienveillants avis.\u2014Vous êtes venue seule?\u2014Avec Fifrelin, que j\u2019aime comme un frère, et une escorte de loyaux gens d\u2019armes.\u2014Tl convient que vous soyez accompagnée par une dame pour vous présenter chez Sa Majesté.\u2014Mais.je ne connais personne ici.\u2014Je reçois l\u2019hospitalité chez messire Louis de Seytres, seigneur de Caumont, époux de Marguerite de Berton, soeur de M.de Grillon.Mme de Caumont esi une femme de grand coeur ; je suis certain qu\u2019elle ne me refusera pas de vous accompagner au château.Veuillez donc l\u2019attendre ; avant une heure, elle viendra vous chercher, et, si Dieu et le roi veulent, vous n\u2019aurez pas en vain compté sur mon humble dévouement.\u2014La noblesse de votre action ne me surprend jias, monseigneur, mais elle me touche profondément.Le duc de Guise s\u2019inclina respectueusement et se retira, le visage marqué d\u2019une virile résignation.Tout se passa comme il l\u2019avait indiqué; Mme de Caumont vint prendre Fleur-de-Lis, en la comblant de gracieuses prévenances et tie maternels encouragements.Il faudrait un livre pour décrire le palais des papes, immense et superbe labyrinthe de tours, de salles, de couloirs et d\u2019escaliers, le monument le plus vaste, et le plus complet dans son genre, qui nous soit resté du moyen âge.Henri III occupait le corps de logis auquel, dix ans avant, le cardinal d\u2019Armagnac, légat apostolique, avait apporté de somptueux embellissements.Quand le duc de Guise, après avoir pris les ordres de Sa Majesté, introduisit auprès d\u2019elle Fleur-de-Lis et Mme de Caumont, le fils bien-aimé'de Catherine, d\u2019une main égrenait un rosaire d\u2019or, et.de l\u2019au- i LE SAMEDI tre, caressait un grand lévrier de Pologne.Le roi se lève quand elles paraissent, et leur fait un accueil empreint de dignité, de bienveillance et de curiosité.Fleur-de-Lis, dont le coeur bat à se rompre, veut, suivant l\u2019étiquette du temps, se mettre à ses pieds, mais le royal gentilhomme l\u2019en empêche.Déjà séduit par l\u2019éblouissante beauté de la jeune fille, que fait ressortir encore le cadre sombre de sa robe de deuil, il lui dit avec une souveraine bonté : \u2014Mon cousin le duc de Guise vient de me parler de vous ; je sais avec quelle valeur et quelle fidélité vos pères ont servi les miens.Que puis-je pour vous?\u2014Sire, j\u2019implore de Votre Majesté le pardon de deux grands coupables.\u2014Vos parents?demande le roi d'un ton plein dindulgence.\u2014L\u2019un est mon fiancé ; l\u2019autre, le frère de mon fiancé.\u2014Sans doute, ils ont participé comme tant d\u2019autres Dauphinois, à la rébellion?\u2014Oui, Sire.\u2014Rassurez-vous, madame ; en dehors des deux principaux coupables, dont le châtiment est un exemple nécessaire, je ferai grâce à tous mes sujets égarés.\u2014Oserai-je demander au roi les noms de ces deux coupables?\u2014Ce sont les Chefs de la révolte, l\u2019insolent Montbrun et son frère, répond Henri III, en fronçant sévèrement les sourcils au ressouvenir des outrages du siège de Livron.\u2014Ah! Sire!.balbutie Fleur-de-Lis en joignant les mains dans l\u2019attitude do la supplient'on douloureuse.\u2014Quoi! madame, seraient\u2019ce là les deux rebelles.\u2014Raymond du PuyMontbrun est mon fiancé ! \u2014Vous, la fille des AUeman, la fiancée d\u2019un rebelle?\u2014Je ne serai la femme que d\u2019un gentilhomme fidèle à son Dieu et à son prince, dit fièrement Fleur-de-Lis.\u2014A la bonne heure ! \u2014Le repentir, je le sais, est entré dans l\u2019âme de Raymond.\u2014Depuis qu\u2019il est notre prisonnier ?dit Henri III d\u2019un ton nuancé de scepticisme.\u2014Non, Sire ; avant même cette bataille dans laquelle le comte de Gordes l\u2019a relevé couvert de blessures, Raymond sentait qu\u2019il n\u2019était pas dans la droite vo:e.\u2014Que ne la quittait-il?\u2014L\u2019affection fraternel'e l\u2019y retenait encore malgré son coeur et sa raison, mais je jure à Votre Majesté que, le lendemain même de la bataille de Sadlans, il devait abandonner les rangs des ennemis.\u2014Et moi, madame, le coeur me porterait à pardonner, mais la raison d\u2019Etat me l\u2019interdit.\u2014O Sire, je mourrai s\u2019il meurt!.Henri HT semble remué par l\u2019expression déch'rante de la belle jeune fille ; mais, se raidissant contre un mouvement généreux, il demeure silencieusement inflexible.Le duc de Guise comprend que son in-tervention devient nécessaire.-\u2014Sire, dit-il,'Votre Majesté n\u2019ignore J3 pas que j\u2019ai à prendre une revanche sur Raymond du Puy-Montbrun?\u2014En effet, ne vous a-til pas attaqué en pleine paix à main armée?\u2014Je supplie le roi de m\u2019accorder eette revanche.\u2014Parlez, mon cousin.\u2014Je me joins à sa noble fiancée pour demander respectueusement à Votre Majesté la grâce des deux frères.Fleur-de-Lis adresse à Henri de Lorraine un regard où se lisent la reconnaissance et l\u2019admiration ; puis, les mains levées, elle glisse aux pieds du roi, en criant du fond de son coeur .\u2014Grâce, Sire, grâce!.Le roi n\u2019est qu\u2019à demi vaincu.-\u2014-Relevez-vous, madame ! dit-il en prenant courtoisement les mains de la jeune fille éplorée.Puis se tournant vers le duc de Guise : \u2014Mon cousin, vous savez qu\u2019il ne nous est pas possible de gracier Montbrun ; d\u2019ailleurs, en ce qui le concerne, il convient d\u2019attendre la sentence du parlement ; mais, voulant vous donner une marque de notre singulière bienveillance, et reconnaître en même temps les loyaux et signalés services des Alleman, nous accordons sa grâce pleine et entière au moins coupable des deux frères, à Raymond du Puy.?I?La bénédiction nuptiale.Une cellule de vingt pieds carrés, aux murs blafards, sans autre ornement qu\u2019un grand crucifix grossièrement ) eint à la détrempe, et surmonté d\u2019une banderole portant ces mots : \u201cVenez à moy, vous qui pleurez!\u201d \u2014 au sol carrelé de losanges grisâtres, chargés en coeur d\u2019une fleur de lis noire ; \u2014 à la haute lucarne, armée d\u2019épais barreaux rouil\u2019és et versant, comme par pitié, le pâle rayon d\u2019une avare lunnère.Dans un des angles, à côté de la porte basse, étroite et massive, une espèce de lit de camp ; sur ce lit, un homme d\u2019une trentaine d\u2019années, aux traits d\u2019une beauté mâle et douloureuse : Raymond du Puy-Montbrun.Qui le verrait ainsi, dans eette immole-lité sépulcrale, pourrait croire que son âme a quitté son corps si.de temps en temps, ses yeux noirs, brillants de fièvre, irisés de larmes, ne se levaient du sol fleurdelisé vers la tendre légende du divin Cnicifié : \u201c Venez à moy, vous qui pleurez ! \u201d Depuis près d\u2019un long mois qu\u2019il est claquemuré dans cette geôle aérienne, souvent, dans l\u2019horrible amertume de son délaissement, le fier vaincu, l\u2019héroïque blessé, glissant sur \u2019a pente du désespoir, a conçu la pensée d\u2019en finir brusquement avec son martyre et de demander la délivrance à la mort volontaire : un mouvement, un seul, rapide comme l\u2019éclair, et c\u2019en est fait de sa vio ; le médecin ne le lui a pas dissimulé : qu\u2019on arrache l\u2019appareil d\u2019une de ses graves blessures, c\u2019est la mort presque foudroyante!.Aura-t-il ce courage des lâches?Il souffre tant, il.est si malheureux! Depuis l\u2019instant où le vainqueur l\u2019a transporté dans cette mortelle prison, il n'a vu que deux créatures humaines : un vieux geôlier, morne, funèbre, muet ; un lugubre médecin, maître Prudence Càrabinet, glabre, macabre, ne parlant que le strict indispensable, avec un ton de fossoyeur à jeun et des sentences de l\u2019autre monde.Le prisonnier l\u2019a maintes l'ois questionné : \u2014Qu\u2019ont-ils fait de mon frère?\u2014Mon frère est-'l aussi dans .eette for-1eresse?\u2014Quel sort nous attend?.Quand serons-nous libres?Mais Prudence Carabine! a juré, la main levée, à Monseigneur le comte do Gordes de ne pas dire un seul mot, eu dehors de son rôle médical, aux deux prisonniers, qui, d\u2019ordre de 8a Majesté, sont au secret le | lus r goureux ; et chacun sail qu\u2019un vrai fils d\u2019Esculape n\u2019a qu\u2019une parole.L\u2019incertitude tenaille et déchire Ray- .moud ; il se sent oublié du monde entier, bafoué comme tout vaincu, méprisé peut-être par ce qu'il a de plus cher ici-bas!.Les idées les plus noires, les suspicions les plus absurdes, les plus poignantes, germent comme en pleine terre dans la sol:-tude de la captivité : qui sait si Fleur-de-Lis ne regrette pas à présent d\u2019avoir repoussé l\u2019offre si séduisante d\u2019une couronne prneière?Qui sail si l\u2019odieux Guise n\u2019a pas renouvelé sa démarche, victorieusement cette fois?.A cette affreuse pensée, Raymond se prend à rng\u2019r de douleur et de rage, et sa main frémissante se rapproche instincti vement de ses blessures ; mais elle retombe aussitôt, inerte à son côté, parce que ses yeux viennent de rencontrer les lis noirs épars dans le sol, et ces fleurs de deu:l le font rougir de honte et de remords, parce qu\u2019elles semblent lui crier que Fleur-de-Lis, inviolablemont fidèle, souffre comme il souffre.Alors son regard se lève rasséréné vers le Christ, et les velléités de suicide s'évanouissent jusqu\u2019à la prochaine bourrasque de doute, de soupçon et de désespoir.-\u2014Qui, moi?pense-t-il avec une confortante fierté, le fils d\u2019une sainte et d\u2019un héros, déserter 'âchnnent la souffrance et la vie ,allons donc! El puis, ne sait-on pas que les jours se suivent et ne se ressemblent pas?Ne faut-il pas beaucoup de larmes pour féconder l\u2019avenir?Les roses naissent sur les épines, et le bonheur est au bout des épreuves les | lus dures.Courage, Raymond du Puy!.Mais, à mesure que les jours passent, la raison fléchit, et le coeur saignant, ténébreux, amer, retombe dans l\u2019enfer du doute et de la désespérance.La crise est si vio\u2019ente.dans cet instant, qu\u2019elle confine au délire.La lourde porte crie sur ses gonds ; le prisonnier ne lourne même pas les veux : à quoi bon, pour voir encore le masque patibulaire du geôlier ou le facies spectral de maître Carabinet ? IM SAMKDÏ iè \u2014Eh bien! messire, dit une vois affer tueuse, c\u2019est comme cela \\vie vous me recevez?Le prisonnier tressaille joyeusement, comme si le son de cette parole doucement caustique faisait vibrer dans son coeur la mélodie de la souvenance heureuse.Mais quelle folie! Lorsqu\u2019il est au secret le plus impitoyable, comment supposer qu'un messager d\u2019allégresse puisse entrer dans sa prison ?\u2014J\u2019ai cependant fait pas mal de lieues et gravi nombre de degrés pour arriver jusqu\u2019à vous! reprend la voix sur le même ton.Raymond se décide à tourner la tête, et jette une exclamation de joyeuse surprise : \u2014Fifreliu ! \u2014 En chair et en bosse, oui.messire.\u2014On t\u2019a laissé arriver jusqu'à moi?Comme vous voyez.\u2014 D'où viens-tu?Vous vous en doutez bien.Tu m\u2019apportes.une lettre?\u2014Non.mais une nouvelle.\u2014Bonne ?Tout ce qu'il y a de meilleure.Voir Fleur-de-Lis.et puis mourir! .le n\u2019ai ] as de plus chère espérance.Voir Fleur-de-Lis, et puis vivre, messire ! ¦\u2014Comment- la verrais-je.' puisque je suis sur le flanc-, mon pauvre Fifrelin, et je ne suis pas libre ?.-Avez-vous ouï parler d'un laineux conducteur de chameaux du nom de Ma humet ?\u2014Que veux tu dire, ami \u2014Je ne vous le dirai que si vous me donnez votre foi de gentilhomme de n'en pas perdre la tramontane.De quoi s'agit-il donc ?demande Raymond, passionnément intrigué.Jurez, messire.jurez que vous ne bougerez | as, que vous ne crierez pas.que vous serez sage comme une petite image, et alors je.\u2014Je jure tout ce que tu veux, niais parle ! \u2014vLt* surnomme Mahomet, voyant que la montagne ne venait pas à lui vint tout bonnement à la montagne ; et.dame! après tout, le résultat fut le même : la montagne et .Mahomet se trouvèrent réunis.Comprenez-vous, messire?\u2014Ne me torture pas, mon bon Fifrelin, je l\u2019en conjure! Rappelez-vous votre promesse : pas de cris, pas de secousses, pas de remue-ménage .Oui, oui \u2014Fleur-de-Lis, voyant que la montagne ne peut pas venir à elle, viendra tout bon nement à la montagne.\u2014Dois-je te comprendre?s\u2019écr'e Raymond.ivre d\u2019espoir.\u2014Du calme, messire, du calme ! La montagne .- -Parbleu ! la montagne, c\u2019est vous ! \u2014Fleur-de-Lis ici, dans ma prison ! \u2014A une condition, messire ; encore line fois, c\u2019est que vous serez bien sage ! Papa Carabinet, comme l\u2019appellent les bonnes gens de Grenoble, 9 déclaré qu'il ne répondait de rien si vous parliez trop, si vous vous démeniez trop, si vous dérangiez ses machines.\u2014Tu ne peux pas savoir, Fifrelin, quel ravissement tu m\u2019apportes! Dans mou affreux isolement, je finissais par crouler sous le faix de la douleur ; je doutais de tout, île Dieu, des auges, de Fleur-dc Lis, et je voulais mourir !.Mais à présent, je crois de toute mon âme en la 1 onté divine, je crois à l\u2019amour béni, je crois au bonheur, je crois.-Moi, je crois que vous parlez trop, messire; malgré votre promesse, mon gentilhomme, voilà que vous gesticulez à débâcher les machines de papa Carabinet! \u2014Je suis si heureux!.Mais, dis-moi, quand viendra-t-elle?\u2014Ali ! cela dépend de moi.\u2014-De toi ?-\u2014C\u2019est-à-dire que je suis juge de l\u2019instant où vous pourrez la voir sans danger.\u2014Tout de suite, Fifrelin.tout de suite, tout de suite! ¦\u2014Là.là, je ne dis pas non.niais encore faut-il le temps d\u2019aller quérir votre fiancée.-Elle est à Grenoble ! \u2014Sûrement, et vous pensez que les démarches u* lui ont pas coûté jour ouvrir la porte de votre prison.- C'est un ange, Fifrelin! .\u2014Je ne dis pas non.\u2014O joie! La revoir!.Je vais la revoir ! Le blessé clôt les yeux dans un sourire d\u2019extase .en iiuirinuraiit des paroles de tendre reconnaissance, tandis qu'une main fébrile presse doucement la sienne, la main de Fifrelin salis doute.\u2014Pardonnez-moi.chère Fleur-île-Lis.dit-il ; j\u2019ai laid souffert, et je vous aime tant ! Dans mes heures les plus sombres, vous avez été l'étoile adorée de mon coeur, qui n'a jamais battu que pour vous ! Pardonnez-moi de vous avoir fait répandre des larmes, de vous avoir méconnue, de vous avoir délaissée ! Si je vis, ce sera pour vous rendre, en félicité sans lendemain, tout ce que vous avez enduré par moi ; si meurs, ce sera votre image dans le coeur et Dieu dans l\u2019âme ! - Non.vous 11e mourrez pas ! répond une voix frissonnante et pure comme un chant séraphique, lie temps des larmes est Uni, parce que celui du repentir est venu.Dieu 11e veut pas la mort du pécheur ; vous l\u2019aimerez désormais d\u2019autant mieux que vous aurez été plus près de l\u2019abîme.Vous m\u2019avez fait bien souffrir, Raymond, mais je bénis ma souffrance, puisque vous m\u2019êtes rendu.Dans mes heures les plus tristes, il me semblait voir quand même à l'horizon de 111a vie un rayon céleste, pur comme la foi, doux comme l\u2019espérance.Oh! je comprends maintenant ce radieux présage!.Savez-vous ce que m\u2019a dit.l\u2019autre jour, une vieille devineresse, quand je sortais d\u2019Avignon pour accourir vers vous?Elle ouvrit cette main qui touche la vôtre, l\u2019approcha de ses yeux, et se mit à rire : \u2018\u2018Ali! la belle fiancée, je ne m\u2019étonne plus qtle vous alliez au galop ; voila allez ait mariage ! \u201d \u2014O mon beau rêve, murmure le prisonnier dans le ravissement, ne t\u2019en va pas!.\u2014C\u2019est ensemble que nous nous en irons, lorsque vos forces le permettront, ear vous êtes libre, libre, entendez-vous?.\u2014Rouvrez les yeux, messire, dit la voix rieuse de Fifrelin, et du calme, vous l\u2019avez promis.Non, ce n\u2019est pas un rêve ! Au chevet du prisonnier, qui la contemple avec un sourire d\u2019adoration, se tient la fiancée, souriante aussi, touchante comme la fidélité, fraîche comme une rose épanouie, royalement belle, répandant par son regard d\u2019ange la félicité de son âme.\u2014O ma bien aimée Fleur-de-Lis, c\u2019est donc vrai, dit Raymond dans une douce exclamation de bonheur, vous êtes là, comme une fleur dans mon désert, comme une étoile dans ma nuit?.\u2014Maître Carabinet a recommandé de ne pas vous laisser parler.\u2014Votre vue, le son de votre voix adorée, I ivresse de mon coem', chère fiancée, tout cela me rend mes forces ; oh! ne me défendez pas de parler!.Je suis libre, avez-vous dit ?Qui a fait ee miracle .' \u2014La clémence du roi.-\tQui U'a pas craint de la solliciter?-Moi.\u2014Je ni.en doutais, ô mon bel ange gardien!.Ainsi vous avez en le courage, d'aller jusqu\u2019au roi pour me \" >r à sa colère ?\u2014J\u2019arrive d\u2019Avignon, je vous l\u2019ai dit ; vous étiez, perdu.Raymond, et j\u2019apporte Vos lettres de rémission ! \u2022\u2014Et mon frère?Ilolas! j\u2019ai supplié vainement en sa faveur ! \u2014Gu le veut garder comme un otage.< )u comme une victime.D ciel! que dites-vous, Fleur-de-Lis?\u2014On prétend faire un exemple, en frappant la rébellion à la tête.Ainsi Charles ira point sa grâce, lui ?\u2014Non ; le parlement attend que son prisonnier soit guéri pour le tirer de cette forteresse et le juger.\u2014Et le condamner?-\t* e n est que trop à craindre! Eli bien ! je refuse la liberté dans ces conditions ; je serais lâche de l\u2019accepter lorsque mon frère demeure captif et que sa tête est en jeu ! Je suis Itère de ee noble mouvement, Raymond, mais ma raison le condamne ! 1 oui quoi ?\\ eus qui êtes la noblesse même, pourriez-vous blâmer ma résolution ?\u2014Cesl qu\u2019il ne s\u2019agit pas pour les deux Ireres de périr de compagnie, mais de se sauver ensemble.\u2014Est-ce donc possible?Oui, si Monsieur mon fiancé se rétablit promptement, et s\u2019il emploie ses forces, ses relations à la délivrance de son frère.\u2014Vous avez raison, auge, et je vous obéirai.toujours?demanda la belle jeune fille d\u2019un air mutin.\u2014Toujours ! 81 A2C LE SAMEDI 17 \u2014Eh bien! il y a tout près d\u2019ici quelqu\u2019un qui n\u2019ose pas entrer, et qui fatigue depuis une heure sur ses vieilles jambes ; il voudrait vous réconcilier avec.\u2014Je le suis avec vous, avec le roi.\u2014 Au-dessus du roi, cherchez.\u2014Dieu ?\u2014-Justement.-C\u2019est le bon frère Timothée qui accourt au-devant de son ouaille égarée pour la ramener au bercail?Qu\u2019il vienne, I ouaille ne demande pas mieux que d\u2019être ramenée !.\u2014O joie du ciel ! murmure F!eur-de-Lis mi faisant entrer le vénérable religieux, que cette chrétienne parole rend aussi rayonnant.\u2014Mon père, dit Raymond, je vous remercie du meilleur de mon âme.\u2014Messire, répond le moine de Monclar.vous m\u2019avez fait naguère une visite dans ma cellule ; je vous la rends dans la vôtre ; nous voilà quittes.\u2014Mais je ne le suis point, n\u2019est-ce pas, envers Dieu qui me rend ma fiancée et ma liberté, qui me rendra aussi mon frère?-\u2014Le bon Dieu passe volontiers quittance au repentir.\u2014Le mien est sincère ; j\u2019aimerai dorénavant tout ce que Fleur-de-Lis aime, et n\u2019aimerai que ce qu\u2019elle aime.Dieu et le roi, en disant avec elle : \u201cTot in corde quot in armis!\u201d Autant dans le coeur que dans les armes! \u2014Cher Raymond, dit Fleur-de-Lis, cette parole efface jusqu\u2019au souvenir de mes douleurs,! \u2014Henri HT ne me refusera pas 'a grâce de mon frère ; j\u2019irai me jeter à ses pieds, et le Seigneur m\u2019inspirera ce qu\u2019il faudra dire! Donnez-moi ces lettres de rémijsion que je dois à l\u2019intercession de, ma fiancée, à la protection du Tout-Puissant, à la généreuse clémence du roi.Je veux me pénétrer de la réalité de mon bonheur.Fleur-de-Lis remet à Raymond le parchemin royal, auquel pend un grand seel aux armes de France.Tl le déplie en souriant, et lit à voix liante : 1 Henry, par la grâce de Dieu roy de France et de Pologne, à nostre amé et féal sieur comte de (Tordes, nostre lieutenant es pais de Daulphiné, et à nos aines et féaulx les gens tenons nostre, cour de parlement, à Grenoble, et, généralement à tous a nitres auxquels il appartiendra Nos amés et féaulx, le debvoir des roys est de veiller diligemment, à la conservation de la tranquillité publicque et d\u2019as,sourer le repos universel de leurs subjetes.pour quoy ils ont re ceu du souverain Maistre et Seigneur de toutes choses l\u2019auctorité nécessaires à ces tins : par ainsv sommes nous dans l\u2019obligation de cliastier ceulx qui, pour servir leurs passions, mettent, 1 e roïaulme en grant trouble et confsion : toutes fois il est loisible à la dicte aucto-rité d\u2019atténuer la rigueur des peine , et mesme d\u2019effacer la faulte commise, lorsque de graves motifs nous permettent de suivre le mouvement de nostre coeur.\u201c Or, ayant esté advisé par vous qup, dans la dernière e t victorieuse bataille livrées aux rebelles du Daulphiné.avoit esté faict prisonuyer, estant atteinct de plusieurs blessures, le eieur Raymond du l\u2019uy-Montbrun, chevalier, seigneur de i Vallette en partye et aultres lieux, l\u2019un des eapitaynes des diets rebelles, nostre premier mouvement avoit esté de laisser pour iceluy la justice avoir son plain effect ; mais considérant, d\u2019aultre part, que le diet sieur paroit n\u2019avoir suivy la cause des diets rebelles que par dévotion fraternelle, et, d\u2019ailleurs, nostre coeur royal inclinai!! volontiers à la clémence, nous, à la requeste et supplication de nostre amé et féal cousin le duc de.\u201d Interrompant brusquement sa lecture, Raymond, pâle comme un suaire, s\u2019écrie d'une voix amère en fixant sur sa fiancée frissonnante un regard enfiévré de jalousie : \u2014Le due de Guise était à Avignon?\u2014Oui, répond Flem-de-Lis, dont le coeur se.gonfle d\u2019angoisse.\u2014Il vous a vue7 \u2014Certainement.\u2014C\u2019est lui qui vous a conduite chez le roi?\u2014Non, c\u2019est la soeur do M.de Grillon ; mais c\u2019est.le due qui, en sa qualité de grand maître de France, a sollicité pour moi l\u2019audience royale et m\u2019a courtoisement introduite chez Sa Majesté, en eom-pagnie de Mme de Caiimont.Mais déjà Raymond n\u2019entend plus sa fiancée ; lu fureur jalouse le tenaille, lui déchire le coeur, lui met l\u2019enfer dans la tête, le rend fou.Blême et gémissant, sous les yeux navrés de Fleur-de-Lis, de frère Timothée et de Fifrelin, d\u2019une main, il jette sur le sol avec mépris le parchemin où le nom maudit, lui semble écrit en lettres de feu ; de l\u2019autre, avec un rugissement de rage, il arrache frénétiquement les linges qui recouvrent ses blessures.Le sang jaillit!.\u2014O Raymond, qu\u2019avez-vous fait?.sanglote Fleur-de Lis en tombant à genoux.Frère Timothée et Fifrelin s\u2019empressent à son chevet, s\u2019efforçant d\u2019arrêter le flot rouge, mais en vain.Raymond est déjà pâle connue un mort.\u2014Mon fils, pensez à Dieu! lui dit le vieux moine en lui montrant un crucifix.-Pardonnez-moi, Fleur-de-Lis! supplie le fiancé\u2019 d\u2019une voix qui s\u2019affaiblit.Pardonnez, en voyant combien je vous aime!.La fiancée ne répond que par de déchirants sanglots, en pressant dans ses mains brûlantes la main froidissante sur laquelle perlent scs pleurs.\u2014Mon Dieu, vous aussi, pardonnez-moi!.reprend Raymond.Je n\u2019étais pas né pour tant de bonheur, ou bien vous me l\u2019ôtez parce que je vous ai offensé.Pardon, Seigneur!.Je me repens de toute mon âme! De toutes mes fautes je me retiens, et quand'vous jugerez que je les aurai suffisamment expiées par delà cette vie, je vous supplie de me recueillir dans votre sein, afin que je ne sois pas séparé de ce doux ange dans l\u2019éternité.\u2014Ainsi soit-il ! dit frère Timothée.\u2014Et maintenant, mon père, bénissez le fiancé réconcilié avec son Dieu bénissez aussi la fiancée douloureuse, pour qu\u2019ils aient la joie suprême d\u2019être unis sur la terre, avant de se retrouver dans le ciel !.Le voulez-vous, Fleur-de-Lis?La jeune fille ne répond que par un soupir, en même temps que sa jolie tête brune, irradiée d\u2019une poignante allégresse, tombe sur la main de l\u2019agonisant.Frère Timothée, pleurant et tendant ses bras débiles, les yeux au ciel, prononce d une voix douloureuse les paroles sacramentelles : \u201cQue le Dieu d\u2019Abraham, le Dieu d Isaac, et le Dieu de Jacob soit avec vous! Que lui-même vous unisse, et.qu\u2019il accomplisse sa benediction en vous!\u201d -Donnez-moi votre front.Fleur-de-Lis, ma bion-aimêe femme! élit Raymond d'une voix qui s éteint.Ce sera mon premier et mon dernier baiser ! La jeune épouse veut obéir, mais elle chancelle et s\u2019affaisse : dans son doux visage éploré, blanc comme un lis, ou dirait, qu il ny a plus de vivant que les yeux, dont le sombre azur semble refléter un rayon céleste.Fifrelin, qui souffre à plein coeur, et le vieux moine, qui dit tout bas les prières de l\u2019agonie, l'aident à se relever ; son tront d\u2019ange se colle aux lève s de son époux, qui murmure tendrement, une dernière fois, dans un sourire, le mot de : l'union ! Frère Timothée se penche avec angoisse : \u2014Morte!.dit-il.-Morte! répète Fifrelin en éclatant île douleur.L agonisant les a entendus, car son mâle visage aux tons de marbre resplendit d'une surhumaine allégresse.-Bcigneur, dit-il dans un dernier soupir, soyez béni! Nous ne serons plus sépares!.Adieu, mon père!.Adieu, Fi-frelin!.Je vais rejoindre Fleur-de-Lis !.XX X Epilogue.Par les soins de Fifrelin et du baron d T riage, la dépouille mortelle de Raymond et do Fleur-de-Lis fut transportée à Rocliccbinard ou lurent célébrées des obsèques solennelles, en l\u2019église paroissiale de Saint-Georges.Ils lurent inhumes cote a cote, non loin du tombeau d\u2019Aymar Alleman et de Honni' de Montgi'lbert, et sur leur commun sépulcre on grava ces deux épitaphes : + ley gist Noble et Puissant Seigneur RAYMOND DP PFY MONTER F X, Chevalier, Co-Seigneur dé la Vallette et autres lieux, retourné à Dieu Le XVp jour du moys d\u2019Aotisl L\u2019an de grâce MDLXXV Priz pour lnv 82 18 LE SAMEDI de Par GUSTAVE GUESVILLER + ley gist Noble et Puissante Dame MARIE-ENNEMONDE ALLEMAN, Appelée Fleur-de-Lis, Dame de ce lyeu de Rochechinart, Espouse de noble ef puissant Seigneur Raymond du Pay-Montbrun, Chevalier, Décédée le XVe jour du moys d\u2019Aoust l\u2019An de grâce MDLXXV La mort pour les justes est la vraye vio ! Amen ! Longtemps, à Rochechinard, on garda pieusement la mémoire de \u201cla bonne demoiselle,\u201d et 1 \u2019on invoqua sous le chaume la protection de \u201csainte Fleur-de-Lis.\u201d Ne cherchez pas dans les liabiographes ce nom plein de grâce, vous ne l\u2019y trouveriez point ; mais il n\u2019est pas téméraire de penser que, dans cette circonstance, la voix du peuple fut la voix de Dieu.Charles du Puy, seigneur de Montbrun, comparut devant le parlement de Grenoble, qui prononça contre le rebelle la peine capitale.H venait de la subir avec le coeur intrépide qu\u2019il avait tant de fois montré sur le champ de bataille, lorsqu\u2019un chevau-clieur du roi apporta ses lettres de grace.Le duc de Guise épousa Catherine de Clèves-Nevers, mais l\u2019histoire relate que cette union ne fut pas heureuse.Falque Alleman mourut, deux ans après, chez les frères de la Miséricorde, sans avoir recouvre la raison.Inconsolable de la perte de sa soeur bicn-aimée, plus que jamais détaché des choses de la terre, Fifrelin remit le château de Rochechinard aux mains de Geai, ges Alleman, seigneur de Vachères, l\u2019aîné de ses oncles.Puis, au moment où le vénérable frère Timothée s\u2019appelait à quitter le château : \u2014Mon père, lui dit Fifrelin, où allez-vous ?\u2014Au monastère de Saint-Julien de Monclar.\u2014Pensez-vous que l\u2019on y veuille d\u2019un pauvre infirme comme moi?__Venez, mon fils! répondit simplement le vieux moine.En 1870, dans une des p\u2019us sanglantes et des plus douloureuses batailles de la guerre franco-allemande, un jeune capitaine du 80e de ligne, portant sur la poitrine la croix de l\u2019honneur, tombait, après des prodiges de valeur, pour ne plus se relever.Il s\u2019appelait Alexis-Joseph Al'éman de Montrigaud.C\u2019était le dernier des Alleman ! Race héroïque, née d\u2019une victoire sur les Germains, et, qui.\u2014 à l\u2019heure ou les bordes prussiennes foulaient triomphalement le sol de la France, \u2014 s\u2019éteignait dans un suprême et triste rayon de gloire, comme pour ne pas survivre au deuil de la patrie ! FIN I Décor.\u2014Grand\u2019maman, dors-tu toujours?Une jolie voix fraîche, musicale, aux notes cristallines, gazouille dans le couloir.\u2014Non, Génevotte.Oh! comme elle est chevrotante et cassée, la voix (pii répond d\u2019un lointain mystérieux.Grand\u2019maman doit être très vieille, et Génevotte toute jeune.\u2014-Tu n\u2019as besoin de rien, grand\u2019maman ?\u2014De rien, Génevotte.\tQ \u2014Alors, je vais travailler.Il est neuf heures, sois prête à onze ; l\u2019éventail sera fini.\u2014Entendu, Génevotte.Tout ceci se passe à la cotonade ; c\u2019est un dialogue \u201cinvisible.\u201d Le rideau s\u2019était levé sur la scène encore vide.Très simple, très soigné, le décor représente une petite pièce éclairée par une seule fenêtre.L\u2019ensemble donne tout d\u2019iAiord une impression de propreté blanche ; puis, a l\u2019examen, on découvre un certain goût artistique, un peu de coquetterie féminine et beaucoup, beaucoup d\u2019ordre.Ordre méthodique, calculé, réfléchi, minutieux.Sur les murs, cloués, des planches d\u2019ornement polychrome, des modèles de dessin: fleurs, oiseaux, papillons.Le panneau du fond est parsemé d\u2019assiettes de porcelaine, d\u2019éventails, d\u2019écrans illustrés de miniatures à la gouache ; au milieu, s\u2019étale une superbe eau-forte modestement encadrée.Contre la fenêtre, mi-close, vêtue de rideaux blancs, une grande table carrée.Que d\u2019ustensiles, que de menus objets là-dessus! Et ils sont si bien à leur place sur cette table dont les quatre pieds ont dû prendre racine dans le p\u2019ancher, qu\u2019un juriste retors déclarerait tous ces menus meubles \u201cimmeubles par destination.\u201d D\u2019abord, un escadron de petite pots rangés par ordre de taille, à l\u2019alignement, comme pour la parade.Puis des tubes de fer-blanc couchés en une sorte de plumier ; à côté, deux grands verres pleins d\u2019eau, dominant de leur hauteur massive deux coquettes boîtes de couleurs au miel.Des compas, des règles, des palettes, des équerres, un T, des estompes, des crayons, des fusains et une foule de petits pinceaux montés dans des tubes de plume.Enfin, au milieu de la table, l\u2019oeuvre en train : un morceau de soie noire sur lequel un sujet est ébauché en teintes blanches.Cela représente.Mais chut! Des pas pressés s'approchent.la serrure grince, la porte s\u2019ouvre et,.II Génevotte paraît.Un sourire! Rien de plus, rien de moins.Vous devinez de jolies lèvres rouges, des dents blanches, des joues duvetées, un menton à fossettes, un nez fin, des yeux pétillants.tête charmeuse et séduisante, où la vie.Ja santé, le bonheur, la jeunesse s\u2019épanouissent, éclatent, rayonnent ! Tout cela est frais, pur, bon à contempler comme un lever de soleil, aux champs, par un beau jour printanier.Et vous rêvez d\u2019aubépines en fleurs, d\u2019herbes folles que l\u2019aiguail décore de perles tremblantes, de fils de Notre-Dame voltigeant dans un chemin creux ; vous rêvez de gazouillis d\u2019oiseaux, de grignottements joyeux dans les buissons, d\u2019alouettes ma-tineuses qui grisollent dans les brumes mauves.Un sourire, enfin ! Mais quelle est sa couleur, à ce sourire?Que\u2019le sorte de rayon s\u2019échappent de son âme ?Je vous dirai que Génevotte est blonde, blonde comme la bière du Nord, et que ses yeux sont bleus, bleus comme le ciel du Midi.Génevotte revêt un tablier à bavette et elle se met aussitôt à fredonner : Viens, une flûte invisible Soupire dans les vergers ; La chanson la plus paisible Est la chanson des bergers.L\u2019éventailliste s\u2019assied.Sans perdre un instant, elle choisit ses pinceaux, les affile en les passant entre ses lèvres, et les trempe dans les petits pots de couleur pâteuse.Et au travail! Elle trace sur la soie tendue des traits légers et délicats.Mon Dieu, ce n\u2019est pas bien artistique, ce que Génevotte gouache ainsi ! Mais il faut se conformer au goût de messieurs les éventaillers qui, eux-mêmes, se conforment au goût de la clientèle, et le goût de la clientèle n\u2019est pas toujours le bon goût.Voyez-la faire.En une pose coquette, elle est penchée sur son oeuvre minutieuse ; sa nuque se dégage et le soleil allume les frisons dorés qu\u2019un souffle de brise, entrant par la fenêtre mi-close, fait danser capricieusement.Ses yeux attentifs brillent d\u2019un éclat LE SAMEDI 10 Dv humide, et, lorsque surgit ime difficulté et que la jeune fille s\u2019applique davantage, on peut voir un petit bout de langue rose pointer entre ses lèvres.Pendant ee temps, ses mains s\u2019agitent, posant des tons, avec une activité pleine de souplesse, ses jolies mains potelées, grassouillettes, aux doigts fuselés, et si petites ! Car ce n\u2019est pas pour rien qu\u2019on l\u2019ap-pelle Génevotte! Génevotte diminutif de Geneviève, comme elle est elle-même un diminutif de jeune fille.Naine, alors?Non pas, quoique le titre \u201cd\u2019abrégé des merveilles des eieux\u201d lui convienne absolument.Elle est mignonne, voilà tout.Son âge?Grand\u2019maman (qui se vieillit, prétend Génevotte) s\u2019obstine à la rajeunir.\u2014-Dix-sept ans, répond grand\u2019maman aux curieux.\u2014I)ix-liuit ans.moins cinq mois, rectifie Génevotte.Je n\u2019en sais pas plus long.III Où Génevotte chante encore t Pénétrer chaque matin, à neuf heures précises, dans cette petite pièce transfor niée en atelier ; peindre sans arrêt jusqu\u2019à l\u2019heure du déjeuner ; de nouveau se mettre à la besogne et peindre encore jusqu\u2019au jour mourant : telle est la vie tran-quil'e et laborieuse de mademoiselle Génevotte.Quelquefois une course forcée dans les rues de Paris, pour chercher de l\u2019ouvrage ou en rapporter.Le soir, la jeune fille des\" sine à la lumière, trouve des modèles, prépare son travail du lendemain.Les jeudis et dimanches soirs, invariablement, trois amis, toujours les mêmes, deux femmes et un homme, viennent faire visite à grand\u2019maman.Ils s\u2019attablent et jouent au whist.Tous les quatre s\u2019endorment au milieu de la partie ; ponctuelle, Génevotte les réveille lorsque sonnent dix heures.Jamais plus de bruit.Ce calme profond impressionne ; il serait même trop austère si Génevotte ne l\u2019égayait pas de son continuel sourire et de ses chansons murmurées.Une flûte invisible ^ Soupire dans les vergers.Car la gracieuse jeune fille se plaît sincèrement en cette quiétude.Dans son coeur candide, règne en absolue maîtresse la sérénité confiante qui brille dans son regard bleu.Belle et chaste, elle grandit paisiblement, sans souci, comme croît une fleur des prés.Génevotte ignore l\u2019existence du mal, c\u2019est pourquoi elle vit sereine ; Génevotte se contente de peu et c\u2019est pourquoi elle vit heureuse.U y aura bientôt trois ans que Génevotte et grand\u2019maman ont franchi la porte de cette maison de la rue Tourne-fort .Toutes deux alors étaient vêtues de noir.On voyait à la pâleur de son visage, au cercle de bistre qui entourait ses yeux, que Génevotte avait beaucoup pleuré.Grand\u2019maman baissait la tête, comme courbée sous un fardeau.Elles visitèrent l\u2019appartement à louer, l\u2019arrêtèrent, séduites par le silence reposant de la maison, un silence attentif, pourraisje dire, comme celui d\u2019une p-er-sonne qui écoute.Cet appartement, au troisième, s\u2019éclaire sur une cour plus longue que large qui se -termine en un jardin touffu planté de marronniers et de sycomores.On est là à cent lieues d eParis.' Elles s\u2019installèrent modestement et l\u2019on put désormais voir Génevotte s\u2019asseoir chaque jour devant sa table de travail.Peu à peu les fraîches couleurs renaissaient sur les joues de la jeune fille.Le te.mps posait son baume sur la plaie douloureuse de son âme.Un beau matin, Génevotte se prit à chanter en travaillant, et, depuis ce jour, cela devint une habitude.La triste jeune fille se changea en ce radieux sourire, et son labeur fut bercé par ses mélodieux murmures : Le veut ride sous l'yeuse Le sombre miroir des eaux.La chanson la plus joyeuse Est la chanson des oiseaux.IV Où Mistouline fait son entrée et où les gros livres emménagent.Un grattement à la porte interrompt sur les lèvres de Génevotte la suave mélodie de Benjamin Godard.Génevotte se lève et va ouvrir.\u2014Entrez, demoiselle.Surtout, soyez sage.Mistouline pénètre à pas légers et graves, et mademoiselle Génevotte retourne à ses petits pinceaux.Etant donné l\u2019importanece du rôle que Mistouline jouera dans ce récit, une description de ce nouveau personange s\u2019impose.Mammifère monodelphe, carnivore, digitigrade , genre chat, espèce ordinaire (\u201cFelis eatus\u201d) sexe faible, pure race de gouttière ; père et mère inconnus.Génevotte a recueilli cet animal chéri de Baudelaire à l\u2019instant où le froid et la faim al'aient le délivrer du mal de vivre.Voici deux ans que Mistouline ronronne entre grand\u2019mère et Génevotte, gâtée, choyée, fêtée par l\u2019une et par l\u2019autre, copieusement nourrie, bien chauffée, bien logée : le tout poun rien.Mistouline ne déteste pas la plaisanterie ; il lui arrive d\u2019aller jusqu\u2019à la farce, et c\u2019est toujours une mauvaise farce : déchiqueter un album, renverser d\u2019un coup de patte les verres pleins d\u2019eau, etc.Tenez ! la voilà qui saute sur la table et cherche à agripper le pinceau dont Génevotte se sert, pinceau dont le va-et-vient agaçait sans doute ses nerfs irritables.2 \u2014Voulez-vous vous sauver!.Ah ! comme je vous mettrais à la porte!.Mais vous iriez vagabonder ! 11 paraît que Mistouline vagabonde.Mistouline se sauve et se cache en un coin, le calme se rétablit.Pour quelques minutes seulement.Il était écrit que Génevotte, ce matin-là, serait continuellement distraite et troublée.\u2014Hue! Dia ! Hue, donc! llurhau ! Ifô'a, hô !.Au loin une rumeur d\u2019émeute, qui susurre d\u2019abord, s\u2019approche ensuite et grandit.Le \u2018\u2018crescendo\u201d s\u2019accentue ; c\u2019est du vacarme qui s\u2019arrête devant la porte enchère de la maison.La cour paisible s\u2019étonne et s\u2019émeut.Les fenêtres s\u2019ouvrent ; des figures inquiètes se montrent.On s\u2019interroge.Qu\u2019est-ce donc?Réponse : \u2014C\u2019est le nouveau locataire, le nouveau locataire qui vient emménager.Les fenêtres se referment ; rue Tour* nefort, on est discret.Mais, derrière chaque paire de rideaux blancs, des yeux enquêteurs luisent, Cherchant à voir le mobilier.Le mobilier en dit long sur le caractère et les habitudes d\u2019un homme! Génevotte \u2014 pourquoi taire ses défauts?\u2014 est curieuse.Comme les autres habitants île la maison, elle a ouvert sa fenêtre et regardé dans la cour.Avant toide autre chose, c\u2019est son coeur de ménagère proprette qui a saigné.-\u2014Allons, bon! Voilà les emménageurs.L\u2019escalier va être tout sali, et l\u2019entrée, couverte de paille, sera encombrée.L\u2019appartement dont le nouveau locataire vient prendre possession est, comme celui de Génevotte, situé au troisième et s\u2019éclaire sur la cour.On y monte par le même escalier, et les portes d\u2019entrée des deux appartements s\u2019ouvrent sur le même palier.Génevotte, de sa place, n\u2019a qu\u2019à lever les yeux en tournant légèrement la, tête pour voir tout ce que l\u2019on perpêtrjlen face.Voilà les emménageurs qui pénètrent, portant une armoire ; ensuite, vient un lit, un buffet, un bureau, des tables, des chaises, une fontaine-filtre de cuisine ; en somme, un mobilier modeste de célibataire.Génevotte s\u2019en étonne, car elle sait l\u2019appartement très vaste.\u2014Il doit y avoir autre chose, pense-t-elle.C\u2019est le tour des paniers, maintenant.Les emménageurs en portent un, deux, trois, quatre, et ils vont procéder au déchargement.lorsqu\u2019une voix mâle s\u2019écrie dans l\u2019escalier : \u2014Attention ! Attendezmoi ! Le possesseur de cette voix doit être très ému.Il paraît ; c\u2019est le nouveau locataire.Un jeune homme! Génevotte rougit, baisse la tête, puis, diminuant encore l'entre-bâillement de sa fenêtre, elle continue à regarder.Un jeune homme de vingt-cinq à vingt-huit, ans, grand, mince, pâle, de figure un peu sombre, très brun.Génevotte a vu tout cela d\u2019un coup d\u2019oeil.Extérieurement.ce voisin ne sera pas trop désagréable.Mon Dieu, ce n\u2019est pas que mademoi- 20 selle Génevotte attache à cela une importance exagérée, mais enfin, il vaut, mieux rencontrer dans l\u2019escalier ou apercevoir à la fenêtre un jeune homme d'apparence convenable, qu'un vieillard cacochyme ou un individu contrefait.Le nouveau locataire se consulte avec les cnn né nageurs ; il semble perplexe, I rès perplexe.Soudain, il prend une resolution énergique et, désignant le sol du doigt : \u2014Là, dit-il aux hommes, mette/, tout ça là.Je m\u2019en charge.Los 'hommes vidèrent, les paniers : des livres, des livres, rien que des livres qu ils entassent au milieu de la pièce ! La montagne s\u2019élève, et.quand les quatre paniers sont déchargés, les hommes les remportent pour en ramener d autres, tou jours d\u2019autres.Ht toujours, et encore, ce n\u2019est que des livres qu\u2019ils sortent de ces paniers-là.La montagne du milieu est achevée ; son sommet touche presque le plafond, et les paniers succèdent aux paniers.__Colitre le mur.ordonne le voisin.Contre les murailles s\u2019élèvent d\u2019autres murailles cyclopéennes.Le voisin semble (heureux parmi ses amas énormes d in-folio, d'in-quarto, d\u2019in-octavo, etc., etc.ill sc promène de long et large, se frottant îles mains, s\u2019arrêtant pour contempler ces ipy vain ides et ces obélisques branlants, lavée une expression de triomphe et de défi.L\u2019étonnement de Gcnevotte devient de v1 a stupeur.\u2014C\u2019est un libraire, murmure-t-elle, mais quelle, étrange idée de louer un appartement au lieu d une boutique 1 r\tV Ajù grand'mère parait et où M.Barnabe donne son avis.\u2014Me voilà, Géucvott.e.(\"est grand nière qui vient chercher sa (petite-fille.Longue, mince.Irele, la tête branlante, couverte de cheveux d\u2019argent, un Visage tout grilladé de rides, des yeux doux, très bons, un sourire souffreteux sur des lèvres pâles, telle est grand'maman, bonne vieille, sainte femme.I Génevotte tressaute.I \u2014Comment! Déjà on/c heures! Mon pvciitail n\u2019est pas fini.I Ht elle se désole.I \u2014C\u2019est à cause du libraire, grand'ma-iinan.No gronde pas.Grand'maman ne gronde jamais.\u2014Nous porterons l'éventail demain.\u2022Gène votte.\u2014Mais, viens donc regarder, grand\u2019maman ?As-tu jamais vu autant de livres?.Grand\u2019maman s\u2019effraye.Ces livres doivent peser un poids terrible, s\u2019ils allaient .faire écrouler la maison.\u2014Regarde! On en apporte encore.Ht l\u2019on en apporta jusqu\u2019au soir.La première pièce remplie, on passa dans la seconde, dans la troisième, dans toutes les autres, dans la cuisine même! fie lendemain était un jeudi.Soit- de LE SAMEDI réception chez grand maman.Ou ne joua pas au wliist, car la conversation roula jusqu'à dix heures sur le coisin aux livres et son installation.Génevotte raconta aux amis de grand'inaman ce qu\u2019elle avait vu la veille et le matin, i \u2014Dès le matin, disait-elle, dos ouvriers menuisiers avaient envahi l\u2019appartement.On avait dû déplacer tous ces monceaux de livres pour pouvoir appliquer le long des murs do grandes étagères superposées qui allaient du plancher au plafond.\u2014Que ce monsieur est imprévoyant ! N\u2019aurait-il pas dû faire poser ces planches avant d\u2019emménager?Puis, s\u2019adressant au vieux bonhomme qui se tournait les pouces d'un air absorbé : \u2014Ne pensez-vous pas comme moi.monsieur Barnabe ?Je crois que c\u2019est un libraire.\u2014Non, répondit M.Barnabé, je croirais plutôt que c\u2019est un bibliomane.; \u2014Qu\u2019est-ce que c'est que ça?s'écria ¦Génevotte.\u2014C\u2019est un individu qui a la folie des livres.\u2014Uu fou -ici ! \u2014Rassure-toi, fillette ; ce fou-là n est.point méchant.VI Bibliomanie et bibliophilie Paul Decyse étail'-il oui ou nom un bibliomane?Charles Nodier, le savant bouquiniste, serait, je crois, fort embarrassé, s il lui fallait répondre à cette question.Charles Nodier disait : \"Le bibliophile sait choisir les livres; le bibliomane les entasse.Le bibliophile joint le livre au livre après l\u2019avoir soumis à toutes les investigations de ses sens et de son intelligence ; le bibliomane entasse les livres les uns sur les autres sans les regarder.Le bibliophile apprécie le livre ; le bibliomane le pèse ou le mesure.Le bibliophile procède avec une loupe, le bibliomane avec une toise.\u201d Kn dépit de cet ingénieux parallèle, notre précédente question demeure sans réponse.Paul Decyse entasse les livres, mais il sait les choisir.Seulement, il en choisit trop.S'il ne sc sert point d'une loupe, c'est parce qu\u2019il jouit d\u2019une excellente \u2022vue, et, s\u2019il fait usage d\u2019une toise ou d\u2019un double-mètre, ce n\u2019est que pour mesurer la longueur des planches qui support wont scs volumes.Qu'est-il donc?Bibliomane?.Bibliophile?.Ni l\u2019un ni l\u2019autre, mais les deux à la fois.C\u2019est un bibliophile qui se tourne peu à peu en bibliomane; ainsi que le meilleur des vins finit toujours par se tourner en vinaigre.\t¦' Le précité Charles Nodier conte le cas de smi honorable maître.M.Boulard, qui \" avait- été un bibliophile délicat et difficile.avant d\u2019amasser dans six maisons à six étages six cent mille volumes de tous les formats.\u201d VI a is Charles Nodier était peut-être un tantinet du Midi, de Taras-eon ou même de Castres.Poussée à ce de- 3 gré, la bibliomanie devient une maladie, dont les causes déterminantes sont généralement d\u2019une part l\u2019augmentation de la fortune du \"sujet.\u201d Tel n\u2019était point le cas de Paul Decyse ; il n\u2019était ni si riche ni si vieux.Alors, quoi?.10h bien! Paul Decyse était bibliophile de naissance, curieux par goût, compilateur par vocation, et s il présentait à une observation superficielle les symptômes de la bibliomanie, c\u2019est .qu\u2019il était désordonné.Jamais il n\u2019avait pu ranger ses livres, et il en possédait beaucoup, tout en en acquérant rlevan-tage, si c\u2019est possible.VII Compiler ! N, Oui.compiler ! Telle la vocation apparut à ses yeux ! Cela le prit tout jeune, au sortir de l\u2019Kcole de Droit.Il rêvait une sorte d\u2019histoire comparée des origines Ri Droit depuis les temps les plus reculés et; dans tous les pays du monde.11 se mit à la besogne, se procura des documents : cinq à six cents volumes.Lors, il connut, des statuaires et des peintres ; il abandonna l\u2019histoire comparée, etc., pour jeter les liases d\u2019un ouvrage colossal : \u201c L\u2019Art et ses disciples.\u201d encyclopédie historique, philosophique, anecdotique.Et il compila de nouveau.Cette compilation enrichit sa bibliothèque d\u2019un bon millier do volumes, sans compter les estampes, les planches, les missels.Les livres de droit demeuraient, tenant leur place, et la maison que Paul habitait alors n'avait aucune prétention à l\u2019élasticité.Le propriétaire lui donna congé, sous prétexte que les murs \u201ctassaient.Ce congé lui tombait au beau milieu d'un chapitre sur l\u2019art do la verrerie, l\u2019\"nrs tam nobilis,\u201d selon l\u2019expression du décret de Venise qui, eu 1383, savait déjà que M.Josse est orfèvre Pour cette histoire de la verrerie dont, les origines comme toutes autres origines, se perdent en la nuit des temps, Paul De-eyse, qui n\u2019admettait que les textes sérieux.s\u2019était procuré les oeuvres de Sa-lomon, d\u2019Aristophane, de Strabon, de Martial.de Pline, de Xéiiarqne, d\u2019Anacréon, dTlermippus.de Pliéréerate, de Trebcl-lius Pojlio, de Staee, de Seroux d\u2019Agin-court, de dom Germain Millet, du rabbin Benjamin, de Clément d\u2019Alexandrie, de Théophile, du père Mont-faucon, de Mil-lingen.de Ooccei Bahellieo, d\u2019Eustadlie Deschamps.Si j\u2019en passais?Ci : encore einq cents volumes, au moins.Quel encombrement chez lui ! Les livres de droit, d\u2019archéologie', d\u2019architecte, de littérature, s\u2019empilaient, se massaient, et, chose horrible à voir, se mélangeaient! Chaos! Martial s\u2019appuyait contre Cujas qui, lui-même, reposait sur un tome dépareillé du Répertoire Dalloz.L\u2019ecclésiastique Husèbe soutenait Vasari ; Herman Riegel chatouillait Salomon qui écrasait, les eaux-fortes de Callot.Rabelais causait morale avec Platon qui.fier de sa reliure de veau, étouffait le \u201c Monumentale ex aere\u201d d\u2019IIorace.base solide qui soutenait.toute la colonne.Il y eu avait -joins x comme cela! Pélion coudoyait Ossa ! Le lit même de Paul Do-cyse craquait dans la journée sous un monceau de livres! \u2014Tant mieux! s\u2019écria Paul, en recevant le congé de son propriétaire.Je vais déménager et, eu emménageant, je pourrai enfin ranger mes livres ! VIII Où Paul espère ranger Done, Paul Decyse fut errer dans les rues à la recherche d\u2019écriteaux.Il désirait habiter à proximité d'une bibliothèque, la caserne des gardes de Paris l'éloigna de l\u2019Arsenal.Paul redoutait les sonneries guerrières.La Bibliothèque nationale est située en plein Paris bruyant et grouillant ; il se rabattit sur Sainte-Genevicve.En dépit des étudiants, la calme règne sur ees hauteurs ; la coupole du Panthéon est imposante.Paul parcourut des rues, mais, mauvais diplomate, il commettait sans cesse là faute de déclarer le nombre approximatif de ses volumes.Concierges et propriétaires, d\u2019après le nombre évaluaient le poids, et s\u2019opposaient à toute location.Chemin faisant, penaud et agacé, il gagna la rue Tournefort et entra dans la maison où habite Génovotte.Instruit par l\u2019expérience, il mentit ; il ne déclara que la moitié de ses livres.\u2014Bah! répliqua le concierge, la boutique est solide, et l\u2019on sera fier, môssieu, d\u2019abriter un homme de lettres!.\u2014Ce concierge est un honnête homme, pensait Paul en s\u2019en allant.J\u2019ai abusé de sa bonne foi.-Mais que se passera-t-il lorsque j\u2019arriverai avec tous mes bouquins?J\u2019en ai déclaré la moitié, j\u2019en apporterai les deux tiers.Mais le troisième tiers?., l'sons d\u2019astuce ; je le confierai momentanément à des amis.Les amis furent unanimes à décliner pareille responsabilité.En désespoir de cause, Paul s'adressa à ses fournisseurs ordinaires.Le coiffeur, le chemisier, le tailleur, le chapelier, le cordonnier, remplirent leur arrière-boutique des livres de leur fidèle client.Heureusement le restaurateur était là qui.grâce à ses caves, put absorber le plus gros morceau.On usa, pour ce transport.d\u2019une voiture à bras ; Cujas, G ration et autres auteurs \u201ccjusdem farinae\u201d allèrent servir de pâture aux rats biblio-phages ou se moisir auprès des barriques de vin falsifié.On ne se corrige pas en un jour.Ce n'est que lorsque les livres furent empilés dans son nouvel appartement que Paul songea aux étagères.Les savants seuls ont de ees distractions.Aujourd\u2019hui les planches sont posées et Paul, jouissant par anticipation, se promène en passant en revue des piles de bouquins.Comme je serai bien ici quand ce sera LE SAMEDI rangé!.Déblayons d\u2019abord, déblayons! Lorsque mes livres reposeront sur les planches, j\u2019y verrai plus clair.De la méthode surtout! Mais quelle méthode ?Faut-il classer par ordre de taille, alphabétiquement ou chronologiquement ?.Je penserai à cela plus tard.Pour 1 instant, déblayons.Et il déblaye, et.tandis qu\u2019il s'agite, suant sang et eau, tandis qu\u2019il se penche, se relève en cadencé, il ne se doute guère qu\u2019en face de lui, au travers de ses rideaux blancs, Génevotte le regarde de ses beaux yeux bleus étonnés.Mais Paul Decyse se doute-t-il seulement qu\u2019il existe sur terre de beaux yeux bleus! \u2014Il range, a constaté Génevotte avec une involontaire satisfaction, mais quelle drôle de manière de ranger! \u2014Ah ! un supplément de Larousse ! vient de déclamer Paul.Où placer Larousse! En bas .tous les dictionnaires en bas.Il veut porter son Larouse, mais il se heurte, s\u2019embarrasse les pieds et choit.Et tandis qu\u2019il se relève, maugréant, il ne se doute guère que Génevotte vient d'éclater de rire, de son rire cristallin et perlé.Mais Paul Decyse se doute-t-il seulement qu\u2019il existe sur terre des lèvres rouges qui appellent le baiser, des dents blanches, des joues duvetées et des voix mélodieuses! \u2014Tiens! les Kings! Où mettre les Kings?Là-haut, parbleu, avec l\u2019ïïavat-naal et le Zond-Avesta.Ali ! gentille demoiselle Génevotte.il ne s\u2019occupe guère de vous, qui vous occupe/ tant de lui, curieuse.IX Tiens, j'ai ça !.C\u2019était maintenant ne dislractio quotidienne pour Génevotte.que regarder les allées et venues de son voisin.Les éventails en souffraient bien un peu et les petits pinceaux auraient eu le droit do se montrer jaloux des gros livres.Mais, franchement, le monsieur d\u2019en face était si cocasse!.Le déblayernent continuait, et cependant.Génevotte n\u2019était point satisfaite.-\u2014Il croit ranger, se disait-elle, mais c\u2019est un fou, en effet, et il embrouille tout.Que fera-t-il, quand tous ees rayons seront remplis?Je l\u2019attends là.Génevotte dut attendre longtemps.Le déblayernent dura un bon mois.En mois, c\u2019est énorme pour si simple besogne!.Paul Decyse s\u2019endormait donc sur la tâche?Non.il ne donnait point : il lisait et il compilait.Encore'?Toujours.Le beau zèle des premiers jours était éteint ; il déblayait,.mais tout en déblayant, il découvrait soudain tin livre quelconque.\u2014Tiens! J\u2019ai ça! s'exclamait-il.Il allait s\u2019asseoir dans un coin et, avec des mines béates, il feuilletait, s\u2019absorbant au point d'oublier complètement: ce qu\u2019il avait à faire.En face, Génevotte s\u2019exaspérait.Paul Deeyze, de sou côté, entrait dans de violentes colères contre lui-même.La nuit la r n\tSI surprenait lisant ou écrivant ; vite, il s\u2019ingéniait à rattraper le temps perdu.Bredi-breda, il empilait les bouquins, mais bientôt il n'y voyait goutte, et il cessait, so promettant bien que le lendemain il ne se laisserait plus séduire par les charmes de la compilation.lit, le lendemain, la comédie du 'Tiens, j'ai ça!\u201d recommençait.Génevotte constata tout à coup que son voisin abandonnait, décidément la lutte et se consolait «le son insuccès par des promenades courtes, mais très fréquentes.Le voisin sortait jusqu'à quinze fois par jour.Génevotte observa qu\u2019il emportait sous son bras une serviette d\u2019avocat très plate et, conséquemment, vide, et qu'il rentrait avec la serviette gonflée d\u2019objets mysté rieux.\u2014Des livres encore, je le parierais! Elle put.à quelque temps de là, vérifier la justesse de sa supposition.Le voisin venait d\u2019entrer dans sa cuisin avec son inséparable serviette, ronde comme une outre.Il la débourra : des livres, encore des livres, qu\u2019il casait n'importe où, sur les planches à vaisselle, sur la pierre d\u2019évier, sur le fourneau, sur la fontaine.Après e longues méditations, Paul s'était, imaginé que, pour classer d'une manière ingénieuse, il lui fallait posséder la totalité (1«> ses bouquins.Il s\u2019arma doue de eourage et de- «patience, et s\u2019en fut visiter les arrière-boutiques d«' ses fournisseurs dépositaires.Pour ne point éveiller les soupçons du concierge, il devait procéder par petites quantités, ne rapportant qu'une douzaine de volumes par voyage, encore qu\u2019il tremblât de tous ses membres en doublant l.st mort comme un soldat sur le champ de bataille, il est mort en héros, en martyr, soutenant jusqu\u2019au bout la sainte vérité de sa cause.\u201c Vous ignorez ces détails, monsieur, car votre père, hélas! précéda de plusieurs années mon fils dans le tombeau.Ce fut le commencement du malheur pour mon enfant.La mort de son ami frappa la première et elle ouvrit la brèche aux autres calamités qui se hâtèrent de pénétrer.Peu après, la femme de mon fils, la mère de cette pauvre Genevotte, mourut subitement.Je vins alors auprès de mon fils pour élever la fillette.Mon fils plus que jamais s\u2019adonna ' son art, travaillant éperdument, commettant chaque jour imprudence sur imprudence, mais rapportant chaque soir de magistrales études.\u201c Un jour, en plein hiver rigoureux, il partit à la recherche du motif dans Paris; il trouva et, durant une semaine, il travailla dans la neige, exposé à tous les vents, n composa ce tableau qui fit tant de bruit au Salon suivant, cet effet de neige dont vous avez remarqué la reproduction à l\u2019eau-forte.La gloire incontestée, la fortune, venaient peut-être.Mais la mort était entrée en lui.D\u2019abord un rhume, puis un second, un troisième et il travaillait toujours, refusait les soins.Un an après, il mourut.\u201c Voilà, monsieur ; vous le voyez ; c\u2019est peu de chose.Il existe d\u2019humbles martyrs qu\u2019on ignore, c\u2019est pour cela, sans doute, que l\u2019art compte autant de dévots.L\u2019art sait dissimuler sa cruauté, monsieur, il cache ses morts.et les vivants ne glorifient jamais ses victimes.\u201d Grand\u2019maman se tut.\u2014Le même ciel, madame, dit Paul d\u2019un ton grave, le même ciel s\u2019ouvre pour tous les martyrs, et ils plaisent à Dieu ceux d\u2019entre 1 hommes qui, même au péril de leur vie, adorent son oeuvre sacrée dans ce qu\u2019elle a de plus divin, dans sa beauté ! XV Uù Paul range ses livres et où Gévenotte dérange ses petits pinceaux Gévenotte leva sur Paul ses beaux yeux bleus attendris ; elle se prenait à penser que ce bibliomane si désordonné possédait un coeur sensible, droit et bon.En vérité, elle se plaisait à penser ninsi et à revenir sur son opinion première qui n\u2019était point en faveur du jeune homme.Grand\u2019maman compléta son récit.M.Marsian était mort, ne laissant pour toute fortune que les tableaux et les études qui remplissaient son atelier.On avait du procéder à la vente de ces oeuvres, et cette vente pour cause de décès ne rapporta pas grand\u2019chose.Ces opérations terminées, grand\u2019maman et Génevotte abandonnèrent l\u2019ancien appartement et vinrent modestement s\u2019installer rue Tomme-fort, dans cette maison silencieuse, où elles menaient une existence effacée.Arrivée à ce point de son récit, grand\u2019-maman, comme pour éloigner les idées tristes que ces souvenirs avaient évoquées et se consoler à la vue d\u2019une rianto image, grand\u2019maman parla de Génevotte, de son courage joyeux, de son application, de son dévouement et de l\u2019ardeur avec laquelle elle travaillait pour ajouter un peu de bien-être à la situation présente.Donne grand\u2019maman! Pour un rien Paul l\u2019aurait embrassée sur les deux joues, tant il était heureux de l\u2019entendre prononcer l\u2019éloge de la jeune fille.\u2014Enfin, termina grand\u2019maman, je crois que noms avons épuisé toute la somme de douleurs que le ciel nous réservait.Cela vous semblera étrange, monsieur, mais j\u2019ai tellement souffert que je me prends à espérer.Ah! ce furent de bien cruelles épreuves!.Cette vente surtout, cette vente à l\u2019hôtel Drouot ! C\u2019était comme une seconde mort de mon fils!.\u201c Un à une, je voyais disparaître toutes ces toiles où il avait mis de son intelligence, de son coeur, de sa vie ! Chaque toile vendue n\u2019était-elle point un lambeau o 24 LS SAMEDI de lui-même qu \u2019on m\u2019arrachait.Enfin, c\u2019est fini.\u201d Grand\u2019maman, en reconduisant Paul, le pria de se joindre à ses réunions intimes des jeudis et dimanches soirs.\u2014Vous verrez a la maison de vieilles gens comme moi, qui, eux aussi ont connu votre père.Paul rentra chez lui ravi.Plein de feu et d enthousiasme, il se mit au classement de ses livres.A chaque minute le jeune homme levait les yeux vers la fenêtre close de Génovotte.et Génevotte, bien que cachée derrière ses rideaux, rougissait, baissait la tête sur son ouvrage, et son ouvrage ne marchait pas très bien.La jolie fille avait des mouvements d impatience, de colère même, contre ses petits pinceaux qui 11e marquaient plus assez fin ni assez droit.\u2014Oh! oh! c\u2019est crispant! faisait-elle.Et elle agitait ses pinceaux, les dérangeait, troublait leur ordre savant dans l\u2019espoir d\u2019en trouver d\u2019autres plus pointus et plus dociles.Symptôme alarmant : la fable s\u2019encombrait.Oherchez, cherchez, mademoiselle Génevotte.c\u2019est eu vain, je vous le dis.Vos pinceaux sont toujours aussi lins.Mais c\u2019est votre coeur qui bat,.plus vite et votre petite main qui tremble.XVI Où Génevotte pleure et où Paul s'ennuie.Le temps s\u2019écoulait pour Paul dans un ravissement continuel.Il aimait.Il aimait avec toute la fougue et tout l\u2019étonnement d\u2019un premier amour.S\u2019en doutait-il?Pas encore.Mais il se sentait heureux, heureux pour un rien, heureux sans cesse et sans cause.Chaque matin, il apercevait Génevotte.Sous prétexte de tourner une des pages do son livre noyé qui séchait au grand air, il allait A sa fenêtre, saluait la jeune fille et lui adressait un sourire amical.Gévenotte, immédiatement après, mais seulement après, fermait sa croisée : Mon Dieu, il fallait bien donner un peu d\u2019air a l\u2019atelier, n\u2019est-ce pas?Du reste, c\u2019était tout.La journée s\u2019achevait sans que Paul revît le visage souriant de Génevotte.Mais Paul pensait bien que les yeux bleus devaient parfois se diriger furtivement vers lui.et il classait, il classait ses gros livres, furieusement.Il attendait les jeudis et les dimanches avec une impatience fébrile.Quelle fête pour lui, quand l\u2019heure de pénétrer chez les voisines tintait! Quel doux émoi quand il sonnait a la porte! Et quelle immense, quelle profonde joie inondait son âme lorsqu'il contemplait enfin Génevotte! La jeune fille s\u2019intéressait toujours au fameux classement.\u2022\u2014J\u2019en ai fini, avec la jurisprudence, annonçait Paul triomphalement.Ah! j\u2019ai bien travaillé! \u2014Bravo! répondait Génevotte avec un sourire.Et Paul aurait volontiers consenti à classer tous les livres de la Bibliothèque nationale pour mériter longtemps, longtemps de semblables sourires! Exquises étaient-elles, ces soirées intimes! Paul avait réussi à se faire un ami du vieux bonhomme Barnabe eu lui prêtant des ouvrages d\u2019histoire naturelle et il avait charmé les deux vieilles par sa politesse, son tact et ses prévenances.Un soir, il s'assit à la table de whist, et on l\u2019adora.\t, Lorsque grand\u2019mère et ses trois amis s\u2019absorbaient dans la c\tVion de leurs cartes, Paul causait avec Génevotte qui dessinait.11 regardait les petits travaux de la jeune fille, se faisait expliquer, donnait des conseils, montrait des modèles d\u2019enluminures anciennes, dont il avait chez lui uue grande provision.On se séparait à dix heures précises, suivant la'usage, et Paul, pour chass r la tristesse vague qui étreignait son coeur, songeait au sourire du lendemain matin.Mistouline maintenait l\u2019importance de son rôle elle se laissait caresser par Paul et Génevotte.Gela permettait aux deux jeunes gens de se rapprocher l\u2019un de l\u2019autre : il arrivait quelquefois même que leurs doigts tremblants se rencontraient.I n dimanche soir, au moment de partir, Paul, machinalement, tendit la main à Génevotte.Tl s\u2019aperçut aussitôt de sa méprise, mais il était trop tard pour la réparer ; Génevotte avait déjà posé la main dans la sienne.\u2022.Les choses n\u2019en seraient pas restées éternellement à ce point, mais la malignité des langues du voisinage hâta le dénouement.La calomnie, en voulant faire du mal, fit du bien ; cela lui arrive de se tromper, et, p pur elle, erreur n\u2019est pas compte.I.n matin.Paul alla, suivant sa poutu me, tourner une des pages de son \u201cnoyé\u201d la page 223, il s\u2019eu souvient toujours \u2014 et il aperçut Génevotte se précipiter sur sa fenêtre et la fermer aussitôt.Si rapide qu\u2019eût été le mouvement, Paul avait pu remarquer que les yeux de Gévenotte étaient tout rouges, tout gonflés, té moignant de pleurs récemment versés et prédisant des larmes prochaines.TIélas, oui!! Génevotte avait pleuré.Pourquoi?Parce que de mauvaises langues avaient parlé, parce que de vilaines bouches avaient bavé, parce que de mé-cliants rictus erraient sur de méchantes lèvres.Les voisins jasaient, tout simplement.Oh, les voisins! Oh, surtout les voisines ! On s\u2019étonnait que grand\u2019maman reçut régulièrement un jeune homme qui.que.Et surtout les sourires que Génevotte et Paul échangeaient le matin révoltaient la moralité farouche des hôtes de ces lieux.Au nom des bonnes moeurs, on allait protester chez le concierge.Des gens qui ne s\u2019étaient jamais vus devinrent amis du coup en tombant d\u2019accord sur ce point.\u201cAsinus asinum fricat,\u201d dit le latin, et j\u2019ajoute que les méchants sont, parfois des ânes.et.qu\u2019il ne manque point d\u2019ânes méchants.La tache d\u2019huile s\u2019élargit et finit par atteindre grand\u2019maman.Tout d\u2019abord.\\ elle fut trouver Génevotte, la gronda sur sa curiosité \u2018\u2018déplacée\u2019 de son \"manque de tenue\u201d \u2014 la bonne darne répétait machinalement les propos des voisins \u2014- et elle termina sa harangue en défendant à Génevotte de garder sa fenêtre ouverte, de soulever le coin de scs rideaux et de sourire au voisin.Défendre à Génevotte de sourire! G\u2019filait la condamner à pleurer.Génevotte pleura.Puis grand\u2019maman alla trouver Paul, lui raconta ce qui se passait et le pria, au nom de la blanche réputation de Génevotte, de tenir dorénavant une conduite I lus réservée.Paul promit tout ce que grand maman désira ; il n\u2019ouvrirait plus ses fenêtres, poserait des rideaux, et il n\u2019irait plus chez les voisines qu\u2019à des intervalles très espacés, et, seulement lorsque grand\u2019maman le lui ferait dire.Promettre n'est rien.Tenir, c\u2019est beaucoup.Paul voulut tenir sa promesse, et Paul s\u2019ennuya.XVII Et dernier ! Paul s\u2019ennuya à mourir.Alors, sans tarder davantage, il courut chez M.Barnabé.\u2014Si je demandais la main de mademoiselle Génevotte, me la refuserait.on ?Telle est la simple question que Paul voulait poser à M.Barnabé.Mais M.Barnabe n\u2019était pas chez lui.Paul, désolé, rentra donc dans la maison de la rue Tournefort.11 songeait.Et une fois sur le palier du troisième, il n\u2019y tint pus! Volontairement, il se trompa de Ce fut Génevotte qui ouvrit, la bonne étant, en etmrse.L\u2019apparition subite de In jeune fille fit a Paul la stupéfiante impression d\u2019une tête de Méduse.11 avait préparé un éloquent discours qu\u2019il comptait servir tout chaud à grand\u2019mère et, maintenant.il ne trouvait plus un mot.\u2014Vous, monsieur! s\u2019était écriée Génc-votte en reculant d\u2019un pas.H fallait répondre.-\u2014Oui, c est moi!.Je désirerais parler a madame votre grand\u2019mère.et aussi a vous, peut-être ! Je ne sais pas!.Mais rassurez-vous, mademoiselle.Rien de grave!.(\"est pour des livres, d\u2019autres livres, des nouveaux, vous savez, pour classer.H lui semblait que sa langue était faite d une lourde ] iere qu\u2019il ne rcusisssait pas a mouvoir.Ce qui le gênait le plus, c\u2019était Mistouline qui, assise sur l\u2019épaule de Génevotte.le regardait fixement d\u2019un air à la fois moqueur et anxieux.-\u2014Grand mère est là, monsieur! répondait Génevotte d\u2019une voix tremblante.Pau! eut conscience de sa stupidité.Il imagina de dire encore autre chose, quelque chose de doux, de tendre, d\u2019aimable, enfin.Il rassembla son courage et fout, bas : -Vous ne consentiriez pas à m\u2019aider encore pour ce classement, mademoiselle\u2019 dit-il.3883 US 8ÀMBÛÎ C'est tout ce qu 'il -put trouver, Gène' votte baissa les yeux sans répondre et l\u2019introduisit auprès de sa grand\u2019mère.La jeune iille retourna dans son atelier, non pour peindre, mais pour s\u2019interroger.Que se passa-t-il?Mistouline semblait l\u2019avoir deviné, bonne et curieuse bête qui avait été le \u201c Deus ex machina\u201d de toute l\u2019affaire ! Elle ronronnait plus formidablement que jamais, imitant les bourdons des grandes orgues et, calmement, frottait avec de petits cris sa tête velue contre le front soucieux de Génevotte.Enfin, la porte de grand\u2019mère s\u2019ouvrit.\u2014Génevotte ! fit la voix chevrotante, pointue et cassée de grand\u2019maman.\u2014Grand\u2019maman?répondit la jolie voix claire, sonore et fraîche de Génevotte.\u2014Viens un moment!\t! Génevotte se hâta d\u2019obéir à cette invitation.Mistouline suivit sa jeune maîtresse et s\u2019assit majestueusement sur son arrière-train au beau milieu de la Chambre, se pourléchant les babines et dressant scs oreilles comme pour mieux écouter.Paul, dans un coin, .e tenait immobile, tout pâle.Graud\u2019mère, très émue, dit à Génevotte que ce grand jeune homme brun qui se cachait là-bas dans l\u2019ombre serait bien heureux, bien heureux s\u2019il po-uvuit espérer devenir son mari.Alors Paul s\u2019approcha lentement, les larmes aux yeux, tendant la main.Et Génevotte, un peu confuse, mais sans hésitation, posa comme autrefois sa main mignonne dans la sienne.Le mariage fut décidé, et l\u2019on convint tpie : 1.On demeurerait toujours dans la maison tranquille et silencieuse de la rue Tournefort ; 2o.Que grand'mère conserverait son appartement et aurait la garde de Mistouline ; do.Que l\u2019on ji\u2019inviterait pas les voisins à la noce ; 4o.Que comme précédemment, M.Barnabe et les deux vieilles viendraient les jeudis et les dimanches soirs faire leur partie de whist, et que Paul consentirait de temps en temps à prendre place à la table de jeu.En somme, on convint que rien ne serait changé dans les habitudes, sinon, pourtant, que Génevotte ne dessinerait plus que pour s\u2019amuser.Le classement des gros livres occupe suffisamment les loisirs de la jeune femme.C\u2019en est fini des petits pinceaux.et de mou histoire.HISTOIRE DF, DEUX HIBOUX x Le vizir Khafayas, n\u2019osant dire ouvertement au roi, son maître, ce qu\u2019il pensait de son règne, eut recours à une fable.En jour qu\u2019il accompagnait le sultan à la chasse, il lui dit : \u2014Sire, je sais la langue des oiseaux, j\u2019ai le plaisir de comprendre tout ce que disent les rossignols, les moineaux, les pies, et tous les autres habitants de l\u2019air.Le sultan parut étonné : \u2014Serait-ce possible, répondit-il, que vous a lissiez appris le langage des oiseaux ?\u2014Oui, sire, répliqua Khafayas ; un savant derviche me l\u2019a enseigné.Quand il vous plaira, vous en ferez l\u2019épreuve.Comme ils revenaient de la chasse sur la fin du jour, ils aperçurent deux hiboux sur un arbre.Alors, le isultan dit à Khafayas : \u2014Vizir, ji; suis curieux de savoir ce que ces deux hiboux se disent l\u2019un à l\u2019autre, éeoutez-les et rendez-moi compte de leur entretien.Le vizir s\u2019approcha de l\u2019arbre et feignit pendant quelque temps, de prêter une oreille attentive aux deux oiseaux, après quoi, il rejoignit son maître et lui ilit : -\tSire, j\u2019ai entendu une partie de leur conversation, mais dispensez-moi de vous en instruire.Et pourquoi n\u2019osez-vous m\u2019en parler, vizir, s\u2019écria le sultan.-\tSire, dit Khafayas.c\u2019est que ces deux-oiseaux s\u2019entretenaient de Votre Majesté.\u2014Quelle part puis-je avoir à leurs discours?repartit le sultan Mohammed.Ne me cachez rien.Je vous ordonne de me répéter mot pour mot tout ce que vous ayez entendu.\u2014,1e vais donc voit,, obéir.Sire, reprit, le vizir.-L\u2019un de ces hiboux a un fils, et l\u2019autre une fille.Ils veulent les marier.Le père du fils a dit au père de la fille : \u201c\u2014Frère, je consens à ce mariage, pourvu que vous donniez comme dot à votre fille cinquante villages ruinés.\u201c\u2014O frère, a répondu aussitôt le père de la fille, au lieu de cinquante, je vous en laisserai cinq cents si vous voulez.Que Dieu donne bonne et longue vie au sultan Mahmoud.Tant qu\u2019il sera roji de Perse.nous ne manquerons pas de villages ruinés.\u2019 \u2019 Le sultan Mahmoud, qui avait de l\u2019esprit, profita du mensonge ingénieux de son vizir.Tl fit rebâtir les villages ruinés.Il ne songea plus qu\u2019à faire le bonheur de ses peuples et il y travailla avec tant de succès que sa domination devint la plus douce du monde.REPONSE FACILE \u2014Quelle est la distance du soleil à la terre ?\u20141)0 millions de milles, environ.\u2014Comment avez-vous trouvé ce chiffre ?-\u2014Enorme, monsieur.H UE PARAPLUIE La chose se puisse ait café : 1er Consommateur.-\u2014Monsieur, je crois que nous nous sommes déjà rencontrés l\u2019année dernière à ce café.2e Consommateur.\u2014 Vous croyez me reconnaître?1er Consommateur.\u2014 Vous pas, mais votre parapluie.2e Consommateur.\u2014 A mon parap>lnie ! mais je ne l\u2019avais pas à cette époque.1er Consommateur.En effet, mais moi je l\u2019avais.UN CAUCHEMAR Lui.\u2014J\u2019ai rêvé cette nuit que je vous demandais en mariage à votre père.Elle.\u2014Ah! Et qu\u2019a-t-il répondu ?Lui.\u2014Je ne sais pas : Je me suis éveillé brusquement et je inc suis trouvé dégringolé en bas du lit.PAS DE L\u2019UNION \u2014Voici une poule que je pourrais appeler industrieuse.Elle s\u2019exerce à faire deux jours dans un.(Animent: ?\u201411 ne se puisse guère de journée qu\u2019elle ne me ponde un oeuf ou deux piortant deux jaunes.ON S EN DOUTE ! \u2014Eli bien! docteur, comment est.le imr Inde aujourd\u2019hui?\u2014Oh! comme ça, s\u2019il va jusqu\u2019à demain matin, on pourra peut-être le sauver ; dans le cas contraire, tout espoir est perdu ! i IL EN DONNE LA PREUVE \u2014Monsieur le chef, on vient do nous prévenir que l\u2019eni|>loyé Dupont est malade du typhus.\u2014C\u2019est une bien vilaine maladie, par exemple ; mi l\u2019on en meurt, ou l\u2019on devient idiot.Je m\u2019y connais ; je l\u2019ai eue moi-même ! UNE EXCELLENTE RAISON \u2014Avez-vous su que le père Jean-Pierre avait arrêté de fumer?\u2014Non, comment cela?\u2014Ben, vous savez, il a la vue un peu courte, et il a déchargé sa pipe dans un baril de poudre, l\u2019autre jour.ATTRAPE OKI,A ! Un jeune \u201cgommeux\u201d qui poursuivait toutes les jeunes tilles de ses assiduités, en rencontre un jour une fort jolie dans un étroit passage, \u2014Me voici comme Balaam, dit-il, je suis arrêté par un ange.\u2014Et moi, je suis comme l'ange, répliqua la jeune tille, je suis arrêtée par un ftne. 2(1 LE SAMEDI DOULEURS DE MERE Pour les éloigner, Madame H.Bergeron, de Montréal, a la foi la pius absolue dans les PILULES ROUGES et les conseils des Médecins de la Compagnie Chimique Franco-Américaine Lorsqu\u2019ils parlent constamment des incomparables épousés canadiennes et îles mères admirables qu\u2019elles l'ont, les orateurs qui font l\u2019éloge de notre race sont évidemment très aimables et tort Listes, mais il ne faut pas oublier que s\u2019ils tirent une patriotique fierté de ce dévouement à la patrie, ils négligent souvent de songer au prix de quelles épreuves, de quelles souffrances les femmes accomplissent ce devoir qu\u2019elles remplissent si noblement.Le fardeau de la maternité n\u2019est pas une epreuve legere; et si l\u2019on voit souvent chez nous des jeunes femmes pales, epuisees, vieillies avant l\u2019âge, c\u2019est la plupart du temps en raison de la grandeur de coeur et du désintéressement d elles-memes n\\ec lesquels elles obéissent à leur tâelie sociale.\t.Louons-les, c\u2019est très bien; félicitons-les, e est très juste, mais aussi songeons à elles et n\u2019oublions pas que leur avenir et celui de la race dépend des soins que nous saurons leur donner, bougeons que leur râle est lourd et épuisant, renouvelons leurs foi-ees, remontons leur courage et eutourons-les d un soin jaloux.Pour les femmes débiles et faibles, pour les jeunes meres, il u\u2019est pas de remèdes plus efficaces que les Pilules Rouges, il n\u2019existe pas de tonique plus prompt, de médicament régénérateur plus parfait.\t.Les Pilules Rouges, c\u2019est la force qui s infiltre dans le sanD; la vigueur qui coule dans les veines; la vie qui grimpe le long ^Jeunes*'mères qui relevez de maladie, prenez les Pilules Rouges et vous aurez de prompts rétablissements des relevailles heureuses, devant vous s\u2019ouvrira un avenir heureux.En voici la preuve,\t.\t, \u2022 ,\t.Lisez le témoignage suivant d\u2019une femme qui a essaye et qui sait:\t-1,1\u2014 Messieurs, Je suis bien heureuse de pouvoir vous écrire aujourd\u2019hui que ma santé est complètement revenue après les épreuves repetees que j\u2019avais subies et auxquelles j\u2019ai bien souvent craint de succomber.La source de mon mal, vous la connaissez et je vous l\u2019ai indiquée, puisque je vous l\u2019ai dite après avoir consulte inutilement plusieurs médecins qui n\u2019ont rien pu faire pour moi.A l\u2019origine de tous mes troubles, il y a ces maternités irequentes qui me laissaient sans force et impuissante a reagir.Chaque fois j\u2019étais de plus en plus faible et les médecins ne me donnaient rien pour me fortifier ; aussi, tout mon système etait-u détraqué, déséquilibré.L\u2019estomac surtout me taisait terriblement souffrir.La moindre impression de froid, la plus petite emotion, une digestion difficile ou mauvaise tout éveillait en moi des crampes insupportables et je me sentais comme une barre dans l\u2019estomac.J\u2019avais aussitôt mauvaise haleine, les yeux cernes et le teint jaune et les traits tirés.Parfois j\u2019avais des élancements si épouvantables que je ne pouvais pas rester en place; mes muscles avaient des contractions si violentes que tout mon corps eu éprouvait des soubresauts.La poitrine se soulevait et j avais des étouffements angoissants.Ces crises duraient plus ou moins longtemps, quelquefois des heures entières.1 ariois elles disparaissaient un moment puis revenaient plus f ortes.Naturellement elles me laissaient dans une faiblesse extreme et le pire e est que mon médecin n\u2019y voyait aucun remede.Ma lassitude était extrême j\u2019avais de violents maux de tête, des migraines tenaces et une insomnie invincible.Eu somme, je ne vivais pas, je me traînais.J\u2019étais toujours trop faible pour rien faire a la maison et pour me livrer aux travaux du ménage les plus légers.J étais fatiguée de m\u2019entendre dire de tout côté que j\u2019étais pale, que j\u2019étais malade et que je devrais faire quelque chose! Je ne mangeais que très peu et sans le moindre appétit et je u avais de goût à rien et pour rien parce que je me sentais toujours mal a l\u2019aise.J\u2019avais continuellement un malaise quelconque, soit des crampes d\u2019estomac, ou des bourdonnements d\u2019oreilles, soit encore des maux de reins.' \" : MADAME HORMISDAS BERGERON, 156 rue Montcalm, Montréal.J\u2019ai été dans cet état jusqu\u2019à il y a deux ans où j\u2019ai decide de consulter les médecins spécialistes de votre compagnie et je bénis le jour où j\u2019ai eu cette lumineuse inspiration: c\u2019est ce qui m\u2019a sauvée!\t.Dès la troisième boîte de Pilules Rouges j ai senti un mieux sensible qui n\u2019a fait que s\u2019accentuer.J\u2019ai repris des forces îapi-dement et ma pâleur a disparu.Mon appétit est revenu et avec l\u2019appétit la force et l\u2019énergie.Au bout de peu de temps, les gens ont commencé à me complimenter sur ma .bonne mine et mon entrain.Le sang a recommencé à circuler dans mes veines, je me suis sentie plus libre dans mes mouvements, plus gaie, plus active.J\u2019ai pris dix-huit boîtes de Pilules Rouges, sans m\u2019arrêter et je me suis trouvée parfaitement guérie Depuis lors, lorsque j\u2019ai à passer par les épreuves de la maternité, c\u2019est aux Pilules Rouges seulement que je veux avoir recours ponr ine rétablir, j\u2019y ai la foi la plus absolue, car elles m\u2019ont sauvée comme elles sauveront toutes les femmes qui y mettront leur confiance.Les Pilules Rouges donnent la santé et la vie, c\u2019est-à-dire qu\u2019elles rendent les mères heureuses et fortes.Votre devouee, Dame HORMISDAS BERGERON, 15G rue Montcalm, Montréal.CONSULTATIONS GRATUITES.\u2014Les Médecins de la Compagnie Chimique Franco-Américaine sont à la disposition de toutes les femmes malades; toutes peuvent profiter de leur expérience et se renseigner parfaitement sur leur état sans qu\u2019il leur en coûte un sou.Les malades qui ne peuvent aller voir nos médecins, sont invitées à leur écrire.Consultations tous les jours, excepté le dimanche, de fi heures du matin, à 8 heures du soir, au No 274 rue Saint-Denis, Montréal.Les Pilules Rouges, jamais vendues autrement qu\u2019en boîtes de 50 pilules et portant l\u2019étiquette de la Compagnie Chimique Franco-Américaine, se trouvent chez tous les marchands de remèdes.Nous les envoyons aussi, par la poste, au Canada et aux Etats-Unis, sur réception du prix, 50c pour une boîte, $2.50 pour six boîtes.Toutes les lettres doivent être adressées: COMPAGNIE CHIMIQUE FR AN CO-AMERICAINE, 274 rue Saint-Denis, Montréal. CASSE-TETE CHINOIS DU SAMEDI No 795 Tète d\u2019enfant Liste des concurrents: MONTREAL Mmes E Cabana, L Cartier, A Cas-grain, J Dauphinais, B Desmarais, M Dupont, J A Emond, J F Frazer, F E Huot, H Lapointe, R Roy, A Sicotte, J Touehet-te, Mlles J Alarie, M L Aubrée, G Ber-thiaume, Bigaouette, B Coruolli, C De-lisle, MM W Asselin, L Carrières, A Dou-cet, A Dagenais, O Dubuc, F J Lagadec, J E R Leduc, A Marcotte, E Poirier, E St-Pierre, W Turgeon, Montréal.CANADA M P Choquette, Beloeil; Mme U Gauthier, M R Gauthier, Chateauguay; M R Lajoie, Coaticook; Mile E Belee, Cobalt; M E Gamache, Dessaint ; Mlle U Rivard, Fraserville ; Mlle -M llould, Gentilly; Mlle M Roy, Grand Rang; Mlle B Roberge, Lévis; Mlle L Gauthier, Lorette; Mlle -M Guay, Nominingue ; Mmes P Bellan, J N Landreville, Mlles L Frechette, A Morin, Ottawa ; Mlle E Brochu, Riv Famine.Mme G Audette, A Cliché, L A Côté, E Desrosiers, Mlles A Boulet, R Voizelle, MM R Lavoie, M Roussel, M St-Pierre, J O Carneau, Québec; M A Laliberté, St-An-selme; M C Côté, St-Clément; Mlle L Legendre, St-Flavien; Mme J M Fortin, St-Lsidore; Mlle M T Ethier, Ste-Scholasti-9a rue Giand Tronc, Pointe St-Oharles, Montréal.BRUNE, gaie, sérieuse en son temps, veuve depuis C ans.désire corresp.avec un homme intelligent et bon.But: écrivez, après on verra.Mad.F rancoeur, Station B., Montréal, Canada.\t1 > i JEUNE FILLE, 10 printemps, désire corresp.par c.p.avec messieurs du monde entier.Cécile Bienvenue, 86 Lewis St., Fall River, Mass.276 JEUNE FILLE blonde, 18 ans, désire échanger c.p., de préférence en anglais, avec jeune homme de 18 à 22.But: l'avenir le dira.Eva Bouchard, 70 Howard St, Lowell, 'Mass.DAME ayant quelques mille piastres.désire corresp.avec monsieur, veuf ou céidbataire, de 50 à 55 ans.But sérieux.A.Laflouceur, Laprai-rie, P.Q-\t281 JEUNE HOMME brun, 25 ans, aimerait corresp.avec jeunes filles du monde entier.But: se faire une amie.Rép.assurée à tous Jean Pau Robert, 255 Bleury, Montréal.282 MiE VOICI de retour, jeunes filles, arrivé de voyage, je demande à toutes mes correspondantes, anciennes et nouvelles, de vouloir bien me distraire.Aux nouvelles correspondantes attention!!! J\u2019ai 21 ans, blond, yeux bleus, oaractère sérieux.Cessez badinage! René Gravel, St-Lambert, Co Cbambly, P.Q.WM JEUNE HOMME distingué, sérieux, désire corresp: par e.p, soua env.avec jeune demoiselle de bonne famille, de 18 à 22 ans.But: se faire une amie.E.Beaugrand, -9 Burnett, Montréal.\t\u201c,J CANADIEN, 35 ans, bonne posi lion, désire corresp.avec dames ou demoiselles de 24 à 35.But: se faire une amie.Réponse assurée à tous.Arthur Bello, 064 Ste-Catherine Est, Montréal.\t-8\u2019J JEUNE Sorellolse, 19 ans, blonde, veux bleus, désire corresp.avec jeune garçon du monde entier.Rép.assurée.Yvette Laprade, Sorel.-°5 LASSE, déçu par une vie monotone, un jeune Français, cherche une aimable correspondante, qui voudrait bien entreprendre de charmer sa solitude.E.H.M., 29 Church St Ottawa, P.O.__________________ _ DIVERS \u2014 MADAME AMEDEE, Phrénalo- o-iste, Physionomiste, Cartomancienne.Palmiste, autrefois de la rue Berri, vraie française parisienne, iiar sa puissante mystique, soulève le voile des secrets les plus intimes de la vie de chacun, elle vous indiquera la manière d\u2019être heureux et évitera aussi bien des troubles et des ennuis.Une visite vous convaincra de sa science.Heures du bureau.9 hrs a ni , â 9 hrs p.m.Prix de cou-sultation: $1.00, $2.00 en montant.63 années d\u2019expérience.Ne pas faire erreur des soi-disant Mme Aiué-dée.Adresse: 165 Orléans, 2e porte de la rue Adam.Maisonneuve, Ville.PALMISTE INTUITIVE.Madame Carolus, parisienne, dit le passé, le présent et l\u2019avenir d\u2019une personne et si elle deviendra veuve ou non.Mme Carolus, cartomancienne, faisant les grands Tarots Egyptiens qui contiennent 78 cartes dans le jeu.Recevra à son salon de consultation, de 9 heures du matin à 9 heures du soir, excepté le dimanche.Prix de consultation: 25c, 50c, $1.00.18 8 Pie TX, Maisonneuve, 3e étage.170 Mlle GREGOIRE, cartomancienne française, faisant les grands tarots français pour dames et messieurs dit le passé, le présent et l'avenir, de 9 hrs a.m.à 9 hrs p.m., 616 St-Christophe, Montréal,\t22 7 CARTOMANCIENNE, disant le passé, le présent, l\u2019avenir, si vous allez devenir veuve.Consultation: de 9 a.mi.â 9 p.m., 50c, $1.00.Mme Luza, 252 Ste-Catherine Est, autrefois à 153 Bout'bonnière, Maisonneuve.\t1T4 PROF.ROMULUS, Clairvoyant renommé, lit le passé, le présent, le futur, reçoit de 9 à 6.137 Orléans, Maisonneuve.VOULEZ-VOUS être jolie malgré le vent ou île soleil?Demandez un paquet dessai de \u201cBlanchie\u201d, prix 1 2 cents.Franco avec superbe catalogue E.Hartman, 385 ave Mt-Royal Est, Montréal.\t284 100 TIMBRES différents, Mauritius, Mexique, Mozambique, Nicaragua, Norvège, Paraguay, Patiola, Perse, Ponta-Delgada, Porto-Rico, etc., 5 coupons, le Philatéliste avec prime seulement 2 5c.Montreal Stamp Exchange, 1 Dumarais, Montréal.\t255 POUR 10c seulement nous vous enverrons 2 5 Belles Cartes de visite Blanche, imprimé à votre nom.Adresse 5c en plus.Timbres pas acceptés.P.Desplaines, 6C Clinton St, Woonsocket, R.1.\t286 ATTENTION! Magie Blanche.Demandez aujourd\u2019hui la carte volante, facile et amusante.Prix 5c, Franco avec catalogue de Physique abusante, magie, etc.Ecrivez aujourd\u2019hui.L.Vinet, 572 Drolet, Montréal, P.Q.\t287 AVEZ-VOUS à vendre collection de timbres, sous, médaille-souvenir ou militaire.Ecrivez-nous ; nous payons le plus haut prix possible.Union Stamp & Coin, St-Roch, Québec.\t2ai 1 1 î l LE SAMEDI UNE SIRENE Conte \u2022___ (Suite et fin) \u201c Vous êtes,\u201d dit le Prince, \u201ccelle qui m\u2019a sauvé lorsque je gisais comme un cadavre sur la grève.\u201d Et il serra dans ses bras sa fiancée rougissante.\u201cOh! je suis réellement trop heureux!\u201d dit-il à la petite sirène.\u201cMes voeux les plus chers et les plus audacieux sont comblés.Tu te réjouiras de mon bonheur, car tu m\u2019es plus attachée (pie tous les autres.\u201d La petite sirène lui baisa la main, et il lui sembla que son coeur se déchirait déjà.Mais ce n\u2019était qu\u2019après le mariage qu\u2019elle mourrait réellement et se-changerait en écume marine.Toutes les cloches de toutes les églises sonnaient joyeusement et les hérauts de la Cour parcouraient les rues, annonçant les fiançailles.Les jeunes mariés unirent leurs mains devant l\u2019autel et reçurent la bénédiction de l'Evêque.La petite sirène avait une toilette de soie brochée d\u2019or ; c\u2019était elle qui portait lu queue de la robe de la mariée ; mais ses oreilles étaient sourdes aux accords de la musique de fête, et ses yeux ne virent point la cérémonie sacrée.Repliée sur elle-même, elle considérait tout ce qu\u2019elle avait perdu.Après le mariage.Le soir même du mariage, les nouveaux époux montèrent à bord du vaisseau.Les canons tonnaient : les drapeaux flottaient au vent.Au milieu du navire était une tente de pourpre et d\u2019or, garnie des plus riches et des plus moelleux coussins, où le jeune couple devait dormir pendant la nuit fraîche et tranquille.Le vent gonfla les voiles et le vaisseau glissa doucement sur la mer brillante.Lorsqu\u2019il fit sombre, on alluma des lanternes de diverses couleurs et les matelots dansèrent gaiement sur le pont.La petite sirène pensait que la première fois qu\u2019elle était venue à la surface, elle avait été témoin de splendeurs et de réjouissances semblables.Elle y prenait part cette fois, ipii était la dernière ; elle tourbillonnait dans la danse, se posant un instant I our repartir ensuite, comme une hiron-de\u2019le chassée.Elle arrachait à tout le monde des cris d\u2019admiration, car jamais elle n\u2019avait dansé si bien.Ses pieds lui faisaient le même mal que si des couteaux affilés les coupaient ; mais elle n\u2019y prêtait aucune attention : la douleur de son coeur était plus Aiguë.Elle savait que c\u2019était le dernier soir qu\u2019elle voyait le Prince.qu\u2019e\u2019le contemplait la mer profonde et le ciel étoilé ; une nuit sans fin l\u2019attendait, car elle n\u2019avait pas une âme immortelle ni la possibilité d\u2019en gagner une.Cependant tout fut joie et gaîté à bord jusqu\u2019à minuit et au delà, et elle rit et dansa, malgré la pensée de la mort qu\u2019elle ayait au coeur.Enfin le Prince, donnant un baiser à sa belle épouse, lui prit le bras et se retira avec elle sous la tente royale.Les Soeurs se montrent encore une fois.Sur le vaisseau toiÿj, était devenu tranquille ; le timonier seul était à la barre.La petite sirène appuyait ses bras blancs sur le bastingage et regardait à l\u2019Orient, où l\u2019aurore rose allait poindre.Le premier rayon du soleil marquerait l\u2019instant de sa mort.Elle vit alors ses soeurs s\u2019élever du milieu des vagues ; elles étaient aussi pâles 'qu\u2019elle ; leurs beaux cheveux ne flottaient plus au vent ; ils avaient ôté coupés.\u201c Nous les avons donnés à la sorcière,\u201d Elle alla retrouver les filles de l\u2019air.qui nous a donné en retour un couteau.Le voici.Il faut qu\u2019avant le lever du soleil, tu le plonges dans le coeur du Prince, et, lorsque le sang tout chaud coulera à tes pieds, dirent-elles, \u201cpour qu\u2019elle te secoure et que tu ne meures pas cette nuit.Ceux-ci se réunirent pour former de nouveau une quelle de poisson et tu redeviendras une sirène, et tu pourras redescendre avec nous et vivre tes trois cents années, avant d\u2019être changée en un inerte flocon d\u2019écume.Dépêche-toi.L\u2019un des deux doit inourir avant le lever du soleil, lui ou toi.Notre grand\u2019mère se désole et son chagrin est si grand qu\u2019elle a laissé, elle aus-'si, tondre ses cheveux blancs par les ciseaux de la sorcière.Tue le Prince et reviens! Fais vite! Ne vois-tu pas déjà des bandes rouges dans le ciel ! Dans quelques instants, le soleil paraîtra et il te faudra mourir.\u201d IM» Elles poussèrent un profond soupir et s\u2019enfoncèrent sous les vagues.L\u2019amour qui n\u2019ost pas égoïste La petite sirène écarta le riche tapis qui fermait la tente et, regardant à l\u2019intérieur, vit la belle épouse endormie, la tête sur la poitrine du Prince.Elle s\u2019approcha, se pencha, baisa le front pur de son bien-aimé, jeta un regard au ciel que l\u2019aube envahissait rapidement, considéra le couteau aigu et reporta ses yeux sur le Prince qui, dans son rêve, appelait sa jeune épouse par son nom.Elle seule était dans sa pensée : le couteau trembla dans la main de la sirène.Mais presque aussitôt, elle le lança dans la mer aussi loin qu\u2019elle put.A la place où il tomba, les vagues brillèrent d\u2019un éclat rouge ; il semblait que des gouttes de sang eussent jailli de l\u2019eau.La petite sirène appuya longuement un dernier regard d\u2019amour et de.regret sur le Prince et se précipita du haut du vaisseau dans l\u2019Océan, où e lie pensa que son corps se fondait en écume.A ce moment le soleil sortait des flots.Ses rayons tombèrent doux et chauds, sur la tête écumeuse des vagues, et la petite sirène n\u2019eut pas du tout la sensation de la mort.Elle voyait l\u2019astre éclatant et des centaines de formes glorieuses et transparentes qui flottaient dans l\u2019ait au-dessus d\u2019elle; elle voyait aussi les voiles blanches du navire, que la lumière de l\u2019Orient teintait de rose.Il y avait dans l\u2019air une musique ; c\u2019était le langage de ces formes vaporeuses, langage d\u2019une délicatesse si ténue qu\u2019aucune oreille humaine ne pouvait la percevoir, non plus qu\u2019aucun oeil humain ne pouvait les distinguer ellesmêmes.La petite sirène reconnut qu\u2019elle avait maintenant un corps semblable aux leurs, et que graduellement elle s\u2019élevait hors de l\u2019écume.Où vais-je?\u201d demanda-t-elle, et sa voix, comme celle des formes glorieuses, était trop délicatement étliérée pour pouvoir être reproduite ou notée par une musique terrestre.Ce que les Filles de l\u2019Air dirent à la petite Sirène \u2014\u201cVers les Filles de \u2019\u2019Air!\u201d lui répondit-on.\u201cUne sirène n\u2019a pas d\u2019âme immortelle et ne peut en recevoir, si elle ne gagne l\u2019amour d\u2019un homme.Les Filles de l\u2019Air, elles non plus, n\u2019ont pas d\u2019âme immortelle ; mais par leurs bonnes actions, elles peuvent s\u2019en créer une.Nous volons vers les pays chauds, où l\u2019air embrasé tue !es humains comme un poison ; l\u2019éventail de nos ailes le rafraîchit ; nous y répandons le parfum salubre \"des fleurs ; nous y apportons la guérison et la vie.Quand nous nous sommes évertués pendant trois cents ans à faire tout le bien que nous pouvons, nous recevons alors une âme immortelle et nous avons notre part dans les béatitudes de l\u2019éternité.Pauvre petite sirène, tu t\u2019es efforcée de tout ton coeur de faire ce que nous faisons ; tu as accepté tes maux, tes épreuves en patience, et voici que tu t\u2019élèves au rang des esprits qui peuplent l\u2019air et q ne tu peux, après trois 30 LE SAMEDI cents ans d\u2019oeuvres méritoires, gagner une âme immortelle.\u201d Alors la petite sirène leva ses yeux bril-lunts vers le soleil et, pour la première fois, elle sentit des pleurs sur ses joues.Le Bonheur qu\u2019on trouve à faire le Bien.Cependant, sur le vaisseau, tout était de nouveau vie et mouvement.Elle vit le Prince et sa jeune épouse qui la cherchaient et qui regardaient tristement l\u2019écume étincelante, comme s\u2019ils savaient qu\u2019elle s\u2019était jetée dans les vagues.Invi-sible, elle baisa au front la jeune femme, elle éventa le Prince de son aile, puis elle s\u2019éleva avec les autres Enfants de l\u2019Air 'sur un nuage rose qui s\u2019en allait à travers le ciel.i \u201c C\u2019est ainsi,\u201d lui dirent ses compa- gnes, \u2018\u2018que dans trois cents ans nous serons portées au royaume de l\u2019Eternité.\" \u2014\u2018\u2018A moins que nous ne puissions y parvenir plus tôt,\u201d lui murmura a l\u2019o reille une des Filles de l\u2019Air.\u201cNous- flottons invisibles dans l\u2019intérieur des maisons, et chaque fois que nous trouvons un enfant sage qui fait la joie de ses parents et qui mérite leur amour, notre temps d\u2019épreuve est abrégé.L\u2019enfant ne sait pas pas quand nous pénétrons dans sa chambre ; mais si sa conduite fait venir à nos lèvres un sourire de satisfaction, c\u2019est une année qui se retranche de nos trois cents ans d\u2019attente.Si, fiu contraire, nous rencontrons un enfant dont le mauvais caractère et les méchancetés nous obligent à verser des larmes de chagrin, chacune de ces larmes ajoute un jour au temps pendant, lequel nous avons à languir.\u201d LA COLOMNIE Conte Un jeune homme, à la figure souffreteuse et au corps difforme, se tient caché derrière un arbre et contemple avidement les fenêtres de la belle Lucienna.Cet infirme est Bosco, et le malheureux est amoureux de la jolie jeune tille.Mais Lucienna ne pense guère au pauvre Bosco.Elle s\u2019est mise à la fenêtre et regarde eu souriant d\u2019un autre côté.Soudain, elle rougit et le galop d\u2019un cheval se rapproche.Alors apparaît Rodrigo, beau et noble gentilhomme.11 ne peut retenir un certain trouble, et, en passant devant la maison, il salue courtoisement la jeune fille à qui il lance un regard d\u2019amoureuse emotion.Pendant de longues semaines, Bosco assista, caché, à ce manège qui lui dévorait le coeur.Enfin, un jour, il vit arriver le gentilhomme accompagné d\u2019un vieillard.Ils ressortirent joyeux.Bosco comprit, tout.Rodrigo venait d\u2019être fiancé a la jeune fille.Fou de rage, Bosco rentra chez lui.Il ne savait comment crier sa colère et sa haine contre Rodrigo.11 prit une plume et écrivit toutes les méchancetés qui lui passaient par la tête à l\u2019adresse de son rival heureux.-Ah ! murmurait-il en regardant la nuit étoilée, si je pouvais envoyer ces lignes terribles à Lucienna, si je pouvais infiltrer dans son coeur le doute ; quelle joie serait la mienne! \u2014 A ce moment,un bruit singulier le fit retourner.Alors, il aperçut sur sa table un énorme serpent, mais avec une tête de vieille femme méchante à la langue de vipère rampant sur le papier.Elle se jeta dessus et en moins d\u2019un instant elle l\u2019eut dévore.Bosco poussa un rugissement de colère.L\u2019animal étrange s\u2019approcha de Bosco un peu effrayé et lui dit : \u201cN\u2019aie pas peur, je suis ton amie.Si tu as un ennemi, je te vengerai.Désigne-le-moi, et, dussé-je périr même dans la lutte, il sera à jamais perdu dans l\u2019esprit des humains.Bosco comprit que ce génie du mal n\u2019agirait que par des moyens perfides.Il se confia néanmoins à lui et lui désigna Rodrigo comme ennemi.Il conduisit donc le femme-serpent derrière l\u2019arbre et attendit que son rival arrivât.Lucienna, qui avait vu de loin arriver son fiancé, vint l\u2019attendre à la porte.Rodrigo, vêtu magnifiquement, s\u2019avançait pressant le pas.Les amoureux sommaient, en proie au plus parfait bonheur.A ce moment, la femme-serpent sortit doucement du fourré où elle se tenait blottie, s\u2019avança en rampant jusqu\u2019à une petite flaque d\u2019eau boueuse près de laquelle le jeune homme passait, et de ses deux mains gigantesques elle fit jaillir la boue.Le jeune homme en fut instantanément couvert.Il apparut tel un spectre gluant, Lucienna, à cette apparition soudaine, s\u2019évanouie.Quant au serpent, il avait disparu.Rodrigo revint chez lui confus et inquiet.Il ne lui fallut pas moins de la journée pour se débarrasser de cette boue gluante qui s\u2019imprégnait dans la peau.Le lendemain, il revint chez Lucienna.Mais, mé- fiant, il avança avec précautions.Aussi aperçut'il, du coin de l\u2019oeil, la femme-serpent qui le luivait en rampant.11 ne lui laissa pas le temps de recommencer son infâme travail.Et, après une courte lutte, il la tua ; mais l\u2019animal, dans la lutte, avait réussi de scs mains sales à couvrir de boue le riche manteau du jeune homme.11 s\u2019en débarrassa et le jeta au loin.11 vint auprès de Lucienna et lui raconta ce qui s\u2019était passé.La jeune fille le félicita, mais soudain s\u2019arrêta gênée.Rodrigo se regarda dans une glace de poche, il s\u2019aperçut que la femme-serpent avait réussi à lui mettre an front une tache de boue qui, chose étrange, affectait, la forme d\u2019une fleur.Le jeune homme mouilla son mouchoir et essaya d\u2019enlever cette tache.Mais, loin de disparaître, la fleur noire s\u2019épaississait et grandissait.Saisi d\u2019une émotion compréhensible, Rodrigo s\u2019excusa auprès de Lucienna inquiète et retourna vivement chez lui.11 essaya de se laver avec les liquides les plus énergiques, vit les chimistes les plus distingués, (pii essayèrent des remèdes les plus efficaces.11 essaya tout.Rien n\u2019y faisait.La tache grandissait et couvrait maintenant tout le visage.Comprenant qu\u2019il était la victime de la magie et que rien ne pouvait l\u2019en délivrer, il fut désespéré à l\u2019idée de ne pouvoir plus reparaître devant Lucienna.11 ne lui restait donc qu\u2019à mourir.Alors il se dirigea vers un bassin profond, et, après avoir envoyé un suprême adieu à Lucienna, il se prépara à mourir.Il était épié sans le savoir par Bosco cpii l\u2019avait suivi, heureux de voir combien il était vengé.Cependant, en voyant la douleur profonde de son rival, son immense malheur qu\u2019il n\u2019avait pas mérité.il ne put retenir des larmes de repentir.Celles-ci tombèrent dans l\u2019encrier qu\u2019il portait à sa ceinture, et qui, dès lors, fut rempli d\u2019un liquide cristallin.Poussé par une force inconnue, il s\u2019avança vers Rodrigo et lui dit : \u201c-Te connais le remède magique de vos maux.\u201d Et humectant sa plume du liquide mystérieux, il effaça la fleur de boue.Et.avant que Rodrigo ait pu le remercier, il se sauva.Quelques jours après, caché derrière un pilier, il assistait au mariage de Rodrigo et de Lucienna, et comprit, (£i voyant tout le bonheur qui régnait dans cette assemblée, quelle horrible action il avait commise eu jetant sur son rival le serpent malfaisant qui s\u2019était donné à lui.Pour expier et pour oublier son amour pour Lucienna, Bosco s\u2019est fait ermite.Tl raconte son histoire aux jeunes gens désabusés et leur prouve que la calomnie est une arme basse et lâche, qni peut causer de grands malheurs sans pour cela améliorer le sort de l\u2019envieux qui s\u2019en sert.PIN LE SAMEDI .il TRIBUNE FEMININE Æk Chroniquette BEAUTE ET BONTE FAITES VOTEE BEURRE VOUS-MEMES THE belle, n\u2019est pas à la portée de toutes les femmes, mais toutes vous pouvez être jolies.\u2014Vous brûlez du désir de connaître mon secret, je veux bien vous le dire, mais n\u2019allez pas le répéter au moins.\u2014\u201cLa beauté féminine, eette qualité souveraine, qui subjugue et éblouit, est une chose si périssable et éphémère qu\u2019un rien peut la détruire.La maladie, un accident, une trop grande douleur morale, la vieillesse, flétrissent ces traits qui faisait votre orgueil, et détruisent à jamais votre pouvoir fascinateur.Car, il n\u2019y a lias à dire la femme jolie plaît toujours.Les grincheux deviennent galants pour elle, et petit comme grand .s\u2019incline devant eette souveraine \u201cLa Beauté\u201d.Mon conseil s\u2019adresse plus particulièrement à celle envers qui Dame Nature s\u2019est montrée par trop mesquine.A celle-là.je dirai à défaut d\u2019un profil régulier comme une médaille antique, à défaut de deux grands yeux de flamme, d\u2019un teint éblouissant, je dirai, soyez bonne et vous serez belle.Que dans vos yeux se lise la noblesse de votre âme, 'la tendre sensibilité de votre coeur de femme.Que votre sourire ait pour le malheureux déshérité delà fortune et du bonheur l\u2019éclat d\u2019un rayon de soleil après un ciel d\u2019orage, et vous serez plus que jolie.vous serez charmante.A celle de mes soeurs, mieux favorisées sous le rapport de ee don divin, je dirai également : Ajoutez à votre charme déjà si grand, celui si puissant de eette même bonté, et vous serez irrésistible.Et plus tard, lorsque la vieillesse ou la douleur auront imprimé leur stigmate sur votre front, vous conserverez ee pouvoir mystérieux et séduisant, qui fait d\u2019une femme, un être de rêve et d\u2019amour.On vous aimera parce que vous serez bonne.C\u2019est là, mon conseil, si vous le suivez, vous serez plus belle, foi de BLUETTE.-o- POUR LES RIDES DES MAINS Essayez, aussitôt les mains lavées, de les couvrir d\u2019une légère couche d\u2019une bonne crème à base do glycérine.Au bout d\u2019un quart d\u2019heure, essuyez légèrement et sans frotter afin qu\u2019il, puisse rester un peu de crème.ATTENTION A LA DESCENTE! On a beau prendre des précautions, il arrive trop souvent, quand même, qu\u2019un accident a lieu, lorsqu\u2019on descend, le soir, d\u2019automobile.L\u2019oeil, ébloui par le fanal d\u2019avant, ne peut distinguer le sol et, fréquemment, on pose le pied sur un caillou dont la sensation n\u2019a rien d\u2019agréable, voire dans autre chose dont le contact est encore moins satisfaisant.disons, par exemple, une flaque d\u2019eau.C\u2019est en songeant à cet inconvénient, qu\u2019un ingénieux industriel a eu l\u2019idée de munir sa voiture d\u2019une lampe éclairant le marche-pied et le chemin comme notre photographie l\u2019indique.Cette lampe qui s\u2019allume automatiquement lorsque la porte s\u2019ouvre et s\u2019éteint lorsqu\u2019elle se ferme, a certainement préservé de la souillure bien des jolies chaussures.Ceci justifie l\u2019accueil favorable fait, en Angleterre, à cette invention que nous verrons, espérons-le, sous peu à Montréal.Et il vous coûtera moins »*licr tout en étant meilleur! Fabriquez, si vous avez quelques aptitudes pour la menuiserie ou faites-le faire, pour un prix modique, l\u2019appareil ci-contre.La gravure, mieux que toute définition, explique comment s\u2019y prendre.Quelques planches, un peu de fil de fer résistant, des clous et une bouteille à lait, voilà tout les matériaux nécessaires pour obtenir une \u201cbaratte\u201d dans laquelle vous mettrez de la crème ordinaire.Quelques minutes simplement pendant lesquelles vous actionnez le petit volant de côté et votre beurre est fait.Vous serez sûre que celui-là sera réellement frais.POUR CONNAITRE LES VRAIS DIAMANTS Voici un petit truc qu\u2019on dit infaillible: Séchez soigneusement la pierre à examiner; puis, laissez tomber dessus une toute petite gouttelette d\u2019eau.Lorsque vous aurez réussi à bien placer cette gouttelette en équilibre, soulevez-la avec la pointe d\u2019une aiguille.Si le diamant est vrai, elle conservera sa forme sphérique.Au contraire, elle se dispersera et s\u2019étalera si la pierre est fausse.Encore un autre système, à la portée de tous: faites un point d\u2019encre sur un papier, puis regardez-le avec une loupe en intercalant la pierre que vous voulez vérifier.Si vous avez affaire à un diamant véritable, le point apparaîtra aussi clair et aussi net que si vous le regardiez directement.Au contraire, s\u2019il s\u2019agit d\u2019une pierre fausse, ou vous verrez plusieurs points, ou celui-ci sera déchiqueté ou brisé par la réfraction inégale des.rayons lumineux à travers un bloc de verre.\t/ LES PARFUMS Aiiur.z-vous.mesdames, à vous parfumer?.Sans doute, n'est-ce pas, comme tout le monde, plus on moins?Alors écoutez ceci: Le docteur Sampson, un Américain, a noté les remarques faites en vingt-trois ans d\u2019observations sur cent jeunes filles qui se parfument.Il ressort do son système que les parfums provoquent des modifications, non seulement sur les sens, mais encore sur l\u2019esprit.Ainsi, un traitement par le \u201cmusc\u201d développe chez la femme l\u2019a mabilité.Les jeunes filles soumises à l\u2019influence de la \u201crose\u201d deviennent effrontées, hautaines, querelleuses et avares.Le \u201cgéranium\u201d provoque la hardiesse dans le caractère.La \u201cviolette\u201d prédispose à la piété, la dévotion.Le \u201cbenjoin\u201d porte à la rêverie, à la poésie, à l\u2019inconstance.La \u201cmenthe\u201d développe la ruse.\u201cL\u2019ambre\u201d allume l\u2019inspiration artistique.Le \u201ccamphre\u201d abrutit.L\u2019\u201copoponax\u201d prédispose à la folie.Là s\u2019arrête les remarques du docteur.Jugez maintenant, mesdames, quel parfum vous devez choisir si vous voulez réaliser vos rêves secrets!.TACHES D\u2019ENCRE SUR ETOFFES FRAGILES Pour enlever des taches d\u2019encre sur un mouchoir finement ajouré, il suffit de frotter les taches avec une moitié de citon, puis rincer à l\u2019eau tiède.On peut aussi se servir d\u2019alcool si c\u2019est de l\u2019encre violette et rincer aussi à l\u2019eau tiède.Le lait, ordinairement, réussit fort, bien, mais point n\u2019est besoin qu\u2019il soit bouillant, on se contente de laisser tremper l\u2019objet taché plusieurs heures dans le lait et, ensuite, on rince à l\u2019eau bien chaude.Ces trois recettes ont été expérimentées avec succès.Cousine Rolande.ÏKpÀÆit.WT\u2019 SW ¦ BI smp S2 LE SAMEDI IL N\u2019Y A PLUS DE MOUTARDS.Elle.\u2014Est-ce vraiment de l\u2019amour que vous avez ipour moi?Lui.\u2014Les 'femmes n\u2019ont jamais confiance; c\u2019était bien la peine que pour venir au rendez-vous je risque de recevoir une fessée de papa qui me faisait rester à la 'maison par punition! LE LIMAÇON Le limaçon, ainsi nommé à cause de la lenteur avec laquelle il se déplace, est cornu comme un boeuf et visqueux comme un solliciteur.Une croyance populaire veut qu\u2019il soit borgne.Rien n\u2019est moins prouvé.Il habite une maison qui est tenue de le suivre partout où il lui plaît de résider.On doit donc de le ranger dans la catégorie des animaux forains, sans affirmer pour cela qu\u2019il tient un manège de chevaux de bois.L\u2019escargot n\u2019a pas de pattes.Elles lui seraient d\u2019ailleurs parfaitement inutiles puisqu\u2019il a pris l\u2019habitude de se déplacer en rampant.Il est atteint d\u2019une grave infirmité: il bave.Et il bave non pas seulement quand il fait ses dents ou quand il les a perdues, mais durant toute sa vie.\t_ On a souvent discuté sur les raisons de cette déplorable habitude.Les uns prétendent, qu\u2019à l\u2019instar des légendaires crapauds de Chantecler, il bave d\u2019envie et qu\u2019il prend plaisir à polluer ainsi tout ce qui lui tombe sous le menton.D\u2019autres soutiennent, et c\u2019est l\u2019opinion la plus généralement admise, que cette bave est destinée à faciliter son glissement sur le sol et a empêcher, par conséquent, qu\u2019il ne s\u2019use trop vite la peau abdominale.Le lima\u2019çon est un animal à sang froid.Dès qu\u2019il flaire un danger, il ne perd pas la tête.il se contente de la rentrer dans sa coquille.A propos de cette coquille, je citerai un fait saillant des moeurs de cet animal: le limaçon n\u2019utilise jamais les demeures laissées vacantes par ses ancêtres.On rencontre, en effet, journellement, un nombre considérable de coquilles veuves de leurs locataires défunts.Eh bien! il ne viendra jamais à un limaçon nouveau-né l\u2019idée\u2019d\u2019utiliser cette demeure toute prête, il aimera mieux s\u2019éreintera en construire une nouvelle.Drôle d\u2019idée! Etant donné surtout l\u2019augmentation qui sévit sur le bâtiment.Grâce à cette manie, le nombre des coquilles vides augmente, chaque année, dans d\u2019effroyables proportions, et petit a petit elles envahissent notre planète.Ça n\u2019a l\u2019air de rien, comme ça, au premier abord, mais en y réfléchissant.Pour enrayer cet envahissement, certains industriels peu délicats, ont essayé de tirer parti de ces coquilles encombrantes: ils les bourrent de caoutchouc assaisonné d\u2019ail et en font un plat fort présentable qu\u2019ils essaient d\u2019écouler comme vrais escargots de Bourgogne.Oui, mais le contenu, une fois absorbé, le contenant subsiste, si bien que cette solution n\u2019en est pas une, les coquilles sont toujours là.Le péril serait grave si de courageux citoyens, les typographes, n\u2019avaient pris sur eux de faire de ces coquilles un usage immodéré.pour la plus grande joie des auteurs, qui s\u2019empressent de leur imputer leurs erreurs orthographiques et leurs défaillances grammaticales.LA PLUS GRANDE PERTE Après un accident de chemin de fer.deux dames, transportées à l\u2019hôpital, se lamentaient: \u2014Hélas! disaft l\u2019une, j\u2019ai perdu un 1 ms! \u2014C\u2019est bien pis, disait l\u2019autre, j\u2019y ai perdu mon mari.\u2014Bah! reprit la première, ce n\u2019est rien cela! un mari, ça se retrouve tandis que mon bras ne repoussera pas.LA MODE COMME AGENT MORALISATEUR v.1 Iff wMm mm M.ROOSEVELT ET LE NEGRE CHOULI On sait quel homme énergique est le colonel Théodore Roosevelt, l\u2019un des aspirants actuels à la nomination républicaine comme candidat à la présidence des Etats-Unis.M.Roosevelt ne reste jamais inactif.Quand il n\u2019est pas président de la république, il pratique la boxe ou ïe jin-jitsu, ou bien il écrit des livres que l\u2019Europe et l\u2019Asie traduisent, ou bien il fait les grandes chasses.ou bien il fait autre chose.Mais toujours il fait quelque chose.Lors de son récent voyage en Afrique, où il était allé mettre à mort quelques lions, quelques éléphants et d\u2019autres gibiers de cette force, on raconte cependant que cet homme énergique, volontaire, opiniâtre, se laissa conduire comme un enfant par un nègre du nom de Cliouli.Tl convient d\u2019ajouter tout de suite que Ohouli était le guide du colonel.Quand ce dernier partait, à dos de pachyderme, pour aller fureter dans la jungle, Cliouli était nécessairement de la partie, et c\u2019est lui qui indiquait les affûts ou pronostiquait les randonnées.M.Roosevelt se laissait guider, ce qui a fait dire depuis qu\u2019en Afrique il a tout le temps suivi les \u201cpas de Cliouli\u201d.PAR CES TEMPS DE CHALEUR La maîtresse d\u2019école.\u2014Comment conjuguez-vous le verbe \u201ctravailler\u201d?L'élève.\u2014Je travaille, tu travailles, il travaille, nous suons, vous suez, il suent.UNE MEPRISE 'Bon, voici qu\u2019il aient: j\u2019ai bien fait a emporter mon parapluie! repplfS; ytrly Y»** '¦\u2022liC-UA it-V , rfy /.L l P® \u2014Tiens, mais je vous croyais brouillées, iMme Balthazar et vous, vous sortez de chez elle.\u2014'Faut 'bien, nous nous voyons parfois.pour nous boutonner dans le dos! LE SAMEDI Soignez-vous vous-même chez vous Jeunes femmes et filles qui souffrez d'affections intimes, écrivez sans retard Madame Julia Kiel lard, elle possède un traitement infaillible pour ces cas et peut fournir des centaines de certificats de personnes qui ont été guéries après l\u2019usage de quelques mois de son traitement.Sur réception de clix cent ins, elle vous enverra son livre traitant ces maladies particulières.JULIA KH II Y K P, Boîte Postule 2IÜ14,\t-\tMontréal.VOTRE BUSTE Développé de 2 ù l pouces dans un mois.$50 de récompense à quiconque ne réussit pas.ni \\ one Mes maigres et» nerveuses, si votre bust o est peu ou pas du t«ml développé jt vos seins atrophiés ou llctfispar l\u2019nl internent ou lu inuladio, réjouissez - vous ; vu s pouvez vous aussi avoir ut) busto parfaitement développé et line apparence h perh^ i n faisant usa^redu célébré RTTQTTNnT DU DR S,M0N DE DUO 1 UN U JL DE PARIS, FRANCE Pour avoir la preuve il suffît de nous envoyer votre adresse avec 1 Oj.pour frais de distribution et nous vous enverrons un échantillon avec brochuro explicative et tout co qu\u2019il faut pour vous convaincre de son efficacité réellement prodigieuse.Ecrivez au jour-d liai» adressez Or SIMON, Dépt.6, N 6 203 des Commissaires.Mont real.Toutes» correspondances ou paquets toujours expédiés de façon à ce que personne ne puisse en soupçonner le contenu ou la provenance, i*r« i du traitement complet, $ 1.00.K \u201cONDULINE\u2019 Eau A Friser, il onduler les cheveux, garantie inoffensive.Embellit la chevelure et la parfume agréablement.25c.Dans toutes les Pharmacie*.FERMEZ BIEN VOS PORTES Surtout In nuit on coltn saison ou gîirc uiix cambrioleurs.Cost un cri d'alarme lan-cé do temps en temps par les journaux qui mil grandement raison.Mais, pour hion ronnor sa porto, il l\u2019aui mitnrolloinoiit une lionne semire et rnro-re.! MM.les eamlirioleiirs sont si experts dans la fabricat ion de l'nnsses clel's et leur usage discret ! Voici un petit système de verrou très simple à fabriquer et aussi facile à poser qu\u2019à, manoeuvrer.La base I) osl l'aile de mêlai .suffisamment solide et comporte nu ressort A; insérez-y !a pièce de bois H que vous fixerez au moyeu d'uu fort clou servant île charnière.En (' est un morceau de caoutchouc destiné à assurer le contact avec le plancher.Lorsque vous voiliez utiliser cette fermeture, une simple pression du pied la place dans la position où nous In représentons: pour \u201cdébarrer\u201d la porte, un léger coup de pied ù l\u2019endroit où est la, lettre 15 et c\u2019est fait.C\u2019est, on le voit, très rapide1 comme manoeuvre; c'est également très solide et cela no craint pas les fausses clefs.-o- Sait-on ce que coûte chacune des parlies qui composent l'un de ces superbes -\u201cdreadnought's\u201d des marines de guerre modernes?Les canons de 12 pouces coûtent $01 )(),()()() chacun; chaque coup que ces canons tirent coûte jw.\">0.Les lubes lance-torpilles sont évalués à $1f>,()()(> chacun, et les torpilles valent jdi,()ur magasin et vitrine, toile en cire, etc.Bureau : 247-249 rue Craig Ouest un LE SAMEDI BEAL Hnvoje* iiiijoiird'liui !(>l tient les deux bouts serrés dans chaque main, le chercheur d\u2019eau se 'promène sur le terrain il explorer.S\u2019il n\u2019y a nul liquide souterrain, la baguette reste immobile, mais pour peu qu\u2019elle tourne et s\u2019abaisse vers le sol.on n\u2019a iqu\u2019à creuser à la place exacte oû le phénomène s\u2019est 'produit, on est sûr de trouver une nappe d\u2019eau, d\u2019autant pli us importante que l\u2019instrument se sera abaissé avec plus de force.On a vu, parait-il, des baguettes se briser d\u2019elles-imêines entre les mains de l'expérimentateur.Ce phénomène étrange qui, à diverses étpoiques, suscita ides polémiques passionnées, ne fut jamais reconnu par la science officielle; néanmoins, les recherches des sourciers aboutirent tant de fo>is à des résultats véritablement extraordinaires, qu\u2019il est Impossible de des tenir en bloc pour de purs charlatans.Malheureusement, les prétentions saugrenues de divers \"hydrosco-pes\u201d, tel cet Aimar-Vernay qui stupéfia la cour de Louis XV, ont maintes ifois jeté le discrédit sur leur art.Celui-ci n\u2019affirmait rien moins ique pouvoir découvriir, en plus des eaux souterraines, des trésors enfouis, des objets dérobés et les voleurs eux-mêmes.Ce fut, dit-on, le fils du grand Coudé qui démasqua ses supercheries, assez grossières du reste.Il faut, croyons-nous, admettre Kl une faculté humaine encore peu connue ct particulière, il est vrai, à certains sujets, mais n\u2019ayant en somme rien de plus extraordinaire que le somnambulisme, par exemple.Selon l'expression d\u2019un sourcier célèbre: l\u2019abbé Médéric Urocat, lui et ses pareils ressentiraient directement la présence de l\u2019aau et mettraient, de ce fait, inconsciemment en action .la baguette de coudrier indicatrice Idu liquide souterrain.La chose, ainsi présentée, n\u2019aurait, somme toute, rien d\u2019abracadabrant et.plainsanterie A part, le chameau nous offre un exemple typique de facultés semblables: cet animal ne ressent-il pas l\u2019eau à des distances 'formidables, ailot's que son cavalier ne voit encore poindre dans le désert la moindre trace du précieux liquide?.IL V V LAITUES POISSONS LANS LA MEK Une institutrice avait remarqué d'intimité enfantine qui existait entre Torn et la petite Marie, deux do ses élèves.Torn était intelligent, mais il était aussi un peu paresseux, et la maîtresse pensa qu\u2019il avait bsoin d\u2019être stimulé un peu.Il faut que tu étudies plus fort, lui dit-elle, ou tu ne monteras pas de classe, tu n\u2019aimeraiis pas à rester l\u2019année prochaine dans cette même classe, et que la petite Marie soit plus haute que toi?-\u2014Eli bien, dit Torn, il y aura des autres petites Marie aussi ici.LES PROVERBES Elle.\u2014On dit qu\u2019une pomme, chaque jour, éloigne le docteur.Lui.\u2014Arrête un peu.Un oignon, tous les jours, éloigne tout !e monde.PUNAISES, COQUERELLES Papillons do nuit, Mouches et toutss vermines si désagréables dans une maison, tout cela est détruit complètement par lo Insecticide sans danger ct qui est, en même temps un énergique désinfectant.Il ne tache aucunemement les papiers des murs ni les tentures les plus délicates On le vtsi partout en boitai da 25c SI.>5 at $?,00 avec un petit pilvêrleateur gratuit, MANUFACTURING Co.Ltd,, The SAPHO D« parte ment R.MONTREAL EXAMEN DES YEUX GRATIS.
Ce document ne peut être affiché par le visualiseur. Vous devez le télécharger pour le voir.
Document disponible pour consultation sur les postes informatiques sécurisés dans les édifices de BAnQ. À la Grande Bibliothèque, présentez-vous dans l'espace de la Bibliothèque nationale, au niveau 1.