Le samedi, 1 octobre 1914, samedi 31 octobre 1914
[" 40 PAGES VOL.XXVI, NUMERO 21 MONTREAL, 31 OCTOBRE 1914 VOIR PAGES 6, NOS GRAVURES DE GUERRE 40 PAGES Journal Illustré Hebdomadaire ECHOS DE LA GUERRE 5 Cts Le Numéro ^gigg ¦ A *\t^ r ?'*r\\ $ WÊiiÊÊ K Alifl# ?sr il É * 1 ¦' 'V ItMli ¦ \u2022 v'.-'T- \u2022\u2022 \u2022 \u2022:¦\u2022\u2022>\t-.v-' ; ' ''Av- p> - V- Mj^a \u2022f#.\u2022 : ,4^' \" Mi a» BMI \u2022> \u2022¦\u2022 Nlliill ^ Ci ; Aviateurs et automobilistes à la français opérant une précision de leur tir, reconnaissance des les français purent avant-postes allemands et attaqués par ceux-ci.s\u2019échapper indemnes de la périlleuse aventure.Grâce à la rapidité et LE SAMEDI Vol.26, No 21, Montréal 31 Octobre 19 2 ^Michel ^Anno MDCLXI Christi i^*\" U* ^ roD C\u201cV 0 Vit4')'5 10 b') 0') f 1/ J' r \u2022¦.\u2022S.vv \u2022.-y \u2022\u2022 » * w ».«-If \u2019b» * ** ijfyyg ¦ y y y; ¦ \u2022' y- ; *#* .- â«Éfe Les dégâts de l\u2019artillerie allemande à Termonde, Peu satisfaits, sans doute, de l\u2019efficacité de leur tir contre les troupes, les allemands s\u2019acharnent conmie des brutes sur les monuments.Tout ceci se paiera au jour du règlement de comptes.LA GUERRE 8g W$$MM VV/.V.W/; Üil»: 9ÊM' fÿÿï: Un vaillant roi, c\u2019est celui des Belges qui donne continuellement l\u2019exemple du courage à ses soldats en s\u2019exposant au feu comme eux.Sur cette photographie, c\u2019est lui que l\u2019on aperçoit dans la porte, entre un officier et des cyclistes.PETITES NOTES D\u2019ACTUALITE Les Cosaques de Russie jouissent de certains privilèges en retour des vingt années de services militaires qu\u2019ils consacrent à leur pays.Chaque Cosaque est gratifié, parle gouvernement, d\u2019une terre dans son village; ils fixent eux-mêmes leurs taxes et élisent leurs juges.Le nombre des Cosaques est évalué à environ neuf cent mille.Les tirailleurs sénégalais qui font actuellement la tereur des allemands sont d\u2019excellents tireurs et de furieux combattants à la baïonnette.Habituellement lorsqu\u2019ils vont en guerre, ils emmènent leurs femmes et leurs enfants avec eux et ils ne s\u2019en battent qu\u2019avec plus d\u2019ardeur.Le Roi des Belges paraît infatigable, nuit et jour il est en automobile et visite les différents corps de troupes qui défendent son territoire.La Russie n\u2019a pas de colonies proprement dites.Ses possessions d\u2019Asie lui suffisent largement pour écouler le surplus de sa population.La guerre dans les airs a donné naissance à un nouveau projectile très dangereux; c\u2019est une simple flèche en acier de six pouces de longueur qui cause des ravages épouvantables dans les rangs ennemis lorsque les aviateurs les laissent tomber en quantité d\u2019une grande hauteur.André Michelin le fabricant français bien connu de pneumatiques, a offert au gouvernement la somme de deux cent mille dollars pour être distribuée, comme récompenses, aux aviateurs qui se distingueront pendant la durée de la guerre.En cas de décès des aviateurs, l\u2019argent sera remis là leurs familles.Les nations belligérantes ne sont pas les seules à supporter des frais de guere.Malgré sa neutralité, la Suisse a dû mobiliser pour protéger son territoire ; cela lui coûte plus de 8 millions de dollars par mois ce qui est énorme quand on sait que le budget annuel de cette nation n\u2019est que de 22 millions.La superficie de l\u2019Autriche est le double à peu près de celle de la Grande Bretagne, sa population cependant ne lui est guère supérieure que de deux millions d\u2019âmes; quant à la valeur des troupes, elle ne peut aucunement être comparée aux troupes anglaises ou à toute autre des alliés, qui sont beaucoup mieux entraînées et commandées.Près de Krasnik, un aviateur russe qui observait les autrichiens fut tiré par eux et eut le réservoir à gazoline de son appareil percé par une balle.Ne perdant pas son sangfroid, l\u2019aviateur appliqua soc pied sur le trou et, empêchant ainsi la perte du précieux liquide, parvint à regagner les troupes russes.Chaque soldat anglais mobilisé coûte en moyenne deux dollars et quart par jour à son pays.Les navires de guerre qui se réfugient dans un port neutre s\u2019exposent à être désarmés dans les 24 heures.&***?*% iPMl -r ' % f a ¦* ii k.'cfr'A-ÿ- Dans les tranchées.Soldats belges photographiés au cours de la bataille de Hofstade.Parmi les autres nouveautés inaugurées à l\u2019occasion de la présente guerre, on cite les pistolets qui projettent à une distance de deux à trois cents verges des fusées éclairantes qui facilitent le tir pendant la nuit.Là lance employée par les allemands est faite d\u2019un tube de fer qui se déforme facilement, (\u2019elles des Belges et des Français sont en bambou qui est plus léger et résiste beaucoup mieux.Les Serbes n\u2019ont qu\u2019un homme à opposer à dix-sept autrichiens.Cela ne les empêche pas de les battre. 8 LE SAMEDI Vol.26, No 21, Montréal 31 Octobre 1914 POUR PLUS DE SURETE Lui.\u2014\u2022 Comment pourrais-je vous exprimer mes sentiments?Elle (pratique).\u2014Par lettre signée, ce sera le mieux.RESULTAT PROBABLE \u2014Si ton père-donne à ta mère les $25.00 qu\u2019elle voulait avoir, puis lui reprend $5, que restera-t-il?\u2014Des traces d\u2019ongles sur les joues de papa.\u2022 \u2018 FACETIEUX \u2014Cette montre vous durera toute votre vie.\u2014Pourtant, j\u2019en doute, car je vois que ses heures sont marquées ! BON A SAVOIR\t' \u2014Tu n\u2019aurais pas besoin d\u2019un âne?\u2014Le mois prochain, peut-être.\u2014Eh bien, tu pourras alors venir me voir.EN TOUT CAS Madame.\u2014Jean, je suis obligée de sortir environ une heure.Monsieur (au lit).\u2014Dans l\u2019état où je suis, ne pourrais-tü rester et remettre l\u2019achat de cette robe à plus tard?Madame.\u2014Non, car, vois-tu, il y a aujourd\u2019hui des réductions dans les robes de deuil.CELIBATAIRE ENDURCI Elle.-\u2014J\u2019ai rêvé cette nuit que nous étions mariés.Pareille chose ne vous arrive-t-elle jamais?Lui.\u2014 Non, je n\u2019ai jamais de cauchemars.INUTILITE Madame.\u2014Marie, je tiens à ce que le feu soit allumé à sept heures le matin.Aussi, voici un réveille-matin.La servante.\u2014Il est joli, votre réveille-matin, mais je ne vois pas comment ça peut allumer le feu.AMENITES La dame.\u2014Je vous remercie de m\u2019avoir apporté du papier, de l\u2019encre et une plume.' Le garçon d\u2019hôtel.\u2014\u2022 Nous pourrons aussi vous donner un timbre et vous prêter le gérant pour l\u2019humecter et le coller.La dame.\u2014Il me semble que vous avez la langue bien pendue pour cela.3-\u2014Bonne chance! \u2014Le sort en est jeté ON PARLE DE CHIENS SAVANTS.Hector.\u2014Ben oui, ton chien, je sais, mais, as-tu du moins annoncé qu\u2019il était perdu?Louis.\u2014A quoi que ça servirait?Ce chien-là, tout fin qu\u2019il était, ne savait pas lire, tu sais.EXCUSEZ-MOI 1\u2014Julie, voulez-vous être ma femme?\u2014Demandez ma main à papa.2-\u2014Papa est avocat, il écoutera vos raisons \u2014Inévitable! c\u2019est un avocat.c\u2019est embêtant.4\u2014Je voudrais avoir votre opinion sur un sujet: Pensez-vous que je vous ferais un bon gendre?SANS MALICE \u2014Hé! l\u2019homme, tenez donc mon cheval un moment.\u2014Monsieur, je suis un échevin! \u2014Possible, mais vous me paraissez hon-i nête quand même, j\u2019ai confiance que vous ne vous sauverez pas avec mon cheval.HEUREUSEMENT Le capitaine.\u2014Oui, madame, j\u2019ai été 8 ans prisonnier d\u2019une tribu de cannibales., La dame.\u2014Pourquoi ne vous ont-ils pas mangé ?Le capitaine.\u2014La femme du chef avait égaré son livre de cuisine.QUEL COUP! Négrillon.\u2014Hi ! hi! m\u2019man, j\u2019peux pus marcher.Maman Nègre.\u2014Quoi c\u2019est qu\u2019tu as?Négrillon.\u2014P\u2019pa m\u2019a donné un grand coup sur la tête avec son bâton pendant qu\u2019j\u2019étais sur une barre de fer, ça fait que; la barre m\u2019a blessé les pieds, hi! hi! ELLE S\u2019Y CONNAIT La jeune fille.\u2014Je voudrais devenir garde-malade.Le directeur de l\u2019hôpital.\u2014Avez-vous déjà pratiqué un peu?La jeune fille.\u2014 Beaucoup, même, monsieur.Deux de mes frères sont joueurs de football, un autre est aviateur, maman est suffragette et papa est chauffeur.Le directeur.\u2014Oh, alors, je vous accepte sans autre examen.ENTRE BLAGUEURS \u2014Un jour, j\u2019ai vu un homme qui avait des pieds de trente-six pouces de long.\u2014Moi, j\u2019en ai connu un qui avait les pieds si longs qu\u2019il était obligé de marcher en re-culant chaque fois qu\u2019il voulait ouvrir une porte.COMME TOUJOURS Louisette (ià son frère).\u2014Dis donc, Georges, qu\u2019est-ce que maman demande à papa, quand elle lui parle au téléphone?Georges.-\u2014De l\u2019argent.QU\u2019ON EN JUGE \u2014C \u2019est une rude gaillarde que votre cuisinière .\u2014Je vous crois.Son regard est si puissant qu\u2019il ne lui faut qu\u2019un clin d\u2019oeil pour réduire les pommes de terre en purée.5-\u2014Non, je ne pense pas.Et maintenant, c\u2019est $5.00 que vous me devez.Payez! \u2014Excusez-moi ! Vol.26, No 21, Montréal, 31 Octobre 1914 LE SAMEDI 9 fi», NOUVELLE SENTIMENTALE LA FILLE DU MAITRE D\u2019ARMES ! -*- fîit 11 ît|: T\u2014' LLE s\u2019appelait Lisbeth et était l\u2019unique enfant d\u2019un digne M Strasbourgeois, M.Justet, qui exerçait la noble profession 1i (je maître d\u2019armes et avait la clientèle des officiers vde la garnison comme des étudiants de l\u2019Université, attirés peut être autant par les beaux yeux de la fille que par la réputation du père.Lui n\u2019était pas un de ces escrimeurs renommés, un Grisier, un ;! 1 San-Malato, dont on se dispute les leçons à prix d\u2019or et dont on se vante d\u2019avoir été l\u2019élève; mais elle était certainement une des plus jolies fleurs d\u2019Alsace et son regad candide avait l\u2019éloquence irrésistible des vergiss mein nigh, dont il avait la couleur azurée.Bien peu pouvaient se flatter d\u2019y résister; les plus lourds Allemands, les plus légers Français, les graves étudiants d\u2019outre-Rhin, les pimpants officiers de Versailles, les cavaliers de Royal-Daupbin, les artilleurs du régiment de Strasbourg, tous rivalisaient de soupirs, d\u2019oeillades, de luxe, d\u2019élégance pour toucher, éblouir ou charmer la blondinette qui tenait leur coeur dans ses petites mains.\u2014L\u2019escrime adoucit les moeurs, avait coutume de dire le bom homme Justet, incite à la politesse, aux belles manières et développe nn esprit chevaleresque chez ses véritables adeptes.Uri bon maître d\u2019armes est aussi nécessaire ià l\u2019éducation d\u2019un gentilhomme qu\u2019un bon maître à danser à celle d\u2019une demoiselle de qualité.Tous deux sont professeurs de grâce et de maintien.L\u2019on ne saurait saluer congrûment si l\u2019on n\u2019a jamais fréquenté une salle, pas plus que figurer dans un menuet si l\u2019on n\u2019a approfondi la révérence.On nous accuse d\u2019être une école de meurtre, quelle erreur! Nul n\u2019est moins querelleur qu\u2019un professionnel de l\u2019escrime, et si la courtoisie était bannie du reste de la terre, elle se retrouverait chez les 'chevaliers de l\u2019épée ! En dépit de ces sages leçons, la paix ne régnait pas toujours entre les disciples du vieux maître et de fréquentes querelles éclataient, sous des prétextes futiles, entre l\u2019élément civil et l\u2019élément militaire, surtout .dès- que Lisibeth faisait mine de favoriser l\u2019un ou l\u2019autre.C\u2019était elle qui, après l\u2019assaut, apportait les rafraîchissements, et à sa vue, les visages s\u2019illuminaient, les cervelless\u2019échauffaient, la moindre chope de bière, aux doigts de cette Hébé, avait les vertus capiteuses du Champagne, et si quelque reprise avait lieu en sa présence, chacun y déployait un feu, une ardeur que le professeur étonné était parfois obligé de modérer.\u2014Du calme, messieurs, du sang-froid, quelle mouche vous' pique de vous emballer ainsi?Heureusement que les fleurets sont mouchetés ! Plus d\u2019un le regrettait tout bas, et les coups d\u2019oeils féroces jetés sur l\u2019adversaire étaient loin d\u2019exprimer nette fleur de courtoisie prêchée par le vieux maître évoquant en vain les tournois du temps jadis et les grâces que l\u2019on devait déployer devant les dames.Lisbeth cependant paraissait se soucier peu de tout cela.Elle préférait de beaucoup, à tous les amoureux qui l\u2019environnaient, les jolies allées de son jardin où elle allait quotidiennement faire d\u2019amples moissons de fleurs en compagnie de sa vieille gouvernante .Ce n\u2019était pas qu\u2019elle eût un coeur insensible, mais jusqu\u2019alors nul n\u2019avait réussi ià le faire battre et elle accueillait avec la même indifférence les déclarations sentimentales de Hermann en disponibilité et les propos à la houzarde des l\u2019Etorrière en rupture d\u2019CEil-de-Bœuf.Lui fallait-il donc un \u201cprnce Charmant\u201d?Vers le début de la Révolution, elle put se flatter de l\u2019avoir rencontré.'Fils d\u2019un des premiers personnages de l\u2019empire qu\u2019il devait gouverner un jour, il sortait à peine de l\u2019adolescence et terminait ses études à l\u2019Université de Strasbourg.Malgré son âge, il.n\u2019en avait pas moins été choisi par l\u2019ordre des comtes catholiques de Westphalie comme maître des cérémonies au couronnement de l\u2019empereur ià Francfort, où son père était ambassadeur, et ce rôle important, réservé d\u2019ordinaire à un homme mûr, avait encore augmenté son prestige.Riche, noble, jeune, beau, d\u2019une grande distinction de manières et d\u2019une poli- tesse raffinée, il avait tout ce qui peut séduire une femme et s\u2019escrimait aussi bien de la langue que de l\u2019épée.Aussi, peut-être la vertu de Lisbeth m\u2019eût-elle pu résister à cet irrésistible sans un autre soupirant.Oh! pas brillant, celui-là! Petit, jaune, bilieux, avec des cheveux plats, un accent italien excitant la raillerie, il n\u2019avait pour lui que de fort beaux yeux et une main très blanche.Gueux comme Job, il avait été élevé à Brienne en qualité de boursier, et son uniforme râpé, ses souliers usés, trahissaient sa profonde détresse.Timide et gauche, il était classé dans les mauvais tireurs et son caractère taciturne n\u2019indiquait pas un esprit plus fin que la lame.Avec cela, ni galant ni aimable, plein d\u2019amertume contre les favoris de la fortune et d\u2019aigreur contre les \u201c freluquets \u201d coupables d\u2019avoir un bon tailleur, un gousset bien garni, de savoir tourner un compliment et de plaire aux femmes.Et c\u2019était ce \u201cvilain moineau\u201d, comme l\u2019appelait parfois tout bas le père Justet, qui tenait en échec un gentilhomme accompli, coqueluche des belles Viennoises ! Le cœur des femmes est le temple de l\u2019absurde.et de la bonté! Mieux qu\u2019aux mérites éclatants, aux qualités solides, aux talents, au génie même, il se prend à la compassion.Tristesse, laideur, pauvreté, faiblesse sont des titres auprès de certaines âmes, car :\t- C\u2019est pour aider l\u2019homme à souffrir\u2014qu\u2019on est femme! et Lisbeth était femme, très femme.Bien que diplomate en herbe, le comte Richard ne comprenait goutte à ces subtilités et enrageait des refus obstinés de la jolie Alsacienne, sans parvenir à en deviner le motif.iüÉi 'mêtm / ' « K Lisbeth aimait à se promener au milieu des fleurs de son jardin. U5 SAMEDI Vol.Z\\ No 21, Montréal, 'SI Octobre 1914 LS SAMEDI it ! il LE JOUR DU REPOS w m ¦ f 1\u2014Jos, j\u2019ai idée d\u2019mouver l\u2019piano?\u2014Où veux-tu le placer?2\u2014Contre ce mur cite.-\u2014Correct! j\u2019vais demander au voisin de me donner un p\u2019tit coup de main.3\u2014\tM\u2019sieu Chose, vous seriez bien gentil d\u2019m\u2019aider à mouver mon piano.G Z ï\\ 4 \u2014 Où le place-t-on?\u2014Là, contre le mur; ma femme dit qu\u2019il résonnera beaucoup plus fort.5\u2014 Merci beaucoup, m\u2019sieu Chose, pour le trouble que je vous ai donné! \u2014 C\u2019est correct, voisin, maintenant j\u2019vais continuer à dormir; c\u2019est mon jour de repos .6\u2014Ben! ça c\u2019est trop fort aidé à placer leur piano là! ! et j\u2019ai crampe subite, il abrégea la séance et se retira, laissant maître Jus'tet en tête à tête avec sa pipe.Comme il traversait le petit jardin, guettant vainement une robe blanche, il entendit tout ù coup un chuchotement derrière un plan de houblon formant un épais rideau de verdure et, s\u2019étant approché, il reconnut sa dulcinée en conférence avec son adversaire de tout à l\u2019heure.Ce dernier s\u2019exprimait avec véhémence, et son nom prononcé sur un ton de colère indignée, prouva à notre curieux qu\u2019il s\u2019agissait d\u2019une scène de jalousie.Lisheth, front baissé, se taisait; enfin relevant ses yeux candides sur son accusateur : \u2014Vraiment, dit-elle doucement, vous pouvez croire que je vous le préférerais, \u201clui\u201d à \u201cvous!\u201d L\u2019expression qu\u2019elle* mit dans ces deux mots n\u2019avait rien de flatteur pour notre apprenti diplomate.\u2014Dame! reprit l\u2019officier ébranlé, il a tout, je n\u2019ai rien.Câline, elle appuya sa tête sur l\u2019épaule du jeune homme et dit: \u2014C\u2019est justement pour cela.\u2014Chère, chère Lisbeth! Un baiser flotta dans l\u2019air.et le comte s\u2019é\u2019oigna, édifié et mortifié.Qu\u2019on lui eût préféré quelque beau genti homme, il en eût été moins humilié.Mais ce petit compagnon qui s\u2019appelait le lieutenant Bonaparte.était-ce rival digne de Richard de Metternich ?Il ne retourna plus chez le maître d\u2019armes et quitta Strasbourg peu après, ma\u2019s y repassant en 1806 comme ambassadeur près de l\u2019empereur des Français, le père Justet lui vint rendre visite et lui dit : \u2014N\u2019est-ce pas un singulier hasard qui m\u2019a.appelé à vous donner des leçons d\u2019escrime en même temps qu\u2019à Napoléon.J\u2019espère bien que mes deux élèves n\u2019auront pas l\u2019idée de se battre.Entre nous, il n\u2019était pas de force.Et, avec un sourire énigmatique, songeant à l\u2019Europe conquise.et peut-être aussi à Lisbeth.le prin-ce-.chancelier répondit : \u2014Il a bien pris sa revanche.CHACUN SON IDEE r QUEL MASTIC! Les profanes mêmes savent ce que c\u2019est qu\u2019un \u201cmastic\u201d: c\u2019est, dans un journal l\u2019interversion ou le mélange de lignes appartenant à des artic\u2019es différents.11 y a des mastics célèbres.Celui qui vient de se produire dans un journal sportif de Nancy mérite d\u2019v prendre place.Voici les deux entrefilets : Un grand mariage Deux mauvais garnements, les nommés Albert G.et Paul S.s\u2019amusèrent à tourmenter hier après-midi, avenue de la Grande-Armée, le chien de M.Zénith, le constructeur si estimé, auquel ils avaient attaché une casserole à la queue et introduit des pétards dans les oreilles.Une foule d\u2019amis est venue leur présenter leurs compliments et leurs meilleurs vœux de bonheur, auxquels nous sommes heureux de joindre respectueusement les nôtres.Y, wr J Le Tramp.-\u2014Y a des places plus tranquilles qu\u2019ici.Le chien.\u2014J\u2019ai toujours ben un morceau de son pantalon.si on peut appeler ça un pantalon.Deux crétins Hier, a été célébré, en l\u2019église paroissiale de Saint-Augustin, le mariage de M.J.II., l\u2019excellent fabricant d\u2019automobiles, avec Mlle Hélène du H., fille de l\u2019amiral et de Madame, née R.Ces deux imbéciles ont été conduits par un agent au poste de police, où procès-verbal a été dressé contre eux.Souhaitons qu\u2019on les envoie réfléchir dans une maison de correction sur la stupidité de l\u2019acte qu\u2019ils viennent de commettre.Au temps de Vatel, le metteur en pages se serait étranglé avec la ficel-e qui sert à attacher les paquets.SOMMEIL ASSURE \u2014Est-ce qu\u2019on dort bien, dans cet hôtel?\u2014Très bien.Il y a une bouteille de chloroforme dans chaque chambre.55 12 LE SAMEDI Vol.26, No 21, Montréal 31 Octobre 1914 PAT ET BAPTISTE UN JUGEMENT Je suis sûr, ami lecteur, que vous avez entendu raconter 1'(histoire de ce pauvre homme qui, n\u2019ayant qu\u2019un morceau de pain noir à se mettre sous la dent, alla le manger devant la fenêtre d\u2019une cuisine de laquelle s\u2019exhalait l\u2019arome des rôtis et des ragoûts d\u2019un grand festin.'Celui qui donnait le festin était un riche et dur avare.Il se regarda comme volé et assigna le pauvre homme devant le sénéchal.Il demandait qu\u2019il fût condamné là lui payer un denier de dommages et intérêts.Le sénéchal odonna au pauvre homme de tirer de sa bourse un denier, de le montrer, de le faire sonner, et de le remettre où il l\u2019avait pris.Ce qui fut fait.\u2014Te voilà indemnisé, dit alors le sénéchal au plaignant .\u2014Vous plaisantez?\u2014Je ne plaisante pas, je rends une sentence et une sentence juste.C\u2019est assez de la vue et du son de l\u2019argent pour payer l\u2019odeur d\u2019un dîner.JAMAIS MAITRE CHEZ LUI \u201cDites donc, Marie, je voudrais bien un peu être le maître ici quand Madame n\u2019est pas là!\u201d Après le naufrage, un Canadien et un Irlandais sont sur un radeau, mais en vue des côtes.Baptiste.\u2014Eh ben, Pat, qu\u2019est-ce qu\u2019on va faire?Pat.\u2014Attends un peu.J\u2019vas d\u2019abord me sauver jusqu\u2019à terre, puis je reviendrai et je te sauverai, parole d\u2019honneur! LA GUIGNE UN HOMME ECONOME \u2014Pourrais-tu me prêter $10.00?\u2014Si tu économisais ton argent, tu n\u2019aurais pas besoin d\u2019en demander.\u2014C\u2019est que, justement, j\u2019emprunte de l\u2019argent pour ne pas dépenser le mien.C\u2019EST LE MOMENT \\ Monsieur.\u2014Lenragé est un homme insatiable.Il veut tout ce qu\u2019il voit.Madame.\u2014Si nous lui présentions une de nos tilles?Mauvaise journée pour Ladrogue.Courtier en spécialités pharmaceutiques, il a tin Bourg-sur-Eaumorte, son centre d\u2019opérations, pour placer dans les villages environnants des pastilles Gerponceval contre la toux.Malgré ses efforts, il n\u2019a pas réussi à en vendre un seul étui.\u2014Personne ne les connaît, lui ont dit les pharmaciens.La maison Gerponceval ne fait pas assez de publicité pour ses pastilles ! Ladrogue s\u2019est attardé à discuter chez le dernier pharmacien qu\u2019il a visité; de sorte qu\u2019il fait nuit noire lorsqu\u2019il se décide à regagner Bourg-sur-Eaumorte.Comble de malchance : le vent s\u2019élève et une pluie diluvienne se met à tomber, qui rend les ténèbres plus opaques encore.Aveuglé, transi, transpercé, enrhumé par l\u2019eau glaciale.trompé par l\u2019obscurité, Ladrogue perd son chemin.Il tourne au hasard, à droite, à gauche, s\u2019égare de plus en plus.quitté dès le ma- LES INQUIETUDES DE MADAME \u2014Et tout cela, rage-t-il, sans avoir vendu une seule de ces sales pastilles ! Si seulement on leur avait fait tant soit peu de publicité ! Maugréant, pataugeant sous l\u2019averse, il se heurte à un obstacle vertical.Un tronc d\u2019arbre?.Non: chance inespérée, c\u2019est un poteau indicateur.le lire, dans e long de 1\u2014Tiens, pour la fête neveu.\u2014Tu sais que quatre ne sera pas cycle?voilà ce qu\u2019il faut de naissance de ton Jean, Horace n\u2019a ans.Est-ce que ce dangereux, ce tri- 2\u2014Jean, j\u2019ai peur que nous ayons acheté un jouet dangereux, tu penses pas?\u2014 Mais non, t\u2019inquiète pas.Impossible de cette obscurité ! ! Ladrogue grimpe la tige rigide, afin de voir de tout près dans sa poche, en tire un briquet à essence, l\u2019allume, l\u2019approche de la pancarte providentielle.et pousse une exclamation enragée.Sur la pancarte, il a lu: Enrhumés Prenez des pastilles Gerponceval.EXPLIQUONS-NOUS .La mendiante.\u2014 Hélas ! mon bon monsieur, j\u2019ai trois maris à faire vivre.Le passant.\u2014Mariée à trois hommes à la fois ?La mendiante.\u2014Non.Je fais vivre mon mari à moi et ceux de mes deux filles.IfeÉÉÉlM! 3\u2014Personne à la station.\u2014\u2022 Pourvu qu\u2019Horace ne soit pas malade, pauvre petit bonhomme.4\u2014Il s\u2019en est fallu d\u2019un cheveu qu\u2019on soit écrasé; qui peut bien conduire avec cette audace?5\u2014Allô! bonjour mon oncle, bonjour ma tante.Montez donc en auto, vous allez voir si je vous mène ça. Vol.26, No 21, Montréal, 31 Octobre 1314 LE SAMEDI S3 FEUILLETON DU SAMEDI Le Prix du Sacrifice Roman Inédit par Paul de Garros I Au moment, où l\u2019Orénoque, un superbe i voilier de quinze cents tonneaux, sortait , du port de la Pointre-à-Pitre, le capitaine g Yaldéras, ayant donné ses derniers ordres, SL se tourna vers Raymond Davesne et Alice Barrai, qui se tenaient à ses côtés sur la j dunette, et dit en riant : \u2014 Maintenant, mes amis, en voilà pour i un grand mois sans voir la terre ! Tâ-£ chez de vous créer des distractions.L\u2019Orénoque, chargé de riz, de coton, d\u2019é-pices et de cacao, ne contenait, en fait de ' passager, outre les personnes déjà nom-t niées, que M.Guillaume Louvenel, l\u2019hom-£ me de.confiance du grand armateur | Edouard Davesne-Belcour, pour le compte I duquel il était venu de France aux Antil-\u2022 les faire des achats de denrées ou matières exotiques.Ce Guillaume Louvenel, taciturne et ¦ jj maussade, faisant généralement bande à | part, et M.Yaldéras étant sans cesse occu-p pé par la direction de son équipage, les S seules distractions que pussent se créer | Raymond Davesne et Alice Barrai réduits l à un perpétuel tête-à-tête, ne pouvaient i consister qu\u2019en longues et amicales cause-! ries, en épanchements sans fin de coeur à ï coeur.Alice avait vingt ans, Raymond en i avait trente-deux.Depuis leur enfance, ils se connaissaient.I Et depuis dix ans, vivant presque cons-I tamment côte-à-côte, ils avaient appris à B s\u2019apprécier.Mais les tristes circonstances qui les T avaient réunis sur ce bateau contribuaient |.encore à accroître leur sympathie réeipro-ï que.Alice venait, en effet ,de perdre sa mère | et rentrait en France sous la conduite de t son tuteur M.Valdéras.Et Raymond qui I avait suivi la jeune fille, poussé par son g; coeur, était, rongé d\u2019inquiétude à la pen-1 sée des difficultés auxquelles ses projets i d\u2019avenir allaient se heurter, à la pensée I; des épreuves qui les attendaient tous les | deux sur ce coin de terre, dans cette peti-te ville où la destinée les ramenait.Les prédictions du capitaine se réalisèrent avec une précision mathématique.Trente jours exactement après avoir quitté la Guadeloupe, l\u2019Orénoque était en vue de Madère et ses passagers apercevaient.la première et la seule terre qu\u2019ils dussent rencontrer sur leur route avant d\u2019atteindre les côtes de l\u2019Europe.Forcé de relâcher quelques heures à Madère pour renouveler sa provision d\u2019eau douce, l\u2019Orénoque avait mouillée à l\u2019entrée de la petite rade de Funchal.Pendant que le voilier se balançait doucement sur ses ancres, en attendant le retour de la barque qui était allée à terre, la nuit montait, une de ces merveilleuses nuits des tropiques, tiédes et sereines, qui vous grisent comme une caresse.Dans cette nuit diaphane, tout parlait cl\u2019amour : le ciel idéalement bleu, semé d\u2019étoiles d\u2019or, la brise chaude, apportant de File le parfum de mille fleurs mêlées.Depuis un quart d\u2019heure, Raymond et Alice étaient sur le pont côte-à-côte, accoudés au bastingage, et pas un mot n\u2019était encore sorti de leurs lèvres, comme s\u2019ils eussent craint de troubler par le son de leur voix le recueillement qui les enveloppait.Un spectacle inoubliable s\u2019offrait à leurs regards.A droite, c\u2019était Funchal étagée en amphithéâtre dans toute la longueur de la baie, Funchal était déjà noyée d\u2019une ombre violette où palpitaient épars quelques timides réverbères.A gauche, se découpaient les silhouettes aiguës des hautes falaises de basalte qui bordent la mer.Et derrière dans le lointain, se dressaient les mamelons énormes, les roches formidables entassées pêle-mêle, d\u2019où se détachaient les fines aiguilles de granit qui se profilaient sur le ciel pâle.\u2014C \u2019est très beau, murmura enfin Raymond, avec un.visible effort pour dire quelque chose.\u2014 Oui, très beau, approuva Alice, il semble qu\u2019il ferait bon: vivre là.Raymond ne répondit pas tout de suite, il rêvait.Après un long silence, il reprit : \u2014 Depuis la mort de votre mère, Alice, n\u2019avez-vous jamais réfléchi à l\u2019avenir qui vous attendait J Publié en vertu d\u2019un traité avec la Société des gens de lettres.\u2014 Si, fit la jeune fille d\u2019une voix légèrement tremblante.\u2014 Et votre situation ne vous effraie pas ?\u2014 Je suis assurée de trouver auprès de mon tuteur.\u2014 La garantie cl\u2019une protection.officielle, acheva Raymond, etÜVI.Valdéras est un trop parfait honnête homme pour faillir au grand devoir qu\u2019il a accepté.Mais cela suffira-t-il à combler le vide immense que la mort a creusé près de vous ?\"Dans l\u2019existence calme, honorable, que votre tuteur peut, doit vous faire à son foyer, ne vous manquera-t-il rien ?\u201cSi votre bien-être matériel est complet, votre âme sera-t-elle satisfaite ?A votre âige, le coeur a besoin de se donner, de se dévouer.Trouverez-vous dans cette famille un aliment pour votre coeur?La jeune fille étouffa un soupir et ne répondit pas.Le jeune homme poursuivit : \u2014.Vous rie répondez pas, Alice?.Voulez-vous me permettre de le faire pour vous ?.Croyez-moi, vous n\u2019aurez pas dans cette maison, si hospitalière qu\u2019elle soit, ce qu\u2019il faut pour être heureuse.\u201cUn mari peut seul apporter les éléments de cette vie du coeur qui est indispensables aux jeunes filles de votre âge.un mari, qui vous consacrerait toutes ses pensées, qui partagerait vos joies et vos tristeses, qui revivrait avec vous les souvenirs du passé, au bras duquel vous vous appuyeriez avec confiance pour traverser la vie.Un long soupir fut encore la seule réponse de la jeune fille.Mais le frémissement qui l\u2019agitait montrait assez quelle émotion violente lui causait ce langage.Après quelques secondes de recueillement, Davesne reprit : \u2014.Puisque vous m\u2019avez compris, Alice, vuolez-vous, dites, voulez-vous que je sois ce mari dévoué, dont l\u2019affection vous adoucirait, les amertumes de la vie ?.Il s\u2019arrêta anxieux, la gorge serrée.La jeune fille demeurait toujours silencieuse.Enfin, tout à coup, Raymond sentit une main se poser sur la sienne.Et ce contact le fit frissonner de la tête aux pieds.\u201cMerci, mon Dieu, balbutia-t-il, de m\u2019avoir accordé cette consolation après tant 1 \u2014 14 LÉ SAMEDI Vol.26, l4o 21, Montréal 31 Octobre 1914 d\u2019épreuves !.Merci, Alice, merci !.\u2019\u2019 Puis, le silence retomba et ils restèrent longtemps la main dans la main, perdus dans leurs pensées.Soudain, la jeune fille, se tournant vers Raymond, dit : \u2014 J\u2019ai en vous la plus grande confiance, mais.\u2014 Mais quoi ?.\u2014 Mais n\u2019oublions pas que je ne suis pas maîtresse absolue de ma destinée.\u2014 Oh ! pourquoi M.Valdéras ne consentirait-il pas à ratifier votre choix ?\u2014 Je ne sais pas.je ne vois rien.\u2014 Au surplus, en mettant les choses au pire, nous n\u2019aurions que six mois a attendre.Vous avez vingt ans et demi ; dans six mois, vous serez en possession de votre pleine et entière liberté.\u2014 Mais je ne vois rien, répéta Alice, qui nous autorise à mettre les choses au pire.Elle s\u2019interrompit brusquement, seuouée d\u2019un frisson.-\u2014Qu\u2019est-ce que cela V fit-elle tout bas.il m\u2018a semblé voir là-bas une ombre qui se mêlait aux nôtres.On nous épiait peut-être.Oh j\u2019ai peur.Raymond s\u2019était retourné vivement et, voyant le pont désert, voulut rassurer Alice, quoique, au fond, une crainte vague l\u2019eût saisi malgré lui.\u2014, Mais, ma chère amie, vous rêvez, ce n\u2019est rien.Tenez, je parirais que ce que vous avez pris pour un fantôme, c\u2019est tout simplement notre chaloupe que revient de Funchal et qui a dû faire une pointe à gauche pour contourner les brisants.Vous voyez, la lune se joue dans les voiles et projette au loin des ombres fantastiques.C\u2019est cela bien sûr.\u2014Oh! je ne crois pas, murmura la jeune fille.Et après un instant : \u2014 Alons, au revoir, à demain ! ajouta-t-elle, je me sens un peu fatiguée, je rentre.Ils échangèrent une dernière étreinte et Alice s\u2019éloigna, rêveuse, dans la direction de sa cabine.Bientôt, dans le silence, la voix du capitaine retentit : \u2014 Embarque, rondement ! La chaloupe accosta.En dix minutes de manoeuvre, barque et tonnes d\u2019eau furent hissées.La voix de M.Valdéras continuait à gronder : \u2014- Chien de pays !.Jamais tranquille dans cette baie de Funchal.On croit pouvoir se reposer.Vlan, voilà ce damné vent du sud qui vous arrive par le travers.Allons, mes enfants, dépêchons ; la brise est encore bonne, n\u2019attendons pas qu\u2019elle nous jette à la côte.Et le capitaine, n'ayant pas la patience de rester à son poste de commandement, allait de long en large, de l\u2019avant à l\u2019arrière, excitant les uns, gourmandant les autres, hâtant l\u2019exécution de ses ordres.Enfin l\u2019ancre dérapa.L\u2019Orénoque, après s\u2019être balancé une minute, comme hésitant sur la direction à prendre, fila bientôt vers le nord-est, plein vent arrière, toutes voiles dehors.Alors M.Valdéras, tranquille, s\u2019approcha de Raymond Davesne qui, pendant tout le branle-bas de départ, était resté immobile et distrait, appuyé au bastingage.\u2014 Mon cher ami, lui dit-il, je désirerais vous entretenir.Si vous n\u2019avez rien de mieux à faire, voulez-vous venir un instant chez moi.\u2014 Très volontiers, capitaine, répondit Raymond sans pouvoir dissimuler un geste d\u2019étonnement.Il Lorsqu\u2019ils furent en tête-à-tête dans la cabine du capitaine, les deux hommes se regardèrent d\u2019abord silencieusement.M.Valdéras paraissait gêné, Raymond Davesne perplexe et soucieux.Enfin le marin se décida.\u2014 Mon cher ami, commença-t-il, depuis que je vous connais, depuis que je vous, suis pas à pas dans votre lutte si vaillante contre l\u2019adversité, j\u2019éprouve pour vous une profonde admiration, une grande estime, je vous tiens pour unhioble caractère.\u2014 Vous me flattez, balbutia Raymond d\u2019un air embarrassé.Eli le silence retomba.\u2014 Monsieur Davesne, vous ne prendriez pas un verre de rhum ?lança tout à coup le capitaine pour se donner une contenance ou le temps de la réflexion.\u2014¦ Merci.\u2014 Allons, pour me tenir compagnie !.\u2014 Soit ! Le vieux marin tira de son coffre une bouteille, deux verres et versa une double rasade.Puis, après avoir trempé ses lèvres dans la liqueur, il reprit : \u2014 Vous n\u2019avez pas oublié1, mon cher monsieur Davesne, à la suite de quel déplorable événement vous avez dû, il y a dix ans, quitter Sainit-Geniez et la France ?\u2014 Hélas ! \u2014 Vous supposez bien, n\u2019est-ce pas, que personne là-bas n\u2019en a perdu le souvenir?\u2014 Je le crains.\u2014 Vous pouvez en être sûr, continua le capitaine après quelques secondes de recueillement.C\u2019est qu\u2019elle fut terrible, cette période de votre vie, je devrais dire : de notre vie à tous, parents et amis, si franchement unis jusque là.\u201cCe fut la suspicion jetée sur tous, la défiance répandue partout, l\u2019intimité rompue entre les familles, enfin un bouleversement général dont le souvenir n\u2019est pas encore effacé.\u201cJe vous vois encore, par cette sombre nuit de décembre, prenant le train en cachette, fuyant pour toujours, pensiez-vous, cette maudite petite ville pour aller vous embarquer à Marseille.\u2018 \u2018 Ce départ précipité était un aveu Vous reconnaissiez par là-même que vous étiez l\u2019auteur du vol.\u201cLe lendemain, M.Davesne-Belcour vint au cercle, il raconta d\u2019une voix désolée votre fuite qui, tout en précisant votre culpabilité, témoignait en votre faveur vous n\u2019aviez pas voulu rester une heure .de plus dans cette ville scandalisée par
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