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Titre :
Le samedi
Éditeur :
  • Montréal :Société de publication du "Samedi",1889-1963
Contenu spécifique :
samedi 19 février 1916
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque semaine
Notice détaillée :
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    Successeur :
  • Nouveau samedi
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Le samedi, 1916-02, Collections de BAnQ.

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[" 40 PAGES Lire: Pages 8 et 9, L\u2019Ours du Bois-Brûlé, par Louis Roland.40 PAGES VOL.XXVII, NUMERO 37 MONTREAL, 19 FEVRIER 1916 Journal Illustre Hebdomadaire Le Numéro 5 Cts A QUOI REVE-T-ELLE f / n m : - LE SAMEDI Vol.27, No 37, Montréal, 19 Février 191G \u2018DESJARDINS\u201d: Fourrures # HUDSON SEAL Nous offrons cette semaine de jolis manteaux en Hudson Seal d\u2019une élégance peu ordinaire, convenables pour dames ou jeunes filles.Le Hudson Seal est une fourrure durable, au poil fourni et lustré, et fait un vêtement de dame d\u2019une rare beauté.Nous avons différents modèles unis ou avec parure en renard, Alaska, opossum, martre, castor, doublés en satin broché de fantaisie, d\u2019une coupe et d\u2019un fini parfaits.Les prix sont tout à fait raisonnables.Manteaux en Mouton de Perse, Sets en Vison, Capots de Chat Sauvage, Paletots doublés en fourrure, etc.GROS ET DETAIL U.DIS ! CIE, HUEE, 130 rue St-Denis Entre les rues Ste-CatherLne et Dorchester Montreal Vin St-Michel Prévenez le danger des maladies qui guettent la femme affaiblie par les excès de travail, surmenage, lassitude, etc.Réagissez au plus vite en prenant du Vin St-Michel\u2014Dès les premières doses, vous sentirez une vitalité nouvelle envahir votre organisme, votre sang fortifié et régénéré vous donnera bientôt une force et une vigueur que vous croyiez à jamais perdues.StMichèl Le Vin St-Michel doit se prendre à la dose d\u2019un verre à vin avant les repas et chaque fois que le besoin s\u2019en fait sentir.Faites-en l\u2019essai dès aujourd\u2019hui, vous serez agréablement surpris de la vie nouvelle qu\u2019il vous donnera.En Vente Partout Boivin, Wilson & Cie Limitée, Seuls Agents, Montréal Eastern Drag Co., Boston.Mass.Agents poor lesE.-U.F f F I F F y ü f y % f f F 148 PAGES Numéro de Février La Revue Populaire ON F TROUVE EGALEMENT UN TRES JOLI ROMAN COMPLET Robert Laverny écrit par A.Faure, UN DES MEILLEURS AUTEURS MODERNES LE TOUT NE COUTE QUE io°- l -\u201e- Véritable revue encyclopédique à la portée de tous les âges et de toutes les intelligences LA REVUE POPULAIRE est, de plus, à la portée de toutes les bourses.De considérables améliorations en font aujourd\u2019hui le véritable magazine de famille le plus profitable pour le plus bas prix possible.Depuis un peu plus d'un an, son format a été porté à 148 PAGES; le nombre de ses articles, d\u2019une moyenne de vingt auparavant, est aujourd\u2019hui de quarante à soixante chaque mois.Le numéro de février 1916 en comporte SOIXANTE-DIX.Voyages dans les pays peu connus, moeurs et coutumes étranges, nouvelles de guerre, arti clés d'actualité, il y a un peu de tout et tout est puisé aux meilleures sources de documentation.De nombreuses gravures ajoutent un charme de plus à ce texte intéressant.Hâtez-vous de réclamer votre No à votre Dépositaire car, il arrive que, par suite de la vente très rapide de la Revue Populaire, chaque mois il y a des retardataires qui ne peuvent se la procurer.Les lecteurs résidant hors de Montréal et de la banlieue ont la faculté de pouvoir s\u2019assurer un abonnement d'un au pour le prix très avantageux d\u2019une piastre seulement ou de six mois pour 50 courts. Vol.27, No 37, MontrOal.10 Février loin 3 LE SAMEDI ABONNEMENT (Payable d\u2019avance) Canada et\tMontréal Etat»-Unie\tet Europe Un an .$2.60\tUn an .$3.60 Six mois .1.26\tSix mois .1.76 Les abonnés changeant de localité sont priés de nous donner un avis de 8 Jours, l'empaquetage de nos sacs de malle commençant 6 jours avant de les livrer à la poste.O D O e D O Fondé en 1889 LE SAMEDI JOURNAL ILLUSTRE HEBDOMADAIRE Organe du Foyer Domestique PRIX DU NUMERO : 6 Cts Entered March 23rd 1908 at the Post Office of St.Albans, Vt.as second class matter under Act of March 3rd 1879.O D o o D o HEURES DE BUREAU : De 8.30 a.tn.à 5.46 p m\u201e toue les jour», excepté le earned!, de 8.30 a.m., A midi.Tarif d'annonce fourni sur demande.POIRIER, BESSETTE & CIE, Têl.Main 2680,\tPropriétaire», 200, Boul.St-Laurent,\tMontréal.L\u2019EPURATION a MONTREAL Je lisais, récemment, que depuis un certain temps, le taux de la criminalité avait baissé dans d\u2019appréciables prop o r t i o ns à Montréal.Tout naïvement, ainsi que pas mal de braves gens, j\u2019avais cm devoir m\u2019en réjouir et en augurais la venue proche d\u2019une Société où la pratique de la vertu, enfin généralisée, aurait apporté le bonheur avec elle, garanti les richesses à ceux qui les possèdent et permis de les conquérir à ceux qui n\u2019ont jamais quelque idée du luxe que par la lecture des ro-mansTeuilletons.Eh bien, il paraît que je m\u2019étais mis le doigt dans l\u2019oeil ! Et jusqu\u2019au coude, encore!.La vertu n\u2019a rien à voir là-dedans! Afin d\u2019en avoir le coeur net et d'1 savoir si réellement, la mentalité de ceux que l\u2019on appelle des \u201cpiliers de tribunaux\u201d avait suibi quelque amélioration, j\u2019ai voulu interroger l\u2019un d\u2019eux, dont le cahier judiciaire, amplement orné, permettait d\u2019espérer une documentation sérieuse en la matière.Le gaillard était un affreux gredin, ne craignant ni Dieu ni diaible et aussi dépourvu de scrupules qu\u2019un professeur de \u201cKul-tur\" teutonne.Ce qui d\u2019ailleurs ne l'empêchait pas d\u2019avoir un peu d\u2019instruction, beaucoup de roublardise et une certaine logique dans ses discours.Cette variété là existe.Elle est même moins rare qu\u2019on ne le croit; j\u2019admets qu\u2019on la trouve plus volontiers parmi les hommes politiques, mais passons.J\u2019ai donc interviewé mon liomme et j\u2019en ai recueilli des aperçus très intéressants et très inattendus sur la question.\u2014Que pensez-vous, lui dis-je, de la baisse des affaires criminelles à Montréal! Est-ce que cela va durer?\u2014\u2018Oui, répondit-il.Et cela pourrait même bien s\u2019accentuer encore.\u2014Et à quoi attribuez-vous ce progrès?Ici, l\u2019homme me regarda avee un air narquois, fit, d\u2019un tour de langue, passer une énorme chique de bâbord à tribord, se gratta le bout du nez et demanda : \u2014Vous êtes avocat?\u2014Le moins possible.\u2014iDoeteur-eriminaliste ?\u2014Je laisse cela à de plus compétents.\u2014Journaliste, peut-être?\u2014Vous avez deviné! \u2014Ah! fit l\u2019homme.Et dans ce \u201cAh!\u201d il y avait quelque chose d\u2019inexprimable que j\u2019ai cru pouvoir traduire ainsi: \u2018\u2018Tiens! ce visiteur est un journaliste.ce n\u2019est que cela.mais cela n\u2019a pas l\u2019air bien terrible après tout.pourtant.on ne sait jamais.il faut se méfier de ces gens-là.\u201d Le bonhomme devait rouler des pensées de ce genre dans sa tête car il conclut : \u2014Une machine à bavasser, quoi ! Et il ponctua sa réflexion d\u2019un long filet de salive jaunâtre en guise de point d\u2019exclamation.\u2014C\u2019est cela même, approuvai-je.Surpris et satisfait, l\u2019homme releva la tête.\u2014Eli bien, tenez! vous avez l\u2019air d\u2019un bon type.Interrogez-moi carrément ou plutôt, non, puisque je sais ce que vous me demander, je vais vous la donner la vraie raison de la baisse de la criminalité à Montréal; seulement comme il s\u2019agit d\u2019un secret professionnel, ne racontez cela à personne! \u2014Simplement aux eent mille lecteurs du \u201cSamedi\u201d.__-Après tout! Si vous voulez!.D\u2019abord ça redressera une erreur dont j\u2019ai en connaissance dernièrement; ça fera voir au public que les journalistes lui servent quelquefois des calembredaines avec le tact d\u2019un éléphant.\u2014Ce qui veut dire?\u2014Ceci: il y en a qui ont expliqué que, s'il y avait moins d\u2019a-paehes à Montréal, c\u2019était un bienfait dû à la guerre.En d\u2019autres termes, c\u2019était insinuer que les régiments ont été recrutés en grande partie dans la fripouille, ce qui me paraît quelque peu exagéré.J\u2019admets que ça se soit fait chez les boches mais jamais je n\u2019aurais cru que quelqu\u2019un aurait eu la malencontreuse idée de prétendre qu\u2019on en faisait autant ici! \u2014-Le fait est que c\u2019est une drôle de manière de crier: \u201c Vive l'armée!\u201d\t'\tj l ^ \u2014Æt une drôle de manière aussi de lui faire de la réclame aux yeux des étrangers, mais, arrivons au fait.S\u2019il y a moins d\u2019apaches à Montréal, c\u2019est à cause des Tribunaux.\u2014Je comprends; ils n\u2019ont pas de ménagements pour eux.\u2014Vous n\u2019y êtes pas! C\u2019est par haine et non par crainte des Tribunaux ! Les apaches ont décidé de se mettre en grève pour punir les juges de leur ingratitude ! \u2014Je ne comprends pas bien.\u2014\u2018Puisque vous êtes journaliste, ça ne m\u2019étonne pas.Je vais donc vous expliquer et me prendre comme exemple.A la suite de divers petits travaux professionnels, les juges m\u2019ont collé un beau jour 10 ans de régime spécial à Bordeaux.C\u2019était raide, et plus que raide, injuste, comme vous allez voir.Messieurs, ai-je dit aux juges, j\u2019attendais plus d\u2019égards de vous.Vous nous devez de la considération.car, si nous nous mettions en grève, vous seriez grandement embarrassés ! Nous valons mieux pour vous qu'un honnête homme car, s\u2019il n\u2019y avait que des honnêtes gens, il n\u2019y aurait plus qu\u2019à remiser les juges dans l\u2019armoire.C\u2019est grâce à nous que vous vivez, vous il\u2019avez pas l\u2019air de vous en douter.\t»j .Vous êtes des ingrats.Maintenant vous ne savez pas calculer, en voici la preuve: Vous me donnez dix ans et j\u2019ai tout juste volé cent piastres.En admettant même que je sois un fin ouvrier à cinq piastres par jour, c\u2019est l\u2019équivalent de 20 jours de travail; vous m\u2019en octroyez 3650 de plus, ce qui à cinq piastres représente dix-huit mille cent cinquante piastres.Payez-moi ce que vous me devez en plus et je ne dis rien! \u2014-Pit le juge a payé?\u2014Sans hésiter!.Seulement comme il a prétendu que le temps c\u2019était de l\u2019argent, il m\u2019a payé en nature et il m\u2019a collé neuf ans, onze mois et dix jours de plus.\u2014Et vous n\u2019avez rien dit?Ils feront le procès des moutards.\u2014Minute! Ça faisait pas mon compte.Alors, j\u2019ai donné le mot d\u2019ordre à tous mes collègues en opérations nocturnes et frauduleuses, tous les cambrioleurs de carrière, chevaliers de la pince-monseigneur et des industries similaires, ont marché comme un seul homme.Pour punir les juges, ils restent sages maintenant et ils y resteront jusqu 'à ce que le dernier Tribunal soit supprimé.Quand les juges en seront réduits à faire le procès des moutards qui bavardent à l\u2019école ou font pipi au lit, ils penseront peut-être avec regret aux beaux jours où ils avaient des masses de cas \u201csérieux\u201d comme les nôtres.Et voila! Puisque vous êtes un croque-plume, racontez ça dans votre journal, ça fera de la propagande à mon système de gi'ève.\u2014Je le raconterai, dis-je, mais cela ne fera certainement pas l\u2019effet que vous en attendez, la clientèle du \u201cSamedi\u201d ne se recrute pas dans votre monde.\u2014Tant pis, mais ea prouvera peut-être aussi que les soldats h\u2019en proviennent pas non plus.Là-dessus, je pris congé de mon homme en me disant que sa dernière réflexion avait sûrement plus d\u2019esprit et de bon-sens que les maladroites insinuations de certaines gens.Fernand de Veraeuil. 4 LE SAMEDI Vol.27, No 37, Montréal, 19 Février 1910 ETONNANT ! \u2014Dis, m'sieu, est-ce que t'as été p\u2019tit garçon, toi aussi, dans V temps?\u2014Mais certainement, ma petite fille! \u2014Jamais j'croirai ça! J'ai jamais encore vu tic bébé policeman! PLUS JOLI QUE NATUREL Le jeune homme.\u2014Ce portrait ne me ressemble pas du tout.Le photographe.\u2014Est-ce %'rai t Alors cous devriez plutôt me remercier au lieu de vous plaindre.\\£ LE PHARE Au loin, daps l Oeéam où plane le mystère, Le phare de granit se dresse solitaire.Perçant là bruine épaisse, il projette ses feux Blanches nappes d'argent tombant sur les flots bleus, Quand des deux attristés fuit l'étoile vermeille, Il est sur l'Océan le : seul amour qui veille.Il est comme un géant qui veut braver la nuit, Et son regard hautain dans les ténèbres luit.Il lutte effraya mutent quand gronde la tempête, Et l'ouragan n'a jamais pu courber sa tête.Les flots peuvent surgir, les vents se déchaîner, Près des cicuæ son flambeau né cesse de planer.Et les rudes marins, sauvés de la tourmente, Reprennent leur chemin sur la mer éelimante.Mais à l'aube, bientôt, le phare pâlira, Ses flammes sc feront douces, U deviendra Sur la mer apaisée un long cierge qui prie Pour tous les naufragés morts loin de leur patrie.De ecu v qui n'auront lias le repos d\u2019un cercueil, Mélancoliquement, il parti ra le deuil.I\tn deuil fait de clartés f littérairement tristes Qui, donneront aux flots des lueurs d\u2019améthystes.Mais pour que le profane ignore son amour, II\t'éteindra ses feux lorsque naîtra le jour.Et donnant tour à tour la vie et la prière Par le rayonnement de sa calme lumière, Sans connaître les coeurs qui passent en l\u2019aimant.Très fier sur le rocher de sou isolement.Au loin dans VOccnn où plane le mystère.Le phare de granit se dresse solitaire.CHARLES GEGOUT.^ -.:.~.= \u2014=-:\u2014 \t-.AFFAIRE DE PRATIQUÉ Oncle.\u2014Tu as l\u2019air d\u2019avoir bon appétit, tu manges comme un petit ogre! Bob.\u2014Faut pas t\u2019étonner d\u2019ça, m\u2019n\u2019oncle, ça fait déjà la neuvième année que j\u2019pratique! PLUTOT UN DÉPLAISIR \u2014Vous traversez Vocéan pour votre bon plaisirf \u2014.Non; n\u2019est simplement pour aller chercher ma femme.ALLUSION PIQUANTE Monsieur Groslard jouit d'un appétit extraordinaire.Si les pensionnaires de l\u2019hôtel voient avec plaisir son étonnant coup de fourchette, la maîtresse de pension ne pense pas comme eux et elle le lui fait comprendre chaque fois qu\u2019elle en a l\u2019occasion, en voici un exemple: Groslard, (sur la terrasse).\u2014Allons, bon, vol là que j\u2019ai perdu deux boutons de mon gilet.La maîtresse de pension, (d\u2019un air pincé).\u2014 Ne les cherchez pas ici, vous les trouverez plutôt dans la salle à dîner.QUAND LE POISSON EST PRIS.La jeune mariée échangeant sa robe de noces pour un costume de voyage.\u2014Ella, demanda-t-elle à la joyeuse demoiselle d\u2019honneur qui l\u2019assistait, est-ce que je paraissais énervée pendant la cérémonie?\u2014 Un peu, au commencement, reprit Ella, mais pas après que Georges eût prononcé le \u201c oui.\u201d LES FAMEUX TOURS DE JULES W U 1\tJules avait invité plusieurs de ses petits amis pour venir prendre le thé chez lui, et naturellement il essaya cnrore cle leur jouer un de ecs fameux tours.Pensez-vous que je puis vous donnai- à chacun un de ces trois gâteaux et qu\u2019il en restera encore un dans l'assiettet leur demanda-t-il.\u2014Oh non, c'est impossible, répondirent-ils tous ensemble.L\u2019ALLEMAND AIME SA FEMME! Un paysan allemand perdit un jour une vache, la seule qu\u2019il possédait.Le lendemain il perdit sa femme et de suite il reçut la visite de ses voisins.Chacun d\u2019entre eux lui offrant en mariage soit sa fille, soit sa nièce, soit une cousine.Le paysan fit alors à ses voisins assemblés pour la veillée mortuaire: \u201cJe comprends que, dans cette ville, il vaut mieux perdre sa femme que sa vache.Ma femme n\u2019est pas encore enterrée qu\u2019on m\u2019offre le choix entre Une douzaine de filles, tandis que personne ne m'offre une vache.\u201d IL ETAIT SATISFAIT 1 ous êtes toute beauté, disait un jeune homme à sa blonde.-C est très bien, dit-elle, mais vous savez que la beauté c\u2019est seulement que de l\u2019épaisseur de la peau.Parfaitement, dit-il, c\u2019est assez épais pour moi, je ne suis pas un cannibale.2\tOh, vous pensez que c\u2019est impossi-ble, dit Jules en souriant.Alors, je vais i ous montrer que c\u2019est possible.En voici un pour toi, Georges.Merci, dit le jeune garçon.mki 3\tII en pi it ensuite un antre et le donna à Thomas.Et maint' mint fuites bien attention à ce que je rnis faire.Voici que je commence mon tour.1 Alors il prit l\u2019assiette avec le dernier gâteau et la présenta à la petite Emilie 1 oici le troisième pour toi.J\u2019ai exécuté mon tour comme vous voyez, puisque j\u2019en ai laissé un dans Vassiette! Vol.2?* No 8t, Montréal, 19 Février 1916 LE SAMEDI 5 DE PITON UN AIMABLE correspondant veut bien fournir une réponse & la question posée précédemment : \u201cQui donc Boo renseignera sur la différence qui existe entre un costume de bain et certaines robes de soirée?\" \u201cJacques Line\u201d dit qu\u2019il n\u2019eu existe pas, sauf dans l\u2019intention de celles qui les revêtent.Elles endossent le costume de bain pour se cacher et la robe de soirée pour se mieux exhiber.\u201d Notre correspondant ne manque pas d'esprit; il a trouvé du premier coup la vraie définition.ON CONSEILLAIT il Madame de Longueville, distinguée par ses vertus et sa naissance, d'aller a la Oour pour lui donner le bon exemple.\u201cJe ne saurais, dit-elie.lui donner un meilleur exemple que de m\u2019en éloigner.\u201d LA DIFFERENCE \u2014Sais-tu la différence qu'il y a entre un cheval et un auto?«IV -a \u2014Sûr!.ça vous frappe tous les deux mais pas par le même bout.L'ECRIN AUX PERLES (Extraits authentiques de livres, journaux, etc.) De La Belle Brésilienne : \"Marcelle lisait aver ses petites mains mignonnes.\u201d Et sans doute, écrivait-elle avec ses yeux.Du Docteur Harder; cela débute: \u201cOn était au commencement d\u2019octobre.\u201d Et plus loin : \"Trois mois se sont passés depuis le commencement de cette histoire; nous sommes le 17 avril.C\u2019est ce qu\u2019on appelle escamoter l\u2019hiver en un tour de plume.TOUT le mande a ses ridicules.Seulement les uns sont au-dessus et les autres au-dessous.\u2014o\u2014 C\u2019EST une grande misère que de ne pas avoir assez d\u2019esprit pour bien parler, ni assez de jugement pour se taire.\u2014o\u2014 VN PHILOSOPHE, qui a cru faire une trouvaille d\u2019esprit, prétend que le fameux Sphinx d\u2019Egypte ne peut pas représenter une femme car il ne serait pas resté muet depuis tant de siècles.Ça ne doit sûrement pas être un homme non plus pouir\u2019être exposé au soleil depuis si longtemps et ne pas avoir encore réclamé un seul verre de bière.\u2014o\u2014 LE MOMENT de la conversation le plus intéressant, pour deux amoureux, c\u2019est celui où ils se regar dent dans le blanc des yeux sans rien trouver a se dire.LA VIE est un champ oü l\u2019on récolte des roses et des épines.Que d\u2019hommes se font une besogne agréable en ne cueillant que les roses et en laissant les épines à leurs femmes.LES FLOTS D\u2019HARMONIE r ^ Dessin d\u2019un de nos amis pour dépeindre les sensations éprouvées à une soirée musicale intime où il s\u2019est embêté à dix piastres l'heure.LES BONNES LANGUES CONTE de fées moderne: Il était une fois un homme qui rentra aux petites heures chez lui et raconta à sa femme qu'il avait eu beaucoup de travail supplémentaire à son bureau.Le merveilleux de l\u2019histoire, c'est que c'était la vérité.IL Y A des sourires qui sont plus pitoyables que des larmes.Tel, par exemple, celui de la jeune fille qui s\u2019efforce de s\u2019intéresser à la conversation d\u2019un homme qui l\u2019ennuie tandis qu\u2019elle prête l\u2019oreille pour guetter la sonnerie du téléphone qui lui annoncera l\u2019arrivée de celui qu\u2019elle aime.LES HOMMES prétendent qu'ils n\u2019ont pas le défaut de ia curiosité\u2019 Essayez donc, pour voir, de commencer une bonne histoire a l\u2019un d\u2019eux et de vous arrêter ensuite a moitié.Elle.\u2014 Regarde cette coquette devant nous.Je me demande comment elle peut s\u2019habiller avec son salaire! Lui.\u2014Combien gagne-t-elle?Elle.\u2014Je n\u2019en _sais rien .je ne la connais pas.De La Cousine Bette, par Balzac: \u201cUn commissaire de police répond silencieusement : Elle n\u2019est point folle.\u201d Cela me rappelle une charmante poésie qui débute ainsi : Un jour c'était la nuit, le tonnerre en silence,.P a Y des éclairs obscurs annonçait sa présence.De La guerre du Nizam, par Méry: \u201cNous vous sacrifions le bal, madame, dit un jeune homme dont la voix n\u2019empruntait pas son émotion a la fièvre de ses pieds.Tant mieux! A cause de l\u2019odeur.De la Vie parisienne, \u201cJournal d\u2019un Parisien eu avril 1914 et en avril 1915 : 31 avril.Ce brave homme u oublié qu'avril n\u2019a que trente jours.Du Radical : \u201cUn honnête employé de commerce, nommé D., descendait en toute hate le boulevard National, les mains croisées derrière le dos, en lisant son journal.\u201d Il tenait sans doute son journal entre les dents.De Just Lherminier, par Emile Lévy: \u201cLa jeune fille dédaignant les deux beaux couples anglais de braques de son père, un épagneul de pure race.\u201d Et voilà comment on fait passer son père pour un chien.De l\u2019Estafette : \u201cLes nouvelles tendent a démontrer que la marche de l\u2019influenza est stationnaire.\u201d Marcher tout en restant stationnaire, c'est sûrement quelque chose qui vaut la peine d\u2019être signalé.Du Voleur, par Georges Duval: \u201c.une raffinerie de cruauté.\u201d Style raffiné.DEHOCRITE.MERCI a Madeleine de Hast pour son envoi de \u201cPerles.\u201d LE SAMEDI Toi.27, No 37, BanMM, 19 Térrier 1918 8 MANQUE DE CONVENANCE Rosa.\u2014-Qu \u2019est-ce que vous m\u2019appre-nez-là?Henri marié! jamais je ne pourrai me faire à cette idée.Louise.\u2014Pourquoi ?Rosa.\u2014Pourquoi?mais vous connaissez les serments d'amour qu\u2019il m\u2019avait faits.Louise.\u2014Ma chère, je ne vous corn* prends pas; vous l\u2019avez assez brutalement rejeté, et de plus voilà trois mois que vous êtes mariée.Rosa.\u2014iC\u2019est précisément jour cela.S\u2019il était aussi aimant, aussi dévoué, qu\u2019il me le disait, il aurait du faire un deuil de garçon pendant un an au moins.DEVINETTE \u2014Qu\u2019est-ce qui va, qui vient, et qui ne quitte pas sa place?\u2014C\u2019est une porte.LES SENSATIONS Dü PAPA PRECAUTION Un vieux garçon en visite chez un de ses amis, marié et père de famille, s\u2019efforcait d\u2019amuser le bébé, âgé seulement de 6 mois, en le faisant sauter sur ses genoux.Finalement il lui donna _sa montre en or pour jouer.La montre était toute petite et le bébé la mit à sa bouehe.La mère, en l\u2019apercevant, s\u2019écria avec épouvante: \u2014Oh! prenez garde, il va avaler la montre ! \u2014Ne craignez rien, répondit tranquillement le garçon en riant pour rassurer la mère, .je tiens la chaîne, la montre n\u2019ira pas loin.PAS UN HOMME Bébé n'a certes pas volé la bonne fessée que vous lui administres: pour la première fois: malgré cela, au fond de vous même, vous ne pouvez pas vous empêcher de le comparer à un pauvre petit ange qu\u2019un vilain diable martyrise avec une énorme pantoufle pesant au moins une tonne,.\u2014Qui est cet homme qui vient justement d\u2019entrer, Marie?\u2014Ce n\u2019est pas un homme, Madame.C\u2019est le maître qui vient chercher son parapluie.Éjpl h.mm REPONSE JUSTE \u2014Tu sais, ni\u2019man, j'ai rêvé cette nuit que pour ma fête père allait me donner une bicyclette et toi une montre.\u2014Pauvre petit Jean, sache que le songe est souvent le contraire de la réalité.\u2014Alors, m\u2019man, si c\u2019est le contraire qui doit arriver, c\u2019est toi qui me donneras la bicyclette et papa la montre.UN TOUR DE FORCE Brigitte ouvre une bouteille de champagne pour la première fois et tombe en extase devant l\u2019effervescence de ce précieux liquide : \u2014Quel est l\u2019imbécile, s\u2019écrie-t-elle, qui a mis deux pintes de vin dans une bouteille d\u2019une pinte?LES AVENTURES DE UbfOrl le célêhrf bat?sur le fi) de fer.nr- :fc*( \\\\ .: 1 J\u2019étais un peu cassé l\u2019autre jour.Pas un seul centin dans ma poche, cependant j'aperçus un acrobate qui marchait sur un fil de fer; alors je pensai à utiê chose qui pourrait me procurer de l'argent pour dîner.Ifnpl ru-w ra&î ¦siLfei 3 Et vous voyez ce que je fis: Je l\u2019attachai à un poteau de lampe de la municipalité, et avec grâce je commençai à marcher sur la corde.Pendant ce temps la cloche ne cessait de sonner, et c\u2019est ce qui m'empêcha d'entendre descendre la vieille maîtresse de maison au moment où je me préparais à descendre pour faire ma quête.IL SAVAIT SON AGE Pendant une classe d\u2019histoire, un professeur raconte à ses élèves, déjà dans l\u2019âge impressionnable, l\u2019histoire de la reine Elizabeth, lorsqu\u2019il s\u2019aperçoit qu\u2019un de ses élèves est plongé dans une rêverie.Interrompant alors son cours, il lui demande: Le professeur.\u2014M.George, quel est l\u2019âge d\u2019Elizabeth?L\u2019élève (surpris).\u2014Dix-huit ans à son dernier anniversaire.JOIES ET TRISTESSES Leserré.\u2014C\u2019est étrange, tu n\u2019es jamais aussi triste que lorsque tu reçois ton salaire.Lelarge.\u2014Que veux-tu, chaque fois que je retrouve cet ami, je ne puis m\u2019empêcher de songer combien vite nous allons nous séparer.CHARLIE CHAPLIN 2 L'acrobate marche sur un fil de fer! que je me disais en moi-même, ch bien j\u2019en ferai autant! Je me mis alors en frais d'arracher la corde de la sonnerie d\u2019une bonne voisine.c==S I Et elle arriva mec un gros balai de cuisine avec lequel elle m'administra un superbe coup dam la figure.Je descendis amsi vite que possible mais pendant ce temps un gamin avait ouvert une cave à charbon, et je descendis comme un aveugle dans les vastes profondeurs. fol 2T, No ST, Montréal, 1» Février tOlf! lé samedi 1 MONSIEUR RETROUVE LE BON SENS ET LA RAISON 1 Vo/,r de l'autre chambre.\u2014 \u2022/en», mon chéri, puis-je jeter toutes ces rit-iUes chaussures, tu ne les mets jamaist \u2014Non, je les garde pour aller il la pêche 2 Que vais-je faire de ces vieilles culottes, à présent f \u2014Ne les jette pas, je pourrais en avoir besoin.3 Et ne touche à rien autre chose non plus! 4 Où vais-je placer le chapeau à la nouvelle mode que tu as acheté la, semaine dernière?SUR HENRI HEINE Henri Heine, le délicieux poète de l*'Intermezzo\u201d paralysé et douloureux, mena pendant les dix dernières années de sa vie l\u2019existence d\u2019un martyr.Il fut pris, une nuit, d\u2019une telle crise, qu'il crut qu\u2019il allait mourir.Sa femme, bonne mais futile créature, accourut à son chevet et, le visage inondé de larmes, lui dit en lui prenant la main: -\u2014-Ne mourrez pas, mon cher ami; j\u2019ai perdu ce matiu mon perroquet.Vous ne voudriez pas que j\u2019aie deux grosses peines dans la même journée.Heine, qui racontait cette anecdote, ajouta philosophiquement : \u2014Je ne pouvais pas ne pas me rendre à de si bonnes raisons, et je continuai à vivre.Dans ses poésies inédites, on a trouvé cette pensée sur la gloire.La dernière ligne est triviale, mais combien expressive: \u2018\u2018La gloire! la gloire! je vous dis, moi, que ça ne vaut pas la cendre qui résulte d\u2019un cigare de trois sous.Une raie faite sur le sable, une tide sur l\u2019eau, une note jetée au vent et qui s\u2019enfonce dans l\u2019immensité de l\u2019éther, voilà la vie, voilà la gloire.L\u2019homme est un ver de terre et se croit un dieu.On l\u2019entend dire: \u201cJe suis le maître\u201d.\u2014Tu n\u2019es le maître que de ta soupe, quand tu l\u2019as dans le ventre\u201d.A QUELQUES JOURS PRES Avocat.\u2014Quel est votre âge, mademoiselle?Témoin.\u2014J\u2019ai plus de vingt ans.Avocat.\u2014Précisez davantage.Témoin.\u2014'Volontiers, j\u2019ai entre vingt et trente ans.Avocat.\u2014Pas de plaisanterie.Dites-nous exactement votre âge.Témoin.\u2014J\u2019aurai trente ans après-demain.ENGLISH SPOKEN Un médecin-major français opère dans une ambulance anglaise et, ignorant la langue, il a du mal à se faire comprendre des nurses.Il est parvenu cependant à retenir les deux mots anglais les plus usuels pour lui: \u201cnapkin\u201d et \u201cspoon\u201d.Mais il lui arrive de ne pas savoir toujours lequel de ces deux mots signifie serviette.et lequel veut dire cuiller.Dernièrement, le major, voulant ausculter un malade, avait besoin d\u2019une serviette.Il se tourne vers l\u2019infirmière et demande : \u2014\u201cSpoon!\u201d Naturellement, on lui apporte une cuiller.Le major ne se démonte pas: \u2014Ouvrez la bouche, dit-il au patient.\u2014'Mais, Monsieur le Major, fait remarquer celui-ci, je n\u2019ai pas mal à 'la gorge.\u2014Ça ne fait rien, répond le major.Tu ne voudrais pas pourtant me faire passer pour un imbécile.L\u2019MPLOYE PREVOYANT Un couple d\u2019amoureux faisait un voyage en Ecosse.En changeant de train à Carlisle, un employé obligeant, s\u2019approche du jeune homme et tirant un petit livre de sa poche il le lui remet en disant: L\u2019employé.\u2014Un cadeau pour vous, monsieur, avec les compliments de la Compagnie.Le voyageur.\u2014Vrai?qu\u2019est-ce donc?L\u2019employé.\u2014Une carte des chemins de fer de l\u2019Ecosse.Le voyageur\u2014Oh, merci! mais qu\u2019est-ce qu\u2019indiquent ces marques au crayon bleu?L\u2019employé,\u2014 C\u2019est la beauté de la carte ; ces traits indiquent les tunnels.5 Ah bien, tant qu'à cela.s.le donc dans Vpoèle ou dans la boite à ordures.LES .41 5 Et la vieille, contente de son adresse, remonta chez elle, mais la malchance n'existe pas pour Charlie.Oh! non.f L4 EN Tl UES DES CHAR UE CHAPLIN, (Sui 0 Car la cuisinière le reçut arec la pelle à charbon, et il ne prit pas beaucoup de temps à faire connaissance avec elle.e et fin.) mm o o 7 Elle l\u2019emmena à la cuisine où elle lui fit prendre un fameux repas.Elle déchira même le portrait de son ancien cavalier et ne voulut plus revoir que son beau Charlie qui se vanta dans la suite de n\u2019avoir jamais passé d'heure aussi agréable. 8 LE SAMEDI Vol.27, No 37, Montréal, 19 Février 1916 NOUVELLE COMIÜO-D RAMATIQUE INEDITE Par Louis Roland Jos Mailloche avait deux grands défauts: primo, il était \u201cpeigne\u201d à faire l\u2019admiration d\u2019Harpagon lui-même; secundo, il était \u201cos-tiné\u201d à faire blêmir de jalousie la plus têtue des mules espagnoles.Par contre, Jos avait une grande qualité, une qualité qui lui valait de fréquents témoignages d\u2019amitié de la part de tous les célibataires mâles du village de Troubi-dou: il avait une fille.oh mais, une fille !.Pristi, moi qui ne l\u2019ai vue qu\u2019une seule fois et à trois arpents de distance, j\u2019en ai encore des pa-pillottements dans les yeux et des fourmillements dans les orteils à chaque fois que je pense à elle!!.Jugez, dans ces conditions des oeillades enflammées que lui lançaient tous les gars de Troubidou qui la rencontraient cinquante fois par jour!\t% Et la belle Yvonne\u2014tel était le nom de la perle de Troubidou\u2014 accueillait tous ces hommages avec une superibe indifférence quand ils se manifestaient à une distance raisonnable ou avec une paire de claques non moins superbe quand un amoureux, plus hardi que les autres, esquissait simplement le geste de lui voler un baiser.Ça, c\u2019était la règle générale.Mais toute règle comporte au moins une exception qui la confirme et l\u2019exception, à Troubidou, avait vingt-quatre ans, des bras solides, du courage au travail, de la bonté timide dans le coeur mais malheureusement une fortune qui ne dépassait guère cinq pi astres aul époques les meilleures de l\u2019année.Détail complémentaire : cette exception se nommait Jérôme La violette.Yvonne et Jérôme étaient donc une paire de bons amis et il était bien convenu entre eux que l\u2019année ne s\u2019achèverait point sans qu\u2019ils fussent mari et femme mais il y avait un point noir dans ce beau rêve.Et le point noir, c\u2019était le papa de la belle enfant, ce vieux grigou de Jos Mailloche qui avait poussé des cris de corneille malade quand Yvonne lui avait parlé de ce mariage.\u2014Un pouilleux qui n\u2019a pas le sou! Jamais de la vie! avait-il déclaré péremptoirement à sa fille.Quand j\u2019aurai décidé que tu aies un mari, c\u2019est moi qui le choisirai.Que dirais-tu par exemple de Mathias Lacouenne?\u2014Voaah!.vous n\u2019y songez pas sérieusement, papa?Il n\u2019a plus un seul cheveu sur la tête ! \u2014Mais il a des piastres en masse à la banque, c\u2019est un plus bel ornement!.\u2014Et puis il est maigre comme un coucou.de loin on dirait un arête de hareng saur qui se promène.\u2014Tant mieux pour lui s\u2019il n\u2019est pas gros, ma fille, ça lui coûte moins cher pour s\u2019habiller! \u2014Et puis, là! je n\u2019en veux pas de votre Lacouenne! C\u2019est Jérôme que j\u2019aime.c\u2019est lui que j\u2019épouserai et pas un autre! \u2014'Fille dénaturée ! C\u2019est-y que tu voudrais faire la révolution dans ma maison?.Parle-moi plus jamais de ton Jérôme ou sinon je t\u2019attache par une patte à ton bois de lit dans ta chambre et je t\u2019y laisse jusqu\u2019à ce que tu aie*s changé d\u2019idée! \u2014Ou bien que je sois morte, car vous me ferez mourir de chagrin, ça s\u2019est sûr, dit Yvonne en pleurnichant.Ert puis vous serez bien avancé quand je serai morte, tout le monde dira que c\u2019est de votre faute sans compter que je reviendrai peut-être comme un fantôme toutes les nuits auprès de vous pour vous reprocher mon malheur!.Jos Mailloche était passablement ennuyé de la tournure que prenait la conversation ; comme tous les vieux avares il était quelque peu superstitieux et parler de fantômes devant lui, c\u2019était lui donner la chair de poule.\u2014Calme-toi, fillette, dit-il en se radoucissant.N\u2019épouse pas Mathias Lacouenne s\u2019il te déplaît tant que ça mais lâche-moi aussi ton sans-le-sou de Jérôme puisqu\u2019il me déplaît à moi.\u2014Alors, je resterai vieille fille.Un amour contrarié ça rend mauvaise et je finirai par vous mener le diable toute la journée.et puis, vous ne savez peut-être pas, ajouta la finaude qui connaissait le point faible de son père, vous ne savez peut-être pas que ça porte malheur à une maison que de refuser sa porte à un amoureux honnête et bon garçon pour le seul motif qu\u2019il est pauvre.Il y a des exemples, allez.\u2014Qu \u2019est-ce que tu me racontes-là ?clama le vieux, un peu ébranlé mais furieux quand même de voir qu\u2019il n\u2019aurait pas le dernier mot.Je m\u2019en moque de tous tes revenants et de toutes tes histoires de porte-malheur.Je ne veux pas de Jérôme comme gendre, c\u2019est bien compris et décidé! \u2014Ah! c\u2019est de même?Bon, bon, je ne dis plus rien! Et la jolie fille ne dit plus rien en effet mais elle sortit prestement en claquant la porte derrière elle.Ahuri et quelque peu décontenancé, Jos Mailloche se gratta la tête en murmurant : \u2014Quelle fille!.Acreyé! quelle fille!.Sûrement qu\u2019a va manigancer quèque chose pour me faire avoir encore du trouble.Si Jos avait eu le don de seconde vue, il aurait pu apercevoir Yvonne qui de loin faisait de grands gestes d\u2019appel à Jérôme et s\u2019il avait pu entendre le complot qui se tramait contre lui deux minutes plus tard, il n\u2019eût pas été rassuré car il eût compris que deux amoureux ont à eux seuls plus d\u2019imagination qu\u2019un régiment de vieux papas grincheux quand il s\u2019agit de sauvegarder leur bonheur en péril.O Le soir de cette mémorable journée, Jos Mailloche et sa fille s\u2019observaient du coin de l\u2019oeil et en silence à table.Yvonne paraissait très gaie, plus gaie que d\u2019habitude même et Jos se ras-S'énlérait graduellement.Il avait craint tout d\u2019abord une bouderie prolongée avec pleurs et grincements de dents à la clef mais, \u2014tant mieux donc, Seigneur!\u2014Yvonne paraissait aVoir bien pris son parti de la situation.\u2014Eh bien, fillette, dit Jos au bout d\u2019un instant.Tu ne jases pas ?\u2014J\u2019ai pourtant du nouveau à vous apprendre, répondit Yvonne, mais je n\u2019y pensais plus.Je puis bien vous raconter cela, à vous, puisque vous m\u2019avez affirmé encore aujourd\u2019hui que vous n\u2019aviez pas peur des revenants.\u2014Hein! fit Jos en s\u2019efforçant de rire.Tu as une histoire de revenants?\u2014'Pas toiit-ià-fait mais c\u2019est aussi curieux.Il s\u2019agit d\u2019un ours énorme et effrayant sur lequel courent les bruits les plus étranges.Vous ne sortez jamais de chez vous, cela ne me surprend pas que vous n\u2019en ayiez pas entendu parler.Le père Jos Mailloche n\u2019aimait pas les ours.Dans sa prime jeunesse il avait eu une terrible aventure avec l\u2019un d\u2019eux qu\u2019il avait rencontré nez4-nez dans le bois; il n\u2019avait dû son salut qu\u2019à la rapidité de sa course et de frayeur, il en avait gardé le lit pendant huit jours.Au fond, le plus effrayé de la rencontre, avait peut-être été l\u2019ours lui-même, mais Jos n\u2019avait rien d\u2019un héros et sa fille n\u2019ignorait pas cette particularité-là.\u2014Un ours! grommela le vieux, et que fait-il?Est-il dans les bois de Troubidou?\u2014Mieux que cela, il a établi, paraît-il, sa résidence au Bois-Brûlé.\u2014Au Bois-Brûlé, mais c\u2019est mon terrain derrière ma maison.à deux arpents à peine!.mais il faut le prendre.le tuer!\" \u2014'Essayez si vous le voulez mais personne d\u2019ici ne veut tenter la chose.Cat animal-là a une peau qui résiste aux balles et l\u2019on n\u2019ose le tirer car il paraît que c\u2019est un ours sorcier et que toutes les balles qui le touchent retournent directement frapper le tireur en plein front.'Ouais! iît le vieux, mais on peut sans doute le prendre au piège ?\u2014En avez-vous un?\u2014Non.Mais.j\u2019y pense, ce sans-le-sou de Jérôme en a un bon.demande-lui puisque tu es si camarade avec lui! \u2014Croyez-vous qu\u2019il consentira à vous le prêter depuis qu\u2019il sait tout ce que vous avez dit de lui ! \u2014Tu lui as répété?\u2014!>ien sûr.Il était plus loyal à moi de lui enlever tout espoir. Vol.27, No 37, Montréal, 19 Février 1916 LE SAMEDI .9 \u2014Mais tu aurais bien pu attendre un peu.après qu'il m\u2019aurait prêté son piège ! \u2014Tant pis! mais ce n\u2019est pas tout.On dit que l\u2019ours, une fois qu\u2019il s\u2019est installé en quelque endroit, y reste parfois des mois entiers à faire toutes sortes de dommages.\u2014Misère de moi!.Et dire qu\u2019il est là, au Bob-Brûlé! Le vieux Jos avait à peine achevé ces mots qu'il se leva, pâle comme un mort et, le bras tendu du côté de la porte qui venait de s\u2019ouvrir, il articula d\u2019une voix étranglée: \u2014Le voilà ! !.Dans l\u2019emibrasure de la porte venait en effet d\u2019apparaître une Bête 'hideuse, monstrueuse, un ours noir gigantesque dressé sur les deux pieds d\u2019arrière et qui semblait le fixer d\u2019un air goguenard.Jos était pétrifié d\u2019effroi, se demandant ce qui allait arriver, mais, chose étrange, Yvonne semblait tout aussi à son aise que si c\u2019eût été tout simplement le voisin qui fût entré pour dire bonsoir.Puis il sortit.L\u2019ours, immense et goguenard, était debout.L\u2019ours fit quelques pas dans la chambre, exécuta une cabriole grotesque, culbuta deux ou trois casseroles et poussa l\u2019audace jusqu\u2019à venir donner une gigantesque tape dans le dos du père Mailloche qui crut sa dernière heure arrivée.Le lendemain, le surlendemain, répétition.Au bout de quatre jours, le vieux Jos était dans le lit avec la fièvre ; il hurlait qu\u2019il Voyait des ours partout, jusque dans sa tasse à café.Et les voisins qui venaient le voir rigolaient énormément, ce qui le mettait dans de véritables rages.\t,\t£ .Yvonne seule paraissait avoir pitié de lui, elle le bichonnait, le dorlottait comme un enfant gâté, ce qui ne l\u2019empêchait pas de lui souffler dans l\u2019oreille avec une ingénuité cruelle: ____Ça ne m\u2019étonne pas, tout cela, papa, vous avez attiré le malheur sur la maison en me condamnant au célibat.Démoralisé, le vieux peigne ne savait plus au juste s\u2019il devait céder à la crainte ou à la colère.En tout cas, ça ne pouvait pas durer plus longtemps, il était résolu à une lutte à mort avec l\u2019affreux animal et, puisant, dans l\u2019excès même de sa peur le courage du désespoir, il décida de prendre son ennemi au piège.Jérôme s\u2019était d\u2019ailleurs bénévolement offert à lui prêter son piège et l\u2019avait aidé même à le tendre consciencieusement aux abords du Bois-Brûlé.-\tA .\t.\u2014Je suis bien certain, ajouta hypocritement le jeune homme, qu\u2019il y aura du nouveau avec ça et que 1 animal se laissera \u201cpogner\u201d de la plus délicate façon avant longtemps.\u2014-Je n\u2019ai pas aussi confiance que toi!\t.\t.\t, \u2014Offrez donc un beau cent piastres à celui qui réussirait le coup-, ça déciderait peut-être bien des gens.\u2014Cent piastres!!.Es-tu fou!.Arrache-moi le coeur, vole-inoi ma chemise, pendant que tu y es.Tout Ce que je puis taire c\u2019est de donner cette sale bête-là à celui qui sera assez malin pour la prendre!\t\u201e \u2014Même à moi, papa?fit une voix fraîche derrière le vieux.\u2014Toi, Yvonne !1 Va donc laver la vaisselle, ça vaudra mieux que de dire des folleries!.Ça ne doute de rien, les femmes! ça tombe en faiblesse devant une souris et ça parle de prendre un ours comme ça parlerait d\u2019avaler une cuillerée de soupe aux pois! Faut te faire soigner, ma fille, si.t es malade.__Eh! répliqua la fillette avec un air choqué, je ne sais pas qui de nous deux est le plus malade, mais en tout cas je ne crois pas que ce soit moi qui aie attrappé une fièvre de frayeur pendant cinq jours!.Oui ou non, êtes-vous consentant de me donner le gaillard pour moi, pour moi toute seule si je réussis a vous en délivrer?\t.\u2014Ben! vas-y donc le chercher puisque tu te crois si capable! Et de plus je te donnerai encore cent piastres comme le demandait Jérôme tout-à-1 \u2019heure.D\u2019abord, ajouta le vieux en lui-même, si elle réussit à pogner l\u2019ours par un tour de sa façon, ces cent piastres là ne sortiront quand même pas de la famille, ça ne m\u2019engage à rien de les lui promettre.__j\u2019ai votre parole, dit Yvonne, mais pour être plus sûre de la chose, répétez donc ça devant témoins, voilà justement des voisins qui passent, je vais les appeler.Et joignant le geste à la parole, Yvonne fit signe aux gens d\u2019approcher.\t.\t,\t, \u2014Eh bien, confirma Jos, je le promets, si ma hile peut s emparer de l\u2019animal, je».lui en fais cadeau de grand coeur et j\u2019ajoute cent piastres à titre de récompense.__C\u2019est le temps d\u2019essayer! interrompit un des hommes, tenez, le voyez-vous là-tbas?Chacun regarda dans la direction indiquée et le vieux Jos ne put retenir un cri d effroi devant 1 effarante chose que 1 on apercevait.\t.A deux arpents à peine, sur la lisière du Bois-Brule, 1 ours, immense et goguenard, était debout, la patte gauche prise entre les mâchoires du piège et tenant, sous la patte droite, le piquet d\u2019attache de la chaîne qu\u2019il avait arraché du sol.Les voisins qu\u2019Yvonne avait appelés étaient muets de stupeur, Jos était bien près de s\u2019évanouir, quant à Jérôme, il était déjà disparu depuis un bon instant.Alors on vit ce spectacle bien plus extraordinaire encore : Yvonne qui, résolument, sans armes, sans même un méchant bâton à la main, s\u2019avançait vers le monstre avec le sourire sur les lèvres.Jos voulut la retenir mais l\u2019effroi le clouait sur place.Il voulut la rappeler mais aucun son ne sortit de sa gorge étranglée parla peur.Yvonne avançait toujours.Elle arriva près du gigantesque animal, et, décidément, c\u2019était à n\u2019en plus croire ses yeux! L\u2019ours s'était assis et la regardait venir en lui faisant de sa lourde patte libre un petit signe d\u2019amitié comme pour lui souhaiter la bienvenue.Yvonne allongea le bras, donna une tape sur le museau de l\u2019ours, le saisit par une oreille, et triomphalement, riant aux éclats, ramena l\u2019animal qui faisait preuve d\u2019une docilité exemplaire.\u2014Il est à moi, bien à moi, cria-t-elle à son père.Vous l\u2019avez promis devant témoins et vous ne pouvez plus vous en dédire.Allons, mets-toi à l\u2019aise, ajouta-t-elle, en s\u2019adressant à l\u2019ours, ce qu\u2019il doit faire chaud l'à-dedans!.Comme elle disait ces mots, l\u2019ours, avec sa grosse patte, faisait tomber sa tête.et ce qui apparaissait, c\u2019était celle de Jérôme qui poussa un bruyant soupir de soulagement.Furieux maintenant et tout interloqué, Jos Mailloche comprit le tour qui lui avait été joué.\u2014Ah, mais non! protesta-t-il, ça ne compte pas! J\u2019ai promis un ours et pas un homme! H n\u2019y a rien de fait! \u2014Papa, vous avez appelé assez souvent Jérôme animal pour ne pas chicaner sur les termes d\u2019aujourd\u2019hui.Vous avez promis, et déviant témoins, je vous l\u2019ai dit.Et il me faut cent piastres par dessus le marché! Jos Mailloche était devenu vert de rage; un des voisins le calma en peu de mots comme sous une véritable douche.\u2014Jos, fais pas ton fou, t\u2019sais ben! si tu veux t\u2019parjurer, tu pourrais payer pour!.Jje vieil avare rappelé subitement à la prudence regarda piteusement Jérôme qui avait l\u2019air véritablement comique dans l\u2019accoutrement dont il achevait de se débarrasser.\u2014Après tout, avoua-t-il, Jérôpae c\u2019est un bon travaillant. 10 LE SAMEDI Vol.27, No 37, Montréal, 19 Février 1916 ÇA, C\u2019EST PAS BATTU s'ÿl 1 Client\u2014Dites donc, waiter, vous Iran- 2 Waiter.\u2014Grognez pas d\u2019même et lisez ça,\t3 Client.\u2014Uein !.Vous Éternuez sur pes votre pouce dans ma soupe!\tc'est un certificat du Bureau de Santé.\tmon steak, maintenantt Waiter.\u2014- J\u2019ai un pouce hygiénique, m\u2019sieu.Mf v\\t VUV t / A\\ 4 Waiter, hygiénique.-Ça fait rien, m\u2019sieu, j\u2019ai un nez .\"> Client.\u2014Et çàf qu'est-ce que vous en dites.\u2019 Un cheveu dans la confiture.0 Waiter.\u2014Calmez-vous, la cuisinière a une chevelure hygiénique.Client.\u2014Ça, c\u2019est pas battu ! C S\u2019* ' L\u2019OURS DU BOIS-BRULE (Suite et fin des pages 8 et 9) \u2014Et puis on s'aime bien tous les deux! affirma de nouveau Yvonne.\u2014Eh bien, mariez-vous done ! conclut Jos et que tous les ours du Bois-Brûlé vous bénissent à condition qu\u2019ils ne me causent plus de trouble à moi.\u2014Soyez tranquille, beau-père, affirma Jérôme, votre fille vous a montré comment on les \u2018\u201cpogne\u201d par l\u2019oreille mais s\u2019il en venait encore, et des vrais cette fois, c\u2019est moi qui vous en débarrasserais et je vous donnerais de grand coeur leur fourrure par dessus le marché.EQUITE Malgré la recommandation paternelle, M.Bob s\u2019est montré désobéissant toute la journée.Aussi le soir, quand son père rentre, la maman de M.Bob le met au courant de la mauvaise conduite de son fils.\u2014Qu\u2019est-ce que j\u2019apprends, Bob?Tu as encore désobéi aujourd'hui comme hier! Tu m\u2019avais cependant promis de ne pas recommencer.\u2014Oui, papa.-\u2014Et moi, je t\u2019avais promis, si tu n\u2019obéissais pas, de te donner le fouet.\u2014Oui, papa.Seulement comme je n\u2019ai pas tenu ma promesse, tir es dispensé de tenir la tienne.IL N\u2019Y A PAS A EN DOUTER A Jersey, il n\u2019y avait qu\u2019un professeur de Français.C\u2019était un Alsacien qui montrait peu d\u2019estime pour l\u2019idiome franco-normand qui se parle dans les îles.Il s\u2019écria un jour devant des Français qui visitaient Jersey : \u2014-Ch\u2019ai pien te la beine à leur abrendre le pou vranzais.Izi on barle badois.\u2014Comment?badois?\u2014Oui, ba-dois.\u2014Ah ! je comprends ! patois.\u2014Oui, oui, chusdement, badois, badois.Il continua ses plaintes sur le badois normand, et comme sa femme l\u2019interrompait, il lui dit: \u2018\u2018\u2014Ne me vaites bas izi de zènes gon-ehigales.\u201d Depuis cette époque, le professeur de langue franco-alsacienne est mort; il a été remplacé par un Suédois, Aussi, cette langue est en gros progrès dans les îles anglo-normandes.LA RAISON \u2014Pour quelle raison, demande un galant capitaine à une jeune femme, que les hommes ne s'embrassent jamais entre eux.tandis que les femmes gaspillent un monde de baisers s-ur d\u2019autres figures féminines?\u2014Parce que, répondit-elle, les hommes ont quelque chose de meilleur à embrasser et les les femmes ne l\u2019ont pas.PAS DES PLUS GENEREUX Le imiter.\u2014Mes amis, voici M.Smith, le millionnaire.Elevez vos mains et ien-dez-les afin qu\u2019il n\u2019oublie pas de nous donner à chacun un bon pourboire.I.C millionnaire alla tout droit vers le portier, en lui visant : c\u2019est très a \u2022Mil d'être venu me saluer à mon départ.Je iTçrcttc de n\u2019avoir pas le temps de vous donner la main A tous, cependant je vous salue tous amicalement! UN CALCUL QUI NE REUSSIT PAS \u2014Je suis très fâché de ne pas pouvoir vous Payer complètement les huit cents piastres que je vous dois, mais cela m\u2019est tout à fait impossible.En voici cinq cents, c\u2019est tout ce que je peux vous donner, dit M.Jean au collecteur en lui remettant les cinq cents piastres.Le collecteur, après avoir compté la somme, lui donna un reçu de 490 piastres et lui dit gracieusement en lui rendant un billet de dix piastres; \u2014C\u2019est dix dollars de trop, M.Jean.\u2014\tComment!.Qui êtes-vous donc?.N êtes-vous pas le collecteur de la maison Blank & Blank?-\t-Non, monsieur; je suis celui de la maison Black & White.Un quart d\u2019heure après le départ du collecteur, le pauvre Jean était encore assis, ! air tout ahuri, devant le petit rouleau de billets de banque qui ne contenait que les 200 piastres préparées pour le collecteur de la maison Black & White.T ,le Pet.ite fille à qui sa maîtresse demar Ant un jour de faire une distinction enti I homme et les animaux, répondit: \u2014Une brute, c\u2019est une bête imparfaite I homme, c est une bête parfaite. Vol.27, No 37, Montréal, 19 Février 1916 LE SAMEDI il LE TOUR D'ADRESSE MANQUE 1 Etienne, voiei notre gros 'bonhomme.Surveille avec attention ce que je vais lui faire.¦Trois.-Deux.riWà tu m & lüHBSfïff i %, PROFESSION DE FOI La période électorale est amusante ; c\u2019est celle des professions de foi.En voilà une fort originale; elle est fie Dumas père et date de 1848 lorsqu'il eut la fantaisie de 'briguer les suffratges des électeurs parisiens: \u201cAux travailleurs! \u201cJe me porte à la députation.Je demande vos voix.Le gros homme.\u2014Quatre.Il L\u2019ESCARGOT ET LE LOUP (Légende Bourguignonne) Un soir de printemps, compère Loup descendait ventre à terre un chemin en pente qui conduit à Dijon.L\u2019escargot l\u2019aperçut et lui cria: \u2014Hé ! bonjour, compère loup ! \u2014Bonjour Escargot, ou plutôt bonne nuit ! Les étoiles brillent déjà au ciel.\u2014Où cours-tu si vite! \u201cVoici mes titres: \u201cSans compter 6 ans d\u2019éducation, 4 ans de notariat et 7 années de bureaucratie, j\u2019ai travaillé 20 ans, 10 heures par jour, soit 73,000 heures.\u201cPendant ces 20 ans, j\u2019ai composé 400 volumes et 35 drames.\u201cLes 400 volumes, tirés à 4.000 et vendus $1.00 l\u2019un, ont produit.$2,370,-720.\u201cLes 35 drames, joués 100 foL chacun, l\u2019un dans l\u2019autre, ont produit $1,-272,000.\u201cEn fixant le salaire quotidien d\u2019une personne à 60 cents, mes livres ont donné, pendant 20 ans, des moyens d\u2019existence à 692 personnes: compositeurs, pressiers, papetiers, brocheuses, libraires, courtiers, commissionnaires, employés des messageries, cabinets littéraires et dessinateurs.\u201cMes drames ont pareillement fait vivre, à Paris, pendant dix ans, 347 personnes : directeurs, acteurs, décorateurs, costumiers, comparses, gardes et pompiers, marchands de bois et d\u2019huile, tailleurs, eartonniers, musiciens, indigents afficheurs, balayeurs, contrôleurs, coiffeuses et coiffeurs, etc.\u201cEn triplant le chiffe pour la province, on obtient 1,041 personnes.\u201cAjouter les ouvreuses, chefs de claque, loueurs et cochers de fiacre.\u201cDrames et livres, en moyenne, ont donc soldé le travail de 2,160 personnes.Alexandre Dumas, Et dire que tant, d\u2019éloquence fut.dépensée en pure perte et que l\u2019auteur des \u201cTrois Mousquetaires'\u2019 n\u2019obtint qu\u2019un nombre infime de suffrages!.-o- UNE GRANDE EXPERIENCE __ Etes-vous bonne cuisinière, avez- vous beaucoup d\u2019expérience, demanda Mme Beaurivage à une jeune fille qui faisait application pour cette position?__ Certainement, beaucoup, répondit.Brigitte orgueilleusement, j\u2019ai fait 20 places en trois mois, Madame.L'institutrice.\u2014Oui, Alfred, lu queue de la comète a 3,000,000 de milles de longueur.Alfred.\u2014Vrai.\u2019 Il n\u2019y aurait aucun plaisir à avoir en attachant une boite de fer-blanc au bout de cette queue.Lucas.\u2014J'ai entendu dire que tu faisais partie du club îles vieux garçons.Damien.\u2014C\u2019est vrai.Lucas.\u2014Et quelle est l'amende ou la punition si un membre sc marie.D a mien.\u2014Un e femme.EXCUSE DOUTEUSE \u2014Petit gourmand, je n'aurais jamais cru que tu aurais volé ce grand gâteau, et que tu avais des idées comme cela en toi! \u2014S\"vais pas, m'man.qu'un gâteau d\u2019même ça s'appelait \u201cdes idées\u201d mais ce qu\u2019il g a d'eertain c\u2019est qu'il est pas toute en moi.g en a la moitié dans l\u2019ventre à mon p\u2019tit frère.\u2014A Dijon.Et toi, que fais-t.u?\u2014-Je vais à Dijon, tout comme toi.Le loup s\u2019arrêta et se mit à rire.\u2014Ami Escargot, les petits agneaux auront des cornes comme des béliers lorsque tu seras à Dijon.\u2014Tu crois, compère ?Eh bien, j\u2019y serai avant toi.Le loup regarda un instant son compère pour voir s\u2019il ne voulait point rire.\u2014Parions un déjeuner! dit le loup.\u2014Je le veux bien.Je suis bon joueur, et pour te le prouver, je te donne cinq pas d\u2019avance.Toujours riant, le loup compte cinq pas.Mais l\u2019escargot s\u2019attache à la longue queue traînante de compère Loup et s\u2019y tient ferme.\u2014Es-tu prêt, compère?demande le loup sans se retourner.\u2014Je suis prêt.\u2014Alors, je détale! Et le loup de courir, emportant, sans le savoir, compère Escargot au bout de sa longue queue traînante! Ainsi il descend les côtes et les vallées, grimpe le long des collines, franchit champs et prairies, fossés et forêts .Enfin, il arrive à Dijon.Trop tard, car la porte Saint-Nicho-las est fermée.\u2014Pan, pan! fait-il.Ouvrez! Mais le portier est endormi et il ne vient ouvrir.Pendant ce temps compère Escargot abandonne la queue du loup, passe sous la porte, grimpe en toute hâte sur le haut, do la muraille et crie: \u201cAh! te voilà, ami Loup! U faut que lu te sois amusé en chemin, car il y a une belle-lurette que je t\u2019attends pour déjeuner!\u201d o POUR SON OUVRAGE \u2014J espère, disait une voisine à une autre, que vous ne faites jamais fâcher votre mari?\u2014 Seulement quand il bat les tapis, répondit-elle.Quand il est bien fâché il les nettoie beaucoup mieux.IDEE D\u2019ENFANT 12 L£ SÂftfEDI Vol.27, No 37, Montréal, 19 Février 1913 DESIR SATISFAIT lSuuJm' .ou jyon 1 Le temps avance! pensait le peintre gui goudtonnait la clôture.Je veux pourtant finir cet ouvrage avant de dîner.Et prenant le pinceau.2 .Il le plongea dans le goudron, et tommença à peinturer la clôture.Mais la petite Emngél'me passa au même moment et plusieurs gouttes de goudron descendirent.3 .tout droit sur son beau manchon.Elle eut beaucoup de peine d'abord, mais lorsqu'elle vit le résultat, elle en fut heureuse! Mais quoi, se dit-elle, on dirait de la vraie ermine, et c'est tout juste ce que je désirais depuis si longtemps! CE SERAIT TROP CRUEL Le fermier.\u2014Je ne trouve pas seulement un vieux vêtement pour faire un épouvantail à corneilles.La femme.-^Prenez donc le vieux costume de collégien que notre pauvre petit portait quand il était au collège et qu'il aimait tant à revêtir.Le fermier.\u2014Etes-vous folle ?Je veux seulement faire peur aux corneilles, je ne veux pas les faire mourir de rire.Ce serait trop triste.BONNE PREPARATION \u2014Oui, dit le gérant, nous désirons un homme pour notre bureau d\u2019information, mais il faut que ce soit um homme qui puisse répondre à toutes sortes de questions et ne pas perdre la tête.\u2014C\u2019est moi exactement, répondit le solliciteur, avec enthousiasme.Je suis le père de huit enfants.SON PROPRE PRIVILEGE ;Caooaf Le gérant.\u2014Pourquoi parlez-vous donc comme celaf Etes-vous le gérant ici, ou si c\u2019est moi.Le commis.\u2014Je le sais que je ne suis pas gérant.Le gérant.\u2014Très bien, alors.Si vous n\u2019êtes pas le gérant, ne parlez pas comme un idiot! ÇA REND SON TRAVAIL FACILE \u2014Arrêtez! grommela l\u2019homme sur la chaise de fariner, qui était à se faire couper les cheveux.Pourquoi insistez-vous à me raconter ces horribles histoires de sang et de meurtre?Ça me donne la chair de poule ! ! \u2014Je suis peiné, Monsieur, dit le barbier, mais quand je raconte des histoires comme cela, les cheveux redressent sur la tête, et ça rend mon travail beaucoup plus facile, comme de raison.PAS POUR LUI \u2014Quelle sorte de viande avez-vous ce matin?demanda le mari au boucher.\u2014Le meilleur steak que nous n\u2019ayons jamais eu, monsieur, répondit le boucher.Voici, monsieur: aussi doux que du velours et aussi tendre qu\u2019un coeur de femme.Le mari, le regarda et dit :\u2014 Je prendrai de la saucisse.UNE MENACE Y* Y wYm flw *1\tid iHÏ Y.V.£ YY / Lorsque je serai grand comme toi, papa, sais-tu ce que je feraiî J\u2019irai à la confiserie et j\u2019achèterai une tarte, je mangerai toutes les confitures qu'il y a dedans et je jetterai le croûte! - Dans l\u2019île de Nimba, près Rhodes, les jeunes filles ne peuvent se marier avant d\u2019avoür fléché une quantité déterminée d'éponges.PETITES ETUDES Le chien On ne peut mettre Pointu dehors, par ce temps et.l\u2019aigre sifflet du vent sous la porte l\u2019oblige même à quitter le paillasson.Il cherche mieux et glisse sa bonne tête entre nos sièges.Mais nous nous penchons, serrés, coude à coude, sur le feu, et je donne une claque à Pointu.Mon père le repousse du pied.Maman lui dit des injures.Ma soeur lui offre un verre vide.Pointu éternue et va voir à la cuisine si nous y sommes.Puis il revient, force notre cercle, au risque d\u2019être étranglé par les genoux, et le voilà dans un coin de la cheminée.Après avoir beaucoup tourné sur place, il s\u2019assied près du chenet et ne bouge plus.Il regarde d\u2019un oeil si doux qu\u2019on le tolère.Seulement, le chenet presque rouge et les cendres écartées lui brillent le derrière.11 reste tout de même.On lui ouvre un passage : \u2014Allez, file ! Es-tu bête ! Mais il s\u2019obstine.A l\u2019heure où les dents des chiens perdus crissent de froid, Pointu, au chaud, poil roussi, fesses cuites, se retient de hurler et rit jaune, avec des larmes plein les yeux.INDEFINI mm Hello! Bureau d\u2019information, pouvez-vous me dire le humera do téléphone de M.Brindamourf Non, je ne sais pas ce qu\u2019il fait, mais il est grand et paraît très bien.-Xi- hu Russie, il exist*1 dans les chemins de fer des compartiments spéciaux pour les femmes au! veulent fumer. Vol 27, No 37, Montréal, 19 Février 1910.LE SAMEDI là DJeiiilleton du C~r^// n\tî* ¦mmm mm mm mm mm SACRIFICE D'ftMOUR GRAND ROMAN INEDIT Par PAUL BERTNAY RESUME DES PRECEDENTS CHAPITRES Juliette Thibaudier était mariée avec Robert demandait, tout en boitant, quelle «était cette visite matinale.Elle se demandait même avec un fris«-son d\u2019inquiétude, «car depuis quelques jours la pauvre vieille fille vivait d\u2019une vie bien angoissée.bien affolée.Serait-ce encore le général ?Depuis l\u2019autre matin, elle se creusait, elle s«e torturait l\u2019esprit pour comprendre ce que signifiait cette scène de violence.pour deviner quelque chose de e«e qui restait si mystérieux «dans toute cette aventure .Elle n\u2019y parvenait pas.Et s\u2019informer.faire une visite, rue de la Pompe.elle n\u2019osait plus à présent.Ah ! si elle avait pu voir Marcelle !.Mlle Keller se disait tout «ee\u2019«a en allant aussi rapidement que le lui permettait sa jambe boiteuse et sa canne à bout caoutchouté, ouvrir La porte de son minuscule jardin.Dieu ! quelle surprise ! \u2014 Marcelle !.C\u2019est vous.\u2014 C\u2019est moi, mademoiselle Laurence.\u2014 Toute seule ?\u2014 To«ute seule.Et c\u2019est alors que Mlle Keller s\u2019aperçut qu'il se passait, toujours, \u2014 plus que jamais peut-être, \u2014 quelque chose de mystérieusement «étrange.Comme elle avait un air bizarre, cette Marcelle.Coanime elle était aussitôt devenue rouge en disant ceis deux Umts : \u201ctoute seule\u201d!.Comme elle paraissait agitée, inquiète, d\u2019.autant plus nerveuse qu\u2019elle faisait vi- siblement «effort pour qu\u2019on ne s\u2019aperçut pas de son trouble.Et c\u2019est en hésitant à présent que sa vieille institutrice «lui demandait : \u2014 Et.Lucienne ?\u2014 Lucienne ?.Eh bien ! elle est à ! hôtel de ( \u2019roixmaure.\u2014 Pas malade, au moins ?\u2014 Non, \u2014 Mt le général ?.\u2014 Il va mieux.\u2014 i i a donc été souffrant ?\u2014 Oui.Il a eu un grave accident.\u2014 Ah ! mon Dieu ! Quoi donc f \u2014 I ne congestion.un coup de sang.\u2014 Ah ! pauvre généra! ! Et mainte nant.,.\u2014 Comme je vous ai dit, il commence à se remettre.Mais comment cet accident.ce malheur «est-il «arrivé ?C\u2019est de cela, ma ehère mademoiselle Laurence, que je viens vous parler.Et, en disant «ce» mots, Marcelle avait la voix sé «altérée q«u«e Mlle Ketiler, pressentant qnefque grave.quelque terrible «aventure, ne put que balbutier : Entrez.entrez, mon enfant.vous savez qu«e je suis votre vieille «amie.Maintenant elles- étaient dans «le pauvre petit galon.celui où, l\u2019autre jour, le général de Croixmaure avait fait suibir à la vieille demoiselle un si redoutable interrogatoire.MIL Laurence s\u2019était laissée tomber dans son grand fauteuil.le fauteuil du capitaine Keller \u2014 elle avait montré une chaise à Mareeille.La jeune fi Me s\u2019y était silencieusement assise.Et.dans cette pauvre petite pièce où, pour tout ornement, il n\u2019v avait qu\u2019un portrait du« capitaine, \u2014 un assez médio-cre portrait «avec au coin du cadre, sa croix de la légion d\u2019honneur, \u2014 on eût dit une sorte de confessionnal avec sa demi-obscurité et son oppressant mystère.\u2014 Eh bien.Marcelle ?La jeune fille devint pâle.comme si tout son sang refluait au coeur.ses yeux s\u2019emplirent de plus noires ténèbres et, comme si elle répétait une «leçon apprise : \u2014 Ecoiitez-inoi, mademoiselle, avec indulgence.«avec pitié.Je suis une malheureuse fille.j\u2019ai commis une faute indigne de pardon.\u2014 Vous !.Allons donc ?.Je vous connais trop pour vous croire.je suis sûre que vous vous exagérez à vous-même.Mais sans répondre, Maire elle répétait d une voix oppressée, «ce qui ressemblait à une leçon «apprise : M\u2019I\u2019e Keller s\u2019était «cachée la tête dans ses mains, éperdue.Et Marcelle continuait.vite., vite., comme pour en finir plus tôt avec ee martyrisant récit : \u2014 Ce pauvre enfant.Il est en nour- rice tout près d\u2019ici.à Saint-Mandé.presque à votre porte.Lucienne était dans le secret.Nous allions souvent le voir.Le gépéral a «u un soupçon.il nous' a suivies.il nous a surprises.L\u2019enfant «était là.Le coup, «pour lui, «a été sù inattendu, si terrible qu\u2019il en a été terrasse.A «peine commence-t-il à se remettre .Mlle Kelilar se demandait si tout eela n\u2019était «pas un abominable oauieheanar.\u2014 Et vous ?bégaya-t-eRe.\u2014 Moi, il m\u2019a chassée.Et Marcelle poussa un profond soupir.peut-être un soupir 4e soulagement ; l\u2019aven était achevé.Mais quelle stupeur lorsque, tout à coup, Mlle Laurence, «la «prenant par les deux mains, l\u2019entraîna vers la fenêtre, en pleine lumière, et la regardant jusqu\u2019au coeur, à travers les fenêtres de ses yeux noirs : \u2014 Vous !.vous.Marcelle, vous avez fait cela ?.\u2014 Oui.Je sais que je suis indigne «le pardon, répondit-elle en se détournant de ee regard aigu.\u2014 Non.insistait la vieille demoiselle je veux lire, dans votre conscience.Répondez sans baisser les yeux, Marcelle.r pondez seulement à mes questions.Vous avez fait «cela ?Ah ! si cet interrogatoire « ontinuait, elle était perdue.Elle comprenait bien, «de question en question, elle allait être amenée à des folies d\u2019invraisemblance.Et comme elle ne voulait pas : \u2014 Je vous en supplie, m«ademoiselle Laurence, ne m\u2019interrompez pas davantage.Le secret, vous le voyez bien, n\u2019est pas seule,ment le mien.\u2014 Mais Mlle Keller la regardait toujours.\u2014 Non.non.faisait-eKe.je ne suis pas folle.et je vois bien que vous parlez, malheureuse, une langue dont vous ne savez même pas la signification.Et elle continuait fiévreusement son in terrogatoire : \u2014 Enfin, passons.Marcelle !.Moi je vous dis que vous mentez !.\u2014 Ah ! je vous jure que je ne vous avoue que la vérité ! Et, plus pâ'îe à présent d\u2019«angoisse que de honte, la pauvre fille s\u2019écriait : \u2014 Puisque je vous dis m«a faute.toute ma faute.C\u2019est une cruauté inutile de fa discuter.de la nier.Elle «existe.I; v en «a.ici.tout près.une preu ve vivante.Von» pouvez done supposer, ajou tait-elle «avec une «ardeur d\u2019insistejnee qui était aussi une supplication, vous pouvez d-onc supposer que je «m \u2019«accuserais sans raison !.Que .i \u2019accepterais, par pîaMar, le martyre que vous prolongez & durement.Que je me serais laissée chasser de la maison où j ai failli causer un êpou» 106 LE SAMEDI Vf»!, it, No 3?, Montréal, 10 fc'évrlor leie van table malheur.que j en serais partie.je n\u2019y demeure plu».\u2014 Depuis quand ?\u2014 Depuis hier.Et edie sanglotait à présent : \u2014- Oui, mademoiselle Laurence.C \u2019est mod! qui viens à vous.en suppliante.Vous an\u2019aimiez tant.vous êtes si bonne.Dans mon malheur \u2014 parce que je suis aussi bien malheureuse, allez ! \u2014 j\u2019ai pensé à vous.rien qu\u2019à vous.Et un torrent de larmes'l\u2019empêcha d\u2019en dire davantage.Mille Keller la regardait toujours.Elle la r< garda longuement.silencieusement.Et puis, .après un grand moment, sans mot dire, elle la reconduisit jusqu\u2019à la chaise d ou elle 1 avait fait brusquement se lever \u2014 et, s\u2019asseyant à nouveau dans son vieux fauteuil : \u2014 Allons, dit-elle d\u2019un air trop vite convaincu pour que cette conviction fût bien sincère,\u2014allons mon enfant, ce n\u2019est pas en vain que vous faites appel à ma vieille amitié.Le malheur est là.et tous les reproches que je vous adresserais.je vois bien, ma pauvre Marcelle; que vous vous les êtes déjà faits à vous-même.\u2014 Oui, tous.\u2014 Alors.à quoi pu s-je vous être bonne ?Enfin !.le supplice de toutes ces questions.de toutes ©es réponses avait donc pris fin !.Maintenant.pendant quelques moments du moins, on ne parlerait plus de ces abominables choses.Et Marcelle, avec une hâte fébrile : \u2014 C \u2019est un conseil ,que je viens vous demander, mademoiselle Laurence.Quelques indications.si vous pouvez.si vous voulez bien me les donner.Vous connaissez ma situation.Je ne suis pas tout à fait sans ressources.\u2014 Oui, je sais, mon enfant, vous avez une petite fortune.\u2014 Je dispose seulement de la rente.J lai consenti, ill y a un peu plus d\u2019un an, à laisser le capital entre les mains de mon .de monsieur Thibaudier.\u2014 Ne vous reprenez donc pas, ma pauvre enfant.Qu\u2019il le veuille ou non, et quoi qu\u2019il l\u2019ait bien oublié.c\u2019est votre grand-père.\u2014 Je lui ai laissé le capital tant qu\u2019il vivrait.E.me sert une rente de douze centg francs .\u2014 Oui, c\u2019est Ken peu.Mais enfin, avec cela.même avec moins que cela.on vit.Marcelle eut une rougeur soudaine ! \u2014 On ne vit (pas deux.murmuira-t-ele.\u2014\tO\u2019est la vieille domestique qui rougissait à prêtent.\u2014\tC\u2019est vrai.Et, comme se parlant à elle-même : \u2014\tJe l'oubliai» déjà.l\u2019autre.\u2014 Mon enfant, insista doucement Marcelle.Mlle Kelller eut encore uu regard bien singulier, \u2014 bien éloquent aussi.\u2014 Quel âge a-t-il.cet enfant ?\u2014 Quelques mois à peine.\u2014 Et.il est ici.en nourrice ?.\u2014 Oui, mademoiselle.\u2014 Est-ce aussi un secret.le nom de cette nourrice ?.\u2014 Non, mad émoi selle, répondit Marcelle en souriant tristement.Et, comme elle savait bien que Claudine \u2014- ainsi que tout le monde \u2014 ignorait le nom de la véritable mère du petit Lucien : \u2014 E.ile demeure au bout de la rue de l\u2019Alouette.C\u2019eet'ia femme d\u2019un nourrie-seur qui se nomme Rabateau.\u2014 Rabateau, répéta Mlle Keller, comme pour bien se rappeler ce nom-là.Et, sans insister davantage, elle reprit : \u2014 Vous comptez naturellement le laisser ici, cet enfant ?\u2014 Assurément, mademoiselle.Il y est bien au bon air.Ce sont de braves gens.Pauvre petit, je souhaite pour lui d\u2019y rester le plus longtemps possible.\u2014 D\u2019autant mieux que vous ne savez pas dan» un an, ni où vous serez.ni ce que vous ferez .Il se pourrait que, pour vous, alors, cet enfant, devînt une très grave «amplication.\u2014 Voilà aussi pourquoi je ne le retirerai que très tard de nourrice.\u2014 Malgré la grosse somme d\u2019argent que cela vous coûtera ?\u2014 C\u2019est pour être e,n état de payer cette somme qu\u2019il faut que je travaille.\u2014 Oui.C\u2019est évident.il faut travailler.Et puis, à votre âge.on ne doit pas rester oisive.L\u2019oisiveté est toujours une mauvaise conseillère.surtout quand elle est jointe à la gêne.\u2014\t(\"est ce que je me dis aussi.\u2014 Et que comptez-vous faire ?Il y eut vraiment de la détresse dans ses pauvres yeux, quand elle lui répondit: ~ -Ah ! si je le savais seulement ! \u2014\tl\u2019oyons.voyons.E,n cherchant, en cherchant toutes les deux.Parce que je suis sûre que* c\u2019est pour cela que vous êtes venue.pour que nous cherchions ensemble.\u2014 Je vous connaissais si bonne.Je me rappelais que vous m\u2019aviez bien aimée.J\u2019espérai® tant que vous auriez de la pitié pour mol.Et ellle ajouta en joignant les mains : \u2014 Dans ma détresse, j\u2019ai tant de joie en voyant que vous ne repoussez pas votre pauvre MarceMe.Elle la regardait humblement, si craintivement.que Mlle Keller ne put s\u2019empêcher de lui répondre avec un grand un profond soupir : \u2014\tOui.pauvre.pauvre Marcelle.Et comme si effie n \u2019en voulait pas, sur ce sujet, dire davantage : 11.\u2014 Eh bien ! fit-elle en affeetant de revenir bien vite à ce qui les préoccupait toutes les deux, eh bien, vous avez.Dieu merci, une solide instruction.\u2014 Grâce à vous, mademoiselle.\u2014 Grâce surtout à votre intelligence et à votre travail.car vous avez été une excellente élève.une élève qui en a su bien vite aussi long que son professeur.C\u2019est de cela, me semble-t-il, que vous devriez tâcher de vous servir.\u2014 J\u2019y ai pensé aussi.\u2014 Alors, le métier d\u2019institutrice, \u2014 il est ingrat et dur bien souvent \u2014 ce métier-! à ne vous fait pas peur ?.Encore une fois, une rongeur ardente couvrit les joues de Marcelle : \u2014 Celui-là.m\u2019est interdit, mademoiselle.\u2014 Interdit !.Et pourquoi done ?.\u2014 Quand j\u2019ai quitté M.de Croixmaure il a eu enfin de la pitié pour moi.Il a voulu savoir ce que je voulais faire désormais.Je lui ai dit que j\u2019avais l\u2019inten-tiou de travailler.Et alors.il m\u2019a répondu.Elle s\u2019arrêta.Ah ! ce suppliée.ce supplice raffiné de la honte qu\u2019on, subit sans l\u2019avoir méritée, voilà qu\u2019il recommençait encore ! Mais, se raffermissant aussitôt : \u2014 Ii ma répondu que je n\u2019étais plus digne d\u2019enseigner à-des enfants les choses de devoir, que j avais oubliées pour moô-mêine.que, dans ce cas, il se verrait obligé de prévenir les parents, dont je tromperais la confiance.Mile Keller était atterrée.\u2014 Et vous appelez cela de la pitié ?.Cola, mademoiselle, fit doucement Marcelle, c\u2019est sa justice.Voici sa pitié : Si je trouve un emploi de lectrice.de secrétaire.une occupation quelconque \"ù je n\u2019aie pas des enfants à élever et à instruire.il a daigné me promettre qu jI donnera sur moi de bonnes références.Et il ne s\u2019engage même pas beaucoup, marmotta Mlle Keller.Voilà où je dois chercher., et là seule ment.\u2014 Eh bien, mon enfant, c\u2019est là que nous chercherons.Je vais me mettre en campagne.J\u2019ai quelques relations.I os prétentions, naturellement, seront modestes .\u2014 Vous savez ce que je possède.Vous sovez, comme moi, ee dont j\u2019ai besoin.Mon petit trousseau, par bonheur, est assez complet.Lia toilette.j\u2019ai fini d\u2019en faire.Puis je passerai inaperçue, mieux cela vaudra.Et maintenant, je n\u2019ai qu\u2019une ambition.\u2014\tLaquelle, ma pauvre enfant ?.De faire quelques économies pour pouvoir ensuite les consacrer à l\u2019éducation de mon petit Lucien.\u2014\tAh ! il s\u2019appelle Lucien ?Oui, répondit-elle en rougissant.107 il LU SAMEDI Vol.27, No BT, Montréal, 19 Février 1916 \u2014 I/ucienne avait donc accepté d\u2019être sa marraine ?\u2014 Oui.mademoiselle.Et, toujours sans insister, Mile Keller continua : \u2014 Si vous trouviez donc, pour commencer, lui emploi qui vous rapportât une centaine de francs par mois.\u2014 Oli ! je serais heureusede !\u2019accepter.\u2014 Et consentiriez-vous à vous éloigner ?\u2014 Pourvu que de temps en temps.au moins une ou deux fois par mois, je puisse venir passer une heure à Saint-Mandé.\u2014 Oui.oui.je comprends.Elle réfléchit un moment.\u2014 Eh bien, 'Marcelle, cherchez de votre côté.moi du mien.Et venez me voir dans quelques jours.quand vous aurez affaire rue de l'Alouette.Et elle ajouta, \u2014 ce fut son seul reproche : \u2014 Cette fois vous ne serez pas obligée comme tout cet été, de tant écourter votre visite.\u2014 Vous savez donc.balbutia Marcelle.\u2014 Ma pauvre enfant, tout finit par se-savoir ; tout finit par se répéter.et c\u2019est peut-être moi qui ai mis\u2014oh ! bien involontairement, vous n'en doutez pas \u2014 M.de Croiximaure sur votre trace.En quelques mots elle lui raconta la visite du général.sa stupeur, pauvre vieille fille, en se voyant mêlée à cette mystérieuse aventure dont jamais.oh ! non, jamais, elle n'eût soupçonné 'la redoutable explication.\u2014 Me pardonnerez-vous d\u2019avoir osé.\u2014 Oui, répondait Mlle Keller en hochant la tête, e\u2019était une vilaine chose que vous faisiez là.C\u2019était un manque de respect pour votre vieille amie.Et je me dis que si vous aviez eu le temps d'interroger votre conscience.Mais, ajouta-t-elle en la regardant du coin de l\u2019oeil, Il faïut croire que vous étiez bien affolée, Marcelle.Et qu\u2019entre trop de devoirs contradictoires.vous ne saviez plus exactement où était le bien.C\u2019est pour cela que je vous pardonne, mon enfant.\u2014 Vous êtes la meilleure.ila plus charitable.la plus compatissante.Et s.' bas que Marcelle ne put entendre.Mlle Keller répondit : \u2014 Pauvre petite, avec mes yeux de vieille je suis peut-être, tout simplement, celle qui y voit le plus clair.Mais comme, à ce moment, elles s\u2019étaient levées toutes les deux, comme elles marchaient sur les carreaux de brique soigneusement passés an rouge.comme Marcelle la précédait, les paroles de Mlle Keller s\u2019étaient perdues dans ce petit brouhaha.\u2014 Alors.dans quelques jours, mademoiselle Laurence.\u2014 Et.vous ne m\u2019emlbrassez pas ?.\u2014 Je.je n 'osais pas .\u2014 Embrassez-inoi, mon enfant.et bien fort.\u2014 Voqs m'aimerez donc encore ?fit Marcelle en sanglotant .\u2014 Pauvre.pauvre Trésor, je ne vous ai jamais tant aimée.Et brusquement : \u2014 Allons.adieu.adieu, mon enfant.Et.sur sa porte, jusqu\u2019à ee qu'elle l\u2019eût perdue de vue, la brave demoiselle la regarda s'éloigner, \u2014 souple, mince, portant haut la tête, comme une honnête fille qui marche, qui a toujours marché sou droit chemin.Et quand celle à qui elle n\u2019avait pas pu s'empêcher de donner son joli nom d'enfant, son joli nom d'autrefois.quand Trésor eut disparu au tournant de l\u2019avenue, Mlle Keller rentra tout pensive.\u2014 Allons donc I faisait-elle en boitant dans les allées étroites de son petit jardin, \u2014 car, vraiment, elle ne pouvait pas tenir en place, \u2014 allons donc !.On raconte des histoires, comme celle-là à un homane, à un vieux soldat qui sait faire marcher ses militaires, mais qui ne connaît rien au coeur d'une jeune tille.On lui dit tout ee qu'on veut.on lui fabrique des romans.pas même des romans: des contes à dormir debout .Mais à Mlle Keller.Xon, non, mille fois non.Et cille discutait.elle plaidait contre elle-même, devant le tribunal de son bon sens.\u2014 Comment !.Cette Marcelle dont pendant dix ans j'ai lu l\u2019âme limpide.comme on lit un livre ouvert.Cette tille un peu ombrageuse.qui ne se livrait qu 'après vous avoir, durant des jours et des jours, dévoré de ses yeux noirs pour bien s\u2019assurer à qui elle avait affaire.Cette enfant qui, tout enfant, m\u2019étonnait par ,1a précoce maturité de son esprit.Non, c\u2019est impossible ! .Mais c\u2019est absurde.absurde !.Et elle vous dit cela avec son regard de vierge ignorante du mal.Et elle s 'arouse.elle se courbe.elle se laisse iihasser.Et et'j\u2019.e s\u2019e,n va avec sa réprobation.Elle ajoutait >en hochant la tête : \u2014 Elle s\u2019en va.avec l\u2019enfant dont elle déclare nettement qu\u2019elle est la mère Et, plaidant toujours le pour et le contre, voilà que Mlle Keller s\u2019écrie à présent : \u2014 Ah ! s\u2019il s\u2019était agi de cette petite écervelée de Lucienne.Oui, avec cette pauvre e,niant, j\u2019aurais pu admettre la possibilité d\u2019une désobéissance au refus de son père.Et elle comparaît ces deux natures si dissemblables, si opposées : \u2014 Autant chez Marcelle, il y a de calme, de sentiment du devoir, de conception serialise de la vie, \u2014 autant chez Lu- cienne o \u2019ai toujours trouvé de faiblesse de caractère, de spontanéité irréfléchie, de légèreté puérile.de vaillance frivole.Ce sont des défauts qui la rendaient jolie et charmante.Chez elle, la légèreté et la frivolité devenaient de la grâce.Mais sa spontanéité, sa vaillance du petit étourneau l\u2019auraient, dans le moment.d\u2019u u péril de son âme, poussée aussi bien à une d sobéisoanee irréparable qu\u2019à une héroïque aventure.Et comme alors, passait dans le souvenir de Mlle Keller la vision de cette Marcelle dont toute i,a vie, soit à Paris, soit à Croixmaiire, n\u2019avait été qu 'adoration pour la pauvre comtesse Hélène.que gratitude pour ses bienfaiteurs.que dévouement \u2014 un dévouement de toutes les heures \u2014 pour la jeune fille qui lui disait avec tant de confiance et d'abandon \"petite maman\" \u2014 Mlle Keller eut un grand trouble dans son coeur.Cet- enfant que justement on nommait Lucien.eet enfant dont Marcelle n\u2019avait avoué La maternité qu'au moment.juste au moment où le général les surprenait toutes les deux yur son ib'reeau.Qui donc '-tail sa véritable mère ?.Mais, tout aussitôt, agitant ses mains tremblantes comme pour chasser cette pensée.ce soupçon.qui grandissait.qui prenait corps.\u2014 Non !.non ! s'écria Mlle Killer, je ne veux pas supposer.je ne veux pas chercher.je ne veux pas savoir !.!S il n\u2019y a .là une sublime folie, c\u2019est un mystère dont je ,n ai pas le droit de -.unlever .e voile.* e secret est celui de Marcelle.b'il avait pu être confié à un coeur d\u2019amie, c'est moi qui eu aurais reçu la confidence.La pauvre enfant se tait,.je n\u2019ai qu à croire à son invraisemblable aveu.Et j\u2019y crois.j\u2019y mois.\u2022.J y crois fermement ! , Mais M lie Laurence eut beau affirmer avec obstination sa croyance, \u2014 tout le jour, toute la nuit, \u2014 car elle ne dormait guère, \u2014 on aurait pu l'entendre qui redisait : \u2014 Pauvre.pauvre Marcelle !.Et.en la plaiguant ainsi, ee n\u2019est pas de la pitié seulement qu\u2019elle avait dans l.e coeur ; \u2014 c\u2019est aussi un grand émoi.-.U,n grand trouble d\u2019admiration, peut-être.\u2022\t\u2022 v i* H M l'n quittant sa vieille amie, Marcelle sYtait dirigée du côté de la rue de l\u2019Alouette.Bientôt; elle arriva devant la mai-on des Rabateau.Gourme d\u2019habitude, Claudine était dans la grande pièce au rez-de-chaussée, \u2014 à la fols salon, salle à manger et cuisine,_ qui s'ouvrait directement sur la cour intérieure, où les poules picoraient An™ le 108 VoL 27, No 87, Montréal, 19 Février 1916 LS SAMEDI IV fumier, où l\u2019on sentait \u2014 s\u2019exhalant par toutes les larges portes entr \u2019ouvertes \u2014 une tbonne, une saine odeur d\u2019étable.Elle élevait bien son nourrisson \u2014 ear elle se piquait 'd\u2019être honnête et de gagner conscience usement son argent; mais depuis l\u2019autre jour, depuis cette étrange aventure, elle n\u2019était pas précisément rassurée.Qu est-ce que eette affaire allait devenir après tout ce mie-imac ?.\u2014 Le vieux monsieur qui arrive comme un furieux.les jeunes dames qui crient : \"Mon père!\u201d (c\u2019était la blonde celle-là) \u201cL\u2019enfant est à moi\u201d («\u2019était la brune).Le monsieur décoré qui prend son coup de sang.qu\u2019on emmène.Fouette cocher.Et puis, plus rien.Et la nourrice commençait vraiment à se demander si jamais elle reverrait cette brune et cette blonde., si jamais le bonhomme à cheveux gris qui avait fait marché avec elle reparaîtrait à Saint-Mandé, et si finalement ee poupon n\u2019allait pas lui rester pour tout compte ! Parce que l\u2019histoire n\u2019était pas si difficile que ça à expliquer : Ces jeunes dames c\u2019étaient les deux soeurs, filles toutes les deux du vieux monsieur décoré.et la maman, e\u2019était la brunette.Et même de ça, Claudine n\u2019en revenait pas, elle aurait si 'bien pari ?que c\u2019était l\u2019autre ! Mais puisqu\u2019elle avait entendu de ses propres oreilles la brune avouer sa sottise à son père, il n\u2019y avait plus à en douter: On s\u2019était arrangé pour cacher la chose au vieux monsieur décoré.Ça avait bien marché pendant quelques mois.Mais, tout par un coup elles avaient dû être vendues.Le père, alors, les avait suivies, \u2022\u2014 ça avait occasionné la scène dont elle frissonnait encore.¦Mais à présent ?S\u2019il s\u2019était remis de son attaque.\u2014 et déjà, quand on l\u2019avait emporté, il semblait aller un peu mieux, \u2014 qu\u2019avait-elle fait depuis quatre jours ?.Où avait-il emmené ces jeunes dames ?.où les avait-il peut-être enfermées ?.Et l\u2019autre.l\u2019homme à la moustache grise, qu\u2019est-ce que c\u2019était, celui-là ?Elle l\u2019avait pris d\u2019abord pour un parent.Mais non.Entre sa tournure et celle du monsieur décoré, il y avait trop de différence.C\u2019était quelque, employé, quelque domestique.Un pauvre diable que, peut-être le vieux monsieur décoré avait déjà fiché à la porte.Et, si personne ne reparaissait, qu\u2019allait-elle faire de son nourrisson, dont le mois était payé, \u2014 c\u2019est vrai,\u2014 mais dont 3c mois payé allait finir dans quelques jours.Ah ! pour sûr, elle n\u2019allait pas le garder indéfiniment.Si encore on avait su à qui on avait affaire !.Dans ce cas, on se serait consulté avec Ivabateau.on aurait vu où était l\u2019intérêt.s\u2019il fallait nourrir le petit, en faisant crédit des mois de nourrice ,ou bien s\u2019il fallait s\u2019en débarrasser tout de suite en le remettant à l\u2019Assistance publique.Et voilà quatre jours que Claudine restait le bec dans d\u2019eau.Elle se disait bien, pour se rassurer, que le plus souvent ces dames restaient une semaine sans venir.Mais cela ne la rassurait guère ; et vraiment elle était fort mélancolique lorsque relevant la tête pour voir ee qui, tout à coup, faisait ombre dans la clarté de la porte ouvei-te, elle poussa un cri Un cri de surpx-ise et d\u2019allégement : \u2014 Ah ! madame Dupont ! C \u2019est e,n effet une des jeunes dames \u2014 la brune justement, \u2014 la véritable mère \u2014 qu\u2019elle avait devant les yeux.Et comme Marcelle lui répondait avec sou calme habituel : \u2014 Bonjour nourrice.Voilà que Claudine restait toute interdite, ne sachant pas ee qu\u2019il fallait dire.ou ne pas dii\u2019e.et finissant par bredouiller : \u2014 Alors.ça va comme vous voulez.chez vous ?\u2014 Je vous remercie.Oui.cela va à peu près bien \u2014 Et.monsieur votre père ?\u2014 Je n\u2019ai pas de père, répondit doucement Marcelle.\u2014 Mais, balbutia Claudine, le monsieur décoré., qui a pris, l\u2019autre jour, un coup de sang.\u2014 Ce n\u2019est pas mon père.\u2014 Mais.votre soeur disait .\u2014 Je n\u2019ai pas de soeur.\u2014 Alors, fit Claudine de plus en plus stupéfaite, alors la jeune dame blonde.-\u2014 Ce n\u2019est pas ma soeur.D\u2019ailleurs, nourrice, saehez-le une fois pour toutes, je n \u2019ai pas de famille.ou plutôt, toxxte ma famille c\u2019est ce cher petit enfant qui commence à s\u2019endormir dans vos bras.\u2014 Mais alors, toutes ces personnes qui venaient.\u2014 Je crois qu\u2019elles ne reviendront pas.\u2014 La dame blonde non plus ?\u2014 Non plus.\u2014 Ah ! \u2014 Et désormais ce n\u2019est plus qu\u2019à moi que vous aurez affaire.Mais, ajoutait-elle vivement, soyez sans inquiétude.Comme par le passé, je serai exacte à vous payer d'avance.\u2014 Oh ! madame, ee n\u2019est pas la confiance qui manque.Marcelle eut un semblant de sourire : \u2014 Seulement, elle se manifeste plus aisément quand les comptes sont bien en règle.\u2014 Dame, fit Claudine Rabateau en sou- riant aussi, un bon tiens, ça vaut mieux que deux tu l\u2019auras.\u2014 Et je le comprends si bien, que je viens régler aujourd\u2019hui le mois prochain.\u2014 Mais.il y a encore dix jours.\u2022 ¦ \u2014C\u2019est que.je ne serai peut-être pas ici à la fin de ce moi».Au premier moment, je puis me voir obligée de partir pour quelques jours, sans disposer d\u2019une heure pour embrasser mon chéri.\u2014 Vous auriez envoyé ça par la poste.\u2014 J\u2019ai préféré vous il\u2019apporter moi-même.\u2014 Enfin, puisque ça vous fait plaisir, madame Dupont.\u2014 Je ne m\u2019appelle pas Dupont, nourrice.Nous prenions ce nom-là parce que ma petite amie.celle cpii m\u2019accompagnait toujours.\u2018me priait die cacher le mien.Mais à présent que tous ceux que je connais isont partis.partis1 pour un autre pays.très éloigné.je n\u2019ai plus de raison pour m pas dire franchement comment je me nomme.D\u2019ailleurs, si je m\u2019absente, il faudra bien que nous entrions en correspondance.\u2014 Pour sûr, affirma avec empressement Claudine, qui allait enfin savoir !.\u2014 Je m\u2019appelle Thibaudier ! Marcelle Thibaudiei', \u2014 Et vous demeurez, madame ?.\u2014 Je ne pourrai que dans quelques jours vous donner mon adresse définitive.En ce moment, je suis à l\u2019hôtel.Et, après avoir tranquillement réglé son mois de nouri\u2019ioe, qui n\u2019était pas encore coxnmencé, elle prit, comme elle faisait d\u2019habitude, le beau bdbé tout somnolent, après ®o,n repas, dans les bras de sa nourrice.\u2014 Donnez4e-moi, madame Raha te au, je vais le mettre moi-même dans son dodo.\u2014 Vous savez le chemin, mademoiselle, fit Claudine pressée d aller enfermer son argent dans quelque tiroir ignoré.Et, \u2014 comme l\u2019autre fois, \u2014 «lie laissa la jeune femme seule dans sa chambre où le berceau doré, \u2014 le berceau tout pomponné de rubans et de dentelles, \u2014 en-tr\u2019ouvrait ses rideaux blancs et roses à côté du grand lit de noyer, \u2014 le lit des Rabateau.Le seul changement, c\u2019est qu\u2019aujourd\u2019hui la idame brune était venue seule.C\u2019est qu\u2019il n\u2019y avait qu\u2019elle à embrasser le chérubin à moitié endormi'.à lui parler cetto langue incompréhensible et exquise dont on s\u2019assimile si vite les plus mystérieuses délicatesses dès qu\u2019on a \u2014 à soi.bien à soi \u2014 un bélbé poxxr les écouter gravement et pour témoigner ensuite .par son sourire ravi, qu\u2019il les comprend fort bien \u2014 et qu\u2019il les apprécie en connaisseur.Marcelle y était déjà experte, en cette langue que les mères parlent aux bélbés.Mais, cette fois, ce ne sont pas ces ado-l'ab\u2019es bêtises qu\u2019elle murmurait axi petit, enfant qu\u2019elle déshabillait avec tant de 100 18 LS SAMEDI Vol.2T, No 87, Montréal, 10 Février 1016 précautions pour le mettre doucement dans sou berceau où il ferait bon dormir son calme sommeil de bébé ,sur l\u2019oreiller si blanc.si frais.Non.Elle lui disait à mi-voix des «hoses graves.qui illuminaient ses grands yeux tristes d\u2019une infinie tristesse, mais qui ne faisaient .pas sourire ses lèvres pâles : \u2014 Mqn enfant.mon «lier petit enfant.n\u2019est-ce pas que tu seras ma consolation après avoir été mon souci et ma peine.Je veux tant t\u2019aimer que jamais tu ne ta douteras que mes baisers ne sont pas ceux de ta mère.Je veux que tu m\u2019aimes si fort.si fort.que cet amour me remplace toutes les autres affections de la vie.Oui, tu seras mon*enfant, mou véritable enfant.mon enfant de joie et de bénédiction.Et c\u2019est pour toi, cher mignon, que ta mère va se mettre à la tâche .Ton bonheur au moins me fera oublier que j\u2019aurais pu avoir, moi aussi, ma part de jeunesse et de rêve.Toutes les joies, toutes les tend rase es auxquelles je renonce.en les regrettant un peu, c\u2019est vrai.mais auxquelles je renonce d\u2019un coeur courageux et résolu, \u2014 c\u2019est ta tendresse qui me les rendra.El je ^ais bien, va, que je saurai la gagner.Et comme le bébé s'endormait en souriant : \u2014 Dors.dors ton joli sommeil, mon aimour.Ta mère va travailler pour toi.Le chérubin avait fermé ses yeux d\u2019un bleu sombre ; ces yeux qui ressemblaient chaque jour davantage à ceux du pauvre mort.Marcelle baisa doucement.longuement ces joues qui devenaient un peu moites tout en restant si fraîches.Elle embrassa ces petites mains potelées qui se fermaient sous son baiser, comme chatouillées par la douce chaleur de ces lèvres pâles.Et puis, s\u2019esquivant sans bruit, elle alla retrouver dans la cour Claudine qui gavait, à présent, d\u2019épaisse bouillie son gros garçon à elle \u2014 son petit Ralbateau.\u2014 Quand il y en a un qui a fini de dîner, l\u2019autre se met à table, fit la commère en riant.Et, voyant que la jeune femme avait repris son chapeau, sa jaquette et son ombrelle : \u2014 Vous partez donc, Madame Thibau-dier ?\u2014 Oui, nourrice.Aurez-vous besoin de quelque chose pour le petit ou pour vous?\u2014¦ Mais non.Je crois bien que nous avons tout ce qu\u2019il nous faut.Et puis, vous comprenez bien qu\u2019avec une dame si .peu regardante que vous, on n\u2019y regarde pas non plus de si près ! ¦\u2014 Enfin, à ma prochaine visite vous me direz cela.\u2014 Et quand est-ce qu\u2019on aura le plaisir ?.\u2014 Peut-être dans huit jours.peut-être bien plus tôt.peut-être aussi beaucoup plus tard.\u2014 Enfiiî, quoi ?vous n 'eu savez rien.\u2014 Mais si mon absence devait durer ,je vous donnerais de mes nouvelles.\u2014 Et nous pareillement.Rabateau vous écrirait pour vous faire savoir comment se porte votre garçon.Moi, ne sachant pas écrire, ça me serait plus difficile.\u2014 Allons, au revoir, nourrice.\u2014 Sa,ms adieu, madame Thibaudier.Et Marcelle partit.A partir de ce moment, commençait sa vie nouvelle ; \u2014 et courageuse et résolue, elle avait hâte à présent de trouver ee qu\u2019elle cherchait.ce que Mlle Keller aillait chercher avec elle.Quand elle serait casée., eh bien, elle aurait sa besogne pour rendre courtes les heures de regret.de chagrin.de découragement .les heures mornes.Et ce serait un bonheur de se dire : Je travaille pour mon petit enfant.Mais cependant il y avait d\u2019abord \u2014 avant tout \u2014 quelque chose à faine, quelque chose qu\u2019elle considérait presque comme un devoir.Pendant qu\u2019elle recevait la paternellel hospitalité de Croixmaure le général avait signifié qu\u2019il ne voulait, sous aucun prétexte, entendre parler d\u2019une démarche de Marcelle auprès de son grand-père.\u2014 Démarche mutile d\u2019ailleurs, expliquait-il, attendu qu\u2019il n\u2019y a rien à espérer de ce vieillard égoïste, affaibli par l\u2019âge et tout à fait dominé par une vieille gredin© avec laquelle je ne permets à Marcelle aucun contact.Forcément elle s\u2019était soumise, mais elle souffrait de cette défense.Dans le fond de son coeur elle la trouvait excessive.Et maintenant que, dans sa vie, il n\u2019y avait plus qu\u2019isolement.elle faisait d\u2019instinct comme le noyé.elle se raccrochait à toutes les branches.Elle n\u2019attendait rien de ce vieillard Elle n\u2019en désirait rien.mais elle voulait le voir.Quoi qu\u2019il eût fait.quoi qu\u2019il eût dit, e était son grand-père après tout.Et résolue, comme elle l\u2019était toujours, elle finit par conclure : \u2014 J'irai demain.XIII FRANÇOIS RENCUREL Il n\u2019avait guère changé, l\u2019aspect extérieur de la maison Thibaïudier.Da poignée de fer, \u2014 plus noire de vétusté, \u2014 pendait toujours à lia chaîne rouillé© de la sonnette.la porte massive \u2014 plus vermoulue \u2014 restait toujours - 110 - fermée à triple verrou.et la muraille décrépite s\u2019élevait, plus inhospitalière encore qu'autrefois.D\u2019aiHeure, voilà longtemps déjà qu'à Brunoy, on avait perdu l\u2019habitude de voir le maître du logis.Complètement aveugle à présent ,il ne sortait plus de sa cuisine, où il ee chauffait au coin du feu, \u2014 et de son jardin, où il se réchauffait au soleil.Il commençait au surplus à se faire très vieux, 1© père Thibaudier, et il ne devait pas être bien loin de ses quatre-vingts ans sonnés.Comment portait-il son grand âge ?.Sur ce point il fallait forcément se contenter des renseignement® de sa vieille servante, \u2014 Célestine Rencurel.Car, de même que le vieil aveugle ne sortait plus de chez lui, \u2014- de même sa maison restait fermée à tous les curieux.Et à ceux qui se hasardaient à tirer la chaîne rouillé© de la sonnette, Oélesti-ne avait une façon de demande :: \u2014 Qu \u2019est-ce que vous voulez ?.Qui mettait îles plus obstinés en déroute.En ee mystérieux logis, pourtant, elle îi'était pas seule avec le vieux Thibaudier.Il y avait là, depuis quelques années, un troisième habitant.Son arrivée avait même été toute une histoire.C\u2019est quand le bonhomme avait complètement perdu 'a, vue, quand par conséquent, il était tombé plus que jamais 60us l\u2019influence, sous la domination de celle qui devenait à présent sa clarté, \u2014 ses yeux, \u2014 c\u2019est alors qu\u2019un jour Célestine avait dit : \u2014 Il nous faut quelqu\u2019un dans la mai-sou.\u2022\u2014 Quelqu\u2019un, avait répondu le vieux plus étonné encore que scandalisé.Et pourquoi faire ?.\u2014 Pour faire le travail.\u2014 Quel travail ?\u2014 D\u2019abord celui que vous ne faites plus.ensuite celui que je ne peux plus faire.et enfin celui que l\u2019ouvrier du jardin fait à la six-quatre-deux, quoiqu\u2019on le paye les yeux de la tète.\u2014 Un autre demandera aussi cher.Ce n\u2019est pas n ouvrier qu\u2019il nous la ut, c\u2019est un domestique qui reste dans la maison.1 n voleur.un assassin que tu y feras entrer.Non,.Je tiens a ma vieille peau autant que vous à la vôtre.Celui qui viendra ici.vous pourrez le prendre de confiance.\u2014 Bh ! fit le petit vieux en dressant l\u2019oreille.*u ne parles comme si tu le connaissais déjà.Tu a® donc quelqu\u2019un eu vue ?.Tu t imagines donc que je ne suri plus bon qu\u2019à dire amen.Et de sa voix sèche et stridente : Vol.27, No 37, Montréal, 19 Février 1916 LE SAMEDI 11 \u2014 Je n« veux pas de ce fainéant pour manger mon pain, iboire mou vin et m\u2019extorquer mon argent.Voilà cinquante ans que je me passe dé domestique.tu feras comme moi.tu t en passeras aussi.Elle lui 'lança un regard venimeux., un regard de 'bête irritée.Maintenant, avec lui, il n\u2019y avait plus besoin de se gêner.Il avait fini de 'la dévisager à travers ses lunettes.Mais modérant sa voix.Sa voix dont elle ne voulait pas qu\u2019il devinât l\u2019irritation : \u2014 Ah ! vous me récompensez bien de prendre votre intérêt !.\u2014 Mon intérêt ! quand tu me prouveras ça.\u2014 Et puis, il n\u2019y a pas besoin d\u2019être malin pour le comprendre.Depuis que vous ne pouvez plus le surveiller, votre ouvrier, fait semblant de travailler.A-près ça, il a raison, ce garçon.il serait bien bête de se fatiguer, puisque, lç soir, il a quand même gagné ses quatre francs.\u2014 Pourquoi le laisses-tu fainéantes- ?\u2014 Pai-ee que j\u2019ai autre chose à faire qu\u2019à rester sur son dos.\u2014 A faire.à faire.Tu as ta soupe et ton fricot.\" Et puis, quoi encore ?\u2014 Je vous ai.vous.Et je trouve que ça commence à compter.Vous -étiez bien pénible, dans le temps.maie il y avait -encore des moments où vous me laissiez à mon ouvrage.Tandis qu\u2019à présent.il n\u2019y a pas de minute où l\u2019on ne soit occupée-après vous.C\u2019est votre mouchoir.c\u2019est votre casquette.c\u2019est votre canne.c\u2019est pour aller ici.c\u2019est pour vous mener là.Vous êtes insupportable.\u2014 Ah ! fit-il avec un soupir de regret et d\u2019envie.Ah ! si j\u2019y voyais seulement encore à me conduire.\u2014 Malheureusement, pour vous conduire, il n\u2019y a plus que moi.et je vous dis que vous me donnez trop de mal.Je ne suis pas jeune non plus.Vous le savez bien.J\u2019ai passé la soixantaine.Je vous suis attachée.mais je ne veux pas crever à la peine.Si c\u2019est pour continuer la vie que vous me faites mener depuis que vous n\u2019y voyez plus rien.j\u2019aime mieux m\u2019en aller.\u2014 T\u2019en aller.Tu t\u2019en irais.balbutia le vieux, tu aurais Ce couirageJà ?.\u2014 Pourquoi donc pas ?.\u2014 Voilà tout rattachement.voilà toute l\u2019amitié que tu as pour moi.pauvre malade.pauvre infirme.\u2014 Et vous.-.en avez-vous de l\u2019amitié pour moi.en avez-vous pour personne?\u2014 Oh ! la coquine ! Elle demande ça.Elle qui est la maîtresse de la maison de .puis plus de quarante ans !.Elle qui sait toutes mes affaires.\u2014 Vous avez bien été forcé de me les dire quand vous n avez plus été capable de les faire tout seul.\u2014\tElle qui manie tout mon airgent.\u2014 Il a bien fallu que vous me donniez procuration pour toucher vos rentes.puisque vous ne pouvez plus écrire ni signer vos bordereaux.\u2014 Et c\u2019est quand je lui laisse tout gouverner.les papiers.l'argent.tout.tout.O\u2019est -alors qu\u2019elle m\u2019accuse de ne point avoir d\u2019amitié ni de confiance.Que veux-tu donc de plus, coquine ?.\u2014 Je vous l\u2019ai dit.Je ne veux pas me tuer de peine.Je veux quelqu\u2019un pour m\u2019aider., ou bien je m\u2019en vais.\u2014 Tu aurais le coeur de me laisser seul.\u2014 Oh ! vous me remplacerez assez .\u2014 Par qui ?.\u2014 Les servantes ne -sont pas rares.Pour aller toucher vos rentes avec une procuration, et pour mettre la main sur vos billets et votre argent comptant, vous en trouverez tant que vous voudrez.\u2014 Des voleuses.des rou-leus-es qui s\u2019entendront avec des coquins.avec des bandits.qui les introduiront chez.moi.Le vieillard frissonna : \u2014\t.Qui me feront comme on a fait, l'autre -année.au voisin.Et jl ajouta lout bas : \u2014 Celui -qu\u2019on a lardé de coups de couteau.\u2014 Ab ! dame, faisait Célestine d\u2019un air détaché, moi je ne peux garantir que ce que je connais.Et le père Thibaudier, vaincu par cette obstination de femme.dompté par cette menace, 1-a plus redoutable que pût entendre le vieil aveugle ! \u201cJe m\u2019en vais et je vous laisse à la merci de la première drôlesse dans la main de qui vous tomberez\u201d, le père Thibaudier grommela : \u2014 Alors.dis donc qui c\u2019est.celui que tu connais si -bien.Et voilà, en effet, où il en était le vieux Thibaudier.A la merci de cette Célestine qui, chaque jour à présent, -dans les ténèbres de sa vieillesse, grandissait.grandissait, étalée désormais sur 1-a maison, sur l\u2019argent, sur tous les intérêts, -sur toutes les habitudes, sur tous les vices d\u2019autrefois devenus les secrets d'aujourd\u2019hui.Et c\u2019est bien elle maintenant qui pouvait dire avec un légitime orgueil : \u2014 Le maître ici, c\u2019est, moi.Et le vieux s\u2019en apercevait.Il en amassait dans son coeur ulcéré des rancunes effroyables.Mais il| -acceptait.il subissait en silence.P-ien heureux même de n\u2019être pas tombé sur une créature plus rapace et plus haïssable encore !.Car enfin.celle-là.voici plus de quarante ans qu\u2019ils vivaient côte à côte.qu\u2019ils s\u2019étaient habitués à leurs verrues.qu'ils -avaient pris \u2014 à force de se frotter l\u2019un à l\u2019autre \u2014 -les mêmes idées.les mêmes goûts.presque la même tournure d\u2019esprit.Dans son effroyable isolement, Thibau-dVr, peu à peu, avait fait cette Célestine confidente de ses secrets les plus intimes et de ses affairas les plus embrouillées : Il le fallait bien, n\u2019était-il pas seul sur la terre.ce vieillard qui tâtonnait à présent dans une nuit profonde.dans -une nuit dont il devait renoncer à revoir l\u2019aurore.Son fiis.son Alexandre.jamais plu-s il n\u2019en avait entendu parler.Voilà vingt ans bientôt qu\u2019il était venu, un matin, lui raconter ce mauvais coup.cet homiiie assommé.-et puis i-1 avait disparu.Et le silence s\u2019était fait sur Alexandre.sur ce Michel Leblanc qu \u2019on avait trouvé à moitié mort -chez lui.sur cette femme qui était cause de leur bataille.sur cette -affaire.sur tout !.Les un-s et les autres avaient quitté le pays.Du procès on m\u2019avait jamais parlé.Et le père Thibaudier avait attendu des nouvelles de celui que rien n\u2019empêchait désormais de revenir au pays.Il avait attendu avec patience, se disant qu\u2019en effet Alexandre s\u2019était sans doute réfugié très loin.dans un pays où il était difficile de savoir ee qui se passait à Brunoy.Ecrire, d\u2019ailleurs, le pauvre garçon ne l\u2019osait pas, et de longtemps, il n\u2019oserait le faire.lui qui se croyait encore signalé à tous les détectives.à tous les carabiniers.à tous les gendarmes., Non, le vieux Thibaudier comprenait fort bien qu\u2019Alexandre me de vait ni me pouvait donner signe de vie.M-ais -les jours s\u2019-étaient écoulés.les mois étaient devenus des -années.toujours le même silence.Alexandre, à présent, devait bien savoir qu\u2019il n\u2019y avait pas eu de poursuite.pas de cour d\u2019assi-s-es.pas d-e corn-damnation .Il y a partout, à l\u2019étranger, des gens qui peuvent donner ce renseignement-là.Pourquoi n\u2019écrivait-il pas maintenant?Et le père Thibaudier, pour la première fois sentit se préciser sa vague inquiétude.\u2014 Est-ce qu\u2019il lui serait arrivé m-alheur.Et il -avait -attendu cinq ans.c\u2019est un siècle.dix ans, c\u2019est une éternité.Et, après dix ans, il était tombé dans le découragement.A présent, c\u2019était fini.et il n\u2019attendait plus -après personne.Comme sa fille, son fil-s avait mal fini.Il était enterré dans quelque coin de l\u2019Amérique.Peut-être avec -deux boulets aux pieds, !\u2019avait-on, pauvre diable, envoyé au fond de la mer \u2014 ee grand cimetière des vagabonds qui courent le monde.Mais ce qui était certain, c\u2019est que si, depuis dix ans, il n\u2019avait pas donné de - 111 Il LX SAMEDI Vol.27, No 37, Montréal, 19 Février 1916 ses nouvelles, il n\u2019en donnerait jamais.Et aux doléances du vieux, Célestine avait répondu avec un singulier éclair dans son oeil fuyant : \u2014 Pour sûr, il est mort.ce pauvre M.Alexandre.Et maintenant on ne parlait plus du défunt.Les années continuaient à passer depuis l\u2019aventure de la petite maison isolée.la petite maison au bord du ruisseau d\u2019Yerres.On s\u2019était, au logis, habitué à cette idée de mort.Et quand Thibaudier, pair hasard, \u2014 et cela lui arrivait rarement, \u2014 prononçait le .nom de sou fils, il disait : \u201cMon pauvre Alexandre\", comme il disait parfois aussi, \u2014 mais plus rarement encore, \u2014 en parlant de sa fille qui donnait dans le cimetière de Iirunoy : \u201cMa pauvre Juliette.\u201d Parce que c\u2019est une si grande terreur l\u2019isolement.l\u2019abandon.la perspective de la mort qui viendra vous frapper, sans qu'au dernier moment on ait le récon fort d\u2019une affection.d\u2019une douleur sincère.c\u2019est si effrayant, tout cela, que le vieux Thibaudier avait eu alors un regret \u2014 peut-être aussi un remords \u2014 en pensant à la petite fille recueillie dans cette maieon pendant quelques mois.à l\u2019enfant de Juliette.à Marcelle.\u2014 Si elle était là, cependant ! Car enfin, elle représentait, à elle seule, tout ce qui lui restait de son sang, au vieux Thibaudier.Elle était, eete enfant, toute sa descendance, toute sa famille ! Et maintenant que sa vue se perdait complètement, n\u2019est-ce pas à sa petite-fille plutôt qu'à sa servante qu'il aurait voulu confier ses clefs.Cet argent.cet argent qu\u2019il avait tant aimé.qu\u2019il aimait tant encore.n\u2019est-ce pas par cette petite qu\u2019il aurait été bien aiise de le faire tinter, sur la tablette du vieux bureau, avec ce .joli son métallique des pièces d'or qu\u2019on range e,n piles.Et puis.tout ce bien.il fallait cependant quelqu\u2019un à qui le laisser.Et Thibaudier .avait demandé à Palestine : \u2014 Qu'est-ce qu\u2019elle est donc devenue, cette petite Marcelle ?.Mais la servante avait lu dans ce vieux coeur effrayé de son isolement, et parant le coup .aussitôt : \u2014 Elle se secoue u,n peu de vous et de moi, cette petite Marcelle ! Elle est dans les grandeurs.On l\u2019appelle mademoiselle de Croixiimaure gros comme le bras.et elle aurait v.td envoyé promener celui qui lui parlerait de son grand-père Thibaudier.\u2014 Tu as donc eu de ses nouvelles ?\u2014 Cette malice.Ce n\u2019est pas.peut-être, des gens inconnus, ces < \u2019roixmaure 1 Maintenant que ce comte est général.maintenant qu\u2019on lui a donné nne si belle place an Ministère de la Guerre.maintenant qu\u2019il est revenu à Paris.les gens d\u2019ici ne font que m\u2019en parler dès qu\u2019il ma disent quatre paroles.Ils croient peut-être que ça me fiait rager, l'esbrouffe de cette petite chez ces nobles .Elle haussa les épaules : \u2014 Tandis que je me fiche d \u2019elle, comme elle se fiche de nous.\u2014 .Pourtant, insistait le vieux, c'est ma petite-fille.\u2014 Elle se croirait bien déshonorée, perdue.'s\u2019il fallait qu\u2019elle s\u2019appelle comme vous.Thibaudier !.Non, elle ne connaît pas ça, main\u2019selle de Croixmaure, mam\u2019selle la comtesse.Et si vous attendez sa visite.eh bien vous pouvez prendre patience.', vous l\u2019attendrez longtemps.Sur quoi, le vieux bonhomme s\u2019était tn en poussant un profond soupir.Oui, Célestine avait raison, il fallait renoncer à ce vague.à ce dernier espoir.La petite Marcelle.l'enfant de Juliette, n\u2019était pour lui qu\u2019une étrangère.pas même une indifférente.mais plutôt une ennemie.Car enfin, en rentrant eu lui-même.il se rendait justice.Il avait été dur pour la mère, méchant pour la fille.De sou séjour à Rnuioy, cette enfant n avait emporté qu\u2019un abominable souvenir.M.de Croixmaure ,n\u2019avait pas caché non plus son antipathie, sa répulsion pour le grand-père de Marcelle.Quand il lui avait laissé tout l\u2019argent de la petite jusqu\u2019à ce qu'au moment de sa majorité elle put régler et liquider cela à son gré, \u2014 il avait dit : \u201cJe fais cet arrangement pour que sous aucun prétexte nous ne noûis trouvions plus en face l\u2019un do l\u2019autre.\" Non., jamais il ne reverrait cette petite.A moins pourtant.Oui.le père Thibaudier avait encore un vague espoir.Quand arriverait le jour de la majorité de Marcelle., le jour de ce règlement de comptes.il faudrait bien qu ils fussent mis en présence.Ce jour-la.qui sait.elle aurait peut-être pitié de ce pauvre vieux.seul .infirme.Il trouverait le moyen de lui dire tout bas qu il était lâche.qu'il n\u2019avait pas d\u2019autre enfant qu\u2019elle.Et peut-être aile serait enchantée de prendre sa revanche sur Célestine.Car elle ne devait pas lui avoir pardonné.à cette Célestine qui avait été «on bourreau .Et voilà dans quelle espérance vivait le 'ieil aveugle, \u2014 lorsqu'un jour sa servante lui avait mis le marché à la main.Elle voulait quelqu\u2019un pour l\u2019aider, pour la servir.On bien elle menaçait de quitter cette maison dont elle était l\u2019âme ¦\u2022\u2022dont elle savait toutes les choses les plus secrètes.dont elle était seule maintenant à régler les affaires les plus compliquées.Elle menaçait de quitter son vieux 'maître .son maître incapable de faire un pas sans son aide.Alons, il fallait céder.Et le père Thibaïudier avait, en rongeant son frein, demandé à Célestine : \u2014 Dis donc qui c \u2019est celui que tu connais si bien.\u2014 C\u2019est un parent à moi.\u2014 Tu as donc des parents ?\u2022 \u2022 \u2022 \u2014 Il faut croire.Et meilleurs que les vôtres.Ils ne renient pas leur nom.eux.Le vieux haussa les épaules.\u2014 Qu\u2019est-ce que c\u2019est que ce parent-là?Et avec un fulgurant éclair,\u2014 un éclair de joie, un éclair de triomphe \u2014 qui passa dans ses yeux, Célestine répondit : \u2014 C\u2019est mon neveu.\u2014 Tu as donc une soeur.un frère! Tu ne m\u2019en avais jamais parlé.\u2014 J\u2019avais un frère.Voilà bien longtemps qu'il est mort.avant que je rentre chez vous.Son petit était encore au berceau.\u2014 Quel âge a-t-il donc ?\u2014 Tl est dans toute sa force.Il a quarante ans.\u2014 Comment se fait-il que tu ne m\u2019aies non plus jamais rien dit de ce garçon, qui tombe au jour d hui dans ma maison, comme la misère sur un pauvre homme.\u2014 Il était resté au pays ehez les parents de sa mère, qui était morte quasiment en même temps que son homme.Et puis, il a fait son service militaire.Et, ensuite, il a vécu tranquillement de son état Je n\u2019avais pas à m\u2019inquiéter de lui.\u2014 Et quel est son état ?.L oe.l fuyant de Célestine vacilla.A la question ,de son maître, la servante répondit pourtant avec assurance : Il est jardinier.C est bien pour ça que j ai pensé à lui.Au moins, il tiendra votre clos eu bon état, celui-là.\u2014 Où travaille-t-il donc ?Il a fait les meilleures places.Et, pour les certificats, ce n\u2019est pas ce qui lui manque.Il vous en donnera tant que vous en voudrez.\u2014 Et c\u2019est toi qui me les liras ?fit le vieux en hochant la tête.Pourquoi donc les qui te-t-il, ces bonnes places °.Paire que c est un gentil garçon qui veut me faire plaisir et me rendre service.L va demander un prix fou !.Ça n ira toujours pas à quatre francs par jour.comme votre ouvrier.Et il faudra encore le nourrir ?.\u2014 Quand il y a pour deux.Vous ne vous en apercevrez pas seulement.\u2014 Et puis tu ne me pousseras pas le coude toutes les fois qu\u2019il remplira son assiette et qu il videra son verre.\u2014 Il est travailleur.,.il ,est doux.il 113 Vol.27, No 37, Montréal, 19 Février 1916 LS SAMEDI tai est de bon commandement.C\u2019est un cadeau.un vrai cadeau que je vous fais là.\u2014 Je irn\u2019en passerais bien, de ce cadeau, grommela le vieux.Mais comme si elle ne l\u2019avait pas entendu : \u2014 Enfin, c\u2019est à prendre ou à laisser Je ime tue de peine ici.Il y a besoin d un homme sur qui on puisse se fier.je vous l\u2019ai trouvé.Si ça ne vous convient pas, vous n'avez qu\u2019à le dire.Le père Thibaudier poussa un lamentable soupir.\u2014 Comment l\u2019appelles-tu, ton neveu ?\u2014 François.François Rencard.\u2014 Eh bien, grogna-t-il, puisqu\u2019il faut en passer par là.écris-lui.à ce François.Et, toute la matinée, il resta assis dans un coin de la cuisine.ruminant rageusement.maudissant sa vieillesse.sa cécité.son isolement.donnant ,au diable cette coquine de Oélestine et son va-nu-pieds de neveu.Mais peu importait à la servante.Le plus difficile était fait à présent, \u2014 et, avec François, ça aillait marcher.Qu\u2019était-ce donc, ee François Reneurel introduit presque de force, dans la maison Thibaudier ?.Le vieil aveugle aurait été vite édifié sur le compte de ce nouveau venu, s\u2019il avait pu entendre, dans \u2019\u2019après-midi de ce même jour, le colloque animé qui se tenait entre Célestine et un grand gaillard de mine équivoque, sur le pont du ruisseau d\u2019Terres.tout près du village.dans un endroit où les indi-erets ne peuvent pas entendre ce qu\u2019on a à se dire.Il était assez misérablement vêtu, cet individu aux épaules carrées, aux traits anguleux \u2014 comme ceux de Oélestine, \u2014 aux regards fuyants, \u2014 toujours comme ceux de la vieille servante.Il portait une sorte de bourgeron d\u2019ouvrier.usé et sordide.mais à coupe presque prétentieuse.Il avait une casquette d étoffe claire à grande visière.un col de chemise sale mais empesé.des pantoufles de couleur voyante.et ses mains étaient bien blanches pour des mains de jardinier.Avec une cigarette au coin de la bouche.une cigarette collée aux lèvres et qui remuait à chaque mot qu\u2019il disait : \u2014 Eh bien, faisait-il avec un accent traînard et une voix grasse, eb hien, l\u2019as-tu décidé, le vieux birbe ?.\u2014 Pas sans peine.\u2014 Ça y est, cependant ?.\u2014 Oui.ça y est.Mais tu sais ce que je t\u2019ai dit.\u2014 On achètera une conduite, c\u2019est entendu, an\u2019man.Elle tourna la tête d\u2019un air effrayé.\u2014 Ah ! si tu commences à m\u2019appeler comme ça.\u2014 Je t\u2019appelle comme ça parce qu\u2019il n\u2019y a personne.Mais tu penses que je ne sériais pas assez gourde pour lâcher des bêtises comme celle-là devant lie monde ! \u2014 Et tu ne pourrais plus concourir pour être rosière à Brumoy.As pas peur, m \u2019man, Bibi est à la coule.\u2014 Et c\u2019est dit aussi : tu vas travailler.\u2014 Travailler.je ne demande que ça.Bas ma faute si je suis toujours sans ouvrage .\u2014 Après tout.ce n\u2019est pas bien difficile ce que tu auras à faire.\u2014 Gratter le jardin.On le grattera.Quand je serai fatigué.je me reposerai un moment.\u2014 Tu savais bien travailler la terre.les autres fois.\u2014 Avant de .partir pour mon sort.Mais il y a vingt ans de ça.J ai un peu perdu l\u2019habitude.J\u2019ai tant fait d\u2019autres métiers.\u2014 Des métiers qui ne t\u2019o,nt guère enrichi.Si je n\u2019avals pas été là.\u2014 Dame, tes pièces de cent sous n\u2019étaient pas de trop.\u2014 Et tu les faisais filer.mauvais sujet ?Mais c\u2019est sans colère que Célestine Reneurel disait cela à ce gaillard haut en couleur sur qui son oeil se reposait avec une sorte de fierté.\u2014 Ah ! laisse done.faut bien que jeunesse se passe.Qu\u2019en aurais-tu fait, de cette monnaie que tu enterrais dans quelque coin ?\u2014 Ah I mon François.il y en aura bien plus si tu veux t\u2019en donner la peine.\u2014 Je ne suis ici que pour ça.\u2014 Il y a une fortune.une grande for tune à gagner.\u2014 Chouette, m\u2019man.\u2014 Et pour la gagner.pour la gagner légalement.honnêtement.sans que personne ait à y mettre le nez.il n\u2019y a qu\u2019à être patient pendant quelque temps encore.à se tenir là.à peu près à son affaire.à ne pas contrarier le vieux., à dire oui toutes les fois qu\u2019il ouvrira la bouche.Et quand le coup aura réussi ! \u2014 Vive la joie, alors ! \u2014 Alors !.nous serons des rentiers.des richards.des bourgeois.Je te dis qu\u2019il y a de l\u2019argent, là-bas, à remuer à la pelle.\u2014 Ça ne sera pas désagréable de jardiner là-dedans.\u2014 Mais, tu sais ee que tu as à faire.\u2014 On le fera.C\u2019est pas tous les jours qu\u2019on gagne île gros lot à la loterie.on peut bien se donner un peu de peine pour faire sortir le bon billet.Tu verras si je sais mener mon jeu, m\u2019man.\u2014 Pends donc l\u2019habitude de m\u2019appeler comme ça.\u2014 Oui, ma tante.\u2014 Et si le vieux te demande des renseignements sur tes parents.\u2014 Je connais le boniment.\u2014 113 \u2014 \u2014 Répète un peu, pour voir.\u2014 Voilà : Et, tirant une dernière bouffée de sa cigarette, il rejeta, en même temps que la fumée, le mégot qui, maintenant, lui brûlait les lèvres.\u2014\t.Le papa, la maman.tout ça est mort quand j\u2019étais petit.J\u2019ai été élevé par la grand\u2019mère.D\u2019abord berger.puis domestique.\u2014 Dans une forte maison où on t\u2019a appris le jardinage.\u2014 Ah ! oui, il faut surtout avoir été bon jardinier.Ensuite j\u2019ai été soldat.Combien est-ce que j\u2019ai fait de congés ?.\u2014 Rien qu\u2019un.Tu étais trop 'bon ouvrier, pour vouloir fainéanter au service.\u2014 Bien.Après ça j\u2019ai donc repris mon métier.Combien est-ce que j\u2019ai fait d: I^aces ?.\u2014 Trois, pas plus.Dans un château d abord.\u2014 Je ne m\u2019embêtais pas dans ce temps-là.\u2014 Ensuit \u2022 chez un horticulteur.\u2014 Faut croire que j\u2019ét ais devenu malin dans ma partie.\u2014 Enfin, chez les bourgeois, d\u2019où je te déplace pour te faire venir ici.\u2014 Entendu.\u2014 Et pour les gages.\u2014 Oui.j e sais.il ne f audra pas être trop regardant.\u2014 Tu le marchanderas un peu.\u2014 Pour la frime.\u2014 Et puis tu en passeras par où il voudra \u2014 En lui disant que je suis bien content de trouver une bonne place.entre un bon maître.et une bonne tante.\u2014 Et une fois dans la maison.\u2014 Je connais la consigne.Il s\u2019Iagit de chambrer le vieux.\u2014 Il ne doit plus voir que toi et que moi.Jusqu\u2019au jour où on lui amènera lé notaire.\u2014\tPour le testament.Mais eette affaire-là me regarde.Je sais comment il faut de prendre.je sais comment il faut le mener.\u2014 Et je ne te gênerai pas pour l\u2019opération.\u2014 Après ça.\u2014 Après ça, il pourra s\u2019il veut, avoir du regret.Ce qui est fait est fait.\u2014 On le soignera bien.\u2014 Mais on l\u2019empêchera d\u2019aller à la.promenade.Il pourrait se faire mal.Quand faut-il que j\u2019entre dans la boîte ?\u2014 J\u2019ai dit.ee matin, que j\u2019allais t\u2019écrire.Tu auras reçu ta lettre demain matin.Tu peux arriver demain soir.Alors, à demain, ma tante.D ici la, inutile de te montrer dans Brunoy.C est bien ee que je pensais.\u2014\tOù vas-tu aller ?\u2014 Je vais rappliquer à Paris, ficeler LE SAMEDI 23 Vol.27, No 37, Montréal, 19 Février 1916 mon petit baluchon.Euh ! il n\u2019est pas lourd.\u2014 Nous l'alourdirons, n\u2019aie paa peur.\u2014 Dire au revoir aux camarades.\u2014 Tu feras aussi 'bien de leur dire adieu.pour tout de ibon.Des fichues connaissances que tu as là.\u2014 Dies bons garçons.Mais enfin tu as peut-être raison, puisqu\u2019il s\u2019agit de passer bourgeois.\u2014 Rentier.\u2014 Il faut devenir plus difficile sur les relations.Tu n\u2019as pas quelques sous dans ta poche ?\u2014 Tu as donc déjà tout dépensé ?\u2014 Quand je serai dans la boîte du vieux ,je ferai des économies.\u2014- Tiens.mauvais sujet .Elle lui glissa dans la main deux pièces de cent sous.\u2014 Deux thunes !.Au moins tu es une mère, ma tante !.à demain.Et elle le regarda partir, admirant ses épaules carrées, son déhanchement de rou-îeur, sa façon élégante de frotter sur son pantalon l\u2019allumette dont il allait enflammer lia cigarette qu\u2019il venait de confectionner .Car elle était comme les autres mères, cette Célestine Rencurel.et de son chenapan de fils elle admirait tout !.Cédestine Rencurel avait épousé jadis un brave cultivateur dont elle avait eu ce fils.Elle n\u2019avait pas été longtemps mariée, car elle avait rendu la vie tellement pénible à son mari que le pauvre homme, à peine au bout de deux ans de mariage, quittait cette vallée de 'larmes.Elle était tombée à Brunoy chez ce veuf à qui elle avait plu.Elle s\u2019y était trouvée bien.elle y était restée.Pendant ce temps, le petit poussait comme pousse de la mauvaise herbe.La grand \u2019mère \u2014 une vieille avaricieu-se qui aurait vendu son âme pour une pièce de vingt francs \u2014 avait consenti à s\u2019en charger, se doutant bien qu\u2019il en tomberait quelques sous dans sa poche.Célestine, en effet, lui envoyait parfois un peu d\u2019argent.et, comme le petit ne coûtait, rien, c\u2019était tout bénéfice.A sept ans, on l\u2019avait mis à la queue de deux ou trois vaches.II était fainéant comme une couleuvre, malicieux comme un singe.Il promettait de devenir un brigand fini.Il avait admirablement tenu
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