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Titre :
Le samedi
Éditeur :
  • Montréal :Société de publication du "Samedi",1889-1963
Contenu spécifique :
samedi 21 juillet 1917
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque semaine
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  • Nouveau samedi
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Le samedi, 1917-07, Collections de BAnQ.

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[" JOURNAL ILLUSTRE HEBDOMADAIRE Vol, XXIX, No 7 \u2014 Montréal, 21 Juillet 1917 S cents ' .\"w ¦SSII 9M 'MSm \u2022 ; .sfl®f§l / -S.William Russell Mutual Film.1 EF ¦ LE SAMEDI Vol.20, No 7.Montréal, 21 Juillet 1917 L\u2019AUGMENTATION DU COUT ELEVE DE LA VIE DOIT CESSER A Une Offre Extraordinaire UN DENTIER DE PREMIERE CLASSE \u2014 POUR Consultez nos dentistes experts diplômés des Etats-Unis et du Canada.Pas d\u2019Etudiants mais des Experts Seulement Même si vous portez un bon dent.er, faites-vous en faire un autre.Il peut vous arriver un accident et briser votre dentier.Les prix vont monter et sous peu vous aurez à payer $20.ou $25.00 pour le même dentier que nous vous offrons à SAISISSEZ L\u2019OCCASION y $5.00 0 Heures de consultation: de 9hrs du matin à 6 du soir, et de 7 à 9 du soir SALONS DENTAIRES DU FRANCO-AMERICAN| ¦medical institute (Incorporé par le Gouvernement) 164, RUE SAINT-DENIS Vol.29, No 7, Montréal, 21 Juillet 1917 LE SAMEDI 3 ABONNEMENT (Payable d\u2019avance) Canada et Etats-Unis Un an .Six mois f2.50 1.25 Montréal et Europe Uoa an.Six mois $3.50 1.75 Les abonnés changeant de localité sont priés de nous donner un avis de 8 jours, l\u2019empaquetage de nos sacs de malle commençant 5 jours avant d\" les livrer à la poste.5 CTS LE NUMERO (Fondé en 1889) 5 CTS LE NUMERO JOURNAL ILLUSTRE HEBDOMADAIRE Entered March 23rd 1908, at the Post Office of St.Albans, Vt., as second dlas® matter under Act of March Sid 879.-'s HEURES DE BUREAU: De 8.30 a.m , a 5.45 p.m., tous lee jours, excepté le samedi, de 8.30 a.m., à midi.Tarif d\u2019annonce fourni sur demande.POIRIER, BESSETTE & OIE, Tel.Bell Est 5281,\tPropriétaires.129-131-133 rue Cadieux, Montréal.On a 'lit que le mot \"impossible\" n\u201cétait pas français; ce qui est certain, c'est que le mot \u201c extraordinaire \" devrait être retranché de toutes les langues.Et ceci pour deux raisons.La première, c'est que l'on a'buse de ce mol au point de lui enlever toute sa portée.On emploie cette épithète à propos de tout et de rien, avec do grands gestes de bras, dans le langage et avec de majestueux points d\u2019exclamation dans récriture.La deuxième raison, c\u2019est qu'il n\u2019y a plus rien d\u2019extraordinaire aujourd'hui.Nous cotoyons quotidiennement des merveilles sans y prêter plus qu\u2019une attention distraite, nous connaissons des procédés et nous employons des appareils qui feraient choir de saisissement sur son derrière celui qui a vécu il y a cent ans et qui pourrait revenir sur terre aujourd\u2019hui.Nous faisons le tour du monde comme l'on faisait autrefois le tour de son jardin, le téléphone nous permet de converser avec un voisin demeurant à deux cent milles, l\u2019analyse spectrale nous a révélé de quoi étaient faîtes les planètes, on vole dans les nuages comme dans la poche de son semblable, le télégraphe, les machines à écrire, l'électricité, les sous-marins, le cinématographe, les rayons X, les canons à longues portée, les coups de jarnac politiques et tutti quanti, tout cela c'est la pâtée normale de l\u2019être humain au vingtième siècle.l 'n moutard de dix ans aujourd\u2019hui se meut à l\u2019aise dans un milieu qui affolerait Napoléon.La seule chose d\u2019extraordinaire qu\u2019il y ait encore, c\u2019est de rencontrer tant de gens qui trouvent encore tant de choses extraordinaires.Il est vrai qu\u2019ils prononcent ce mot-llà machinalement, comme on dit bonjour.* * * Kemontons, par la pensée\u2014ce qui est d\u2019ailleurs le seul moyen\u2014 remontons, dis-je, le cours des ans.Supposons que nous sommes en l\u2019an de grâce 1*17; un siècle en arrière, c'est bien peu dans l\u2019histoire du monde mais que de chemin parcouru depuis ce temps-là ! Le voyageur audacieux qui voulait traverser le Canada dans toute sa largeur, d'un océan à l'autre, celui-là savait bien quand il partait mais il ignorait totalement quand et comment d arriverait.Il fallait de longs mois d\u2019un voyage fatigant pendant lesquels sa famille demeurait forcément sans nouvelles; quelquefois à cheval, en canot, rarement en voiture et le plus souvent à pied, voilà comme il avançait.Plus tard, de retour à son point de départ.s\u2019il avait cette chance-là, le récit de son aventureuse expédition faisait, pendant des années, les frais de la conversation, le soir à la clarté de la chandelle fumeuse de suif dans les maisons où l\u2019on se permettait ce luxe-là.Aujourd\u2019hui, un enifant qui va tout seul de Montréal à Vancouver, ça passe complètement inaperçu.Si tout ce qui n\u2019existait pas il y a cent ans nous était brusquement supprimé aujourd hui, le monde non- paraîtrait inhabitable.Conçoit-on à Montréal et les autres villes sans téléphone, sans service rapide des postes, sans lumières dans les rues, sans théâtres de vues animées?Quel désert ee serait, doux Seigneur ! Mais aussi quel calme, quelle tranquillité car il faut savoir qu\u2019il n\u2019y a pas de tant pis Hans tant mieux.Pas d\u2019autos dans les rues, pas de pianos chez h* voisin (ces instruments ont surpeuplé depuis quelque temps), pas d\u2019électricité ce qui serait certes embêtant mais pas de poteaux sur les trottoirs ce qui serait, charmant.En lin de compte tout nous paraîtrait morne et désolé et pourtant nos grands-parents s\u2019en sont contentés; il paraît même qu\u2019ils étaient plus heureux que nous.Que sera-ce donc pour nos petit-fils?ÿ\ts|c Dans cent ans, ou si nous voulons, dans cinq cents ans d'ici, l\u2019époque à laquelle nous vivons excitera grandement la Curiosité et l'amusement de nos descendants.A en juger par le train dont vont les choses, le Montréal de l'an 2400 ressemblera au Montréal actuel comme un député à un singe.Moins peut-être.Les rêves les plus extravagants que l\u2019on pourrait faire aujourd\u2019hui seront alors une banale réalité.Les mioches feront le looping en aéro dès l'âge de cinq ans car les aéros, très perfectionnés, seronl d'un usage aussi courant que les chaussures aujourd\u2019hui et les bébés joueront à cache-cache derrière les nuages au-dessus d\u2019Ottawa pendant que leur nourrice les cherchera du côté de Québec.En l'an 2400, il y aura des trains de plaisir pour la planète Mars et des agents d\u2019assurance assez audacieux pour consentir à assurer ceux qui tenteront le voyage.En l'an 2400, la terre sera percée comme une écumoire dans tous les sens, toutes les directions et à toutes les profondeurs.Comme, à cette époque-là il n'y aura plus de ehaibon ni de pétrole, on utilisera la chaleur centrale à la façon d\u2019un gigantesque calorifère; d\u2019ingénieux appareils de transport de lumière solaire supprimeront la nuit sur terre: on voyagera dans des trains sans roues, glissant dans des tubes magnétiques à l'allure de cinq cents milles à l\u2019heure et l'on montrera le dernier des chevaux da ns un musée.En l\u2019an 2400.l'électricité mieux connue\u2014ce qui ne veut pas dire complètement asservie\u2014(fera des choses fantastiques.On aura probablement le transport à distance de l'énergie sans fil.également celui de la lumière et il y aura belle lurette qu\u2019il n\u2019existera plus un poteau même dans le moindre village.Seule, la ville de Montréal aura encore ies siens.En 2400, des machines très compliquées défricheront le terrain, sèmeront les patates et les récolteront toute seules, ce qui sera fort heureux car plus personne ne voudra les cultiver.* >ii en mangera d\u2019ailleurs très peu car les aliments de cette époque-là se prépareront surtout dans les laboratoires de chimie sous forme d'extraits condensés faciles à emporter en voyage.En 2400, la machine aura remplacé l'homme à peu près partout.à lu gnfnde satisfaction des employeurs qui penseront avec commisération à leurs devanciers qui occupaient des hommes et les faisaient bien travailler comme des machines mais à condition de leur donner, à intervalles réguliers, autre chose qu'un peu d\u2019huile dans les jointures.Eu 2400, enfin, il y aura tant de remue-ménage dans les affaires politiques comme dans les affaires commerciales ou industrielles.que tout le monde aura plus ou moins perdu la boule.Il y aura de l\u2019effervescence dans les partis et de nombreuses manifestations masculines auront lieu dans le but de faire accorder aux hommes le droit de voter.Les femmes, naturellement, ne voudront pas car ce sont elles qui tiendront les rênes du pouvoir dans tous les pays ce qui aura eu pour heureuse conséquence de supprimer les guerres.Elles relégueront donc soigneusement les hommes à l'arrière-plan et- imposeront le port du jupon aux plus turbulents.Quant à elles-mêmes, elles porteront toutes la culotte.Sous ce dernier rapport, c\u2019est la seule ressemblance qu\u2019auront les temps futurs avec l\u2019époque actuelle.\tF.de Verneuil.Carnet Editorial .aêaaaaa Il F/jUT S't\\TTZUDf\\t asse de devenir célèbre, le papa de la jolie fille n\u2019avait plus d'objection au mariage.Ueluici eut lieu et mit la fortune sur la route do l\u2019écrivain.Jacques conserve comme une relique le costume d\u2019oiseau qui lui a vahi tout ce bonheur et, plus philosophe encore qu\u2019auparavant mais plus satisfait, il songe, en regardant la singulière défroque, que la destinée tient parfois à bien peu de chose.-o- LE i;EXSETGXEiMEXT \u2014Pardon, mon ami, combien faut-il de temps pour aller à Montréal de Ste-fRose?Le casseur de pierres lève la tête et.pesant sur sa masse, m\u2019observe à travers le grillage de ses lunettes, sans répondre.Je répète la question.Il ne répond pas.\u2014C\u2019est un sourd-muet, pensé-je, et je continue mon chemin.J\u2019ai fait à peine une centaine de pas que j\u2019entends la voix du casseur de pierres.Il me rappelle et agite sa masse.Je reviens et il me dit : \u2014Il vous faudra 4 heures.\u2014Pourquoi ne me l\u2019avez-vous pas dit tout de suite?\u2014Monsieur, m\u2019explique le casseur de pierres, vous me deman- ss*\\| .m wmmm ¦ .p ./y .¦ : \u2022 ¦ \u2022 - .t;\ti |:\té.:! .1 ______________________' 4 OSilll ¦ v&g H .MM 5 v % ¦¦ .Mii iMêSS.üsimtë, Je tournai la clef dans la serrure, j'ouvris ma porte.Et 1 être aussi me voyait, il était certain qu\u2019il me voyait à travers les mailles très larges de l\u2019étoffe.Alors je compris tout.Tandis que les autres emportaient leur butin, sa mission à lui consistait à me tenir en respect.Me lever?Saisir un revolver?Imposable.il était là 1 au moindre geste, au moindre cri, j\u2019étais perdu.Un coup violent secoua la maison, suivi de petits coups groupés par deux ou trois, comme ceux d\u2019un marteau qui frappe sur des pointes et qui rebondit.Ou du moins voilà ce que j\u2019imaginais, dans la confusion de mon cerveau.Et d\u2019autres bruits s\u2019entrecroisèrent, un véritable vacarme qui prouvait que l\u2019on ne se gênait point, et que l\u2019on agissait en toute sécurité.On avait raison: je ne bougeai pas.Fut-ce lâcheté?Non, anéantissement plutôt, impuissance totale à mouvoir un seul de mes membres.Sagesse également, car enfin pourquoi lutter?Derrière cet homme, il y en avait dix autres qui viendraient à son appel.Allais-je risquer ma vie pour sauver quelques tapisseries et quelques bibelots?Et toute la nuit ce supplice dura.Supplice intolérable, angoisse terrible! Le bruit s\u2019était interrompu, mais je ne cessais d'attendre qu\u2019il recommençât.Et l\u2019homme! l\u2019homme qui me surveillait, l\u2019arme à la main! Mon regard effrayé ne le quittait pas.Et mon coeur battait! et de la sueur ruisselait de mon front et de tout mon corps! Et tout à coup un bien-être inexprimable m\u2019envahit: une voiture de laitier dont je connaissais bien le roulement, passa sur le 12 LE SAMEDI Vol.29, No 7, Montréal, 21 Jtuifel 1017 boulevard, et j'eus en même temps l\u2019impression que l\u2019aube se glissait entre les persiennes closes et qu'un peu de jour dehors se mêlait à l\u2019ombre.Et le jour pénétra dans la chambre.Et d\u2019autres voitures pas.sèrent.Et tous les fantômes de la nuit s\u2019évanouirent.Alors je sortis un bras du lit, lentement, sournoisement .En face rien ne remua.Je marquai des yeux le pli du rideau, 1 endroit précis où il fallait viser, je fis le compte exact des mouvements que je devais exécuter, et, rapidement, j\u2019empoignai mon revolver et je tirai.Je sortai hors du lit avec un cri de délivrance, et je bondis sur le rideau.L\u2019étoffe était percée, la vitre était percée.Quant à l\u2019homme, je n\u2019avais pu l'atteindre.pour cette bonne raison qu'il n\u2019y avait personne.Personne! Ainsi, toute la nuit, j\u2019avais été hypnotisé par un pli de rideau! Et pendant ce temps, des malfaiteurs.Rageuse-ment, d\u2019un élan que rien n\u2019eût arrêté, je tournai la clef dans la serrure, j'ouvris ma porte, je traversai l\u2019antichambre, j\u2019ouvris une autre porte, et je me ruai dans la salle.Mais une stupeur me cloua sur le seuil, haletant, abasourdi, plus étonné encore que je ne l'avais été de l'absence de l\u2019homme: l ien n\u2019avait disparu.Toutes les choses que je supposais enlevées, meubles, tableaux, vieux velours et vieilles soies, toutes ces choses étaient à leur place ! Spectacle incompréhensible ! Je n'en croyais pas mes yeux ! Pourtant ce vacarme, ces bruits de déménagement.Je fis le tour de la pièce, j\u2019inspectai les murs, je dressai l\u2019inventaire de tous ces objets que je connaissais si bien.Rien ne manquait! Et ce qui me déconcertait le plus, c\u2019est que rien non plus ne révélait le passage des malfaiteurs, aucun indice, pas une chaise dérangée, pas une trace de pas.\u2014Voyons, voyons, me disais-je en me prenant la tête à deux mains, je ne suis pourtant pas un fou' J\u2019ai bien entendu!.Pouce par pouce, avec les procédés d'investigation les plus minutieux, j'examinai la salle.Ce fut en vain.Ou plutôt.mais pouvais-je considérer cela comme une découverte?Sous un petit tapis person, jeté sur le parquet, je ramassai une carte, une carte à jouer C\u2019était un sept de coeur, pareil à tous les sept de coeur des jeux de cartes français, mais qui retint mon attention par un détail assez curieux.La pointe extrême de chacune des sept marques rouges en forme de coeur, était percée d\u2019un trou, le trou rond et régulier qu'eût pratiqué l\u2019extrémité d\u2019un poinçon.Voilà tout.Une carte et une lettre trouvée dans un livre.En dehors de cela, rien.Etait-ce assez pour affirmer que je n'avais pas été le jouet d\u2019un rêve ?Toute la journée, je poursuivis mes recherches dans le salon.C\u2019était une grande pièce en disproportion avec l\u2019exiguité de l\u2019hôtel, et dont l'ornementation attestait le goût bizarre de celui qui l\u2019avait conçue.Le parquet était fait d\u2019une mosaïque de petites pierres multicolores, formant de larges dessins symétriques.La même mosaïque recouvrait les murs, disposée en panneaux, allégories pompéienes, compositions bizantines, fresques du moyen-âge.Un Bacchus enfourchait un tonneau.Un empereur couronné d\u2019or, à barbe fleurie, tenait un glaive dans sa main droite.Tout en haut, un peu à la façon d\u2019un atelier, se découpait l\u2019unique et vaste fenêtre.Cette fenêtre étant toujours ouverte la nuit, il était probable que les hommes avaient passé par là, à l\u2019aide d\u2019une échelle.Mais, ici encore, aucun certitude.Les montants de l\u2019échelle eussent dû laisser des traces surle sol battu de la cour: il n\u2019y en avait point.L\u2019herbe du terrain vague qui entourait l\u2019hôtel aurait dû être fraîchement foulée: elle ne l\u2019était pas.J\u2019avoue que je n\u2019eus point l\u2019idée de m\u2019adresser à la police, tellement les faits qu\u2019il m\u2019eût fallu exposer étaient inconsistants et absurdes.On se fût moqué de moi.Mais, le surlendemain, c\u2019était mon jour de chronique au Gil Bios, où j\u2019écrivais alors.Obsédé par mon aventure, je la racontai tout au long.L\u2019article ne passa pas inaperçu, mais je vis bien qu\u2019on ne le prenait guère au sérieux, et qu\u2019on le considérait plutôt comme une fantaisie que comme une histoire réelle.Les Saint-Martin me raillèrent.Daspry, cependant, qui ne manquait pas d'une certaine compétence en ces matières, vint me voir,se fit expliquer l\u2019affaire et l\u2019étudia.sans plus de succès d\u2019ailleurs.Or, un des matins suivants, le timbre de la grille résonna, et Antoine vint m\u2019avertir qu\u2019un monsieur désirait me parler.Il n\u2019avait pas voulu donner son nom.Je le priai de monter.Sans préambule, i! me dit\u2014d\u2019une voix éraillée, avec des accents qui me confirmèrent la situation sociale de l\u2019individu: \u2014Monsieur, en voyage, dans un café, le Gil Bias m\u2019est tombé sous les yeux.J\u2019ai lu votre article.11 m\u2019a intéressé.beaucoup.\u2014Je vous remercie.\u2014Et je suis revenu.\u2014Ah! \u2014Oui, pour vous parler.Tous les faits que vous avez racontés sont-ils exacts?\u2014Absolument exacts.\t\u201e \u2014Il n\u2019en est pas un seul qui soit de votre invention.\u2014Pas un seul.\u2014En ce cas j'aurais peut-être des renseignements a vous Jour-n i r.\u2014Je vous écoute.\u2014Non.\u2014Comment,- non?\u2014Avant de parler, il faut que je vérifie s\u2019ils sont justes, \u2014Et pour les vérifier ?\u2014Il faut que je reste seul dans cette pièce.Je le regardai avec surprise.\u2014Je ne vois pas très bien.\u2014Cest une idée que jai eue en lisant votre article.Certains péta ils établissent une coïncidence vraiment extraordinaire avec une autre aventure que le hasard m\u2019a révélée.Si je me suis trompé.il est préférable que je garde le silence.Et l\u2019unique moyen /de le savoir, c\u2019est que je reste seul.Au milieu de la salle, Vhomme immobile, couché sur le côté gau che, pris de son poing, un revolver tout fumant.*W0**': K ¦¦ - üü MM ¦¦ s«Lu:u i '¦ W tÇ**' -, ¦ ; ¦ « V'- :py > / uvÿ -\t.y-.U ¦;.VCv>v - mmm Qu\u2019y avait-il sous cette proposition?Plus tard je me suis rappelé qu\u2019en la formulant l\u2019homme avait un air inquiet, une expression de physionomie anxieuse.Mais, sur le moment, bien qu\u2019un peu étonné, je ne trouvai rien de particulièrement anormal à sa demande.Et puis une telle curiosité me stimulait.Je répondis: \u2014Soit.Combien vous faut-il de temps?\u2014Oh ! trois minutes, pas davantage.'D\u2019ici trois minutes, je vous rejoindrai.Je sortis de la pièce.En bas, je tirai ma montre.Une minute s\u2019écoula.Deux minutes.Pourquoi donc me sentais-je oppressé?Pourquoi ces instants me paraissaient-ils plus solennels que d\u2019autres ?Deux minutes et demie.Deux minutes trois quarts.Et'soudain un coup de feu retentit.En quelques enjambées jescaladai les marches et j'entrai.Un cri d\u2019horreur m\u2019échappa.Au milieu de la salle l'homme gisait, immobile, sur le côté gauche.Du sang coulait de son crâne, mêlé i des débris de cervelle.Près de son poing, un revolver, tout fumant.(Voir Suite Page 30) Vol.20, No 7, Montreal, 21 Juillet 191?LG SAMEDI yJ-X- FEUILLETON Du SAMEDI Le Secret du Taube Vert OXaJÊLXHB D3S3 3STESTE BÎBSUME DES PRECEDENTS CHAPITRES Mas Laueière, orphelin de père, mais jouissant d\u2019une jolie fortune personnelle, est un jeune et brillant lieutenant die cavalerie.Passionné pour l\u2019aviatiion, il obtient son brevet de pilote et est attache dans un des oorps d'avlabeurs, près de Paris.Relations avec la famille de Pérae ; Mar siime Arlette de Pérac, élégante et jolie, fille du comte et comtesse Gaspard de Pérae; il espère un jour l\u2019épouser.La villa des Mûriers, résidence de Raymond Villandray, frère d\u2019Arlette.Mattea Vigli&ni, ifcaJ'tanne de mariage et ancienne amie de Raymond, n'était qu\u2019un- espionne allemande ; son Vrai nom est Eisa Mürntze.Promenade nocturne et pénis de sang.Mystérieuse découverte dans le parc d\u2019une femme blessée et inconsdente.Raymond el Gilles, le valet, la transportent à la villa.L\u2019anneau double.Mort apparente de l\u2019inconnue; Raymond veut la faire disparaître dams la Seine.Chasse mouvementée dans la nuit.Arrestation de Raymond l\u2019assassin présumé.Il échappe a .la police.Gilles, inquiet (lu sort de son maître, retrouve le corps de la jeune femme qui a repris connaissance.Ce dernier va \u2018la cacher chez la mère \u201cLa Pruche\u201d qui tient une guinguette dans une île au milieu du fleuve.La police chez la mère la Prune; cette dernière ne se doute nullement de la présence de cette inconnue assassinée.Raymond Vdillandnay, mourant de faim et de froid vient s'échouer sur l'Sle et demande l'hospitalité à la mère la Prune ; pour échapper a la Justice, il se déguise et grace a cet accoutrement, il parvient a se sauver.La famille Rouziès ; disparition d\u2019Henriette surnommée Riri a cause de son continuel sourinv aux lèvres.Grueflles angoiss « de la mère et recherches infructueuses.Une fausse lettre d\u2019Henriette.Mme Tribal ou la mère Qua-tre-Oeâl.Victor Tribal, son fils, un triste sujet .Juliette arrive a temps pour sauver son jeune frère Jules d\u2019nu empoisonnement.Max Lauziôr * apprend partiellement à la Comtesse de Pérac le crime de la rue de Poissy et la disparition de son fils Raymond.Elle n\u2019ose croire a sa culpabilité et prend sa défense.Le Comte de Pérac, dur et cruel pour sa femme, refuse d'intervenir dans l\u2019affaire, et va jusqu\u2019à traiter son beau-fils d'assassin.Max devient détective amateur.Une visite a la viiia des Mûriers; fructueuses iveehrehes et importantes découvertes qui sauveront Raymond.Maître Georges Valentin.Première Partie \u2014 Eisa, l\u2019Espionne Xo 4\tSuite UNE MISSION DÉLICATE Enfin, se plaçant, au point de vue des intérêts réels, apparents tout au moins de Loui9e Villandray et de son fils, croyant en toute sincérité, assurer leur avenir, il avait puissamment aidé à la conclusion du mariage de la jeune veuve avec son ri-dhe client, le comte Gaspard de Pérac.Ces souvenirs passèrent rapidement dans l\u2019esprit de la comtesse, et elle donna à la femme de chambre, l'ordre d\u2019introduire le visiteur.\u2022 Arlette se retriait discrètement.Quelques instants plus tard, Me Valentin s\u2019inclinait devant Mme de Pérac.Il s\u2019asseyait en face d\u2019elle.La fenêtre éclairait pleinement son visage, empreint à la fois de finesse et de loyauté.C\u2019était un homme de cinquante-cinq ans environ, de taille et de corpulence moyennes, aux cheveux gris, encore abondants, à la barbe lustrée, également grise, séparée en deux groses boucles.Ses yeux bruns avaient un regard profond, un peu triste, le regard de ceux qui sont habitués à scruter les misères humaines, et qui, généreux et bons, gardent de cet écoeurant spectacle une profonde mélancolie.Il s\u2019excusait tout d\u2019abord de son insistance.\u2014 Vous êtes tout pardonné, cher maître, faisait la comtesse que sa tragique douleur même n\u2019empêchait pas d\u2019être aimable.Le notaire faisait une allusion discrète aux douloureuses < irconstances que tnv versait la famille de Pérac et exprimait en termes sobres, mais émus, sa profonde sympathie.Louise fut touchée jusqu\u2019aux larmes, et sentant plus que jamais à quel point cet Publié an vértu d\u2019un tj-aité avec la Société des gens de lettres.Commencé dans le No du 30 juin 191 * \u2022 homme était un ami sincère, elle lui disait, en peu de mots, ce qu\u2019elle savait du tragique événement, les raisons qu\u2019elle avait d\u2019espérer, mais aussi celles qu\u2019elle avait de craindre.Cependant le sujet fut assez vite épuisé et Me Valentin ne disait point le motif de sa visite.Il semblait en proie \\ une vive hésitation.D\u2019une main fiévreuse, il tordait l\u2019un des boucles de sa barbe grise, tandis qu\u2019il fixait d\u2019un air préoccupé un angle de la pièce, où rien de particulier toutefois ne pouvait attirer son attention.Le silence s\u2019était fait entre les deux interlocuteurs.La comtesse de Pérac le rompit la première.\u2014 Vous avez désiré me voir, cher maître.une affaire urgente, à ce qu\u2019il paraît?\u2014 En effet, madame, je me trouve chargé, bien malgré moi.d\u2019une communication.qui m\u2019est extrêmement pénible.La comtesse avait porté la main à son coeur.\u2014 Ah ! maître ! vous m\u2019effrayez.Raymond!.Oh!.il lui est arrivé malh.Le dernier mot s\u2019étrangla dans sa gorge- Elle s\u2019était dressée et demeurait pâle comme une morte, les yeux agrandis par l\u2019épouvante.\u2014 Raymond!.répéta-t-elle.Mais Me Valentin: \u2014 Rassurez-vous, chère madame, calmez-vous, je vous en conjure, il ne s\u2019agit nullement de M.Villandray.Je vous en donne ma parole.La mère poussa un soupir de soulagement, un peu de rose revint à ses joues et elle se rassit.\u2014 Pour ne concerner en rien votre cher fils, je crains toutefois, madame la comtesse, que la mission dont je suis chargé auprès de vous, ne vous fasse quelque peine.\u2014 Ah ! vous pouvez parler sans crainte.cher maître, après les tortures morales où je vis depuis trois jours, quel autre chagrin me pourrait atteindre?Le notaire hocha la tête d\u2019un air peu convaincu.\u2014 Je suis envoyé vers vous, reprenait-il, d\u2019un ton un peu solennel, par monsieur le comte.\u2014 Par mon mari?.interrogea la comtesse troublée malgré tout.\u2014 40 14 Qu'est-ce doue que pouvait lui vouloir le comte ?Ne lui avait-il pas formellement déclaré qu'il ne voulait en rien s\u2019intéresser à son beau-fils ?Et puisque Me Valentin déclarait être chargé d\u2019une mission pénible, isé son bonheur.La scène de brutalité dans laquelle son mari avait frappé Raymond, avait été la goutte d\u2019eau qui avait fait déborder le vase.Depuis le lendemain de leur mariage, soit par jalousie rétrospective, soit pour tout autre motif, le comte s'était mjs à haïr Raymond: Et durant de longs jours, son coeur de femme et de mère avait été cruellement ballotté entre le fils qu'elle adorait et l'homme en P\u2019amour et en la générosité de qui elle n'avait pas encore cessé de croire.Mais bientôt elle s'était aperçue qii@ Gaspard ne l'aimait plus.Sa passion, où le coeur n\u2019avait a,ueuiu> part, s\u2019était bientôt éteinte.11 était retourné à son existence de viveur, entretenant ouvertement une de ses anciennes amies, ayant, en outre, plusieurs aventures, dont l'une, qui avait été un des scandales parisiens de ces dernières années, avait tourné au tragique.Comme il a été dit, la brutalité du comte envers Raymond avait simplement précipité la rupture.Me Valentin écouta en silence la douloureuse histoire; il la connaissait, au LE SAMEDI reste, en grande partie.\u2014 Le comte, en effet, m'a mis au courant.dit-il, tout en se donnant, je n'ai pas besoin de vous le dire, ft?s meilleures excuses.Mais la question de sentiment importe peu 3ci, malheureusement, et nous nous voyons obligés, vous m'en voyez désolé, Madame, de -, considérer simplement les faits.\u201cOr les faits ou plus simplement le fait i neon lot table, n'est-il pas vrai?c\u2019est que députa longtemps.douze années à peu près, c\u2019est bien cela?vous avez volontairement rompu les liens qui vous unissaient ait comte.\u2014 En effet, murmura Mme de Pérac.Et que depuis cette époque vous vous êtes toujours refusée à reprendre la vie commune.\t, \u2014 Pardon, cher maître! exclamait vivement la comtesse; refuser n'est pas le mot.\t' \u201cJamais une tentative de réconciliation n\u2019a été faite par mon mari.\u2014 J'en suis persuadé.Le fait n'en demeure pas moins.il y a eu rupture.ht séparation existe, totale.\u2014 Sans doute.mais je ne vois pas.\u2014 Eh bien le comte.pour des motifs que j'ignore.que je ne soupçonne même pas, désire rendre cette situation.qui selon son expression.manque de.netteté, il souhaite que cette situation devienne.franche.\u2014 L'hôtel?.je devrais quitter l\u2019hôtel peut-être.Et Arlette ?Oh ! la séparer de sa fille, voilà ce qu\u2019il voulait sans doute cet homme, pour la punir.Ma is de quoi?Qu'avait-elle fait?la punir d'être la mère de Raymond?Me Valentin eut un sourire triste.\u2014 Eh bien! quand il voudra, je suis pouru que j'amène ma fille, dites-le lui.quand il voudra, pourvu qu'Arlette me reste, et elle me restera, j'en suis certaine, nia mignonne chérie; elle n\u2019abandonnera pus sa mère pour.\u2014 Si j\u2019ai bien compris, madame, monsieur le comte ne songe nullement à\u2018 vous disputer mademoiselle votre fille.\u2014- Oh! alors tout est pour le mieux! je suis sauvée! exclamait la pauvre femme, souriant à, travers ses larmes.\u2014 Cher maître, veuillez dire au comte que nous serous prêtes.prochainement, le temps de chercher une installation.si modeste qu'elle soit.peu importe!.Hélas! madame soupira Me Valentin.\u2014 Qu est-ce encore?.\u2014 Hélas, je ne me suis pas suffisamment expliqué.La sympathie, l'amitié, oserais je dire Vol.2D, No T.Montréal.21 JafiCt 101?*-\u2014 que j\u2019ai pour vous, madame, me rend si pénible mon devoir.De nouveau la malheureuse Louise était haletante.Ce n\u2019est point une séparation pure et simple que souhaite le comte, mais le divorce qu'il veut.qu'il exige.La foudre tombant aux pieds de Mme de Pérac ne Petit pas saisie davantage.\u2014 Le dirorceb.; le divorce?.répétait-elle.mais pourquoi?Le notaire eut un geste évasif.Si, en son for intérieur, il se doutait des motifs qui faisaient agir son client, il ne jugeait sans doute pas les devoir révéler.\u2014 Le divorce!.reprenait Mme de Pé-rac.mais c'est horrible!.en ce moment.Ne voyez-vous pas?.\u201cL\u2019abstention totale du comte dans la tragique situation où se trouve mon fils, son refus qu'il m\u2019a signifié, formel, irrévocable, de ne faire aucune démarche en sa faveur, c\u2019était déjà une charge accablante une présomption de culpabilité contre mon pauvre enfant.\u201cMais une rupture publique, éclatante, entrevous.le divorce! n\u2019est-ce pas cent fois.le coup de grâce.\u2014 J\u2018ai fait remarquer cela.\u2014 Mais c\u2019est une infâmie!.la plus cruelle des infâmies.une lâcheté! \u2014 Ce n\u2018est point chevaleresque, assurément.\u2014 Comment donc!.mais c\u2019est du dernier des goujats! \u2014 L'on pourra peut-être atténuer l\u2019effet produit dans une certaine mesure.\u201cEt la proposition que je suis chargé de vous transmettre de la part de M.de Pérac, aurait ce résultat.je crois, autant que faire se pourrait.Toutefois.\u2014 Cette, proposition?\u2014\t\\ ous feriez défaut au procès.vous ne vous défendriez pas.de cette manière.Mme de Pérac avait eu un sursaut de révolte.\u20141 Mme Valentin, vous m\u2019affligez; je vous croyais trop d\u2018estime et trop d\u2019amitié pour moi.\u2014 Madame!.\u2014 Je me laisserais accuser devant tous, de choses infâmes!.\u201cDieu suit quels mensonges odieux, il est capable d\u2019inventer et quelles basses complicités l\u2019entourent, prêtes à le servir.et je ne défendrai pas mon honneur.\u201cMais, ne serait-ce que pour ma fille.monsieur.\u2014\t\\ en i liez me pardonner, madame, et me permettre d\u2019achever ma pensée.\u201cSi vous voulez bien nous donner votre confiance, nous pourrions sans doute trouver un moyen de tout arranger, de sauve* garder entièrement votre honneur et de faire que votre rupture légale ait moins d'éclat.41 / Vol.20.Ko 7.ihntettl, 21 Jwiltet 1911* LE SAMEDI ls Il est, comme l\u2019on a dit, des accommodements avec le ciel; il en est davantage encore avec la loh \u2014 Oh ! oui, je vous en con jure : j\u2019ai toute confiance en vous, aidez-moi.Veuillez me pardonner les paroles injustes que j\u2019ai pu vous dire.J\u2019étais folle.\u2014 Vous n\u2019avez nul besoin de pardon, madame, disait Me Valentin, avec un sourire plein de bonhomie.\u201c11 me reste encore quelque chose à vous dire.De ceci, je ne suis nullement chargé par le comte, au contraire.\u201cJe cbiis devoir vous prévenir.dans votre intérêt.afin que vous puissiez prendre vos mesures.\u2014 Encore! ne put s\u2019empêcher de murmurer la pauvre femme.\u2014 11 s\u2019agit de votre situation matérielle.Mme de Pérac eut un geste d\u2019inditféren-ce.\u2014 Pardon, madame la comtesse, c\u2019est un des côtés de la question que nous ne pouvons pas vous dispenser d\u2019envisager.\u2014- Soit.puisque vous le voulez.d'ailleurs il le faut.je le comprends.Si le divorce est prononcé, ce qui est probable, car il est possible, en effet, que pour éviter des débats publics, je renonce à me défendre, eh bien, dans ce cas, le comte ne sera-t-il point tenu de me faire une pension en rapport avec sa fortune?.avec notre situation sociale?.\u2014 Parfaitement.\u2014- Ainsi, pas d\u2019inquiétudes de ce côté, je suppose?\u2014 Pas d\u2019inquiétudes! ., hélas! je me vois obligé de vous détromper, chère madame.\u2014 Comment cela?.\u2014 N\u2019avez-vous aucune donnée sur la situation financière de M.de Pérac ?\u2014 Pas la moindre, je vous l\u2019avoue.\u201cChaque mois, il me fait, depuis notre séparation, remettre une certaine somme pour mes dépenses personnelles et celles de ma fille.\u201cCette somme, il faut le dirë, a été diminuant, de mois en mois; mais nous a-vons, sans demander une explication quelle qu\u2019elle fût, ce qui m\u2019eût profondément a-épugné, restreint nos dépenses, à proportion.\u2014 Eh bien ! madame, monsieur le comte est entièrement ruiné.\u2014 Euiné !.\u2014 Par suite, vous n\u2019avez guère à compter, à l\u2019avenir sur une pension, à -laquelle il pourrait être condamné envers vous.Il serait dans l\u2019impossibilit^ de vous la payer.\u2014 Le dernier coup! murmurait Mme de Pérac, atterrée.Ainsi c\u2019était la misère, la misère hideu- se qui, après le déshonneur, se dressait devant elle! S\u2019il ne se fût agi que de son propre sort, elle eût été peu touchée.Oh! se retirer du monde à jamais, se terrer dans un coin obscur! y vivre perdue, ignorée!.tel eût été son rêve.Ma is Arlette, mais sa chérie, si jeune, si délicate, habituée à tous les luxes!.Et son mariage?.Certes, elle ne doutait pas de l\u2019amour de Max, non pas un seul instant.Mais le jeune officier avait une mère d\u2019un caractère hautain, atteinte d\u2019une maladie de coeur, et à qui toute contrariété devait être épargné.Puis enfin, il fallait vivre; il fallait le pain de chaque jour.Mme de Pérac demeurait, le front dans les mains, tandis que Me Valentin lui donnait sur la situation du comte, des précisions qu'il jugeait indispensables.L\u2019hôtel du boulevard de Courcelh le château historique du Lardan, qu\u2019il possédait en Touraine, étaient hypothéqués pour les trôis qi farts de leur valeur.Depuis deux ans, les intérêts n\u2019étaient plus payés; l\u2019on avait eu recours aux plus louches agences de prêt.Les femmes avaient dévoré une partie de la fortune du comte, le jeu et de malchanceuses opérations de Bourse avaient fait le reste.Il était à bout.Que dans de telles conditions il s'occupât à demander le divorce, c\u2019était ce à quoi le notaire ne parvenait à trouver aucune explication.Mais le fait n\u2019en était pas moins certain.Me Va'lentin en était là de sa mission, lorsqu\u2019Arlëtte entrait, précédant Max.\u2014 Veuillez bien m\u2019excuser, chère maman, mais M.Lauzière est là; il est allé aux Mûriers, et comme Me Valentin est notre ami.Le notaire la remercia d\u2019un sourire.Bien vite, le jeune officier disait les résultats de son enquête.C\u2019était peu; cependant quelque espoir semblait luire aux yeux dt*la comtesse.Le notaire ne tardait pas à se retirer, après avoir prié Mme de Pérac de vouloir bien réfléchir à leur entretien, et lui avoir dit qu\u2019il reviendrait le lendemain, dans la matinée.XXI LA BAGUE UE FIANÇAILLES Arlette et Max, le notaire parti, se mirent à commenter les nouvelles apportées par le jeune officier.Mme de Pérac était tombée dans une morne songerie.Quel que fût le parti qu\u2019elle se décide- rait à prendre, ce serait, dans tous les cas, puisqu\u2019elle n\u2019avait pas la moindre fortune personnelle et que le comte était ruiné, la misère nuire pour sa fille et pour elle.Et cela il allait falloir l\u2019avouer à Arlette, l'avouer à Max!.A A cette pensée, la pauvre mère se sentait défaillir.Non jamais elle n\u2019en aurait le courage; jamais elle n\u2019oserait dire à sa fille, à celui qu\u2019elle considérait comme son fils, l'affront sanglante que lui infligeait son mari; ni la détresse matérielle à laquelle elle allait être réduite, ainsi que sa fille.Les deux jeunes gens ayant longuement causé du sujet qui1 leur tenait si fort au coeur, et ayant épuisé toutes les hypothèses, finirent par remarquer le mutisme de la comtesse.Elle était auprès d\u2019eux, mais semblait étrangère à leur conversation.Eps épaules voûtées, les yeux mornes et sans regard semblait-il, les mains pâles, traînant sur sa robe sombre, on eût dit une statue plutôt qu\u2019une créature vivante.En la regardant, un même frisson de crainte, fit tressaillir Arlette et son ami.\u2014 Mère chérie! exclama la jeune fille.La comtesse passa la main sur son front.\u2014 Oui !.fit-elle, comme si elle sortait d'un rêve.\u2014 Tu ne dis rien?.- \u2014 Oui.\u2014 Rymond.\u2014 Oui, Raymond, en effet!.\u201cMais ce n\u2019est pas tout.ce n\u2019est pas tout.Oh !.Et la malheureuse femme fondait en larmes.Elle n\u2019avait pas voulu parler, elle s\u2019était efforcée de demeurer impassible; mais la douleur avait été.plus forte que sa volonté.Et maintenant die se voyait obligée de tout dire, de tout confesser.Le visage, dans les mains, afin de cacher la rougeur qui lui brûlait les joues, elle ne cédait plus rien.Et la proposition que venait de lui faire Me Valentin et ses révélations au sujet de leur situation matérielle.Max l'écoutait, non sans une profonde émotion.Mais la révélation de ces tristesses, si elles faisaient naître en lui de vives appréhensions pottr l\u2019avenir, ne diminuait en rien son amour pour Arlette, son estime ni son affection pour Mme de Pérac.Comme il arrive chez toutes les natures vraiment généreuses, l'infortune de celle qu\u2019il aimait, ne faisait que grandir son attachement.La mignonne fiancée, depuis longtemps il la considérait comme telle, tombée au fond de la détresse matérielle et mora- \u20144 42\t1 18 LE SAMEDI Vol.29, .No 7, MoHtrfrftl, 21 Juillet 1917 le, ne lui était que plus chère.Et il sentait en lui, un insatiable besoin de se donner tout entier, sans réserve.Lorsque la comtesse avait dit la demande en divorce que son mari se proposait d\u2019introduire, Arlette avait eu un cri de douleur.\u2014 Oh! papa!.mon papa que j'aime.que j'aimais tant.C\u2019était vrai; elle avait beaucoup aimé le comte.Encore enfant, elle ne savait rien de ses désordres, elle ignorait aussi \u2014 car la comtesse avait cru devoir le lui cacher \u2014 à quel point il avait rendu sa mère malheureuse, et aussi qu'il eût de la haine pour Raymond.Elle croyait qu'il n'y avait entre eux qu'une incompatibilité d'humeur, et espérait, toujours qu\u2019ils finiraient par s\u2019entendre.Aussi était-ce pour elle un déchirement que d\u2019apprendre la rupture voulue pat le comte.Elle était trop intelligente pour ne point deviner qu il porterait contre sa mère adorée des accusations mensongères, qu'il irait, si la chose était nécessaire, jusqu'à la couvrir de boue.C\u2019en était trop! non elle ne l'aimait plus, elle ne pouvait plus l'aimer, son père! Mais ce n\u2019était pas sans une atroce douleur qu\u2019elle sentait mourir en elle son amour et son respect filiaux.Au cri de douleur, poussé par sa chère fiancée, Max avait pris ses mains, les avait couvertes de baisers passionnés, et, par de tendres paroles, avait cherché à endormir sa peine.Lorsqu\u2019elle fut un peu calmée et que Mme de Pérac, ayant achevé sa triste confidence, eut relevé enfin son front humilié: \u2014 Madame ,dit le jeune officier, d'une voix pénétrante, de nouvelles difficultés surgissent devant nous.je dis devant nous, car après, comme avant, ce que je viens d\u2019apprendre, je suis tout vôtre et vous supplie de me considérer, dès aujourd'hui.comme votre fils, au même ti tre que Raymond.\u2014 Oh Max !.vous êtes bon.vous êtes généreux.\u2014 Mais je ne veux plus! s'écriait Arlette.Ruinée.déshonorée.non jamais.jamais.maintenant.il faut nous dire.adieu !.Ce dernier mot s'étranglait dans sa gorge et elle tombait à demi évanouie sur un fauteuil.\u2014 Méchante petite amie! s\u2019écriait Max la relevant et mettant sur ses yeux des baisers fous, méchante, qu\u2019avez-vous dit là?.vous voulez donc que je meure?\u201cDéshonorée! vous ne l\u2019êtes point! grâce à Dieu.nous percerons à jour le mys- tère.L'innocence de Raymond éclatera.\u2014 Ruinée?peu importe! \u201cJ'ai, sinon une fortune personnelle, du moins une modeste aisance.Elle nous suffira à tous trois.Le bonheur n\u2019est pas dans l\u2019opulence, et nous serons heureux, croyez-le bien, puisque nous nous aimerons.Puis se tournant vers Mme de Pérac : \u2014 Madame la comtesse, faisait il, s\u2019inclinant avec une certaine gravité solennelle, mon intention était, comme vous le savez, de faire demandin\u2019 dans quelques jour« la main de mademoiselle Arlette à M.le comte de Pérac.Etant données les circonstances nouv elles, c\u2019est à vous que j'ai l'honneur d'a-dresseï ma demande.\u2014 Cher.cher.ne put que murmurer la comtesse, oh de grand coeur! de tout coeur!.\u2014 Merci, mille fois, madame.merci.\u2014 Une faveur encore, pour mettre le comble à vos bontés.Permettez-nous de nous considérer, dès aujourd\u2019hui, comme fiancés.Un geste affirmatif de Mme de Pérac fut sa seule réponse.La pauvre femme était trop émue, pour pouvoir articuler une seule parole.Le jeune officier tirait un éorin do sa poche.Une bague\u201e une marquise en brillants énormes lançaient mille feux dans lécrin de velours blanc.Il la passait au doig d'Arlette, si radieuse qu'elle ne trouvait pas une seule parole.Et les deux enfants échangeaient un chaste baiser de fiançailles.Après quoi, la comtesse leur ouvrait les bras et les unissait sur son sein, en une même étreinte.Elle ne pouvait que murmurer à travers des larmes de joie: \u2014 Oh! mes enfants.mes enfants bien aimés! XXII NOtTV EIXE ÉNIGME * En quittant l'hôtel de Pérac, Lauzière se rendit directement au petit pied à terre qu'il occupait près de La Madeleine, au 28 bis de la rue Gaudot-de-Mauroy.Comme il passait devant la loge du concierge, celui-ci lui remettait un télégramme arrivé depuis la veille au matin.Vivement le jeune officier l'ouvrait.Il était ainsi conçu: \u201cVillepreux, 8 heures du matin.\u201cIncident grave; venez aérodrome.Présence indispensable.\u201cCharneux.\u201d Charneux était le nom du gardien que \u2014 43 \u2014 l'on avait, dès le début, installé à 1 aérodrome de Villepreux, auquel Lauzière était attaché et où il remisait son avion entre les divers vols qu\u2019il exécutait.La lecture de ces quelques mots bouleversa Max.\u2014 Incident grave, se répétait-iI.U ne pouvait imaginer ce que voulaient dire ces deux mots énigmatiques, mais évidemment gros de menaces.Dans le déserroi de ces derniers jours, il avait totalement oublié ce qui était auparavant l\u2019objet de ses préoccupations quotidiennes, son invention.On se souvient qu\u2019il avait trouvé un dispositif spécial qui supprimait le bruit du moteur et rendait, ainsi son avion presque entièrement silencieux.Maintenant, il était repris par la passion que lui inspirait sa trouvaille.Sans même monter chez lui, il sortait, hélait un taxi vide et se faisait conduire à la gare Saint-Lazare.Il prenait le premier train-pour Noisv-le-Roi, qui est la station la plus proche de Villepreux.En vingt-cinq minutes de marche, il fut à l\u2019aérodrome.Charneux, le gardien, était sans doute absent, à moins qu'il ne fût à l\u2019intérieur de sa baraque de planches.Lauzière ne se le demandait même pas il courait, hors d'haleine, vers le hangar.C'est qu'il venait d\u2019apercevoir, au dehors.n quelque distance des bâtiments, son avion peint en blanc, avec son fin fuselage métallique, ses grandes ailes étincelantes au soleil.Pour 1 intelligence de ce qui va suivre, nous devons expliquer que Max, ayant prévenu ses chefs des recherches auxquelles il se limait, avait obtenu, afin que le secret de sa découverte lui fût acquis, que son appareil fut enfermé dans une partie du hangar parfaitement close et dont il aurait seul la clef.Le samedi matin, avant de partir aux Mûriers, il avait soigneusement enfermé son avion, assujetti solidement la grande porte à coulisse, grâce aux deux cadenas qn il avait fait ajouter, l\u2019une en haut, l\u2019autre en bas, par mesure de précautions, et recommandé à Charneux d\u2019ouvrir l\u2019oeil.La recommandation, il est vrai, lui avait semblé superflue, car nul, en dehors de Raymond et de la famille de Pérac, ne savait qu il eût inventé quoi que ce fût, et nul ne pouvait ainsi être tenté de chercher à voir son appareil.Mais avant même d'examiner de près le moteur, il courait au hangar pour voir la grande porte, qui était ouverte à deux battants.II ne tardait pas à s\u2019apercevoir que là serrure avait été fracturée, les deux cadenas limés.Avant de demander à Charneux des ex- Vol.29, No 7, .Montréal], 21 Juillet 1917 LE SAMEDI 17 plications, il revenait vivement à son appareil.en examinant minutieusement le mécanisme, ainsi que les diverses pièces et se rassurait un peu.il avait eu tout d'abord l'idée d\\m sabotage, d\u2019une stupide vengeance.Mais non; aucune des rouages ne paraissait faussé.Afin de ne-conserver aucun doute, il s'installait dans l\u2019appareil, roulait facilement quelques mètres dans le grand silen-cet et s\u2019élevait avec une extrême facilité.Il tit seulement, à une faible hauteur, deux tours de piste et atterrit sans le moindre incident.\u2014 Pas de sabotage, mais ce n\u2019est pas tout.Il est incontestable, se dit-il que celui qui est venu prendre mon appareil, soigneusement enfermé, et qui pour cela a fracturé la porte, celui qui s\u2019est porté à cet acte criminel a eu un but.Et ce but, lequel serait-il si ce n\u2019est de me voler mon invention?Rien ne lui a été plus facile que de prendre un croquis côté des diverses pièces de ma machine, ou même de les photographier.A cette pensée, le jeune homme senti un long frisson le parcourir de la tête aux pieds.Quoi ! le fruit de tant de recherches et de travaux sera it perdu ! Un autre, un misérable, profiterait de la longue peine qu\u2019il s était donné! Toutefois, il ne tardait pas à se calmer: le malheur pouvait être prévenu.Il n\u2019avait qu'à se pendre au ministère à apporter immédiatement aux bureaux de l\u2019état-major, les plans détaillés de sa ma-ch i ne.En même temps, il prierait instamment que l\u2019on envoyât au plus tôt deux ou trois officiers devant lesquels il exécuterait quelques vols, et qui dresseraient un procès-verbal du résultat.Il lui semblait impossible que son voleur l\u2019eût devancé dans ces diverses précautions.Au reste, l\u2019eût-il fait, qu'il lui eût fallu faire exécuter le mécanisme assez compliqué.Il en était là de ses réflexions, lorsqu'il vit arriver le gardien Charneux.Celui-ci, un ancien adjudant, décoré de la médaille militaire, semblait passablement ému.\u2014 Mon lieutenant a vu?.\u2014 Parbleu, si j\u2019ai vu.C'est comme ça ajouta-t-il sévèrement, que vous remplissez votre rôle?\u2014 Que mon lieutenant, veuille bien m\u2019excuser; mais il n\u2019y a pas de ma faute.comme mon lieutenant va le voir.\u201cJ\u2019ai'enterré, hier, ma pauvre femme.De groses larmes étaient montées aux yeux du brave homme et roulaient sur ses joues tannées.Lauzière s\u2019aperçut, qu\u2019en effet il portait un brassard de crêpe.Charneux racontait qu'il avait été appelé, le samedi précédent, à la Salpêtrière, auprès de sa femme, qui, épileptique, y avait été internée, une année auparavant.Elle était gravement malade.A tel point, qu\u2019elle avait succombé le mardi.Il avait regagné son poste aussitôt après les obsèques, s\u2019était mis en règle d'ailleurs, ayant avisé par télégramme le colonel directeur de l\u2019aérodrome de son absence.\u2014 On fût venu la nuit, d\u2019ailleurs, poursuivait le surveillant, que sans doute, je ne me serais douté de rien.La machine de mon lieutenant ne s'entend presque plus depuis quelque temps.Max ne put s\u2019empêcher de sourire.\u2014 Mais enfin quand vous êtes-vous aperçu ?.\u2014 Avant-hier matin, en rentrant.\u2014 Et c\u2019est tout à l\u2019heure seulement que vous m\u2019avez télégraphié?.\u2014 Attendez, mon lieutenant, je vais vous dire.Il expliquit qu\u2019à son retour, il avait aperçu l\u2019avion sur le champ d\u2019aviation, à quelque distance du hangar, mais il n\u2019en avait été nullement surpris, pensant qu\u2019en son absence, Lauzière était venu, avait sorti son appareil, et pour une raison ou pour une autre, avait négligé de le rentrer.\u2014 C\u2019est ce matin, seulement, que, ne vous voyant pas venir, je suis allé du côté de votre stand.\u201cJ\u2019ai cru que j\u2019avais la berlue quand j\u2019ai vu la serrure fracturée, les cadenas usés à la lime.\u201cJe n\u2019ai fait ni une ni deux.J\u2019ai couru à Villepreux vous lancer ma dépêche.\u2014 C\u2019est bien vendredi que vous êtes parti pour aller voir votre femme?\u2014 Parfaitement, vendredi, à la nuit.\u2014 Et en rentrant, mardi matin, l\u2019avion était bien là où je l\u2019ai trouvé en arrivant.\u2014 Oui mon lieutenant, \u2014 L\u2019effraction a donc été commise de vendredi soir à mercredi matin, la nuit, selon toute vraisemblance.\u2014 Il ne peut en être autrement.\u2014 C\u2019est bon; je ne vous retiens plus.Du geste il congédiait le gardien.Celui-ci fit le salut militaire et s\u2019éloigna.Lauzière demeura tout pensif, auprès de son appareil.L\u2019hypothèse que l'on eût retiré l\u2019avion du stand, pour surprendre son invention, lui paraissait à la réflexion invraisemblable.Celui qui aurait été poussé par ce mobile n\u2019aurait guère pu opérer la nuit.Les diverses pièces du mécanisme étant fort ténues, il aurait dû, pour le voir et pour en prendre le croquis, se munir d une lumière assez vive, lampe électrique de poche par exemple.Cette lumière il aurait craint qu\u2019elle fût aperçue du gardien.A moins qu\u2019il n\u2019eut aussi connu 1 absence de Charneux.Tout cela était trop compliqué.Mais alors quel avait pu être le mobile de celui qui avait commis l\u2019effraction?Voici qu\u2019une énigme nouvelle se dressait, après le mystère sanglant de ces derniers jours; et cette énigme, pour être moins cruelle, demeurait tout aussi angoissante.Avant de repart ir pour Paris, Max prit de nouveau place dans l\u2019avion, avec le .dessein d\u2019essayer un autre vol encore, pour confirmer que ,décidément, tout était intact dans sa machine* Il était à peine installé, qu\u2019une petite chose blanche frappa sa vue, près de son pied.Il\tmachinalement pour la ra- masser.\u2014 Curieux! extrêmement curieux; ne put-il s'empêcher de s\u2019écrier.C\u2019était un lambeau de batiste blanche brodé.feston au bord, marguerites en broderie anglaise: un fragment de volant selon toute vraisemblance arraché d\u2019un jupon de femme peut-être.\u2014 Ah ça ! est-ce que par hasard des amoureux m\u2019auraient emprunté mort oiseau pour faire leur voyage de noces?L\u2019avion avait deux places en effet, Souvent Lauzière amenait un passager, camarade ou sous-officier, également dans l'aviation.Il n\u2019avait pas achevé de considérer l'étoffe, qu\u2019il apercevait entre les deux sièges, un petit ob jet mince de couleur noire.Il s'en emparait vivement.Cette fuis, il poussa un cri de stupeur.C\u2019était un porte-monnaie d\u2019assez grande taille, en cuir de Russie.Dans l\u2019angle gauche, l\u2019on pouvait voir deux initiales enlacées, en argent.Les deux initiales étaient H.R.\u2014 H.R.Henriette Rouziès ! s'écriait Lauzière.Il ouvrait le porte-monnaie, quelque argent, une vingtaine de francs en pièces blanches, une mignonne clef d'acier, une enveloppe vide portait l\u2019adresse: Mademoiselle Henriette ROUZIES chez Madame Louis, fleurs naturelles Boulevard des Capucines, Paris.Henriette Rouziès, la victime de la villa des Mûriers ! la jeune femme disparue, dont le cadavre avait été trouvé dans le jardin de la villa! avait passé par la charmille au pied de laquelle Max avait trouvé le sac de maroquin noir, marqué des mêmes initiales H.R.44 LE SAMEDI Vol.29, No 7, MoostréaJ, 21 Juillet 1917 1* Lauzière demeurait sans paroles ne pouvant rassembler ses idées.Enfin, une vive lumière se faisait en lui; il murmurait : \u2014 Quand je le disais, là-bas, aux Mûriers, que la victime était tombée du ciel! XXIII L\u2019HOMME AU BATON NOUEUX Le soir de ce même jour, Lauzière traversait dans une auto de louage la forêf de Marly, allant de nouveau, vers Ville-preux.Il avait, le matin, réparé lui-même, provisoirement, la serrure de la porte qui fermait son stand, avait de nouveau enfermé son avion, et recommandé à Char-, neux de faire bonne garde, cètte fois.Puis il avait pris le train à Noisv-lc-Roi, pour Paris.Il n'avait pas voulu attendre plus longtemps à faire part à la comtesse et à sa , fille de la trouvaille vraiment extraordinaire qu\u2019il avait faite dans l\u2019avion.Maintenant, il regagnait le champ d'aviation.Il avait commandé, pour le lendemain, des ouvriers, en vue de faire rétablir plus solidement encore qu\u2019au par avant, la fermeture de la porte.En attendant, il veillerait lui-même, bien décidé à passer la nuit chez le gar-diefi, à qui H demanderait un coin dans sa baraque.L\u2019auto, qui allait cependant à une vive allure, était lente au gré de ses désirs ; il avait hâte de savoir que rien de fâcheux n\u2019était survenu en son absence.Plus des trois quarts de la forêt étaient traversés, lorsque, un peu avant d\u2019arriver à un endroit que le grand chemin traverse et qui est appelé Carrefour Royal, l'auto, après avoir zigzagué durant quelques mètres, stoppa brusquement.\u2014 Bon! la panne! exclama le chauffeur.Et il sautait vivement à terre.C\u2019en était une, en effet.Le chauffeur ne tarda pas à constater une sérieuse avarie dans le moteur.Une heure suffirait à peine pour réparer.\u2014 S\u2019il en est ainsi, je continue mon chemin à pied, dit Max.Il n\u2019était guère à plus d\u2019une demi-heure du champ d\u2019aviation.Il payait intégralement le prix de sa course et s'éloignait.Mais au lieu de suivre le grand chemin il prit une sente assez large, parfaitement frayée, et qu'il connaissait bien.Toutefois la nuit commençait à venir.On eût dit qu\u2019une cendre impalpable tombait des ramures.Aux derniers chants d\u2019oiseaux, se mê- laient les flûtes frêles des rainettes, cachées dans la mousse, au pied des chênes.Lauzière allait, tout à ses pensées.Il repassait pour la vingtième fois, depuis le matin, sa troublante découverte et n\u2019y pouvati trouver une explication, quelle qu\u2019elle fût.Une chose, toutefois, lui apparaissait comme évidente.La victime, trouvée aux Mûriers, cette Henriette Rôuziès, qu\u2019il ne connaissait que de nom, et sur qui la police de Paris faisait en ce moment même une minutieu-se enquête, cette Henriette avait été enlevée par son avion.Et c'était son avion qui l'avait laissée tomber dans le jardin des Mûriers! Le silence total du mécanisme, sa nouvelle invention, avait favorisé le ou les misérables qui avaient perpétré le y-rime.Ils avaient pu ainsi, sans être entendus de Raymond, survoler la villa, faire au jeune architecte ce cadeau macabre.Etait-ce une vengeance?mais vengeance dé qui ?Villandray ne se connaissait pas d\u2019ennemis, il lui en eût fait la confidence.Ceci, d\u2019ailleurs, n était qu\u2019un des côtés de la question.Il en était un autre, tout aussi angoissant.Celui ou ceux qui avaient fait servir l'aéro au tragique usage que l'on sait, ne pouvaient que connaître son invention.Or, à qui en avait-il parlé?à qui en avait-il fait la confidence?à personne, sinon à Raymond, à la comtesse et à Arlette.Tout en marchant, Max se frappait le front.\u2014\t11 y a de\" quoi devenir fou! disait-il tout haut.Jusqu\u2019à présent, il n\u2019avait-pas fait part de sa nouvelle trouvaille à la police.Ce u est qu\u2019à la comtesse et a Arlette qu\u2019il avait montré le lambeau de batiste brodée et le portemomiaie.Il leur avait recommandé, jusqu'à nouvel ordre, le secret le plus absolu.\u2014\t(lue faut-il faire?ne cessait-il de se demander anxieusement.C'est d'un avion qu\u2019est tombée la victime, et cet avion c\u2019est le mien ! Ne semblera-t-il pas que je sois complice ?\u201cEt dans tous les cas, la révélation de ce lait ne peut en rien innocenter mon-s malheureux ami.Elle ne peut que l\u2019accabler au contraire.Ou peut-être l'on ne me croira pas, l'on ni accusera d'une mise en scène.Il en était là de ses réflexions, lorsqu'il se prit à regarder autour de lui.- Je marche depuis longtemps, à ee qu'il me, semble, fit-il.Je devrais être hors du sous-bois.Il avait, en effet, dévié de son chemin.Au lieu d'arriver à la lisière de la fo- rêt, il avait obliqué à gauyhe, et s'était engagé dans une sorte de presqu\u2019île boisée qui s\u2019avance en pointe à travers les cultures.La nuit était tout à fait venue.Cependant comme la lune était levée, l\u2019on pouvait se diriger sans trop de peine.\u201e¦\u2014 Bah! avec ma boussole, je me tirerai bien d\u2019affaire, dit Max.Il fit craquer une allumette, et consulta la boussole qu\u2019hl portait toujours dans la poche.Il la tenait encore à la main, lorsqu\u2019un individu surgit soudain à ses côtés, venant d'un sentier latérale.C'était un grand diable de cinq pieds et demi de haut tout au moins, d\u2019allure jeune, l\u2019air vigoureux.Un feutre noir, enfoncé jusqu\u2019aux oreilles ne laissait voir que très peu de visage; sa barbe, courte, s\u2018alloHgeait en pointe.L\u2019inconnu portait des vêtements sombres d'ouvrier, fripés, autant que le peu de lumière permettait d\u2019en juger.11 avait à la main une canne noueuse, , quelque bâton taillé sans doute dans la forêt même.\tfl Il s\u2019approchait de Max, qui, d\u2019instinct^ avait fait un pas en arrière et se tenait sur ses gardes.Toutefois, les intentions de l\u2019inconnu ne semblaient nullement hostiles.En un geste de politesse, il portait la main it son chapeau, sans le soulever toutefois, et demandait au jeune officier s\u2019il ne pourrait pas lui indiquer le chemin de 1 illepreux.Il s\u2019était égaré et il errait depuis la tombée de la nuit.Le son de la voix faisait tressaillir Lauzière.Toutefois, il s\u2019empressait de répondre.\u2014 La route de I illepreux?mon Dieu! il m\u2019est assez difficile de vous donner des indications précises, dans tout ce noir.\u201cMais vous pouvez venir avec moi, si vous le désirez.J'y vais aussi; je connais la forêt et je crois que je saurai me tirer d'affaire.\u2014 J\u2019accepte volontiers, avait dit l\u2019inconnu.( hose étrange! La voix, dans ces deux derniers mots paraissait changée.Elle était cette fois étrangement nasillarde.Le jeune Officier en fit la remarque en son for intérieur.Aussi, tandis qu'il cheminait en silence, ayant à ses côtés son compagnon, également muet, il ne cessait de l\u2019observer à la dérobée.Au bout de quelques'instants, l\u2019homme : \u2014Avez-vous exécuté quelques Vols nouveaux cette semaine, mon lieutenant?La voix était redevenue naturelle et,de nouveau Max avait, tressailli.45 Val.20, No 7, Montréal, 21 Juifct 1917 LE SAMEDI 19 Mais il ne pouvait préciser la cause de son émotion.11 répondait évasivement: Je n ai pas eu le loisir encore.mais la semaine pro< haine, sans doute.Je suis un de vos fervents admirateurs, savez-vous, monsieur Lauzière?l'd, en quelques mots, il caractérisait hs virages hardis et habiles que l\u2019on avait remarqué dans les dernières envolées de Mai.\u2014 A ous me connaissez donc?interrogeait lejeune officier.\u2014 Un peu! fit l\u2019homme, avec un rire discret.«¦\u2014 Et, d après ce que vous venez de me dire, j estime que vous ne devez pas être étranger aux chose de l\u2019aviation?\u2014 Quant à cela!.J\u2019admire les téméraires qui osent,% comme vous.les hommes oiseaux.c\u2019est tout.Tandis qu\u2019il parlait, Max l\u2019observait de plus en plus.Mais son examen ne lui apprenait pas grand\u2019chose.Dans l\u2019ombre des ramures, où tombait seulement, çà et là, un rayon de lune, il ne voyait que silhouette de l\u2019inconnu et, parfois, une tache blanche: les mains ou le peu de visage qui dépassait le feutre.Un silence assez long suivit encore.A peu de distance en avant, les deux hommes apercevaient la lisière de la forêt, et aussitôt après, un champ découvert, que la lune inondait de clarté.Soudain l\u2019inconnu s\u2019arrête brusquement.D\u2019instinct, Max l\u2019imite, l'interroge du regard.Alors l\u2019antre d\u2019une voix basse èt tremblante: \u2014 Max.Max.te souviens-tu?Le jeune officier a un geste de recul.Mais l\u2019autrq la voix entrecoupée par l\u2019émotion : \u2014 Te souviens-tu?.le lycée Stanislas, puis Louis-le-Grand.Manille?.Le paquet de < igarettes que tu avais cache au dortoir, sous ton traversin?\"Ce fut Manille, justement, qui l'y découvrit.A ces mots, Max n\u2019avait pu retenir un cri.\u2014 Raymond!.c\u2019est toi!.Ce souvenir du lycée que l'inconnu venait de, fa ire revivre et qu\u2019il était seul à connaître avec son camarade, ce nom de Manille, sobriquet donné à l\u2019un de leurs pions, ne lui laissait aucune doute.\u2014 Oui, moi ! Max ! mon cher Max.moi Raymond A\u2019illandray.Vois-donc, me reconnais-tu ?.Il avait couru dans une clairière, toute blanche de lune, ôtait son feutre.Max n\u2019avait pas une minute d'hésitation.C\u2019étaient bien là ces grands beaux yeux si loyaux, ce bon sourire, reconnaissable dans la broussaille de la barbe.Les deux amis se jetaient dans les bras l\u2019un de l\u2019autre et tous deux en même temps : \u2014 Mon frère ! \u2014 Je suis donc bien grimé, que tu ne m\u2019aies pas reconnu plus tôt, reprenait l\u2019architecte, reculant un peu pour se mieux voir.\u2014 A miracle.Mais que je suis heureux ! \u2022 je suis fou.fou de joie, te dis-je.Et ta mère!.Et Arlette!.Nous qui en étions a nous demander si tu n\u2019étais pas au fond de la Seine ! \u2014 Par bonheur!.\u2014 Ma is comment es-tu là?.raconte.\u2014 Asseyons-nous ici, veux-tu?Raymond désignait une sorte de banc de mousse, au pied d'un chêne.\u2014 Oui.nulle part nous ne serons plus en sécurité.Il est à peine neuf heures, la nuit est longue.Nous l'avons toute entière devant nous.Villandray racontait tous lès incidents de sa tragique aventure.Nousies connaissons déjà.Nous reprendrons donc le cours des événements au moment où la mère La Prune l\u2019avait quitté pour regagner son île.Il avait été convenu que Raymond, embarqué sur la péniche du beau-frère d\u2019Amélie passerait pour son batelier, et lui aiderait en cours de route.U gagnerait ainsi Le Havre.De ce qu'il pourrait faire ensuite, il n\u2019avait aucune idée.¦\u2014 Passer en Amérique, ce fut la première pensée qui me vint.\u2014 C\u2019est en effet celle de la plupart des fugiti fs.\u2014 Oui, mais je ne m'y arrêtais pas longtemps, je te prie de le croire.\u201cJe songe» i tout de suite gu désespoir de maman, d\u2019Arlette.\u2014 Et moi donc, j\u2019étais oublié?\u2014 Peux-tu le croire! au tien, tout autant! je te le jure.\u2014 A la bonne heure.\u2014 Je ne pouvais, vous écrire, c\u2019était le moyen presque sûr de me faire pincer.\u201cVous envoyer quelqu\u2019un?Il y avait bien la mère La Prune, mais j\u2019étais déjà loin, quand j\u2019y pensai.\u201cAlors, il n\u2019y avait plus qu'une chose à faire, venir moi-même, avant de m\u2019éloigner définitivement.\u2014 Mais comment t\u2019es-tu trouvé dans la forêt ! \u2014 C'est un pur hasard, si j\u2019y suis passé à pied, et si tu m\u2019y a rencontré.\u201cJ\u2019avais l'intention d\u2019aller au champ d'aviation et de t\u2019y attendre, le temps qu\u2019il faudrait.jusqu\u2019à ce que tu vinses.\u2014 Mais pour arriver ici ?Nous sommes à jeudi.depuis la nuit fatale, la nuit de dimanche.Raymond contait qu\u2019il avait quitté l\u2019avant-veille seulement la péniche d\u2019Antoine, le beau-frère d\u2019Amélie.Elle était seulement en face de Villè-mes.Là, il avail pris un train de nuit, et il était demeuré caché dans la forêt, vivant des provisions que lui avait données Antoine avant de le laisser partir.Lorsqu'il eut fini son récit, les deux amis l\u2019entretinrent du tragique mystère de la villa.Raymond apprit peu de choses à Max; mais celui-ci révéla au jeune architecte, la façon très probable dont la victime était venue dans le jardin: elle était tombée de l'ai ion, du propre avion de Max.Impossible de peindre la stupéfaction de Villandray entendant cette chose extraordinaire, inouïe.Cependant ayant sur les diverses trouvailles de Max: sac.porte-monnaie, etc.ayant réfléchi à l\u2019étrange entaille faite dans la charmille et à la cassure de la brandie du marronnier, il fut obligé de convenir que c\u2019était là la seule hypothèse admissible.\u2014 Mais ton avion, ton propre avion, avec son mécanisme silencieux, est-ce possible?\u201cQui donc connaissait cette particularité ?\u201cA qui avais-tu parlé de ton invention! \u2014 A personne, sinon à toi, à ta mère, à ta soeur.\u2014 Les ouvriers qui t'ont aidé peut-être?\u2014 Inutile de chercher.de ce côté; je n\u2019ai fait faire qu\u2019une partie des pièces; ces pièces étaient sans rapport entre elles.Afin d\u2019être plus sûr du secret, j\u2019ai moi-même forgé les autres, tu sais que je ne suis pas un mauvais serrurier, et-j\u2019ai tout monté moi-même.\u2014 Mais alors.alors ?faisait Raymond, c'est inexplicable.\u2014 C\u2019est cy que je me suis dis depuis deux jours.Un long silence suivit.\t' \u2014 Quoi qu\u2019il en soit, reprenait Max, nous sommes en présence d'un problème insoluble pour le moment, mais tout problème a une clef; nous la trouverons.Je la trouverai; je te le jure.\u201cCe qu\u2019il faut, avant tout, c\u2019est te dérober à la justice, au mandat d\u2019arrêt lancé contre toi, jusqu\u2019à ce que j\u2019aie A ¦\t\u2022 \u201df le vrai coupable.\u201cEn attendant, nous allons décider le lieu le plus sûr où tu pourrais te cacher, le moyen de correspondre.\u201cAvant le jour, il faut que tu sois loin d\u2019ici.\u201cCherchons tous deux, et puisque nous sommes ici en parfaite sécurité, ne quittons pas la forêt avant d\u2019avoir tout arrêté.\u2014 40 20 LE SAMEDI Vol.29, No 7, Montréal, -l Juillet 1917 \u2014 C\u2019est bien mon avis, dit Raymond.Chacun se mit à réfléchir de son côté.Puis ils échangèrent leurs vues, à voix basse, par surcroît de précaution, comme s'il eût pu y avoir par là quelque oreille indiscrète.Ce ne fut qu\u2019au bout d\u2019une grande heure qu\u2019ils sortirent de la forêt.La nuit était totale.La lune, elle-même venait de disparaître à l\u2019horizon.Dans le noir profond de la vallée, on apercevait à peine quelques lumières, les becs de gaz de Villepreux.Les deux amis se dirigèrent vers le champ d\u2019aviation; ils allaient d'un pas allègre, évidemment satisfaits du parti qu\u2019ils venaient de prendre.En passant devant la maisonnette du gardien, à l\u2019entrée du champ, Lauzière frappa à la vitre.\u2014 Ne vous dérangez pas, Charneux, c\u2019est moi.\u2014 Mon lieutenant n\u2019a besoin de rien?fit une voix de l\u2019intérieur.\u2014 Merci.je vais essayer un vol.mais j\u2019ai un de mes amis avec moi.il m\u2019aiderait s'il était besoin.\u2014 Allons! bonne chance! Un quart d'heure plus tard, Villandray et Lauzière prenaient place dans l\u2019avion.\u2014 As-tu de quoi éclairer?demandait Raymond.\u201cIl fait noir comme tous les diables.\u2014 C'est ce qu\u2018d faut.J\u2019ai ma lampe électrique de poche, m us nous ne nous en servirons pas de si tôt.\u2014 Nous attendrons d\u2019être loin.\u2014 J\u2019ai aussL ma boussole.\u201cDe cette manière nous ne perdrons pas notre direction.L\u2019avion roulait l\u2019espace de quelques mètres, puis, dans le plus grand silence, il s\u2019enlevait avec légèreté, A peine eût-on pu le voir durant quelques secondes.Bientôt ce ne fut plus qu\u2019une ombre.Puis, enfin, la frêle nef, avec les deux vies jeunes et vibrantes qu\u2019elle portait, s\u2019évanouit entièrement dans les ténèbres.Deuxième Partie Chanson d\u2019Amour Avant l\u2019Orage i LE REFUGE Celui qui ne connaît point Arcachon, la ravissante plagè, paresseusement étendue au midi du bassin du même nom, ignore l\u2019un des sites, non seulement les plus pittoresques, mais encore et surtout les plus originaux de la côte d\u2019Argent, de cette côte presque aussi admirée des étrangère que sa grande soeur la Côte d\u2019Azur.Deux \\illes la composent: La ville d\u2019été qui fut bâtie, il y a cinquante ans à peine, le long de la mer, sur une étendue de cinq à six kilomètres.La ville d\u2019Jiiver, au midi de la précé dente, taillée en pleine forêt de pins et de chênes-verts.Là, sous les hautes ramures croissent, grâce à un climat d\u2019une douceur extrême, les palmiers et les aloès.Là, les arbousiers et les genêts géants mettent leurs fruits et leurs fleurs, comme des flammes ardentes de pourpre et d\u2019or.Tout le monde sait que dans ce coin béni de nombreux malades viennent demander, à la douceur de la température et aux effluves vi \\ i liants des pins, leurs guérison.Beaucoup l'y rencontrent, presque tous y trouvent un adoucissement à leurs souffrances.Mais ce n\u2019est point des malades seulement que l\u2019on y voit.De riches étrangers: anglais, américains surtout, surmenés par les affaires ou les plaisirs, y viennent prendre quelques semaines de repos.D\u2019autres, des oisifs, y séjournent plus longtemps encore, parce qu\u2019en ce pays de rêve, il semble que l\u2019on savoure mieux qu'ai Heure la douceur de vivre.Au midi de la ville d'hiver et non loin de la place des Palmiers, s\u2019élevait et s'élève encore un hôtel appelé Hôtel de la Dune, sans doute à cause du haut monticules de sable blanc qui est tout proche.Nombre d\u2019enfants et même de papas et de mamans s\u2019amusent à rouler du sommet à la base de la pente de sable et poussent à l'envie éclats de rire et cris de joie.Pénétrons dans l\u2019hôtel, non pas dans l\u2019un des salons, où quelque blonde Miss feuillette un album, d\u2019un doigt distrait, ni même dans la salle à manger, autour de la table d\u2019hôte, mais bien tout en haut, dans les mansardes.L\u2019hôtel étant presque neuf, cette partie de la construction ne manque ni de confortable, ni même d\u2019élégance.Le devant a même quelques chambres louées à des étrangers.Le reste, sur le jardin intérieur, est réservé au personnel de la maison.La petite chambre dans laquelle nous sommes entrés, un peu basse de plafond, U est vrai, a nne large baie vitrée, par où pénètrent à grands flots l\u2019air et le soleil.\u2022Tout y est frais et délicat; le ripolin vert-d\u2019eau des murailles, n\u2019a pas une tache, non plus que carrelage rouge, soigneusement astiqué.La baie a des stores de mousseline, les deux lits jumeux des dessus assortis sur transparents delà mémo teinte que le ripolin., I ne brune jeune fille est en ce moment occupée à disposer, dans un cornet dè metal, une touffe d\u2019oeillets sauvages, cueillis sans doute aux alentours, et dont la fine senteur de girofle embaume toute la piece.Tout auprès, une femme d\u2019âge mûr, dont le visage de cire, où rêvent deux grands yeux bleu pâle, est encadré de bandeaux gris, s\u2019occupe à réparer du linge, dont une grande pile s'entasse à ses côtés.\u2014 Dis-donc, Simonne, fait-elle tout à coup.La jeune fille se retourne accourt, et, avec une prière dans le regard: \u2014 Oh! je t\u2019en prie, maman, appelle-moi donc Riri, puisque nous sommes seules.Ça me fait tant de bien de me retrouver moi-même.\u2014 Gamine, va ! faisait la mère, avec un indulgent sourire.\u2014 Et laisse-moi t\u2019appeler maman Marcelle, comme là-bas.à Paris.avant.quand nous étions heureuses.La jeune fille poussa un profond soupir, et ses beaux yeux bruns s\u2019emplirent de larmes.Elle h-s refoula courageusement.\u2014 Oui, nous étions toutes les trois.nous avions notre Line, avec nous.dit la mère.Nous ne devions pas nous cacher.\u201cNous l\u2019aurons bientôt encore, notre Line.\u201cCe n\u2019est qu\u2019un mauvis moment à passer.\u201cCourage !.Henriette posa un baiser sur le front de maman Marcelle, et la pauvre femme, réconfortée par cette caresse filiale, se mit à sourire.Il nous reste maintenant à expliquer comment nous retrouvons, à Arcachon, dans l\u2019Hôtel de la Dune, Henriette que nous avons laissé gravement malade chez la mère La Prune, et maman Marcelle, qui, de son côté, frappée dans ce qu\u2019elle avait de plus cher, par la disparition de son enfant bien-aimée, était tombée efl une hébétude proche voisine de la folie.On sait qu\u2019Amélie n\u2019avait nullement parlé à l\u2019inconnu qui lui était venu demander assistance, de la présence chez elle d\u2019une jeune femme grièvement blessée.\t\u2014 Elle avait cru, de même, tout d\u2019abord, né pas devoir, par discrétion, parler à Henriette de cet inconnu.Mais les journaux lui ayant, les jours qui suivirent, donné tous les détails du mystère de Poissy, elle n\u2019avait pas douté que celui qu\u2019elle avait secouru, ne fût l\u2019accusé, sinon l\u2019assassin et Henriette la victime.Elle en était venue à se demander si ce n\u2019était pas à l\u2019évasion d\u2019un coupable qu\u2019elle avait contribué.Dans le douté, cependant, elle ne se re- 47 Vol.39, No 7, Montréal, 21 Juillet 1917 LE SAMEDI SI pentait nullement d\u2019avoir cédé à son bon coeur.Dès que sa protégée était entrée en convalescence et lui avait parue assez forte pour supporter quelque émotion, elle lui avait dit ce qu elle savait, et curieusement l\u2019avait interrogée.On juge de la stupéfaction d\u2019Henriette en apprenant que Raymond était accusée de l\u2019avoir assassinée; et elle protestait de toutes ses forces.\u2014 Mais quelle preuve avez-vous, ma chère petite 1 faisait Amélie, qui, on le sait ne manquait pas de logique dans ses raisonnements.A cette question, la jeune 1 ilie devenait rouge comme une pivoine.Celui qu elle adorait, Raymond, son idole, celui qui lui apparissait comme un être surhumain, plus grand et meilleur que tous, il ne serait qu\u2019un assassin! tout son être se révoltait à cette seule pensée.Mais ses raisons intimes, elle se gardait de les dire, on le pense bien.De son côté, elle apprenait à sa vieille amie ce qu\u2019elle ignorait, du drame, ce que savaient seuls Henriette et les misérables qui l\u2019avaient traîtreusement attirée dans un piège.Nous allons à notre tour, le raconter à nos lecteurs.On se souvient sans doute que, au début de cette histoire, Henriette, après avoir préparé avec sa mère, sa petite soeur, ses voisins, Juliette et Loulou, une partie de campagne, était sortie, disant qu\u2019elle allait à son magasin, et rentrerait un peu tard vers les huit heures.C\u2019était un mensonge qu\u2019elle faisait là, mais un mensonge bien innocent, certes, comme on va le voir.Dépuis longtemps, les médecins ordonnaient à maman Marcelle, de santé extrêmement fragile, anémique et névrosée, de vivre au grand air des champs.Bien longtemps, ç'avait été un gros crève-coeur pour Henriette, de ne pouvoir donner à sa mère chérie, ce qui sans doute lui eût rendu la santé, un air pur et le plein soleil.Tant qu\u2019elle avait été dans la fabrique de Heurs artificielles de la rue d\u2019Aboukir, il n\u2019y avait pas fallu songer.Habiter hors Paris eût été par trop coûteux.Mais dès qu\u2019elle avait eu la chance d'entrer dans la maison du boulevard des Capucines, sa situation s\u2019était à tel point améliorée, que la possibilité de réaliser son rêve lui était, apparue.Cependant, elle n\u2019en avait pas soufflé mot à sa mère, de peur de ne pouvoir faire aboutir son projet, et de lui causer une déception.Mais la patronne du bureau de placement, la mère Quatre-Oeil, que l\u2019on n'a-pas oubliée sans doute, câline et adroite, s\u2019était si bien insinuée dans ses bonnes grâces qu'elle lui avait arraché cette confidence, avec bien d\u2019autres.Quelque temps après, la rusée commère fa sait luire aux yeux de sa jeune voisine un rêve bien plus beau encore que celui qu'elle avait pu faire, le rêve de devenir propriétaire d\u2019une maisonnette et d'un jardinet, à ime demi-heure de chemin de fer, dans la banlieue ouest.Elle s'offrait à la mettre en relations avec le gérant de la Société des Habitations à Crédit.Celte Société avait déjà fait bâtir un grand nombre de maisons fort coquettes, avec jardin, comme il a été dit.On payait un loyer un peu plus élevé que le prix courant, moyennant quoi, au bout de dix années, l\u2019on avait acquis maisonnette et petit enclos.Henriette avait été transportée de joie à cette proposition.Elle avait longuement consulté les plans que lui avait procurés la mère Quatre-Oeil et fait un choix provisoire.Il ne lui restait plus, maintenant qu\u2019à se rendre sur les lieux, afin de voir l'immeuble.Si son attente n\u2019était point déçue, elle ne tarderait pas à tout dire à maman Marcelle, et le coeur lui battait à la seule pensée de joie qu'allait ressentir la pauvre femme.Lorsqu\u2019elle avait quitté la maison, vers les cinq heures, elle était allée directement à la gare Saint-Lazare, et avait pris le premier train pour Bécon-les-Bruyères, où se trouvait la maisonnette en vue.L\u2019employé de la Compagnie des Habitations devait l'attendre à la gare et la conduire sur les lieux.Aller de Belleville à la gare Saint-Lazare, puis attendre encore une grande demi-heure le départ du train, tout cela faisait une assez longue perte de temps.D\u2019autre part, il y a bien quarante minutés de trajet jusqu\u2019à Béeon.Si bien qu\u2019il était plus de sept heures, lorsqu\u2019elle arrivait dans cette gare.En descendant, elle chercha en vain du regard l\u2019employé qui était chargé de la conduire et qu\u2019elle devait reconnaître à sa casquette portant les trois lettres S.H.C.\u2014 Société des Habitation à Crédit.Un instant, elle fut assez soucieuse et sur le point de reprendre le train, \u2014 Bah! s\u2019était-elle dit ensuite, nous avons encore plus d'une heure de jour iron se souvient que l\u2019on était à la fin juillet \u2014 la maisonnette n\u2019est pas loin de la gare, m'a dit Mme Tribal; et maman Marcelle sera si contente, quand je lui dirai la cause de mon retard qu\u2019elle ne pensera même pas à me gronder.Vers les huit, heures moins le quart, comme elle commençait à perdre patience, elle voyait arriver dans la cour de la gare, un taxi qui se rangeait le long du trottoir.Le chauffeur, qui portait les lettres dorées S.H.C.sur sa casquette, venait vers elle et se découvrant: \u2014 C\u2019est bien à Mlle Rouziès que j\u2019ai l\u2019honneur de parler?-\u2014 Précisément monsieur.Enchantée de voir finir sa longue attente, elle ne se demandait pas comment cet homme la connaissait.Toutefois, sans s\u2019en expliquer les raisons, elle le trouvait étrange.Il avait de longs cheveux d\u2019un blond filasse qui tombaient sur son col.Un ample cache-poussière l\u2019enveloppait jusqu\u2019aux pieds.Ses lunettes d\u2019automobiliste, teintées de bleu, cachaient une partie de son visage.\u2014 Est-ce que nous allons aller en auto, monsieur?interrogeait Henriette.\u2014 Mais si vous le voulez bien, mademoiselle.Nous avons encore un bon bout de chemin.\u2014 Quelle chance! exclamait Riri, battant des mains.Elle avait une joie d\u2019enfant à penser qu\u2019elle allait se payer comme elle se le disait \u201cune ballade\u201d.\u2014 Ce plaisir des riches, en auto, à travers la campagne.Sans défiance aucune, elle montait dans le taxi.A peine était-elle installée, que le chauffeur faisait jouer à la portière un ressort caché.Riri était prisonnière.Mais elle était loin de s\u2019en douter.Elle était tout à la joie de cette heure délicieuse où, emportée avec une vitesse fantastique, lui semblait-il, elle croyait faire un rêve.La poussière de la route traversée par les rayons obliques du soleil, couchant l'enveloppait d\u2019un nuage d'or.Au travers, elle voyait à peine la vaste plaine morne, ondulée, semée çà et là de quelques villas qui semblaient passer, se poursuivre en une course fantomatique.Depuis combien de temps étaR-elle là?elle n'en savait rien.L'image idéale de la maisonnette rêvée, le jardinet avec les fleurs: rosiers, géraniums et tulipes, quelle y mettait, en pensée, flottait devant elle.Puis une autre.un visage bien-aimé.Raymond.le fils delà comtesse de Pé-rae.\u2014 Oh! qu\u2019elle durât toujours, toujours, cette heure enchanteresse!.Qu\u2019il ne finit jamais ce joli chemin.Tout à coup, elle sursauta.L'ombre, soudain, avait envahi l\u2019intérieur du taxi, qu\u2019une fraîcheur la prenait à la gorge.Elle s\u2019était dressée à demi et regardait au dehors.En avant, en arrière, partout, des ar- \u2014 48 22 LE SAMEDI Val.29, No 7, MomWal, 21 Juillet 1917 bres, des arbres énormes, dont elle voyait les troncs défiler avec une rapidité de vertige.Le taxi, en effet, venait de pénétrer dans la partie nord de la forêt de Saint-Germain.Il roulait avec un bruit feutré sur le sol herbeux d\u2019une sente, car il avait quitté la grand\u2019route qui traverse la forêt.L\u2019herbe, de la sente, rarement foulée, était en effet fort épaisse.En constatant ainsi qu'elle était en pleine forêt et que le taxi filait avec une vitesse vertigineuse, ce qu'elle voyait à la fuite éperdue des troncs autour d'elle, elle avait été prise d\u2019une peur si horrible qu\u2019elle n\u2019avait pu crier tout d\u2019abord, et qu\u2019elle était demeurée haletante, hagarde quelques minutes.Enfin, elle se remettait un peu et elle appelait de toutes ses forces.Sans doute son appel avait été entendu, car le taxi ralentissait'progressivement son allure, et bientôt s\u2019arrêtait.L\u2019étrange chauffeur avait sauté à terre et s\u2019approchait de la portière.\u2014 OiY sommes-nous?.Où me menez-vous?.retournons, je le veux! De toutes ses forces elle secouait la portière du taxi, essayant de l\u2019ouvrir vainement.L\u2019homme, d\u2019ailleurs, la repoussait à l\u2019intérieur, d\u2019une main brutale.\u2014 Monsieur, je vous en supplie.reprenait-elle, 'ayant conscience de sa faiblesse.Mais l\u2019autre éclatait d'un rire silencieux sinistre.Puis il retirait de la poche de son cache-poussière, un bâillon.Il faisait jouer le ressort secret de la portière et pénétrait à l'intérieur.Adroit et brutal en même temps, il saisissait la pauvre Riri à la gorge, et tâchait d\u2019assujettir le bâillon.Elle se débattait en une lutte désespérée.\u2014 Oh! une arme!.une arme!.murmurait-elle; mais, rien.rien que ses frêles doigts de femme ! \u2014 Laisse-toi faire .murmurait l'antre d\u2019une voix basse presque inintelligible.Mais Riri, continuant à se débattre avec une énergie terrible: \u2014 Jamais!.plutôt la mort.\u2014 Meurs alors!.grinçait l\u2019homme.D \u2019un geste rapide, il avait retiré un poignard de sa poche et l\u2019ouvrait.Ce que voyant, la pauvre Kiri s\u2019était agrippée à son visage, lui avait arraché et ses lunettes'd'automobiliste et.sa perruque, car les cheux blonds filasse qu\u2019il portait étaient faux.Déjà le poignard s'était abaissé.Le misérable l\u2019avait plongé dans la poitrine de la jeune fille.A partir de ce moment, tout était ténèbres pour Henriette, jusqu\u2019au moment où elle avait repris connaissance dans le petit lit blanc, chez la mère La Prune et où le bon visage de sa bienfaitrice lui avait souri.Du moins, avant d'être frappée, Henriette avait eu le temps de voir le vis ige de son assassin.C\u2019avait été à peine pendant la durée d'un éclair.Mais cela suffisait.Il était à jamais gravé dans sa mémoire, avec son nez en bec d\u2019oiseau, ses lèvres mince s, ses \\ eux de fauve.\u2014 Je vivrai cent ans, disait-elle à la mère La Prune, que je ne l'oublierai pas.Hi l'image terrible ne l'avait point tourmentée, durant sa maladie, par un caprice bizarre de la nature, elle lui revenait maintenant depuis sa convalescence et, parfois, la nuit, elle s'éveillait en poussant un cri.C\u2019est qu\u2019elle l'avait vu surgir dans son rêve.\t,\t\u201ch bd:;, '\t: La mère La Prune lui apprenait à son tour, ce qu\u2019elle savait \"par les journaux, comment Raymond avait été trouvé la portant sur ses épaules, prêt à la jeter dans la Seine, comment le vieux domestique des Mûriers, Cilles, l\u2019avait sauvée et apportée chez Aiiélie.Tout cela paraissait absolument inexplicable à Henriette et, désespérant de comprendre, elle évitait d\u2019y penser.Quant à nous.il nous reste à dire le peu de faits qui s\u2019étaient accomplis entre le moment où Riri avait été; frappée et celui ou Raymond et Gilles l'avaient trouvée dans le jardin des Mûriers.Son assassin l\u2019avait, avec son taxi, transportée jusqu'à la lisière de la forêt.Là, sc trouvait le propre avion de M:q\\, occupé par un inconnu, non moins bien grimé que son complice.La victime avait été placée dans l'avion.Celui-ci n'avait pas tardé à s'élever en silence.La nuit étant obscure et le but de l'aviateur inconnu étant de laisser tomber la victime, précisément dans le jardin des Mûriers, il n\u2019avait pu, sous peine de ne point distinguer la ville, monter qu'à une faible hauteur, La malheureuse Riri, en tombant, se fût certes* écrabouillée si, par un hasard vraiment providentiel, elle n'avait, en tombant, accroché la branche du marronnier étendu au-dessus de la charmille.La verdure épaisse de celle-ci avait encore amorti la chute.D\u2019autre part, la blessure reçue par Henriette était relativement légère.Son assassin avait visé au coeur, mais en se débattant, elle avait, fait dévier le coup.\t, (\"est un peu nu-dessous de l'épaule que l\u2019arme avait pénétré, effleurant à peine le poumon, \u2019 Cependant, elle était tombée sans con-naissance, pis que cela, dans un état coma ti ux.Cet état, depuis l\u2019instant où Gilles l\u2019avait crue morte, jusqu\u2019à celui où il lavait relevée sur les bords de la Seine, était allé jusqu\u2019à la léthargie.Un trouble si profond n\u2019a rien qui doive étonner.L'effroi, la commotion a iolente éprouvés suffisent et au delà à l\u2019expliquer, surtout si l'on songe que la victime était une jeune fille d'un tempérament délicat et plutôt neneux.II LU CHALET WATTEAU Comme bien on le pense, la première pensée d'Henriette, lorsqu\u2019elle avait repris Pu ige de ses sens, avait été de faire, prévenir sa mère.Amélie, au lieu d'écrire, avajt voulu se rendre elle-même à Belleville, rue des Chausets.Avec le tact qu\u2019elle tenait de la délicatesse de son coeur, elle voulait n\u2019apprendre l\u2019heureuse nouvelle qu'avec ménagements.Riri lui avait dit combien maman Marcelle était dê santé délicate.Une trop grande joie aurait pu lui être fatale.Or, tandis qu\u2019elle s'apprêtait à quitter Pile, après av< ir pris ses dispositions pour que sa protégée, encore* alitée, ne manquât de rien en son absence, le \u201cCourrier Parisien\u2019\u2019 qu\u2019elle recevait lui apportait une nouvelle sensationnelle.L\u2019on avait retrouvé dans la Seine le corps d\u2019un jeune homme, dont le signalement correspondait à celui de Raymond V Handray.La mère La Prune savait, par soi) beau-frère, qui le lui avaitlécrit, que celui qu\u2019elle lui avait amené, avait, sous un prétexte quelconque débarqué non loin de Villè-î i ics.Elle n'avait, pas douté que le malheureux, de nouveau traqué peut-être par la police, ne se fût noyé.Ne pensant pas mal faire, ellé s'empressait de faire part de la nouvelle à Riri.Mais la pauvre petite, en apprenant ainsi brusquement la mort de celui dont le souvenir continuait à emplir sa pensée et qu\u2019elle ne cessait d\u2019adorer en secret, > lit tombée comme foudroyée.Amélie maudissait son imprudence.Pourtant l'enfant revenait à elle.Mais elle fut huit jours entre la vie et la mort.Au docteur, que cette'fois elle crut de-voir appeler, la mère La Prune donna Riri pour 5a nièce.Personne, désormais, ne s\u2019étonna de la présence, dans Hile, de cette jeune fille étrangère. VA 29, No 7, Montréal, 21 JuUlot 1917 LE SAMEDI 23 Un matin, lorsque Henriette fut tout à lait remise, Am lie vint s\u2019asseoir auprès de son lit et Ifti prenant amicalement la main: Ecoutez, petite, lu dit-elle, je veux bien aller chez vous c< unie vous le désirez, mais aupara vaut nous avons à nous entendre.Une question grave est à régler, la question de s, voir ce qua vous allez faire, ce que vous aile : devenir, quand vous serez guérie, ce qui ne ; aurait tarder.\u2022 \u2014 Mais rentrer chez moi, je suppose, apres avoir nulle et mille fois rumen ié donne maman La Prune, pour vos bontés que je «\u2019oublierai jamais.\u2014 Chut! c'est pas de ça qu'il s'agit.\u201cD\u2019abord, rent rer chez vous, jamais! vous m\u2019extender.1 -\u2014 Pourquoi donc?interrogeait la jeune idle, surpris ?et prête à protester.\u2014 Ecout z-moi, et vous serez de mon avis.\u201cVous n'avez pas pu réfléchir assez à votre aventure, vous étiez trop malade ; mais je l\u2019ai fait pour vous.\u201cEt vous allez me dire que j'ai raison.Amélie, en quelques mots, rappelait les faits et toutes les circonstances qui les avaient accompagnés.* Riri les lui avaient dits en toute sincérité.\u2014 De tout cela, il ressort qu'il y a à Paris, quelqu\u2019un et quelqu\u2019un de puissant, qui a un intérêt, un intérêt majeur, c\u2019est de toute évidence, à votre disparition, à votre mort, di.-ons le mot.\u2014 Hélas! oui, faisait la .jeune fille en frissonnant.\u2014 ( le quelqu\u2019un vous croit au fond de la Seine et c\u2019est heureux pour vous.\u2014 Evidemment.\u2014 Sans quoi, il n'y aurait pas de raison pour qu\u2019il ne recommence.\u2014 Et s\u2019il vous a manqué la première fois, il y a fort à parler qu\u2019il ne vous manquerait pas la seconde.Henriette eut un geste de découragement.\u2014 Eh bien! après?Le visage d\u2019Amélie s\u2019empourprait d\u2019indignation: , \u2014* Eh .bien après?vous osez dire.Et votre maman, hein?., et votre vieille amie, moi.moi qui me suis mise à vous aimer.comme une vieille bête que je suis! Du revers de sa main, la brave femmé essuyait une grosse larme.\u2014 Pardon, mère La Prune, pardon.Elle se jetait dans les bras d\u2019xVmélie et l\u2019embrassait tendrement.\u2014 Donc., faut qu\u2019on vous croie morte, des journaux l'ont dit, ça se trouve à miracle.Mais faut pas aller faire la bêtise de montrer le bout de votre nëz.Surtout chez vous.puisque c\u2019est ce dé- mon de femme.cette mère Quatre-Oeil qui vous a fait tomber dans le piège.\u201cCe que je vous l\u2019esquinterais de bon coeur cotte crapule-là, ajoutait Amélie, - montrant ses poings énormes.Henriette convenait que le raisonnement de sa vieille amie était inattaquable.Il fut donc convenu que la mère La Prune, irait le jour même rue des Clau-sets, et que ces choses qu\u2019elle venait de dire à Henriette, elle les ferait comprendre à sa mère.Inutile de dire la joie sans nom qu'éprouvèrent Dbulou, Pauline et Juliette, en apprenant que leur Henriette chérie était hors de danger.Quant à maman Marcelle, elle ne comprit qu'à demi.Toutefois, grâce aux soins attentifs et intelligents de Juliette, elle ne tarda pas à recouvrer totalement sa raison.Le bonheur d\u2019avoir retrouvé sa fille fit.le reste.Loulou et Juliette furent pleinement de l\u2019avis de la mère La Prune, au sujet de la conduite à tenir désormais.Henriette ne reparut point chez sa mère.Ce furent ses amis qui allèrent la voir dans l\u2019île.Quelque temps après, Amélie ayant écrit à une de ses parentes qui habitait Bordeaux, trouvait à Marcelle, à peu près remise, et à sa fille, une place dans l\u2019Hôtel de la Dune, à Arcachon, où nous venons de les (voir.Elles y étaient l'une et l\u2019autre attachées spécialement à la lingerie.Cette occupation convenait au peu de forces de Marcelle.D'autre part, rien ne pouvait être plus favorable à sa santé, que ce climat si doux, que cet air fortifiant où se mêlent , les vivifiants arômes) des pins et la brise de l\u2019Océan.Par surcroît de précautions, elles avaient sur le conseil de leurs amis changé de nom.Elles s'appelaient Marie-Anne et Simone Istaritz.Juliette et Loulou s'étaient chargés de Pauline.L\u2019on avait dit dans le quartier que la mère Marcelle, toujours privée de sa raison, avait été placée dans une maison de santé, près du Havre.Au reste tous espéraient que l'exil de Marcelle et de sa fille n'aurait qu'un temps.Loulou tout chétif et tout impuissant qu\u2019il fût en apparence, ne désespérait pas d\u2019éclaircir, à lui tout seul, la sinistre aventure où avait failli périr sa Riri.Il avait, avec raison peut-être, foi dans son intelligence, dans sa ténacité et surtout dans le coeur qu'il mettait à la besogne.III LE BEL ARGENTIN' Nous avons laissé maman Marcelle cl Riri dans leur jolie chambre, tout en haüt de l\u2019Hôtel de la Dune.Tandis que sa mère travaillait, la jeune fille disposait des oeillets sauvages dans un cornet de cristal.Bientôt elle vint s'accouder à la ffenë-tre et laissa ses regards mélancoliques errer au dehors sur les grands pins de la forêt, qui, de toutes parts, entouraient l\u2019hôtel.Henriette, depuis sa sinistre aventure, était toute changée; une lourde tristesse semblait peser sur elle.Sans doute, elle faisait exactement sa besogne, mais sans entrain.Ses yeux «'avaient plus leur joli et frais sourire d'autrefois et elle avait perdu ses belles couleurs.\u2014 Raymond!.murmurait-elle parfois, avec désespoir, mort!.il est mort!.jamais plus je n\u2019aimerai, jamais!.Vainement sa mère avait essayé de lui arracher s^n secret.Comme elle était à la fenêtre, une jeune fille en tablier et petit bonnet blanc l\u2019appela d\u2019en bas du jardin.C'était une des femmes de chambre de l\u2019hôtel.Henriette pensant que la patronne, Mme Raussel, la faisait demander, s\u2019empressa de descendre.L\u2019autre, une blonde, point jolie, mais au minois fûté, la prenait amicalement par le bras.\u2014 Momone, vous serez bien gentille si vous l ouiez me rendre un petit service.\u2014 Mais tout ce que vous voudrez, ma Jeannette.\u2014 Venez, il est inutile qu\u2019on nous entende.Elle l'entraînait sur un banc du jardin qui se cachait derrière un massif de troènes.\u2014 Voici.il faudrait me remplacer un peu.Elle lui expliquait.La patronne l\u2019avait chargée de porter une note dans un chalet \u2014 le chalet Watteau \u2014 situé à une assez grande distance de l\u2019hôtel.Celui-ci fournissait les repas aux étrangers qui l'habitaient.Certains en effet préféraient pour être plus tranquilles ne point vivre à l\u2019hôtel même et cependant s\u2019épargner le tracas d'avoir une cuisinière.Pour faire la commission dont il s\u2019agissait, il fallait \u2014 aller et retour et séjour au chalet compris \u2014 une bonne heure.C'était autant de liberté pour Jeannette si son amie la remplaçait.\u2014 50 24 LE SAMEDI Vol.29, No 7, Monterai, 21 Juillet 1917 Elle irait pendant ce temps à un rendez-vous que lui avait donné son fiancé un valet de chambre d\u2019un autre hôtel, 1 Hôtel de la Forêt.\u2014 Surtout n\u2019allez pas devenir amoureuse du bel argentin ajoutait-elle en riant.\u2014 Quel argentin?\u2014 Au fait vous ne savez pas c\u2019est vrai, rien ne paraît vous intéresser, vous, vous êtes toute drôle ! \u201cMoi je connais sur le bout du doigt, tout ce qui se passe dans la ville d\u2019hiver.Je vous dirais le nom de tous les étrangers, de toutes les villas, de tous les hôtels.Riri ne put s'empêcher de sourire.\u2014 Ainsi, ceux-ci du chalet Watteau, ne sont pas comme les autres.pas de domestiques, pas même une femme de ménage.Ils sont deux, le neveu et l\u2019oncle, à ce qu\u2019il paraît.Le vieux a l\u2019air malade ; c\u2019est pour lui qu\u2019ils sont là sans doute.Le neveu \u201cle bel argentin\u201d comme on l\u2019appelle.Ils n\u2019adressent ni l'un ni l'autre la parole à qui que ce soit, je veux dire au garçon qui lui apporte le \u201cboulot\u201d, parce qu\u2019on r.'a jamais vu y entrer plus personne.\u2014 Mon Dieu que vous savez de choses ! soupira Riri que ce verbiage agaçait.Et comme l\u2019autre allait continuer.\u2014 Bon!.ça suffit! je vais faire votre commission, donnez le papier?Jeannette tendait la note.\u2014 Ils s'appellent MM.José et Antonio Clairez.José, c\u2019est le jeune.Puis reprise par son idée, elle se remettait à rire.\u2014 Surtout pas de bêtise.Il est rudement miellé le senor José, et si je n\u2019étais pas si engagée avec François, hum!.on peut pas savoir!.Ayant aperçu Mme Baussel en personne, elle se sauvait, riant encore.Après s'être montée pour prévenir sa mère, Henriette partit, la note serrée dans son petit sac à main.Elle n\u2019avait jamais remarqué le chalet Watteau, mais comme son amie lui avait dit qu\u2019il se trouvait à l'autre extrémité de la ville d'hiver, non loin du parc Pé-reire, elle pensa qu\u2019elle le trouverait sans difficultés.Elle suivait les allées ombreuses, qui sont les rues de la ville d'hiver, car l\u2019on n\u2019a abattu dans la forêt que juste les arbres nécessaires pour laisser la place aux habitations assez espacées.Un tiède soleil de novembre dorait le sable, d'où émergent les grands pins, aux fûts rougeâtres, dont les aiguilles vibraient doucement, sous le vol de la brise.Cette clémence de l\u2019air, cette beauté radieuse épandue sur toutes choses, rendaient plus aiguë et plus poignante pour la jeune fille, son inconsolable peine d'a- mour et elle se sentait lasse, lasse à mourir.Arrivée au chalet Watteau, Riri poussait la petite porte fermant la simple barrière de bois qui séparait le jardin du chalet, de l\u2019allée quelle avait suivie.Des géraniums, des roses de toutes les teintes, du crème au rouge ardent, embaumaient Pair.N\u2019ayant pu découvrir de sonnerie, elle frappaità la porte.On venait ouvrir.Un grand jeune homme, le bel argentin, à l'en pas douter, pensâ la jeune fille.Elle présentait la note.\u2014 Veuillez entrer et attendre un instant, mademoiselle.Il s'effaçait pour la laisser passer.Elle pénétrait dans la salle à manger, très simplement meublée, banale, comme le sont d'ordinairç les appartements qu'on loue.José Clairez, qui avait disparu, après avoir fait asseoir la jeune fille, ne tardait pas à reparaître.\u2014 Veuillez m'excuser auprès de Mme Baussel, mon oncle a, par mégarde, emportée la clef de notre secrétaire; je ne puis m\u2019acquitter.\u201cMais je passerai.ou ferai passer.Henriette, le coeur battant d\u2019une extraordinaire émotion, la bouche entr'ouver-te, demeurait sans paroles.Malgré sa timidité naturelle, elle n'avait pas assez d\u2019yeux pour regarder son interlocuteur.Enfin, devinant à quel point son attitude devait lui paraître étrange, elle faisait un effort pour se ressaisir.-\u2014Mme Baussel fera repasser, monsieur, ne vous dérangez pas, je vous en prie, disait-elle précipitamment.Et sans savoir ce qu\u2019elle faisait elle se sauvait à travers le petit jardin, fleuri de tant de géraniums et de tant de roses.Elle allait bien une centaine de pas encore dans l'allée qu\u2019elle avait rejointe, sans reprendre haleine.\u2014 Mon 1 heu ! qu\u2019aurait-il pensé?se dit-elle, enfin.que je suis folle, pas possible! Mais aussi cette ressemblance.Raymond.non, pas une ressemblance ce n\u2019est pas ça.Raymond était blond.châtain plutôt.celui-ci est très brun, le teint olivâtre, la barbe noire.les cheveux plats et noirs.mais ces yeux.ces yeux clairs .ce regard si doux et si profond.oh! tout lui! mon Dieu! mon Dieu! Et s\u2019asseyant sur un tronc d\u2019arbre, couché au long de l'allée.Henriette fondait en larmes.Elle ne tardait pas à repartir; mais son agitation ne se calmait point.\u2014 Qui m'aurait dit tout à l'heure.avant d'être venue.Elle n'achevait pas sa pensée.\u2014 Est-ce que Jeannette aurait vu clair?aurait eu un pressentiment?\u201cN\u2019allez pas devenir amoureuse du bel argentin\u201d.\u2014 Allons donc ! voilà comme je nae monte la tête.Je suis ridicule.Il ressemble tant à Raymond! ou plutôt ses yeux seulement ! Ça m\u2019a fait un coup! mais bien sûr que ce soir je n\u2019y penserai plus.Elle y pensa tout le soir, en reva la nuit, et retrouva à son réveil, dans son souvenir charmé, le regard profond et doux.si clair dans le visage olivâtre, sous les sourcils bruns.Après le déjeûner.\u2014 Maman, fit-elle gaîment, j'ai envie d'aller faire un tour.\u2014 A la bonne heure! exclamait Marcelle, il fait si beau!.sors donc un peu, ça te fera du bien.Elle était tout heureuse de voir sa chérie pleine d\u2019entrain et disposée à se distraire.Depuis si longtemps déjà, depuis le malheur, c\u2019était son grand souci de la voir morne et désolée.Elle prit l\u2019allée des Dunes, qui laisse la ville d\u2019hiver à sa droite, puis au midi de cette allée, une seule tracée dans les sables en pleine forêt.C\u2019était la solitude totale.Elle était clémente à la jeune fille, qui avait besoin du silence, pour entendre parler son coeur, pour mettre un peu d\u2019ordre dans le tumulte de ses pensées.Elle marcha un temps assez long, sans trop se rendre compte de la direction qu'elle prenait.Enfin, comme elle arrivait au pied d\u2018un monticule de sable peu élevé et qui ne pouvait prétendre un nom de dune, elle aperçut tout à coup, entre les fûts rougeâtres des pins une silhouette d\u2019homme.Elle reconnaissait le \u201cbel argentin\u201d.L\u2019ayant aperçue, il la saluait cérémonieusement, comme il eut fait pour une grande dame, ou plus simplement avec la galanterie dont les américains du sud, ceux de Buenos-Ayres, en particulier, sont coutumiers avec les femmes, quelle que soit leur condition.En même temps, il lui souriait et son sourire était pour Henriette, aussi troublant que son regard.Il s\u2019approchait, tenant à la main son rhapeau de feutre clair.\u2014 Mme Baussel ne vous a pas envoyée de nouveau apporter sa note.Voudrez-vous lui dire que je désirerais m'acquitter?Et il murmura avec une tendresse dans la voix: \u2014 Je vous attendais presque ce matin.Henriette se sentit rougir jusqu'à la racine des cheveux.Elle expliquait que ce serait sans douté la femme de chambre qui viendrait la \u2014 51 Vol.29, No 7.Montréal.21 Juillet 1917 LE SAMEDI pr prochume fois; elle l\u2019avait remplacée accidentellement la veille.Jossé ne fit aucune réflexion, mais Riri, qui n\u2019osait le regarder l\u2019entendit qui soupirait.Pu silence plein d\u2019embarras régna entre eux quelques secondes.\u2014 Je rentre, fit brusquement la jeune fille, faisant un demi-tour.La solitude, le tête-à-tête avec cet inconnu, en pleine forêt, l\u2019emplissait d\u2019une crainte vague, irraisonnée et non moins poignante.\u2014 Je rentre aussi, fit-il d\u2019une voix douce.Si vous le permettez.Il n'achevait pas; mais il se mettait à marcher auprès d\u2019elle.Elle eût voulu protester, elle n\u2019en eut pas le courage.Déjà, elle trouvait un c harme infini dans la seule présence de ce jeune homme, dont elle ignorait presque tout.Ils allèrent ensemble et soit préoccupation de leur part, soit d\u2019accord tacite, ils suivirent le plus long chemin pour arriver à la place des Palmiers, où chacun devait prendre une direction opposée pour rentrer chez soi.Ils causèrent peu, cette fois.Henriette était timide et discrète.Lui, José, n\u2019était-il pas un peu sauvage?Jeannette n\u2019avait-elle pas dit qu\u2019à peine il adressait la parole au garçon de l\u2019hôtel, le seul être humain qui parut au chalet.Arrivés à la place des Palmiers, ils se sépa lèrent.Auparavant, leurs mains s\u2019unirent.Riri avait-elle tendu la sienne.Dans son trouble, elle ne s'en rendit pas compte.Toujours est-il qu\u2019elle se sauvait, furieuse contre elle-même.\u2014Moi qui disais que je n\u2019aimerais plus, plus jamais, faisait-elle.\u201cEst-il possible.\u2014 Mais pourquoi aussi a-t-il les yeux et le regard de Raymond et son sourire?\u2014 Et sa voix?.oui sa voix!.il me semble bien maintenant.IV JOSÉ LE BEL ARGENTIN A partir de ce jour une \\ ie nouvelle commença pour Henriette.Il lui semblait maintenant, qu\u2019elle sortait d\u2019une nuit de cauchemar et de tempêtes pour se réveiller dans la splendeur et la sérénité d\u2019une admirable jounrnée de printemps.Où donc étaient Paris et les heures a-troces qu\u2019elle y avait vécues, ces derniers temps ?Telle est l\u2019incomprable magie de l\u2019amour heureux.Heureux, oui, il l\u2019était son amour, puisqu'il était partagé, elle n\u2019en doutait plus.Aussi souvent que Riri avait un moment de liberté, les deux amoureux se rencontraient.José, \u201cle bel argentin\u201d, comme son amie aimait le nommer au plus profond de son coeur, José guettait des heures entières sa venue en un carrefour convenu d\u2019avance, à quelques cents pas de la place des Palmiers.Il se trouvait trop payé de ses heures d\u2019attente, même lorsqu'elle ne pouvait lui dire qu\u2019un mot de tendresse à la dérobée, entre deüx courses.Elle faisait maintenant, dans la ville d\u2019hiver pour le compte de Mme Baussel, les commissions jadis confiées à Jeannette.Elle les avait demandées comme une faveur, ne pouvant plus s\u2019astreindre à demeurer assise, occupée aux menues répa-rations de la lingerie.Puis sortir, c\u2019était l\u2019accasion, à chaque pas, de rencontrer José.Mais un jour entre tous lui était précieux, un jour qu\u2019elle attendait tout le long de la semaine, le samedi, et, dans le samedi, tout le temps qui s\u2019écoulait de deux à quatre heures.Mme Baussel l\u2019envoyait aider sa belle-soeur, qui tenait le Grand-Hôtel, au Moulleau.Le Moulleau est une petite plage à une demi-heure, au midi d\u2019Arcachon et fréquentée, hiver comme été, par de nombreux étrangers.José payait largement une fille du pays pour remplacer Henriette et il avait été convenu entre eux trois, que la remplaçante prendrait le nom de Simonne, qui était, comme on sait, le nom d\u2019emprunt de Riri.José, d'ailleurs, ne connaissait que ce nom d\u2019emprunt.La belle soeur de la patronne n\u2019ayant vu auparavant ni Henriette ni sa remplaçante, il y avait des chances pour que la fraude ne fût point découverte au moins de quelque temps.Les amoureux, au reste s\u2019inquiétaient peu de ce détail.Tout d\u2019abord Henriette avait lutté de toutes ses forces contre son amour.Elle s\u2019était représenté quelle folie, c\u2019était à elle d\u2019aimer un jeune homme qui était si peu de sa condition.Pour être venu d\u2019Argentine en France, pour y vivre oisif, dans un chalet, dont la location était d\u2019un prix élevé, il fallait que son ami fût riche.L\u2019état de santé de l\u2019oncle, de cet Antonio Clairez, qu\u2019elle n\u2019avait jamais vu d\u2019ailleurs, ne suffisait pas à l\u2019expliquer.Quel dessein pouvait concevoir l\u2019étran ger si non celui d\u2019en faire sa maîtresse ?N\u2019était-elle point une fille pauvre, à pei- ne un peu plus qu'une domestique?Mais tout son être protestait contre cette pensée; une confiance sans bornes emplissait son coeur.Et peut-être parce que son amour à elle était pour l\u2019heure sans troubles d\u2019aucune sorte, parce qu\u2019il planait serein et pur, l\u2019emplissant d\u2019une joie sans ombre, elle jugeait qu\u2019il en était de même i-hez son ami.Ce furent des mois délicieux, dans ce pays qui n\u2019a pas d\u2019hiver.La forêt était vraiment pour les deux amoureux, une forêt enchantée.De la place des Palmiers au Moulleau s\u2019étend ce qu\u2019on appelle la forêt de la Grande-Montagne.Les pins y atteignent des proportions énormes, certains ont jusqu\u2019 six mères de tour.Les pins sont poêlés de chênes-verts.Tandis que les ramures balançaient là-haut, sous la brise du large, leurs feuillages mouvants, au pied des arbres, les houx égrènent leurs grappes de rubis; dès février, l\u2019aubépine met sa senteur exquise et la bruyère blanche, dont une variété particulière au pays s'étale aux pieds du promeneur, en grappes immaculées.Ici, la Grande Dune de sable, du sommet, de laquelle on domine la forêt et tout le vaste Océan.José et Henriette passaient là des heures inoubliables.Et souvent le soleil, déclinait, disparaissait sous les flots, qu'ils étaient encore muets, la main dans la main, perdus en leur extase d'amour.L\u2019argentin justifiait la confiance de son amie.Sa tendresse ardente ne l\u2019avait encore entraîné à nulle caresse, dont put s\u2019effaroucher la pudeur de la jeune fille.Oui, vraiment, l\u2019amour qu\u2019elle inspirait tenait surtout à l\u2019âme.José n\u2019avait pas tardé à provoquer ses confidences.Discrètement, mais avec persistance, reprenant à chaque nouvelle entrevue le fil de ses questions, il l\u2019avait interrogé.Il avait voulu savoir dans quel coin de la France elle était née, d\u2019où venait sa famille et bien d\u2019autres détails intimes.\u2014 Que peut lui faire tout cela?se demandait-elle ?Mais ii cette pensée elle rougissait de plaisir.Oui.il pensait à l\u2019épouser sans doute.ce ne pouvait être que cela.\u2014 Quel bonheur! 1 out d\u2019bord, lors de ses premières questions, elle avait hésité.elle avait évité de répondre.Et cet embarras avait paru fort intriguer l\u2019argentin.C\u2019est qu\u2019en effet Riri se demandait si elle dirait la vérité à son ami, si elle se ferait connaître.\t(A Suivre) \u2014 52 26 LE SAMEDI Va!.20, No 7, Montréal, 21 Juillet 191$ Mme JOS.BLEAU Pendant cinq années les troubles du retour de l\u2019âge la torturent.Les PILULES ROUGES améliorent bientôt son état, lui donnent des forces, la guérissent.Mme O.MORIN Etait faible et maigre à faire pitié.Les remèdes de son médecin ne l'empêchent pas de toujours souffrir.Les PILULES ROUGES la ramènent On attribue souvent à l\u2019âge Bu retour des affections qui ont pris naissance bien avant cette époque,.Il est vrai toutefois que bon nombre d'accidents proviennent de là, C\u2019est le temps où apparaissent des humeurs de toutes sortes, des dartres ou éruptions diverses, érysipèles, exzé-ma, etc, Mais ceci provient de ce que le sang est trop; pauvre, trop clair, pas assez abondant, mauvais, contaminé, C\u2019est donc de ce côté qu\u2019il importe de tourner son attention, D\u2019abord, que les femmes soient bien persuadées que l\u2019a- T*** ge critique ne comporte pas tous les dangers qu\u2019on semble vouloir lui attribuer, Quoique ce soit là une transition délicate d\u2019une époque à une autre, pour la franchir dans des conditions favorables, il suffit de s\u2019y préparer convenablement, L\u2019approche de cette époque s\u2019annonce toujours par des faits assez marquants pour que toute femme soit sur ses gardes, De même que la jeune fille doit prendre certaines mesures pour se mettre en lieu de subir les effets d\u2019une première évolution, de même, quand la femme dépasse la quaran.tai- » ne, elle doit s'entourer de précautions, Et que lui faut-il?Beaucoup de force et des Organes sains, activés par un sang bien pur, Ceci s\u2019acquiert par l\u2019emploi des Pilules Rouges,.Il n\u2019est rien autre chose capable de donner au système sanguin les qualités requises pour exercer une influence bienfaisante, Toute l'énergie vitale d\u2019une femme réside dans son sang et ce n\u2019est pas dans la dernière phase de sa vie que la femme a moins besoin de sang, ¦ Lisez les témoignages qui suivent et concluez, femmes qui êtes dans le même cas, qu\u2019il n\u2019en tient qu\u2019à vous de vous guérir, , \u201cPendant une période de cinq ans ma santé fut ravagée par les troubles du retour de l\u2019âge.L\u2019estomac fonctionnait mal, et à cause de cela, j\u2019avais des étouffements, des palpitations de coeur, des étourdissements et des engourdissements qui me rendaient incapable de vaquer à mes occupations.Puis ce furent des douleurs dans tous les membres, les reins.Je me mis à enfler des membres et du corps cbmme une personne hydropique.Enfin, ayant adopté comme remède les Pilules Rouges qui m\u2019étaient recommandées par plusieurs personnes, mon état changea, mes forces revinrent.Après en avoir employé pendant huit ou neuf mois, ma santé était parfaitement rétablie.\u201d \u2014 Mme Jos.Bleau, Pointe-Claire, Qué.*\t, ' Je souffrais de constipation, de mauvaise digestion, de maux d\u2019estomac, de tête et de reins, j\u2019avais des étoudissp-ments à ne pouvoir me tenir debout.Malgré les remèdes d\u2019un médecin, ma faiblesse s\u2019augmentait toujours et le travail le plus léger m\u2019épuisait.J\u2019étais maigre à faire pitié et ne pesais pas cent livres.Lorsque j\u2019ai commencé à prendre \\ des Pilules Rouges je n\u2019en pouvais plus et j\u2019avais bien peur de ne jamais guérir, à cause que tout cela m\u2019arrivait à l\u2019âge critique.Mais les Pilules Rouges changèrent bientôt mon état; mes forces s\u2019augmentèrent et j\u2019engraissais.Avec une douzaine de boîtes de Pilules Rouges, je me suis rétablie complètement.\u201d \u2014 Mme Olivier Morin, North Grosve-nordale/ Conn.CONSUL?ATONS GRA TUITES,\u2014 Le docteur E, Simard, qui a étudié en Europe, sous les Dis DeVos et Capelle, les malades des femmes, donne des consultations gratuites au No 274 rue Saint-Denis, tous les jours exqgpté le dimanche, de 9 heures du matin à 5 heures du soir, durant la saison d\u2019été, Les femmes malades qui ne peuvent venir le voir sont invitées à lui écrire, Les Pilules Rouges sont en vente chez tous les marchands de remèdes; nous les envoyons aussi par la poste, au Canada et aux Etats-Unis, sur réception du prix, 50c une boîte, $2,50 six boîtes, Toutes les lettres doivent êtrç adressées; COMPAGNIE CHIMIQUE FRANCO-AiViERlGAI-NE, (limitée), 274 rue Saint-vDenis, Montréal, CAPSULES CRESOBENE s CONSOMPTION Si vous souffrez de Phtisie ou Tuberculose, r< ,-,,m-ez avec confiance aux CAPSULES CRE SOBENE (produit Fiançai») qui opèrent ehs que jour des milliers de guérisons merveîlteü ses chez les consoraptifs.Eton ne résiste ft leur propriétés prodigieuses, elles guérisent les tou et les oppressions les plus tenaces.Priai 50 et la flacon.\t\u2022 Dépôt : Arthur Décary, Pharmacien, Burea de Poste, Botte 592, Montréal, Canada. Val 29, No 1.Montréal, 21 Juin ¦( 1917 LE SAMEDI 27 Pox .O*; PO, Extreme JPerspiration Ooo*o*e~- \u2022 °,W~AT,.U Cp.O*0.c U* ÊÊÊ LE SEUL MOYEN DE VOUS DEBARRASSER DES ENNUIS DE LA TRANSPIRATION Inutile que vous soyiez incommodée et ennuyée une minute de plus par la transpiration.Peu importe qu\u2019il fasse chaud, que vous aviez été fort active toute la journée, vous pouvez vous débarrasser de la transpiration excessive et gênante.Le seul et unique moyen do vous débarrasser pour toujours de la transpiration abondante, est de l\u2019éliminer des places où elle vous incommode le plus \u2014 sous les bras, aux mains, pieds, cou ou front \u2014 et d\u2019en débarrasser le corps en général.C\u2019est ce que < klorono fait.Cette eau vous soulagera immédiatement de cette incommodité et gêne que cause une transpiration abondante, et rend les parties sur lesquelles elle est appliquée, comme naturellement douces et sèches.Nul besoin d\u2019employer Odorono chaque jour.Lue application régulière 3 fois par semaine, vous procurera un complet soulagement.Cne seule application éloignera l\u2019odeur de cette transpiration pour plus de trois jours.Remarquez Ceci Sur La Transpiration ' otre médecin vous dira que la transpiration est nécessaire à la santé, quand elle est naturelle et normale par tout le corps.Cette transpiration naturelle ne vous causera nulle incommodité et vous ne vous en apercevez même pas.C\u2019est cette transpiration abondante et irrégulière très-sensible du reste, qui vous cause tant d\u2019ennuis qu'Odorono fait disparaître.Odorono est la formule d\u2019un médecin et est faite d ingrédients absolument inotfensifs.Achetez-En Une Bouteille Aujourd'hui Essayez-la et voyez si elle ne vous soulage pas.Se trouve chez tous les marchands parfumeurs au Canada : .50 cts.et $1.00 la bouteille; échantillon d\u2019essai .25 cts! 1 Nous vous l\u2019enverrons aîfranchie par la poste si vous ne pouvez vous la procurer Chez votre parfumeur.Adressez a la : Odorono Co., 29 Colborne Street, Toronto.Si vous désirez plus amples informations sur la transpiration et comment vous en débarrasser, demandez notre pamphlet \u201cLa Vérité sur la Transpiration\u201d.Si vous avez quelques troubles de ce côté ou si jusqu'à present vous avez été en peine de trouver un soulagement, ne vous déciderez-vous pas à nous écrire?Nous nous ti rons un plaisir de vous répondre aux questions particulières que vous nous poserez.Voyez l'adresse mentionnée plus haut.L\u2019eau et le savon, à eux seuls, ne suffisent pas pour vous affranchir de cette transpiration incommodante pas plus que les poudres de talc et arômes du même genre.Ils ne durent que quelques minutes, ne font qu\u2019un effet passager, mais sont loin d\u2019être le véritable remède.Odorono est employé et recommandé par les plus grands médecins du pays.Votre médecin le recommandera."]
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