Le samedi, 1 novembre 1921, samedi 19 novembre 1921
[" URE W0S eEUX ROK/IK8 s « F'ER COEUR » ET « LES DEUX ORF!-!EUSSES \" inilRMAI II I IICTDC\t\u2022*« ÏOURNAL ILLUSTRE HEBDOMADAIRE VOL, XXXIII, No 24 \u2014 Montréal 19 novembre 1921 10 cents LE NUMERO &WL rW #fn ?^\ti%0 pÉtr^r rgÿ\"m{\\ b B 77fî7m UNE FEMME DE LETTRES LE SAMEDI Vol.33, No 24, Montréal, 19 novembre 192't *\u20acommidéion deé liqueuré LES MUNICIPALITES ET LA LOI DES LIQUEURS DE QUEBEC A Commission dans le but de faciliter l\u2019observance de la loi et d\u2019éviter toute possibilité de malentendus et d\u2019ennuis, autrement presque inévitables, demande: Que les Comtés ou les Municipalités où il existe un règlement de prohibition lui fassent parvenir avant le 31 décembre une copie certifiée du dit règlement ; Que les Municipalités ou les Comtés qui voudront passer un règlement de prohibition, ou rappeler ceux qui existent déjà.le fassent avant le trente-et-un décembre et envoient à la Commission une copie dûment certifiée du règlement à cet effet.Comme toutes les demandes de permis doivent être faites avant le trente-et-un décembre de chaque année et que la Commission doit, le ou avant le 20 janvier suivant, décider de toutes les demandes qui lui ont été faites, conformémerÿ aux prescriptions de la loi, les Municipalités s\u2019empresseront sans aucun doute de se rendre à la demande de la Commission.L\u2019article 34 de la Loi des Liqueurs dit expressément : \u201c La Commission doit refuser l\u2019octroi de tout permis dans une Municipalité où un règlement de prohibition est én vigueur.Elle doit également refuser l\u2019octroi de tout permis ou d\u2019un certain permis, selon le cas, dans une municipalité dont le Conseil Municipal a, par règlement, demandé à la Commission de refuser l\u2019octroi de tout permis ou d\u2019un certain permis \u2014 pourvu que ce règlement ait été déposé au bureau de la Commission.Si ce dépôt a lieu après qu\u2019elle a octroyé un permis dans cette municipalité, la Commission ne pourra donner effet à la demande avant le premier mai suivant la date du dépôt\u201d.Un autre article de la loi sur lequel la Commission croit devoir appeler l\u2019attention des Municipalités, article qui est très explicite par lui-même, se lit comme suit : ART.137\u2014\u201c Nonobstant toute loi spéciale à ce contraire, aucune Municipalité ne peut, par règlement, résolution ou autrement, prélever la même année», d\u2019uno personne munie d\u2019un permis en vertu de la présente loi, une licence, une taxe, un impôt ou un droit excédant deux cents piastres dans les cités et les villes, et cinquante piastres dans les autres municipalités, pour l\u2019objet pour laque! la dite personne possède un permis.Toute municipalité qui prélève ou reçoit, directement ou indirectement, un montant plus élevé que ne Te permet le présent article pour l\u2019objet susdit, peut être forcée, en tout temps, de rembourser cette surcharge à la personne munie du dit permis ou à ses représentants légaux \u201d.La Commission compte obtenir le concours actif des Municipalités pour l'aider k prévenir pour l\u2019année prochaine les erreurs qui ont été inévitables cette année, parce que certaines Municipalités n\u2019ont pas avisé la Commission de l\u2019existence d'un règlement de prohibition.Commission des Liqueurs de Québec Cette annonce n\u2019est pas publiée dans le but de favoris -r la vente d'aucune liqueur alcoolique, mais dans le but de faire connaître au publie eett ¦ nouvelle loi et d'obtenir sa coopération.AVIS f:olnm*®non informe le public que tous scs employés sont porteurs d s moyens d'identification nécessaires.Toute personne qui se présenterait sans être porteur de' cette pièce officielle devra être considérée comme uu imposteur.La prochaine annonce traitera dos exceptions à la loi en faveur des hôpitaux, médecins, chi-rurépons, chirurgiens-dentistes, médecins vétérinaires, pharmaciens.U:.:.\";¦¦¦!!.il '¦r.i,,\t.!.\t.b, r,.;\t'-Ü.\t¦ .\tJ \"il; iinirm\u2019imiimramniiiiimriiiiiiimniia Vol.33, Ho 24, Montréal, 19 novembre 1921 LE SAMEDI 3 |||||kE$ THÈMES PRINCESS Une des meilleures semaines de la saison au Princess.Le grand numéro de c&evaux Bmtock's Riding School est merveilleux.I^es chevaux sont étonnants d\u2019agilité et sont dressés admirablement.Val et Stanton se partagent le succès dans The English bogs from America.MONT-ROYAL Le théâtre Mont-Royal a.c-'tte s ma inc encore, un spectacle fait pour charmer les plus difficiles .t les plus blasés.La grande vue dramatique est très poignante et jouée admirablement par une des meilleures artistes du cinéma américain.*\tCRYSTAL PALACE Le Cryptai Palace est encore une fois à la hauteur de sa réputation.Le programme de cette semaine rompent' des numéros pour tous les goûts.Les grandes vues dramatiques, com ques ;t de séries sont ce qui se donne de mieux à Montréal.-o- DEFINITION Ernest.\u2014Peux-tu me donner la signification de rien?Gustave.\u2014Certainement.Ferme les yeux et regarde, tu la trouveras.LES IDIOTS Denise,\u2014Avez-vous un frère?Alphonse.\u2014Non, mademoiselle, mais ma soeur en a un.SON PRIX Estelle\u2014Vous avez un bien joli parapluie.Qu\u2019est-ce qu\u2019il vous a coûté?Adrien.\u2014Une vigilance éternelle, mademoiselle.A L\u2019ECpLE L'instituteur.\u2014Il y a 114e chose curieuse, mes enfants, c'est que l'abeille ne pique qu'une seule fois.Un élève.\u2014Une fois suffit.PEUT-ETRE Alfred.\u2014Si je vous embrassais, appelleriez-vous au secours?Héléna.\u2014Auriez-vous besoin d\u2019aide?DEFINITION Lucienne.\u2014Quel était ce monsieurr avec qui tu étais hier soir?\t< Aline.-\u2014Mais ce n\u2019est pas un monsieur, c\u2019est mon fiancé.\u2022MfjRjSps.Avec notre stéréoscope vous verres dans votre maison toute la guerre .uropéi une, qui s'est déi'oi lée perdant plusieurs aimé s en France, en Autriche, en Italie, en Russie, en Serbie, etc.Vous verrez l: r.d : - (lu moud'.Vox s verrez tort cela aussi naturellement que si Vous aviez été là, d l'aviez v-u de vos propres yeux, parce que toute; ces vn.s ont été pris; s en Europe, ; t vous ne pouvez pas trouver nllteuTO que ch z nous des vues si authentiquas et ri nat -elles.Ces vues seront pour vous \u2022\u2022'\u2022mm \u2022 un souvenir d la grande gàénv mondiale.Elivs seront aussi quelque chose qui intf-r sacra m s amis et Iss autres personnes qui vent vous voir.Méfiez-vous \u2022les imitât ru; eus valeur.(.\u2019stéréoscope patenté qui a très jolie apparence est ùonstnvit diî'l ment avec capuchon on aluminium, garnitures en velours et qui romiM>: t K O pi Js dé vues de la giunT' européenne, \u2022\u2022 \u2022 \u2018US sera envoyé pour $4.50 seulement.X\"att ndez j\u201e.pour uvoyev votre commande, car cette offre que nous faisons est pour nu temps très court, sa valeur est bien eupêri urc.S'il vous plaît découpez Jette annonce et < n\\ oyez-hi nous avec un nuvndat-pcéte\u2019de $4.r>o et noun vous nverrons < s marchandises (1 \u2022 suite a votre domicile par col- recommandé.Pe r le; pays étrangers nous ne pouvons pas envoyer ces in irehandis s contre remboursement.N\u2019att ml z pas, envoyez votre ordre immédiatement car n-tte off r \u2022 est pour peu d temps seulement.VARIETY SALES CO., 1616 Milwaukee Ave, Chicago, III.v___________________________________________________________________ .La GRANDE GUERRE EUROPEENNE VOUS POUVEZ LA VOIR DANS VOTRE MAISON pour $4.50 seulement SCOHBùBc MB.¦3E gai.BO«PtCj= ^\"7 Demandez le bore du Bien-Etre des Bébés de Quand l\u2019aliment pourvu par la natur3 faillit, recourez au Lait Marque Eagle de Borden, à base de lait de vache, pur, sain, économique et absolument sans danger; 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bien soignés, dès le début, la plupart auraient guéri facilement SIROP GAUVIN POUR LE RHUME est un remède scientifiquement préparé avec des médicaments de choix reconnus comme étant les plus efficaces de iathérapeutique moderne! Il prévient et soulage, parce que chacun des médicaments qu\u2019il contient S\u2019attaque à un symptôme particulier de la maladie et le fait disparaître.Sous son influence, la toux se calme et les accès diminuent progressivement; la fièvre, l\u2019oppression, la douleur disparaissent et les organes respiratoires soulagés, recouvrent vite leur état normal.t» SIROP GAUVIN pour U Rhum» t»l en wiH partout J.A.E.GAUVIN, PharmadeivChimltfs, MONTREAL SSÉfiÊM : mM Faisan rôti (Rôt).\u2014Après avoir vidé, plumé et flambé le faisan, à l\u2019exception de la tête et de la queue qu\u2019on conserve pour décorer le plat, quand c\u2019est un mâle on ie pique de petits lardons et on le garnit d\u2019une barde de lard.On le met ensuite à la broche à feu vif, comme un poulet.La cuisson terminée, on place le faisan sur un lit de cresson dans un plat long; on ajuste en place au moyen de petites chevilles de bois la tête et la queue, et l\u2019on sert en accompagnant du jus de la lèchefrite, dégraissé, d\u2019une sauce poivrade ou simplement de jus de citron.Le faisan se découpe comme le poulet.La chair de la femelle est plus fine que celle du mâle, mais dans les grands dîners on préfère ce dernier, car On le sert avec sa tête et sa queue, et l\u2019effet produit est beaucoup plus grand.Aiguillettes de canard sauvage aux olives.\u2014Faites cuire à la broche un canard sauvage, comme s\u2019il s'agissait d\u2019un poulet.Une fois qu\u2019il est bien cuit à point, découpez-le avec soin en enlevant sur la carcasse, sur les ailes et même sur les membres, le plus d\u2019aiguillettes possible.Dressez ces aiguillettes ou filets en couronne tout autour d\u2019un plat rond, et servez au milieu d'un ragoût d\u2019olives préparé à part avec le jus de cuisson du canard et débarrassées de leurs noyaux.Coupe-pâte ou raclette.\u2014Quand on fait un pâté sur le marbre.il est bon d\u2019avoir un outil pour décoller la pâte qui adhère; cet outil se nomme coupe-pâte en pâtisserie; il est plus connu sous le nom de raclette chez les quincailliers, dans les bazars et chez les marchands d\u2019articles de ménage, Cet outil est beaucoup plus commode qu'un couteau; il se fait généralement en tôle étamée.Il est bon de le faire bien sécher après chaque lavage, car il se rouillerait assez facilement.Crème de vanille.\u2014Faites macérer pendant une ou S heures, deux gousses de vanille coupées minces, dans une pinte d\u2019alcool.D\u2019autre part, préparez un sirop de sucre (1 livre pour 1 pinte d\u2019eau).Versez votre macération dans le sirop et filtrez à la chausse.-O- TERMES A EMPLOYER EN CUISINE Abatis.\u2014C\u2019est ce que l\u2019on supprime des volailles destinées à etre mises à la broche; pattes, ailerons, cou, foie et gésier.Aiguillettes.\u2014Morceaux longs et minces, que l\u2019on nomme aussi filets et que l\u2019on prélève, en découpant sur l\u2019estomac des volailles, canards et dindes, principalement, ou le long de l\u2019épine dorsale, dans lps animaux de boucherie et le gibier de poil.Aileron.\u2014Extrémité de l\u2019aile d\u2019une volaille ou d\u2019un oiseau et qui fait partie de l\u2019abatis.Amalgamer.\u2014Opération ou manipulation qui consiste à mélanger intimement plusieurs substances. Yû.83, No 24, Montréal, 19 novembre 1921 LE SAMEDI 5 i COURRIER CURIOSITES^ \u201c TU .v, mm AVEC UNE VIEILLE FOURCHETTE Utte vieille fourchette ou une fourchette brisée peut servir à d\u2019autres usages que ceux pour lesquels elle a été faite.En effet si on fait disparaître trois des fourchons, il nous reste un outil parfait pour enlever les capsules des bouteilles de lait.Si on fait subir une autre opération à la fourchette, on peut également s\u2019en servir pour ouvrir les capsules des bouteilles de bières.Toutes ces différentes modifications peuvent être faites très facilement même par l\u2019ouvrier le moins habile.POUR L\u2019EVIER Lorsqu\u2019on veut faire le lavage et qu\u2019on n\u2019a pas de cuvette pour rincer le linge après qu\u2019il a passé dans une première eau.on peu! employer le procédé que nous montrons aujourd\u2019hui.Sur le bouchon en caoutchouc qui sert à boucher l\u2019ouverture de l\u2019évier, on fait un trou assez ^rand pour y recevoir un tube en acier ou en nickel.Ce tube se place dans le bouchon, et une fois le bouchon en place on fait couler l\u2019eau qui reste dans l\u2019évier jusqu\u2019à la hauteur que l\u2019on a donnée au tuyau.De cette manière on peut avoir de l\u2019eau toujours propre, car à mesure que l\u2019eau atteint la hauteur du tuyau elle se renouvelle constamment UNE LAMPE ECONOMIQUE On peut avec une bouteille de ginger aie ordinaire faire une lampe très économique et qui donnera satisfaction.En effet on emplie la bouteille d\u2019huile à lampe, on pose la capsule après l\u2019avoir percée d\u2019un trou pour y passer une mèche ronde.Autour du cou de la bouteille on pose un fil de fer afin de pouvoir accrocher la bouteille à un mur si on ne veut pas la laisser posée sur une table.La flamme qui sort de cette bouteille est très douce et ne fatiguera nullement la vue.'.niiiiiii»iiiiiiiïïrTTnïgI!niEi.üB!itI^Riiaa;ilUt!iM Hotel Alexandria 250 OUEST 103èmp RUE, NEW-YORK Entre Je Parc Central et la rivière Hudson Sans contredit l'endroit le pins frais de la ville.Station du chemin de fer souterrain à la porte, dn chemin de fer élevé deux blocs plus loin.Chambres simples avec ba n privé, $3 et au-dessus Chambres doubles aveo bain privé, $4 et au-dessus Attention spéoiale donnée aux dames voyageant seules.Eestauxant exceptionnel à prix très modérés.S.L.ROOT, gérant WH EN NOUS CONFIANT LE PLACEMENT DE VOS ASSURANCES vous obtiendrez le MAXIMUM de PROTECTION et de SERVICE aux conditions les plus AVANTAGEUSES HORACE LABRECQUE Bureau cPAssurances Générales, 260 S.-Jacques, Montréal EXAMEN DES YEUX OuArlsoa de* yeux oajis médicament», opération ni douleur.No» \"Terre* Torle\" nouveau style A ORDliE, sont garanti» pour bien VOIR de LA>IN et de PRES, tracer, coudre, lire et écrire.Consulte» le meilleur de Montréal .DorageU 144, rue STE-OATHERINE EstCola MOOTBEki!'\"'1\"*\u2019 AVIS\u2014Cette annonce rapportée vaut 16o par dollar eux tout achat an lunetterie.Spê-vfalité: Toux artificiels.N'aehete» Jamais dee peddle» ni au* magasins \u2022% tout taire'* al ?eus tanea à vos yeux.Le Spécialiste BEAUMIER LE FLEURISTE DU JOUR.au concert, en soirée, partout et toujours.Rien n\u2019est plus approprié que des fleurs 108-110, nie Ste-Cattierfne Est Tél.Est 1878 Au baptême en amour, au mariage Savez-vous que i9 Revue Populaire fâ^3 ne se vend que 15 sous ?CHEZ TOUS LES MARCHANDS DE JOURNAUX POIRIER, BESSETTE & OIE, 131 Gadieux, Montréal G 1E SAMEDI Vol.33, TTo 24, Montréal, 19 novembre 1921 DU.HENRI LEMSRE Electricité Médicale, Rayons X Accouchements, Maladie* de» femmes et aea enfanta.478 rue St-Hubert Tel.Est 2177\t-\t- Montréal l\u2014\t-¦ .\t.S JEUNES GENS! 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Le Meilleur pour Bébé et pour vous.6-10*21 Albert Soaps Limitée, Mfrs., Montréal La Hernie Guérie par les PLAPAO-PADS ADHESIF DE STUART signifie que vous pouvez jet:r au loin le® bandages douloureux parce qu\u2019ils sont faits pour guérir et non seulement pour retenir la hernie.Mais s\u2019adaptant justement ils sont aussi un facteur important pour retenir des hernies qui ne se peuvent retenir par les bandages, PAS DE BOUCLES, COURROIES OU DE RESSORTS.Doux comme le velours, facile il appliquer, pas dispendieux.Action continue jour et nuit.Obtint grand pria! il Paris et médaille d'or il Rome.Nous prouvons nos avancés en vous envoyant P LA PAO D\u2019ESSAI et le livre de M.Stuart sur la hernie ABSOLUMENT GRATIS.X\u2019envoyez pas d\u2019argent.Ecrivez aujourd\u2019hui il P LA PAO CO.2073 Stuart B Idg., St-Louis, Moo., E.-U.Non seulement les Miller\u2019s Worm Powders chasseront les vers du système, mais elles amélioreront les conditions du système sous lesquelles, les vers ne peuvent pas vivre.Les vers gardent l\u2019enfant dans un continuel état de fatigue et de souffrance, et il ne peut y avoir aucun comfort pour les petits tant que la cause de ées souffrances n\u2019est pas chassé du système, ce qui peut être fait facilement en employant ees poudres, qui sont des plus effectives.i i u I \u2022 i\t*\t_____ «quand on veut et aussi riche qu\u2019on veut.3-Mi S?Di: MAX'DE Z LE FILM Eu vente dans tous les dépôts de journaux. Vol, 33, m 24, Montréal, 19 BcrenAre 1921 IE SAMEDI 7 'îraoesssrssaoeaoi ABONNEMENT ( Payabto dTajvtaaoe) Exc«pt6 Montréal et îmnltera* Un an .Six mots .Trois moto 15.00 1.60 1.15 Heures d* bureau : 8.30 à 6.30 Le samedi: 8.30 à midi.20E30I iodoe lOBOoaoi 10 cts LE NUMERO 10 cts LE NUMERO 3k $>aimeAh (Fonde «a 1889) POIRIER.BESSETTE ét CIE.Propriétaires.129-131-188 rue Cadtonzx.Montréal.\tTel Bedl Est 6281 Entered at the Post Offtoo of St Albaaia.Vt.as second class matter under Act of March 1879\t** xocaoi AVIS A NOS ABONNI» Les abonnés changeant de localité sont priés de noua donner un avis de 8 jours, l\u2019empaquetage de nos sacs de maille commençant 6 jours avant de leo livrer & La poste.IOE2Ô XOEZO Encore l\u2019amour IL PARAIT que le sujet intéresse; les plaidoiries continuent d\u2019affluer, pour ou contre Gupidon, Seulement, elles semblent dévier de la question première et confondre l\u2019Amour lui-même avec sa durée possible.Certes, on ne peut nier l\u2019existence de l\u2019Amour qui se manifeste d\u2019ailleurs sous tant d\u2019aspécts différents: calme chez les uns, expansif chez d\u2019autres, jaloux, généreux, égoïste, dévoué, inquiet, confiant et quelquefois même brutal.Les uns l\u2019appellent un mal et reconnaissent qu\u2019il fait du bien; les autres le tiennent pour un bien mais avouent qu\u2019il fait du mal.Pourtant peu de gens le connaissent réellement car ils l\u2019ont davantage dans le bouche que dans le coeur oy bien la fatuité domine chez eux et leur coeur est comme un artichaut dont ils donnent une feuille à tout venant.On le met à toutes les sauces, ce pauvre Amour ; en prose, en vers, en discours et en chansons sur tous les tons, depuis le braillard jusqu\u2019à celui de l\u2019énergie farouche\u2019: On le pleurniche, on le murmure, on le déclame et on le soupire.Quelques-uns le traduisent dans le langage des muets, pas de paroles, des baisers seulement.Ce ne sont pas les plus bêtes.Cette diversité d\u2019action explique tout naturellement la diversité des Opinions; il faut admettre que ce que disent les uns n\u2019est pas toujours le reflet de leur pensée intime.C\u2019est ainsi que j\u2019ai reçu quelques réflexions drôlatiques dont on pourra faire, sinon profit, du moins amusement.L\u2019Amour, écrit \u201cPasse-partout\", c\u2019est un feu qui dévore mais quand on a la colique, hélas! c\u2019est encore bien plus fort! Un autre conclut: \u201cL\u2019Amour?c\u2019est comme la charcuterie, ça ne peut pas durer toute la vie\u201d, tin troisième y va plus rondement encore : \u201cl\u2019Amour, dit-il.moi je m\u2019en fous!\u201d A côté de ceux-là que je ne cite que pour la note gaie, il y a des correspondantes sérieuses et qui ont répondu par d\u2019émotionnantes confidences que je résumerai en quelques lignes et sans citer les signataires, par une discrétion naturelle bien facile à comprendre.\u201cJ\u2019ai aimé, dit l\u2019une, et j\u2019aime encore un homme qui est \u201cbien loin maintenant; je me serais dévouée sans compter \u201cpour lui et il le savait bien; il a passé par des périodes \u201cdifficiles, j\u2019avais quelques économies, je les lui ai données avec bonheur.(ici je supprime certains passages \u201cen dehors du sujet traité) .Il m\u2019a récompensée de tout \u201cen me bafouant et en m\u2019abandonnant lâchement pour un \u201cautre amour.Et pourtant, j\u2019aurais encore la force de lui \u201cpardonner et de lui tendre les bras s\u2019il revenait.\u201d Une autre écrit: \u201cJe sais ce qu\u2019est l\u2019Amour, l\u2019amour qui \u201ctorture et fait saigner le coeur car celui que j\u2019aime n\u2019en \u201csait rien et ne le saura jamais à cause de certaines raisons.J\u2019aurais encore supporté plus facilement cet immen-\u201cse chagrin si j\u2019avais compris que je ne lui étais pas indifférente; la consolation, pour minime qu\u2019elle eût été, \u201cm\u2019aurait apporté une grande consolation mais je sais que, , \u201cnon seulement il ne m\u2019aime pas, mais qu\u2019il éprouve pres-\u201cque du mépris pour moi.Concevez-vous, alors, quelle est \u201cla détresse de mon âme?\u201d Ges deux dernières lettres m\u2019ont profondément ému à des titres différents et ces deux correspondantes ont mon affectueuse et entière sympathie.La première connaît l\u2019Amour jusqu\u2019à l\u2019abnégation totale d\u2019elle-même; la deuxième en souffre jusqu\u2019à l\u2019angoisse-du martyre.La première est immuablement fidèle malgré l\u2019éloignement et la trahison, elle aime comme au premier jour et pour cela je l\u2019admire.Elle a néanmoins ce qui n\u2019est peut-être qu\u2019une illusion mais suffît à panser un peu la blessure de son coeur : une lueur d\u2019espoir, très faible, très vague, et dont s\u2019illumine la tristesse de- ses heures car le coeur humain est tenace, il croit facilement à ce qu\u2019il désire et s\u2019accroche désespérément aux moindres possibilités.S\u2019il revenait! dit-elle ; c\u2019esl avouer: je souhaite ardemment qu\u2019il revienne et je l\u2019espère un peu.Pour la deuxième, c\u2019eBt la nuit complète, l\u2019isolement sombre, l\u2019affreuse solitude d\u2019une âme aimanle, incapable de tout nouvel amour consolateur à cause du sentiment qui l\u2019accapare toute entière; c\u2019est la certitude affolante qu\u2019une muraille infranchissable existé entre \"sén amour et celui qui en est l\u2019objet et que la douleur du lendemain viendra, jusqu\u2019au tombeau, s\u2019ajouter à celle de la veille.Devant une telle destinée, le coeur se serre et l\u2019on s\u2019incline en silence car on sait que toute parolè^de consolation serait inutile et vaine.Comme on le voit par ces brefs extraits, l\u2019Amour varie extrêmement de forme et d\u2019intensité selon les personnes Le nier?Certes non, je le répète, et telle n\u2019a jamais été mon intention.Admettre qu\u2019il dure autant què la vie?Certains exemples nous le prouvent mais ils ne concernent pas la généralité.Admettons que, pour les âmes d\u2019élite, la distance et les années ne comptent pas mais que pour les autres.Et les autres sont si nombreuses! F.de Verneull. LE SAMEDI Vol.33, ITo 24, Montréal, 19 novembre 1921 \u2022foc £\u20ac$m wi il LE BRUIT VOCATION Le père.\u2014 Je vois immédiat -ment ta vocation, mon garçon ; plue tard tu seras machiniste dans les automobiles.LA SITUATION Yvette\u2014Papa, avant de partir, hier soir, Georges m a dérobé un baiser, qu\u2019as-tu l\u2019intention de faire?Le père.\u2014 Je vais faire venir mon agent pour mon assurance contre les voleurs.Il te prendra un baiser et il me dira ensuite la valeur de ce crue Georges t\u2019a volé.NON Lion.\u2014 Ça .ne fait rfen votre mèi qu je vous embrasse?LAa.\u2014 Non, cela iui fait ni chain] i froid.AU TRIBUNAL Le juge.\u2014 Me comprene; vous?Le témoin sourd et muet.-Oui, monsieur le juge.1.Le grog bonhomme était poursuivi par un énorme bu]]-.lue qui s'était échappé de sa niche.2.Que faÿa?Comment ne pas être dévoré tout vivant?Arrivant près d\u2019un arbre il se cramponna il one branche.3.I.\u2019arnicau de la chaîne du bufl-dog se prit dans urne des branches et -le chien demeura captif.Heureusement pour notre homme qui put continuer sa marche.TRISTESSE J\u2019ai lout aimé dans celte vie : Dieu, l\u2019amour et la vérité.L\u2019art enchanteur, la poésie.L\u2019éloquence et la liberté.Estelle.\u2014 Le téléphone est une des plus grandes inventions du siècle.Armand.\u2014 Le téléphone n\u2019est pas une invention, c\u2019est un châtiment.Mais rien n\u2019a consolé mon âme.Ni Dieu, ni l\u2019art, ni cette femme.Qui m\u2019a compris et répondu.Numa DUMINY HEM! HEM! SON CHANGE AU RESTAURANT LA DIFFERENCE Un monsieur.-\u2014 Pardon, monsieur, mais vous avez mis votre chapeau dans ma salade aux fruits.L\u2019autre.\u2014 Ça ne fait rien, monsieur, ça ne fait rien, j\u2018ai un vieux chapeau.Jeannette.-\u2014Emportes-lu ta montre dans ton voyage en Europe?Pierre.-\u2014Non, car un de mes amis m\u2019a écrit me disant qu\u2019il y a près de huit heures de différence enUe l\u2019heure d\u2019Europe et la nôtre, alors il est inutile d\u2019emporter des objets encombrants.COURSE MOUVEMENTEE Le proprietary.\u2014 Je voudrais bien vous louer ma maison, mais vous awz un jeune enfant et j\u2019ai peu-r que ses cris m'empêchent de me reposer.Le futur locataire.\u2014 Oh, ne craignez rien, chaque fois que l\u2019enfant pleure, ma fille aînée se met au piano et elle étouffe ses cris.PURGATOIRE Ma jeunesse austère et ravie.S\u2019est écoulée, ombre et clarté.Sans fol orgueil et sans envie.Dans le culte de la beauté.Puis, le malheur que rien ne lasse Est Venu s asseoir à la place.De l\u2019idéal que j\u2019ai perdu ; Madame.\u2014- J'aimerais fl \u2018lire mon magazine dès que tu auras fini de regarder les vignettes des annonces de cors.(s.Un monsieur entre dans un tramway et donne un billet d\u2019un dollar pour payer son passage.Le conducteur lui dit qu\u2019il n\u2019a pas l\u2019argent voulu pour lui changer son billet.\u2014Avez-vous d\u2019autre monnaie?\u2014Oui, répond le passager, j\u2019ai un billet de 5 dollars.\u2014Donnez, lui dit le conducteur, je vais vous faire la monnaie.H prit le billet de cinq dollars et remit au passager: un billet de deux dollars, quarante-cinq sous en monnaie, et un deux dollars et demi en or\u2014soit quatre dollars et quatre-vingt quinze sous.Ge conducteur pouvait changer un cinq dollars et ne pouvait en changer un d\u2019un dollar. Toi, 33, ÎTo 24, Montréal, 19 novembre 1921 LE SAMEDI 9 DISTRACTION Le gros monsieur.\u2014 Exeusz-moi, gentille madame, inais jé crois que vous êtes sur mon pied 1 3\t-sc WÊÊÊSi in CAPRICE LES4E La servante\u2014J ai une maîtresse qui est assez capricieuse.L'amie.\u2014Comment cela?La servante.-\u2014Elle a passé tout l\u2019été aux bains de mer, et cet automne elle veut encore me forcer à faire chauffer de l\u2019eau pour prendre un bain une fois par semaine.A LA PORTE f Le maître de la maison.\u2014 Gomment se fait-il que vous n'êtes pas venue m\u2019ouvrir plus vite.Voilà une demie heure que je sonne.La servante.\u2014 Mais monsieur, vous avez sonné si longtemps que j\u2019avais fini par croire que c\u2019était le téléphone.PASSAGERES La maîtresse.\u2014Pouvez-vous me donner des références sur certains endroits ou vous êtes passée durant l\u2019année dernière?La servante.\u2014Mais oui, madame, ainsi j\u2019ai déjà fait deux jours pour madame, vous ne vous souvenez pas de moi.SON TARIF La mai tresse.\u2014Mon ancienne servante jouait constamment du piano et perdait un temps considérable.J\u2019ose espérer que vous ne jouez pas le piano?La servante.\u2014Excusez-moi, madame, je joue le piano, mais s\u2019il me faut faire de la musique pour la famille, c\u2019est cinq dollars de plus par mois.LES EN r CHEZ LE BOUCHER Adolphe.\u2014Je voudrais avoir du steak, mais je le voudrais très dur.Le boucher.\u2014Pourquoi cela?Adolphe.\u2014Parce que s'il est tendre, papa va tout le manger, et je n\u2019en aurai pas pour moi.REPONSE A TOUT Le-.¦père.\u2014\u2014Veux-lu bien me laisser tranquille et ne plus me poser de questions.Je me demande ce; que je serais devenu si j\u2019avais posé autant de questions que toi à mon père ?Le fils.-\u2014Tu pourrais peut-être répondre aux miennes aujourd\u2019hui.L\u2019ENDROIT Eveline.\u2014-J\u2019ai été bien malade, et maman m\u2019a mis une mouche de moutarde.La tante,\u2014Où t\u2019a-t-elle mis la mouche de moutarde?Eveline.\u2014 En haut, ma tante.EXPLICATION Jean.\u2014Papa, qu\u2019est-ce qu\u2019on veut dire lorsqu\u2019on parle du calme avant l\u2019orage.Le papa.\u2014Cela signifie la lune de miel, mon enfant.ÇA FAIT mm mm, Charles.\u2014 Lorsque vous nvev.dit à votre père que je ne buvais pas ni ne fumais, ni ne jouais, qu\u2019a-t-ii répondu?Denise.Ù m a dit qu'il ne voûtait pas que j\u2019épouse un homme parfait pais comme vous étiez un menteur de la plus belle eau, qu\u2019il consentait notre union. LE SAMEDI fol.33, ÏTo 24, Montréal, 19 novembre 1921 n ;àf éà « \u2022r&3&BU nDCD LêmM^ 1.Alfred avait acheté am camera de vues animées et voulait prendre des photos de sa dônoe Lucile.Il lui donna rendez-vous devant la maison d\u2019Edmond.2.Ils partirent tous deux pour le parc, mais Edmond avait attrapé le bout du rouleau de film qui se déroula à mesure que amoureux s'éloignaient de la maison.3.Une fois dans le parc Alfred fit prendre des poses à Eue île, et, avant de la photographier, il jeta son cigare derrière lui.LES AMOUREUX DE LUCULE 2.M a 11» eu reusement, un gardien vimlnt 1 < empêcher de s\u2019amuser h leur goût.Il donna un violât coup d.\u2019 pid dans la voiturette.:j.Mais notre petit* espiègle qui avait remarquée' que les automobiles ont da-» protecteurs sur le devant, coupa un gros champignon et le plaça devant la voi burette.4.Comme cela, il n\u2019y avait à craindre les collisions ni les coups de pieds du gardien du parc.4.Malheureusement, le cigare mit le feu à la bande de film qui s\u2019enflamma dans un rien de temps, Alfred voulut\tJe feu.Mais impossible.5.Il courut pour essayer du moins de sauver une partie de son film, mais jugez de sa suTpr.se lorsqu\u2019il s\u2019aperçut que le film entrait dans la maison d\u2019Edmond.0.Celui-ci fut grillé d la belle façon par le film qui brûla jusqu\u2019au bout.Encore une fos, il s\u2019était pris à son piège.Qu-e dites-vous de la chance qui poursuit nos amoureux.AU BUREAU DE POSTE Le monsieur.-\u2014Monsieur, voici une lettre, pourriez-vous me donner un reçu?L\u2019employé.\u2014Oui, monsieur, si vous voulez la faire enregistrer, nous allons vous donner un reçu.Le monsieur.\u2014Oh, jé ne vëux pas la faire enregistrer, c\u2019est simplement pour que ma femme soit bien certaine que je l\u2019ai mallée.LA DIFFERENCE Le client.\u2014 Je vois sur le menu, beefsteak 50 sous et beefsteak 75 sous, quelle est la différence entre les deux?: Le garçon.\u2014Nous donnons un meil-1 ur couteau avec la beefs leak de 75 sous.UN GRAND TALENT Alphonse.\u2014 Votre fille joue-t-elle le piano?Adolphe.\u2014Mais je vous crois; elle peut jouer \"La prière d\u2019une vierge® sur le piano avec un seul doigt, alors que la plupart de ses compagnes se servent de deux doigts.L'ESPIEGLE ROSETTE UNE PROPOSITION Le propriétaire.\u2014 Vous feriez mieux de retenir cette maison pour l\u2019an prochain.Le locataire.\u2014Mais je pourrais ne pas être en vie l\u2019an prochain.Le propriétaire.\u2014En ce cas, laissez-moi le savoir quinze jours avant.PAS CONTENT La dame de la pension.\u2014 Qu\u2019est-ce que vous avez encore à vous plaindre?Le pensionnaire.\u2014 Mais, madame, dans votre viande ,ce midi, il n\u2019y avait que des os.La dame.-\u2014Avez-vous déjà mangé de la viande où il n\u2019y avait pas d\u2019os?Le pensionnaire.\u2014 Oui, madame, tie la saucisse.- - LES 1.Le cousin Charles avait construit une voitu-rette splendide pour promener notre petite espiègle dans les allées du parc. Vol.33, No 24, Montréal, 19 novembre 1921 LE SAMEDI 11 HABITUDE COMPARAISON m m La maman.\u2014 Comment oela, je te surprends à tiireT la langue aux passants ! Blanche.\u2014 Mais, maman, c\u2019est le médecin qui passe! Joseph.\u2014 Vous frappez vos càonfl comme des éclairs.Alphonse.\u2014 Comment oela?Joseph.\u2014 Vous ne frappecz jamais à la môme place.LES TEMPS ONT CHANGES La maltresse (en 1870).\u2014 Pourquoi n\u2019êtes-vous pas venue la première fois que j\u2019ai sonné?La servante.\u2014 J\u2019étais en train de polir l\u2019argenterie.La Uiaîtresse.\u2014 La prochaine fois, il faudra accourir immédiatement.J\u2019ai presque été obligée de ramasser mon mouchoir moi-même.PREFERENCES m demoiselle Kglantine, Julien.\u2014 Tu as ' Ce courrier est ouvert gratuitement à tou» et à toutes.J'y répondrai aux questions d'intérêt général, c'est-à-dire que je demande aux correspondantes et aux correspondants d'éviter, autant que possible, de poser des questions banales ou des questions auxquelles seules les spécialistes s'intéresseraient.Il sera répondu aux demandes dans la quinzaine qui suivra leur réception et d'après leur ordre d'arrivée.Prière de ne poser qu'une ou deux questions à la fois et de ne pas demander de réponse directe, le courrier ayant lieu par la voie du journal.\tMANON _______ .\t.\u2014\t-y coquetterie est son péché mignon.Est d\u2019un ooraotère susceptible, se froirae à peu de chose maie ne garde pas rancune.Dépense peut-être un pen trop sans compter et ne réfléchit pas toujours asses.Devra se dévier de son ooeur affeo-tueux et savoir sagement faire la part des choses.2e Dans n\u2019importe quelle librairie, demandez le guide de la cuisinière.Votre voeu est d\u2019un grand ooeur, cela démontre que vous n\u2019êtes pas égoïste.J\u2019AI GONFIANCÏf EN VOUS.\u2014R.R,., en avril, homme aimant la vie de famille et aidant aux siens à parvenir.Est appelé à réussir soit dans la droit ou la comptabilité.S\u2019entend aux affaires.Est calme et mesuré dan3 ses paroles.A du succès en amour.Est d'un tempérament excessivement affectueux et sensuel.Il regarde surtout au côté solide et pratique des choses.2e En février, est d'un bon jugement et d'un coeur excellent, Est fidèle à ses amitiés, est d\u2019une belle activité.Se laisse par moments aller à la mélancolie.Trouve tout triste et sans attrait.Est assoiffée du beau.Doit se méfier de son orgueil et aussi de la solitude.UNE ORPHELINE.\u2014R.L., en déc Personne vivant généralement très âgée, Est sous l\u2019influence du Capricorne qui caractérise l'ambition, le dés'r do s'élever et donne les qualités nécessaires pour y parvenir.Est capricieuse et aime les hommages.Type joyeux et original.N'a pas les goûts de tout le monde.Est un peu brève dans son parler et prompte à la riposte.H.,, en septembre, est sympathique, A de bonnes ,manié: i.Habile en paroles flatteuses.Est intriguant, A beaucoup de ténacité, de volonté.Est aussi assez égoïste.Est d'un tempérament ardent et r n - rt-é, Aime la symétrie et ne se décide à nne chose qu'a-! ¦ voir patssée à la loupe de son jugement.DIAÏTAF\"1 11 Pierre-Léo, en mars, a (fer dispositions pour les beaux-arts et \u2022 parfois poi i la n nique.Est généreux et digne de confiance.Aime la sport et la vio mondaine.Se orée des ohagrip imaginaires, A beaucoup d\u2019iîhagmation.Est emporté et > g slleux.A les idées 1 rges, D'e '' sia ne oaprioiéûx,c\u2019ést-q ' 1 j r il croira m succès, verra tout en rose et le lendemain sera plongé lans Ira pins sombres pensées.2e Ecruc est bien porté, oe serait joli avec une dentelle au crochet comme vous le dites, 0 y a aussi le3 draperies orientales qui sont de bon goût.SCEPTIQUE.\u2014JtTiaoul, en mai, personne tourmentée par des problèmes inex-pliqaés et inexpliqnables, surtout dans l'ordre psychologiques.Attend au dernier moment avant de solder sra dûs, a la méfiance innee en lui.Doit dominer ses superstitions.Doit étudier les arts popr lesquels il a des talents latents.N\u2019est pa3 toujours d'une gaieté communicative.Ne se mêle pas des affaires des autres.Est légèrement moqueur voir même sarcastique.Est intelligent.Aime à observer et est assez bon déchiffrenr, AMOUREUSE D\u2019UN BRUN\u2014R.Edmond, en décembre, doué d\u2019une conception rapide, habile surtout en mécanique.A l\u2019esprit moqueur et pointilleux.Déoide promptement.Réussit en amour.A des dispositions pour la musique, A beaucoup d activité mais devrait ne pas en abuser.Du jus de verveine?Achetez d\u2019abord les feuilles soit en pharmacie ou chez n'importe quel bon herboriste, puis faites-les bouillir ensuite.MARGUERITE,\u2014R.Marguerite, en mars, a le tempérament légèrement lymphatique, Des formes arrondies.Est oo-quette et friande.Irascible mais s'apaise b te.Devra réfléchir avant de se marier, ne pas se vêtir toujours selon ses goûts tapageura.D\u2019une vive intelligence naturelle.William, en janvier.Vif, spirituel, mais un brin sournois.Doué d\u2019un cerveau solide apte à juger.Est peu émotif.A l\u2019amour propre chatouilleux.Est sérieux et bon travailleur.J'AIME UN GRAHD BRUN\u2014R.Lydia, en janvier, personne joyeuse, vive, taquine.A beaucoup d\u2019esprit pratique.¦ Est ooquette et intriguante.Aime les plaisirs et les réunions bruyantes.Cherche se marier jeune.A des talents culinaires.Est prompte et entêtée, mais n\u2019est ' 1 pourvue de coeur ni de jugement.Wilfrid, le 36 avril, personne indépendante et révoltée.A un orgueil exagéré qui le pousse parfois jusqu'au ridicule.Est du reste laborieux et patient, Doit surveiller ses excès d'indépendance et ne pas s'entêter dans ses opinions, N\u2019a pas les idées très larges et pas toujours sin-oère dans sra opinions.A beaucoup de discernement mais ne sait pas toujours bien l'employer.A de l\u2019énergie.Son oa-ractère est assez égal d'humeur, Aime à être aimé et câliner.Oui, certainement.REVEUSE.\u2014R.0., née en avril, personne aimant l\u2019exactitude.Ne déteste pas d\u2019être complimentée, est orgueilleuse et se vante.À néanmoins beaucoup de valeur morale, a un bon jugement et du discernement.Fera bientôt un mariage d'amour.2e Enveloppez-le de crêpe noir et jetesz-le soit dans une chambre noire on abandonnée.Oui, cela me ferait un réel plaisir.NOUVELLE PERVENCHE.\u2014R.Germaine, en juillet, personne douce, pondérée, affectueuse et dévouée, A des doigts de fée, excelle dans les travaux d'aiguilles, Aime l'amour et en fait l'unique but de sa vie.Rêve d'un mari selon ses goûts.Est très intelligente.Honorius, homme d'affaire et d'action.Est frano et loyal.Travailleur acharné et amoureux, ardent.Je ne réponds qu\u2019à deux questions.Oui, ma petite amie, revenez dono, cela me fera bien plaisir.Manon n'est pas terrible, vous savez!.son ooeur est plein de tendresse et ne demande qu'à donner du bonheur, AMOUREUSE D'UN BRUN\u2014R.An-nette, en novembre, personne changeante et capricieuse.Epousera un homme plus âgé qu\u2019elle.A le goût de la vie à grand tapage avec parfois des dégoûts sans cause et le besoin de la solitude.Est enclin aux superstitions.D\u2019un raprit inventif.Possède assez de verve.Est sensible et gracieuse.Eva, en septembre, personne orgueilleuse et souvent médisante.A des idées larges tout en étant prude.Est fière et d\u2019une susceptibilité très grande.A des talents pour la mode.Est passnionée et dangereuse aux coeurs masculins.FLEUR D\u2019ESPERANCE.\u2014 R.Marguerite, en mars, personne autoritaire, toujours prête à 3'emporter, Aime les bijoux, les bals, la société.Est futile et sérieuse à la fois.A un bon caractère, rat romanesque et concentrée.S'excite parfois en société, mais cela est'plutôt due à la nervosité.Aime sa famille, fera une mère dévouée.V., en avril, nature fière, homme ambitieux, aime fortement et s\u2019attache de même.Est courageux et travailleur.Se laisse parfois influencer par de mauvais amis ei commet alors des bévues qu\u2019il regrette.Est confiant dans 1 honneur d\u2019autrui.A un caractère ni rieur, ni sérieux.KID, R, Pour maigrir: Baume opo-deldoch optaoé, 60 gram.Iodure de potassium, 2 gram.Masser les partira à diminuer.Pour le duvet des bras: Eau oxygénée 40 gram.Vaseline, 10 gram.I&nolme, 30 gram.Pour blanchir la peau: Glycérine, 15 gram.Miel, 60 g.Alcool, 15 g.Acide citrique, 7 g.Essence de myrrhe X g. Vol.33, Ho 24, Montréal, 19 novembre 1921 LE SAMEDI 19 FEUILLETON DU \u201cSAMEDI» ¦¦ il\u2014»\u2014 FIER CŒUR ¦onniiiHiinaiïrainBii Par PAUL DE GARROS No 3\tSuite) VI Une minute plus tard, Julien Herbi-gnao était en face du comte de Morvil-lars, assis devant son bureau et seul, car Raymond avait jugé préférable de s\u2019éclipser également.Et, dès le premier regard qu\u2019ils échangèrent, tous les deux comprirent que le duel allait être chaud.Ce fut Gautier qui attaqua.\u2014Je vous ai prié de revenir ce isoir conférer avec moi, monsieur Herbignac, parce qu\u2019il est nécessaire que nous faisions cesser au plus tôt l\u2019équivoque.\u2014Oh ! monsieur le comte, interrompit l\u2019intendant, l\u2019équivoque n\u2019existe plus depuis notre dernière entrevue.La situation est même très claire depuis ce jour-là.Vous m\u2019avez laissé entendre que j\u2019étais un gredin, que je vous volais cyniquement.\u2014Non, je ne crois pas avoir été, oe jour-là.aussi précis, car si je connaissais le fait, je n\u2019avais pas de détails, pas de preuves.-\u2014Et, aujourd\u2019hui, vous en avez ?\u2014Oui.\u2014C'est votre notaire qui vous* les a fournis ?\u2014Je n\u2019ai pas à vous faire connaître où j\u2019ai puisé mes renseigenments.Sachez seulement qu\u2019ils sont exacts.Et, ce qui le prouve, c\u2019est que vous êtes atterré.\u2014Atterré, moi ! Je ne crois pas.J\u2019ai l\u2019impression d\u2019être, au contraire, très calme, parfaitement sûr de moi.Au sur.plus, pourquoi donc serais-je atterré ?Dans ce que vous me reprochez, je ne vois rien qui puisse me troubler.\u201c La belle affaire, en vérité, quand je vous aurais volé quelques dizaines de mille francs tout en défendant par ailleurs vos intérêts?.Ceci ne compense-t-il pas cela?__C\u2019est un aveu.Tu reconnais tes vols, bandit ! __je n\u2019avoue rien du tout et je vous défie bien de prouver quoi que ce soit contre moi._____.Voilà ce qu\u2019on peut appeler du toupet, par exemple ! J\u2019ai là, dans mon tiroir, les preuves irréfutables de ce que j\u2019ava nce.Commenté dan* le numéro du 5 novembre 1921.Publié en vertu Sun brouté avec Ui Société tea Qrxi.le bettrea.Résumé des Précédents Chapitres Jacqueline, femme de Raymond, vicomte de Morvillars, avait été épousée par amour en dépit de la mauvaise volonté de cette famille.Jaoqueline n\u2019était pas une noble, c\u2019était le grand motif.La fille du comte Gautier, Eliane de Morvillars avait aussi suivi les penchants de son coeur et s\u2019était mésalliée.Son père l\u2019avait presque reniée, il s\u2019en désintéressait et défendait aux membres de sa famille de parler d\u2019elle.\u2014Montrez-les donc ! Gautier de Morvillars réfléchit un instant et conclut in petto : \u201c Soyons prudent et faisons-lui voir de loin les papiers qui le confondent, car, si je le® lui mettais sous le nez, il serait trop tenté ed les confisquer, et comme le gaillard est plus fort que moi, étant beaucoup plus jeune, la lutte se terminerait par ma défaite.Donc, prenons nos précautions.\u201d Tout en se donnant ces sages oonseils, le vieillard avait ouvert le tiroir de son bureau, dans lequel se trouvaient les papiers qui établissaient la malhonnêteté de l\u2019intendant, et aussi un revolver, d\u2019assez fort, calibre, qui était placé là en prévision d\u2019une attaque de cambrioleurs.Instinctivement, comme si la présence de Julien Herbignac en face de lui eût constitué une menace de danger, Gautier caressa la crosse de ce revolver et finit par le tirer du tiroir pour le mettre à port|e de sa main.L\u2019intendant surprit ce geste et dit, goguenard : \u2014Je ne pense pas, monsieur le comte, que vous avez l\u2019intention de m\u2019envoyer quelques balles dans le corps pour me prouver que je suis un coquin.Dans tous les cas, je dois vous avertir que je ne me laisserai pas exécuter sains me défendrez \u201cJ\u2019ai pris mes précautions en vue d\u2019une éventualité qui peut toujours se produire avec un aimable caractère comme le vôtre : j\u2019ai là de quoi vous répondre.Ce disant^ il tira de sa poche un revolver qu\u2019il déposa sur ses genoux.\u2014'Maintenant, causons ! \u2014En prenant oe que vous appelez vos précaution®, déclara sèchement le gentilhomme, vous avouez tout simplement que vous avez prémédité une agression contre moi.\u201c Evidemment, en m\u2019assassinant, vous feriez disparaître un accusateur bien gênant pour votre tranquillité.\u201c Moi mort, vous pourriez, avant que mes domestiques interviennent, vous emparer facilement de ces papiers qui voue compromettent si gravement, et vous seriez libre alors de recommencer en toute sécurité une nouvelle carrière.\u201cJe crois, cependant, que vous auriez tort de fonder de trop grands espoirs sur ce meurtre.Très probablement, ainsi que cela arrive si souvent, vous commettriez un crime inutile.\u2014Je n\u2019ai jamais eu la pensée de vous assassiner, comme vous le dites, rectifia Herbignac, froidement.J\u2019ai simplement prévu le cas où je serais obligé d\u2019opposer la force, à la force, les coups aux coups, car, avec votre caractère impulsif, un acte de violence est toujours à redouter.\u2014Il me semble que, sur ce point, vous n\u2019avez rien à m\u2019envier, répondit le comte.Si je suis violent, vous l\u2019êtes autant que moi, et vous* êtes de plus un menteur et un fourbe.\u2014Pardon ! interrompit Henbignas, d\u2019un ton aigre, nous n\u2019allons pas continuer indéfiniment à nous lancer des injures à la tête.Je ne suis pas venu pour cela\u2014pas plus que pour vous assassiner, je le répète.\u201c Cet entretien, auquel vous m\u2019avez convié par une lettre doucereuse qui révèle une fourberie a umoinis' égale à la mienne, cet entretien, dis-je, avait comme but de résoudre notre différent, qui ne peut d\u2019ailleurs se terminer que par une rupture.Car il est bien évident qu\u2019avec l\u2019opinion que vous avez de moi, je ne puis pas rester à votre service.\u201cJe venais donc, en toute bonne foi, vous soumettre mes comptes, vous demander quitus et.prendre congé de vous.\u2014Me soumettre vos.comptes ! s\u2019écria le vieillard pâle de colère.Vous osez, malheureux, parler de comptes et de quitus, alors que toute votre gestion, depuis vingt ans, n\u2019a été qu\u2019un vol perpétuel, un vol savamment, longuement prémédité et exécuté, d\u2019ailleurs, je le reconnais, avec une habileté consommée.\u201c Si vous voulez un quitus, commencez donc par me rembourser les cent 20 LE SAMEDI Toi.33, So 24, Montréal, 19 novembre 1921 cinquante ou cent soixante mille francs que vous m\u2019avez volés, c\u2019est à peu près le chiffre que j\u2019ai relevé.car, moi aussi, j\u2019ai fait mes comptes-\u2014trop tardivement, hélas !.j\u2019avais tant de confionce en vous !.Un mouvement d\u2019indignation, vraie ou simulée, souleva Julien Herbignac.Glissant son revolver dans sa poche, il se leva et s\u2019avança vers le vieillard avec un air agressif.\u2014Voyons, monsieur le comte, vous êtes fou ou de mauvaise foi pour parler ainsi ! s\u2019écria-t-il.Vous savez bien qu\u2019il n'y a pas un mot de vrai dans l'accusation que vous lancez contre moi.C\u2019est votre notaire qui vous a fourré cela dans la tête, sans l\u2019ombre d\u2019une preuve.Mais M.de Morvillars n\u2019entendit mê-me pas cette protestation.En voyant l\u2019intendant s\u2019approcher de lui avec une attitude farouche, il s\u2019imagina que celui-ci avait l\u2019intention de bondir sur lui, de le frapepr, de le terrasser et de l\u2019étrangler au besoin, afin de s\u2019emparer des papiers accusateurs.Et cette crainte l alTola au point de lui faire perdre la notion exacte des choses.Dans le trouble profond qu'avait créé cette violente émotion, l\u2019instinct de la conservation subsista seul.Croyant sa vie en danger, se considérant même comme en état de légitime défense, Gautier saisit rapidement son revolver, puis, se levant vivement, manoeuvra pour maintenir toujours la table-bureau entre son adversaire et lui.Cette agitation ridicule exaspéra Julien.\u2014-N\u2019ayez donc pas peur, voyons ! Je ne veux pas vous avaler ! lança-1-il d'un ton sarcastique.Mais, tout en proférant ces paroles rassurantes, il continua à avancer avec une attitude menaçante.Et le vieillard, croyant sa dernière heure venue, perdit soudain la tête.Une, deux, trois détonations éclatèrent coup sur coup, auxquelles répondit un cri de douleur.Et Julien Herbignac qui, à ce même instant, reprenait son revolver pour se défendre, laissa tomber son arme : il avait le bras cassé.Il est probable que, sans cette circonstance, le sort du comte de Morvillars eût été promptement réglé.Mais le bruit des détonations avait provoqué des interventions diverses, qui mirent fin à cette scène tragique.Ce fut, d\u2019un côté le valet de chambre du comte, de l\u2019autre, Raymond bientôt suivi de sa femme, qui accouraient affolés, angoissés.En un clin d\u2019oeil, ils devinèrent à peu près ce qui s\u2019était, passé, et s\u2019empressèrent d\u2019intervenir.L\u2019un essaya de calmer le vieillard, qui manifestait la plus vive exaltation.L\u2019autre voulut demander des explications, des comptes à l\u2019intendant, qui, après avoir, de la main gauche, ramassé son revolver, se tenait près de la porte, dans une attitude à Jft fois piteuse et rogue.a liai ov.uno hpw i II ,hc:U.l\t! 0! l\u2019j J1 J.1:0 V - UOÎT iiod Jgs Vol.33, No 24, Montréal, 19 novembre 1921 LE SAMEDI 21 \u2014C\u2019est très facile, répondit Jacqueline ; je le ferai en quelques mots.Il me suffira de dire qu\u2019ayant été amenée par le hasard dans le salon, il y a une heure, j ai surpris, en quelque sorte malgré moi, votre conversation avec mon mari.\u201c Donc, je sais tout.Je sais que vous êtes ruiné.Que ce soit par suite des malversations de Julien Herbignac, ou par suite de gaspillage, de mauvaise administration, d\u2019imprudence ou de paresse, peu importe ! C\u2019est un fait.\u201c Vous n\u2019avez plus de quoi faire face aux dépenses de votre train de maison.Vous allez être acculé à une liquidation, qui sera, comme toujours, désastreuse.Ce sera le coup de grâce, vous resterez sans le sou.Le père et le fils atterrés, jugèrent inutile de protester.\u2014Eh bien ! continua la jeune femme, cette situation douloureuse ne m\u2019effraie pas et je suis prête à lutter contre l\u2019adversité avec une infatigable ténacité.\u201c Je suis prête d\u2019abord à réduire au strict nécessaire les dépenses du ménage et les dépenses de notre entretien personnel.Je suis prête, s\u2019il le faut, à travailler.Avec le piano et la couture, je peux gagner quelques sommes.Le vieillard, devant un si bel élan d\u2019abnégation, parut s\u2019attendrir.\u2014Non, ma fille, non, protesta-t-il, vous n\u2019aurez pas besoin de travailler.Je ne le permettrais pas, d\u2019ailleurs.Et, au surplus, la liquidation, si nous y sommes acculés, nous laissera encore, je pense, quelques disponibilités.\u2014Moi non plus, ajouta Raymond avec véhémence, je ne permettrais pas que ma femme travaillât.C\u2019est à moi de travailler, c'est à moi d'assurer l\u2019existence de ma afmille.Désormais, je saurai assumer ce devoir.\u2014Il est regrettable que vous n\u2019y ayez pas songé plus tôt, insinua Jacqueline.Très probablement, si vous aviez, depuis sept ou huit ans, fait oeuvre de vos doigts, au lieu de croupir ici dans une inaction complète, nous n\u2019en serions pas où nous en sommes.\u201c Vous aviez d\u2019ailleurs un travail tout indiqué, sans chercher loin, sans sortir de chez vous.Vous n\u2019aviez qu\u2019à vous occuper à gérer la fortune de votre père, cela vous eût fait faire l\u2019économie d\u2019un intendant et vous eût évité d\u2019être volé par Julien Herbignac.\u201c Double économie ! Très appréciable, je crois, puisque cet Herbignac, parait-il,,a volé gros.\u2014Hélas ! Vous avez raison, mille fois raison.Mais, que voulez-vous, l'habitude de la paresse est un pçu héréditaire dans ma famille.Je n\u2019ai donc jamais pensé que je pouvais /me rendre utile.\u201cIl faut ce coup subit et terrible de l'adversité pour me réveiller.Mais, désormais, je le répète, je saurai faire mon devoir., ¦ i Eh bien ! conclut Jacqueline, ¦ ela prouve'que \u201cà qdelqtiê chose-' malheur est bon\u201d.Tiens, voilà Renée ! inutile de la mettre au courant tout de suite, n\u2019est-ce pas ?Je le ferai plus tard.C\u2019était, en effet, la fillette qui venait d\u2019entre-bâiller la porte.Cherchant sa maman partout et ne la trouvant nulle part, elle avait fini par se diriger vers le cabinet de travail de bon papa.Surgissant à T improviste au milieu de cette conversation douloureuse et voyant tous les visages attristés, préoccupés, elle eut une minute d\u2019hésitation et de timidité embarrassée.\u2014Entre, ma chérie, n\u2019aie pas peur I dit Jacqueline en tendant ses bras.La petite Renée vint en courant s\u2019y blottir et parut n\u2019avoir plus rien à redouter des difficultés de la vie.Aussi, tout à fait rassurée, elle se décida à dire au bout d'un instant : \u2014Je cherchais maman, mais j\u2019avais aussi une communication à faire à tout le monde.C\u2019est de la part de la cuisinière, qui m\u2019a prié de prévenir que le dîner était prêt depuis longtemps.\u2014Elle n'a pas sonné ?\u2014Si, mais personne n\u2019est venu.\u2014Et, nous supposant en conciliabule grave, elle n\u2019a pas osé insister ?ajouta Jacqueline songeu&e.\"Voilà, il n\u2019y a rien à cacher maintenant à nos domestiques; ils savent à quoi s\u2019en tenir sur la situation.Eh bien ! ma chérie, poursuivit-elle en embrassant la fillette, tu peux dire à Albertine qu\u2019elle n\u2019a qu\u2019à servir : nous sommes prêts.Le dîner, ce soir-là, dans la grande salle à manger du château d\u2019Argence, ne fut pas plus gai que d'habitude.Mais les convives furent peut-être un peu moins guindés.Le comte était tenté de s'attendrir sur le cas de sa belle-fille, si résignée, si désintéressée.Et Raymond, tout à ses belles résolutions, éprouvait déjà comme une vague satisfaction du devoir accompli.Ce qui le rendait plus ouvert et moins rogue.Bref,-ee soir-là, les hôtes du château d\u2019Argence se couchèrent dans des dispositions moins hostiles les uns envers les autres.Malheureusement, le lendemain matin, l'éventualité redoutée se produisit.Sur la plainte de M.Julien Herbignac, le parquet de Versailles fit procéder à l'arrestation du comte Gautier de Mor-villars pour coups et blessure n\u2019ayant pas entraîné la mort mais ayant eu l\u2019intention de la donner.Article du Code que Raymond, qui se piquait d\u2019avoir étudié le droit, déclara inconnu de lui.C'était en tut cag une inculpation grave et codire laquelle un avocat parisien haut coté n\u2019aurait pas trop de toute son éloquence.Le vieux gentilhotame, /s\u2019inclinant, devant la force, suivit sans récriminer les agents de police judiciaire et prit congé de son fils et de sa belle-fille dans des termes affectueux, dont il n\u2019usait plus avec eux depuis longtemps.L\u2019adversilé est décidément une excellente école pour les caraclères revêches/.La petite Renée eut, elle aussi, sa part de caresses.Ce qui l\u2019attendrit, la fit pleurer et lui suggéra cette affection : qu\u2019il fallait à bon papa, pour le rendre tendre, beaucoup d\u2019ennuis.VIII Quoique la transplantation de sa famille sur le sol de la grande République américaine remontât seulement à quelque trente-cinq ans\u2014c\u2019était son propre père qui s\u2019était expatrié pour chercher fortune là-bas\u2014-Tony Bryas était Américain jusqu\u2019au bout des ongles.Il est vrai que sa mère, Anglaise d\u2019origine, habitait Baltimore depuis quinze ans déjà, lorsque M.Arthur Bryas l\u2019avait épousée.Tony, qui venait d\u2019atteindre la trentaine, était un solide gaillard, grand, bien décou/plé, taillé en force, ce qui ne l\u2019empêchait pas d\u2019avoir une tournure élégante et souple.Complètement rasé, sauf à la lèvre supérieure qui portait une imperceptible moustache, selon la mode adoptée par certains de ses compatriotes, il avait des traits réguliers et un peu forts, les cheveux châtains, les yeux d\u2019un bleu gris, très doux, la physionomie ouverte et sympathique.Bien que son père qui, on le voit, n\u2019avait pas perdu son temps en s\u2019expatriant, fût fort riche, le jeune Tony s\u2019était bien gardé de vivre en désoeuvré.Ses études classiques terminées, il s\u2019était mis à étudier la médecine.Reçu docteur après sept ans d\u2019un labeur ininterrompu, il venait de s\u2019établir et commençait à exercer, dans la ville même où il était né et où isa famille occupait une situation considérable, Baltimore, lorsque la mort soudaine de son père, emporté à cinquante-huit ans par une embolie, l\u2019avait complètement désemparé.Il n\u2019en avait pas fini cependant avec les épreuves.A peine se relevait-il du premier choc et commençait-il à reprendre goût à l\u2019existence, que sa soeur unique, Cécile, de dix ans plus jeune que lui, fut atteinte de la fièvre typhoïde et succomba au buot /le quinze jours, malgré les soins éclairés et dévoués qui lui furent prodigués.Ce n\u2019était -pas tout.La maman, que la mort de son mari avait durement éprouvée déjà, ne voulut laisser à personne le soin de soigner sa chère Cécile.Elle contracta la redoutable maladie et mourut à son tour, trois semaines après sa 011 o.Tony is/e trouva dès lors seul au monde, avec le souci d\u2019une grosse fortune à administrer, mais n\u2019ayant personne pour en partager la jouissance avec lui.Car il n\u2019avait aucun parent aux Etats-Unis, ses relations, nombreuses à cause de 'la grande situation de son père, n\u2019étaient que des relations banales, et, d\u2019autre part, il n\u2019avait encore fait aucun P projet d\u2019avenir, pour la boue raison que Bon coeur n\u2019avait pas encore eérieuse-paent vibré.Sur ees entrefaites, le corps expéditionnaire américain, qui se préparait 4 j*Har au secours de Va France, recrutait |ton personnel médical.Tony se Ht enrôler, pensant avec raison qu\u2019il trouverait là, d\u2019abord, une diversion & se» chagrins, ensuite un moyen de se rendre utile, de faire du bien, enfin peut-être une occasion de poursuivre, de Compléter avantageusement ses études.D en voulait parti culièrement à cette maudite fièvre typhoïde, qui lui avait enlevé sa soeur et sa mère.Or, la fièvre typhoïde, c\u2019est la grande ennemie des armées en campagne.Il aurait donc des facilités spéciales pour la voir de près*, l\u2019étudier sous toutes ses formes, la combattre et la vaincre.Débarqué en France dans le courant du mois d\u2019octobre 1917, le jeune méde-eiri s\u2019était d\u2019abord, bien entendu, consacré à se® devoir professionnels.Puis la viotoire était venue, sanctionnée par l\u2019armistice.C\u2019était la détente, presque Va paix.On parlait déjà de renvoyer en Amérique une partie du corps expéditionnaire.Mais la France, pays d\u2019origine de sa famille, avait eu le temps d\u2019exercer sur le jeune homme son attirance fascinatrice.A quoi bon, d\u2019ailleurs, retourner aux Etats-Unis où, sane doute, il avait de gros intérêts, mais où il était sûr de n\u2019avoir aucun parent, tandis qu\u2019en France B en avait probablement.Tony B ryes avait donc demandé et\" obtenu \u2014 non s ans peine \u2014 de rester en France lorsque le corps auquel D appar.tenait regagnerait l\u2019Amérique pour y être disloqué.CT est ainsi que le jeune docteur, depuis quelques mois déjà, résidait à Paris, librement, consacrant une part de sa vie à ses chères études médicales, et l'autre à refaire connaissance avec la France, le pays de ses anoêtres.Et Paoclhnation progressait rapidement, n\u2019étant pas contrariée par l\u2019obstacle habituellement le plus gênant, oelui de la langue, puisque Tony, grâce à son père, parlait le français comme l\u2019anglais.Entre temps, le jeune médecin avait déjà retrouvé, par suite de l\u2019Intervention intelligente d\u2019une agence de r cherches^ une partie de sa famille.Dette agence lui avait appris, pu effet, que MSe Jacqueline Bryas, fille d\u2019un cousin germain de son père, avail épousé M.Raymond de Morvillars et qu\u2019elle habitait le château d Argonee en Seine-et-Otee.D s\u2019était aussitôt rendu à cette adresse, mais une déception l\u2019y attendait., Accueilli très cordialement par la vicomtesse de MocviTlars, fl avait été reçu si froidement par le comte et par son fit», qu\u2019il rwdt tout de ®cdi© compris l\u2019impos- LE SAMEDI Vol.38, ïïo 24, Montréal, 19 novembre 1921 _______J.-.\u2014 sibité d® nouer, de ce oôtè-là, des relations suivies, des relations agréables.\"Certes, s\u2019était-il dit, il m\u2019importe peu que le vieux comte, capricieux et revêche, et son fils, me fassent grise mine.Ce ne sont pas eux mes parents.C\u2019est Jacqueline Bryas ma parente ; et rile, elle est oh armante.\u201c Néanmoins, par suite des dispositions hostile® de son mari et de son beam père, ü me sera impossible de la voir \u2022ouvent ; et, dès lors, ne dois-je pas montrer une grande réserve, ne fût-oe que pour ne pas attirer de désagréments à cette charmante femme ?\u201d Tony avait donc pris son parti du contretemps, non sans un vif regret cependant, et en s\u2019efforçant, d\u2019ailleurs, de ne pas perdre tout contact avec cette jeune parente, si aimable et si sympathique.Lorsque Jacqueline était venue le \u2022chercher dans sa pension de famille de la rue de Moscou, pour le prier de se rendre sans délai auprès d'Alice Hébert \u2014\u201cune parente éloignée, à la santé de qui elle s\u2019intéressait vivement\u201d\u2014le jeune médecin avait donc été doublement heureux de répondre à son appel.Il allait pouvoir se rendre utile, exercer son ministère, qu\u2019il considérait com.me un sacerdoce, soigner, guérir \u2014 U l'espérait du moins\u2014une innocente victime de cette horrible fièvre typhoïde, si meurtrière pour la jeunesse.Et, en même temps, il aurait ainsi l\u2019occasion de revoir assez souvent sans doute sa cousine Jacqueline.Il s\u2019imaginait probablement que la vicomtesse avait toute liberté, toute facilité de venir aussi fréquemment qu\u2019elle le voulait auprès de la malade.Il s\u2019aperçut bien vite que, sur ce point, 11 s\u2019était trompé, car bien qu\u2019il fît rue Fromentin des visites fréquentes, il n\u2019avait pas encore, au bout de huit jour®, entendu parler de sa cousine.Celle-ci venait, sans doute\u2014elle considérait comme un devoir de s\u2019assurer par elle-même qu\u2019on faisait tout ce qu\u2019il était humainement .possible de faire pour sauver sa nièce, et elle eût été trop inquiète d\u2019ailleurs, en restant privée de nouvelles \u2014 mais elle ne venait jamais aux heures où Tony se trouvait là ; elle venait en courant, en se cachant semblait-il.El cela donna à penser 4 l'Américain que cette façon d\u2019agir dissimulait peut-être quelque mystère.Mai» il ne chercha pas à déchiffrer l\u2019énigme.F! se contenta de faire son devoir, lequel consistait, dans l\u2019ocourenoe, à disputer là jeune fille à la mort.Il y réussit.Après douze .jours d\u2019alternatives diverses, pendant, lesquelles il lutta pied à pied oontre le mal, il eut la joie de constater enfin une détente sérieuse.Justement, ce jour-là, il eut le .platefe de se renoontrer avec Jacqueline au chevet de la malade.H put lui annoncer tout de suite la bonne nouvelle et ajoutai \u2014Maintenant, je n'ai plus besoin de venir aussi souvent.Je vais espacer mes visites.Le jeune fille l\u2019entendit et objecta : \u2014Pourquoi donc ne viendriez-vpus plus aussi souvent ?Je suis, habituée à vous voir et votre présence me tranquillise» Pourquoi me priver de cette consolation ?Cette observation troubla le jeune médecin, qui balbutia une réponse vague et d'ailleurs inintelligible.La jeune femme éprouva également une impress ion d-embarras, mais crut inutile de l\u2019exprimer et se contenta dë dire au bout d\u2019un instant : -\u2014Il ne faut pas contrarier ma petite Alice.Continuez donc à venir aussi souvent que vous pourrez, puisque votre présence lui fait du bien.Sa guérison rapide et complète est peut-être à ce prix.Tony Bryas s\u2019inclina en sighe d\u2019acquiescement et ®e garda bien, par la suite, de contrarier la malade à ce point de vue, car en s\u2019abstenant, il sè fût imposé à lui-même une contrariété au moins égale.Le jeune médecin, en effet, s\u2019était habitué à voir chaque jour, même plusieurs fois par jour, la malade qu\u2019un extraordinaire concours de circonstances avait confiée à ses soins.Et cette habitude, à lui aussi, était devenue douce.Car, en même temps qu\u2019il ressentait une grande pitié pour la pauvre orpheline, qui n\u2019avait pas.pour la soutenir dans cette rude épreuve, l\u2019affection d\u2019une mère, il éprouvait un plaisir chaque jour plus marqué à prolonger son séjour auprès de cette délicieuse jeune fille, aux traits si fins, au front si pur.au regard si doux, 4 qui les affres de la maladie n\u2019avaient rien enlevé de son ohar-me.Pour tout dire en un mot, un élan instinctif avait créé entre le médecin et sa malade, dès le premier jour où ils s\u2019étaient trouvés en contact, un courant de sympathie réciproque, que le temps et l\u2019habitude n\u2019avaient fait que fortifier.Chose bizarre, le docteur Gaston Brea.sol, qui avait été appelé le premier auprès d\u2019Alice, continua à venir la voir sinon tous les jours, du moins de temps en tempsi.Les dames Guemier n\u2019osèrent pas le prier de s\u2019asbtenir, pensant d\u2019ailleurs qu\u2019il prendrait lui-même l\u2019Initiative de cette retraite.Mais il n\u2019en fit rien.Ou bien, si l\u2019idée lui en vint, il ne jugea pas à propos de conformer sa, conduite 4 cette pensée.Alors que tout autre, placé dans le même cas, se fût froissé et eût décampé erii 'claquant la porte, lui trouva ou du moins parut trouver tout naturel de ren.contrer au ohevet de \u201csa\u201d malade un autre médecin, un confrère, c'est-à-dire un rival.Mais peut-être, en s\u2019aooommodant ou en faisant semblant de s'accommoder «nasi facilement d\u2019un état de choses qui Vol, 33, Ho 24, Montréal, 19 ncvamhra 1921 LE SAMEDI 23 eût choqué tout autre, suivait-il un plan déterminé, parfaitement arrêté d'avance.Bressol, en effet, depuis la déception si cruelle qui avait brusquement coupé court à son flirt inutile avec Jacqueline Bryas, Bressol, replié sur lui-même, n\u2019avait ébauché aucune autre combinaison matrimoniale.Et malgré la guerre, qui, en le sortant de son cercle habituel, avait multiplié pour lui, comme pour tout le monde, les occasions de mariage, il restait enfermé dans un farouche isolement.Soudain, son coeur avait vibré.Appelé auprès de Mme Hébert, U avait vu Alice, la délicieuse, la captivante Alice.Et le charme avait opéré sur lui, comme il devait opérer quelques semaines plus tard sur l\u2019Américain.Depuis ce jour où il avait vu la jeune fille pour la première fois, Bressol n\u2019avait pas varié d\u2019une ligne dans la poursuite de sa marotte, et s\u2019était au contraire fortifié dans cette idée qu\u2019ïï devait tout mettre en oeuvre pour épouser la nièce de Jacqueline.Et voilà que, tout d\u2019un coup, un rival apparaissait\u2014un rival très dangereux, puisque sa sympathie pour Alice Hébert semblait éveiller dans l\u2019âme de celle-ci une sympathie réciproque.Bressol se dit alors : \u201cSi je n\u2019ai plus besoin de venir pour soigner ma malade, dont la santé est d\u2019ailleurs, je crois, entre les mains d\u2019un homme d\u2019expérience, ma présence sera tout dr même utile à d\u2019autres points dq, vue.\u2019\u2019 Et, dès ce jour, au lieu de manifester de la mauvaise humeur chaque fois qu\u2019il rencontrait Tony Bryais, il se montra au contraire on ne peut plus affable et cordial.Il s\u2019agissait d\u2019entrer dans les bonnes grâces du médecin américain et de lui inspirer une confiance absolue, pour pouvoir ensuite lui donner des conseils pernicieux.Mais, en attendant qu\u2019il fût en mesure d\u2019agir efficacement sur son confrère et rival, Gaston Bressol jugea qu\u2019il n\u2019était pas inutile de donner à celle qp\u2019il aimait des conseils.de prudence pour son bien, dans son intérêt, naturellement.Et, un jour qu\u2019il se trouvait seul avec la jeune fille, alors que sa convalescence nettement déclarée lui permettait de soutenir une conversation, de raisonner sainement, il se risqua à planter un premier jalon.\u2014Vous avez bien oonfiance en mol, mademoiselle Alice?deraanda-t-il à brûle-pourpoint.Et comme elle ne se pressait pas de répondre, il consi tnua: \u2014Les circonstances douloureuses et tragiques dans lesquelles nous sommes entrés en relations et qui m\u2019ont fait le confident d\u2019un secret que votre chère maman oe voulait confier qu'à votre tante et aux excellentes personnes qui vous offrent l\u2019hospitalité.- Je pense, monsieur, interrompit, la jeune fille, que ce secret, vous 1© garde- rez fidèlement comme on garde un secret professionnel.\u2014'N\u2019en doutez pas.Dono, les circonstances douloureuses qui ont accompagné le début de nos relations me donnent, je crois, quelque titre à votre amitié.\u201cVotre maman, en m\u2019appelant auprès d\u2019elle lorsque se déclara la maladie ou plutôt la dernière crise de oette horrible maladie qui devait l\u2019emporter, a montré, ne l\u2019oubliez pas, qu\u2019elle avait en moi une confiance particulière.Ne partagez-vous pas sa façon de voir ?La jeune fille, d\u2019un ton dépourvu de bienveillance, presque agressif, répondit : \u2014Mais je me demande, monsieur, où vous voulez en venir en me posant oette question et quel objectif vous visez en voulant à toutes forces que je partage la confiance que maman, prétendez-vous, avait en vous.\u2014Je ne vise, an tout cas, mademoiselle, aucun objectif personnel, répliqua le docteur.C\u2019est votre intérêt seul que j\u2019ai en vue.\u2014Je vous en remercie, mais je ne comprends pas que vous- teniez tant à veiller sur moi, à me défendre contre des difficultés imaginaires.\u201c Aussi bien, si vous voulez absolument me rendre service, vous n\u2019avez qu\u2019à prendre vos dispositions en conséquence.Il est inutile que je vor® déclare auparavant que j\u2019ai en vous une foi aveugle.Sans se laisser démonter par ce langage sec, tranchant, dépourvu d\u2019aménité, Gaston Bressol tenace, imperturbable, poursuivit : Cela vous importune peut-être que je vous témoigne de l\u2019intérêt ?\u2014-Non, cela m\u2019étonne, car enfin, si nos relations ont commencé' dans des circonstances tragiques, elle ne remontent pas à une époque bien lointaine, et il est dès lors extraordinaire que vous ayez eu le temps d\u2019éprouver pour moi.\u2014Oh ! interrompit le docteur, les sympathies ne mettent pas longtemps à s\u2019affirmer, quand ii y a l\u2019élan du coeur.Alice parut se troubler.\u2014'Ainsi, continua Bressol, vous connaissez le docteur Bryas depuis moins longtemps que vous me connaissez, et cela ne vous empêche pas d\u2019éprouver pour lui une très vive inclination.qu\u2019il vous rend d\u2019ailleurs avec usure.La jeune fille rougit légèrement.\u2014Et après 9 fit-elle au bout d\u2019une minute de réflexion, d\u2019hésitation.\u2014Après.Après.il n\u2019y a rien à ajouter, car, à ce fait, il n\u2019y a rien à reprendre.Vous êtes libre d\u2019avoir une très vive inclination pour le docteur Rrj^ls : c\u2019est un bel homme, intelligent, élégant, séduisant.\u201cEt le docteur Bryas est libre de vous aimer, cela est même tout naturel, vous êtes trop jolie, trop attirante, trop captivante pour ne pas faire naître des passions dans le coeur des hommes qui vous approchent.Alio© rougit de plus an plus.Ella eut «©pendant, après un oourt répit, te présence d\u2019esprit d\u2019insinuer : \u2014Alors, vous-même qui êtes un homme.tm homme jeune, élégant, séduisant.et qui m\u2019avez approchée, voua n\u2019avez pas échappé.\u2014Oh ! moi, coupa-t-il d\u2019un ton oigrt^ moi je sois hors de cause, et ce que j\u2019éprouve ne compte pas.pour vous Laissons donc de côté ce que je peux pense» ou souffrir, pour revenir à vous, car c\u2019est votre cas seul qui est intéressant ., je veux dire : votre cas et celui du docteur Bryas.\u201c Une inclination réciproque, je le répète, vous pousse, c\u2019est indéniable, l\u2019un vers l\u2019autre aveo violence.Vous ne cher, chez pas à y résister, vous vous y abandonnez, au contraire, aveo 'joie.C\u2019est dans l\u2019ordre.Et l\u2019on ne pourrait que vous encourager à persévérer dans oette voie, puisque l\u2019idéal de tout être humain est d'atteindre le bonheur là où son eoeur le lui suggère.\u2014Quelle belle tirade I lança 1a jeune fille d\u2019un ton ironique.\u2014Riez de mes bonnes intentions, mademoiselle, tournez mon sacrifice en ridicule, vous ne m\u2019empêcherez pas d\u2019aller jusqu\u2019au bout, de faire ce que je considère comme un devoir.\u2014Je serais curieuse de savoir en quoi consiste ce que vous appelez votre devoir.\t\u2019 \u2014Laissez-moi achever, vous le saurez.Il n\u2019y aurait aurait donc, je le répète, qu\u2019à encourager la sympathie réciproque qui vous pousse, Bryas et vous, ' l\u2019un vers l\u2019autre, si vous étiez, l\u2019un et l\u2019autre, également sincères.\u2014Que prétendez-vous insinuer ?\u2014Je veux dire que, si vous êtes sincère, le docteur Brya« ne l\u2019est pas, qn\u2019il joue avec vous un double jeu et qu\u2019une telle duplicité, indigne d\u2019un galant homme, doit vous mettre en garde oontre scs entreprises.Alice, quoiqu\u2019elle voulut s\u2019en défendre-, sentit un grand trouble l\u2019envahir.Cependant, se ressaisissant vite, elle s\u2019efforça de prendre en riant cette insinuation méchante, que rien ne justifiait à ses yeux.\u2014Il est.toujours facile d\u2019affirmer, dit-elle, mais prouver est une autre affaire.Il répliqua vivement : \u2014Puisque vous refusez de me croire, je vais vous donner la preuve de ce que j\u2019avance.Gela m\u2019est très pénible, d\u2019autant plus pénible que je suis obligé pour \u2022 cela de mettre en cause une personne pour qui j\u2019éprouve une sincère admiration et un profond respect, et à qui vous devez vous-même déférence, affection et reconnaissance.¦\u2014\u201c'Tant pis ! Je passerai outre et j\u2019espère que vous me pardonnerez de vous faire cette peine, puisqu\u2019il s\u2019agit de votre bien.\u2014Parle* ! balbutia te jeune fille d\u2019une votx angoissée.\u2014Füh bien, en affirmant que le docteur Bryas joue ave» tous un doable jeu, 24 LE SAMEDI Vol.33, Ko 24, Montréal, 19 novembre 1921 un jeu criminel, je n\u2019affirme rien que tout le monde ne sache dans F entourage de.votre tante Jaqueline de Morvillars.\u2014Oh ! qu\u2019insinuez-vous là ?C\u2019est un mensonge.\u2014Non, c\u2019est la vérité.Personne n\u2019ignore que, depuis que le docteur Tony Bryas a retrouvé \u2018\u2018sa cousine\u201d Jacqueline, un flirt s\u2019est établi entre eux, à la grande colère d\u2019ailleurs de Raymond de Morvillars, qui a, paraît-il, signifié au \u201c cousin \u201d américain de ne plus remettre les pieds à Argence ; ce qui, bien entendu, n\u2019empêche pas le flirt de continuer.\u2014Taisez-vous, monsieur Bressol ! \u2014Je ne fais, mademoiselle, que répéter ce que tout le monde dit.\u2014Je vous interdit de le répéter devant moi.C\u2019est une odieuse calomnie.\u2014Il est facile de nier.Cependant, je vous assure.\u2014Non, non, vous vous trompez certainement ou vous cherchez à me tromper.-\u2014Mes informations sont puisées aux meilleures sources.\u2014Je suis persuadée au contraire que vos renseignements, que vous prétendez si sûrs et si bien contrôlés, ont leur origine dans d\u2019absurdes et venimeux ragots de domestiques.Comment pouvez-vous vous abaisser à ramasser de telles ordures ?\u2014Je vous jure qu\u2019il es timpossible de mettre en doute.\u2014Allons donc ! Vous n\u2019oseriez pas prononcer devant ma tante cette accusation abominable.\u2014Mais si.je suis prêt à le faire dès qu\u2019une occasion se présentera.Je ne crains pas les démentis.-Eh bien, en attendant qu\u2019une occasion se présente.d\u2019établir votre mauvaise foi, je vous prie de me laisser tranquille.Bressol esquissa une grimace de colère.\u2014Mais je ne vous tiens pas quitte, ajouta la jeune fille.Vous serez confronté avec ma tante, je veux qu\u2019elle vous fasse rentrer dans la gorge vos infâmes calomnies.Vous serez couvert de confusion.-\u2014Sur ce point, mademoiselle, une grosse déception vous attend.\u2014Bien, bien, nous verrons ; mais, pour l\u2019instant, je préfère ne plus entendre parler de ces ignominies.\u2014Je ne puis, grogna Bressol, que m\u2019incliner devant votre injonction.Mais l\u2019avenir vous prouvera que, malheureusement, mon avertissement est motivé par de solides raisons.\u201c Du reste, vous réfléchirez et vous finirez par reconnaître, j\u2019en suis sûr, que je ne cherche qu\u2019à vous rendre service en vous mettant en garde.\u2014C\u2019est bon.Adieu t Le docteur Bressol se leva et sortit en affectant un calme parfait.Au fond, il était en proie à un trouble profond et à une colère violente, car, furieux d\u2019avoir été si rudement rabroué, il craignait en même temps d\u2019avoir fait un pas de clerc.Quant à Alice, pour qui il aurait dû être pourtant plein de ménagemetns et d\u2019attention, si sa jalousie n\u2019eût pas été plus forte que son amour\u2014il la laissait complètement désemparée et plongée dans un marasme qui n\u2019était guère favorable au rétablissement de sa santé.IX Madgré le surcroît de troubles et de préoccupations qu\u2019avaient apporté à Ar-gence les menaces de ruine, les violences exercées par le comte Gautier sur son intendant et l\u2019iincaroération du vieille d, toutes choses qui n\u2019avaient pas con.t> ibué à rendre plus cordiaux les rapports de la vicomtesse et de son mari, Jacqueline de Morvillars n\u2019avait, pas pour cela négligé ses devoirs envers sa nièce.Elle était venue la voir aussi souvent qu'elle avait pu, avait suivi avec une sollicitude angoissée le marche de la mala, die, n\u2019avait jamais cessé, en un mot, de s\u2019intéresser à la situation si douloureuse de la jeune fille.Cependant, depuis que l\u2019état d'Alice était plus satisfaisant, que la convalescence était nettement déclarée et que la guérison complète n\u2019était plus qu\u2019une affaire de quelques jours , la vicomtesse ne se rendait plus rue Eromentin aussi fréquemment, pour ne pas fournir à son mari, sans nécessité absolue, des prétextes à observations aigres-douces.Mais, par une curieuse coïncidence, la jeune femme vint précisément voir sa nièce une demi-heure après l\u2019entrevue pendant laquelle le docteur Bressol avait lancé contre elle, avec tant de perfidie, les plus abominables insinuations.Alice n\u2019avait pas encore eu le temps de se ressaisir lorsque Mme de Morvillars parut.Elle dut faire un violent effort sur elle-même pour cacher son impression, et il en résultat entre les deux femmes une gêne très pénible.Dès lors, malgré l\u2019intervention de Mme Guernier et de Léonie, qui entrèrent dans la chambre sur ces entrefaites, la conversation se traîna lourdement à travers des lieux communs d\u2019une lamentable banalité et dans une atmosphère de contrainte fort désagréable.Jacqueline ne comprenant rien à Tat.titude étrange de la jeune fille\u2014attitude qui révélait à la fois de l\u2019embarras et de l\u2019hostilité\u2014crut devoir mettre fin à cette entrevue, en se disant qu\u2019elle chercherait une autre fois, quand elle serait seule avec sa nièce, à obtenir l\u2019explication du nriMBlère.Cependant, lorsqu!elle fut dans le ves-bule, en tête-à-tête avec son amie Léonie qui la recondusait, elle ne put s\u2019empêcher de demander : -\u2014Qu\u2019a donc Alice aujourd\u2019hui pour être aussi maussade ?\u2014Je me suis posé la question comme toi, sans pouvoir y répondre.Sans dou- te quelque lubie qui lui a traversé la cervelle !\t-s' \u2014üh ! un esprit si pondéré ! \u2014Exalté, tu veux dire.Ta nièce, ma chérie, est d\u2019une sensibilité, d\u2019une nervosité folle, que la maladie n\u2019a fait qu\u2019accuser et pousser au paroxysme.\u2014Ah ! tu m\u2019étonnes, je ne la voyais pas.sous ce jour.Il est vrai que je la connais si peu.\u2014C\u2019est ainsi, je t'assure, et nous qui la connaissons bien maintenant, nous ne pouvons pas la juger autrement.\u2014En tout cas, la maladie n\u2019a plus actuellement beaucoup d\u2019influence sur son état mental : elle va très bien ?\u2014Oui, oui.\u2014Qu'en pense le docteur ?\u2014Lequel ?\u2014Tony Bryas, parbleu !.En vient-il donc un autre ?\u2014Bien sûr qu'il en vient un autre.\u2014Qui ?\u2014Le docteur Gaston Bressol.\u2014Comment! Il ose.sachant que j\u2019ai appelé un autre médecin, à qui j\u2019ai donné toute ma confiance, il ose continuer à soigner Alice ! \u2014Ah ! je pense bien qu\u2019il ose.Il était encore ici, il y a une heure.\u2014Tu ne lui as pas laissé entendre que le docteur Bryas suffisait ?\u2014Il m\u2019a semblée que c\u2019était difficile.étant donné surtout qu\u2019il a été appelé ici le premier, au moment où Alice est tombée malade.\u2014C\u2019est juste.\u2014D\u2019autre part, ajouta Léonie, le docteur Bressol est en possession de notre secret.Si nous l\u2019évincions brutalement, il serait peut-être porté, pour se venger, à raconter ce qu\u2019il sait.\u2014Tu as (raison, ménageons-le.Mais quelle tête font-ils quand ils se rencontrent, les deux augures ?-\u2014Ils s\u2019enlendent assez bien, en apparence du moins.Jacqueline n\u2019insista pas.Elle n\u2019ignorait pas que, pendant les premiers temps, de la malacjie d\u2019Alice, les deux médecins étaient venus concurremment, mais, n\u2019ayant plus, depuis quelques semaines, soulevé cette question devant Léonie, elle s\u2019imaginait que Bressol avait fini par 6e lasser en voyant un confrère investi de toute la confiance de l\u2019entourage de la maladie, et qu\u2019il avait disparu sans demander son reste.Elle eût préféré, d\u2019ailleurs, que les choses se fussent passées ainsi, car elle se rendait bien compte qu\u2019elle seule avait créé cette situation regrettable, en introduisant Bryas dans la maison, alors que Bressol y était déjà, et qu\u2019elle seule, par conséquent, était responsable de l\u2019antagonisme qui eût pu éclater entre les deux praticiens.Pendant le trajet de retour à Argence, la vicomtesse fut presque exclusivement préoccupée par cette question, qui la tracassait presque autant que l\u2019attitude énigmatique et revêche de sa nièce.Sur ce dernier point, elle finit même ï>ar se tranquilliser tout à fait Vol.33, No 24, Montréal, 19 novembre 1921 LE SAMEDI \" Bah ! pensa-t-elle, Léonic a raison, c est quelque lubie qui lui a passé par la tête ! La maladie qu\u2019elle vient de traverser 1 a évidemment déprimé, la pauvre petite: la moindre contrariété lui est maintenant insupportable.\u201c Cette tendance atrabilaire disparaîtra dès quelle pourra aller et venir à sa guise, se distraire, s\u2019occuper d\u2019autres chose que de ses états d\u2019âme.Néanmoins, à notre prochaine entrevue, j\u2019essaierai de la confesser, c\u2019est peut-être quelque chagrin intime après tout.\u201d Et Mme de Morvillars s'efTorç.a de ne plus penser à cet incident, qu\u2019elle s'e reprocha même d\u2019avoir grossi démesurément.N\u2019avait-elle pas assez de ses tracas personnels pour la tourmenter ?Ils lui sautèrent à la gorge dès sa rentrée au château, ses tracas ! Ce fut d\u2019abord, pour commencer, une scène terrible de son mari.Raymond était d\u2019une humeur de chien enragé.L\u2019absence de sa femme y était pour beaucoup.Dès qu\u2019il la vit apparaître, il se répandit en récriminations : \u2014Enfin, vous voilà !.Ce n\u2019est pas trop tôt.Je me demande un peu ce que vous avez à faire à Paris p^ur y passer des heures.Toutes ces visites interminables aux grands magasins ! Ces chiffons, ces fanfreluches, pour dépenser de l\u2019argent.que nous n\u2019avons pas ! Il est bon d'obséder que Raymond de Morvillars, qui, après avoir aimé Jacqueline au point de l\u2019épouser contre l avis formel de son pèrej affectait de n\u2019avoir plus pour elle que de l\u2019indifférence, était furieux lorsqu\u2019il la voyait s'absenter pendant quelques heures\u2014ce qui n'était pas la preuve d\u2019une très grande indifférence.Ce soir-là, il était animé contre elle d\u2019un ressentiment particulièrement violent, parce qu\u2019il prétendait que son absence favait mis dans un cruel embarras.Le vicomte, en effet, depuis que son père était menacé d\u2019une ruihe totale, avait manifesté des velléités de travailler.Il était, depuis quelques semaines, en correspondance avec un tas de gens qui lui offraient des situations merveilleuses, lesquelles comportaient toujours, en définitive, l\u2019obligation préalable d'un versement plus ou moins important.Ce qui, bien entendu, ne faisait pas son affaire.Ce jour-là,\u2014exception surprenante, __on ne lui demandait pas d\u2019argent et on lui offrait simplement une situation qui paraissait sérieuse.Mais c\u2019était extrêmement pressé: une occasion à saisir.il fallait répondre par retour du courrier.Or, pour répondre, il fallait l\u2019avis de madame, à qui il ne conviendrait peut-être pas d'habiter une ville de province et de voir son mari faire du commerce.Il fallait surtout, avant de répondre, réfléchir, discuter, examiner le pour et le contre.Et, pour tout cela, la présence de Jaoqueliné était indispensable.Ce qui prouve que Raymond avait, dans le jugement de cette femme indifférente ou détestée, plus de confiance qu\u2019il ne voulait le laisser croire, plus de confiance que dans le sien propre.Donc, dès que la vicomtesse fut entrée dans le salon où il était occupé, faute de mieux, à lire les journaux, il l'accabla de récriminations, en même temps que de questions pressantes.Jacqueline le laièsa s\u2019expliquer et, lorsqu\u2019il eut exposé l'affaire, se contenta de dire : \u2014Il faut accepter.On ne risque rien à accepter en principe.quitte à se rétracter ensuite si l\u2019affaire paraît douteuse.Vous n\u2019avez donc qu'à répondre tout de suite : oui, et à donner un rendez-vous pour demain à Paris, à l\u2019endroit qu\u2019on vous indique.Pendant que le vicomte gagnait le cabinet de son père pour écrire, 'Jacqueline sortit du salon pour monter à sa chambre.Mais, en traversant le vestibule, elle se trouva en face d\u2019.un inconnu qui parlementait avec Prosper, le valet de chambre du comte.Celui-ci paraissait fort embarrassé et faisait à son interlocuteur des réponses vagues, mystérieuses, qui semblaient dérouter et même irriter ce dernier.\u2014Mais enfin, répétait-il avec entêtement, M.le comte Gautier de Morvillars est bien ici.j\u2019en suis sûr.Cherchez-le, remettez-lui ma carte.vous verrez qu\u2019il me recevra.\u2014Monsieur, répliquait Prosper d\u2019un ton nerveux, je vous répète, pour la quatrième fois, que M.le comte est en voyage et pour longtemps peut-être.\u2014C'est incompréhensible, je ne puis pas l\u2019admettre.Du reste, M.le comte m\u2019a écrit qu\u2019il m\u2019attendrait à Argence aujourd'hui même, et je lui ai répondu aussitôt que je viendrais.S\u2019il n\u2019avait pas pu me recevoir, il m\u2019aurait donné contre-ordre.\u2014M.le comte n\u2019a peut-être pas reçu votre lettre.à moins que vous n\u2019ayez pas reçu la sienne.\u2014On lui fait bien suivre son courrier ?\u2014Oui, oui, certainement, répondit le domestique après une courte hésitation.\u2014Alors, vous savez où il est ?Prosper, qui tenait toujours à la main la carte du visiteur, sentit qu\u2019il allait s\u2019enferrer et jugea plus prudent de se taire.Cependant, comme l\u2019autre insistait avec une extrême vivacité, il bredouilla à demi-voix : \u2014C\u2019est-à-dire que.que.Oui, certainement, nous faisons suivre ses lettres, mais M.le comte étant en villégiature par ordre du médecin, dans le but de prendre un repos absolu, nous ne donnons pas son adresse, pour que personne ne puisse le déranger.Jacqueline, qui était là depuis quelques secondes, entendit cette dernière phrase et crut devoir intervenir.25 \u2014Qu\u2019est-ce que c\u2019est ?demanda-1-elle en s\u2019avançant.Tout heureux de ce secours inespéré qui lui tombait du ciel, Prosper s'empressa d\u2019ajouter : -\u2014Madanle la vicomtesse pourra peut-être remplacer M.le comte.Si vous voulez, je vais vous remettre votre carte.Mais le visiteur, qui venait d\u2019apercevoir la jeune femme, eut un geste de vive contrariété.\u2014Non, non, s\u2019écria-t-il, c\u2019est inutile, madame ne peut pas remplacer M.le comte.je reviendrai un autre jour.Ca.disant, il se porta vivement en avant et tendit le bras pour reprendre sa carte.Mais Prosper, esprit contrariant ou soupçonneux, mit tranquillement la carte dans sa poche en murmurant avec un calme parfait : \u2014Laissez donc, je donnerai ce carton à M.le comte quand il rentrera.Comme ça, il pourra vous répondre s\u2019il a quelque chose à vous dire.Le visiteur eut une minute d\u2019hésitation.Allait-il se jeter sur le domestique, pour lui arracher de vive force cette carte qu\u2019il semblait désireux de ne pas voir tomber entre les mains de Mme la vicomtesse ?Une rapide réflexion le convainquit qu\u2019un pugilat ne servirait à rien et ne ferait que compliquer la situation.Alors, prenant soudain son parti, il tourna les talons en lançant de loin : ' \u2014Eli bien, c\u2019est entendu, prévenez M.le comte dès son retour.Je reviendrai d\u2019ailleurs le voir dans quelque temps, si je ne reçois rien de lui.\u2014Drôle d\u2019individu ! fit simplement Jacqueline en hochant la tête avec indifférence.Voyons tout de même comment il s\u2019appelle.Prosper lui tendit le carton et elle lut, non sans étonnement : \u201cFernand Richaud, détective privé, 5 bis, rue du Holder'\u2019 X Le letwlemain, les jours suivants, Alice Hébert, que l\u2019impossibilité de confier ses tracas à qui que ce soit aigrissait de plus en plus, s\u2019enfonça dons son hypocondrie avec une sorte de rage, et ses sentiments passèrent par des phases diverses et contradictoires.Les révélations de Bressol lui avaient inspiré d\u2019abord une violente indignation.Puis, la réflexion et la solitude avaient modifié ses impressions.Maintenant, les insinuations perfides du docteur lui paraissaient dignes de foi.En même temps, donc, que son chagrin s\u2019enfiévrait, son ressentiment contre la vicomtesse de Morvillars croissait de jour en jour.\u201c Ma tante en qui j\u2019avais tant de confiance !.que je chérissais comme ma mère, qui m\u2019a témoigné \u2014 qui a eu du moins l\u2019air de me témoigner\u2014tant d\u2019af.fection, tant de dévouement !. 26 LE SAMEDI Vol.33, ÏTo 24, Montréal, 19 novembre 1921 \u201cEt j'aurais continué à croire à ses démonstrations hypocrites, si le docteur Bressol ne m\u2019avait pas ouvert les yeux !.Quelle duplicité !.Quelle odieuse duplicité !.Oh ! jamais plus, maintenant, je ne pourrai croire en elle, la respecter, l\u2019aimer.\u201c Ne vaut-il pas mieux, dès lors, que je ne la revoie plus, que je m\u2019éloigne d\u2019elle pour toujours ?.Je ne veux plus rien lui devoir, d\u2019ailleurs, et certainement elle paie pour moi ici.\u201c Non, non, je ne veux plus rien devoir à personne.j\u2019irai gagner ma vie dans un atélier, je sais coudre, avec ça on ne meurt pas de faim.Et je serai libre, libre.Oui, dès que je serai tout à fait rétabli, je partirai d\u2019ici.\u201d Ces conclusions radicales et un peu hâtives, dans lesquelles la jeune fille s\u2019affermissait chaque jour davantage, ne prouvaient pas seulement son inexpérience absolue de la vie, car, pour accepter comme véridiques les accusations absurdes portées par le docteur Bessol oontre Mme de Morvillars ,il fallait une forte dose de crédulité.Elles prouvaient aussi que le docteur Tony Bryas avait pris dans son coeur une place beaucou plus grande qu'elle ne le soupçonnait.Et si la première erreur était regrettable, le second fait en pouvait offrir que des avantages, à la condition toutefois que les résultats qu\u2019il permettait d\u2019espérer puisse devenir des réalités tangibles.Néanmoins, Alice, malgré sa jeunesse et son inexpérience, était déjà trop femme pour consentir à s\u2019avouer à elle-mê.me qu\u2019elle était profondément éprise de celui qui l\u2019avait soignée avec tant de dévouement et sans doute arrachée à la mort.Elle le lui fit bien voir la première fois qu\u2019il se présenta.Le docteur Bryas, qui pourtant vivait de son côté, l\u2019esprit entièrement absorbé par la pensée d\u2019Alice, n\u2019osait plus venir chez les dames Guernier depuis qu\u2019il considérait ses soins comme inutiles.Mais Mlle Guernier alla un jour le chercher.Alice, en effet, s\u2019était tellement monté la tête avec ses idées folles, qu\u2019elle avait fini par compromettre la bonne marche de sa convalescence.Insomnie.fièvre, hallucinations, délire, en un mot tout le cortège dçs troubles qui avaient marqué la criée à son apogée reparurent, causant à la convalescente une dépression grave, qui inquiéta vivement les deux femmes chargées de veiller sur elle.Léonie, d\u2019acoord avec sa mère, se décida donc à aller chercher le docteur Bryas à sa pension de famille de la rue de Moscou.Convaincu que les craintes des deux femmes étaient exagérées, qu\u2019il s\u2019agissait de troubles passagers sans gravité et que, par conséquent, il n\u2019y avait pas lieu de s'inquiéter, mais ravi de l'occasion qui lui était offerte de revoir celle qu\u2019il aimait, le jeune médecin se rendit immédiatement rue Fromentin.Là, il eut, en effet, la joie de constater que ses prévisions étaient justes, et qu\u2019il n\u2019y avait rien d\u2019alarmant dans l\u2019état de la jeune fillq, attendu que les désordres exitants étaient d\u2019ordre moral plutôt que d\u2019ordre physique.Et cette constatation le jeta d\u2019ailleurs dans une grande perplexité, qui la troubla profondément.Mais il n\u2019eut pas le loisir de s\u2019arrêter longuement à cette première impression.L\u2019attitude sèche, dure, ironique, presque hostile d\u2019Alice à son égard lui offrit de suite un autre sujet de réflexions douloureuses.Qu\u2019avait-il pu faire, grand dieux ! pour qu\u2019elle le reçut ainsi!.Quel crime avait-il commis pour être traité de la sorte ?.Qu\u2019avait-elle 4 lui reprocher ?' Questions angoissantes, auxquelles il lui était impossible de répondre.Il eût fallu interroger la jeune fille pour connaître le fond de pa pensée, les raisons qui inspiraient sa conduite.Et cela, il n\u2019osait pas le faire.Eût-il d\u2019ailleurs, en l\u2019interrogeant, obtenu le résultat qu\u2019il désirait ?Non, sans doute, car cette petite personne volontaire, personnelle et têtue aurait probablement refusé de livrer son secret.Et le seul résultat obtenu eût été d'accroître se nervosité maladive.Le pauvre Tonÿ Bryas, ahuri, désemparé, cruellement affligé, fut donc obligé de se retirer, au bout d\u2019une demi-heure d'une conversation banale et pénible, sans avoir pu démêler les sentiments qui agitaient l\u2019âme tourmenté d\u2019Alice Hébert.Il essaya bien, en prenant congé de Léonie Guernier, dans le vestibule, de lui glisser une question pour lâcher d\u2019avoir une lueur de renseignement.Mais la fidèle amie de Jacqueline ne put què lui répondre qu\u2019elle ne comprenait absolument rien à l'attitude de la jeune fille et qu\u2019elle était allée précisément chercher le docteur dans l\u2019espoir d\u2019avoir, par lui, l\u2019explication du mystère.\u2014Vous me tranquilisez, ajouta-t-elle* en m\u2019affirmant que le malaise est tout moral et n\u2019imdique pas une de ces complications sournoises que l'horrible fièvre typhoïde entraîne si souvent.Mais cela me nods donne pas la4clef de l\u2019énigme.Tony Bryas fit un geste de perplexité, d\u2019impuissance et s\u2019éloigna, la mort dans l\u2019âme.Mais à peine était-il dam la rue qu\u2019une idée lumineuse vint soudain éclairer les ténèbres dans lesquelles se débattait soji âme endeuillée.\u201c Il n\u2019y a qu\u2019une personne qui puisse calmer mes angoisses, se dit-il, c\u2019est ma Cousine Jacqueline de Morvillars, car elle, elle doit savoir ce qui se passe dans la tête de sa parente.J\u2019espère qu\u2019elle ne refusera aps de me dire ce qu\u2019elle sait ou ce qu\u2019elle soupçonne.\u201c Mais je ne peux pas attendre qu\u2019une occasion de la voir se présente par hasard.je n\u2019ai qu\u2019un moyen de la joindre immédiatement, c\u2019est d'aller à Ar-gence.\u201d Sans plus réfléchir, il héla un taxi qui passait à vide, demanda au chauffeur s'il était libre pour deux ou trois heures et s\u2019il voulait faire un petit -voyage dans la banlieue.\t' Et sur la répense affirmative de ce dernier, jl expliqua qu\u2019il désirait se rendre au château d\u2019Argence, situé sur le territoire de Saint-Nom, au nord de la forêt de Marly, non loin de la route qui joint Versailles à Saint-Germain.\u2014Entendu, patron, j\u2019ai compris, répondit le chauffeur, vous pouvez monter, je pense que now serons là-bas dans trois quarts d\u2019heure.Effectivement, cinquante minutes plus tard, le taxi s\u2019arrêtait devant le perron, du château.Et Bryas, sautant lestement à terre, demandait à Prosper, accouru pour le recevoir, si Mme la vicomtesse de Morvillars était chez elle et pouvait lui accorder un instant d\u2019entretien.En même temps, il tendait sa carte au domestiqué.Mais Prosper était physionomiste.Il avait déjà reconnu le visiteur qu'il avait entrevu uné fois quelques mois auparavant.Il s'empressa de le faire entrer au salon et s\u2019en fut- prévenir Mme la vicomtesse, qui, en jetant les yeux sur la carte, montra autant de gêne que de surprise.\t\u2022 Elle se rappelait, en effet, que la seule fois où son cousin d\u2019Amérique était venu à Argence, il avait été assez mal aceuielli par son beau-père et par son mari.\u201cQu\u2019adviendra-t-il, pensa-t-elle, si Raymond, absent en ce moment, rentre avant le départ, du docteur ?\u201d Une autre inquiétude la saisit d\u2019ailleurs aussitôt après.\u201c Pour que Tony se soil résigné à venir à Argence âpre- le mauvais accueil qu\u2019il y a reçu une première fois, il faut qu i! ait une raison grave.C\u2019est peut-être qu\u2019Alice est retombée malade.\u201d Et en proie à une assez vive appréhension, elle se dirigea vers le salon pour recevoir le jeune homme.Elle fut bientôt rassurée.Alice n\u2019était pas malade.Mais Alice traversait une crise morale pénible, qui la rendait dure, revêche, blessante pour ceux qui l\u2019approchaient.\u2014Je m\u2019en guis aperçue moi-même, déclara la jeune femme, je ne sais pas ce qu\u2019elle a.\u2014Ah ! pour vous aussi, ma cousine, elle s\u2019est montrée.\u2014Oui.franchement désagréable, vous pouvez l\u2019affirmer ; je n\u2019ai pas voulu m\u2019en formaliser, je me suis dit : \u201c Ça passera, attendons \u201d, Mais je voit* que ça ne passe pas.\u2014Non, ça ne passe pas, et c\u2019est dur d\u2019être rabroué de cotte façon quand.quand.Ah ! tenez, laissez-moi vous parler à coeur ouvert.Qui donc mieux Toi.33, No 24, Montréal, 19 novembre 1921 LE SAMEDI 27 que vous pourrait recevoir mes confidences, vous qui êtes ma plus proche pa-rente^fma seule parente même.vous qui m\u2019avez accueilli, dès mon arrivée en France, d\u2019une manière si charmante, qui m\u2019avez témoigné tout de suite tant de bienveillance et de sympathie !.\u2014J'ai eu pitié de votre solitude, répondit la jeune femme, et supposant que vos études médicales, si acharnées, si pa-donnantes qu\u2019elles fussent, ne suffisaient pas à remplir le vide de votre existence, j\u2019ai cherché.\u2014Vous m\u2019avez tout simplement arraché à une hypocondrie néfaste, interrompit le jeune docteur.Depuis que je vous connais, j\u2019ai repris goût a l\u2019existence, j'ai l\u2019impression d\u2019avoir retrouvé une famille.Combien je vous suis reconnaissant ! \u201c Grâce à vous, enfin, \u2014 et c\u2019est là l\u2019objet de ma confidence,\u2014grâce à vous, je peux faire des projets d'avenir, assigner à ma vie un but.qui ne soit pas exclusivement scientifique.Vous me comprenez ?\u2014Non.je ne sais pas.je ne suis pas sûre.Voulez-vous, en tous cas, vous expliquer plus clairement ?\u2014C\u2019est vrai, les réticences sont inutiles.Pourquoi, d\u2019ailleurs, retarder un aveu.que je vous dois ?.Et bien, voici : \u201c Depuis que vous m\u2019avez appelé au chevet de votre jeune parente, Mlle Alice Hébert, pour que j\u2019unisse mes efforts à ceux de son médecin habituel et que nous nous efforcions de l\u2019arracher aux griffes de cette redoutable maladie, une grande transformation s\u2019est opérée dans mon coeur.\u201cDoucement, insensiblement, j\u2019ai été conquis par le charme qui se dégage de toute la personne de cette délicieuse jeune fille.\u201c Depuis qu\u2019elle est guérie surtout et que sa personnalité s\u2019affirme de nouveau, sa vive intelligence, ses hautes qualités morales aujoutent.un charme de plus à sa beauté presque entièrement re.conquise.\u201c Pour tout dire en un mot.je l'aime.Jusqu\u2019à présent, je n\u2019ai confié mon se-oret à personne, vous êtes la première à recevoir cet aveu.Mais je peux ajouter que je l\u2019aime d\u2019autant plus que j\u2019ai cru remarquer.comprendre.deviner.\u2014Que vous êtes payé de retour.acheva la jeune femme.\u2014Je n\u2019ose pas me prononcer, être aussi catégorique.-.C\u2019eist un sujet si délicat.je craindrais d\u2019être accusé de présomption.Mais enfin peut-être y a-t-il chez elle un peu de sympathie pour moi.de sympathie inspirée par la reconnaissance.\t._____Pour que vous formuliez cette hypothèse, mon cher cousin, murmura Jacqeuline, il faut que vous soyez convaincu qu\u2019elle 'épond à une réalité.Et ainsi s\u2019expliquent maintenant pour moi beaucoup de chopes, qui jusqu\u2019à présent #\u2019expliquent fort maL -\u2014Ah l \u2014Oui, Alice est fantasque, capricieuse, revêche, troublée, incohérente, com.me une amoureuse qui n'a pas encore réussi à se faire comprendre.\u2014Oh ! je ne demande pourtant qu'à la comprendre, fit Bryas avec conviction.\u2014Vous savez bien que les malentendus sont nécessaires d\u2019abord pour que les explication® fassent ensuite naître l\u2019entente.Par conséquent, ne vous plaignez pas trop de ce qui arrive.De même qu\u2019après la pluie vient le beau temps, de même après vous être chamaillés, vous vous raccommoderez avec plus de plaisir.\u2014Hélas ! A quoi bon me leurrer ?\u2014Il est évident que nous pouvons nous tromper sur les- causes de la mauvaise humeur d\u2019Alice.\u2014Nous nous trompons très probablement, approuva Bryas.Dès lors, ce que nous disons en ce moment ne signifie rien.Il faut attendre pour savoir, pour juger.\u2014Parfaitement, l\u2019avenir seul peut nous éclairer.Mais n\u2019allez pas voir Alice trop 'souvent.\u2014Pourquoi ?\u2014D\u2019abord, parce que ce serait lui donner l'éveil sur vos sentiments.\u2014Je ne demande que cela.\u2014Et ce serait ensuite la compromettre.\u2014C\u2019est juste ; à cause de cela, je dois montrer une grande réserve.Eh bien ! soyez tranquille, ma cousine, je tiendrai compte de vos conseils toujours judicieux, amicaux et pratiques.Mais vous, vous, il vous est bien permis de voir votre parente sans la compromettre.Ne pourriez-vous pas profiter d\u2019un tête-à-tête pour lui faire entendre ?.\u2014Je n\u2019ai pas beaucoup d\u2019influence sur elle, objecta Jacqueline avec un moue de regret.Je l\u2019ai bien vu lors de notre dernière entrevue, pendant laquelle elle a été pour moi aussi désagréable que possible.\u2014-Esisayez toujours.\u2014Je veux bien.Mais que faudra-t-il lui faire entendre ?\u2014Eh bien.ce que je viens de vous dire.\u2014C\u2019est délicat et bien scabreux.En-fln, je ferai de mon mieux pour vous rendre service., vous rendre service à tous les deux., à elle surtout, car vous seriez pour elle ce que l\u2019-on appelle un parti brillant.Bryas riposta avec une ardeur contenue : \u2014Je me considérais, au contraire, comme tout particulièrement favorisé.Mais nous n\u2019en sommes pas là, hélas ! Et, se levant pour prendre congé, il ajouta : \u2014Pardonnecz-moi, je vous prie, ma cousine, d\u2019être venu vous déranger en votre \u201chome\u201d lointain et d\u2019avoir osé pénétrer jusqu\u2019à vous, sinon par violen-ce, du moins par surprise.Mais j\u2019étais tellement tourmenté que jeme pouvait pins ©ontenir mon impatience.¦\u2014Soyez: en paix, vous êtes tout excusé.Mais tâchez à l\u2019avenir de ne plus vous laisser dominer à ce point par vos nerfs.C\u2019est indigne d\u2019un homme.\u2014Vous avez raison, je l'avoue.Pardon ! soyez indulgente.Il baisa respectueusement la main que la jeune femme lui tendait et regagna son taxi qui l\u2019emporta rapidement ver* Paris.Mais la voiture n\u2019était pas à cinquante mètres du château que Raymond de Morvillars, qui était allé se promener dans la campagne, rentrait par un autre coté, Il aperçut de loin l\u2019auto de louage qui filait et n\u2019eût rien de plus pressé que de demander au valet de chambre qui était venu.Prosper répondit : \u2014C\u2019est un monsieur qui a demandé à parler à Mme la vicomtesse.\u2014Un monsieur que vous ne connaissez pas> ?\u2014Si., si.\u2014Qui est-ce, voyons ?C\u2019est., je crois que c\u2019est M.le docteur Tony Brya,s.\u2014Ah ! très bien.Merci, Prosper.Le vicomte monta aussitôt jusqu'à la chambre de sa femme et, entrant brusquement, lui dit sans préambule, d\u2019un ton rogue : \u2014Il paraît que votre cousin Tony Bryas est venu vous faire une visite.\u2014Oui.Pourquoi ?\u2014Je suis surpris que vous choisissiez, pour le recevoir, le jour où je suis absent.Jacqueline ne put contenir un haussement d\u2019épaule et répondit aigrement: \u2014Je vous ferai remarquer que j\u2019ignorais, il y a deux heures, que mon cousin viendrait me voir et aussi qu\u2019il vous plairait d\u2019aller vous promener.\u201c Il m\u2019était donc diffiele d\u2019établir une corrélation entre les deux faits et de prendre des mesures en conséquence.\u201c D\u2019autre part, je ne vois pas pourquoi \u2014 à moins que vous m\u2019interdisiez formellement de voir mon cousin\u2014 je ne vois pas pourquoi je fermerais ma porte à ce parent, qui est un homme charmant et dont l\u2019isolement est bien digne de provoquer ma sallicitude.\u2014C\u2019est justement parce que ce parent est trop charmant et que vous lui témoignez une sollicitude peut-être excessive que.\u2014-Là n\u2019est pas la question, interrompit la jeune femme.M'imterdissez-vous, oui ou non, de lé recevoir ?\u2014Mon interdiction ne servirait pas à grand\u2019chose.grogna sourdement le vicomte.Vo.us vous abstiendrez peut-être de le recevoir ici, mais vous continueriez à le voir à Paris, à lui donner au besoin rendez-vous dans.la rue.Jacqueline rougit, non de trouble, mais d'indignation.\u2014Il est possible, répliqua-t-elle sèchement.qu\u2019un jour, par hasard, j\u2019aie rencontré Tony Bryas dans la rue et que nous ayons échangé quelques mots : je 28 LE SAMEDI Yol.33, ÏTo 24, Montréal, 19 novembre 1921 n\u2019avaiis aucune raison de lui tourner le dos.\u201cMais rien ne*légitime l\u2019insinuation désobligeante que laisse deviner votre allusion malveillante.Raymond, sentant que le terrain sur lequel il attaquait n\u2019était pas très solide, chercha une échappatoire.\u2014Dans tous les cas, reprit-il, si mon père avait été là, il eût été extrêmement froissé de vous' voir recevoir votre cousin, après les explications pénibles qui ont suivi sa première visite.-\u2014Je sais que votre père a une instinctive aversion contre Tony Bryas, Je me demande pourquoi, d'ailleurs.Mais puisqu\u2019il n\u2019est pais ici et qu\u2019il n\u2019y a aucune chance qu'il y revienne, tout au moins de quelque temps, je n\u2019ai pas cru commettre un grand crime en accueillant mon cousin, car je ne pouvais pas supposer que, si vous le rencontriez, vous éprouveriez un aussi violent mécontentement.Vous n\u2019avez pas les mêmes raisons que votre père de le haïr.\u2014Qu\u2019en savez-vous ?Il me semble que les sujets de griefs ne me manquent pas.Jacqueline esquissa un geste de lassitude.\u2014Allons, conclut-elle, il est inutile de continuer celle discussion, nous ne parviendrons pas à nous convaincre.Et.pour couper court, elle sonna la femme de chambre à qui-elle dit : \u2014Vous prierez la cuisinière d\u2019avancer un peu le dîner, Julie, car j\u2019ai Iq migraine et je désire me coucher de bonne heure.XI Les jours passaient.Auee était maintenant tout à fait guérie.Ses forces étaient revenues, sa belle santé d\u2019autrefois était complètement rétablie.Mais son état moral ne faisait qu\u2019empirer.Jacqueline, ne sachant trop .quelle attitude adopter à l\u2019égard de la jeune fille ni comment s\u2019y prendre pour jouer le rôle infiniment délicat que Tony Bryas attendait d\u2019elle, ne se pressa pas d\u2019aller la voir aussitôt après la visite de l\u2019Américain.Et lorsqu'elle s\u2019y décida après bien des héi-\u2019itations, elle se trouva seule avec sa nièce pendant si peu de temps qu\u2019elle ne put faire qu\u2019une courte et vague allusion au sujet scabreux.A cette allusion, qui lui causa une émotion violente, Alice n\u2019eut pas même, d\u2019ailleurs, le temps de répondre.Et l\u2019explication qui eût dissipé sans doute le malentendu ne put pas avoir lieu.Quant au docteur Bryas, ne sachant pan non plus de quelle façon se comporter envers la jeune fille, timoré et craignant de compromettre celle qu\u2019il aimait, il s\u2019abstint complètement de paraître chez Mme Guernier.Bien que cette abstention lui coûta un gros effort et lui imposât un vrai tourment, il estimait qu\u2019il n\u2019avait plus aucun prétexte pour reparaître dans cette maison.Seul, le docteur Bressol ,qui pourtant n\u2019avait pas plus de prétexte d\u2019y revenir, ne se gênait pas pour y faire de courtes mais fréquentes;' apparitions.\u201c Ces dames ne peuvent rien dire, pensait-il, elles savent que j'ai assisté Mme Hébert lors de sa dernière maladie, elles savent que je possède le secret qu elles ont ordre de ne divulguer à personne, elles ont donc intérêt à me ménager.\u201d Et, avec un manque de tact parfait, il abusait cyniqument de la situation.Chose étrange, il était bien accueilli, sinon des dames Gèurnier, du moins d\u2019AIicë.Celle-ci, après s\u2019être révoltée\u2014on l'a vu\u2014contre les révélations du docteur, envisageait maintenant leé choses sous un tout autre aspect.Né soupçonnant pas que Gaston Bressol pût l'aimer au point de vouloir écarter d\u2019elle tout rival hypothétique, elle ne voyait plus en lui qu\u2019un protecteur, un conseiller au jugement droit et sûr.\u201c Il a.connu ma mère, se répétait-elle, il sait dans quel affreux isolement je vis, il ne peut vouloir que mon bien.\u201d Et cet étrange raisonnement lui faisant une loi d\u2019accueillier avec une foi aveugle tout ce que disait Bressol.Le docteur profitait de ces dispositions ¦nouvelles avec une habileté consommée.A chacune de ses visites, il prenait un peu plus d\u2019empire sur ce coeur candide et, tantôt par un conseil \u201c paternel \u201d, tantôt par une révélation perfide, dirigeait plus sûrement ses résolutions vers le but qu\u2019il s\u2019était assigné.Son, principal objectif\u2014on le sait\u2014 ôtait de convaincre Alice que Mme de Maryiliars et le docteur Bryas jouaient à son égard un double jeu ; la première, en lui faisant croire qu\u2019elle lui était entièrement dévouée ; la seconde, en lui laissant entendre qu\u2019il l\u2019aimait.\u2014En réalité, insinuait-il chaque fois qu\u2019il en trouvait l'occasion, votre tante est jalouse de vous, votre présence la car vous êtes pour elle une rivale, eians compter que vous êtes aussi pour elle une charge-\u2014d\u2019autant plus lourde que ses ressources sont de plus en plus médiocres.Tout cela tombait dans un terrain admirablement préparé, et ainsi, chaque jour, se fortifiait dans l\u2019esprit de la jeune fille cette conviction que la plus élémentaire délicatesse lui faisait, une obligation de \u201c débarrasser \u201d sa tante et de ne plus rien lui devoir.Une fois que Gaston insistait sur la médiocrité de la fortune des Morvillars et laissait, même entendre qu\u2019ils allaient à une débâcle inévitable et prochaine, Alice demanda des explications qui, naturellement, lui furent données avec empressement.\u2014Vous ne lisez pas les journaux, mademoiselle, sans quoi vous sauriez qu\u2019un drame a éclaté, il y a quelque temps, au château d\u2019Argence, qui a causé un gro® émoi aux alentours.-\u2014Lrn drame !.auquel ma tante a été mêlée ?.\u2014Non, c\u2019est son beau-père, le comte Gautiér de Morvillars, qui a été le triste acteur.Au cours d\u2019une discussion avec son intendant, Julien Herbignac, qu\u2019il accusait de malversations, le comte s est emporté au point de perdre toute mesure : il a tiré des coups, de revolver sur l\u2019intendant et lui a cassé lë bras droit.\u2014Pas passible!.Mais c\u2019est une horreur !.Me voilà la petite-fille d un assassin ! \u2014A la suite de quoi, acheva Bressol, une plainte ayant été portée par Julien Herbignac, le comte a été arrêté et écrouô à prison de Versailles.\u2014Quelle horreur ! Quel horreur ! répéta Alice.Et ma tante ne m\u2019a rien dit de tout cela ! \u2014Elle a penré sans cloute qu\u2019il était préférable de ne pas vous en parler.\u2014Peut-être.Mais cela prouve que, tont en m\u2019accablant de témoignages de confiance et d\u2019affection, elle ne me dit pas tout.tout ce qui intéresse ma famille pourtant.\u2014Il y a des choses sur lesquelles il n\u2019est pas mauvais de jeter un voile, même entre parents.-\u2014Non, ne cherchez pas à exceuser cette discrétion excessive et inadmissible.Ma tante, en me cachant ce drame qui a cependant une si grande importance pour moi comme pour elle, a montré, une fois de plus, qu\u2019elle manque absolument de confiance en moi.\u201c Il est donc assez naturel que je lui rende la pareille.\u201c Du reste, de ce qu\u2019elle ne m\u2019a pas dit la vérité dans ce eas-là, j\u2019ai le droit de conclure qu\u2019elle ne me l\u2019a pas dite non plus dans bien d\u2019autres, que peut-être même elle ne me la dit jamais.\u2014Là, je crois que vous exagérez, ma-dcmoii-ielle.Parce que Mme de Morvil-lards n'a pas jugé à propos de vous parler du drame que je viens de vous révéler, elle n\u2019a pas commis pour'cela un mensonge.\u201c Elle n\u2019est pas tenue, vous l'avouerez, de vous apprendre l\u2019acte de violence commis par votre grand-père et sou arrestation.D\u2019ailleurs, si elle vous eût fait connaîtra ce drame, elle aurait dû voua faire connaître aussi les causes qui font provoqué, et ces causes, il y a pour elle un souci de délicatesse à les cacher.\u2014Que voulez-vous dire ?\u2014C'est une discussion d\u2019argent, je le répète, qui a fait éclater le drame., parce que le comte de Morvillars, se voyant menacé d'une ruine totale, est particulièrement susceptible et Irritable sur cett?question.\u201c Quand je die : menacé, j\u2019atténue.Je devrais dire : certain.Car, avant un an, sans doute, toute la famille sera sur le pavé, sans ressources.\u201cVotre tante n\u2019a pas voulu, c\u2019est assez naturel, vous révéler cette situation lamentable, de peur de vous fairè sentir Vol.33, Ho 24, Montréal, 19 novembre 1921 que vous étiez pour elle une charge trop lourde.C'est donc, en fin de compte, un scrupule de lélicatesse qui l\u2019a fait agir.\"\" \u2014Peut-être, mais maintenant que je connais cette triste situation, c'est pour moi un devoir de débarrasser ma tante de la charge que je suis pour elle.C\u2019est bien votre avis, n\u2019est-ce pas ?\u2014Evidemment, ce serait délicat de votre part.\u2014Ah! continua la jeune fille en s\u2019animant, si j\u2019avais quelques sous devant moi, ou si je pouvais trouver immédiatement un abri et un moyen de gagner ma vie.\u2014Eh bien ! qu\u2019est-ce que vous feriez?\u2014Je partirais d\u2019ici immédiatement.\u2014Oh! fit Bressol après avoir fait semblant d\u2019hésiter, si vous êtes bien décidée à quitter cette maison, je me fais fort de vous procurer sur l\u2019heure un refuge et desi moyens d\u2019existence.\u2014Comment cela ?\u2014Je connais une vieille dame, veuve, 6ans enfant, riche et du meilleur monde, qui vient de perdre sa demoiselle de compagnie et qui en cherche une autre.S\u2019il ne vous déplaît pas de remplir ces fonctions, je peux vous faire entrer chez elle quand vous voudrez.\u2014Ça ne me déplaît pas du tout.D\u2019ailleurs, on n\u2019a pas le droit de se montrer difficile quand on n\u2019a pas le sou.Comment s\u2019appelle celte dame ?\u2014Mme Surgère».\u2014Et où habite-t-elle ?\u2014Rue d\u2019Assas, 32 bis, près du Luxembourg.C\u2019est un quartier tranquille.Lorsque vous serez décidée, je vous donnerai un mot de recommandation qui vous introduira auprès d\u2019elle.\u2014Rah ! Cela ne me servirait à rien Je sors difficilement seule.Je ne peux pas non plus recevoir sans que ces dames s\u2019en aperçoivent.Je suis donc dans l\u2019impossibilité de négocier moi-même cette affaire.Voulez-vous vous en charger 4 ma place ?Et quant tout sera convenu, réglé, je filerai.\u2014Ce sera une fugue bien scabreuse.Est-ce que, en la favorisant, je ne vais pas compromettre ma réputation d\u2019homme sérieux ?-\u2014Que risquez-vous?Ce n\u2019est pas vous qui m\u2019enlevez, c\u2019est une vieille dame très respectable.\u2014Oh ! tout ce qu\u2019il y a de plus respectable, il n\u2019v a pas de doute sur ce point.Mais comme cette vieille dame ne peut vous connaître que par mon intermédiaire, j\u2019endosse tout de même une grosse part de responsabilité dans l\u2019affaire.\u201c Enfin, pour vous être agréable, pour vous rendre service, puisque vous me paraissez bien résolue à gagner votre vie pour n\u2019être plus à la charge de votre tante, je ferai l\u2019impossible.je me compromettrai.j'assumerai les plus graves responsabilités.Que ne ferais-je pas pour vous ?La jeune fille regarda son interlocuteur d\u2019un air étonné et il sembla qu 4 son LE SAMEDI étonnement était mêlée une nuance de soupçon, qu\u2019indiqua une moue légère.Mais un geste du docteur la rassura tout de suite.\u2014Soyez en paix, ajouta-t-il après un court silence.Vous serez chez Mme Surgères aussi bien, en aussi bonne compagnie que chez Mme Guernier.Cette excellente femme, qui est une vieille amie de ma famille, offre toutes les garanties d\u2019honorabilité.\u201cSeulement, vous ferez mieux de ne pas lui révéler votre situation exacte et de ne pas lui avouer que vous entrez chez elle 4 l\u2019insu de vos parents.Cela me mettrait en mauvaise posture, car je vais vous présenter comme une cousine éloignée 4 moi, orpheline et sans ressources, qui m\u2019a prié de lui procurer une place de tout repo\u2019s.Alice esquissa une nouvelle grimace.La réserve que sa moue avait manifestée un instant auparavant, ne s\u2019adressait pas, en effet, 4 la personnalité de Mme Surgères, mais bien plutôt 4 l\u2019attitude du docteur qui avait soudain, par un mot excessif, éveillé des défiances.Or, au lieu de calmer ces défiances, l\u2019explication, les avertissements bizarres et équivoques du médecin ne faisaient que les augmenter.Gaston Bressol comprit qu\u2019il faisait fausse route.Il coupa court.\u2014Enfin, nous reparlerons de tout cela un autre jour, dit-il, rien ne presse.sans doute.Pout l\u2019instant, je vais simplement pressentir ma vieille amie, poser votre candidature éventuelle et j\u2019attendrai, pour terminer l\u2019affaire, que vous me fassiez signe.C\u2019est convenu, ©\u2019est-ce pas ?Alice fit de la tête un signe affirmatif, et le docteur prit congé, sans avoir reçu d\u2019autres encouragement, ce qui le laissa perplexe et grognon.* * * Alice, lorsqu\u2019elle fut seule, se plongea dans d\u2019amères réflexions.\u201c C'est fou, ce que je projette là, son-gea-telle.Ma tante ne m\u2019a pas donné les sujets de griefs que prétend le docteur Bressol, du moins je n\u2019en suis pas sûre, et je vais, en disparaissant l\u2019affoler.\u201c Cependant, si je ne disparais pas, je reste 4 sa charge, et cela, je ne le veux pas.Pauvre tante, il est possible qu\u2019elle joue avec moi un double jeu, inconsciemment sans doute.Cela n\u2019empêche pas que, sans elle, je serais sur le pavé.Puis-je l\u2019oublier ?.\u201cNon, je ne l\u2019oublie pas, je ne l\u2019oublierai jamais.Mais la situation est tout de même épouvantable et ne peut pas se prolonger indéfiniment.\u201c Le serment qu\u2019elle a fait 4 maman lui interdissant de révéler mon existence & qui que ce soit, elle doit prélever la pauvre femme, sur ses ressources personnelles dé'j4 si modiques, l\u2019argent que coûte mon entretien ici.Et cela est _______________________________________29 une honte.une honte que je puis pas subir plus longtemps.\u201cIl faut donc que je parle, c\u2019est plus digne, plus noble.Sans doute, il en résultera d\u2019abord un peu d'affolement, des pleurs peut-être.Mais, ensuite,tout s\u2019expliquera et s\u2019arrangera.Et l\u2019on ne pourra pas, dans tous les cas, incriminer mes intentions.Il me sera facile de démontrer que j\u2019ai agi pour le mieux.pour le plus grand avantage de tous.\u2019\u2019 Bien pénétrée maintenant de la nécessité de son départ, la jeune fille conclut qu\u2019elle n\u2019avait plus désormais qu\u20194 attendre l\u2019occasion qui lui permettrait d\u2019exécuter sa décision sans éclat et sans heurt.Et lorsque, quelques jours plus tard, cette occasion se présenta, elle se jeta dans l\u2019inconnu sans sourciller, sans soupçonner non plus quelle série de complications son coup de tête allait créer.Profitant d\u2019un moment où Mme Guernier somnolait dans son fauteuil après le déjeuner, tandis que sa fille était descendue faire des commissions, Alice réunit 4 la hâte dans un petit sac un peu de linge et ses objets de toilette, et se faufila 4 pas de loup hors de l\u2019appartement.Aucune rencontre fâcheuse, soit dans l\u2019escalier, soit aux abords immédiats de la maison, n\u2019ayant contrarié son équipée, elle put gagner sans encombre la plus proche station du métro.Trois quarts d\u2019heure plus tard, elle arrivait, rue d\u2019Assas ,chez Mme Octave Surgère».Car elle s\u2019était arrêtée auparavant dans un bureau de poste où elle avait rédigé et expédié 4 l\u2019adresse de Léonie Guernier un long message pneumatique, dans lequel elle priait l\u2019excellente fille d\u2019accapler d\u2019abord ses plus cordiaux remerciements pour les soins empressés qu\u2019elle avait reçus de sa mère et d\u2019elle, et ensuite de ne pas s\u2019inquiéter de son absence.Elle expliquait alors qu\u2019elle allait gagner sa vie pour n\u2019être plus 4 la charge de personne, et, comme elle craignait qu\u2019on ne voulut l\u2019en empêcher, elle avait jugé préférable de ne pas prévenir d\u2019avance, de même qu\u2019elle estimait inutile, pour les mêmes raisons dç donner son adresse.Après quoi, la pauvre orpheline, croyant avoir satisfait 4 toutes les exigences de la situation, se présenta, la conscience tranquille peut-être, mais cependant dans une attitude morne et découragée, chez la vieille dame qui l\u2019attendait vaguement depuiis quelque jours.XII Lorsque Mlle Léonie Guernier, ses commissions faites, rentra chez elle et ne trouva plus sa pensionnaire, elle fut plongée dans la désolation, ear elle tout de suite l\u2019intuition qu\u2019il s\u2019agissait d\u2019une fugue mystérieuse.Alice, en effet, n\u2019avait personne 4 voir, n\u2019ayant aucune relation, et rien à ache- so_______________________________________ ter, étant défrayée de tout.D\u2019ailleurs, ses ressources étaient fort modiques.Au surplus, dans l\u2019hypothèse où elle eût eu besoin de sortir pour quelques heures ou quelques instants, elle eût prévenu.Puisqu\u2019elle avait caché son départ, ©\u2019était \"qu\u2019elle avait une arrière-pensée ténébreuse.Après avoir interrogé sa mère qui n\u2019avait rien entendu, puis la concierge qui avait bien vu passer Mlle Alice mais ne s\u2019en était pas dérangée, et enfin les voisins qui ne savaient rien, Mlle Léonie estima qu\u2019avant de se mettre à la recherche de la jeune fille le plu® sage était d'attendre quelques heures.Et, en effet, le pneumatique arriva bientôt, qui lui montra que ses pressentiments étaient justes, mais qui n\u2019êclai-rait le mystère que d\u2019une façon très incomplete.Car le fait qu\u2019Alice, en disparaissant, ! avait suivi un plan bien arrêté d\u2019avance et pris toutes ses précautions pour dépister les gens qui voudraient la chercher, s\u2019il écartait l\u2019hypothèse d\u2019un accident, n\u2019écartait pas tout motif d\u2019inquiétude.Au contraire.Cette résolution de gagner sa vie pour n\u2019etre plus à la charge de personne, qui la lui avait suggérée ?Qui lui avait procuré les moyens de l\u2019exécuter ?Y y avait-il pas liéu de craindre, par exemple, que la pauvre petite ne se fût fourvoyée dans quelque aventure louche, à l\u2019instigation de quelque beau parleur?Qui donc, cependant, aurait pu lui fourrer dans la tête cette idée baroque puisqu\u2019elle ne voyait personne, ne fréquentait aucun étranger?.Personne?.Si : le docteur Bressol et le docteur Br vas.La résolution de Mlle- Guernier fut aussitôt prise.Elle mit son chapeau, son manteau et courut chez le docteur Breà-sol, rue dé Constantinople.\ty Maïs là elle apprit avec un véritable désappointement que le docteur était parti en voyage le matin même et qu\u2019il resterait absent au moins quinze jours.Ce départ lui sembla cacher un mystère.Elle garda cependant son impression pour elle et Yen fut, navrée.Elle aurait pu alors passer rue de Moscou chez le docteur Bryas ; c\u2019eut été logique.Mais elle fut prise soudain d\u2019un scrupule.\u201c Non, ce n\u2019est pas lui \u201d, se dit-elle.Et elle rentra chez elle, complètement découragée.11 fallait pourtant aviser, prévenir tout d\u2019abord Mme de Morvillars qui avait la charge de sa nièceM à qui il appartenait de prendre une décision.Elle se résigna donc à écrire et, pour ne pas avoir à entrer demis de longues explications, Mie résuma le fait en deux lignes, puis joignit à sa lettre le pneumatique que la jeune fille hri avait adressé.En reeevant ortie oomrmmioation, à \u2022 \u2022\u2022quelle elle était si loin de s'attendre, Mme de BarrlDr** éprouva une vraie LE SAMEDI stupeur, puis une émotion profonde et un réel chagrin.\u201cElle est folle, la pauvre petite, pensa-t-elle tout haut, mais elle n\u2019a pas eu toute seule l'idée de cette fugue abraca-brante, quelqu'un lui a monté la tête, lui a -inspiré, contre les deux excellentes femmes qui prenaient soin d\u2019elle et contre moi-même aussi sans doute, de la défiance et, de l\u2019hostilité ; et, pour ne rien devoir à eprsonne, elle a voulu se rendre indépendante par le travail.\u201c Pauvre petite Alice ! Que peut-elle faire toute seule dans ce grand Paris, sans expérience, sans appui ?.Non, vraiment, c\u2019est un coup de folie.mais qui a pu lui en suggérer l\u2019idée ?.J\u2019ai des soupçons.Il faudra que jè m\u2019assure dès que possible s\u2019ils correspondent à la réalité.\u201c Dans tous les cas, la première chose à faire est de remettre la main sur elle et de la ramener au bercail, qu\u2019elle regrette peut-être déjà d\u2019avoir quitté.Ahi si je pouvais partir tout de suite!.Mais non, il faut que je dissimule.Je ne pourrai sortir qu\u2019après le déjeuner, sous le prétexte de visite ou de courses 4 Paris.\u201d Tout en monologuant, Jacqueline avait repris la lettre, la relisait.\u201c Quelle imprudence ! s\u2019avisa-t-elle soudain.M\u2019avoir écrit ici des choses si précises et isi grayes ! Si cette lettre était tombée entre les mains de mon mari et qu\u2019il eût ouverte.par nj-égar-de !.Enfin, ce sont des craintes rétrospectives.Néanmoins, pour plus de sû-re!é, voilà ! An feu !.\u201d Elle froissa !o papier et le jeta dans le foyer, puis commença ses préparatifs pour être prête à partir immédiatement après Ig déjeuner.Lorsqu\u2019elle annonça qu\u2019elle allait à Paris, Raymond lui offrit de la conduire lui-même en auto, à la gare tout au moins, car depuis que le comte Gautier était en villégiature foreéè 4 Versailles, le chauffeur, par mesure d\u2019économie, avait été congédié et c\u2019était le vicomte qui faisait le mécanicien.Mais Jacqueline refusa, sous prétexte que ce n\u2019était pas la peine de salir la voiture pour une si petite course, et elle partit à pieds, allègrement, pressée par le désir de faire cesser au plus vite ses inquiétudes.Hélas ! Elle n\u2019était pas près deles voir disparaître.Dès qu'elle fut en présence de ses bonnes amies, la jeune femme ne perdit pas son temps à récriminer.\u2014'Les lamentation?ne servent à rien, n\u2019est-ce pas?s\u2019écria-t-elle après avoir embrassé les deux femmes, qui avaient pris ep la voyant une mine toute déconfite.Un fait est là, indéniable : Alice a disparu.H faut la retrouver, la retrouver tout de suite, pour l\u2019empêcher do commettre quelque irrépatrahle bévue, ou de tomber dans quelque traquenard.*4 Peut-être est-il mêapp déjà trop tard.Enfin, en agissant, immédiatement, bous n\u2019aurons rien à nous reprocher.Vol.33, No 24, Montréal, 19 novembre 1921 \u2014C'est très joli de vouloir agir, riposta vivement Léonie, mais veux-tu me dire comment tu vas t\u2019y prendre ?De quel côté vas-tu diriger tes recherches, sans posséder le moindre indice qui puisse te guider ?Et, enfin, à qui vas-tu confier le soin d\u2019effectuer ces recherches ?\t\u2014 \u2014A la police, parbleu 1 \u2014La police ne marchera pas si tu ne lui fournis pas la preuve qu\u2019Alice Hébert est ta nièce, que sa mère, en mourant, te l'a confiée, et que c\u2019est toi maintenant qui est chargée de veiller sur elle.\u201c Or, pour fournir cette preuve, il faut dire la vérité, et voilà dès lors Te mystère dévoilé, que tu as pris tant de peine à cacher jusqu\u2019à présent.\u2014Eh bien, je m\u2019adresserai à un policier privé.Je n\u2019aurai pas de preuve 4 fournir, pas d\u2019explications à donner.Je paierai et j\u2019en aurai pour mon argent.\u201c Mais, d\u2019ailleurs, avant de confier un mandat quelconque à la police, officielle ou privée, il faut s\u2019occuper d\u2019abord de savoir qui a pu suggérer à cette pauvre petite une résolution aussi baroque.\u2014«C\u2019est ce à quoi j\u2019ai pensé tout de suite, répondit Léonie, et j\u2019ai supposé que peut-être l\u2019un ou l'autre des deux médecins qui l\u2019ont soignée et qui sont restés parfois assez longtemps en tête-à-tête avec elle pendant que ma mère^ était dans son lit\u2014ce qui lui arrive si souvent\u2014et que moi je m\u2019occupais des sons lu ménave.j\u2019ai supposé, dis-je*, que M.Bre-\u2022¦.¦! ou M.Bryas.- \u2014Je crois pouvoir affirmer, interrompit Jacqueline vivement, que le docteur Bryas est incapable d\u2019avoir suggéré à Alice une idée aussi folle, et cela pour des raisons.que je t\u2019expliquerai plus tard, ajouta-t-elle 4 demi-voix.Quant 4 Gaston Bressol, je ne peux rien dire.\u2014J\u2019ai eu la même impression que toi, lit Léonie gravement.Aussi, dès hier soir, j'ai passé chez le docteur Bressol, pour tâcher d\u2019obtenir de sa bouche quelques indications .qui m\u2019eussent mise sur la voie.Mais le docteur, m\u2019a-ton dit, était parti en voyage le matin même et doit rester absent une quinzaine de jours.-\u2014Voilà une absence qui me parait louche, observa Jacqueline.Puis, après un court silence : \u2014Et tu n\u2019es pas allé chez le docteur Bryas ?\u2014Non, je n'ai pas osé.Vas-y, toi, si tu veux.\u2014Allons-y toutes les deux, cela vaudra mieux.\u2014Soit ! Les deux amies partirent aussitôt Mais.Niuand elles arrivèrent rue de Moscou, elles eurent l\u2019ennui d\u2019apprendre que M.le docteur Brya~ venait de sortir et ne rentrerait que vers six heures.-\u2014Quelle déveine ! s\u2019écria la jeune femme, je ne pourrai pas le voir aujour-ri hui, cela me ferait manquer mon dernier train.Pourtant, j\u2019aurais été très contente de m\u2019entretenir avec lui, il me semble que ses conseils n\u2019auraient fouir- Vol, 83, Ho 24, Montreal, 19 novembre 1921 LE SAMEDI 31 oi des données précises sur la marche à suivre : c\u2019est un esprit si pondéré et, en même temps, si averti.\u201cAh! ma foi, tant pis! j\u2019aime mieux risquer de manquer mon dernier train, je reviendrai à six heures.Retournant sur leurs pas, les deux femmes se dirigeaient vers le oarrefour formé par les rues de Turin, Glapeyron et de Pétrograd, lorsqu\u2019elles virent venir à elles le docteur Bryas en personne; il avait reçou contre-ordre pour un rendez-vous donné au café Terminus et rentrait tout simplement à sa pension.Jacqueline estima qu\u2019il était inutile de monter à sa chambre ou au salon de l\u2019hôtel, pour lui expliquer le cas qu\u2019elle voulait lui soumettre.Elle le fît, séance tenante, dans la rue.Elle insista sur ce fait qu\u2019Alice avait disparu en s\u2019entourant du plus grand mystère, et fit remarquer que la chose était si extraordinaire, vu que ij jeune fille n\u2019avait aucune relation, que l'intervention, que la suggestion d\u2019une volonté étrangère paraissait plus que probable.Une douloureuse stupeur se peignit sur le visage du jeune médecin en écoutant ce récit.\u2014Mais, objecta-t-il, si Mlle Alice n\u2019a auoune relation, comipent la suggestion dont vous parlez aurait-elle pu se produire ?.\u2014Je veux dire : pas de relation extérieure.Mais dans son entourage immédiat.Voyons ! A vous, par exemple, n\u2019a-t-elle jamais parlé de ce projet ?\u2014Jamais, ma cousine, jamais, protesta Bryas avec véhémence.Vous pensez bien d\u2019ailleurs que si Mlle Alice m\u2019avait entretenu de ce projet baroque, je l\u2019en aurais d\u2019abord détournée, et ensuite, je vous aurais mise au courant.Et il y avait, dans la protestation du jeune Américain, un tel accent de sincérité, qu\u2019il était impossible de ne pas le croire complètement étranger à cette folie.\u2014Eh bien, conclut Jacqueline, puisque vous ne pouvez nous fournir aucun rensëignenient sur l\u2019objectif qu\u2019a visé notre fugitive et sur la direction qu\u2019elle a prise; j'espère que vous voudrez bien du moins nous aider à la chercher.\u2014Ça.avec le plus grand plaisir, répondit P yas, ravi qu\u2019on voulût bien i\u2019ad-mettre à jouer ce rôlede confiance.Ris.posez de moi, je suis à vos ordres.Mais je redoute que tout seuls nous obtenions de brillants résultats.Ne croyez-vous \u2022pas qu\u2019il voudrait mieux mettre la police en mouvement ?.\u2014Non, interrompit Lé.onie Guernier, Mme de Morvillars, pour diverses raisons, préfère ne pas mêler la police officielle à cette affaire.\u2014Alors.alors, il y a la police privée, fit Rryai Tenez, j\u2019y pense tout k coup, j\u2019ai d\u2019assez bonnes relations avec un de mes compatriotes, M.William Harper, policier distingué, qui est venu, en même temps que les troupes américaines, avec une mission officielle de notre gouvernement, et qui, séduit par la douce vie de Paris, est resté comme moi en France, où il se propose d\u2019exercer sa profession pour son compte personnel.\u201c Je pourrai-, si vous n\u2019y voyez pas d\u2019inconvénient, lui confier cette affaire.Il est très habile.\u2014Mais oui, si vous voulez, approuva Jacqueline.Priez-le seulement d\u2019agir pour votre compte.Ça ne m\u2019empêchera pas d\u2019avoir recours, de mon côté, aux lumières d\u2019un autre policier, car moi aussi j\u2019ai sous la main un détective privé dont j\u2019ai fait connaissance d\u2019une drôle de U -çon et dont je voudrais éprouver la j ¦ -pioacité.\u2014Soit I Deux lumières valent mieux qu\u2019une, opina Léonie.Alors, nôus allons tout de suite chez ton policier.\u2014Oui.Je crois qu\u2019il n\u2019y a pas.dé temps à perdre.M.Bryas nous accompagne ?\u2014-Avec plaisir.Un taxi passait.L\u2019Américain lui fil signe, invita les deux femmes à monter et, avant de prendre place sur le strapontin, demanda : \u2014Quelle adresse ?\u2014Bue du Helder, No 5 bis.Il transmit l\u2019indication au chauffeur et sauta dans la voiture, qui fila aussitôt dans la direction des grinds boulevards.(A suivre) I ; ?¦ ¦ .,.b.- *\u2022 GRATIS - POUR VOUS, MESDAMES! 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qne soit leur fige.Foute oorre»jwr)M*o»oe itrictmnmt omfidmOmUe.lie» Jours de consultation sont: jeudi et samedi de chaque semaine de 2 t B heure» p.m.Mme MYRRIAM DUBREUIL, 250, Parc Lafontaine, MONTREAL Département 2\tBotte postal* t 32 LE SAMEDI Vol.33, No 24, Montreal, 19 novembre 1921 GRAND ROMAN POPULAIRE UX OE Par A.d\u2019ENNERY K estim é des Précédents Chapitres Le ménage Gérard est réduit à la misère.Le père de la petite Henriette afin que son enfant ne meurt pas de faim va la déposer sur les marches du perron de Notre-Dame, où il trouve également un autre bébé.Alors il revient chez lui avec deux enfants au lieu d\u2019un.Ce fut son salut, la petite avait des rouleaux d\u2019or dans ses langes.L\u2019enfant se nommait Louise.Pendant qu\u2019on adoptait sa fille, Diane de Vaudrey, veuve d\u2019un premier mariage secrètement contracté, se remariait selon la volonté de son père, avec le comte de Linières.Quinze années se passent, Louise et Henriette sont maintenant seules dans la vie.Louise est aveugle, toutes deux viennent gagner leur vie à Paris, quand Henriette est remarquée par un jeune seigneur débauché, le comte de Presles, qui complote de la faire enlever.Pendant que le oomte réussissait son complot audacieux, la petite aveugle tombait entre les mains de la Frochard qui se promet d\u2019exploiter son infirmité en la faisant mendier pour elle.Louise après avoir cru à la bonté de la Frochard découvre enfin entre quelles mains elle est tombée.No 12\t(Suite) LA FROCHARD VI Tous deux parcouraient la ville 'couverts de hardes qui tombaient en guenilles.Le pauvre petit bonhomme s\u2019accommodait de sa misère, mais Jacques voulait de beaux habits.\u2014Je saurai m\u2019en procurer, dit-il un jour à sa mère j'ai mon idée pour cela.Et afin d\u2019exécuter son projet, le garnement obligea son frère à l\u2019accompagner.Il allait en expédition bien décidé à ne pas grelotter plus longtemps, disait-il, sous sa veste légère.Les deux frères se mirent à parcourir les rues, Jacques s\u2019arrêtant à la porte des fripiers, cherchant parmi les objets étalés aux devantures le vêtement qui lui conviendrait le mieux.Un manteau avait particulièrement attiré son regard.Il passa et repassa devant la boutique, jeant un coup d\u2019oeil dans l\u2019intérieur pour s\u2019assurer que le marchand était suffisamment occupé et ne le remarquerait pas.L\u2019aîné des Frochards possédait déjà toutes les roueries des voleurs de profession.Publié en vertu d'un traité avec la Société des Gens de Lettres, Commencé dans le numéro du 3 septembre 1921.\u2014Tu vois ce manteau, dit-il à son frère, il est simplement accroché pour l\u2019enlever, ij suffirait de le soulever par le bas.Le crochet quitterait le triangle.et.\u2014Eh bien, qu\u2019est-ce que ça peut nous faire ?riposta le jeune garçon.\u2014J\u2019ai besoin de ce manteau.\u2014Tu veux l\u2019acheter ?.Avec quoi ?\u2014Acheter ?.Ah ! que tu es naïf ! Le prendre c\u2019est bien meilleur* marché.Pierre ne répondant pas : \u2014Eh bien ! t\u2019auras beau me regarder avec ton air bête, ça n\u2019empêche que c\u2019est toi qui vas me décrocher c\u2019manteau.\u2014Moi ?\u2014-Oui, toi !.Ça ne sera pas bien malin.Ecoute ; je vais entrer dans la boutique comme pour demander un renseignement ; je boucherai la porte avec mon corps ; alors tu travailleras comme je t'ai dit de le faire.\u2014Jamais! Jacques saisit son frère par le bras qu'il serra avec violence.\u2014Tu me fais mal, Jacques, pleurnicha le petit.\u2014Obéis alors.\u2014Non.Je ne suis pas un voleur.\u2014Tu feras ton apprentissage.\u2014Laisse-moi, Jacques, je veux m\u2019en aller.\u2014Tu vas rester là que je te dis : et tu décrocheras le manteau.Pierre vit qu\u2019il fallait agir de ruse.Il feignit de se résigner à obéir ; mais à peine son frère lui eut-il lâché le bras, que le pauvre garçon se mit à fuir à toutes jambes.Jaoques s\u2019était élancé, furieux, à sa poursuite.Il ne l\u2019atteignit qu\u2019au bout de la rue, dans un carrefour désert.Et là, abusant de sa force contre le malheureux Pierre qui, essoufflé par la course, ne pouvait faire résistance, il l\u2019accabla de coups.Pierre s\u2019affaissa, suppliant, demandant grâce, n\u2019osanl crier de peur d\u2019irriter le foroéné.Jaoques empoigna sa victime par une jambe et le traîna sur le pavé, tout en lui envoyant des ruades par derrière.D\u2019un violent coup de pied, il atteignit son frère à l\u2019autre jambe.Pierre poussa un cri terrible, et s\u2019évanouit.Alors seulement Jacques cessa de frapper.\u2014«Lève-toi, feignant, dit-il, t\u2019as ton compte pour aujourd\u2019hui, mais ça continuera comme ça, jusqu\u2019à ce que tu aies décroché le manteau.Mais Pierre no bougeait plus.\u2014Est-ce que l\u2019es mort ?ricana le vaurien.Et il voulut soulever son frère.Celui-ci avait retrouvé ses sens ; ij poussait des gémissements lamentables.\u2014J\u2019suis blessé! fit-il d'une voix brisée par les sanglots ; tu m\u2019as cassé la jambe ! VoL 33, Ho 34, Montréal, 19 Dovemlre 1921 LE SAMEDI 33 C était la vérité.Efforcé fut au jeune bandit de charger sa victime sur ses épaules et de la porter ©liez un apothicaire.Et en route, il lui faisait la leçon : -\u2014Tu diras que t es tombé en courant, je le veux, tu sais !.Pierre ne songeait guère à accuser le coupable.11 se laissa bander la jambe et a ttendit, dans la boutique que Jacques allât chercher sa mère.Celle-ci fut promptement consolée du malheureux accident, survenu à son fils.Mal Soigne par le chirurgien qu'on appela trop tard, Pierre devait rester boiteux pendant toute sa vie.Après tout, dit cyniqument la Frochard, c\u2019est un malheur qui a son bon côté ; avec sa figure de papier mâché et ses yeux qui vous ont toujours l\u2019air d\u2019implorer la pitié, Pierre aura, maintenant, un fameux gagne-pain.Bien souvent, en effet, ému de compassion à l'aspect de sa souffrance, un pa-sant glissait discrètement quelques deniers dans la main du boiteux que celui-ci refusait, en disant : \u2014Je ne demande pas la charité, Monsieur ! Mais cela ne faisait pas le compte de la Frochard qui teanit à son nouveau gagne-pain.Elle emmena Pierre dans scs courses, obligeant le blessé à faire de longues étapes, malgré la difficulté qu\u2019il éprouvait à marcher.\u2014El en roule elle lui recommandait de bien accentuer son air de souffrance.Tu vas m\u2019traîner c le jambe un peu mieux que ça! grommelait-elle.C\u2019est pas la peine d\u2019avoir une bonne infirmité si l\u2019on n\u2019dpit pas gagner sa vie avço.Et rudoyant Pierre, elle lui reprochait d'avoir été à sa charge depuis «a naissance, et déclarait qu\u2019à son tour il devait pourvoir à ses besoins à elle.\u2014Je veux travailler! répondit le jeune garçon avec fermeté ; je ne mendierai pas.-\t, \u2014Mais puisque t'es infirme.-\u2014J'ai mes deux bras mère ! \u2014Tu n\u2019voudrais peut-être pas que ce soit Jacques qui se mette à demander l\u2019aumône.La Frochard était convaincue qu\u2019elle en arriverait à dompter l\u2019énergique résistance de Pierre, tôt ou tard.Elle employa dans ce but les moyens ,les plus cruels.Le pauvre boiteux fut enfermé, privé de nourriture.Il résista quand même.Alors Jacques se mit de la partie et gi filait son frère comme il eût fait d'un enfant.Et Pierre ne bronchait pas.Il se contentait de dire : \u2014Tu me frappes parce que je suis plus faible que toi ; mais c\u2019est lâche, voilà tout.Alors, furieuse, la Frochard le jeta dehors en lui disant d\u2019aller chercher sa vie ou il pourrait Pierre avait réussi à devenir rémouleur.A force d\u2019économiser quelques sous gagnés au service de l\u2019homme qui avait bien voulu devenir son patron, il était parvenu à réaliser le prix d\u2019une \u201cboutique\u201d, avec sa meule et son petit baquet.Ce fut le premier jour heureux qu\u2019il vit luire depuis bien longtemps ! Et, le soir, il était rentré dans le taudis de la famille, portant avec orgueil sa \u201c(boutique\u201d sur le dos.___je ne mendirai pas, dit-il fièrement à son frère et à sa mère, je ne mendierai pas, et je vous rapporterai cependant, à la fin de chaque journée, autant d\u2019argent, je l\u2019espère, qu\u2019aurait pu en produire le dégradant métier que j\u2019ai refusé de prendre.Le temps avait marobé.Dix années s\u2019étaient éooulées depuis la mort du supplicié.La Frochard était devenue le type le plus complet des mendiantes de profession.A force de simuler la souffrance, son visage s\u2019était pro-fondémenl ÿîdé avant l\u2019âge, sa bouche s\u2019était contractée, ses yeux s'étalent abêtis par l\u2019ivressé et sa taille, longtemps courbée à dessein, ne pouvait plus se rdresser.Jacques s\u2019était amplement développé; ses défauts et ses vices avaient grandi en même temps qu\u2019il avait grandi lui-même.Sa mère avait reporté sur ce fils préféré toute l ad-mirative adoration qu elle avait, jadis, ressentie pour son ciminel époux.Pierre était devenu leur principal pourvoyeur à tous deux.L\u2019infatigabléltravailleui* osait à peine distraire quelques sous de sa recelte, pour les appliquer à ses besoins personnels.Le fruit de son travail qu\u2019il versait, chaque soir, entre les mains de la Frochard passait dans la bourse de Jacques et alimentait ses débauches.On sait, maintenant, au pouvoir de quels misérables était tombée la pauvre Louise.Mais ce qu\u2019on n\u2019a pu imaginer encore, ce sont les épouvantables épreuves qu\u2019allait subir la malheureuse enfant.VII Ainsi que l\u2019avait pensé Pierre, la Frochard ne devait pas tardera utiliser son nouveau \u201cgagne-pain.\u201d Elle avait résolu dé faire \u201c travailler\u201d, dès le lendemain, la malheureuse petite aveugle.Après urfe nuit d insomnie, pendant laquelle étaient venus l\u2019assaillir les plus tristes pressentiments, le rémouleur s'était levé dès l\u2019aube.II voulait parler 4 la jeune fille et la préparer aux cruelles déceptions et au dur traitement dont elle ne devait pas tarder à être victime.Profitant de ce que la Frochard paraissait dormir profondément, il avait gravi déjà les marches du petit escalier, pour venir coller son oreille contre la porte du grenier, afin d\u2019écouter si Louise ne se serait pas éveillée.Mais, tout à coup, la mégère lui avait crié : \u2014Veqx-tu bien dégringoler de là, feignant?C\u2019est l\u2019heure d\u2019aller gagner ta journée ! : Et Pierre était redescendu piteusement, accueilli par celte phrase qui ne souffrait pas de réplique : \u2014Tù vas m\u2019ficher le camp tout de suite, et, lu sais, faut de la recette aujourd'hui.Nous avons du monde ! Au mauvais sourire de sa mère, le rémouleur a compris ce qui se passe dans l\u2019esprit de cette créature.D\u2019ailleurs, alors même qu\u2019il eût pu douter des intentions de ta mendiante à l\u2019égard de l'aveugle, le souvenir de la scène à laquelle il avail assisté, la veille, suffisait à le plonger dans les plus cruelles appréhensions.Et cependant, il ne pouvait rien pour prévenir le malheur qui menace la jeune fille, rien pour épargner à la pauvre enfant une seule des douleurs qu\u2019on lui préparait.\u2014Tu vas déguerpir plus vite que ça ! lui crie la mégère furieuse, ou bien c'est Jacques qui se chargera de te donner du courage aux jambes, paresseux! Et elle ajouta en toisant son fils : \u2014Y va pas tardera venir le \u201c chérubin \u201d, et s\u2019il te trouve encore ici, gare les calottes, ça te donnera des couleurs pour toute la journée, pâlot ! Ce n\u2019est pas la peur de recevoir des coups qui a fait tressaillir Pierre.C'est la pensée que Jacques va venir; qu\u2019il verra Louise.Cette pensée lui met la mort dans l\u2019âme.Il connaît tous les mauvais instincts, toutes les coupables fantaisies de son frère, il .«ail que, pour les assouvir, il ne reculerait pas devant le plus odieux attentat.Et c\u2019est en face de cet ignoble gredin que va se trouver l\u2019innocente créature que le hasard a placé sur le chemin de la mendiante ! A peine a-t-il entrevu la possibilité d\u2019un pareil crime, que Pierre a senti tout sou sang se figer dans ses veines, et timidement il a balbutié : 34 LE SAMEDI Toi.33, ?To 24, Montréal, 19 novembre 1921 -\u2014Mère, il ne faut pas oublier.que cette jeune fille est.\u2014Aveugle ?.pardié, ça se voit en plein sur son yisage» \u2014Est.honnête !.articula Pierre en baissant la voix.\u2014Honnête ?.Eh ben, tant pis pour elle !.Je les hais moi, les honnêtes gens !.Et dardant un regard féroce sur la porte du grenier : \u2014J\u2019vas la faire travailler, l\u2019honnête fille ! Ça nous donnera 'de la gaieté à moi et au chérubin 1 Cette fois, Pierre, en entendant parler de Jacques, sentit un bouillonnement dans ses artères.Le sang lui monta au cerveau et il eut des éclairs dans les yeux.Mais ce mouvement passager de colère s\u2019évanouit.\u2014Allons, feignant, dit la Frochard, prend ta boutique et détale.J'ai besoin d\u2019être seule ! Le rémouleur courba la tête et obéit docilement, comme il avait l\u2019habitude de la faire.Et, en s\u2019éloignant, il murmurait : \u2014Je suis lâche!.lâche.lâche.Et puis, qu\u2019est-ce que je pourrais faire ?Nous serons maintenant deux à souffrir ?.Au moment où Pierre, la mort dans l\u2019âme, se disposaTt & sortir, Jacques poussait d\u2019un violent coup de poing la porte du taudis, en s\u2019écriant : \u2014Eh bien ! la mère, me voilà veuf I J\u2019ai \u201c égaré \u201d la Marianne ! \u2014Qu\u2019est-ce qu\u2019elle est devenue?interrogea la Frochard.\u2014Elle à voulu s\u2019éohaper de mes griffes, qu\u2019elle a dit ! \u2014-J\u2019ai toujours pensé qu\u2019elle finirait mal, répondit la Frochard.Faut-y qu\u2019elle ait de mauvais sentiments ! Elle qui aurait dû être fière d\u2019être la femme d\u2019un bel homme comme toi ! \u2014«Elle aime mieux coucher à la Salpêtrière.\u2014Et peut-être bien finir par laisser ses os à la Guyane.Une si belle fille, à ce que tu me disais ! Mais, vois-tu, Jacques, quand on a la bosse de l\u2019honnêteté, n\u2019y a pas de remède, c\u2019est un vice dans le sang ! \u2014«Enfin, la v\u2019ià retranchée, faut plus qu\u2019on m\u2019en parle ! \u2014Pardienne, mon chérubin, puisqu\u2019elle est en eage, faut t\u2019remetlre en chasse pour en trouver une autre! N\u2019en manque pas qui seront bien heureuses.\u2014J\u2019te crois : mais la première qui me tombera sous la main, je la dresserai solidement ! J\u2019avais des faiblesses pour cette ingrate de Mariane ; elle en a abusé, c\u2019est bien fait pour moi ; mais si je la tenais !.Et d\u2019un coup de poing Jacques failli démolir la table sur laquelle il s\u2019était accoudé.\u2014Bon! ricana la Frochard, v\u2019ià que tu vas réveiller ma pensionnaire.\u2014Qui ça, ta pensionnaire ?Qu\u2019e&t-ce que t\u2019as encore ramassé dans la rue ?Un caniche perdu ?Faut le vendre tout de suite au tanneur.Il en fera de la peau de chevreau.-\u2014La peau de mon caniche est blanche et rose, mon gars, et fine comme du satin.Et indiquant le grenier : \u2014Ma pensionnaire est là ! \u2014-Dans le grenier aux chiffes ?\u2014L\u2019endroit n\u2019est pas rupin, mais n\u2019importe ; elle a dû s\u2019y trouver aussi bien que dans un palais, et elle y a dormi comme une princesse de sang.Jacques s\u2019était.levé et allait se diriger vers l\u2019escalier.La Frochard le retint, par le bras : Fais doucement, en cas qu\u2019elle dorme encore.Mais tu peux risquer un oeil, ça ne l'effarouchera pas.filé ne te regardera pas pour sûr.\u2014Pourquoi ça la mère, j\u2019suis bon à contempler.\u2014Elle est aveugle, mon chérubin ! \u2014.Pour lors, j\u2019ai tout le temps de la voir.Une aveugle, c\u2019est pas mon affaire.V\u2019I'à donc que, maintenant, tu vas fonder une hospice pour les incurables.Avec l\u2019branoroohe et l\u2019aveugle, n\u2019y a plus que des.infirmes dans la maison, ricana Jacques en allant se jeter dans le vieux fauteuil du supplicié.\u2014Eh ! prends donc garde, chérubin, tu vas chiffonner ma toilette des dimanches.Et prenant le paquet qu\u2019elle avait fait des hardes de Louise, elle le présenta à son fils, en disant : \u2014Ça sera le trousseau de celle qui remplacera la Marianne.\u2014V\u2019ià des affûtiaux qui valent leur pesant d\u2019or et qui seront toujours bons.\u2014A vendre! interrompit Jacques en soupesant les objets.T\u2019as le goût du commerce, toi! fit en riant la Frochard.Mais faut garder ces babioles.Nous allons gagner assez d\u2019argent, maintenant, pour n\u2019avoir pas besoin de nous défaire de nos \u201cjoyaux\u201d.Je les aime, moi les joyaux, ajouta-t-elle en plaçant contre ses joues flétries les boucles d\u2019oreilles de Louise.Regarde un peu, mon Jacques, ça me va t\u2019y bien ?Mais une idée venait de surgir dans l\u2019esprit du \u201c chérubin.\u201d \u2014Si t\u2019as une pensionnaire, dit-il, qu\u2019est-ce que ça va nous rapporter ?\u2014-De quoi donner de jolies pièces blanches à mon Jacques, autant qu\u2019il en voudra.Mais d\u2019abord, faut que je t\u2019explique.Et la Frochard s\u2019étant assise sur la première marche de l\u2019escalier, fit à son fils le récit de tout ce qui s\u2019était, passé depuis qu\u2019elle l'avait quitté, la veille au soir, au cabaret.\u2014Mais c\u2019est une vraie bonne fortune, ça, la mère! Seulement si la donzelle retrouvait l\u2019autre, sa soeur ?\u2014Faut pas qu\u2019elle la retrouve ! \u2014Alors tu te charges de la faire piailler ?\u2014Gomme un vrai rossignol.\u2014Au fait, ça doit roucouler une aveugle.Puisqu\u2019on crève les yeux aux chardonnerets pour leur donner le goût de la musique ! Mais je suis éreinté, la mère, bonsoir, je vais dormir sur mes deux oreilles.\u2014«C'est vrai, mon chérubin, tu dois être bien fatigué, tu t\u2019es tant amusé o\u2019tt\u2019 nuit !.Tiens, jete-toi sur mon lit et dors.Pendant oe temps-là, j\u2019vais apprivoiser mon char, doniieret.Au bout de quelques minutes, Jacques dormait à poings fermés, exhalant, par intervalles, un ronflement sonore.La Frochard gravit le petit escalier, et poussant brusquement ta porte, elle pénétra dans le grenier.Louise ,agenouillée isiur son grabat, priait en pleurant.\u2014Qu\u2019ést-ce que vous faites là, ma p\u2019tite?demanda la mégère de sa voix aigre.Si c\u2019est comme ça que vous dormez, vous aurez des jambes en coton, lorsqu\u2019y faudra que vous marchiez.\u2014Je prie Dieu, Madame, pour qu\u2019il me donne la force de marcher autant qu\u2019il le, faudra, afin de retrouver celle dont le souvenir me fait verser ces larmes.Et avec une explosion de sanglots : \u2014Ne me défendez pas de pleurer, Madame.Mon coeur m\u2019étouffe ; ma douleur est de celles qui ne demandent pas de consolations.Pour lors, ma p\u2019tite, je me retire dans mes appartements; je reviendrai quand vous aurez arrêté les robinets ; moi, j\u2019peux pas voir pleurer les gens, depuis la mort de mon cher défunt mari, un brave homme, aile*! 1 \u2022\u2014Ah! vous êtes veuve, Madame?soupira Louise.Alors, vous avez souffert aussi, et vous compatissez à ma douleur! C\u2019est pour cela que vous avez eu pitié de moi, et que vous m\u2019avez recueillie.\u2014Parbleu' j\u2019me suis dit: \u201cVia une pauvre jeunesse qui ,a besoin qu\u2019une brave mère de famille lui vienne en aide, et.\u2014Vous avec tendu la main à la malheureuse, perdue dans cette ville et qui se livrait au désespoir.Oh ! je vous Vol.33, Ho 24, Montréal, 19 novembre 1921 LE SAMEDI 35 ^ remercie, Madame, et Dieu vous bénira pour cette bonne action.Puis avec animation : \u2014Henriette aussi vous remerciera de m\u2019avoir ramenée auprès d\u2019elle.\u2014Oui, oui, répondit la Frochard, dont le visage prit une expression de froide cruauté, quand nous l'aurons retrouvée, c\u2019tte demoiselle ! \u2014Mais, fit l\u2019aveugle d\u2019une voix tremblante ; ne m\u2019avez-vous pas dit, ne m'avez-vous pas promis ?\u2014Quoi?.Qu\u2019est-ce que je vous ai promis?Que nous chercherions vot\u2019 soeur ?Eh bien ! vous pouvez compter là-dessus ! L\u2019aveugle ne saisit pas l\u2019intonation de la Frochard en prononçant ces dernières paroles et, pleine de reconnaissance, elle lui tendit les mains et murmura : \u2014Vous êtes bonne, madame ; dans mon, malheur, je ne pouvais rencontrer une âme plus charitable.\u2014Quand on est mère de famille, voyez-vous, ma p\u2019tite, on sait compatir aux chagrins des autres.Mais j\u2019ai assez compati comme ça, faut sécher vos pleurs qui m'agacent les \u201c nerf es \u2014Oui, Madame, oui, je evux vous épargner le spectacle de ma douleur.Tenez, je ne pleure plus! Je ne veux plus pleurer ! Et contenant les sanglots qui lui montaient à la gorge, la malheureuse enfant essuyait, du revers de ses mains, ses yeux remplis de larmes.Puis, tournant son visage attristé vers la vieille femme : \u2014J\u2019aurai du courage maintenant, madame, de la force pour marcher ! Allons-nous bientôt partir ?Et s\u2019animant à l\u2019idée des efforts qu\u2019elle se sentait capable de faire pour retrouver Henriette : \u2014Nous marcherons du matin au soir ; je vous suivrai dans tous les quartiers ! Et, chaque fois que nous changerons de rue j\u2019appellerai ma soeur ! Vous voudrez bien, n\u2019est-ce pas, que j\u2019appelle, et elle m\u2019entendra.Je crierai de toutes mes forces : \u201cHenriette ! C\u2019est moi ! C\u2019est ta soeur, c\u2019est Louise ! Henriette ! mon Henriette ! réponds-moi ! Et comme la mégère gardait le silence : \u2014Est-ce que vous ne me permettrez pas d\u2019appejer ?s\u2019informa-t-elle avec anxiété.\u2014Vous appellerez tant que vous voudrez ! grommela la Frochard, je ne vois pas de mal à ça ! Puis d\u2019un ton oaffard : \u2014Eh bien ! maintenant que vous v\u2019ià disposée à sortir, je vas vous mener dans quelques quartiers.Alors, faut vous habiller ! J\u2019vas vous servir de femme de chambre.\u2014J\u2019ai l\u2019habitude de m\u2019habiller toute seule, madame, et depuis que je suis aveugle, je reoonanis très bien les objets au toucher.\u2014Hein ?pensa la Frochard, j\u2019avais pas songé à ça ! Et, sans répondre, elle alla prendre dans la pièce du rez-de-chaussée les hardes qu\u2019elle avait préparées la veille, pour remplacer les vêtements de la jeune fille.___Voyons, ma p\u2019tite, dit-elle mielleusement, je vais vous aider tout de même, pour que nous n\u2019perdions pas de temps.Mais au moment où elle allait passer la jupe, Louise tâta l\u2019étoffe et avec surprise : Vous vous trompez, madame, fit-elle, ce n'est pas là ma robe ! ___Q\u2019en est une que je vous__ prête, riposta la Frochard sans hésitation._____Pourquoi ?Je suis encore en demi-deuil de ma bienfaitrice, madame ! ___,0\u2019est qu\u2019en vous trémoussant, hier soir, dans votre chagrin vous avez accroché vot\u2019 jupe à un banc de la place, et elle est déchirée, en loques ! Faudra une bonne journée pour la raccommoder.C\u2019est à vous de voir insinua la mégère, si vous préférez ne pas sortir ed deux jours ?\u2014*-De deux jours ?s\u2019exclama Louise.\u2014-Faudra bien ça et encore en, tirant ferme l\u2019aiguille.\u2014Alors, madame, j\u2019accepte de porter la robe que vous voulez bien me prêter.\ti D\u2019un rapide mouvement la Frochard avait passé la jupe.Et sans permettre à Louise de s\u2019agrafer, elle l\u2019attifa le plus promptement possible.Puis, lui mettant aux pieds les bas rapiécés et les savates qu\u2019elle avait, on se le rappelle, fendillées, elle lui dif, d\u2019un ton décidé cette fois : \u2014Pour ce qu\u2019est de vot\u2019 chaussure, faut pas y penser ; les semelles seraient usées en un rien de temps sur le pavé de Paris, vous ne pourriez plus me suivre.C\u2019est pourquoi j\u2019veux bien vous prêter des chaussures.C\u2019est doux au pied comme\u2019des mules de duchesse.Vous m\u2019en direz des nouvelles.\u2014Maintenant faut descendre, dit-elle, donnez-moi la main, je vais vous guider.Louise prit la main qu\u2019on lui tendait et suivit la Frochard.Au moment où la jeune fille arrivait au bas de l\u2019escalier un ronflement sonore la fit sursauter.\u2014Faites pas attention, dit tout bas la Frochard, c\u2019est mon chérubin qui sommeille.H a travaillé toute la nuit, ce pauvre adoré.\u2014D\u2019est votre fils, madame ! Celui qui m\u2019a sauvée ?\u2014Non, pas celui-là, l\u2019autre, le bel homme, un fier gars, allez.Et si vous pouviez le voir.Elle s\u2019interrompit.Jacques avait entr\u2019ouvert les yeux et jetait un vague regard autour de lui.- \u2014Ah! o\u2019est la pensionnaire ! balbutia-t-il.Et il se rendormit aussitôt.\u2014Pauvre chérubin, marmotta la Frochard, vous aurez le temps de faire connaissance avec lui.Il est gai comme \u201c poinçon \u201d.-\u2014Le temps,?murmura Louise.Mais vous n\u2019espéirez donc pas, madame.\u2014Quoi ?Que nous allons tomber tout de suite nez à nez avec vot\u2019soeur ?C\u2019est des hasards ! Ça peut se faire, mais Paris est grand.Enfin faudra de la patience, ma p\u2019tite.On fera son possible.\u2014¦Attendez, ajouta-t-elle en plantant la jeune fille au milieu de la chambre.Avant de partir faut déjeuner légèrement.Elle avait pris, dans le buffet, un morceau de pain qu\u2019elle partagea en deux, donnant une croûte à Louise.\u2014Je n\u2019ai pas faim, Madame ! dit l\u2019aveugle en tournant le morceau de pain dans ses doigts.\u2014Prenez toujours, le grand air vous ouvrira l\u2019appétit.Et sans laisser à la jeune fille le temps de se reconnaître, elle l\u2019entraîna dehors.Louise poussa un soupir de soulagement en se sentant dans la rue.Elle avait accepté le bras de sa compagne, et, pleine de reconnaissance elle lui dit ; Vous êtes bonne, Madame, et je vous devrai le bonheur d\u2019avoir retrouvé ma soeur.\u2014Faut bien s\u2019entr\u2019aider, dans ce monde.Puis changeant de ton : -\u2014Seulement, ma p\u2019tite, faut presser le pas, nous allons trotter ferme.La malheureuse aveugle activa sa marche afin de suivre sa compagne qui avait hâte de quitter eu plutôt son quartier.Elle craignait que scs vo'rins eussent la curiosité de savoir qui était cette jeune fille qu\u2019ils ne connaissaient pas.Après un instant de silence, Louise se hasarda enfin à demander où l\u2019on allait, et par quel quartier on commencerait les recherches.\u2014Pour ça, grommela la Frochard sèchement, je me permettrai de faire comme je voudrai., Vous ne connaissez pas Paris, et puis.vous n\u2019y voyez goutte ! Et, d'habi- 36 LE SAMEDI Vol.33, Ho 24, Montréal, 19 novembre 1921 tude, ricana-t-elle avec aigreur, c\u2019est pas l\u2019aveugle qui doit guider la caniche.Louise baissa la tête, croyant à un reproche.Mais elle était bien trop anxieuse pour pouvoir se contenir longtemps.Après avoir marché pendant quelques minutes.\u2014Madame, fît-elle, il me semble que le plus pressé serait de retourner à l\u2019endroit où j\u2019ai eu le bonheur de vous rencontrer, hier.Il est probable que si ma soeur me cherche, elle sera revenue à la station du coche;.elle se sera informée au bureau des messageries.et qui sait, peut-être même y sera-t-elle revenue quand nous y arriverons nous-mêmes.Et, dans son impatience, voulant activer la marche : \u2014Je vous en prie, Madame, allons vite.au bureau du coche de Normandie.Quelque chose me dit que j\u2019y retrouverai Henriette.\u2014Eh, ! ben, eh ! ben, est-ce que nous n\u2019y allons pas ?Mais c'est inutile de galoper comme des biches.Nous arrivrons que le bureau ne sera pas encore ouvert.Force fut à la jeune fille de dévorer son impatience.Elle régla son pas sur celui de la Frochard qui, mentalement, ruminait : \u2014Plus souvent, ma -p'tite, que j\u2019aurais l\u2019innocence de retourner sur la Pont-Neuf.Pardié oui !.ce serait bien là peine d\u2019avoir trouvé son gagne-pain pour qu\u2019on vous l\u2019enlève tout de suite.Et, tout .en réfléchissant ainsi, elle avaït fait prendre à l\u2019aveugle une direction absolument opposée à celle qui conduisait à al Citation du coche d\u2019Evreux.Elle l\u2019emmenait dans les quartiers du Marais, comptant y arriver à l\u2019heure où les commerçants ouvriraient leurs boutiques.C\u2019était le moment où il y avait chance de récolter une bonne recette.Les rues commençaient à se peupler de toute la gent travailleuse se rendant à l\u2019ouvrage, et des bourgeois qui allaient aspirer l\u2019air dans lès jardins publics et sur les quais, bravant la bise matinale.Malgré le froid, Louise était tellement dévorée d'impatience qu\u2019elle offrait bravement son visage au vent qui sifflait à ses oreilles.Il lui semblait qu\u2019elle marchait plus longtemps que la veille pour parcourir la meme distance.Elle se hasarda à demander doucement à la Frochard : \u2014Est-ce que nous serons bientôt arrivées Madame ?-\u2014Dans un petit bout de temps ! Faut pas être si pressée.j\u2019suis plus jeune, et j\u2019ai des \u201c rhumatices \u201d.\u2014Exceusez-moi, Madame, j\u2019abuse certainement de votre bonté, mais.c\u2019est qu\u2019il me semble.\u2014Quoi ?.Parlez!.Expliquez-vous!.\u2014Il me semble que nous avons traversé deux ponts.\u2014Hein?.Comment savez-vous ça, puisque Yous n\u2019y voyez goutte.à e\u2019que vous dites ?\u2014Je l\u2019ai senti ! -\u2014Comment que vous avez senti ça ?\u2014Comme nous savons sentir, nous autre aveugles, par 1 impression.La Providence nous a donné, à nous aubes déshérités, une impressionpabilité plus, grande.\u2014Qui vous fait savoir que vous passez sur les ponts ?.-\u2014Oui, Madame ; et, par deux fois, j\u2019ai entendu le clapotage de l\u2019eau contre les piles des arches.Deux fois!.\u2014Eh ben, c\u2019est vrai tout de même.Qu\u2019est-ce que ça prouve ?.Que je vous ai fait prendre par un autre chemin, pour raccourcir la distance ! marmotta la mendiante en serrant sous son bras celui de Louise, comme si elle eût craint qu\u2019il prît fantaisie à l\u2019aveugle de ne pas aller plus loin, ou d\u2019appeler les passants à son secours, si elle avait deviné les projets de sa prétendue bienfaitrioe.Mais l\u2019infortunée ne songeait guère, en ce moment, a opposer aucune résistance aux volontés de la mendiante.N\u2019avait-elle pas une entière confiance en celle qui l\u2019avait recueillie ?N\u2019avait-elle pas présentes à la mémoire les promesses que lui avait faites la Frochard ?N'entendait-elle pas ces mots qui lui revenaient sans cesse à l\u2019esprit : \u201c Nous la chercherons ensemble \u201d ?.Gomment aurait-elle pu supposer que cette femme qui lui avait parlé avec tant de bonté, qui avait tout de suite témoigné d\u2019une si grande compassion, cachât sous cette pitié feinte, la plus< noire infamie ?Aussi Louise s\u2019excusa-t-elle du mouvement de surprise qu'elle venait de manifester.\u2014J'ai tellement hâte d\u2019arriver, murmura-1-elle, que je croyais que.nous avions mis plus de temps qu\u2019hier.Et, avec une excessive douceur, elle ajouta : \u2014-Il ne faut pas m\u2019en vouloir de cette impatience, Madame.Si vous 'saviez ce qui se pesse en moi ! Ce que je souffre depuis hier !.\u2014On dirait vraiment que vous avez été mal soignée chez moi ! Y me semble pourtant ?\u2014Je n'ai qu\u2019à me louer de vos bontés.Madame !.Que serais-je devenue saris vous ?\u2014C'est bon ! c\u2019est bon ! grommela la mégère, je ne demande pas tant de remercîments pour le quart d\u2019heure.Le principal est que vous preniez du courage, et que vous obéissiez, puisque vous ne pouvez pas faire différemment.Ces derniers mots avaient été prononcés d\u2019un ton si étrange que l\u2019aveugle se sentit prise d\u2019un frisson.Cependant, elle garda le silence, se résignant à marcher aussi longtemps que le voudrait son guide.On était déjà en route depuis plus de deux heures, et l'on n\u2019arrivait pas au bureau des messageries.Louise était maintenant plus que jamais tenaillée au coeur par l\u2019anxiété .Elle écoutait tous les bruits de la rue.Parfois un passant la frôlait, et la Frochard s\u2019arrêtait, Louise n\u2019avait pas, tout d\u2019abord, fait attention à ce détail.Elle croyait à quelque encombrement sur la voie publique, et, instinctivement, elle se serrait contre sa compagne.\u2014Si vous avez peur, ma p\u2019tite, lui avait dit la mendiante, faut pas vous gêner, serrez-vous contre moi.y a des gens si maladroits.On vous bousculerait sans prendre garde que vous êtes aveugle! Mais on s\u2019arrêtait beaucoup plus souvent, et même assez longtemps en certains' endroits.Louise avait cru entendre que la Frochard murmurait quelques mots, prononcés avec tant de volubilité qu\u2019elle n\u2019avait pu en saisir le sens.Et, maintenant, le même fait se reproduisait à chaque pas.Quelquefois même, la Frochard rebroussait chemin, comme si elle eût.suivi une personne qu elle cherchait à rattraper.Puis on se remettait en marche, dans une autre direction.Et toujours l\u2019aveugle percevait ce vague murmure qui sortait des lèvres de sa.compagne.\u2014 Enfin, excitée par la surprise qu\u2019elle éprouvait, Louise hasarda timidement cette question : \u2014Est-ce.que vous me parlez, Madame ?-^-Moi?Avions donc, ma p'tite, quand je parle aux gens, je sais me faire entendre, allez ! Vous vererz ça ! \u2014C'est que.il m\u2019avait semblé.\u2014Oui!.oui !.' je grognais, pas vrai ?C\u2019est ce que vous voulez dire.C\u2019est contre ce tas de feignants qui n\u2019ont rien à faire qu'à se promener, et qui écraserait le pauvre monde si on les laissait faire.\u2014C\u2019est donc.pour ça que.nous nous arrêtons ?\u2014Pour qu\u2019on ne vous bouscule pas, pardié.! Aussi je vous montre à tous ces maladroits-là, et je leur dit que vous êtes, aveugle.\u2014Hélas ! ne le voit-on pas, Madame ?\u2022 Toi.33, Ho 24, Montréal, 19 novembre 1921 LE SAMEDI 37 \u2014Pas assez ! Faut que vous leviez la tête pour montrer jos yeux, ça fera bien ! Puis, s\u2019arrêtant en face de l\u2019aveugle, elle lui saisit le bras, la força de 1 étendre et de tenir la main ouverte, ainsi que font les mendiants qui implorent la charité.\u2014Restez comme ça, lui dit-elle, Madame ?-\u2014Pourquoi ?\u2014Parce que., parce que., ça fera voir que vous êtes aveugle, et.qu\u2019y faut pas, vous bousculer.Louise eut une velléité de résistance aux désirs de sa compagne.\u2014Mais, Madame, fit Louise d\u2019une voix que l\u2019émotion faisait trembler.personne, jusqu\u2019ici, ne m\u2019a heurtée, et.je vous assure.\u2014Moi j'vous assure qu\u2019il faut que vous m\u2019écoutiez.Ces paroles avaient été prononcées avec un sentiment de colère contenue et de sourde menace qui fit tressaillir l\u2019aveugle.Elle redoutait d\u2019avoir blessé la Frochard, et timidement : \u2014Je serai obéissante, madame, de grâce veuillez excuser mon trouble et l\u2019angoisse qui me suffoque.Oh!.j\u2019ai tant de hâte de retrouver ma soeur !.\u2014C\u2019est pas une raison pour critiquer c'que je dis.Et entraînant la jeune fille : \u2014Allons, en route !.Si vous voulez que nous arrivions, faut marcher.Louise était partie, le matin, l\u2019âme remplie d\u2019espérance.Il lui semblait qu\u2019en arrivant au bureau des messageries, elle y trouverait des nouvelles d'Henriette et que celle-ci aurait laissé son adresse.Il lui paraissait impossible qu\u2019il en fût autrement.Et elle avait marché avec courage.Mais elle était maintenant à bout de forces.L\u2019énergie qui l\u2019avait soutenue jusque-là s\u2019évanouit pour faire place à des transes mortelles.Tout à coup la mendiante s\u2019arrêta.On se trouvait sur la Place Royale, et Louise sentit un obstacle qui se dressait devant elle.\u2014Un banc ! dit-elle, ah ! nous sommes arrivés, n\u2019est-ce pas ?.Ce banc, c'est sans doute celui sur lequel, ma soeur et moi, nous nous sommes assises lorsque nous attendions 1 arrivée de M.Martin.\u2014Juste, ma petite, vous avez deviné ça comme si vous y voyiez !.Pour lors, vous allez vous reposer.Et elle obligea la jeune fille à s asseoir sur le banc.\u2014Pourquoi n\u2019irions-nous pas tout de suite, au bureau, madame ?demanda Louise.Je ne sens plus de fatigue, depuis que je sais où nous sommes, Venez, conduisez-moi auprès de l\u2019employé ; je veux lui parler, je suis sûre qu\u2019il aura une bonne nouvelle à m\u2019annoncer.Venez, je vous en supplie, chaque minute me semble si longue depuis que j\u2019ai l\u2019espoir de retrouver ma soeur.Peut-être est-elle près d\u2019ici, anxieuse, désespérée, me cherchant comme je la cherche moi-même.Et, se levant, elle se mit à crier : \u2014Henriette !.me voilà !.Moi, ta soeur ! M\u2019en-tends-tu.Henriette.m\u2019entends-tu ?\u2014Que\u2019st-ce que vous faites là ?s\u2019écria la Frochard, saisissant l\u2019aveugle par le bras et la serrant avec force.\u2014J\u2019appelle ma soeur, madame; si elle est par ici, elle entendra ma voix.Elle viendra !.Elle viendra.\u2014Taisez-vous, dit la mendiante, vous allez assembler autour de nous un tas d\u2019monde et on nous prendra pour des folles.D\u2019ailleuns c\u2019est défendu de crier dans les rues ; les agents vous ont bientôt fait de coffrer les braillards.Et puis, j\u2019veux pas me compromettre.J\u2019ai ma dignité, moi ! faut pas qu\u2019on y touche.Et obligeant de nouveau, l\u2019aveugle à s\u2019asseoir : __Vous allez rester sur ce banc, fit-elle sèchement, et c\u2019est moi qui irai au bureau.__Laissez-moi vous aoompagner, madame.\u2014Non.\u2014Cependant c\u2019est à moi de m\u2019informer.-\u2014Je veux que vous restiez là ! Vous êtes trop agitée.Vous n\u2019pourriez pas expliquer vot\u2019 affaire.Et, sans plus attendre la Frochard se retira laissant l\u2019aveugle en proie au désespoir.Louise l\u2019entendit s\u2019éloigner et elle dut sc résigner à attendre son retour.La mendiante eût bien voulu traîner \u201cson aveugle\u201d après elle, dans la tournée qu\u2019elle allait opérer tout autour de la place ; l\u2019exhibition de cette malheureuse enfant, vêtue de haillons et dont les yeux rougis par les larmes témoignaient d\u2019une profonde misère et d\u2019une bien réelle souffrance eût certainement apitoyé les âmes charitables; mais la mégère avait pentsé que Louise s\u2019étonnerait sans doute des stations qu\u2019elle allait faire de porte en porte, en débitant son boniment, qu\u2019elle pourrait, alors, se révolter et se soustraire à son autorité.Elle remettait à plus tard le véritable début de l\u2019infortunée dans le misérable rôle qu elle lui destinait.Elle alla donc mendier seule, de boutique en boutique sans toutefois perdre de vue sa victime et prête à retourner auprès d\u2019elle si quelqu\u2019un s\u2019en approchait.Et elle marmottait, en tendant la main : \u2014Ayez pitié d\u2019une pauvre mère de famille qu\u2019a une fille aveugle.Puiisi elle ajoutait en désignant Louise : \u201c\u2014Tenez, vous la voyez là-bas, elle s\u2019repose sur ce banc parce que nous avons marché d\u2019puis ce matin, sans manger! Ayez pitié d\u2019elle, mes bonnes âmes charitables, et le bon Dieu vous le rendra ! \u2019\u2019 Malgré cette supplication débitée d\u2019une voix dolente et accompagnée du jeu de physionomie traditionnel, la mendiante faisait maigre recette, et c\u2019est à peine si elle avait récolté quelques sous lorsqu'elle se décida à revenir auprès de l\u2019aveugle.Elle rejoignit Louise en grommelant tout bas : -\u2014Nous allons changer tout ça ma p\u2019tite ; ça n\u2019pcut pas continu |p de c\u2019te façon-là.J\u2019ai trouvé un gagne-pain, faut qu\u2019il me rapporte.LA PETITE AVEUGLE I Furieuse, l\u2019ignoble créature aborda sa victime avec un air de dureté qui plongea Louise dans de mortelles angoisses.La malheureuse, depuis qu\u2019on l\u2019avait laissée seule, était en proie aux plus douloureuses émotions.Tout d\u2019abord elle s\u2019était laissée aller à croire que la Frochard reviendrait promptement et lui apporterait une bonne nouvelle.Il lui semblait impossible qu\u2019Henriette fût à jamais perdue pour elle, et qu'elle ne fût pas venue aux renseignements auprès de l\u2019employé du bureau des messageries.Mais au bout de quelques minutes d\u2019attente Louise sentit succéder un sentiment nouveau à la vive impatience qui l\u2019avait agité jusqu\u2019à ce moment ; c\u2019était une apréhension douloureuse et toujours croissante.Elle reportait sa pensée en arrière, se retrouvait dans la maison où on l\u2019avait recueillie et elle se demandait pourquoi la Frochard lui avait fait revêtir d\u2019autras' vêtements que les siens ; elle se rappelait avec quelle obstination elle avait insisté pour qu\u2019elle consentît à cet échange.Son esprit se troublait.Il lui venait des idées étranges sur le compte de la personne dont elle avait accepté l\u2019hospitalité.Elle en arrivait à redouter que la disparition d\u2019Henriette ne fût que le résultat d\u2019un crime, et elle tombait ainsi, de 38 I LE SAMEDI VoL 33, Ho 24, Montréal, 19 novembre 1981 \u2014 iüü 'i, ;S- Soyez indépendant.\u2014 Possédez un verger de pamplemousses et d\u2019orangers.\u2014 Une ferme maraîchère ou avicole.\u2014 Augmentez vos revenus.Vous pouvez ouvrir un verger aujourd\u2019hui d\u2019après notre nouveau système Exploitez utrse ferme fruitière de rapport sains laisser votre position actuelle\u2014 assurez votre avenl-r.Un paiement maintenant et quaicfne3 dollars chaque moto devraient rapporter des dividendes oon-aidémbleo et croissants d\u2019aumèe en année.Voua pouvez maintenant voua procurer le terrain qu'il vous faut en ne versant que $1 l'acre par moto.Un verger profitable est un placement parmaaseint et constitue u-ne afsunarsce pour les vieux jours.LE TERRAIN VOULU DANS L'ENDROIT VOULU AU PRIX VOULU NOUS L\u2019AVONS\u2014FKfîAfE DE NTMPOB-TE Ql'ELIJi DIMI£N*ION Cea splenZUd.eg terres aont done les environs de Tampa, la métropole de la FlorMe-Sud.Ici vous trouvensa le Climat Le pim salubre et le plus délicieux de l\u2019A TuéT'&rue du Nord et des moissons à ««eux d\u2019l&«ninée.U y a dix axis que non* eomanea Ici môme, aidant au dérvel jppern eut de HlUsboro-\u20144« combi agrtcoie par excellence de la F^orld» et noua sommai encore id prêt» à vous servir et à voa» aider & obtenir la ferme qa*ll voue taaL Qu'il «\u2019agisse de 10 ou de 20 acres, pour un verger, un© ferme maxalcb ère o«u wvt-cole, ou do 80 â 640 acres pour la cudtun» générai», nous pourvois voua la faire avoir à des paiements très faciles.Vergers exploités pour non-résidents 81 voua dé-Urez gander votre position actuelle pendant qutekfues armées, nota pouvons exploiter pour vous un verger de pasapdémoussés et d\u2019orantgero.Quand voo» serez prêt, nous défricherons votre berr©, fournir ans les arbres frontier», fer oms la plantiation et aurons soin de votre verger jusqu\u2019à ce qu» vous soyea prêt à vous en $300 à $500 de profit par acre peuvent ae faire en faisant la culture maraîchère.Ce n\u2019est pas un revenu extraordinaire pour les fermiers maraîchers dans le fameux district de Tampa- Toutes lee sortes de légume» y poussent Le» premières patates, les cfooux d'hiver, les oignons, les tomates.Le céleri et nombreux autres légumes se vendent à des prix élevé» durant l\u2019hiver et au début du printemps, lorsque le non! 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Pourquoi donc ?ça peut arriver à toutes les jeunesses qui ont de beaux yeux et ult joli minois !.Elle est enlevée, que je vous dis, et nous aurons du mal à la retrouver.Louise, qui s\u2019était contenue jusque-là, éclata tout à coup en sanglots.A la vue des larmes qui inondaient le visage de la jeune fille, la Frochard avait fait quelques pas pour courir après les passants, et, la main tendue vers eux, eUe se disait en elle-même : \u201c\u2014Faut profiter de ce ahagrm-Jà !.Puis elle répétait dn ton le ph© lamentable : ?oL 88, Ho 84, KnbM, 18 1881 IS SAMEDI 39 \u2014Ayez pitié d\u2019une pauvre aveugle qui o\u2019a pas mangé depuis hier I.Regarder-la, mes fermes âmes charitables, «lie pleure I Ayez pitié 1.Et, de ea main décharnée qu\u2019elle savait faire trembler à volonté, elle indiquait Louise qui continuait & verser des larmes an prononçant des phrases entrecoupées de sanglots.Mate en dépit de tout le mal qui se donnait la mégère, lee emmènes étaient rares, \u2014Ça n\u2019 pleut pas comme grêle I ronobonoait-elle.O\u2019eet-y pas malheureux que je ne puisse pas la traîner avec moi et y faire tendre la main 1.Puis, grimaçant ce sourire froid qui d\u2019ordinaire plissait ses lèvres et ridait ses joues, lorsqu\u2019elle méditait quelque combinaison diabolique : \u2014Ça n\u2019pourra pas dorer comme ça, la belle I., Je va» casser le» vitres en rentrant et je te jure que tu travailleras comme y faut, l\u2019aveugle 1 Tout eu maugréant contre la makttanoe, la mendiante était revenue s\u2019asseoir sur le banc pour compter la recette -Douze sous, trois deniers ! C\u2019est pas payé pour des larmes d\u2019c\u2019tte qualité-là 1 marmottait-eün, sans s\u2019occuper du voisinage de Louise.Celle-ci s\u2019était arrêtée de pleurer.\u2014-Vous me parlez, madame ?interrogea-t-elle, supposant que la phrase prononcée lui avait été adressée.\u2014Je dis.que voilà l'heure de manger.et que je n\u2019ai pas compte d argent ! -\u2014'Ne vous inquiétez pas de moi, madame, dit la jeune fille, je n\u2019ai pas faim.\u2014Tant mieux pour vous, riposta la mégère ; mais moi, j\u2019ai l\u2019estomac dans les talons !.Sans compter que nous n\u2019avons pas fini de circuler.Louise avait craint le contraire.Elle poussa un soupir de soulagement en entendant qu\u2019on allait poursuivre les recherches.\u2014Où irons-nous, madame ?demanda-t-elle aveo anxiété.Si Henriette n\u2019est pas encore venue an bureau du coche, elle pourra peut-être faire cette démarche plus tard.dans la journée.Ne pensez-vous pas» qu'il serait prudent.de ne pas nous éloigner do nette place ?.Oh ! je passerais bien toute la journée sur oe banc à l\u2019aï-tendre.\u2014Cui-dà I s\u2019exclama la Prooh&ed.Peut pas compter lè-dessus.sur ce banc !.Moi, faut que je grouille 1.En voilà une idée, continua-t-elle en se levant.sur oe bane I.comme si nous n\u2019avions pas autre chose à faire ! Puis sans ménagement : \u2014Si vot\u2019 soeur n\u2019est pas venue, acheva-t-elle, c\u2019est qu\u2019elle ne pent pas sortir, pardié.Elle n\u2019est pas libre, quoi ! ça va de soi.\u2014Que dites-vous là ?\u2014Je dis ce que je pense l.Et j#ajoute.que je ne veux pas perdre mon temps ! Elle avait obligé l'aveugle à se lever, et, la prenant par le bras, die l\u2019emmena, tout en continuant à m xnoter : \u2014Rester là ?comme si je n\u2019avais pas antre chose à faire.et comme si les alouettes étaient en train de rûür, pour venir ensuite nous inviter à souper I Louise continuait de pleurer sübncleusement, traînée an bras de la Frochard, par les rues, les «masses, les places, les carrefours.Elle c\u2019eût eu garde, après les manifestations de mauvaise humeur de sa compagne, de se plaindre de la fatigue qui commençait à envahir ses jambes A peu habituées à ém marches forcées.Cît, i interminables marches étaient teterrœapaœ par 4a fréquentes haltes.\t.\t_ Et Louise entendait de nouveau U vfadBc femme matter qr.4que chose qui ressemblas ft Le Jour commençait 4 & Stmwdl magazine hebdomadaire illustré, humoristique et sentimental 10 cents l\u2019exemplaire COUPON D\u2019ABONNEMENT Ci-inclus veuillez trouver la somme de 85.00 pour 1 an ou $2.50 pour 6 mois (excepté Montréal et banlieue) d'abonnement au Samedi.Nom ¦ \u2022 a a * « a cWü * \u2022 (t> \u2022 * I* ¦ \u2022 \u2022 ï*T* : « \u2022 * 1*3 \u2022 * r* ' \u2022 \u2022 Sy développe et raffermit très rapidement le Poitrine.D'urne efficacité T@maTqua.ble et durable sur le buste.Très bon pour les personnes maigres et nerveuses.Bienfaisant pour la Santé comme tonique pour remforctr, facile A prendre, 11 convient aussi bien à la jeune fill y qu'à la femme faite.Prix du Traitement Denise Roy, de 30 jours, au compiet $1 Mme DENISE ROY, département 1, Boîte poatate 2740.Montréal Remseigarments gratuite donnés but réception de 3 sous en timbres.Toutes correspondances strictement confidentielle.f rîîïiHMM.m [aaiccT LAIT ¦ROMAlNl Véritable Protecteur de la Beauté de la Femme\u2014Le LAIT DES DAMES ROMAINES devrait être sur la table do toilette do toute femme soucieuse de sa beauté.Il rehausse la blancheur et la finesse de la peau, éclaircit le teint, empêche et 1 fait disparaître: Rougeurs, Boutons, Dartres, Points Noirs, etc.Prévient les rides.En venta partout, Rose ou bknc, 50o GOo par la malle EXIGEZ LE NOUVEL EMPAQUETAGE Envoyez 10c pour Echantillon généreux COOPER & Co., CH.104.55.RUE DES COMMISSAIRES.O.MONTREAL - Un brouillard humide, pénétrant, faisait frissonner la jeune fille sous la jupe d\u2019étoffe légère dont elle était ¦revêtue.Le pavé, qui devenait visqueux et glissant, obligeait l\u2019aveugle à se cramponner au bras de son guide.La Frochard, depuis longtemps, ne s\u2019occupait plus de celle qu\u2019elle entraînait maitnenant avec précipitation.Elle paraissait avoir hâte d\u2019arriver.Tout à coup, elle lâcha le bras de Louise, en disant d\u2019un ton sec : \u2014Faut m\u2019attendre ici.sans bouger ! Et l\u2019aveugle l\u2019entendit prononcer, en s\u2019éloignant : \u2014\u201cMe voici, mon chérubin.\u201d Et le colloque suivant s\u2019était engagé entre la mère et son lils préféré : \u2014Eh bien ! la mère, la recette a-t-elle été bonne aujourd\u2019hui ?.\u2014Pas grasse ! mon chérubin ; ça n\u2019a pas donné fort ! \u2014Alors à quoi est-elle bonne cette petite ?Louise n\u2019entendit pas la fin de la phrase.Elle comprit toutefois que la femme qui t\u2019accompagnait avait dû imposer silence à son interlocuteur.Au bout d'un instant elle se sentit, de nouveau, saisir par le bras.Cette fois on l\u2019entraînait dans une autre direction.Et la Frochard lui parut être sous, l'influence d\u2019une grande agilation, car elle grommelait, de nouveau : \u2022\u2014Nous allons changer de système ! Ce fut dans la pensée que la phrase qu\u2019elle venait d\u2019entendre se rapportait aux recherches à faire encore pour retrouver Henriette, que la jeune fille se hasarda à dire : \u2014Vous allez donc essayer.d\u2019un autre moyen ,Madame?\u2014Ah ! mais oui, ma p\u2019tite ! \u2014-Si vous croyez que cela vaudra mieux que de continuer.\u2014Contineur?glapit la mégère.Alona je n\u2019aurais plus qu\u2019à entrer tout de suite au dépôt de mendicité ! Louise, à ces mots, ne put retenir un mouvement de surprise et d\u2019effroi.Que signifiaient ces paroles ?En y réfléchissant, elle crut y voir un reproche 4 son adresse pour le temps qu\u2019elle faisait perdre à son guide, dans le but de retrouver la compagne disparue.\u2014Soyez persuadée, Madame, reprit-elle après un instant de silence, que ma soeur vous prouvera sa reconnaissance, et qu\u2019elle saura reconnaître.\u2014Ali ! c\u2019est donc ça que vous avez trouvé toute seule !.Une récompense honnête, pas vrai ?Comme quand on rapporte un caniche perdu ?-\u2014Oh ! Madame, bégaya l\u2019aveugle, je n\u2019ai pas voulu vous offenser ! En vous parlant de reconnaissance qu\u2019aurait ma soeur pour voua qui m\u2019avez recueillie.jf espérais.\u2014Et moi je veux autre chose que des promesses ! La Frochard avait été, en commençant sur son ton aigre, sur le point de brusquer la situation.Furieuse de n\u2019avoir pu apporter à Jacques la somme d\u2019au, mène qu\u2019elle avait espéré récolter en exploitant l\u2019infirmité de Louise, elle avait été sur le point de lui déclarer avec -cynisme quel genre de service elle entendait lui imposer à l\u2019avenir.Mais elle réfléchit que Tcxplosion de sa colère serait une imprudence qui pourrait tourner à mal.Il suffisait, en effet, pour cela, que l\u2019aveugle révoltée ee mi! à crier, à implorer le secours des passante pour qu\u2019on l\u2019arrachât de ses mains.Elle se résigna donc à se contraindre, momentanément du moins.Et, sans répondre à la dernière phrase d© l\u2019aveugle, elle continua à marcher plus vivement encore.Louise haletait à la suivre- Les -rue® qu\u2019on traversait devenaient de plus en plus boueuses. Vol.33, ïïo 24, Montréal, 19 novembre 1921 LE SAMEDI 31 b aveugle reconnut I air nauséabond qu\u2019elle avait res-pi'é, le matin, lorsqu'elle s'était mise en route, au bras de la Frocliahi.I l la pensée lui vint qu\u2019on la ramenait au logis où elle avail reçu, la veille, une si triste hospitalité.Si cela était, il lui faudrait donc renoncer à l'espoir de retrouver Henriette ce jour-là ?H lui faudrait passer encore une nuit loin\u2019de sa soeur qu\u2019elle n avait jamais quittée depuis son enfance ?Cette idée la torturait, et de sa voix tremblante : \u2014Où allons-nous, maintenant.Madame ?demanda-t-clle.Dans quel quartier espérez-vous que nous pourrons retrouver.\u2014Retrouver quoi ?riposta la mendiante avec emportement.Yous ne supposez pas que j\u2019vas trotter.comme une gazelle pour vous faire plaisir ?\u2014Cependant, Madame.\u2014Faudrait encore marcher, n\u2019est-ce pas ?Si via, qui liquids n\u2019étaient pas éteints, vous verriez qu'y fait noir comme chez le diable ! Et puis, une femme comme'il faut ne trotte pas dans les rues pendant la nuit ! Et, se redressant, elle ajouta : -\u2014Nous retournons dans mes appartements, si ça vous contrario, j'en suis fâchée pour vous, mais nous y retournerons tout de même ! Louise tressaillit douloureusement.Et comme si la mégère eût voulu donner raison aux alarmes de la malheureuse créature, elle interrompit le silence par ces mots pleins de menace : -Nom?aurons à causer tout à l\u2019heure, mam\u2019zelle ! Faut vous préparera écouter docilement ce que j\u2019ai à vous dire ! Puis, avanl que l'aveugle eût eu le temps de formuler une réponse, la Frochard ajouta : \u2014Voilà l\u2019avorton ! Je l'y conseille d\u2019avoir usé sa pierre à repasser, pu sinon y pleuvra des gifles, ce soir !! Elle s\u2019interrompit pour crier au rémouleur qui arrivait, en même temps qu\u2019elle à la porte du taudis : \u2014Y a-t-il gros dans ta poche, l\u2019honnête homme ?Diis -moi tout de suite quoi que: t\u2019as gagné ! Mam'zelle n'est pas de trop.tu peux roucouler !.Silencieusement Pierre avait rendu une poignée de monnaie à sa mère, et Louise entendit que celle-ci comptait les pièces, tout en pénétrant dans la masure.Le rémouleur avait profité de ce moment pour s\u2019approcher de l\u2019aveugle dont il avait remarqué le trouble.Et timidement il allait adresser quelques mots à sa \u201cprotégée\u201d, lorsque, du seuil du taudis, la Frochard s\u2019écria : -\u2014Hé ! l\u2019avorton.offre ton aile à la colombe, pour l\u2019aider à monter au perchoir ! II Sur l\u2019ordre de Isa mère, le rémouleur avait pris, en tremblant, la main de l\u2019aveugle et disait doucement : \u2014Vous êtes bien fatiguée, man\u2019zelle.Il faut vous reposer un peu avant de souper ! \u2014Oh ! je n'ai pas faim ! dit Louise en suivant son guide qui lui fit monter les deux marches usées qui séparaient le seuil de la masure du pavé de la rue.L\u2019arrivée de Pierre fut un soulagement pour le coeur de la jeune fille.Après cette journée stérile, au bout de laquelle la désespoir était venu remplacer ses espérances déçues, la pauvre Louise avait gardé le souvenir d,e l\u2019homme qui, l\u2019ayant arrachée à un danger de mort, avait eu pour elle de douces et consolantes paroles.(A suivre) ¦¦\t, \u2022\t; .\t¦ ; ; ¦\t.¦ :\t;,,\t3 : (¦ ¦ __________________________________________________________________' Bonne nouvelle pour les Canadiens-français LE SPECIALISTE D\u2019HYGIENE SPROOLE Le grand spécialiste du catarrhe explique SA METHODE DE TRAITEMENT « I m pOpi f I.' L i\t\u2022 .I : ÜN SPECIALISTE ANGLAIS Gradué en médecine et ohinireie de ITnlvcrsité de DnbUn.ancien chirurgieo du .-.ervfca deis postes de là marine royale britannique.Traitement domestique du Catarrhe Il >\u2022 r.(rente-cinq nais un jeune rhlrUTîrten an eervKS, naval de la malle Royale anglaise rfonna .es amis en quittant soudainement le servire pour livrer à la pratique uri-Sù.Ce chirurgien «et malmenant croira comme le apëqialiste SiirouJe cnotre le Catarrhe Son \u2022 2ESÏÏ,\tvftVl?faJt ^couvrir dM» le nouveau ma] le Catarrhe, un suait qii m<au étude.1.ni, et sa* assistants, ont.étudié la nature du Catarrhe et son traitement depuis du nombreuses a.nm&es.\to eeni: Cwiiine l'avait prénu le spécialiste Sproute, ]e Catarrhe ne répemtdlt avec rapidité II y a quarante a.ns.l,e Oatairrhe ét-ait.pratiquement inconnu.AvjcuTd'hui, ni jure ni sexe n\u2019est excnu.pt.j.i cltrrtat.ail looalifcé no .peuit l'éviter.\t7e\u2019 ni se^\u20ac n est 0\toonV'e le Catarrhe, le premier a faire uns spécteAifcé du Catarrhe, a une rictiirifte scieratrftquie dooueettqiie qui constate on im traitement individuel ccmstltu-tionnel.a\\«c ein plus, des conseils /personnels précieux sur la vie saine.Les résultats furent tels que plusieurs oe.nitjalnu rgeois.Ubald L.perd ses blondes; il ne sait plus où se brancher.Yvonne G., tu dois coiffer sainte Catherine, cette année.LAPRAIRIE Lucia L.dit qu\u2019elle peut se passer d\u2019Armand P., il y en a d\u2019autres qui l\u2019aiment.Alexandrine R., est-ce vraî que tu as peur que les jeunes filles de Laprairie te ravissent tou cher Emery F.?Irène L.se lamente et pleure; elle dit que les froids de l\u2019hiver arrivent et qu\u2019elle n\u2019c'st pas encore mariée.Voyons, Albéric, plante-toi ! \u2022Florida M.aime tellement à courir après les garçons qu\u2019elle ne sait plus quel côté prendre, le soir.Blanche F., as-tu reçu ta boîte de men- fceries ?AJdéa C.est fâchée contre Laurianna F.à cause qu\u2019elle lui a refusé le voyage de la côte Ste-Catherino, un dimanche après-midi.BEAÜHAJtNOIS Florenoe A., si M.revenait avec un diamant, tu le recevrais bien encore?Anita L., à quand ton mariage avec Dumbar H., tu m\u2019inviteras?Léonilda F.n\u2019est plue capable de se trouver de garçons à Verdun, elle est obligée?de prendre ceux de la campagne.Marie-Louise B.s\u2019est acheté un manteau très pâle pour praître de loin et pour trouver à se marier.Marie-Louise M., tu es aussi bien de sortir avec Albert B.parce que tu es certaine de ne jamais t\u2019en trouver d\u2019autres.Léontine F.a l\u2019air à aimer beaucoup les garçons ; mais rallonge tes robes car ils b prendront pour une enfant d\u2019école.En lisse D., commen t ainns-bu cela faire le poisson de Lucienne M.?Hector G., que fais-tu on ne te voit que rarement avec Irène L.?Laun tte F., est-ce du vinaigre de toilette ou du jus de betteraves que tu emploies pour tes belles joues rouges?Ma rie-Anne F., quand ton manteau aura des petits tni m'en garderas un?Eveline M., dépêche-toi à te marier.Léonilda F.fait le touT du parc pour rencontrer les garçons.Ti t-Lou p A., de Mo loche ville, depuis qu\u2019Arthur T.t\u2019a laissée elle a écrit chez Eaton pour avoir un cavalier.Ils lui «n ont envoyé un en papier, ça ne fait pas l'affaire.Pourquoi tant de jeunes gens se rendent-ils au train, le soir?I*auvr> Ida B., crois-tu que l\u2019on ne s\u2019aperçoit pas que tu aimes Adjutor St-D.?Madeleine D., tu t'ennuies, c\u2019est malheureux ; mais ne pleure pas.Croi»-bu, Florida C., que l\u2019on ne t\u2019a pas vu, l\u2019anifcne soir, avec ce jeune garçon ?Mais il est gentil1.Ita.TUQUE Géraldine L., lorsque ton manteau aura des petits tu m\u2019en garderas un.QUEBEC Henri L., si ton chapeau brun rapporte, j\u2019en retiens un.Lucien J., pour qui arpentes-tu dans SteSauveur?Edgar D., ta présence rehausse le met ; je t\u2019en prie, ne les laisse pas.Prep., pourquoi n\u2019ies-bu pas capable de te garder de blondes?Lucien B., ne regarde pas tant les jeune» filles, elfes ne veulent pas de toi.Jean D,, où donc es-tu?On annonce le mariage de Marie-Ange P.avec Wilfrid P.pour le 35 août Bertha L., Blanche T., NoëHa G.et Marie-Ange P.pu vent passer leur» mÀ-Tées sut la rue St-Valicr afin die se trouver des cavaliers.Bonne chance.ST-SATîVKUR Chantas B.et Georges M-, aveowoo» hâte à oet hiver pour aller â un© partie d» raquette, comme l'an dernier?8TBOCH J.-L.H., ton chapeau est-il direct de New-York ?B.-L.H., quaod pourrais-je te poinr fox-trotter?est-ce roomrte qoi te luit grir?Emervencàenoe G\u201e à quand ton ml *aL CL, & qui tes brîkra jwnbm?Albert G.remporte sur la mascotte pour ses baux yeux noirs.Jul.B., où donc es-tu?LIMOBLOÜ \u2018 Depuis que Marguerite S.sort avec Donat G.élle aime tellement à Fox-trotter qu\u2019elle en maigrit.Alfred V., combien as-tu passé de jeunes filles depuis que tu fais ton hommes?ST-HENRI DE LEVIS EmLlià B.aime beaucoup Ernest T.S.L., n\u2019enfonce pas tant ton chapeau afin qu\u2019on te voit les yeux.Albertine L.voudrait bien se faine un ami.Roméo L., tâche de t\u2019acheter une paire de bottines, la saison des souliers est finie.Ephrem B.a la tête que sur un bord.CHICOUTIMI Lauretta P., ton chapeau avec duvet blanc 11 ta rose rouge semblent fatiguéB ; veux-tu les faire reposer?Al id a B.est toujours à la recherche d\u2019un amoureux ; elle ne se lasse de se prom mer, Henri M.est un beau grand garçon brun.Ti-Thur, est-ce vrai que tu n\u2019aimes plus les jeunes filles?A! id a B.a envoyé une commande à Montréal pour avoir une petite jupe très cou rte.Annette, pourquoi n\u2019es-tu pas aussi enjôleuse que M.-J.N.?Julia S., avec ta belfe mine tu n\u2019as pas besoin _de chercher à te marier.Marie-LouisV G., est-ce l'amour qui t'empêche de grandir?Jeannot se cherche une amie.Hervé L\u201e attend que le mariage soit à 25 cents pour se marier.Stanislas G., comment trouves-tu l\u2019avoine que Pitou B.te fait manger?Excellente, n\u2019est-ce pas, mais difficile à digérer! Les amours d\u2019Yvonne T.et de Petit T.sont ea-ca-oasséf* et cl les sont re-re^repri-ses avec Alice S., pour ne plus jamais re-re-rccasser.Blanche P.et Antoinette P., deux petites difficiles: elles souhaitent des commis de banque.Jeunes gens, plantez-vous donc.Héléna S.et U trie St-P.ont lancé dee invitations pour leur mariage le f>4 oct.; il y aura aux noces des tartes, des sar-din s, des crôpes et heureux les invités s\u2019ils ne changent pas d\u2019idée.Jean-Joseph P.a fait des cadeaux; ça lui a coûté 90 cents.Une généreuse récompense sera donnée à ceux ou â celles qui diront le prix du chapeau rouge à Délia M.Ma rie-Jeanne G., es-tu en discorde avec ton Bébé P., il ne vient plus aussi souvent que d\u2019habitude.Théo.B., tu es un boau petit garçon ; je connais plu si cure jeunes filles qui v voudraient sortir avec toi ; tu es trop indépendant, c\u2019est pour cela qu\u2019elle ne te font pas de l'oeil.Eugénie T.aime tellement les garçons que lorsqu\u2019elle passe dans la rue elle a le coeur comme un pétard.Téonard S.est à la veille, d\u2019emporter sa iMiiUasse pour veiller plus tard chez Bertha B.Charles Q., si cela continue tu vas payçr cher pour tes taxes de vieux garçons, car plus on est vieux nius ça coûte cher.Julia L., Je toupet te retrousse quand tu penses que tu ne trouves pas - te marier.Ahna D.s\u2019est fait un nouveau cavalier ; nous lui souhaitons de se marier.Marie-Louise D.a toujours doux aides de camp avec elfes ; c'est parce qu\u2019elle a peur que kw garçons Raccrochent.Blanche G.et Antoinette B., aimez-vous bien cela aller voir les oommfe de banque?Adjutor D., bu vas reprendre ta canne btan vite car les chemins commencent à être vilains.Yvonne Gn cela a Fair à te faire de 4a peine quand tu vois passer Eugène É.Jeannette B.a beaucoup de vogue avea les garçon® de Jooquiôre.STB-ANNE DE CHIOOUTLMI Giwmrtr S.est te plus populate» » Propriétaires des marques \u201cFrontenac\u201d, \u201cSarto\u201d Berger\", \u201cJeanne d\u2019Arc\" Expédiez à M.Adresse postale .Station de chemin de fer.E oppress ou fret .*.Papabb: d'avance par chèque accepté, mandat-poste à Tordre de PATENAUDE, CARIGNAN d COMPAGNIE Limitée Quantité\tDescription\tPrix\tTotal\t \t\t\t\t Ci-inclus montant de la commande.LIVRAISON CAMPAGNE : livraison jmr chemin de ter ou par bateaux, fret payé par l'acheteur.Patenaude, Carignan & Cie, FABRICANTS DE VINS 106-108 RUE SAINT-PAUL.EST, Limitée MONTREAL LIVRAISON VILLE ET BANLIEUE: gratuite à domicile paj lorw, marchandise sur livraison.livra! won nos vol-payable "]
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