Le samedi, 1 décembre 1922, samedi 9 décembre 1922
[" Cet exemplaire peut vous rapporter $5.00.Lisez bien les conditions du concours à la page 42 Sk'fâamedi 10 cents LE NUMERO JOURNAL ILLUSTRE HEBDOMADAIDE VOL, XXXIV, No 27 \u2014 Montréal, 9 décembre 1922 Numéro de Noel du \u201cSamedi\u201d Deux bons amis 2 LE SAMEDI Yol.34, îfo 27, Montréal, 9 décembre 1922 ifflgnp *iStUE5k\\ i VwJS V.\\/' ¦Sf-T NOËL et le NOUVEL J N CHEZ DESJARDINS C\u2019EST L\u2019EPOQUE DES PLUS CHARMANTES SURPRISES ¦ NOTRE première exposition de fourrures pour cadeaux de Noël et du Nouvel An est le résultat d\u2019une longue et laborieuse préparation.Elle prouve l\u2019habileté de nos ouvriers, confirme notre bonne renommée, justifie notre ambition d\u2019être toujours au premier rang et nous est une occasion de légitime fierté, car c\u2019est assurément la plus magnifique qui se soit jamais vue.Choisissez-y votre cadeau de Noël ou du Nouvel An et si celle à qui vous le destinez doit d\u2019abord l'apprécier comme un témoignage d\u2019estime, de fidélité et d\u2019affection, elle sera surtout enchantée qu\u2019il vienne du royaume des fourrures par excellence, de la célèbre maison Desjardins, où se trouvent toujours les plus beaux modèles.r UNE VISITE EST SOLLICITEE rflAsTïESJAflDINS 6 ! La maman.\u2014 Qu\u2019as-tu donc?Jules.\u2014 Notre cheminée est fausse, elle n\u2019a pas de débouchée sur la couverture «f !» «S & Èjf «S ^3 « 9 ¦$ 4i 48 9 & !» 45 !» \u2022S mm 20 LE SAMEDI Vol.34, TTo 27, Montreal, 9 décembre 1922 LA NOËL AU PAYS DES FEES (CONTE D\u2019ENFANTS, PAR PAUL OOUTLEE) Lee fées habitent le grand bois que l'on trouve à l\u2019entrée du village et, chaque année, durant la mvt de Noël, on les voit qui viennent danser en rond sur la neige qui couvre le sol d'un blanc manteau.Tous les enfants sages savent cela, mais, chose extraordinaire, Léa et loger ne le savaient pas.Pourtant, ils étaient bien sages tous les deux.Ils aimaient bien leur papa et leur maman, ils faisaient tous les soirs leur prière au bon petit Jésus qui aime tant les petite enfants.La veille de Noël le petit Roger qui avait trois ans partit avec Léa, 3a petite soeur, qui était plus vieille que lui d\u2019un an.Ils s\u2019en allaient dans le grand bois chercher un gros sapui afin d'avoir un bel arbre de Noël pour recevoir dignement le petit Jésus qui descendait sur la terre.Il était sept heures du soir, mais au mois de décembre il fait noir si à bonne heure, mais Boger éta;t brave, il n\u2019avait pas peur.Léa non plus n\u2019avait pas peur, Roger se tenait blotti contre Léa, et tons les deux marchaient, marchaient, marchaient dans le grand bois sombre.Ils marchèrent longtemps, longtemps, tout à coup, ô surprise, les enfants s'arrêtèrent.Ils venaient d\u2019entendre des voix qui chantaient: \u201cNouvelle agréable, \u201cUn sauveur-enfant nous est né.\u201d Les deux petits enfants se regardèrent.Ils n'eurent pas peur car les voix qu\u2019ils entendaient étaient si douces et si pures, Après quelques instants, les enfants avancèrent dans la direction d\u2019où venaient les voix, Il neigeait à gros flocons.Tous les arbrea du bois étaient blancs.Tout à coup Boger et Léa se retournèrent.Le bois était rempli de petites fées et de petits lutins comme on en voit sur les images.Il y en avait plusieurs centaines.On distinguait facilement parmi les fées les plus connues : la fée des roses, la fée des bois, la fée des diamants.Toutes les fées des oontes bleuS étaient représentées dans le bois.Elira avaient de belles robes blancheB toutes remplies de pierreries qui brillaient de mille feux sous les rayons de la lune argentée, fout le bois semblait illuminé par les étoiles qu\u2019elles avaient au front.Une fée vint prendre les deux enfants chacun par une main et les amena devant la reine des fées.La reine des fées était d\u2019une grande beauté, elle avait nue robe toute en brocart d\u2019or et d\u2019argent, ses souliers étaient en oristal de roche et dans ses cheveux d\u2019or on voyait dra centaines de diamants.Elle était assise dans un grand colimaçon et des petits lutins lui servaient de pages.Les enfant3 étaient émerveillés devant la beauté de la reine des Fées.Cependant ils n\u2019avaient pas peur.La reine les fit asseo r au pied de son trône et elle leur parla: Vous êtra de beaux enfants, leur dit-elle, comment vous appelez-vous?-\u2014Léa.\u2014Roger.La reine reprit; Eh bien, Léa et Boger, voua arrivez à temps oar nous commencions à nous amuser.Il y eut un grand défilé de tous les héros dra contes de fées qui vinrent saluer la reine, on voyait: le petit chaperon rouge, le petit poucet, le chat botté, la belle au boi3 donnant, Peau d\u2019âne, la belle aux cheveux d'or.Barbe Bleue, et tous les autres.Lorsque tout fut termine la reine dit à L1 a et a Roger: \u2014Demandez-moi tout oe que vous voulez je vous 1 accorderai.Roger parla: \u2014Nous voudrions avoir un gros arbre de Noël pour le petit Jésus, c\u2019est pour cela que nous étions venus dans le bois.___Accordé, dit la reine; vous aurez votre arbre de Noël.La reine appela deux petits lutins qui étaient à 3e3 côtés.\u2014Prenez le plus bel arbre du bois et portez-le chez era enfants sages.\u2014Allez, retournez chez vous, dit la reine aux enfants, et surtout, ne dites à personne que vous m'avez vue.Au lever, demain, votre arbre de Noël sera chez vous.La reine se leva sur son trône, elle éleva au-dessus de sa tête, sa grande baguette où brillait un gros diamant.aussitôt toutes Ira fées et tous les lutins disparurent.Les enfants étaient seuls dans le bois.Ils revinrent à la maison, se couchèrent et le matin, au réveil, ils furent émerveillés de voir le bel arbre de Noël que la reine des fées leur avait envoyé.L'arbre éta't rempli de mille jolies choses, des jouets, des bonbons, enfin de tout oe que Léa et Roger pouvaient esperer avoir.V# Les enfants firent leur prière pour remercier la reine des fées et donner leur coeur à l\u2019Enfant-Jésus qui venait sur la terre pour les bons enfante sages.Paul OOUTLEE.B5B 21 Vol.34, Ko 27, Montreal, 9 décembre 1922 L E SAM E DJ Wïi&SSi \u2014f'r~ Æ2& pe^gg Wir e-^f!*Hln- Ç1(R?=| \u202222! 7\tL\u2019crpheln lui donna son pardessus bien chaud et le conduisit à la maison de sa maman.8\tLa maman fit reconduire les enfants en automobile et les invita pour la fête de Noël qui se fêtait le soir même.9\tLes enfants eurent de magnifiques cadeaux pour les récompenser de leux bonne action.Néfb'u eut aussi une boite de chocolat pour son Noël.IL LUI DOIT BEAUCOUP Le matin de Noël, deux jeunes gens se promènent sur la rue.Un salue une dame qui passe de l'autre côté de la rue.\u2014\tJe lui dois beaucoup! dit celui-ci à son ami.\u2014\tC'est ta mère?\u2014\tNon, c\u2019est ma propriétaire! LE LENDEMAIN DE NOEL Le professeur.\u2014 Comment, enfant malpropre, tu ne peux donc pas te laver le visage.Je peux voir ce que tu as mangé, ce matin! L'élève.\u2014 Qu\u2019est-ce que j'ai mangé?Le professeur.\u2014 Des oeufs.L\u2019élève.\u2014 Vous me pardonnerez bien, monsieur le professeur, mais les oeufs c\u2019étaient hier soir! UN GROS DINER A NOEL \u2014\tJ\u2019ai un gros dîner à Noël, cette année.\u2014\tVous avez une nombreuse famille, je suppose?\u2014\tJe vous crois, dix enfants, sept cochons, deux vaches et ma femme.AU SALON , Eusèbe.\u2014 Mademo selle, ne soyez pas cruelle, à l\u2019occasion de NoëL accordez-moi l\u2019aumône d\u2019un baiser?Blanche.\u2014 Merci, monsieur, j\u2019ai mes pauvres.POUR NOS TOUT PETITS Nos enfants trouveront à la page 45, deux jolis dessins à découper.4\tP'tît Jean courut chercher une longue planche qui se trouvait près de là et il apporta la planche sur la glace.5\tAidé de Marguerite il se glissa le long de la planche et tira le pauvre petit garçon de sa vilaine position.6\tII était temps, oar le petit garçon était presque gelé, P\u2019tit Jean le prit dans ses bras.1\tC\u2019était le matin de Noël.P\u2019tit Jean, Marguerite et Néron fa'caient une promenade -lorsqu\u2019ils entendirent des cris.2\tLes cris semblaient venir du côté de l\u2019étang.P\u2019tit Jean et Marguerite coururent de ce côté.3\tIls virent un petit garçon qui venait d\u2019enfoncer dans la glace, Il ne fallait pas perdre de temps.LES AVENTURES EXTRAORDINAIRES DU BON PETIT JEAN, L\u2019ORPHELIN 22 LE SAMEDI Toi.34, îfo 27, Montréal, 9 décembre 1922 L\u2019HISTOSRE SE REPETE ha\tVeut te don ncr ^ une.Auto 'a W3, fleet L'aitt o est ra une et les '-\" coussins sont gr ts (farriera s du [ ce là ?Je te\\ croîs} LES ACHATS DE NOEL Le mari.\u2014 C\u2019est inutile de regarder ce chapeau; je n'ai plus que deux dollars dans ma poche.Madame.\u2014 Tu aurais dû deviner que j'avais besoin de quelque chose en sortant avec toi ! Le mari.\u2014 Je le savais, c\u2019est pour cela que j\u2019ai pris mes précautions en me réservant ces deux dollars.tfous avons vu une belle CLuto pour peiooo a,Ve£ \" 1\t-\"\u2019Y\u2014i Piitsz&urS g \\CJ 11 ndreS^ Tu l\u2019auras pour/\\/ocl-TciiS yrioi un cheque dt fisooo.[ÿ* jàJazssîël) T LES CADEAUX Le père,\u2014 Veux-tu bien me dire, ma fille, qui t\u2019a donné ce livre ignoble comme cadeau de Noël?.Germaine.\u2014 C'est mon cavalier.Le père.\u2014 Il va bien ton cavalier! Et où l\u2019a-t-il acheté?Germaine.-\u2014 A la librairie du coin Le père.\u2014 7u ne sais pas s\u2019ils en ont une autre copie? LE SAMEDI 23 Vol.34, No 27, Montréal, 9 décembre 1922 NOUVEAU FEUILLETON DU \u201cSAMEDI\u201d Par HENRY DE FORGE et PIERRE SYLVENE Voir suite du feuilleton \u201c LA DOT FATALE\u201d à la page 36.PREMIERE PARTIE I Bourdonnements \u201c¦\u2014Tu vois celle belle enfant qui coud à la croisée?., \u201c\u2014Oui, mon poteau, je la vois.Elle est là, tranquille comme Baptiste.On ne dirait pas qu'elle habite un patelin comme celui-ci.El ces mîrelles.pige-moi ces mire t tes.\u201c\u2014On les connaît bien, pardine! Y a que les nouveaux comme toi qui ne sont pas à la page et c'esl pour ça que je te présente l\u2019enfant.\u201c\u2014Présente-moi de plus près.\u2014Bas les pattes!.Cette jolie fille-là, vois-tu, c\u2019est comme qui dirait sacré.Beauté, douceur, honnêteté, elle a tout pour elle et c'est une chance de l'avoir, dans ce village en délresse.\u201c¦\u2014C'est vrai qu\u2019il n'y a plus gros d\u2019habitants! \u201c\u2014Une centaine au plus qui se cramponnent à leurs demeures, maigri'' les coups de canon.x \u201c\u2014Ça se comprend, mon pauvre vieux, la maison familiale, c'est dur de la quitter.surtout quand elle est en danger.\u201cC\u2019est comme s'il fallait quitter sa vieille mère.Et les maisons ici, sous ces grosses marmites, en reçoivent des blessures ! Ah ! ce qu\u2019elles en reçoivent!.\u201c\u2014On aurait dû faire évacuer! \u201c\u2014Ben oui.en aurait dû.On devrait bien des choses.Mais ça leur aurait crevé le ooeiir à ces cent-là.Ils sont utiles tout de même.Ils s'occupent un peu de la terre.Et puis ils ne sont pas les seuls.On ne pensait pas que les Boches s\u2019amuseraient à démolir, à quinze kilomètres, ce village sans importance.Faut-il qu'ils soient canailles! Faul-il!.\u201c\u2014En tout cas.ce serait un rude malheur qu'un coup de canon démolisse cette jolie fille-là.Comment dis-tu qu\u2019elle s\u2019appelle?\u201c\u2014Blanche Borne.\u201c\u2014Elle a de la famille?\u201c\u2014Plus personne.Elle habite à l'entrée du village, dans une maisonnette à elle, avec une vieille femme, la mère Thouvenin, qui n'avait plus de demeure et qu'elle a recueillie.Tous le.- malins, elle réunit les enfants pour leur faire la classe dans une cave.Elle s'est im-pro- Public en vertu (Pmi truité arec la Sijeiôté des Cens Oc Lettres.visée institutrice, je crois.C\u2019est la Providence de ce pauvre coin bouleversé, -dévasté.Elle est garde-malade, elle est.tout ce qui peut, être de la bonté et cela, avec une tranquillité déconcertante.J\u2019ai vu un obus tomber loin d'elle comme est d\u2019ici ce prunier, un miracle qn elle n\u2019ait pas écopé! Tu crois qu\u2019elle est rentrée se mettre à l\u2019abri ! Penses-tu ! On l\u2019attendait à l'école.Elle a continué son chemin.\u201c\u2014Mais, dis-moi, vieux, cette belle enfant doit être la coqueluche des soldats qui cantonnent.Il doit y en avoir qui sont amoureux d'elle ! \u201c\u2014Tout lè bataillon, pardine!.Depuis trois mois que le 444e d\u2019infanterie est iei, \u201cla Blanche'' comme on l'appelle familièrement, est légendaire.\u201c\u2014Dame! on est si peu habitué, sur le front, à des frimousses féminines.\u201c\u2014Surtout à des frimousses comme celle-là.Non, mais, pige-moi le coup d'oeil.Les yeux, la fossette, le pli de la bouche.Tu es nouveau venu au cantonnement.Mais tu y passeras comme les autres, à être un peu épris de \u201cla Blanche\u2019, une vraie magie.Faut pas s'en étonner, va, au fond.Ces créatures-là, quand ça se met à être joli et bon, et doux, c'est un peu pour nous la maman, la femme et la soeur dont nous sommes sevrés, au milieu de la vie de chien que nous menons.Et puis quoi, dans ce régiment, récemment formé d\u2019éléments divers, il y en a beaucoup qui ont encore 1 âge de l\u2019enthousiasme.qui ont vingt ans comme elle, ou guère plus.\u201c\u2014Mai- elle, dans tout ce bataillon, a -1 - elle fait Son choix?\u201c\u2014Ça, par exemple, -c\u2019est le mystère.On en a jasé souvent, le soir.De quoi jaspiner ici, si ce n\u2019est, d'elle ?Tout le monde sait qu'elle a une conduite irréprochable.Mais on se dit aussi qu\u2019à toute cette bouffée de tendresse qui monte vers elle, elle ne doit pas rester insensible.N'est-elle pas seule au monde, sans foyer! \u201c\u2014Certains de nous, des camarade», des chefs aussi, sont manifestement attirés vers la Blanche, de façon violente.J\u2019en connais même un.Mais la jolie fille ne trahit .rien de ce qu\u2019elle pense.Elle est avenante avec tous, gentiment libre, comme une femme décidée qu'elle est.Elle reste une énigme.Tiens, la voilà qui se lève.Elle me dit au revoir d\u2019un sourire.Elle connaît bien mon nom.Je lui rends parfois de menus ser- vices.Je fends son bois quand ça se trouve.Mais je ne suis qu'un pauvre homme qui u\u2019est pas de sa condition.\u201c\u2014Dis, mon poteau, ce doit être le filon de cantonner dans -on voisinage ?\u201c\u2014Elle n'a pas de soldats dans sa maison, mais c\u2019est à qui s établira devant, dans une ruine\u2019 C'est la 13e escouade qui a ce privilège en ce moment, celle qu\u2019on appelle l'escouade des \u201cbras cas-és\u201c.Le caporal, le petit Mareuil, en est ravi, tu penses.\u201c\u2014Un soupirant, celui-là?\u201c\u2014Oui, certes, et ce n est pas le moins -avantagé.De sa cambuse en ruines, il se rince le coeur\u201d comme il dit.\u2022 Allons, vieux, rentrons, c\u2019est l'heure! Encore une journée qui se tire.Tu verras par ici, avec cés bombardements du diable, y a des journées longues à tirer.El c'est pour ça, vois-tu, que lorsqu\u2019on a le coeur très lourd de trop de solitude, cfe trop de misère, de trop de nuit, eh bien ! cette gcsse-là, pour nous tous, c\u2019est un peu de soleil.\u2019' * * * C'était un peu de soleil, en effet, el ce qu'à l\u2019écart de la maison de \u201cla Blanche\u201d ce- deux soldats s'étaient expliqué ainsi, disait mal tout ce que la présence de cette jeune fille était pour le village meurtri de Neigeviller.Neigeviller était devenu pour les soldais qui y cantonnaient, le village de \u201cla Blanohe \u2019 comme on dit en Meurthe-et-Moselle (où l'on dit aussi \u201cnotre Ilo^e\u201d et \u201cnotre Jean\u201d.) C'était son village à elle, la blonde Lorraine, au regard calme et doux qui les accueillait, au retour, d\u2019un sourire.Et ce coin dévasté n avi il.pas pour eux seuls ce charme grave.La jeune fille le chérissait aussi, parce que tous les siens y avaient vécu.Elle y avait tenu têt.e à 1 invasion lors de l\u2019occupation allemande, empêchant pur son sang-froid cl l\u2019autorité de sa parole, .sans morgue, sans bravade, mais avec dignité, les inutiles déprédations.Combien de femmes ainsi, en France, ont.par la fermeté de leur altitude, imposé à l\u2019ennemi le respect des demeures, -combien cfi- femmes dont on ne saura même jamais le nom! Puis, lorsque sous la poussée de noire armée, les Allemands étaient repartis un peu au delà de cette ligne, Blanohe Borne avait-réuni les habitants qui hésitaient à fuir.Elle leur avail communiqué sa 24 Vol.34, No 27, Montréal, 9 décembre 1922 foi ardente, son courage, montré l\u2019oeuvre nécessaire, la terre qui les attendait.Une centaine étaient restés, courageusement.La jeune fille rassembla les enfants effarés, éperdus de se trouver là, dans ce tapage de la guerre, et elle s'en fit la vigilante gardienne.Dans les caves ou dans les granges, suivant les péripéties journalières, l\u2019école ne chôma pas.Et tous, candidement s\u2019en remettaient à elle, avaient confiance dans sa protection.Cependant, l\u2019ennemi qui, pendant son occupation, avait respecté Neigeviller s\u2019avisa un jour, d\u2019y envoyer, avec de grosses pièces, de très loin, des obus qui écrasèrent les maisons.Il revint à la charge, souvent, trop souvent; il s\u2019attaqua à ces humbles demeures, il atteignit d'abord l\u2019église, puis une grosse ferme, puis ce qui restait de lè-oole, et la mort frappa au hasard.Les habitants étaient terrifiés.Ils restèrent pourtant, bientôt habitués à ces chocs formidables qui se répétaient comme avec une régularité méthodique.La vie des enfants fut organisée dans les caves.Les hommes allèrent aux champs et les femmes continuèrent, ainsi qu\u2019à l\u2019ordinaire, à se pencher sur le métier de brodeuses qui pouvait encore être pour elles l\u2019espérance d\u2019un pauvre gain.Les soldats étaient bons pour ces courageux, pour ces résignés qui souffraient de la guerre sans se plaindre et accomplissaient leur tâche quotidienne avec simplicité.Ils les aidaient, sentant lew détresse douloureuse, à gagner l'espérance qui donne de la force à vivre.Le 444e notamment, fait d\u2019éléments jeunes et pour la plupart du Midi, race de braves gens, habitués aux rudes travaux de la montagne pyrénéenne, mêlé aussi de cette autre ressource d\u2019énergie, des Parisiens, avait pris en affection ce village situé en deuxième ligne derrière une première assez rude à tenir.Lorsque tous les douze jours, ils descendaient des tranchées, c'était là qu'ils avaient, depuis quelque temps, la chance de cantonner.Ce n\u2019était pas du repos, les travaux à faire sur la ligne de feu continuant pour eux.Mais ils n\u2019étaient plus en contact immédiat avec l\u2019ennemi.Ils pouvaient dormir leurs nuits, se laver, aller au petit café de Neigeviller.Ils pouvaient s\u2019entretenir avec des êtres humains qui n\u2019étaient pas des soldats comme eux.Cela les \u2018'reposait\u201d de voir des civils.Et puis, ils pouvaient voir la Blanche, \u201cnotre Blanche \", comme ils l\u2019appelaient entre eux.On aurait dit qu\u2019elle était heureuse de pouvoir, par sa seule présence, réchauffer ainsi tous ces coeurs de soldats.Elle aimait les regarder avec douceur.Elle devinait que son visage leur rappelait d\u2019autres visages aimés, ceux des soeurs, LE SAMEDI__________________ des épouses, des fiancées qu\u2019il défendaient.Et elle en éprouvait un véritable plaisir, non par un sentiment de vanité féminine, non pour le sot orgueil de plaire ou d\u2019être admirée, mais parce qu\u2019elle sentait tout ce que ces hommes puisaient de réconfort et de consolation dans le calme visage d\u2019une jeune fille de leur pays.Et elle-même, dans la tendresse éparse qu elle sentait monter vers elle, de leurs coeurs, cherchait aussi l\u2019oubli.la consolation.\u2014Oublier!.Oublier la désillusion terrible qui avait endeuillé son jeune coeur.Oublier ce qui n\u2019était qu\u2019un souvenir d amertume, après avoir été une espérance de bonheur, tenir cachée la douleur dont elle n\u2019eût voulu faire à personne l\u2019aveu.dont elle n\u2019avait même pas le droit d\u2019être plainte! Blanche borne avait, avant la guerre, une grande tendresse dans sa vie.Un jeune homme du village voisin, Rodolphe Brutz, grand et beau garçon, un peu étrange d allures, mais qui semblait l'aimer sincèrement, lui avait demandé sa main.Mécanicien dans une usine, intelligent, apprécié de ses chefs, il promettait.de faire à la jeune fille une vie heureuse.Blanche avait accepté, un peu surprise cependant, de la prière que lui avait faite Rodolphe, de tenir, quelque temps encore, leur engagement secret.Nul au pays n\u2019avait rien soupçonné.D\u2019aillews, Blanche était libre.Son père, percepteur à Neigeviller, était mort depuis plusieurs années et sa mère venait de s\u2019éteindre à son tour, lui laissant quelque bien.Plusieurs jours avant la guerre.Rodolphe avait disparu mystérieusement et un silence pénible avait entouré cette absence criminelle à pareille heure.Blanche, indignée, révoltée, craignant de comprendre, avait vu son rêve s\u2019écrouler de la plus horrible façon.Le mépris avait en elle tué l\u2019amour.Car elle ne voulait pas pleurer.Elle était trop probe et trop fière.El le jour où, après bien des insinuations, 11 avait pu être dit au village que Rodolphe Brutz était.dans l'armée allemande, si elle avait pleuré, c\u2019était de honte et d'horreur.La proximité de la frontière, mêlant les intérêts, mêlant les sangs, avait amené ce sacrilège : un Français de vingt-cinq ans, robuste et fort, lié d\u2019affection à une pure jeune fille française, avait disparu à lheure où toute la jeunesse de sen pays prenait les armes.On avait su, depuis, par des prisonniers des villages voisins de la frontière que Rodolph Brutz portait l\u2019uniforme allemand et il avait un grade d\u2019importance; l'abominable prix sans doute de tout ce qu\u2019il avait pu livrer sur le pays.Ah ! l\u2019épouvantable cauchemar po-ur l\u2019âme si nette de Blanche! Elle s\u2019était interdite de penser à cet homme et l\u2019avait chassé de son coeur avec tristesse, avec dégoût.Gomme elle, Rodolphe Brutz était orphelin.Personne ne restait qui put le rappeler au souvenir des gens du village.Et c'était pourquoi Blanche Dome, après ce choc abominable, s\u2019était ressaisie pour mieux éoarter le cauchemar, s\u2019étant fait à elle-même la promesse de ne pas s\u2019éterniser en vains regrets, de laisser un jour, si le sort le voulait, chanter son coeur meurtri.La présence de cette belle jeunesse française, vibrante, ardente, lui était une consolation.Du drame ancien, du cyclone qui avait bouleversé son coeur charmant, fait pour la tendresse, elle ne faisait rien voir.Parmi tous les hommages qui montaient vers elle sans cesse et savaient rester délicats toujours et respectueux, elle n avait pas fait son choix, comme heureuse d\u2019être bercée par ces bourdonnements d'amour.Très fine, elle devinait vite le trouble qu elle jetait chez ces grands enfants que sont les soldats.Sa situation sociale, particulière pouvait enhardir jusqu\u2019à elles les hommes d humble condition, comme elle autorisait, sans invraisemblance, les rêves d hommes instruits, d\u2019une éducation plus raffinée.Deux même, déjà, au 444e, s\u2019étaient affirmés dans leur enthousiasme à l\u2019égard de Blanche, deux personnalités bien différentes justement, C'était Pierre de Mareuil, garçon de bonne famille, impétueux, risque-Jout, casse-tout, venu à la guerre comme à une partie de sport.Nature difficile à dompter et qui lui avait valu de n être que simple caporal.Ce haut grade l'enchantait.lui permettant de vivre avec, les humbles qu\u2019il trouvait \u2018lautremenl intéressants \u2019 que les autres.Paradoxal en tout, considérant la guerre comme une aventure passionnante, il était décidé à la mener jusqu\u2019au bout, à en profiter sous toutes ses formes.ginalité n avaient pas été sans intéresse] Blanche Dnrne.qui.en retour, infères-sait Pierre de Mareuil prodigieusement Mais il n était pas le seul à avoir noir la jeune fille une excessive sympathie Le même sentiment animait le sous-lieutenant Etienne Lanfry.très différen en tout de Pierre de Mareuil.Fils d\u2019artisan, parti sergent au débu de la guerre, nommé sous-lieutenant i Careney, le jeune officier était un vi-hrant.un croyant dans les dc-finèps d( son pays Vais c'était une nature cal me.sérieuse, cn comnlèl- oppnsitioi avec ! impétuosité de Pif.o ,lP Mar,mil Ces deux hommes intolli-enls eoura geux.étaient restés cependant tmiiniiP distants l\u2019un de l\u2019autre, même aux heu r?s °!1 ln vie (,p «lierre rapproche l\u2019offl mer de scs soldats. Vol.34, S» 27, Montréal, 9 déoembre 1922 LE SAMEDI 25 Devant Pierre, le lieutenant, instinctivement, se départait de son affabilité ordinaire.Une gêne inexplicable avait toujours existé entre eux.Peu enclin aux enthousiasmes seftîî-mentaux, Etienne Lan try s\u2019était vite attaché à Blanche Dome.Sa belle foi naturelle de soldat aimait la vaillance de cette jeune fille.11 comprenait tout ce qu\u2019il y avait eiî elle de généreux.Ils n'avaient pas tardé, réciproquement.à s\u2019estimer et à prendre plaisir à de longs bavardages.Ce n'étaient plus des conversations rieuses, animées, ardentes de PiiMa de Marenil.C étaient des causeries calmes, sérieuses.Mais Blanche prenait plaisir aux unes et aux autres, évitant seulement, avec son tact, de femme, de réunir Pierre et Etienne, elle n'eût su trop dire pourquoi.Cette double amitié qui tranchait sur toutes les autres, lui était douce et l\u2019aidait à chasser ses mauvais souvenirs.Elle ne voulait cependant pas s\u2019y attarder, disant en riant qu\u2019elle ne ferait jamais son choix dans le 444e.puisque le 444e tout entier lui était cher et lui faisait les yeux doux.D\u2019ailleurs, pensait-elle, il est trop tôt encore.A quoi bon songer, parmi tous ces foyërs détruits, à \u201cmon\u201d foyer?N'ai-je pas ma place parmi ceux qui souffrent dans ce cadre de douleurs ! * * * Ces pensées revenaient à son esprit obstinément ce matin-là, après une nuit où le canon avait grondé dans le secteur.Pendant de longues heures, elle était demeurée la tête sur son coude, à écouter le roulement sinistre, le grondement de la mort.Puis des avions étaient passés au-dessus du village, des avions allemands.Le ronronnement lourd des moteurs avait bourdonné dans la nuit.Bourdonnement lugubre, qui, chaque fois, lui serrait affreusement le coeur.Elle s-était habitué aux coups de oa-non.à l\u2019arrivée des obus dont Neigevil-ler était souvent gratifié.Devant eux, elle restait calme.Mais le passage des taubes.surtout la nuil.au-dessus du petit village endow'd causait toujours comme une appréhension nerveuse, un besoin de se blottir.Près de qui.hélas! Dans sa pauvre maison, à l\u2019entrée du village, seule, la mère Thouvenin, vieille et sourde lui tenait compagnie : mieux valait la laisser reposer.Et Blanche était restée toute cette nuif-là sans dormir, silencieuse, sous l\u2019impression pénible de la venue des grands oiseaux nocturnes.Elle ne voulut cependant pas s\u2019attarder au lit et.dès l\u2019aube, elle ouvrit grande sa fenêtre pour respirer le bon air pur du matin.De cette fenêtre, elle dominait tout le village et contemplait ce qui restait de ces pauvres demeures, dont la moitié étaient en ruines.Au premier plan, tout près, dans un ancien café, qu\u2019un obus avait démoli, s\u2019abritait tant bien que mal l'escouade de Pierre de Mareuil, celle qu'on appelait la fameuse esoouade des \u201cbras cas>-sés\u201d.Voisinage fort commode, du reste, pour la jeune fille, qui n\u2019avait qu\u2019un signe à faire pour trouver des commissionnaires diligents.Blanche Dorne considérait le paysage matinal que le soleil levant éclairait.Il était de bonne heure.Le village était encore silencieux et dans le cantonnement en face les soldats devaient dormir encore.La jeune fille regardait devant elle.Comme elle se penchait un peu pour fixer au crochet le volet de la fenêtre, elle aperçut par terre, au bas des marches de son seuil, une enveloppe jaune souillée de terre.On aurait dit qu\u2019elle avait été jetée là plutôt que déposée.Blanche n\u2019y attacha pas d'importance.Tant de gens passaient sur la route.Cependant, par curiosité, elle s\u2019habilla sommairement et sortit sur le pas de la porte pour s\u2019assurer de ce qu\u2019était ce pli.A son étonnement, elle aperçut son nom, écrit d\u2019une écriture inoonnue, toute droite, comme si elle était contrefaite à dessein.Une lettre pour elle ?Et sous cette forme ?laissée là, par terre, dans la poussière ?Son étonnement devint de la stupeur, lorsqu'elle lut cette simple phrase, écrite de la même écriture inoonnue : \u201cJolie Blanche, ne craignez rien.Soyez forte.Sachez que vous n\u2019êtes pas seule.Quelque part, il est quelqu'un qui veille et qui vous aime.Quoi qu\u2019il arrive vous serez protégée.Vers vous toujours ma pensée et mon coeur.\u201d Une déclaration ainsi !.A pareille heure! de cette énigmatique façon!.Jamais Blanche Dorne n\u2019avait rien reçu de semblable.Jamais.Elle ne pouvait en croire ses yeux, se sentant déroutée, surprise, à la fois émue et un peu contente.Contente, malgré tout, que quelqu\u2019un pensât à elle à ce point.,, contente de se sentir moins seule .aimée.mais par qui?.Toujours.on avait écrit: \u201cToujours\u201d !.Pourtant 1 heure était mal choisie.et il ne fallait voir là sans doute que quelque enfantillage.N'étaient-ils pas oom-me des enfants tous ces beaux soldats de ce régiment proche, de grands enfants pleins d'illusions et de gaîté?Allons, Blanche serait pour eux indulgente et ne prendrait pas au sérieux la singulière déclaration.Mais la pensée de la jeune fille allait, vers Pierre de Mareuil.N\u2019aurait-il pas eu par hasard la fantaisie de vouloir se poser en héros de roman, mener une aventure d\u2019amour où il se donnerait un rôle de mystère?Cela cadrait assez avec son caractère fantastique ! Ou alors n\u2019y avait-il pas dans l\u2019anonymat de cet aveu imprécis le reflet plutôt de ce sentiment réservé, timide, qu\u2019Etienne Lan try cachait, mais dont elle s'était aperçue?Ces deux suppositions chantaient dans la pensée de Blanche troublée.Mais elle n'osait s'y arrêter.N'y avait-il pas parmi tous ses amis, parmi tous ces soldats quelque autre soupirant encore, qui n\u2019avait pas trouvé d\u2019autre moyen de se déclarer?Alors, tandis que, tout autour d\u2019elle, le village s «'-veillait; que, de tous côtés, des visages jeunes et rieurs se montraient encore tout ébouriffés de sommeil, sous le frais matin, Blanche ouvrit grande sa fenêtre, justement placée du côté du soleil levant.On eût dit qu\u2019elle voulait le laisser venir à elle, à pleins rayons, malgré le contraste douloureux du dêoor de oe village déchiqueté.Elle avait caché la lettre dans son corsage et inconsciemment laissait entrer en elle, à pleins rayons aussi, la chaleur de cet aven de mystère, qui ne pouvait venir que d un ami, d\u2019un de ces chers soldats qui l\u2019entouraient.Duquel?Il lui semblait que tout autour d\u2019elle il y avait comme un bourdonnement d\u2019amour.La douceur de l\u2019air l\u2019enivrait.Cet inconnu épris d\u2019elle ainsi lui était déjà cher.Ne serait-il pas très doux d'ètre protégée !.Oui, très doux.Et Blanche, toute «heureuse maintenant, pleine d\u2019un juvénile bonhenr, voulut donner au fond d\u2019elle-même un nom à l\u2019inconnu.Ce nom.elle le ohercha en associant instinctivement le premier et le dernier mot de l\u2019aveu d\u2019amour: 'Jolie Blanche.Pour toujours.mon coeur.Jolie.coeur.En souriant, elle le baptisa: \u201cCoeur joli\u201d.Et, tout bas, elle se fit le serment de l\u2019aimer.II L\u2019escouade des \u201cbras cassés\u201d \u2014Oui, honnêtes civils qui nous regardez avec des yeux ébahis, avait expliqué le caporal Pierre de Mareuil aux paysans de Neigeviller, le premier jour où le régiment cantonnait, la treizième escouade que j\u2019ai l\u2019honneur de commander est celle des \u201cbras cassés\" et j\u2019ose ambitionner pour elle, le meilleur cantonnement du patelin.\u2014Ce sera justice, car nous sommes, j\u2019ose le dire, une escouade exceptionnelle.\u2014Vous en doutez, gens de peu de foi, et vous osez rire?Vous avez tort! \u2014Apprenez qu'à la suite l\u2019une citation, sur laquelle ma modestie me dé- 26________________________________________ fend d'insister, j\u2019ai obtenu du colonel, un hunnne éminent et équitable, la faveur insigne de choisir à mon gré, dans la compagnie et même au besoin de faire venir du bataillon, les personnalités militaires qu'il me plairai de désigner.J'ai bien dit : les personnalités militaires, car il n'en manquait pas au 444e, dans les rangs de- simples soldats.Les gou- du village, amusés par cette faconde, avaient fait cercle autour de ce caporal éloquent.\u2022\u2014Aussi, continua-t-il, grâce à mon choix, aussi éclairé que judicieux, ai-je réuni sous ma paternelle direction une douzaine de sujets d\u2019élite qui forment une escouade exceptionnelle.Jugez plutôt: D'abord, condition commune à chacun de ces messieurs: Croix de guerre ! Ce n'est pas chez nous un besoin,.C\u2019est un principe.Autre principe: l\u2019union sacrée.Cette union sacrée permet un petit mélangé de professions, d\u2019origines et de caractères qui facilitent la vie et animent la conversation.Voici mon homme de confiance, qui me remplace en cas de besoin.Son nom est Ledoux (Théodore) : Dans la vie civile il est anarchiste de son métier, anarchiste militant, rédacteur de journaux qui veulent tout casser.Sympathique paradoxal, cet anarchiste s\u2019est couvert de gloire à la guerre.Voici Tippo, chanteur de café-concert à Marseille, utile pour faire passer le cafard.Il sait par oceur cent dix-sept chansons sentimentales.A côté, Jean Beuve, séminariste, utile aux heures délicates et pour nous ramener, en cas de besoin, dans les sentiers de la vertu.Puis Louslalin Casimir, crémier éminemment appréciable, à cause de ses camemberts.Eus tachai, char eu lier.Il vaut à l\u2019escouade des colis savoureux.Voici encore Henry Lardy, neveu de l'ancien président du Conseil, excellent poun les coups de piston, et Croulin Athanase.chiffonnier et pauvre hère, précieux pour les besognes un peu triviales.Ce n\u2019est pas tout: nous avons Cossi-nous.braconnier indispensable pour avojr un lièvre ou même mieux.Dolfus Samuel, excellent pour avoir un tuyau de bourse.Chapeau Musatet.homme de lettres, tout indiqué pour noter Jçs hauts faits de l'escouade.Bra-quille.liquorisle, je n'insiste pas sur son utilité: et.enfin, le célèbre Rigle en personne.Rigle Raphaël, policier de la maison Némo elle-même, police privée en tous genres, pour les cas délicats.\u2014J\u2019oubliais : autrè condition pour faire -partie des \u201cbras cassés\": être célibataire endurci ou divorcé désabusé, tel le cas de Ledoux qui cassa les reins à Tanin d'enfance de son épouse.\u2014Ainsi constituée, l'escouade fonctionne à merveille, marche comme un tcul homme au cambat et quand elle est LE SAMEDI au repos, tâche de s'en faire le moins possible, en organisant la vie commune.\u2014Maintenant, gens sympathiques de Neigeviller, vous allez faire preuve de bonne volonté en nous offrant le meilleur canlonnemSht de voire localité.Telle avait été la présentation de la treizième escouade aux derniers habitants du pauvre bourg dévasté.La faconde de ce jeune caporal ingénieux avail amusé ces braves gens et les \u201cbras cassés ' auraient trouvé à se loger à peu près bien si la présence d'une stupéfiante beauté n'avait pas été signalée à la grande joie des treize amis.Rigle s'était mis en campagne, avait repéré le logis de la belle, appris en cinq minutes tout ce qui était nécessaire de savoir, qu\u2019elle était aussi bonne que jolie, aussi pure que bonne et qu\u2019elle habitait à peu près seule.Immédiatement, d\u2019un accord commun, 1 escouade l'avait adopté, avait déménagé d'une grange qui promettait pour-tan l d\u2019être confortable et était allée s'établir dans la ruine qui se trouvait à peu près en face de la maison de Mlle Blanche.l ue mine, avec un peu d'astuce, s\u2019organise toujours et le- \u201cbras cassés\u2019\u2019 savaient se débrouiller.Pierre de Mareuil avait facilement obtenu les autorisations nécessaires de la part de ses chefs.Et o\u2019étail ainsi que depuis le cantonnement du 444e à Neigeviller, le caporal et ses amis étaient les voisins prévenants et gais de la jeune fille qui, amusée de pe voisinage pittoresque, se mêlait forcément à leur vie, comme ils se mêlaient à la sienne.D'abord, un peu blagueurs avec elle, ils avaient vite compris tout ce qu'il y avait de respectable et de courageux dans l\u2019attitude de Blanche Dome, restant ainsi aux heures tragiques dans b' triste village où elle avail grandi.Et si, parfois, l\u2019un d eux voulait se laisser aller vis-à-vis de la jeune fille à quelque plaisanterie douleuse, il était pris à partie par tous les camarades de l'escouade.\u2014Celte pelite-là, avait dit Ledoux, c'est comme qui dirait notre luxe, notre fleur rare.Des filles hardies el rieuses y en a partout.Tandi- qu'elle ! \\h ! elle ! vois-tu avec ses yeux purs, ses mains pâles et cette espèce de blondeur qu\u2019elle a qui vous fail comme une lumière rien qu\u2019à la regarder, on sent bien que c\u2019est autre chose., quelque chose de joli et de fragile qu\u2019il ne faudrait pas ternir.-Oui.dit pensivement Chapeau \\fu-snlet l\u2019écrivain, unë petite flamme dans les ténèbres de la route.\u2014Un lys sacré, line Pose d\u2019Ispcihan, smrpira le séminariste Jean Beuve.Du premier choix, quoi! approuva le, charcutier Eustaehot, tandis que, Casimir Louslalin, cherchant dans son fonds de boutique une comparai on choisie, confiait à Ûroulrn approbatif: \u2014Une double crème!.Yol.34, TTo 27, Montreal, 9 décembre 1922 \u2014Cependant, dit Pierre de Mareuil, quand le concert de louanges adressées ainsi à Blanche, qui ne s\u2019en doutait guère, fut un peu calmé, vous trouvez ça naturel, vous, qu\u2019une jeune fille de vingt ans, une jolie fille, el blonde encore ! \u2014 vous ait de ces yeux mélancoliques et que, parmi tous les beaux garçons du 444e, elle n\u2019ait pas seulement eu Pair d\u2019en distinguer un plus particulièrement à son goût ?\u2014C'est vrai, que c'est vexant, fit Henry Lardy en bombant le torse.\u2014Surtout qu'on est un peu là! reprit Samuel Dolfus en se redressant.\u2014G\u2019esl-il qu\u2019elle aurait fait son choix en dehors de l'escouade?demanda Crou-tin subitement ombrageux.\u2014Ou qu'elle aurait un promis dans une autre arme?gronda Gossinoux?-\u2014Rien de tout cela, mes bons amis, répondit Pierre de Mareuil.J'ai, vous le pensez bien, interrogé toutes les bonnes gens du village.Unanimes à vanter la bonté et le dévouement de Mlle Dome, ils ne lui ont jamais connu la moindre passion, grande ou petite.Elle n'a pas de passé.par d'engagement.Alors, dit Eustaehot, qu'c-t-ce qu\u2019elle al lend, bon Dieu ! pour choisir un bon gars solide, pas Irop purée, avec un bon commerce où qu'on peut faire son lard et être coiffée coquette.comme dans la charcuterie.\u2014La charcuterie !.la charculerie ! répliqua vivement Louslalin : diruil-on pas que c'est le seul boulot.cl qu'il n\u2019y a de jolies que les charcutières ?Si lu connais comme moi tout ce qu'il y a de bien dans les beurres et oeufs ! \u2014Paix! intervint Tippo avec autorité, quand vous aurez fini de vous jeter vos étalages à la figure?Esl-ce que vous ne s ave z pas que les femmes ont toujours préféré les artistes?\u2014-Non.Mais!.G est que tu voudrais nous faire croire qu'il n'y en a que pour toi?\u2014Hélas non ! Car je dois vous confesser que bien qu'elle m\u2019ail plusieurs fois entendu dans mon grand succès : \u201cHue! mon coeur!\" cl que j'ai roucoulé en la regardant, \u201cSubtile extase '.que je chante comme pas un.\u2014N\u2019en jette plus!.,.\u2014Je n'ai encore obtenu de Blanche que ce joli regard ou ce gentil sourire qu elle Vous a quand on vient de lui -eier son bois ou de monter son eau.\u2014Alors?\u2014Alors, comme le disait tout à l'heure notre caporal, ce n'est pas naturel qu'une jeunesse de vingt ans.onloùrée de jolis garçons comme nous, soit insensible à la nHiisqne el m> laisse pas parler émi coeur.Oui, dil Pierre de Mareuil songeur, il y a là une sorte d'énigme qui m'intri-rtie.J'ai voulu m'en expliquer avec 13 hanche T interroger.je me mis heur.If' à mi muti-me mirianL N'a-l-olle pas comprise ?N n-t-ellr p s voulu comprendre ?Pour moi.le.s gars, il me som- 27 VcL 24, F» 27, HcatrH, 9 dUcmU: 1922 ble impossible que ce pelit coeur n\u2019ait pasj|Ma secret.Ma foi.caporal, dit en s'avançant Rigle, le policier, si ce n\u2019c-t qu\u2019un secret à découvrir j eu fais mou affaire.¦¦\u2014Toi?- Dame! On n'a pas été pendant trois «ns un des \u201cœils\u201d de la rnaisôn Nemo, pour ne pas connaître son métier.Fiez-vous-en à moi.et si la petite a une intrigue.\u2014 Kit bien ?-\u2014t ous le saurez, foi île Rigle! \u2014Mais si ce n'est qu'un sentiment ?\u2014Tour le saurez aussi, affirma Rigle avec autorité.Et, comme s'il récitait le pro-peclns de l\u2019agence, il ajouta: \"Je sais lout.Je vois lout.Rien ne :u échappe.\u201d Bast ! conclut en souriant de Vfa-reuil, j'ai bien peur que ta science soit rni.-e en défaut et que celte fois quelque cho'O l'échappe.Et laissant se- hommes deviser, le jeune homme s\u2019éloigna pensif.se demandant quel pouvait être 1 amoureux de Blanche et ne voulant pas s\u2019avouer encore, qu'il premil à cette recherche phi s d intérêt qu'il n\u2019eût fallu.Cependant Raphaël Rigle était heureux.II allait pouvoir se révéler.Jusqu'ici il n'avait eu.dqns les enquêtes privées, que des rôles obscurs.C\u2019était bien lui qui, posté dans l'encoignure d'une porte cochère, prenait te numéro du fiacre qui avait amené la dame rousse, loi qui filait b - gros messieurs essouflés, ou, vêtu d'un pardessus à taille et une serviette sous le bras, suivait à distance cos jeunes personnes novices encore, qui croient avoir tout fait pour dépister les suiveurs possibles en entrant au Louvre par la porte Rivoli pour mi sortir par la porte Marengo.Infinies besognes ! Le génie de Rigle valait mieux et il le ferait bien voir! Rigle se rappelait avec amertume sa dernière affaire: ta filature de la rue.de Peut bièvre.Au lien de \u201cfiler\u201d l'amant il avait filé le mari el avait fait à celui-ci.fatale mé-pri.-c.un rapport détaillé malveillant et quelque peu fantaisiste de \u2022 es propres faits cl gestes.Gela avait eu le don de mettre en fureur le client qui était venu faire une ¦ scène épouvantable à l'agence.El Rigle avait dû chercher ailleurs remploi de ses dons de tout premier ord re, A ce souvenir inopportun il haussa les épaule-.A quoi bon resstiseiter le passé?C'était mainlerianl qui! devait montrer ce don! Raphael Bigle étail capable.Une enquête sous un bombardement.,.C'a, an mains s\u2019était tentant! Tout d'abord, il observa les faits et pestes des officiers de la Compagnie.Caché derrière le rideau à carreaux qui pendaient lanicnlablemenl à la vitre de l\u2019auberge du village où il venait s'al-tabler parfois, il suivait du regard tous LE SAMEDI ceux qui passaient sur la place et se dirigeaient vers la maison de Blanche.Le premier jour, ce fut un soldat de la 48e compagnie qui passa trois fois de suite sans nécessité apparente devant la fenêtre de l\u2019institutrice.Le lendemain, l'aspirant Le Hurlu, rasé 4c frais, (pommadé, sanglé, et faisant avec désinvolture siffler sa badine, fit les cent pas durant un bon quart d\u2019heure devant la place de l\u2019école où Blanche devait se rendre.Avait-il eu rendez-vous ?Comptait-il sur le hasard?Rigle, sur un carnet spécial, nota qu\u2019il avait sorti trois fois sa montre et qu\u2019il avait évité la rencontre d'officiers de sa compagnie; Symptômes graves.Le mercredi, Tippo.tiré à quatre épingles, se rencontra devant ta 'poste avec le colonel de Boismesnil.Ni l'un ni l'autre n\u2019entrèrent.Cependant Rigle ne put s'empêcher de noter que tous deux avaient semblé éprouver du dépit.Un vieux beau, ee colonel de Boismesnil.grand chasseur devant 1 Eternel, casseur de coeurs et qui avait bien pu n\u2019ètre pas insensible au charme de la blonde Lorraine.Qui sait si, elle, de son côté, n'était pas éprise de galons?, Rigle ne se faisait pas d\u2019illusions sur te femmes.Cependant, il fût atterré de voir Blanche qui, de sa fenêtre, son-riail à qui?a Croutin! Groutin le chiffonnier! Connaîtra-t-on jamais le coeur des femmes?Il sembtà à Rigle que ee Groutin avait fait un effort de toilette el mâchonnait une fleur d\u2019un air tout à fait avantageux.Cela se compliquait! Groutin ?.Le Hurlu ?.le colonel ?Tippo ?Rigle resta songeur, se répétant mentalement sa devise : Je sais tout.Je vois tout.Rien ne m'échappe! Absorbé dans ses .pensées, il observa à peine le passage du lieutenant Lantry qui.d ailleurs ne leva pas son beau visage ardent el grave vers les fenêtres d\u2019où la jeune fille avait disparu, et d\u2019un pas mesuré sans hâté, se dirigea vers le poste de police, à l\u2019entrée du village, où venaient d'être appelés les officiers.Rigle.un instant encore, resta songeur, tandis que, prêt à partir, il levait les yeux vers le logis de Blanche.A ce moment, lancée par une main invisible, une petite pierre vint frapper à la vitre de la fenêtre et retomba devant la porte.Le policier sé précipita dehors pour la ramasser.Des gamins jouaient sur la place.La mère Thouvenin, attentive au ravaudage d'une dentelle jadis confiée par une dame de la ville, n'avait pas levé les yeux.Rigle -e baissa pour ramasser l\u2019objet tombé.Il ne vil rien.des cailloux jonchaient la terre.Il en ramassa quelques-uns et dépité de n y rien voir, s\u2019apprêtait à les rejeter, quand il s\u2019entendit gaiment interpeller : C\u2019était Blanche qui partait pour aller donner aux enfants la leçon quotidienne.\u2014-Eh bien, Monsieur Rigle, dit-elle, vous joues donc à la marelle?Raphaël se retourna et, montrant dans sa main ouverte les petites pierres éparses : \u2014Que croyez-vous que j\u2019en veuille faire ?\u2014Ma foi, dit Blanche en riant, je n\u2019en sais rien.à moins que vous ne vouliez imiter Démosthène ?\u2014Non, nôn, reprit RaphaëJ Rigle, heureux de faire montre de sa culture, U ne s\u2019agit pas pour moi de mettre ces cailloux dans nia bouche, mais d'y découvrir un secret.Et, machinalement, tout en fixant sur la jeune fille un regard professionnel et* pénétrant, il laissa retomber les graviers de ses doigts.\u2014-Un seoret?interrogea Mlle Borne.\u2014Mais oui, fit Rigle, le secret d\u2019un coeur ! \u2014Ah ! fit Blanche subitement troublée par ce dernier mot et, toute rêveuse,, elle baissa les yeux.Mais rejete de la main de Rigle, une petite pierre, comme détachée des autre.-.semhla solliciter le regard de la jeune fille.Dans l\u2019angle, finement gravé ce mot se pouvait lire; \u201cProtégée\u201d.Blanche demeura muette.Ce mot, elle l\u2019avait le matin même déchiffré avec tant d\u2019émotion sur la lettre ! Elle regarda Rigle, perplexe.Serait-ce lui, par hasard?; Instinctivement elle fil la moue.\u201cCoeur Joli\u201d ne pouvait lui apparaître sobs les traits de ce policier.Et devant ses yeux se dessinait, fugitifs.la fine silhouette de Pierre de Ma-reuil.l'austère visage du lieutenant Lan-1 dry.le profil narquois de Henry Lardy, le regard tendre de Chapeau Musatet.I ne fois encore, elle se demanda : \u2014Lequel?Mais Rigle, à nouveau, s\u2019était baissd Pré- de la pierre qu\u2019il ne vit.pas, brillait un petit objet qu il ramassa soudain intéressé.C\u2019était un bouton de corne, déjà terni.f \u2014Ça.murmura Raphaël, en le mettant précieusement dans sa poche, ça pourra être une pièce à conviction.Et, sûr de son flair, conscient de la haute mission qui lui étail confiée, il prit congé de la jeune fille interdite, el s\u2019e,n fut fièrement rejoindre l\u2019escouade des \u201cbras cassés\u201d.* * * - Alors, cria Groutin, parce que\u2019c'est non- qu on est de garde au poste de .police.faut que les obus se mettent à tomber.t ne misère de bombarder ce village.les Boches savent bien pourtant qu'il y a des civil- encore, des civils in-offen-if-.1 n de ces jours ou les fera filer à leur tour I ¦ 28 A ce moment, un nouveau sifflement se fit entendre, puis un éclatement sourd.\u2014Ça c\u2019est pour nous! Une motte de terre vint frapper les vitres de la petite salle unie et claire où les hommes étaient rassemblés à la sortie du village.Perdu dans la lecture d\u2019une lettre mauve, fortement parfumée au patchouli, Tippo ne leva même pas la tête.\u2014Monsieur est dans l\u2019azur?interrogea Samuel Dolfus, gouailleur.-\u2014Où c\u2019est-il que t\u2019es nopamé premier ténor dans un cinéma?deiïlanda Le-doux.\u2014Laissez-le donc lire sa bafouille ! fit Jean Beuve le séminariste qui ne dédaignait pas d'adopter parfois le langage de ses frères d\u2019armes.-\u2014Que non, c'est une lettre de Poincaré, opina Loustalin, admiralif.\u2014Mieux que ça! Messieurs, fit le caporal de Mareuil, c\u2019est de son épouse.-\u2014Non pas, rectifia Tippo e sa cruelle nudité, dépouillée pour lui, à celte heure de grave songerie, de toute l'héroïque grandeur, de toutes les légendes épiques dont on l'entoure.Lantry savait qu'il lui faudrait, le lendemain même, quitter ce cantonnement paisible, ce village où chaque demeure restée debout, était pour lui comme le visage d'un ami qui a beaucoup souffert.Demain déjà, la compagnie remonterait en ligne.Et le jeune officier laissait les souvenirs l'assaillir, se projeter dans sa mémoire comme dans un écran vivant.Il revoyait par la pensée le visage tendre et douloureux de sa mère retenant ses larmes, quand le tocsin du village avait sonné l\u2019appel aux armes et que tous les hommes en hâte étaient revenus chez eux pour se préparer au départ.De quelles mains tremblantes elle lui avait, elle-même, passé alors l\u2019uniforme de sous-officier soigneusement plié et rangé dans l\u2019armoire, cet uniforme qu'il ne songeait pas remettre de -ilôt.Il n oublierait jamais les yeux aimants de la vieille femme, le long regard tout chargé de tendresse dont elle suivait chacun de ses mouvements, le pauvre sourire, tremblant qu\u2019elle lui montrait, pour lui faire croire qu\u2019elle aussi était brave.Il lui semblait entendre encore l\u2019accent viril dont sou père, maréchal ferrant au village de Corbières, eu Gàtinais, lui disait en lui serrant les mains : \u2014Je te connais, tu feras Ion devoir.Ce devoir, il l\u2019avait fait sans faiblir, et ses parents, à la dernière permission, avaient fêté ses galons d'officier, gagnés au feu.et dont il ne songeait pas à s'enorgueillir.Il revivait aussi sa petite enfance dans la forge pleine de bruits el d'élincelles.Jes glissades a la sortie de l'école, ses jeux avec les gamins du pays.Parti eux aussi, qu\u2019étaienl-ils devenus ?Il évoqua encore les soirées sous la lampe, quand sa mère, lasse du dur labeur de la journée, s'endormait, laissant glisser le tricot, de ses mains de travailleuse.Alors, la petite Marguerite, sa soeur, s\u2019emparait du peloton de laine grise et son père baissait la voix pour continuer avec l\u2019instituteur venu faire la veillée, la discussion politique qui le passionnait.El le petit garçon attentif écoulait.Souvent, le maréchal ferranl parlait de l'autre guerre dont il était revenu amputé d'une jambe.Son visage grave pâlissait et il se tournait vers l est, serrant les poings.Que retail loin, tout cela.Le jeune lieutenant évoquait aussi ces soirs de mai, au bord de l'eau quand, sous les peupliers inclines, il rencontrait la troupe rieuse des jeunes filles, et qu'il 29 lui semblait voir rougir à son approche Louisette Cordier, la fille du tanneur, une brune de seize ans, aux joues en fleur, qui mordillait une branche de lilas.Il avait songé à elle tout un printemps.Louisélte Cordier! Voici que ce nom retrouvé faisait revivre devant ses yeux des paysages et des bruits familiers, des prairies couvertes de boutons d\u2019or, le son grave de la cloche à B Angélus, la parfum du muguet, le cri des hirondelles! Où était maintenant la fillette rieuse?Peut-être, comme tant d\u2019autres avait-elle connu lé déchirement des séparations ou la perle d'un compagnon aimé?Pourtant, il lui semblait que sa mère lui avait écrit que.seule parmi ses compagnes, Louisette ne s'était pas mariée.Pourquoi?Le jeune homme ne s'attarda guère à en rechercher la cause.D'autres tableaux passaient devant ses yeux.Il revoyait les bras nus de son père levant avec effort l'enclume dont il frappait le fer rouge.Et il pensail avec fierté à la noblesse des vies obscures de travailleurs qui transmettent à leurs fils, avec un nom sans lâche la hache, le marteau, la charrue, pris des mains de leurs pères comme un flambeau s\u2022 eu ienl à la gorge.Celle malheur use.celte pauvre femme, celle i; nocenle, D ée là dans cAf jusile sûr qu'aurait dû être celle maison LE SAMEDI amie.N\u2019avail-elle pas eu assez de souffrance ! Le désastre était bien tel qu\u2019elle le craignait.La mort était passée là.La jeune fille entra dans ce qui avait été sa chambre à elle.Son lit était effondré et une partie du mur, à côté du traversin, avait été troué.Des moellons se trouvaient épars.La tablette où Blanche avait toujours, à portée de son coeur, ses plus chers souvenirs, n\u2019existait plus.La catastrophe était donc complète.Le sacrifice était consommé! Alors, devant ees pierres éboulées, à la tête du lit, à cè point même où elle s\u2019endormait chaque soir, si calmement, elle eut comme une honte de ne pas être là à dormir aussi, le front troué, ainsi que la pauvre réfugiée.N'était-ce pas sa place?Pourquoi avait-elle quitté, déserté cette place, justement à l'heure du danger ?Par quelle étonnante, quelle effroyable coïncidence, ce qui voulait être certainement le crime s\u2019était trouvé en même temps pour elle providentiellement le salut ?V On enquête Seul dans le poste .de police, Raphaël Rigle méditait.Décidément, il était de plus en plus perplexe.Jusqu'ici, la piste du bouton de manchette n\u2019avait rien donné.Le policier, en effet, malgré les derniers événements, continuait à poursuivre sa mission.Dans l\u2019escouade, seuls Henry Lardy, Mareuil et Chapeau Musatet, s\u2019offraient au repos le luxe de porter eet objet interdit.Il y avait bien encore le lieutenant Lantry.niais le policier savait par Mi-jotin que \u201cque sa parure était au coin-pie r1.Restait l'aspirant-Le Hurlu et le colonel de Rlancmesnil.Si fantaisiste et si prêt à admettre les solutions les plus abracadabrantes que fût l'esprit de Rigle, il lui semblait assez difficile de comprendre pourquoi l'un ou l'autre de ces grades se fût juché dans un arbre, à seule fin d\u2019envoyer un bouton de manchette dans la vitre derrière laquelle rêvait une jeune fille bonde.Pour Le Hurlu, passe encore.Jeune et souple, il eût facilement grimpé jusqu\u2019à la cime d\u2019un bouleau.Quant au colonel de Rlancmesnil, il eut risqué tout à la fois dans cet exercice son équilibre, car il n'avait plus vingt ans.et son prestige, car il pouvait être surpris.Alors ?Rigle pe répéta pour se redonner confiance sa fameuse devise : Je dis tout, je vois tout, rien ne m\u2019échappe ! Il n'était que trop évident que, dans la solution de ce problème quelque chose au moins lui échappait.Mais quoi?L\u2019essentiel, probablemen t.Rigle, pour rien au monde, n\u2019eût envisagé cette solution simpliste: que le bouton dépareillé tombé là par hasard y était bien avant qu\u2019il eût perçu le choc du petit objet lancé par la main mystérieuse.Pour lui, il tenait le corps du délit.mais il en ignorait l\u2019auteur.C\u2019était cela qu\u2019il lui fallait découvrir.Découvrir à tout prix.Il y allait de sa dignité.Et puis, la rencontre de Blanche en pleine nuit, cette nuit récente où les Allemands avaient tant bombardé, à l'heure même où, vraisemblablement, elle aurait dû se trouver dans sa maison, venait encore augmenter ses doutes.\u2014-Un rendez-vous d\u2019amour apparemment.mais avec qui ?Bien qu'il eût de sa perspicacité, une opinion très haute, l'ex-agent de la maison Nemo ne dédaignait pas de mêler les plus humbles à ses déductions.Qui sait?De leur conservation pouvait, sans qu\u2019ils s\u2019en doutassent, jaillir le petit Irait, l\u2019infime détail qui serait, pour son cerveau génial, la flamme indicatrice, une sorte de révélation.Aussi héla-t-il Groutin qui errait sur la route, mélancolique.Croutin, sans hâte, s\u2019approcha de son oamarade et, comme s\u2019il continuait à penser tout haut à une chose qui l\u2019obsédait (justement la même chose), il fit, hochant la tête : \u2014Tout de même, c'est une chance que la petite elle \u201csoye\u201d pas été l\u2019autre nuit dans sa maison.Sûrement, opina Rigle, heureux de voir le pauvre diable aborder de lui-même ainsi le sujet de ses préoccupations secrète, mais ça ne t\u2019étonne pas, toi, cette sortie de nuit, d\u2019une jeunesse comme ça ?Groutin tortilla sans répondre sa barbiche rousse, puis après avoir réfléchi : \u2014Voilà des heures que j\u2019y repense.et je me demande : Ça serait-il pas qu\u2019elle aurait quelqu'un dans le patelin d'à côté ?Rigle ne broncha pas.cette idée ne lui était pas venue encore.Le patelin d\u2019à côté, eomme disait G\u201dou-tin, c était Saint-Barthélemy, où, la veille, était allé l'état-major, un bourg plus habité encore que Neigeviller.On y comptait deux café.- et un boulanger.La distance n\u2019était guère que de cinq a six kilomètres.Qu\u2019était cela pour une amoureuse de vingt ans ?Et il fallait., pour s y rendre, passer précisément devant l'abri, près de l'endroit où ils avaient rencontré la jeunè fille.-yPour moi, dit Groutin,, après réflexion voilà ce qui en est.Notre Blanche aura été voir une personne de ce côté-là.et puis, quand la danse a oom-meneé, elle a pris peur qu\u2019on s\u2019aperçoive qu elle n était pas dans sa maison com- 34 me d'habitude, et elle aura voulu à Imites forces revenir.; \u2014 Mais alors, demanda Rigle.vive- r.\tient intéressé par le roman bâti par son compagnon, comment se fait-il qu'elle ne soit .pas tombée dix fois sur celle route balayée par les obus '?\u2014Y a un bon Dieu pour les amoureux, dit le chiffonnier, avec un sourire désabusé.Et puis, peut-être qu'elle s'aura mise à l'abri un moment.Les deux amis restèrent silencieux quelques secondes.Rigle se félicitait d\u2019avoir fait parler Ormitin.La version que lui offrait ce pauvre diable ménageait son amour-j rnpre.S\u2019il n'avait rien trouvé encore, c\u2019était que.jusqu'ici, il n\u2019avait pas poussé hors du cantonnement ses investigations.Avoir du flair, tout est là dans la police.11 en avait et le ferait bien voir.Un autre aurait peut-être négligé le chiffonnier.a Rigle, lui, ne négligeait rien.On pouvait compter sur lui.l.a piste que lui signalait Croutin était peut-être la bonne.Elle ouvrait en tout cas un champ nouveau à son -activité-.Blanche, sans intrigue ici, n'en pou-v dt-élle pas avoir une à Saint-Barthélemy ?Et Rigle s'attribuait déjà de cette dé-c 'tirerte tout l\u2019honneur.Athann-e Croutin.moins directement intéressé dans la solution du problème, s.\tmblait triste et respectait le silence méditatif de son compagnon.Tout à eotip, sa figure s\u2019éclaira et un Piigo sourire s'y dessina.(Iravissant la rue montante, Blanche Dm ne lui apparaissait.Coiffée d'une simple coiffe blanche, smis laquelle resplendissaient ses tresses blondes, la jéune fille passa près d\u2019eux.Elle était un peu pale, les yeux bistrés par les veilles qu\u2019elle\u2019venait de passer, car depuis l'affreuse nuit, elle avait re-P*i' sa tâche de bonne-gardienne auprès des êtres qui souffraient.Il y en avait, hélas! dans le village.La mère Thouvenin -eule, avait été tuée, mais une femme et trois enfants avaient éIé gravement blessés et il faiblit, pour les arracher à la mort, leur donner des soins vigilants.La jeune fille s\u2019y employait de tout son coeur.Elle avait retrouvé son courage en voyant revenir ses amis soldais.L'alerle avait été de courte durée et le bataillon du iüe était revenir reprendre se cantonnements aux mêmes places.Malgré l\u2019écroulement de ce qui avait été leur \u201cvilla\u201d, les Bras-cassés faisaient tant bien que met des réparations, avaient voulu continuer à habiter là comme par le passe.Blanche apparut aux deux hommes ptio charmante encore.-\u2014Belle journée, crut à propos de lancer Rigle pour entamer la conversation, LE SA H ED! comme elle passait devant le poste de police.La jeune fille leva la tèle.Toute à ses pensées douloureuses, elle n'avait pas remarqué les soldats.\u2014Oui, fit-elle en se retournant, belle journée.et si calme! ajouta-t-elle avec un peu d\u2019amertume dans la voix.Elle songeait à l'opposition de ces bel-les journées avec la nuit tragique.La pauvre mère Thouvenin ne la verrait pas.Et un remords obsédant la peignait de n'avoir pas été à -on poste.comme toujours.Ah! dit Rigle avec intention, c est agréable de se promener à ce- heures-ci .plus lard, c'est moins sûr.La jeune fille tressaillit *et le regarda.Il lui sembla qu'il possédaibson secret.Qu'y enI-il eu à cela d'impossible'?I n policier habile à se grimper, apte à toutes 1rs mises en scène n'avait-il pas pu, pour la sauver, et an-si peut-être par romantisme imaginer de se donner des airs de ravisseur?Un désir aigu de savoir rendit Blanche audacieuse.Elle poussa bravement la porte du poste et, - adressant à Rigle qu'elle emmena un peu à 1 écart : \u2014Mon Dieu, je devine très bien le sens de vos paroles, mais je voudrais que nous nous expliquions.Votre étonnement de m\u2019avoir rencontrée l\u2019autre nuit sur la route me semblerait plus vraisemblable si, mieux que tout autre, vous n\u2019étiez fondé d'en savoir la raison.\u2014Moi ! fit Rigle abasourdi par ce préambule.\u2014Dame, ajouta la jeune fille avec un joli sourire, dont le policier fut intérieurement ravi, les agents de la maison Nemo n\u2019oiü pas besoin, j'imagine, qu\u2019on leur donne la clef des mystères.\u2014Ma foi, mademoiselle, fil Rigle en se rengorgeant, il esl certain que nous remarquons bien des choses.\u2014'Mais vous ne lès dites pas?\u2014Le secret professionnel.\u2014Bah! dit Blanche, il n\u2019y a pas de se-orets entre amis, et nous sommes amis, n\u2019est-re pas, monsieur Rigle?-Mademoiselle! (il Rigle en s inclinant flatté.\u2014Peut-être même, insinua Finstitu-Iciec ces choses dont vous ne parlez pas, ne faites-vous pas que de les remorquer.\u2014¦Comment cela?\u2014Mais!.Quand vous-mêmes les avez accomplis.Le policier eut éem qnillé les yeux plus grands encore, - il ne Vêlait rappelé à temps combien, dans son métier, Je flegme esl nécessaire.-Seulement, reprit Blanche on souriant, vous auriez dû m\u2019avertir.Elle regarda son interiornt-èiir au fond des yeux.\u2014Je ne comprend- pas, mademoiselle.\u2014Je vais donc m\u2019expliquer plus clairement.aussi bien pourrez-vous sans Vol.34, ffo 27, Montréal, 9 âc :cbre 1922 doute m\u2019aider à trouver le mot d'une énigme qui, tous lés jours m\u2019angoisse davantage.Seulement, prometlez-moi de me répondre avec franchise et de garder pour vous ce que je vous dirai.Rigle prit un air solennel.\u2014C\u2019est promis.Croutin qui, à côté, neltoyail son fusil et avait entendu, montra par sq mimique qu\u2019il souscrivait à rengagement.\u2014Dites-moi donc si ce n'est pas vous qui.pendant la nuit* du 14, et dans les meilleures intentions du monde, quoique en vous servant d\u2019ün moyen un peu singulier, m\u2019avez sauvé la vie, en m\u2019emportant loin de ma maison ?-\u2014Moi! s'exclama Croutin qui, sans en être prié, se mêla spontanément à la conversation.II ne m'a pas quitté jusqu'à lanl que ça a commencé à tomber et qu on s'a mis à l'abri tous les deux.Ah ! (il Blanche surprise, décontenancée.\t|| | Et elle rca « Ma attentivement les deux hommes.Il n était que trop évident qu\u2019ils ne mentaient pas.\u2014On vous a emportée dan- la tranchée^ demanda Rigle stupéfait.M.i- qui?Comment'?.\u2014Un inconnu qui m\u2019a jeté un voile sur la tête.J'ai crié.Nul n'a entendu me- cris.I ai lutté, mais je n'ai pas été la plus forte.l\u2019homme courait.je n'ai pas pu voir son visage: il portait un capuchon noir! -\u2019\u2014Pa- possible fil Croutin tout pâle et qui s\u2019était levé.\u2014 Si.dit Blanche.et il ne m'a fuit aucun mal et il a disparu après ni avoir sauvée.C'est presque aussitôt apres qu'a eu lieu le bombardement.Sans lui.j',cirais eu le même sort que rna pauvre vieille compagne.et c'est parce que je n ai pu ne pas sentir days ce -ecmirs provident ici.la main d'un ami.bien que le procédé fût étrange, (pie j'ai, en y réfléchissant.pensé à vous.Blanche s'était tournée vers Rigle : \u2014Dites-moi la vérité, monsieur Rigle.implora-1-elle.Vou- et Croutin étiez restés seuls au cantonnement.H esl pas lui! gmnda Croutin farouche.Et il ajouta presque avec regret: Et ee n est pas moi non plus.La jeune fille ne voulait pas laisser échapper l'intime chance de savoir qu'elle croyait tenir.Alors, qui cela peut-être?inierro-gea-t-elle anxieuse.Ma foi! dit Rigle.en prenant dans sa main son front génial, je ne vois pas trop.Aidez-moi à trouver, monsieur Bigle, vol!-, un policier, mi homme habilité an\\ affaires embrouillées, il me semble que si vous vouliez m'aider, vous arriveriez bien a savoir.I! e-f de fail que j'ai, dans ma carrière.débrouillé di - affaires plus ténébreuses, \u2014Vous voyez bien. 35 Vol.34, Ho 27, Montreal, 9 décembre 1922 \u2014 Cependant, jo ne vous cache pas que^e travaillais en grand.j'avais d\u2019autres moyens d'investigations.un nombreux personnel sous mes ordres.sur un signe de moi.d'innombrables agents partaient dans toutes les directions.tes gens les plus connus dans la politique et la magistrature, vous me pardonnerez de ne pas vous oiter les noms, me donnaient les moyens d'agir.Tandis qu\u2019ici! \u2014Ben quoi, fit Groutin ! Si las besoin d'un, nombreux personnel pour débrouiller la chose, t'as qu'à m'appeler!.Et puis, y a aussi Tippo qu'est pas une bête et qui ferait n\u2019importe quoi pour Mlle Blanche.Ça te ferait toujours deux nombreux personnels.Des concours s'offraient.Bigle, bon prince, voulut bien ne pas les écarter.\u2014 Il est évident, qu'une enquête s'impose et que ces messieurs pourront m\u2019être d une certaine utilité.Déjà, il avait tiré de sa poche un petit calepin sur lequel il allait prendre des notes.\u2014Résumons, émit-il, sentencieusement.le crayon levé : Vous dites donc qu'on vous a enlevée dans la nuit du 1 1?¦\u2014-Oui, dit Blanche, un peu interloquée de la forme d\u2019interrogatoire que prenait leur entretien.\u2014 Et 1 homme ne vous a fait aucune violence ?\u2014 \\ucune.\u2014 Et il portait un capuchon ?Blanche opina de la tête sans répondre.Alors.Rigle.fixant sur elle son regard numéro trois, son regard d\u2019aigle, demanda brusquement à la jeune fille : \u2014De quelle éloffe, ce capuchon ?Absolument déroutée par cette question saugrenue.Blanche hésita un ins-tan I à répondre.\u2014 En laine, je crois, fit-elle après un instant de réflexion.\u2014En laine, fit Bigle en fronçant les \u201e sourcils, pourquoi en laine?\u2014 Mais je n'en sais rien dil Blanche.\u2014Et de quelle couleur était-il ?\u2014 Noir sans douté.Tl faisait nuit, comment voulez-vous que je l'ai vu, répliqua Mlle Borne agacée.\u2014 Vous avez bien vu qu'il était en laine ?\u2014 Mais non.je ne l'ai pas vu.je l ai senti.En me débattant, j\u2019ai voulu griffer la figure île l'homme qui m'emportait et mes mains ont rencontré son capuchon.\u2022 -Bien, fil Bigle, ne croyez pas que ce soient là fies détails oiseux : dans une instruction de cette sorte, fous les petits faits ont leur importance.Le policier réfléchit un instant, puis, fixant à nouveau l'institutrice en se servant celte fois île son regard numéro deux, regard d acier.___Et ce mystère est le premier que vous n\u2019avez pu éclaircir ?La jeune fille se troubla, il lui sem-filail que le détective lisait dans sa pensée.________ LE SAMEDI \u2014Non, avoua-t-elle, il y a encore ceci que j'ai trouvé un matin à ma porte, sans savoir comment on l\u2019avait apporté.Elle tendit à Rigle le billet tant de fois relu : \u201cJolie Blanche.\" Rigle en fit lentement la lecture.-Papier quadrillé, dit-il froidement en le pliant et en le serrant dans son porte-feuille.Et il nota ce détail sur son calepin.\u2014Mais, fit Blanche ahurie, ce n\u2019est pas la qualité diu papier qui m\u2019imporle.Esf-èe que vous ne croyez pas que 1 auteur de la lettre et de l\u2019enlèvement ne font qu'un ?\u2014C'est là, fit Rigle avec un sourire supérieur, une déduction bien hâtive.Dans la police, nous n\u2019accueillons pas sans examen ces déductions-là.Blanche curieusement le regardait.Savait-il quelque chose ?\u2014-Ma lettre, demanda-t-elle, vous la gardez ?\u2014Gela pourra \"ervir pour l\u2019enquête.Je compte d\u2019ailleurs vous la rendre dans quelques jours.Et comme s\u2019il eût été encore dans le bureau spacieux de la maison Nemo, Bigle se leva pour indiquer à sa \u201ccliente\" que l'entretien avait pris fin.\u2014Je vais, dit-il, réfléchir longuement à celle affaire.\u2014Ah ! dil Blanche, si vous pouviez réussir.si vous pouviez m'aider à trouver Coeur-Joli.\u2014Coeur-Joli ?interrogea le policier qui n'avait jamais entendu ce nom.Blanche expliqua que c\u2019était ainsi qu\u2019elle surnommait l\u2019inconnu de ses rêves.-\u2014Va pour Coeur-Joli, fit Bigle avec une fausse bonhomie.-\u2014Reste plus maintenant, remarqua Croutin, qu\u2019à vous amener la personne.\u2014On fera de son mieux, conclut Raphaël, avec un air qui en disait long.Une bouffée d espoir monta au coeur de Blanche.Spontanément, elle tendit la main aux deux amis.\u2014J en serais si heureuse ! Je vous serais si reconnaissante!.-\u2014Est-elle gentille, dil Croutin tout ému, en emprisonnant gauchement dans sa grosse patte la menotte de l'institutrice.Mademoiselle Dorfie se dirigea vers la porte.-Rappelez-vous, dit-elle, que vous m\u2019avez promis le secret.\u2014Juré, dit Bigle.Croutin étendit la main, cracha par terre.\u2014Celte gosse-là.dit-il.quand Blanche eut disparu, elle me ferait faire tout ce qu'elle vou'd/rait.\u2014Seulement, fit ironiquement Rigle.elle a tort d\u2019essayer de nous égarer stir de fausses pisles.\u2014Comment ?\u2022\u2014Ça aurait pu prendre avec d\u2019autres, pas avec Bigle.Bigle n'esl pas dupe.On n\u2019a pas Rigle comme cela.\u2014Qu'est- ne que tu dis ?demanda Croulin effaré ?\u2014Qu\u2019il n\u2019y a pas un mol de vrai dans son histoire.Et comme Albanaise se taisait interdit, il laissa tomber dédaigneusement ces paroles : \u2014\u2014Elle ne savait même pas en quoi était le capuchon ! VI Soldate Blanche n\u2019avait pu se résoudre à changer de maison une fois encore.Après la catastrophe où la mère Thouvenin avait perdu la vie, tout un côté de la demeure, celui qui avail reçu la blessure terrible de l'obus, s\u2019était effondré.Les Bras Cassés, réinstallés crânement en face, avaient enlevé les décombres.déblayé la petite pièce du rez-de-chaussée, et, malgré d instantes prières d\u2019amies qui ne demandaient qu'à la recueillir, Blanche avait tenu à rester dans sa maison blessée comme un oiseau peureux qui se raccroche au nid dévasté par l'orage.Ce matin-là, la jeune fille, prêle à partir pour s\u2019occuper des petits, essayer de leur faire un semblant de classe, s'attardait un peu à regarder le branle-bas qu'il y avait dans les ruines habitées par 1 escouade de ses amis.C\u2019était un remue-ménage inhabituel.Les hommes semblaient gais.Des lambeaux de chanson portés par la brise du matin arrivaient jusqu'à ta jeune fille : \u201cV'ià 1' général \u2019 (bis) \u201cV là le général qui passe\" braillait Tippo.Et tous reprenaient en coeur.Blanche ouvrit toute grande sa fenê-tre, envoyant un affectueux sourire et un bonjour matinal à ses amis.i\u2014Mademoiselle Blanche, lui cria le caporal de Mareuil qui l'aperçut le premier.vous n'avez pas de temps à perdre Mettez-vous en tenue d inspeVtion.\u2014Qui?.Moi?.\u2014Mais oui.vous !.\u2014Et.pourquoi faire ?C est.jeune! ça ne sait pas.murmura Chapeau Musatet, d\u2019un air condescendant.En raison de votre jeune Age.auquel vient de faire allusion notre bon camarade Chapeau \u2014salue ! nous voulons bien vous excuser et vous apprendre que, pas pins tard que tout à l'heure, Neigeviller.sa troupe, ses habitants et ses habitantes seront, passés en revue par le général Roger, premier du nom.\u2014Pourquoi, mou Dieu?\u2014On l'ignore.Mais si, comme tout le fait prévoir, il tient à connaître la plus vaillante, la plus brave et la plus aimée des Neigevilleroises, vous avez juste le temps de passer votre corsage numéro un.Blanche haussa les épaules et, rougissante, se retira de la croisée.(A suivre) YoL 34, Ho 27, Montréal, 9 décembre 1922 36 LE SAMEDI GRAND ROMAN SENSATION EL LA DOT FATALE Par Georges Maldague No 13\t(Suite) QUATRIEME PARTIE III M tre Sylvèr.e et Albéric arrivaient derrière- ell « - comme elle agitait non mouchoir.\u2014Voyez, dit le premier, elle se reprend à vivre.Pauvre fille!.Albéric.se penchant près d\u2019elle au balcon,, poussa, strident, le cri d\u2019allégresse.Puis, soutenant en passant à sa taille, chastement, doucement, son bras protecteur : \u2014Cela va mieux, ma chérie?\u2014Oui.oui.il fait si bon d\u2019être libre! \u2014Alors, nous partons dans quelques heures?.Te sens-tu toujours forte?\u2014Il me semble que je renais.Oh ! le Val-Rose.le Val-Rose! En elle-même, elle ajouta: \u2014Je vais le revoir.Frédéric ne quitta les jeunes gens, bien installés sur les coussins du com-parliment.Chérie*étendue comme dans un lit, que lorsque le train s\u2019ébranla.De la gare de Lyon, il se fit conduire \u2019aux Champs-Elysées, chez les dames Ju-bert.C'était un des soirs où Faradet, officiellement fiancé à Marcelle, le mariage aurait lieu dans le courant de novembre, était reçu chez ces dames.Il allait leur faire part de la mise en liberté de Pulchérie, leur donner des nouvelles de ces malheureux Varagniez, sur qui la fatalité s'acharnait.Le jeune homme demeura à peine trois quarts d'heure dans le salon de Mme Jubert.La gaieté qui régnait là était trop hnivante pour qu\u2019il s\u2019y plût longtemps.Il subissait le contre-coup des chagrins de toute cette famille.Le dernier deuil qui la frappait lui é'aif particulièrement douloureux.La différence d\u2019âge existant entre lui et Jean les laissait de la même génération.Il professait pour le jeune homme sérieux, travailleur, dont le caractère avait beaucoup de points de contact avec celui Publie en vertu d'un traité avec la Société des Gens de Lettres.Owauieucé dans le numéro du 16 septembre 1922.REfU ME DES P RECEDE XTS CHAPITRER Madame Agathe Varagniez.la vieille châtelaine du Val-Rose, a été assassinée par son neveu Claude, dans un moment de colère.Chérie, la fille adoptin\u2019 de la vieille châtelaine, assiste à la scène du meurtre sans être rue.et est accusée Chérie, qui \u2022/ appris '/ne f Ta mie est son père, se laisse accuser du cHw< et est condamnée à cinq ans de réclusion., t lande qui ignore encore que Chéri >¦¦ ! son enfant,-se demande quel motif peut bien faire agir lu jeune fille.Mari: -Thérèse, la plu s éigéc des enfants de Claude, soupçonne «on père d\u2019être l'auteur de l\u2019assassinat.Elle rompt mn engagement avec son fiancé.Un soir, daim um grandi- soirée, sa robe prend feu et elle est sauvée par un vieux mendiant.Elle reste longtemps alitée; pendant ce temps, IAU, la plus jeune des enfants de Claude tombe malade et meurt après d\u2019horribles souffrances.C\u2019est Vexpiation qui commence pour Claude Vara-allies.Aliène Sown ad, le fiancé de Chérie, est venu à Paris arec le vieux mendiant et Pierrounet, un enfant du Val-Rose; tous les trois se retirent chez des pays, le ménage Jolivet.Madame Jolivet est excessivement jalouse de son mai i et an jour qu elle croit avoir une preuve de son infidélité, elle frappe son mari de plusieurs coups fie couteau.Jolivet meurt fié scs blessures et maître Claude l aragniez s\u2019offre pour défendre madame Jolivet devant les tribunaux.Madame JoUret est condamnée à cinq ans de réclusion.On la met à Clermont dans la même prison que Chérie.de Marie-Thérèse, une vraie affection fraternelle.L\u2019impression de sa mort tragique le suivrait longtemps.Frédéric acceptait comme la fin de cette série noire, mettant la désolation dans cette famille où il allait entrer, la mise en liberté de cette pauvre fille, s\u2019entourant d\u2019un mystère qu\u2019il ne parvenait pas à percer, et qu il croyait maintenant bien fermement innocente.Que M.Varagniez se défaste du Val-Rose, qu\u2019on ne retourne jamais là-bas.Le temps, cette fois encore, accomplirait son oeuvre ; l\u2019apaisement viendrait.Et leur mariage, à lui et à Marie-Thérèse ?\t* Allait-elle enfin mettre sa promesse à exécution ?Plus d\u2019obstacle, à présent.Dans huit jours, il repartirait et il l\u2019espérait, on en fixerait la datte.Une cérémonie où il n'y aurait que les quatre témoins, comme lorsque l\u2019un ou l\u2019autre des mariés, était en grand deuil.Il eut donné quelque chose pour accompagner aussi l\u2019ex-fll 1 e adoptive de Mme Agathe Varagniez.Mais il n'était pas à l\u2019âge où l\u2019on néglige un devoir professionnel.Sa situation pour l\u2019avenir dépendait du présent.Eux.Albéric et Chérie, emportés dans le rapide, fermaient les yeux.La jeune fille s\u2019était endormie.Lui, ne devait pas un seul instant sommeiller.Sous la lampe, voilée du rideau bleu, il distinguait son mièvre visage, plus affiné encore dans cette presque obscurité.Il guettait avec une sollicitude qui allait parfois jusqu\u2019aux larmes, de grosses larmes, tombant lentes sur ses joues mates, le moindre mouvement de la pitoyable créature, dont il contemplait à présent les lourds cheveux d\u2019or, et dont la vision lui revenait dans l\u2019uniforme infâme de la Maison Centrale Elle ne bougeait guère.Par instant, un si calme sommeil, qu\u2019il se demandait si elle était morte.Alors, il s\u2019agenouillait, et dans le bruit, dans la trépidation du convoi, il essayait de percevoir sa respiration.Il approchait si fort son visage, tout en ayant soin de ne pas la toucher, que son souffle enfin passait sur sa joue.Alors, il se relevait, se renfonçait dans son coin, fermait les paupières.Puis aussitôt il les rouvrait, recommençait à la regarder.Eux seulement dans le compartiment; pas d'importun témoin d'un manège qui eût pu surprendre.Une fois, comme il se penchait ainsi sur elle.Chérie montra ses prunelles bleues.Elle sourit, leva une main pour qu'il la prît dans la sienne et se rendormit ®vec une confiance d'enfant.Le train filait toujours.Il volait dans la campagne déserte, ou l\u2019on apercevait de loin eu loin une lumière; il brûlait les gares, lançant son coup de sifflet strident.L'aube pointa.Puis vint le jour, un jour gris d\u2019automne.Chérie donnait encore.Depuis longtemps elle n'avait eu un sommeil aussi réparateur.Cette nuit ressemblait à celle qu\u2019elle faisait a Clermont, alors que les persécutions sourdes, les menaces des regards mauvais, lorsqu'un n\u2019arrivait pas à les Paire a voix basse, n\u2019avaient pas commencé.dans la période où elle se sentait heureuse, sans arrière-pensée de son sacrifice. Vol.34, So 27, Montréal, 9 décembre 1922 LE SAMEDI 37 S\u2019il n\u2019éprouvait plus l\u2019inquiébude de la nuit, Albéric ressentait une impatience.Quffhd allait-elle le regarder, lui parler ?Puis il voulait lui Paire prendre quelque chose à un buffet quelconque.Ce mot : suralimentation, que Mtre Sylvère lui expliquait bien; nourriture réconfortante, puis peu à peu abondante, le poursuivait.\u2014Si elle n\u2019avait qu à manger pour se remettre, ce ne serait peut-être point si difficile.Lui, qui ne connaissait pas, comme on disait au pays, \u201cla place de son estomac\u201d, avait quelque peine à croire, qu\u2019on n\u2019arrivait pas à commander à cet organe capricieux, qui fait tourner la machine.Il put, vers les dix heures, lui avoir une tasse de lait chaud.C\u2019était ce qu elle avait demandé.Et le pauvre garçon ne tarda pas à s\u2019apercevoir quelle en connaissait la place, elle, de son estomac.Chérie pendant plus d\u2019une heure, avec des contractions portant à croire qu\u2019elle ne garderait pas ce peu de nourriture, éprouva les douleurs atroces.Enfin, elle së calma.\u2014Quand serons-nous arrivés! fit-elle, tandis que son compagnon, empilait derrière elle, les deux oreillers, afin qu\u2019elle pût rester assise.\u2014Pas encore, ma Chérie, seulement à trois heures et quelque ohose de l\u2019aprèa-midi.\u2014C\u2019est long, ce voyage.\u2014Oh! oui, bien long.Mais une fois qu\u2019on y sera, on n\u2019y pensera plus.\u2014Pourvu qu\u2019il n\u2019y ait pas à la gare, des gens de Val-Rose, qui me reconnaissent ?\u2014Et ipuis.tu ne voudrais pas être reconnue?\u2014Cela, au fond, m\u2019est égal, mais j\u2019ai tant besoin de calme, de repos.Pas d\u2019importuns autour de moi.\u2014Le Pétélou sera là avec sa voiture.Nous montons dedans et fouette, cocher! \u2014Que je voudrais y être déjà! Si je n\u2019y arrivais pas! Une expression d\u2019angoisse marquait ses traits émaciés ; les yeux, d\u2019un bleu sombre, mangeaient cette figure de morte.\u2014Qu'est-ce que tu as?.Es-tu malade ?.Qu'allons-nous devenir si tu es malade dans ce train en marche?\u2014Oh! ce n'est rien, je sens que ça se passe.un commencement de syncope.Il voyait des gouttes énormes perler à la racine des cheveux, aux tempes, près du réseau des veines.Il prit son mouchoir et les essuya doucement.\u2014Remets-moi mes oreillers comme tout à l\u2019heure, dit-elle, je vais me recoucher.Et il lui refit un lit, sur la banquette ©apitonnée.Frédéric Sylvère lui donnait, au départ.un petit sac de voyage garni, aveo des provisions en partie très légères, pour elle, un flacon d\u2019un vin généreux qui servirait de cordial, des sels et dive»* médicaments, au cas où elle en aurait besoin.Lorsqu\u2019elle fut de nouveau allongée, le jeune homme ouvrit cette valise et lui tendit le flacon de sels, qu\u2019elle prit pour le garder, sans le passer à présent sous ses narines.\u2014Je suis très bien, flt-elîe avec le sourire de sa bouche sans couleur qui navrait le petit-fils de la mère Soucaud, mais je vais rester ainsi, ce sera plus sûr.A peine suis-je assise, ma tête tourne.Elle referma les yeux un bon quart d\u2019heure.Son camarade d\u2019enfance la contemplait, comme il l\u2019avait fait tant de fois.Et la haine encore venait gonfler son coeur, surexciter sa colère.Il se répétait : -\u2014Qu\u2019en a-t-il fait, le misérable! qu'en a-t-il fait?L idée qu\u2019il pouvait la perdre, maintenant qu\u2019il l\u2019avait retrouvée, et la perdre à jamais, lui causait un désespoir fou.Ah ! oui, il la vengerait.Vers une heure de l\u2019après-midi, il la supplia de prendre de nouveau un peu de nourriture.Elle mangea, petit à petit, un blanc du poulet froid que contenait le sac remis par M.Sylvère, absorba aussitôt après, en y trempant un biscuit, un verre à bordeaux du vin généreux.Cela lui mit aux joues une nuance rose, dans les yeux un éclat qui transporta de joie Albéric.\u2014Attendons, fit-elle, ne sois pas si content, nous allons voir.Elle eut bien quelques nouvelles contractions, mais moins longues et moins douloureuses.\u2014Tu vois.tu vois.\u2014Oh! je me remettrai là-bas, je me remettrai, Albéric.\u2014Si j'en doutais, tu me verrais dans un bel état.\u2014Pourtant,, contre l\u2019impossible.Il y a des Instants, où je me sens brisée.On croirait qu\u2019en moi il n\u2019y a plus de ressort.Si je mourrais.\u2014Tais-toi ! \u2014Laisse-le moi supposer.\u2014Non! \u2014Albéric.\u2014Tu ne vois donc pas que tu me mets au supplice.que tu me déchires.\u2014Ami.\u2014M\u2019aimes-tu?\u2014Si je t\u2019aime! \u2014Alors, fais-toi.Elle poussa un très grand soupir.Et comme il était à genoux contre la banquette, personne d\u2019un bout à l\u2019autre de ce long trajet ne devait les déranger, elle lui donna, dans le geste qu\u2019elle avait fait plus d\u2019une fois, ses deux faibles mains.\u2014J\u2019aurais voulu au contraire, mon Albéric, te prémunir contre une joie qtd pourrait bien n ôtre que passagère.\u2014Tais»-toi, je te dis?.Je n\u2019ai pas assez de mal de te voir ainsi?.Tiens, si tu meurs, je me tue.\u2014Malheureux! te tuer.Tu ne crois donc pas à une autre vie?Il roulait sa tête dans les deux petites mains qui l\u2019avaient prise.Et elle : \u2014Il faut que tu m\u2019entendes.et que tu me fasses un serment.\u2014Celui de mourir avec toi! \u2014Celui de vivre.\u2014Et vivre pour qui, si tu t\u2019en allais.vivre pour qui ?\u2014Tu n\u2019as que vingt-quatre an-.tu ne m\u2019oublieras point, mais.\u2014Quand on a aimé comme je t'aime, existerait-on des siècles, on n'oublie jamais.\u2014Cette pensée me sera douce.Moi aussi, je t\u2019aurai bien aimé.Un jour pourtant, tu seras heureux.ailleurs.\u2014Parlerais-tu ainsi, si tu m\u2019aimais ?Il pleurait dans ses mains, qu\u2019il pressait maintenant sur son visage, la source des larmes rouverte chez l\u2019homme jeune qui.par cette triste oréature victime d\u2019un drame dont lui-même ne connaissait que les résultats, avait tant souffert s-ans pleurer.Il ne vit point l\u2019expression désespérée du regard bleu qui ne le quittait point Chérie voulait vivre.Et elle se sentait mourir.-\u2014Mon Albéric, reprit-elle, mon rêve était d être ta femme.Si ce rêve ne doit point se réaliser, qu\u2019au moins j\u2019emporte le sentiment que je laisse après moi un ami, qui supportera rien que pour dbéir à mon voeu suprême, venir prier sur ma tombe, y apporter les fleurs que j\u2019aime, une existence qui peut-être me serait dure toujours.\u2014Dure avec moi.qui t\u2019adore! \u2014Les peines tombent aussi sur ceux qui s\u2019adorent.Je suis vouée aux malheur ! \u2014Je le détournerai, le malheur.\u2014Je veux que tu me jures de vivre.\u2014Tais-toi! tais-toi! tais-toi! Il lâcha sa main.Et il se rejeta sur sa banquette, suffoquant, n\u2019ayant plus la force de la regarder.Deux heures encore.Le train s\u2019arrêta.Béziers.Il souleva la jeune fille dans ses bras comme il aurait pris un enfant.Une fois à terre, elle s\u2019accrocha à lui.Ils passèrent ainsi la porte ou l'employé prit les deux billets.Ils n étaient pas sur le trottoir extérieur de la gare qu\u2019il sentait Chérie plier sur ses jambes.Sans prêter attention à personne, il la saisit à pleins bras.Et il la porta dans la voiture devant laquelle le Pétélou, tout ému, tout pâle, attendait.Le brave homme venait d\u2019avoir un mouvement de recul.Tl aida Albéric à installer la jeune fille.D avait attelé la vieille berline dane 38_______________________________________ laquelle on pouvait presque encore la coucher.Et comme le je'une homme restait un instant près de lui.l'interrogeant du regard sur son impression : \u2014Mon Dieu ! pitcliou, mais elle revient ici pour mourir.Au Val-Rose, M.et Mme Varagniez, Marie-Thérèse, le père la Bique, Pier-rounet et la Pétéloune se tenaient, les uns sur le perron, et les autres sur la pelouse.Lorsqu'il vit l'antique équipage \u2014 le Pétélou refusait d\u2019ateler une autre voiture et réclamait l\u2019honneur d aller chercher à la gare Mlle Chérie, \u2014 tourner l\u2019allée de platanes chacun changea de couleur, même Pierrounet.La berline s\u2019arrêta.Albéric Soncaud sauta à terre.Elle repoussa son aide, descendit seule, regarda tous les visages, arrêta ^es yeux sur M.Varagniez, poussa un grand cri et, cette fois, s\u2019évanouit.IV Le- vendanges battaient leur plein.C\u2019était l'animation de jadis à pareille époque, au château du Val-Rose, où Frédéric Sylvère était revenu pour repartir encore durant quelques jours.Des vignobles peu à peu dépouillés, le raisin allait ous le pressoir, puis dans les grandes cuves où la fermentation montait répandant son odeur grisante.Le soir, les paysans, après la soupe et la rasade de vin, remontaient aux paillé dormir dans le foin.Les gros rats qui faisaient, deux an-auparavanl, si peur à Pierre Estacat se promenaient toujours, eux el leurs congénères, le long des poutrelles.Et chaque malin, an jour naissant, femmes, hommes, enfants, dégringolaient par les échelles appuyées aux lucarnes, pour s\u2019en aller à travers champ à leur besogne.C'était une fin de jour.Le soleil tout rouge se couchait derrière les bois.L\u2019armée des vendangeurs s\u2019apprêtait à rentrer pour le repas du soir.Comme deux ans plus tôt, alors que Mme Agathe Varagniez aimait à contempler ce retour au gîte des pauvres hères qu\u2019elle payait chichement, et avec qui, aux heures de comptes, clip se ¦disputait plus d\u2019une fois, ce mois d'octobre, très doux et très beau favorisait la récolte.Tout le monde au château, vivait pour ainsi dire dehors et à sa guise.Chérie «liait mieux.Elle reprenait, en üpe semaine, suffisamment de forces pour marcher dans le pace.Et chaque jour, au bras de Marie-Thérèse, ou à celui rl'Albéric.elle allongeait un peu la promenade.Cette fin d\u2019après-midi, elle s'empara elle-même de celui de M.Varagniez: \u2014Je voudrais bien qu\u2019à votre tour, vous me promeniez aujourd\u2019hui.___________LE SAMEDI Claude, de retour d\u2019une assez longue course avec Frédéric qui l\u2019entraîlnait le plus souvent possible; dans les vignes, venail de s\u2019arrêter auprès des deux jeunes filles.M arie-Tl^prèse tenait compagnie à Chérie, qui se reposait à l'endroit de cette pelouse, où, quelques semaines plus tôt, le père la Bique était appelé par la première, assise près de la chaise longue, où sa mère restait étendue.I ne expression heureuse passa sur le visage Irès doux et très triste de Claude Varagniez.\u2014C'est la première'fois que tu me fera- le plaisir de t'appuyer à mon bras, mon enfant.-\u2014Je ne le voulais que lorsque je ne tremblerais plus sur mes jambes.Les hommes ne sont pas faits pour promener les malades.\u2014Excepté Albéric.\u2014Oh! celui-là est une exception.\u2014En effet, dit Marie-Thérèse, un fiancé sort de la règle générale.Frédéric, -i j'étais convalescente, aunail la même patience.\u2014Eh bien, ma petite Chérie, si tu avais essayé, lu aurais pu dire à ma fille qu\u2019il n'y a pas que les fiancés qui se mettent aux ordres des malades.\u2014Vous ne voulez pas de moi ?interrogea Marie-Thérèse.\u2014Non, nous ne voulons pas de loi ! répondit Chérie.Les enfants de Claude avaient toujours tutoyé Chérie, comme Chérie les tutoyait.La tante Agathe qui faisait de celle-ci.pire qu\u2019une servante, la mettait dès la plus tendre enfance, avec ses pelits neveux, sur un pied d\u2019égalité.\u2014Prend- garde, n\u2019exagère pas.ne te fatigue pas trop, fil Mlle Varagniez en les regardant s'éloigner; nous avons déjà marché.Son père se retourna.\u2014Ne crains rien, nous n'irons pas bien loin.\tJ \u2014Au contraire, dit la malade en se retournant aussi, je voudrais aller loin, au moins jusqu\u2019au moulin.Si tu savais, Marie-Thérèse, comme c'est bon de sentir revenir ses forces.\u2014-Père, tu la ramèneras dès que tu la verras ralentir le pas.Claude fit un signe d\u2019assentiment.Et.lentement, il- s!en allèrent dans la direction du moulin.Sa fille les suivit du .regard, jusqu\u2019à ce qu\u2019ils eussent disparu.Elle, pour qui l\u2019apaisement semblait enfin revenu, ressentait un grand trouble.C'était la première fois qu elle voyait ainsi, le bras de Lune appuyé sur le bras de 1 autre, ces deux êtres qui lui étaient chars, l\u2019un parce qu'il était son père, un pété dont elle seule avait connu le supplice.Chérie, parce qu\u2019elle avail été le sauveur de leur honneur à tous.Qu'allait-il se dire ?Rien peut-être.'Vol, 34, Tfo 27, Montreal, 9 décembre 1922 M.Varagniez savait-il que Chérie connaissait comme elle l\u2019assassin ?II n'était pas possible, alors, qu\u2019elle ne lui eût rien avoué, qu\u2019il n'eût pas conscience de ce dévouement, qu il ne se dit pas que l'héritière de Mme Varagniez s\u2019accusant d\u2019un crime qu\u2019elle ne commettait point, se dépouillant en même temps d\u2019une fortune, ne l'avait fail que pour sauver un inconnu.El combien de fois, depuis surtout la libération de celle-ci, cette pensée ne s'était-elle pas retournée dans le cerveau de la fille de Claude : \u2014Comment la simple amitié qu elle avait pour nous tous, la reconnaissance relative qu'elle était capable de nous porter pour l\u2019affection sincère que nous lui témoignons ont-elles été suffisantes pou\" la conduire à une abnégation qui a alleint l'apogée du sublime.Le mystère n'était point encore éclairci.Et la jeune fille sentait toujours croître cetle affection ancienne.Non seulement elle s\u2019avisait d une reconnaissance sans bornes, ma,is Chérie semblait à présent être des leurs, lui appartenait à elle comme une soeur.Si chacun l\u2019entourait de soins, Mme Varagniez,également attentive à ce qui pouvait intéresser sa santé, affectueuse, autant le chagrin aigu qui la déchirait la laissait libre d une marque d\u2019affection, elle surtout, s\u2019attachait à force de soins matériels, de marque d'amitié, à soutenir ce pauvre corps où l\u2019âme semblait parfois anéantie, à ranimer chez la malade, la vigueur et l'espoir.Car si, vis-à-vis des autres, elle sc taisait, Chérie confiait à Marie-Thérèse, sa Iriste prescience.Elle craignait bien, de n'êlre revenue au Val-Rose que pour le quitter à jamais.Elle s'en irait dans le petit cimetière, prendre sa place sous un tertre vert, où Albéric viendrait apporter des fleurs.Quand elle disait cela, Marie-Thérèse l'entourait de ses bras, la grondait et l\u2019embrassait.Elle arrivait 4 faire passer en elle une confiance qui lui donnait une sorte de gaieté fébrile.Le matin encore il y avait eu entre les deux jeunes filles une de ces scènes.Chérie, répondant à celle qui parvenait, pour quelques heures, quelquefois pour un jour, à lui inculquer une foi qu'elle n'avait peut-être point elle-même, attachait à son tour ses bras à son cou, la serrait contre elle de toutes ses forces nerveuses, parfois exaspérées, comme chez certains malades et pouvant donner le change a son entourage.\u2014 Marie-'I hérèse, j ai un secret, je ne partirai pas sans te le dire.\u2014Lu secret, répéta Mlle Varagniez qui réprimait un tressaillement.\u2014Oui.que tu sauras, loi.ton père piul-etre.vous deux seul* en tout cas -Pas ma mère ?Non, vous deux.encore, lui, je ne sais lias.et seulement si je ijois mourir. Vol, 34, Ko 27, Montréal, 9 décembre 1922 LE SAMEDI 39 \u2014Tu ne mourras point.et tu nous le diras quand même.\u2014Jamais, si je vis.\u2014 Alors, Chérie, connue tu vivras, nous en serons pour nos frais de curiosité.\u2014Je n'en ai parlé à personne, et je le répète que je n\u2019en parlerai peut-être pas à ton père.\u2014Ah!.\u2014A toi.si je sens sonner ma dernière heure.\u2014Tu es une petite folle ! lu vas mieux, tu manges.\u2014 Mais je ne digère rien.\u2014Tu prends souvent, il en reste toujours quelque chose dans l'organisme.Ce sera très long, tu le sais ; aussitôt après les vendanges, nous partirons pour Menton.Au printemps, tu seras forte.Et en se dégageant grave à présent, Marie-Thérèse ajoutait : \u2014-Si je te disais que je le sais, ton secret ?\t*|| Chérie, elle, ne réprima point un tressaillement qui dégénéra en un tremblement.Ses yeux bleus se fixèrent sur celle qui lui parlait avec sa voix sérieuse et profonde, démesurément, agrandis, L'effroi qui s\u2019y laissait s\u2019effaça presque immédiatement.-\u2014Non, tu ne le sais pas.\u2014En es-tu sûre ?-\u2014Tu ne peux pas le savoir.\u2014Et mon père, le pourrail-il?-\u2014Non.-\u2014Il ne le pourrait pas ?\u2014Non, répéta-t-elle d'un ton si net que Marie-Thérèse n\u2019interrogea [dus.En suivant en cet instant des yeux son père et Chérie, Mlle Varagniez se posait donc, non seulement la question dont la solution à mesure qu\u2019elle se la répétait restait plus vague,mais celle-ci: \u2014De quel secret veut-elle parler, que mon père ou plutôt seulement moi, si elle mourait, devrions connaître, et que mon père, pas plus que moi, ne peut soupçonner ?Ils avaient disparu sous la charmille.Le pas de Chérie, très lent, était ferme pourtant, à côté de celui de M.Varagniez, qui se mettait à son allure.Ni l\u2019un ni l\u2019autre ne parlait.Elle était heureuse.Lui, se trouvait peu à peu saisi d'un sentiment ibzarre.Ce bras fa.ible que soutenait le sien, le pénétrait d\u2019une chaleur qui faisait passer comme une fièvre dans son sang.Jamais encore il n\u2019avait éprouvé une sensation pareille.C\u2019était très doux, et plus peut-être, troublant et pénible.Chérie l'aimait.Mais le sentiment ressenti pour elle jusqu\u2019à aujourd\u2019hui, si intense qu\u2019il fût, ne pouvait pas s\u2019appeler de l'amour.En lui, une aberration s\u2019élèverait-elle ?C\u2019était comme un contact de chair, ce bras sut son bras, cette chaleur de fièvre qui venait le brûler.Lui, fini, atteint jusqu'à sentir qu'ii ne s\u2019en remettrait plus, éprouvait parfois de ces phénomènes physiques, où le vide complet se fait dans le cerveau, tandis que le coeur semble s\u2019arrêter de battre, frappé deux fois de congestion, sachant que la troisième, attaque serait mortelle.allait-il céder à l'excitation malsaine ?Allait-il broyor dans une étreinte misérable ce corps, .presque immatériel, qui ne vivait plus que par le flambeau de l'âme ?L'amour de Chérie-était pur.le sien allait-il être infâme ?Et Claude se répétait, pour se garer de cette folie, autant que pour s\u2019en excuser devant soi-même : \u201cL\u2019homme est un instinctif, que la na-lure n'a pas armé pour se défendre con-Ire son animalité,\u201d \u2014Tu es lasse?fit-il d\u2019une voix qui haletait.Elle s\u2019appuya davantage à lui.\u2014Un peu.et cependant, auprès de vous, je me sens forte.\u2014Tu iléchis.Chérie! 11 F enleva dans ses bras, redevenu robuste, la serra contre sa poitrine.Elle murmura : \u2014Comme je vous aime.Claude Varagniez, livide, allait mettre sa bouche sur sa bouche.Un mouvement de la tête de la jeune fille, qui roula inerte, plaça son front sous ses lèvres.Il était froid.Et ce froid glaça dans les veines de Claude le sang qui bouillonnait.Etail-ce un cadavre qu\u2019il avail dans les bras?Il retourna en arrière.Ce corps maintenant, lui semblait de plomb.Ses jambes fléchissaient.Il n\u2019était pas revenu a l\u2019entrée de la charmille qu'il s\u2019agenouillait, pour ne (pas tomber avec son fardeau.Il laissait Chérie étendue à terre, allait courir chercher du secours.La voix faible, si faible qu'il lui fallait l\u2019espoir qu\u2019elle n'était pas toujours éteinte, pour l\u2019entendre, l\u2019arrêta : \u2014N\u2019appelez pas.n'appelez pas.A peine s'était-elle éloigné de quelques pas, Claude revint à elle.11 s'agenouilla de nouveau.(A suivre) Embellissez votre poitrine en 25 jours avec LE REFORMATEUR MYRRIAM DUBREUIL ETES-VOUS DELAISSEE! Fin» d'une femme, de nos jours, souffre tn silence de se voir abandonnée et de ne savoir pourquoi Le secret du charme féminin est la perfection physique naturelle qui la fait admirer partout où elle va ; c'est-à-dire cette chose qui en fait une vraie femme, Ce charme, disons-nous, est sa beauté plastique.Les bourruns ne remplacent pas un buste, t'ne'beauté phys\u2019qne artificielle n'a pas d\u2019attrait Vous êtes1 une vraie femme, et pour cela vous tenez h être physiquement développée à la perfection, comme le veut la nat re.LM REFORMATEUR MYRRIAM DUBREI IL mérite la plus entière confiance car il est le résultat de longues années d'études consciencieuses; approuvé par les .limités médicales.I.E REFORMATEUR MYRRIAM DUBREUIL est un produit naturel possédant ls propriét
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