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Titre :
Le samedi
Éditeur :
  • Montréal :Société de publication du "Samedi",1889-1963
Contenu spécifique :
samedi 23 juillet 1932
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque semaine
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  • Nouveau samedi
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Le samedi, 1932-07, Collections de BAnQ.

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[" CANADIENS mm - V, ,., LE MAGAZINE Vio/.XL/V, No S F-Bazit?.Montréal, 23 juillet îgj:2 1 ourel un i v ouvei appat pour des appétits assoupis .nouveaux Blé et Riz Soufflés* doublement croustillants Frais .appétissants .deux fois plus croustillants! Voici comment séduire les appétits indolents d\u2019été TT PPETISSANTS.frais.rafraîchissants! Ty Et si fortifiants! Ce n\u2019est pas étonnant i V que les spécialistes pour enfants recommandent le Blé et le Riz Soufflés Quaker comme les céréales idéales durant les chaleurs.Et peu importe comment chaud il fait.il n\u2019est pas nécessaire de prier un enfant de manger ces Grains Soufflés.Ce sont toujours les céréales qu\u2019ils préfèrent.Partout ils les ont choisis parmi 11 espèces de céréales prêtes à manger comme \u201ccelles que nous aimons le mieux\u201d.Maintenant ces grains appétissants sont plus délicieux que jamais.Un procédé particulier les rend deux fois plus croustillants.Ensuite les enferme tout chauds dans un paquet hermétiquement cacheté.Ils vous arrivent, de ce fait, aussi frais qu\u2019au moment où ils sont projetés des canons.Remplissez les bols de ces nouveaux croustillants Grains Soufflés.Induisez les enfants à manger la céréale nutritive qui leur est nécessaire.Souvenez-vous qu\u2019aucune autre céréale ne procure les grains nature dont toutes les cellules sont éclatées à la vapeur pour les rendre plus digestibles.Aucune autre céréale ne vous donne les nourrissants grains de riz et de blé sous une forme aussi rafraîchissante et appétissante.Dès demain achetez les nouveaux Blé et Riz Soufflés Quaker chez votre épicier.Préparés au Canada par THE QUAKER OATS COMPANY il\t1 I Vés P°SSnUlt, perd0\" Souft^-la cr'eme ^ àpét'^VVan' à 4 °° !,me de ¦ °oC P°^>telette \u201c\"de G»'\"5 >ctVC , au din*1 l'jeU\" toutes \u2019o»s cdf un 5* sobdc a i Quaker Puffed Wheat and Puffed Rice Montréal, 23 juillet 1932 3fe&amedi 3 Volume XLIV No 8 ABONNEMENT Canada Un an - Six mois- Trois mois - - $3.50 2.00 1.00 Etats-Unis et Europe Un an-$5.00 Six mois-2.50 Trois mois -1.25 HEURES DE BUREAU 9 h.a.m.à 5 h.p.m.Le samedi, 9 h.à midi Tel.: LAncaster 5819-6002 Jfe Samedi (Fondé en 1889) Le magazine national des canadiens POIRIER, BESSETTE & CIE, LTEE, Prop.975, rue de Bullion MONTREAL\t-\t-\tCANADA Entered at the Post Office of S.Albans, Vt., as second class matter under Act of March 1879 Montréal, 23 juillet 1932 AVIS AUX ABONNES Les abonnés changeant de localité sont priés de nous donner un avis de huit jours, l'empaquetage de nos sacs de malle commençant cinq Jours avant de les livrer.Tarif d'annonces fourni sur demande.Carnet Editorial Au bout du Monde A géographie, l\u2019astronomie, le bons sens et les voyages circulaires nous ont appris que la terre est ronde; de cette façon le bout du monde n'existe nulle part, ce qui est en vérité bien commode parce qu\u2019il est possible ainsi de le trouver partout.On peut même le trouver dans quatre directions différentes: en longueur, en largeur, en hauteur et en profondeur; il suffit tout simplement d\u2019évaluer le chemin parcouru avec lia mesure de l'imagination.En longueur ça peut mener assez loin, c'est-à-dire jusqu\u2019au point de départ; à condition bien entendu, de faire le tour complet de notre boule terrestre.En largeur c\u2019est à pieu près la même chose; pour la hauteur il faut pouvoir disposer d\u2019un de ces accessoires qui se nomment aéroplane ou ballon, et ne pas reprendre contact avec la terre autant que possible en vertu des seules lois de la chute des corps dans le vide; enfin, pour la profondeur, il faut un appareil de plongée, catalogué scaphandre ou sous-marin, étanche et bien solide afin d'avoir le maximum de chances de revenir au niveau moyen des soucis terrestres.Quelle que soit la direction choisie, si l\u2019on y mêle, comme je l\u2019ai dit.tant soit peu d'imagination, on trouve assez facilement le bout du monde et si, par surcroît, l\u2019on veut bien observer un peu autour de soi, on revient de ce voyage avec une ample provision de souvenirs, c\u2019est-à-dire de méditations en germe, de comparaisons édifiantes, ce qui forme au total une dose appréciable et très utile d\u2019un excellent contre-poison pour nous guérir de ce mal commun à notre espèce et qui se nomme la vanité humaine.Ceci dit.je vais vous faire le récit d\u2019un de ces voyages au bout du monde que j\u2019ai fait personnellement; vous verrez comme c\u2019est simple, instructif et bon marché.Je me suis rendu, sans trop d'efforts, au bord d\u2019un lac où se balançait mollement une chaloupe vide qui semblait m'attendre; j'acceptai cette muette invitation et quelques instants plus tard je voguais à l\u2019aventure, à grands coups d\u2019aviron dans ce qui s\u2019appelle le charme de l\u2019inconnu.Le lac avait des reflets de perles fluides, d'or en fusion ou d\u2019argent liquide selon les jeux de la lumière et la course des nuages qui s\u2019y miraient en passant; des sapins verts étaient alignés sur les rives comme une garde d\u2019honneur immobile, et là-bas, à l\u2019horizon, se profilait, formidable, une masse rocheuse issue des profondeurs du globe à l\u2019époque des grandes convulsions préhistoriques.Sut le tout planait ce calme reposant qui n\u2019est pas fait de vide comme le silence, mais de mille bruits indistincts et très doux, pépiements d'oiseaux invisibles, échos venus on ne sait d'où, légers fantômes sonores qui vont se perdre dans les lointains après avoir jeté leur mytérieux appel au vol.C\u2019était beau comme un rêve d\u2019amour .De temps en temps un poisson faisait une cabriole; il décrivait dans l\u2019air une rapide trajectoire nacrée et replongeait, le nez le premier, dans son élément avec un petit \u201cfloc\u201d qui dessinait sur l'eau une suite de ronds qui couraient les uns après les autres en s'élargissant.Pour ne pas effaroucher cette aquatique population, je posai l\u2019aviron dans le canot que je laissai aller à la dérive.Pour me remercier de cette attention, sans doute, une jeune perchaude mit le nez à la fenêtre tout près de moi; je veux dire à la surface.J\u2019allais, par politesse, lui demander des nouvelles de sa famille mais elle disparut presqu\u2019aussitôt.Est-ce une illusion ?dans un léger coup de brise qui passa en même temps, je crus entendre cette réflexion qui voltigea comme un souffle: \u201cBah! ce n'était qu'un homme! .\u201d Un autre babillé d\u2019écailles se montra peu après; un important personnage, car il me parut de belle taille; d\u2019ailleurs, pas timide pour un sou.on sentait immédiatement qu\u2019une longue expérience lui avait donné confiance dans sa vitesse de déplacement et qu'il se sentait nettement supérieur à l\u2019espèce humaine.Pour lui tous les hommes n\u2019étaient certainement que de pauvres pêcheurs .Je lui demandai son opinion à ce sujet mais il ne répondit pas, ce qui me confirma son humeur dédaigneuse.Je voulus savoir ensuite ce qu'il pensait de la politique; alors il me regarda de ses deux gros yeux ronds, bailla et souffla dans l eau quelques bulles d\u2019air qui vinrent aussitôt crever à la surface.Je fus émerveillé: am fm -v-, 'tr.décidément ce poisson-là, non seulement connaissait le langage muet mais il savait s\u2019en servir avec beaucoup d'à-propos.Sa muette réponse est sans aucun doute la plus éloquente définition qu\u2019on ait jamais faite de la politique .Après lui vint un maskinongé de belle taille.Celui-là non plus ne parlait pas, mais il sut tout de même se faire comprendre, lui aussi.Sous mes yeux il bondit sur une demi douzaine de poissons plus petits, ouvrit une grande gueule où ils disparurent, en attrapa un septième qui passait sans se méfier de rien et fila comme une flèche vers un autre groupe qui fondit comme le premier dans ses redoutables mâchoires d'apprenti-requin.Je ne pus m\u2019empêcher de penser que si ce gros poissons-là avait eu un smoking sur le dos, une grosse chaîne d\u2019or sur le ventre et un cigare de deux piastres au bec, tout le monde l\u2019aurait pris pour un financier en activité d\u2019affaires.Je vis ensuite passer des libellules aux ailes d\u2019acier bleu, zébrant l\u2019air de fulgurances, puis s\u2019arrêtant net dans le vide comme des joyaux animés échappant aux lois de la pesanteur.Je les comparai à ce produit du génie humain qu\u2019est l'aéroplane, massif assemblage de ferraille, de toile et de bois, grande mouette aux ailes ankylosées qui fait beaucoup de bruit mais peu de chemin et nécessite les soins d\u2019un nombreux personnel pour demeurer en état de fonctionnement.La comparaison ne fut pas à l\u2019avantage de l'aéroplane.J\u2019arrivai dans une colonie de grenouilles qui coassaient au soleil leur joie de vivre; mon arrivée les mit en fuite et bien à tort, car je ne leur * fit ' ^ voulais pas de mai, et il arriva ceci que l'une d\u2019elles en se sauvant sauta en plein dans le bec grand ouvert d\u2019un canard sauvage qui passait par là.Ainsi faisons-nous quelquefois nous-mêmes dans la vie quand nous fuyons un danger imaginaire pour tomber dans un réel.Je vis encore bien des choses, mais je n\u2019en ai plus le souvenir très exact car le charme de \u201cl'heure exquise\u201d m\u2019avait enveloppé, pénétré pendant que me berçait mollement l\u2019eau souple du lac ondulant sous la brise; il en faut moins que ça pour s\u2019endormir et, ma foi, je crois bien que je m\u2019endormis tout bonnement.J\u2019en suis même certain, puisqu\u2019ensui te je me réveillai, mais ce fut en vain que je cherchai le canot, les poissons et les grenouilles .J\u2019étais tout simplement allongé dans un fauteuil et l\u2019imagination seule avait fait le voyage.Le voyage beau comme un rêve d\u2019amour .Au fait, c\u2019est peut-être ainsi qu\u2019on a le plus de chances d\u2019aller jusqu\u2019au bout du monde, loin, très loin des bêtes réalités, des jalousies mesquines et de toutes les malpropretés inventées par l\u2019homme dans sa rage de tout gâcher autour de lui.Et, du moins, le voyage est économique. BIERES PETILLANTES cl ircrthJL cJtcrvoc\u2014 Quand vous commandez de la bière, dites d'abord \u201cde la Molson» s\u2019il vous plait\u201d .puis ajoutez \u201cIndia Pale\u201d (étiquette blanche), \u201cExport\u201d (étiquette dorée) ou \u201cStock\u201d (étiquette bleue), selon votre préférence.Pétillantes, rafraîchissantes, vivifiantes, ce sont des bières de santé et de bonne camaraderie .les bières préférées de la population montréalaise depuis plus d\u2019un siècle.>\u2022\u2022>\u2022; WM KisïKWWv: snnm x-xvxvx-:-: .::: ' x :ï \u2022.KS8SSBI&SS mm.m m MOLSON \u201cLa Bière que votre A rrière-Grand-père buvait\u201d ETABLIE A MONTREAL EN 1786 Montréal, 23 juillet 1932 -poir d\u2019un rapprochement possible.Malheureusement pour elle, Marc était de ceux qui ne pardonnent pas la blessure, même à une jolie femme, quelle qu elle soit, et s\u2019il éli- minait toute tentative sérieuse, raisonnablement, il ne pouvait refuser aujourd\u2019hui à la coquette petite baronne, de l\u2019emmener en canot jusqu'à la villa rose de cousine Nicole.qui offrait aimablement le thé à de chics et nombreux amis de villégiature.Marc Erlande venait d\u2019accoster, et déjà Alisson aidait la jolie baronne à mettre pied à terre.Sur la petite terrasse, prise au bord de l\u2019eau, et délicieusement couverte d épais feuillage, quelques jeunes femmes aux minois poudrés devisaient gaiement avec Nicole, en absorbant du thé ou des liqueurs.Poussé par une impérieuse nécessité de s'épancher quelque peu, Erlande entraîna discrètement à l'écart le mari de Nicole, pour lequel l\u2019amitié n\u2019avait aucun secret.Visiblement soucieux d\u2019une préoccupation qu\u2019il cherchait à dissimuler le mieux possible, Marc ne sut pourtant pas se dérober aux yeux perspicaces de Jean qui le confessa: \u2014 Mon pauvre ami, dis donc, ça ne va pas?\u2014 Tu devines juste.J\u2019ai encore essuyé une scène au dîner, difficile à digérer.\u2014 Quelle deveine! Mais au fait, es-tu sûr de n\u2019avoir rien fait susceptible de la provoquer?demanda Jean avec cette droiture d\u2019âme qui allait toujours au but.Une seconde, le peintre hésita, puis brusquement il rompit les chiens: \u2014 Eh bien oui, par esprit de vengeance, j\u2019ai porté Guylaine au paroxisme de l\u2019exaspération.Tu sais qu\u2019elle n\u2019est pas toujours gentille avec moi.et qu\u2019elle a voué une haine mortelle à la baronne d\u2019Aiglenon, parce que cette dernière a été bien avant elle ma presque fiancée, et ensuite pour nos rencontres assez fréquentes, ici chez des amis, ou sur la plage, où les relations se font au gré du désir ou de l\u2019imprévu, enfin parce qu\u2019il me prit fantaisie de brosser le portrait de Régine, aux heures de loisir qui me retiennent au studio.Bref, et pour cause, Guylaine n\u2019assiste pas aux séances de peinture, où Le joli modèle en toilette du soir met en valeur la beauté de ses merveilleuses formes.De plus, Guylaine affecte mille prétextes propres à l\u2019entraîner hors du chalet, chaque fois que Régina y fait apparition.\u2014 Et tu trouves à redire?\u2014 Certes, ma femme se fiche de moi, et notre horizon conjugal n\u2019a Montréal, 23 juillet 1932 Se&cmsÀi 7 qu\u2019un ciel d\u2019orage, déclare l\u2019énigmatique Marc, en allumant une cigarette.\u2014 Pardon, mon ami, de te contredire, mais ta femme a raison de ne pas vouloir admettre la baronne en votre intimité.Cette adorable perruche devrait se rendre compte que toute insistance auprès de toi est déplacée, de même que son assiduité en ta villa.Chacun a la mémoire de vos relations anciennes, motif, je crois, pour n\u2019y point revenir, si vous avez encore le souci de l\u2019opinion du monde, de notre .monde, veux-je dire.\u201cTu es en marge de gâcher ton bonheur, si ce n\u2019est déjà fait.Ta femme est charmante, tu négliges d\u2019en prendre conscience, et cela pour marivauder avec la baronne qui jadis a réconnu ton amour en faveur d\u2019un titre.Tu es stupide, mon pauvre Marc; où donc se laisse aller ton âme d'artiste, si prompte à saisir les nuances, pour ne pas concevoir pareil danger! \u2014 Tu as sans doute raison .Mais Guylaine voudra-t-elle seulement comprendre?\u2014 Le coeur a sa tourmente .\u2014 Et ses jours de sérénité aussi, affirma Lallier en le ramenant sur la terrasse, où les jeunes femmes s\u2019apprêtaient à prendre congé.Régine ayant accepté l'invitation pressante de ses amis, à dîner au chalet, le peintre reprit seul l\u2019embarcation, avec la toute élégante adresse du marin qui s\u2019y entend.le, inaccoutumé le ramenait chez lui.Il allait atteindre le quai, lorsque son oreille perçut distinctement le bruit du moteur d\u2019une automobile en marche.Une étrange appréhension le saisit aussitôt.D\u2019un bond, il fut sur la passerelle où il renversa le canot, puis il se précipita jusqu\u2019au logis, devant lequel une Pontiac stationnait avec \u2014 Assurément, et pourquoi pas?Tiens, retourne vers elle, et plaide adroitement ta cause qui n\u2019est pas encore perdue, j imagine, et surtout coupe net avec la baronne, tu> ne t\u2019en porteras pas plus mal, car soit dit entre nous, on te remplacera assez facilement, acheva Jean en clignant de l\u2019oeil, avec un petit sourire amusé.Erlande demeura songeur, puis il avoua: Le soleil extrêmement rouge, baissait aux confins des montagnes, incendiant l'horizon.Un léger clapotis irisait l\u2019eau verte du lac, dans le mirage des cèdres et des sapins où le canot de toile traçait un sillage.Et Marc livré à l\u2019intime pensée, avironnait toujours d'un bras ferme, franchissant en dix minutes à peine, la bonne distance qui le séparait de sa villa.Une hâte fébri- Guylaine au volant.Marc vit aussi qu\u2019elle avait un chapeau et des gants.Alors il comprit qu\u2019elle partait.\u2014 Guylaine! prononça-t-il simplement, en montant sur le marche-pied.Elle détourna la tête, sans répondre.Consterné, il répéta une seconde fois: Guylaine.Sa voix tremblait légèrement.\u2014 Eh bien?fit-elle en se ravissant cette fois.\u2014 Tu pars?\u2014 Oui.\u2014 Où vas-tu?\u2014 Dans ma famille, parbleu.Est-ce que je suis liée avec un baron.moi?Angoissé, il laissa tomber ce dernier droit, pour continuer les préliminaires.\u2014 Reviendras-tu bientôt?\u2014 Je ne le sais pas.\u2014 Il ne faut pas partir, Guylaine, s\u2019écria-t-il vivement, en étendant la main vers la sienne.Mais Guylaine se rebiffa tout de suite, avec cette désinvolture innée en elle, comme l\u2019exquise sensibilité qui la faisait si bien femme.\u2014 Oh, cela m\u2019importe peu, tu sais.J\u2019en ai fini de tes paroles d\u2019autorité qui ne sont pas en accord avec tes actes.Je pars, et reviendrai quand bon me semblera.Tu t\u2019accommoderas aisément de mon absence, je ne m\u2019inquiète pas là-dessus, acheva-t-elle dans un rire aigu qui sonnait mal.Elle s'attendait à une risposte quelconque, conforme à la nature irascible et indépendante de son mari, et surprise, elle le vit s'appuyer contre la portière, le visage sur son bras replié.Ce geste simple en apparence qu\u2019elle ne lui pouvait soupçonner la désarma tout à fait; la rancune s amoindrit en son coeur indécis, et déjà plus encline à la réconciliation, elle demanda: \u2014 Qu\u2019as-tu, Marc?Il ne dit mot, et cependant ce silence prolongé plus émouvant que des paroles, la troubla singulièrement.La vitre abaissée, Guylaine sortit ses deux bras au dehors de l\u2019auto, les jetant sur les épaules de son mari, qu\u2019elle entourait étroitement.Quelques minutes s\u2019écoulèrent, puis Marc relevant la tête, supplia presque: Guylaine, tu ne me quittes plus, n\u2019est-ce pas?Elle eut un signe évasif qui le remit en peine.Une indicible mélancolie noya ses prunelles d\u2019eau verte, au fond desquelles, la jeune femme lisait une secrète douleur.Longuement, avidement, elle le regarda .\u2014 Je remets mon voyage, déclara-t-elle enfin dans un sourire où passa toute son âme tendre, généreuse.-Ma femme! murmura Marc, en attirant à lui le petit visage rosé qu\u2019une exquise senteur de Chry-pre enivre et caresse tour à tour.(Suite à la page 42j 8 Samedi Montréal, 23 juillet 1932 Nouvelle Sentimentale Coeur P\tPar Adolphe auvres Ribaux CENT mètres de distance, Mme Justine et Mme Rosalie travaillaient, en cette splendide journée de la fin de septembre.Mme Justine, fermière aisée, avait fait la veille son savonnage hebdomadaire, et elle étendait son linge au soleil, dans le verger attenant à sa maison.Mme Justine courait sur la quarantaine: elle était replète, avec un air égoïste, heureuse du bien-être qui l'entourait, satisfaite de son mari, qui.non loin de là, commençait, avec deux domestiques, l\u2019arrachage des pommes de terre.Elle ne regrettait point de n\u2019avoir pas d'enfants, et préférait, chaque fin d\u2019année, mettre de côté une somme rondelette.Mme Rosalie n'était qu'une humble garde-barrière sur une grande ligne.Le mari travaillait comme ouvrier de campagne: ils avaient quatre mioches: et, malgré tous leurs efforts, ils joignaient péniblement les deux bouts, heureux tout de même, du bonheur des humbles, et leur maisonnette le disait clairement, toute fleurie, à cette saison, de liserons et de tournesols.\u2014 Quel temps, madame Justine! Quel temps! \u2014 Magnifique, madame Rosalie! Les deux femmes se saluaient de loin.Condescendance d\u2019un côté.Discrétion de l\u2019autre.?Un avertissement criard, un nuage de poussière .Le direct, déjà?Mme Rosalie s'alarma: la barrière n\u2019était pas fermée et un accident arrive si vite! Ce n\u2019était qu'un automobile, sans chauffeur, dirigé par le propriétaire lui-même, à côté duquel se trouvait une femme élégante, enveloppée dans un cache-poussière de soie, tous deux portant le masque des automobilistes.Devant la ferme, l\u2019homme descendit.déposa sur le seuil un paquet blanc, et l\u2019automobile repartit à grande vitesse.Absorbée par son beau linge, Mme Justine n\u2019avait rien vu là d\u2019anormal.\u2014 Tiens! disait quelques minutes après maître Guillaume, son mari, venant avec les domestiques casser la croûte de quatre heures, et apercevant le paquet.Qu\u2019est-ce que cela?\u2014 Je ne l\u2019avais pas même remarqué! répondit sa femme.Un gémissement se fit entendre, qui ne laissait aucun doute sur le contenu du paquet.\u2014 Un enfant! s\u2019écria Mme Justine.Bon Dieu: d\u2019où peut-il bien tomber?\u2014 Tu n\u2019as vu personne?\u2014 Rien qu\u2019un auto, une de ces vilaines machines qui puent le pétrole .Avec de ces gens masqués qui semblent des caricatures.Ils se sont arrêtés un instant: j\u2019ai cru que c\u2019était pour réparer leur monstre.L\u2019enfant, un gros poupon, continuait à crier, en agitant ses menottes au dehors du maillot.Il devait avoir grand faim, et il regardait maîtresse Justine et maître Guillaume, les domestiques, la ferme, d\u2019un air investigateur.Un petit être intelligent, désorienté, les joues roses, les bras grassouillets, joli comme un ange.Il regardait le pays aussi, la ferme, les arbres, avec des yeux étonnés.Il devait venir de la grande ville qui se trouvait à une cinquantaine de kilomètres, et dans ses prunelles bleues comme les bluets se lisait une admiration inconsciente pour les campagnes baignées de lumière, les collines boisées, les lointains azurés.Et il regardait aussi la route, comme pour lui demander où était l\u2019automobile, et pourquoi on l\u2019avait laissé là! II \u2014 Retournez à l\u2019ouvrage, dit Guillaume aux domestiques, dès qu\u2019ils curent fini de manger.Je vous rejoins tout de suite.Et, les travailleurs sortis, il s\u2019écria: \u2014 Mais enfin, qu'est-ce que cela signifie?\u2014 Je n'en sais rien, je te le jure! j'étais toute à ma besogne .\u2014 Un automobile, as-tu dit?\u2014 Oui .il en passe tant! \u2014 Nous n\u2019allons pas garder ce mioche! \u2014 Ah! pour cela, non! \u2014 L\u2019assistance publique doit servir à quelque chose.Il faudra avertir la police .\u2014 Il a faim! \u2014 Tant pis! \u2014 Les pommes de terre attendent! \u2014 Et mon linge! Journée de beauté, de poésie et de gloire! Mais qu\u2019importait à Justine et à Guillaume, uniquement occupés de faire fructifier leur bien, de grossir leur fortune, sans songer que les cousines éloignées à qui elle reviendrait se moqueraient bien des privations qu\u2019ils s'imposaient! \u201cNous n'allons pas garder ce mioche!!!\u2019\u2019 avait dit Guillaume.Ah! par exemple! Elle qui n\u2019en avait jamais voulu pour son compte, elle qui ne rêvait, comme son mari, que d'amasser des écus! Oui.oui.il y avait l'assistance publique! S'il fallait adopter tout ce qu\u2019on dépose devant votre porte! C\u2019étaient ces gens de lautomo-bile, pour sûr, qui ne cherchaient qu'à se débarrasser aux dépens des autres! Et elle se mit à rire, tandis que l\u2019enfant persistait dans ses pleurs et ses cris! Mme Rosalie, qui s\u2019était approchée sur ces entrefaites, s'écria, la voix pleine d\u2019un sincère attendrissement: \u201cVous ne voyez donc pas qu\u2019il a faim?\u2019\u2019 \u2014 Je n'ai pas une goutte de lait! répliqua brièvement Mme Justine.La garde-barrière lui lança un regard où il y avait à la fois de la surprise, de la pitié et un peu de mépris.Comment, comment, si dure que cela?Pas un élan du coeur en présence de ce petit abandonné?Mme Rosalie ne comprenait pas.Cette sécheresse était un mystère qui l'ahurissait! \u2014 Je le prends chez moi! dit-elle.Mon homme fera les démarches nécessaires.\u2014 Vous en avez déjà quatre! Etes-vous folle?\u2014 Quand il y en a pour quatre, il y en a pour cinq! \u2014 Et votre mari?\u2014 Il sera de mon avis! Mais, oui.une bouche de plus à nourrir, ce n'est pas la ruine, à la campa-(Suite à la page 28) ¦%ÊË « 4k ¦\u2019 S - 1 A-Ci-?» Montréal, 23 juillet 1932 9 |5Sj\u2018\u2018?s5$| L Y A bien longtemps, IgB SÜî il n'y avait sur la terre ftagJlgSl que le père Adam, Eve et pas mal d\u2019animaux.Aujourd\u2019hui.en nombre rond, il y a deux milliards d'êtres humains, un nombre incalculables d\u2019animaux et des microbes en quantité qui dépassent l'imagination.En ce qui concerne simplement la population humaine, on trouve qu'en vingt années seulement, c'est-à-dire de 1910 à 1930.elle a augmenté de quatre cents millions d'individus et cela malgré la plus sanglante des guerres, des cyclones par-ci, des raz de marée par-là et des éruptions de volcans à droite ou à gauche.Il y a des gens qui affirment que c'est rassurant pour le sort de l\u2019humanité, mais il y en a d\u2019autres qui disent tout le contraire; ainsi se renouvelle l\u2019éternelle question du surpeuplement terrestre mis en regard d\u2019un déficit possible des moyens de subsistance.En d\u2019autres termes il y a des gens qui disent: une fois qu'il y aura trop de monde sur la terre ce sera la famine générale; en effet, qu'est-ce que les gens pourront bien manger?.On pourrait répondre à cela: Eh, ce ne sera pas difficile, ils se mangeront les uns les autres et ne feront en somme que continuer ce qu\u2019ils auront toujours fait! De graves économistes ont noirci bien du papier à bâtir des théories pour ou contre l\u2019accroissement de population terrestre mais il est à constater que cela n\u2019a changé rien du tout à l\u2019éclat des choses.L\u2019un des plus célèbres, le fameux Mal-thus, mérite une mention spéciale; cet économiste anglais, né en 1766 à Rookery et mort en 1834, doit à peu près toute sa réputation au premier de ses ouvrages, Essai sur le principe de la population.Avant lui on considérait une population nombreuse comme le signe de la force et de la prospérité des Etats, comme un indice certain du progrès et voilà que le bonhomme arrivait à une conclusion diamétralement opposée ! Il prétendait que si rien ne s'y opposait, la population terrestre doublerait tous les vingt-cinq ans et qu'on arriverait ainsi, au bout d\u2019un petit nombre d\u2019années, à un ¦ ¦ - '\u2022 '\"V mm - \u2022Jiis A SH .\u2022a/rfBÇ» ¦V-3S&- La Terre sera-1-elle Surpeuplée chiffre de population dépassant celui des matières alimentaires, écart qui deviendrait sans cesse plus considérable.D\u2019autres économistes, disons distingués puisque c\u2019est habituellement le qualificatif qu\u2019on joint à ce mot, ont prêché à peu près la même théorie et quelques-uns même n\u2019y allaient pas par quatre chemins pour rémédier à la catastrophe possible, c\u2019est-à-dire à la famine générale qui résulterait d\u2019un un jour Chronique Documentaire par Louis Roland ?trop grand nombre d\u2019hommes sur la terre.Voyons quelques-uns de leurs moyens.Us allaient jusqu\u2019à demander la suppression des hôpitaux et hospices, le refus de toute espèce de secours aux pauvres et l\u2019interdiction du mariage aux ouvriers.C'était déjà charmant, mais ce n est pas tout.Le féroce égoïsme des \u201céconomistes distingués\u201d admettait encore un moyen pratique: l'étouffement de la plupart des nouveaux-nés! Il est une chose à remarquer, c'est que tous ces beaux prêcheurs seraient bien disposés à mettre leurs (Suite à la page 36j 10 Montréal, 23 juillet 1932 L Jlctualité à travers le e oeVèe*.!e ** àeJ 6e MAINTENANT r v* àv>ï a11' *S3SS*.TRANCHE CHAQUE (FUME AU FOUR) est un re nouveau fumage.Le Swift\u2019s Premium est toujours fumé aussi longtemps, sur des feux de bois dur, mais la méthode est différente.Il est fumé au four ou \u201cOvertimed\", et c\u2019est ce qui lui donne cette délicieuse saveur nouvelle.Vous pouvez voir ci-dessous ce que ce procédé de 1 '\u201cOvènizing\" produit.Et ces qualités se retrouvent dans chaque tranche.Nous vous suggérons d\u2019acheter un jambon entier et de vous le faire couper tel qu\u2019illustré ci-dessous, à gauche.Vous pourrez alors le servir selon les façons décrites ici.Sans compter que quand vous achetez un jambon complet, le prix la livre est beaucoup moindre.Introduisez chez vous le Jambon Swift\u2019s Overtimed, et vous pouvez avoir la certitude que tout le monde en sera enchanté.Mais exigez que ce soit bien du Swift\u2019s Premium Le jambon qui se ven plus au mon façon nouvelle, est maintenant supérieur d\u2019un bout à l\u2019autre .Le gros bout, le petit, les tranches du milieu\u2014le Jambon Swift\u2019s Premium tout entier est plus exquis que jamais! 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Voyez bien a Jambon Swift's Premium, car c\u2019est le seul qui vous permettra de constater l'excellence du procède de 1' \u201cOvenizing\u201d.Ce jambon est désormais facile a reconnaître, car le nom de \u201cSwift\" est répété en petits points bruns sur la longueur entière du jambon.11 devrait même se trouver sur chaque tranche.\t\u201e\t.Swift Canadian Co., Limited Fournisseurs tie bons produits Swift\u2019s Pre mium \u201cJe choisis mes cigarettes pour la délicatesse de leur saveur et pour leur arôme et je trouve que les Winchesters me donnent exactement ce que je désire.\u201d C'est quelque chose que de savoir fabriquer des cigarettes.D'un Mélange Parfait ! Montréal, 23 juillet 1932 13 feuilleton du \u201cSamedi\u201d L\u2019Amour Sauveur \u2018Par f acques \u2018Brienne No 14 (Suite) RESUME DES CHAPITRES PRECEDENTS Let ipoux Blanchon habitent, avec une jeune fille malade, une maison isolée: la Maison Blanche.Blanchon, pour le compte d\u2019un Anglais inconnu, fait mourir doucement la jeune fille.Crs Blanchon sont chassés de leur demeure par une inondation ; ils abandonnent la jeune fille, qu'ils croient morte.Benri Mouthon cambriole la Maison Blanche.L\u2019un de ses complices, Raymond Vertheuil, devient amoureux de la jeune fille inanimée.Il l\u2019enlèi e.Il est décidé, pour se faire aimer de Mildred, à poursuivre les études qu'il avait abandonnées.Quelques jours plus tard, Mildred surprend une corner sa-lion où Raymond confesse à un ami la part qu\u2019il a prise au cambriolage.Déçue dans son amour, elle s\u2019enfuit.Mildred ignore quelle est co-héritière d\u2019un lord anglais.Le frère de celui-ci, aidé des époux Blanchon, veut la faire disparaître afin d\u2019être seul héritier.Le pseudo-vicomte de Grisolles et Vex-mari de Fédora, Montrelet dit Coup-de Tampon, recherchent aussi Mildred afin d'obtenir de lord Loris une rançon.Les deux partis s'espionnent mutuellement.Mildred obtient un emploi de dame de compagnie chez la comtesse de Chu-telux.Elle découvre que la mère et la soeur de Raymond demeurent près du chateau.Raymond Vertheuil, sous le pseudonyme de François Yvon, gagne une course aérienne, grâce aux perfectionnements qu\u2019il a apportés aux moteurs d'avion.Cela lui permet de continuer ses travaux.Le jeune homme apprend que Mildred est au château du Plessis-la-Grunge.Lord Loris rencontre, par hasard, Tancrè-de, le neveu de la comtesse de Chale-lux.Celui-ci l\u2019amène au château.IX La rage rendit lord Loris muet quand, ayant relevé le front, il vit sa radieuse maîtresse voler vers lui d\u2019un bond fougueux.\u2014 Eh bien, my dear, s\u2019écria-t-elle, vous ne m\u2019attendiez pas, et vous voilà tout pâle, comme une girl de quinze ans à sa première émotion! De fait, le don Juan était pétrifié.Malgré son aplomb invraisemblable, le désarroi, pour une courte minute, s\u2019était emparé de lui.Publié en vertu d'un traité avec la Société des Gens de Lettres.Commencé dans le numéro du 23 avril 1932.Une fureur froide le maintenait, blême et le front mouillé de sueur froide.Enfin, il s\u2019inclina, serra la petite main gantée qu\u2019on lui tendait et bredouilla, en grimaçant, quelques mots de félicitations pour l\u2019heureux hasard qui, que.Mildred joua à ravir le rôle d\u2019une délicieuse étourdie.Elle prit un air contrit: \u2014 Vous me pardonnerez, my-lord, de ne pas vous avoir fait prévenir, hier soir, du plaisir que notre grande artiste allait faire à la comtesse en étant des nôtres, et surtout de celui qui vous était réservé?\u201cIl n\u2019en a été que plus vif, je le vois, et comme les émotions heureuses sont rarement mortelles.Edouard Loris grinça les dents en se disant: \u2014 C\u2019est un démon, je la tuerai.ou plutôt, je l\u2019aurai ! Il faudra bien qu\u2019elle m\u2019aime ! Quant à celle-ci.Une effrayante expression de haine se répandit sur le beau visage de l\u2019Anglais en contemplant son amie, la plus belle créature du Royaume-Uni.Présentée bientôt à la comtesse et au marquis, sa grâce fit la conquête de tous ceux qui assistaient à la chasse.La comtesse de Chatelux ne se possédait plus de joie.A son avis, tout marchait bien.Dans cette situation, une gaffe était à faire.Elle ne la rata pas.\u2014 Je vous garderai, dit-elle à l\u2019actrice, tant que lord Loris, votre compatriote, voudra bien être notre hôte.Le plus longtemps possible, j\u2019espère.Edouard qui entendit la fin de cette phrase que la grosse Ar-mande croyait devoir lui être agréable, écrasa un juron entre ses dents.En un clin d\u2019œil, il jugea la situation.Maintenant à tout prix il lui fallait enlever Mildred.Il se souvenait des imprudentes confidences qu\u2019il avait faites à l\u2019actrice, certaine nuit, après avoir sablé le champagne.Il craignait qu\u2019avec son esprit diabolique Mary Anderson vînt à percer ses projets et il sentit qu\u2019il devait la ménager.Mais avec quelle absence de remords, il eût fracassé cette belle tête, dont il avait tant de fois louangé la beauté ! Ces yeux dont il avait mendié les regards, cette bouche dont il avait payé les baisers, ce corps merveilleux dont il s\u2019était enivré, il les eût voués sans regret à la mort et au tombeau ! Ce débauché féroce regardait tour à tour Mildred et l\u2019actrice, et il ne pensait qu\u2019au viol de l\u2019une, au meurtre de l\u2019autre.Il avait rejoint Tancrède et d\u2019autres cavaliers, mais la chasse n\u2019avait plus pour lui aucun attrait.Les péripéties s\u2019en déroulaient devant ses yeux indifférents, sa pensée était ailleurs, la voix des chiens, les cris des piqueurs, les gais propos, tout cela était entendu et vu comme à travers un voile.Comme il était un tireur exceptionnel, il tira au hasard deux belles pièces que Tancrède avait manquées.Celui-ci jouait de malchance.Il était plus maladroit que jamais.Malgré les efforts intelligents du vieux Mâchefer, il jouait un rôle piteux.Le bon vieillard souffrait et s\u2019impatientait : \u2014 Quelle mazette ! Malheur de moi! Ça n\u2019est bon qu\u2019à enlô-ler les filles.Encore heureux qu\u2019il n\u2019ait blessé personne.Ceux qui sont près de lui ne se doutent pas du danger qu\u2019ils courent.Ah! là là! si mon cher et glorieux maître revenait.Parlez-moi d\u2019un pareil homme.Un veneur celui-là, un vrai noble, comme le marquis de Bois-rouvre, ici présent.Tiens, il tire.Encore un lièvre de mort! Voilà un homme et tout ratati- né, tout noué de douleurs, il ne rate pas un coup.Et à peine s\u2019il marche ! Ce que c\u2019est que de nous.J\u2019aimais bien mon maître, mais nom d\u2019une cartouche, vaut mieux qu\u201dy soit mort que d\u2019être comme ça.Ainsi monologuait le vieux forestier en suivant quand même le maladroit Tancrède d\u2019un œil quasi paternel.La chasse était favorisée par un temps splendide.Le soleil passait à travers les frondaisons, jetait sur la terre sableuse des chemins forestiers des traînées d\u2019or, découpait en dentelles les remuants feuillages.Il sortait une bonne odeur de la terre et du sous-bois.Des graines rouges et noires pendaient des buissons.On entendait le bruit d\u2019un ruisselet, mais aussitôt qu\u2019avaient craqué les fusils, les oiseaux s\u2019étaient enfuis.Les bûcherons, courbés sous un faix de bois qui les essoufflait, rangés en hâte devant la brillante cavalcade, se disaient entre eux: \u2014 Les gens riches font ce qu\u2019ils veulent; ils pasent leur temps à s\u2019amuser, ils sont bien heureux ! Comme ils se trompaient! La plupart, sur leurs beaux chevaux, ne l\u2019étaient guère, heureux.De violentes passions brûlaient et déchiraient leurs cœurs.Mary Anderson, la rage dans l\u2019âme, devant l\u2019accueil que lui avait fait son ami, se disait: \u2014 C\u2019en est fait, il est perdu pour moi.Et des idées de vengeance tourbillonnaient dans sa tête.Mildred, qui n\u2019avait assisté à la chasse que pour faire plaisir à la comtesse, repassait dans son cœur tous les motifs qu\u2019elle avait de ne plus aimer Raymond et se sentait désespérée.Lord Loris voyait la chasse et la nature qui déployait autour de lui ses merveilles automnales, 14 ifeSo/medl Montréal, 23 juillet 1932 à travers cette lueur rouge qui entoure et accompagne partout l\u2019assassin.Quant à Tancrède, dont les chasseurs commençaient à se moquer ouvertement, il faisait triste figure comme héritier des preux.De suite une cour s\u2019était formée autour de la belle actrice et l\u2019Américaine l\u2019avait en souriant abandonnée à ses adorateurs.Lord Edouard Loris qui préférait remettre à plus tard l\u2019orageuse explication, s\u2019était rapproché de Tancrède, dont la bêtise babillarde ne le gênait pas.Mildred se tenait donc à l\u2019écart et il se trouva un moment où elle chevauchait seule dans un sentier, devançant les deux hommes qu\u2019elle avait volontairement laissés en arrière.Elle allait droit devant elle, tout entière à ses souvenirs.Elle ne vit pas les branches s\u2019entr\u2019ouvrir et un ardent et pâle visage se tourner vers elle, les yeux perdus d\u2019admiration et d\u2019amour.Si elle eût tourné la tête, elle eût reconnu Raymond Ver-theuil, Raymond qui s\u2019accordait de loin en loin la joie de la contempler, et qui, de loin, veillait sur elle.Tout à coup, l\u2019ombreux chemin que la jeune fille suivait, s\u2019ouvrait sur une clairière.Mildred arrêta son cheval.Elle avait de l\u2019avance sur les cavaliers, mais néanmoins, à travers les branches déjà moins touffues, elle percevait la voix de tête du neveu de la comtesse.Abaissant les yeux, elle vit une vieille femme tout de noir vêtue, la tête couverte d\u2019un foulard, de mise décente, assise sur la bruyère.Un bâton qu\u2019elle avait posé près d\u2019elle, disait que sa marche ralentie pas l\u2019âge avait besoin d\u2019un appui.Sa figure était blême sous le hâle qui la couvrait, blême peut-être de fatigue et peut-être aussi de privations.L\u2019Américaine était bonne : son âme avait toujours été ouverte à la charité.Le Baume, créateur et préservateur de beau teint.D\u2019un effet tonique et ai-mulamt merveilleux.Conserve et embellît la peau la plus délicate.Rafraîchit la peau fatiguée ou irritée par Ira intempéries.Opère par enchantement.Une friction légère et le teint se rafraîchit et s\u2019embellit instantanément.Adoucit aussi bien les mains et les rend blanches comme neige.L\u2019article de toilette idéal pour la femme particulière.Elle se pencha vers la malheureuse, et de cette voix attendrie par la pitié qui la rendait si charmante, elle dit: \u2014 Bonjour, madame, vous paraissez bien lasse?Surprise, la paysanne releva le front et branla doucement la tête.\u2014 Le cœur, dit-elle ,est encore plus las que les jambes.\u2014 Pauvre femme! \u2014Pourtant, elles n\u2019en peuvent plus, mes jambes, poursuivit la paysanne en deuil.\u2014 Vous venez de loin, sans doute, questionna l\u2019amazone avec une voix sympathique ; peut-être avez-vous besoin de réparer vos forces?La voyageuse eut un sourire amer.\u2014 Oh! oui, je viens de loin.Je suis partie d\u2019hier, et cette nuit, j\u2019ai couché dans une ferme, chez des cousins.Les ^pauvres s\u2019en-tr\u2019aident, mademoiselle, tandis que les riches! \u2014 Oh ! protesta doucement la jeune fille, il y a riches et riches.L\u2019inconnue eut un geste de dénégation.\u2014 Non, la richesse rend le cœur dur aux meilleurs; elle tue les amitiés les plus fortes; malheur à ceux qui ont voulu faire des riches de leurs enfants! Ils en sont payés par l\u2019abandon ; on a honte d\u2019eux, et c\u2019est comme s\u2019ils étaient morts.Tout en parlant, la vieille femme avait essayé de se dresser, mais elle n\u2019avait pu y réussir, et elle était retombée, impuissante, sur la mousse.A demi morte de fatigue, ses yeux s\u2019étaient fermés; la malheureuse s\u2019était évanouie.Au même moment lord Loris et Tancrède rejoignaient Mildred, qui, descendue de cheval, essayait de ranimer l\u2019infortunée.Elle entendit derrière elle un cri étouffé et, se retournant, elle vit le beau Tancrède, dont le visage exprimait une véritable terreur.Les lèvres incolores et tremblantes, et cramponné à sa s'elle pour ne pas tomber, le prétendu neveu de la comtesse considérait la femme qui était devant lui avec des yeux de fou.Cette femme, c\u2019était la vieille Chiffoleau! C\u2019était sa mère! Lord Loris, lui, avait sauté légèrement à terre, il avait retiré de la poche de sa selle un flacon, dont il fit respirer les sels à la paysanne.Et sortant prestement une autre fiole contenant une liqueur brune il en versa quelques gouttes sur les lèvres crispées de la malade.Presqu\u2019aussitôt elle revint à elle et promena ses yeux sur les nouveaux visages qui l\u2019entouraient.Une expression de douleur surhumaine parut sur ses traits quand elle appuya ses yeux sur le soi-disant neveu de la comtesse qui, muet, le front penché vers la terre, n\u2019osait, semblait-il, dévisager cette humble femme.Elle fit un effort prodigieux sur elle-même.Son regard noir et profond s\u2019appuya désespérément sur celui du beau Tancrède, enfant du peuple, travesti en grand seigneur, et elle dit d\u2019une voix qui frémissait: \u2014 Monsieur Tancrède, je le vois, ne se souvient plus de la mère Chiffoleau?Il ouvrit la bouche pour parler, mais elle devança ses tardives explications.Avec un sourire déchirant, elle murmura, s\u2019adressant à Mildred et à Edouard : \u2014 C\u2019est que, voyez-vous, mon bon monsieur et ma belle demoiselle, c\u2019est moi qui ai nourri monsieur le comte.Le don Juan de province affolé de vanité, sentit quelque chose de terrible passer en lui.Sa mère, il venait de renier sa mère! Lord Loris ne comprenait rien à l\u2019attitude pétrifiée de son compagnon; Mildred, elle, avait tout deviné.Et tournée vers le mauvais fils, elle ordonna, d\u2019un air dur: \u2014 Courez au château et ramenez la petite victoria, cette malheureuse est épuisée de fatigue.Tancrède ne demandait qu\u2019à fuir le spectacle de sa mère lamentablement échouée dans la forêt et à fuir l\u2019indicible mépris de l\u2019Américaine.Il s\u2019élança et bientôt son habit rouge disparut au détour de l\u2019allée.Lord Loris s\u2019était éclipsé.Les deux femmes restèrent seules.Mildred aida la mère Chiffoleau à se relever et l\u2019appuya contre un arbre ; elle lui fit boire un peu de l\u2019élixir laissé par l\u2019Anglais.Et elle lui prodiguait de douces consolations.Pauvre mère! Un peu ranimée, l\u2019infortunée vidait son cœur douloureux Oui, c\u2019était son fils, son enfant, cet homme sans cœur, qui avait honte de sa mère, et qui n\u2019allait plus la voir!.Elle s\u2019était sacrifiée pour assurer son avenir.Elle ne s\u2019était pas montrée pour ne pas lui nuire et bientôt il avait cessé de donner de ses nouvelles.Quoique si proche, il n\u2019allait jamais lui rendre visite.Son fils unique était mort pour elle parce qu\u2019elle en avait voulu faire un riche, un grand seigneur.Ce n\u2019était plus son Ernest, il avait changé même son nom, elle ne le reconnaissait plus.Avec l\u2019âge, elle était tombée peu à peu dans la misère.,.Alors la pensée lui était venue d\u2019aller au château pour reprocher sa conduite au fils indigne.Elle n\u2019aurait dit à personne qu\u2019elle était la mère, naturellement.La pauvre femme passait la main sur son front.\u2014 Ça m\u2019a échappé, ma belle demoiselle, mais il ne faudra le dire à personne.Mildred pleurait.\u2014 Soyez tranquille, assura-t-elle avec une émotion profonde; je ne dévoilerai pas votre héroïsme.Demain, nous causerons au château et je chercherai à vous aider.\u2014 Vous êtes un ange, soupira la malheureuse, votre mère est bénie.\u2014 Hélas, je n\u2019ai plus de mère.Je suis la demoiselle de compagnie de la comtesse, qui n\u2019est pas une mauvaise femme.Elle ignore sûrement votre gêne.\u2014 Je ne veux rien d\u2019elle, répondit la mère avec une farouche énergie; si je pouvais encore travailler, je ne voudrais même rien de mon fils.Tancrède avait fait diligence.Il ramenait lui-même la victoria.Mildred y installa la mère Chiffoleau avec mille soins touchants.Et bientôt, sans mot dire, honteux et la rage au cœur, Ernest Chiffoleau qui, le matin, faisait figure près des marquis et des comtes, rendu pour un moment à ses vraies origines, conduisit par les allées désertes et craignant d\u2019être vu, sa mère qu\u2019il n\u2019avait même pas embrassée et dont il redoutait le regard et les paroles ! Que se dirent cette mère et ce fils, quand il fut parvenu à la faire entrer dans le château à demi désert? Montréal, 23 juillet 1932 &3amëdl 15 Quelle scène se déroula le même soir entre Mary Anderson et son ami?Nul ne le sut.La belle actrice prit congé de la comtesse le lendemain.Pourquoi cette fuite?Tout simplement parce qu\u2019elle avait senti sa vie en danger auprès d\u2019Edouard Loris.Le brillant gentleman lui était apparu soudain sous son vrai jour.Et elle avait conçu d\u2019affreux soupçons sur le vrai but que poursuivait lord Loris dans la maison de la comtesse de Cha-telux.Elle se proposait de les éclaircir et de prévenir Mildred.Malheureusement, les événements allaient se précipiter; car le cercle menaçant qui entourait la jeune fille se resserait de plus en plus.X Yvonne revenait tristement vers Nemours après son entretien avec Mildred.Elle réfléchissait aux dernières paroles de Mildred, à ces mots lancés en fuyant et qui, l\u2019ayant blessée au cœur, la faisaient songer à ces flèches dont les Parthes tuaient, tout en battant en retraite.\u2014 On n\u2019épouse pas un cambrioleur ! Cette phrase se répétait en elle comme le plus obsédant et le plus désolant des refrains.Qu\u2019avait voulu dire Mildred?Quelle faute irréparable avait donc commise Raymond?Brusquement, elle fut tirée de sa triste et mélancolique méditation.Un bruit assez semblable au rampement d\u2019une bête venait de se faire entendre dans le fourré, là, sur sa droite.Elle s\u2019arrêta.Elle écouta avec inquiétude.Elle était accoutumée depuis sa première enfance à toutes les rumeurs de la forêt; aussi, malgré les réflexions où elle était plongée, ce froissement de branches lui avait donné un sursaut.En même temps, il seto urnait Un rampement de bête?Oui, pour ceux qui n\u2019ont pas toujours vécu à proximité des bois.Mais un enfant des environs de Fontainebleau ne s\u2019y trompe pas.Ce n\u2019était pas la fuite d\u2019un animal sauvage.C\u2019était le glissement d\u2019un homme qui se cache.Et Yvonne Vertheuil, écoutant avec attention, murmura bientôt : \u2014 Us sont deux! Cette constatation redoubla sa surprise.Un seul, ce pouvait être Tan-crède qui l\u2019épierait elle-même ou Raymond qui se rapprocherait en tremblant des lieux où fréquentait Mildred.Mais deux! Qu\u2019était-ce?Des malfaiteurs, peut-être ?Beaucoup de jeunes filles, devant cette supposition des plus vraisemblables, n\u2019auraient songé qu\u2019à fuir.Mais Yvonne était la bravoure même et, quand il le fallait, elle était capable d\u2019affronter les pires dangers.Elle se glissa elle-même dans le taillis.Mais avec une habileté supérieure.Elle avait tellement joué aux cachettes dans les bois, pendant son enfance! Pour l\u2019oreille même la plus exercée le mouvement de mademoiselle Vertheuil ne faisait aucun bruit.Avec courage et adresse, elle se rapprocha des deux hommes.Ils marchaient lentement, essayant de ne point faire de bruit et de ne laisser aucune trace de leur passage.L\u2019un était de taille souple et élégante.L\u2019autre, plus lourd, jouissait d\u2019une force peu commune.Un instant, ils se retournèrent à demi pour échanger quelques mots.Elle vit les deux profils.Et elle murmura: \u2014 Je ne les connais pas .Sont-ils venus pour faire un mauvais coup?Dans ce cas à qui en veulent-ils?Elle ajouta avec une belle vaillance.\u2014 Puisque le hasard me met en présence de la préparation d\u2019un crime, j\u2019ai le devoir de savoir.Et cependant, malgré cette pi\u2019éoccupation nouvelle, elle pensait encore aux paroles de Mildred.Elle ne pouvait s\u2019empêcher de murmurêr : \u2014 Raymond, un cambrioleur?Non, non, c\u2019est impossible.Mais bientôt oubliant ce qui la concernait, elle fut tout entière au désir de voir et d\u2019entendre.Car les deux hommes venaient de s\u2019arrêter à peu de distance du château.Et ils faisaient des gestes démonstratifs.Parlaient-ils?C\u2019était probable.Mais leurs voix mêlées au mouvement des feuilles ne parvenaient pas à Yvonne trop éloignée d\u2019eux.Alors elle reprit sa marche avec des précautions plus grandes et plus minutieuses.Elle réussit à arriver à quelques mètres des deux inconnus sans qu\u2019aucun bruit eût attiré leur attention.Yvonne retenait sa respiration.Il lui semblait que ces deux hommes devaient être prêts à tout et qu\u2019ils tueraient sans hésitation pour conserver leur secret.Et elle n\u2019avait pas d\u2019arme.Nul moyen de défense si elle était découverte.Le château était loin, bien au delà de la portée de la voix.\u2014 S\u2019ils m\u2019aperçoivent, je n\u2019ai de chance de salut que dans la rapidité de mes jambes et ma connaissance du pays.\u201cMais il ne faut pas qu\u2019ils se doutent de ma présence.\u201cAutrement, ils changeraient le plan que je vais surprendre et réussiraient peut-être dans leur projet, qui ne peut être que criminel.Bientôt, elle chassa toutes ses réflexions.Car les deux inconnus parlaient.Maintenant leurs paroles arrivaient parfaitement distinctes à la jeune fille.Et elle les gravait dans sa mémoire fidèle.Celui que distinguait une élégance canaille disait à son vulgaire, lourd et solide compagnon : \u2014 Le voilà donc ce château du Plessis-la-Grange, où la poulette croit être à l\u2019abri de tout danger.\u2014 Oui.Elle pense y être en sûreté et cependant le loup est dans la bergerie.\u2014 Mais le loup ne sait pas non plus quels bons molosses suivent sa chasse, quels habiles et décidés lévriers lui enlèveront son gibier! \u201cNous le lui enlèverons sous son nez et si ce lord anglais n\u2019était si soigneusement rasé, je dirais à sa barbe.Ainsi peu à peu, comme des flambeaux qui s\u2019allument dans la nuit, mais que le vent agite rendant leur lumière douteuse, les paroles des malandrins éclairaient la situation aux yeux de l\u2019attentive et pensive Yvonne.Elle devinait qu\u2019il était question de Mildred et du noble lord auquel la comtesse de Chatelux avait offert l\u2019hospitalité.Elle voyait que la bien-aimée de son frère était entourée de dangers multiples et mystérieux.L\u2019Américaine était le centre, la proie probable de deux intrigues abominables, qui se croisaient et s\u2019enchevêtraient.Cet homme qui, tout à l\u2019heure, parlait de son amour avec une éloquence enflammée et d\u2019apparence si sincère, avait quelque formidable et ténébreuse intention.Malgré le dégoût qui envahissait mademoiselle Vertheuil comme une marée, il fallait qu\u2019elle entendit davantage, afin qu\u2019elle pût avertir efficacement les intéressés, afin qu\u2019elle pût les aider à lutter avec quelque chance de salut.Cependant le plus vulgaire des deux interlocuteurs\u2014Yvonne pensait déjà les deux complices\u2014reprenait : \u2014 Le succès me paraît certain à condition d\u2019agir vite.\u2014 Vite vite! faisait l\u2019autre en haussant les épaules, c\u2019est vite dit.\u201cFaudra voir d\u2019abord ; tu es toujours pressé, Coup-de-Tam-pon.Ce n\u2019est pas le meilleur moyen de réussir.\u2014 Coup-de\u2014Tampon, songeait Yvonne étonnée, c\u2019est sans doute le surnom de cet homme massif et puissant.\u201cU a bien l\u2019air, en effet, d\u2019une machine qui, sous l\u2019impulsion de de l\u2019autre, va frapper directement, brutalement, aveuglément.Nos lecteurs savent que le surnom de l\u2019ancien employé des postes avait un sens plus paisible et plus professionnel.Celui que son partenaire venait d\u2019appeler de ce pseudonyme qui paraissait si violent à la sœur de Raymond, répondit avec un haussement d\u2019épaules un peu agacé : \u2014 Mon cher Gri-Gri, j\u2019ai l\u2019habitude de m\u2019en remettre à ton habileté supérieure.Mais, vraiment, depuis quelque temps, tu me parais plus hésitant qu\u2019il ne conviendrait.\u2014 Et toi, tu me semblés bien pressé, et bien étourdi.\u2014 Nos préparatifs ne sont-ils pas faits?.Notre automobile est admirable.Et toi, tu es le Skç&cmedi 16 plus habile des chauffeurs.Car c\u2019est pas pour te faire un compliment, mais quand tu as le volant en main, tu ne connais plus ces hésitations que je te reproche.\u201cAlors la rapidité de ton coup d\u2019œil, l\u2019instantanéité de tes décisions sont aussi merveilleuses que ton sang-froid.\u2014 Oui, je suis un bon chauffeur, fit le beau vicomte, très flatté.Mais nous n\u2019en sommes pas là.\u2014 Où en sommes-nous?\u2014 Il faut d\u2019abord tenir la poulette.\u2014 C\u2019est un jeu d\u2019enfants.\u2014 Tu crois ?Tu en es bien sûr?Et d\u2019abord, comment t\u2019y prendrais-tu pour l\u2019enlever?\u2014 Je ne sais pas.\u2014 Tu vois bien.\u2014 Mais à la première occasion.\u2014 Voilà le hic! Il faut attendre une occasion.\u2014 Ou la faire naître.\u2014 Tu as raison.Mais pour connaître l\u2019occasion qui se présentera d\u2019elle-même, ou pour la provoquer de façon convenable, il faut d\u2019abord étudier les habitudes de la jeune Mildred.\u2014 Pourquoi?\u2014 Tu n\u2019as pas la prétention d\u2019aller l\u2019enlever à nous deux \u2014 ou même à nous trois, si la môme Chichi veut être de l\u2019expédition\u2014 au milieu de cette sorte de château fort.\u2014 Château fort, c\u2019est une façon de parler.\u2014 Sans doute.Mais il y a peut-être vingt domestiques au Plessis-la-Grange.C\u2019est une garnison un peu trop forte pour que nous donnions l\u2019assaut.\u2014 Evidemment, il vaut mieux surprendre la donzelle dans une de ses promenades.Dans les pays de forêt, on se promène.\u2014 Précisément.Mais il faut connaître ses heures de promenade et la direction ordinaire de ses courses, afin d\u2019opérer à coup sûr.Les deux hommes avaient parlé jusqu\u2019ici tout en marchant à petits pas.Mais à ce moment Gri-Gri s\u2019arrêta, étendit sur le gazon une excellente carte routière et VOTRE ASTHME AUSSI.\u2014 L\u2019effica-cité du remède pour l\u2019asthme du Dr J.D.Kellogg n\u2019est pas seulement quelque chose que Ton doit espérer mais attendre.Il manque rarement d\u2019apporter du soulagement et dans votre cas individuel, il fera la même .hose.Les succès de ce remède renommé au loin ont été universels à ce point que tout affligé de ee mal ee doit de l\u2019essayer.les complices, se couchant sur le ventre, se mirent à l\u2019étudier.Yvonne Vertheuil ne parvenait pas, malgré son attention extrêmement soutenue, à suivre leurs calculs et leurs raisonnements.Car la plupart des indications étaient données par un doigt posé sur un point ou par un geste désignant une route.Les mots qui accompagnaient ces gestes étaient trop rares et trop vagues, pour apporter une clarté et offrir un intérêt pratique.\u2014 C\u2019est admirable ! s\u2019écria enfin Coup-de-Tampon.Tout est prévu.Il suffit que la poulette s\u2019éloigne un peu du colombier dans n\u2019importe quelle direction.Et qu\u2019on le sache d\u2019avance.\u2014 On le saura vite, affirma Gri-Gri.\u201cDans cette vie monotone de la province, les gens ont des habitudes fixes.\u201cElle doit sortir tous les jours à la même heure, aller au même endroit par le même chemin, en lisant le même livre.\u2014-Une bible anglaise, sans doute?\u2014 Nous le saurons bientôt et dans deux ou trois jours, un enlèvement fera du bruit dans le pays.\u2014 Trop de bruit, peut-être, s\u2019inquiéta Coup-de-Tampon.\u2014 Allons donc! Une jeune fille de son âge et jolie comme elle est, on sait bien que ça se fait enlever volontiers.D\u2019ailleurs, c\u2019est une étrangère.On est tout disposé à la juger défavorablement.On en parlera beaucoup mais en riant : \u201cEnvolée, dira-t-on, la jolie colombe,\u201d et on ne se préoccupera plus de son sort.\u2014 Tu as raison.\u2014 Et plus d\u2019une sainte-nitou-che sera jalouse de la belle Mildred.Les deux inconnus parlaient avec calme et lenteur, en riant souvent.Ils étaient toujours mollement allongés sur l\u2019herbe fine et épaisse.Coup-de-Tampon demanda: \u2014 Et quand on la tiendra, la poule aux œufs d\u2019or, es-tu enfin fixé sur ce qu\u2019on en fera?\u2014 On la fera pondre, répliqua Gri-Gri dans un rire grimaçant.Mais le mari de Fédora objecta en riant grassement: \u2014 C\u2019est plutôt au coq qu\u2019on fera pondre les œufs d\u2019or.\u2014 C\u2019est à étudier; ça dépendra des circonstances.Et après un moment de réflexion, il ajouta en riant: \u2014 Peut-être qu\u2019elle me gobera.Et, ma foi, si elle en tient pour ma fiole, je suis capable de la mener devant monsieur le maire, et même devant le pasteur, ou devant le curé.\u2014 Quelques millions valent bien une messe! \u2014 Tu parles, mon vieux! \u2014 Mais si elle a mauvais goût, si elle ne veut pas de ta poire, il sera plus avantageux de traiter avec elle et de lui vendre notre secret, son secret.\u2014 Plus avantageux, oui, mais si long!.Ce lord est un terrible adversaire.Nous pourrions même être vaincus.\u2014 Non pas.Nous avons contre lui des armes trop puissantes.\u2014 Oui, mais je voudrais bien en finir avec toutes ces histoires.Le plus sûr et le plus court sera de la vendre au noble seigneur.Le reste fera son affaire.\u2014 Entendu.On la lui vendra.\u2014 Oui.Mais combien?Voilà la question.Coup-de-Tampon eut un rire grimaçant qui perça Yvonne jusqu\u2019aux moelles.Et, à la question de Gri-Gri \u201cmais combien?\u201d il répliqua: \u2014 Depuis Judas, le prix est fait.Trente deniers.Le faux vicomte éclata de rire : \u2014 Et, demanda-t-il, combien que ça vaut, le denier?\u2014 A Jérusalem, autrefois, ça ne valait pas grand\u2019chose.\u2014 Et à Paris, aujourd\u2019hui?\u2014 Dame, je compte sur toi pour que le change soit avantageux.Sur ce mot qui les combla de joie et de gaîté, les deux misérables se levèrent, plièrent la carte et s\u2019éloignèrent en continuant leur édifiante conversation.Mademoiselle Vertheuil les suivit.Elle aurait voulu savoir où se trouvait leur quartier général.Mais une automobile les attendait sur la route qui les emporta à toute vitesse.Quand Yvonne eut perdu de vue l'automobile des deux malandrins, elle reprit vivement le chemin du château.N\u2019était-il pas urgent de prévenir Mildred?Elle passa sur l\u2019ancien pont-levis toujours baissé maintenant et qu\u2019envahissaient les herbes folles.Elle sonna à la lourde porte.Montréal, 23 juillet 1932 Le concierge, qui habitait un petit pavillon à proximité, ouvrit immédiatement.Tout le monde connaissait et aimait Yvonne dans le pays.\u2014 Bonjour, mademoiselle Vertheuil, fit la concierge.Comment allez-vous ?Et monsieur Raymond?et madame votre mère?La brave femme multipliait les questions, sans laisser à Yvonne le temps d\u2019y répondre.Mais, quoiqu\u2019elle fût peu observatrice, elle remarqua enfin la pâleur et l\u2019essoufflement de la visiteuse.Et aussitôt: \u2014 Mais qu\u2019avez-vous, mademoiselle Yvonne?Etes-vous malade ou vous arrive-t-il quelque chose, quelque malheur?Déjà, par sympathie, la bonne femme était aussi pâle que son interlocutrice.Celle-ci réussit à amener sur ses lèvres un sourire natùrel.Et elle répondit: \u2014 Rien de tout cela, madame Mirol, je suis pressée, voilà tout.\u2014 Ah! c\u2019est que je crois que madame la comtesse est en grande conférence avec lord Loris.Elle m\u2019a\u2019 dit comme ça: \u201cJe n\u2019y suis pour personne.\u201d \u2014 Ce n\u2019est pas la comtesse que je désire voir.\u2014 Et qui donc?Madame Mirol ajouta avec une taquinerie sans méchanceté : \u2014 Monsieur Tancrède, peut-être?\u2014 Non, malicieuse madame Mirol; je viens voir tout simplement miss Chapmann.\u2014 Alors, suivez-moi.La concierge conduisit Yvonne à travers la cour.Arrivée au corps de logis principal, elle tira trois fois sur une chaîne.Aussitôt, la délicieuse tête de Mildred parut à l\u2019une des fenêtres du troisième étage.Avant que l\u2019Américaine eût eu le temps de poser une question, la bavarde madame Mirol lui disait: \u2014 Miss Chapmann, c\u2019est mademoiselle Vertheuil qui désire vous voir.Mildred ne put retenir ce mot dépité : \u2014 Encore! Elle ajouta aussitôt: \u2014 C\u2019est bien, je descends.Et elle disparut.\u2014 Est-elle impertinente, cette Anglaise ! dit la concierge, outrée.Ça vient manger notre Montréal, 23 juillet 1932 &3amedl JE DORS TRÈS MAL LA NUIT w TU DEVRAIS ESSAYER LA^ jrronteriac **1E TEMPS DE CHANGER POUR DE IA
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