Le samedi, 1 mars 1934, samedi 10 mars 1934
[" Montréal, 10 mars 1934 y \\ * * ¦ ¦ notre feuilleton: L'ENFANT DU FANTOME HV1AGAZ1NE NATIONAL DES CANADIENS j* CAMPEMENT INDIEN A BANFF Photo Associated Screen News, Montréal ¦fTeMËMT flottant GENOU MECANIQUE NOUVEAU EN LIGNE 4 A A J \u2014année de progrès remarquables 1 JIjiIL dans l\u2019automobile \u2014 vous apporte un nouveau modèle Pontiac, de performance, de confort et de valeur extraordinaires ! Les caractéristiques éprouvées par le temps, et qui ont fait la renommée des Pontiac précédents, ont été conservées.De nouveaux raffinements importants ont été ajoutés .et bon nombre d\u2019entre eux ont été suggérés par des automobilistes canadiens qui ont généreusement collaboré avec la General Motors dans ses activités dites \u201cRecherche^ des Consommateurs\u201d.Tout d\u2019abord, les roues avant à \u201cGenou Mécanique\u201d\u2014caractéristique déjà fameuse \u2014vous donnent un Roulement Flottant.Pas de chocs ! Pas de secousses ! Pas de vibration ! Il va sans dire que l\u2019exclusive Ventilation Fisher Sans Courant d\u2019Air, préconisée l\u2019an dernier dans les Autos General Motors, a été retenue et donne plus de confort et de protection qu\u2019auparavant, car elle aussi a été améliorée.La sûreté est d\u2019ailleurs accrue par les nouveaux freins Bendix .un solide cadre du type KY à \u201cPoutres Emboîtées\u201d .et de nouveaux phares à rayons multiples.Le moteur Huit en Ligne du Pontiac a également reçu sa part de perfectionnements.Il est plus rapide, plus souple, plus puissant, plus économique .et grâce à sa suspension sur caoutchouc souple, il est presque sans vibration.Et puis, l\u2019augmentation dans l\u2019empattement, le poids de l\u2019auto, la dimension de la carrosserie et le diamètre des pneus contribuent tous à faire de cet auto, le plus spacieux et le plus confortable qui ait jamais porté la fameuse marque de la tête d\u2019Indien! Veuillez accepter l\u2019invitation que nous vous faisons de conduire et d\u2019essayer le Pontiac, l\u2019auto qui aplanit toutes les routes.Commencez la nouvelle année comme il faut ! Laissez le Pontiac vous montrer le moyen d\u2019atteindre une sorte tout à fait nouvelle d\u2019automobilisme satisfaisant et agréable à bas prix.HMftlüïMi] EPOS C PRES mm PLUS SOUPLE .Moteur 8 en Ligne amélioré et plus puissant, 10% plus économique .Nouvelles Roues Avant à Genou Mécanique .Démarrage Plus Facile .Montage caoutchouté du moteur.PLUS SUR .Nouveaux Freins Bendix .Cadre K-Y plus solide à \u201cPoutres Emboîtées\u201d .Phares à Rayons Multiples .Carrosseries Fisher Plus Fortes.PjLUS CONFORTABLE .Ventilation Fisher Sans Courant d'Air Améliorée .Carrosseries Fisher Plus Spacieuses sur Plus Long Empattement .Plus Gros Pneus.PLUS COMMODE .Le Gaselector adapte l\u2019auto à toute qualité de gazoline .Contrôle de Démarrage par la Pédale d\u2019Aecélération .Avertisseur du type de \u201cSifflet Electrique\".MEILLEURE APPARENCE .Nouveau Dessin Elégant du type aérodynamique.25e Anniversaire de la General Motors Cditorial 10 mars 1934 S& Samedi La raison cT Amour IL Y A bien longtemps vivait un puissant prince qui plaçait l'amour au premier rang de tous les biens, chose qui prouvait sa grande sagesse: en conséquence il avait décrété que cous ses sujets devaient être amoureux afin d\u2019être heureux.Comme de toutes les lois celles du coeur sont toujours les plus agréables à suivre, chacun fit de son mieux pour se montrer obéissant, et le bonheur sembla planer en effet sur le royaume du grand prince.Si général en apparence que soit un état de choses on y trouve toujours quelques exceptions et, dans la circonstance, elles furent constituées par cinq ou six indifférents qui détonnaient comme autant de fausses notes dans l'harmonie commune.Le prince les fit venir et leur demanda les raisons de leur froideur sentimentale.\u2014 C\u2019est, répondirent-ils.que nous n'avons pas encore trouvé notre idéal! \u2014 Ah! fit le prince, un peu étonné, mais cet idéal doit pouvoir se préciser: quel est-il?\u2014 Pour moi.dit le premier, je cherche la beauté la plus parfaite.\u2014 Moi.dit le deuxième, c\u2019est l\u2019intelligence qui m'attire: je n\u2019aimerai qu\u2019une femme supérieure à toutes les autres sous ce rapport.-\u2014 L'intelligence et la beauté ne représentent pas l'idéal pour moi.dit le troisième: je veux la bonté si grande qu\u2019elle touche même à l\u2019excès.\u2014 Moi.je demande la gaîté, dit le quatrième: je ne donnerai mon amour qu'à celle qui se sentira capable d\u2019entretenir une joie continuelle dans ma maison et dans ma vie.-\u2014 Moi.dit le dernier, ce que je demande à l'idéal c\u2019est l\u2019ardeur et la passion: à cette seule condition je prendrai feu moi-même.Le grand prince se gratta le bout du nez d\u2019un air tout perplexe.\u2014 Voilà qui est déconcertant, dit-il.car j\u2019espérais pouvoir faire le bonheur d'un d\u2019entre vous en lui donnant une amoureuse à épouser, mais elle est laide comme les sept péchés capitaux ensemble .\u2014 Je n'en veux pas, dit le premier en se sauvant.\u2014 Et puis elle est bête à étonner même une oie .\u2014 Je ne veux même pas la regarder un seul instant! clama le deuxième.\u2014 De plus elle a un caractère à lasser la patience d\u2019une statue .\u2014 J\u2019aimerais mieux épouser une tigresse! murmura le troisième.\u2014 Et puis elle est toujours triste comme une porte de prison .\u2014 Merci pour moi.il me faut autre chose, dit le quatrième.\u2014 Enfin, elle est froide comme un glaçon.\u2014 Qu\u2019elle aille se faire fondre ailleurs! vociféra le dernier: ce n'est pas une femme, c'est un épouvantail.\u2014 C\u2019est ma fille, dit le prince, et par conséquent la princesse héritière de mon trône.\u2014 C\u2019est mon idéal! clamèrent ensemble chacun des cinq indifférents, devenue subitement amoureux.Le prince trouva que cette déclaration tardive manquait de sincérité et décida d'en punir ses auteurs.Il leur fit, pour cela, simplement voir sa fille qui était aussi belle que bonne, intelligente que gaie, et dont les grands yeux brillaient d\u2019une flamme séductrice qui n'avait rien des pâles reflets d\u2019un simple glaçon.\u2014\u2014 Vous êtes des égoïstes en même temps que des sots! dit-il aux cinq bonshommes pas mal décontenancés: vous ne cherchez dans une femme qu une seule qualité sans vous demander si elle peut avoir des défauts en compensation.Vous tenez à cette qualité jusqu'à la vouloir excessive mais c\u2019est dans un but intéressé: l'un demande la beauté par vanité, l\u2019autre l'esprit par besoin, n'en ayant pas lui-même: un troisième réclame la bonté parce que ses fredaines veulent de l\u2019indulgence, et ainsi des autres.En vous pro- i « *1 ¦ k posant les défauts contraires, j'ai simplement voulu mettre en relief votre égoïsme qui s'est effarouché.Toutefois la perspective de la richesse a vite fait disparaître à vos yeux tous ces défauts et.par cupidité, vous étiez prêts à en accepter l\u2019ensemble.Vous ne serez jamais des amoureux .Cette petite histoire est de tous les temps et non pas seulement de l'époque d'un prince imaginaire, elle est donc de la nôtre aussi, seulement Les Publications Poirier, Bessette Cie, Ltée Directeur de la rédaction : Jean Chauvin 975, Rue de Bullion, Montreal, Can.Tel.: LAncaster 5819\u20146002 Entered, of the Pont Office of S.Albans, Vt., as second class matter under Act of March 1879 - ABONNEMENT - Canada\tEtats-Unis et Europe Un an - - $3.50\tUn an - - - - - $5.00 Six mois - - - - - 2.00\tSix mois - - - - - 2.50 Trois mois.1.00 Trois mois.1.25 Heures de bureau: 9 h.a.m.à 5 h.p.m.Le samedi, 9 h.à midi AVIS AUX ABONNES \u2014 Les abonnés changeant de localité sont priés de nous donner un avis de huit jours, l\u2019empaquetage de nos sacs de malle commençant 5 Jours avant leur expédition.ceux qui donnent à l'idéal une valeur monnayée sont un peu plus de cinq .Ceux qui aiment par intérêt sont fort nombreux; ceux qui aiment par égoïsme le sont peut-être davantage encore, et c\u2019est en ce dernier cas que le problème de l\u2019amour devient particulièrement troublant.Avoir de l\u2019égoïsme c\u2019est ramener tout à soi, mais aimer d'amour n'cst-ce pas vouloir uniquement pour soi celle qu'on aime?On blâme, et non sans raison, l\u2019homme qui épouse une fille riche, laide et bête \u2014 les trois choses vont quelquefois ensemble \u2014 et ne l'aime pas du tout: il épouse une liasse de billets de banque ou bien une situation avantageuse, rien de plus.Il ne se croit, en conséquence, lié par aucun contrat moral et continuera de faire une multitude de fredaines qui dégénèrent même souvent en ce qu'on appelle une véritable \u201cvie de patachon\u2019\u2019.Ce n\u2019est pas très reluisant mais ça date déjà de longtemps.Ceux qui aiment par pure vanité ne sont pas rares non plus; ce sont des sots que l'on n'a souvent pas le courage de blâmer parce qu\u2019ils s'illusionnent eux-mêmes: ils sont très fiers d'être vus avec une femme élégante et belle, ils en sentent le reflet sur eux-mêmes et ils s'imaginent naïvement qu\u2019on reporte sur eux un peu de l\u2019admiration.De fait, on les envie, et ils s\u2019en aperçoivent bien: ils en éprouvent de la reconnaissance pour celle qui leur vaut cette considération et ils prennent ça pour de l\u2019amour.Ce n\u2019est, je le répète, que de la vanité mais avec le bénéfice de circonstances atténuantes.Il y en a aussi qui aiment par paresse ou, si l\u2019on trouve le mot trop fort, par indolence: ce sont ces éternels fatigués qui ont toujours l\u2019air d\u2019être venus au monde un jour de congé parce qu\u2019ils n\u2019ont jamais été partisans des petits efforts et à plus forte raison des grands.Il leur faut, à ceux-ci, une vie toute faite, bien réglée, sans tracas ni secousses et ils la trouvent, cette vie-là, avec une bonne fille qui leur évitera le plus possible de soucis, allant presque jusqu'à se donner la peine de penser pour eux.Ils se trouveront ainsi très heureux et leur compagne ne sera d\u2019ailleurs pas malheureuse non plus: les gens qui les connaissent appelleront ça de l'amour et l'indolent bénéficiaire de cette vie molle sera le premier à y croire.Encore une douce illusion qu'il serait toutefois cruel de lui enlever puisqu'il y trouve l\u2019image du bonheur.Il y a ceux qui aiment par habitude: c'est étrange peut-être, mais surtout en ce que cette habitude ne semble pas du tout en être une.Deux êtres se sont unis, sans savoir au juste pourquoi: peut-être parce que cela plaisait à leur famille ou bien qu\u2019il y avait un peu d'électricité dans l'air le jour de leur première rencontre.Enfin, la chose s'est faite, et ils ne l'ont pas plus regrettée qu'ils ne l\u2019avaient sans doute désirée: ceux-là aussi trouvent que tout va bien dans ce qui n\u2019est pourtant pas le meilleur des mondes, et ils ne demandent qu\u2019une chose: que cela dure.Pourtant ils ne connaissent pas et n'ont jamais connu le grand amour .Au fait, l amour .qu\u2019est-ce au juste?Il est bien dommage que tous les progrès de la chimie ne nous permettent pas encore de l'analyser pour nous donner des certitudes à cet égard.Ou plutôt.c\u2019est mieux ainsi: son principal élément est quelque chose de trop subtil pour être capté à l\u2019analyse et il ne resterait guère, au fond du creuset que de simples poussières terrestres.Les mêmes que l'on retrouverait dans bien des petits défauts pour les meilleurs d\u2019entre nous et des gros vices pour les autres .Fernand de Verneuil 4 3&$amedi 10 mars 1934 PENDANT que son père, le vieux cantonnier, dormait.Céleste, que le sommeil fuyait, descendit les escaliers, gagna la porte qui donnait sur le jardin et ouvrit.La clarté lunaire, tombant en nappes blanches, douces, caressantes, venait mollement jusqu'à terre baigner les choses.Sous cette lumière de féerie, le jardin et, plus loin, la campagne s\u2019éclairaient comme des décors de rêve, comme de merveilleux paysages de contes et de légendes.Céleste, un moment surprise par la beauté sereine du spectacle, descendit les quelques marches qui menaient au jardin, et, marchant sur l'herbe tout humide de la rosée nocturne, tête basse, elle réfléchit tristement.Quelques mois plus tôt elle ne fût pas restée insensible aux charmes de cette belle nuit.C\u2019est qu'elle avait l'espérance au coeur alors! Et l\u2019espérance met de la joie partout.Maintenant! .Oh! maintenant elle souffrait! .Jacques Truchet, son voisin, son ami d'enfance, auquel elle avait donné son amour et qui l\u2019avait aimée, lui aussi.promettant de l'épouser plus tard, se détachait d'elle depuis que la coquette Laurence Michot était revenue de la ville .Et Céleste soupirait: \u2014 Oui.oui.je lui plaisais bien avant, et j\u2019aurais été si heureuse de vivre avec lui toujours! .Mais c\u2019est Laurence qu\u2019il aime aujourd\u2019hui! .Pourtant, trouvera-t-il le bonheur auprès d\u2019elle?.Elle ne lui rend pas son amour! .N\u2019a-t-elle pas dit qu\u2019elle ne l'épouserait qu'à cause de son argent?.Il est riche, en effet, Jacques .Mais moi.ce n\u2019est pas pour sa richesse que je l'aime! En songeant ainsi.Céleste regardait de l\u2019autre côté du mur une maison qui se dressait comme argenté sous la lune.C'était là qu'habitait celui qu\u2019elle aimait.Que de fois, par-dessus ce mur séparant les jardins, ils avaient échangé de doux propos! Des larmes vinrent aux yeux de Céleste à cette pensée.Tout à coup un frisson la secoua.En même temps, elle se jeta vivement derrière le tronc d'un gros pommier.Voici qu'elle apercevait, rôdant près de la maison voisine, une ombre qui n\u2019était certainement pas celle de Jacques.Alors?.L\u2019ombre s\u2019approcha prudemment du mur du jardin, qu\u2019elle longea, gagnant la campagne.Céleste reconnut à ce moment, dans cette silhouette fuyante, un LA FORTUNE DE c ¦ ¦ m Le jeune homme se perdait en d\u2019amères pensées; il songeait que le rêve qu\u2019il avait fait d\u2019épouser Laurence était brisé à jamais! . 10 mars 1934 Skfikmedi JACQUES cPat PAUL ROUGET vagabond qui passait parfois dans le pays, vivant d'aumônes et de rapines, et qu'on appelait \u201cle Mal-Dressé\u201d, à cause de ses jambes tordues, de son dos voûté.Et la jeune fille se demanda ce que le Mal-Dressé pouvait faire là à pareille heure.A l\u2019extrémité des jardins, attenante aux murs, était une cahute en ruines dont le toit s'était en partie effondré, et dont la porte à claire-voie n\u2019avait pas dû être poussée depuis des années.Des ronces croissaient tout autour.Les chauves-souris logeaient à l\u2019intérieur, parmi les éboulis.Le vagabond se dirigeait vers cette cahute, non sans avoir porté de côté et d'autre ses regards, pour s\u2019assurer que personne ne le voyait.Céleste ne perdait aucun de ses mouvements, éclairé qu\u2019il était par la pleine clarté lunaire.Il poussa la porte de la cahute, resta un instant à l\u2019intérieur, puis ressortit.Et, alors, petit, cassé, sinistre, il s\u2019éloigna à travers les champs, aussi rapidement qu\u2019il le pouvait.II Le lendemain, une voisine pénétrait chez Céleste et tout de suite s'exclamait: \u2014 Tu connais la nouvelle?\u2014 Quelle nouvelle?\u2014 Eh bien! celle qui court dans le pays depuis ce matin! .Comment! tu ne sais pas?.Pourtant, c\u2019est toi qui aurais dû être au courant la première! \u2014 Quoi donc, enfin?La jeune fille, intriguée, levait la tête.\u2014 Eh bien! paraîtrait qu\u2019on a volé Jacques Truchet cette nuit! \u2014 On a volé Jacques?.\u2014 Oui.Il était parti à la ville, rapport aux papiers de son mariage .Il n\u2019a pu revenir hier.Et, en rentrant ce matin, il a trouvé sa porte forcée et aussi son armoire .On a pris tout ce qu\u2019il y avait, l'argent, les papiers, toute sa fortune, quoi! .Tu devines son désespoir! .La gendarmerie est prévenue .Mais celui qui a fait le coup sera-t-il retrouvé?Céleste demeurait muette de saisissement, tandis que l\u2019autre continuait: \u2014 On n\u2019ose pas dire que c\u2019est bien fait, mais tu sais, ici, il y en a plus d'un qui le pense! .Car, enfin, chacun sait que tu aimes Jacques.qu\u2019il t\u2019avait promis le maria- ge et qu\u2019il s\u2019est dédit .Et ça, c est vilain! .Céleste dit simplement: \u2014 Il était libre! \u2014 Oh! je n\u2019ignore pas que tu es bonne et que tu as pardonné! N'importe! c'est mal, c\u2019est très mal, ce qu'il a fait! .Mais le voilà puni ! \u2014 Le pauvre garçon! \u2014 \u201cPauvre garçon\u2019\u2019 tant que tu voudras! .Mais si le voleur n\u2019est pas retrouvé avec l'argent et les valeurs, pas de mariage! .Voilà ce qu\u2019on raconte! \u2014 Que dis-tu?\u2014 Je dis que la Laurence, cette pimbêche qui fait la grande dame parce qu\u2019elle a habité la ville, ne voudra plus de son amoureux.Oh! elle ne s\u2019est pas gênée pour le répéter ce matin à tout venant! .Pour être franche, elle est franche, y a pas à le nier .\u201cSi Jacques n\u2019a plus rien, moi, je ne nie marie pas!\u201d \u2014 Et Jacques sait cela?\u2014 Bien sûr qu'il le sait! .Mais les hommes, ma pauvre enfant, c\u2019est si drôle!.Enfin, n\u2019empêche que la Laurence lui signifiera son congé! .Alors, comme tu l\u2019aimes toujours, toi.et qu'il s\u2019en doute bien, va! il te reviendra sans doute.La jeune fille eut un sourire triste.Etait-ce vrai ce qu\u2019on lui racontait?Elle s\u2019était assise, ne parlant plus.Et, soudain, une pensée surgit dans sa tête.Le voleur! .Mais elle le connaissait! .Nulle hésitation possible! .C\u2019était le Mal-Dressé, le vagabond qu\u2019elle avait vu, la nuit même, rôder autour de la maison de Jacques! Sa culpabilité ne faisait pas de doute.S'il était entré dans la cahute abandonnée, ce ne pouvait être que pour cacher ce qu'il avait volé, l\u2019argent, le paquet de valeurs difficiles à négocier à présent, et qu'il retrouverait là plus tard, lorsque l'émotion produite dans le pays serait calmée.Le Mal-Dressé savait bien qu\u2019il serait un des premiers soupçonnés par les gendarmes.Donc, il fallait qu'on ne trouvât rien sur lui, pas même une pièce d'argent.Les poches retournées, il dirait: \"Moi.grand Dieu! avoir commis un vol?Mais regardez donc! .Rien de rien! .J\u2019ai seulement pas de quoi m'acheter un quignon de pain .Et il n'irait pas à la cahute tant qu\u2019il se sentirait surveillé.Ainsi pensait Céleste.(Suite à la page 38 ) Tiens, Jacques, s'écria-t-elle enfin, je t'apporte ceci! .\" 6 ^Samedi 10 mars 1931 L\u2019jlctualité à cü=ra vers le Canada M.OLIVAR ASSELIN FONDE UN JOURNAL: L\u2019ORDRE, QUOTIDIEN DU MATIN \u201cUn ordre imparfait vaut mieux que le désordre.\u201d Il y a quelques semaines, les journaux ont annoncé la fondation, par M.Olivar Asselin, d'un nouveau quotidien du matin: L\u2019Ordre.Cette nouvelle créa une grande sensation dans le monde journalistique, car on savait M.Asselin capable de mener à bien une entreprise aussi difficile.En certains milieux, il y eut quelque inquiétude .Polémiste vigoureux, semeur d idées et animateur, M.Asselin ne se déciderait sans doute pas à fonder un journal pour y réciter des fadaises et des compliments .Ayant toujours travaillé à détruire pour mieux construire, M.Asselin, libre et maître chez lui, monterait, avec sa fougue coutumière, à l\u2019assaut de toutes les institutions que l\u2019on rend responsables de la crise actuelle .Voilà ce que l\u2019on disait et bien d'autres choses encore.Mais M.Asselin avait intitulé son journal: L\u2019Ordre, ce qui détruisait beaucoup de suppositions malveillantes.Pour les lecteurs du Samedi, M.Olivar Asselin consent à donner quelques détails sur son journal dont le premier numéro paraîtra le 10 mars prochain.\u2014 L\u2019Ordre, nous dit-il, apporte dans notre journalisme une formule nouvelle.Et même il ne ressemblera à aucun journal étranger, sauf peut-être, mais en beaucoup plus petit, à Je Suis Partout.J'ai beaucoup d'admiration pour Pierre Gaxotte, qui est le modèle des journalistes politiques.Je Suis Partout, malgré son nom bar-numesque, n\u2019a d'équivalent ni en France, ni ailleurs, pour son information exacte et variée.\u2014 Mais, demandons-nous, L\u2019Ordre sera-t-il un journal de combat?M.Asselin sourit.Notre question semble évidemment naïve à ce lutteur incorrigible.\u2014 Certainement.Mon journal fera la guerre, en dépit de son nom qui est plutôt modérateur, si l\u2019on peut dire.Il fera la guerre au crétinisme, sous toutes ses formes, dans tous les domaines.Journal d\u2019idées et d'opinions, L\u2019Ordre combattra les idées de désordre que répandent dans le public quelques exploiteurs.C'est dire que nous serons conservateurs, dans le sens exact du terme, et non dans le sens qu\u2019on lui donne ici en politique.Sa devise: \u201cUn ordre imparfait vaut mieux que le désordre\u2019\u2019, donnera le ton à nos écrits.Mais libres nous sommes et nous entendons parler librement, n\u2019ayant pour critériums que notre sincérité et notre loyauté.\u201cNotre politique est donc une politique de discipline, c\u2019est-à-dire celle qui veut rappeler aux esprits desaxés le respect de la justice et du droit.Comme Canadien-Français, je veux combattre les prétendus principes de cette lubie que l\u2019on appelle le communisme: comme Canadien tout court, j'apporterai, avec toute la vigueur dont je suis capable, la doctrine d\u2019un nationalisme dont je me nourris depuis un quart de siècle.Notre pays doit renvoyer aux vieilles lunes les illusions d'un loyalisme prêché par un ramassis de farceurs .\u2014 On dit que plusieurs de vos collaborateurs viennent du Canada?\u2014 C'est exact.L\u2019Ordre ne publiant pas les nouvelles, ne contiendra que des articles inédits ou reproduits.Les sept rédacteurs se partageront la besogne.La plupart sont des jeunes qui ont déjà fait leur preuve.\u2014 Et quelles seront les rubriques de L'Ordre?\u2014 La première page ne contiendra que de l'inédit: articles politiques, littéraires et autres.En deuxième page, au rez-de-cbaussée.une revue quotidienne de la presse: puis pour le reste, les opinions du lecteur, des reproductions de revues ou journaux français.De même dans la troisième page, où l'on trouvera en plus des commentaires inédits sur les arts, les événements sportifs et autres.Enfin, en quatrième page, quelques articles de nos collaborateurs et des citations M.OLIVAR ASSELIN mKm d'une valeur surtout documentaire.Nos lecteurs auront ainsi quatre heures de lecture.\u201cQuant à la publicité, elle se bornera aux cartes professionnelles ou commerciales.Nous n'accepterons pas les grands placards.\u201cL\u2019aspect physique de L'Ordre différera aussi de celui des autres quotidiens.Les pages seront d'un grand format, avec 6 colonnes de 2)4 pouces, afin d\u2019en rendre la lecture plus facile.\u2019\u2019 M.Asselin est très enthousiaste.La fondation de L'Ordre est la réalisation d'un rêve qu\u2019il faisait depuis longtemps.\tR.P.¦ ¦ ¦ LE TIRAGE D\u2019UNE OEUVRE D'ART Le 6 mars prochain, au salon York de l'hôtel Windsor, le docteur Jean Saucier donnera, sous les auspices de l\u2019Alliance Arts et Lettres, une cau- serie intitulée: Aspects cliniques du génie de Schumann.Cette soirée sera sous la présidence d'honneur du docteur Albert Lesage.Le programme musical comprendra plusieurs pièces de Schumann interprétées par Mlle Germaine Malépart, une de nos meilleures pianistes canadiennes.Il y aura en plus chants et récitations.C'est à cette occasion que se fera le tirage du superbe tableau : La Maison Drouin, à l lie d'Orléans, oeuvre de l'artiste bien connu Georges Delfosse.Les billets, mis en vente il y a quelques mois, ont été rapidement enlevés.Il nên reste plus que quelques-uns que les amateurs d'art devront se procurer au plus tôt.Les conférenciers de la fin de la saison 1933-34 seront, en avril, M.Ernest Schenck, et en mai, M.le docteur Philippe Panneton.¦ ¦ ¦ UN BAL DE L'OPERA, A MONTREAL C'est un signe des temps que la danse connaisse cette année auprès du public de Montréal une si grande faveur! Après le succès de Serge Lifar.c'est le danseur hindou Shan-Kar qui reçoit un triomphe tel que peu d\u2019artistes en ont eu depuis de longues années.Il semble que la danse soit la meilleure façon qu'ait les peuples d\u2019oublier les mauvais jours.On dansait en France après la terreur, on y danse encore par les rues au quatorze juillet.Et nulle fête n\u2019est plus brillante, plus courue du tout-Paris mondain que le bal de l\u2019Opéra consacré par toute une tradition de rire et de frivolité.Quelle plus belle façon de terminer cette première saison de 1934 que par un grand gala de la danse.Pourquoi n\u2019aurions-nous pas à notre tour et pour la première fois notre bal de l'Opéra?Puisque Montréal applaudit les danseurs, c'est que Montréal veut célébrer par la danse ce qu elle exprime d\u2019optimisme et de confiance en la vie.Combien plus qu\u2019un simple spectacle un bal où les spectateurs de tantôt deviendront les acteurs de demain conviendrait-il pour fêter le retour d'une prospérité que tous maintenant croient prochaine?C'est ce qu\u2019ont pensé les directeurs de la Compagnie Canadienne d\u2019Opéra.Ils ont décidé que Montréal verrait dès les premiers beaux jours du printemps une évocation aussi fidèle que possible des splendeurs et de la joyeuse fantaisie du bal de l'Opéra de Paris.Le soir du 5 avril prochain, dans la grande salle de l'hôtel Mont-Royal, un bal costumé réunira tout ce que notre ville compte d\u2019élégance et de grâce.Pour donner à cette première soirée le cachet artistique qui lui convient on a décidé que ce bal costumé s inspirerait d un thème principal.Tous les costumes devront représenter quelque personnage d\u2019opéra ou de ballet.Bien que le bal n\u2019ait lieu que le 5 avril, les préparatifs en sont déjà commencés, et on ne saurait trop recommander de communiquer dès maintenant avec la secrétaire du bal de l\u2019Opéra à 1 hôtel Mont-Royal, par lettre ou par téléphone, Mlle McKane, Plateau 7777. 10 mars 1934 tfafikmedi 7 «S- ¦.'¦ Couchés à plat ventre sur la pierre chaude, on laissait tanner lentement notre dos sous l'effet du soleil radieux.ANNAIS LA FOLLE Nouvelle canadienne (Concours) ARRIVE depuis peu au coquet village des Trois-Pistoles, sur les bords du Saint-Laurent, à quelque cent cinquante milles en bas de Lévis, j\u2019étais encore sous le charme du magnifique site de cette localité et l\u2019hospitalité vraiment québécoise de ses habitants.Je ne me lassais pas de visiter les différents endroits du village tous aussi pittoresques les uns que les autres, depuis les fraîches forêts qui couvrent une partie des cimes et des vallons des Monts Notre-Dame; les bords rieurs de la rivière Trois-Pistoles, qui prend source dans les Sept-Lacs, pour serpenter quelques milles à travers une campagne charmante et venir se noyer dans le majetuseux Saint-Laurent, jusqu\u2019à la rive rocheuse du grand fleuve.Ce dernier endroit était mon favori, et chaque jour je descendais à la grève, pour toujours découvrir un coin qui avait échappé à ma vue aux visites précédentes.^Par Gérard Brady Les endroits que je voyais tous les jours me charmaient de plus en plus, à mesure que je les connaissais mieux, j\u2019aimais à me familiariser avec toutes ces choses qui me semblaient étrangères, bien que je sois né dans la bonne vieille cité de Champlain à l\u2019ombre du Cap Diamanr, dans le quartier Saint-Roch; je me souviens fort bien des belles promenades en bateau avec mon père, les visites aux quais, les petits voyages à l\u2019Ile d\u2019Orléans, mais pourtant, jamais paysage pareil n\u2019avait charmé mon oeil.Dans le bas âge on ne comprend pas les beautés de Dame Nature, c\u2019est sans doute pour cela qu\u2019il ne m\u2019est resté qu'un vague souvenir de la Malbaie où nous sommes allés passer quelques étés; je me rappelle surtout les gâteries dont grand\u2019maman me comblait.et les difficultés qu avaient mes parents, une fois revenus en ville, pour me corriger des caprices que j\u2019avais contractés là-bas.Enfin pour tout dire, ce que je voyais me paraissait du nouveau.Cette après-midi j étais allé à la grève avec un de mes amis, nous étions d\u2019abord descendus lentement par la grande côte qui conduit aux quais.Nous étions montés dans la goélette du Capitaine Michaud, La Reine du Bord, qui venait tout juste d accoster, puis après une visite aux nombreux pêcheurs assis sur le bord du quai, nous avions pris la route qui longe le fleuve et où se dressent les riants chalets des citadins qui viennent jouir de la beauté du paysage et des merveilleux effets du climat.Ces cottages construits ici et là, tantôt sous-bois; accotés ou adossés aux flancs d'un rocher; percés parfois sur le bord d'un cran: tantôt tout près du fleuve; se dressant fièrement au-dessus des flots verts, ou bien abrités.(Suite à ta page 23 j 8 &&cmedi 10 mars 1934 bouquet de fleurs rouges que 1 amour lui a envoyé ce soir.Des fleurs rouges comme ses lèvres.Des fleurs telles qu elle les aime.Elle se penche vers elles pour en savourer le parfum grisant, et son rêve satisfait donne à ses yeux des reflets brillants.Simone s'arrête pour revivre cette veillée de fiançailles, ses fiançailles avec Léo Langlois, jeune homme de New-York, artiste déjà renommé, et elle voit l\u2019avenir brillant qui s ouvre devant elle.La rêverie la prend toute entière .puis on voit sa figure s\u2019assombrir, une ombre passe sur son front.Aux heures de grandes joies, toujours un souvenir se lève pour ombrager le décor, un souvenir qu'on voudrait éloigner, mais qui persiste à rester là, tout près! Une image lointaine se dresse devant elle.Gaston Dugas, son ami d enfance, lui avait dit un jour, alors qu ils étaient tous deux tout petits: \u201cLorsque nous serons grands, nous nous marierons ensemble, Simone, et nous aurons une lune de miel sans fin.\u201d Comme ils avaient ri, en promettant! Mais depuis, tout avait changé.Les goûts de Simone étaient différents, mais Gaston gardait toujours le même rêve d\u2019autrefois.Pourquoi ce souvenir d\u2019enfant venait-il ce soir troubler sa joie?Nerveuse, elle saisit son journal, et pour oublier elle veut lire.C\u2019est en vain qu elle veut s'intéresser aux nouvelles du jour.Les lignes dansent sous ses yeux et partout sur la page elle ne voit que deux mots écrits en grosses lettres: \u201cGaston Dugas.\u201d Rageusement elle froisse le papier.Ah! ça.l\u2019aimerait-elle encore?L\u2019a-t-elle vraiment aimé?.ces émotions d\u2019enfant sont sans valeur.Son coeur ambitieux repousse cette vision fatigante et elle ne voit plus que Léo Langlois.Ce soir, elle a reçu la bague de leurs fiançailles officielles.Il a tout pour lui, un physique charmant, un sourire engageant et un talent remarquable appuyé sur des bases dorés.Allons, que peut l'avenir avec tout ça?Sinon donner ce qu\u2019il a de meilleur! Puis elle ira vivre dans la grande ville américaine.New-York! La ville aux lumières éblouissantes, au brouhaha continuel.Ville aux nouveautés sans fin.Voilà la vie que Simone voulait.Tout ça sera réalité bientôt avec Léo Langlois, tandis qu'avec Gaston Dugas, ce serait la vie monotone des petits centres.Ah! pauvre Gaston! .ce soir-là, lui aussi pensait, mais ce n'était pas d\u2019avenir.Il pensait au présent et il souffrait.Simone qu\u2019il adorait, lui échappait pour toujours.Dans deux parties de la ville, deux êtres qui étaient faits l\u2019un pour l'autre s\u2019endormirent avec des rêves bien différents.L'un voyait la vie toute rose, avec des chansons et de la gaieté.L'autre ne voyait que des jours sans soleil ni bonheur.Il y a tant de gens qui piétinent leur bonheur, tandis que d'autres lui tendent vainement les bras.C est la vie qui nous prend avec son mystère! ?Cinq ans ont passé depuis le soir des fiançailles de Simone.Nous la retrouvons dans la grande ville qu elle rêvait jeune fille.Elle est la même jolie Simone d\u2019autrefois.L\u2019expression de sa figure seule a changée.On n\u2019y voit plus des yeux rêveurs cherchant à dévoiler l\u2019avenir.Non.Son regard un peu triste semble éviter les horizons lointains.Elle est assise dans un grand fauteuil, perdue dans les coussins moelleux aux couleurs vives.La lampe qui éclaire sous une soie bleue, donne au joli salon .(Suite à la page 4 U \u201cNon.ne regrettez rien, Gaston, ne dites plus rien, à quoi bon:?\" O Vie.quand tu nous tiens !.Nouvelle canadienne> pat Gisèle ( Concours) DANS le grand salon artistique où Simone Després vient d'entrer, l'on n'entend plus ue le bruit de ses pas et celui des papiers que sa tain nerveuse froisse.Il y a partout dans la pièce n désordre tout frais qui nous dit qu'une foule ayeuse s'y est amusé ce soir.Simone replace ici et là une chaise, un tabouret, un coussin.Son geste est gracieux, elle marche en dansant et ses lèvres fredonnent un refrain populaire.On voit qu elle est heureuse.Tout le dit, sa marche, son chant et son sourire.Chaque mouvement crie sa joie de vivre.Elle regarde longuement le joli 10 mars 1931 &do/msdl 9 \u201cMonsieur l\u2019agent! .C'est un fou, je vous le signale.Il veut tuer une nommée Henriette.** I W2k L\u2019AGITÉ DU METRO POUR M.Sauvenez, hôte forcée des restaurants à prix fixe, ce repas du samedi soir représentait une orgie hebdomadaire.Confortablement installé devant la table familiale des Dusage, il savourait les plats confectionnés par les mains expertes d\u2019Alice, tout en écoutant d\u2019une oreille distraite les anecdotes sans intérêt de l\u2019ami Alfred.Le seul point noir résidait dans le retour en Métro.Dame! il y a loin de la porte d\u2019Orléans à Montmartre, et la bourse de M.Sauvenez ne lui permettait pas le luxe d'un taxi de nuit.Aussi s\u2019affalait-il sur une banquette pour tenter de revivre, dans la suavité d\u2019une digestion lente les culinaires délices, trop tôt évanouies.Or, ce soir-là, à la station Raspail, un singulier personnage monta dans le compartiment où ^Par Emile Pagès M.Sauvenez berçait sa beatitude.C était un homme jeune, vêtu avec une certaine recherche, mais dont la figure glabre se plissait dans l'agitation d'un tic perpétuel.Bien que de nombreuses places fussent encore libres, le nouveau venu préféra arpenter le wagon dans une marche fébrile.Et M.Sauvenez, de plus en plus inquiet, le vit s\u2019arrêter soudain, porter la main à la hauteur des yeux et.dressant le poing, compter anxieusement les doigts, l\u2019un après l\u2019autre.Puis, sans doute satisfait d avoir trouvé son compte l\u2019étranger reprit sa promenade d ours enragé, la face de plus en plus tiraillée.\u2014 C est un malade! pensa M.Sauvenez .un demi-fou.Rien de plus dangereux que ces gens-là.Leur famille devrait bien les faire enfermer.A Montparnasse, deux jeunes filles montèrent à leur tour dans le wagon: elles s\u2019apprêtaient à s asseoir lorsque le fou arriva à leur hauteur.Brusquement, il éleva la main vers ses yeux, recommença le compte hâtif de ses doigts.Alors, comme s il prenait une décision radicale définitive.\u2014 Je vais tuer Henriette! prononça-t-il d\u2019un ton rageur.Les jeunes filles s'en furent d'un pas mal assuré vers la portière et, à la première station, elles changèrent de compartiment.L\u2019agité, cependant, poursuivait .(Suite à la page 22) 10 &&cmedi 10 mars 1934 m& *ï m J i*r ¦-> Üi ¦ H «gpi Une Villégiature de Millionnaires L Ile Hawaï, archipel de la Polynésie le plus voisin de l'Amérique du Nord, située à deux mille milles environ de San Francisco, est avec la Havane la villégiature par excellence des millionnaires américains.Au lieu de cabanes de feuillages ou de tôle ondulée, comme on en trouve dans toutes les îles de l\u2019Océanie, ce sont des palais de marbre qu\u2019on voit à Honoloulou, capitale de Hawaï.Les plus riches Américains du littoral du Pacifique possèdent là une villa somptueuse ou un château; les autres vont y passer leurs vacances ou la saison tout entière dans des hôtels qui n ont rien à envier, pour le luxe et le confort, aux plus célèbres hôtelleries du monde.Les indigènes de cet archipel sont des noirs canaques, intelligents et robustes.La civilisation leur apporta l'ivrognerie et la phtisie.Décimés par ces deux plaies, ils ont été rapidement remplacés par des Portugais, des Chinois, ces écumeurs des Iles du Sud.des Japonais et des Américains.La population est aujourd'hui de plus de 300,000 habitants.Comme on le sait, l\u2019archipel Hawaïen fut d\u2019abord connu sous le nom d\u2019île Sandwich, nom donné par leur découvreur, le capitaine James Cook, en l\u2019honneur de Lord Sandwich.Les Etats-Unis en sont maîtres depuis 1898.==¦\u2022 =\u2014Photos C.P.R.\t.\u2014 A gauche: Une hawaïenne moderne.Cette descendante des barbares qui massacrèrent le fameux capitaine Cook n\u2019a évidemment plus rien de l\u2019aspect sauvage et féroce de ses ancêtres.A droite: La plage hawaïenne, bordée de palmiers, est un lieu de repos idéal.Cependant, la position du monsieur assis, nous parait guère propice à la sieste .Ci-dessous: La célèbre plage de Waikiki, à Hawaï, dans le Pacifique.Cette plage est connue dans le monde entier, et les luxueux hôtels qui y ont été érigés reçoivent les touristes de partout.C\u2019est à Waikiki que les nageurs hawaïens pratiquent le sport passionnant du \"surf riding\u201d qui consiste à se laisser emporter sur la crête des brisants, debout sur une planche.v *¦ ffr ¦ ~ IjSn {¦' t:' « * ¦ *' *« »| H «1 IsSiiJs1 P jc *\u2022 > % j*\u201d* v.\\ ** d&ék ¦ f \\ \u2022:\t* 10 mars 1934 gëfâamedl L Enfant d ii Notre Feuilleton Fantôme Par Jacques BRIENNE No 12\t(Suite) RESUME DES CHAPITRES PRECEDENTS Le marquis Hughes de Monthéhon est un seigneur cruel et avare qui habite le vaste château de ses ancêtres.Grâce à des espions, il découvre qu\u2019un jeune peintre, Jacques Malestroit.s'intéresse un peu trop à Valentine, orpheline dépouillée de sa fortune apres avoir été mariée de force au comte Hersart.frère du marquis.Mais Valentine est bien surveiilee.T an n Kerthomaz.un brave marin de retour des Colonies, annonce à Geneviève Le Ouellec la disparition de son fiancé.Pierre Guidel.Pour arracher sa vieille mère à la misère.Geneviève se résigné à épouser Yann, qui l'aime sincèrement.Quelques fours après, Yann part pour trois ans.Pendant son absence.Pierre, qui s\u2019est enfui après avoir tué un officier, vient voir secrètement Geneviève et il apprend ainsi sois mariage.Geneviève lui résiste bien qu'elle I aime encore ardemment.Mais elle perd connaissance.Pendant que quelques mois plus tard.Geneviève, réfugiée à Paris, met au monde l\u2019enfant du fantôme, le marquis fait assassiner son frère par Hésius et enlève, l'enfant de Valentine.Malestroit, qui vient d'épouser Valentine, recherche l'enfant disparu, mais en vain.Geneviève a reçu d\u2019Hésius une forte somme pour confier à l\u2019Assistance publique un enfant (qui est celui de Valentine) en même temps que le fils du fantôme.Grâce à cet argent, son mari Yann achète, quelques années plus tard, un bateau.Geneviève suggère d'adopter deuv orphelins île l\u2019Asistance publique: ce sont Claude et bilvère, les fils de Geneviève et Valentine, Mais Geneviève ne peut reconnaître son enfant et elle ignore que l'autre appartient à Mme Malestroit.Les années ont passé.Claude est amoureux de Anne-Marie, la fille de Yann et de Geneviève, l e jeune marquis de Monthéhon poursuit la jeune fille de ses assiduités malhonnêtes.XVI LA BOHEMIENNE Tout à coup, avec un visible commence ment d\u2019inquiétude, l\u2019ami de Gérard entendit retentir son nom.\u2014 Puymadec.disait la voix, tu es indigne du nom que tu portes?\u2018\u2018Si tu n\u2019empêches, à l\u2019instant, le crime qui se commet à ton bord, avec ta complicité, je me charge de ton châtiment !.\u2014 Mon bon, répondit sardoniquement Puymadec sans te connaitre, je t\u2019attends, et si tu peux me joindre, je te promets un combat singu-lier, fut-ce à la hache d\u2019abordage.\u2018C\u2019est bien le moins que je puisse faire pour un preux chevalier comme toi ! Les deux bateaux arrivaient à la passe qui donne accès à la haute mer.Puymadec criblait son ennemi d\u2019épigrammes et d\u2019outrageantes provocations.Il croyait le succès possible.Mais soudain il se retourna et il vit au large un bateau plus grand et mieux monté que le sien qui se dirigeait droit sur lui.Allait-il lui barrer la route?Les deux petits yachts luttaient toujours de vitesse.La Sylphide, légère et gracieuse, toutes voiles au vent, glissait sur les flots et prenait à présent ostensiblement de l\u2019avance, malgré tous les efforts de Vent-en-Panne qui manoeuvrait cependant avec l\u2019agilité d\u2019un jeune gabier.\u2014\tHardi, Vent-en-Panne, criait Jacques Malestroit, nous les tenons: on vient à notre secours ! En effet, le grand bateau qu\u2019avait aperçu Puymadec, se dirigeait résolument sur la Sylphide et bientôt aux signaux de détresse, aux appels incessants de Jacques Malestroit, répondirent des signaux qui ne laissaient place à aucun doute.Un juron grossier sortit de la bouche aristocratique de Puymadec.Il comprit qu\u2019il avait perdu la partie.\u2014\tPourvu, dit-il, que ce niais de Gérard n\u2019ait pas perdu trop de temps aux cérémonies préliminaires ! Ah ! bast, tant pis pour lui ! \" Il s\u2019agit maintenant de s\u2019en tirer aavec les honneurs de la guerre; de montrer qu\u2019on est beau joueur, en attendant la revanche; car, foi de Breton, je n\u2019admets pas qu\u2019on batte un Puymadec ! Prise entre les deux bateaux qui l'enserraient à bâbord et à tribord, la Sylphide n\u2019avait plus aucun espoir d\u2019échapper à ses ennemis.Tous les matelots du providentiel allié qui avait surgi pour barrer la route au ravisseur avaient sorti des armes.Le maître de la Sylphide qui, décidément avait l\u2019oeil marin, avait vite compris qu\u2019il n\u2019y avait plus qu\u2019à capituler, le plus adroitement possible.Mirah se tenait auprès de lui.Elle avait assisté à ses côtés à cette course angoissante qui, au début l\u2019avait intéressée comme un jeu passionnant, qui maintenant lui faisait peur, car décidément tout cela menaçait de mal finir.Elle n\u2019était pas entièrement dans le secret des deux amis, et elle n\u2019avait pas compris, tout d\u2019abord, combien était odieux le guet-apens où elle avait joué un rôle.Puymadec se pencha vers elle et lui dit quelques mots à l\u2019oreille.Epouvantée, elle s'éloigna aussitôt et elle descendit rapidement dans la cabine où Anne-Marie se trouvait aux prises avec son séducteur.Au même instant, la voix de Malestroit se fit entendre de nouveau : \u2014 Puymadec, et toi, traître Montléhon, sachez que si Anne-Marie ne parait pas immédiatement sur le pont, nous tirons sur vous.\u201c Et voici, sur ces deux bateaux, une dizaine de braves gens dont le témoignage vous enverra tout droit au bagne mes jolis messieurs! La fille de Yann avait descendu avec une certaine appréhension les quelques marches qui conduisaient à la cabine où, pensait-elle, la bohémienne attendait les visiteurs.La porte était entr'ouverte.Avant de la pousser, la jeune fille eut une dernière hésitation.Mais une voix de femme cria de l\u2019intérieur : \u2014 Entrez donc, la jolie fille.Mirah, la sorcière, va vous dire le bel avenir qui vous est réservé I Anne-Marie pénétra dans la pièce, et aussitôt la porte se referma brusquement derrière elle.Tout d'abord, par l\u2019effet, sans doute, du peu de lumière que laissaient filtrer les rideaux qui voilaient les hublots, Anne-Marie ne vit personne.Elle ne vit que le luxe inouï des choses qui l\u2019entouraient.La pièce était somptueusement meublée.Des tapisseries de Perse et du Caucase aux couleurs harmonieuses et éclatantes couvraient les murs.Des lampadaires en cuivre ciselé et rehaussé d\u2019argent étaient accrochés au plafond.Sur une crédence basse toute en mosaïque de bois précieux étaient posés de merveilleux vases de Chine qui débordaient de fleurs.Un immense divan, recouvert d'un tapis de soie, occupait tout le fond de la cabine.Anne-Marie, interdite au milieu de tout ce luxe, cherchait des yeux la bohémienne, quand soudain elle sentit deux mains s\u2019appuyer sur ses épaules et\u2014 oh ! l\u2019atroce sensation ! \u2014 des lèvres se poser sur sa nuque dans un violent baiser.' T-}' i-\u2019T;:\t-H mmm Ü»: mimm.mmsm ¦ r.> ¦-se.rX- - K» ¦> V-/ 7/M\u201e ¦MÊÊm MM'S -fi 5-\"-> iV/ 'Cette fois je te tiens, tu ne m'échapperas pas' r?.- mm OH 12 3&$atmedl 10 mars 1934 Elle se retourna avec l\u2019effroi et la ¦brusquerie de la bête prise au piège et elle reconnut Gérard de Montlé-lion, dont le visage rayonnait en un sourire fait de triomphe et de brutale passion !.Gérard de Montléhon qui essayait de l\u2019enlacer ! : \u2014 Oui, c\u2019est moi.ma mignonne, murmura d\u2019une voix douce et nar-quoise, le fils du marquis.Et tout bas, il ajouta pour lui-même : \u2014 Cette fois, je te tiens ; tu ne m\u2019échapperas pas ! La jeune fille, au comble du saisissement, paraissait changée en statue.Mais; brusquement, dans un sursaut de colère et de pudeur, elle se dégagea de son étreinte.Avec agilité, elle recula jusqu'à l'angle du mur et là, faisant face à l\u2019ennemi, le corps agité d\u2019un léger tremblement!, elle regarda Gérard bien droit dans les yeux : \u2014 Ah ! c\u2019est vous ! Je comprends, dit-elle, ou plutôt j\u2019ai peur de comprendre.\u201cVous changez de manoeuvre, mais le but est le même.\u201cVous m\u2019avez attirée dans un piège.\u201cLa bohémienne, je le vois à présent, n\u2019était qu\u2019un prétexte.\u2014 Un\tprétexte, en\teffet,\tmon amour.\u2014 Ainsi vous avouez, monsieur le comte de Montléhon.\u201cVous,\tle\tdescendant\td\u2019une\trace que vous dites noble, que vous croyez supérieure aux pauvres gens comme nous, vous ne craignez pas de mentir, de vous abaisser à des nmoeu-vres infâmes et odieuses pour prendre un coeur qui ne veut pas de vous, pour satisfaire plutôt je ne sais quel caprice ! \u201cAh ! je vous détestais depuis longtemps,\tà\tprésent je vous méprise monsieur de\tMontléhon.\tToute\tfré- missante de colère et de dégoût elle restait bien droite; ses beaux yeux lançaient des éclairs, des flots de sang empourpraient son visage, et certes elle n'en paraissait que plus belle encore au jeune débauché.Avec des yeux ardents de convoitise, il s\u2019écria: \u2014 Que tu es jolie, Anne-Marie ! Ah! je suis fou \u2019 de toi, ma toute belle ! \u201cJe suis prêt à donner mon âme au diable pour avoir le bonheur de t'enlever et de me faire aimer de toi ! \u2014 Mais je ne veux pas vous suivre, moi ! Vous me faites horreur et je préférerai cent fois mourir, me jeter à la mer.Le comte eut un ricanement féroce qui glaça la pauvre enfant.\u2022\u2014 Tu ne mourras pas, ma mignonne, et tu seras à moi; je me le suis juré; c\u2019est comme jé te dis.\u2014 Quand un Montléhon veut une chose, il la veut bien, et il finit toujours par l\u2019avoir.Impossible de dépeindre l'accent de farouche volonté et le mauvais regard qu\u2019avait le misérable en prononçant ces paroles.Publié en vertu d'un traité avec la Société des Gens de Lettres.Commencé dans le numéro du 23 décembre 1933, Anne-Marie comprit alors qu\u2019elle était vraiment perdue, que toutes les précautions étaient prises, qu\u2019elle ne pourrait pas échapper à la honte et au déshonneur.Des larmes parurent dans les yeux et bientôt ses joues en furent inondées.\u2014 Pourquoi pleurer, Anne-Marie ?Tu ne connais pas le bonheur qui t\u2019attend?Je te donnerai des robes,des bijoux, des dentelles, tous tes désirs seront satisfaits.Je t\u2019emmènerai loin de notre triste Bretagne, dans des pays merveilleux où tous les jours sont jours de fête.\u201cEt je t\u2019aimerai, ma mignonne, je t\u2019aimerai, vois-tu, à la passion, à la folie ! \u201cTu ne me quitteras plus.Je veux t'avoir continuellement près de moi, ta tête blonde sur mon coeur, ma main dans tes jolis cheveux.Mes lèvres t\u2019apprendront des caresses dont la douceur et la violence te feront pâmer d\u2019émoi ! Anne-Marie pleurait toujours.Elle pensait à Claude, à sa mère.Elle n'entendait pas les paroles enflammées que Gérard chuchotait à son oreille.Le jeune débauché la crut résignée, peut-être attendrie, peut-être même séduite par ses paroles et ses promesses.Doucement il glissa les mains autour de sa taille, voulut l'enlacer, l\u2019entraîner vers le divan complice.Et comme elle le repoussait, il la prit brutalement, décidé cette fois à user jusqu\u2019au bout de la violence.Mais la fille de Yann était forte.Soudain ses larmes avaient tari.I! n\u2019était plus temps de pleurer.Elle était bien décidée à se défendre, à défendre son honneur et sa we, oui, sa vie, car elle savait bien que si elle devait subir les caresses de Gérard elle ne paraîtrait plus à Saint-Gildas; elle ne paraîtrait plus devant Claude ! \u2014 Claude, murmurait-elle, puisse un secret instinct, puisse mon bon ange t'avertir du danger que je cours! C est pour toi que je lutte, c\u2019est pour toi que je mourrai, si tu ne viens pas à mon secours ! Gérard l\u2019avait saisie à la taille.Pour lui faire lâcher prise, pour échapper à son étreinte, elle se repliait sur elle-même; elle lui donnait des coups avec le genou et avec les mains; elle lui égratignait le visage.Mais la douleur ne fit qu\u2019exaspérer les désirs de Gérard.\u2014 !'Au secours ! au secours ! criait la pauvre enfant d\u2019une voix forte et saccadée.Et lui de répondre : \u2014 Inutile de crier.Personne ne viendra.Tu es à moi, ma jolie furie ! \u201cEt je t\u2019aime mieux de te défendre ainsi.\u201cTu donnes plus de prix à ma victoire.Il l'entraînait vers le divan ; avec ses mains qui l'enlaçaient, il prenait peu à peu possession de son corps ; ses lèvres effleuraient ses joues.La fille du marin sentait ses forces s\u2019épuiser.Elle allait tomber vaincue, quand, soudain, la porte s'ouvrit toute grande, et la bohémienne parut.Elle se jeta sur Gérard, le tira violemment par le bras, rapidement lui chuchota à l'oreille quelques paroles qu\u2019il ne comprit pas.\u2014 Quoi?quoi?fit-il en le repoussant brutalement, exaspéré par cette brusque intervention.Et sans chercher à comprendre, il ajouta d\u2019une voix sifflante, en lui montrant la porte: \u2014- Fiche-moi la paix, tu m\u2019entends?De quoi te mêles-tu?Mais Anne-Marie avait déjà profité de l'arrivée inespérée de la bohémienne pour échapper au misérable et chercher un refuge dans les bras de cette femme.Mirah s\u2019aperçut alors que la jeune fille était toute en larmes, que ses cheveux défaits tombaient de tous côtés.Elle eut pitié d\u2019elle.\u2014 Venez vite avec moi, lui dit-elle d\u2019une voix douce, en lui prenant la main pour l\u2019entrainer et au besoin la défendre.\u2014Merci, merci, répondit Anne-Marie, croyant que la bohémienne n\u2019était entrée dans la cabine que pour lui porter secours.Et devant Gérard, cloué au sol par la stupeur et l\u2019imprévu de cette intervention, les deux femmes s\u2019échai parent rapidement, sans qu'il eut rien tenté pour les empêcher de sorttir.La barque à voiles que dirigeait Vent-en-Panne accostait à ce moment la Sylphid\".Malestroit prenait son élan pour bondir sur le ravisseur d\u2019Anne-Marie.Et il répétait; \u2014 Malheur à vous misérables, qui avez aidé au crime ! Mais au même instant, la jeune fille, guidée par Mirah, parut sur le pont.Ses vêtements en désordre disaient avec éloquence la lutte héroïque qu elle venait de soutenir.Ses beaux cheveux dénoués tombaient sur ses épaules.Sa guimpe de dentelle déchirée montrait les palpitations de sa gorge éperdue.Sur ses joues brûlées de honte coulaient des larmes pressées.Une immense épouvante était dans ses grands yeux, mais elle s\u2019éteignit peu à peu dans un sourire de délivrance.Puvmadec vaincu, pâle de colère, essayait cependant de faire bonne contenance.En voyant Anne-Marie, il s'écria, s\u2019adressant aux matelots: \u2014 Eh bien quoi ! les amis, la voilà saine et sauve, cette aimable fille ! Si la biche s\u2019est effrayée, c\u2019est bien à tort : on ne voulait pas lui faire du mal ; nous ne voulions, nous auttres, que lui faire les honneurs de notre bateau et la promener en mer pour clôturer dignement le pardon.\u201cCe jour-là, vous le savez, tous les plaisirs sont permis.\u201cC\u2019est un jeu bien innocent que nous jouions là, avouez-le.\u201cPourquoi prendre la chose au tragique ?Et il ricanait, d\u2019une façon qu\u2019il s\u2019efforçait de rendre joviale.\u2014 Oh ! misérables, misérables ! disait Anne-Marie sans oser lever les yeux sur tous ces hommes qui la regardaient.Misérables ! Dieu vous punira \u2019.La voix grave de Jacques Malestroit retentit: \u2014 Vos mensonges sont inutiles, Puymadec.Je vous ai entendu ourdir ce complot hier soir.\u201cJ\u2019étais sur la falaise; vous ne m\u2019avez pas vu, je le sais.Alors j\u2019ai fait venir ces bons lascars, qui reviennent comme moi du Mexique, et sur lesquels, je vous assure, vous n'aurez aucune action.Et se tournant vers Anne-Marie qui pleurait toujours : \u2014 Quant à vous, ma pauvre enfant, descendez à notre bord, près de Vent-en-Panne.\u201cJe me charge, moi, de ces bandits.Le vieux matelot avait les yeux humides et il tremblait à la pensée des dangers qu\u2019avait courus la chère petite fille de Yann.de ce Yann qu\u2019il aimait comme s\u2019il eût été son fils.Une lourde inquiétude demeurait en lui.L\u2019enfant était-elle réellement sauvée ?Echappait-elle des serres de Montléhon dans toute sa pureté virginale?L\u2019odieux forfait avait-il été consommé ?fl reçut Anne-Marie dans ses bras, et, maternellement, avec des gestes gauches et doux, il essayait d\u2019attacher les boucles folles sous la coilfe reconquise.de rattacher la guimpe pudique qui voilait la gorge neigeuse de la jolie Bretonne.D ailleurs un sentiment de joie se mêlait à la tristesse du vieux marin.S il avait été complètement rassuré sur le sort d\u2019Anne-Marie, il eût été Les Quinze Gagnants des Mots Croisés CONCOURS No 115 (24 février) Mme PaulErnest Carrier, Chaudière Station, Lévis, P.Q.Mme Eva Lemieux, 84, Côte Ste-Geneviève, Québec, P.Q.Mme J.Plessis-Bélair, St-Jérôme, Cté.Terrebonne, P.Q.Mme D.Bédard, St-Jean-Baptiste, Rigaud, P.Q.Mme Ed.Sauriol, 129, Blvd St-Joseph, Hull, PQ.Mme L.Crochelière, 4423, rue B réh oeuf, Montréal, P.Q.Mlle Louise Porcheron, 6759, Ave.De Gaspé, Montréal, P.Q.Mlle Psoëlla Germain, 290, rue du Roi, Québec, P.Q.Mlle Blanche Emond, 39, rue Fraser, Rivière-du-Loup, P.Q.Mlle Ruth Breault, Beloeil Station, Cté Verchères, P.Q.Mlle Bibiane Lenielin, 18, St-Louis, St-Romuald Elchemin, Cté Lévia, P.Q.Mlle Flore Normandin, 4405 rue Boyer, Montréal, P.Q.Mlle Lucile Charette, 7201, Berri, Montréal, P.Q.M.N.Gagnon, Kenogami, Cté Chicoutimi, P.Q.M.F.Antonin, 326, St-François, Québec, P.Q.1 10 mars 1934 &&amedl n très fier et très joyeux, car c'était, sur mer, sa première victoire, la seule fois qu\u2019il n\u2019eût pas mérité son surnom de Vent-en-Panne.Pendant ce temps, le peintre ordonnait à deux matelots, en leur désignant Puymadec : \u2014¦ Saisissez monsieur, parce qu'il pourrait fort bien nous échapper.\"Je vais le remettre entre les mains des deux gendarmes qui sont inutiles au pardon, au milieu des braves gens de nos côtes, et qui feront une excellente besogne en le conduisant à Vannes dès ce soir.\u201cNous allons saisir de même son noble et digne ami, Montléhon, que vous trouverez tapi lâchement dans la cale.Mais Anne-Marie se jeta vers son sauveur : \u2014 Non, non, dit-elle à haute voix ; cher monsieur Malestroit, je vous en prie, laissez libres ces méchants.Et plus bas : \u2014 Une telle chose ébruitée ferait trop de peine à mon père, pousserait mes frères à des vengeances dont les conséquences ne les feraient pas reculer.\u201c Grâce à vous, j\u2019ai été sauvée à temps ; je veux oublier ces moments tragiques comme on oublie un mauvais rêve.\"Pour la tranquillité des miens, je vous supplie de les laisser s'éloigner.Malestroit et Vent-en-Panne se regardèrent.Ils n\u2019avaient pas songé à cela, tout à leur légitime désir de châtier les misérables ravisseurs.Mais un instant de réflexion suffit pour leur faire comprendre que la fillette avait pleinement raison.Il valait mieux ne pas ébruiter l\u2019affaire, et si, malgré tout, elle transpirait, il fallait, à l\u2019avance, lui enlever toute importance, et représenter le rapt comme une gaminerie sans conséquence.La tranquillité, le bonheur de toute une famille était à ce prix.Malestroit prit rapidement son parti.Il éleva la voix de nouveau.Il dit pour Puymadec visible, et pour Gérard caché: \u2014 Des raisons supérieures au châtiment immédiat que je voulais tirer de vmus, et que vous avez si bien mérité, m\u2019obligent à changer d\u2019avis, à vous laisser une liberté condititonnel-le.\u201cCependant, je garde contre vous une arme qui ne rouillera pas et vous atteindra quand je le jugerai bon.\u201cPartez donc, misérables, en apparence impunis, mais votre heure viendra.Les matelots, indignés, faisaient entendre des clameurs menaçantes.Beaucoup d\u2019entre eux n\u2019approuvaient pas la mansuétude dont faisait preuve, pour des raisons qu\u2019il-, ignoraient, Jacques Malestroit.Ils avaient envie de lyncher les deux larrons d\u2019honneur.Mais le peintre les calma, leur exposa ses raisons et bientôt, après avoir reçu un large paiement de leurs peines, ils reprirent le large, envoyant encore vers la Sylphide, leurs clameurs indignées.La fille de Geneviève se remetttait peu à peu, grâce aux encouragements et aux bons soins des.deux hommes qui n\u2019osaient pas l\u2019interroger.Mais avec ce tact féminin exquis qu\u2019elle possédait au plus haut degré, 'Anne-Marie comprit leur inquiétude et sut les rassurer.\u2014 Cher monsieur Malestroit et vous, mon bon Vent-en-Panne, je vous dois la vie,- car je n\u2019aurais pu survivre au déshonneur.\u201cLa mer eût été mon refuge.\u201cQuand vous êtes arrivés, mes forces faiblissaient et je n\u2019avais plus d\u2019espoir qu\u2019en Dieu.\"Vous avez été ses messagers, merci.Merci pour moi, pour ma mère, pour tous les miens.Tout bas, elle ajouta: \u2014 Pour Claude que vous avez sauvé du désespoir, car je serais morte plutôt que de reparaître déshonorée devant lui ! Au fur et à mesure qu\u2019elle sentait le calme et la sécurité rentrer en elle, la fiancée de Claude souhaitait plus vivement que le guet-apens dont elle avait failli être victim?restât ignoré de tous les siens.Et s\u2019adressant encore au mari de Valentine, elle ajouta : \u2014 Cher monsieur, ramenez-moï au plutôt à l\u2019île des Templiers.\"Mon père et ma mère peuvent me chercher, Claude et Silvère, s\u2019étonner de ma disparition.\"Aucun de mes proches ne doit soupçonner ce qui s\u2019est passé.Leur repos, que dis-je?leur vie peut-être, est à ce prix.\u201cMieux qu\u2019aucun autre, vous savez ce qu\u2019on peut attendre d\u2019un Montléhon ! \u201cJe vous en prie, ne dites rien, monsieur Malestroit.\u2014 Mais alors, tonnerre de Brest, interrompit le vieux matelot, le péril reste sur toi, petite fille ! Ces mauvais bougres recommenceront.Malestroit, qui depuis un instant, réfléchissait, le front dans sa main, calma Vent-en-Panne: \u2014 Non, crois-moi, Vent-en-Panne, Anne-Marie n\u2019a plus rien à craindre.\u201cAprès la honte de sa défaite publique, avec les preuves que j\u2019ai contre lui, le fils du marquis ne s\u2019obstinera plus.\"D'autre part, nous sommes là, et je ferai surveiller ce drôle.\u201cAllons, Vent-en-Panne, tourne le cap vers la terre, et que ces événements restent entre nous ! Le peintre se rapprocha d\u2019Anne-Marie, lui prit les mains, et du ton le plus affectueux il lui dit : \u2014 C\u2019est promis, ma chère enfant, nous ne dirons rien.\u2014 Ah ! monsieur, s\u2019écria la fille de Yann en serrant avec effusion les mainc du peintre, je vous remercie et j\u2019accepte votre protection.\" Croyez à ma gratitude, à mon dévouement éternel.\u2014 Et vous aussi, mon bon Vent-en-Panne, ajouta-t-elle en se penchant vers le marin, et en embrassant ses vieilles joues ridées.Soyez Heureux (1932) Soyez heureux de tout: de la branche ployét Où renaîtra l\u2019orgueil des printemps à venir; De cette lente paix comme une âme envoyée Pour panser l\u2019amertume de voit tout mourir; De la fuite de l'eau, des fleurs dans les corbeilles, Des lilas de la nuit et des bleuets du jour Et des roses de feu où les vives abeilles Ont connu, comme nous, les tourments de l\u2019amour.Soyez heureux.Qu\u2019importe où vont nos destinées Et les lèvres un soir si tendrement aimées.Qu importe que l\u2019amour, de nos cœurs, abattu, S\u2019en aille, détrôné ainsi qu\u2019un roi déchu.Soyez heureux.La Vie est douce en sa souffrance.Par les chemins du temps, tôt revient l'espérance.Les feuilles ont jauni et le soleil n\u2019est plus, Tel votre souvenir, qu\u2019un ancien hôte exclus.La paix des deuils s\u2019imprègne au visage des choses, Les vents ont remporté l'odeur morte des roses.L\u2019heure est tendre, pourtant, comme sera l\u2019oubli En mon cœur, conscient d\u2019avoir été trahi.Demain viendra l\u2019hiver et notre indifférence Comme une sœur à qui depuis longtemps on pense.L\u2019automne est doux après l\u2019été.Soyez heureux.Qu\u2019aucun morne remords ne vous fasse plus vieux.Autrefois, il m\u2019a plu de vous prêter une âme.Que m\u2019importe, aujourd\u2019hui, si la vôtre est infâme?Vous incarniez mon rêve et vous avez changé: Mon rêve chante encore et vous fait étranger.Eva Senecal Extrait de Flammes éteintes ( en préparation) QUAND UN ACCES DETOUX GENE rABRIQUEE AU CANADA VOISINS -mrm-mr.Beech Nut Black .CoighDropsI^ MAL DE DOS est votre avertissement Un mal de dos est, habituellement, le premier signe que le rein fonctionne mal.Quand votre dos vous fait mal, surveillez vos reins.Ne soyez pas négligent\u2014c\u2019est trop sérieux.Si le mal de dos n\u2019est pas soulagé à temps, il peut en résulter du Rhumatisme, de l\u2019Hydropisie, et même la maladie de Bright.Au premier signe de mal de dos, prenez avec confiance les Pilules Dodd pour le Rein\u2014pour plus de trois générations le traitement favori pour les maux de dos et de reins.37F Pilules Dodd pour le Rein Coupon (TAbonnement La Revue Populaire Ci-inclus veuillez trouver la somme de $1.50 pour I an ou 75 cents pour 6 mois (Etats-Unis: 1 an, $1.75; 6 mois, 90 cents! d'abonnement à La Revue Populaire.Nom Adresse Ville .POIRIER, BESSETTE CIE, Ltée 975, rue de Bullion, Montréal, Canada. 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La cruelle déception qui lui avait été infligée crispait encore son visage.Pourtant l\u2019ombre s\u2019enfuit de ses traits dès qu'il aperçut celle qu'il aimait.Il s\u2019approcha d\u2019Anne-Marie et avec un air contrit et malheureux, vraiment touchant, il déclara : \u2014 On s\u2019est joué de moi ; j\u2019ignore pourquoi par exemple.\u201cQu\u2019importe, après tout, puisque tu me restes, ma jolie Annette?\u201c J\u2019ai bien réfléchi depuis une heure.\u201cJ'étais fou de m\u2019émouvoir pour des parents, peut-être sans coeur, qui en tout cas m\u2019ont rejeté, quand j\u2019ai trouvé ici ma vraie famille.\u201cJ\u2019étais aussi un ingrat, Anne-Marie et j'en suis justement puni.La jeune fille qui comprenait que ce vil stratagème avait été employé pour lui ôter un défenseur, prit la main de son fiancé, la serra bien fort, et se penchant sur lui, comme pour se blottir sur son coeur, elle dit avec une énergie qui frappa Claude : \u2014 Ne pense plus à ta famille, mon cher Claude.Je veux être tout pour toi, comme tu es tout pour moi.\u201cEnvers et contre tous, nous serons l\u2019un à l\u2019autre, et rien ne pourra jamais nous séparer ! A ce moment la voix de Yann se fit entendre.\u2014 Eh bien ! venez-vous, les enfants ?\u201c Il faut rentrer, car il fera nuit noire, quand nous arriverons à Saint-Gildas, et demain, à la première heure, vous savez que nous partons.\u201c Allons, mes gars, préparez vos torches; les femmes les allumeront quand paraîtront les étoiles.\u201cEt ensuite, hardiment aux rames ! Claude et Anne-Marie qui se tenaient un peu à l\u2019écart, se hâtèrent, et toute la famille s\u2019embarqua pour regagner, après cette journée bien remplie, Saint-Gildas de Rhuys.XVII INSOMNIE Soulagement bientôt obtenu avec usage de la NOURRITURE du Dr.CHASE pour les Nerfs LE REPENTIR Hésius, le mystérieux Arménien, qui s'était fait pendant longtemps le docile instrument de l\u2019ambition du marquis de Montléhon, n\u2019était pas de ces hommes dont on peut facilement prévoir les actes et les paroles.Il apparaissait brusquement, puis il disparaissait de même, et pendant des mois, pendant des années, on n entendait plus parler de lui.Où allait-il ?Que faisait-il pendant ces longues absences ?Tous l\u2019ignoraient.Le marquis lui-même ne savait que peu de choses sur la vie et sur le passé de son serviteur.Hésius appartenait à une race ong temps opprimée et proscrite.Les malheurs de l\u2019Arménie datent de loin et son histoire n\u2019est qu un long martyrologe.Le manque séculaire de liberté, la crainte perpétuelle, les persécutions sans fin produisent à la longue des résultats multiples et, comme dirait un médecin, des hérédités singulières.Les descendants des persécutés et des martyrs sont quelquefois des êtres de douceur ineffable ; quelquefois aussi ils sont des révoltés sournois qui haïssent non seulement les bourreaux de leurs pères, mais encore tout le genre humain.Il y avait de cette sorte de révolte, de ce genre d\u2019amertume, de cette puissance de haine dans les sentti-ments d'Hésius.Mais il y avait beaucoup d\u2019autres choses encore.un mélange inouï.Souvent il ne s\u2019y reconnaissait pas lui-même.Il ne maintenait que par un violent effort une sorte de logique dans ses actes.Mais il avait, pour obtenir ce résultat, à lutter contre des impulsions innombrables, souvent inattendues, même pour lui.11 était un être chaotique et bizarre, ce que les aliénistes appellent un dégénéré supérieur Ces gens-là sont capables de tous les courages et de toutes les lâchetés, de tous les crimes et de tous les dévouements, de toutes les sagesses et de toutes les folies.Ceux qui ne sont jamais descendus dans les profondeurs effarantes du coeur humain seront étonnés d\u2019apprendre ce qu\u2019avait fait Hésius après ce jour, où il avait extorqué au marquis, son complice, une somme de cent mille francs.où il était allé ensuite sans but précis, mais entraîné par une force irrésistible, chez Valentine, chez la femme dont il avait fait le malheur.Il était parti pour l\u2019Orient, où se produisaient déjà des mouvements avant-coureurs d'une révolution.Il avait mis spontanément au service d\u2019un comité révolutionnaire qui se proposait de rénover la Turquie par le fer, par le feu et par le sang, l\u2019argent de Hughes de Montléhon et son génie de ruse et d\u2019organisation.Oui, des cent mille francs du marquis, Hésius n'avait pas gardé un centime.Il méprisait l\u2019argent et n\u2019en avait d\u2019ailleurs nul besoin.Il était la sobriété et la simplicité même.Il n\u2019avait aucun vice, aucun caprice coûteux.Les seules passions qui brûlaient en lui, étaient l\u2019instinct de la révolte, une haine ardente et farouche contre l\u2019oppresseur séculaire, l\u2019amour de la patrie, de la race opprimée et, au fond du coeur, un unique, un seul 10 mars 1934 sentiment tendre et inavoué, sentiment que lui avait inspiré une femme bien supérieure à lui, et qu\u2019il avait toujours soigneusement caché au plus profond de son âme.Sous des déguisementts divers, 11e-sius parcourut l\u2019Orient.Il séjourna longtemps à Constantinople malgré la police, malgré l\u2019espionnage qui faisait alors tant de victimes.Il parcourut toute l'Asie mineure depuis les rives de l\u2019Ionie chantées par les poètes jusqu\u2019aux hautes montagnes de l\u2019Arménie toujours couvertes de neige, jusqu\u2019à ce mont Ararat, où, suivant la légende sacrée, v int atterrir l'arche de Noé.Partout il avait prêché la révolte, partout dans l'ombre et le mystère, il avait recruté des adhérents à la cause sainte de la renaissance arménienne de la rénovation de l\u2019empire ottoman.Et quand il avait cru que le moment propice était arrivé, que l\u2019heure avait sonné des actes héroïques qui feraient de lui le sauveur d\u2019un peuple, il avait agi.Il avait lancé la bombe qui devait être le signal rouge du soulèvement, qui devait détruire, avec le souverain, instigateur de la persécution, tout le régime de terreur qu\u2019il représentait.La bombe éclata comme un coup de tonnerre, elle fit de nombreuses victimes mais, par un hasard prodigieux, celui qui était particulièrement visé, ne fut même pas égratigné.Il put rentrer sain et sauf dans son palais.L\u2019attentat préparé pendant tant d\u2019années dans le mystère et le silence des comités secrets, échoua dans le sang innocent des curieux, et ne produisit aucun des résultats espérés.Comme toujours en pareil cas, la tentative révolutionnaire avortée fut suivie d\u2019un redoublement de persécu-tioh.L\u2019heure de la régénération de la Turquie n\u2019était pas encore arrivée.Sans doute aussi, Hésius n\u2019avait-il ni le coeur assez haut, ni les mains assèz pures pour mériter d'être l\u2019initiateur du mouvement qui devait sauver un peuple.Dans son for intérieur, il dut se l'avouer et, dans ce cas, la constatation de la justice immanente fut le commencement de son châtiment.Il fut grièvement blessé par l\u2019engin qu\u2019il avait hardiment lancé.Cependant, grâce à son audace inouïs, à son sang-froid, à son habileté vraiment au-dessus de toutes les prévisions humaines, il put fuir, il put s\u2019embarquer sur un paquebot français et regagner le pays de liberté qui ser de refuge à tant de proscrits.Sa blessure le faisait cruellement souffrir.Mais le sentiment de sa défaite et de son impuissance le faisait souffrir davantage encore.Il était vaincu.I\tous ses efforts, tous ses crimes n'avaient servi à rien.II\tétait forcé d\u2019en convenir.Il était obligé de s\u2019avouer qu\u2019il n aurait plus ni la force ni le temps de recommencer ; ses jours étaient comptés, il le savait bien.Le désespoir et le regret de mourir sans avoir achevé l\u2019oeuvre qu'il s\u2019était (Suite à la page 16J 10 mars 1934 3b$>cmedl IS Ce tableau est une fantaisie de l'artiste qui a voulu évoquer, dans ce paysage, un coin de VAtlantide où vivait, il y a des milliers d\u2019années, une population industrieuse et d'une civilisation au moins autant avancée que de nos jours.A Varrière plan on voit un immense volcan éteint mais qui se réveilla avec des centaines d\u2019autres quand VAtlantide entière disparut dans l'océan.v'.V ,\u2022 \u2022 *¦ gü I th mm\\ '' f ggjgii g?û m k ¦ : ¦ rr-0< \u201991- i' /Ml-.1 .¦ 7 A \t\t S*\" ISë®l Sâfc* -ht-00 ¦0-0 i-?rS : M iüN.?xm$ -T -\u2022* 00^ .LES GRANDS CATACLYSMES L'HOMME connaît en même temps beaucoup et très peu sa planète; la géographie la lui montre telle qu\u2019elle est aujourd\u2019hui, mais simplement à la surface; la géologie, plus indiscrète, va fouiller aussi loin que possible dans les profondeurs du sol, analyse les roches et les métaux, recueille soigneusement les moindres vestiges laissés par les époques disparues et arrive ainsi à reconstituer l'histoire du globe même bien longtemps avant l\u2019apparition de l\u2019homme.Elle nous apprend, en conséquence, que ce que nous appelons faussement la terre ferme est en réalité une surface en perpétuel mouvement et que la terre a eu des convulsions terribles au temps de sa jeunesse laquelle remonte à des centaines de millions d années.Le refroidissement de la planète avec les plissements de la surface comme conséquence, les activités souterraines de foyers de combustion, les forces mystérieuses et puissantes de la gravitation tout cela est bien de nature à modifier incessamment la surface du sol, au grand dommage parfois de l\u2019humanité qui l\u2019habite.De temps à autre, des tremblements de terre violents, des éruptions de volcans qu\u2019on croyait pourtant bien éteints, des cyclones font leurs ravages; cela se solde quelquefois par la destruction de villes entières et des pertes de vie nom- Chtonique Qéologique 6Par Louis Roland breuses.Contre cette fatalité l'homme ne peut rien, il est la victime toujours possible des caprices de sa planète, et rien ne prouve qu'un jour ou l\u2019autre nous ne serons pas témoins d'un grand drame comme il s\u2019en est joué plusieurs fois dans l'histoire des temps géologiques et dont le plus célèbre en même temps que les plus angoissant fut la disparition d'une immense contrée qui s\u2019appelait l\u2019Atlantide.Il y a longtemps, bien longtemps de cela, un pays immense s'étendait à 1 ouest de I Afrique entre le vieux continent et ce qu'on appelle aujourd\u2019hui le nouveau monde; il en reste quelques traces sous forme de petits groupes d\u2019îles échappées au désastre qui engloutit ce vaste pays dans l'intervalle d\u2019une seule nuit, prétendent certaines légendes.Quelques écrivains qui ne sont pourtant pas sans mérite ont nié l\u2019existence de ce pays disparu, parmi eux on cite principalement Porphyre.Ori-gène, Malte-Brun, d\u2019Anville et Humbolt; par contre, d\u2019autres écrivains d\u2019un mérite au moins égal affirment que la légende de l'Atlantide est une histoire vraie, un drame vécu.Parmi ces derniers on trouve Tertullien, Posidonius, Tourne- fort, Buffon et surtout Platon qui nous a doo-né des détails d\u2019une précision extraordinaire sor le pays disparu.Il nous parle de pierres noires, blanches et rouges que le pied foulait sur le sol de cette île mystérieuse et de ses rivages taillés en falaises à pic dominant les flots d\u2019un océan souvent tumultueux.Les Atlante qui habitaient le pays disparu étaient un peuple de haute civilisation; peut -être connaissaient-ils déjà bien des choses que l\u2019on n\u2019a fait ensuite que \u201credécouvrir\u201d de nos jours, et si le grand cataclysme n\u2019avait pas eu lieu, l\u2019humanité serait peut-être encore beaucoup plus avancée qu\u2019elle ne l\u2019est dans la science.Les Atlantes, nous dit Platon, avaient des armées parfaitement organisées qui lui servirent pendant longtemps dans un simple but de protection mais l\u2019ambition les gagna, c\u2019était fatal, et ils résolurent de conquérir le continent européen sur lequel ils avaient maintes fois mis le pied et dont ils connaissaient les richesses inutilisées.La Grèce était alors le pays le plus puissant du monde continental, et la civilisation raffinée des Grecs stimula la jalousie des Atlantes; c\u2019est donc à la Grèce qu\u2019ils résolurent de s'attaquer en premier lieu, certains que s\u2019ils en étaient vainqueurs, ce ne serait ensuite .(Suite à la page 34J 16 ^Samedi 10 mars 1934 tracée, et à laquelle il avait tout sacrifié, ravageaient cette âme que rien n\u2019avait pu abattre.Sur le bateau qui l\u2019emportait loin de sa patrie, étendu sur un fauteuil d\u2019osier, sous le ciel bleu et profond, d\u2019une transparence incomparable, qui est la plus belle parure de l\u2019Orient, Hé-sius se désespérait.Il songeait amèrement.\u2014
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