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Titre :
Le samedi
Éditeur :
  • Montréal :Société de publication du "Samedi",1889-1963
Contenu spécifique :
samedi 4 juillet 1936
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque semaine
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  • Nouveau samedi
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Le samedi, 1936-07, Collections de BAnQ.

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[" 48e année, No 5 Montréal, 4 juillet 1936 fe Samedi LE MAGAZINE NATIONAL DES CANADIENS NOTRE ROMAN COMPLET : Le Mystère de la Dame Bleue Par Paul Braydusses NOTRE FEUILLETON : La Conquête du Bonheur Par Xavier de Montépin Chronique Documentaire : La Légende du Sel Par François Laurent NOUVELLE ; L\u2019Oreille d\u2019Ours Par André Theuriet '«BS'TxT\u2019SS*1' ?Jfc-o < îo a ' t\\e^i ¦ :ük .\u2022 1811 \" 8 ¦ LE GOLF DE LA MALBAIE Photo Associated Screen News, Montréal, QUE TOUT LE MONDE AIME Vous pouvez tout aussi bien vous régaler d\u2019une foule de bonnes choses .grâce aux Aliments en Conserve SOUPE\u2014\u201cle seul plat chaud du repas, flippy\t\tL#\u20acA ¦ \tjr*\t > j i\tif],\tIre!\t TROIS PLATS\tPOUR\tL\u2019ÉTÉ I Où que vous alliez, arrangez-vous pour toujours pouvoir varier votre menu.Pour cela, munissez-vous d\u2019aliments en conserve.En été, les plus indispensables sont les trois suivants:\u2014soupes, fèves au lard et jus de tomates.FÈVES AU LARD \u2014toutes prêtes à \u201créchauffer et à manger.\u201d Se servent aussi froides! Soupes, parce qu\u2019au dire des diététiciens la soupe est très importante en été\u2014puisqu\u2019elle constitue souvent l\u2019unique plat chaud d\u2019un repas.F'eves au lard, parce que ce mets est tout prêt, se réchauffe en un rien de temps, ne requiert aucune préparation et est au goût de tout le monde.Jus de tomates, parce que le jus de tomates constitue un apéritif des plus sains et des plus agréables avant le dîner et le souper, et le breuvage idéal avant le déjeuner.JUS DE TOMATES\u2014L\u2019apéritif idéal pour le déjeuner, le dîner et le souper.AMERICAN CAN COMPANY MONTREAL \u2022 HAMILTON \u2022 TORONTO \u2022 AMERICAN CAN COMPANY, LTD., VANCOUVER, C.B 4 8e année, No 5 \u2014 Montréal, 4 juillet 1936 3 Pêcheur et Poisson Carnet éditorial Pêcher n'est pas ce qu\u2019un vain peuple pense; il faut trois choses pour la bonne réussite : le pêcheur, le poisson et surtout la manière .On pêche d ailleurs de bien des façons comme avec des ré\u2018 ultats très divers.Dans l'eau, les gens adroits, ou simplement chanceux prennent des poissons ; je les imite quelquefois mais, le plus souvent, je prends des petits bouts de branches à la dérive, des herbes de longueurs variées et même, une fois, j'ai attrapé un vieux pneu d'automobile.Je l\u2019ai habillé d une couche de peinture blanche et cela m a fait un magnifique rond à fleurs.Les poissons ne sont pas bavards, chacun sait ça, mais ils ont tout de même fait beaucoup parler deux, et.chose admirable, ils ont le pouvoir de donner de l'imagination à bien des hommes, à condition, bien entendu, que ces derniers soient des pêcheurs.J'ai vu l\u2019un d'eux attraper, le matin, une petite per-chaude grosse comme mon doigt et.le soir, ce brave homme était absolument certain d\u2019avoir sorti de l\u2019eau un doré de cinq livres.Il l\u2019affirmait du moins.Les poissons tiennent une place considérable dans la vie des hommes.Il y a près de dix-sept cents ans, le poète Oppien écrivit sur eux un abondant poème en cinq livres ( mesure du doré ci-dessus, mais plus réelle) C'est un ouvrage un peu touffu parce qu il traite de bien des choses, des poissons, des mollusques, des crustacés, de leurs mœurs, de leurs combats et de mille autres choses encore ; il ne manque pourtant ni d élégance ni de précision, et plut certainement à l\u2019empereur Commode à qui le poète le dédia.Une dédicace fait toujours plaisir, même si l\u2019on n\u2019ouvre pas le livre plus loin que la page où elle est écrite.Un autre poète, beaucoup plus tard, le bon La Fontaine, fit une fable dont un vers a pris place au rang des proverbe ; :\t\u201c Petit poisson deviendra grand .\u201d et, s\u2019il fallait faire la liste de tous les livres écrits sur les poissons, y compris les cent mijle manières de L apprêter, je nen finirais pas.Quand je dis \" cent mille \u201d manières, c est peut-être un peu beaucoup, mais c\u2019est dans la note du sujet, le poisson étant le symbole de l'hyperbole avant de sauter dans la casserole.En plus des Halieutiques d\u2019Oppien, beaucouo de papier a été griffonné, au cours des siècles en T honneur des poissons ou des pêcheurs, mais tous peuvent se condenser en une formule d une effrayante simplicité que voici ; \u201c Les gros poissons mangent les petits\u201d.C\u2019est toute Ihistoire de l'humanité en raccourci.Les grands peintres ont plus d une fois cherché l\u2019inspiration dans le domaine des pêcheurs et des poissons.C'est Raphaël avec son imposant tableau de la Pêche miraculeuse.J.Vernet, E Luminais, Guillaume Mesdag, Backhulzen.Van der Meulen, L.Garneray parmi tant d'autres encore.Les grands statuaires ont fait la même chose, et nous trouvons parmi eux : Rude.A Carpeaux, Cumberworth, Du-ret, B.Frison, etc.Les uns et les autres ont fait des chefs-d œuvre, mais les pêcheurs n'en semblent pas plus fiers pour ça.Les poissons non plus, d'ailleurs .Dans l\u2019admirable rivière des Prairies, j'ai eu la surprise un jour de pêcher un poisson à pattes, lequel m'a franchement épaté.Ce curieux animal avait une tête de grenouille, un corps d\u2019anguille, des pattes de lézard et deux splendides ombrelles multicolores à la place des branchies.J étais bien embarrassé de mettre un nom sur le physique de cet ichtyo-batracio-reptile, mais à l'Université Laval on m'a renseigne ; c'était un specimen de la famille des \" nectures Ces poissons à pattes, sans être d\u2019une rareté exceptionenlle ne sont pas communs.Ce ne sont pas les \u201c Nectures pour tous Il y eut d'autres poissons à pattes qui portèrent, ceux-ci, jupes ou culottes, et tinrent, dans la société humaine, un emplacement notoire.C\u2019est Poisson l\u2019Ancien, poète et comédien comique du dix-septie-me siècle ; c'est Poisson Nicola, érudit oratorien de la même époque, grand amateur de mécanique et de belle musique et qui écrivit de beaux livres sur ces choses.C'est Porson Simeon dont la vie est à cheval sur les dix-huitième et dix-neuvième siècles, et qui, de géomètre devint pair de France ; ce qui prouve que l'équerre d'arpenteur mène à tout à condition de bien savoir s orienter.C'est enfin la Pompadour, Antoinette Poisson par ses origines, vraie pompe à finances du temps de Louis le Quinzième, qui, de poisson devint marquise alors que son royal ami se transformait en ce que nos bons amis de langue anglaise appellent tout simplement un \u201c fish .Pendant ce temps-là, le café du roi \u201d foutait \u201d le camp, suivant l'expression distinguée de la favorite.Le Canada en faisait autant.MJ PS* - ; Les Publications Poirier, Bessette 8 Cie, Limitée Membres de L'A.B.C.975, Rue de Bullion, Montréal, Canada Tél.: LAncaster 5819 .\u2014 6002 Entered at the Post Office of S.Albans, Vt as second class matter under Act of March 1S79 - ABONNEMENT - CANADA\tEtats-Unis et Europe Un an\t.$3.50\tUn an\t.\u2014 $5.00 Six mois .2.00 Six mois\t2 50 Trois mois _________ 1.00\tTrois mois\t.- 1-25 Heures de bureau : 9 h.a.m, à 5 h, p in.Le samedi, 9 h.a.m.à midi.AVIS AUX ABONNES \u2014 Les abonnés changeant de localité sont priés de nous donner un avis de huit jours, l'empaquetage de nos sacs de malle commençant 5 jours avant leur expédition.Les gros poissons mangent les petits ; tout comme s\u2019ils étaient des hommes, et cette similitude a quelque chose d'inquiétant.C'est, pour les poissons, une loi de la nature ; pour les hommes, cela semble en être une de la civilisation.Si l\u2019on compare maintenant les deux résultats, on arrive à une conclusion qui n'a rien de flatteur pour l'espèce humaine et ses œuvres.Si les gros poissons ne mangeaient pas les petits, ce ne serait certainement pas drôle du tout.On a calculé qu'en peu d'années, une vingtaine seulement, un couple de harengs suffirait à produire une population pour laquelle les eaux de tous les océans ne seraient pas suffisantes mais, heureusement, il y a les mangés de tout âge.Cela commence par les œufs qui servent de proie à de nombreuses e~pêces d animaux marins ; cela continue ensuite par les petits harengs, les moyens et les autres qui, pour une très notable proportion s'en vont dans l\u2019estomac des autres ou sur les marchés des hommes.La même chose a lieu pour les autres petites espèces ; ainsi se rétablit l'équilibre nécessaire.Et les gros poissons.Ma foi, ils font aussi comme les hommes, ils se dévorent entre eux ; il f.ut même leur arriver detre détruits par plus peiits qu eux, mais alors ils sont vaincus par la ruse et non par la force.Toujours comme chez les hommes.La nature exige visiblement la destruction pa -tielle mais continuelle des poissons par eux-mêmes ; lhomme n'a pas encore l'excuse du manque de place sur la terre pour se croire obligé d\u2019en faire autan; Pourquoi donc alors le fait-il, sinon en vertu de ce qu il appelle un peu à la légère, de la civilisation?On objectera peut-être que les hommes primitifs se cassaient volontiers le museau mutuellement, et qu\u2019ils n étaient pas civilisés.Pardon, ils l\u2019étaient, mais à leur manière, et l homme des cavernes pouvait se croire un être supérieur avec autant de raisons, sinon de raison, que nous-mêmes.Nous avons, à la vérité, fait de notables progrès ; il pouvait à peine parler et nous savons faire des discours, chanter, sacrer, répandre des fausses nouvelles et même imiter les cris d'à peu près tous les animaux : il y a jusqu\u2019à des gens qui savent pailer convenablement.Avec beaucoup d\u2019optimisme on peut prendre ça pour une supériorité, mais le malheur est que ça nous a valu bien des mensonges, des faux rapports, des insinuations malveillante et des injures sans nombre.Cela conduit tout naturellement à la chicane, laquelle se termine souvent de la manière forte.Entre particuliers, c'est une simple affaire de nez en compte avec un œil au beurre noir à l occasion, mais entre peuples, c\u2019est une gravité dont il est presque toujours impossible de prévoir l'importance.Line chicane d individus n est souvent qu\u2019une affaire de pots cassés ; une bataille entre peuples se solde toujours par un large compte de peaux trouées ; suffisamment trouées pour que la vie s\u2019en échappe.Et c'est la civilisation qui a fait ça grâce à toutes ses mécaniques du diable écloses dans la caboche des hommes vraiment \u201d supérieurs \u201d.Prouvez-moi donc le contraire ! Le gros mange le petit.Pour les poissons il n'y a qu\u2019une seule manière ; pour les hommes il y en a trente-six ; le poisson est poussé par l\u2019impérieuse loi de vie, l\u2019homme par tous ses défauts et toutes ses ambitions ; le premier obéit à son appétit, le deuxième cède à ses appétits.Est-ce que, par hasard, le poisson nous serait supérieur ?L\u2019homme en a vaguement conscience, et c\u2019est pourquoi, peut-être, il s'est fait pêcheur.C'est parce qu\u2019il se sent vraiment supérieur et veut avoir le dernier mot en toute chose.Alors, il mange aussi le poisson. 4 LE SAMEDI cr->a \\ « ' La Jolie Voyageuse par Henri Cabaud Ë'express, qui amenait de Paris Robert Lance-ray, arrivait en retard dans la grande ville, chef-lieu d'une ancienne province qui avait été le berceau de sa famille.Le jeune Saint-Cyrien, tout pimpant dans son uniforme, le visage rayonnant à la fois de jeunesse optimiste et de la joie d'être en vacances pour une dizaine de jours, devait changer de train dans cette importante gare de bifurcation et emprunter une ligne secondaire qui le conduirait dans une sous-préfecture, chez une vieille tante où l\u2019avait précédé sa famille, fixée à Paris.Il y passserait vingt-quatre heures avant de repartir un peu plus loin, avec les siens, dans un château où ils étaient conviés pour la durée de sa permission.Il n'eut pas le temps de choisir son compartiment, mais fut tout de suite enchanté, pour l'agrément de ses yeux, de la charmante compagne de voyage que le hasard lui donnait : une toute jeune fille, ravissante, assise sur la banquette en face de celle qu il occupait et dans le coin opposé.Dès l'irruption de l\u2019élève officier, elle avait détourné la tête et froncé légèrement les sourcils, l'air visiblement contrariée.C était une demoiselle très bien élevée \u2014 cela se devinait immédiatement \u2014 et nul doute qu elle n eût changé de compartiment si le train ne s était pas aussitôt ébranlé.Robert Lanceray, qui 1 avait compris, se serait amusé de la frayeur instinctive qu il inspirait à cette jeune personne \u2014 bien que, regardant par la portière, elle affectât la plus parfaite indifférence \u2014 s'il n'avait pas été saisi du double sentiment d'admiration et de respect qu imposaient la beauté, la grâce, la candide pureté de traits de la voyageuse.Lui qui ne s'emballait pas à la légère, il n'avait jamais éprouvé, en présence d'une jeune fille, un sentiment pareil : il lui semblait qu'on ne pourrait aimer celle-là de la même façon que d'autres, mais avec une sorte de vénération, comme une jolie madone envers laquelle on craindrait de commettre un sacrilège en posant trop les regards sur son adorable visage.A cause de cela, il se dégageait d'elle une étrange attirance.C'était, pour Robert Lanceray, très neuf, soudain, irrésistible.Il détaillait l\u2019ovale parfait de son visage, ses yeux fendus en amande, bleus et profonds comme un beau ciel d'été, sa bouche dont le dessin lui-même semblait un sourire de la nature, sa chevelure opulente d'or pâle .Il aurait voulu pouvoir lui témoigner sa sympathie extrêmement vive et son respect, sans que ce fût déplacé, ni qu\u2019elle doutât de son absolue loyauté.Pour se donner une contenance, sans doute, mais apparemment très à l\u2019aise, elle tira d\u2018un porte-musique plusieurs morceaux qu'elle feuilleta tour à tour en les annotant : du Grieg, du Schumann, du Chopin.Une boite à violon était posée dans le filet, au-dessus d elle.Quelle était donc cette jeune fille si distinguée, à la mise soignée, simple et de bon goût ?Elle avait passe l'âge des études.A moins qu elle ne fût élève d'un conservatoire.Professeur de musique, peut-être ?Elle avait l'air si sérieuse, si peu artiste au sens péjoratif du mot ! Un incident favorisa le Saint-Cyrien.Des flammèches ayant volé sur ses partitions, la jolie voyageuse voulut relever la vitre de la portière près de laquelle elle était assise.En dépit d'efforts répétés, elle n'y réussit pas.Elle allait changer de place, quand Robert, sans précipitation, avec une attiude pleine de réserve et d'une grande correction, se leva et s\u2019employa, non sans difficultés, à lever la glace récalcitrante.Après y être parvenu, il salua militairement la jeune fille, en souriant avec déférence et en inclinant le buste, puis alla se rasseoir dans son coin.Un clair : \" Merci, Monsieur !\" le récompensa.S\u2019il avait répondu par quelque fadaise galante, il eût été tout de suite jugé.Il repartit gaiement, mais d'un ton discret : ¦\u2014 Ne me remerciez pas, Mademoiselle, je suis trop heureux d'avoir pu, sans être un mécène, protéger la musique !.Elle eut un sourire à son tour.Il sentait qu elle avait compris le respect qu'il éprouvait pour elle.\u2014'-Vous êtes musiciene, Mademoiselle?J'adore la musique, dit-il, avec un accent de vérité, et pas seulement la Marche militaire de Schubert, mais Grieg, que vous avez là : Peer Gynt.le Matin .la Mort d'Ase .la Chanson de Solveig .¦ ¦ Sur ce terrain, elle devait être tout naturellement incitée à lui répondre, puisqu'il était de taille à discuter avec elle d\u2019un art qui la passionnait.Le trajet était assez long.Ce n'est qu\u2019après une demi-heure d'aimables propos sur la musique, la jeune fille montrant une entière liberté d esprit, la souriante et tranquille assurance d\u2019une petite personne qui saurait fort bien remettre à sa place un malotru, qu'il laissa échapper les mots qui, depuis longtemps, lui brûlaient les lèvres.Il réussit, tant il était sincère, à les prononcer avec une si évidente-bonne foi.qu'en dépit de leur relative audace la jeune fille put les entendre sans en rougir, sans se fâcher, et même s\u2019en divertir.Il lui dit en substance, la vive impression, et si nouvelle, qu elle avait produite sur lui ; qu'elle lui apparaissait comme la matérialisation de la jeune fille idéale.\u2014\tNe vous offensez pas de mes paroles, Mademoiselle.Dans quelques instants, nous irons chacun de notre côté et nous ne nous rencontrerons plus jamais.C est donc sans la moindre conséquence, mais je ne pouvais pas garder secrets les sentiments si rares, si élevés, si puissants que vous m\u2019avez inspirés.De penser que vous en emporterez l\u2019aveu, moins lourd sera mon regret que vous n\u2019ayez été pour moi qu\u2019une fugitive apparition .C'est comme je l'eusse fait moi-même que vous aimera, j'en suis sûr, le jeune homme que vous épouserez \u2014 car il n'est pas possible de ne pas vous aimer comme vous le méritez \u2014 mais il ne vous aimera pas plus que je ne vous eusse aimée, je vous le jure ! Elle sourit encore, amusée, et riposta, avec enjouement : \u2014\tEt vous aimerez de la même façon, exactement, je vous le jure, la jeune fille avec laquelle vous vous marierez ! 11 haussa les épaules, comme pour se plaindre de la bêtise de la destinée : \u2014\tImpossible ! Je ne me marierai pas .On me mariera 1 On, c'est mes parents, le monde, qui pousseront si bien une demoiselle quelconque dans mes bras et moi dans les siens, en resserrant, sans en avoir 1 air, autour de nous, un cercle invisible, mais infranchissable, comme les rabatteurs entourent étroitement, petit à petit, le gibier d'avance condamne\u2019, que nous ne pourrons pas échapper à la fatalité ! Et il lui expliqua que, justement, c'était dans un vague projet de mariage avec une riche héritière, protêt combiné par deux familles, qu'il venait passer de brèves vacances dans la région.Quelle union cela ferait ! \u2014\tPourquoi vous y prêtez-vous ?\u2014\tL enchaînement, la force des choses.Mon père m a fait voir comme une nécessité sociale un mariage de ce genre et serait incapable, non seulement d en tolérer, mais d en comprendre un autre, qu inspireraient des considérations sentimentales .C.n m a fait valoir, et cet argument ne m a pas laissé tout à fait insensible, qu'il serait très flatteur pour moi de conquérir la jeune châtelaine dont il s'agit, car elle a déjà, paraît-il, évincé de nombreux prétendants qui constituaient d'assez brillants partis n en trouvant aucun à son goût et attendant un oi-seau rare. 4 juillet 1936 5 IL DÉTAILLAIT L'OVALE DE SON VISAGE .SES YEUX BLEUS ET PROFONDS COMME UN BEAU CIEL D\u2019ÉTÉ .Illustrations de F.PANNETON La voyageuse ironisa : \u2014 C'est ce qui vous a décidé à vous présenter ! .\u2014 Même paré des plumes de mon shako, je ne me crois pas un oiseau rare ! Mais, puisqu'elle est si difficile, j\u2019ai l\u2019espoir de ne pas lui convenir Je le souhaite d\u2019autant plus, qu\u2019un de mes camarades de \" bahut \u201d, élève des Beaux-Arts, qui s\u2019était mis précédemment sur les rangs, m a fait, juste avant mon départ de Paris, un tableau peu engageant de la personne en question : Mlle de Saint-Hédoc.Alors que ma famille m\u2019en avait vanté, par ouï-dire, le physique remarquable et les hautes qualités morales, il me l\u2019a représentée sous un jour tout différent : rousse \u2014 j\u2019ai horreur des rouses ! \u2014 des yeux sans couleur et sans expression, une bouche pincée, un caractère impossible, ce qui explique qu\u2019aucun prétendant ne lui convienne II ne lui accorde qu\u2019une chose : elle n\u2019a pas d\u2019idées étroites .Mais il ajoute que c\u2019est parce qu elle n a pas d\u2019idées du tout ! \u2014 Comme je vous plains ! Pourtant, je veux espérer pour vous que le tableau de votre ami le peintre est poussé au noir ! Sans être jolie, si d\u2019autres vantent son physique, cette demoiselle ne doit pas être repoussante ! \u2014 Oh ! vous savez, en province, à la campagne, on a vite fait une beauté ! Au royaume des aveugles .\u2014 Elle n\u2019est peut-être tout de même pas borgne ! Son rire argentin enflamma davantage Robert Lanceray qui, sans affectation, avait changé de place au cours de la conversation et était venu s'asseoir en face de la voyageuse : \u2014\tAh ! Mademoiselle, s'exclama-t-il, quoi qu'il en soit, comment pourrais-je, à présent, trouver une autre jeune fille jolie ! Elle regardait vers la voie, l'air de ne pas entendre : \u2014\tMonsieur, vous allez arriver à destination Car il lui avait dit où il descendait et elle allait plus loin.¦\u2014 C'est vrai ! répondit-il tristement, en rassemblant ses affaires.Quel impérissable souvenir j\u2019emporterai de notre rencontre .et que de regrets ! Comme elle esquissait ce sourire d\u2019un charme particulier qui l avait déjà tant séduit et posait sur lui ses beaux yeux chargés d'une pointe d'ironie, le train entrant en gare, il perdit vraiment la tête, lui prit vivement la main et y posa ses lèvres.Mais, avec la rapidité de l\u2019éclair, la menotte se dégagea et s'appliqua violemment sur la joue du Saint-Cy-rien.Celui-ci.au comble de la confusion, n\u2019avait pas eu le loisir de bredouiller la moindre excuse, que, le convoi ayant stoppé en gare, la jeune fille avait ouvert la portière.Il n\u2019eut que le temps de descendre avant qu un employé la refermât.Et, tout désemparé, se jugeant stupide, il resta un bon moment sur le quai, à ragarder son beau rêve s enfuir dans un panache de blanche fumée .Le surlendemain, Robert Lanceray et ses parents quittaient la petite sous-préfecture et c est avec mélancolie que le jeune homme reprenait le train a la station où une idyllique aventure avait eu, pour lui, une si piteuse issue.En regardant vaguement le paysage qui se déroulait sous ses yeux, il essayait d imaginer quelles avaient pu être les pensées de la jeune fille, tandis qu\u2019après son départ elle avait poursuivi sa route.Quelle opinion déplorable elle devait avoir de l'élève officier ! Lorsqu'ils arrivèrent au château de Saint-Hédoc, où les avait conduits une automobile qui les attendait à la gare, d'autres jeunes gens et jeunes filles y étaient installés.Robert, bien sanglé dans son uniforme, la main gantée de blanc à la visière du shako, fit une entrée à sensation.Présentations, révérences, shake-hand et baisemain.Mais, soudain, le Saint-Cyrien rougit, pâlit, perd contenance.Il a aperçu, derrière un premier groupe des hôtes du château, la jolie voyageuse.Il l'entend nommer : Mlle Alice de Saint-Hédoc ! Catastrophe ! Comment son ami le peintre avait-il été amené à lui faire une description aussi fausse de cette jeune fille, si bien que,\t(Lire la suite page 40) üK îitLCwlÉiiMü % Cf ET TANDIS QU\u2019lL S\u2019INCLINE, ALICE LUI TEND GENTIMENT SA MAIN À BAISER 6 LE SAMEDI Chronique Documentaire : La légende du sel Par François Laurent C'est, en effet, mieux qu'une histoire, c\u2019est presque une légende que le récit de tout ce qui se rapporte au sel ; ce modeste minéral, qui joue un rôle extrêmement important dans notre existence, a été connu de toute antiquité.A vrai dire, son histoire n'a pas de commencement.Le sel n\u2019est pas un produit fabriqué dans les laboratoires, c'est la nature qui le fabrique, et il est aussi vieux que la terre elle-même.Nous ignorons absolument comment le sel s\u2019est formé aux époques lointaines où la terre était encore jeune, et nous ne pouvons même pas nous en faire une idée.Nous savons fort bien aujourd'hui qu\u2019il existe en quantités énormes dans les océans et que, d'autre part, il est des pays où des mines de sel d\u2019une grande importance sont en exploitation.D\u2019après une théorie qui fut longtemps admise, on pensa que l\u2019eau des pluies, pénétrant le sol et formant des sources nombreuses avait ainsi graduellement entraîné à la mer une proportion de sel terrestre qui alla toujours en augmentant.On pensa pouvoir calculer ainsi, approximativement du moins, la date de formation des océans mais ce calcul manquait de bases certaines.Les océans ont, en effet, changé de place plusieurs fois au cours de l'existence de la terre et leur salure a donc pu être opérée directement par le contact avec les sols salins.De plus, il est probable et même certain que de véritables mines de sel se trouvent dans le fond des océans et en entretiennent ou augmentent ainsi la salure.Les savants sont généralement d\u2019accord pour dire que la vie a commencé à se manifester dans les mers ; ce fut donc en contact avec le sel et elle s\u2019y adapta d\u2019une manière formelle.La partie liquide du sang de tous les animaux en bonne santé \u2022\u2014 l\u2019homme compris \u2014 contient les mêmes substances que l\u2019on trouve dans l\u2019eau de mer et à peu près dans les mêmes proportions.Si ces proportions faiblissent, la vie devient languissante et même finit par s\u2019éteindre.Les premiers hommes ressentirent naturellement le besoin de sel, mais ils ne disposaient pas de nos moyens actuels pour se le procurer ; c'était alors une substance précieuse, et c'est ce qui fit que les lacs ou sources laissant des dépôts de sel ou les rochers qui en étaient garnis par évaporation, devinrent autant d'endroits privilégiés et revêtirent même parfois un caractère sacré.Le sel prit ainsi place dans divers rites religieux, et son importance devint telle qu'il y eut parfois des guerres sanglantes dans le but de s'assurer la possession du précieux minéral.Comment et quand le sel fut-il découvert et mis en usage pour la première fois par l\u2019homme, c\u2019est ce qu\u2019on n'a jamais pu établir.Les anciens Chinois, les Egyptiens et les Hindous ont essayé vainement de fixer cette époque qui se place certainement bien avant que l'homme ait pu établir des documents quelconque permettant de constater ses activités.Nous connaissons cependant aujourd'hui les principaux endroits anciens de grande production ainsi ÏÏÈÊsm.WÊÊ'& iKlIh llll§§ -% Vfect» ÜÜ llwW® 11 \u2022 s isiiii HH! , .: * iiæ HHüwjai warn LE PUITS PRINCIPAL D EXTRACTION ET LES CHARGEURS ROUMAINS DANS LA MINE DE SLANIC.que les procédés alors en usage.Sur les rives de la Mer Morte, on procédait à l'évaporation de l\u2019eau par les rayons du soleil et des bassins de faible profondeur avaient été aménagés à cet effet ; c\u2019était le principe des \u201c marais salants \u201d qui existent encore aujourd'hui dans nombre d'endroits.De la Mer Morte, le sel était transporté au loin par des caravanes de chameaux et d\u2019ânes fortement escortées pour les protéger de toute attaque.La grande valeur attachée au sel se retrouve dans les plus anciens écrits, par exemple le Livre de Job, datant d'environ 2250 ans avant l\u2019ère chrétienne ; elle est encore affirmée par les paroles du Sauveur à ses disciples : \u201d Vous êtes le sel de la terre, \u201d Dans les documents historiques il y a de nombreuses allusions au sel ; les anciens Grecs l'hono-raient d'une manière toute spéciale ; les mères Juives en frottaient leurs bébés afin de leur assurer une santé vigoureuse ; les Indiens l'appelaient \u201c le sable blanc magique \" et dans quelques tribus existant encore aujourd'hui, les enfants portent toujours un peu de sel dans un sachet pendu à leur cou afin de se protéger du mauvais esprit.Dans bien des pays, autrefois, le sel servit de monnaie d'échange, et cet usage persiste encore dans certaines contrées de l\u2019Afrique.Les légionnaires de l\u2019ancienne Rome recevaient une partie de leur paye sous forme de sel ; cela s\u2019appelait le \" salarimu \", dont nous avons fait le mot \" salaire\u201d.Il nous arrive même parfois de dire d'une personne que nous jugeons sans importance quelle ne vaut pas son sel.En Abyssinie, jusqu a ces derniers temps, l'argent était figuré par de petites tablettes de sel appelées \u201d amoulies \" et, dans les districts montagneux de la Nouvelle-Guinée, c'est toujours le sel qui sert de base pour les échanges commerciaux.Dans 1 ancienne Angleterre, le sel servait à établir un usage de prépondérance parmi les convives d un banquet ou d'une réception quelconque.Un grand plat, plein de sel.était posé sur la table et les convives qu on voulait honorer spécialement étaient placés entre ce plat et le haut bout de la table ; ceux de moindre importance étaient \" au dessous du sel.Passer la ligne du sel était, en conséquence, un honneur très recherché.Jusqu\u2019à ces dernières années, en Russie, les jeunes mariés n\u2019entraient pas dans leur nouvelle maison sans jeter un peu de sel dans tous les coins ; ils étaient persuadés que cela éloignerait d\u2019eux la mauvaise chance.ue guerres de grande importance, es nations belligérantes ont essayé de se priver mutuellement de leurs ressources de sel.et la grande mine de sel de Wiehczka en a été la preuve en maintes occasions.Les anciens Romains construisirent une de leurs plus grandes voies demeurées célèbres, la Via Salaria, pour assurer le transport du sel d'Ostie à Kome, aim qu aucun ennemi ne pût priver Rome de la precieuse denrée.Au cours de la guerre civile américaine, les trou-pes qui se dirigeaient vers la Nouvelle-Orleans eurent, parmi leurs principaux objectifs, la capture üon dursCud.Sa eCS qU1 aPProvis'onna*cnt la popula- tm°\" l! r0it'ke! \u201c°yanCes peuples, leurs cou-umes et leur histoire en général, évoluent autour de 4 juillet 1936 7 ce \u201c sable blanc magique sans lequel la santé serait compromise gravement et toute cuisine absolument sans goût.Pourtant, ce sel que des nations ont honoré, pour lequel elles ont lutté et souvent sacrifié des milliers d'existences, ce sel nous ferait certainement faire la grimace si on le servait sur notre table aujourd'hui tel qu'on le consommait autrefois.11 était alors grossier, souvent grisâtre et mélangé de matières étrangères qui lui enlevaient une notable partie de sa valeur.Aujourd\u2019hui, les méthodes d épuration en ont fait une poudre blanche, qui glisse soyeusement entre les doigts et dont la saveur n'est affaiblie par aucune matière étrangère.Malgré tous ces avantages, nous le payons beaucoup meilleur marché que nos ancêtres et, surtout, nous n'engageons plus de guerres pour sa possession.On traite aujourd hui le sel scientifiquement mais cela n\u2019empêche pas d'en faire la récolte par des moyens qui ne diffèrent pas grandement des anciens procédés.Le système d evaporation solaire est toujours mis en pratique mais il s\u2019est amélioré dans les détails comme dans l'ensemble.Les marais salants modernes sont alimentés par de petits canaux dont on peut régler ou fermer le debit à volonté.Une partie de l eau s'évapore sous l\u2019action du soleil, h autre est dirigée dans des chauf-foirs qui sont d'autres bassins très peu profonds et à grande surface ; enfin, cette eau dont la salure est maintenant très forte, s en va dans \" l\u2019oeillet \" où la cristallisation se fait.Cet \" œillet \u201d est lui-même un bassin peu profond et entouré de petites digues.Les \" paludiers \" \u2014 ceux qui travaillent à cette industrie \u2014 font la récolte du sel en écrémant les œillets à l'aide de râteaux de bois à long manche.On ramène d'abord le sel blanc, ou sel de crème, ensuite vient le sel gris ; c'est le plus abondant mais il faut un certain tour de main pour ne pas le mélanger plus tard sur de grandes plates-formes en véritables \u201c muions de dix à douze pieds de hauteur.Il reste maintenant là jusqu à la mise en sacs qui peut se faire attendre plus ou moins longtemps.Il y a, par exemple, la question de la pluie qui peut causer bien du déchet lorsqu'elle tombe sur les muions ; quand on est obligé de maintenir ceux-ci longtemps en place, on les recouvre de terre glaise qui agit comme protection efficace.il UN MARAIS SALANT ACTUEL.\u2014 l\u2019eau s'évaproe DANS LES BASSINS DE TRÈS FAIBLE PROFONDEUR ET LAISSE UN ABONDANT DÉPÔT DE SEL.mm- f .\t¦ VjfSS Il faut en effet éviter la vente pendant les temps de baisse et profiter autant que possible de la hausse ; on a vu le sel descendre jusqu'à $1.80 la tonne et monter jusqu'à $12.00.Avant, toutefois, d'être livré à la consommation, il doit surbir une préparation industrielle importante et qui en enlève toutes les impuretés, ce qui accentue sa faveur et lui donne plus de franchise.C\u2019est l'opération du raffinement.En ce qui concerne les mines de sel, si les opérations du raffinement sont les mêmes, celles de la production diffèrent complètement ; on va le chercher sous terre à la manière du charbon.Citons, parmi celles-ci, la mine de Slanic, en Roumanie, qui occupe une vaste région où les dépôts sont immenses.Cette mine a été formée vers le milieu de l'époque miocène, alors que la mer recouvrait toute lEurope centrale.Les eaux se sont retirées lentement et en abandonnant, sur l'emplacement de la Roumanie actuelle, des grandes lagunes d eau salée qui furent à l'origine des mines actuelles.On ne connaît pas exactement toute l\u2019étendue de ces gisements, mais ies sondages ont révélé que leur épaisseur est d\u2019environ deux mille cinq cents pieds.Il y a là de quoi fournir du sel à la terre entière pendant de longues années.Celles de Wiediczka, en Pologne, sont également considérables ; la partie actuellement exploitée a deux milles et demi de longueur sur un de largeur et mille pieds d'épaisseur Il y a, à l'intérieur de la mine elle-même, de grandes salles qui servent d\u2019entrepôts ; les plus belles ont été aménagées, polies, ornées de colonnes, de statues et de lampadaires, tout cela sculpté dans le sel ; cela produit un effet prodigieux aux lumières.m Cette mine est en exploitation depuis déjà longtemps ; on ne connaît pas exactement l'époque de sa découverte, et elle est mentionnée, pour la première fois, dans un manuscrit date de 1 année 1044 où elle e\u201d't désignée sous le nom de \" Magnum sal ou Grand Sel.On y voit encore une magnifique chapelle, sous le vicable de Saint-Antoine, et qui est un lieu de pèlerinage célèbre dans toute la Galicie.Tous les ans, le 5 juillet, une messe solennelle y attire un grand nombre de fidèles.Tout ce qui précède n est qu un rapide aperçu dans l'histoire ou, mieux, la légende du sel, car il y aurait un bien gros volume à écrire à ce sujet ; des quelques renseignements qu'on vient de lire se dégage toutefois une certitude rassurante : nous ne sommes plus exposés à manquer de ce \u201c sable blanc \" si utile, ni à nous battre pour le posséder.Si les mines de sel venaient à s'épuiser, il resterait toujours la mer immense avec ses ressources qui ne seront jamais taries.UNE GARE DANS LA MINE DE SEL DE WIELICKZA.UNE CHAPELLE DANS LA MÊME MINE.REPRODUCTION D UN ANCIEN TABLEAU RELATIF À LA GUERRE DES HERMANDURI CONTRE LES CHATTI POUR LA POSSESSION DE MINES DE SEL DANS LE PREMIER SIECLE DE L'eRE CHRÉTIENNE. 8 le samedi PHOEBE Illustration ELLE ME FIT ASSEOIR TOUT PRÈS d'elle, SUR UN PETIT TABOURET.L\u2019Oreille d\u2019Ours par André THEURIET Je venais d'entrer dans ma quatorzième année.On prétend que le corps de l'homme subit tous les sept ans une transformation, de meme que le ver à soie change quatre fois de peau avant de filer son cocon.Pour ma part, ce que je sais bien, c'est que vers la fin de cette seconde période septen-tenaire, il se produisit en moi une mue morale bien caractérisée, le prenais des airs sérieux; les joueries de mon enfance ne me satisfaisaient plus ; meme les livres d'images, qui m'avaient tant de fois mis les yeux et 1 esprit en fete, me paraissaient monotones comme un vieux chemin trop souvent parcouru, je commençais ma quatrième, je trduisais les Bucoliques de Virgile, et je m in e-ressais d'une façon très particulière aux Amanllys et aux Galathees que chantait le poète.Entre les lignes noires de mon livre, je voyais glisser leurs for- mes féminines, \" plus douces que le thym ]e devenais rêveur : certains vers me remuaient tout le corps d un frisson mystérieux, et me donnaient le pressentiment de je ne sais quelles tendresses inconnues.De mes prédilections enfantines, je n'avais gardé qu'un goût très vif pour le logis d'une vieille voisine, chez laquelle j'avais été élevé et où je passais toutes mes heures de liberté.La maison a disparu pour faire place à une bâtisse neuve, mais je la vois encore dans ses moindies détails.\u2014 Elle était précédée d\u2019une de ces vastes remises, où les vignerons de mon pays fabriquent leur vin et qu'on nomme des fouleries.Cette foulerie était plongée dans une ombre crépusculaire d'où se détachaient de hautes cuves sonores et des confus entassements de tonneaux.On montait quelques marches et\t(Lire la suite page 38) 4 juillet 19 3 6 9 NOTRE FEUILLETON (No 7) Illustration de F.BAZIN QUE s'eST-IL PASSÉ ?EST-CE UN ACCIDENT, EST-CE UN ASSASSINAT ?La Conquête du Bonheur par Xavier de Montépin IL LUI sembla qu\u2019elle venait d entendre d stinctement ces mots : \u2014 Je suis innocent.je le jure \u2014 Tu jures devant Dieu que tu n\u2019as pas voulu tuer M.d Harblay?Les lèvres du muet répétèrent silencieusement: \u2014 ! Je le jure!.Léonide se sentait ébranlée;\u2014 elle doutait encore cependant.\u2014 Tu le jures sur la tombe de ma mère?\u2014 reprit-elle.\u2014 Oui.\u2014 Sur la mémoire de ta sainte femme qui fut mon autre mère?\u2014 Oui oui.oui.\u2014répéta Jacques du geste et, le souvenir évoqué remuant toutes les fibres de son cœur, lui dit en larmes.\u2014Ah! je te crois.je te crois, mon vieil ami!.\u2014 fit Mme de Trêves attendrie en lui tendant la main qu\u2019il pressa contre ses lèvres.\u2014Mais qui donc, alors, qui donc a voulu ! assassiner?.Publié en vertu d'un traité avec La Société des Gens de Lettres, RESUME DES CHAPITRES PRECEDENTS ?Dans un château de Lamorlaye se trouvent une après-midi quatre personnages : Le baron Max de Trêves, la baronne douairière, sa mère, la baronne Léonide, sa femme, que, ruiné, il a épousée pour redorer son blason avec les millions de sa dot et Georges de Nerville un cousin sans fortune.Ce jour-là, malgré les pressentiments exprimés par la jeune baronne, d\u2019ailleurs depuis le jour de son mariage en butte au mépris de son mari et à l\u2019hostilité de sa belle-mère, Max de Trêves veut absolument sortir et est mordu cruellement par un chien enragé.Par un bienheureux hasard le Dr d\u2019Harblay, se trouvant sur le lieu de l\u2019accident, donna au blessé des soins immédiats et se fit fort d\u2019assurer sa guérison.Cependant la baronne douairière fait venir de Paris un vieux médecin de la famille.De là, conflit, Max de Trêves et sa femme soutiennent Lucien d\u2019Harblay et l\u2019autre doit se retirer.Georges de Nerville, qui aime en secret Léonide et convoite sa fortune, retrouve une ancienne amie qui lui donne de pernicieux conseils.Le docteur lui-même éprouve une émotion indéfinissable chaque fois qu\u2019il se trouve en présence de la jeune baronne et celle-ci sent naître pour lui un amour qui l\u2019épouvante.Grâce à la générosité de Georges de Nerville, son amie Marie Mutel, achète un fonds de commerce à Chantilly.La baronne douairière manœuvre pour obtenir l\u2019augmentation de la maigre rente qui lui serait versée en cas de décès de son fils Max de Trêves.Dans le but de pouvoir épouser Léonide et entrer en possession de sa fortune Georges de Nerville tente d\u2019assassiner dans la nuit le docteur qui soigne son cousin.Le muet répondit par un mouvement d\u2019une éloquence terrible.\u2014 Ah! si je le savais!.\u2014 disait ce mouvement.\u2014 Tu ne devines rien?Jacques secoua la tête.\u2014 Tu n\u2019as de soupçon sur personne ?Nouvelle dénégation.\u2014 Raconte-moi comment s\u2019est faite la découverte terrible.Le père nourricier de Léonide tira de sa poche son ardoise qu\u2019il présenta à la jeune femme.Elle y lut le récit écrit par lui le matin de ce même jour pour répondre au garde général.\u2014 Et\u2014demanda-t-elle après avoir lu\u2014on a trouvé trace du passage de ce prétendu braconnier?\u2014 Oui.\u2014mima le vieillard.\u2014 Mais aucun indice qui puisse mettre sur sa piste?\u2014 Aucun.\u2014 Que sais-tu de l\u2019état du docteur?Jacques baissa la tête.( Lire la suite page 28 ) 10 LE SAMEDI NOTRE ROMAN COMPLET :\ttrois secondes encore, et il va être piétiné par l'animal furieux.wmm \"\u2018\u201c¦WWW! - ***.' * -V ¦ m,?M I Le Mystère de la Daine Bleue Par Paul Bray dusses Illustrations de Saint - Loup Le père.Antoine acheva son verre de vin à l'office, s essuya la bouche avec la manche de sa veste et remercia Catherine, la cuisinière.Puis, sur le seuil, il cligna des yeux, assujettit son grand chapeau de paille et déclara.,\u2014 Va encore faire rudement chaud, aujourd\u2019hui !.Sur ces paroles empreintes de la plus incontestable vérité, il se mit en route à travers le parc immense qui s'étageait sur le coteau.Le père Antoine était le jardinier principal du château de Saint-Pierre, \u2022Le château de Saint-Pierre était une magnifique propriété très connue à la ronde, située entre Mar-mande et Duras, dans le Lot-et-Garonne, Paysaqe pittoresque dominant la vallée de la Garonne.De là-haut en voyait un panorama en tous points remarquable.Les bois, les champs prenaient un relief de carte géographique coloriée, dans laquelle dominaient le vert et le brun.De ci, de là.des petits filets étincelant au soleil: c étaient des cours d'eau se perdant au milieu des prés: le ruisseau du Loup, le ruisseau de la Caubon, celui de Lagupie, etc.Pays de fertile richesse, prometteur d'abondantes moissons procréées par une terre féconde et grasse.Le père Antoine, dont les soixante ans rendaient l\u2019ascension quelque peu fatigante, par cette matinée de juillet qui promettait une journée torride, parvint jusqu'à l'endroit appelé le Plateau, composant une surface relativement plane.Il souffla : \u2014 J\u2019vas m'reposer cinq minutes dans l'abri.Il atteignit une hutte assez rustique, prometteuse d'un peu de fraîcheur et d ombre, et s\u2019y réfugia.Il y avait là quelques outils, dont il se servait habituellement.Après un court repos, il choisit une bêche, retira son veston, roula ses manches au-dessus du coude, cracha dans ses mains, et se décida à se mettre à la besogne.Cette partie du domaine était, de par la volonté du propriétaire, M.Dalayrac, laissé dans un état de semi-sauvagerie.C'est-à-dire que, tout en veillant à une propreté et à un ordre scrupuleux, le père Antoine avait pour instructions d'entretenir fougères et bruyères, buissons et fourrés.Les allées étaient plantes vivaces et poussant dans un abandon artistement limité.On y voyait des ronces et des mûres, des aubépines et des chardons.Cela s appelait le Bosquet.Le parc proprement dit se trouvait aux alentours immédiats du château La triomphaient parterres et corbeilles.Là.ce n'étaient que massifs ornementaux.Mais la propriété était tellement grande que M.Dalayrac avait voulu, par une amusante originalité, donner à un coin l'apparence négligée de tout ce qui est abandonné à soi-même.Sa bêche sur 1 épaule, le père Antoine contourna une haie de genêts, Les yeux fixés au sol pour éviter la réverbération du soleil, il lui sembla voir quelque chose de blanc dans le fourré.Il allait passer outre, quand 1 idée lui vint que ce pouvait être quel- 4 juillet 1936 que linge appartenant à la domesticité et que l'on aurait oublié là, après T avoir mis à sécher.Il s'arrêta, écarta le feuillage avec son outil, et, tout à coup, il se mit à flageoler sur ses jambes.\u2014\tQuoi ?Quoi ?.bégaya-t-il.Il venait d\u2019apercevoir un cadavre .L\u2019homme était étendu face contre terre et avait les jambes pliées aux genoux, sans doute pour éviter qu elles dépassassent sur le sentier où se trouvait le pere Antoine.Il était vêtu d'un élégant pantalon de flanelle blanche, chaussé de daim de même couleur, et portait, chose assez caractéristique, une veste de toile dont la coupe était nettement celle des colonies.Un casque de liège, également colonial \u2014 il n y avait pas à s\u2019y méprendre \u2014 était profondément enfoncé sur la tête, comme si on l\u2019avait forcé, car d\u2019après la position même du corps, il n'aurait pu rester en équilibre.Inutile de dire que le père Antoine était incapable de faire toutes ces constatations, même en temps ordinaire.Pour le moment, il trottait, autant que ses jambes et l\u2019émotion le lui permettaient, vers le château, pour donner l'alarme.\u2014\tY a un mort ! .Y a un mort ! .11 s'écroula dans la cuisine et roula des yeux exorbités Catherine lui fît boire une gorgée de rhum.Entre temps, elle avait alerté les autres domestiques Jérôme, le valet de pied, courut prévenir M.Dalayrac, pendant que le reste de la troupe, qui avait appris l'effarante nouvelle, s empressait vers le Bosquet.M.Dalayrac ne tarda pas à apparaître, à son tour, sur les lieux de la découverte.C'était un homme jovial, haut en couleur, le type du riche propriétaire rural qui se complait chez lui d\u2019un bout de 1 année à h autre, entre sa femme et ses grands enfants.Une perpétuelle bonne humeur, une réputation d homme généreux et serviable, qui soulageait toutes les infortunes du pays et ouvrait la porte à deux battants aux voisins et amis.Bouleversé, comme il se conçoit, il poussa une exclamation : \u2014\tMais .Mais, c est M.Marland !.Il l'avait immédiatement reconnu à sa silhouette et surtout à sa vêture.11 n'y avait que M.Marland pour affectionner ainsi la veste et le casque coloniaux.\u2014\tFaut-il le dégager de là, monsieur Dalayrac ?Le propriétaire allait répondre par l'affirmative, quand il lui vint à l'esprit qu il valait mieux tout laisser en place pour les constatation judiciaires.\u2014\tNon .Non .Allez d'abord avertir la gendarmerie de Marmande .Jérôme, sautez sur votre bicyclette .Ou plutôt, courez prévenir Firmin d\u2019avoir à préparer l\u2019auto .Je vais y descendre moi-même .Ah, mon dieu, pauvre monsieur Marland .Et surtout que l'on cache cette .ce malheur à madame .Je ne veux pas quelle voie le cadavre.Elle en serait trop effrayée .Allez, mais allez donc, Jérôme !.Vingt minutes plus tard, la grosse limousine du château s'arrêtait devant un édifice surmonté d un drapeau tricolore, à Marmande.M.Dalayrac s engouffra en coup de vent.\u2014\tBrigadier .Venez vite .On a découvert, dans mon parc, le cadavre de M.Marland La stupeur du représentant de la loi ne fut pas moins forte que celle du châtelain.M.Marland ?Mort 7 Assassiné ?\u2014\tJe ne sais pas, répondit son compagnon, dans la voiture, pendant qu\u2019on marchait grand train vers le coteau.Je n\u2019ai pas vu de sang.Une fois arrivés, les deux hommes constatèrent, qu'en effet, le corps ne portait nulle trace de violence.Le casque colonial une fois retiré, non sans effort, le brigadier constata que la face portait un rictus de souffrance.Aucun autre indice.\u2014\tIl va falloir prévenir la police de Périgueux.décida-t-il.En attendant, je vais interroger le père Antoine qui a donné l\u2019alarme, Où est-îl ?On trouva le jardinier dans la cuisine où il buvait son rhum.A peu près remis de ses émotions, et même rendu loquace par l'absorption de tant de petits verres \u2014 à vrai dire, il eût préféré de l'armagnac \u2014 il entreprit un récit qui n apporta nul éclaircissement, pour la bonne raison qu il ne savait rien.Chapitre II La police de Périgueux arriva au milieu de l'après-midi.Le cadavre avait été placé dans une petite pièce basse des communs, allongé sur une table.L\u2019homme qui avait été grand et mince de son vivant, paraissait, dans son repos éternel, plus grand encore Le visage était sinistre avec ses joues déjà bleuâtres de barbe poussée après la mort.Les yeux vi-\t\" non seulement le complice, vouziers, mais l'instigateur du crime ! @1 ' .à S às 12 LE SAMEDI treux regardaient le néant.Quel-qu un, pieusement, abaissa les paupières, et joignit les deux mains sur la poitrine, M, Marland, homme d'une quarantaine dannées environ, était un célibataire, ami des Dalayrac.Il possédait.à Marmande, une vieille demeure où trônait un coup'e de serviteurs qui l'avait connu tout enfant et gardait la maison durant les lon-ues absences du maître.Car le dé-unt était fonctionnaire colonial à Madagascar, et ne faisait son apparition dans le pays qu'à l'époque de ses congés.Il venait d'arriver depuis une quinzaine de jours pour passer six mois en France.L examen de la police périgourdine fut supérieur à celui de la gendarmerie marmandaise.On découvrit, en manipulant la tète, une curieuse blessure à la nuque.Le docteur, aussitôt mandé, déclara que l'homme était tombé foudroyé par suite du percement du cervelet à l'aide d'une longue tige très effilée.\u2014 Il a dû s'écrouler sans une plainte .Foudroyé, vous dis-je .La mort ne remonte certainement pas à plus de vingt-quatre heures.\u2014 Mais bien sûr ! intervint M.Dalayrac, puisque hier soir encore il était bien vivant !.Je voulais le garder à dîner .\u2014 On l'a tué cette nuit, alors ?fit le policier de Périgueux.Le docteur hocha négativement la tête \u2014 On l'a découvert ce matin à neuf heures .Il en est cinq de l'après-midi.Cela donne un délai de huit heures.D'après vous, M.Dalayrac, il était déjà rigide, n est-ce pas ?Oui.Bon.J'ai dit pas plus de vingt-quatre heures, mais certainement pas beaucoup moins .\u2014 Comment?.Mais c'est impossible !\t.J\u2019avais du monde chez moi hier Puisque je vous répète que je voulais garder M.Marland à dîner avec mes autres invités .C\u2019est Monsieur \u2014 le châtelain désigna le policier \u2014 qui doit avoir raison.Le docteur prit un air pincé.\u2014 J\u2019ai rendu mon diagnostic, et je ne crois pas me tromper, dit-il d\u2019un air sec.Pour le reste, ce n\u2019est pas mon affaire.Que ces messieurs de la police travaillent à leur guise, je ne pourrais les aider davantage.Il prit sa serviette sous le bras, salua à la ronde, et s\u2019en fut, très digne.Les assistants en restèrent éberlués.Le transport de la dépouille fut fait à la nuit tombante, pour éviter les malsaines curiosités.Les malheureux serviteurs de M.Marland accueillirent le funèbre cortège, les yeux ruisselants de larmes.Ils s\u2019installèrent pour la veillée funèbre.En raison de la chaleur, les funérailles devaient avoir lieu le lendemain, sans plus attendre.Rentrés au commissariat, les deux représentants de la loi \u2014 le commissaire lui-même, M.Vouziers et son secrétaire \u2014 étaient fort embarrassés.C'était la première fois qu\u2019une pareille affaire leur tombait sur les bras.C'était l\u2019obscurité la plus complète.Comment s\u2019orienter ?.Pas de point de départ.Les deux hommes, assis chacun à leur table dans le bureau commun, n'échangeaient pas une parole, plongés dans d\u2019amères méditations.Finalement, le commissaire releva la tête et articula : \u2014 Alors, Labenne .Qu'est-ce que vous en pensez ?\u2014 Je n\u2019y comprends rien, patron, avoua l\u2019autre.M.Vouziers, pas davantage! Mais, par un sursaut d\u2019amour-propre, il Publié en vertu d\u2019un traité avec La Société des Gens de Lettres.négligea d'en convenir et poussa un grognement confus.Le secrétaire poursuivit : \u2014 Et .si I on demandait son avis à M.Mczin ?Le commissaire haussa les épaules, sans répondre.Labenne n'insista pas, mais il se mit à observer son supérieur à la dérobée.La proposition, qui n\u2019avait pas été jetée au hasard, paraissait peu à peu produire son petit effet.Elle germait.Le visage de M.Vouziers reflétait le cours des pensées intérieures.L\u2019homme eut un nouveau mouvement de dédain, mais moins accentué.Il combattait avec lui-même.Labenne dissimula un sourire fugitif.\u2019\u2019 Il y viendra .se dit-il.\" Aussi, son étonnement fut nul quand M.Vouziers d\u2019un air dégagé, murmura : \u2014 Ma foi, ce sera toujours amusant de voir comment ce vieux maniaque jugera la situation.En subordonné diplomate, le secrétaire se garda bien d'extérioriser sa satisfaction II éprouvait une grande considération pour ce M.Mézin, qu'il avait déjà eu l'occasion de consulter \u2014 en cachette, cela va sans dire \u2014\tet qui s'était toujours montré d'une remarquable ingéniosité.Ce M.Mézin était un petit rentier qui habitait cour Fénelon, à rentrée de la ville, sur la route de Brive, une petite maison dans laquelle il vivait seul.Une femme de ménage suffisait à ses besoins, depuis vingt ans qu\u2019il était veuf.Il devait avoir environ cinquante-cinq ans.A considérer ses cheveux d'un blanc de neige, on lui eût certainement donné davantage.Mais son visage frais et rose, le vif éclat de son sourire \u2014 il avait gardé une denture très blanche et intacte \u2014\tl\u2019agilité surprenante dont il faisait preuve, le rajeunissaient nettement.M.Mézin paraissait avoir toujours vécu à Périgueux.Aussi loin que remontassent les souvenirs du patron du petit café où il faisait chaque soir sa partie avec le commissaire et Labenne, on l'avait vu, après dîner, arriver ponctuellement à la même heure, Il accrochait son chapeau à une patère, suspendait en dessous son parapluie, été comme hiver.En hiver.il arborait un pardessus et un cache-nez de laine.En été, il portait un veston d\u2019alpaga.Mais.l\u2019immuable parapluie était toujours là, à croire qu\u2019il faisait partie intégrante de sa personne.Les plaisantins affirmaient qu'il couchait avec.On ne savait, au juste, quelle avait été sa profession jadis.Mais à remarquer son habileté aux échecs et sa passion pour les mathématiques, on pouvait supposer que M.Mézin avait fait des études dans sa jeunesse et qu'il les avait interrompues pour recueillir la succession paternelle, qui lui avait permis de couler une vie tiède et calme, dans la douillette médiocrité de ceux qui n\u2019ont pas d'histoire.La grande passion secrète de Mézin était la lecture des romans policiers et des études judiciaires.Il ne se produisait pas une seule affaire qu\u2019il ne la disséquât à fond et en discutât avec le commissaire de police.Celui-ci s\u2019en amusait toujours, car il ignorait l\u2019importance que le Antonio Valteze vieux petit rentier, comme il disait, accordait dans son esprit, à tous ces problèmes.Il croyait à une manie.Mais Labenne, plus clairvoyant ou plus curieux que son supérieur, avait fini par discerner que M.Mézin possédait une surprenante logique, pour peu qu'on consentît à l\u2019écouter sans intention de le contredire systématiquement \u2014 Voulez-vous que ce soit moi qui lui en parle?proposa le secrétaire, autant pour épargner la vanité du patron, que pour s\u2019assurer la certitude que M.Vouziers ne changerait pas d'avis à la dernière minute.\u2014 Si vous voulez.fit l'autre, désinvolte.Chapitre III M.Mézin était déjà à sa place habituelle, une table au fond de la salle, près de la fenêtre, quand Labenne fit son apparition.Le chapeau et le parapluie sacramentels, accrochés à 1 entrée, avaient renseigné le secrétaire.Il s\u2019avança, la main tendue.Le Retour des Oiseaux Venez, petits oiseaux vivant dans les forêts Répéter vos refrains au printemps qui s'éveille; Revenez dans les champs que couvrent les guérêts Redire vos chansons pour l\u2019écho qui sommeille.Vous aimez, dites-vous, aux premiers jours d'avril.Venir dans mon pays gentilles hirondelles ?Vos vieux nids sont encor au pignon du fenil Qui brave la tempête et les eaux torrentielles.Oui.i aime le printemps dans son air langoureux.Et la brève chanson des aimables fauvettes; Le matin est pour moi dans mon foyer soyeux L'écho rythmant toujours mes vieilles chansonnettes Revenez dans nos bois, ou parmi les moissons Voir vos nids en lambeaux cachés sous la verdure; Construisez dans la mousse et parmi les buissons Tous de nouveaux logis et laissez la masure.En venant chaque avril habiter mon pays.Vous annoncez partout le printemps qui commence.Et bientôt l'on verra dans les champs de maïs.Les corneilles volant au sol leur existence.\u2014 Bonjour, ou plutôt bonsoir, monsieur Labenne, dit le rentier, d une voix de fausset.Vous êtes seul, ce soir ?\u2014 Oui, monsieur Mézin, répondit-il, en s'asseyant Cumme vous le voyez, je suis seul.M.Vouziers est plongé dans l'étude d une affaire toute récente.\u2014 Ah ! bah ! flûta M.Mézin.Il est arrivé quelque chose à Périgueux ?Quelque chose qui nécessite tant de travail ?\u2014 Non, ce n\u2019est pas dans la ville.La conversation, ainsi commencée, fut rapidement aiguillée par Labenne de manière à exciter l'intérêt de son vis-à-vis.Celui-ci, qui avait commandé un échiquier, fit signe au garçon, tout surpris, de le remporter.Les bras croisés sur la table, il écouta, un sourire d intérêt aux lèvres.\u2014 N cst-ce pas que c'est passionnant, monsieur Mézin ?acheva le secrétaire du commissariat, -Oh! Très curieux .très curieux glossa l'homme aux cheveux blancs.Et il regarda son compagnon qui s'était tu.Labenne s attendait à une réaction plus longue.Il aurait cru que M.Mézin s'emballerait immédiatement et commencerait à édifier quelque théorie, dirait quelque chose, bref, qu'il offrirait une prise qui permettrait en enchaînant la conversation, de l'amener à s\u2019offrir de lui-même, d\u2019aider M.Vouziers comme bien souvent, il l avait déclaré : Si jamais vous aviez un mystère a étudier, vous verriez, mon cher ami, que mes petites idées ne seraient pas inutiles.\u201d Devant ce silence, il fut obligé de démasquer ses batteries : Monsieur Mézin \u2014 commença-t-il, non, sans embarras \u2014 j\u2019ai beaucoup d estime pour vos conceptions et j ai pensé .j ai imaginé que .il m'a semblé .\u2014 Vous voulez que je vous aide, hein ?.trancha le rentier, en frottant vivement scs mains l\u2019une contre I\tautre.C est M.Vouziers qui vous a chargé de cette démarche.Abasourdi, Labenne resta coi, à son tour.Comment l\u2019autre avait-il si rapidement deviné ?Oui .oui .Il est dans le sac, ce brave Vouziers.Je le vois, je le hume .Tenez, comme ça .Il imita un chien de chasse qui flaire le vent et rit à nouveau.Labenne dut convenir intérieurement que son interlocuteur possédait une remarquable prescience, et ma foi : \u2014 Il ne faut pas que M.Vouziers sache que vous avez compris, se décida-t-il à déclarer La vérité est que c est moi qui ai insisté et tout pris sous mon bonnet.Vous voyez monsieur Mézin, que je suis franc.Et je vous avouerai que je suis bien content de m adresser à vous; rien que la manière dont vous avez jugé la situation, me prouve que vous sere-extrêmement précieux.Alors c\u2019est d accord ?M.Mézin jubilait, positivement, Amsi son rêve allait se concrétiser II\tallait pouvoir entrer de plein-pied dans une affaire réelle II ne saqi-rait plus de travailler sur des données établies par un autre, épiloguer a perte de vue sur des hypothèses impossibles à verifier, parce qu'il n avait pas le droit de prendre part au problème.Il allait, enfin, jouer un Sledé2Xïi,ôle!Cdnide^\u201c\u201c- ., Entendu.Mais je voudrais, en échange de mon concours, une liberté assez complète d\u2019aller et venir.Je voudrais egalement que l\u2019ami Vouziers me procure, s\u2019il en est besoin, toutes facilités de circuler à l\u2019endroit du crime et me couvre, le cas échéant .Oh ! rassurez-vous, je ne 4 juillet 1936 13 ferai rien de compromettant, mais enfin si, par exemple, je me trouvais dans la nécessité de spécifier que je suis son collaborateur, il serait indispensable qu il le confirmât.\u2014 J'en fais mon affaire.M Mézin se leva.\u2014 Venez chez moi, dit-il.Nous ne pouvons discuter ici.Le patron du café, en voyant partir le rentier avant son heure, se demanda s'il ne rêvait pas.D'autant plus que M.Mézin n avait pas joué sa partie vespérale d'échecs.Il s'inquiéta : \u2014 Vous n êtes pas malade, monsieur Mézin ?\u2014 Non, mais j\u2019ai affaire ailleurs.Il est possible que je manque durant quelques soirs.Vous voyez bien que M.Vouziers n est pas venu non plus.Ceci n'était pas une raison, car le commissaire ne possédait pas, selon l\u2019expression du cafetier, une \" horloge dans le ventre Mais ce brave homme n\u2019entendait pas malice, et ce fut avec un grand naturel qu il souhaita un \" Bon voyage, monsieur Mc-zin .A bientôt Une fois dans la rue, Labenne proposa \u2014 Et si nous nous rendions plutôt au commissariat ?\u2014 Si vous voulez.Je n\u2019y vois pas d inconvénient.La réception fut cordiale.Un accord tacite s\u2019était instantanément étab'i entre M.Vouziers et M.Mê-zin.L'un acceptait sans commentaires le concours que l'autre apportait sans explications.Un regard amical et un sourire avaient suffi Le dossier de \u201cL'affaire du château de Saint-Pierre'' fut étalé sur le bureau.Il y avait déjà eu que'ques interrogatoires D\u2019abord, celui du père Antoine.Ensuite, celui de M.Da-layrac.\u2014 Voyons ce que dit ce M Da-layrac.proposa le nouveau collaborateur du commissaire.\u2014 Voici le questionnaire, dûment sténographié et recopié par Labenne .spécifia M.Vouziers.Je commence : \u201c Question.\u2014 Quand avez-vous vu M.Marland pour la dernière fois ?Réponse.\u2014 La veille de la découverte du cadavre, c'est-à-dire dimanche dernier.Il y avait réception chez moi, et M.Marland, qui, tout d'abord, s'était excusé, est venu, sur mon instance, en voisin, tel qu il était vêtu.Question.\u2014 Pour quelle raison M.Marland s\u2019était-il récusé ?Réponse.\u2014 Je viens de le dire.Il n\u2019était pas habillé pour faire des visites, car la chaleur était intolérable.Il avait l'haibtude de se promener en veste de toile b'anche et en casque colonial comme à Madagascar.\" M.Mézin interrompit pour remarquer que ce n\u2019était pas si extravagant comme idée : \u2014 La chaleur demande un costume approprié, que ce soit en Afrique ou en France.Quand le soleil brûle, il brûle, sapristi! Au fond, c'était ce M.Marland qui avait raison.\u2014 Je reprends, annonça le commissaire, qui ajouta: \"Attention, c'est ici que cela va se compliquer.\" Question.\u2014Il a donc fini p.ar céder.A quelle heure est-il arrivé au château de Saint-Pierre?.Réponse.\u2014 Autant que je me souvienne, pour l\u2019heure des rafraîchissements.Mettons vers cinq heures.Question.\u2014 A quelle heure en est-il reparti7 Réponse.\u2014 Il devait être environ huit heures.Oui, lorsque nous nous mîmes à table vers huit heures et quart \u2014 nous dînons tard, en cette saison, pour profiter de la fraîcheur nocturne, et le crépuscule était commencé depuis.tenez, depuis le départ de M.Marland\u2014qu\u2019est-ce que je d sais?.Ah! oui, au moment de nous mettre à table, M.Beaupuy est venu excuser M.Marland, qui était parti précipitamment.Question.\u2014 Vous n\u2019avez donc plus vu M.Marland depuis le moment où les rafraîchissements étaient servis ?Réponse.\u2014 J'ai conversé avec lui, de choses et d'autres.Je lui avais demandé de rester avec nous pour la soirée.Ma:s il m\u2019avait paru préoccupé.Il a refusé, car il devait\u2014m'a-t-il dit\u2014partir pour Paris très tôt le lendemain matin.Lorsque M.Beaupuy me parla de son départ précipité, j\u2019en conclus que M.Marland avait différentes choses à régler chez lui, ce qui confirmait les propos qu'il m'avait tenus.Question.\u2014Ainsi donc, M.Beaupuy a été la dernière personne à voir M.Marland, le dimanche soir?Réponse.\u2014 Sans doute.Je ne l\u2019ai pas interrogé, vous pensez bien.Mais je ne vois pas en quoi cela peut être important A vrai dire, nous l'avons tous vu, plus ou moins.\" M.Vouziers se tut.L'interrogatoire était terminé.M.Mézin leva une main, petite et grasse comme celle d'un prélat : \u2014 Bien entendu, je pense que vous allez interroger ce M.Beaupuy .fit-il.\u2014 La convocation sera portée dès demain matin.dit le commissaire.Elle est là, sur mon bureau.IV Sans être aussi riche que M.Da-layrac, M.Beaupuy louissait d\u2019une confortable aisance De même que le châtelain de Saint-Pierre, il possédait propriété et terres.Il hab tait à une vingtaine de kilomètres, passé la pittoresque et moyenâgeuse petite ville de Duras, à l\u2019endroit dit des \u201cEsclottes\u201d, une grande bâtisse grise qui pouvait, quoiqu'elle ne soutînt aucune comparaison avec Saint-Pierre, être décorée du titre analogue du château.Il avait été convenu avec M.Mê-zin que ce dernier n'apparaîtrait nulle part au cours de l\u2019affaire.\u2014 Je serai une sorte \u201cd'Eminence grise\", si vous le voulez bien, avait-il dit à M.Vouziers.Si nous réussissons, mon cher ami, je serai très content pour vous.Officiellement c\u2019est vous qui faites tout.Ce qui est exact d'ailleurs, ajouta-t-il, non sans tact, pour ménager l\u2019amour-propre professionnel du commissaire, tout â fait tranquillisé désormais.M.Beaupuy, à l\u2019encontre de M.Dalayrac, qui n\u2019avait nul souci d'élégance était extrêmement soigné.On sentait qu\u2019il était fort coquet de sa personne.Son visage était barré par une longue moustache blonde à la gauloise, qui paraissait le centre de ses soucis.Il était probable qu'il se teignait, car ses traits accusaient la cinquantaine passée, mais il portait beau, malgré cet innocent petit travers.Féru d\u2019équitation, il possédait dans ses écuries quelques beaux purs sang, dont il était fier à juste titre.Il arriva à cheval à Périgueux, non sans créer une petite sensation.On eût dit un personnage issu du siècle dernier, dont il possédait les manières et le costume.Sa déposition fut très intéressante.La plus intéressante qui eût été enregistrée jusqu\u2019alors.Lorsque, le soir, M.Mézin vint aux nouvelles, il trouva le commissaire plongé dans la lecture du rapport, que Labenne venait d achever de taper à la machine.UouApjoru/ueqa/OQi/iun SEA HORSE AU PRIX MINIME DE Désormais, il y a un moteur Johnson pour toutes les bourses! 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Nous avons encore rencontré MM.Ribère et Tonneins.(Nota.\u2014M.Ri-bère est un voisin, propriétaire, et M.Tonneins, un ancien juge de la Cour d\u2019appel de Paris, en retraite.) \"A un moment donné, nous nous trouvâmes devant une large pente gazonnée; elle se place immédiatement après le \"Plateau\u201d.Il y a un chemin qui coupe cette pente en biais, venant d'un petit bois en contrebas et continuant vers un amoncellement de fourrés.Mon compagnon regarda l\u2019heure, jeta un regard environnant, comme s\u2019il cherchait quelqu\u2019un ou quelque chose, puis partit en courant vers le bois.Je restai un instant, cloué par la surprise.Je me demandais ce que signifiait cette attitude.\"Ma surprise devint stupéfaction.Une femme venait de surgir du bois et se tenait immobile, comme si elle attendait la venue de M.Marland qui, effectivement, courait vers elle.Il l\u2019aborda et, tous deux, revinrent lentement dans ma direction, discutant avec volubilité.Par discrétion, je m'écartai.M.Marland, en passant, me fit un petit signe accompagné d\u2019un sourire triste.Oh! ce sou- rire, je ne l'oublierai pas de sitôt.Il me cria, d'un ton qu'il voulait rendre enjoué, malgré tout: \u201c\u2014Un instant, Beaupuy.Je reviens tout de suite.\"J'attendis.Effectivement, upe ou deux minutes pus tard, il était de retour.Il paraissait encore plus agité que précédemment.De temps à autre, il faisait effort pour étouffer un soupir.Finalement, il me dit, avec un rire forcé : \u2014Vous êtes un homme discret, n'est-ce pas, Beaupuy?.\u2014 Vous pouvez compter sur moi, m'écriai-je, prévoyant une confidence, qui me permettrait peut-être de rendre service à ce pauvre ami.\"Mais à ce moment, nous vîmes apparaître, à nouveau, MM.Ribère et Tonneins.Mon compagnon leur tourna délibérément le dos, sans doute pour ne pas révéler son expression, car il avait le visage vraiment contracté.Sans doute s'était-il ravisé, et ne voulait-il plus me confier son secret.(Nota.\u2014M.Beaupuy spécifie, dans sa déclaration, qu'il n'a pu voir quelle direction avait suivie cette femme, lorsqu'elle eut quitté M.Marland.) \"Le jour baissait, et je fis remarquer à M.Marland qu'il était temps de remonter vers le château, car l\u2019heure du dîner était imminente, et nous risquions de nous égarer dans l'ombre grandissante au milieu du \"Bosquet\".Il me répondit qu'il ne pouvait rester, car il avait des choses urgentes à faire chez lui, et me quitta.Je suppose qu'il connaissait un raccourci pour regagner la ville.Moi, je rejoignis MM.Ribère et Tonneins, que j'entendais rire et discuter non loin de là, et rentrai en leur compagnie au château.Je fis à M.Dalayrac la commission dont mon malheureux ami m'avait chargé.Je ne me doutais guère que je ne le reverrais jamais plus.\u201d M.Mézin fit entendre son rire de crécelle.\u2014 Ah! Ah!.Il y a une femme dans l'affaire!.Cherchez la femme.C\u2019est tout à fait classique.Hé! mais, difcfes, mon cher Vouziers, vous avez oublié de me la décrire?\u2014 Ma foi, c\u2019est vrai.Mais il n y a pas grand\u2019chose à en dire, malheureusement.Elle était très grande, paraît-il.Elle apparut à M.Beaupuy presque aussi grande que lui.Elle était vêtue de bleu sombre, avec un grand chapeau et une épaisse voilette.\u2014 Par une chaleur pareille?Quel courage.Elle avait, bien entendu, l'intention de dissimuler son visage.Mais cette voilette, elle aura dû la lever pour parler?.\u2014 M.Beaupuy, en galant homme, ne s\u2019est pas permis de la dévisager.C'est assez naturel, au fond Pou-vai-il imaginer pareille suite?\u2014 Hé bien! mon cher Vouziers, il n'y a plus qu\u2019à se renseigner sur cette femme.Elle a dû être aperçue par d\u2019autres, que diable!.Quant à moi, je vous remercie de ce petit rapport.Je vais le scruter et tâcher de lire entre les lignes.V Invités à leur tour à déposer, MM.Ribère et Tonneins confirmèrent, en tous points, les déclarations de M.Beaupuy.Eux aussi avaient vu la femme en bleu en compagnie de M.Marland; eux aussi avaient vu revenir ce dernier auprès du propriétaire des Esclottes.Ce dernier s'était effectivement éloigné en compagnie de l\u2019homme dont on ne devait plus retrouver qu'un cadavre dans un fourré.M Tonneins, l'ancien magistrat, certifia même qu'il avait clairement entendu la voix de M.Beaupuy souhaitant l'au-revoir à son ami.Il ajouta : \u2014 C\u2019est d'ailleurs pourquoi je proposai à M.Ribère d'attendre, de manière à remonter tous trois, de compagnie, vers le château.Il commençait à faire sombre.Ainsi, une chose était indiscutable.Cette femme, en bleu existait, puisqu'elle avait été remarquée de plusieurs personnes qui, certes, n'avaient pu se concerter pour en parler.La question ne pouvait plus faire l\u2019ombre d'un doute.C'est ce que le commissaire souligna à M.Mézin, qui ne songea pas un seul instant à le contester.Le petit rentier, venu ce soir-là comme précédemment, empocha le rapport et resta assis.Les bras croisés sur la poitrine dans une attitude qui lui était familière, il tapotait machinalement de ses doigts allongés, posés à plat, ses biceps dans un silencieux tambourinage.\u2014 Vous n\u2019avez interrogé personne d\u2019autre ?\u2014 Que si.Il y a une chose, parmi tant d\u2019autres, d'ailleurs! que je ne comprends pas.C'est la volatilisation de cette femme.A partir du moment où M.Marland rejoignit M.Beaupuy, elle n'a plus existé pour ainsi dire.Je sais bien que vous allez me répliquer qu'il y a la hutte dans laquelle elle aurait pu se réfugier.Mais, pour combien de temps?Elle ne pouvait y rester indéfiniment.De plus, cette cabane n\u2019a pas de porte.Quiconque, en passant, pouvait plonger du regard à l\u2019intérieur.C'était un trop gros risque à courir.Il faisait encore à peu près clair à ce moment-là.\u2014 Personne ne l\u2019a rencontrée?\u2014 Personne.Pas plus M.Hautevigne que Mlle Dalayrac.M.Mézin fit un mouvement.\u2014Qui est exactement cette Mme Hautevigne?\u2014 Je vous l'ai dit.Une jolie veuve de trente ans.La nièce du châtelain.Ah! A propos, il se confirme qu'il y avait ébauche de projets de fiançailles entre elle et M.Marland.\u2014 Ah?.fit rêveusement M.Mézin.Il ajouta, avec la même nonchalance, la tête penchée un peu de biais : \u2014 Quelle est sa taille?\u2014Oh! sursauta M.Vouziers.Vous n'y pensez pas.Puisqu'elle n\u2019a pas quitté sa cousine !.Et puisqu\u2019elle était vêtue de rose.Et puis, encore, elle est toute petite.\u2014 Vous voyez donc \u2014 remarqua M.Mézin\u2014que vous aviez eu la même idée ! \u2014 Il ne faut rien laisser au hasard.Mais il me semble que l'on peut bâtir une autre théorie.Nous partons du principe que la femme en bleu est la coupable, n'est-ce pas?Qui sait si ce n'était pas une ancienne amie négligée?M.Marland semblait la connaître, puisqu'il l'attendait ! Les déclarations de M.Beaupuy nous permettent de le croire.Il est allé à sa rencontre, il n'a manifesté nul étonnement de la voir, il a accepté une conversation.\u2014 En tous cas, ce n'est pas à ce moment-là qu elle l\u2019a tué, intervint Labenne qui, jusqu'alors, avait écouté en silence.\u2014 Evidemment non.Je présume quelle a dû lui donner rendez-vous pour la nuit et que c'est alors, quelle a agi.L arme ?Le docteur a parlé d'une pointe effilée.Ne serait-ce pas tout bonnement une épinqle à chapeau ?\u2014 C\u2019est bien possible, dit M Mézin.Mais alors, vous êtes en désaccord avec le médecin.,\u2014Je l\u2019ai toujours été! clama le commissaire.Voyons, c après lui.la mort remonterait au dimanche soir, avant huit heures!.C'est absolument stupide.Il n'y connaît rien.Puisque la vicrime a quitté M.Beaupuy aux environs de huit heures, précisément.Ceci nous est prouvé par 1 heure du dîner, huit heures et quart En accordant quinze minutes à MM.Ribère, Tonneins et Beaupuy pour rentrer au château, je reste dans les limites du bon sens.\u2014 Continuez donc, je vous en prie.\u2014 Le \"Bosquet\u201d, qui forme l\u2019extrémité du parc au bas du coteau, est entouré d'un haut grillage, dans lequel est pratiquée une porte fermant simplement au loquet.C'est par là qu'a dû arriver la femme mystérieuse, dans l'après-midi.C'est par là que sera sorti M.Marland.C\u2019est encore par là que tous deux seront revenus, à la nuit, je le jurerais.\u2014 Mais pourquoi avoir choisi cet endroit pour.\u2014 C\u2019était le lieu idéal pour des gens qui ne tiennent pas à être vus.Marmande est une petite ville, vous ne l'ignorez pas, et l'on y est vite repéré, surtout quand on possède la notoriété de M.Marland.On aurait jasé, que sais-je?Voilà comment je comprends l'affaire.M.Marland est relancé par cette femme.Il ne sait comment s\u2019en dépêtrer et, dans l'appréhension d\u2019un scandale, il lui donne, à tout hasard, rendez-vous au \"Bosquet\u201d dans l'après-midi du dimanche.C\u2019est pourquoi, à mon avis,- après avoir refusé l\u2019invitation de M.Dalayrac, il se ravise et accepte à la dernière minute.Mais il ne tient pas à rester à dîner, car il présume que l'explication sera longue et fl veut le libre jeu de ses mouvements.\u2018Sans doute, la femme aura devancé l'heure, ce qui provoque l é-tonne ment de M.Marland, lequel abandonne M Beaupuy et accourt vers elle, en lui demandant instamment de revenir, car il ne peut pas discuter alors que tant de gens l'environnent.Et je le répète, l\u2019ex-amie consent, retrouve l'homme beaucoup plus tard, lui reproche probablement son abandon\u2014peut-être aura-t-elle appris ses projets matrimoniaux vis-à-vis d'une autre\u2014 et .l'assassine froidement.Ensuite.M.Vouziers s'arrêta court.Le petit rentier ne semblait nullement l'écouter.Le brusque silence parut ramener M Mézin à T heure présente, et il répéta, après le commissaire : \u2014 Et ensuite ?L\u2019autre secoua la tête avec dépit : \u2014 Ensuite, il y a des trous.fit-il.Aidez-moi, voyons.Une femme d'une pareille stature et aussi singulièrement attifée en plein été ne \" peut passer inaperçue.Or, il est impossible de retrouver sa trace.Et je ne sais pas non plus ce qu elle a bien pu faire, où elle a pu aller entre le moment où elle a été vue pour la dernière fois, et celui du rendez-vous nocturne.Ce n\u2019est ni un esprit, ni un fantôme, sapristi! Elle a dû se restaurer quelque part.Et ce quelque part ne peut être que Marmande ou Duras, les deux localités où elle aurait pu tenter de se dissimuler Mais rien, rien, rien !.~ Elle est peut-être restée cachée dans la propriété?hasarda à nouveau le secrétaire.N V a mieux, fit hargneusement M \\ ouziers.Dites, pendant que vous y êtes, quelle a dîné à la table de M.Dalayrac! 4 juillet 1936 15 Labenne rentra le cou dans les épaules, tel un escargot se réfugiant dans sa coquille, et se promit de garder un prudent silence désormais.M.Mézin sourit et se tourna vers lui : \u2014 Mon cher Labenne, articula-t-il, il y a ici quelque chose qui nous échappe à tous trois.Mais je suis connue votre patron, je ne crois pas que la meurtrière ait passé la soirée dans le petit bois.C'est une question d\u2019ordre psychologique.Pas un homme\u2014et une femme encore moins\u2014 n'oserait courir le risque de rôder dans un endroit qu\u2019il ne connaît guère, et où tout concourrait à représenter un danger.Imaginez, un instant, qu'il y ait des pièges à loup, par exemple.Hein! Vous voyez ça d'ici ?Est-ce que, personnellement, vous vous hasarderiez à vous cacher, en fraude, dans.\u2014 Mais je ne suis pas un assassin! protesta véhémentement le secrétaire.Je.Je.Ses deux compagnons se mirent à rire de cette vertueuse indignation, ce qui provoqua une heureuse détente.M.Mézin se leva et, paisiblement, alla prendre un indicateur des chemins de fer qui traînait sur le haut d\u2019un meuble à cartons verts.II se rassit et se mit à feuilleter \u2014 Qu'est-ce que vous cherchez ?s enquit le commissaire.\u2014 Vous voyez bien.Je regarde l'heure des trains.Le rentier tira de sa poche une poignée de petites fiches blanches de bristol de la grandeur de cartes à jouer.Il en prit une, mouilla la pointe d\u2019un crayon et commença à inscrire des chiffres, pendant que les deux assistants l\u2019observaient, ébahis.\u2014 Nous disons, commença M.Mézin, que Mont-de-Marsan est impossible.Le premier train est à neuf heures trois.Restent Toulouse, à cinq heures trente, et Bordeaux, à s:x heures cinquante-trois.Hum ! Trains omnibus.Non.Ça ne va pas.Oh! mais voilà l\u2019affaire.L'express de Cette à Bordeaux passe à Marmande vers trois heures quarante-trois pour arriver à destination à cinq heures.\u2014 Je ne comprends pas, dit M.Vouziers.Si vous voulez partir en voyage, c\u2019est Périgueux qu\u2019il vous faut ! \u2014 Mais non, vous n'y êtes pas, gloussa le petit homme.Je calcule les trains possibles qu\u2019aurait pu prendre la femme en bleu une fois son coup accompli.Le premier soin dans un cas pareil est de se perdre dans une grande agglomération pour brouiller sa trace.Voici trois chefs-lieux de départements.Le plus favorable est certainement Bordeaux.Mon cher Vouziers, il faut demander à la gare de Marmande quels sont les voyageurs qui ont pris l'express de Bordeaux, le lundi, à trois heures quarante-tryis minutes du matin Et vous tâcherez de découvrir le signalement de cette femme.Si les mémoires ne sont pas satisfaisantes, faites l\u2019inverse; demandez si la personne répondant à votre description a été vue.Par acquit de conscience, voyez aussi les deux trains omnibus, Toulouse et Bordeaux, mais cela m\u2019étonnerait.L\u2019enquête, de ce côté, s'avéra un échec.Une fois de plus, personne n\u2019avait vu cette grande femme.\u201cEt vraiment, songea M.Mézin, si la déposition de M Ribère, et surtout celle de M.Tonneins, ancien magistrat, dont la parole ne pouvait être discutée, n\u2019étaient venues confirmer les dires de M Beaupuy, on eût pu croire que l\u2019élégant proprié- taire des Esclottes avait été la proie d'une hallucination.\" Et puis l'on apprit autre chose, qui plongea le brave Labenne dans la plus douce jubilation intérieure.M.Marland n\u2019avait pas reparu chez lui, le dimanche soir.Les vieux domestiques avaient cru qu'il dînait au château de Saint-Pierre et ne s\u2019en étaient pas émus outre-mesure.En voyant passer l\u2019heure, ils n\u2019avaient pas même dressé la table, tant leur certitude s\u2019était fortifiée.Ils s\u2019étaient couchés à leur heure habituelle, c\u2019est-à-dire dix heures, supposant que leur maître rentrerait assez tard car, excellent marcheur, il dédaignait de se faire reconduire.Il y avait huit kilomètres au grand maximum, soit, pour un homme entraîné comme lui, une heure et quart environ.\u2014 Alors, grogna M.Vouziers une fois rentré à son bureau, il aura attendu dans, le parc?.Et, par ricochet, la femme aussi?M.Mézin glissa un regard sympathique vers le secrétaire, qui abritait son sourire, derrière une chemise de papier grande ouverte à hauteur du visage, et murmura : \u2014 Un bon point à Labenne.VI \u2014 Patron, dit le secrétaire, il y a là un couple qui vous demande .M.et Mme Dartois, de Paris.M.Vouziers haussa les sourcils, examina la carte de visite sur laquelle, au-dessous du nom.s'étalait cette mention \"Artistes lyriques\", et déclara : \u2014 Faites entrer.Vous pouvez rester, Labenne.Les deux personnages firent leur apparition.Ils étaient curieusement dissemblables.Lui était court sur ses jambes, très brun, les joues bleuies par le rasoir, le cheveu calamistré.Il paraissait très satisfait de sa personne, et se redressait comme un coq, bombant la poitrine.Elle, au contraire, était longue et mince, 1 air effacé.Si longue, si mince que.malgré lui, le commissaire écarquflla les yeux, chercha rapidement du regard son collaborateur assis dans le coin opposé de la pièce, et lut, sur le visage de ce dernier, la même surprise et la même réaction intérieure.\u2014 Monsieur, déclara le nouveau venu, je suis le beau-frère de M.Jacques Marland.de feu M.Marland, veux-je dire.\u2014 De M.Marland, de Marmande?.s\u2019exclama le commissaire.\u2014 C\u2019est cela même.Ma femme, Clotilde Dartois, est née Marland ; elle est donc la sœur de ce pauvre Jacques.Nous somems venus sur la suggestion du notaire de Marmande.C\u2019est vous qui vous occupez de cette.de ce maheur, et je viens, nous venons nous mettre à votre disposition au cas où notre.où nous pourrions apporter quelque lumière sur cette affaire.M.Dartois s\u2019exprimait lentement, cherchant ses mots avec soin, comme s'il s\u2019agissait d'une tirade en scène pour obtenir le maximum d\u2019effet.Sa femme, qui avait accepté la chaise avancée par Labenne, restait silencieuse et immobile, les yeux baissés, les mains croisées sur les genoux \u2014Nous avons appris cette horrible chose par les journaux, poursuivit M.Dartois.Nous avons été atterrés.C\u2019était tellement imprévu, tellement affreux.Ne pouvant nous résoudre à le croire, nous avons pris le train Les domestiques de feu mon beau - frère me confirmèrent les faits.Nous sommes évidemment arrivés beaucoup trop tard pour les funérailles.B\t\\% B ?AT B \"for aven fifty years-builtright \\La Commandez votre nouvelle embarcation maintenant Livraison immédiate à l\u2019époque de vos vacances Le \"Lakeside\u201d est en tout point une embarcation parfaite.Un des nombreux produits de Peterborough, pour cette année.Peterborough présente des offres exceptionnelles en 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M Vouziers fit signe qu\u2019il comprenait, lui aussi.Mais alors, si les Dartois avaient coupé toutes relations avec le disparu, en quoi pouvaient-ils lui être utiles ?¦\u2014 Ii y a longtemps que vous ne voyiez plus votre beau-frère?\u2014 Plus de dix ans, monsieur Depuis la mort de M.Marland père.Pour tout vous dire, cette séparation était le résultat d\u2019une grave injustice.M.Marland n\u2019approuvait pas le mariage de ma chère Clotil-de\u2014il tourna un regard mouillé vers la grande haridelle toujours impas-s\u2019ble\u2014et avait déshérité sa fille.Ce fut une grande douleur pour elle, douleur aggravée du fait que son frère lui avait nettement signifié qu'il ne la connaissait plus non plus.Et pourtant, je vous le demande, monsieur le commissaire, peut-on faire un crime à une femme d'obéir au divin appel de l'amour?.La scène devenant comique.On imaginait mal cete grande \"carcasse' comme pensait irrévérencieusement Labenne, roucoulant un duo avec le quasi-nabot qui ne lui arrivait pas même à l'épaule.\u2014 Madame Dartois est la seule parente en vie de feu M.Marland ?demanda le commissaire.\u2014 Oui.monsieur.\u2014 Elle hérite donc de ses biens ?\u2014 Oui, monsieur.Par un hasard dans lequel il faut reconnaître une manifestation divine, M.Marland Jacques n\u2019avait pas rédigé de testament.Du moins pas encore.De sorte que ma femme est enfin rétablie dans ses droits, après avoir souffert dix ans d\u2019un inexplicable ostradsme.L\u2019artiste lyrique était déchaîné, à présent.Il faisait de grands gestes, portait la main à son cœur, roulait des yeux blancs.\u2014 Madame est artiste aussi?fit tout à coup M.Vouziers.\u2014 Oui.La vocation.Ah, monsieur le commissaire, quand l\u2019aile de 1 Art vous touche au front son appel est irrésistible.M Dartois s embarqua dans des confidences.Son interlocuteur démêla, dans l histoire, que mademoiselle Clotilde Marland s\u2019était enfuie à l'âge de vingt-cinq ans\u2014 elle en avait trente-sept et son séducteur en avouait trente-trois \u2014 du domicile paternel pour suivre \"l'artisse\" qu'el-îe avait entendu, un soir, dans un théâtre de Bordeaux puis revu en tournée à Marmande.Etant plus que majeure, elle n'avait eu besoin du consentement de personne pour épouser l'objet de sa flamme.La malédiction paternelle l'avait accompagnée\u2014 mais quant on aime, n\u2019est-ce pas?\u2014 et deux ans plus tard, à la mort de M.Marland père, l'on avait appris que toute la fortune était allée au frère cadet.Jacques.Ç\u2019avait été la rupture.D\u2019ailleurs, de toutes façons, le frère et la soeur ne sc seraient guère fréquentés, en raison des fonctions de Jacques Marland en une lointaine colonie.\u2014 Il était à la Guyane.spécifia M.Dartois.\u2014 Non, à Madagascar.rectifia le commissaire.\u2014 Comment?.Mais, c'est une erreur!.C\u2019était bien à la Guyane, n'est-ce pas, ma C'oclo?La Cloclo leva enfin les yeux et confirma d'une voix neutre: \u2014 Oui.A Cayenne.M.Vouziers fut surpris de l\u2019acuité du regard que démentait si violemment l\u2019attitude fa'ote.Mais déjà, les lourdes paupières étaient retombées et Mme Dartois était redevenue passive.-\tCela n'a aucune importance -\u2014 déclara-t-il.Il est fort possible que depuis, il ait changé de poste.C'est assez fréquent, aux colonies.A'nsi donc, vous, a'iez vous installer à Marmande ?M.Dartois eut un mouvement vif.Son visage exprima un dédain poli.Il hocha négativement la tête: -\tOh.non.Nous réaliserons tout et resterons à Paris.La Ville-Lumière.Le Flambeau de l'Humanité.Le Nombril du Monde.Il n'y a qu'un Par s, voyez-vous, monsieur le commissaire.Quand on y est habitué, on ne peut s'en passer.D'ailleurs, je.nous jouons sur des scènes importantes, là-bas.Et puis, Marmande, ce sont de douloureux souvenirs.M.et Mme Dartois se retirèrent.Labenne se retint jusqu'à ce qu'il eut entendu le bruit des pas sur le trottoir, dans la rue tranquille, par la fenêtre qu\u2019il vena:t d\u2019entr'ouvrir.Et alors, il partit d'un bruyant éclat de rire, à l'instar de M.Vouziers.\u2014 Je n'ai jamais vu un pareil guignol!.dit-il entre deux hoquets de gaîté.\u2014 Et la femme?.Quel bonnet de nuit.Je me demande quels rôles elle peut tenir, sur les \"scènes importantes\u201d de Paris ! \u2014Elle doit jouer les momies, risqua le secrétaire, et l\u2019on repartit à rire de plus belle.\u2014 En attendant\u2014fit le commissaire, redevenu graduellement sérieux\u2014 avez-vous remarqué la taille de cette femme ?\u2014 Parbleu.La femme en bleu ne devait pas être plus grande.\u2014 Ce serait difficile.Vraisemblablement, elle tient du père, comme son frère Jacques.Vous rappelez-vous ce qu\u2019avait dit M.Beaupuy ?L'inconue était à peu près aussi haute que M.Marland.\u2014 Je me demande ce qu'en pensera M.Mézin.J\u2019ai terminé de mettre au net mon travail de sténo.Je vous le tape à la machine, patron?\u2014 Oui.Et je vous dicterai le rapport pour notre ami, ensuite.Pendant que Labenne travaillait dare-dare, M.Vouziers, renversé dans son fauteuil, réfléchissait à la visite qu\u2019il venait de recevoir.\u2014 Bien entendu\u2014se dit-il\u2014ce M.Dartois n\u2019est pas un monsieur des plus estimables.Il est clair qu'il avait enlevé sa Cloclo dans un but intéressé.Le papa possédait de l\u2019argent et des biens.Une aubaine pour un cabotin de petite envergure, car il n'est pas autre chose.Il aura fermé les yeux sur l\u2019âge et l\u2019apparence de sa \"fiancée \u201d, escomptant l\u2019avenir.Et alors, amère désillusion.La part d\u2019héritage qui aurait dû revenir à la sœur, pfft! passez muscade.Est-ce que?.Hé! Hé!.C\u2019est b:en possible.Il y a ce signalement de la soeur qui m\u2019aguiche.Une grande femme mystérieuse.Connue de Jacques Marland.M.Vouziers croisa les jambes et reprit son travail mental.\u2014 Supposons que les Dartois aient appris la toute récente arrivée du fonctionnaire en congé.Supposons encore, que le bellâtre qui me paraît posséder une grande influence sur sa femme, l\u2019ait persuadée de.Ma foi, cela n\u2019est pas si banal.Une mort brusque, sans héritiers, cela arrange bien des choses pour les collatéraux.Et si la chance voulait qu\u2019il n'y eût pas encore de testament\u2014 un testament, d\u2019ailleurs cela s'attaque, dans des conditions semblabhs\u2014tout est pour le mieux.Labenne interrompit ce soliloque intérieur.\u2014 Voilà, patron.C\u2019est fait.M.Vouziers prit les documents et se mit à lire.Puis il commença à dicter un résumé pour le bénéfice de M.Mézin.Ceci fait, le commissaire décréta, un sourire de satisfaction aux lèvres : \u2014 Je vous offre l\u2019apéritif, Labenne.Et tous deux descendirent le petit étage, en riant à nouveau au souvenir des deux burlesques héritiers.VII Hé bien, M.Mézin n\u2019en pensa rien du tout, au grand désappointement du secrétaire, à la grande surprise de M.Vouziers.Ou du moins, il parut n'y attacher nulle importance.Ce soir-là, il était préoccupé, et quand il s\u2019installa non sans avoir échangé des poignées de mains, il fourra le rapport dans sa poche après l'avoir très rapidement et superficiellement parcouru, et déclara tout dego au commissaire de police : \u2014 Il faut trouver un moyen pour m'introduire au château de Saint-Pierre, mon cher ami.\u2014 Vous voulez, sans doute, étudier sur place?,.Ma foi, c\u2019est assez facile.Je mettrai M.Dalayrac dans la confidence et.\u2014 Non.M.Dalayrac ne doit nullement se douter de mes intentions véritabes, et au surplus, ce n\u2019est pas une journée que je veux passer là-bas.mais plusieurs.En un mot.je désire m'y installer.M.Vouziers resta bouche bee.- Ah, ça c'est plus difficile! et.c'est absolument nécessaire: Vous ne voyez pas moyen de faire autrement: .\u2014.In-dis-pen-sable.martela M.Mézin sur un ton de fausset.Sinon, la clef du mystère restera introuvable.\u2014 Voyons, quels sont vos plans.\u2014 Aucun pour le moment.laissa tomber le petit rentier.Je veux m'installer au château de St-Pierre, un point c\u2019est tout.Une fois là-bas, je verrai.M.Vouziers émit un petit sifflement sceptique.A quoi cela pourrait-il aboutir?Mais puisqu\u2019il avait, de lui-même, fait entrer M.Mézin dans l'affaire, il lui faudrait donner satisfaction à ce collaborateur bénévole ou se passer de son concours.Le petit homme aux cheveux blancs avait l'air catégorique.Au fond, M.Mézin qui, dès le début s\u2019était passionné pour ce mystère, redoutait que le commissaire eût l idée de le laisser de côté, plutôt que souscrire à ce qui avait tout l'air d'un caprice.Mais il joua le tout pour le tout, et prit immédiatement une expression suprêmement détachée, pour dire: \u2014 Bon.Je n'ai rien dit.Apres tout, c\u2019est vous qui êtes responsable du succès.Je vous souhaite bonne chance .\u2014 Hé là\u2014s'exclama M.Vouziers \u2014 ne vous fâchez pas, que d'able.Nous allons chercher ensemble le ffioyen de vous permettre de parvenir à vos fins.Seulement, je répète, que je ne vois pas ce que.\u2014 Vous verrez, mon cher Vouziers, vous verrez assez rapidement.Et vous serez content, je vous le garantis.J'ai, des petites idées, comme ça, éparses, dans ma matière grise, mais il me mangue le lien, comprenez-vous?La soudure.Une fois que tout tiendra enesemble, y aura bon, comme disent les Sénégala:s.\u2014 Oui, mais le prétexte, ami Mè-zin, le prétexte?.Je ne puis vous imposer à M.Dalayrac sans aucun motif qui soit vraiment plausible non seulement à ses yeux, mais aux yeux de tous ! \u2014 Hé bien, cherchez, sapristi! .Tâchez de découvrir quelque chose qui m\u2019ouvre les portes.Est-ce que le châtelain n\u2019a pas besoin d'un .d'un secrétaire ?\u2014 Oh, je ne pense pas.Son personnel est au complet, du haut en bas de l'échelle.Oh, attendez! Le commissaire se frappa le front.\u2014 Je me rappelle maintenant qu'il m avait confié au cours d\u2019une conversation, que M.Marland avait entrepris amicalement de lui dresser un catalogue de différentes pièces de monnaie, dont il avait hérité il y a quelque temps, d'un parent numis-mate.Mais voilà.Etes-vous capable, Mézin, de.\u2014 Très capable, mon ami \u2014 dit calmement le rentier.\u2014 Vous vous y conna;ssez en.¦\u2014 En vieilles médailles et monnaie ancienne?Certainement, mon cher.On ne me fera pas confondre un sou d or de Julien I Apostat, avec la monnaie d or de Svlla, ni un denier de la République Romaine.Quant à la Créseide ou statère d'or de Crésus qui ressemble un peu à la Darique d or de Darius, mais qui est facilement reconnaissable avec un peu d attention, vous ne me la ferez pas admettre pour la Tétradrachme d\u2019Alexandre le Grand.Vouziers et Labenne témoignèrent d'une muette admiration.Le commls- Xotre Prochain Roman Le RESPONSABLE par Line Deberre Un abonnement d\u2019une année au magazine LE SAMEDI représente, en plus des grands feuilletons, articles de toute sorte, l\u2019acquisition de 52 romans intéressants. 4 juillet 1936 17 saire apuya ses deux mains sur son bureau et bégaya: \u2014 Mais vous êtes un savant, M.Mézin1 Le rentier haussa négligemment les épaules.\u2014 Peuh! Quand on n'a rien à faire, dans la vie, on passe son temps à étudier un peu.Rien de sensationnel.vous savez.\u2014 Hé bien, voilà l\u2019affaire\u2014proclama Vouziers avec enthousiasme.Dès demain, je convoquerai ici M.Daiay-rac, et je.\u2014 Attention\u2014prévint M.Mézin\u2014 n oublions pas que nous n avons, vous et moi, de commun qu'une vieille amitié.\u2014 Parfaitement.Aussi, j imagine un petit stratagème.Vous passerez par hasard, à 1 heure où il sera là, soi-disant pour me serrer la main.Je trouverai le moyen de vous présenter, et.à vous de vous arranger pour le reste.C est ainsi que M.Mézin, numismate distingué fit son arrivée au château de Saint-Pierre en compagnie de M.Dalayrac ravi de cette diversion à la hantise qui le poursuivait depuis la mort du malheureux Marland.et heureux, au surplus, de se voir à même de faire compléter la besogne entreprise par le disparu.M Mézin fit connaissance avec Mme Dalayrac, charmante amphy-trione et les trois enfants; Mlle Lucie, une jeune fille, Cyprien et Ernest, deux lycéens qu\u2019on voyait apparaître les dimanches et qui ne tarderaient pas à rester en vacances.M.Mézin, par son affabilité et sa bonne humeur, fit la conquête de tous.Il s était tout de suite rendu sympathique et on ne lui tint même pas rigueur de son inséparable parapluie.qu il gardait durant ses sorties dans le parc.\u2014 Il me sert d\u2019ombrelle .expli-qua-t-il avec un rire gai.La domesticité l aima aussi.Il était peu gênant, au surplus.On lui avait donné une chambre dans une des ailes.et tous les après-midi, il travaillait avec une sage lenteur, afin de prolonger son séjour.Les matinées étaient consacrées à la promenade, tantôt seul, tantôt en compagnie de M.Dalayrac.Causeur intéressant et disert, il ne dépara nullement les réceptions, à vrai dire à la bonne franquette, du châtelain II se fit, ainsi, après avoir séduit les hôtes, une agréable réputation Parmi les invités qu il fréquentait particulièrement se trouvait MM.Ribere.Tonneins et Beaupuy.Bien entendu, ceci n\u2019était pas le fait du hasard.Venu pour élucider le mystère de la mort de M.Marland, il n\u2019oubliait pas son but, et son premier soin avait été de gagner la confiance des trois personnes qui avaient été les drnières à voir en vie la victime de la femme mystérieuse.M.Beaupuy lui lit un excellent accueil.Lui aussi s\u2019intéressait, plus ou moins, à la numismatique.\u2014 J\u2019en discutais parfois avec ce pauvre M.Marland.confia-t-il.Il avait entrepris de faire mon éducation.\u2014 Je suis à votre entière disposition pour la poursuivre, cher monsieur, assura le petit rentier, spontanément \u2014 Venez donc passer un jour aux Esdottes.¦ \u2014 Avec le plus grand plaisir, si M.Dalayrac n\u2019y voit pas d'inconvénient.Vous possédez également des collections ?\u2014 Oh, des collections c\u2019est beaucoup dire.J\u2019ai quelques vieilleries dans un coffret.Je vous les montrerai.Certes, M Mézin n\u2019avait aucune raison pour refuser, quoiqu\u2019il eût préféré ne point quitter le domaine de Saint-Pierre, mais pour sa réputation, à la fois de savant et d\u2019homme aimable, il ne pouvait ni ne voulait désappointer le vieux beau.On convint d un jour, et M.Dalayrac s\u2019empressa d offrir son chauffeur et sa voiture pour accompagner son invité.L\u2019auto se rangea devant un grand perron, après avoir fait un virage dans une vaste cour sablée.M.Beaupuy, en costume de cheval, apparut en haut des marches, le visage avenant, les mains offertes en signe de cordiale bienvenue.Derrière lui surgit un autre personnage qu\u2019il présenta aussitôt : \u2014 Mon neveu Philippe qui habite Paris, et qui, justement, m\u2019a fait la surprise d\u2019une visite .\u2014 Enchanté, monsieur .Le neveu était également en tenue de cavalier.Haute silhouette bien prise dans la veste qui dessinait la taille.De même que M.Beaupuy, le jeune homme était fort élégant.M.Mézin remarqua la coupe impeccable de la culotte bouffante à la Sau-mur et les bottes miroitantes munies de fins éperons.On entra dans un hall dallé où régnait une pénombre exquise de fraîcheur.La température, au dehors, était toujours aussi implacable.On se trouvait à fin juillet et depuis le début, il n\u2019était pas tombé une goutte de pluie.Un ciel d\u2019un bleu indigo, un soleil invraisemblable, et pas un souffle de vent, donc pas d\u2019espoir de nuages prochains .Bien entendu.M.Mézin n\u2019avait eu garde d\u2019oublier son parapluie.Son hôte le lui prit des mains, mais il le retint : \u2014 Non, non .Il me semblerait qu\u2019il me manque quelque chose si je ne sentais pas le manche courbe accroché à mon bras .Heureuse inspiration.Quelques minutes plus tard, ce riflard démodé et grotesque devait lui sauver la vie ! .Cela se passa durant la visite du domaine des Esdottes.M Beaupuy, avant de montrer les médailles, avait offert le tour du propriétaire, comme il se doit.M.Mézin avait admiré le verger fort étendu, la basse-cour modèle, les étables, '.on guide annonça : \u2014 Je vais vous montrer mes chevaux .\u2014 Ah oui .Vous possédez, m'a-t-on dit, de magnifiques purs-sang.M.Beaupuy sourit, visiblement heureux de l\u2019éloge.\u2014 Philippe.Va voir si rien ne cloche.conseilla-t-il à son neveu, et il expliqua au petit rentier : Par ces chaleurs, les bêtes sont nerveuses, et il vaut mieux s'assurer quelles ont tout ce qu il leur faut.M.Mézin passa devant et pénétra dans la cour.Là-bas, au fond, on entendait Philippe qui poussait des Ho!.Ho!.Là.Sage!.et faisait claquer sa langue.M.Beaupuy était légèrement en arrière donnant un ordre à un domestique, sans doute pour préparer des boissons glacées.Et ce fut le drame rapide, effarant.Un hurlement du ieune homme dans l'écurie.La porte basse non fermée au loquet jaillit, comme poussée par une trombe et un cheval, les naseaux dilatés, les yeux injectés de sang, faisant feu des quatre fers, arrive à la vitesse d\u2019un train rapide sur le maheureux M.Mézin.Trois secondes encore, et il va être foulé, piétiné par l\u2019animal furieux.\u2014 Gare! Gare!.rugit Philippe très pâle, à la porte qui vient de laisser passer la bête.Mais déjà, le petit rentier avec une extraordinaire agilité a bondi de côté, et lancé son parapluie dans les pattes du cheval Celui-ci, empêtré, s\u2019écrou- la net.En un instant, tout le monde accouru est dessus.\u2014 Vous n'avez rien, monsieur Mézin ?.haleta M.Beaupuy, le visage angoissé.Mon Dieu, j\u2019ai eu une | minute de terreur.\u2022\u2014 Non, rien.Mais il s'en est fallu ! de peu.répondit M.Mézin, les traits | contractés.Je suis navré monsieur ; Beaupuv, d\u2019avoir abîmé une si belle bête.Les genoux sont couronnés.\u2014 Ah, qu'importe!.Votre vie, cher monsieur, est plus précieuse que celle d'un quadrupède.Les deux hommes se serrèrent la main.Philippe arriva en courant.Lui aussi était en proie à une émotion intense.Il balbutia, à phrases entrecoupées : \u2014 C\u2019est fou!.Un taon.Piqué juste au moment où je rattachais la longe.M'a échappé !.Quelle alerte!.Tous trois s\u2019épongèrent abondamment le front, qui ruisselait autant par la chaleur que par le bouleversement.Malgré lui, M Mézin sentait flageoler ses jambes.La réaction l'obligea à s'asseoir dans un fauteuil.Un voile passa devant ses yeux.Il se raidit.Il but un grand verre d'eau glacée et réussit à franchir le cap critique.Il repartit sans avoir vu les pièces de monnaie.Ni lui, ni M.Beaupuy n'y avaient songé, après pareil affolement.VIII M.Vouziers avait été quelque peu déçu par la manière dont son vieil ami avait accueilli son hypothèse tendant à aiguiller les recherches vers la soeur du disparu.Personnellement, il avait abandonné la théorie d\u2019une maîtresse délaissée, et, selon 1 adage \" Cherchez à qui profite le crime estimait que pareil héritage, surtout après les circonstances qui avaient jusqu\u2019alors exclu Mme Dartois de la succession de M.Marland.était une curieuse aubaine.Pour lui, il était hors de doute que la victime eût, tôt ou tard, suivi l'exemple de son père.La bénéficiaire forfuite de l'héritage avait eu une-chance surprenante, car son frère, s'il avait épousé Mme Hautevigne, ce qui était probable, sinon prochain eût, au surplus, tout laissé à sa femme et à ses descendants.\u2014 Il a dû la mettre au courant \u2014 se disait-il \u2014 et voyant que l\u2019affaire j allait lui échapper, elle aura frappé.Une épingle à chapeau est une arme bien féminine .Cette personne porte les cheveux coupés ?Ce n est pas un obstacle.Rien ne 1 empêchait de cacher cette tige sur elle.Quelle force de dissimulation1.On ne dirait jamais, à la voir, qu elle est capable d'un pareil coup.On ne peut vraiment pas se fier aux femmes.Celle-ci est une eau dormante.\u2014 Labenne \u2014 ordonna-t-il \u2014 vous écrirez à Paris pour demander que l'on enquête minutieusement sur les faits et gestes du couple Dartois, aux environs de la date du crime.Si jamais nous apprenons que la sœur de M.Marland s\u2019est absentée, je l'inculpe sans délai.\u2014 Mais, pardon, M.Mézin n\u2019a pas l\u2019air de.,\u2014 Ecoutez, mon garçon.M.Mézin est bien gentil, mais il ne faut pas oublier que c est moi qui suis chargé de l'enquête.Il ne risque rien, lui.S\u2019il fait une bêtise, c\u2019est moi qui l\u2019endosserai.Je ne sais pas ce qu\u2019il fabrique au château de Saint-Pierre.M\u2019est avis qu\u2019il y perd son temps.M.Vouziers s'avouait qu\u2019il éprouverait un franc plaisir à démontrer au détective amateur qu'il n\u2019était pas de force, après tout, et qu'un commissaire de police pouvait le mettre dans v/ï un cdtl Le Stéarate de Zinc Merck est plus qu\u2019une poudre adoucissante pour bébé, et qui offre au toucher la douceur du satin.C'est une poudre imperméable et qui ne formera pas de pâte avec la moiteur sur la peau tendre du bébé.Saupoudrez-en sous les bras et entre les jambes, dans les plis mous du corps du bébé, il agira comme pellicule protectrice contre les échauffaisons et l'irritation auxquelles l\u2019exposent les couches mouillées et la transpiration.Merck & 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chef, il lui semblait que des deux, c'était M.Vouziers qui perdait son temps.Mais les ordres sont les ordres.Il n avait rien d'autre à faire qu'à s'incliner et obéir.M.et Mme Dartois étaient descendus dans un hôtel de Marmande.L\u2019acteur ava;t tout d'abord eu ia velléité de s installer dans la maison de son beau-frère, mais l'hostilité farouche, quoique muette, rencontrée auprès des vieux serviteurs, l\u2019avait découragé.Les formalités étaient longues.Elles demanderaient au moins deux à trois semaines.Pour un couple qui avait affirmé d importantes occupations à Paris, les héritiers faisaient preuve d une singulière liberté d action.La vérité était qu'ils étaient aux abois, et ceci confirma davanta- Ee le commissaire dans ses soupçons.\u2019argent leur était arrivé au moment propice.M.Vouziers s était arrangé pour convoquer M.Beaupuy, de manière qu il rencontrât les Dartois au moment où ceux-ci quitteraient son bureau.Les prétextes ne lui manqueraient pas pour faire souvent revenir ces derniers.Le propriétaire des Esclottes eut un haut-le-corps en voyant la femme.Il pénétra dans le cabinet du commissaire, l\u2019air agité et avant que M.Vouziers l\u2019eût interrogé, il balbutia, en désignant la porte à l\u2019instant refermée : \u2014 Cette.cette femme!.Le commissaire se souleva à demi.\u2014 Vous la reconnaissez?.deman-da-t-il vivement \u2014 Comme elle est grande! murmura M.Beaupuy.\u2014 Est-ce la femme mystérieuse que vous avez vue?insista le commissaire.Labenne, dans son coin, n\u2019en perdait pas une parcelle.M.Beaupuy courut à la fenêtre et se pencha.M.et Mme Dartois étaient encore en vue.Le contraste avec son mari, rendait l\u2019épouse plus dégingandée encore.Le témoin resta immobile jusqu'à ce que les deux personnages eusent tourné le coin de la rue.Il revint s'asseoir en face du commissaire, et se passa la main sur le front.\u2014 C\u2019est troublant.dit-il.Cette démarche, cette allure générale.Et pourtant, je ne peux pas affirmer que ce soit elle.Ce serait trop grave, monsieur le commissaire.\u2014 Trop grave?Pourquoi?.M.Vouziers feignàit de ne pas comprendre.Il n\u2019avait pas de confidence à faire à son visiteur, quoique M.Beaupuy \u2014 la chose était visible \u2014 pensait, comme le commissaire, que la femme en bleu du Bosquet était hauteur du crime.L\u2019élégant quinquagénaire toussotta et reprit à mi-voix comme s\u2019il se parlait à lui-même : \u2014 Non.je n'ai pas assez vu l'autre.Mais existe-t-il beaucoup de femmes qui soient aussi grandes ?C'est ce qui me trouble.Ah, si j\u2019avais l'occasion d'observer celle-ci, vêtue de même, avec un grand chapeau et une voilette, je n\u2019hésiterais plus, je crois.Ce n'est pas possible à obtenir, n\u2019est-ce pas, monsieur le commissaire ?Le fonctionnaire s\u2019abîma dans ses réflexions.\u2014 Pourquoi pas ?\u2014 répliqua-t-il en relevant la tête.Mais si, monsieur Beaupuy, c\u2019est fort possible.Car il suffirait que cette femme soit inculpée.Nous procéderions, alors, à une reconstitution de la scène, dans le parc de Saint-Pierre, et naturelle- ment, Mme Dartois serait mise dans l\u2019obligation de porter les vêtements dont vous avez fait la description, d'accord avec MM.Ribère et Ton-neins.\u2014 A votre disposition.dit aussitôt M.Beaupuy.Mais.\u2014 il eut une hésitation \u2014 si je la reconnais et que les deux autres témoins soient moins affirmatifs ?\u2014 Comme c\u2019est vous qui l\u2019avez vue le plus longtemps, je pense que votre déposition primerait sur les autres.\u2014 Tout de même, c'est une responsabilité ! \u2014 Evidemment, M.Beaupuy.C\u2019est pourquoi il vaus faudra faire bien attention.Votre rôle est capital, en l'occurrence.\u2014 Vous me donnez la chair de poule!.avoua le témoin en esquissant un sourire.La seule chose qui me rassure est la pensée que si vous vous décidez à la soupçonner c\u2019est qu\u2019il y aura d\u2019autres charges contre elle.M.Beaupuy parti, le commissaire interpella Labenne \u2014 Eh bien, mon ami, si M.Mézin était là, il annoncerait, cette fois: \"Un bon point à M.Vouziers \u201d.Hein!.J ai hâte que cette lettre pour Paris arrive à destination.Je voudrais déjà en avoir reçu la réponse.Le secrétaire risqua timidement : \u2014 Si c'est elle, patron, comment aura-t-elle réussi à passer inaperçue?Voyez donc.Tout le monde la remarque.\u2014 Ah.ça.elle l\u2019expliquera elle-même, aux interrogatoires.Le principal sera de la tenir sous la main.Moi, voyez-vous Labenne, je ne procède point par calculs algébriques ou autres, comme Sherlock Holmes ou son imitateur, M.Mézin.Mais cela ne m\u2019empêche pas d'arriver tout de même à un résultat.Avec un sourire ironique, M.Vouziers se mit à fouiller dans un tiroir, éparpillant des documents.Pendant ce temps, M.Beaupuy galopait sur la grand'route.Il lui vint à l\u2019esprit de faire un crochet par le domaine de Saint-Pierre, avant de rentrer aux Esclottes.\u2014 Je vais voir ce brave M Mézin.Je lui dois deB excuses après la venette qu'il a eue, l'autre jour.IX C\u2019était la fin du séjour.Le catalogue de la collection Dalayrac venait d'être terminé, à la grande satisfaction du maître de céans.Non pas que la présence de M.Mézin lui pesât \u2014 au contraire! \u2014 mais le numismate avait réellement accompli de la belle besogne dont il y avait tout lieu de le féliciter.\u2014 Il ne me reste plus \u2014 dit le rentier \u2014 qu\u2019à vous remercier de votre très aimable hospitalité et à rentrer chez moi avec d\u2019excellents souvenirs.\u2014 Vous n\u2019allez pas nous quiter ainsi, monsieur Mézin \u2014 protesta M.Dalayrac.Le château est assez grand pour que vous puissiez rester quelque temps encore sans vous croire obligé de penser que vous pourriez être une gêne.D appointements, il n avait nullement été question.M.Mézin, à la première allusion, avait répondu qu'il rendait service pour le plaisir qu'il en tiraff.Cela avait immédiatement mis au point le problème au point de vue situation sociale, et M.Mézin, dès lors, avait été considéré comme un égal et non comme un personnage accomplissant une besogne rémunérée.En d\u2019autres circonstances, M.Mézin aurait probablement accepté de prolonger cette fort agréable villégiature.Mais il était nécessaire qu\u2019il rentrât à Périgueux, et M.Dalayrac ne se doutait aucunement que si, depuis une semaine environ \u2014 depuis le retour des Esclottes, justement \u2014 le numismate travaillait avec un soudain acharnement, c'était pour écourter la durée de son absence, laquelle selon lui, ne tarderait pas à se faire sentir auprès de M.Vouziers.Et aussi, il avait réuni toute la documentation désirable.De sorte qu il n'y avait plus de raison pour lui de rester.Il prétexta la nécessité de rentrer veiller à ses intérêts, et promit Je revenir dès qu'il le pourrait.M.Dalayrac, qui avait appris à jouer aux échecs en compagnie de son hôte, insista pour que M.Mézin s'y engageât absolument.\u2014 Quand ce ne serait que pour perfectionner mes talents.implora-t-il comiquement.Ce matin-là, qui était le dernier avant son départ, M.Mézin fit son ultime promenade dans le parc.Il était seul; aussi, sans hésiter, se dirigea-t-il vers le Bosquet.Après avoir constaté que personne ne pouvait le voir, il commença une série d'allées et venues assez bizarres.Il se plaça sur le chemin où M.Marland avait accompagné la femme en bleu.Puis il redescendit à l'endroit où M.Beaupuy avait attendu le retour de son / compagnon.Ceci fait, il remonta vers la hutte où il prit un outil.Il revint le planter en terre à un certain point et, chose burlesque, le coiffa de son chapeau.Il se rendit à nouveau plus bas et fixa la place qu\u2019il venait de quitter.\u2014 Evidemment.marmonna-t-il.Après avoir tout remis en ordre, il tira de sa poche, une des cartes-bristol qu\u2019il affectionnait et se mit en devoir de tracer un plan minutieux des lieux.Il chemina vers le bas, se rendant au portillon par lequel les deux participants au rendez-vous nocturne, d après Labenne, avaient dû s'introduire.Mais il faisait sans doute cette route uniquement par acquit de conscience, car quiconque eut pu l'écouter, l\u2019aurait entendu grommeler avec un haussement d\u2019épaules définitif : \u2014 Ça ne tient pas debout.Quoi?Qu'est-ce qui ne tenait pas debout ?Finalement.M.Mézin se décida à revenir vers le château.M.Dalayrac en compagnie de M.Beaupuy se tenaient sur une pelouse.Le châtelain désigna du doigt le personnage qui s\u2019avançait : \u2014 Le voilà.Toujours avec son parap'uie.cet original.Le propriétaire des Esclottes remarqua : \u2014N'en dites pas de mal.C'est ce qui l'a tiré d\u2019affaire, chez moi, lors de la fuite de mon cheval emballé.M.Dalayrac se tourna vers son interlocuteur : \u2014 Quel cheval emballé ?\u2014 Il ne vous a pas raconté l'histoire?M.Mézin arrivait.Il fut interpellé par son hôte: \u2014 Vous m'avez caché que vous aviez failli périr dans un accident, mon cher ami?Déjà, M.Beaupuy narrait les circonstances de ce qui avait failli tourner au drame.M.Mézin eut un sourire bonhomme et déclara : \u2014 Je ne voulais pas médire de vos chevaux, monsieur Beaupuy.M.Dalayrac était dans tous ses états.i\u2014 Ah, par exemple!.Ah, par exemple!.ne cessait-il de répéter.M.Beaupuy s'adressa au petit rentier : \u2014 J\u2019espère que vous me permettrez d effacer cette mauvaise impression.cher monsieur?Quand revenez-vous aux Esclottes ?M.Mézin s'excusa.Il rentrait cette après-midi même à Périgueux et ne pouvait vraiment pas fixer de date.\u2014 Ah vous partez?C est dommage.fit M.Beaupuy avec regret.Vous prenez quel train ?M.Dalayrac intervint pour expliquer qu'il ferait reconduire son hôte en voiture.Une bien belle promenade.par Duras et Bergerac, puis toute la série de coteaux boisés qui forment de continuelles montagnes russes jusqu'à la ville qui s enorgueillit de la fameuse cathédrale de Saint-Front, aux cinq coupoles.\u2014 Bon voyage.souhaita M.Beaupuy en prenant congé.Et ajouta-t-il, avec un sourire aimable \u2014 ne me tenez pas rigueur de la maladresse de mon neveu.L\u2019auto venait de dépasser Bergerac.C était une voiture décapotable, et confortablement assis sur les moelleux coussins, M.Mézin se laissait bercer par la chanson du moteur.La chaleur aidant, il glissait dans une douce somnolence.Le chauffeur conduisait à la perfection, en homme qui connaît à la fois, la route et la machine.Distraitement, le petit homme aux cheveux blancs, laissait errer les yeux sur le paysage qui changeait continuellement d\u2019aspect.Quelques kilomètres après la sortie de la patrie du célèbre Cyrano, commencèrent les premiers contreforts.Le ruban goudronné et lisse abandonnant la ligne à peu près droite \u2014 ceci en toute relativité \u2014 se mit à serpenter comme une véritable couleuvre entre deux murs rocheux.Ce ne furent que virages, montant et descendant sans arrêt, dans la forêt qui à certains moments devenait assez épaisse.Le conducteur ménageait son mécanisme et ralentissait prudemment jusqu'après chaque tournant, pour reprendre de l\u2019accélération afin de donner 1 assaut à la nouvelle côte apparue.Malgré la souplesse du moteur, ce n\u2019était que manipulations de leviers de changement de vitesse.M.Mézin qui s\u2019était endormi fut soudainement éveillé par une secousse.Il se retrouva assis sur le plancher de la voiture.Un virage plus traître que les précédents \u2014 véritable épin-ble à cheveu \u2014 avait provoqué le déportement de la limousine aussitôt redressée par une poigne de fer.Chose curieuse, au moment où M.Mezin, après avoir ouvert les yeux, allait se redresser pour s'asseoir, il lui sembla entendre comme une détonation Mais cela se confondit dans le bruit du moteur, et lorsque le voyageur, au premier arrêt pour faire 1 essence, en fit la remarque au chauffeur, celui-ci sourit : \u2014 Cela arrive parfois.C'est ce satané alcool que l'on mélange au carburant qui provoque des explosions.Mais M.Mézin avait toute autre idée de l incident Car il avait vu remuer quelque chose dans une haie, au haut d un rocher, et quand il s\u2019était rassis, il avait trouvé à sa stupéfaction indignée, un petit trou rond dans le capitonnage de son dossier.Ayant inséré le doigt dans ledit trou rond, il en avait extrait un petit objet de métal, un peu aplati par le choc.C était une balle de revolver !.Un inconnu avait tiré sur la voiture.M.Mezin.très discret, n'en souffla mot au chauffeur.Mais il eut un sourire caractéristique, les dents serrées.\u2014 Un et un font deux.murmura-t-il pour lui-même.Ouvrons l'œil pour le troisième attentat.Empochant le projectile, il produisit un petit clappement de langue. 4 juillet 1936 19 C\u2019était bon à conserver.Un moment viendrait où cela servirait de pièce à conviction.Périgueux fut atteint sans autre incident.X \u2014 Tiens \u2014 s\u2019exclama M.Vou-ziers en tendant la main \u2014 quand on parle du loup.Nous nous demandions ce que vous deveniez.\u2014 Tout va bien \u2014 affirma M Mé-zin.Et vous?.Quelles nouvelles ?\u2014 J'ai vu M.Beaupuy, ce matin.il a presque reconnu Mme Dartois pour la mystérieuse femme en bleu.Le petit rentier parut intéressé Le commissaire le mit au courant de ce qui s'était passé.Il ajouta qu'il avait écrit à Paris pour être fixé sur l em-ploi du temps des deux artistes \u201c lyriques .\u2014 Lyriques, oh combien!.dit encore M.Vouziers Je ne connais pas le talent de M.Dartois, mais pour ce qui est de celui de sa femme, je la crois d'une jolie force à soutenir un rôle., quand elle sera démasquée, celle-là Bigre !.M.Mézin fit un mouvement de tête que 1 on pouvait interpréter favorablement ou non, selon la disposition d\u2019esprit de chacun.Le commissaire, pour sa part, fut persuadé d une approbation.Il n'en attendait pas moins.\u2014 D'ici trois ou quatre jours \u2014 dit-il \u2014 nous serons fixés.J espère que le couple n'aura pas encore quitté Marmande.Puis sautant d'une idée à 1 autre, il prit familièrement son ami sous le bras : \u2014 Racontez-moi donc un peu les merveilles du château de Saint-Pierre.Vous avez pris là de belles vacances, ce me semble.M.Mézin se lança dans diverses explications.Mais il ne souffla mot des deux incidents marquants qui avaient émaillé son séjour, à savoir: le cheval emballé et le coup de revolver.Il estimait que le commissaire s\u2019était enfoncé dans un sentier sans issue.M.Vouziers faisait fausse route?Qu'il continuât jusqu'au bout! 11 serait temps de le remettre dans la bonne voie quand il se serait convaincu, de lui-même, qu il s était trompé.Actuellement, l'aiguiller par ailleurs serait inopportun.Il ne pourrait que susciter un désaccord, et M Mézin n'aimait pas discuter dans le vide.Lorsqu\u2019il aurait réuni ses arguments en un solide faisceau, il pourrait étayer son raisonnement, en apportant une pierre pour chaque contestation de manière à bâtir sur autre chose que du sable.Quand il eut conté par le menu, les petites anecdotes qui amusèrent fort M.Vouziers et Labenne, non sans que le commissaire eût intérieurement constaté que tout cela n avait guère de rapports avec l affaire, M.Mézin annonça avec calme : \u2014 Je me rends à Paris.\u2014 A Paris7 Vous.vous absentez encore?Mais vous avez la bougeotte, en ce moment! Le petit rentier ne sourcilla pas, et confirma qu\u2019il était nécessaire qu'il fit un petit voyage dans la capitale.C'était pour recueillir certains renseignements sur.\u2014 Mais, mon cher ami, puisque je viens d'écrire \u2014 interrompit le commissaire.Attendons tranquillement ici !\t, \u2014 Il ne s\u2019agit pas des Dartois J'ai autre chose en tête.Oh, c'est toujours pour nos recherches.Non, ne me demandez rien.Je vous expliquerai à mon tour.M.Vouziers prit un petit air pm-cé.\u2014 Si vous faites des cachotteries maintenant.\u2014 Allons \u2014 dit M.Mézin d'une voix conciliante.Allons, Vouziers vous savez bien qu\u2019il ne s'agit pas de vous taquiner.Mais je ne possède que des bribes de la vérité, et je préfère tellement vous apporter un tout complet ! Vous avez suffisamment de besogne sans que je la complique avec des suppositions qui ne feraient que vous énerver, car je suis dans l'impossibilité de faire la lumière sur un tas de questions.Ce n\u2019était pas vrai.M.Mézin en savait beaucoup plus long qu'il ne voulait le dire.Il touchait presque au but.Seulement, l'hostilité latente qu'il sentait couver chez le commissaire de police l avait décidé à donner une leçon à ce dernier.Ainsi, sans le savoir, ces deux associés cherchaient à lutter l'un contre l'autre.Ce serait à qui prouverait qu'il avait raison et, par la même occasion, confondrait le voisin.Ce sentiment assez humain n était pas des plus recommandables.Mais quoi, ni M.Vouziers, ni M.Mézin, n'étaient des êtres parfaits Et il eût été injuste de leur jeter la pierre.M.Mézin prit donc le rapide qui vient de Tarbes et s\u2019en va droit sur Paris, par Limoges, Châteauroux, Vierzon, etc.Il ne lui avait pas fallu nlus de vingt-quatre heures pour quitter sa bonne vieille ville de Périgueux.Et pourtant, c'était un autre voyage que celui de Saint-Pierre, celui-là.Il n\u2019était pas venu dans la capitale depuis l'Exposition universelle de 1900.S'il trouva la Seine à la même place, il put constater que la ville avait quelque peu changé d\u2019aspect.Ses courses demandèrent deux jours.Au Ministère de l\u2019Intérieur, puis à la Sûreté générale, où il s'était adressé, on lui avait posé force questions sur les raisons qui motivaient ces démarches.Il eut la chance de tomber sur un fonctionnaire intelligent\u2014il y en a plus qu\u2019on ne le croit\u2014lequel, après avoir écouté toutes ses explications, n\u2019hésita plus à l\u2019aider et même à obtenir pour lui \u2014chose autrement irréalisable pour un particulier \u2014 la complète documentation qu'il cherchait.Ce fut un homme bien content qui reprit la route du Périgord.Il souriait, il chantonnait intérieurement \u201cLes romans policiers, songea-t-il, sont beaucoup plus instructifs qu'on ne le croit.La majorité des gens n \u2019y voient que d\u2019agréables amusettes.C'est pourtant grâce à ces récits que j'ai fait mon éducation, que j\u2019ai appris à remarquer, à déduire.Tandis que ce brave Vouziers, avec tout son bagage administratif et son expérience routinière, patauge et pataugerait longtemps encore, sans le secours de ce que je lui rapporte.Oui, M.Vouziers pataugerait.Quand M.Mézin le revit, le commissaire ne put qu'avouer piteusement, avec un geste désespéré des deux bras : \u2014 Rien à faire pour Mme Dartois.Tout est à recommencer.Ce n'est pas elle.'.Ce ne peut pas être elle.Et pourtant, son signalement concorde si bien avec celui de cette maudite femme! C'est à s'en arracher les cheveux.M.Mézin questionna avec ingénuité : \u2014 Vous êtes certain qu\u2019elle est innocente?\u2014 Voyez donc ce qu'on m'a répondu de la capitale.Le petit rentier s'empara de la lettre contenant le rapport demandé par le commissaire de Périgueux.Il y était spécifié qu\u2019à la date du dimanche \u2014 le dimanche du crime \u2014 les époux Dartois, connus à la scène sous le pseudonyme \"Les Siotrad, duettistes \", avaient chanté dans un établissement de Nogent-sur-Marne, le \u201cRoyal-Palace\u201d.Le lendemain, on les avait vus à Fontenay-sous-Bois, et ainsi de suite.Ils avaient effectué une tournée complète dans la banlieue Est de Paris, tournée interrompue par le départ précipité pour Marmande, en plantant là directeurs et engagements.Le rapport ajoutait avec un involontaire humour que, sauf la question de dates, la demande de Périgueux paraissait justifiée en raison du mystère qui entourait cette fuite brusque et demandait si les personnages avaint été retrouvés {!).M.Mézin rendit le rapport.Il y avait, dans ses yeux, une gaîté malicieuse.Ses lèvres serrées révélaient l'ébauche d\u2019un sourire en coin.M.Vouziers reprit le document d'un gestè fatigué et le jeta sur son bureau.Labenne, à sa place habituelle, ne soufflait mot.On sentait qu'il avait dû se passer une scène orageuse, peu avant l'irruption du rentier, venu de la gare aussitôt débarqué du train.M.Mézin mit la main sur l\u2019épaule de son ami.\u2014 Ne soyez pas accablé.Vous me faites de la peine.Allons, un peu de nerf, Vouziers.\u2014 Qu\u2019est-ce que vous voulez que je fasse, maintenant?gémit le commissaire.Des femmes géantes, il n'en court pas les rues.Où vais-je en trouver une autre qui.\u2014 Qui consente à se laisser arrêter?.Inutile, mon bon.Laissez donc les femmes tranquilles.\u201c L'assassin n'est pas une femme.\u201d Labenne se pencha en avant et faillit culbuter son encrier.II bégaya dans son coin : \u2014 Vous dites, M.Mézin?.Quant à M.Vouziers, il n'avait même pas écouté.M.Mézin se tourna vers le secrétaire et répéta: \u2014 Je dis que l'assassin n'est pas une femme! C\u2019est clair, je pense.Et si ce n'est pas une femme, ô mânes de La Palisse, c'est que c'est un homme ! M.Vouziers émit un petit rire nerveux.\u2014 Vous avez beaucoup d\u2019esprit quand vous vous y mettez, ami Mézin.persifla-t-il.Et où avez-votis découvert cette sensationnelle information?A Paris?.\u2014 Non.Au domaine de Saint-Pierre.Je vous avais dit, avant de partir, il y a trois jours, que j\u2019avais des lambeaux d'indices.C'en était un.Mais admettez que, à ce moment-là, alors que vous étiez persuadé que vous teniez déjà la coupable, vous m'auriez ri au nez.M.Vouziers eut un sourire résigné.\u2014 Ma foi, je ne le conteste pas.admit-il.Labenne s'agita sur sa chaise.\u2014 Mais, monsieur Mézin, avança-t-il, cependant M.Marland a-t-il pu accepter un rendez-vous avec un homme au milieu de la nuit?.M.Mézin s\u2019assit, fit entendre son gloussement le plus agaçant, son nez frétilla avec ardeur et, après avoir campé son parapluie entre ses jambes, il lâcha tout à trac, comme une bombe : «\u2014 M.Marland n\u2019a pas été assassiné dans la nuit du dimanche au lundi.C\u2019est le docteur, mon cher Vouziers, c\u2019est le docteur qui avait raison! M.Marland est mort peu avant huit heures du soir.M.Vouziers ouvrit la bouche, la referma, la rouvrit et partit d'un immense éclat de rire moqueur: (Lire la suite page 21 ) SERVANT DES PAPIERS à MOUCHES S\\ WILSON Iv LIRE ET SUIVRE LES ; tf) instructions/ ^ATTENTIVEMENT, ' Chaque papier tuera des mouches toute la journée et chaque jour pendant trois semaines.3 Papiers dans chaque Paquet.10 CENTS LE PAQUET dans les Pharmacies, les Epiceries et le» Magasins Généraux.POURQUOI PAYER PLUS?The WILSON FL Y PAD CO.H.milion, Ont.Maux Je Tête Toujours soulagés ANTALGINE Ne souffrez plus ! 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est resté avec M.Beaupuy jusqu'au bout!.¦\u2014Avant huit heures.s'obstina M.Mézin, sans élever la voix et jouant avec le bec de son riflard.Alors il était mort quand il est parti eç compagnie de M.Beaupuy?Il était mort quand les deux autres témoins, MM.Ribére et Tonneins le virent s'éloigner?.Dites, ami Mézin, vous n\u2019auriez pas absorbé, par hasard, un petit verre de trop?.M.Mézin, qui était la sobriété même, s'égaya de cette hypothèse et fit non de la tête.Labenne le regardait comme un Canaque regarde un appareil de T.S., F.Il ne comprenait pas, mais il pressentait quelque chose de formidable.Le petit rentier eut son petit rire de crécelle et s\u2019adressa au commissaire de police, qui s'amusait encore: \u2014 A mon tour de vous complimenter sur votre esprit.Si vous voulez bien vous donner la peine de m\u2019écouter, nous allons cheminer ensemble vers la petite lumière qui est au bout de mon raisonnement.Il commença à parler.XI Au fur et à mesure de ses explications, données à voix égale, ses deux auditeurs s'étaient immobilisés.On eut dit deux élèves écoutant le cours d\u2019un professeur.Pas une interruption, pas même un geste.Seule, la petite voix aigre de M.Mézin se faisait entendre dans la pièce.Il se tourna tout d'abord vers Labenne.\u2014 J'avais donné un bon point à ce brave garçon, dit-il, pour avoir suggéré la possibilité d'un rendez-vous à la nuit.Afin de ne lui causer nulle peine, même légère, je iugeai inutile, après avoir bien réfléchi à la question, de vous informer tous deux\u2014il fit face à M.Vouziers\u2014 que vous vous fourriez le doigt dans l\u2019œil.\"Voici pourquoi.\"Un monsieur, qui ne veut pas être reconnu, prend soin de se débarrasser d'un vêtement aussi voyant qu\u2019une veste de toile blanche.Il s\u2019encombre encore moins d'un casque colonial.Or, le cadavre de M.Marland a été retrouvé habillé du même costume exactement qu'il portait la veille au soir.C\u2019est la première chose à laquelle je me suis arrêté.Il fallait rséoudre cette question: pourquoi la victime avait-elle conservé sa ' veste et son casque?Et aussi le pantalon de flanelle blanche?Et encore les souliers blancs ?Vous pourriez me rétorquer que, n'étant pas rentré chez lui, il lui était impossible de se changer.C'est là que je vous attends de pied ferme.Car, mes bons amis le premier soin en pareil cas eût été de revenir justement à la maison, et d'endosser un accoutrement moins voyant.S\u2019il n'est pas rentré chez lui, c'est que cela lui avait été impossible?Réponse: Parce qu\u2019il était mort.Ici, M.Mézin prit un temps et considéra tour à tour ses auditeurs, littéralement médusés.Il s'humecta les lèvres, ramassa son parapluie qui venait de tomber et reprit : \"J'ai là un petit plan de l'endroit.Voyez Il se leva et le posa sur le bureau de M.Vouziers.Labenne accourut et tous trois se penchèrent sur le bristol.\u2014 Reconstituons la scène, telle que M.Beaupuy vous l\u2019a décrite, telle qu\u2019elle a été confirmée-\u2014du moins, en ce que les autres témoins en ont pu voir.Car ils n'ont pas tout vu, les deux autres!.Je m'en suis assuré sur place.Vous allez en juger.M.Marland est ici\u2014 il désigna 1 endroit \u2014 en compagnie de M.Beaupuy.Les deux témoins supplémentaires sont là.Vous voyez ce repli de terrain?Bon.Il est impossible, en ce moment, à MM.Ribére et Tonneins de voir ce qui se passe en contrebas.Tout au plus, peuvent-ils entendre les voix.Et si vous vous souvenez, ils se sont très bien rappelés que M.Beaupuy parlait de façon sonore, ce qui contrastait avec le ton de M.Marland, plus assourdi.Continuons.La femme en bleu arrive par ici.M.Marland quitte son compagnon et la rejoint.Il est maintenant aux côtés de la mystérieuse inconnue, et monte vers le chemin.M.Beaupuy est resté à la même place et les regarde disparaître.Il ne les voit plus à présent, mais ce sont les deux autres qui aperçoivent le couple.Très bien.A ce moment, MM.Ribére et Tonneins s'éloignent de telle manière que la haie bordant le chemin dissimule les deux causeurs.Plus personne aux alentours.C\u2019est le moment!.M.Mézin fit une nouvelle pause.Ses compagnons étaient haletants.Tout cela était d'un exposé si clair, si mathématique, et en même temps, d'une si folle audace! \"C'est le moment, ai-je dit, poursuivit M.Mézin.La femme brandit son épingle à chapeau, ou toute autre pointe aiguë dont elle se sera armée.D\u2019un violent croc-en-jambe, elle fait tomber le malheureux.Et tout de suite, elle s'abat sur lui et enfonce l instrument mortel dans la nuque.La mort est instantanée.Pas un cri.L\u2019homme n'a pas eu le temps de souffrir.Alors, suivez-moi bien, ne perdez pas le fil un dixième de seconde, sinon vous ne comprendrez rien, la femme enlève en un tournemain la veste et le casque colonial de sa victime, tire le cadavre dans le fourré, un fourré très touffu, je l\u2019ai constaté, et bondit vers la hutte qui est là, vous voyez?Cette femme dépouille son vêtement.Elle apparaît vêtue en homme!.Elle rabat le bas de son pantalon sur ses souliers de daim blanc, qui sont la réplique de ceux de M.Marland, elle\u2014ou plutôt \"il\", car je vous le répète, l'assassin est du sexe masculin \u2014 endosse la veste de M.Marland, se coiffe du casque et, après avoir roulé ses vêtements de femme en un petit paquet, y compris le chapeau qu\u2019il aura réduit à l\u2019état de chiffon, puisqu'il ne servira plus, cache le tout auprès du cadavre.Le tout n\u2019a pas duré deux minutes.J'ai bien calculé l'affaire et constaté qu'un homme agile et adroit peut faire tout cela en cent vingt-cinq secondes II faut, par exemple, un rude sang-froid.Mais tout, dans ce crime, dénote une maîtrise de soi-même peu commune.M.Mézin se passa la main sur le front où perlaient des gouttes de sueur.Il s'animait peu à peu.M Vouziers, effondré dans son fauteuil, Labenne, adossé au mur, le fixaient avec une stupeur qui paraissait avoir dépassé les limites du possible.Et le récit n\u2019était pas terminé.Ce qui allait suivre était encore plus extraordinaire!.Je reprends M Beaupuy où je l\u2019ai laissé, continua M.Mézin.Les deux minutes se sont écoulées.Il doit revenir, le pseudo-Marland.Dans l'obscurité grandissante, le subterfuge réussit à merveille, et les deux autres témoins qui sont revenus à proximité, s\u2019y laissent prendre également.M Beaupuy s\u2019éloigne en compagnie de M.Marland.Lés deux hommes se quittent, et.et voilà.(Lire la suite page 27) Gmçud JbouA 6e4ûim individueA.3 TYPES DISTINCTS de KOTEX Choisissez celui qui vous donne le plus grand confort.Régulier est idéal.Il j°lnt u\"c p!°f tien complète au plus grand confort; Les millions de femmes tout a fart saUS faites du Régulier n auront pas de son de changer.; .-v \u2022 Les 3 types au même bas kcrthjc Dans la boîte verte.Un peu plus étroit \u2014 tel est ce Kotex Junior.Dessiné à la demande des femmes de taille légère et des jeunes filles.Des milliers de femmes le trouveront bien aux jours où il leur faut moins de protection.prix kot&x.LES 3 TYPES ONT CES CARACTERISTIQUES KOTEX EXCLUSIVES * l*L_ I I\u2014 U I inni I LM ires important aux jou d\u2019activité.Pour être heureuse et naturelle il faut êt confortable.Le nouveau Kotex donne un confort et ui liberté durables.Les bords du Kotex, voyez-vous, soi coussinés de ouate spéciale, douce et molle \u2014 prévenai toute forme d'irritation.Mais seuls les bords sont coussin' \u2014 la surface du centre est libre d\u2019absorber.\u201cNE PEUT FAILLIR\u201d Cela aussi est important.Pour plus de sécurité, le Kotex a un centre spécial dit \u201d Egalisateur \u201d, dont les sillons guident l\u2019humidité également sur toute la longueur de la serviette.Il donne du corps sans augmenter le volume \u2014 et fait que le Kotex s\u2019ajuste à tout mouvement.Il prévient la torsion et l\u2019enroulement.L\u2019intérieur du Kotex est de fait 5 fois plus absorbant que la ouate.\u201cNE PEUT PARAITRE Donne du sang-froid en soirée.La robe la plus légère ou la plus cirée ne laisse rien voir quand vous portez cette serviette sanitaire.Quel facteur de sang-froid.Les bouts du Kotex ne sont pas rien qu\u2019arrondis, mais amincis et aplatis.Absolument invisibles, pas le moindre pli.NOUVELLE CEINTURE WONDERFORM SANS ÉPINGLES Pas d\u2019épingles ennuyeuses .Façonnée .S'ajustant et s\u2019équilibrant d\u2019elle-même Très con- pgr fortable.Economique.QUEST .pour la propreté personnelle La poudre désodorisante absolue, parfaits pour usage sur le Kotex 35.et pour tout besoin.U KOTEX ULTRA-DOUX CfUé VOUÔ DU ROULEMENT QUI PORTE DES MILLIERS DE GENS A DIRE: Cèât lëAsul aider complet à bad odd' IL suffit de voir le Chevrolet de 1936 pour savoir que c\u2019est la plus belle voiture de l\u2019année dans le domaine des bas prix.Mais la beauté n\u2019est pas tout ce qui compte dans le Chevrolet.Ce gros Chevrolet élégant est aussi agréable à conduire qu\u2019il est beau à voir\u2014aussi sur qu\u2019agréable\u2014et aussi confortable que sûr.If La preuve?Oh, pour cela, vous n\u2019avez qu\u2019à prendre le volant.Il se dégage une satisfaction générale, un véritable plaisir, des freins hydrauliques qui ne flanchent pas\u2014du roulement flottant des *genoux mécaniques\u2014de la performance du moteur à soupapes en tête\u2014et du luxe qui caractérise la spacieuse carrosserie Fisher à toit-tourelle pourvue de la ventilation Fisher sans courants d\u2019air et de la glace de sécurité dans toutes les fenêtres ! .If Toutes ces belles caractéristiques modernes s\u2019unissent pour faire du Chevrolet le seul auto complet à bas prix\u2014la seule réponse complète à tous vos désirs d\u2019automobilisme meilleur et moins coûteux.If Mode de paiements à termes General Motors\u2014paiements mensuels adaptés à votre bourse.(\u2018Sur les modèles Master de luxe.) wam \" wrj* ?.' *» > * > tiff * \u2022 »* / *«i \u2022r* < Chevrolet vous les donne tous les six.1.\tFreins hydrauliques perfectionnés 2.\tCarrosseries Fisher à toit-tourelle 3.\tMoteur à soupapes en tête 4.\tVentilation Fisher sans courants d\u2019air 5.\tGenoux mécaniques (sur les modèles Master de luxe) 6.\tGlace de sécurité dans toutes les fenêtres 24 LE SAMEDI LE CLIENT DIFFICILE Un client entre chez le barbier et se fait couper les cheveux ; quand l\u2019opération est terminée, le barbier lui demande s'il est content de la coupe qui vient d'être faite.\u2014 Euh!.dit l\u2019homme en se regardant dans un miroir, faites donc une petite retouche, je les voudrais un peu plus longs que ça.L'EXIGENCE \u2014 Nous allons nous marier, ma chérie, mais il faut me dire franchement si tu es bien certaine de pouvoir vivre raisonnablement avec mon salaire.\u2014 J\u2019en suis certaine, mais il faut aussi que tu me dises une chose.\u2014 Laquelle ?\u2022\u2014 Où en trouveras-tu un autre?\u2014 Lin autre quoi?\u2014 Mais, un autre salaire pour toi-même.PROGRESSION \u2014Comment va ton amoureux?est-ce qu\u2019il se \"dégêne\" un peu avec toi?\u2014Il ne m\u2019a pas encore demandée en mariage mais il y a de l'amélioration dans ses manières.Le premier soir qu\u2019il est venu à la maison, il a tenu l'album de photos toute la soirée dans ses mains; la deuxième fois, il a pris mon petit chien sur lui; la troisième, il a assis mon petit frère sur ses genoux; je commence à avoir l'espoir que ça sera Bientôt mon tour.ET CELA REVIENT AU MEME Récemment un orateur qui faisait ses débuts à la Société des Nations voulut se signaler par un beau discours et, en même temps, décerner des louanges aux membres de la Société.\u2022\u2014 Il y a, dit-il, bien des groupements, humanitaires ou autres, où la moitié des membres ne fait pas grand chose pendant que l'autre moitié ne fait rien du tout.J'ai le plaisir de constater quid c\u2019est exactement le contraire.PENSEE La femme pardonne plus facilement, mais l\u2019homme oublie plus vite! LA MANIERE D'APPRENDRE .\u2014 Comment as-tu fait pour apprendre tout seul à monter à bicycle?demandait une bonne dame à un petit garçon.\u2014- Oh, répondit-il, ça n\u2019a pas été bien compliqué, c\u2019est à force de me relever à chaque fois que je me fichais par terre.RESSEMBLANCE DANGEREUSE Une cliente.\u2014 Je voudrais avoir mon portrait bien au naturel, sans aucune retouche, enfin telle que je suis; je paierai sans doute moins cher pour cela?Le photographe.\u2014 Au contraire, madame, je serai obligé de vous compter un très fort supplément en plus.\u2014 Pas possible! \u2014Madame, vous allez comprendre que j\u2019ai raison; quand le public verra votre portrait dans la galerie de mes travaux faits, il y aura au moins cent clients qui me lâcheront.AVANTAGE SPORTIF \u2014 Je suis très occupé à mon travail, disait un homme et, une fois la journée faite, je me sens tout déprimé au point qu'il m\u2019en vient des idées noires, mais j\u2019ai trouvé un excellent remède à cet état de choses.\u2014 Quoi donc ?lui demanda un ami.\u2014 J\u2019enfourche une bicyclette et je vais faire un tour dans les rues de Montréal ou sur le boulevard Gouln.\u2014 C\u2019est une excellente idée, dit son ami; cet exercice fatigue sainement les muscles, ce qui excite l'appétit et procure ensuite un bon repos.\u2014 Ce n\u2019est pas pour cela, dit 'autre; en fait, je suis si heureux de me voir encore vivant quand je suis de retour à la maison que je m'en sens les idées toutes joyeuses pour le restant de la soirée.V La vieille dame.\u2014Je l\u2019achèterai si vous me prouvez qu\u2019il est de bonne race.Avez-vous son arbre généalogique ?NOS PAGES LE DISCOURS DE RECEPTION \u2014 Tu es rentré tard chez toi, l\u2019autre nuit?\u2014 Je te crois, le soleil allait se lever.\u2014 Qu\u2019est-ce que ta femme t\u2019a dit?\u2014 Ah, mon vieux, demande-moi plutôt ce qu'elle ne m'a pas dit ! LA BONNE PRECAUTION \u2014 Je m\u2019aperçois que tu n'as pas fermé ton coffre-fort, disait un homme à l\u2019un de ses amis; c\u2019est imprudent, tu peux te faire voler.\u2014 Je ne le ferme jamais, répondit l\u2019autre; ce coffre-fort-là m\u2019a coûté trois cents piastres et je ne tiens pas du tout à ce qu'on me l'abîme pour essayer de prendre le peu que je mets toujours dedans.UNE JOLIE FAMILLE \u2014 Mon chéri, dit la femme à son mari cambrioleur, alors que celui-ci se disposait un soir à partir pour son travail spécial, fais moins de bruit quand tu rentreras cette nuit.\u2014 Certainement, ma chérie, répondit le gaillard ; est-ce que je t\u2019ai éveillée la nuit dernière?\u2014 Non, mais tu as réveillé maman et je ne voudrais pas qu\u2019elle aille à la prison dire à mon père que j'ai épousé un amateur.LE BON ENDROIT \u2014 Albert avait coutume de m emmener au théâtre tous les soirs mais j\u2019ai eu l\u2019imprudence dernièrement de le laisser m\u2019embrasser alors que nous étions au salon.\u2014 Mais je ne vois pas le rapport que cela peut bien avoir avec le théâtre.\u2014Eh bien, maintenant, il veut toujours rester au salon.DE PLUS FORT EN PLUS FORT \u2014 J\u2019ai un chien épatant et qui a un bien bon cœur; figure-toi qu\u2019il a élevé un petit animal étranger avec autant de soin que s'il avait été à lui.\u2014 Oh, j\u2019ai connu bien des faits du même genre.\u2014 Ah!.mais ce n'est pas un petit chien que le mien a élevé, c\u2019est un petit poulet.\u2014 C\u2019est plus fort en effet, mais j'ai aussi connu un chien qui en a fait autant.\u2014 Je veux bien te croire mais je suis certain que ce chien-là n'a pas eu la même réussite que le mien.\u2014 Qu\u2019est-ce qu'il a donc encore fait, le tien ?\u2014 Il a appris à aboyer au petit poulet.UN MAUVAIS CARACTERE \u2014Mais, chéri, je t'ai dit de m\u2019attendre dix minutes.Il y a à peine une heure que je suis partie et tu te fâches ! LES OPERATEURS POLIS Un homme qui passait par une rue déserte d'un quartier mal famé assez tard dans la nuit fut accosté par deux hommes de mauvaise mine.\u2014 Monsieur, lui dit le plus gros très poliment, voudriez-vous me faire la faveur de me prêter un sou?\u2014Mais.certainement, dit le passant interloqué et tout de même fort peu rassuré; mais, à mon tour, puis-je vous demander pourquoi faire?\u2014 Certainement, reprit le gros ; mon copain et moi nous voulons le jouer à pile ou face pour décider lequel de nous deux aura votre montre pendant que l\u2019autre devra se contenter de votre bague.BESOGNE DIFFICILE \u2014 Moi, dit un homme qui aimait à se faire valoir, j ai de la décision et je peux faire tout ce que je décide de faire.\u2014 Ah, dit un de ses amis, as-tu jamais essayé de faire claquer les portes quand elles sont tournantes ?UNE QUI A DE LA VOLONTE \u2014 Quoi! dit la mère, tu me dis que tu vas te marier avec Alphonse Beaucadran mais il ne m\u2019en a pas encore parlé lui-même.\u2014 Bien sûr que non, répondit la fille, il ne le sait pas encore lui-même. 4 juillet 1936 25 AMUSANTES RESULTAT DE PECHE Un pêcheur rentrait chez lui sans avoir pris le moindre petit poisson au cours de toute la journée et sa femme lui dit qu\u2019il n'était pas adroit.\u2014 Oh, dit le pêcheur, j\u2019avais pris vingt-cinq belles petites truites mais on me les a volées dans le train que j'ai pris pour m en revenir.\u2014 T'occupe pas de ça, répondit la femme, tu as tout de même rapporté à la maison une belle petite nouvelle menterie de pêcheur.L'APPRECIATION CHANGEANTE \u2014 C\u2019est cette fille-là qu'on disait si belle?on prétendait qu elle avait des yeux ensorceleurs, des joues comme des pêches et des lèvres comme des fleurs; moi, je la trouve très ordinaire.Je me demande comment on pouvait lui faire une telle réputation de beauté.\u2014 Je vais t'expliquer la chose; â ce moment-là, son père n\u2019avait pas encore perdu un million à la Bourse.AU BAL Madame Olive.\u2014Je suis peut-être un peu lourde pour danser?Marius.\u2014Oh! pour moi, cela n\u2019a pas d\u2019importance, je roule des tonneaux toute la journée .SI ELLE N'EST PAS CONTENTE AVEC ÇA Elle.\u2014 Le bruit a couru pendant un certain temps que vous alliez épouser mademoiselle Beauvisage.Lui.\u2014 J'ai entendu dire ça, mais je puis vous affimer que ce n est pas vrai.Elle.\u2014 Vous ne feriez peut-être pas si mal; c'est une fille qui est intelligente et de plus très joie.Lui.\u2014 Ce n'est pas cela qui me séduit, je ne recherche ni l\u2019intelligence ni la beauté, c\u2019est vous que j'aime et que je veux épouser.ERREUR GEOGRAPHIQUE Un monsieur rencontre une dame qu\u2019il connaît mais qu'il n'a pas vue depuis un certain temps; comme il est peu au courant des nouvelles, il ignore qu'elle est veuve depuis quelques mois.\u2014 Et que devient votre mari?lui demande-t-il.,\u2014 Vous ne saviez donc pas qu\u2019il est dans un autre monde?dit-elle.\u2014Oh, fait notre homme qui veut paraître renseigné et qui pense à un voyage en Europe, en effet, j'en ai entendu parler.Allons, tant mieux, j\u2019en suis bien content pour lui ; et vous, quand vous déciderez-vous à aller le rejoindre?L'HOMME COURAGEUX \u2014 Moi, je fais toujours mon travail le plus pénible avant mon petit déjeuner du matin.\u2014 Que fais-tu donc?\u2014 Je me lève.RENSEIGNEMENT EXACT L'agent de police.\u2014Vous allez me dire votre nom et votre adresse.Le vagabond\u2014C'est bien facile les gens m\u2019appellent ordinairement \u2019\u2019saie quêteux\u201d et je demeure au numéro un de la rue de l\u2019air libre au village du plein air.Si vous me faites le plaisir de venir chez moi ne vous donnez pas le trouble de frapper à la porte, entrez directement.EXPLICATIONS INUTILES Le mari.\u2014 Ma plus belle pipe d e-cume qui est en morceaux ! c\u2019est épouvantable ! qu\u2019est-ce qui a fait ça ?La femme.\u2014 Je n'en sais rien ; ce matin en me levant, je l\u2019ai vue à terre dans cet état là, et puis ce n'est pas tout.j\u2019ai trouvé tes chaussures près de la porte, en bas de l\u2019escalier, et puis.Le mari.\u2014 Oui, oui.après tout, ça va.tu sais, les accidents arrivent quelquefois on ne sait pas trop comment.L\u2019INUTILE CORVEE G) urn** \u2022'Ï.V-v r /v \u2022viV La maman_____Non, Tit-Paul, je ne peux pas t\u2019emmener avec moi en ville comme je te l\u2019avais promis, j\u2019ai trop de courses à faire et cela te fatiguerait; ce sera pour une autre fois.Tit-Paul.\u2014Alors, cette fois-ci, je me suis lavé les mains pour rien ?A PROPOS D\u2019ASPERGES Lorsque chez des amis on se trouve à un repas où sont servies des asperges, il est toujours amusant de rappeler l\u2019histoire de Fontenelle.Le neveu de Corneille, qui fut secrétaire perpétuel de l\u2019Académie des Sciences et mourut centenaire, adorait les asperges, mais seulement à l\u2019huile.Le cardinal Dubois, le fameux diplomate et célèbre ministre, en raffolait aussi, mais seulement à a sauce blanche.Un jour, Mme de Tencin avait invité les deux amis à manger chez elle les savoureux légumes.C\u2019était au début de la saison des asperges, la première récolte de l\u2019année.Pour satisfaire les goûts des deux invités, le cuisinier avait reçu l\u2019ordre de se soumettre impartialement aux deux gastronomies différentes, et par conséquent de préparer une moitié des asperges à la sauce blanche, l\u2019autre moitié à l\u2019huile.Tout à coup, on vient annoncer à Mme de Tencin une fâcheuse nouvelle ! \u2014 Le cardinal Dubois est mort: \u2014 Mort?.s'écria l\u2019amphitryonne atterrée.\u2014 Mort! répéta Fontenelle.En êtes-vous bien sûr?\u2014Hélas, monsieur, soupira le messager, cela ne saurait faire de doute.\u2014 Alors, bien certainement, il ne viendra pas dîner avec nous ce soir?\u2014 Certainement non, monsieur! D\u2019un bond Fontenelle se précipite à la porte, l'ouvre toute grande, et crie au cuisinier d\u2019une voix formidable : \u2014Jean, toutes les asperges à l'huile.NATURELLEMENT \u2014 Il y a, dans la langue française, un mot qui est toujours prononcé mal, même par ceux qui connaissent le mieux cette langue et qui ont le meilleur accent.\u2014 Pas possible! quel mot est-ce donc ?\u2014 Le mot \"mal\u201d, bien entendu.L\u2019INDISCUTABLE Madame.\u2014 Ecoute, je n\u2019ai jamais vu un homme aussi obstiné que toi, tu as vraiment des idées étroites.Monsieur.\u2014Regarde-toi donc plutôt ; tu ne veux jamais admettre qu\u2019on puisse avoir raison quand on pense autrement que toi.Madame.\u2014 C\u2019est possible mais ça, c\u2019est une question toute différente.UN BON PECHEUR \u2014 Combien as-tu pris de poissons, mon petit gars?\u2014 Ma foi, monsieur, je ne serais pas capable de les compter.\u2014 Hein! mais il n\u2019y en a pas un seul dans ton panier, je n\u2019en vois pas du tout de poissons.}\u2014 Moi non plus, monsieur, c\u2019est pour ça que je ne pourrais pas les compter.LES DEUX ENVIEUX \u2014 Tu as vu cet homme qui vient de passer près de nous?eh bien, je donnerais de quoi pour être à sa place et lui, il voudrait bien être à la mienne.\u2014 C'est une situation assez extraordinaire! \u2014 Non; il y a quelques années nous étions tous les deux amoureux de la même fille et c'est moi qui l\u2019ai épousée. 26 le samedi Is Actualité à Travers le Monde ALLEMAGNE La fraude parfaite Un Allemand exporta récemment d'Allemagne, malgré la sévère interdiction officielle, la somme de 100,000 Rmk.avec la complicité inconsciente du plus grand journal nazi, le Voel-bischer Beobachter.Voilà comment il s'y prit : Il inséra d\u2019abord une petite annonce dans le Voelkischer Beobachter, offrant de bons appointements à un voyageur de commerce pouvant représenter sa maison en Suisse.Les réponses devaient être adressées au Voelkischer Beobachter.Puis, il s\u2019envoya à lui-même cent lettres, en réponse à son annonce, après avoir glissé dans chaque enveloppe, entre une double feuille de papier, un billet de 1,000 Rmk.Il se rendit ensuite en Suisse et demanda au Voelkischer Beobachter de lui faire suivre ses lettres.Ce qui fut fait, sous enveloppe à en-tête du Voelkischer Beobachter, que les autorités nazies ne songèrent naturellement pas à ouvrir.Et le fraudeur reçut en Suisse ses 100,000 Rmk.(Everybody\u2019s.Londres) ?ETHIOPIE La reine de Saba avait raison De génération en génération, les Ethiopiens se transmettaient une prophétie attribuée à la légendaire reine de Saba.On sait que celle-ci passe pour être la fondatrice de la dynastie impériale abyssine ; de sa brève union avec le roi Salomon serait né le premier empereur d'Ethiopie, ancêtre des rois des rois.Or, la reine de Saba aurait dit : \" Aussi longtemps que mes descendants régneront sur le pays, aucun étranger ne le conquerra.Aujourd'hui, les anciens sujets du Négus ne manquent pas d'attribuer la (in de son empire à la prophétie de la reine de Saba : en effet, Haïlé Sé-lassié n'est pas un descendant direct de l'ancienne dynastie.En 1916, il a usurpé le trône des Ménélik en jetant en prison le prince héritier légitime, Yassou, fils de Ménélik II, avec le concours de Voïsero Zaudibou, fille illégitime de ce dernier, et devenue par la suite impératrice.(Deutsche Allgemeine Zeitung.Berlin) ?NEW-YORK New-York, la Babylone d'Amérique New-York compte à l'heure actuelle 7,600,000 habitants dont 2,300,000 sont nés à l'étranger.Il y a, sur ce nombre, 1,765,000 juifs, 1,734,000 catholiques, 141,000 épiscopaux, etc.Les juifs ont 1,000 synagogues, les catholiques 430 églises et les épiscopaux 190 temples.On compte à New-York 32,480 coiffeurs, 55,000 garçons et servantes de café et restaurant, 20,000 garçons d\u2019ascenseur, 106,000 chauffeurs d'autos et camions, 42,000 tailleurs.22,000 infirmières et 10 000 courtiers en Bourse.Le quartier de Manhattan \u2014 qui est le cœur de New-York \u2014 n'a plus que 1,654,000 habitants contre 2,330,-000 en 1910.La plupart des citoyens cherchent à quitter le centre de la ville pour s'installer dans le \u201c Grand New-York \u201d, quittes à perdre une heure par jour pour le voyage dans le métro.Il y avait, à New-York, en 1899, 19,000 urines.En 1919, leur nombre atteignit 32,000, pour retomber, en 1935, au chiffre de 18,990.Le nombre des employés de bureau s'élève, à l'heure actuelle, à 300 000 et celui des ouvriers à 375,000.Il y a en outre, à New-York, 16,000 acteurs, 21,000 musiciens, 159,000 vendeurs et 9,000 écrivains.(Atlantic.New-York) ?ANGLETERRE Un fantôme au micro Des reporters de la British Broadcasting Corporation se rendirent dernièrement dans un château du Kent, munis de quatre microphones, de plusieurs caméras et de tous les appareils nécessaires pour un enregistrement délicat.Il s\u2019agissait de radiodiffuser l'apparition d\u2019un fantôme.Mais le château hanté où des marches craquent nuitamment, des portes s\u2019ouvrent toutes seules et des coups mystérieux retentissent, ne voulut pas exhiber ses secrets aux millions d'auditeurs sans-fîlistes.Tout ce qu'on put constater, ce fut un certain abaissement de la température, d\u2019ailleurs tout à fait normale puisque la nuit il fait toujours plus froid que le jour.Le fantôme s\u2019abstint d\u2019apparaître, comme on s'y attendait d'ailleurs.Mais que serait-il arrivé s'il avait été exact au rendez-vous ?Admettons un instant qu'il se soit approché du micro pour dire de sa voix d outre-tombe : \u201c Bonsoir, chers auditeurs ! Je suis très heureux de pouvoir vous adresser la parole.\u201d Qui sait s'il n'aurait pas proféré des paroles qu'aurait désapprouvées la censure.' (Times.Londres) ?ITALIE Ce que l'Italie pense de la France On ne saurait plus songer à opposer un parti à l'autre comme un moyen permettant de sortir du cercle vicieux de la politique : ces changements \u2014 gauche, droite, gauche \u2014 ne peuvent apporter le bien-être que tantôt à une classe sociale, tantôt à une autre, mais jamais à la nation tout entière, prise en son complexe harmonieux de valeurs matérielles, culturelles et religieuses.Ces changements ne peuvent avoir qu'une signification transitoire ; lorsqu\u2019il s\u2019agit de la nation, il faut considérer l'absolu et non le contingent.Or, quand on est appelé, comme la France, à faire sentir son poids dans la création de l\u2019histoire européenne, qui est à refaire entièrement, on ne peut pas se contenter de valeurs contingentes.C'est dire que l'avènement d'un gouvernement de Front populaire n'impose pas forcément un pronostic désastreux.La France continuera sa politique extérieure en en accentuant 1 indécision et la faiblesse ; ce qui n enthousiasmera certes pas les Soviets, puisque cette faiblesse donnera à 1 Allemagne la possibilité de justifier sa politique de réarmement à outrance, et parce que, en même temps, elle ne pourra pas représenter un facteur capable de neutraliser la force militaire du Reich, Mais c\u2019est surtout les Français eux-mêmes que la continuation de la politique extérieure du Quai d Orsay ne devrait guère enchanter, car on ne peut pas pratiquer avec succès une politique anti-italienne et anti-allemande pour le plaisir de pratiquer une politique pro-soviétique, à un moment où, non seulement en Europe, mais partout ailleurs, les Français se creusent eux-mêmes la tombe.Aussi bien la France s éloigne-t-elle de plus en plus du rôle qu elle jouait autrefois dans le concert européen Nous autre Italiens, qui avons toujours \u201c tiré droit \u201d, n'avons aucune raison de nous préoccuper outre mesure de ce qui arrive \u2014 ou n arrive pas \u2014 à la nation sœur et amie.Si nous nous intéressons tout de même, c'est parce que nous sentant profondément Européens, nous constatons qu au fond, la France ne fait que contribuer à la destruction de l\u2019Europe.( Roma Fascista ) ?ALLEMAGNE Pourquoi les Allemands réclament leurs anciennes possessions coloniales On a prétendu, du côté anglais, que 1 Allemagne ne saurait justifier ses revendications coloniales par des raisons économiques.Elle n\u2019a pas non plus besoin de colonies, dit-on encore, pour des fins démographiques, car, à 1 époque où elle possédait ses colonies, elle n'y avait établi qu\u2019une proportion infime de sa population.Pour ce qui est des matières premières, ajoute-t-on à Londres, elle peut fort bien les y acheter au même prix que les Anglais.A la première objection, il suffit de répondre qu\u2019à l'époque où l'Allemagne possédait encore ses colonies, celles-ci étaient à peine au commencement de leur développement, et qu elles ne pouvaient donc être colonisées à plein \u201d, En ce qui concerne le deuxième argument, nous dirons simplement qu'un Anglais devrait se rendre compte de la différence qu'il y a entre la possibilité, pour un peuple, d'acquérir des matières premières dans ses propres colonies et avec sa propre monnaie, et la nécessité d acheter ces matières premières avec des devises étrangères.Ce n'est un secret pour personne que la richesse de 1 Angleterre provient, en grande partie, de son empire colonial.(Kœlnische Zeitung Cologne) ?CANADA La pipe électrique Un médecin de Toronto, Canada, vient d inventer une pipe électrique qui empêche l aspiration de l'oxyde de carbone, gaz extrêmement nocif, et supprime le danger d'incendie en éliminant 1 emploi des allumettes.C est le courant électrique qui opère la consommation du tabac et dégage ses émanations aromatiques.La fumée est aspirée de la maniéré habituelle.(Science and Mechanics, New-York) Photo Studio V.Garcia M.CLAUDE BOURGEOIS, PUBLICISTE ET CONFÉRENCIER, DONT LA MAISON BEAUCHEMIN, DE MONTRÉAL, VIENT D'ÉDITER LES causeries qu'il A DONNÉES À LA RADIO, PENDANT PLUSIEURS MOIS, SUR LA CAMPAGNE ITALO-ÉTHIOPIENNE. 4 juillet 1936 27 ( Suite de la page 21 ) \"Voilà pourquoi i on ne retrouve nulle part la femme en bleu.Voilà pourquoi M.Marland n\u2019est pas rentré chez lui.Voilà pourquoi le docteur, ami Vouziers, avait raison J'ajouterai que l\u2019assassin, bien caché dans la partie boisée du \"Bosquet \u2019\u2019 attend la nuit noire pour revenir auprès du cadavre afin de lui rendre la veste et le casque, complices muets et inanimés de la mise en scène.\"Pour le reste, il n\u2019y a rien d\u2019é-tonnant à ce qu\u2019un jeune homme che-irrne sur les routes en manches de chemise et en pantalon blanc, après une journée torride.\u2014 Et.et cet assassin?.bégaya Labenne.C\u2019est?.\u2014 Patience, nous y reviendrons en temps voulu.\u2014 Mais.mais Mézin, vous vous rendez compte de ce que vous venez d affirmer ?.bafouilla le commissaire.\u2014 Quoi donc, mon cher ami?., demanda le petit rentier, avec suavité, la bouche en coeur \u2014 Ce.ce M.Beaupuy n\u2019a pas pu ne pas s apercevoir du subterfuge, puisque., puisqu\u2019il lui a parlé!.lia dû immédiatement reconnaître que ce n otait pas Marland.Et alors, votre théorie ne tient pas debout.\u2014 Mais si,elle tient debout ! .C est exact, M.Beaupuy a bien constaté que ce n\u2019était pas son interlocuteur précédent.\t* M.V ouziers ébranla le bureau d'un coup de poing rageur.\u2014 C est fou!.C'est idiot!.C\u2019est stupide!.Autant dire que M.Beaupuy était complice du meurtre! M.Mézin eut un scintillement dans les yeux.Il articula avec lenteur, les bras croisés : \u2014 Non seulement le complice, Vouziers,\" mais l'instigateur\u201d du crime !.XII Labenne sauta en l\u2019air, Vouziers sètrangla d\u2019émotion.Seul, M.Mézin conserva sa placidité revenue.Il prit dans la poche intérieure de son veston, une forte enveloppe à entête du M:nistère de l'Intérieur et en tira plusieurs paperasses qu\u2019il déplia, une à une.Il les plaça dans un ordre voulu et les présenta, au fur et à mesure qu'il donnait de nouveaux détails.\u2014Voici qui nous informe que M.Beaupuy est arrivé, il y a un peu plus de trois ans, en France, venant du Vénézuela, où, paraît-il, il a fait fortune après quinze années d'exploitation d'une grosse plantation.Ceci est en cours de vérification \u2014 vous serez bien gentil, Vouziers, de confirmer ma visite à la Sûreté générale afin d\u2019officialiser mes démarches \u2014 et nous pouvons nous attendre à des surprises!.Vous voyez ici, ensuite, un extrait du casier judiciaire du forçat en rupture de ban, Casimir Richard, condamné il y a cinq ans à vingt ans de travaux forcés pour meurtre.Entraîneur à Maisons-Laffitte, il avait asassiné un jockey.Ce malfaiteur possède, comme signe particulier, un crâne totalement chauve orné, si je puis dire, d'une grosse louoe à la naissance du front Remarquez l\u2019analogie du signalement\u2014troisième document\u2014avec celui de M.Beaupuy.Oui, il y a la question de la chevelure.Sachez que M Beaupuy porte perruque.Quant à la protubérance, elle a disparu grâce à une opération, mais il en reste une cicatrice rouge très visible.\u2014 Et.vous avez vu cette cicatrice ?\u2014 Le jour même de l'attentat fomenté contre moi, chez lui, aux Es- clottes.Je n\u2019ai jamais été dupe de la folie soudaine du cheval, provoquée par une piqûre d\u2019insecte.La pauvre bête portait une traîne de sang sur la cuisse.C\u2019était le neveu Philippe qui l'avait aiguillonnée.Lorsque je me retrouvai en sûreté, après une émotion bien naturelle, je remarquai le dérangement de la perruçjue de M.Beaupuy, penché sur moi.Il fallait lui donner la certitude que je n\u2019avais rien vu.Le regard injecté de sang qu'il menaça était suffisamment édifiant.\u2014 Mais pourquoi cet acharnement contre vous?\u2014 Parce qu'il se méfiait.Je l\u2019ai compris le soir même, de retour au château de Saint-Pierre.M.Dalay-rac l\u2019avait fort innocemment mis au courant des circonstances dans lesquelles nous nous étions rencontrés.M.Beaupuy n'avait pas été long à comprendre que, présenté par le commissaire de police de Périgueux, je pouvais être tout autre chose qu\u2019un inoffensif numismate.Le jour de mon départ, voyant que j\u2019allais lui échapper, il manigança l\u2019embuscade de son acolyte, sur la route de Bergerac à Périgueux.J\u2019ai distinctement reconnu le visage fourbe du jeune homme, derrière la haie, au virage qui avait failli m\u2019être fatal.Ici encore la chance a joué pour moi, car si la secousse de l\u2019auto ne m\u2019avait pas jeté sur le plancher, il aurait probablement tiré d\u2019autres balles.Il a dû croire que j\u2019avais été atteint et m\u2019étais effondré.M.Vouziers respira bruyamment.Ces révélations le dépassaient.\u2014 Mais, ami Mézin, hasarda-t-il, comment expliquez-vous que M.Marland, s\u2019il ne connaissait pas la mystérieuse personne en bleu, se soit avancé vers elle, ait accepté une conversation, ait agi, en un mot, comme s\u2019il l\u2019attendait.M.Mézin haussa les épaules.\u2014 Vous vous attardez à croire ce récit, après tout ce que je vous ai dit?Voyons, M.Marland est mort et ne viendra pas contredire toutes les fausses déclarations de celui qui avait tramé le crime!.M.Beaupuy a pu vous dire, et pourra encore dire tout ce qu\u2019il voudra.Il est hors de doute que sa déposition, en ce qui concerne les faits et gestes de M.Marland, est purement fantaisiste et arrangée au mieux de ses intérêts!.Pour moi, l\u2019abordage a dû se passer d\u2019une manière totalement différente.Qui sait si ce n\u2019est pas l\u2019homme des Esclottes qui aura présenté la pseudo-femme laquelle aurait de son côté, sollicité quelques secondes d\u2019entretien particulier ?M.Marland ne pouvait qu\u2019accepter.Qu'avait-il à craindre dans le parc de Saint-Pierre?L\u2019idée d'un attentat ne pouvait lui effleurer l'esprit.\u2014 Mais.comment l\u2019arrêter ?bégaya le commissaire, qui ne paraissait plus savoir ce qu'il avait à faire.\u2014 Attendons quelques jours.Le temps de recevoir le résultat de l\u2019enquête au Vénézuela L\u2019assassin, qui se croit débarrassé de moi car je ne reparaîtrai nulle part avant qu\u2019il soit coffré, doit être rassuré dans son repaire.Vous le convoquerez et une fois dans votre bureau, il n\u2019en sortira plus que les menottes'aux poignets.M.Mézin ne s'était pas trompé.Le véritable M.Beaupuy existait bel et bien en Amérique du Sud.On lui avait dérobé, en même temps que ses papiers \u2014 remplacés depuis\u2014 une somme d\u2019argent considérable.D'autre part, le cambrioleur, qui s\u2019était clandestinement glissé à bord d'un navire anglais, avait réussi à débarquer en ne laissant aucune trace, une fois en Europe.Lorsque le propriétaire des Esclottes fut mandé chez M.Vouziers, il le prit de haut, dès les premières questions qui lui parurent indiscrètes.Mais bientôt, pressé de toutes parts, il lâcha pied et finit par avouer.C\u2019était Casimir Richard, le forçat évadé.Une fois en France, muni des papiers volés et de l\u2019argent, il avait fait peau neuve.D'abord, l'opération qui faciliterait l'emploi d\u2019une perruque.Puis, il laissa pousser sa moustache.L\u2019acquisition d'un domaine dans le Sud-Ouest lui permettrait \u2014 dans son esprit\u2014de se reposer et de laisser passer le temps nécessaire à la prescription, en vivant douillettement caché.On n'irait pas chercher un forçat assassin sous les traits d\u2019un propriétaire en Gascogne.Mais Casimir Richard ne pouvait se douter que sa malchance ramènerait en face de M.Marland qui, à l\u2019époque de son séjour au bagne, était justement fonctionnaire à Cayenne.M.Marland fut trois ans sans entrer en contact avec le pseudo-Beaupuy.Il aurait pu aussi bien s\u2019écouler vingt ans, un demi-siècle sans que ce hasard se produisit.Le destin fit que la rencontre eût lieu plus tôt.Richard reconnut immédiatement celui qu\u2019il avait vu, à de nombreuses reprises, en visite au pénitencier.De son côté M.Marland se doutait-il de l'identité véritable de l'homme qui cherchait à se lier avec lui pour mieux le surveiller ?Peut-être.La préoccupation qu'il révéla le dimanche fatal et qui lui avait fait refuser de rester à dîner chez M.Dalayrac, en raison d'affaires qu\u2019il avait qualifiées d'urgentes, avait-elle trait à quelque démarche qu\u2019il comptait faire sans retard pour vérifier des soupçons ?C\u2019était fort possible.Toujours est-il que le bandit, du premier jour où il avait constaté qu'il lui faudrait subir la redoutable épreuve durant six grands mois, avait décidé de faire disparaître le gêneur.Il avait étudié la meilleure manière, et finalement , grâce à son neveu, adopté celle que nous connaissons.Philippe était de la même stature que M.Marland.Rien ne serait plus facile que d'endosser sa veste et se coiffer du casque, au moment voulu.Depuis deux dimanches, on guettait l'occasion Le \"Bosquet\u201d du château j de Saint-iPerre était l\u2019endroit idéal.Le matin même du jour fixé, le jeune homme s\u2019était embusqué dans la partie la plus sauvage du bois, muni d\u2019une petite valise plate dans laquelle se trouvait tout ce qui lui serait nécessaire pour son travestissement.Au chapeau, il avait attaché quelques boucles de cheveux destinées à encadrer le visage imberbe et lui donner une apparence féminine.Pour plus de sécurité, l\u2019assassin de M.Marland avait adopté une voilette.Qu importait que tout cela parût étrange!.Puisqu'aussitôt le forfait accompli, la dame en bleu disparaissait à tout jamais, en fumée.Le soir où l\u2019affaire fut confiée au juge d\u2019instruction, M.Vouziers, accompagné de Labenne, cherchèrent partout M.Mézin.Finalement, ils échouèrent, en désespoir de cause, à la porte du petit café où jadis, ils avaient l'habitude de le rencpntrcr.Un coup d\u2019œil à travers la vitre.Le chapeau et le légendaire parapluie se trouvaient accrochés aux patères de l\u2019entrée Et M.Mézin, devant son échiquier tout préparé, tira sa montre : \u2014En retard, mes amis, en retard!.FIN De BeauxYeux grâce aux AUXILIAIRES DE BEAUTE GRATIS FORTIFIEZ VOTRE SANTE ET EMBELLISSEZ VOTRE POITRINE Toutes les femmes doivent être belles et vigoureuses, et toutes peuvent l\u2019être grâce au Traitement Myrriam Dubreuil Vous pouvez avoir une santé solide, une belle poitrine, être grasse, rétablir vos nerfs, enrichir votre sang avec le Traitement Myrriam Dubreuil, approuvé par des sommités médicales.Les chairs se raffermissent et se tonifient, la poitrine prend 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Trêves secoua son chagrin et reprit, en s'adressant au muet: \u2014Je veux avoir des nouvelles de M.d'Harblay.\u2014 Tu vas aller à Coye.Jacques fit un signe affirmatif.\u2014 Tu verras ce qui se passe.Tu t'informeras.Devant toi on parlera franchement, et tu viendras me dire, à moi seule, ce que tu auras appris.Nouvelle affirmation du muet.\u2014 Va, mon vieil ami.\u2014 Pars .et reviens vite.Et Léonide conduisit Jacques jusqu à la porte.En ce moment la femme de chambre frappait à une autre porte.- Que voulez-vous?\u2014 lui demanda la jeune baronne \u2014 Madame, le médecin venu de Chantilly, et M.de Nerville, désirent parler à Madame.\u2014 Priez ces messieurs de vouloir bien m'attendre au salon.Un instant après Léonide rejoignait les deux hommes.\u2014 Vous avez quelque chose à me dire, monsieur le docteur?\u2014fit-elle.\u2014 Oui, madame la baronne.\u2014 De quoi s'agit-il?\u2014 De Max, ma chère cousine.\u2014 interrompit Georges.Léonide tressaillit.\u2014 Mon mari serait-il plus mal?\u2014 s'écria-t-elle.\u2014 M.de Trêves est en ce moment très souffrant .\u2014 répondit le docteur Marais.\u2014 Très souffrant1\u2014 répéta la jeune femme avec effroi.\u2014Croyez-vous que cette souffrance résulte de l\u2019accident terrible arrivé à mon mari et dont vous avez certainement entendu parler?.\u2014 Non, madame.non.je ne le crois pas.\u2014 répondit le médecin de Chantilly avec une hésitation visible.\u2014Les soins de mon confrère, le docteur d'Harblay, ont dû combattre efficacement le virus rabique et en triompher.\u2014 Je crains qu'une autre maladie ne se déclare.\u2014 Une autre maladie! Laquelle?.\u2014 Je ne saurais vou# répondre encore à ce sujet.\u2014 Je constate des symptômes suffisants pour m\u2019alarmer, mais pas assez précis pour me permettre de me prononcer sans témérité.\u2014 Ne vous trompez-vous pas, monsieur?\u2014 murmura Léonide\u2014 M.de Trêves est très impressionnable.\u2014La tentative de meurtre dont a été victime M.d'Harblay qu'il aime beaucoup, a déterminé chez lui un état de surexcitation parfaitement explicable et qui vous abuse peut-être .\u2014 Il est possible que vous ayez raison, madame.\u2014 Je souhaite me tromper.Il était de mon devoir de vous prévenir et de vous adresser quelques recomandations.\u2014 Elles seront suivies religieusement.\u2014que dois-je faire?\u2014 Distraire M.de Trêves le plus possible.\u2014 Et, comment7 \u2014 En évitant de le laisser seul.En l'empêchant de s\u2019absorber dans ses réflexions, ce qui fatigue le cerveau et dispose à l'hypocondrie.\u2014 Bien, monsieur.\u2014 Voici la formule d'une potion que je vous prierai de faire préparer à la pharmacie Godelot, Grande-Rue de Chantilly.\u2014 Je vais envoyer à Chantilly.\u2014 Cette potion doit-elle être prise en une seule fois ou à des intervalles réguliers?.\u2014 En une seule fois, madame; une heure avant le repas du sot.Le docteur Marais prit congé de Mme de Trêves, qui le reconduisit avec M.de Nerville jusqu'au seuil du Chalet.\u2014Chère cousine\u2014demanda Georges à Léonide\u2014 voulez-vous m\u2019accorder un instant d'audience?\u2014 Vous avez à me parler?.\u2014 Oui.\u2014¦ Eh bien! venez dans mon appartement.Georges la suivit.Son visage exprimait l'embarras.\u2014 Asseyez-vous.\u2014 dit Mme de Trêves après avoir refermé la porte du petit salon qui précédait sa chambre.\u2014 Et maintenant, qu'y a-t-il?\u2014 ajouta-t-elle avéc inquiétude.\u2014Vous paraissez en proie à un trouble très grand.¦\u2014 Le médecin ne m\u2019a-t-il donc pas dit toute la vérité?.M.de Nerville.saisissant l'occasion de marcher à son but par les chemins tortueux qu\u2019il avait préparés, sut augmenter encore l\u2019expression d'embarras peinte sur sa figure.\u2014 J'en ai peur.\u2014 murmura-t-il.\u2014 Max est plus malade qu'on ne le croit ?\u2014 Oui.\u2014 De quelle maladie?.,.\u2014 Hélas! chère cousine, pour le docteur Marais aussi bien que pour moi, la maladie de Max est toujours la même.Léonide frissonna.\u2014 Que dites-vous!!\u2014s\u2019écria-t-elle.\u2014 Je dis ce que je pense, et j\u2019ai la certitude d'exprimer en même temps la pensée du docteur Marais.\u2014 Sa physionomie parlait pour lui, tandis qu\u2019il répondait à vos questions, ou pour mieux dire tandis qu'il n'y répondait pas.\u2014 Vous m'épouvantez!! \u2014 Mon devoir est de vous apprendre la vérité tout entière, quelle qu'elle soit, et si douloureux qu'il puisse vous sembler de la connaître.,\u2014 C'est ainsi que je vous payerai ma dette de reconnaissance.\u2014 Mon cousin .\u2014 murmura la jeune femme que l'accent de M.de Nerville étonnait.\u2014 Oh! je vous en prie,\u2014 poursuivit Georges\u2014 ne m\u2019interrompez pas.\u2014Laissez mon cœur déborder.C\u2019est à cette affection sans bornes, c\u2019est à cette tendresse infinie, brûlante et respectueuse à la fois, que vous devrez peut-être le calme de l\u2019avenir, le bonheur et.qui sait?,., la vie.Léonide regardait avec effroi celui qui lui parlait ainsi.\u2014Vous avez une entière confiance en M.d'Harblay?,\u2014 poursuivit-il.\u2014 Une entière confiance, oui.\u2014 Il ne vous est jamais venu à l\u2019esprit que Lucien d'Harblay s\u2019était abusé de la meilleure foi du monde au sujet de Max et que, croyant guérir un mal inguérissable, il n'avait fait que l'enrayer?Léonide secoua la tête.\u2014 Comment cela me serait-il venu à l\u2019esprit ?\u2014 reprit-elle.\u2014 Je ne doute point du docteur, et le docteur m\u2019a vingt fois affirmé que Max était guéri.\u2014 S\u2019il s'était trompé?\u2014 C\u2019est impossible! \u2014 Rien n'est impossible, surtout l'erreur.\u2014J'affirme, moi, que le docteur Lucien d'Harb\u2019ay a commis une erreur ! XLV1I Depuis deux jours Léonide entendait les mêmes paroles.On venait lui parler des mêmes choses, exprimer les mêmes craintes en termes presque identiques.Son esprit, ébranlé par tant de chocs successifs, perdit sa force de résistance.Jusqu'à ce moment elle avait ajouté une foi aveugle aux affirmations de Lucien.Elle se prit à douter.Sa pâleur soudaine, le tremblement presqu\u2019imperceptible de ses mains, trahirent, aux yeux observateurs de Georges de Nerville .le sentiment nouveau qui s'emparait d\u2019elle.Aussi se hâta-t-il de poursuivre avec une conviction apparente : \u2014 Certes, Max n\u2019est point guéri! \u2014Notre ami le docteur d\u2019Harblay soutient le contraire, mais malheureusement il n\u2019est pas infaillible.,\u2014 Je suis convaincu, moi, comme le docteur Marais et comme le docteur Piédagnel dont vous ne pouvez avoir oubbé l'opinion, que le virus rabique se trouve à l'état latent dans l'organisme de mon pauvre cousin, et j\u2019ai grandement peur que son malaise d'aujourd'hui ne soit l\u2019avant-coureur d'une crise d'hydrophobie.\u2014 Non! oh! non!\u2014s'écria Léonide \u2014ce serait horrible.\u2014 Horrible, oui.répondit Georges.\u2014 Horrible pour lui.pour vous, pour nous tous , car nous sommes sans cesse menacés.Mme de Trêves était devenue livide.Une sueur froide mouillait la racine de ses cheveux.Georges résolut de mettre à profit son épouvante.Il continua : \u2014 Le mal peut éclater demain, comme il peut ne se manifester que dans quelques jours, dans quelques semaines, dans quelques mois .\u2014 Chaque heure pour vous va devenir un supplice, chaque minute écoulée redoublera vos justes terreurs en vous rapprochant du dénouement fatal et inévitable.\u2014 Une telle existence ne se peut supporter!\u2014Vous péririez à la tâche!\u2014 Léonide, ma chère cousine, vous savez combien j'aime Max, qui a toujours été pour moi presque un frère.il m\u2019en coûte donc beaucoup de vous parler ainsi que je le fais.\u2014 Mon cœur se brise, mais j'accomplis un devoir sacré.\u2014Il faut vous prémunir contre le péril.\u2014 Max est condamné sans ^ppel, mais vous devez vivre, vous, je le veux!.\u2014 Mon Dieu.mon Dieu.\u2014 balbutia la jeune femme\u2014 que faire?.\u2014 Vous n\u2019avez qu\u2019un parti à prendre.\u2014 Lequel?\u2014 Demander légalement une séparation.\u2014 Une séparation.\u2014 répéta Léonide.\u2014M.Auguy me parlait aussi de séparation, lui.\u2014 Il vous donnait le même conseil que moi ?\u2014 Oui.\u2014 Vous voyez donc à quel point j'ai raison, puisque je me rencontre avec un homme dont la haute prudence et l'affection pour vous ne peuvent être mises en doute! \u2014 Qu a-vez-vous répondu:.\u2014 Que je ne consentirais jamais à me séparer de Max.Que 1 abandonner serait lâche.\u2014 Il n'y a point de lâcheté à défendre sa vie!.\u2014 La vôtre est menacée.\u2014 Qu\u2019importe?\u2014 La place d une femme est près de son mari.\u2014 Le devoir m\u2019impose de rester.\u2014 Ne vous exagérez point ce devoir!.\u2014 Fut le plus effrayant des périls est votre droit absolu et, si vous le faites, personne au monde ne pourra vous blâmer, pas même ma tante à qui vous venez de prouver votre bon cœur \u2014 En 1 état des choses, et appuyée comme vous ne pouvez manquer de l'être, la séparation sera prononcée d'urgence \u2014 Vous quitterez Lamorlaye.Vous voyagerez jusqu au jour ou l\u2019inévitable catastrophe vous aura rendue libre.Je vous suivrai partout.prévenant vos moindres désirs.veillant sur vous.vous protégeant.vous aimant.Déjà Léonide n'écoutait plus.Elle interrompit brusquement Georges dont la voix devenait de plus en plus insinuante et tendre.\u2014 Non non.dit-elle avec exaltation\u2014C\u2019est impossible, et c\u2019est n-sensé1 De tous les médecins M, d'Harblay est le seul qui voit juste !\t.Max est guéri.Max vivra et d'ailleurs.même s\u2019il doit mourir, je resterai près de lui jusqu'à la fin .\u2014 Je vous remercie de vos conseils, mon cher Georges, je suis profondément touchée de votre tendresse fraternelle, mais j\u2019attendrai la catastrophe dont on menace mon mari.\u2014Si eHe éclate, eh bien, advienne que pourra!.A la garde de Dieu!\u2014Je ne demanderai pas la séparation, et à vous comme à M.Auguy je réponds: \u2014 Quitter mon poste serait lâche! Je ferai mon devoir., je resterai.Georges, profondément déçu, car, pendant quelques minutes, il avait cru toucher au but, comprit qu'il serait inutile d'insister davantage Il répliqua donc, en simulant une émotion violente: \u2014 Que votre volonté s\u2019accompl s-se, ma cousine, mais vous me faites peur !.\u2014 Votre dévouement peut vous coûter la vie !.\u2014 Ne songez pas seulement à vous dont l'héroïsme est plein d'abnégation .pensez à ceux qui vous entourent.à ceux qui vous aiment.\u2014 M.de Trêves est vivant, dit la jeune femme d\u2019un ton sévère.\u2014Ceux qui m'entourent et qui m\u2019aiment doivent s\u2019en souvenir et, s\u2019ils sont véritablement mes amis, ils doivent attendre les événements en demandant à Dieu d épargner à Max une effroyable mort.Georges baissa la tête._ \u2014 J\u2019ai dit ce que ma conscience m'ordonnait de dire.\u2014 murmura-t-il.\u2014 Pardonnez-moi.\u2014 Je n'ai r!cn à vous pardonner, mon cous n.\u2014Si je ne suis point vos conseils, je sais du moins qu\u2019ils étaient dictés par la plus sincère affection et je vous en remercie.On frappait à l\u2019une des portes de lappartement.Monsieur de Nerville se retira.Léonide donna l\u2019ordre d\u2019entrer.( Lire la suite page 30) 4 juillet 1936 29 LA BONNE CUISINE par Mlle HELENE CHAGNON Directrice de I Ecole Moderne des Sciences Domestiques Chroniqueuse culinaire du \u201cSamedi\" et de la \u201cRevue Populaire\" ( Les recettes que présente Mlle Chagnon ont été expérimentées dans ses propres cuisines) CAROTTES FRITES Coupez les carottes en rondelles, faites-les blanchir d'heure dans de l'eau salce et égouttez, letez dans de la friture chaude, égouttez et servez très chaudes saupoudrées de sel fin.POUDING FANCHON Les Fraises vous Invitent ! Faites des Confitures et des Gelées avec CERTO Plus de Corps \u2014 Meilleure Saveur 1\ttasse de mie de pmn\ti > tasse de sucre 2\ttasses de lait\tcuillerée à thé de sel 2 cuillerées à table de beurre\t1 cuillerée à tbé de vanille - œufs\t2 c.à table de sirop caramélisé Faites chauffer le lait Emiettez du pain de façon à obtenir 1 ta.sse.Ajoutez le pa n et le beurre au lait chaud Battez les œufs, ajoutez le sucre, le sel, la vanille et le sirop caramélisé.Versez dans un moule graissé et faites cuire dans un fourneau modéré (350°) 35 à 40 minutes, jusqu\u2019à ce que ce soit ferme comme une cossetarde cuite.(Placez le moule dans une casserole d\u2019eau chaude ) I Pour caraméliser le sirop, faites fondre le sucre granulé dans une poêle à frire Quand il est légèrement bruni ajoutez 1 tasse d\u2019eau bouillante et faites bouillir jusqu à consistance d'un sirop épais.) JARRETS DE VEAU PANES 2 Jarrets de veau œufs Chapelure, sel Persil, ail Céleri, chou Navets Faites cuire les jarrets dans assez d eau pour qu\u2019ils en soient couverts.Ajoutez les légumes et assaisonne; Après environ 1 heure de cuisson, sortez les jarrets, épongez-les puis passez-les dans de la farine, dans un œuf battu et roulez dans de la chapelure.Faites cuire ensuite dans du beurre brûlant.Préparez une sauce en faisant cuire le jus avec du bouillon.DE PETITS GÂTEAUX AU BEURRE, OU \" PETITS BEURRES \" GLACÉS, POUR l'heure DU THÉ.ENDIVES AU FOUR Des endives\t12 tasse de crème 1 cuillerée à table de beurre\tOignons 1 cuillerée à table de farine\tSel, poivre et chapelure Coupez les endives en deux ou quatre tronçons, étuvez au beurre avec des oignons hachés et un peu de sel.Disposez dans un plat à gratin, arrosez de sauce brune, couvrez de chapelure et faites dorer au four \u2014 Sauce brune : Colorez la farine avec le beurre, ajoutez du bouillon, assaisonnez avec du sel et du poivre et ajoutez la crème.COTELETTES DE MOUTON PANEES Parez les côtelettes, pa sez-les dans du beurre fondu, salez, poivrez puis roulez dans de la mie de pain finement émiettée.Faites cuire sur le gril, à feu doux.Dressez en couronne sur un plat chaud et entourez de pommes de terre frites ou d\u2019une purée de pommes de terre.MORUE A LA MAROCAINE Frottez, avec une gousse d\u2019ail, l\u2019intérieur d\u2019un moule à poisson au fond duquel vous mettez un peu de sauce béchamelle.Disposez par-dessus une couche de morue cuite, puis une couche de pommes de terre cuites et tranchées minces.Remplissez ainsi le moule en alternant les couches de bechamelle, de morue, de pommes de terre, et terminez par une couche de béchamelle.Couvrez de chapelure, arrosez de beurre fondu et faites gratiner à four chaud.JE DIS QUE C'EST LA FAÇON LA PLUS SÛRE ET LA PLUS FACILE DE FAIRE DES CONFITURES ET DES GELÉES DURANT CETTE COURTE ÉBULLITION AUCUN JUS NE PEUT S'ÉVAPORER ^ m Voici la méthode Certo de faire des confitures\u2014écrasez 2 lbs.* (approx.2 pintes) de fraises mûres; mélangez dans une grande casserole avec 3 lbs.de sucre\u2014faites bouillir à gros bouillons sur une flamme très chaude o .puis continuez l\u2019ébullition pendant 2 minutes, aussi fortement et aussi rapidement que possible\u2014ni plus, ni moins \u2014tout en remuant constamment.Puis enlevez la casserole du feu et .MES CONFITURES ET MES GELÉES ONT PLUS DE CORPS ET UNE MEILLEURE SAVEUR MERVEILLEUX J'AI FINI.ET J'AI COMMENCÉ ILV A MOINS DE 15 M1NUTES Q , .tout en remuant, versez-y la moitié \" d\u2019une bouteille de Certo (la demi-bouteille suffit pour 10 pots de confitures).Puis, remuez et ecumez pour empêcher les fruits de flotter.4.Versez promptement.Couvrez de paraffine chaude \u2014 épaisseur de Ve\u201d \u2014 pour protéger de la poussière.Quatre étapes simplement et tout est fini.J'AI 10 POTS AU LIEU DE 6.J'AI ECONOMISE DU TEMPS, DES FRUITS ET DE L'ARGENT / Certo est de la pectine pure \u2014 rien n\u2019y est ajouté \u2014 c\u2019est la substance gélifiante naturelle extraite de fruits.Permet de faire des confitures et des gelées avec n\u2019importe quels fruits ou jus de fruits.Achetez Certo chez les épiciers.Fait au Canada.Livre de Recettes Gratuit Vous avez 39 recettes essayées avec chaque bouteille de Certo \u2014 une recette pour chaque genre de fruit.Rappelez-vous que vous ne pourrez réussir les recettes Certo sans Certo ni en employant autre chose.La confiture \u2014 après que les fruits ont été préparés \u2014 est prête en moins de 15 minutes.10 pots de la confiture la plus exquise avec seulement 2 pintes de fruits.D\u2019une consistance parfaite, avec la couleur de vraies fraises et la saveur de fruits frais.Et chaque pot de confiture coûte moins cher que s\u2019il avait été fait par l\u2019ancienne méthode.Vous pouvez avoir le même succès et aussi facilement \u2014 avec Certo OFFRE SPECIALE 60 Etiquettes assorties pour Pots à Confitures N\u2019aimeriez-vous pas avoir le joli livre d\u2019étiquettes pour pots à confi tures, illustré ci-contre ?Envoyez simplement ce coupon avec l\u2019étiquette d\u2019une bouteille de Certo et un timbre de 3c au Service des Consommateurs, General Foods Limited.3510 rue Albert.St.Henri, Montréal, Qué.Nom\t.\u2014\t\u2014.- -\u2014.E2F-36 L.-1 30 le samedi (Suite de la page 28) C était Jacques Hâbert, de retour de Coye.\u2014 Eh! b en?\u2014 lui demanda vivement la jeune femme.\u2014 Il n'est pas mort, n'est-ce pas?il n'est que légèrement blessé?\u2014 Réponds-moi.Réponds-moi vite! Tu as vu le docteur?\u2022 \u2014 Non.\u2014 répliqua le muet par un geste.\u2014 Sa mère?Même geste négatif.\u2014 Quelqu'un à son service, enfin?Tu tes renseigné?- Oui.\u2014 Près de qui?\u2014 Jacques Hâbert prit son ardoise et écrivit: \u2014 Près d'une paysanne aidant au ménage.\u2014Elle m a dit qu\u2019au moment où je me présentais M.d'Harblay allait très mal et que sa mère venait d envoyer à Chantilly prier le docteur Marais de revenir en toute hâte.\u201d Au fur et à mesure que Jacques écrivait, Léonide lisait par dessus son épaule.\u2014 Mon Dieu!\u2014balbutia-t-elle avec un déchirement de tout son être.\u2014 Mon Dieu, s\u2019il allait mourir sans que j\u2019aie pu le revoir, sans qu'il ait su.Elle n\u2019acheva pas et plongea son visage dans ses deux mains pour cacher sa rougeur.Le mot qu elle allait prononcer lui faisait honte.Au bout d\u2019un instant elle reprit: \u2014 Il me semble que je deviens folle.je parle de devoir.et à chaque instant je suis prête à oublier le mien Tout cela est au-dessus de mes forces.Je ne peux plus lutter.Je suis anéantie!.\u2014 Lucien d'Harblay va peut-être mourir, et je suis là, moi me débattant avec mes horribles craintes, et je ne puis rien-rien pour lui.Jacques Hâbert s'avança vers Léonide, les mains jointes.\u2014 Toi non plus, tu ne peux rien! lui dit-elle d'un ton presque dur.'\u2014 Messager de mauvaises nouvelles, va-t-en ! Le muet regarda la jeune femme avec un étonnement douloureux, essuya deux grosses larmes et se retira.Mme de Trêves, restée seule, reprit au bout de quelques secondes : \u2014 Eh! bien, qu'il arrive donc, ce moment terrible que l\u2019on m\u2019annonce où ma vie sera menacée!\u2014Que Max en mourant m'entraîne avec lui dans la tombe! Au moins ainsi, j\u2019aurai le repos!\u2014 Je ne peux plus espérer.à quoi bon vivre?Tout à coup le visage de Léonide changea d\u2019expression Ses yeux secs et hagards jusqu\u2019à ce moment, devinrent humides.\u2014 Pourquoi l'ai-je vu, Lui?., balbutia-t-elle.\u2014 Pourquoi lui ai-je donné toute mon âme!.Pourquoi, hélas?ne peut-on s'empêcher d\u2019aimer?\u2014Je l\u2019aime malgré moi.mais je l'aime.et il va mourii.Elle se raidit contre la pensée qui l'obsédait.\u2014 Je ne veux pas penser à cela.\u2014fit la jeune femme éperdue.\u2014Je ne veux pas!! Quittant alors sa chambre d'un air égaré, elle se dirigea vers l\u2019appartement de Max.Pierre Lion, qui vint lui ouvrir la porte, mit un doigt sur ses lèvres.\u2014 Monsieur le baron est endormi.\u2014 dit-il d\u2019une voix très basse.Léonide entra sur la pointe des pieds.\u2014 A-t-on fait préparer la potion commandée?.\u2014 demanda-t-elle.\u2014 Pas encore madame.\u2014 Qu\u2019on attelle et qu\u2019on aille sur le champ à Chantilly avec l'ordonnance.\u2014 Bien, madame.Pierre Lion sortit.Mme de Trêves s\u2019assit au chevet de son mari et se plongea dans une rêverie profonde.Le sommeil de Max dura longtemps.Enfin le jeune baron se réveilla, juste au moment qu'on revenait de Chantilly en rapportant le médicament préparé à la pharmacie Gode-lot.La présence de sa femme parut lui causer une joie très vive\u2014 il sourit en recevant de sa main la tasse pleine de potion.\u2014 Avez-vous envoyé prendre des nouvelles du docteur d\u2019Harblay ?\u2014 demanda-t-il ensuite.Léonide devint pourpre.\u2014 Non, mon ami.\u2014répondit-elle.\u2014 Désirez-vous que [\u2019envoie!.Je vous en prie.\u2014 Ce sera donc fait à l'instant.La jeune femme quitta son mari, heureuse du dés:r qu\u2019il venait de témoigner.Peut-être les nouvelles de Lucien seraient-elles moins mauvaises que celles rapportées par Jacques Hâbert.Le jardinier fut expédié à Coye.Quand il revint, Léonide reçut un coup terrible.M.d\u2019Harblay se trouvait dans un état d\u2019effrayante agitation, et le médecin de Chantilly, installé près de son lit depuis une heure, ne paraissait rien moins que rassuré.\u2014 Il est inutile que Max sache combien est grave l'état de son cher docteur d\u2019Harblay.\u2014fit observer la douairière\u2014mieux vaut la tranquilliser .\u2014 Vous avez raison, ma mère,\u2014 répond't Léonide.M.de Trêves, dans la soirée, se sentit un peu mieux:\u2014il annonça qu\u2019il avait sommeil et qu\u2019il espérait passer une bonne nuit.Sa mère et sa femme le quittèrent pour regagner leurs appartements respectifs.Brsée de fatigue et tremblant de fièvre, Léonide se mit au lit avant dix heures du soir.Sous l\u2019empire d'un malaise général elle s\u2019endormit presqu'aussitôt, mais d\u2019un sommeil agité que hantaient des cauchemars.Tout à coup elle se débattit en poussant des cris de détresse qui s\u2019étranglaient dans sa gorge.Brusquement réveillée elle ouvrit les yeux et se souleva.Une veilleuse placée sur la table de nuit répandait dans la chambre sa clarté pâle.Léonide promena tout autoijr d'elle un regard effaré.On eût dit qu'elle redoutait de voir sort r de l'ombre quelque sinistre apparition.\u2014 Je viens de faire un horrible rêve.\u2014 balbutia-t-elle en frissonnant.\u2014Lucien pâle et souillé de sang tendait vers moi ses mains et j\u2019entendais sa voix me dire:\u2014\u201cJe vais mourir.venez.je veux vous voir encore une fois.\u201d La jeune femme fut prise soudain d\u2019une sorte de délire.\u2014Il m'appelle et je n'irais pas?.balbutia-t-elle en s\u2019élançant hors du lit.\u2014Je le laisserais mourir ainsi?.Non!., non!.Mme de Trêves était en ce moment sous l'empire d\u2019une surexcitation passagère, d'un accès de fièvre chaude.Elle ne raisonnait plus.\u2014La folie envahissait son cerveau.A la hâte elle se vêtit, alla dans son cabinet de toilette prendre une pelisse dont elle s\u2019enveloppa, un chapeau dont elle rabattit sur son visage la voilette épaisse.Tout en procédant d\u2019une façon presque inconsciente à cette toilette rapide, elle murmurait des mots coupés parmi lesquels revenaient ceux-ci : \u2014 S\u2019il va mourir, je lui dirai adieu, s\u2019il est mort, j'appuyerai mes lèvres sur son front.le premier., le dernier baiser.Onze heures du soir allaient sonner.Mme de Trêves quitta son appartement, sortit du Chalet, traversa le parc et se rendit au bâtiment des écuries, ou Jacques Hâbert avait sa chambre.Elle connaissait la situation de cette chambre et frappa doucement à la porte.Le muet vint ouvrir aussitôt.Rentrant à peine d\u2019une longue course nocturne dans les bois, il ne s\u2019étaff point encore couché.\u2014 Une petite lanterne éclairait l'étroite pièce.\u2014 Jacques\u2014lui dit la baronne d\u2019une voix à peine distincte \u2014 je peux toujours compter sur ton dévouement, n'est-ce pas?En voyant Léonide, Jacques avait éprouvé une surprise plus facile à comprendre qu'à décrire \u2014Pour toute réponse, il prit les mains glacées de la jeune femme et les appuya contre son cœur.\u2014Oui, je co.mprends.ton cœur est à moi.\u2014 Alors il faut m\u2019obéir.Jacques fit signe qu'il était prêt.\u2014 On peut sortir du parc sans passer par la grille, n'est-ce pas?\u2014 On peut ouvrir la petite porte?Le muet répondit par un geste affirmatif.Madame de Trêves continua: \u2014 Ne t\u2019étonne de rien.ne me Juge pas.obéis.\u2014 Je veux aller cette nuit à Coye.je veux voir M.d'Harblay qui se meurt.\u2014 J'ai besoin de toi pour m\u2019ouvrir la porte que tu connais.j'ai besoin de toi pour me conduire.\u2014 Feras-tu cela?¦\u2014 Je le ferai!\u2014répliqua le regard de Jacques.\u2014 Viens donc! Le vieillard éteignit sa lumère, prit une clef pendue au mur et guida la jeune femme vers la poterne donnant sur les bois.Il l'ouvrit.Tous deux sortirent.XL VIII Le muet et Mme de Trêves suivirent sous bois une sente étroite bordée de buissons dont les épines éraillaient la robe de Léonide.On parvint à la route.Elle était, ou du moins elle semblait déserte;\u2014 on n\u2019entendait aucun bruit dans les ténèbres.Jacques, ne voulant point fatiguer la jeune femme, essayait de donner à sa marche une allure modérée, mais Léonide l'entraînait.Poussée par un délire fait tout à la fois d\u2019amour et d\u2019angoisse, la pauvre enfant ne marchait pas, elle courait.Nous allons devancer Mme de Trêves et son guide dans la demeure de Mi d'Harblay.Après le départ du docteur Marais une fièvre violente s'était emparée de Lucien, malgré la potion calmante administrée par son confrère.Effrayée par les hallucinations résultant de cette fièvre, Mme d'Harblay, nous le savons, avait envoyé à Chantiliy prier le médecin de revenir au plus vite.Dans l'après-midi le docteur se rendit à Coye.L'état de Lucien lui parut plus inquiétant qu il ne 1 avait supposé d a-bord;\u2014il ne changea rien cependant à ses premères indicat'ons et il prescrivit de donner régulièrement la potion.\u2014 La fièvre cédera \u2014 dit-il \u2014e t l'état général de notre blessé se modifiera d'une façon toute favorable.Madame d\u2019Harblay, qui ne quittait pas d\u2019une minute le chevet de son fils, se sentit un peu rassurée.Les pronostics du docteur Marais se réalisèrent.Vers neuf heures du soir la fièvre diminua graduellement, les hallucinations disparurent et Lucien recouvra toute sa connaissance.Il jeta un regard autour de son lit et vit sa mère attentive, les yeux fixés sur lui.\u2014 Mère,\u2014dit-il\u2014tu me veilles.\u2014 Oui, chère enfant \u2014Comment te trouves-tu?.\u2014 Mieux, mais bien faible.\u2014 Je sors d\u2019un terrible accès de fièvre, n\u2019est-ce pas ?\u2014 Oh! oui.terrible \u2014 J\u2019avais le délire ?.Je parlais tout haut?\u2014 Sans doute.\u2014 Qu\u2019ai-je dit?\u2014 Des mots interrompus .des phrases incompréhensibles.\u2014 Un seul nom revenait à chaque instant sur tes lèvres.\u2014 Quel nom?\u2014 Celui de Mme de Trèvçs.Lucien tressaillit.\u2014 Mon confrère de Chantilly est allé au chalet de Lamorlaye?\u2014 demanda-t-il.\u2014 En te quittant.\u2014 Est-il revenu ici depuis?\u2014 Oui.vers six heures et demie.\u2014La violence de la fièvre m'inquiétait \u2014 Je l\u2019ai envoyé chercher.\u2014 Il m'a juré que je m'alarmais à tort.\u2014 Comment avait-il trouvé M.de Trêves ?\u2014 Très souffrant .\u2014Il ne m'a point caché que son état lui semblait grave.\u2014 Grave!\u2014 répéta Lucien avec un accent de colère.\u2014Et je suis là.cloué sur ce lit!.\t« \u2014 Cher fils, je t\u2019en supplie, éloigne de ton esprit toute préoccupation .\u2014 dit Mme d'Harblay d\u2019une voix caressante.\u2014 Songe à toi.en ce moment, et rien qu'à toi.\u2014 Tu penseras au baron quand tu seras guéri, ce qui ne tardera guère.Ta vie m\u2019est précieuse.je n'ai que toi au monde à aimer.\u2014 Ménage-toi donc !.\u2014 J'ai écrit un mot à ton ami le médecin de Sentis.\u2014Il viendra très certainement et pourra sans doute, pendant quelques jours, visiter une partie de tes clients.\u2014Tout ira bien.n\u2019aggrave pas ton mal en te forgeant des chimères.-\tTu as raison.\u2014Je serai calme.\u2014 A la bonne heure! \u2014 Est-on venu du chalet de Lamorlaye demander de mes nouvelles ?\u2014 Deux fois.\u2014 Qui ?\u2014 D abord le muet qui t\u2019a ramené ici la nuit dernière.Un rayon de joie illumina le visage de Lucien.Il se disait que Léonide avait envoyé Jacques.Mme d'Harblay reprit: \u2014 Le jardinier du chalet est venu ensuite.\u2014Cost Madeleine qui lui a parlé \u2014 J'étais auprès de toi et ne voulais point te quitter.\u2014\t\\ enait-il de la part du baron, ou de la part de Mme de Trêves?.\u2014demanda le blessé d'une voix émue. 4 juillet 1936 31 Mme d'Harblay regarda son fils.Ce nom, prononcé si souvent dans le délire de la fièvre, \"Lucien venait de le répéter avec le même accent.Elle comprit.\u2014 Je ne sais pas, cher enfant.\u2014 répondit-elle.Lucien laissa tomber sa tête sur sa potrine \u2014 Il faut prendre une cuillerée de potion.\u2014 continua la vieille dame.\u2014 Quelle heure est-il, mère?.\u2014 Bientôt onze heures et demie.\u2014 Il faut aller te reposer .\u2014 Je n'éprouve aucune fatigue.Je compte bien veiller toute la nuit.\u2014 Et moi je te conjure de n'en rien faire.\u2014 Je me sens beaucoup meux.Je n'ai besoin que de sommeil \u2014La nuit dernière tu ne t'es pas couchée.\u2014 Je te défends d'user ainsi de tes forces.\u2014 Eh bien! je t\u2019obéirai, mais un peu plus tard.\u2014 Madeleine achève de ranger en bas.\u2014 Quand elle aura fini j\u2019irai me mettre au lit.mais elle veillera dans ma chambre, à portée de ta voix.\u2014 Comme tu voudras, mère.En ce moment un coup de marteau retentit à la porte donnant sur la rue.Lucien et sa mère échangèrent un regard où se lisait leur surprise.\u2014 Qui peut venir à cette heure?\u2014demanda tout haut Mme d Har-blay.Le jeune médecin avait senti brusquement son cœur battre plus vite, sans motif appréciable.On entendit une porte s'ouvrir.\u2014 Sans doute\u2014dit la vieille dame \u2014quelqu\u2019un qui n'est pas au fait de ton accident t'envoie chercher pour un malade.Lucien prêtait l'oreille.\u2014 Ecoute , c.é\u2014 murmura-t-il.\u2014 Ecoute.L'escalier de bois résonnait sous des pas rapides.Madeleine, la paysanne venue pour aider au manage, entra dans la chambre.\u2014 Qu'y a-t-il ?demanda madame d'Harblay.\u2014 C'est une dame, madame, qui veut absolument voir monsieur le \u2022 docteur, quoique je lui aie répondu que ce n'était pas ! heure des visites, et que monsieur le docteur dormait probablement.Le jeune médecin ne perdait pas une de ces paroles.Un tremblement nerveux agitait ses mains.La paysanne poursuivit.\u2014 Ça doit être une dame du chalet de^Lamorlaye, car elle est avec le muet qui est déjà venu tantôt Mme d\u2019Harblay jeta sur son fils un coup d\u2019œil interrogateur.\u2014 Faites monter, je vous en prie, ma mère.\u2014 dit vivement Lucien.Madeleine tourna sur ses talons et disparut.M.d'Harblay rayonnant, appuyant ses deux mains sur son cœur qui battait à se briser, balbutia : \u2014C\u2019est elle, ma mère.C\u2019est elle.Léonide, suivie de Jacques Hâbert, parut dans le cadre de la porte.En voyant Lucien pâle d\u2019émotion, les yeux brillants d'un feu quelle prit pour celui de la fièvre, la tête enveloppée de bandages, elle s\u2019élança vers lui, se mit à sangloter, saisit une des mains qu'il lui tendait et s\u2019écria : \u2014Ah! mon Dieu!.mon Dieu!.Mme d\u2019Harblay avait reconnu la baronne de Trêves, malgré la vôl-lette baissée qui cachait une partie de sa figure Elle s\u2019inclina devant la visiteuse et sortit discrètement, en refermant la porte derrière elle.Jacques Hâbert resta debout auprès de cette porte, comme s'il avait mission de veiller sur Léonide ou sur Lucien.Des larmes de joie coulaient des yeux du jeune médecin.\u2014Il pressa contre sa bouche les mains de la baronne et les couvrit, de baisers.Brusquement, au contact des lèvres de Lucien, se dissipa le fiévreux délire qui venait d\u2019entraîner Léonide à travers les ténèbres et les bois, jusqu'à cette maison, jusqu'à cette chambre, jusqu'à cette couche.La jeune femme se redressa, effrayée, tremblante.\u2014 Oh! qu\u2019ai-je fait?\u2014 balbutia-t-elle en dégageant ses mains pour cacher son visage que la pudeur et la honte empourpraient.\u2014 Vous êtes venue me donner la force et la volonté de vivre.\u2014 répondit M d'Harblay d'une voix presque indistincte.\u2014 Vous êtes venue m'apporter un peu de bonheur.Merci.\u2014 Ne me remerciez pas!\u2014\u2022 répliqua Léonide.\u2014 Oubliez une démarche folle dont je suis coupable, mais non responsable.\u2014 J'ai fait un rêve affreux.Je vous savais blessé.Je vous ai vu étendu sur ce lit la figure tachée de sang.Il m'a semblé que vous m\u2019appeliez, prêt à mourir.Je me suis levée.je suis partie.je suis venue.pour vous dire.Elle s'interrompit \u2014 Pour me dire?\u2014répéta Lucien haletant \u2014 Que si vous m\u2019aimiez il fallait vivre.que je vous ordonnais de vivre.Ayant ainsi parlé, Léonide s\u2019élança vers la porte qu\u2019elle ouvrit, descendit l\u2019escalier et sortit de la maison sans tourner la tête.Jacques Hâbert la rejoignit, et tous deux reprirent le chemin de Lamor-laye.Une heure après cete visite inattendue Lucien dormait d\u2019un calme sommeil.Jusqu'à ce jour il avait vécu dans des alternatives d\u2019espérance et de doute.Maintenant il ne doutait plus.\u2014Il était sûr d'être aimé.Laissons s\u2019écouler un intervalle de cinq jours.Lucien d'Harblay allait de mieux en mieux.\u2014La blessure de sa tête se cicatrisait;\u2014 il commençait à se lever, à marcher dans sa chambre;\u2014 ses confrères de Scnlis et de Chantilly lui donnaient l'assurance qu'à la fin de la semaine il pourrait sortir et se rendre comme d'habitude chez ses clients.Chaque matin on venait du Chalet de Lamorlaye prendre de ses nouvelles et lui donner de celles du baron Max.\u2014 Le nom de Léonide n\u2019était pas prononcé, mais le docteur savait bien qu\u2019on venait de sa part.M.de Trêves continuait à garder la chambre par ordre du médecin de Chantilly qui craignait une rechute.Léonide et la douairière cherchaient à égayer par leur présence les trop longues journées que Max passait dans le cabinet de travail attenant à sa chambre.Elles n'y parvenaient pas.Le baron était devenu sombre, taciturne, hypocondriaque.Il se plaignait d'une continuelle pesanteur du cervau.Parfois, quand son rgard s'attachait sur Léonide, un sourire venait à ses lèvres, mais ce sourire s\u2019éteignait presqu\u2019aussitôt.Le docteur Marais ne s\u2019expliquait point la lourdeur cérébrale que nous venons de constater.Il en avait parlé à Lucien qui s\u2019ê- | tait dit : \u2014 Bientôt je verrai par mes propres yeux et, connaissant à fond cette nature étrange, peut-être découvrirai-je la cause du mal.Ce mal, le médecin de Chantilly n\u2019hésitait point à l\u2019attribuer à l'accident dont Max avait été victime.Lucien niait carrément que ce fût possible, et plus que jamais il affirmait que M.de Trêves, absolument guéri par la cautérisation faite en temps utile, ne pourrait subir à aucune époque une crise d'hydrophobie; il se proposait même de rédiger à ce sujet un mémoire détaillé, de l\u2019envoyer à l'Académie de médecine et de le publier dans les feuilles spéciales.L'absence du docteur d'Harblay était pour une grande part dans l'état maladif du baron, dans sa taci-turnité, dans son hypocondrie.Il doutait de sa guérison complète^\u2014nous le savons déjà\u2014et il avait peur.Le retour de Lucien ferait renaître en lui la confiance, et par suite modifierait absolument ses dispositions d\u2019esprit.Georges de Nerville, gardant son masque habituel d\u2019indifférence, étudiait avec soin les symptômes qui se manifestaient chez son cousin \u2014 Qu\u2019il succombe à l hydropho-bie\u2014 se disait-il\u2014 ou qu'une complication inattendue me débarrasse de lui, peu importe .\u2014 L\u2019essentiel est qu'il meure.\u2014 Léonide ne sera véritablement facile à vaincre que lorsqu\u2019elle se trouvera libre et complètement isolée, maîtresse de tous ses droits et n\u2019ayant plus de devoirs à remplir.\u2014 Alors, et seulement alors, je pourrai, sans me heurter contre une inflexible résistance, lui imposer mes volontés.\u2014 Mon heure arrivera certainement, mais il faut attendre.\u2014Eh bien! j\u2019attendrai A mesure que s\u2019écoulait le temps, l'agitation de Max augmentait.Une idée fixe hantait son cerveau.Le nom de Lucien revenait sans cesse à sa bouche.\u2014 Quand donc reverrons-nous le docteur?\u2014 demanda-t-il dix fois par jour.\u2014Bientôt.\u2014 répondaient Léonide et la douairière.\u2014 Il a promis de venir habiter le Chalet.\u2014 Sans doute, mais sa blessure retarde forcément la réalisation de cette promesse.\u2014 Je voudrais le voir.\u2014 Patientez.Léonide, elle aussi, souhaitait avec ; ardeur la prompte guérison de Lu-cien d'Harblay.Il lui semblait, ne le voyant pas, que quelque chose manquait à sa vie.Mais, toujours en lutte contre son amour elle murmurait : \u2014 Pourquoi faut-il que Max ait impérieusement besoin de lui ?.\u2014 Mieux vaudrait qu\u2019il ne revînt plus, qu'il ne revînt jamais.Quoiqu'on touchât à la fin de l\u2019automne, l\u2019atmosphère, ce jour-là, était lourde, chargée d électricité, et des signes à peu près infaillibles annonçaient un orage à courte éohéan- Max, quoique faible encore et fatigué par cette chaleur énervante, avait voulu descendre déjeuner.\u2014A-t-on des nouvelles de Lucien d'Harblay?\u2014 demanda-t-il.La baronne Germaine répondit par une question : \u2014 Le docteur Marais ne t\u2019en a-t-il pas donné ce matin?.\u2014 Sans doute.\u2014 s\u2019écria M.de Trêves avec impatience \u2014 mais j\u2019en \u201cCETTE SENSATION KRUSCHEN\" en CHINE Les somptueux vête ments dont se parent les jeunes Chinoises témoignent de l\u2019opulence de l'Orient, mais leur beauté dépend dans une très grande mesure de l\u2019état de santé et d\u2019activité dans lequel elles savent se garder.Au pays du Soleil Levant on dit aussi de ces femmes qu\u2019elles éprouvent \" cette sensation Kcuschen \".L\u2019habitude de la \u201c dose quotidienne de Kruschen a été adoptée par les femmes de Chine comme par celles de plus de 100 autres pays.Elles aussi savent maintenant par expérience qu\u2019en stimulant les organes éliminateurs, les Sels Kruschen contribuent à débarrasser le corps des résidus de la digestion et les aident à se garder actives et bien portantes.Les Sels Kruschen aident encore à purifier le sang \u2014 et un sang pur est la base même de la beauté.SELS KRUSCHEN vous aimez le CINEMA VOUS aimerez LE FILM Il vous apporte chaque mois, en plus d\u2019un Roman d\u2019Amour Complet toutes les plus importantes nouvelles des STUDIOS FRANÇAIS et celles non moins intéressantes des STUDIOS AMERICAINS CHEZ TOUS LES .n DEPOSITAIRES 1U CtS .Coupon d'abonnement LE FILM Ci-inclus le montant d'un abonnement au magazine de vues animées LE FILM, 50c pour 6 mois ou $1.00 pour 1 an.Nom _________________ J Adresse ___________________________ 5 ; Ville .____.Prov___________; I FOIR/ER, BESSETTE & CIE.Ltée.\t| 975, rue de Bullion,\tMontréal, Canada. 32 LE SAMEDI voudrais d'autres.de plus certaines, de plus sérieuses.\u2014 Le docteur Marais ne m'inspire aucune confiance.\u2014 Je crois qu'il me trompe.¦\u2014 Dans quel but?\u2014 Dans le but de me rassurer, pardieu!! \u2014 Mon ami!\u2014 fit Léon de.\u2014Jacques Hâbert est allé à Coye.H a vu M.d'Harblay dont la convalescence fait positivement de grands progrès et qui viendra dans quelques jours.\u2014' On me dit la même chose depuis une semaine!!\u2014 répliqua Max.\u2014Je suis impatient.Le docteur d'Harblay m'est indispensable!.Je veux qu\u2019il vienne.\u2014 Il ne peut sortir encore.\u2014 Eh bien! j'irai le trouver, moi.\u2014¦ Ce serait une grande imprudence ! \u2014 Pourquoi donc?.\u2014 Le soleil est chaud.il n\u2019est même que trop chaud!.Le grand air me fera du bien.D'ailleurs je ne suis plus malade et je dois une visite au docteur l'Harblay qui m'a guéri et qui est malade à son tour!\u2014 C'est bien le moins que je la lui rende!.Je veux me conduire en gentleman, et tous les raisonnements du monde ne m empêcheront pas d aller à Coye.\u201411 est donc inutile de combattre ma détermination.absolument inutile.Max s'emportait sans motif.Une surexcitation singulière s\u2019emparait de lui.\u2014 Je t\u2019accompagnerai si tu veux.\u2014dit Georges de Nerville.\u2014 Oui, nous irons ensemble.Léonide hasarda une dernière observation.\u2014 Le ciel est très chargé., \u2014murmura-t-elle timidement.\u2014 L orage peut éclater d'un moment à l'autre.\u2014 Eh bien, \u2014 répondit le baron sèchement \u2014 qu'est-ce que ça peut nous faire?Depuis quand, mon cousin et moi, avons-nous peur de la pluie?.Puis, s'adressant au valet de chambre qui servait à table, il ajouta: \u2014 Donnez l\u2019ordre d\u2019atteler la vic-tora.Le domestique sortit.En ce moment le visage de Max était inquiétant Les traits contractés, la lèvre inférieure tombante, le pli profond creusé entre les sourcils, le cercle de bistre estompant le contour des paupières, donnaient au jeune homme l'air d'un vieillard.On vint annoncer que la voiture était prête .M.de Trêves y monta avec son cousin et dit au cocher: \u2014 A Coye .chez le docteur d\u2019Harblay.Les chevaux partirent rapidement.A mesure qu'on approchait du but de la course, Max sentait se dissiper son oppression et devenait joyeux La victoria fit halte à la porte de la maison qui nous est connue.Max sauta lestement à terre et mit le marteau en branle.La paysanne Madeleine vint ouvrir.Elle connaissait de vue le visiteur et fit un geste de surprise.\u2014 Monsieur le docteur\u2014 cria-t-elle ensuite.\u2014 Monsieur le docteur, c'est M.le baron de Trêves.On ne mentait point en affirmant que la convalescence de Lucien était très avancée;\u2014 il ne sortait pas encore, mais il donnait des consultations chez lui.En ce moment il se trouvait seul dans son cabinet.Il entendit la voix de Madeleine et il s'empressa d\u2019accourir au devant de Max.\u2014 Soyez le bienvenu, monsieur le baron.\u2014 lui dit-il en le regardant avec attention.\u2014Je suis heureux de » vous voir, mais vous venez d être souffrant.votre sortie d'aujourd'hui n'est-elle pas une imprudence?.M.de Trêves répondit en lui serrant les mains : \u2014 Si c\u2019est une imprudence, tant pis!\u2014 Vous ne veniez pas à moi, je viens à vous.Lucien introduisit les deux cousins dans son cabinet et les fit asseoir.Georges, ne perdant pas de vue le docteur, semblait épier ses impressions sur son visage.M.d'Harblay continuait son examen.L'altération des traits l'étonnait.\u2014 Vous avez souffert.\u2014dit-il.\u2014 Vous souffrez encore.\u2014 C\u2019est vrai, \u2014 répliqua M.de Trêves\u2014mais n\u2019allez pas vous abuser, cher docteur, sur la cause de ma souffrance.\u2014Depuis que vous êtes absent du Chalet, je ne vis plus.\u2014 Il me semble qu'un vide immense s\u2019est fait autour de moi et que tout me manque.\u2014 Votre abandon serait ma mort.Max parlait avec fièvre.\u2014 De grâce, calmez-vous! dit Lucien en lui prenant les mains à son tour.\u2014Je suis touché profondément de la sympathie, de l\u2019estime, que vous voulez bien me témoigner et que je suis fier de vous inspirer, mais pourquoi vous préoccuper de mon absence involontaire au point de vous en rendre malade?.\u2014 Victime d\u2019un accident qui me clouait ici, je pensais à vous et j'avais de vos nouvelles par le docteur Marais.\u2014 Je ne conteste pas le mérite de votre confrère,\u2014 interrompit M.de Trêves\u2014mais il m'inspire peu de confiance.\u2014 Heureusement me voilà hors d\u2019affaire\u2014 continua le jeune médecin\u2014 dès demain vous aurez ma visite.\u2014 Faites cela, cher docteur, et je serai guéri, rien que par votre présence.\u2014 Quand vous n\u2019êtes pas là, j\u2019ai peur.\u2014 La peur dont vous me parlez n\u2019a point de raison d'être.\u2014 C\u2019est possible, mais je lutte vainement contre elle.Je ne puis la chasser.\u2014 Voulez-vous me permettre de vous adresser quelques questions?\u2014¦ Des questions médicales?\u2014demanda Max avec un petit frisson.\u2014 Oui.\u2014 L\u2019état de surexcitation fiévreuse dans lequel vous me voyez vous inquiète, n\u2019est-ce pas?\u2014 Non, mais il me préoccupe.\u2014 Je ne sais que trop d\u2019où il vient.\u2014 Toutes mes affirmations n\u2019ont pu arracher de votre esprit le doute qui vous obsède, l\u2019épouvante qui vous mine.\u2014 Vous vous tuez vous-même avec vos terreurs insensées.\u2014 Quand vous êtes là ces terreurs disparaissent .\u2014 Aussi je vous répète que dès demain j\u2019irai au Chalet.\u2014 Pour ne plus le quitter, n\u2019est-ce pas?\u2014 dit M.de Trêves impétueusement.\u2014 Je tiendrai le plus tôt possible la promesse que je vous ai faite.\u2014 Le plus tôt possible.\u2014 répéta Max\u2014c\u2019est trop vague.\u2014 Eh bien! dans très peu de jours je serai votre commensal.\u2014 A la bonne heure.\u2014 Maintenant, je vous en prie, rentrez.\u2014 Vous avez besoin de repos, et le mouvement de la voiture peut vous fatiguer .\u2014Je crois le contraire.\u2014Le grand air me semble bon.\u2014 J\u2019aurais voulu faire un tour en forêt.\u2014 Vous y tenez beaucoup?\u2014 Oui, beaucoup.\u2014 Eh bien! je vous .le permets, à une conddion.\u2014 Laquelle ?\u2014 C'est que votre promenade sera courte, car l\u2019orage peut éclater d un moment à l\u2019autre.\u2014 Fiez-vous à moi, docteur\u2014dit M.de Nervil'e.\u2014Je ne laisserai pas mon cousin Max s\u2019attarder.Max avait quitté son siège.\u2014 Regardez-moi, cher docteur\u2014 s\u2019écria-t-il d\u2019un ton joyeux.\u2014Je suis sûr que vous ne me reconnaissez déjà plus!.\u2014 Il me semble que ie suis un autre homme.\u2014Je vous ai vu cinq minutes et me voilà calmé !.\u2014 A demain! vous en prenez l\u2019engagement solennel!.\u2014 Vous pouvez compter sur moi.De nouvelles poignées de mains furent échangées et les jeunes gens, reconduits jusqu\u2019au seuil de la maison par M.d Harblay, remontèrent dans la voiture qui prit le chemin des étangs.Lucien les regarda s'éloigner Son visage était devenu sombre.\u2014 Une ride profonde se creusait sur son front.\u2014 Il n'est que temps d\u2019agir.\u2014 se dit-il.\u2014 Le malheureux se frappe.\u2014 Avant huit jours il serait fou à lier.\u2014 Encore une fois je ferai mon devoir.La victoria, menée rapidement par des trotteurs trois quarts de sang, soulevait sur la route des tourbillons de poussière.\u2014 Il me semble que nous ne marchons pas!.dit Max brusquement Ces chevaux trottent sous eux.\u2014Je voudrais aller vite.C\u2019est si bon, la vitesse.Georges, surpris de l\u2019accent étrange avec lequel son cousin venait de prononcer ces paroles, le regarda à la dérobée.M.de Trêves poursuivit en s\u2019adressant au cocher: \u2014 Rendez la main, Richard!.Rendez la main, que diable!.\u2014 C\u2019est le train de la malle des Indes que je veux!.Le cocher obéit.L\u2019allure des chevaux s\u2019accéléra.\u2014 A la bonne heure!\u2014cria Max\u2014 c\u2019est un peu mieux ainsi.\u2014 Passez par la forêt.\u2014 Je me sens bien .totu à fait bien.Et les mains crispées sur les coussins, la tête nue penchée en avant, il présentait son front brûlant à l'air rafraîchi par la vitesse des trotteurs, et riait d\u2019un rire nerveux.\u2014 Ma parole d'honneur\u2014se disait Georges\u2014il a l'air d\u2019un fou, ce cher baron!,.Max reprit : \u2014Gagnez la ferme de Commelle.et du train, surtout! du train!.L'étonnement de M.de Nerville se changeait en inquiétude; son cou-s\u2019n lui faisait presque peur.\u2014 Souviens-toi de la recommandation du docteur, mon cher ami.\u2014 dit-il \u2014Le ciel devient no;r comme de l\u2019encre et la chaleur redouble.\u2014 Nous allons avoir de l\u2019orage.\u2014 Eh ! bient tant mieux!.qu'il vienne, l\u2019orage!\u2014Je voudrais entendre gronder le tonnerre et la foudre éclater.\u2014 Ça serait drôle!\u2014Allons, Richard!.du train! du train!.Le cocher, se retournant à demi sur son siège, regarda son maître d\u2019un air singulier.Il se demandait, lui aussi: \u2014 Est-ce que M.le baron devient fou?.Soudain une rafale, passant sur les cimes des arbres, fit frissonner et gémir les feuillages.En même temps une obscurité crépusculaire, remplaçant leclat du jour, enveloppa la forêt.On arrivait par une large avenue aux étangs de Commelle, près de la ferme.\u2014 Prenez la route des étangs?\u2014 commanda Max'.Le cocher fit décrire à son attelage une courbe savante et gagna le chemin indiqué.Les rafales se succédaient.\u2014 Des grondements sourds montaient à lhorizon.Un immense éclair\u2014le premier \u2014 déchira les nuages entassés.M.de Trêves batt\u2019t des mains pour app'audir.et son rire nerveux redoubla d intensité.\u2014 Positivement il est fou!\u2014 pensait Georges.Les chevaux épouvantés se cabraient.Un coup de tonnerre retentit, strident, métallique, assourdissant.L attelage partit ventre à terre, sans qu'il fût possible au cocher de le retenir \u2014 Tonnerre du diable!\u2014dit M.de Nerville à haute voix.\u2014Nous sommes emballés.\u2014 Ça devait finir comme ça?.\u2014 répliqua philosophiquement le cocher.\u2014 Bravé!\u2014 glapissait Max.\u2014Bravo!.\u2014 Ça va b:en! On était à la hauteur de la troisième chaussée des étangs.La voiture légère, emportée à une vitesse de dix lieues à l'heure, bondissait et craquait.Max se leva tout debout.\u2014 La troisième chaussée.\u2014 fit-il d une voix sifflante.\u2014 Nous sommes juste à 1 endroit où on a voulu assassiner mon ami Lucien.Ah! ah' ah ' Et de nouveau il se mit à rire.Les éclairs et les détonations se succédaient.\u2014 Pour le coup nous sommes flambés ! \u2014 s\u2019écria le cocher qui s\u2019épuisait à peser sur les guides sans le moindre résultat.Les chevaux, que rien au monde ne pouvait plus maîtriser désormais, venaient de se jeter sur la chaussée et couraient avec une vitesse de locomotive vers les barrières servant de garde-fous aux étangs.M.de Trêves restait debout et semblait ivre de joie.Georges, livide, se cramponnait à la capote rabattue.Malgré l'imminence du péril, et très convaincu qu'un malheur était inévitable, le cocher ne perdait pas la tête \u2014 Fenez-vous bien,messieurs \u2014 dit-il.\u2014 La secousse sera terrible.A cette minute précise, les chevaux heurtèrent du poitrail la barrière qui craqua sous le choc, et s'abattirent.empêtrés dans leurs traits.En même temps retentit un cri terrible.Max, toujours debout, venait d'être lancés par dessus la barrière et se débattait dans les eaux profondes de l'étang .L L\u2019orage s'était déchaîné tout à fait.Les rafales pliaient les arbres, et la pluie torrentielle fouettait les eaux avec un bruit sinistre.__ U esf perd^i \u2014s ccria Georges de Nerville dont l'affolement semblait complet.A cette exclamation de découragement le cocher répondit : \u2014 Il faut le sauver.Et, descendant du siège où il s e-tait maintenu, il ne prit que le temps d ôter sa redingote de livrée et sauta dans 1 étang.habile nageur, en deux brassées il atteignit le corps de Max qui ( Lire la suite page 35 ) 4 juillet 1936 33 KÆL TOUR^MONDE EPISODE NUMERO 26 1 \u2014Après leur aventure avec les\t2\u2014Auparavant, il leur faut répa- 3\u2014Au moment où ils allaient démarrer, survint de nouveau le palanquin du policiers chinois, Dick et Ken doi- rer le réservoir de l'auto et se pro- mandarin.Dick poussa l\u2019accélérateur Les porteurs et les gardiens se rangè-vent fuir.\tcurer de la gazoline.\trent en hâte le long des maisons.* irai1 tifcï; SMI «KasNMpai TW -* aaTÎSl II iH V tir M ¦MÜU mimmstm I mm Dick et Ken sont maintenant en Chine et se dirigent vers Canton.A\u2014Après la sortie de la petite 5\u2014Bien que tout trempés par leur ville, nos amis filent rapidement sur hain forcé dans la rivière, ils ne la route poudreuse.\tvoulaient par arrêter.6\u2014Deux jours plus tard, après un voyage très rapide, ils entraient dans la grande ville de Canton.7\u2014De là, ils devaient prendre un\t8\u2014Ils réservèrent leur cabine sur laquebot pour se rendre à Sein un bateau qui partait le lendemain Francisco, aux Etats-Unis.\tmatin.Tunswr i ji rflpnwnnmmmnru 4 hiHti « » iEgapr jfZVh*- 9\u2014En attendant, ils n avaient rien de mieux à faire que de visiter cette grande ville chinoise.Ils louèrent des pousse-pousse traînés par des Chinois très bon coureurs.\u2019â-rrrrrrc'-:; Mimnufw1 sas ¦ Iz/îiîîimsSç ew/fliiuiimnnvci.- lliusss ¦juS'-é' 10\u2014Ils arrivèrent dans le quartier 11\u2014Tout à coup, ils entendi- 12\u2014Mais ils se sentirent soudain 13\u2014A moitié assommés, ils furent con-indigène, aux maisons basses et très rent des cris.Sans hésiter, ils saisis par en arrière et frappés à duits devant un seigneur, chef de bandits misérables.\tcoururent dans une ruelle.coups de bâtons.\tterribles.¦?\" 1 < Y/SS/s/rs// SEUÉSS tfâ&ÏÏÊL si %s£ b i m a* * (A suivre dans le prochain numéro) 34 LE SAMEDI PERDU DANS LA JUNGLE [ Suite et fin ] 1 \u2014 Pendant que les nègres préparent le supplice de leurs prisonniers, ceux-ci cherchent à s\u2019évader.W'fàiïâ 2\u2014Le planteur est désespéré car, blessé, il ne peut marcher.Jacques le console.3\u2014Ecartant silencieusement les lianes qui forment le mur, Jacques fait une ouverture.ujjW # - / 4\u2014Quelle n\u2019est pas sa surprise de voir son ami Ooga perché dans un arbre.ilffii !rl:l!ira iJM 5\u2014Ooga saute à l\u2019intérieur du village et rejoint\t6\u2014Jacques lui fait signe de le suivre en silen- celui qui lui avait sauvé la vie quelques jours aupa- ce.Puis il grimpe dans la hutte élevée afin de ravant.\ts'orienter.AMS 7\u2014Les parents du petjt Jacques sont d\u2019abord très effrayés en voyant entrer Ooga, mais Jacques les rassure.«R 8\u2014Le plan d\u2019évasion est vite décidé.Pendant que Jacques veillera, Ooga portera le planteur blessé.ilMIf mmm mm 9\u2014 Il faut agir car à tout instant un indigène peut entrer dans la hutte et découvrir Jacques et ses parents.Wp-TH\u2019' i ta 10\u2014La petite troupe atteint enfin le sol et se dirige en courant vers la palissade, où ils espèrent arriver avant d'être découverts.inn WlgUIjJnM i'FB 11\u2014Mais ils ont été découverts au moment de quitter le village.On les poursuit en criant.»PtM 14_Le planteur trouva de nouveaux serviteurs qui l'aidèrent à restaurer l\u2019habitation dévastée.12\u2014Ooga s'empare alors d'un solide gourdin et le faisant tournoyer empêche les indigènes d'avancer.M 13\u2014S appuyant sur sa femme et sur Jacques, le planteur réussit enfin à atteindre sa maison en ruine.mm3 '4-3 msà 15\u2014Mais que devenait Ooga?Ce ne fut que\t16\u201411 n\u2019avait pas trop souffert de sa lutte con plusieurs jours après qu on le vit réapparaî- tre les nègres.Désormais il sera l\u2019inséparable corn tre-\tpagnon de Jacques.\tFIN c \\tpjj ['Tl* PlTOi hkB mm W-sSeSiKSi Ès.çteiiiüi;'!\u2019 Notre prochain conte illustré :\tLE SECRET DE LA VALLEE 4 juillet 1936 35 La Conquête du Bonheur (Suite de ne se débattait plus que faiblement, et il le poussa vers la berge.\u2014 Vite, monsieur de Nerv'lle .vite.un coup de main.\u2014fit-il avec un accent d\u2019autorité au moment de toucher le bord.Ne pas venir en aide au brave garçon qui réclamait son secours était impossible.Georges descendit au mil eu des roseaux, saisit par les épaules le corps du baron inanimé que le cocher souleva par les pieds, et tous deux le portèrent dans la voiture, où ils l\u2019étendirent.Ceci fait, le cocher releva les chevaux qui, blessés gravement au poitrail et couronnés jusqu'aux os des genoux tremblaient de tous leurs membres;\u2014il remonta sur son siège, tandis que M.de Nerville s'asseyait à côté de Max inanimé pour le soutenir, et les trotteurs, si ardents naguère, reprirent au pas, en boitant et tête basse, le chemin de Lamor-laye Derrière les rideaux de l'une des fenêtres du Chalet, la baronne Germaine et Léonide guettaient le retour des deux cousins.\u2014 Il est arrivé un malheur!\u2014 s'écria la jeune femme en voyant Max étendu sur les coussins de la victoria désemparée.Et elle s élança dans l\u2019escalier, suivie de la douairière qui poussait des génrssements sourds.Déjà les domestiques entouraienç la voiture.Georges leur ordonnait de transporter le baron de Trêves dans sa chambre.\u2014 Chère tante, chère cousine.\u2014 dit-il ensuite \u2014 calmez-vous.\u2014 La chose est plus grave en apparence qu'en réalité.\u2014 Max n\u2019est point blessé.11 ne tardera guère à reprendre connaissance.Et M.de Nerville raconta brièvement ce qui s\u2019était passé, tout en gagnant avec les deux femmes l\u2019appartement de son ccus'n.Dès que M.de T rêves fut dans son lit, chaudement couvert, il revint à lui, mais il grelottait de fièvre et il divaguait.\u2014 Un médecin .\t\u2014 commanda Léonide\u2014vite un médecin \u2014 Qu'on aille chercher le docteur d Harblay.\u2014 ajouta la doua riere \u2014 Quand il connaîtra l\u2019accident il n'hésitera point à venir, puisqu\u2019il est valide.Qu on attelle une voiture fermée et qu\u2019on parte à l\u2019instant.En cinq minutes un coupé fut attelé et Georges, conduit par Jacques Habert, se rendit à Coye.Lucien était toujours dans son cabinet.Lorsqu'il aperçut M.de Nerville il pressentit que quelque fait très grave venait de se produire, et il demanda \u2014 Que se passe-t-il?.\u2014 Il ya un malheur, n'est-ce pas?\u2014 Oui.Et Georges recommença son récit pour le docteur.\u2014 M.de Trêves était à coup sûr sous l\u2019empire d\u2019un accès de folie ou de fièvre chaude.\u2014 murmura Lucien.\u2014 On vous attend au Chalet.\u2014 poursuivit 'e cousin de Max.\u2014 Je n'hésite pas à m\u2019y rendre, croyez-le bien.\u2014 Le temps de prévenir ma mère et je suis à vous.\u2022\u2014 Allez, cher docteur.Lucien sortit.Quand il eut refermé la porte, Georges se dit tout bas : .\u2014 Médecin maudit, tu auras beau faire, cette fois tu ne le guériras pas! Je veux que Léonide soit veuve.la page 32) Le jeune docteur monta chez sa mère.\u2014 Je sors.\u2014dit-il.Mme d\u2019Harblay fit un geste d'étonnement.\u2022\u2014Aujourd'hui et par ce temps orageux!.\u2014murmura-t-elle.\u2014 Il le faut.\u2014On vient me chercher en voiture pour me conduire au Chalet.\u2014 Un accident grave est arrivé à Monsieur de Trêves.Ma présence est indispensable.\u2014 Va donc, puisqu'il le faut.\u2014 Mère, donne-moi mon agenda, je te prie.\u2014 Où est-il ?\u2014 Il doit se trouver dans la poche de côté du vêtement que je portais la nuit où j\u2019ai été blessé.Mme d\u2019Harblay secoua la tête.\u2014 Ce vêtement était souillé de poussière et de sang,\u2014 répondit-elle.\u2014J\u2019ai visité moi-même les poches avant de l'envoyer nettoyer.\u2014L'agenda dont tu parles n\u2019y était point.Lucien pâlit.\u2014 En es-tu sûre, mère?demanda-t-il \u2014 Oh! parfaitement sûre.\u2014Voici, sur cette tab'e, ce que contenaient les poches; ta petite trousse de campagne, un bistouri et un crayon \u2014 Il n'y avait pas autre chose, je I affirme.\u2014 Voilà qui me semble étrange.\u2014 Pourquoi ?\u2014 J'ai la cert'tude que j'étais porteur de mon agenda à Pontarmé.\u2014 Ne peux-tu te tromper?\u2014 Non.\u2014 Après l'opération j\u2019ai écrit quelques notes sous la dictée de mon confrère de Senlis.L\u2019agenda a pu glisser de ta poche quand tu es tombé sans connaissance sur la chaussée des Etangs.\u2014 C\u2019est possible, en effet.\u2014 dit Lucien dont la préoccupation était visible.\u2014Je le ferai chercher .j\u2014A bientôt, mère, je pars.Le jeune homme embrassa Mme d\u2019Harblay et descendit rejoindre Georges, qui l'attendait avec impatience.Tous deux montèrent en voiture et le cheval fila vers Lamorlaye.L'orage avait été aussi court que violent.Le ciel était redevenu bleu, le soleil dorait les cïmes des bois, et à l\u2019horizon un grand arc-en-ciel étalait les couleurs du prisme.On arriva.Lucien, la tête encore enveloppée de bandes, mit pied à terre et gagna d'un pas rapide l'appartement de Max.Léonide, assise auprès du lit, devint pourpre en le voyant entrer.Néanmoins elle n\u2019hés\u2019ta pas à lui tendre la main \u2014 C\u2019est la fatalité qui nous rour-suit, docteur!\u2014dit-elle en désignant M.de Trêves.Lucien ne répondit pas.Il était déjà tout entier à l'examen de son malade.Cet examen dura plusieurs minutes.Un silence de mort régnait dans la chambre.Enfin M.d\u2019Harblay releva la tête.\u2014 Eh! bien?\u2014demanda Léon\u2019de.\u2014 J'ai à lutter contre une ma'adie grave, madame.répondit Lucien.\u2014 Laquelle?\u2014 Une fièvre cérébrale.\u2014 Une fièvre cérébrale!!\u2014 répéta 'a douairière.\u2014 Grand Dieu ! ! .Mais c'est très dangereux, ce'a ! ! \u2014 1res dangereux, oui madame la baronne, mais cependant rien n'est désespéré.\u2014 Je combattrai le mal de toutes mes forces et j'espère bien le vaincre.Lucien s\u2019assit au bureau de Max et écrivit son ordonnance.\u2014 Faites préparer Immédiatement tout cela à la pharmacie de Chantilly.\u2014dit-il ensuite.\u2014Que cette potion soit administrée ponctuellement au malade.\u2014 Quelles autres prescriptions?.\u2014 reprit la douairière.\u2014 Rien que de bien simple.\u2014 Il faut surveiller de près M.de Trêves, mais éviter autour de lui le bruit et le mouvement.\u2014 Je désire qu à parc la personne chargée de la surveillance dont je parlais, qui que ce soit, en mon absence, n entre dans cette chambre.\u2014 On vous obéira sans discuter et sans murmurer, cher docteur.\u2014 dit la baronne Germaine.\u2014 Notre confiance en vous est absolue, vous le savez bien.Lucien s\u2019inclina.\u2014 Veuillez donc\u2014 poursuivit-il\u2014 me laisser seul avec le valet de chambre de M.le baron.\u2014J ai quelques recommandations à lui faire.Tout le monde se retira, sauf Pierre Lion, très pâle et très agité.\u2014 Il aimait son maître, nous croyons l\u2019avoir déjà dit.\u2014 Je crains pour cette nuit un très violent accès de délire.\u2014commença Lucien.\u2014 Donc, mon ami, ne vous couchez pas, et tenez-vous prêt à lutter au besoin contre monsieur Max.\u2014Je lutterai, monsieur, s\u2019il le faut.,\u2014 Je lutterai respectueusement .Mais est-ce que mon pauvre maître est perdu ?\u2014 Je vous répondrai ce que j'ai répondu tout à l\u2019heure à Mme la baronne:\u2014J\u2019espère le sauver.Le jeune médecin jeta un dernier coup d\u2019œil sur le malade et se retira.Au bas du perron le coupé 1 attendait, mais conduit cette fois par le cocher.Léonide avait chargé lacques Hâ-bert d\u2019aller à Chantilly faire préparer chez le pharmacien Godelot, le médicament dont M.d\u2019Harblay avait écrit la formule.Georges de Nerville riait d'un mauvais rire en regagnant son appartement.\u2014 Ce bon docteur renouvelle sa consigne d'autrefois et interdit à tout le monde la chambre de mon cher cousin\u2014se disait-il.\u2014Naïf doc- i teur1.J\u2019y saurai bien entrer, moi, dans cette chambre, sans que peî'-sonne le sache.\u2014il faut que Léonide soit veuve!.Le soir venu, la jeune baronne alla frapper à la porte de l\u2019appartement de son mari.Pierre Lion vint ouvrir.\u2014 Comment va monsieur de Trêves?\u2014lui demanda-t-elle \u2014 La fièvre est très violente, madame, mais monsieur le docteur s\u2019y attendait.\u2014 Il prévoit même qu\u2019el'e redoublera cette nuit.\u2014 Accompagnée de délire, n'est-ce pas?\u2014Je ne puis cacher à Madame que c\u2019est la cra;nte de monsieur le docteur.\u2014 Si vous aviez besoin qu'on vous aide, Pierre, appelez-moi, je vous en prie.\u2014Je serai courageuse et calme.\u2014 Puisque madame veut bien le permettre, je prendrais la liberté d'aller chercher madame si j'avais besoin de quelqu'un, ma's j\u2019espère n\u2019avoir besoin de personne.Léonide se retira et le va\u2019et de chambre regagna sa place au chevet du malade.La crise prévue par Lucien d Harblay arriva vers une heure du matin.Max eut un terrible accès de délire.Il s'élança hors de son lit et parcourut la chambre comme une bête Essayez KELLOGGS SOULAGE L\u2019ASTHME Des milliers de personnes ont été rapidement soulagées de l\u2019Asthme, de la Fièvre des Foins et des troubles Bronchiques en prenant \"Kelloggs Asthma Relief\u201d.Vous pouvez soulager vos maux.jouir davantage de la SparatfoT6 T Asthma Relief \u201d Remployé \u201cpuis P^ de simplement la vapeur qui s'en dégage.A la Pharmacie la plus proche $1.00 la boite; format échantillon 25(f S\u2019obtient aussi sous forme de cigarettes.Northrop & Lyman Company Ltd., Toronto, Ont.ASTHMA RELIEF K63F C/est un VRAI beau ROMAN D\u2019AMOUR que nous publions dans La Revue Populaire de JUILLET Quand tout vous par JOCELYNE ?Des articles illustrés de toute sorte, susceptibles d\u2019amuser et d'intéresser toute la famille, jeunes et vieux ! .?LA REVUE A LA MODE DONT TOUT LE MONDE PARLE I-1 COUPON D'ABONNEMENT\tj \u2018 LA REVUE POPULAIRE ! i\ti ¦\tCl-lnclus $1.50\tpour 1\tan\tou\t76c\t| ¦\tpour 6 mois (Etats-Unis : $1.75 pour \u2022 I\t1\tan ou 90c\tpour\t6\tmois)\td\u2019abonné-\t, | ment à LA REVUE POPULAIRE.\t| I\t¦ I ''0m\t | I\tAdresse ., c\tI I Ville ___________Prov.___________ I 1\tI |\tPOIRIER, BESSETTE\t& CIE,\tLimitée\t| |\t975,\true de Bullion, Montréal, Canada | !_____________________________________I 36 LE SAMEDI fauve en cage, cherchant une issue, poussant des cris farouches et prononçant des paroles inarticulées parmi lesquelles on distinguait vaguement les menaces adressées à quelque ennemi invisible.Pierre Lion eut besoin de toute sa force, de toute son énergie, pour empêcher son maître d'ouvrir une fenêtre et de se précip'ter.L'accès dura vingt minutes environ.Au bout de ce temps, M.de Trêves, épu'sé par la violence même de l'accès, se laissa ramener à son lit, tomba comme une masse sur les matelas et s'endormit d\u2019un sommeil profond.Laissons la maladie du baron Max suivre son cours régulier et prions nos lecteurs de nous accompagner à Chantffly, dans le magasin acheté par Mariette Mutel à madame veuve Pareur.La ci-devant cocotte devenue commerçante, et point du tout ingambe, avait été obligée de prendre une femme de ménage qui venait le matin et partait le soir, vers neuf heures, après avoir fermé la boutique- Mariette s'était attaché en outre, comme apprentie modiste, une gamine du pays âgée d'environ quatorze ans et qui l'aidait beaucoup.Très adroite de ses mains, n'ayant point oublié le métier de sa première jeunesse, la boiteuse mit en montre une demi-douzaine de chapeaux de sa façon.Ils avaient bonne apparence et ce \" chic parisien \" fort apprécié en province.Leur succès fut très grand et plusieurs clientes arrivèrent â l'Ecureuil.La papeterie et les journaux se vendaient comme du pain.Les romans, vieux et nouveaux, se louaient à merveille.Bref, le commerce prospérait depuis l'installation de Mariette, et cependant la jeune femme ne fut point satisfaite d'abord.Pourquoi?Tout simplement parce qu'elle avait compté plus que de raison sur ses goûts champêtres et sur ses aptitudes commerciales pour empêcher l'ennui de l'atteindre.En réalité la vie de Paris lui manquait.Or, la vie de Paris quelle avait comprise et pratiquée jusque-là, c\u2019était sinon l\u2019amour du moins la galanterie, avec ses intrigues, ses fourberies, ses chagrins et ses plaisirs Mariette, ayant gâché son cœur et traîné ses jupes dans une foule d\u2019endroits mal situés, se croyait blasée Elle ne l'était point, et efle s\u2019aperçut bien vite qu'elle ne pouvait voir passer un joli garçon sans se rappeler mal à propos ses conquêtes et ses caprices d\u2019autrefois.Rarement l\u2019occas'on se présentait, à Chantilly, de faire les yeux doux aux jolis garçons.Il en venait cependant quelques-uns chez elle acheter des journaux ou du papier à lettre, mais c\u2019étaient des gens attachés aux écuries de course, palefreniers, jockeys, et grooms que Mariette, habituée à des fréquentations plus aristocratiques, regardait avec une indifférence voisine du dédain.Assurément elle savait bien que, malgré son joli visage et ses grands yeux provocants, sa difformité lui enlevait le droit de se montrer difficile.Elle ne rêviat plus de parfaits gentlemen et d\u2019aimables cabotins, ces types si dissemblables que les déclassées aiment d'une tendresse éga- le, payées par ceux-ci, payant ceux-là .Un beau jour son choix fut fait.Elle jeta son dévolu sur un Parisien d'agréable apparence, Jules Cor-dier entré comme aide-pharmacien chez son voisin M.Godelot, Un simple couloir séparait la pharmacie du magasin de Mariette.Le pharmacien Godelot, obligé de quitter Chantilly pour quelque temps, avait laisse son aide \u2014 très capable de le suppléer d'ailleurs\u2014seul maître dans la maison.LI Jules Cordier, nous l'avons dit, était un garçon fort instruit et très intelligent, mais un viveur de bas étage, à conscience élastique, paresseux, joueur, buveur et libertin.La vie de province, à laquelle il se résignait pour des raisons nui nous sont connues, ne ïui plaisait pas plus qu'elle ne plaisait à Mariette Mùtel, et il cherchait tous les moyens possibles de se distraire.Maître de son temps aussitôt que la pharmacie était close, il passait ses soirées au café, regardant jouer, mais sans jouer lui-même, à son grand regret, car sa bourse était maigrement garnie.Le travail quotidien de manipulations médicales lui laissait aussi beaucoup de loisirs qu\u2019il ne savait à quoi employer.Bref, il s\u2019ennuyait à miracle.Un matin, une carriole s\u2019arrêta devant le cabinet de lecture de la veuve Pareur.Mariette descendit de cette carriole.Elle venait prendre possession de son magasin.Jules Cordier se trouvait sur le seuil de la pharmacie, regardant les passants trop peu nombreux selon lui.\u2014 Voilà une jolie fille!\u2014se dit-il.\u2014Un vrai Grévin!.\u2014 C'est dommage qu\u2019elle marche avec des béquilles .Malgré cette réflexion il s'enquit de ce que sa nouvelle voisine pouvait être.La province est le pays des potins par excellence.Mme Duval, l\u2019honorable propriétaire de \u2018THôtel de la Cloche d\u2019or\u201d à Montgrésin, avait quelque peu bavardé.L'élève en pharmacie apprit bien vite que Mariette Mutel éta t une cocotte de Paris, forcée de renoncer à la vie galante par les suites d'un grave accident.Le bruit public ajoutait qu'elle devait avoir quelque argent.\u2014 Tiens! Tiens! tiens! \u2014se dit Jules Cordier.\u2014Ça ne serait pas bête, dans ce pays de loup, d'être l\u2019ami de cette petite.\u2014 Béquilles à part, elle est gentille et, si elle \u201da Te sac\u201d comme on le prétend, ça deviendrait très chic!.A partir de ce moment le jeune homme, au lieu d\u2019envoyer acheter son journal par le gamin de la pharmacie, y alla lui-même.Parisien dans les moelles, il était drôle et b'agueur.Il fit rire Mariette qui au bout de huit jours raffole de lui et ne demanda qu\u2019à le lui prouver.Jules Cordier ne fut point cruel.Mariette cessa de s'ennuyer.Son ami dîna presque tous les jours avec elle et passa chez elle une partie de ses soirées.S'il avait des potions à préparer pour le lendemain, il ouvrait la porte du couloir et l\u2019Ecureuil venait le retrouver dans le laboratoire bien clos.Cette existence plaisait à la déclassée.\u2014 Jules Cordier prenait sur elle un empire extraordinaire; elle ne savait rien lui refuser, le trouvait plus que parfait, et lui reprochait uniquement d\u2019aimer plus que de raison le vin blanc et surtout l\u2019absinthe.\u2014 Bah! répondit-il en riant\u2014 Tu t\u2019y feras, ma bichette !.\u2014 C'est si amusant d'avoir un petit \" plumet \" coquet.\u2014 On voit tout en rose et on trouve son Ecureuil encore plus joli !.De temps en temps le jeune homme arrivait la tête basse.\u2014 Qu\u2019est-ce que tu as?\u2014demandait Mariette.-\u2014 J'ai joué, hier soir, au café, en te quittant.\u2014 Tu t'étais grisé.-\u2014 Lin peu.\u2014 Et tu as perdu?\u2014 Naturellement.\u2014 Combien?\u2014 Vingt francs.\u2014 Le pis, c'est que je ne les ai pas.\u2014Le patron est absent, tu sais, et mes appointements courent.\u2014 Peux-tu me prêter un louis ?\u2014 Le voici.Et Mariette donnait la pièce d\u2019or.En somme elle était heureuse, ne trouvait pas le temps long, et s'étonnait seulement de ne pas voir Lucien d'Harblay qui avait promis de venir.Quelques jours s'étaient écoulés depuis le dernier accident arrivé au baron de Trêves dont l\u2019état restait alarmant.Le docteur continuait néanmoins à espérer, mais il ne se prononçait point d\u2019une façon positive.L\u2019existence au chalet Lamorlaye était triste et sombre.Les premiers froids se manifesta1 ent.Les gelées blanches du matin flétrissaient les fleurs d'automne;\u2014 les arbres commençaient à se dépouiller de leurs feui'les.Max subissait l'influence de ce changement de température.La fièvre diminuait, mais ne cédait pas complètement.Lucien guetta:t une période prévue du mal et se disait : \u2014 Si une méninginte ne se déclare point, il sera sauvé.\u2014 Dans le cas contraire, j\u2019aurai bien de la peine à continuer la lutté.Léonide et Lucien évitaient les occasions de tête à tête et se parlaient peu.L\u2019un comme l\u2019autre ils souffraient, mais s\u2019étudiaient à renfermer leurs souffrances en eux-mêmes.Georges de Nerville était, lui, sur des charbons ardents.Son amour et sa cupidité grandissaient chaque jour.Il convoitait à la fois la femme et la fortune et les voulait à bref délai.Or, pour les avoir, il fallait avant tout que Léonide fût libre.Avec son adresse habituelle, il se rapprocha de plus en plus de Lucien d'Harblay qui, ne pouvant soupçonner une si noire hypocrisie, le croyait absolument dévoué à Max.Tous les deux venaient de monter à l\u2019appartement de M.de Trêves.Pierre Lion, exténué par ses veilles successives de plusieurs nuits, dormait sur un fauteuil près du lit de son maître.Il n'entendit pas la porte s\u2019ouvrir et se refermer.Lucien semblait soucieux.La période décisive approchait.La méningite pouvait se déclarer d\u2019un instant à l'autre, de même que d'un instant à l\u2019autre elle pouvait n\u2019être plus a craindre.Le docteur toucha 1 épaule du valet de chambre Celui-ci se dressa tout confus, en se frottant les yeux.\u2014 Excusez-moi.M d Harblay, je vous en prie.'\u2014dit-il.\u2014 Je me suis laissé vaincre par le sommei1 ce n\u2019est pas ma faute.\u2014 Vous êtes fatigué, mon ami.\u2014 Ah! ce n\u2019est point fatigué, qu il faut dire, c\u2019est éreinté.c est moulu!.j\u2019ai passé tant de nuits.\u2014 Eh bien ! allez vous reposer.\u2014 Pour cela, non, par exemple1.\u2014Abandonner mon poste, jamais !.;\u2014 Je l\u2019exige.\u2014 Vous fin riez par tomber malade.\u2014 Mais si je me repose, monsieur le docteur, qui veillera ici à ma place?._ Moi.\u2014dit Georges vivement \u2014Je serai trop heureux de rendre ce service à mon cousin.\u2014 Nous arrangerons cela.Pierre Lion quitta la chambre pour aller se jeter sur son lit.Quelques minutes plus tard il ronflait à poings fermés.Lucien d\u2019Harblay s'approcha du baron et prit une de ses mains qui pendait hors du lit.Max ouvrit les yeux.\u2014 C\u2019est vous, docteur.'\u2014murmura-t-il d\u2019une voix à peine distincte, avec un vague sourire.\u2014 Oui, mon cher malade.\u2014Comment vous trouvez-vous?\u2014 Bien faible.\u2014 Vous avez encore de la fièvre.Souffrez-vous?\u2014 J'ai ma! à la tête,,, très mal voilà tout.Lucien avait tâté le pouls en consultant sa montre.L'artère donnait cent vingt-six pulsations à la minute En entendant la réponse du ma'a-de à sa dern ère question, M d\u2019Har-blav lui posa sa main sur le front qu'il trouva brûlant.Son regard s'assombrit et pendant une ou deux secondes il paru! découragé, mais la lueur de ses yeux se raviva bien vite.\u2014 Comment \u2014 se disait-il\u2014après avoir arraché ce malheureux à la plus effroyable mort, je ne 'e sauverais pas d\u2019une simple ma!ad;e?\u2014Allons donc!\u2014Je veux qu'il vive! Il se tourna vers Georges et lui dit : \u2014 Vous avez offert, monsieur de Nervibe, de remplacer momentanément Pierre Lion près de votre cousin.\u2014 Oui, cher docteur.\u2014 Eh! bien, je vais avoir beso'n de votre aide.\u2014 Disposez de moi.\u2014 Le valet de chambre est tenement brisé que je ne puis en ce moment compter sur lui .\u2014 Rien au monde ne pourrait l\u2019empêcher de s'endormir.\u2014 Vous veillerez cette nuit à sa place et vous donnerez à M.de Trêves la potion dont je va s écrire la formule et qu'on ira faire préparer à Chantilly.\u2014Du reste, je reviendrai ce soir, j\u2019examinerai 'a potion et je vous indiquerai le mode d'emp'oi.\u2014Je va:s prier Mme de Trêves d\u2019être pendant toute cette journée la garde-malade de son mari;\u2014la nuit venue, vous la relèverez de ses fonctions.\u2014 Vous me trouverez à vos ordres.Max éta't retombé dans une torpeur lourde qui ne l\u2019empêchait pas de souffrir; car d\u2019instant en instant les soubresauts de son corps trahissaient que'que élancement douloureux.Lucien lui fit prendre une cuillerée de la potion ordonnée la veillle.Les soubresauts diminuèrent. 4 juillet 1 936 37 \u2014 Retirons-nous \u2014 dit alors le jeune médecin à M.de Nerville \u2014 nous allons envoyer ici Mme de Trêves.Une fois hors de la chambre, Georges arrêta Lucien \u2014 Est-ce que je me trompe en vous croyant soucieux, cher docteur?\u2014 lui demanda-t-il.\u2014 Vous ne vous trompez pas.\u2014 Vous êtes inquiet?\u2014 Beaupcoup \u2014 L\u2019état de Max vous semble-t-:! donc désespéré?\u2014 A cela je ne puis répondre .\u2014L\u2019état de votre cousin est grave.très grave \u2014Je vais faire une tentative hardie, presque téméraire, sur le résutat de laquelle je compte beaucoup.\u2014 Monsieur de Trêves ne me semblera perdu sans espoir que si cette tentative échoue.Lucien et M.de Nerville arrivèrent au salon ou les attendaient la jeune baronne et la douairière.\u2014 Eh! bien, docteur!1\u2014 firent les deux femmes à la fois \u2014 Rien d'alarmant, madame \u2014 répondit le jeune médecin qui cachait à dessein T effrayante vérité.\u2014La fièvre lutte toujours, mais nous triompherons de sa résistance.Puis, s adressant particulièrement à Léonide il ajouta : \u2014 Je viens d envoyer le valet de chambre de M.le baron prendre un repos dont le pauvre garçon avait le plus grand besoin.\u2014 je vous demanderai, madame, de vouloir bien passer la journée auprès de notre malade.M.de Nerville sera le veilleur de nuit.\u2014 Je suis prête.\u2014répondit Mme de Trêves.\u2014 Vos instructions?\u2014 Faire boire, d heure en heure à M.Max une cuillerée de la potion qui se trouve sur sa table de nuit, et lui donner de la tisane aussi souvent qu\u2019il en manifestera le désir.\u2014 J\u2019y vais.Et Léonide gagna rapidement la chambre de son mari.Lucien reprit: \u2014 Je vous demande la permission, madame la baronne, décrire mon ordonnance.\u2014 Mettez-vous là, docteur\u2014 répliqua la douairière en désignant une table sur laquelle se trouvait tout ce qu\u2019il fallait pour écrire.M.d\u2019Harblay prit une feuille de papier, une plume et griffonna l\u2019ordonnance suivante que nous reproduisons textuellement: Eau distillée .125\tgrammes Strychnine .0\t10\tcg.Sp Diacode .20 g.L.de L.cerise .4\tg.E.d.fl d\u2019oranger .\t8\tg.Une cuillerée à bouche toutes les dix minutes.Et il signa 16 octobre 1881.\u201cL.d\u2019Harblay, D.M.P.\u201d Il se leva quand il eut achevé et dit à la douairière: \u2014 Voici la potion qu\u2019il faut faire préparer à Chantilly, madame.\u2014Je désire la trouver ici quand je reviendrai ce soir.\u2014 Vous la trouverez, docteur.Lucien se retira.La baronne Germaine a va t pris l\u2019ordonnance et la parcourait du regard.\u2014 Ont-ils des griffonnages de chats, ces médecins 1 \u2014 s\u2019écria-t-elle en haussant les épaules.\u2014 Lettres et chiffres, tout est à peu près illisible! \u2014 On dirait des pattes de mouche, mon cher Georges.\u2014 Quand tu es à Paris et que tu m'écris, je mets une demi-heure à déchiffrer tant bien que mal le plus court de tes billets.\u2014 Qu'est-ce qu'il a mis là, le docteur?Et la douairière désignait du bout du doigt le deuxième mot de l'ordonnance.Georges avait suivi le doigt de sa tante.\u2014\t\"Strychnine\" .\u2014 lut-il à haute voix \u2014 zéro gramme, dix centigrammes.\u2014 Comment, tu comprends ces hiéroglyphes ?\u2014 Très bien.\u2014 C'est merveilleux.\u2014 Je vais envoyer faire préparer cette potion.Georges saisit le papier.\u2014 J\u2019irai moi-même, ma tante.\u2014 dit-il.\u2014 Après déjeuner, alors?\u2014 Non, tout de suite.\u2014 je déjeunerai à Chantilly.\u2014 Tu feras la route à pied?\u2014 Non pas.Je vais donner l\u2019ordre de seller Stop.\u2014 Sois ici pour le retour du docteur.\u2014 N'ayez aucune crainte.je serai ici longtemps avant lui.M.de Nerville fit seller le cob, alluma un cigare et se mit en selle en se disant : \u2014\tle profiterai de l'occasion pour voir l'Ecureuil installé dans son magasin Un rongeur en cage ! Ça sera drôle.LU Georges lança d'abord sa monture au grand trot, mais un peu après son entrée en forêt, il la remit au pas et s'abîma dans ses réflexions.Il pensait : \u2014 Ce médecin a dit: \u2014\"Je vais faire une tentative hardie, presque téméraire\", ce sont ses propres expressions\u2014 Il regarde Max comme très dangereusement atteint, mais il espère encore le sauver.et qui sait s'il ne le sauverait pas, s'il ne retarderait pas indéfiniment mon bonheur et ma fortune?.Heureusement je suis là pour y mettre ordre.\u2014 J ai trop attendu déjà!\u2014 Il est temps que Léonide soit veuve.Tout en monologuant, M.de Nerville fouilla la poche de côté de son pardessus.Il en tira l\u2019ordonnance de Lucien d Harblay, la déplia et la relut \u2014 \u201cStrychnine\u201d.\u2014 fit-il en s\u2019arrêtant sur ce mot.\u2014Et c'est moi qui, cette nuit, toutes les dix minutes, verserai à Max une cuillerée de cette potion.Un sourire d\u2019une expression indéfinissable vint aux lèvres du misérable qui replaça l'ordonnance dans sa poche et lança de nouveau son cheval au grand trot.Arrivé à Chantilly, il alla droit au restaurant à la mode, fit mettre Stop à l\u2019écurie, commanda son déjeuner pour midi et prit le chemin de la pharmacie Godelot.Jules Cordier, la veille, avait passé la soirée au café, jouant au lyrzigue avec un bonheur soutenu et absorbant coup sur coup une foule de consommations, petits verres de fine champagne et de chartreuse, grogs à l'américaine, punch au kirsch, etc.Rentré chez lui presque complètement ivre, il avait en se réveillant \"mal aux cheveux\u201d, la tête lourde, la bouche pâteuse.Installé dans le grand fauteuil de cuir, derrière le comptoir de la boutique, il lisait un journal, ou plutôt il croyait le lire et dormait aux trois quarts.Le bruit de la porte qui s'ouvrait le tira de sa somnolence.Il quitta son siège pour aller au devant du vis'teur.Georges le reconnut du premier coup d'œil.\u2014 Ah! \u2014 se dit-il\u2014 c\u2019est le bonhomme que j'ai vu au café 0 y a quelques semaines avec le pharma-t cien.\u2014 Que désirez-vous, monsieur?\u2014 lui demanda Jules Cordier en étouffant un bâillement.\u2014 Une potion à préparer.\u2014 Vous avez l'ordonnance?\u2014 La voici.L\u2019aide pharmacien y jeta les yeux.\u2014 Du docteur d\u2019Harblay.\u2014fit-il.\u2014 Serait-ce pour M.le baron de T rêves ?\u2014 Oui, monsieur \u2014 Bien malade, à ce qu\u2019il oaraît, le baron de Trêves?.\u2014 Oh! très malade.\u2014 Mais non désespéré cependant, n\u2019est-ce pas, monsieur?.\u2014 Je l\u2019espère bien.\u2014 Veuillez vous asseoir.ce sera prêt dans quelques minutes.Georges s\u2019assit, et Jules Cordier se mit en devoir de composer la potion.Tout en se livrant à ce travail, il reprit : \u2014 C\u2019est pour une fièvre cérébrale, sans doute, que le docteur d\u2019Harblay soigne le baron de Trêves.\u2014 Oui, monsieur.\u2014 Compliquée, je suppose, d'un soupçon de méningite?.\u2014 Qu'est-ce que c'est que la méningite?\u2014 Un commencement de paralysie du cerveau.\u2014 A cela je ne saurais répondre.\u2014Le docteur ne veut pas effrayer la famille et ne s'est point expliqué à ce suiet.-\u2014 Il employe les grands moyens.\u2014continua l'aide pharmacien.\u2014\"Le remède que je prépare est brutal en diable!.Une médecine de cheval, comme on dit\u201d.M.de Nerville garda le silence.Jules Cordier versa la pot on dans une fiole qu'il boucha et dont il entoura le goulet d'une feuille de papier vert fixée par une ficelle rouge qu\u2019il cacheta à la cire.Il colla ensuite une étiquette sur la fiole, prit l\u2019ordonnance et revint au comptoir.\u2014 C\u2019est fini?\u2014demanda Georges en se levant.\u2014Oui, monsieur, ma's j\u2019ai à transcrire l'ordonnance sur le livre de la pharmacie et à inscrire le numéro d\u2019ordre sur l'étiquette de la fiole.\u2014 Etes-vous donc obligé de copier ainsi chaque ordonnance ?\u2014 Toutes, non monsieur, mais celles qui contiennent une ou plusieurs substances toxiques.\u2014 C\u2019est un règlement de police auquel nous somme tenus d'obéir strictement, sous peine d\u2019une amende plus ou moins forte, ou même de la prison, s'il se produisait quelque accident.\u2014Dans ce cas, un médecin ne pourrait préparer lui-même, chez lui, une potion pareille à celle-ci ?\u2014 Pardon, monsieur, il le pourrait très bien, s'il a son diplôme de pharmacien en même temps que celui de docteur, ce qui est fréquent dans les campagnes .Mais généralement ces messieurs préfèrent nous envoyer leurs ordonnances quand elles sont un peu compliquées.\u2014C\u2019est plus correct.Jules Cordier écrivait tout en parlant.\u2014 Ah! maladroit!.\u2014 s\u2019écria-t-il tout à coup.Et il s\u2019arrêta.\u2014 Qu\u2019y a-t-il donc?\u2014fit Georges.\u2014¦ Il y a qu\u2019on ne devrait jamais causer en écrivant.\u2014 Je viens de commettre une erreur sur mon registre.\u2014 Une erreur?.(Lire la suite page 38) T *2.00 au lieu de *3.00 Pour permettre à tout le monde de lire régulièrement La Revue Populaire nous faisons à toutes les personnes qui désirent s\u2019y abonner pour DEUX ANS un prix de faveur exceptionnel.Le prix ordinaire de l\u2019abonnement est de $1.50 par année, ce qui fait $3.00 pour deux ans.Au'lieu de cela, vous pouvez vous abonner pour DEUX ANS à La Revue Populaire pour DEUX DOLLARS seulement.DANS La Revue Populaire DE JUILLET ?QUAND TOUT VOUS SÉPARE Par JOCELYNE Un roman de premier ordre, complet et inédit, sans parler d'une foule d\u2019articles sur les sujets les plus intéressants, le tout richement illustré.Coupon d'abonnement La Revue Populaire Ci-joint $2.00 pour un abonnement de DEUX ANS à La Revue Populaire (offre spéciale pour le Canada seulement).Nom ___________________________ Adresse _______________________ Ville .Province ______________________ POIRIER, BESSETTE 8* CIE, Itée 975, rue de Bullion, Montréal, Can. 38 LE SAMEDI Nouvelle édition plus complète LE CHIEN Son élevage, dressage du chien de garde, d\u2019attaque, de défense et de police.Dressage du chien de traîneau.Traitement de ses maladies.175 ILLUSTRATIONS Prix : $1.25 En vente partout ou chez Fauteur ALBERT PLEAU St-Vincent de Paul (Co Laval), P.Q.Un Magazine à la mod e 0 Le Samedi DANS CHAQUE NUMERO s Roman complet Feuilleton Articles documentaires Nouvelles illustrées Pages amusantes Chroniques diverses Modes féminines EN VENTE PARTOUT : 10 CTS COUPON D\u2019ABONNEMENT LE SAMEDI Ci-indus $3.50 pour 1 an.$2.00 pour 6 mois ou $1.00 pour 3 mois (Etats-Unis: $5.00 pour 1 an.$2.50 pour 6 mois ou $1.25 pour 3 mois) d\u2019abonnt-ment au magazine LE SAMEDI.Adresse -\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014 - Ville .\u2014- POIRIER.BESSETTE t) CIE, limitée 975, rue de Bullion.Montréal, Canada L\u2019Oreille d\u2019Ours (Suite de la page 8) on se trouvait dans la cuisine, dont le mobilier datait du dix-huitième siècle : rideaux à petit quadrillé ros#et blanc, bouilloires d un jaune d or, fontaine de cuivre rouge repoussé, cafetières ventrues perchées sur trois pieds recourbés, tous ces ustensiles d'autrefois dont on voit les formes élégantes et familières dans les tableaux de Chardin.En contre-bas, s'ouvrait la chambre de notre vieille voisine, meublée dans le même goût, et dont la fenêtre prenait jour sur un jardin aux murs tapissés d'aristoloches, aux massifs peuplés de framboisiers.Toutes ces choses du vieux temps étaient un cadre fait à souhait pour la figure de mademoiselle Sophie.\u2014 Septuagénaire, mais encore verte d'allure ; de taille moyenne, rondelette, la joue ridée et colorée comme une reinette qui a passé l'hiver, l'oeil d'un brun vif, le nez proéminent, la lèvre charnue, le menton de galoche encore accentué par des dents manquantes, elle avait l\u2019air bon et spirituel.Son bonnet lorrain, dont les longs tuyaux entouraient d une auréole de tulle sa figure éveillée, laissait à découvert un front bombé et deux doigts de cheveux blancs, crépus, rejetés en arrière à la chinoise.Elle était toujours proprement vêtue d une robe de laine, dans le corsage croisé de laquelle s'enfonçaient les pointes d'un fichu de linon et dons les manches à gigot bouffaient autour des bras amaiqris.Cette toilette surannée, ces meubles contemporains* de Louis XVI, mettaient autour d elle une atmosphère du temps passé.Toute sa personne répandait un parfum antique du dix-huitième siècle, comme ces éventails de merisier qui exhalent après de longues années la bonne odeur du bois dans lequel leurs branches ont été taillées.Elle ne s'était jamais mariée, et je m\u2019étonnais toujours qu\u2019elle fût restée fille, tandis que, dans sa famille, ses sœurs et ses cousines, malgré leur humeur acariâtre et chagrine, avaient toutes trouvé un mari.De la chambre de mademoiselle Sophie, un escalier conduisait au grenier, qui occupait tout le premier étage et dont elle avait fait son fruitier et son garde-meuble.Ce grenier était un véritable hospice d invalides pour les meubles.Je l'avais choisi pour mon retrait favori ; dès mes plus jeunes années, je m\u2019y aventurais comme Robinson dans son île, et j'y faisais toujours de nouvelles découvertes : \u2014 bouquins dépareillés, cahiers de romances copiées à la main sur du gros papier grenu et verdâtre, uniformes rongés par les mites, épées Touillées, microscopes détraqués, boîtes à musique ne disant plus que la moitié de leurs airs ; il y avait de tout dans ce fouillis.Au fond, dans ce coin le plus ténébreux, se dressait une haute armoire de noyer sculpté, dont les ferrures luisaient faiblement dans l\u2019obscurité, et dont les panneaux ornés de figures grimaçantes avaient une physionomie étrange.Dans ma petite enfance, la voisine m'avait dit qu\u2019il ne fallait pas rôder près de cette mystérieuse armoire parce qu'il y revenait un spectre, et cette défense, tout en m\u2019emplissant d'une crainte respectueuse, n\u2019avait fait qu\u2019accroître ma curiosité.Dès que j étais seul, je me glissais avec un léger frisson parmi les entassements de vieilleries qui aboutissaient à l\u2019armoire, et je m\u2019avançais bravement à la rencontre du fantôme.Tout à coup un craquement funèbre partait des profondeurs du meuble, comme si le spectre, fatigué de sa réclusion, se fût décidé à pousser les deux battants et à apparaître en face du curieux qui venait troubler son repos, alors je reculais jusque dans la partie éclairée du grenier, tremblant à la fois et fier de mon audace.A quatorze ans, ma croyance au spectre avait disparu, mais ma curiosité m\u2019étais restée.Le mystère de l\u2019armoire hermétiquement close et visitée de loin en loin par mademoiselle Sophie, qui y serrait son linge et ses objets les plus précieux, agitait toujours mon imagination et m'intriguait d\u2019autant plus, qu\u2019après chaque visite, la vieille cousine descendait du grenier avec l\u2019œil plus humide et le front plus pensif.Un jour, comme elle y montait, je la suivis en tapinois, et.caché derrière un paravent troué, ( assistai à la solennelle ouverture du meuble.Un prêtre qui ouvre le tabernacle ou la châsse aux reliques, n'y met pas plus de recueillement et de pieuses précautions.L'un des battants était entre-baillé, mais cela ne m\u2019avançait guère, à cause de l\u2019obscurité qui régnait dans cette encoignure.Heureusement, un filet de soleil, filtrant d'une chattière percée dans la toiture, tomba soudain d'aplomb sur les panneaux, et alors, grâce à cette traînée lumineuse, j'aperçus les trésors de l\u2019armoire au spectre : boîtes de marqueterie, scintillements de boucles et de tabatières ornées de cailloux du Rhin, mules de satin à hauts talons, rubans lamés d'or et d\u2019argent, jupes de gros de Tours et de îampas, dont les cassures miroitaient dans h ombre.j Je ne pus retenir un mouvement ad- j miratif qui trahit ma présence et qui | perdit tout.Le massif battant se referma, et mademoiselle Sophie, me prenant par l\u2019oreille, m'intima l'ordre : d\u2019aller voir en bas si elle y était.Je m'éloignai, mais avec le sentiment d une curiosité mal satisfaite et avec le violent désir de contempler plus à mon aise les richesses contenues dans la spacieuse armoire.Cette rapide vision à travers le battant entre-baillé m'avait laissé dans les yeux un chatoiement qui m'obsédait.Dès que je pouvais me faufiler au grenier, je m\u2019approchais avec précaution de l'armoire fermée, j'en tâtais les moulures feuillagées.je mettais un œil au trou de la serrure, j aspirais par les fentes une vague senteur ; d\u2019herbes aromatiques, dont le par- ; fum tenace aiguisait encore ma curiosité- J avais eu un moment l'idée de faire appel à la bienveillance de mademoiselle Sophie, mais, après réflexion, je me dis qu'au cas probable d un refus, ma demande indiscrète aurait pour unique résultat de me faire j interdire l\u2019entrée du grenier.Je résolus donc de me taire et d\u2019at- ; tendre qu\u2019un hasard heureux vînt à mon aide.Tout arrive : il semble même que les chosess qu'on désire ardemment j arrivent avec plus de docilité, comme ¦ si elles obéissaient mystérieusement à 1 une magnétique influence de la volon- : té humaine.11 advint qu\u2019un beau dimanche, où, tapi dans un coin du grenier, je lisais sans être vu un volume de Gil Bias, mademoiselle Sophie qui était en train de ranger son ! armoire, fut rappelée en bas par une visite, et, dans sa précipitation, oublia la dé sur la serrure, J'avais entendu les battants tourner sur leurs gonds ; la vieille fille une fois descendue, j'aperçus l\u2019anneau brillant de la clé qui scintillait dans un rayon de soleil.Incontinent, je plantai là Gil Bias et me précipitai vers l'encoignure | où j'avais tant de fois rôdé infruc- i tueusement.Enfin ! j'allais donc me donner à loisir le spectacle de ces ra- | retés si souvent convoitées en rêve ! (Lire la suite page 39) (Suite de la page 37) \u2014 Oui.\u2014En face du mot strychnine j\u2019ai placé le chiffre affecte au sirop Diacode, ce qui pourrait laisser supposer que 1 ordonnance poite vingt grammes de strychnine.- H y aurait de quoi tuer vingt personnes.Georges tressaillit.L'aide-pharmacien continua: \u2014 J arrangerai cela tout à 1 heure.\u2014Je gratterai quand 1 encre sera sèche.Puis il se remit à écrire.\u2014 Numéro 1249.\u2014 acheva-t-il en traçant ce chiffre sur 1 étiquette\u2014voilà, monsieur.Et il tendit la filole à Georges.\u2014 M.de Trêves a-t-il un compte à la pharmacie?\u2014 fit ce dernier.\u2014 Non, monsieur.\u2014 Alors, combien vous dois-je?\u2014 Quatre francs, monsieur \u2014 Les voilà.Jules Cordier inscrivit au registre la somme reçue, et aussitôt apres s\u2019écria: \u2014 Décidément, ce matin, je suis un imbécile.\u2014 Qu\u2019y a-t-il encore?.\u2014 Je vous réclame quatre francs et vous ne me devez que quarante sous.\u2014 voici deux francs qui vous reviennent.\u2014 je rectifierai sur le re- t gistre, car ma balance de caisse se trouverait inexacte.\u2014 Dois-je vous rendre l\u2019ordonnance, monsieur?\u2014 S\u2019il vous plaît.Le suppléant de M.Godelot imprima à l\u2019encre bleue sur l'ordonnance le timbre de la pharmacie, au milieu duquel il traça le chiffre 1249.puis il présenta le jDapier à Georges, qui le mit dans sa poche avec la fiole et sortit.Lorsque Jules Cordier ne mangeait pas chez Mariette, il prenait ses repas au café où nous 1 avons vu pour la première fois.Ce matin-là l\u2019Ecureuil le boudait à cause de son intempérance de la veille.\u2014 Si l'on me demandait, je suis à côté, -dit-il au gamin chargé de faire les courses.Et il alla déjeuner.En sortant de la pharmacie, Georges se rendit au magasin de son ancienne amie.Mariette était seule, ayant envoyé en courses la femme de ménage et l\u2019apprentie.Elle poussa un cri de joie en voyant M.de Nerville.\u2014 Ah! par exemple, ça c'est gentil!\u2014dit-elle en tendant la ma n à Georges.\u2014 Je croyais que tu m'avas oubliée.\u2014 Tu vois le contraire \u2014 C est vrai.\u2014 Je fais amende honorable \u2014As-tu le temps de causer un peu!.\u2014 Pas trop.\u2014mon déjeuner m'attend \u2014 Tu peux toujours bien me donner dix minutes?\u2014 Qui, mais pas plus.\u2014 Assieds-toi donc et mettons les morceaux doubles.\u2014 Où en sont tes affaires?.\u2014 Juste au même point qu' 1 y a un mois \u2014 Ah! ça, tu te croises donc les bras?Tu ne fais rien?\u2014 Je n'ai rien à faire qu\u2019à attendre .\u2014 Attendre quoi ?\u2014 Que ma cousine soit veuve.\u2014 Espères-tu qu\u2019elle le sera bientôt ?\u2014 Pardieu, oui, je l'espère!\u2014Mon cousin Max est au plus mal.\u2014 Va-t-il mourir des suites de la morsure ?\u2014 Non, mais d une fièvre cérébra-(Lire la suite page 40) 4 juillet 1936 39 (Suite de la page 38 j Je tournai doucement la clé, je soulevai avec précaution le battant pour l\u2019empêcher de crier, et j'ouvris .Ma curiosité fut si vivement sollicitée par tant de richesse à la fois, que je me trouvai tout d abord embarrassé de savoir par où je commencerais mon inventaire.Le temps me pressait.A toute aventure, je débutai par un coffret à incrustations de cuivre et d\u2019écaille.posé à portée de ma main, et dont la poignée d\u2019acier ciselé avait attiré mon regard.Le coffret était capitonné à l\u2019intérieur d une étoffe de soie rose sèche, et sur ce lit douillet, reposaient seuls trois objets très divers : une miniature dans son cercle d'or, un volume in-32, relié en maroquin rouge, et une mince liasse de papiers jaunis, rattachés par une faveur d\u2019un bleu passé.La miniature représentait un jeune homme de vingt-cinq ans, vêtu à la mode de la fin du siècle dernier habit bleu à boutons de métal et à haut collet, col de chemise rabattu à la Colin et laissant à découvert un cou très blanc ; cheveux bruns sans poudre, retombant en oreilles de chien et encadrant une figure ouverte, très éveillée, aux yeux bleus bien fendus et caressants, aux joues rosées, aux lèvres rouges et souriantes.Après avoir contemplé attentivement cette jeune physionomie si sympathique, mes doigts palpèrent la liasse jaunie, puis, après un moment d\u2019hésitation, je fis glisser la faveur bleue et j\u2019examinai les feuillets de dimensions différentes, tant de fois dépliés et repliés que les plis s étaient climés et ajourés comme une dentelle.La première pièce du paquet était une lettre, dont récriture bâtarde, très ferme et régulière, me frappa ; elle portait pour toute suscrip-tion ces mots : \" Pour remettre après mon départ \u201d, et elle était ainsi conçue : \u2019 Ma chère et unique amie.\u201c Puisqu\u2019un père cruel s\u2019oppose à notre hymen et me ferme la porte de sa maison, j \u2019ai T horrible courage de m\u2019éloigner d\u2019un objet si cher à mon coeur, préférant ne plus vivre dans la ville où mon amie respire, que d y languir sans l'espoir de la posséder.Lorsqu'une personne sûre vous remettra ce billet, je serai déjà loin.En quels lieux vous retrouverai-je, ô mon amie adorée, ou plutôt vous reverrai-je jamais ?Un pressentiment me dit que non.Maintenant qu\u2019on m\u2019arrache d'auprès de vous, je n'ai plus qu\u2019un désir, m\u2019arracher aussi de cette vie.Dans une époque aussi troublée que la nôtre, les occasions de mourir ne me manqueront pas.Mais jusqu à la mort, j emporterai, ma chérie, le souvenir de cet amour à la fois vif et tendre, respectueux et fortuné, toujours fidèle et toujours nouveau, de ce véritable amour que m\u2019inspirait et me rendait celle que j\u2019adore.J\u2019emporterai dans 1 éternité la mémoire de ces doux moments où je pouvais vous presser contre mon cœur.Ah ! quels mots divins que ceux où, pendant tout le jour, nous jouissions du bonheur d être ensemble.Quelles étaient belles ces journées obtenues après tant d orages et que tant d orages vont suivre ! O jardin de Rembercourt, à jamais présent a ma pensée, tu ne me verras plus ! Je vous laisse, ma chérie, le livre que nous y lisions ensemble.ainsi qu\u2019une fleur que vous y aviez cueillie pour moi, et où je mets mon dernier baiser.Adieu, encore une fois, ma mie et mon trésor, je mourrai avec votre nom sur mes lèvres.\u201c Votre fidèle et malheureux ami, \" Joseph Guiod.\u201d Au moment où j\u2019achevais la lecture de cette lettre si touchante, à travers la phraséologie sentimentale qui était fort en usage à la fin du siècle dernier, j\u2019entendis du bruit dans l\u2019escalier.Je n\u2019eus que le temps de replacer la faveur bleue autour des papiers, et de refermer le coffret ainsi que l\u2019armoire, après avoir empoché au préalable le volume in-32 ; puis je m esquivai comme un voleur, ayant le cœur tout tremblant du méfait que je venais de commettre, et la tète toute pleine de ce que j\u2019avais lu.Une fois dehors, je réfléchis longuement à la découverte que j\u2019avais faite.La voisine ne m\u2019avait pas menti, et c\u2019était bel et bien un spectre que je venais de réveiller dans l\u2019armoire du grenier.Je me retournai plus d\u2019une fois avec inquiétude, m\u2019imaginant que le fantôme de Joseph Guiod me posait soudain sa main sur l\u2019épaule.Sa jolie tête, si jeune et si éveillée, était sans cesse devant mes yeux.D où venait ce Joseph Guiod et qu\u2019était-il devenu ?Quelle pouvait être cette jeune fille a laquelle il adressait un adieu si tendre, et dont le nom manquait sur la suscription du billet ?Qu'était-elle devenue à son tour ?C'était tout un roman, et il me passionnait bien autrement que les amours pastorales des Galatées et des Amarillys de Virgile !.J évoquais en pensée l\u2019amoureuse inconnue du pauvre Joseph.Je me la peignais jeune, charmante, avec des yeux humides et tendres, des cheveux châtains noués d\u2019un ruban et s\u2019échappant en boucles soyeuses d un de ces bonnets à longues barbes, comme on en voit dans les portraits de Charlotte Corday.Je tirai de ma poche b in-32 que j'avais dérobé et où je comptais trouver d autres éclaircissements.C'était, je l\u2019ai dit, un mignon volume relié en maroquin rouge et doré sur tranche.11 contenait le tome 1er des Lettres Persanes imprimées à Amsterdam chez Jacques Desbordes \u201d, Sur la feuille de garde, je lus en belle bâtarde semblable à celle de la lettre : Ex libris Joannis Joseph Guiod Bi-suntim ; \u2014 et à l\u2019endroit où pendait le signet de soie vert-pomme, je trouvai.desséchée et noircie par le temps, la fleurette cueillie au jardin de Rembercourt et qui avait reçu le dernier baiser de l\u2019amoureux.Les feuillets du livre gardaient l'empreinte laissée par la sève juteuse de la corolle fraîche.Il me semblait que quelque chose de la personnalité de Joseph Guiod était resté dans les marques de la sève extravasée.En décollant pieusement la fleurette, je m'aperçus qu elle était fixée au papier par une étroite et mince étiquette passée dans la tige, et sur laquelle Joseph lui-même, qui devait être un botaniste, en sa qualité de Franc-Comtois, avait écrit en caractères menus : Primula auricula.Cela ne disait pas grand' chose, mais je consultai le premier livre de botanique qui me tomba sous la main, et j\u2019appris le nom vulgaire de la plante.C'était une oreille d\u2019ours, fleur de la famille des primevères, \u2014 jadis très à la mode, mais qu\u2019on ne cultive plus guère aujourd'hui.A part \\'ex libris et ce nom de fleur, l\u2019in-32 dont je m'étais indiscrètement emparé ne m'apprenait donc rien de nouveau Je restais dans la situation de quelqu\u2019un qui a lu un commencement de roman dans un volume dépareillé, et qui ne peut plus retrouver la suite.Je n\u2019osais même plus rôder autour de l\u2019armoire, afin de profiter d\u2019une seconde distraction de la voisine pour continuer mes investigations.Mlle Sophie s\u2019était sans doute aperçue de la disparition du volume des Lettres Persanes, car maintenant elle montait la garde au seuil du grenier, comme le dragon fabuleux du jardin des Hespérides.Elle était devenue préoccupée, in- quiète et défiante, et, ne me sentant pas la conscience nette, je n'insistais plus pour grimper au grenier, de peur que la vieille fille, dont les soupçons flottaient encore en l\u2019air, ne finît par lire dans mon jeu et découvrir mon larcin.Un matin du mois de mai, je me promenais avec Mlle Sophie dans son jardin reverdi ; elle me montrait, non sans orgueil, ses tulipes et ses iris, quand j\u2019aperçus autour d'une plate-bande une bordure de plantes modestes, aux feuilles épaisses, d'où sortait une hampe terminée par un bouquet de fleurettes d\u2019un brun velouté, exhalant une suave odeur vanillée.\u2014 Ce sont des oreilles d\u2019ours, me dit Mlle Sophie, en s'arrêtant un moment pour les regarder d\u2019un air attendri.\u2014 Ah ! m'écriai-je en tressaillant, des oreilles d\u2019ours !.Je poussai cette exclamation avec le même accent ému que dut avoir Jean-Jacques, lorsqu\u2019il découvrit de la pervenche dans les buissons du Mont-Valérien ; puis je sentis que je me troublais, je voulus me redonner de l'assurance, et ne trouvai rien de mieux que d ajouter d'un ton pédant et avec affectation : \u2014 Primula auricula .Notre voisine se retourna tout d'une pièce, me dévisagea, et pointant vers moi un doigt accusateur : \u2014 C\u2019est toi qui m'as pris les Lettres Persanes ! affirma-t-elle d\u2019un air menaçant.J'avais un pied de rouge sur la figure.\u2014 Moi, mademoiselle ?.essayai-je de me récrier, en payant d\u2019effronterie et en jouant l'étonnement.\u2014 C\u2019est toi !.ne le nie pas .Ton nez tourne ! Je baissai la tête d'une façon piteuse.Je me voyais déjà dénoncé et chassé honteusement par Mlle Sophie.Sans relever les yeux, je murmurai : \u2014 Oui, mademoiselle ; mais d'un ton si bas, si bas, que les fleurs seules devaient entendre l'aveu de mon crime.Mlle Sophie l'entendit pourtant, et, de sa même voix rude : \u2014 Va chercher le livre, poursuivit-elle, et rapporte-le-moi dans ma chambre.J\u2019obéis ; je me rendis à la maison et je tirai le petit volume de la cachette où je l\u2019avais enfoui; puis je revins chez la voisine.Quand l\u2019entrai dans la chambre, Mlle Sophie était assise dans son fauteuil, et, près d'elle, sur un guéridon, j\u2019aperçus le fameux coffret à incrustations d\u2019écaille.Elle s\u2019empara vivement du livre que je lui tendais d'un air confus, le feuilleta pour s'assurer que la fleur sèche était encore à sa place, puis assujettissant ses lunettes sur son nez d\u2019aigle : \u2014 Tu as lu les papiers qui sont là dedans ?\u2014 Je n\u2019ai lu qu\u2019une lettre, mademoiselle.\u2014 Et tu as regardé le portrait ?\u2014 Ou .î, \u2014 Tu as commis une grosse indiscrétion, et tu l\u2019as aggravée par un vol.\u2014 Pardon, mademoiselle Sophie ! m\u2019écriai-je en m\u2019agenouillant devant elle.Je m\u2019attendais à une violente explosion et j'essayais d\u2019apitoyer l\u2019irascible voisine en m'humiliant.\u2014\u2022 Pourquoi avais-tu volé ce livre ?\u2014¦ C'est que, répondis-je en balbutiant, l\u2019histoire du jeune homme au portrait m\u2019avait intéressé, et j'espérais, je supposais que le livre m'en apprendrait plus long.Au lieu de l'orage de reproches dont j'attendais l'éclat en baissant le nez, je n\u2019entendis qu\u2019un long soupir, et quand je relevai les yeux, je vis que les traits de Mlle Sophie s\u2019étaient détendus ; sa physionomie avait maintenant quelque chose d'attendri et de mélancolique.\u2014 Pauvre Joseph ! murmura-t-elle, n'est-ce pas qu\u2019il était beau ?Je m\u2019exclamai avec conviction : \u2014 Oui !.Rien qu\u2019à le voir on devait l\u2019aimer .Et comme sa lettre était touchante !.Celle à qui il écrivait l'a-t-elle revu ?\u2014 Jamais.\u2014 Et elle, qu'est-elle devenue ?L'avez-vous connue, mademoiselle Sophie ?\u2014 C\u2019était moi, répondit-elle simplement.En même temps une rougeur cramoisie couvrit le front de notre voisine.\u2014 Vous ?dis-je, en laissant voir dans mon accent et dans mes yeux combien je trouvais merveilleux que cette respectable demoiselle, aux cheveux blancs et à la figure ridée, eût inspiré une passion au beau jeune homme du portrait.Elle s'aperçut de mon irrévérencieuse stupéfaction, mais, loin de s\u2019en offenser, elle reprit ; \u2014 Cela t\u2019étonne ?.A ton âge, on croit volontiers que les vieux ont toujours été vieux .Mais il y a eu un temps où mes cheveux étaient bruns, où mes joues étaient roses et où j avais vingt ans .Oui, c\u2019était moi, continua-t-elle en soupirant, et tu comprends combien j'ai été navrée en découvrant qu\u2019on avait fouillé dans cette cassette, pour y prendre un objet auquel j\u2019attache tant de prix.Je me confondis en excuses et je demandai de nouveau pardon.\u2014 Va, tu es tout pardonné, dit-elle en m interrompant affectueusement .Je suis trop heureuse de pouvoir enfin causer de mon cher Joseph avec quelqu un qui s est intéressé à lui.(Elle rougissait de nouveau comme une jeune fille, tout en m\u2019attirant vers elle.) Vois-tu, il y a si longtemps que je garde toutes ces choses au fond de moi, sans oser en parler à ceux qui m\u2019entourent ! Avec toi, je puis soulager mon cœur .Tu n\u2019es plus un enfant, te voilà grand garçon, et tu garderas honnêtement le secret que je te confie.Elle m\u2019avait fait asseoir tout près d'elle, sur un petit tabouret.Le coffret était entre nous, et de ma place je voyais le grand cytise du jardin frôler les carreaux de la fenêtre de ses longues grappes jaunes épanouies.Alors Mlle Sophie, tenant toujours mes mains dans les siennes, commença d une voix un peu étouffée par l\u2019émotion : \u2014 Mon père avait quatre enfants : un fils qui est mort à l'armée, ma sœur Lénette, qui a épousé le pharmacien Péchoin, une autre sœur qui est mariée aux Anglecourts, et moi, la plus jeune.On m'avait mise au couvent des Augustines et on avait décidé que je serais religieuse.Quand les couvents furent fermés, à la Révolution, et les religieuses relevées de leurs vœux, je revins à la maison, ce qui ne fit nullement plaisir à ma famille.Pendant mon noviciat, ma sœur Lénette avait été fiancée à un jeune homme de Besançon.Il avait été convenu entre les deux familles qu\u2019il viendrait passer ses fiançailles à Juvigny, et qu'il reprendrait la charge de mon père qui était greffier au tribunal du district.Joseph Guiod, car c\u2019ctait lui, vint chez nous.Je le vois toujours entrer dans notre salle basse avec son bonnet de fourrure et sa redingote à petit collet.On l'installa au premier étage et il prit ses repas avec nous .Mais il arriva une chose qu'on n\u2019avait pas prévue.Joseph, qui ne connaissait ma sœur Lénette que par corres- 40 LE SAMEDI pondance, ne se sentit aucun goût pour elle, et par contre, une secrète sympathie s'établit entre lui et moi, dès les premiers jours.Lénette a toujours été positive et très prosaïque ; moi, j'étais expansive et même un peu exaltée.Joseph et moi, nous lisions ensemble ; nous herborisions dans les bois de Rembercourt, voisins d'une ferme que possédait mon père.Joseph était très versé dans les sciences naturelles, et, tout en m\u2019enseignant la botanique, il finit par s\u2019apercevoir qu\u2019il m aimait et que je l'aimais.Nous nous le dîmes dans cette ferme de Rembercourt, un matin où les oreilles d'ours commençaient à fleurir dans les plates-bandes, et nous résolûmes de garder le secret de notre mutuelle affection, jusqu'au jour où j'aurais atteint mes vingt et un ans.Mais il se dégage d\u2019un amour caché une subite odeur qui le trahit.Ma sœur Lénette fut la première à s'en apercevoir.Froissée dans sa vanité, furieuse d\u2019avoir été dédaignée, elle nous dénonça à mon père qui n\u2019était pas tendre.Il y eut un éclat ; quand Joseph vint tout avouer et demander ma main, mes parents le congédièrent durement.en lui défendant de remettre les pieds à la maison.J\u2019eus beau pleurer et supplier, rien n\u2019attendrit mon père, qui était monté secrètement contre moi par Lénette, et Joseph désespéré s'éloigna après m'avoir écrit la lettre que tu as lue.Mlle Sophie resta un moment silencieuse, tenant dans ses mains tremblantes le volume des Lettres Persanes, ouvert à l\u2019endroit où l'oreille d\u2019ours avait été posée.\u2014 Il avait juré de ne pas survivre au désastre de notre amour, et il a tenu parole.Il était ardent royaliste et entretenait des relations avec des agents du comte d Artois.En octobre, il fut arrêté au moment où il franchissait la frontière suisse, ramené à Paris et traduit devant le tribunal révolutionnaire, l'appris sa mort par une gazette que Lénette laissa traîner avec intention dans ma chambre .Mlle Sophie avait rouvert le coffret ; elle détacha la faveur bleue et me tendit deux papiers qui acompa-gnaient la lettre que j'avais seule lue : le premier était l\u2019extrait d\u2019un arrêté du comité de Salut public, en date du 10 brumaire an II, qui renvoyait devant le tribunal de Paris le nommé Jean-Joseph Guiod, âgé de vingt-cinq ans, accusé d\u2019avoir eu des relations avec les frères du ci-devant roi, et d'avoir tenté de faire passer à l\u2019étranger des espèces monnayées d or et d'argent:\u2014le second était un fragment de journal du 20 brumaire, contenant la liste des personnes exécutées la veille et à côté du nom de la citoyenne Roland, j'y lus celui de Joseph Guiod.\u2014 Voilà ce qui me restait de lui, dit notre voisine en essuyant ses yeux et en renouant avec peine la faveur bleue autour des papiers jaunis.Je déposai tout dans cette cassette et j'y enfermai aussi mon cœur.Depuis cette horrible date de brumaire an II, je ne vécus plus qu'avec mes souvenirs ; je ne parlai à persone de ce que ma sœur Lénette appelait charitablement \u201c mes scandaleux écarts de conduite \u201d.Plus tard, quand mes sœurs furent établies, on voulut me marier à mon tour, mais je refusai net.Je m\u2019étais juré de demeurer fidèle à Joseph et je me suis tenu parole .Je suis restée vieille fille, et quand je regarde le portrait de celui qui est mort en m'aimant, il me semble que je vois ses lèvres remuer pour me dire que j ai bien fait.__ Je vous adore, mademoiselle Sophie, m\u2019écriai-je avec enthousias- me, je vous aime de tout mon cœur.En même temps, je m'élançai vers elle et je me jetai à son cou.\u2014 Tu es un bon enfant, petit ! me dit-elle en me rendant mes caresses, reviens me voir souvent.pous parlerons de lui.Je la visitai souvent, en effet, et souvent l'histoire de son amour pour Joseph Guiod revint dans nos entretiens.Elle avait gardé le souvenir de ce temps-là jusque dans ses plus petits détails, et sa conversation faisait revivre toute une époque oubliée.Pour la vieille voisine, c\u2019était, comme une refloraison de jeunesse ; pour moi, c\u2019était une évocation d'un monde évanoui.Cette passion, âgée de plus d'un demi-siècle, mettait autour de nous une atmosphère de tendresse et de renouveau : l\u2019antique parfum des fleurs d\u2019oreilles d\u2019ours m'embaumait le cœur, et dans ma jeune imagination de collégien, je sentais, sous cette chaude influence, germer en moi les premières semences de l'herbe d\u2019amour.Deux ans plus tard comme je rentrais d\u2019une excursion faite pendant la semaine de Pâques, on me pria de passer chez Mlle Sophie, qui était tombée malade et qui voulait me parler.Elle avait attrapé dans les courants d'air de son grenier une fluxion de poitrine qui, à son âgé, menaçait d'avoir un dénouement funeste.Je la trouvai étendue sur son lit de bois peint.Elle était toute haletante et déjà très faible.(Suite Je la page 5) pas un instant, Robert n\u2019aurait pu supposer, dans le train, être en sa présence ?C\u2019était, tout simplement, d'abord parce que, de tendance cubiste, il voyait les gens et les choses sous un angle déformant, ensuite parce que, n'ayant pas été agréé, il était porté à penser beaucoup de mal de celle qui l avait dédaigné.Mais comme Mlle de Saint-Hédoc avait dû s\u2019amuser de son compagnon de voyage, identifiant tout de suite le Saint-Cyrien, dont elle savait prochaine la venue au château et auquel elle avait pris soin de dire qu\u2019elle descendait beaucoup plus loin que sa destination réelle, afin qu\u2019il ne soupçonnât pas sa véritable personnalité! Et, comme, après son geste déplacé, elle devait le mépriser 1 C'était à fuir sur-le-champ ! En tout cas, il ne pouvait plus envisager de disputer aux autres candidats la main de Mlle de Saint-Hédoc ! Sa main I il en sentait encore, rien qu\u2019en y songeant, la cuisson sur sa joue ! Par une retraite savamment combinée, à petits pas de côté, derrière l'un, derrière l'autre, pendant les présentations, Robert Lanceray réussit à éviter de se trouver face à face avec la jeune châtelaine.Mais sa tactique fut en défaut, car, par suite d\u2019une évolution de groupes, il se trouva bientôt isolé dans l\u2019embrasure d'une porte, juste à côté de Mlle de Saint-Hédoc.Il aurait préféré être, à ce moment, au Maroc, sans armes, au milieu d'une tribu rebelle ! Il demeurait figé, incapable de faire un geste, d'articuler un mot.Avec quelle hauteur dédaigneuse devait le considérer la jeune fille vers laquelle il n'osait même pas tourner les yeux ! Mais voilà que, très douce, chante à son oreille la voix suave qui l'a délicieusement enchanté l avant-veil-le : ¦\u20141 Monsieur Robert Lanceray, je crois ?Il voit, posé sur lui, un regard un peu moqueur, mais plein de mansuétude, presque complice.Et tandis qu\u2019il s\u2019incline cérémonieusement, au fond, désemparé, Alice lui tend gentiment \u2014 C\u2019est toi, petit, murmura-t-elle d une voix essoufflée quand nous fûmes seult, tu arrives à propos, car je n\u2019en ai plus pour longtemps .Je sens que c\u2019est fini.Ecoute bien.Après ma mort, mes collatéraux viendront fouiller dans mes affaires, et je ne veux pas que mes reliques tombent entre les mains de ma sœur Lénette.Ce serait un sacrilège.Elle s'arrêta pour reprendre son souffle, et tira de dessous ses couvertures le coffret à incrustations : \u2014 Je te le lègue, reprit-elle, garde-le en souvenir de moi.Ouvre-le de temps en temps, pense à Joseph et aussi à la vieille Sophie qui l'a bien aimé et qui mourra avec son nom sur les lèvres .Adieu, petit, prends garde au couvercle qui n\u2019est pas très solide, et cache bien tout cela sous ta lévite !.Maintenant sauve-toi, ma sœur Lénette va venir .Je la quittai très ému, et serrai la cassette dans mon pupitre.Deux jours après, Mie Sophie était morte.Bien des années ont passé depuis lors, mais j\u2019ai précieusement conservé la cassette.Le portrait de Joseph Guiod sourit toujours dans son cercle d\u2019or ; sa lettre me remue chaque fois que je la relis, et, dans le vieux volume des Lettres Persanes, l'oreille d'ours noircie me parle toujours des printemps lointains où fleurissait le fidèle amour de Sophie.André Theuriet de l'Académie française sa main à baiser et murmure, dans un sourire, à mi-voix, sans que personne autour d eux puisse l'entendre : \u2014 Aujourd'hui, c\u2019est permis !.\u2022 Robert Lanceray s'attendait à un exécrable séjour Or, non seulement Mlle de Saint-Hédoc lui a montré, dès son arirvée, qu\"elle lui pardonnait son incartade, mais, alors qu'il était, de son côté, gêné par le souvenir de sa mésaventure, un peu gauche et timide.elle n'a cessé de lui témoigner une bienveillance particulière, une sympathie beaucoup plus vive qu'aux autres jeunes gens, et elle ne semble pas lui tenir rigueur d être venu avec l'intention, sans même la connaître, de lui faire la cour, de l'épouser pour sa fortune ou .pour le simple plaisir de triompher de compétiteurs.Elle sait que le hasard s'est chargé de modifier son état d\u2019esprit ! Avant le départ de Robert, Alice a officiellement accepté qu'il devienne son fiancé.Elle lui avoue que .grâce à leur rencontre fortuite dans le train qui la ramenait du chef-lieu où elle était allée prêter son concours d\u2019excellente musiciene à une fête de bienfaisance, s\u2019est réalisé le rêve qu\u2019elle caressait depuis longtemps : avoir la certitude d'être aimée pour elle-même, sans considération de fortune, de rang social.C'est dans cette tenace espérance qu\u2019elle a repoussé tant de demandes en mariage Dès lors, comment lui en aurait-elle voulu un seul instant de son audace qui lui montrait que, simple passante, elle avait fait naître dans le cœur du jeune homme un sentiment pronfond ?! Et, avec une infinie tendresse, elle lui confie : \u2014 Je me disais toujours, en présence d'un prétendant : \u201c S\u2019il m'avait rencontrée dans la rue, il ne m\u2019aurait même pas remarquée ! \u201d Mais vous voyez qu'un mariage de convenances peut être, en même temps, un mariage d'inclination .\u2014 Certes, Mlle Alice, mais avouez que, si j\u2019avais strictement respecté les convenances, vous m\u2019auriez cru indifférent : nous n\u2019aurions pas fait un vrai mariage d'amour ! Henri Cabaud LA JOLIE VOYAGEUSE La Conquête du Bonheur ( Suite de ta page 38) le.avec commencement de paralysie du cerveau.\u2014 Une fièvre cérébrale.\u2014 On en revient.\u2014 Pas quand il y a des complications.\u2014Max est flambé \u2014 Mes compliments! \u2014 Tu touches au but, mais pendant le veuvage prends bien tes précautions pour que la belle cousine ne t\u2019échappe pas.\u2014 Sois tranquille.\u2014 Je suis prudent et avisé.\u2014Et toi, que fais-tu?\u2014 Pas mal d'affaires.\u2014La ma son est bonne.\u2014 Alors tu es contente?\u2014 Autant que l'on puisse être.\u2022\u2014 Depuis quand es-tu installée?\u2014 Depuis quinze jours.\u2014 Tu n\u2019as pas encore eu le temps de t\u2019ennuyer.¦\u2014 Je l\u2019aurais eu peut-être\u2014fit Mariette en riant\u2014mais il s\u2019est présenté une distraction.\u2014 Un amoureux, j.e parie.\u2014 Ne parie pas .tu gagnera s.\u2014 Peste, c\u2019est affaire à toil il est gentil, ton amoureux ?\u2014 Il me plaît.\u2014 Ça durera-t-il, ce caprice?\u2014 Eh! eh! c\u2019est un caprice qui pourrait bien tourner à la passion sérieuse.\u2014 Bah! un mariage?\u2014 Qui sait?Pourquoi pas?\u2014 S agit-il donc d\u2019un homme établi ?\u2014 Non, mais d\u2019un homme qui s'établira quand il voudra \u2014 Enfin, qui est-ce 1\u2014 Tu peux m initier, ce me semble, à tes projets d'avenir et à tes espérances.\u2014 Eh! bien, c\u2019est un garçon charmant, très Parisien, très instruit et très drôle Toutes les qualités.et un seul défaut mais un gros.\u2014 Lequel ?\u2014 Celui d aimer trop à tutoyer les bocks et les alcools.\u2014 Aye'.vilain défaut.\u2014 Je l\u2019en corrigerai peut-être.\u2014 il habite Chantilly?.\u2014 Nous sommes porte à porte.\u2014 C'est l'aide pharmacien de mon voisin Godelot.\u2014 Tiens! Tiens! Tiens! \u2022\u2014 Tu le connais?\u2014demanda vivement Mariette.(A suivre dans le prochain numéro) LE DANGER DES MOUCHES Depuis plusieurs années, les pouvoir travaillent à restreindre les ravages de la fièvre typhoïde et autres maladies très dangereuses La tuberculinisation des troupeaux laitiers, la pasteurisation du lait, la purification de I eau sont parmi les moyens les plus courants de prévenir les épidémies.Mais, sauf par des campagnes éducationnelles, la lutte contre les mouches n'a jamais été entreprise officiellement C\u2019est donc aux particuliers à combattre ce fléau.Chaque été, les mouches envahissent les centres habités s insinuent dans toutes les demeures.Elles touchent aux objets contaminés ; après s être promenées sur des aliments en putréfaction, elles entrent chez vous et se posent sur votre propres aliments, y laissant souvent des germes dangereux.Inutile d'insister \"sur le danger que les mouches constituent pour les jeunes enfants ; il est suffisamment connu .Un des moyens les plus efficaces pour faire disparaître les mouches est de disposer par toute la maison des Feuilles Wilson qui les tuent «ne rémission C'est un procédé simple, efficace et économique . 41 îpiS'Sil 4 juillet 1936 La Chronique de la Police et des Pompiers Sous la direction de l\u2019abbé OSCAR VALIQUETTE Aumônier des Services des Incendies et de la Police de Montréal, et de ta Circulation Provinciale Dans le but de diminuer les tristes accidents de rue chez la jeunesse écolière, le Directeur Dufresne a créé un nouveau Bureau de la Prévention des Accidents, dont le Directeur est Arthur Lefebvre Son travail consiste à parcourir toutes les écoles de Montréal et à parler aux enfants, réunis dans leur salle respective, des dangers auxquels ils s'exposent en jouant dans les rues, en traversant la chaussée ailleurs qu aux intersections, en s\u2019agrippant aux camions et aux automobiles, en un mot, en commettant toutes sortes d'imprudences lorsqu'ils ne demeurent pas sur les trottoirs.Arthur Lefebvre est bien connu du public, surtout depuis qu'il est artiste de la radio.11 est né le 12 juin 1891.preuve évidente de sa nécessité.Pendant dix mois, Monsieur Lefebvre a visité 73 écoles, donné 84 conférences à 48,800 élèves.Et pour être plus exact, en enlevant 197 jours, c'est-à-dire les samedis et dimanches, les premiers vendredis de chaque mois et les divers congés de l\u2019année, il reste 168 jours où il lui fut permis de visiter et de parler aux élèves.Lorsque Monsieur Lefebvre ne fait pas de visite, il se rend quand même à la sortie des élèves, des écoles et de l'église, et il observe de quelle manière les enfants mettent en pratique ses précieux conseils.Chaque fois qu'il parcourt les rues de la ville, lorsqu\u2019il voit des enfants s'amuser sur \u201c le sentier de la mort \u201d, il arrête son auto et se permet de leur donner une bon- M.Arthur Lefebvre Photo Albert Dumas, Montréal Il devient membre de la force constabulaire le 23 mai 1914 Quand le département de la police fit l'acquisition de motocyclettes, en 1917, Arthur Lefebvre (898) fut choisi comme un des premiers constables à faire partie du bureau de la circulation II avait alors comme compagnons Ro-billard (595), Bessette (626), Dupuis (59) et Burelle (814).En 1924 il fut chargé de la préparation des causes à la Cour.En 1932 on lui confia le travail général du bureau de la circulation, et le 12 février 1935, sur l'initiative de l'inspecteur Bélanger et de l'avis du directeur Dufresne, il est nommé directeur du bureau de la prevention des accidents Le grand nombre de lettres adressées au directeur Dufresne approuvant cette innovation et les félicitations qu\u2019elles renferment, sont une ne leçon.Il est intéressant de noter que de septembre 1924 à juin 1935, avant cette précieuse campagne qu\u2019est la prévention des accidents, il y a eu, à Montréal, 1 576 enfants, de 6 à 16 ans, victimes d\u2019accidents de rues, dont 24 morts.Depuis septembre 1935 jusqu'à date, on ne compte que 36 accidents dont 2 morts.Cette statistique démontre quel bien immense Monsieur Arthur Lefebvre est appelé à accomplir au milieu de notre jeunesse écolière.Cette campagne de prévention est sujette à perfectionnement.Depuis quelques mois le directeur Dufresne a demandé à l\u2019aumônier de la police, a l'inspecteur Bélanger, au sergent Brunet et à un constable de la circulation d'accompagner Monsieur Lefebvre dans toutes ses visites aux écoles.10 PRIX A GAGNER CHAQUE SEMAINE LES NOMS DES DIX GAGNANTS Concours No 236 Mme J.E.Mousseau, H68, rue Montcalm.Montréal, P.Q.; Mlle Louise Po-liquin, 4356, rue Papineau, Montreal, P.Q.; Mme Léonce Langevin, 27b, Ave Labrecque, Chicoutimi, P.Q.: Mlle Ma-rielle Pontbriand, Varennes, P.Q.; Mlle Carmen Cari, Boîte 132.Cowansville, P.Q.; Mlle Rita Gravel, a-s M.Art.Gravel, conducteur, Sainte-Anne de Beaupré, P.Q.; Mlle Gaby Gauvin, 78 St-Ansel-me, Québec, P.Q.; M.Louis-Georges Ga-ron, 21, 8ième Ave, Limoilou, Québec, P.Q.: Mlle Cécile Thériault, Estcourt, Temiscouata, P.Q.; Mlle Marguerite Martel, 93, Petit Champlain, Québec, P.Q.; SOLUTION DU PROBLEME No 237 nmm ana p\\f\\f\\£ mua Banana Basas LES MOTS CROISES DU \u201c SAMEDI\" \u2014 Problème No 238 123456789 lü 11\t12\t13\t14\t15 (Les réponses seront reçues jusqu'au 3 juillet à midi.) ÏeSI!E! NOM\t.\t____________________________ _____________ ADRESSE .\t____ _________ .__________________ VILLE\t.\tPROVINCE ____________ Adressez : LES MOTS CROISES Le Samedi, 975, rue de Bullion, Montréal.P.Q.HORIZONTALEMENT 1.\tViande rôtie.\u2014 Résultat d'une cause.\u2014 Piquant.2.\tTerminaison de l'infinitif.-\u2014 Aventurier français.3.\tMer de l\u2019océan Arctique.\u2014 Avis donné au public.4.\tPetit rongeur.5.\tLieu où l'on danse.\u2014 Fin.6.\tGant sans doigtiers.7.\tAmas, monceau.\u2014 Chemin de ba-lage.\u2014- Partie dure du corps humain.\u2014 Songe.8.\tElan, essor.\u2014 Seule.9.\tCrochet de fer.\u2014 Fille de Cadmus.\u2014 Bradype.Préposition.10.\tVille canadienne.11.\tPrincipe de vie.\u2014 Plante.12.\tEn petite quantité.13.\tDébut, nouveauté.\u2014 Qui nage.14.\tBois pour soutenir les tonneaux., \u2014 Souverain.15.\tSculpteur français ( 1808-1888).\u2014 Corps céleste.\u2014 Poitrine.VERTICALEMENT 1.\tProfession de la judicature.\u2014 A la suite.\u2014 Qui est propre à.2.\tAncienne forme de oui.\u2014 Cérémonie.3.\tOuvrage.\u2014 Durée de 7 jours.4.\tPremière femme.5.\tEn cet endroit.\u2014 Partie cornée delà face des oiseaux.6.\tMilliard.7.\tContent.\u2014 Equerre.\u2014 Métal précieux.\u2014 Tout contre.8.\tPerroquet.\u2014- Personne bavarde.9.\tSituation.\u2014 Fille de Cadmus.\u2014 Douze mois.\u2014 Lier, joindre.10.Ce qui vient après.1 1.Homme ignorant.\u2014 Durée ordinaire de la vie.1 2.Roue à gorge d'une poulie.13.\tCritique d'un ouvrage.\u2014 Véhicule.14.\tMasse de pierre très dure.\u2014 Pronom personnel singulier.15.\tHéros de Virgile.\u2014 Ombellifère de l'Europe.\u2014 Viscère double du corps- 42 LE SAMEDI ¦ ¦' , ifKTJ-i m > jrmni ^ Sr- \u2022*b.Un original, c'est certainement le violoniste Julius Habrey, de Détroit, qui jura de ne plus se coucher dans son lit quand sa femme le quitta, et de dormir dorénavant dans un fauteuil.Il y a déjà quinze ans de cela, et il a tenu parole.\u2022 Certaines personnes conservent le sens de la blague jusque dans les circonstances les moins folâtres ; c\u2019est ainsi que le capitaine McLean, de Shelburne, Nouvelle-Ecosse, a voulu qu'on gravât sur sa pierre tombale ces mots : \" Parti pour son dernier voyage ; destination inconnue.\" \u2022 On dit parfois d'un homme généreux qu'il a le cœur sur la main ; un pigeon qui appartient à S.Rosenthal, de Chicago, l\u2019a, lui, à fleur de peau.Le cœur de cet oiseau est, en effet, à l'extérieur de son corps et protégé seulement par une simple membrane.\u2022 Harry Scarborg, pianiste d'un certain renom, a réussi, pendant huit heures et vingt minutes consécutives, à exécuter divers morceaux à une allure rapide et soutenue qui a donné un total de près de deux millions de notes frappées.On est en droit de se demander si cet homme est un pianiste ou une machine.\u2022 Il semble que la capitale d'un pays doive être obligatoirement dans ce pays même ; tel n'est pourtant pas le cas pour Vilna, capitale officielle de la Lithuanie, qui est en territoire polonais.\u2022 Un poisson des grandes profondeurs sous-marines, le \" Lasiogna-thus \", est véritablement équipé, par la nature, pour la pêche aux autres poissons dont il fait sa proie.Il a une longue antenne en forme de ligne ; l'extrémité, terminée par trois sortes de hameçons est lumineuse et sert ainsi d'appât.\u2022 Une expérience fort curieuse est celle-ci : un récipient cylindrique contenant 90 livres de mercure, lorsqu'il est complètement rempli, peut être facilement tronsportc par un homme sur son épaule ; s\u2019il n'est qu\u2019au tiers plein, et bien qu'alors il ne contienne que trente livres de mercure, il est impossible de le transporter.Cela tient à ce que les chocs donnés par le lourd métal liquide contre les parois du récipient sont si forts qu'ils jetteraient facilement l homme à terre.\u2022 Dans les voûtes de \u201c Sommerset House \u201d, en Angleterre, on conserve soigneusement une collection de timbres qui est certainement unique au monde.Elle ne comprend à la vérité que des timbres anglais, mais il y en a de toutes les éditions, modèles et valeurs, sans exception, depuis 1840, dans tout l'Empire Britannique.Aucun de ces timbres ne pourrait être obtenu en double, les clichés pour impression ayant été détruits rigoureusement après usage.L'ensemble de la collection représente donc une valeur qu\u2019il serait difficile d\u2019estimer.Certaines personnes ne craignent pas de comparer cette valeur à celle de tous les tableaux de peinture de grands maîtres qu'on pourrait trouver dans le monde entier.Notes Encyclopédiques ORIGINES DES MOTS ET DES CHOSES Concierge.\u2014 Certaines personnes prétendent que dans ce mot il y a cierge, et se portent à des raisonnements plutôt extraordinaires pour en tirer l\u2019étymologie.En réalité elle est plus simple.Ce mot vient du latin cortsergina, signifiant seri\u2019iteur.Il désigna, autrefois, un officier de la maison du roi de France qui, de Hugues Capet jusqu'à Louis XI.habita le palais de la Cité avec la jouissance de nombreux privilèges.Cette charge fut d'abord confiée à d illustres capitaines mais, dès la lin du douzième siècle, on la voit péricliter.Louis XI réunit les fonctions de concierge et de bailli pour les confier à son médecin, Jean Cloutier, et, depuis lors, ce titre ne désigna plus que les personnes chargées de veiller aux entrées et sorties du palais.De nos jours, le concierge n'a pas besoin de surveiller un palais pour avoir droit à ce titre.« Snob.\u2014 Dans le sens vraiment anglais du mot, un snob est celui qui cherche à imiter le gentleman, mais qui n\u2019y parvient qu\u2019en surface.Snob, c'est, en anglais, le sobriquet de savetier ou cordonnier, mais formé par contraction du latin sine obolo (sans le sou).D autres donnent à ce mot l origine suivante : nobs, c'était dans une liste de noms, l'abréviation de nobiles (noble), et snob, ou sine nobi-litate (non noble), d'où snob est celui qui n'est pas noble, mais se trouve avec des nobles et les imite.C\u2019est William Makepeace Trackeray qui mit ce mot à la mode, en 1829, en fondant un petit journal hebdomadaire The Snob.Il écrivit bien plus tard, en 1848, le livre des Snobs.Il définissait le snob : \" Celui qui admire petitement de petites choses \u201d, \u2022 Michel Tortorelle, de Newark, avait perdu sa bague il y a trois ans ; il vient de la retrouver dans son jardin, autour de la tige d'un iris qui avait poussé dans le centre de cet anneau.LES TOTEMS DES INDIENS DE LALASKA SONT SCULPTÉS AVEC UN ART ÉTRANGE MAIS TOUJOURS INTÉRESSANT.' * mi Les dictatures n offrent pas que dos avantages aux administrés ; en Allemagne, trois hommes et deux femmes viennent de se voir condamnés à des peines de quinze à vingt-quatre mois de prison pour avoir écouté des discours de Moscou à la radio.\u2022 Un américain, bien connu dans son milieu et qui passait pour avoir une certaine fortune, eut 144 héritiers pour réclamer une part de sa s uccession ; quand celle-ci fut liquidée, on put constater que ce qui revenait aux héritiers, comme somme globale, était tout juste un sou.\u2022 Nous sommes décidément à 1 époque des naissances multiples de tous les genres ; voici qu\u2019un fermier du Sussex, Angleterre, vient de voir une de ses brebis lui donner cinq petits agneaux en une seule fois, ce qui est considéré comme un record.\u2022 Lillian Albright, de Logan, Kansas, peut se dire, avec raison, d une famille d'instituteurs et d'institutrices ; elle exerça elle-même ces fonctions, ainsi que son mari, sa mère, sa grand mère, ses quatre sœurs, scs quatre belles-sœurs et ses deux enfants.Un divorce peu banal est celui qui fut accordé récemment à la femme de cet américain qui avait trouvé un nouveau moyen de \"cruauté\u201d.Il avait emmené sa femme pour une promenade en auto et passa son temps à des démarrages ou des arrêts brusques ainsi qu\u2019à des tournants non moins brusques.Cette \" mauvaise conduite \u201d fut jugée comme un motif suffisant.\u2022 Un sociologue anglais a demandé à deux mille vagabonds rencontrés dans les comtés du Nord la raison de leur genre d\u2019existence ; 653 ne demandaient pas mieux que de travailler régulièrement, mais prétendaient ne pas trouver de travail ; 445 n'ont donné aucune raison valable : 407 étaient en route pour trouver du travail à la ville ; 301 estimaient qu\u2019il vaut infiniment mieux vivre sur ceux qui travaillent que de travailler soi-même ; enfin, 104 attendaient philosophiquement, en se promenant de village en village, de ferme en ferme, soit un héritage, un gros lot ou simplement un peu de chance.Combien de gens, qui ne sont pourtant pas chemineaux, pourraient être classés dans cette dernière catégorie ! \u2022 Le maréchal Lefebvre avait un camarade de régiment qui vint le voir un jour et qui, admirant, non sans un sentiment d envie, son bel hôtel, ses belles voitures, sa nombreuse livrée, ses magnifiques appartements, tout le train enfin d un grand dignitaire de 1 Empire : \" Parbleu ! lui dit-il, il faut avouer que tu es bien heureux, et que le ciel t'a bien traité 1\t\u2014 \" Yeux-tu, lui répondit le maréchal, avoir tout cela ?\t\u2014 Oui, certainement.\" __________________________________ Ville Province POIRIER.BESSETTE 0 CIE, Limitée, 975, rue de Bullion, Montréal, Can /jf y S / \u2022 k :.-Vr i'I £ /1 |\tj jj !\u2022 ( i £ V ii ariofi û 4 LüCE I '¦ Sais :\t«S v*®* ¦ .JH ->*êO UN VERITABLE PHARE .Accrochées à 1 une des hautes cheminées de la raf-finerié de l\u2019Imperial Oil, à Sarnia, ces grandes lettres au néon sont visibles à plusieurs milles de distance ; elles servent même de phare à la navigation sur la partie inférieure du lac Huron.La raffinerie de l\u2019Imperial Oil à Sarnia est la plus considérable et la plus complète du genre au Canada.Environ 1500 personnes y trouvent de l\u2019emploi.O I L \\ K ! OR IÀ LA SUPERBE .Nous voyons ici une partie du port de la capitale de la Colombie Britannique.On distingue au fond les édifices du parlement provincial, tandis qu\u2019au premier plan se trouve le poste de distribution maritime et routier de l\u2019Imperial Oil Limit»4 Au sommet de la tour se trouve un phare aérien rotatif.Cette année tout spécialement la côte du Pacifique invite les touristes à la visiter car Vancouver, la métropole de la Colombie Britannique, célèbre le cinquantenaire de sa fondation.I E PREMIER POSTE DE SERVICE .Le premier poste de distribution de gs/oline du Canadaet peut-être même du monde \u2014 fut ouvert à Vancouver.1908, par l\u2019Imperial Oil Limited LE CHARGEMENT DES WAGONS .Les produits pétroliers sont chargés dans les wagons-réservoirs au moyen de gros conduits suspendus.Les wagons quittent ensuite la raffinerie de l\u2019Imperial Oil pour aller porter leurs précieux chargements dans toutes les parties du pays.Les produits de l\u2019Imperial Oil, vendus dati'- tout le Canada, sont toujours de qualité uniforme.POUR L\u2019EMMAGASINAGE DE L\u2019HUILE .(à gauche) Nous voyons ici quelques-uns des immenses réservoirs qui servent à l\u2019emmagasinage de l'huile brute et des produits raffinés à l'établissement de Sarnia.Ontario.Chacun de ces réservoirs a une capacité de 3,000,000 de gallons.La capacité totale des réservoirs de 1 Imperial Oil à cet endroit est de 150,000,000 de gallons.C'est une réserve nécessaire pour protéger les consommateurs en cas de disette.Une FORMIDABLE CARGAISON D'HUILE.(ci-dessus) Le plus grand bateau-citerne du monde traversant le canal de Panama.Il appartient, à l\u2019Imperial Oil.On aura une idée de la capacité de ce géant des mers lorsque l\u2019on saura que si toute sa cargaison d\u2019huile brute était chargée dans des wagons-réservoirs, ceux-ci formeraient un train de 15 milles de longueur."]
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