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Titre :
Le samedi
Éditeur :
  • Montréal :Société de publication du "Samedi",1889-1963
Contenu spécifique :
samedi 10 janvier 1942
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque semaine
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Le samedi, 1942-01, Collections de BAnQ.

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[" I No 33 P D ili f\\.S-400 EX.2 ¦ li LE MAGAZINE NATIONAL DES CANADIENS % .DEUX DU VINCT-DEUX PLUS QUE JAMAIS, DES CERTIFICATS D\u2019ÉPARGNE DE GUERRE ACHETONS ¦mg*- SM ' t, f m 4 \u2022 Afâfii < Hü 4£\u2018 : IL vous est certainement arrivé, à vous comme à tout le monde, de vous demander certains soirs ce que vous pourriez bien lire d'intéressant sans avoir à feuilleter une foule de livres ou sans avoir à acheter plusieurs magazines au hasard.Dans de pareils cas, n'hésitez pas à acheter LA REVUE POPULAIRE où vous trouverez tout ce qu'il faut pour vous distraire et vous instruire : un ROMAN D'AMOUR complet et le plus souvent inédit, une foule d'articles sur tous les sujets, des chroniques de toutes sortes et une multitude de photographies et de dessins.LA REVUE POPULAIRE, dont le tirage augmente de plusieurs milliers d'exemplaires par année, est lue aujourd'hui dans toutes les bonnes familles canodiennes, aussi bien à la ville qu'à la campagne.Ce n'est pas sans raison qoe cette revue canadienne-française, fondée il y a TRENTE-DEUX ans cette année, connaît une pareille vogue.Lisez-la une fois et vous comprendrez.Lisez notre roman de janvier : LA JEUNE FILLE D'EN FACE Par MAGALI Coupon d'abonnement : LA REVUE POPULAIRE i\tf J Ci-inclus $1.50 pour 1 an ou $2.00 pour 2 ans (Etats-Unis : $1.75 J ' pour 1 an ou $2.50 pour 2 ans) d'abonnement à LA REVUE * I\tPOPULAIRE.\t; P\tJ i Nom *\t J *\tAdresse\t\\ *\tV'Ile\tProv.J ,\tPOIRIER, BESSETTE & Cie, Limitée, 975, rue de Bullion, Montréal, Can.J .\u2014-V 53e année, No 33 \u2014 10 janvier 1942 3 CARNET EDITORIAL ^CERTIFICATS LES PUBLICATIONS POIRIER.BESSETTE & CIE, LIMITEE 975.RUE DE BULLION MONTREAL - CANADA # Tel.: PLateau 9633* Rédacteur en chef : FERNAND DE VERNEUIL Chef de la publicité : CHARLES SAURIOL Diresteur artistique : HECTOR BRAULT Pages féminines : GENEVIEVE Chroniqueur sportif : OSCAR MAJOR Entered at the Post Office of St.Albans.Vt.as second class matter under Act of March 1879 ABONNEMENT CANADA Un an.s3-50 Six mois.200 Trois mois.100 a ETATS-UNIS ET EUROPE Un an.S*-00 Six mois.250 Trois mois.125 Heures de bureau : 9 h.a.m.à 5 h.p.m.Le samedi, 9 h.a.m.à midi AVIS AUX ABONNES \u2014 Les abonnés changeant de localité sont priés de nous donner un avis de huit lours l'empaquetage de nos sacs de malle commençant cinq jours avant leur expédition.LA RETRAITE SANS FLAMBEAUX IL Y A bien longtemps déjà qu'un poète latin a dit que lorsque Jupiter voulait perdre quelqu'un il commençait par lui troubler la caboche ; cela prouve que l'ambition humaine date de loin et que la dégringolade des ambitieux est une règle ne comportant pas d'exceptions.L'histoire, en effet, fourmille de ces exemples-là.Les plus grands capitaines, les plus subtils financiers et les diplomates les plus rosses ont, tour à tour, illustré cette vérité première et notre époque nous en prépare actuellement une démonstration qui comptera dans le roman vécu de la planète.Je ne sais quelles sont les pensées du petit moustachu boche qui a jeté l'humanité dans le désordre nouveau mais j'imagine qu'elles ne sont pas couleur de rêve d'amour et que celles de \" son peuple \" n'ont pas l'attrait d'un plat de choucroute au jambon.Pourtant, au début de la présente guerre, le dictateur allemand se croyait bien sûr de son coup ; de fait, sa puissance militaire énorme dépassait de loin toutes les estimations qu'on en avait pu faire et la conquête du monde lui semblait assurée.Elle était possible si.S'il n'y avait pas une force mystérieuse qui déjoue à la dernière minute les plans les mieux préparés et gonfle l'ambition de conquête à un tel point qu'elle bouche les yeux des gens qui sont atteints de ce mal.Par deux fois, au moins, Hitler s'est conduit en véritable aveugle.La première après Dunkerque.Il avait alors le champ libre pour une invasion du sol anglais.Sans doute, des troupeaux entiers de bochons seraient allés au fond de l'eau mais il en serait resté suffisamment pour déborder en masse sur un pays à peu près alors sans défense.Qui ou quoi l'a retenu P ce n'est certes pas le sacrifice d'un ou deux millions d'hommes, le matériel humain ne comptant aucunement pour lui.Toujours est-il qu'il a raté, cette fois-là une occasion unique, laquelle ne devait plus se présenter.Les conséquences en auraient été désastreuses pour la terre entière.La deuxième bêtise, et elle est de taille aussi, celle-ci, fut l'invasion de la Russie.Hitler était illusionné par la Russie de l'autre guerre et il a gobé, comme une pilule suffisamment sucrée, l'aventure de Finlande au début de celle-ci.Je ne suis pas dans le secret de certains Etats-Majors mais j'ai vaguement l'idée que le conflit Russo-Finlandais fut une gigantesque farce du bonhomme Staline qui, alors, a roulé le dictateur boche comme un écolier en lui donnant l'impression que l'armée rouge pouvait s'avaler comme une simple saucisse de Francfort.On me fera difficilement croire qu'il aurait suffi de quelques mois pour transformer l'armée russe et la rendre capable d'administrer aux soldats de la croix gammée la retentissante volée qu'ils reçoivent et dont le prestige d'Hitler ne pourra sortir que bien malade.Voilà donc deux magistrales boulettes au compte du petit moustachu.A quand la troisième et que sera-t-elle ?Elle prend peut-être forme déjà avec les exécutions d'otages en France ou l'entrée en guerre d'un Japon qui a été assez naïf pour se laisser pousser à la catastrophe.Hitler voulait avaler la Russie en huit semaines au plus; il est loin de compte ! Il a perdu, à cette opération, six ou sept millions d'hommes et du matériel suffisant pour élever une nouvelle tour de Babel tout en fer.Et ce n'est pas fini.Il a mis, dans l'engrenage, son nez d'origine douteuse, il y passera tout entier.Il doit y avoir de terribles scènes dans son nid de hibou des Alpes bavaroises.Ses armées ne peuvent plus tenir le coup en Russie ; les débris qui en sortiront à grand'peine ne seront pas de nature à réchauffer l'enthousiasme allemand et la pression va se faire, de jour en jour, plus dure sur son pays.La deuxième retraite de Russie de l'histoire contemporaine se fait sans grandeur, sans ordre et sans flambeaux.La Grande Armée de Napoléon l'a faite avec accompagnement de tant de prodiges de valeur qu'elle a trouvé le moyen d'en rapporter de la gloire dans ses lam- beaux d'uniforme; les hordes d'Hitler s'y traînent dans le ridicule tragique de pantins rouillés et aux ressorts cassés.Telle est la terrible rançon du progrès lorsqu'on table uniquement sur lui avant de se lancer dans l'inconnu.Il faut réussir vite et, pour cela, pouvoir compter sur une machinerie dont aucun organe ne flanchera avant la fin de l'opération.Autrement, c'est le désastre assuré.Les grognards de Napoléon n'avançaient que péniblement dans la neige, mais ils avançaient tout de même ; ils ont ramené des canons qu'ils ont tirés à la bricole ou prix d'efforts surhumains parce qu'ils avaient mangé les chevaux d'attelage.Les pillards d'Hitler crèvent de faim dans les plaines glacées car les chevaux-vapeur des chars d'assaut ne sont pas comestibles.Quand une aventure de cette importance est manquée, elle ne se recommence pas et l'Allemagne, en dépit-de ses vantardises, n'a pas les possibilités d'envoyer à nouveau six millions d'hommes à la boucherie le printemps prochain.Au reste, d'ici au printemps il se passera bien, des choses.Il lui faut donc enregistrer cette défaite comme défï-nitive et la faire avaler au peuple qui doit déjà réagir dans l'ombre malgré son esprit de discipline et le collier de force de la Gestapo.Plus d'un allemand, même parmi les têtes carrées de Prusse, doit constater avec une mélancolie grandissante que la peau de son ventre fait des plis chaque jour plus accentués parce qu'il se fait de plus en plus difficile de voler quelque chose dans les pays envahis.Les peuples grondent et résistent de plus en plus ; à Vichy même, on vient de donner les ordres de fermer pendant une quinzaine les usines travaillant pour les boches.Serait-ce un signe des temps ?Je crois que la présente retraite de Russie, laquelle prend figure de déroute, est elle-même un signe des temps, l'avant-coureur, ou plutôt la préface d'une histoire qui pourrait bien s'écrire plus rapidement qu'on ne le croit ou qu'on le dit en certains milieux.Quand un mur commence à se désagréger par la base, cela ne lui prend, en règle générale, pas beaucoup de temps pour tomber tout à fait, même s'il paraît encore solide.Et six millions d'hommes c'est une fameuse base, surtout quand on y ajoute un matériel immense qu'il faut laisser sur place.En 1918, l'armistice, bien qu'attendu, a tout de même surpris bien des gens par sa soudaineté.Le prochain effondrement boche pourrait bien se produire avec la même soudaineté.D'autre part, s'il se fait un peu attendre, il n'en sera que plus complet.On parle déjà beaucoup, en certains milieux, du problème d'après-guerre et des changements considérables qu'il apportera dans le système mondial ; c'est un passe-temps comme un autre bien qu'il y ait, pour l'instant, de la besogne plus pressée.Ce problème, d'ailleurs, pourrait sans doute être fort simplifié ; les grands maux de la guerre pourront se passer de grands mots mais pas de grands coups de balai.On pourrait simplifier fort les choses en organisant une nouvelle retraite sans flambeaux, dans laquelle figureraient tous les êtres inutiles, dangereux ou incapables qui se comportent, dans la mécanique sociale des peuples comme le cambouis dans les engrenages d'une auto.Cela ferait une troupe panachée dans laquelle on verrait pas mal de panaches ayant perdu tout leur éclat factice.Hitler ne serait certainement pas le plus brillant, ni son lamentable collègue, le gros bouffi au menton carré.Ce serait ensuite une bonne précaution que de réduire l'armée boche à l'effectif de la défunte armée de la principauté de Liechtenstein, laquelle ne se composait que d'un seul soldat mort en 1939 à l'âge de quatre-vingt-quinze ans.Aujourd'hui elle ne comporte plus qu'un mannequin de cire qui fait tout de même son petit effet.Ce serait probablement le meilleur épilogue à donner à la retraite sans flambeaux des armées boches en Russie. 4 Le Samedi ii innnn i 1 LA %S8P*U ¦1 .ht MM Une partie du Kremlin, à Moscou ; dans la photo du bas, des Russes des environs de Moscou fuient les bombardements, mais aujourd'hui ce sont les agresseurs qui fuient.Dans six semaines, huit au plus, j'aurai conquis la Russie, je disposerai alors de toutes ses ressources naturelles et de toute son industrie ! » Voilà ce que disait, le 22 juin 1941, 1 autrichien mégalomane qui dirige provisoirement les destinées de l'Allemagne.Il y a six mois de cela.Il a déjà sacrifié six millions d\u2019hommes à ce mirage, et la victoire escomptée à bref délai s'éloigne chaque jour un peu plus de l\u2019envahisseur.Moscou, la ville aux toits multicolores, bâtie sur sept collines et devenue première capitale ; Moscou, immense cité byzantino-européenne, ville du Kremlin, des coupoles d or et des maisons spacieuses ; Moscou, ville aimée d'Ivan-le-Terrible qui, le premier, prit le titre de tsar accordé seulement aux empereurs de Byzance ; Moscou enfin, âprement convoitée par le dictateur allemand, demeure inviolée par ses hordes de pillards et garde, vis-à-vis d eux, un peu de morgue bonassement ironique qui .ajoute encore à son prestige.L'aventure de Moscou sera, dans 1 histoire d Allemagne, un chapitre lamentable mais qu'il faudra bien enregistrer quand même, puisque le monde entier le connaît maintenant.C est un coup dur et direct à la prétendue invincibilité allemande ; ç en est un non moins désastreux pour l'orgueil de 1 homme aux petites moustaches.\t, Moscou !.Quand bien même 1 armee boche aurait pu s'en emparer, en eût-elle été beaucoup plus avancée pour cela ?Napoléon, qui était un autre homme qu'Hitler, y a fait son entrée ; on sait comment cela s'est terminé.L'armée allemande d'invasion espérait y établir ses quartiers d'hiver ; illusion bien perdue puisque précisément à l'heure où je « tape >> cette chrom-que, il est question d\u2019une demande d armistice par Hitler à Staline.Dégringolade .En plus de son utilité comme quartiers d hiver, Moscou aurait été de bonne prise surtout pour des boches experts dans l'art de voler et qui trouveraient même le moyen de tondre un ceuf pour en emporter le poil.\t,\t.,\t, Le moscovite, en général, aime la vie large, le confortable a plus de prix pour lui que 1 elegance, et il y aurait certainement eu à gratter dans les maisons.Moscou a de beaux magasins abondamment fournis, les marchands de comestibles y pullulent et nombre d'autres établissements auraient invité à un pillage en règle.Sans compter tout ce qu il peut y avoir au Kremlin .Le boche en a eu la bave de la convoitise au muffle quand il a devine tout cela de loin.Au lieu de s'emparer de toutes ces belles choses, il a fallu subir d effroyables bombardements et crever dans la neige.(La suite page M) Le Mirage de Moscou Chronique d\u2019actualité Par LOUIS ROLAND - *#¦ I Ï39Ét.i 10 JANVIER 1942 \u2014 ^\t,4'v H te « * *! \"% WM HRS P.M.V.R Radio-Canada a relancé l'émission S.V.P., inaugurée du vivant de Louis Francoeur, de Léo-Fol Morin, de l'abbé Morin et de Fernand Leclerc.Nos photos, signées Henri Paul, représentent, dans l'ordre : 1 \u2014 Adrien Robi-taille, l'homme à la mémoire impitoyable.2.\u2014 Après la séance, Louis Bourgoin, l'animateur du programme, remet son dossier à un membre du personnel du poste C B F.4.\u2014 Roger Baulu oublie une seconde ses graves fonctions de secrétaire de S.V.P.pour participer à la joie du jury et du public.5.___ || est 8 h.55.Chacun est à son poste.On a encore cinq minutes à bavarder avant le coup de gong.Une dame, au premier plan, à droite, lit son journal du soir.6.\u2014 Louis Bourgoin.professeur à l'Ecole Polytechnique de Montréal et animateur de S.V.P., pose ses colles au jury.7_ __ Le jury de ce soir-là : (de face) le docteur Roméo Boucher et Mlle Hélène Grenier, bibliothécaire ; (de dos) le docteur Philippe Panneton et Adrien Robitaille.9 S. CHINE IlDoi 6 Le Samedi SRACLITIS woonoe LES RELIGIONS DU GLOBE VOICI LA REPARTITION APPROXIMATIVE DES CATHOLIQUES DANS LE MONDE .fl y a dans le monde, d'après les statistiques généralement admises, pour une population totale de 1.820 millions d'habitants, 566 millions de chrétiens parmi lesquels 350 raillions de catholiques.Pour les « non chrétiens ¦» (évalués è 1.150 millions), les bouddhistes représentent 135 millions, les hindouistes, 210 millions et les mahométans, 220 millions.EUROPE (210 millions) dont\t:\tAllemagne .26.000.000 Belgique .7.000.000 Bulgarie .^\t34.000.000 Espagne .24.000.000 France .36.000.000 Grande-Bretagne .2.500.000 Hongrie .6.000.000 Irlande .2.000.000 Italie .32.000.000 Pologne .17.000.000 Suisse .i .000.000 Tchécoslovaquie (avant Munich) .10.000.000 AMERIQUE OU NORD (50 millions) dont\t:\tU.S.A.19.000.000 Canada .3.000.000 AMERIQUE DU SUD (71 millions) dont\t:\tArgentine .\t.\u2022?.\t10.000.000 Brésil .39.000.000 Colombie .7.000.000 Venezuela .3.000.000 .\u2022;>>-< ASIE (18 millions) dont\t:\tIndes britartniques .2.125.000 Iles Philippines .9.900.000 Indochine .1.298.000 Chi ne .2.700.000 Japon .93.000 AUSTRALIE ET AFRIQUE (4 millions et demi) Australie seulement .1.100.000 Dans la répartition des catholiques à travers le monde, l'Europe l'emporte de beaucoup.Les régions teintées en noir sur la carte ci-contre sont celles où les catholiques composent la quasi-unanimité.Celles teintées de gris représentent les zones où ils sont très nombreux.Il faut aussi tenir compte des pays de mission, où la religion catholique croît chaque jour et qu'il n'est pas possible d'indiquer visuellement.LE CHRISTIANISME DANS LE MONDE Selon l'importance numérique de leurs participants, cinq grandes et principales religions se partagent le monde : le christianisme, le mahométisme, le boudhisme, les religions de la Chine et 1 idolâtrie.Ces cinq principaux groupes se subdivisent en plusieurs autres, et, pour être complet, il faudrait y inclure une grande quantité de croyances, toutes rassemblées ici sous la désignation d idolâtrie.Comme on le voit dans nos tableaux, le christianisme rassemble sous sa bannière quarante-six et demi de la population mondiale ; il est donc largement à la tête de toutes les autres religions.Les catholiques seuls entrent dans ce chiffre pour dix-neuf pour cent.Le christianisme a toujours marqué une avance sur les autres religions, et les chiffres donnés ici sont un minimum car, bien que des plus récents, ils datent déjà de 1937.Il a paru intéressant de les rappeler à notre époque où 1 homme du soi-disant ordre nouveau prétend abolir toutes les religions, surtout la chrétienne dont les principes de morale le gênent singulièrement dans sa conduite et ses ambitions.Rappelons que les premiers chrétiens étaient appelés Galiléens ou Nazaréens par les Romains, et qu eux-mêmes se nommaient les frères, les fidèles ou les élus.Ce n\u2019est que vers 1 an 50 qu ils prirent, à commencer par les fidèles d Antioche, le nom de chrétiens.Les chrétiens de saint Jean, qui se réunissaient au premier siècle sur les bords du Jourdain, renouvelaient le baptême chaque année ; ils différaient encore sur d'autres points de la doctrine universellement admise mais il n'en reste plus aujourd'hui que très peu aux environs de Bas-sorah.Les chrétiens de saint Thomas ne reconnaissent que trois sacrements : le baptême, l'eucharistie et l'ordre.Ils se sont fixés sur la côte de Malabar.Les deux groupes qui précèdent sont, d'ailleurs, peu nombreux, et prennent classement soit avec le protestantisme, soit avec les orthodoxes.L'idolâtrie représente encore aujourd'hui sept pour cent de la population mondiale ; elle recrute ses membres principalement sur le territoire africain mais tend à disparaître de jour en jour.Quant au paganisme qu\u2019Hitler aurait voulu faire revivre, il n'est plus qu'un objet de curiosité pour les historiens, comme Hitler lui-même en sera un pour les psychiatres et les aliénistes.EUROPE UCLMHOO CATHOLUUES AftHlMwlUM 50.MlUê WH.h.^iiiil \u2022 AFRItLUE c« AMERIQUE ou SU0 AUSTRALIE >1.000000 CAfH.1.100000 CATH. 10 JANVIER 1942 7 CHOSES ET AUTRES ¦\tDans les milieux bien renseignés du baseball organisé, il est question de charger un comité militaire américain de faire lui-même la sélection des athlètes du losange professionnel majeur, qu\u2019on n\u2019enverrait pas au combat parce que représentatifs de la valeur musculaire du pays.Bien entendu, il ne s\u2019agit pas d\u2019une liste de 2000 noms, qui pourrait rendre possible tous les abus.Quoiqu\u2019il en soit, le baseball majeur et plusieurs ligues mineures, classe AA et A, continueront leurs activités.Toutefois, on écourtera assurément la cédule de 154 joutes à 126, comme la chose fut faite, en 1918k dans les deux ligues majeures.Cette année-là, on termina la cédule régulière le jour de la Fête du Travail.Les Cubs de Chicago et les Red Sox de Boston se disputèrent les honneurs des séries mondiales.Le 11 septembre, le Boston devenait champion mondial après avoir vaincu les Cubs par 4 joutes à 2.Nous soulignons que, durant cette série, le fameux Babe Ruth, alors lanceur du Boston, a remporté deux victoires par les pointages de 1 à 0 et 3 à 2.¦\tOn confiait, jadis, à des hérauts \u2022\u2014 personnages sacrés .\u2014 le soin d\u2019instruire le public du cérémonial des joutes et des tournois.Ces hérauts, qui claironnaient à la renommée les noms des vainqueurs, avaient un roi.Rien de nouveau sous le soleil.Le baseball professionnel du XXe siècle a aussi son roi : Bill Klem, arbitre en chef de la Ligue Nationale depuis de nombreuses années.C est en 1902 que Bill Klem a fait ses débuts dans le baseball organisé comme arbitre.Et il officia dans le baseball majeur depuis 1905.En attendant, tout roi qu\u2019il est, et quel que soit le nombre de joutes qu\u2019il arbitra, de 6,000 à 6,500, Bill Klem n\u2019est pas poseur pour deux sous.Grâce à ses fonctions, il peut se vanter d\u2019être l\u2019homme qui ait arbitré le plus grand nombre de parties de baseball.« Le métier d arbitre, dit-il, est aujourd'hui une rigolade.Pas de micro, dans le bon vieux temps.Il fallait alors avoir de bons poumons et un drôle d organe !.» Le baseball majeur ne connaîtra plus un arbitre du calibre de Klem, qui vient d\u2019abandonner pour tout de bon masque et protecteur.ECHOS D'UNE FETE AU CERCLE PAROISSIAL NOTRE-DAME DU ROSAIRE DE VILLERAY Il y a quelques semaines, les directeurs du Cercle Paroissial Villeray, 7573, rue Saint-Hubert, organisaient une fête aux huitres dans le but de réunir ses membres et leurs amis.Groupant près de 300 personnes, cette soirée obtint un excellent succès.Notons ici que ce Cercle compte déjà plus de vingt années d'existence et a pour but la pratique des sports les plus populaires : quilles, billard, snooker, etc.Sur la photo du haut, on voit les membres et les invités déguster gaiement les mollusques à double coquille très estimés.Sur celle du bas, au premier plan : M.René Langlois.A l'arrière, de gauche à droite, première rangée : MM.H.Bouthillier, l'abbé P.Levesque, aumônier du C.P.V., Me Ai.Denis, M.P., président honoraire, du C.P.V., Jos Benoît, conseiller municipal, Me Paul Gauthier, M.P.P., Lionel Thauvette, Dr Paul Mousseau, Roméo Besse.A l'arrière, on reconnaît entre autres : l'abbé F.Beaudoin, Paul Auger, ex-président du C.P.V., Oscar Major, chroniqueur sportif de nos magazines, Hector Daigneault, secrétaire-trésorier du C.P.V., Julien L'Heureux et M.Victor Bédard, organisateur provincial.\u2014 Nombre d'hôtes distingués n'apparaissent pas sur cette photo mais participèrent quand même à la fête.Mentionnons : MM.Maurice Laniel, René Laniel.Dr R.Plouffe.Dr O.Mongrain, notaire L.Dérome.l'abbé J.Gauthier, A.Sénécal, Roméo Auger, Emery Lamarre, Ernest Viau, M.Beauchamp, Me Jean Hétu, Henri Croteau.Léon Bachant, Paul Filiatrault, président du C.P.V.A.Hélie, pharmacien, Albert DeRepentigny.J.-O.Taillefer, Adélard Pinet.J.-A.Drouin.Arsène Gagné.H.Isabelle.Ch.Legault.O.Dufour, etc.Photos Conrad Poirier \u2014- Le Samedi dossaient l\u2019uniforme militaire.Ils pourraient alors lancer à leur guise des grenades, des torpilles même, aux Japonais et aux Allemands.¦ Red Dutton, le bouillant gérant du club de hockey Brooklyn, de la N.H.L., ne manque pas une occasion de se faire le plus de publicité tapageuse possible.Il s'obstine à critiquer toutes les décisions des arbitres, dans toutes les villes du circuit, en dépit de la pluie d'amendes imposées par les maîtres de la glace.De plus, il invite plusieurs de ses joueurs, entre autres, le gros joueur de défense Pat Egan, à abattre leurs batons de hockey sur l'anatomie de leurs adversaires.Sitôt qu\u2019ils ont un bâton entre leurs mains, ils sont métamorphosés.Dutton leur a appris à jouer brutalement, il n\u2019y a aucun doute.C\u2019est à croire que plusieurs joueurs du Brooklyn viennent d\u2019aïeux Maoris qui, il n'y a pas encore cent ans, étaient anthropophages.Vous êtes surpris ?Pourtant, ici, comme toujours, consultez la nature.Si les habitants des îles du Pacifique du milieu de l'autre siècle étaient des anthropophages, ce n\u2019est pas parce qu\u2019ils étaient plus féroces que d'autres.C'est plutôt parce qu'ils n'avaient pas de bétail sur leurs îles étroites et souvent visitées par la pluie .Alors, comme l\u2019homme est carnivore, puisqu'ils n\u2019avaient pas d'autre chair, ils mangeaient celle de l\u2019homme.(La suite page 3\\) Par OSCAR MAJOR ¦ Paul Calvert, l\u2019un des meilleurs lanceurs de notre province est, depuis une quinzaine de jours, à l\u2019emploi de l'usine de guerre de Sorel.Avec le receveur Arthur Galen et le jeune lanceur Jean-Pierre Roy, Lucien Lachapelle possède déjà une excellente batterie pour son club de la saison prochaine .Paul Martin, du club de baseball Trois-Rivières, est marié marié depuis une couple de mois .Harry Smythe, ancien lanceur gaucher des New-York Yankees, Phillies et Royaux de Montréal, exploite un parc à stationnement pour automobiles, à Augusta, Géorgie .Ben Chapman, l'ancien rapide voltigeur des Yankees et du Washington, récemment nommé gérant du club Richmond, est propriétaire d'une salle de quilles, d\u2019une fabrique de crème glacée et d'une boulangerie, à Montgomery, Alabama .M.J.-J.Gagnier, chef d\u2019orchestre, quenouille en main, fait de la gymnastique en dirigeant ses musiciens.Pourtant, cela ne le fait pas maigrir .Les deux lanceurs de bouteille qui ont fait des leurs, lors de la joute Brooklyn-Canadiens, au Forum, feraient oeuvre plus utile s'ils en- DANS LE MONDE SPORTIF .¦ ; Corinne monta rapidement à sa chambre, les larmes aux yeux.UN FLIRT PAR CORRESPONDANCE n peine le dîner était-il terminé que Corinne se hâta d\u2019en faire disparaître les traces.Bing ! Bang ! Assiettes et chaudrons étaient traités de la même manière nerveuse.\u2014- Hé, hé ! dit Mme Martin, en s\u2019essuyant la figure de son tablier, va pas si vite en besogne, ma fille ! Si ça continue, y m\u2019restera plus un morceau d\u2019vaisselle qui aura du bon sens ! Cré nom ! Après avoir « désansé » quasiment toutes les tasses, v\u2019ià qu\u2019c\u2019est tout\u2019 le « set » qui va y passer ! Corinne poussa un soupir qui voulait en dire long, tout en jetant un coup d\u2019œil vers l\u2019horloge.Dieu ! Ce que sa mère pouvait être ennuyeuse quelquefois, et comme c\u2019était dur de ne pouvoir, à dix-huit ans, être comprise des siens ! Ah ! Pourquoi était-elle née si différente d\u2019eux tous ! Voilà où en était rendue Corinne Martin, septième fille de simples villageois à l\u2019aise, pétrie d\u2019imagination, s'estimant supérieure à son entourage, et éprise de rêves de grandeur.A son point de vue, aider sa mère à vaquer aux soins du ménage était indigne d'elle ! Aussi rendait-elle les quelques menus services dont elle ne pouvait se dispenser en maugréant continuellement contre le sort.Parce qu\u2019elle avait eu la chance de pouvoir pousser ses études un peu plus loin que la majorité de ses compagnes, il lui semblait que cela lui donnait le droit de regarder ses parents de haut, tout en leur témoignant une certaine condescendance ; elle s imaginait souffrir atrocement de leurs irrégularités de langage, elle qui pourtant mêlait encore les participes passés avec les infinitifs et faisait des règles de syntaxe un amalgame capable d\u2019égarer un grammairien.Un ongle cassé subitement sur le bord de l'évier changea le cours de ses pensées.\u2014 Aie ! gém;'t-elle, encore un autre ! Nouvelle par SIMONE-G.MURRAY* Dessin de LUCE \u2014\tQu\u2019est-ce que t'as asteure qui va pas, s\u2019en-quit sa mère qui préparait ses fraises pour ses confitures ?\u2014\tUn ongle de brisé, marmonna boudeusement Corinne ! .\u2014 C\u2019est bon pour toé, répliqua Mme Martin, peu sympathique, t'as beau les couper ras comme nous aut\u2019 ! Longs comme y sont, avec c\u2019te rouge que tu mets dessus, ça pas l\u2019air à du monde, ça fait penser à des griffes de chat trempées dans du sang ! Mme Martin ne s'entendait guère aux conseils et aux produits de beauté d'aujourd\u2019hui.De son temps, deux vigoureuses pincées des joues et un mordillement des lèvres emportaient tout le fard que les jeunes filles respectables avaient droit d\u2019employer.Aussi ne comprenait-elle pas pourquoi Corinne passait des heures devant son miroir à se pavaner et à se peinturlurer le visage au point de le rendre méconnaissable ! Quant aux manicures, tout ce qu elle en savait, c\u2019était qu\u2019ils rimaient avec rognures, enflure, friture, emmanchure et confiture ! Sa tâche finie, Corinne monta vivement à sa chambre pour se faire « un brin de toilette », puis redescendit quelques minutes après, avec son chapeau sur la tête.\u2014\tOù ce que tu vas ?demanda la mère, sans lever les yeux.\u2014\tAu bureau de poste.\u2014\tPeux-tu m\u2019dire qui ce qui t\u2019attire comme ça à tous les midis à c\u2019te morné d'bureau d'poste ?Ça serait-y pas que le Casimir y t'fait les yeux doux d'nouveau ?Tu sais, j\u2019eré qui t'haïs pas, l'bougre ! Et pis, c\u2019est un bon parti, allez ! Dommage que tu l'aies r\u2019viré comme t\u2019a fait l\u2019printemps passé.J'avais d\u2019là peine pour lui ! \u2014\tOh! maman, ne me parlez plus de Casimir Lefebvre, s'il vous plaît.Il m\u2019embêtait tellement ! Va, je suis bien contente d\u2019en être débarrassée ! Et elle sortit.Mme Martin, reniflant fortement, la regarda tristement s\u2019éloigner.\u2014\tQui ce qui aurait dit, murmura-t-elle, que j\u2019aurais élevé une « pincée » comme ça ! Vrai, j'gage que des fois a l'a honte de nous aut' ! Corinne, perchée sur ses hauts talons, marchait allègrement sur le trottoir de bois.Sa mère, en ce moment, était à cent lieues de sa pensée.« Une lettre ! aurait-elle une lettre ! » Elle était si profondément occupée que, le nez en l\u2019air et ne regardant pas où elle avançait, elle buta tout à coup sur une forme masculine ! \u2014 Tiens, tiens ! si c'est pas la d'moiselle Martin qui s jette dans mes bras aujourd\u2019hui, s exclama en riant de ses dents blanches, un jeune homme de taille moyenne, aux épaules fortes et carrées, à la peau basanée comme un indien, vrai type des gars de chez nous ! ^ Casimir Lefebvre ! Tu l\u2019as fait exprès quand tu m as vue venir, tu t es jeté devant moi ! Casimir, car c était lui, se remit à rire de plus belle ! \u2014 T en as des idées, mam\u2019zelle Martin ! Penses-tu que j aurais fait ça quand j m en allais voir ma nouvelle blonde ? lO JANVIER 1942 9 Corinne rougit comme une pivoine.\u2014\tHé bien, vas-y la voir, et f .moi la paix ! Je suis pressée ! \u2014\tC\u2019est vrai, j'oubliais l'bureau de poste ! Vite, cours-y, y a une lettre de ton amoureux qui t\u2019attend ! Il l'examinait narquoisement, les mains dans ses poches.Corinne releva dédaigneusement les épaules, une moue aux lèvres, comme elle s\u2019était exercée à le faire devant sa glace ! \u2014\tQue j\u2019aie une lettre ou non, ce n'est pas de tes affaires ! \u2014 T\u2019as raison ! C\u2019est « plus » de mes affaires 1 Il s'éloigna après un dernier ricanement.Corinne reprit son chemin impatiente d\u2019arriver à son but.Casimir avait-il dit la vérité ou était-ce une autre de ses blagues ?Pourtant il devait, mieux que tout autre, être en mesure de l'informer, puisque son père était le maître de poste.Enfin, la grande enveloppe blanche, à la haute écriture bizarre, était là, devant elle ! Non, Casimir ne lui avait pas menti, ce dont elle lui sut gré.C\u2019était bien là le pli qu elle attendait.Elle s'en retourna chez elle en courant presque, tellement elle avait hâte d'être dans sa chambre pour lire la chère missive.Ah ! Avait-elle été bien inspirée de commencer cette correspondance avec cet inconnu qui usait toujours du pseudo de « Jean Bart » et qui, dès les premières lettres, s'était révélé si charmeur, bien qu'il n'eût jamais divulgué son identité.Et comme Corinne remerciait de tout cœur cette revue hebdomadaire d'avoir inauguré un si plaisant courrier ! Elle ne vivait plus que pour ces missives qu elle recevait régulièrement une fois la semaine.« Il » savait si bien lui parler ! Et comme il la comprenait ! Pouvoir le connaître personnellement, lui dire de ces choses dont son cœur était plein ! Son cerveau échauffé par l\u2019imagination fertile, échafaudait des plans qui embrassaient tout son bonheur futur.Elle ne doutait pas du dénouement ; un jour viendrait où il se présenterait à elle, débordant d'amour et de tendresse, lui avouant qu'il ne pouvait plus vivre sans elle ! Et ce jour béni lui apporterait la délivrance.Elle attribuait à son héros inconnu toutes les qualités que préconcevait son idéal.De défaut, son Don Juan n'avait que l'orgueil ; d'ailleurs, est-ce que ce premier des sept péchés capitaux peut être vraiment considéré comme un défaut, quand les romanciers possèdent si bien l\u2019art de le disséquer, de le polir, de l\u2019embellir de telle façon qu'il nous apparaît comme un point fondamental et nécessaire chez leurs caractères principaux ?Et de ses charmes à elle, Corinne doutait encore moins.Ne s'était-elle pas appliquée pendant ces trois longs mois, à corriger toute petite tare qu\u2019elle fût, dans son physique, par l'emploi qu elle croyait judicieux de cosmétiques représentant toutes les couleurs de l'arc-en-ciel, dans son mental par des lectures profondes de philosophie et de poésies, qu\u2019elle s\u2019était procurées en cachette, et dont le sens, bien souvent, lui paraissait plus qu\u2019obscur, mais qu'elle s'acharnait tout de même à vouloir percer, pas toujours avec succès, hélas ! Si plongée était-elle dans ses réflexions, qu elle n'entendit même pas sa mère, lorsque de retour elle passa à ses côtés, lui demander prosaïquement : \u2014 Vas-tu venir « équeuter » des fraises ?Une fois dans sa chambre, un sourire extasié lui vint aux lèvres quand, parcourant d'un œil rapide l\u2019entête de la lettre, elle arriva à ceci : « Ma chère, très chère petite amie.Devinez la grande nouvelle! J\u2019ai enfin obtenu un congé, et j\u2019accours le passer près de vous.On ne m'a pas gâté, allez, puisqu\u2019on ne m\u2019a accordé que trois jours ! Mais trois jours avec vous, ce sera un peu un coin du paradis ! Je ne puis assez vous exprimer toute ma joie.Comme vous ne m'avez jamais vu.il convient que je vous donne mon signalement, car j'ose espérer que vous serez à la gare ! Je porterai un complet de flanelle grise, un chapeau de même teinte, et j'aurai une marguerite à la boutonnière.Pour que je sois sûr de vous reconnaître sur-le-champ, j\u2019aimerais vous voir, vous aussi, avec un bouquet de marguerites au corsage.Est-ce trop vous demander ?Je ne vous en dis pas plus long, car je veux vous murmurer très bas dans l oreille tout ce que mon cœur n ose vous écrire ! A samedi donc, ma douce amie, Votre Jean.Folle de joie, Corinne se mit à sauter autour de sa chambre.Hourrah ! il vient ! entonna-t-elle à tue-tête ! Quatre à quatre, elle descendit les marches de l\u2019escalier, bousculant tout sur son passage.\u2014 Maman, maman, tu ne sais pas ! Laisse tes fraises et viens danser avec moi ! Et à mots entrecoupés, Corinne relata le contenu de cette lettre et des précédentes.La mère ne partagea pas l\u2019opinion de sa fille.\u2014\tD'où ce qui sort c't'escogriffe-là, hein ?Mais on l\u2019a jamais vu ! Des gars de Montréal, moé, ça m\u2019dit rien d'bon ! \u2014\tOh, maman ! attends de le connaître ! Vas-tu en courir des yeux, de voir ta fille si bien casée ! \u2014\tHum ! Pis ton père, qu\u2019est-ce qu\u2019y va dire de ça ?\u2014\tPetite mère, tu te charges de le lui apprendre, n\u2019est-ce pas ?Pense donc ! Quand il saura que sa fille va peut-être devenir la fiancée d un homme très haut placé dans la finance, à Montréal, il en sera si content !\t¦\t, ,\u2014 Comment qu\u2019tu sais qu'y est si ben qu ça, ton amoureux ?\u2014\tParce qu'il me l\u2019a dit, dans une de ses lettres ! D\u2019une manière voilée, c est entendu, car il est si délicat ! Mais j'ai bien compris, va ! K-* LES DEUX FUMÉES ?Combien il est doux d\u2019envoyer Vers le firmament la fumée Qui du toit s'envole embaumée Par le pur souffle du foyer ! Elle monte, blanche et légère, Dans l'air qu'elle ne trouble pas ; Elle est l'heureuse messagère Des simples bonheurs d'ici-bas.Mais c'est une fumée horrible Que celle qui sort du canon, Dans ces entreprises sans nom Où l'homme prend l'homme pour cible.Car elle obscurcit le ciel bleu ! Elle s'étend comme un nuage Entre notre exécrable ouvrage Et la bienveillance de Dieu ! MAURICE OLIVAINT.*-* Mme Martin fronça les sourcils ! \u2014\tEn tout cas, on verra ! Quand est-ce qu\u2019y arrive ?.\u2014 Samedi ! Samedi.mais c\u2019est demain ! Ohé ! Il nous fauit nous dépêcher pour les préparatifs ! Tu comprends il faut bien le recevoir ! \u2014\tDemain ?Mais ton père y sera pas, y s\u2019en va en ville au marché ! Y aimera pas ça ! \u2014\tÇa ne fait rien, mère, il le verra après demain, puisque Jean sera ici pour trois jours ! Et excitées soudain à la pensée de recevoir ce grand personnage de Montréal (Corinne avait réussi à fondre la résistance de sa mère et à lui communiquer un peu de sa flamme) les deux femmes s\u2019affairèrent autour de la maison, épousettant, brossant, balayant, frottant avec ardeur tout ce qui se présentait devant elles.Quand le père et le fils arrivèrent le soir, pour souper, ils s'arrêtèrent sur le seuil de la porte, interdits.,\u2014 Qu\u2019est-ce qui vous a pris, à vous deusse, interrogea M.Martin ?\u2014\tBon sens ! On dirait qu'y a passé un ouragan, surenchérit le fils, promenant son regard autour de lui !\t, .i\ti La mère toussota, Corinne baissa les yeux .\u2014\tA table ! On va vous conter ça, fit Mme Mar- tmTous s'approchèrent sans dire mot.Mme Martin, ordinairement loquace, ne savait plus par où commencer.Le silence menaçait de devenir gênant lorsqu\u2019une étincelle jaillit qui alluma une des querelles habituelles entre le frère et la sœur.\u2014\tMange pas si vite, Paul ! s'exclama Corinne impatiemment.Regarde ! T'as de la sauce sur tout le menton ! Le benjamin releva la tête !\t, \u2014\tC'est pas pire que toé, la princesse ! i as tait une tache de thé sur la nappe ! ,\u2014 On ne parle pas quand on a la bouche aussi pleine que tu l'as ! ___ Pis on va manger tout seule dans son coin, quand on peut pas laisser souper les aut\u2019 en paix .Pour bien prouver que les semonces de sa^ sœur ne l'affectaient en rien, le « petit dernier », mâchant bruyamment, escamota le pain de cette dernière.Et la bataille prit ! \u2014\tAssez ! clama le père, d'une voix de stentor.\u2014\tPour une fille qui pense à s'marier, j\u2019trouve que t\u2019agis pas mal drôle, osa avancer Mme Martin ! Ces paroles eurent don d\u2019arrêter incessamment le tintamarre produit par les bouches parlant toutes ensemble ! .\u2014 Qu\u2019est-ce que tu m\u2019radotes-là, interrogea le père Martin?L\u2019épouse allait répondre, quand Paul s\u2019interposa : \u2014\tJe l\u2019sais, je l'sais moé ; c\u2019est avec un gars de Montréal !\t.___ Qui te l\u2019a dit ?fit brusquement Corinne, lui faisant face ?\u2014\tMon p'tit doigt ! Hi, hi, hi ! \u2014\tCe n\u2019est pas vrai ! Mais Paul, une fois mis en marche, n était pas pour se taire de sitôt ! Il commença malicieusement à déclamer : Il y avait une fois Dans l'temps des rois.Un prince charmant Qui s\u2019appelait Jean ! II fit connaissance Par correspondance D'une .Il fut interrompu violemment, dans sa parodie, par Corinne qui, les yeux agrandis de stupeur, lui cria : \u2014 Mon génie malfaisant ! Tu as été fouiller dans mon bureau !\t, \u2014 Tu sais ben que j\u2019aurais pas fait ça, hein ! Voyons, ma chère Corinne, dis-moé un peu, vas-tu.y faire manger de tes tartes à ton cavalier ?\u2014 Laisse-moi la paix ! Paul continua imperturbablement : ,\u2014 Parce que si tu y donnes de tes tartes, t es mieux de lui faire faire son testament avant ! Y en r'viendra jamais, l\u2019pauv' gueux ! Pour toute réponse il reçut un coup de pied par dessous La table.Il riposta immédiatement par une pincée dans un endroit où la chair est épaisse et tendre et.sensible ! Corinne poussa un gémissement de douleur et, n'en pouvant plus, s\u2019excusa de table et monta rapidement à sa chambre, les larmes aux yeux.Après que Paul, l'exécrable, eut reçu une réprimande de circonstance, Mme Martin put enfin faire part à son mari des événements qui se préparaient.Corinne ne sut jamais ce qu\u2019en dit son père, mais tard dans la soirée, comme elle se mettait au lit la tête garnie de bigoudis, elle apprit qu'il avait décidé de rester à la maison pour recevoir le visiteur, le lendemain.Cela lui donna une étrange commotion au cœur qui ne lui fit augurer rien de bon ! \u2022 Corinne arpente nerveusement la plate-forme en face de la gare.Depuis dix minutes qu elle attend, son imagination travaille de pied ferme.S'il allait ne pas venir ! Si le convoi déraillait ! Si .Le puff puff d'une locomotive met fin à ses suppositions.Vite, un dernier coup d\u2019œil dans sa petite glace : oui, son chapeau est droit, son rouge bien étendu, ses marguerites épinglées solidement ! Un frémissement la traverse toute ! Enfin, le train s'arrête dans un bruit de ferrailles et de freins demandant lubrification.Une couple de voyageurs en descendent, ne répondant pas à la description de son héros.Elle s\u2019affole ! Son émoi est visible ! Mais non ! Là-bas, cet homme tout habillé de gris, qui a le dos tourné et semble chercher quelqu'un, qui est-ce si ce n\u2019est « lui » ?\t(Lire la suite page 30) 10 Le Samedi 'M'wè W \u2018W ¦ î >> :C?SPail MmfcaittESw 4:4M;i *z±- sir .3'Cï __±L Là, seulement, il se rendit compte que ses agresseurs étaient au nombre de deux.L\u2019EVADE Eh bien, Mignot, avez-vous trouvé quelque chose ?questionna M.Lallier, le chef de la Sûreté.L'inspecteur eut un geste de mauvaise humeur et son front se barra d un pli soucieux.\u2014 Rien, absolument rien.L'affaire s\u2019annonce comme devant être singulièrement ardue, répondit-il simplement.Vraiment, il y avait de quoi être irrité ! Depuis des heures, en compagnie de ses collègues, il fouillait l'appartement en tous sens sans parvenir à découvrir le moindre indice, et il commençait à trouver cette tâche bien fastidieuse.Dans le courant de la matinée, M, Lallier avait etc appelé par un coup de téléphone, 23, rue Tronchet.Le commissaire du quartier de la .Madeleine, mandé pour constater un crime, réclamait de suite son aide.Un riche rentier.M.Edmond Desgranges, venait d'être trouvé assassiné dans l'appartement qu'il habitait depuis bientôt deux ans, en compagnie de sa gouvernante, Hortense Brissac.De treize ans plus jeune que lui, celle-ci, qui venait d'atteindre la soixantaine, était entrée à son service quelques mois auparavant.Très robuste à cette époque, Hortense Brissac avait soudain vu sa santé décliner rapidement et, depuis plus de trois semaines, notamment, prise d\u2019une crise aiguë de rhumatismes, elle se traînait péniblement, le plus souvent obligée de s aliter.Cela n\u2019était pas sans gêner considérablement son maître, mais, satisfait de ses services et peu soucieux de voir s\u2019installer chez lui un nouveau visage, le vieillard faisait contre mauvaise fortune bon cœur.Quoique profondément avare en dépit d'une fortune que la rumeur publique affirmait importante, il s'était résigné à prendre une femme de ménage pour suppléer sa gouvernante.Celle-ci.très touchée de ce qu elle savait être un immense sacrifice de la part de son maître, lui avait voué une profonde reconnaissance.Jamais elle n'oublierait, jamais elle ne le quitterait, affirmait-elle à qui voulait l'entendre.Somme toute, le vieillard setait montré extrêmement habile en agissant comme il l'avait fait.Lui-même malade, débile, il avait vraiment besoin de pouvoir compter sur un dévouement qui ne se ralentirait point ; pour une somme insignifiante, en vérité, il se l'était assuré.Chaque jour, la femme de ménage arrivait vers sept heures.A son coup de sonnette discret, la gouvernante se traînait péniblement jusqu'à la porte, solidement verrouillée, car M.Desgranges avait défendu quelle confiât les clefs à la nouvelle venue.Méfiant jusqu'à l'obsession, il vivait dans l'appréhension constante d'un cambriolage possible.Pour décourager les cupidités qui auraient pu s'éveiller dans le voisinage, il ne manquait aucune occasion d'expliquer qu'il prenait toujours la précaution de ne garder chez lui que des sommes insignifiantes.Mais nul n'était dupe de cette ruse, la gouvernante qui avait précédé Hortense Brissac ayant toujours affirmé le contraire.Selon elle, colossalement riche, il se refusait à confier son avoir à une banque ; aussi, des liasses de billets de banque se trouvaient-elles enfouies en différents meubles.En vain, avait-elle tenté de faire comprendre au vieillard le danger que cet argent constituait pour lui.\u2014 Tout cela finira mal.vous verrez, monsieur, répétait-elle presque quotidiennement.Mais, buté, il refusait de l\u2019entendre.Si bien qu'un jour, prise de peur, la gouvernante avait préféré le quitter malgré les promesses qu'il lui faisait touchant son avenir.« Si elle consentait à demeurer auprès de lui, il lui léguerait, à sa mort, de quoi vivre sans soucis .» Rien n'avait pu vaincre les craintes de la gouvernante et elle était partie après avoir mis Hortense Brissac au courant du service. 10 JANVIER 1942 11 Ce brusque changement, après dix années de vie commune, avait été si pénible au vieillard qu'il s\u2019était bien promis de tout faire pour éviter qu\u2019il se reproduise.Heureusement, la nouvelle domestique n avait fait aucune réflexion touchant la manie de thésauriser qu avait son maître ; aussi une parfaite entente avait-elle aussitôt régné entre eux.De même qu\u2019à sa précédente gouvernante, il avait promis un don important, mais elle avait paru choquée.\u2014 Monsieur me donnera ce qu'il voudra.Ce n'est pas par intérêt que je le soigne, et si je pensais qu\u2019il puisse le croire, j\u2019aimerais mieux m\u2019en aller immédiatement.Ce désintéressement était allé droit au cœur de M.Desgranges et c'était aussi beaucoup pour cela qu'il avait consenti des frais supplémentaires pour la garder.Rien, d'ailleurs, ne lui permettait de regretter son geste.De ce fait, au §ontraire, sa vie n'avait subi aucun ouleversement.Choyé par Horten-se, c'est à peine s\u2019il apercevait qu\u2019elle souffrait, parfois, intolérablement.Il lui importait qu\u2019elle endurât le martyre pour demeurer debout, afin de préparer ses repas et que la chère fût toujours aussi exquise ; il savourait égoïstement ses plats préférés.Ce matin-là, donc, Hortense Bris-sac, après une nuit plus particulièrement pénible que les précédentes, \u2014 elle avait dû prendre un calmant pour reposer, \u2014 Hortense Brissac s\u2019était traînée, au prix de mille difficultés, pour ouvrir à la femme de ménage, et tout en donnant à celle-ci des détails sur son état, elle s'était mise à préparer le chocolat au lait du vieillard.Mais c'était, là, tout ce qu\u2019elle pouvait faire.Elle dut confier à la femme de ménage le soin de porter le déjeuner à son maître.Célui-ci, ayant coutume de se lever tard, déjeunait dans son lit.Or, la femme de ménage venait justement de disparaître en portant le plateau, lorsque la gouvernante avait entendu un cri terrible, suivi d\u2019un fracas de vaisselle brisée.A peine avait-elle eu le temps de se dresser toute tremblante, du tabouret sur lequel elle s\u2019était laissée choir, que la porte de la cuisine s'était ouverte violemment devant la femme de ménage hagarde, épouvantée.Un tremblement convulsif agitait ses mains.\u2014¦ Ah ! mon Dieu ! Ah ! mon Dieu! balbutiait-elle, machinalement, sans savoir ce qu\u2019elle disait.La terreur qu\u2019elle manifestait était \u2018si intense que la gouvernante n\u2019avait osé la questionner.Elle s\u2019était simplement rapprochée d'elle comme si elle cherchait une protection, et toutes deux elles étaient demeurées aussi bouleversées, en proie à une folle.Cette sorte de paralysie n'avait guère duré.Presque aussitôt, la femme de ménage avait cédé de nouveau à la panique qui l'avait fait se réfugier dans la cuisine.D\u2019un élan que sa compagne n'avait pu prévoir, elle s\u2019était ruée sur la porte donnant dans l'escalier de service, et, sans plus se soucier de celle quelle laissait, elle avait disparu en poussant des cris aigus.Hortense, médusée, et qui, en raison des rhumatismes qui la tenaillaient, ne pouvait songer à la suivre, était restée, immobile, au milieu de la cuisine.En effet, l'émotion manifestée par la femme de ménage était trop violente pour qu\u2019elle eût le courage de chercher à savoir ce qui la motivait.D ailleurs, quelques minutes à peine s étaient écoulées que la porte demeurée entre-bâillée s'était rouverte, livrant passage à la concierge et à deux agents que suivait la femme de ménage encore toute tremblante.La vue des uniformes avait arraché un cri à la gouvernante et la même exclamation qu'avait poussée la femme de ménage lui était montée aux lèvres : \u2014 Ah ! mon Dieu ! Cependant, les nouveaux venus, sur les brèves indications de cette dernière, avaient aussitôt commencé de visiter l\u2019appartement et, soudain, comme ils pénétraient dans la chambre de M.Desgranges, Hortense Bris-sac, qui, pour savoir, s'était traînée à leur suite, recula en poussant un cri étouffé.Devant le lit, aux couvertures largement rejetées, le corps du vieillard gisait, recroquevillé sur lui-même, au milieu de la descente de lit.Hortense Brissac dut s\u2019appuyer au chambranle de la porte pour ne pas tomber, mais son regard, était demeuré rivé au cadavre, comme aimante par l'atroce vision, puis, brusquement, alors que l\u2019un des agents se baissait pour examiner la face violacée du malheureux, elle s'était effondrée, n'en pouvant plus.Là, s'arrêtaient ses souvenirs.Plus tard, au bout d'un temps dont elle n\u2019avait pu apprécier la durée, elle s\u2019était retrouvée dans son lit, et c'est par les questions qui lui avaient issue l'assassin s'était introduit dans l\u2019appartement.Dans la maison, personne n'avait entendu le moindre bruit, et la gouvernante, même, n'avait rien perçu d'anormal, puisque c'était la femme de ménage qui avait découvert le drame.Dès son arrivée, le chef de la Sûreté avait voulu la questionner, mais sur l\u2019intervention du médecin appelé en hâte auprès d'elle, il avait dû y renoncer.Il fallait lui laisser le temps de se remettre.La secousse subie par elle avait été si brutale qu\u2019il fallait prendre de grandes précautions en raison de son âge et de son état de santé déjà critique.M, Lallier s\u2019était incliné, ne pouvant faire autrement, mais il n'avait nullement renoncé à son projet.Pourtant, il avait laissé partir le docteur absolument convaincu que sa décision serait respectée.Tout le jour, le chef de la Sûreté s\u2019était contenté de surveiller les recherches de ses hommes, mais celles-ci demeuraient toujours négatives ; aussi, vers le soir, après s'être concerté avec le juge d'instruction, M.Bartel, avait-il décidé de passer outre à l\u2019avis émis par le médecin.Le temps pressait.Il fallait savoir de suite à quoi s\u2019en tenir pour orienter heureusement les recherches.Il suffirait de procéder avec ménagement pour ne causer à la vieille femme aucun heurt dangereux.REÇU POLICIER COMPLET par Henriette LEENHOUDER été posées qu elle avait appris de quelle façon son maître avait trouvé la mort.Durant la nuit, aux environs de deux heures, à ce qu'affirmaient les médecins, le malheureux avait été étranglé à l'aide d'une serviette roulée en corde et nouée solidement.Pour abréger son œuvre, l'assassin avait pris la précaution de glisser un morceau de bois entre le cou de sa victime et la serviette; puis, sauvagement.il avait tourné jusqu'à ce que, sous cette pression ininterrompue, le vieillard eût cessé de donner signe de vie.Ensuite, il s'était livré à un pillage en règle des meubles.Sans doute mécontent du butin trouvé dans la chambre, il avait continué sa visite par les autres pièces, ainsi que l'attestait le désordre qui y régnait.Mais c\u2019était surtout sur les meubles garnissant le bureau qu\u2019il s\u2019était acharné.Là.un vaste secrétaire gisait, littéralement éventré et vidé des papiers qu\u2019il contenait.Ceux-ci gisaient, pêle-mêle, sur le sol mais aucun billet de banque ne s\u2019apercevait ; 'l\u2019alssassin avait dû faire main basse sur eux.Cependant, nulle part les policiers n'avaient pu relever la moindre empreinte.Le ou les misérables, car on ne le savait, avaient dû opérer gantés et chaussés de caoutchouc ; toutes les précautions avaient été prises pour ne laisser derrière soi aucune trace.D'autre part, il était absolument impossible de déterminer par quelle Tel était du moins l'avis du chef de la Sûreté.Pourtant, au moment d'agir, il ne pouvait se défendre d\u2019une suprême hésitation.Transigeant avec lui-même, il avait voulu attendre que ses hommes eussent achevé l'ultime inspection qu\u2019ils venaient d\u2019entreprendre dans l'appartement.La réponse négative de Mignot le décida brusquement.Il revint aussitôt dans le salon où se trouvait M.Bartel et murmura quelques mots à son oreille.Le magistrat inclina la tête en signe d\u2019assentiment et, suivi de son greffier, il se dirigea vers la chambre où reposait la gouvernante, que veillait la femme de ménage.II UNE VIVANTE ÉNIGME T! 'entrée du magistrat arracha un ¦I\u20141 tressaillement nerveux aux deux femmes.Sous la clarté de la lampe électrique posée sur la table de nuit, le visage de la gouvernante apparaissait d'une pâleur cireuse.D'un regard rapide, elle enveloppa M.Bartel et son greffier, mais elle ne prononça aucune parole.Cependant, tandis que son subordonné s'installait devant une petite table dans le rayon lumineux de la lampe, le juge d'instruction pria la femme de ménage de sortir.Celle-ci, intimidée, s'empressa d'obéir avec une précipitation qui, en toutes autres circonstances, eût été comique.M.Lallier, étant entré à son tour, s'était assis au côté de M.Bartel et tous deux échangeaient des paroles à voix basse.\u2014 Si vous le permettez, monsieur le juge d'instruction, je vais faire entrer un de mes hommes, Mignot, celui en qui j'ai le plus de confiance.Il est doué d\u2019une sagacité merveilleuse, proposa soudain le premier.Et sans attendre l'assentiment dont il était sûr, il sortit doucement.Lorsqu\u2019il revint deux minutes plus tard, l\u2019homme qui se glissa sans bruit à sa suite avait la tête ceinte d\u2019un bandeau blanc.C\u2019était Mignot qui, pour plus de commodité, avait imaginé de feindre d\u2019être blessé.Le pseudo-pansement lui assurait une sorte d'incognito.Cette tactique lui était habituelle.Ainsi, les traits dissimulés, il avait la faculté d\u2019apparaître ensuite sous son aspect véritable sans que son regard, dont il connaissait l\u2019éclat particulier, attirât l'attention.Pour le moment, sa présence passa d\u2019autant plus inaperçue que M.Bartel avait déjà commencé son interrogatoire.\u2014 Mais, dolente, encore hébétée, Hortense Brissac comprenait à peine les mots prononcés ; souvent, il fallait les répéter pour qu'elle parvînt à leur donner une signification quelconque.Un leitmotiv revenait constamment sur ses lèvres : -Ah ! mon bon monsieur, que voulez-vous que je vous dise ?« J'ai dormi toute la nuit sans me douter de ce qui se passait, et c'est heureux, je crois, car si j\u2019avais bougé, à l\u2019heure qu\u2019il est, je serais sans doute morte, moi aussi ! Peut-être, M.Bartel jugea-t-il cette préoccupation trop égoïste, car, brusquement, il eut un geste agacé.\u2014 Enfin, que diable ! vous êtes la seule personne qui puisse donner des indications capables de nous mettre sur la piste de celui ou de ceux qui ont assassiné votre maître.Cette riposte eut le don d\u2019arracher de nouvelles lamentations à la vieille femme.De plus en plus nerveux, le magistrat sentait sourdre en lui une irritation assez prononcée.\u2014 Voyons, il est impossible qu'aucun bruit ne soit parvenu jusqu'à vous ! Même si un seul individu a commis ce forfait, il lui a fallu un certain temps pour le perpétrer.« Les meubles forcés, les allées et venues, tout cela ne peut s'exécuter silencieusement, sans que des craquements retentissent.Mais, cette fois encore, la gouvernante répondit du même ton dolent : -Ah! mon bon monsieur, est-ce que je sais, moi ?J'peux que jurer que je n\u2019ai rien entendu.Il y avait vraiment de quoi lasser les meilleures volontés.- M.Bartel eut un geste d\u2019impuissance et fit un signe à son greffier.Aussitôt, celui-ci, prenant les feuillets qu'il venait de couvrir d\u2019une fine écriture, se leva et s\u2019approcha du lit.Sans doute surprise, la vieille femme, d'un mouvement impulsif, se recula vivement.Un sourire ironique glissa sur les lèvres du greffier, mais aussitôt son visage reprit son impassibilité correcte.\u2014 Ne craignez rien, je ne vous ferai pas de mal.Je vous demanderai simplement de signer votre déposition.expliqua-t-il néanmoins.Cette fois encore, il lui fallut répéter à plusieurs reprises pour quelle comprît.Intimidée, elle voulut se redresser et s\u2019asseoir sur le lit, mais à la première tentative, elle ne put réprimer un cri de douleur \u2022 12 Le Samedi \u2014 Ah ! mes reins ! C'est à croire que je vais devenir paralysée ! \u2014 Attendez, je vais vous aider, proposa obligeamment le greffier.Malgré son intervention, la gouvernante dut se résigner à demeurer allongée.C\u2019est dans cette position incommode qu elle apposa sa signature au bas des papiers.Son écriture, déjà malhabile, fut encore déformée de ce fait, si bien que son nom en devint illisible, mais peu importait ; la loi était appliquée.Cependant, M.Bartel et M.Lallier s\u2019étaient levés et causaient à voix basse, échangeant leurs impressions.Soudain, le chef de la Sûreté parut se souvenir de la présence de la gouvernante.j\u2014 J\u2019ai besoin d\u2019interroger aussi la femme de ménage.Pouvez-vous demeurer seule un moment ?lui demanda-t-il.\u2014 Hé oui, puisqu\u2019il le faut ! répondit-elle entre deux gémissements.Elle souffrait si visiblement que les quatre hommes se disposèrent à sortir, pressés d\u2019échapper à ce pénible spectacle.Pierre Mignot, qui jusau'alors était demeuré immobile dans l\u2019ombre, s'avança à son tour vers la porte, mais au moment de la franchir, il se retourna pour embrasser la chambre d'un dernier coup d'oeil.Son mouvement avait été machinal, aussi demeura-t-il surpris du regard dur dont la gouvernante les enveloppait à ce moment.Sans doute était-elle exaspérée du tracas qu\u2019on lui causait et se jugeait-elle injustement persécutée ?.Elle abaissa brusquement les paupières et demeura immobile, cherchant évidemment le repos.Cependant, de l'autre côté de l'huis, dans l'antichambre, Pierre Mignot, au lieu de suivre ses compagnons, les laissa entrer dans une pièce voisine, puis se baissant vivement, il colla son œil au trou de la serrure.Avant de sortir, il avait pris la précaution de tourner la clef, de façon à dégager l'orifice, se réservant ainsi de pouvoir observer ce qui se passait dans la chambre de la gouvernante.Celle-ci était incapable de soupçonner cette ruse ; aussi fût-ce sans doute pour cela que son attitude se modifia brusquement.Elle qui.jusau'alors, était demeurée allongée à demi paralysée, disait-elle, par les douleurs, se redressa d\u2019un mouvement rapide et, assise sur son lit, elle écouta décroître le bruit des pas.Lorsqu'il fut éteint, ses traits, jusque-là contractés par l'effort, se détendirent et une expression de joie diabolique éclaira son visage.Quelques minutes elle demeura ainsi, absorbée dans des pensées qui ne devaient être qu agréables, si 1 on en juaeait par son attitude ; puis, enfin, elle eut un haussement d'épaules ironique et, satisfaite, elle se laissa retomber sur ses oreillers.Cependant, l'inspecteur, qui guettait toujours, vit s\u2019éteindre lentement l'expression diabolique sur son visage.Il était évident que la gouvernante se composait de nouveau 1 aspect qu'il lui avait connu jusqu\u2019alors, celui d'une vieille femme malade et dénuée d'intelligence.Il se redressa alors et, vivement, se glissa dans une pièce voisine, cherchant l\u2019isolement.Il voulait tout d'abord réfléchir.Que signifiait donc la soudaine transformation oui s'était produite, sitôt après leur départ, chez la gouvernante ?Si elle se moquait d'eux, c\u2019est donc quelle estimait qu'ils faisaient fausse route ?.Or.si telle était sa con- viction, c'est qu'alors elle connaissait la vérité ! Tout permettait de le supposer.En tout cas, il y avait, là, une énigme que Mignot décida aussitôt d'éclaircir.Tout d'abord, il enleva prestement le pansement qui entourait son front et qui, maintenant, était devenu inutile ; puis, il rejoignit son chef.Non pas qu\u2019il voulût le mettre au courant de ce qu'il venait de découvrir ; il se réservait au contraire d\u2019agir seul, de jouir du coup de théâtre au cas où il s'en produirait un.Précisément, M.Lallier, \" après avoir assisté au bref interrogatoire de la femme de ménage, qui, elle non plus, ne savait rien, se disposait à s'en aller.\u2022\u2014 Accompagnez-moi.Mignot .Nous causerons en route, ordonna-t-il brièvement.Dans l\u2019auto, l\u2019inspecteur demanda l\u2019autorisation de prendre la direction de l\u2019enquête, de s'en occuper seul au besoin.M.Lallier avait pleine confiance en lui.aussi ne lui marchanda-t-il pas son acquiescement.\u2014 Faites, Mignot, car je compte sur vous.Jusqu'à présent, j'ai mauvaise impression.Cette affaire va peut-être nous causer de gros ennuis.\u2014 J\u2019espère bien que non, répliqua vivement l\u2019inspecteur.L'auto stoppait.M.Lallier lui tendit la main.\u2014 Bonne chance ! fit-il, simplement.Le lendemain, il était à peine neuf heures du matin lorsqu\u2019un médecin se présenta rue Tronchet.Il était, disait-il, désigné par le juge d\u2019instruction pour examiner la gouvernante et lui donner tous les soins que nécessiterait son état.Véhémentement, elle se défendit d\u2019avoir besoin de quoi que ce fût.Cependant, sans se laisser le moins du monde influencer, il se mit en devoir de remplir la mission qui lui avait été confiée.Mais il lui fallut renoncer à ausculter la malade.En effet, au moindre effleurement, celle-ci poussait des cris affreux ; on aurait pu croire qu'on l\u2019étranglait.\u2014 J'ai rarement vu de cliente aussi difficile, maugréa-t-il en faisant effort pour contenir sa mauvaise humeur.Hortense, indifférente à ses paroles, continuait de geindre bruyamment.Le nouveau venu parut réfléchir profondément, puis comme il relevait la tête, ses yeux rencontrèrent ceux de la gouvernante.En ce moment, ils exprimaient une telle énergie que le pseudo médecin, lequel n\u2019était autre que Pierre Mignot, en fut frappé.Décidément, cette femme était bien énigmatique ; pour la seconde fois, il en avait l'impression.C'était pour pouvoir agir en toute liberté qu'il avait usurpé la personnalité d'un médecin ; de plus, elle lui donnait l'avantage de l'autorité.Il fit mine de griffonner une formule sur un bloc de papier.En réalité, il possédait une ordonnance préparée à l\u2019avance.Ce fut elle qu il remit à la femme de ménage accourue à son coup de sonnette.\u2014 Portez de suite cela chez un pharmacien.Allez, je vous attends.L'ordre était péremptoire, elle s'empressa de l\u2019exécuter.Son absence ne fut pas de longue durée.Quelques minutes plus tard, elle revint, rapportant une petite boîte dont, prestement, il s\u2019empara.\u2014 Tenez, ma brave femme, prenez un cachet.Il calmera vos douleurs.Hortense Brissac eut une hésitation, mais si brève qu'elle fût, le policier l\u2019avait remarquée.Or, elle dut comprendre qu'il l'observait.car d'une main tremblante elle prit le verre qu'il lui tendait et où il venait de verser un peu d'eau.Docilement encore, elle accepta le cachet qu'il lui offrait, mais alors qu'élle s'apprêtait à le porter à sa bouche, une douleur nouvelle la te- NOS MILITAIRES ?Le soldat ANTONIO PARENT, du Régiment de Maisonneuve, en service actif au pays.Envoi de sa tante, Léonie Duchorme, 352, rue Racine, Granby.P.
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