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Titre :
Le samedi
Éditeur :
  • Montréal :Société de publication du "Samedi",1889-1963
Contenu spécifique :
samedi 1 avril 1944
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque semaine
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Le samedi, 1944-04, Collections de BAnQ.

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[" mm ,v, >'\u2022 ¦ ¦ Montréal, 1er avril 1944 et r«s S>-Ycc l SSS * ¦ V:\u2018 vv ii ssBH >3®»a ¦#» LE MAGAZINE NATIONAL DES CANADIENS DIX CENTS gggss© t 'r: GUERRE EST-ELLE \u2022\u2022 ETERNELLE r Louis Roland ¦ i K & ' P.\u2018 H ¦ ¦ V LE MONDE SPORTIF, par Oscar Major - jfaèWi m -Radio?.NOTRE GRAND ¦ 5x4.7} -¦ J FEUILLETON % I SîjÆ.V^Jv^'V''\u2018 -V3 WSSL'V'' ;¦' j Kl 1 A H* *i T' ¦ NT' r r sgâg.* f/if %/'\u2022' à* m \u2019} ÆS/ÈÀ-ÀÀ : - ypimw- i.- ¦ v.¦ïSi»»,' ¦ \u2022\u2019 \u2019 Ses mains si fines conservèrent toujours leur dextérité et elle put s'adonner à des travaux variés, la plupart pour les LE SAMEDI Santa rs uand elle expira, je ne sais qui des assistants dit avec une certaine indifférence, à demi N sympathique.^\t\u2022\u2014 \"Elle a déjà cessé de souffrir.\u201d Et j' avoue que jamais durant ma vie, une phrase n\u2019a eu plus de sens pour moi que celle-là si fréquente ; ni aucune ne m'a remué davantage.\u2014 \"Elle a déjà cessé de souffrir.\" La vie de la martyre se déroula devant moi comme un ruban cinématographique.A douze ans, quand elle commençait à se faire femme et qu elle sentait dans son coeur tout le retour du printemps, elle fut prise d'une paralysie progressive, implacable contre laquelle la science lutta en vain.Après d innombrables tâtonnements douloureux de traitements variés (hydrothérapie, électrothérapie, injections intramusculaires et que sais-je !) l\u2019état de la pauvre petite avait empiré et on dût la faire asseoir dans un fauteuil roulant où déjà devait s écouler son existence.De la ceinture jusqu au bas elle était privée de vie ; de la ceinture jusqu\u2019en haut, elle vivait.Ses mains si fines, si aristocrates conservèrent toujours leur dextérité et elle put s\u2019adonner à des travaux variés, la plupart pour les pauvres ; elle s\u2019employa à faire des dentelles au fuseau, à fabriquer des fleurs artificielles, à tisser de belles tapisseries et durant de longs moments à lire, si bien qu après quelques années, sa vue toujours faible alla en diminuant pour la laisser à demi-aveugle.Cela la priva de presque toutes ses occupations, sauf de quelques travaux souples au crochet qu elle exécutait machinalement.Conte mystérieux par AMADO NERVO, (Traduit par Roger Perreault) Auteur Mexicain Isabel Avant sa maladie, Isabelle possédait un caractère doux, ravissement de tous ceux qui la connaissaient! Son infirmité non seulement n\u2019altéra pas cette disposition mais encore l\u2019adoucit par-dessus tout.Jamais une plainte ! Je ne crois pas que pendant les longues années qu elle vécut à mes côtés, elle se fût plainte une seule fois.Au contraire, quand l'un de ses frères ou l\u2019un des miens était triste, c'était elle qui trouvait des paroles et des recours pour le consoler.Tous l\u2019appelaient \"El pano de lagrimas de la casa\u201d (La consolatrice des peines de la famille \u2014 Littéralement : Le mouchoir des larmes de la maison).Lorsque j'épousai Marie, la petite sœur d'Isabelle, celle-ci s'en vint vivre avec nous.Marie posa comme condition essentielle à l'obtention de sa main \u2014 qu elle ne se séparerait jamais d'Isabelle.Elle n a oas d autre soutien que moi-même, me dit-elle.Ma mère me la recommanda avant de mourir et je dois être son infirmière la plus affectueuse.J'acquiesçai sans difficulté, car en premier lieu, cette résolution de Marie la rendait plus pure à mes yeux et me la faisait estimer au plus haut degré.En second lieu, la douceur et la patience d Isabelle me subjuguaient et me faisaient voir la vie sous un nouvel angle.Ma résolution fut couverte de bénédictions, puisque si Marie fut la compagne idéale de mon existence, ce qui se rencontre seulement une fois, par la miséricorde du Destin, Isabelle a été l'Idéal personnifié, plus éloignée des petitesses du monde.la maîtresse morale plus grande que tout ce que j'ai pu rêver.En la voyant, en la contemplant assise dans ce fauteuil de tortures, sans proférer la plainte la plus légère, toujours souriante, pleine de bonté, se contentant de tout, sensible à la moindre marque d\u2019amabilité, répondant à toute gentillesse avec ce très joli timbre de voix qui, au moment de dire \"muchas gracias\u201d (merci beaucoup) paraissait caresser l\u2019oreille d'une musique plus délicieuse, je compris jusqu\u2019à quel point d\u2019excellence peut s'élever la nature humaine et quelles choses admirables Dieu fabrique avec cette boue dont nous sommes faits.Quand ses grands et beaux yeux gris s\u2019affaiblirent au point de ne plus pouvoir distinguer les lettres des livres, je ne pus m\u2019empêcher d\u2019avoir un mouvement de compassion.\"Ma pauvre petite, m'exclamai-je, à présent, que feras-tu 7 \u2014 \"Tu me liras de belles pages de temps à autre,\" me répondit-elle avec le plus doux des sourires et je ferai des travaux faciles pour m\u2019oc-per et me divertir.\u201d Depuis ce jour-là, une heure le matin, une heure le soir, parfois moins, je devins son lecteur.Avec quelle sollicitude je choisissais dans les li brairies, les sujets nobles et délicats destinés au moment opportun à lui plaire et à rassasier la soif de grandeur de son âme précieuse.Je crois que jamais je n\u2019ai lu avec plus de saveur, d\u2019amour, d'allégresse, que durant ces heures.Que tu-es bon, me disait-elle.Et je sentais que cette exclamation était la meilleure récompense de ma vie.Je ne me souviens pas, depuis qu\u2019elle vécut chez moi et que je pus connaître la qualité de son esprit, d'avoir manqué de la consulter au meilleur de tous les problèmes et de toutes les difficultés de ma vie.Je n\u2019ai rien entrepris avant d\u2019avoir écouté son avis donné avec la plus grande simplicité, sans aucune prétention, humblement et affectueusement.Ah ! la douce et maternelle influence de son âme sur la mienne.Ah ! quel trésor j\u2019ai perdu pour toujours ! Elle était d'un genre si pacificateur et si serein que même aujourd'hui, il me suffit de voir son portrait, de regarder ses grands yeux \u2014 qui furent tellement lumineux et que mon souvenir prête à la lumière se répandant sur le carton \u2014 pour m'assurer que tout est bien, pour espérer, confiant et apaisé, le dénouement naturel aux choses.Lorsque la turbulence de mon imagination est excessive, je vais à son sépulcre et il me semble qu'il s'en dégage un fluide de paix et de bien-être.\"Elle a déjà cessé de souffrir.\u201d Elle était morte dans sa grande chaise, ses mains saintes et blanches la neige reposant sur sa poitrine, sans proférer une plainte, comme elle avait vécu.Se tournant vers moi, elle nous adressa ses dernières paroles : \"Je ne vous laisserai pas seuls, ni toi, ni Marie.Je vous accompagnerai.\" Elle mourait en pensant aux autres, suivant sa céleste habitude.\t[ Lire la suite page 14 ] 1er AVRIL 1944 9 mmi < \u2022 lïMi Etrange destinée que celle de ce parfait gentilhomme des plus sportifs, le révérend père Hugh Storr, 29 ans, 6 pieds, aumônier du corps de l'aviation royale, au sud de l'Angleterre.Et combien mouvementée ! Le padre est l'organisateur de tournois de boxe disputés entre les différentes escadrilles de l'aviation anglaise.Le père Storr met lui-même les gants de boxe, en compétition.Durant ses années d'études, à l'Université Oxford, il remporta cinq \u2019victoires sur six combats dans la catégorie des boxeurs poids mi-lourds .On voit le padre, au cours de l'office religieux du culte catholique, quelques instants avant de donner la Sainte Communion à ses fidèles, composés en majeure partie d'aviateurs britanniques et cana- BREF HISTORIQUE DES MARATHONS Les marathons connaissent, même en temps de guerre, cm merveilleux élan.La tenue de notre vaillant coureur à pied canadien-français, le sergent Gérard Côté, du camp de St-Jérôme, au prochain marathon de Boston nous le prouvera une fois de plus.Gérard est tout feu pour franchir cette longue distance en un temps record.Comme on le sait la distance d\u2019un marathon est de 26 milles 385 verges.C\u2019est la distance de la route parcourue par le fameux soldat grec de Marathon, avant l\u2019ère chrétienne.L\u2019histoire nous raconte qu\u2019une armée perse de 110,000 hommes attaquaient la Grèce.L\u2019ar mée perse avait débarqué à la pointe nord-est de l\u2019Attique, dans la plaine de Marathon.11,000 soldats grecs seulement, presque tous des Athéniens, marchèrent au devant des Perses, les vainquirent et les rejetèrent à la mer.Alors, les Perses changèrent leur tactique.Ils remontèrent sur leurs vaisseaux et partirent, pour faire aussi vite que possible, le tour de l\u2019Attique, une presqu\u2019ile.Ainsi, ils eussent surpris et emporté sans difficulté Athènes, vide de défenseurs.Sitôt que les généraux grecs virent les Perses dessiner leur mouvement, ils envoyèrent un soldat, encore couvert de ses armes, prévenir les magistrats d\u2019Athènes ; le soldat-courrier fournit un tel effort qu\u2019il expira au pied des magistrats, après avoir donné l\u2019alarme.Il faut vous dire que nous n\u2019ajoutons aucunement foi à ce récit enfantin, presque bête.Il nous semble qu\u2019on aurait pu trouver, même alors, un seul cheval en Attique.Puis, pourquoi avoir expédier ce soldat grec, couvert de ses armes.Les majors ne connaissaient pas aussi bien leur affaire que ceux d\u2019aujour-ü\u2019hui, supposons-nous .Enfin, quelque effort qu\u2019il ait produit, tomber mort après avoir parcouru 26 milles 3-5 verges, c\u2019est signe que les soldats Athéniens étaient mal entraînés.Peut-être était-il cardiaque ?A notre avis, le soldat de Marathon n\u2019a jamais existé ! Le savant historien montréalais, M.E.-Z.Massicotte, cite quelques notes intéressantes sur les origines du patinage sur glace, à Montréal.Entre autres choses, il fait remarquer qu\u2019en 1760, au début du régime Anglais, le général Amherst, étant à Montréal et ayant une dépêche à faire parvenir au général Murray, à Québec, engagea deux patineurs experts.Ces derniers auraient parcouru les 180 milles en 18 heures, sur le fleuve St-Laurent.Les deux courriers sur patins étaient complètement épuisés, à tel point que l\u2019un d\u2019eux mourut quelques heures après son arrivée, à Québec.CHOSES ET AUTRES B Savait-on que la direction des Royaux venait de se faire damer le pion, une autre fois, par celle des White Sox de Chicago ?Les mogols du Chicago ont récemment fait signer un contrat au jeune lanceur de St-Jean, Nouveau-Brunswick, John Harvey.Le vétéran montréalais Joe P.ge aurait aimé le voir sous la tutelle des Royaux, l\u2019an dernier.Ces derniers semblent avoir fait la sourde oreille sur le cas du jeune Harvey qui, dit-on, est plus habile lanceur que Phil Marchildon, anciennement du Toronto et des Athlétiques de Philadelphie .Les mem-Lres de la Commission Athlétique de l\u2019Ontario sont en train d\u2019épurer le monde de la boxe, à Toronto, où plusieurs combats furent arrangés, cepuis quelques années.Trop de LE MONDE SPORTIF Par OSCAR MAJOR boxeurs ont pris des \u201cplonges\u201d, sont allés au carreau au premier coup de poing encaissé.Cet état de choses a réveillé les pontifes de la commission ontarienne.Ils ont découvert que la boxe était sous le contrôle de trois \u201cchevaliers d\u2019industrie\u201d, trois parieurs de profession qui font le beau et le mauvais temps, au sein de ceux qui reçoivent les taloches dans l\u2019arène .Il ne faut pas s\u2019en faire outre mesure.Quand les membres de notre Commission Athlétique se réveilleront \u2014 Us ont souvent grande envie de dormir \u2014 nous en saurons de belles ! H Réponse à M.J.-C.Laver dure, Montréal : Voici les observations demandées, que nous avons puisées dans la revue Ovale C-I-L : \u201cLa première arène à glace artificielle, consacrée au hockey, fut construite à Vancouver, Colombie-Britannique, en 1907.La surface glacée est produite et maintenue à la température propice \u2014 ce qui est très important \u2014 par une série de tuyaux en serpentins disposés sous toute la surface de jeu.Ces tuyaux de refroidissement, espacés d\u2019environ 4% pouces, ont approximativement IV4 pouce de diamètre et peuvent atteindre une longueur totale de huit à dix milles.Ils reposent sur un lit de gravier et sont, en outre, recouverts de gravier et de sable.En certaines grandes arènes, toutefois, comme le Maple Leaf Garden de Toronto, les tuyaux sont recouverts de béton et de terrazzo .C\u2019est ici qu\u2019intervient l\u2019élément même du phénomène : l\u2019agent de la réfrigération.Il s\u2019agit de l\u2019ammoniaque, dont la capacité d\u2019absorption de la chaleur est extraordinaire.En voyageant dans les serpentins, l\u2019ammoniaque liquide se gazéfie et absorbe la chaleur de la saumure qui baigne les tuyaux d\u2019ammoniaque.C\u2019est ce phénomène de physique, cette absorption de la chaleur par un élément chimique qui passe de l\u2019état liquide à l\u2019état gazeux qui constitue l\u2019essence de presque toute la réfrigération, pratiquée de nos jours .Une pompe de circulation apporte la saumure froide à un distributeur qui l\u2019envoie dans tous les serpentins du plancher.La saumure attiédie (elle a d\u2019habitude un ou deux degrés de plus qu\u2019en arrivant à la surface de l\u2019arène) retourne au bassin de rafraîchissement, qui renferme des tuyaux d\u2019ammoniaque, et le même procédé recommence de nouveau.Ordinairement composée de chlorure de calcium et d\u2019eau, la saumure ne gèle pas aux températures qui conviennent à une bonne surface glacée .Le système de réfrigération peut se régler à tous les degrés voulus.Il peut fonctionner à pleine capacité, par une soirée tiède, par exemple, ou quand on fait la première glace, comme il peut fonctionner à un degré minimum lorsqu\u2019une réfrigération moindre suffit.Ce système est soigneusement aménagé et manœuvré.Dans chaque serpentin, des soupapes d\u2019arrêt régissent le débit de saumure avec exactitude, et la température de la saumure est aussi rigoureusement contrôlée.La surface de la glace ne doit pas être trop froide, car elle serait alors cassante, ni trop tiède, ce qui provoquerait la fonte.On prend aussi grand soin d\u2019obtenir une surface douce et unie.On y arrive habituellement en appliquant une mince couche d\u2019eau chaude à la surface, surtout sur la section mal polie qui longe la clôture.Pour provoquer le dégel, on envoie de la saumure chaude dans les serpentins logés sous la glace et la fonte se fait rapidement.Malgré la chaleur qui se dégage de 10,000 à 18,000 spectateurs, la chaleur qu\u2019engendre un éclairage de 30,000 à 42,000 watts, celle des radiateurs disposés dans tout l\u2019immeuble et souvent à proximité de la glace même, cette glace peut être enlevée, refaite trois ou quatre fois par jour, si on le désire.\u201d I Dans les ligues majeures, la majorité des joueurs mesurent six pieds.Toutefois, voici une équipe d\u2019anciennes étoiles, dont la moyenne est de cinq pieds cinq pouces.Comme on le voit, Rabbit Maranvill?, ancien gérant du Montréal, détient le record de la Ligue Nationale, avec 23 ans de service actif : \tNom.ann.\tHaut.\tPes.\tMoy.Bât.\tMoy.Chp.Rabbit Maranville 1912-33, 1935\t23\t5.05\t155\t.259\t.956 Willie Keeler 1892-1910 \t\t.19\t5.04%\t140\t.345\t.956 Joe Judge 1915-1933 \t\t19\t5.09\t155\t.297\t.993 Ray Schalk 1912-1929 \t\t18\t5.07\t155\t.253\t.981 Hugh Duffy, 1888-89, 1891-1901, 04-06\t15\t\t5.07\t168\t.330\t.941 Earl Adams 1922-1934\t13\t5.04%\t151\t.286\t.962 Miller Huggins 1904-1916\t13\t5.04\t148\t.265\t.956 Harry Leibold 1913-1925\t13\t5.06%\t157\t.267\t.958 10 le samedi Récit d\u2019amour com p let Par Maurice cPAnyl È>- r;u- ,mé ».e\\uqeoU \u2014M iomoi» °'mè-.*:%»\u2022** Quand le Printemps Citante CHAPITRE I \u2019était par un soir du commencement d\u2019avril.Dans la paisible région du Loiret, la petite ville de Gien, dominée par son joli château d\u2019Anne de Beaujeu, commençait à se réveiller et à mener une vie plus active après l\u2019engourdissement hivernal.Tous les buissons se remplissaient de chants d\u2019oiseaux joyeux ; les fleurs s\u2019épanouissaient dans les jardins verdoyants, et de timides violettes embaumaient le bord des talus frémissants d\u2019herbe tendre.C\u2019était l\u2019heure de la sortie des ateliers de la faïencerie et, tout le long du quai, les employés, bourdonnantes abeilles de cette ruche industrieuse, mettaient une animation faite de rires et de bavardages.Puis, ouvriers et ouvrières se séparaient pour se répandre à travers les vieilles rues de la pittoresque cité, afin de regagner leurs logis.Un groupe de jeunes filles suivit encore le bord de la Loire, où la rangée des peupliers agitait, sous la brise, des panaches de primes feuillages.\u2014 Tu rentres préparer ton dîner ?demanda une brunette à l\u2019une de ses compagnes.\u2014 Mais oui, il est plus que l\u2019heure ! répondit l\u2019interpellée, une mince blonde aux traits fins et doux.\u2014 Alors, au revoir, et bon courage ! Les ouvrières se quittèrent, retournant chacune à leur foyer, et il ne resta plus, à longer la berge, que celle que ses camarades venaient d\u2019interroger.Elle marchait d\u2019un pas vif et allongé.Petite, souple, vêtue de noir, ses vêtements sombres n\u2019étaient parés que de sa joliesse, teint frais, blanc et rose, grands yeux d\u2019un bleu profond, visage charmant que couronnaient de légers cheveux dorés, qui s\u2019échappaient de son chapeau comme des brins de soleil.Heureuse d\u2019avoir terminé sa journée de travail, elle se hâtait de rentrer chez elle, sans se soucier de s\u2019attarder à profiter de cette belle soirée toute parfumée du renouveau.\u2014 Eh bien! Fanchonnette, ne courez donc pas aussi vite, vous allez vous essouffler !.Est-ce le printemps qui vous donne ainsi des ailes ?La petite, s\u2019entendant appeler, se retourna.Quand elle vit celui qui l\u2019apostrophait, elle garda le silence.\u2014 Vous ne parlez plus?On ne peut pas vous demander, comme aux enfants, si le chat a mangé votre langue.Vous pourriez bien me répondre ! \u2014 A force de se voir toute la journée, on n\u2019a plus rien de nouveau à se dire ! assura la jeune fille.\u2014 Le travail n\u2019a rien à faire avec les sentiments, Fanchonnette.\u2014 De quels sentiments avez-vous à me parler, ce soir, monsieur ?L\u2019homme sourit.Etait-elle assez ingénue ou assez rouée, cette mignonne-là ! Et il se demanda comment il la préférait : innocente ou rusée ?L\u2019une avait le charme de la candeur ; l\u2019autre le piquant du piment.Il reprit : \u2014 Nous pourrions causer gentiment, Fanchon .Il faudrait être de bons amis, de vrais amis qui ne se cachent rien l\u2019un à l\u2019autre, et qui s\u2019en vont la main dans la main, bras dessus, bras dessous ! \u2014 Je n\u2019en vois pas la nécessité! Je vous l\u2019ai déjà dit, j\u2019essaie de me montrer, autant que je le peux, une employée consciencieuse, exacte, laborieuse, aux heures où je me trouve sous votre contrôle.Je suis, pendant ce temps, une des plus respectueuses de vos ordres.Mais, en dehors de cela, je ne sais pas pourquoi vous perdez votre temps auprès d\u2019une ouvrière ! Certes, Fanchonnette ne comprenait pas cette obstination à la poursuivre, cette amabilité surprenante dont cet homme usait envers elle.Paul Bésigue, grand, fort gaillard, au teint trop coloré, aux yeux pers, au tempérament sanguin, violent, emporté, aux trente-cinq ans largement accusés, n\u2019avait rien de très agréable dans la physionomie.Il était contremaître, chef d\u2019atelier à la faïencerie où travaillait Fanchon, et celle-ci se trouvait forcément sous son autorité, puisqu\u2019il distribuait et surveillait la besogne des employés.Si la jeune fille était une des plus soumises aux ordres du chef pendant les journées de labeur, en dehors de la manufacture il lui semblait inutile de se montrer obéissante aux caprices de Paul.Celui-ci parut le comprendre en cet instant, et ce fut d\u2019un ton fort adouci qu\u2019il proposa : \u2014 Fanchonnette, je sais que vous devez être lasse, et il vous faut encore préparer votre repas.Je veux vous épargner ce souci.\u2014\tOh! j\u2019ai si peu d\u2019appétit!.Je boirai une tasse de lait, je mangerai un peu de pain, du beurre, et cela me suffira.Vous voyez que ma cuisine n\u2019est pas compliquée ! \u2014\tJustement, je m\u2019en doutais! Vous ne vous nourrissez pas suffisamment, et c\u2019est ce qui vous anémie.Allons 1 venez avec moi ! Je vous emmène dîner dans un petit restaurant du bord de l\u2019eau.Nous demanderons une friture de goujons ou un sauté d\u2019agneau, si vous le préférez ?\u2014 Je vous remercie, monsieur; je ne pourrais pas y goûter ! Mais, doucement, tout en disant cela, Fanchon étouffait un bâillement dans le creux de sa main.\u2014 Vous tombez d\u2019inanition, au contraire ! Je ne veux pas de cela ! Votre santé en dépend ! Il faut vous soigner, vous dorloter ! Si je n\u2019y prends pas garde, il me faudra dans quelques jours vous donner du congé, parce que, je le prévois, vous serez souffrante.Allons, venez, ma petite, faites-le pour votre estomac, si ce n\u2019est pas pour m\u2019en accorder le plaisir ! Plein de sollicitude, il se penchait sur le jeune visage et cherchait à glisser son bras sous celui de Fanchonnette.Celle-ci railla, un sourire aux lèvres : \u2014 Si, chaque soir, vous invitez ainsi à dîner, à tour de rôle, toutes les ouvrières de la faïencerie, vous ne devez pas avoir fini ?\u2014 Il est bien permis d\u2019avoir ses préférences, ma belle enfant ! \u2014 Si c\u2019est ainsi que vous l\u2019entendez, je refuse ! protesta-t-elle.\u2014 En voilà une sauvageonne !.Tout de même, quelqu\u2019un avec qui on travaille à longueur de semaines ne doit pas être considéré comme un étranger dès que l\u2019on a franchi le seuil de la sortie de la manufacture ! C\u2019était vrai ! De quoi avait-elle peur ?La démarche du contremaître était assez plausible.N\u2019avait-il pas toujours été bon pour elle ?Jamais il ne la réprimandait comme les autres, et sa voix se faisait de miel pour lui adresser les ordres quotidiens.Tout en parlant ainsi, le couple était parvenu à la petite guinguette dont l\u2019enseigne : Au Brochet d\u2019Argent attirait la clientèle.Un cep de vigne escaladait le chambranle de la porte et de gracieuses fleurettes embaumaient le jardinet, qui s\u2019en allait presque se baigner dans le fleuve.\u2014 Oubliez-vous que c\u2019est aujourd\u2019hui samedi, et jour de paye, par surcroît?Je suis seul et je voudrais partager mon plaisir avec quelqu\u2019un.Et puis, c\u2019est le printemps ; il fait si beau, ce soir, que l\u2019on est tout attendri ! Fanchonnette se sentait trébucher.Ses jambes ne la soutenaient plus, et elle éprouvait comme un creux à la poitrine Elle était fatiguée et souffrait de la faim ! Paul Bésigue disait vrai ; ses repas étaient insuffisants ; elle n\u2019avait plus la force de retourner en arrière ; déjà, l\u2019odeur de la bonne soupe chaude emplissait ses narines.i i 1er AVRIL 1944 11 Un fumet de viande grillée, respiré, multipliait les tiraillements qu\u2019elle éprouvait.Il était trop tard pour résister encore, vaincue par le plus tyrannique des tourments : la faim ! Ils dînèrent confortablement, en bavardant gaiement.Fanchonnette était ravie.Jusqu\u2019à dix heures, ils s\u2019entretinrent ainsi, parlant de leurs travaux, de leur métier, de leur avenir.C\u2019était surtout Bésigue qui faisait les frais de la conversation ; la jeune fille l\u2019écoutait et répondait seulement de sa voix tranquille.Vint l\u2019heure du retour, de la rentrée chez soi.Bésigue tenait sous le sien le bras de Fanchon et lui parlait de tout près, effleurant presque les paupières de sa compagne de ses lèvres humides.\u2014 Je cherche une gentille femme, fit-il, persuasif ; Fanchonnette, est-ce que vous ne songerez pas un jour à vous marier ?Non, elle n\u2019y pensait pas.Mais elle répondit vaguement : \u2014 Qui sait ! Devant la porte de l\u2019immeuble où demeurait au second étage la jeune fille, Paul s\u2019arrêta une minute : \u2014 Je voudrais tellement connaître votre chambre, le lieu où vous vivez ! Puis-je vous suivre ?\u2014 Je ne saurais vous faire les honneurs de mon gîte à cette heure-ci, monsieur Paul ! Et puis, je commence à avoir sommeil ! Merci de toutes vos bontés pour moi ; votre sollicitude me touche, croyez-le bien ! Il n\u2019insista pas, mais assura : \u2014 Toutes les fois que vous voudrez recommencer, je suis prêt à satisfaire tous vos désirs, ma petite Fanchette.pensez-y ! Ce disant, il fit un geste pour l\u2019embrasser, mais la jeune fille recula dans le couloir sombre.Alors, l\u2019homme se contenta de saisir les petites mains qui se tendaient pour serrer les siennes et d\u2019y déposer de fougueux baisers.Puis il s\u2019éloigna par le chemin de halage, tandis qu\u2019elle montait jusqu\u2019à sa chambre.CHAPITRE II Fanchonnette Lasalle occupait une pièce dans l\u2019une des vieilles maisons qui bordent, à Gien, la pittoresque rue des Quatre-Vingt-Cinq-Degrés.Cette rue, dont les marches s\u2019échelonnent par groupes de six ou douze, avec plateforme d\u2019arrêt permettant de pénétrer dans les demeures, grimpe jusqu\u2019à la partie haute de la ville, où se trouve l\u2019ancien château d\u2019Anne de Beaujeu.De ce fait, la chambrette de la jeune fille n\u2019avait guère de vue.Mais que lui importait ! Chaque jour, elle se rendait à la manufacture de faïences et de porcelaines où elle travaillait ; le soir, elle retrouvait son logis sombre où ne l\u2019attendait personne.Fanchon était seule, vivait péniblement, sans joie et avec beaucoup de peine.De bonnes voisines, parfois; lui rendaient quelques menus services ; son ménage n\u2019était pas compliqué, ainsi que ses courses.Elle eût pu se nourrir convenablement, mais le goût lui en manquait, de même que le courage de se faire de la cuisine.Et cependant, elle avait faim, bien faim, hier, lorsque Paul Bésigue lui offrit de dîner avec lui, et c\u2019est ce qui l\u2019avait décidée à accepter cette invitation intempestive.Fallait-il donner raison au contremaître disant qu\u2019elle se laissait dépérir ?Tout en s\u2019habillant, ce dimanche matin, Fanchonnette s\u2019interrogeait anxieusement.Elle avait cependant besoin de toutes ses forces physiques et morales pour mener sa vie de luttes quotidiennes! De la force pour sa besogne à l\u2019atelier, pour surmonter la mélancolie de sa vie solitaire, et de la force afin de repousser les hommes assez lâches qui essayaient de profiter de cette liberté que lui accordait sa vie si abandonnée.Fanchette songeait à tout cela et se gourmandait.Que signifiait cette indifférence, ce détachement de tout ?Serait-elle lasse de la vie, à dix-huit ans ?La jeune fille ouvrit la fenêtre et s\u2019accouda un instant à la croisée.Une bouffée d\u2019air tiède lui caressa le visage.Là-haut, vers l\u2019église, les marronniers dépliaient leurs feuilles de soie verte ; un joli soleil revêtait d\u2019un or merveilleux les masures vétustes.Sous le miracle printanier, le cœur de Fanchonnette se mit à battre à coups plus larges.Resterait-elle insensible à la force du renouveau ?La lumière glissait à travers la pièces, embellissant toutes choses.Les oiseaux gazouillaient dans les feuillages, et Fanchonnette, siuvant cet appel, se mit à chanter.En un clin d\u2019œil, elle fit son modeste petit ménage.Malgré tout, c\u2019était son « chez elle », et la jeune fille en avait disposé le mobilier, réduit au strict nécessaire, selon ses goûts.Tout était propre, clair et jeune autour d\u2019elle.La jeune fille, tout en vaquant à ses occupations, se prit à revivre d\u2019espoir.Allait-elle se replier dans sa solitude, au lieu d\u2019être une vaillante qui marche droit devant elle, le sourire aux lèvres ?Etant honnête et sérieuse, c\u2019était pourquoi elle se trouvait aussi esseulée.Autrement, elle eût pu avoir, pour remplir sa chambre de mille éclats de rire, des compagnes et des compagnons de plaisir qui l\u2019eussent distraite.Mais elle ne voulait pas suivre la pente dangereuse menant aux entraînements faciles et parfois lourds de conséquences.Comme elle était nouvellement venue dans le pays, on la tenait un peu à l\u2019écart.\u2014 Une jeune fille qui n\u2019a ni père ni mère !.disait les mauvaises langues, sans même avoir de pitié pour la malheureuse orpheline.Et la jeune fille, qui sentait cet état d\u2019esprit, se montrait distante, froide, et ne mettait personne au courant de ses affaires, ce qui mortifiait beaucoup les commères.Fanchonnette réfléchissait à tout cela en s\u2019activant dans sa chambre.Pourtant, elle avait conquis ses plus proches voisines et elle savait que l\u2019on disait qu\u2019elle était douce et d\u2019humeur égale.Seulement, comme on ne savait pas d\u2019où elle venait, la majorité des gens lui faisaient grise mine.Les paroles que le contremaître avait prononcées la veille lui revenaient aussi en mémoire, provoquant en elle un secret émoi : \u2014 Peut-être un jour vous marierez-vous ?Certes, ce serait en effet une solution.Le mariage avec un garçon tra vailleur, sérieux, deviendrait un re- fuge ; les joies et les peines partagées, comme le pain et le vin, et la chambre où Ton n\u2019est plus seule ! Jusqu\u2019à présent, la jeune fille n\u2019avait pas encore fait son choix et se passait d\u2019amoureux.C\u2019est que, dépourvue de ce bandeau que le petit dieu malin pose sur les yeux de ses victimes, elle voyait trop nettement, par exemple, que Thomas était un fainéant, Jacques ou Jean un être brutal, et qu\u2019Edouard avait une vive préférence pour les pernods et les absinthes.Alors, elle ne pouvait se laisser courtiser par eux.Devant cette constatation, Fanchonnette murmura : \u2014 Comme je suis difficile! Oui, mais, il y avait Paul Bésigue ! Celui-là se montrait rempli d\u2019attentions pour elle.Comme il était persuasif en lui parlant ! Et un contremaître, ce n\u2019est pas à dédaigner quand on est une modeste petite ouvrière ! UN MENDIANT Je l'ai vu, souffreteux, passer près d'une borne.Fixant ses yeux au sol, seul horizon qui borne Son cœur et son esprit ; je l'ai vu le vieillard, Le mendiant qui rit au plus jeune gaillard, Tendre sa main calleuse au passant qui s'amende Et qu'il suit d'un regard d'éternelle demande ; Insulté dans la rue à cause de l'effroi Empreint sur ses haillons et son visage froid ; J'ai vu sur son front triste et sur sa bouche blême Qu'il gardait dans son cœur quelque chose qu'il aime, Qu'il traînait avec lui son âme et sa fierté, Et j'ai vu dans ses yeux briller la liberté, Vivante en lui toujours, lui réchauffer son être, Lui qui nous aime tant sans vouloir nous connaître, L'infortuné d'ici, cet homme qui pourrit Parmi la ville et l'or; lui pour qui rien ne rit, Et dont nul ne voudrait savoir la pauvre histoire: Il espérait hier; son père eut de la gloire, Mais aujourd'hui plus rien.Toujours, comme un lézard Il se chauffe au soleil d'avril ; à tout hasard Il s'en va dans la vie, infortuné des villes, Des pavés, des égouts et des aumônes viles, Il s'en va vers la mort reposer sa douleur, Et, je l'ai vu, pourtant, défier le malheur.HENRY DESJARDINS.\u2014 Je ne l\u2019aime pas ! déclara Fanchonnette à elle-même, en achevant de laver dans sa cuvette le petit col blanc dont elle voulait égayer sa robe.Pourtant elle se morigéna.Il fallait faire plus ample connaissance avec lui ; elle avait toujours évité de le rencontrer en dehors des heures d\u2019atelier.Elle se devait de ne pas repousser une affection qui semblait sincère.Et telle était l\u2019allégresse de cette matinée de printemps que, brusquement, de tout son être, Fanchonnette voulut croire à l\u2019amour possible.\u2014\tTenez, mademoiselle Lasalle, ce soir, en sortant, vous irez dire à ce vieil original que ses assiettes seront bientôt prêtes, et qu\u2019il vienne en vérifier les dessins à la faïencerie ! Ces ordres étaient donnés par une des employées à Fanchonnette, qui s\u2019apprêtait à quitter, sa journée finie, le hall de la manufacture.\u2014\tDe qui s\u2019agit-il, madame ?\u2014 De Pierre Mandar, parbleu ! Il habite sur le quai ; vous n\u2019aurez qu\u2019à sonner et entrer chez lui ; il est connu comme le loup blanc ; vous trouverez bien sa tanière ! \u2014\tC\u2019est certain ; merci, madame.Sitôt sortie de la faïencerie, Fanchonnette se mit en devoir de remplir la commission qu\u2019on venait de lui confier.Cependant, Mandar n\u2019était pas là ; des voisines assurèrent à la petite : \u2014\tLa ville n\u2019est pas si grande ! Allez dans une des rues commerçantes ; que ce soit chez le boulanger, le boucher ou le buraliste, ce serait bien le diable que M.Mandar ne fût pas à bavarder par ci ou par là ! C\u2019est lui qui s\u2019occupe de la décoration de la nouvelle salle du cinéma, vous allez bien voir ! Il est si gentil !.un si brave gars que tout un chacun l\u2019aime bien ! Fanchonnette se hâta vers les rues de la petite ville, si curieuses avec leurs vieux logis du Moyen-Age et de la Renaissance.Ce fut non loin des Arcades du Café des Arts que la jeune fille rencontra celui qu\u2019elle cherchait.Un gamin qui passait et auquel elle s\u2019adressa lui certifia : \u2014 Tenez, le v\u2019ià, mossieu Mandar ! Interloquée, elle considéra le « vieil original », qui, alerte, empressé, le teint fiais, l\u2019œil vif et bleu, la tête crânement coiffée d\u2019un large feutre, apparaissait aux yeux de Fanchette comme un beau jeune homme.Evidemment, il n\u2019avait plus vingt ans, mais il rayonnait de gaieté et de belle humeur.\u2014 C\u2019est moi que vous désirez, mademoiselle ?fit-il en s\u2019inclinant.\u2014 Oui, monsieur.Et la petite débita ce qu\u2019elle avait à dire.\u2014 C\u2019est entendu, mademoiselle, je passerai un de ces jours à la faïencerie, ne serait-ce que pour le plaisir de vous y revoir ! assura-t-il avec un sourire admiratif.\u2014 Au revoir, monsieur ! \u2014 Bonsoir, mademoiselle, et merci ! Elle n\u2019avait pas fait quatre pas, gracieuse et légère, qu\u2019elle surprenait cette exclamation de Mandar ; \u2014 Sacrebleu ! la jolie fille !.Fanchonnette en rougit jusqu\u2019à l\u2019extrémité de ses oreilles.Pourquoi le regard de cet inconnu l\u2019avait-il troublée ?Mais cette flambée de joie tomba vite, car, sur le pas d\u2019une porte, une femme déclarait à une commère : \u2014 Dire que c\u2019est peut-être une de ces pécores qui détourne nos maris ! Pourquoi cette réflexion injuste, prononcée au moment où elle passait?Fanchonnette en éprouva un petit pincement au cœur.Mais comme elle avaff la conscience nette, elle ne s\u2019y arrêta pas davantage. 12 LE SAMEDI CHAPITRE III Pierre Mandar était artiste peintre et occupait, sur le quai, une des vieilles demeures du XVIIIe siècle, à l\u2019aspect moyenâgeux, en bois vermoulu, dont la façade bariolée de croisillons était hérissée de gargouilles.En dépit de l\u2019impression de jeunesse qu\u2019il produisait, et bien qu\u2019il ne fût pas encore un « vieil original », ce garçon avait atteint largement la quarantaine.Il était célibataire endurci, farouche, indépendant, franc comme l\u2019or, bon comme le pain, connu, estimé, aimé de tout le pays dont il était un fils.Il allait et venait à sa guise, tantôt à Orléans, tantôt à Paris, attaché fidèlement à sa petite ville natale ; original, certes, l\u2019esprit plein de fantaisie, l\u2019humeur vagabonde avec cela, toujours content, toujours heureux.Ce jour-là, selon son habitude, il chantait à tue-tête à travers les pièces de sa maison, sans doute afin d\u2019en peupler la solitude.Mais, avec ses travaux et son art, Pierre se suffisait largement à lui-même.\u2014 Allons, monologuait-il, le temps est venu d\u2019aller jusqu\u2019à la faïencerie.Et, quittant promptement la blouse qu\u2019il enfilait par dessus son costume de sport quand il peignait dans son atelier, il vérifia son nœud de cravate, fit bouffer sa pochette de soie auprès du revers de son veston, et passa un coup de peigne dans ses beaux cheveux châtains, qu\u2019il avait encore épais et qui encadraient noblement son beau visage d\u2019artiste.Après quoi il mit son feutre, qu\u2019il portait avec l\u2019allure d\u2019un mousquetaire, descendit un étage, sortit, siffla son chien et, les deux mains derrière le dos, le nez en l\u2019air, les yeux perdus en quelque songe ou tendus vers les perspectives des rives de la Loire, il se dirigea vers la manufacture.Il avait le désir de posséder quelques assiettes et quelques plats décorés de ses propres dessins, et, après s\u2019être entendu à la faïencerie, ces objets étaient prêts et allaient le satisfaire.\u2014 Je suis bien content! disait-il à son chien, un berger superbe de la Brie.Et, dans la pensée de Pierre, cette joie s\u2019adressait tout autant au plaisir qu\u2019il ressentait de revoir Fanchonnet-te qu\u2019à celui d\u2019avoir les assiettes commandées.Sa course fut interrompue par des bonjours ici et là, des coups de chapeau donnés et rendus, des causeries échangées, des paroles lancées au passage.Pierre Mandar était une figure populaire et très sympathique.Ce fut Fanchon elle-même qui, à la manufacture, montra les faïences que désirait le peintre.Ainsi, ils eurent le loisir de faire une mutuelle connaissance plus approfondie.De ce jour, tous deux devinrent d\u2019excellents amis.Etant donnée leur différence d\u2019âge, Pierre, dès le début de leurs relations, prit le ton quasi paternel d\u2019un parent s\u2019adressant à une enfant.Et Fanchonnette ne tarda pas à le considérer comme un auxiliaire précieux dans sa vie esseulée.Ils se rencontrèrent partout au dehors, et, de plus, l\u2019artiste venait souvent à la fabrique choisir diverses porcelaines que la jeune fille était quelquefois chargée d\u2019aller lui porter.Elle s\u2019était attachée à cet homme qu\u2019elle jugeait compatissant et le regardait comme un grand frère aîné, lui demandant parfois conseil ou aide.Quelquefois, aux bonnes gens qui s\u2019amusaient de les voir en graves conversations, Mandar disait en riant : \u2014 Me voici devenu grand-père, maintenant ! tellement il avait la sensation que Fanchonnette était une Nos Militaires V * ' VW ¦¦¦S- Le caporal ROGER MARCIL, en service actif au pays.Envoi de son oncle, M.Willie Loiselle, Baie Comeau, P.Ç.Le soldat MAURICE DELISLE, en service actif outre-mer.Envoi de sa mère, Mme Narcisse Délisle, 2862, rue Louis-Veuillot, Notre-Dame-des-Victoires, Montréal, P.Q.*§ ^ Le soldat RAYMOND BRAY, en service actif au pays.Envol de Mlle Rose Gauthier, 2015a, rue Joliette, Montréal, P.
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