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Titre :
Le samedi
Éditeur :
  • Montréal :Société de publication du "Samedi",1889-1963
Contenu spécifique :
samedi 23 mars 1946
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque semaine
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Le samedi, 1946-03, Collections de BAnQ.

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[" Montréal, 23 mars CENTS D I X 'Vl *« fftVVtoW I1WÏ 'Wsm WM ét&MM LE MAGAZINE NATIONAL PER s-400 Co/J 57e année, 074 f\\/Û ^ /K Canadiana No 44 2 Le Samedi, Montréal.23 mars 1946 Mi* Oui, des centaines de cuisines canadiennes seront bientôt plus gaies et le travail y sera plus facile.Car les artisans GSW activent continuellement la production de nouveaux appareils de cuisine pour les diriger vers les foyers canadiens.Avant bien longtemps, il y aura de superbes poêles McClary \u2014 à gaz, électriques, à charbon et bois\u2014pour tous ceux qui en veulent.Il y aura des éviers, réfrigérateurs, cabinets d\u2019aisance GSW, des ustensiles en émail intachable \"Regent\u201d et aussi des ustensiles laqués GSW.Depuis près d\u2019un siècle, les poêles McClary ont été le choix des Canadiennes.Aujourd'hui, ils représentent le dernier cri en fait de beauté et de commodité, et sont ce qu\u2019il y a de beau et de meilleur pour votre argent.Par conséquent, pour votre confort et votre satisfaction, vous ferez mieux de .Ûtoùkr McCl&ry GENERAL STEEL WARES LIMITED Montréal, Toronto, London, Winnipeg, Calgary, Vancouver 3 EDITORIAL LES PUBLICATIONS POIRIER, BESSETTE & CIE, LIMITÉE Membres de PA.B.C., et de PAssociation des Editeurs de Magazines du Canada Le Samedi La Revue Populaire Le Film 975-985, RUE DE BULLION MONTREAL \u2014 CANADA \u2022 Tel : PLateau 9638 * Président : FRED POIRIER Vice-prés.: GEO.POIRIER Directeur: JEAN CHAUVIN Rédacteur en chef : GERALD DANIS Chef de publicité : CHARLES SAURIOL Directeur artistique : HECTOR BRAULT Chroniqueur sportif : OSCAR MAJOR Chef du tirage : ODILON RIENDEAU NOS REPRESENTANTS : WILFRID DAOUST 20, Onzième Avenue, Lachine (Ottawa, Hull, Sherbrooke, Drummondville, Saint-Hyacinthe, Sorel, Granby, Farnham, Saint-Jérôme, Joliette et les environs.) \u2022 ADELARD PARE 6, rue du Pont, Québec ( Québec et Lévis ) \u2022 PAUL LARIVIERE 1710, rue St-Philippe, Trois-Rivières ( Trois-Rivières et Cap-de-la-Madeleine ) Autorisé comme envol postal de la deuxième classe.Ministère des Postes, Ottawa.\u2022 Entered at the Post Office of St.Albans, Vt., as second class matter under Act of March 1879 ABONNEMENT CANADA Unan.$3.50 Six mois.2.00 ETATS-UNIS Un an.$5.00 Six mois -\t2.50 \u2022 AU NUMERO: 10 cents \u2022 HEURES DE BUREAU : 9 h.a.m.à 5 h.p.m.du lundi au vendredi.\u2022 AVIS AUX ABONNES \u2014 Les abonnés changeant de localité sont priés de nous donner un avis de huit jours, l'empaquetage de nos sacs de malle commençant cinq jours avant leur expédition.57e année, No 44 \u2014 Montréal, 23 mars 1946 VUE SUR LES ENSEIGNEMENTS QUEL compatriote réfléchi, conscient de ses devoirs et désireux de s'en acquitter à son honneur, se désintéresserait de la préparation de notre avenir national ?Il existe des façons nombreuses et variées de préparer cet avenir : on peut, par exemple, fonder des institutions, des associations de toute nature destinées à promouvoir les intérêts à la fois individuels et collectifs.Parmi ces façons de prévoir et de travailler en accord avec de sages prévisions, il n'en est pas de meilleure et de plus importante que de s'occuper de la jeunesse.Si, comme on l'a répété sur tous les tons, le capital humain est la richesse par excellence, n'est-il pas évident que l'élément le plus précieux de ce capital, c'est la jeunesse, élément essentiel d'un progrès d'avenir ?La jeunesse d'une nation, c'est le gage solide de sa survivance, c'est la légitimation de ses espoirs, la raison fondamentale de ses rêves d'accomplissements futurs.L'âge mûr régit le présent mais son action, son effort seraient profondément vains s'il n'était assuré de pouvoir transmettre le fruit de ses conquêtes en de dignes mains.On compte sur la jeunesse pour, son heure venue, prendre la succession, maintenir les acquisitions, poursuivre les tâches qui doivent relier le passé au présent, le présent à l'avenir.Toute initiative propre à aider la jeunesse, tout zèle déployé en sa faveur constituent un placement intelligent et rémunérateur.Pour un pays, pour une société, la préparation de l'avenir se confond, dans une large mesure, avec la formation de la jeunesse : formation du cœur et du caractère, et c'est l'éducation ; développement méthodique des facultés intellectuelles, distribution judicieuse des connaissances de divers ordre, et c'est l'instruction.Les enfants reçoivent leur formation première dans la famille ; mais c'est l'école, le collège, le couvent et l'université qui leur donnent la formation véritable \u2014 plus riche, plus variée, plus complète que la première \u2014 et qui fera d'eux des hommes dignes de ce nom, des citoyens éclairés et fermes, à la hauteur de leurs devoirs, de leurs responsabilités, de leurs problèmes.Dans une proportion impossible à préciser mais considérable assurément, l'homme de demain sera ce que ses études d'aujourd'hui travaillent et réussissent à le faire graduellement.Il pensera, agira, réagira, se conduira en toute circonstance selon les lumières et les connaissances, les principes et la vertu que ses maîtres auront su lui donner, incorporer à sa substance.Au besoin, les disciplines scolaires doivent compenser les insuffisances de la formation première si celle-ci fut défectueuse ; elles doivent mettre en valeur ce qu'il y a de bon dans l'enfant et élaguer ce qui s'y trouve de mauvais.Certes, il importe de ne pas minimiser pour un peuple la fonction de l'enseignement secondaire, de l'enseignement universitaire, de l'enseignement spécialisé.Ce sont là les enseignements qui gratifient une nation de son élite et, par elle, la rattachent à la civilisation humaine, lui permettent de fournir son apport aux œuvres supérieures de cette civilisation.Le haut savoir, la culture profonde et étendue sont (ou devraient être) les résultats naturels d'un enseignement avancé.Les études secondaires ouvrent à l'esprit de larges horizons sur le monde et l'initient aux plus hautes réussites du génie humain dans l'ordre de la pensée, de la littérature et de l'art.Les études universitaires s'appliquent surtout à transformer en hommes de professions libérales le capital humain qu'elles reçoivent des études secondaires.Les études spécialisées visent particulièrement à former des experts, des techniciens compétents.La fonction des études primaires est plus modeste en apparence.Cette fonction est double : en de nombreux cas, elles préparent l'enfant et l'adolescent soit à l'enseignement secondaire, soit à l'enseignement spécialisé, soit même à certaines facultés universitaires ; mais elles s'efforcent surtout de préparer leurs sujets aux luttes directes pour la vie.Et de fait, la grande majorité des élèves qui sortent de l'école primaire ne se dirigent ni vers l'enseignement secondaire, ni vers les écoles de spécialisation, mais bien vers la recherche d'un emploi, d'un gagne-pain le plus convenable et le plus rémunérateur possible.A la fin de leurs études primaires, les jeunes gens et les jeunes filles, dans la plupart des cas, cherchent du travail, songent bientôt à fonder un foyer, à assumer la lourde tâche et les rudes responsabilités de père et de mère de famille.L enseignement primaire, dans la composition de son programme d'études, dans les méthodes pédagogiques qu'il emploie, dans la formation morale qu'il donne doit tenir grand compte du fait qu'il prépare directement ses élèves à la vie.Il ne doit pas méconnaître les conditions particulières auxquelles il est soumis et qui lui fixent de strictes limites.De familles modestes, il reçoit des enfants âgés de six ans.Il ne dispose que de quelques années pour les instruire et les éduquer suffisamment : sept ou neuf années ; douze années pour la minorité qui fait les études primaires supérieures.Dans l'ordre actuel des choses, on doit considérer que l'enseignement primaire, chez nous, prépare directement les élèves à la vie active.C'est dire qu'il doit être d'abord et par-dessus tout d'inspiration pratique, qu'il lui est interdit de dispenser une culture de luxe, de consacrer son temps limité à l'étude de connaissances qui tendent plutôt à l'ornement et à l'embellissement de la vie qu'à des fins immédiatement utiles, forcément de niveau moyen.La culture qui enrichit un esprit de notions décoratives et raffinées appartient aux ordres supérieurs de l'enseignement, soit le secondaire et l'universitaire.Le primaire, par définition et par la force des choses, ne peut guère fournir plus qu'une culture d'utilité pratique.Il ferait fausse route s'il surchargeait son programme de matières de luxe, car il n'aurait pas le temps de les enseigner d'une façon vraiment profitable à ses élèves et ceux-ci n'ont pas la préparation indispensable et les loisirs qu'il faut pour étudier avec fruit et assimiler de telles matières.Rex DESMRACHAIS. NOUVELLE DE QUEBEC Antoni, Magicien N° I Par Aimé Plamondon J avais déjà vu travailler Houdini.Blackstone et Dante lorsqu\u2019un soir de mai dernier, j\u2019eus pour la première fois l\u2019occasion de voir opérer Antoni.Au sortir de la représentation, j\u2019étais aussi enthousiasmé de notre fameux magicien et illusionniste que mécontent de moi-même pour avoir si longtemps tardé à aller l\u2019applaudir.En effet, durant près de trois heures, Antoni avait exécuté les trucs les plus brillants comme les plus difficiles de la magie moderne, accompli les prodiges d\u2019illusion et de prestidigation avec une abondance voisine de la prodigalité, une facilité prestigieuse, un entrain irrésistible.Le spectacle m\u2019avait vivement intéressé car, si j ai beaucoup perdu de la f \u2022 i candide de mes vingt ans dans les beaux discours, par contre, mon esprit demeure aussi aisément impressionnable par le truc le moins compliqué qu\u2019aux jours les plus lointains de mon enfance.Tout de même, derrière le magicien qui me resterait toujours inaccessible, j\u2019eus le désir de connaître l\u2019homme que je pourrais peut-être analyser un peu mieux.Quelques mois plus tard, la vie qui est, elle aussi, une magicienne d\u2019envergure lorsqu\u2019elle veut s\u2019en donner la peine, réalisa mon rêve de façon inattendue en me donnant comme vis-à-vis, à la table de délibération d\u2019un certain exécutif, nul autre qu\u2019Antoni en personne.Après une jonglerie assez compliquée avec les chiffres d\u2019un budget difficile à équilibrer, à laquelle opération il prit part avec tout le sérieux d\u2019un businessman de carrière, alors qu\u2019une pointe de prestidigitation eût été pourtant fort bienvenue pour balancer certains item particulièrement ingrats, la séance fut levée et quelqu\u2019un demanda à Antoni de distraire un peu les membres du Comité en leur faisant quelques tours de cartes.Il accepta sans se faire prier et exécuta avec une maestria positivement étourdissante cinq ou six trucs différents qui médusèrent tous les assistants et moi plus que les autres.D\u2019autant plus qu\u2019à diverses reprises, il s\u2019adressa à moi pour mêler les cartes, les couper, en choisir une ou même deux qu\u2019il escamotait en un rien de temps pour les faire reparaître l\u2019instant d\u2019après.Sa dextérité, prodigieuse sur la scène, s\u2019affirmait encore plus saisissante dans ce cercle intime où chacun pouvait, pour ainsi parler, le toucher du doigt et le percer des yeux.Par exemple, ce qui me sidéra littéralement fut de l\u2019entendre répondre, quelques minutes plus tard, sur un ton navré, à l\u2019invitation de prendre part à une petite partie de \u201cbluff\u201d: \u201cJe vous remercie, mes amis, mais vraiment je ne sais pas assez jouer.J\u2019ai beau m\u2019appliquer, je ne ferai jamais un joueur convenable.\u201d [ Lire la suite page 14 ] C\u2019est à l'âge de douze ans, au collège, à l'issue d'une représentation donnée par un artiste belge, qu\u2019Antoni, magicien No 1 du Canada, sentit pour la première fois se glisser en lui l'esprit de la Magie auquel il décida sur-le-champ de vouer une part de son existence.\" Un principe fondamental de la magie, affirme Antoni, c'est que la main est plus vive que l'œil.\" On verra dans l'intéressant article ci-contre, une convaincante démonstration de cet avancé.Ci-contre, le magicien Antoni et sa troupe.On peut constater comme II est décrit dan, l'article de notre corre,p da ti que \u201e cé|èbre\t£ notre maître dans les trucs de cartes.\u2014 Ci-dessus exprès trice\u2019s V|ora.\"f2'une,rtle\u2018 quelque\u2019 'eune* **\u2022«?«¦ rices lors dune démonstration du magicien Antonl. Le Samedi, Montréal, 23 mars 1946 5 UN PLAN DE READAPTATION Retour à la vîe cîvîle Par Gérald Danis En examinant attentivement les photos de eette page, l\u2019on voit, par celle ci-dessous, qu\u2019il s\u2019agit ici de la réadaptation du militaire à la vie civile.Bien qu\u2019il ne soit pas orthodoxe de débuter un article par des légendes, nous avons quand même passé outre, parce que procédant ainsi, cela nous permet d\u2019entrer illico dans le vif du sujet.Donc, la photo ci-dessous, par exemple, nous transporte dans l\u2019un des bureaux des National Breweries, à Montréal, qui a charge d\u2019appliquer leur plan de réadaptation.L\u2019on voit, à droite, un jeune marin du nom de Léo Doutre qui, immédiatement après son licenciement, se présentait à la firme sus-mentionnée afin de reprendre le travail qu'il avait quitté le 24 juillet 1942 pour s\u2019enrôler dans la Marine canadienne.Debout, au centre, on remarque aussi Joseph T.Brewer, ci-devant sergent du 17th Duke of York Royal Canadian Hussars, un soldat également démobilisé qui se présentait lui aussi dans les mêmes circonstances et pour les mêmes fins au dit bureau de réadaptation des National Breweries.Enfin, à gauche, sur la même photo, M.Lucien Marcotte, ci-devant officier d\u2019aviation, pilote de Vescadrille des Alouettes qui occupe en ce moment les fonctions d\u2019officier de réadaptation et qui est chargé de la mise en vigueur du plan de rétablissement des anciens combattants désireux de reprendre leur ancien travail.L\u2019on comprend déjà que ce plan de réadaptation dont nous entreprenons ici l\u2019étude n\u2019a pas été préparé à la légère.Le fait que son fonctionnement soit confié à un ex-militaire qui en a vu lui-même de \u201ctoutes les couleurs\u201d démontre en partant qu\u2019il n\u2019est pas du tout question ici d\u2019improvisation, d\u2019expédients.Il m\u2019a été donné de pouvoir constater sur les lieux deux cas-types qui, très certainement, illustreront avec précision l\u2019aspect sérieux et raisonné de la solution apportée au problème de la réadaptation du militaire à la vie civile.J\u2019ai pu m\u2019entretenir et interroger à loisir M.Albert Tweddell, par exemple, dont la photo paraît au bas de la page 5.M.Tweddel entrait au service des National Breweries au printemps de 1937.En septembre 1939, il obtenait son congé pour s\u2019enrôler dans l\u2019armée.Jusque là, il avait travaillé comme commis au département de la vente à la campagne et, par la suite, avait été transféré au dépôt de Trois-Rivières.Après avoir servi outre-mer et participé à la bataille d\u2019Allemagne, il était démobilisé en juin 1945.Revenu à la vie civile, il alla frapper à la porte de son ancienne firme et il lui fut ouvert.Mais il arriva que le M.Tweddell de 1945 n\u2019était pas tout à fait celui de 1939.Cinq années de guerre avaient ouvert chez lui des horizons nouveaux, cinq années de %uerre lui avaient valu une expérience qui justifiait chez notre homme une aspiration différente.Aussi, et selon la mise en fonction du plan de réadaptation auquel il pouvait participer, M.Tweddell, non seulement pouvait reprendre son travail là où il l\u2019avait laissé, mais de commis de vente qu\u2019il était, il put être promu à une fonction qui correspond mieux à ses nouvelles aptitudes.C\u2019est ainsi qu\u2019au-jourd\u2019hui, il se déclare heureux de travailler dans un département d\u2019imprimerie où il opère un genre de machine multigraphe hautement perfectionnée qui permet l\u2019impression de papeterie variée, de prospectus, etc., etc.Le deuxième cas, non moins intéressant, est celui de M.Gilbert Forest (photo du haut, page 5) qui s\u2019engagea dans le régiment de Maisonneuve, le 1er septembre 1939,\t[ Lire la suite page 50 ] 1 bwiawr SMALL \tp-.'H\t \tBLACK HORSE AIE \t >, »: ;v Ci-dessus, GILBERT FOREST, actuellement vérificateur au Terminus de fret de National Breweries Limited.A droite, ROBERT LEVEILLE, contremaître du Terminus.M.Forest fut démobilisé le 17 décembre 1945 pour revenir à son ancienne maison au titre de vérificateur.\u2014 Ci-dessous, à gauche, LUCIEN MARCOTTE (au pupitre), ci-devant officier d'aviation qui porte actuellement le titre d'officier de réadaptation et qui est chargé de la mise en vigueur du plan de rétablissement des anciens combattants de N.B.L.On le voit ici s'entretenant avec deux démobilisés venus pour reprendre leur emploi.\u2014 A droite, ALBERT TWEDDELL expliquant à notre collaborateur le fonctionnement d\u2019un nouveau type de machine multigraphe hautement perfectionnée.Démobilisé le 10 août 1945, M.Tweddell, qui était autrefois commis au département des ventes, occupe désormais ce nouveau poste au département de l'imprimerie de N.B.L. \u2022 0 \u2022 UNE MAMAN Hubert avait accueilli ce surcroît d'épanchements avec une sorte d'indiffé-rence, s'en montrant rapidement lassé.Dessin de JEAN MILLET Nouvelle par HENRI CABAUD Tandis qu\u2019après dîner elle s\u2019occupait vaguement à quelque raccommodage, ayant même arrêté la T.S.F.qui heurtait ce soir sa mélancolie, Jeanne Pessac eut un frisson.Le froid ?Non : l\u2019angoisse de la solitude à laquelle il allait lui fallait s\u2019accoutumer.Elle se déplaça pour se secouer un peu.Devant un miroir, d\u2019un geste habituel, elle releva une mèche grise.Bientôt, les cheveux blancs.Dans son visage déjà fané, seuls les yeux gardaient encore le charme et l\u2019éclat d\u2019autrefois.\u2019 Elle ressentit avec plus d\u2019acuité que jamais jusque-là le grand regret d\u2019un passé au bonheur trop fugitif, suivi de tant d\u2019années^ dont les printemps s\u2019étaient succédé, mornes et pareils, privés de ce soleil du cœur qu\u2019on appelle l\u2019amour.Veuve très tôt, elle s\u2019était exclusivement consacrée à son fils, Hubert.Elle ne pouvait pas le regretter.Mais en mesurant le vide qui s\u2019étendait derrière elle \u2014 tout un trésor de jeunesse gâchée \u2014 une tristesse affreuse l\u2019étreignait.Oh ! le désespoir de voir révolues sans possible renouveau tant de belles saisons dont on n a pas, fut-ce volontairement, cueilli les fleurs, ni respiré les parfums ! A l\u2019automne, on n\u2019en éprouve encore qu\u2019un peu de lancinante détresse, mais quand l\u2019hiver s\u2019annonce, c\u2019est presque une torture : en arrière, un peu de néant dans la vie ; devant, le froid de la mort.Elle eut un profond soupir et, se rasseyant, reprit son ouvrage.Elle n\u2019avançait guère et s\u2019arrêtait parfois, toute perdue dans ses souvenirs.Après la mort de son mari, qu\u2019elle adorait, elle s\u2019était employée à ce que l\u2019affection qu\u2019Hubert avait nourrie pour celui-ci se transformât en un véritable culte.Bien que le gamin fût tout jeune, ou à cause de cela peut-être, elle y était aisément parvenue : le terrain était tout prêt.Pendant plusieurs années, si monotone qu\u2019ait été l\u2019existence endeuillée de Jeanne, elle avait été toute à son fils et à sa douleur.Pourtant, dans l\u2019épanouissement de la trentaine, et jolie, effe devaff mevitebiement plaire.Cela s\u2019était produit aintes fois et n avait pas été suffisant pour la troubler pro-ondement, étant donnes ses sentiments anciens et la rectitude de son caractère.Mais ayant inspiré un sincère amour sans partager egalement, elle en avait été touchée à tel noint que le besoin de tendresse qu\u2019elle refrénait en elle depuis assez longtemps déjà lui avait fait admettre peu à peu l\u2019idée d™ remanage.Oh! cela n\u2019aurait rien de semblable à sa panière union, mais ce serait vivre, comme sa jeunesse le réclamait sans qu elle-meme en eût bien conscience.\t* Quand Hubert avait eu vaguement connaissance de ce Dro jet, il n avait guere laissé voir, tout d\u2019abord, ce qu\u2019il en pensait Il avait surtout paru surpris et ne pas bien comprendre Pré \u2019 étaH \u201c Sympathie avec l\u2019homme qm?devait de-\" venir son beau-pere, ce qui pouvait faciliter les choses Teanne s était attachée à être plus tendre encore one 1!! .J ne On fÆX^ av^ ^iXXcX^ VX envisager 1 IserTute^tconver?at\u2018°n sérieuse, lui faisan Grave un XTrméTX^0\"^11^5.de.l\u2019événement.pensait-elle n\u2019avoir plus qu\u2019à lutteXnV6^' AmS1\u2019 Sa mère secret de son âme L! \u201e\t\u2019 «dernier ressort, dans le ~ \u201cltxx rpe,rà°=;T ~ visions: ils ne vivraient na-\tn™ eireur dans ses pré- \u2014- \u201cb,e st s s s; Le Samedi, Montréal, 23 mars 1946 7 I mm \"\tmtï mm mm ÉHWBSSh mm am ¦HHr \u201c¦ LE MONDE SPORTIF Par Oscar Major MOULES BRISES A JAMAIS ! Dans quelques jours, les joutes éliminatoires de fin de saison débuteront en vue de la conquête de la Coupe Stanley.Durant ces séries classiques, la question de savoir si les anciens joueurs de hockey professionnels valaient mieux que ceux d\u2019aujourd\u2019hui rebondira plus vive que jamais.De tout temps, on s\u2019est plu à comparer les anciennes étoiles aux nouvelles.Les vieux du sport prônent la supériorité de leurs favoris de toujours, bien entendu.Les jeunes défendent leurs idoles avec une chaleur enthousiaste, comme il se doit.L\u2019on se plaît à mettre en parallèle, par la pensée, les Newsy Lalonde, Georges Vezina décédé depuis 20 ans, Sprague Cleghorn, Aurèle Joliat, Howie Morenz, Charlie Gardiner, Eddie Shore, Bill Cook, Joe Malone, Nelson Stewart, etc., avec les meilleurs joueurs de hockey de nos jours.Pour discuter en toute indépendance, il faut être également distant du point de vue des anciens, trop enclins à louer le passé, comme de l\u2019opinion des plus jeunes, amoureux du présent, et examiner la question de la manière la plus objective possible.Il semble nécessaire, pour ce faire, de tracer un bref historique du hockey professionnel moderne.On note d\u2019abord une première période, celle du jeu scientifique où la passe régnait souveraine sur la glace.Cette évolution fit école.De ce moment, le hockey s\u2019orienta nettement vers l\u2019art de dribbler la rondelle, fait d\u2019intelligence dans l\u2019attaque et dans la défense, caractérisé par une habileté technique et une tactique sans cesse accrue.L\u2019épanouissement de ce style se place sensiblement dans les quinze années qui suivirent l\u2019autre Grande Guerre.Alors, les jeunes joueurs avaient plus de chances de développer leurs talents athlétiques, parce qu\u2019ils restaient plus longtemps sur la glace.Aujourd\u2019hui, les règlements le voulant, un joueur n\u2019a pas joué 20 minutes par joute qu\u2019il est exténué ou presque.Enfin, tranchant sur sa devancière, la période actuelle, depuis quinze ans, est marquée par l\u2019éclosion d\u2019un genre nouveau à l\u2019américaine, fait de plus d\u2019ardeur et de moins de finesse.On joue brutalement, aveuglément, safls souci des fioritures.Certes, on voit encore un petit nombre de bons tricoteurs à la Joliat, mais ils font figure de centenaires.Bref, le style scientifique n\u2019est presque plus de mode.De ce revirement, quelles sont donc les raisons ?Notre époque est placée sous le signe de la vitesse.Il faut, en toutes choses, dans le minimum de temps, faire un athlète de première zone en quelques mois.Pour atteindre ce but, il ne faut s\u2019embarrasser de détails.Droit au but ! telle est la devise à la page.La sélection se fait par la vitalité, de préférence, l\u2019ardeur brutale et la force aveugle.Mais il y a, au renouvellement du hockey majeur, une autre raison, à la fois historique, psychologique et commerciale.Le pulic américain du hockey aime le jeu rude, le cafouillage et la vitesse.Comme la raison du plus fort est toujours la meilleure, les clubs de la Ligue Nationale et des ligues mineures formant 98 % du hockey professionnel aux Etats-Unis, les mogols de notre sport national manœuvrent en sorte de fournir au public américain le genre de jeu qu\u2019ils aiment, sans trop s\u2019occuper des gouts des spectateurs canadiens, plus connaisseurs.Pourvu que les directeurs attirent des foules aux guichets \u2014 le Chicago aura joué devant 500,000 personnes payantes sur sa patinoire, cette saison \u2014 c\u2019est ce qui compte, en premier lieu.La majorité des anciens joueurs de 1910 à 1933 affirment que la supériorité des As du passé, par rapport aux étoiles actuelles, est indéniable, conséquence d\u2019un entraînement beaucoup plus pousse, en surface et en profondeur, que celui de nos jours.Nous n\u2019épousons pas entièrement leurs vues.Chercher, trouver, dire et expliquer les motifs de pareille opinion constituerait une occasion de douce rigolade, à la base de laquelle l\u2019amour-propre, l\u2019orgueil et la désaffection du sport qui fit leur gloire occuperaient une place de tout premier ordre.A notre avis, il n\u2019y a aucun motif pour que les athlètes modernes vaillent moins que leurs prédécesseurs.Au point de vue physiologique général, l\u2019humanité n\u2019accuse aucune régression.Nous ne sommes pas plus mal fichus que nos ancêtres.En revanche, que de supériorité n\u2019avons-nous pas sur ceux qui vinrent avant nous.L\u2019âge moyen est en progression, grâce à l\u2019hygiène, au régime alimentaire.Et nous avons encore pour nous le perfectionnement des méthodes, des préparations, de l\u2019entraînement.Pensez-y, jusqu\u2019à nos médecins qui s\u2019améliorent ! On pourrait mettre, à l\u2019actif des anciens athlètes professionnels, plus de zèle, d\u2019enthousiasme, une volonté plus farouche de gagner ou, du moins, de jouer sa chance jusqu\u2019à la dernière minute, sans laisser le terrain à la suite de mauvaises décisions de l\u2019arbitre.Tout de même, les moules qui ont façonné les Eddie Shore, Howie Morenz, Aurèle Joliat et Bill Cook semblent brisés à jamais.Dommage !.GERARD COTE ROBERT ASHLEY, originaire d'Australie, six pieds, 165 livres, acteur de l'écran américain, est le meilleur joueur de tennis du monde cinématographique.A ses heures de loisir, il manie la raquette avec dextérité, de 10 à 12 heures par semaine.On le voit en train de servir à l'adversaire une balle foudroyante.ROBERT ASHLEY, de son vrai nom Edward Ashley Cooper, vient de remporter une victoire.D'un bond preste, il saute par-dessus le filet.Outre le tennis, il pratique le ski et la natation, toute l'année durant, en Californie.Le marathonien canadien-français Gérard Côté, qui prendra part au prochain 26 milles 385 verges de Boston où il excellera de nouveau, sans doute, a l\u2019amour de la course à pied chevillé au cœur.La route c\u2019est son paradis.Le galop, son sacerdoce.Pour Gérard, rien n\u2019existe de plus beau.Il s\u2019enthousiasme lorsqu\u2019on lui parle de foulées.Il devient d\u2019une singulière éloquence sur son sujet si cher.Toutefois, il est hostile à la course à pied féminine.Nous aussi.Nous lui demandions si le sport féminin avait son assentiment.\u2014 Non, nous a-t-il dit catégoriquement.Hormis, la marche, la culture physique, le tennis et la natation, je ne vois pas du tout le sexe féminin se livrer à nos jeux .-\u2014 Mais il s\u2019agit de la course à pied !.La femme possède des jambes, tout comme l\u2019homme ?Pourquoi lui défendre de s\u2019en servir ?\u2014 Sa structure n\u2019est pas la même .Certes, vous me direz qu\u2019aux temps anciens la femelle avait besoin de courir comme le mâle, pour échapper aux dangers, ou encore poursuivre le gibier .J\u2019ai lu cela quelque part.Il faut considérer que ces temps sont révolus, que des siècles ont passé, modifiant considérablement les conditions de l\u2019existence respective de la femme et de l\u2019homme.\u2014 Tu vas te faire honnir, Gérard ! Tu affirmes que la femme ne sait pas courir.Gérard Côté répliqua plus lentement, cette fois : \u2014 Ce n\u2019est pas tant la violence de l\u2019effort que l\u2019absence de grâce qu\u2019il impose que je veux voir éviter aux aspirantes de la course à pied.\u2014 Alors, tu vas en venir à ce qu\u2019elles courent en privé ?\u2014 Pourquoi pas ?Si elles y tiennent absolument, oui.Qu\u2019elles ne nous infligent pas le désastreux spectacle de figures tordues, de poitrines haletantes exagérément, de regards quelque peu vitreux .[ Lire la suite page 51 ] 8 Le Samedi, Montréal, 23 mars 1946 Récit sentimental KMWtm, SM « mm Par SAINT-ÀQUILIN I \u2014 ON DEMANDE UNE OUVREUSE Bourse de New-York et dame, leurs acheteurs eannette était sans place.On était en pleine morte-saison.Les Américains venaient de boire un bouillon à la n\u2019étaient point venus en France pour voir et admirer nos collections, ainsi qu\u2019ils le faisaient chaque année.Si bien que la plupart des maisons de couture de la rue de la Paix, avaient dû licencier une partie de leur personnel, en raison de la pénurie des affaires.\u2014 Chic ! s\u2019était écriée comme une petite écervelée, la jolie Jeannette, quand elle apprit qu\u2019on allait lui régler son compte, chic, on va pouvoir faire la grasse matinée.Depuis le temps que j\u2019en ai envie.\u2014 Oui.Tu vas voir ça, lui rétorqua Marcelle, quand ta mère va te savoir sans travail, comment qu\u2019elle va bondir au plafond et te réveiller le lendemain matin, plus tôt que d\u2019habitude, pour que tu puisses aller chercher du business.En fait de dodo, tu trotteras par les rues.Tu crois ça ?Oh ! mon Dieu, elle attendra bien un jour ou deux.Y\u2019a encore des sous à la maison et des croûtes de pain dans le buffet.\u2014 Seulement, dans quinze jours, c\u2019est le terme, et Mme Ducordon te fera sa plus belle révérence.\u2014 Ah ! zut, je n\u2019y avais pas songé.Non, crois-tu, quel cauchemar ! Qu\u2019allons-nous devenir ?Et dire qu\u2019il y en a, du côté du Parc Monceau, qui s\u2019embêtent à mille francs la minute dans des appartements de quarante mille francs ! a \u2014 Et ils ont auto, domestiques, château, poulet rôti tous les jours, et champagne à discrétion, tandis que nous.\u2014 Nous?On a des moules marinières, des pommes de terre frites et du Château-Lapompe, grand cru.En fait de domestiques, on se prend par la main, on s\u2019admire devant la glace et on joue du balai tant que ça peu.\u2014 Aussi, on ne s\u2019embête pas.On trouve la vie belle.\u2014 Mais toi, ma petite Marcelle, que comptes-tu faire ?\u2014 N\u2019importe quoi.Tous les métiers sont bons, du moment qu\u2019on y gagne sa vie honnêtement.Ce que je trouverai, je le prendrai.Il ne s\u2019agit pas de faire sa fine bouche, ni sa mijaurée.Mon père est perclus de douleurs.Il ne peut plus guère travailler.Maman tricote à la maison.Mais ses pauvres yeux sont bien fatigués.En fait de grasse matinée, demain matin, j\u2019achèterai le journal dès sa parution.Je lirai les petites annonces .\u2014 On dit qu\u2019elles ne sont guère sérieuses.\u2014 Sérieuses ou non, j\u2019irai voir ce qu\u2019elles promettent.Si ça me semble louche, bonsoir.Si c\u2019est comme il faut, on trouvera bien moyen de s\u2019arranger.\u2014 C\u2019est une idée.J\u2019en ferai autant.\u2014 Oui, cela vaudra mieux que de t\u2019attarder dans ton lit.\u2014\tOn y fait pourtant de jolis rêves.\u2014\tComment, tu crois encore au prince charmant, à l\u2019homme riche, qui viendra la bouche en chose de poule, te proposer son nom et sa fortune ?\u2014\tDame ! J\u2019ai tout ce qu\u2019il faut pour cela ! Et les deux cousettes se mirent à rire joyeusement.Cela ne valait-il pas mieux que d\u2019en pleurer ?\u2014 Mesmoiselles ! On vous demande à la caisse, s\u2019écria la première.\u2014 Bon.On y va, dirent-elles ensemble.Elles étaient déjà coiffées.Un manteau enveloppait, moulait, gracieusement leurs formes fines.Elles se poudraient tout en bavardant.Aussi, s\u2019empressèrent-elles de se rendre auprès de la caissière.Dix minutes plus tard, elles étaient dans la rue, sans place, sans avenir et sans espoir.Sur la place de l\u2019Opéra, les camelots vendaient les journaux du soir.\u2014 Demandez l\u2019Intran !.criait l\u2019un d\u2019entre eux.\u2014\tTiens! dit Jeannette, moi qui ne lis jamais un journal, je vais en acheter un, pour une fois.C\u2019est une dépense luxueuse.Mais il paraît que celui-là contient pas mal d\u2019annonces.C\u2019est le moment ou jamais de tenter sa chance.Elle s\u2019exécuta.Et tout en dévalant l\u2019escalier du métro, elle put lire l\u2019entrefilet suivant, parmi les multiples annonces : « On demande des ouvreuses, jeunes et jolies.S\u2019adresser le matin de 9 à 10 heures, 3, cité Rougemont.» \u2014 Dis donc, ma vieille, voilà notre affaire Ça nous changera de tirer l\u2019aiguille.On verra des pièces, des films, des artistes connus .\u2014 Penses-tu ! Ce sont des places qu\u2019on achète, qu\u2019on vend.\u2014 Comment cela ?Bien sûr.C est comme les places des garçons de cafe.Ça se vend au plus offrant.Leurs pourboires, qui sont toujours conséquents, sont exploités par les patrons, qui en profitent le plus, alors qu\u2019ils en ont le moins besoin.\u2014 Tu crois qu\u2019on me demandera de l\u2019argent ?\u2014\tVas-y voir demain.Comme ça, tu en auras le cœur net.C est une idee.Si c est ainsi, on cherchera autre chose.Regarde donc, les places ne manquent pas.On réclame du personnel partout.Le chômage n\u2019est pas général.ni caporal ! Il \u2014 PREMIERES ILLUSIONS u rentres déjà, ma chérie, dit sa mère, à Jeannette.\u2014 Oui, maman, nous sommes licenciées.Le travail ne va pas.\u2014 Oh ! mon Dieu, qu\u2019allons-nous devenir.C\u2019est le terme.\u2014 Ne t\u2019en fais pas.On trouvera quelque chose demain.En attendant, voici ma paye.A nous, les poulets rôtis et le champagne frappé.\u2014 Petite malheureuse ! J\u2019ai encore le gaz à payer ; l'électricité viendra la semaine prochaine.L\u2019assurance se présentera à la fin du mois.Comment vais-je faire pour contenter tout le monde ?Je n\u2019ose faire des calculs, de crainte de ne pouvoir joindre les deux bouts.\u2014 Et moi qui avais besoin d\u2019une robe.Je n\u2019ai plus rien à me mettre ! \u2014 Enfin, peut-être, qu\u2019en calculant bien, j\u2019arriverai à satisfaire tout le monde.Mais qu\u2019allons-nous devenir quand ta paye sera mangée ?\u2014 Mais, maman, j\u2019aurai trouvé d\u2019ici-là, une bonne place.\u2014 Tu en es sûre, ma pauvre petite ?Si le chômage existe dans la couture, il est permis de croire, qu\u2019il gagne, hélas ! les autres corporations.Pas toutes, maman.Tiens, regarde donc les offres d\u2019emploi que contient ce journal.\u2014 Ah ! mon Dieu, c\u2019est heureusement vrai.t \u2014Oui- Et demain, j\u2019irai me présenter là, ousque l\u2019on demande des ouvreuses.\u2014 Des ouvreuses ! Tu veux être ouvreuse ?,\tn\u2019y a Pas de sot métier.Ça ne doit pas être très difficile de placer sur les fauteuils, les gens qui vont au spectacle.\u2014 Ça te fera rentrer bien tard.La nuit, les rues ne sont pas très sûres.On y fait de mauvaises rencontres.Cette nuit encore, pas loin d\u2019ici, des passants ont ete assaillis et dévalisés.C\u2019est par miracle, qu\u2019ils n ont pas été tués.SONNET D\u2019OR Dans le soir triomphal la froidure agonise Et les frissons divins du printemps ont surgi ; L'Hiver n'est plus, vivat ! car l'Avril bostangi.Du grand sérail de Flore, a repris la maîtrise.Certes, ouvre ta persienne, et que cet air qui grise.Se mêlant aux reflets d\u2019un ciel pur et rougi Rôde dans le boudoir où notre amour régit Avec les sons mourants, que ton luth improvise.Allègre, Yvette, allègre, et crois-moi : j'aime mieux Me griser du chant d or de ces oiseaux joyeux, Que d'entendre gémir ton grand clavier d'ivoire, Allons rêver, au parc, verdi sous le dégel : Et la tu me diras si leur Avril de gloire Ne vaut pas en effet tout Mozart et Hœndel.Emil WELLIGHAN U auer voir ce que cest.En sortant de là, filerai voir d autres places.A demain, affaires sérieuses.A table, j\u2019ai l\u2019estor dans mes hauts talons Louis XV.La maman et sa jolie fille se miren table.Elles étaient seules.Veuve de bonne heure, Mme Babi avec courage, faisait des ménages d le quartier pour élever sa petite fille cl rie, le seul bien, le seul espoir qui restait d\u2019un tendre amour partagé.Oui, Mme Babèze avait été heurei gâtée, choyée, par un mari tendre lo\u2019 sincère et bon.Tous deux avaient connu le par bonheur.Tous deux avaient vécu d; la plus parfaite harmonie.Car le bonheur existe vraiment.Il en nous.Des esprits chagrins, acariâtres, n chants, peu sociables, prétendront pe etre le contraire et contesteront, au n riage, son utilité, son rôle social si i portant et l\u2019assurance qu\u2019il apporte à continuité de l\u2019amour.Ceux-là, quels qu\u2019ils soient, ne conn tront jamais le bonheur.Ils l\u2019effaroucl ront toujours.Mais les âmes simples, naïves et t< dres, lui font bon accueil.Il se laisse al apprivoiser.Il habite sous leur t Le Samedi, Montréal, 23 mars 1946 9 Il leur dispense ses plus exquises caresses et ses expressions les mieux choisies.Mme Babèze n\u2019avait connu que le parfait bonheur, pendant toute la durée de son mariage.Son mari gagnait suffisamment sa vie pour subvenir aux frais du ménage, et à l\u2019entretien de leur petite poupée jolie, qu\u2019ils avaient prénommée Jeannette.Cela aurait dû durer toujours.Hélas ! le destin est inexorable.Un soir, un brave agent s\u2019en vint aviser Mme Babèze, que son mari avait été ramassé, écrasé, sur la voie publique et transporté à l\u2019hôpital Lariboisière.En hâte, en larmes, elle s\u2019y était rendue.Leur entrevue fut courte.Le pauvre blessé eut juste le temps de lui dire : \u2014 Ma pauvre chérie .Courage !.Je t\u2019aimais tant.Embrasse pour moi Jeannette.Adieu .Ad.Deux jours plus tard, on l\u2019enterrait tristement.Le malheur de la pauvre veuve faisait peine à voir.Elle, qui avait été si heureuse ! Rien ne laissait prévoir qu\u2019une fin aussi tragique viendrait mettre un terme à des félicités, somme toute, méritées.Son accablement, immérité, lui attirait toute la sympathie du quartier.Est-ce suffisant pour vivre ?Non point.Pour élever sa petite fille, il lui fallait faire des ménages éreintants, car la rente, que fut condamné à lui servir la Compagnie d\u2019assurances, n\u2019était pas suffisamment élevée.Mais avec du courage, de la volonté, et des économies implacables, les gens du peuple \u2014 qui assurent la continuité de la race et des mœurs bien françaises \u2014 surmontent les difficultés.Et Jeannette, un jour, fut en âge de travailler à son tour.La richesse ne s\u2019installa pas en maîtresse, dans leur modeste logis.Non.Mais la gêne, la triste perspective du lendemain, en furent chassées.Le gain, quand il est journalier et continu, permet d\u2019équilibrer le budget.On peut tabler sur lui.On peut compter sur son rapport et régler sa vie et ses dépenses en conséquence.Le pauvre, ainsi, avec de faibles moyens, sait se rendre heureux.H ne faut pas, toutefois, que la maladie, ou le chômage, vienne apporter la perturbation dans un ensemble si difficilement échafaudé.C\u2019est pourquoi Mme Babèze, avec juste raison, se désolait du licenciement de sa fille, de la maison Paquin.Tout en dînant, et pour chasser les soucis qui avaient pris place, à nouveau, dans leur petit intérieur, Jeannette disait : \u2014 Tu verras, ma pauvre maman, la bonne place que je vais trouver.C\u2019est un bien pour un mal, ce qui vient d\u2019arriver.Ça me permettra de mieux connaître la vie.Depuis deux ans que je travaillais rue de la Paix ; à part mon métier, je n\u2019ai rien appris.Je ne connais pas grand\u2019chose.Il est, je crois, des métiers plus rénumérateurs, plus agréables même à accomplir.\u2014 Oui, évidemment, ma chère petite.Mais.\u2014 Tu te souviens de Germaine.Eh bien, elle est entrée comme sténo-dactylo dans une grande banque.Elle gagne plus de mille francs par mois.Elle a trois semaines de congé payés par an et des gratifications à la fin de l\u2019année.Cfest beaucoup mieux que chez Paquin.\u2014 C\u2019est vrai ! Mais elle n\u2019a pas d\u2019avenir.Tandis que toi, tu avais la chance de pouvoir devenir première ou bien encore d\u2019obtenir, à un concours, un premier prix de couture qui t\u2019aurais mis en valeur.\u2014 Oui, chaque métier a ses avantages et ses inconvénients.N\u2019empêche que je ne regrette rien.Il faut que je me débrouille.Je ferai en sorte d\u2019y parvenir.Je ne sais encore ce que l\u2019avenir me réserve, mais il me semble que je vais me rendre sur le chemin qui mène au bonheur et à la fortune.\u2014 Allons ! Allons, ma chère petite, ne te fais pas d\u2019illusions.Le réveil est loin, souvent, de ce qu\u2019on a entrevu en songe.Et je ne crois pas que des ouvreuses, même jolies comme toi, soient devenues millionnaires et enviées.\u2014 Raison de plus pour que je commence.Ill \u2014 LE PALACE La façade d\u2019un théâtre, d\u2019un music-hall, d\u2019un cinéma est très souvent éblouissante, grandiose, et féerique.Contemplez les façades du Moulin-Rouge et des Folies-Bergères, il est incontestable qu\u2019elles sont originales et artistiques.Elles attirent les regards ; elles fixent l\u2019attention.Il est impossible de ne pas les admirer, quelle que soit l\u2019opinion qu\u2019on peut avoir sur les lieux de plaisir.Pénétrez dans ces temples de la gaieté, de la musique, de l\u2019esprit et de la joie, les salles que vous pourrez admirer, sont luxeuses, propres et aérées.On s\u2019y sent à l\u2019aise.On y reviendra, tant le confort vous convient, tant le spectacle vous met le cœur en gaieté.Par contre, visitez les coulisses des établissements les mieux cotés.Vous sauterez au plafond, non plus de ravissement, mais de stupéfaction bien compréhensible.Là, la propreté est ignorée.L\u2019hygiène, n\u2019existe pas.La lumière du jour n\u2019y pénètre jamais.Tout est désordre, tout est sale, poussiéreux.Des portants, des décors encombrent les couloirs ; des fils électriques traînent à terre.Une jeune danseuse, un soir, fut électrocutée en attendant son tour de paraître en scène ; des accessoires sont jetés pêle-mêle sur le plancher et un relent pestilentiel vous chatouille désagréablement les muqueuses.En dehon du feu sacré qui animait René, un autre feu plus tendre, plus humain, prenait place dans son coeur.Dessin de JEAN MILLET 10 Le Samedi, Montréal, 23 mars 1946 C\u2019est l\u2019envers du décor ! Evidemment, pour parvenir au bureau du Directeur, c\u2019est un peu plus soigné, à la condition, toutefois, qu\u2019il exige de son personnel, un coup de balai et de plumeau.Comme tant d\u2019autres, Jeannette s\u2019imaginait qu\u2019elle allait pénétrer dans un eden enchanteur, dans un paradis somptueux, en se présentant dans les coulisses du Palace.Hélas, elle dut déchanter.Oui, ce matin-là, elle s\u2019était levée de bonne heure, désireuse de ne pas prolonger son chômage plus qu\u2019il ne se doit.Elle était partie de chez elle, décidée à ne rentrer qu\u2019à la maison, avec un emploi certain pour le lendemain.Et son cœur battait bien fort, quand elle poussa la porte de la cité de Rougemont.N allait-elle pas enfin connaître les coulisses, les vraies coulisses, non point de l\u2019amour, mais du théâtre ?N allait-elle pas être initiée aux histoires des vedettes dont elle connaissait les noms, tant vantés par une publicité tapageuse et répétée.N allait-elle pas toucher, frôler, connaître ceux et celles dont, secrètement, elle enviait le sort ?Mais déjà son ardeur, son audace, son désir d\u2019être agréée, l\u2019abandonnaient.Une multitude diverse envahissait l\u2019étroit escalier qui conduisait au bureau directorial.Des femmes étaient assises sur chaque marche.Elles embouteillaient le passage, sciemment, pour ne pas permettre aux dernières arrivées, d\u2019accéder avant elles à la Terre promise.Pourtant, elles se levaient, se dérangeaient, avec regret, quand un homme ou une femme, habitués de ces lieux, d\u2019un geste impératif, exigeait le droit de passage.Jeannette, pouvait-elle se permettre pareil acte d\u2019autorité, elle qui ne connaissait ni personne, ni seulement l\u2019endroit où il fallait s\u2019adresser.Elle se doutait bien que toutes ces femmes, jeunes ou vieilles, venaient là pour le même motif qui l\u2019avait fait agir.Elle n\u2019avait donc qu\u2019à attendre son tour.Serait-elle reçue ?Elle en doutait, car l\u2019heure tournait et personne ne s\u2019en allait.\u2014 Ah ! mon Dieu, pensait-elle, qu\u2019il est donc difficile de gagner son pain quotidien, même lorsque l\u2019on est prête à travailler durement, pour un bien faible salaire.Pourtant, des conversations s\u2019échan-geaint entre ces dames.Elles paraissaient se connaître, du moins, certaines d\u2019entre elles.\u2014 Alors, vous n\u2019êtes plus à l\u2019Empire, demandait une vieille femme à sa voisine ?\u2014 Si.Seulement, je venais voir ici ce qu\u2019ils voulaient nous proposer.\u2014 Oh ! c\u2019est la même direction .Ça doit se valoir.\u2014 Mais il paraît que les pourboires sont meilleurs.Il y a plus d\u2019étrangers.\u2014 Pensez-vous ?\u2014 Pardon, mesdames ! s\u2019écria soudain, un Monsieur chic, distingué, qui pénétrait avec autorité dans le saint lieu et qui ne paraissait pas résolu à patienter là, plus de temps qu\u2019il ne devait.Les femmes s\u2019écartèrent respectueusement.Elles ne protestèrent pas contre l\u2019intrus qui, lui, ne perdrait pas en vain des heures, à attendre une décision problématique.\u2014 C\u2019est monsieur Dranem, dit l\u2019une à mi-voix.Jeannette entendit la confidence.Ainsi, c\u2019était le célèbre artiste si populaire qui lui avait demandé pardon pour pouvoir passer.Comme il était différent à la ville, de la scène sur laquelle il remportait d\u2019incontestables sucés.Ce n\u2019était plus un comique qui songeait à faire rire le public; c\u2019était un Monsieur, très bien sous tous les rapports, qui venait certainement de descendre de son auto, pour accourir à un rendez-vous d\u2019affaires important.Et cette rencontre imprévue, dans les coulisses de ce music-hall, lui faisait songer à des désirs qui lui étaient venus un soir, en contemplant sur l\u2019écran d\u2019un cinéma de Montmartre, un film créé par la célèbre Mary Pickford.Le jeu de l\u2019artiste, sa beauté naturelle, ses grâces naïves de jeune cousette, le rôle même qu\u2019elle jouait \u2014 c\u2019était, elle s\u2019en souvenait, un rôle de jeune vendeuse \u2014 avaient fait naître en elle, une vocation artistique.Elle avait quitté la salle, convaincue qu\u2019un jour, elle deviendrait, elle aussi, une star réputée.Mais le lendemain matin, quand elle s\u2019était réveillée dans son étroit petit lit, elle ne put s\u2019empêcher de sourire, en se remémorant sa soirée.Comment donc parviendrait-elle à s imposer au public, elle, qui n\u2019était qu une simple et honnête cousette, pauvre, sans relations, sans amitiés précieuses, d\u2019une ignorance complète sur tout ce qui pouvait toucher le théâtre, le cinéma et la littérature ?Il lui fallait travailler.Elle ne pouvait perdre un jour.D\u2019ailleurs, à son atelier on n\u2019accordait au personnel que des permissions motivées, avec preuves à l\u2019appui.Que disait-elle pour aller à .Oui, au fait à qui fallait-il s\u2019adresser pour offrir ses services de star ?Jeannette, qui n\u2019était point sotte, avait pris le parti de rire de ses ambitions extravagantes et irréfléchies.Elle resterait cousette toute sa vie, jusqu au jour où un honnête garçon, capable d\u2019assurer à lui seul, la vie matérielle du foyer, l\u2019unirait, par devant Monsieur le Maire et Monsieur le Curé, à sa destinée simple, laborieuse et régulière.Ce rêve pur, n\u2019était-il pas plus facile à atteindre que celui que veut créer l\u2019orgueil des individus ?Mais Jeannette s\u2019impatientait.L\u2019heure tournait.Son temps était précieux.Elle n\u2019avait pas les moyens de gâcher ses heures de liberté passagère.Sa pauvre maman attendait après sa paye pour équilibrer son budget.Tant pis, elle ne connaîtrait point les coulisses de la scène.Elle ne serait pas ouvreuse.Elle allait chercher autre chose.Ainsi, à l\u2019instant où elle se décidait à quitter ces lieux encombrés, poussiéreux, remplis de courants d\u2019air malsains, deux hommes descendaient les marches de l\u2019escalier qui menait au bureau directorial.Us s\u2019excusaient de déranger les pauvres femmes qui attendaient là, patiemment, qu\u2019on leur offrit une manière honnête de gagner leur pain, et peut-être, les plaignaient-ils secrètement, car, à n\u2019en pas douter, ils avaient, eux aussi, connu des jours difficiles.La gloire, la fortune, ne s\u2019acquièrent pas d\u2019un coup de baguette magique.Il faut parfois souffrir avant d\u2019obtenir ce que l\u2019on peut appeler son bâton de maréchal.Et pourtant, que d\u2019individus se contenteraient de peu de chose pour être heureux.Une petite maison bien blanche, fleurie, avec un jardin, tout près d\u2019une petite route, suffirait à leur bonheur.Hélas, jamais, ils ne pourront réaliser leur modeste songe.Mais les deux hommes, deux artistes certainement, étaient arrivés au bas des marches.Us allaient passer devant Jeannette.L\u2019un d\u2019entre eux poussa du coude son compagnon.\u2014 Ah ! fit-il, soudainement étonné, voilà mon rêve.Jamais je n\u2019aurais songé à trouver ici la jeune et jolie personne que je recherche en vain depuis plus de trois mois.Jeannette se mit à rougir violemment.Jamais un homme ne lui avait parlé si brutalement, si cyniquement.Pour qui donc la prenait-il ?Elle allait lui répondre vertement.L\u2019homme comprit-il la méprise qui venait de se produire ?Certainement, car tout aussitôt, il adressa la parole à Jeannette : \u2014 Mademoiselle, permettez-moi de me présenter.Je suis René Lemarquis.Je dois tourner un film extraordinaire d\u2019après un scénario d\u2019un auteur très connu.Les principaux rôles sont distribués.Mais celui de l\u2019héroïne du film ne l\u2019est pas encore pour la raison que je n\u2019ai pas encore trouvé celle qui pourrait le personnifier.Oh ! ce n\u2019est pas les candidates qui m\u2019ont manqué, Mademoiselle, croyez-moi.J\u2019ai même organisé un concours et cela m\u2019a valu plus de trois mille demandes.Je les ai toutes examinées, car il faut absolument que je termine toutes mes prises de vues avant la fin de l\u2019année prochaine .Oh ! je n\u2019ai pas trop de temps.Les scènes ne s\u2019organisent pas au petit bonheur.U faut beaucoup de préparations.Bref, que faites-vous, Mademoiselle ?Qu\u2019attendez-vous ici ?Voulez-vous me répondre, si toutefois vous ne jugez pas mes questions indiscrètes.Jeannette était émue.Les mots ne parvenaient pas à lui sortir de la gorge.Ainsi, à l\u2019instant même où elle se désespérait de ne pouvoir être reçue, cm inconnu venait à elle et lui proposait un rôle principal à créer dans un film qui serait certainement appelé à un retentissement mondial.Mon Dieu ! mon Dieu !.allait-elle pouvoir enfin répondre à celui qui la dévisageait curieusement.Oui.U le fallait, d\u2019ailleurs, sous peine de passer pour une petite sotte.\u2014 Monsieur, articula J eannette, je suis cousette .Les deux hommes se regardèrent avec un étrange sourire.\u2014 Monsieur, continua-t-elle, je suis sans place, car le chômage existe, hélas, dans notre métier.Comme je suis pauvre, mais honnête, et que je dois aider ma mère, je cherche une place, n\u2019importe laquelle.\u2014 Vous voulez être figurante?firent les deux hommes surpris.\u2014 Non.On demande ici des ouvreuses.C\u2019est pourquoi j\u2019attends mon tour d\u2019être reçue.\u2014 Pauvre petite.Venez avec nous.Ayez confiance en nous.Nous ne sommes pas des bandits ! Nous allons vous proposer quelque chose de sérieux.IV \u2014 UNE BONNE PLACE uand Jeannette rentra à la maison, sa mère lui demanda sans grande conviction : \u2014 Eh bien, ma chérie, as-tu trouvé quelque chose ?A-t-on pris ton nom et ton adresse pour cette place d\u2019ouvreuse ?Non.On ne m\u2019a pas reçue seulement.Je m en doutais.J\u2019aime mieux ça, aussi.Le théâtre, le concert, le music-hall, sont des lieux où les jeunes filles se corrompent.Le plaisir attire et fascine.II fait perdre la tête et parfois la vertu.\u2014 Oh! maman!.à celles qui le veulent bien.Tout le monde ne tourne pas mal.En voilà des idées que tu te fais.\u2014 Oui, j\u2019ai peut-être tort.Je ne suis plus de mon siècle.Des idées nouvelles se ront jour.Place aux jeunes.Alors, qu as-tu trouvé ?Rien ! \u2014\tSi maman.\u2014\tC\u2019est vrai ?\u2014\tOui, une bonne place même! Oh ! Serais-tu chançarde 7 Tant mieux.\u2014\tÇa se pourrait bien.\u2014\tC\u2019est chez Dœuillet.Chez Amy-Lmcker.que tu rentres ?Non.J abandonne définitivement la couture.\u2014\tEt pourquoi ça, Mademoiselle \u2019 \u2014\tParce que mes nouvelles occupations n ont aucun rapport avec elle.Tu entres dans les bureaux ?[ Lire la suite page 13 ] L'HOROSCOPE DU \"SAMEDI\" ( Nouvelle série) 6\t3\t7\t2\t8\t4\t3\t7\t2\t6\t5\t3\t8\t2\t8\t4 C\tI\tN\tA\tA\tP\tL\tE\tP\tA\tP\tV\tT\tP\tT\tR 5\t8\t4\t7\t2\t6\t3\t8\t5\t2\t7\t6\t3\t8\t2\t5 E\tE\tE\tR\tR\tC\tO\tN\tN\tE\tE\tH\tU\tT\tN\tS 5\t8\t2\t7\t3\t6\t4\t7\t2\t5\t3\t6\t4\t2\t8\t3 E\tI\tE\tG\tS\tE\tN\tR\tZ\tZ\tF\tZ\tE\tA\tO\tA 8\t4\t7\t3\t5\t6\t2\t8\t4\t7\t3\t6\t2\t5\t4\t8 N\tZ\tE\tU\tA\tV\tV\tA\tU\tT\tT\tO\tO\tU\tN\tU 4\t8\t2\t6\t5\t3\t7\t4\t2\t7\t3\t6\t5\t2\t8\t4 R\tX\tU\tS\tX\tD\tT\tE\tS\tE\tU\tE\tP\tS\tJ\tP 6\t3\t7\t2\t5\t6\t3\t8\t7\t2\t6\t5\t3\t7\t4\t5 N\tC\tZ\tE\tA\tN\tR\tA\tR\tR\tU\tU\tA\tI\tO\tV 5\t8\t2\t6\t4\t8\t5\t7\t2\t8\t5\t7\t3\t8\t6\t2 R\tL\tV\tI\tS\tO\tE\tE\tI\tU\tS\tN\tN\tX\tS\tR Comptez les lettres de votre prénom.Si le nombre de lettres est de 6 ou plus, soustrayez 4.Si le nombre est moins de 6, ajoutez 3 Vous aurez chaque chiffre-clef, de gauche à droite.Ceci fait, vous n\u2019aurez qu\u2019à lire alors votre chiffre-clef.En commençant au haut du rectangle, pointez votre horoscope donné par les mots que forme le pointage de votre chiffre-clef.Ainsi, si votre prénom est Joseph, vous soustrayez 4 et vous aurez comme clef le chiffre 2.Tous les chiffres 2 du tableau ci-dessus représentent votre horoscope.\t1 , Droits réservés 1945, par William J.Miller.King Features, Inc. Le Samedi, Montréal, 23 mars 1946 11 ¦F Pencher son assiette est strictement une affaire de goût \u2014 certains penchent leur assiette vers eux -\u2014 d\u2019autres, du côté opposé.Ceux qui sont à cheval sur l'étiquette avaient l\u2019habitude de dire \u201cNe penchez jamais votre assiette\u201d, niais nous pensons que c'était avant d\u2019avoir goûté à la Soupe au Poulet et Nouilles Campbell's.Car cette soupe est tellement délicieuse que vous ne voulez pas en perdre une seule goutte ! Il y a du poulet en abondance dans cette soupe au poulet et nouilles \u2014 voilà pourquoi.Elle est faite à la mode de chez nous \u2014 avec de beaux poulets dodus qui mijotent doucement pour donner un bouillon doré imprégné de leur saveur riche.Les nouilles aux œufs sont faites aussi à 1 ancienne mode.Et il y a des morceaux de poulet tendre pour chaque assiettée.Oui \u2014 vous direz que c\u2019est le genre de soupe au poulet et nouilles que vous aimez.Et les aliments n étant pas encore très abondants, l'étiquette \u2014 même la plus stricte \u2014 vous permet de pencher votre assiette ! Alors, penchez-la à loisir, et savourez jusqu\u2019à la dernière cuillerée cette délicieuse soupe au poulet.Avec cette soupe si bonne, Ma foi, n\u2019hésitez vraiment pas, Penchez votre assiette et personne Ne vous en voudra pour cela ! RECHERCHEZ L\u2019ÉTIQUETTE ROUGE-ET-BLANC SOUPE AU POULET ET NOUILLES PREPAREE PAR CAMPBELL'S AU CANADA 12 Le Samedi, Montréal, 23 mars 1946 : -, ssecèi?- \u2022«rfî-ySEl éériwÿ*.; \u2022- api mk ;.:- ,\t.\u2014 v> :,-C* IliBlvÊ âV'% ggjgaisg ,v> X atrfC ,; : JSÔ^èsÉSKgÿ^l r&fgfe&i La Maison des Jésuites de Sillery, dont la construction remonte à 1 637, est, croit-on, la plus vieille construction résidentielle au Canada.Un incendie détruisit cette maison en 1 657, mais ses murs épais restèrent debout et elle fut reconstruite la même année.Presque tout l\u2019intérieur actuel remonte à cette époque.Donnée à la province par la famille Dobell en 1924, la Maison des Jésuites est aujourd\u2019hui administrée par la Commission des Monuments Historiques.Une foule de visiteurs s\u2019y rendent chaque été de Québec, situé à six milles de distance.Peint pour Motion par A.Sheriff Scott, R.CJ, \u2022 que seules les années peuvent donner Le temps a épargné cette relique précieuse de la Nouvelle-France.Et on peut trouver ainsi, dans de paisibles villages du Québec où à l\u2019ombre des gratte-ciel de nos cités modernes, bien d\u2019autres vestiges d\u2019une époque disparue.Ils rappellent les débuts héroïques du Canada et le souvenir des vaillants pionniers qui contribuèrent à la fondation de notre pays.Cet été, découvrez par vous-mêmes ces immeubles historiques.Voyagez par les routes de notre province.Arrêtez-vous dans ses hôtels et ses pensions.Explorez ses parcs nationaux, visitez ses grandes industries et appréciez la production de ses métiers du terroir.Apprenez à mieux connaître le Québec et sa population.La Brasserie MOLSON Limitée 13 Le Samedi, Montréal, 23 mars 1946 \u2022arî JA JEANNETTE, STAR DE CINEMA Gale Storm, vedette dans \"Swing Parade of 1946\" (Production Monogram) [ Suite de la page 10 ] \u2014 Non.Au cinéma ! \u2014 Au cinéma ! Pourquoi faire ?Pour jouer le rôle principal dans un film qui s\u2019intitulera, je crois, Les cousettes de Paris.Avoue que j\u2019étais bien qualifiée pour tenir un rôle là-dedans.\u2014 C\u2019est sérieux ce que tu me dis là ?Rien de plus sérieux, maman.Va, tranquillise-toi, ta fille n\u2019est pas tombée dans un piège.Assis-toi là.Nous avons le temps .Mais non.Tes pommes de terre frites vont brûler !.Eh bien, à table, je vais te raconter ça, tout en déjeunant.C\u2019est presque un conte de fée .Les deux femmes s\u2019installèrent autour de la nappe blanche, sur laquelle reposaient, couverts, pain et bouteilles.La maman s\u2019en fut chercher à la cuisine, deux petites côtelettes de mouton qui finissaient de rôtir sur le fourneau à gaz.Elle les apporta, les mit dans chaque assiette et disposa tout autour des pommes, frites à point, soufflées comme une grenouille qui voudrait se faire aussi grosse qu\u2019un ruminant.Jeannette paraissait joyeuse.Son visage resplendissait d\u2019une joie intérieure qui ne demandait qu\u2019à s\u2019épancher.Mme Babèze, qui connaissait bien sa fille, en éprouvait une joie secrète qui apaisait ses justes alarmes, ses craintes et ses appréhensions.\u2014 Oh ! maman, comme elles sont belles tes frites, s\u2019exclamait ingénument sa fille.Je vais me régaler.Ça remplacera le poulet rôti, avantageusement, d\u2019autant plus que n\u2019y tiens pas plus que ça.Alors, tu veux savoir des choses ?Eh bien, on va te raconter ça, sans rien omettre.Tu connais la cité Rougemont ?\u2014 Ma foi, ça doit être près des grands boulevards ?.\u2014 Tu brûles.Je suis donc allée là, ce matin, pour la place d\u2019ouvreuse.C\u2019est le Palace qui demandait ça.Ah ! maman, si tu voyais l\u2019envers du con- \u2022 cert, ce que c\u2019est sale et affreux.Ça m\u2019a fait penser au pain qui se fabrique chez le boulanger ! Paraîtrait qu\u2019il ne faut pas voir comment que ça se manipule.On n\u2019en voudrait pas manger.\u2014 Petite malheureuse! veux-tu te taire.Ne vois-tu pas qu\u2019on déjeune ?\u2014 Ma foi, je n\u2019y pensais guère.Donc, je suis allée dans les coulisses du Palace .Ah ! ce monde pour cette place.Nous étions bien cinquante à soixante, qui attendions dans un étroit escalier.Et il passait à chaque instant, des hommes, des femmes qui, eux, n\u2019attendaient pas.A propos, j\u2019ai vu ce matin, Dra-nem ! \u2014 Ah ! \u2014 Oui.Quelle différence avec ce qu\u2019il est sur la scène.Ça n\u2019a pas l\u2019air d\u2019un méchant type.Et avec ça, pas fier.Il m\u2019a demandé pardon pour pouvoir passer.Naturellement, je lui ai fait place.Lui, n\u2019avait pas à attendre.\u2014 Parbleu! Il ne venait pas pour la place d\u2019ouvreuse.Les deux femmes se mirent à rire.\u2014 Non, certainement, reprit Jeannette.Et pourtant, avoue que dans un rôle comme celui-là, il.serait irrésistiblement drôle.Enfin, j\u2019attendais mon tour.Le temps s\u2019écoulait.Je m\u2019impatientais.J\u2019allais partir.J\u2019avais conscience d\u2019avoir perdu mon temps et cela même, m\u2019embêtait.-\u2014Pauvre petite.\u2014 Soudain deux Messieurs qui descendaient l\u2019escalier, s\u2019arrêtent, médusés, devant moi.\u2014 Tu es si jolie .Ah ! les hommes, ils sont tous pareils.Dès qu\u2019ils aperçoivent un cotillon qui leur plaît au lieu de passer leur chemin, sans faire de réflexions inutiles, vite, ils s\u2019empressent d\u2019être galants, aimables et empressés, comme si on attendait après eux .\u2014 Maman ! pour cette fois, tu n\u2019y es pas.Moi aussi, j\u2019ai cru sur le moment qu\u2019ils allaient me débiter des fadaises .Tu penses, j\u2019en suis revenue.J\u2019en ai déjà tant entendu sur mon passage.J\u2019avais envie de lui crier : « Musiciens, changez d\u2019air!» Je n\u2019en ai pas eu le temps.L\u2019un de ces Messieurs, tout aussitôt, se présentait à moi.Tu parles d\u2019un nez qu\u2019elles faisaient, les pauvres bougresses qui attendaient alors, comme moi d\u2019ailleurs, leur tour d\u2019être reçues.Et tout aussitôt, il me parle de cinéma, d\u2019un film à tourner, pour lequel il lui manquait la principale interprète.\u2014 Hein! Que dis-tu ?\u2014 La vérité, tout simplement.On nous écoutait.Ça le gênait.Il me demanda de le suivre.Il m\u2019inspirait confiance .\u2014 C\u2019était peut-être imprudent de suivre ainsi un homme que tu ne connaissais pas.Lis les journaux.Tu verras que certaines jeunes filles ont été entraînées au loin, dévalisées, par des individus sans aveu, qui pourtant, représentaient très bien.\u2014 Oui.C\u2019est possible.Mais j\u2019avais confiance.Je n\u2019eus pas à m\u2019en plaindre.Dehors, il héla un taxi.Dix minutes plus tard, je descendais devant un immeuble cossu.Là, était le siège de la Compagnie des Films-Cousette.Un garçon, doré sur tranche, médaillé, chevronné, nous ouvrit la porte.Une espèce d\u2019Américain, rasé, carré d\u2019épaules, vint au-devant de nous.Monsieur Lemarquis .\u2014 Comment dis-tu ?\u2014 Oui, Monsieur Lemarquis, le célèbre réalisateur de films retentissants, car c\u2019était lui qui m\u2019avait abordée .Tu le connais, maman ?\u2014- De nom, oui.On ne voit plus que lui dans les journaux qui s\u2019occupent de cinéma.On dit que c\u2019est un animateur talentueux, un as, un je ne sais quoi encore.Mazette, tu te fais des relations.\u2014 On fait ce qu\u2019on peut.Bref, ce Lemarquis salue l\u2019Américain et lui dit : « Mon cher Directeur, nous allons pouvoir bientôt commencer à tourner : Les Cousettes de Paris.Voici l\u2019oiseau trouvé.Vrai, que de temps avons-nous perdu.C\u2019est une cousette authentique.Elle est photogénique à souhait.» \u2014 En effet, approuva l\u2019Américain.\u2014 Eh bien, il faut l\u2019attacher à la maison, de suite, par contrat en règle.Ne lésinez pas.C\u2019est une étoile qui se lève au firmament.\u2014 Bon.Eh bien, Mademoiselle, daignez entrer dans mon bureau.Prenez ce siège.Combien voulez-vous gagner .Bref, mon contrat est signé.Le voici.Madame Babèze, incrédule le prit et lut.\u2014 Oh ! mon Dieu, dit-elle, mais c\u2019est impossible.une somme pareille.Es-tu certaine qu\u2019ils ne se sont pas moqués de toi.\u2014 Non, maman.Déjeune en toute tranquillité.Dans huit jours, nous partons pour Cannes.D\u2019ici là, tu m\u2019accompagneras journellement au studio pour prendre contact avec mes camarades.DEUXIEME PARTIE I \u2014 UNE GRANDE PREMIERE Soyez comme e soir-là, la façade de l\u2019Empire, le superbe music-hall de l\u2019avenue de Wagram, resplendissait de tous ses feux.Son éclairage intensif illuminait l\u2019avenue, comme en plein jour.Ayez des mains dont la douceur enchante.Facile, en soignant vos mains comme Gale Storm \u2014 avec la Lotion Jergens.7 sur 8 Vedettes soignent leurs mains avec la Lotion Jergens MAINTENANT\u2014PERFECTIONNEE.Les recherches de guerre ont dévoilé certains faits au sujet des soins cutanés, et les experts de Jergens en ont profité pour rendre cette célèbre Lotion Jergens encore plus efficace.Protège! 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Le proverbe « A chacun son métier et les vaches seront bien gardées » était toujours vrai.On s\u2019en apercevrait bien, à la grande parution du film.Et des gens considérables, dans la salle, critiquaient déjà les conceptions de René Lemarquis et l\u2019imprudence du Directeur des Films-Cousette qui avaient osé confier à une débutante, le rôle principal.Mais maintenant, tous se taisaient.La bande se déroulait devant une assistance qui s\u2019enthousiasmait au fur et à mesure que les péripéties se dévoilaient.Aussi, quand tout fut terminé, ceux-là même qui s\u2019étaient montré ses pires détracteurs, acclamaient-ils fougueusement Jeannette Babèze, quand elle vint sur la scène, en chair et en os, remercier le public de ses bravos et de ses encouragements.Ce fut du délire.Sa maman, dans les coulisses, pleurait de joie.Son Directeur exultait, enfin.Le triomphe était assuré.Les millions engagés feraient beaucoup de petits.Seul, René Lemarquis, se désolait.Son interprète préférée allait le quitter pour prendre un repos bien gagné.Quand la reverrait-il ?Leur contact journalier allait cesser, hélas ! Ah ! subitement, René Lemarquis comprenait pourquoi il avait travaillé avec tant de zèle, avec tant d\u2019application, avec tant de persévérance, avec tant d\u2019entêtement, §, mettre sur pied une bande aussi difficultueuse.Un autre, certes, aurait échoué là et se serait couvert de ridicule.Lui, avait réussi.Lui seul, pouvait réussir, car en dehors du feu sacré qui l\u2019animait, un autre feu plus tendre, plus doux, plus humain, prenait place dans son coeur.Mais Jeannette revenait de la scène, surchargée de fleurs somptueuses.___Ma fille ! Ma fille chérie, s\u2019écriait sa mère en pleurant de joie, je te dois les plus beaux moments de ma vie.___Mademoiselle ! disait à son tour, pâle et tremblant, René Lemarquis, grâce à vous, grâce à vous seule, j\u2019ai pu réussir ce film émotionnant.Je vous en garde une reconnaissance étemelle.\u2014\tMais vous plaisantez, lui dit Jeannette, c\u2019est moi votre obligée, c\u2019est moi qui vous dois tout.Sans vous, réfléchissez donc, je serais peut-être encore en train d\u2019attendre mon tour d\u2019être reçue, pour être ouvreuse à l\u2019Empire ! \u2014\tNon, Mademoiselle.Un autre que moi vous aurait remarquée.On n\u2019échappe pas à son destin.Mais il faut que je m\u2019éloigne, des admirateurs de votre beau et juvénile talent, tiennent à vous féliciter personnellement.\u2014 Non! Non! Je ne veux pas.Je n\u2019ai que faire de vils flatteurs que je suppose, par trop intéressés.Emmenez-nous, maman et moi, loin de tout ce bruit, loin de toute cette flagornerie déplacée.\u2014 Pourtant, vous vous devez .\u2014 Non.Votre amitié me suffit.Je vous crois un ami fidèle et dévoué.\u2014 N\u2019en doutez pas.Moi, qui ferais tout au monde pour vous être agréable.\u2014 Eh bien ! partons.Il \u2014 ON ANNONCE .Deux mois plus tard, sur la promenade de la Croisette, à Cannes, un couple harmonieux se promenait au bord de la mer éblouissante.Une bonne maman, joyeuse, les accompagnait.\u2014 Oh ! ma chérie, je t\u2019aime, disait l\u2019homme.\u2014 Mon coco, je t\u2019adore, lui répondait divinement la femme.Et le lendemain, dans tous les journaux, on pouvait lire l\u2019entrefilet suivant : « On annonce le prochain mariage de M.René Lemarquis, le talentueux animateur, avec Mademoiselle Jeannette Babèze, la célèbre star, l\u2019inoubliable créatrice du film : Les Cousettes de Paris.» Saint-Aquiltn.Quoiqu\u2019il en soit, cette surprenante conjoncture me valut l\u2019avantage d\u2019une première causerie intime avec Antoni.Et je fus heureux de rencontrer chez l\u2019homme une sincérité au moins équivalente à la subtilité que je venais une fois de plus d\u2019admirer chez le prestidigitateur.Devançant mes questions, il voulut bien me livrer quelques considérations sur son art en général et sur sa propre carrière en particulier.C\u2019est à douze ans, au collège, à l\u2019issue d\u2019une représentation donnée par un artiste belge, qu\u2019Antoni sentit pour la première fois se glisser en lui l\u2019esprit de la Magie auquel il décida sur-le-champ de vouer une part de son existence.Heureux envoûtement qui permit aux dons naturels d\u2019une remarquable personnalité de se développer, s\u2019extérioriser et s\u2019affirmer jusqu\u2019à la limite ultime de leur puissance car, en outre de l\u2019instinct inné, de la grâce actuelle en quelque sorte, il faut, selon Antoni, à quiconque désire atteindre un rang enviable dans cette science millénaire qu\u2019est la magie, de formidables ressources d\u2019adresse, d\u2019agilité musculaire, de rapidité de pensée, de contrôle sur soi-même et d\u2019ascendant sur les autres, de patience infinie jointe à une force de persuasion invincible, auxquelles, bien entendu, doivent s\u2019ajouter une somme incalculable de travail et une pratique continuelle.Ai-je assez bien fait de ne pas tenter fortune de ce côté ?\u201cUn principe fondamental de la magie, m\u2019affirme Antoni, c\u2019est que la main est plus vive que l\u2019oeil.Permettez que je vous en donne à l\u2019instant une petite démonstration.\u201d Ce disant, il a placé dans le creux de sa main un sou de cuivre qu\u2019il recouvre d\u2019un petit carré de bois verni.Instantanément, il enlève le bloc minuscule et je m\u2019aperçois que j\u2019ai dans la main une pièce de dix sous en argent.Il replace le bloc, l\u2019enlève du même mouvement et voici mon sou de cuivre retrouvé, la monnaie d\u2019argent étant volatilisée à son tour.Naturellement, je n\u2019ai rien vu, rien senti, rien deviné.Alors le magicien recommence le truc, lentement cette fois et en me l\u2019expliquant.Evidemment, c\u2019est très simple.Tellement simple qu\u2019aussitôt j\u2019essaie, une, deux, trois fois d\u2019opérer à mon tour l\u2019amusant prodige avec un insuccès complet.Antoni a tout à fait raison d\u2019ajouter qu\u2019il ne suffit pas de posséder le secret d\u2019un tour mais que le plus important est de savoir présenter et accomplir ce tour avec élégance et brio.Je viens de me rendre compte par moi-même de la profondeur de cette vérité.Egalement, j\u2019admets sans discussion la justesse de son affirmation que tout magicien doit commencer par être un habile manipulateur de cartes, avancé qu\u2019il illustre naturellement par l\u2019exécution de trois ou quatre tours choisis dont l\u2019extraordinaire subtilité me laisse rêveur, même après que l\u2019énigme m\u2019en a été révélée et expliquée dans ses moindres détails.Dans les actes qui sont du domaine de l\u2019illusion, Antoni en tient à ce principe primordial que les substitutions et disparitions doivent d\u2019opérer en un temps inférieur d\u2019au moins trois secondes à celui qu\u2019une femme normale met à changer d\u2019idée.Cette remarque faite avec le plus grand sérieux du monde amène invariablement des sourires de nuances variées sur les figures des spectateurs, suivant leur sexe, leur âge et leur état civil.En nous séparant, Antoni m\u2019invita chaleureusement à lui rendre visite.Comme la discrétion me faisait différer ce plaisir, il vint lui-même me chercher et m\u2019amena tout simplement dîner chez lui, par un soir de janvier clair et froid.Le magicien réputé habite dans la banlieue de Québec, un élégant cottage de, style moderne dont il a lui-même tracé les plans et qui est situé sur une hauteur dominant le St-Lau-rent.Le nom de la rue et le numéro civique de la maison n\u2019ont qu\u2019une importance relative, vu que depuis plusieurs années il suffit d\u2019adresser toute correspondance : \u201cANTONI, Québec\u201d, pour quelle parvienne sans délai ni encombre à son destinataire.Une hôtesse charmante, une jeune fille jolie et gracieuse, trois grands garçons remarquablement doués, un intérieur confortable et coquet où la douce chaleur des calorifères se combine harmonieusement avec celle de l\u2019accueil pour développer une température idéale, voilà ce que j\u2019ai trouvé chez Antoni en même temps qu\u2019un dîner succulent couronné au dessert d\u2019un vin mousseux et qui en devait rien, ni l\u2019un ni l\u2019autre, aux sortilèges de l\u2019illusion.Dans ce cadre familial, nous avons repris notre entretien sur la magie et les arts connexes auxquels il est avantageux pour un praticien digne de ce nom de s adonner tant soit peu durant ses heures de loisir.Citons de mémoire et pour en avoir admiré de remarquables manifestations, la peinture et le dessin, la pyrogravure et les travaux de cuivre repoussé, au nombre des passe-temps occasionnels d\u2019Antoni.\u2014 A propos, il faudra que je lui demande, mais cela pour moi seul, par quel sortilège il réussit à doubler et même à tripler les possibilités de travail de nos trop fugitives journées de vingt-quatre heures.\u2014 En outre, grâce aux incidentes de la conversation, j\u2019ap-[ Lire la suite page 51 ] LA VIE COURANTE .par George Clark f7 \u2014 C'est bien gentil tout ça mais tu ne pourrais pas lui apprendre autre chose que venir me dire bonjour tous les matins, à cette heure-ci 7 Le Samedi, Montréal, 23 mars 1946 15 UNE MAMAN [ Suite de la page 6 ] qu\u2019elle lui refuserait d\u2019être interne au lycée dès son remariage, comme il y tenait absolument.La pauvre femme, bouleversée, avait voulu connaître toute la pensée de l\u2019enfant qu\u2019elle chérissait et celui-ci, détournant les yeux pour amoindrir, par son attitude, le terrible reproche qui était au fond de lui-même et que décelaient ses paroles, avait dit résolument, d\u2019une voix blanche : \u2014 J\u2019ai trop aimé papa : je ne le trahirai pas en acceptant un autre père.C'était sous-entendre qu\u2019elle-même trahissait la mémoire de son mari.Elle avait répondu, brisée : \u2014 Tu es cruel, mon petit !.Tu ne sais pas.Tu comprendras mieux plus tard.Mais, c\u2019est bien: je n\u2019aurai pas plus un second mari que tu ne veux un second père .Hubert s\u2019était élancé vers elle, sans un mot, et ils avaient longtemps pleuré dans les bras l\u2019un de l\u2019autre.Jamais plus, il ne devait être fait allusion à ce projet ; jamais plus Jeanne n\u2019avait revu l\u2019homme avec qui elle avait été sur le point de se remarier et qu\u2019une lettre douloureuse, mais ferme, avait informé de son irrévocable décision.Ah ! comme ce soir ces faits lui revenaient vivants à l\u2019esprit ! A cette heure, Hubert était chez sa fiancée.Car il allait se marier.Ce mariage, d\u2019ailleurs, n\u2019était pas exactement celui qu\u2019il aurait dû rêver et que pouvait souhaiter pour lui Mme Pessac.Il n\u2019avait pas su résister à une fâcheuse inclination pour une petite actrice, et sa mère, voyant qu\u2019il ne saurait supporter la douleur d\u2019y renoncer, avait témoigné pour sa faiblesse d\u2019une indulgence compréhensive tout opposée à l\u2019intransigeance qu\u2019il avait laissé percer à son égard autrefois.Depuis ses fiançailles, il ne faisait plus chez sa maman, tendrement aimée pourtant, que de brèves apparitions durant lesquelles le logis vibrait de l\u2019éclat de son bonheur.Alors, Jeanne lui montrait aussi un visage heureux.Heureuse, elle l\u2019était un peu, au fond \u2014 malgré les regrets que lui inspirait son choix \u2014 car il était tout pour elle et comment ne se fût-elle pas réjouie de sa félicité ?Mais comme était grand son désarroi de constater que son rôle était terminé et grande son épouvante devant la solitude où allait s\u2019écouler son existence désormais inutile et sans but ! Et c\u2019était ainsi qu\u2019elle avait senti naître soudain une douleur nouvelle : celle de songer à elle, de s\u2019apitoyer sur son sort, n\u2019ayant plus à penser exclusivement à celui qui était depuis si longtemps sa raison d\u2019être.Quelle désolation que ce sentiment d\u2019abandon total au terme d\u2019une vie de sacrifice et que ce repliement sur soi ! Que lui restait-il ?Même plus ou plus guère, et c\u2019était pareil, les caresses de son fils.Elle n\u2019avait plus que le cher souvenir d\u2019un mort.Mais n\u2019était-ce pas justement la plus affreuse chose que le projet de remariage qu\u2019elle avait un moment conçu lui eût laissé un remords indélébile, si léger qu\u2019il fût, et ne lui permît pas toujours d\u2019évoquer l\u2019image aujourd\u2019hui lointaine du seul être qu\u2019elle eût vraiment aimé d\u2019amour sans croire y lire la tristesse d\u2019un reproche ?Et de ce léger remords, de ce reproche, aurait-elle eu seulement l\u2019idée, tant ils étaient en somme peu justifiés, sans la froide sévérité qu\u2019avait jadis montrée Hubert avec cette rigueur de justicier farouche qu\u2019ont facilement les enfants heurtés dans leur conscience obscure qui ne tient compte d\u2019aucune contingence ?Non, sans doute ! Il ne lui restait d\u2019intacte que sa propre tendresse pour son fils.Il lui avait tout pris, et elle aurait encore voulu pouvoir lui donner beaucoup.Mais comme elle aurait peine à s\u2019habituer au désert où se débattait à présent son âme et comme serait obsédante la hantise du sombre passé où la route austère du devoir, du souvenir et des aspirations refoulées avait été si longue ! Hubert se doutait-il de ce que pouvaient être ses pensées ?Avait-il compris, depuis qu\u2019il était un homme, l\u2019excès de sa sévérité d\u2019autrefois ?Peut-être, en tout cas, l\u2019avait-il mieux mesurée depuis qu\u2019il n\u2019avait pas su résister, lui, au premier appel un peu impérieux de l\u2019amour ?Quoi qu\u2019il en fût, il n\u2019avait guère laissé voir ce qu\u2019il pensait à cet égard.Une fois pourtant \u2014 il n\u2019était pas encore question de son propre mariage et c\u2019était même quelques années plus tôt \u2014 il avait longuement considéré sa mère alors qu\u2019elle jetait un dernier coup d\u2019œil dans son miroir avant de sortir avec lui et s\u2019était exclamé soudain avec attendrissement : \u2014 Tout de même, tu es jolie, maman !.Et tu l\u2019as été davantage encore ! A tort ou à raison, Jeanne Pessac avait cru deviner à son air rêveur qu\u2019il éprouvait un peu de secrète pitié pour elle en pensant que cette beauté lui avait été tellement inutile !.Pour l\u2019en remercier, elle lui avait ouvert ses bras maternels, et elle avait dû faire effort pour refouler des larmes en l\u2019embrassant.Mais ce soir, elle était seule, désespérément seule, à s\u2019attendrir sur elle, à avoir pitié d\u2019elle-même ; et, puisque sans témoin, elle ne retint pas le lourd sanglot qui lui montait à la gorge .Le bruit d\u2019une clef dans une serrure la fit tressaillir.C\u2019était Hubert qui rentrait.Rapidement, elle essuya ses pleurs.Un regard dans la glace ; la tristesse encore de son charme en allé, et elle se composa un visage pour accueillir gaiement son fils.Comment son bonheur serait-il complet s\u2019il soupçonnait qu\u2019elle fût, de son côté, malheureuse ?Il ne fallait pas qu\u2019il la vît pleurer, \u2014 il ne fallait pas qu\u2019il la vît jamais pleurer .Henri Cabaud CONSEILS PRATIQUES (COURTOISIE C'I'L) Les fuites légères dans un tuyau d\u2019eau peuvent être temporairement bouchées avec du ruban gommé ou de la gomme à mâcher, du Bois Plastique \u201cDUCO\u201d, du ciment \u201cHousehold Cement\u201d marque \u201cDUCO\u201d .tenus en place avec du ruban gommé.Fuite dans un joint à vis \u2014 Essayez d\u2019abord de serrer le joint avec une clé.Si cela ne suffit pas, on arrête souvent une telle fuite en tapant le joint, tout autour, avec un ciseau à froid emousse.Robinets qui coulent \u2014 Les robinets pour l\u2019eau chaude prennent des rondelles en fibre ; ceux pour l\u2019eau froide, des rondelles en caoutchouc tendre ou en cuir.Gardez-en toujours à la maison.Quand il y a une fuite, fermez d\u2019abord l\u2019arrivée de l\u2019eau, dévissez l\u2019écrou à chapeau du robinet fautif et sortez-en le mécanisme intérieur.Otez la vis du fond, qui tient la rondelle, remplacez celle-ci et remontez l\u2019appareil comme auparavant.tjm wwm Le 1 SAVOY, en rose pastel, gris et or bruni un des nombreux modèles.Si votre détaillant ne l'a pas encore reçu, il devrait l\u2019avoir bientôt.FABRIQUÉ AU CANADA PAR soveeetcn potters limited HAMILTON\tCANADA FONDÉE EN 1933 16 Le Samedi, Montréal, 23 mars 194g NOTRE FEUILLETON : mjstwwws DlSl WtîS Par Charles Mérouvel JE le méprise du moins profondément et j\u2019ai à cette aversion et à ce mépris le motif le plus légitime, mais comme mes passions sont moins violentes que les siennes, je me contente du mal qui peut lui arriver sans le frapper moi-même.Seulement je ne peux pas pousser l\u2019abnégation jusqu\u2019à me faire pour lui le messager de félicités imméritées.Si donc vous persistez à lui offrir cent mille écus pour le récompenser, primo, d\u2019avoir trompé votre douce et charmante pupille dont, je puis vous le dire, l\u2019intérêt seul m\u2019occupe ; secundo, d\u2019avoir tenté de s\u2019en débarrasser et de n\u2019avoir réussi qu\u2019à noyer cette excellente présidente Desaubiers et l\u2019ange adorable et adoré qui s\u2019appelait Georgette, je vous laisserai traiter vous-même, malgré mon dévouement, cet étrange marché et ne vous servirai pas d\u2019intermédiaire.Paul Tavernier s\u2019exprimait avec une grande fermeté, mais en même temps avec une grande douceur.Le vieillard lui dit : \u2014 Je veux avant tout la liberté de Suzanne ! Comment l\u2019obtenir ?\u2014 Je la veux autant que vous, mais vous l\u2019aurez à meilleur marché ! Et alors, tranquillement, avec une clarté parfaite, il expliqua son plan au docteur Bemay ; il obtint son approbation sur tous les points et termina en lui disant : \u2014 Je vais retrouver Dufresne chez lui, à l\u2019Orfrasière, s\u2019il est de retour, comme je le pense, ou à Paris, s\u2019il n\u2019en est pas revenu, et je vous donnerai la réponse aussitôt.Il causa encore un instant avec le vieillard.Il lui expliqua en quelques mots comment le charme de Suzanne l\u2019avait gagné par degrés et aussi l\u2019amitié qu\u2019on lui témoignait à Orvilliers et qu\u2019il n\u2019avait jamais rencontrée, jusque-là, dans son isolement.Il ajouta en se levant : \u2014 J\u2019étais haineux et mécontent, égoïste et jaloux.Vous m\u2019avez rendu presque bon, vous autres, parce que vous êtes de braves gens.A bientôt ! Il sortit, reprit sa machine, se mit en selle avec son aisance ordinaire, salua les hôtes du château restés sur la terrasse et disparut, tandis que le vieux comte de Vrigny songeait : \u2014 Pourquoi ne puis-je pas tout lui dire ?L\u2019Orfrasière n\u2019était pas loin.Du bout de l\u2019avenue d\u2019Angeville, le cycliste pouvait apercevoir la sinistre maison qui se dressait sur la falaise.Il ne tarda pas à y arriver.Georges Dufresne, appuyé à sa barrière, l\u2019attendait.\u2014 Tiens, fit le Parisien en le regardant fixement, tu as ta figure des mauvais jours ! \u2014 Crois-tu ?\u2014 Pardieu ! NOTRE FEUILLETON \u2014 No 13 Publié en vertu d'un traité avec la Société des Gens de Lettres.\u2014 Les noms de person-naqes et de lieux de nos romans, feuilletons, contes et nouvelles sont fictifs et choisis au hasard.Tavernier tira son carnet de sa poche et, l\u2019ouvrant à la page où il avait esquissé en quelques coups de crayon le portrait de son « ami », il le lui montra en disant : \u2014 Regarde-toi ! Tu es en vérité presque aussi sinistre que ton logis ! Dufresne éclata : \u2014 Trêve de railleries! Si je suis mécontent, c\u2019est que j\u2019ai mes raisons ! \u2014 De bonnes ?\u2014 Je le çrois.\u2014 Où les as-tu prises ?\u2014 Je vais te le dire.\u2014 Quand es-tu arrivé ?\u2014 Ce matin, vers midi.\u2014 Pourquoi sitôt ?\u2014 Parce que j\u2019avais hâte de savoir ce qui se passait ici.D\u2019où viens-tu ?\u2014 D\u2019Angeville.\u2014 Qui as-tu vu ?\u2014 Le docteur Bernay.\u2014 Seul ?\u2014 Du moins je n\u2019ai eu d\u2019entretien qu\u2019avec lui.\u2014 A mon sujet ?\u2014 Bien entendu.Paul Tavernier remisait la bicyclette où il l\u2019avait prise.\u2014 Ce n\u2019est pas à cause de cette bécane que tu me fais une pareille tête ?demanda-t-il en souriant.\u2014 Non.\u2014 Si je l\u2019ai empruntée, c\u2019était pour ton service.\u2014 Il ne s\u2019agit pas de si peu de chose.\u2014 Mais alors qu\u2019as-tu donc ?\u2014 Moi?\u2014 Tu roules des yeux comme si tu voulais me foudroyer.Ils s\u2019éloignèrent des communs, l\u2019un près de l\u2019autre, et prirent machinalement le sentier du sommet de la falaise.Ils y arrivaient lorsque Dufresne s\u2019arrêta brusquement.\u2014 Tu es allé ailleurs qu\u2019à Angeville, dit-il à son compagnon.\u2014 Parfaitement.A Orvilliers d\u2019abord.Je comptais y trouver le docteur Bernay.\u2014 Ne pensais-tu pas plutôt que Suzanne y serait seule ?\u2014 C\u2019est ce qui est arrivé et je n\u2019en ai pas été fâché.\u2014 Tu l\u2019as vue ?.\u2014 Oui.\u2014 Et tu lui as parlé ?\u2014 C\u2019est exact.\u2014 Longuement ?\u2014 Assez.\u2014 Sous la charmille ?Paul Tavemier répondit tranquillement : \u2014 Sous la charmille, en effet.\u2014 J\u2019y étais aussi, à deux pas de vous.\u2014 Toi?\u2014 Oui, moi qui te parles ! Je suis arrivé à la Coudraie ce matin.\u2014 Et ensuite ?\u2014 Comme toi, j\u2019ai désiré voir Suzanne.\u2014 Dans quel but, puisque vous devez vous séparer à tout jamais ?-\u2014Pour lui expliquer que je n\u2019ai pas de haine contre elle, mais que je com- prends à quel point la vie est désormais impossible entre nous.\u2014 C\u2019était à peu près inutile.\u2014 Pourquoi ?\u2014 Parce qu\u2019elle doit le comprendre mieux encore .Après ?\u2014 Je désirais n\u2019être pas vu.Je n\u2019ignore pas que l\u2019entourage du docteur Bemay m\u2019est hostile.\u2014 Il serait difficile qu\u2019il en fût autrement.\u2014 J\u2019ai tourné la maison et j\u2019y arrivais par l\u2019extrémité de la charmille, lorsqu\u2019un bruit de voix m\u2019a frappé.\u2014 Continue, dit froidement Tavernier.\u2014 Je les ai reconnues sans peine.C\u2019était celle de Suzanne .\u2014 Et la mienne ?\u2014 Parfaitement.\u2014 Jusque-là je ne vois pas d\u2019où provient ta grande irritation.\u2014 Je vais te le dire.J\u2019ai appris, en vous écoutant, que non seulement tu manifestais les plus vives sympathies pour elle .\u2014 Je n\u2019en fais pas mystère.\u2014.mais que tu l\u2019honorais d\u2019une cour assidue.\u2014 L\u2019honneur serait tout entier pour moi, déclara l\u2019avocat.\u2014 Ce n\u2019étaient que protestations de dévouement, assurances de sympathie, déclarations à mots couverts et tendresses mêlées d\u2019acerbes critiques du mari, selon la formule.\u2014 Elles ont pu durer longtemps, riposta Paul Tavernier, car la matière est abondante.Dufresne croisa les bras.\u2014 J\u2019ai cru que j\u2019allais me montrer et vous interrompre, et puis j\u2019ai réfléchi ; j\u2019ai attendu.Je me suis dit que je retrouverais l\u2019occasion d\u2019une explication et me voilà.Mais le monde est donc plein de perfidies et de trahisons ! On ne peut donc compter sur rien ! Toi, que je croyais mon ami ! \u2014 Sois donc calme ! Tu sais très bien que je n\u2019ai pas la moindre idée de parler d\u2019amour à Suzanne ! \u2014 Allons donc ! \u2014 D\u2019abord le moment serait mal choisi.Inutile de te dire pourquoi.\u2014 Ensuite ?\u2014 Elle ne m\u2019écouterait pas ! \u2014 Qui sait ?\u2014 Tu la calomnies ! \u2014 Dis-moi donc que tu n\u2019as jamais eu cette intention.\u2014 Si.Elle m\u2019est venue plus d\u2019une fois en voyant en quelles mains elle était tombée ! \u2014 Paul ! ¦\u2014 Eh ! tant pis ; puisque tu désires une explication, ayons-la ! Oui, après avoir eu quelques préventions contre elle, car je me demandais pour quelle cause, pour quelle tare ou quelle faute on la jetait à la tête d\u2019un être tel que toi, j\u2019ai trouvé cette femme charmante, digne de tous les respects et de toutes les adorations.J\u2019ai envié ton sort.Où serait le mal ?Le malheur de Suzanne m\u2019a donné d\u2019autres sentiments.Je n\u2019éprouve pour elle aujourd\u2019hui qu\u2019une loyale et profonde amitié et aussi une grande compassion de la savoir entre des mains aussi indignes .\u2014 Tu oses ?.Tavernier le regarda fixement : \u2014 Pourquoi pas ?dit-il.Et poursuivant : \u2014 Non, je ne ressens pour elle, quelle que soit sa beauté, ni désirs, ni entraînement, sans doute parce qu\u2019au-dessus de sa tète plane une auréole, celle des martyres du mariage, et encore parce que la limpidité de ses yeux, miroir d\u2019une âme tendre et chaste, éloigne toute idée de défaillance, si la pensée d\u2019une faute doit troubler sa conscience alarmée ! En un mot, je t\u2019ai trouvé jadis trop heureux et digne d\u2019envie ; aujourd\u2019hui je ne sais que plaindre ta victime.\u2014 Paul ! répéta Dufresne les mains crispées par la colère.Tavernier le toisa avec un insultant dédain.\u2014 Et après ?dit-il en le bravant, quand je t\u2019aurais pris ta femme, pourquoi t\u2019en plaindrais-tu ?Tu m\u2019as bien volé celle que j\u2019aimais.Dufresne surpris, balbutia : \u2014 Comment, tu ne l\u2019as pas oublié ?Tavernier eut un sourire menaçant.\u2014 Tu me connais mal, dit-il.Oublier la seule femme que j\u2019aie vraiment aimée et aussi la seule injure qui ait pu m\u2019atteindre !.Allons donc ! \u2014 Marcelle ! \u2014 Oui, Marcelle, Marcelle Bréval, une malheureuse enfant de seize ans, abandonnée comme moi, sans père comme moi, plus à plaindre que moi, car elle était femme et elle était pauvre, deux misères, deux faiblesses, deux malheurs et deux dangers ! Je l\u2019avais rencontrée sur le pavé de Paris où elle cherchait un emploi dont elle pût vivre.Elle venait de province et ne connaissait personne.Son histoire m\u2019avait fait pitié à moi qui n\u2019étais pas facile à attendrir.J\u2019appris à connaître ce que cette âme de délaissée contenait de douceur et de dévouement et peu à peu je m\u2019attachai à elle ! Je m\u2019en fis une compagne, une amie, quelque chose à aimer pour moi qui n\u2019aimais personne et dont personne ne s\u2019occupait.Elle travaillait.Elle était enfin parvenue à force de démarches à trouver une petite place de caissière et je lui avais meublé une modeste chambre.Marcelle n\u2019était pas belle ! Elle n\u2019avait rien de ce qui peut enflammer les sens et excuser une violence, si jamais la violence peut être excusable ; mais il est des monstres qui éprouvent le besoin de tout souiller et de tout flétrir et que toute mauvaise action attire, comme les cadavres attirent les oiseaux de proie ! Tu sais ce qui arriva.Tavemier s\u2019était enflammé.Il poursuivit de sa voix brève, sifflante comme un coup de cravache : \u2014 Un jour, au moment où j\u2019allais entrer chez elle, je me heurtai à un inconnu qui me parut sortir de sa chambre.Je n\u2019eus qu\u2019un doute.Il te ressemblait de taille et de tournure.Je passai.Tout était en désordre autour de Marcelle.Affaissée sur un divan, Le Samedi, Montréal, 23 mars 1946 elle était morne et désespérée.Je la regardai durement ; elle n\u2019osa soutenir ce regard et baissa la tête.Je ne prononçai pas une parole et je sortis pour ne plus la revoir.La faute à mes yeux était celles qui ne méritent pas de pardon.Quelques mois plus tard, elle entrait à l\u2019hôpital atteinte d\u2019une phtisie incurable dont elle avait contracté volontairement le germe.Elle me fit supplier d\u2019aller la voir au moment de sa mort et je résistai à cette prière.Ce ne fut qu\u2019après son dernier soupir que je reçus ce billet qui ne m\u2019a jamais quitté depuis.Il le prit dans son portefeuille et il allait le jeter à la face du mari de Suzanne.Dufresne l\u2019arrêta en disant : \u2014 C\u2019est du passé ! Paul Tavernier répliqua : \u2014 Pour moi l\u2019outrage est d\u2019hier.Et il lut à haute voix : « Mon ami, Au moment d\u2019expirer, on ne sait pas ¦mentir.Vous m\u2019avez supposée coupable et ¦vous m\u2019avez abandonnée.Je n\u2019ai pas eu la force de m\u2019en consoler et je me suis tuée lentement.Chaque nuit, pendant les mois d\u2019hiver, je me mettais à ma fenêtre ouverte et j\u2019y restais à demi-vêtue, de longues heures, en regardant si vous alliez venir.Vous n\u2019avez pas eu pitié de moi.Il m\u2019était impossible de vivre sans vous ! Je n\u2019ai succombé qu\u2019à une indigne violence, mais à quoi bon me défendre ?Je savais que vous n\u2019auriez pas ajouté foi à mes paroles ! Les apparences me condamnaient.Je meurs de chagrin et je meurs en vous aimant, après n\u2019avoir aimé que vous, vous seul.Je le jure devant Dieu qui va me juger.Pourquoi n\u2019avoir pas voulu me donner un dernier baiser ?Je serais morte heureuse ! Votre pauvre Marcelle.» 4 Paul Tavemier poursuivit : \u2014 Je suis allé te trouver, ce billet à la main, et je t\u2019ai dit : C\u2019est toi qui as commis cette infamie !.Tu as cyniquement avoué ! Je n\u2019ai pas tenté d\u2019en tirer vengeance.Il était trop tard ! Mais à dater de ce moment ma vie avait son but.Je me suis attaché à toi comme une meute à la trace du cerf qu\u2019elle veut prendre ! Je me suis dit que tu finiras mal, qu\u2019avec une nature comme la tienne tu fatiguerais toutes les amitiés, tu lasserais tous les dévouements, tu t\u2019aliénerais toutes les sympathies, et que dans tes 'emportements tu dépasserais les bornes devant lesquelles reculent les malfaiteurs avérés et les rôdeurs de barrières ! J\u2019ai même parfois essayé de te retenir en sachant que rien ne t\u2019arrêterait et qu\u2019il n\u2019était pas besoin de te pousser à T\u2019abîme.Tavernier conclut : \u2014 Non, je ne suis pas ton ami, mais tu n\u2019as rien à me reprocher, car j\u2019ai toujours agi comme si je l\u2019avais été! La bête humaine s\u2019agitait en Georges Dufresne.Il se demandait s\u2019il n\u2019allait pas précipiter cet adversaire qui se démasquait si hardiment du haut de la falaise et le briser dans cette chute sur les rochers de la côte ou le macadam du chemin.Mais, coupable déjà d\u2019un premier crime, il se dit que le second allait donner l\u2019éveil et le trahir.D\u2019un autre côté, la lutte était incertaine.Paul Tavernier lui avait donné plus d\u2019une fois les preuves d\u2019une incroyable vigueur.17 Chez lui l\u2019élégance n\u2019excluait pas la force.Et enfin, il songea à Valentine qu\u2019il perdrait à la suite d\u2019un éclat.Cette pensée l\u2019arrêta.Il rongea donc son frein, mais avec tous les signes du dépit et de la rage.Tavernier prenait plaisir à l\u2019aiguillonner jusqu\u2019au bout.\u2014 Mon cher, dit-il du ton le plus glacial, si tu as de mauvaises intentions à mon égard, et je pourrais le supposer, tu n\u2019as qu\u2019à parler.Nous viderons notre querelle comme tu voudras à l\u2019heure qui te plaira.\u2014 Le moment n\u2019est pas venu.\u2014 A ton aise ! \u2014 Mais il viendra ! \u2014 Soit.Le Parisien ajouta en souriant : \u2014 A la disposition de usted, comme disent les Espagnols.\u2014 Je m\u2019en souviendrai.\u2014 Bien.Pour le moment, tu peux m\u2019écouter ?\u2014 Si tu veux ! \u2014 Je t\u2019ai dit que je n\u2019étais pas ton ami, mais que j\u2019avais toujours agi comme si je l\u2019eusse été.Je viens de te rendre un dernier service dont tu ne me sauras d\u2019ailleurs aucun gré.\u2014 En réglant mon affaire ?\u2014 Oui.\u2014 Avec M.Bernay ?\u2014 De point en point.\u2014 Les conditions ?.\u2014 Tu laisseras prononcer le divorce sur la demande de sa pupille.\u2014 Bien.\u2014 Tu ne pourrais pas, d\u2019ailleurs, t\u2019y opposer.\u2014 Pourquoi ?\u2014 Parce que le docteur a des preuves contre toi.\u2014 Lesquelles ?\u2014 Ainsi tu as dîné hier soir dans un restaurant, chez Julien, en compagnie d\u2019une jeune femme en qui, à la description qui m\u2019a été faite, j\u2019ai reconnu Valentine.Georges Dufresne blêmit.C\u2019était vrai, mais comment le savait-on ?L\u2019avocat reprit : \u2014 Je pense que le docteur se sera adressé à une agence chargée de te surveiller et qu\u2019elle aura débuté par un coup de maître.C\u2019était possible.Dufresne rongea ses moustaches entre ses dents.\u2014 Après ?dit-il.\u2014 Je ne te cacherai pas que le docteur a d\u2019autres soupçons et même d\u2019autres preuves d\u2019un fait infiniment plus grave.\u2014 Lequel ?Tavernier plongea le regard aigu de ses yeux noirs dans les yeux fauves du mari de Suzanne.\u2014 Je crois, dit-il lentement, qu\u2019il vaut mieux n\u2019en pas parler.Dufresne n\u2019insista pas.\u2014 Alors ?.reprit-il.\u2014 Très au courant de ta situation financière, je t\u2019ai procuré les moyens de sortir d\u2019embarras.\u2014 Comment ?\u2014 Le jour où, par suite de votre entente qui n\u2019aura qu\u2019un effet, simplifier et abréger des débats inutiles, le jugement de divorce sera prononcé, le docteur Bernay te remettra une somme nette de cent mille francs avec laquelle tu pourras liquider tes dettes.\u2014 Les connaît-il?\u2014 Non.J\u2019ai pour habitude de ne pas trahir les secrets dont j\u2019ai reçu la confidence.Je n\u2019ai révélé que ce que tu m\u2019as autorisé à dire.Il se retourna vers Villequier.\u2014 Et maintenant, mon cher, reprit-il, il ne me reste qu\u2019à te dire adieu.J\u2019ignore si nous nous reverrons.Tu m\u2019as contraint à sortir de mon silence et à me démasquer plus tôt que je n\u2019aurais voulu.Le jour où, poussé par ta mauvaise étoile, tu t\u2019es fait un jeu de perdre une malheureuse qui ne pouvoir avoir pour toi qu\u2019un attrait, celui d\u2019appartenir à un camarade dont tu voulais te railler, tu es devenu à mes yeux l\u2019être néfaste et maudit que je voulais suivre jusqu\u2019au bord de sa fosse.Tâche de n\u2019y pas tomber ! Adieu ! Je te quitte à moitié chemin.Désormais tu n\u2019es qu\u2019un étranger pour moi.Il s\u2019éloigna.Dufresne ne prononça pas un mot et ne fit pas un mouvement.Il le suivit d\u2019un regard chargé de fiel.Ainsi, ce Paul Tavernier qu\u2019il considérait comme un ami, s\u2019était joué de lui! Pour une faute ancienne, il lui avait voué une haine constante et des ressentiments d\u2019autant plus perfides qu\u2019il les tenait secrets.Il l\u2019avait traîtreusement poussé à toutes les folies et à toutes les fautes, et sans doute il espérait en profiter.Peu à peu il était entré plus avant dans les bonnes grâces de son entourage et même dans l\u2019amitié de Suzanne.Pourquoi ne pas supposer même qu\u2019il avait trahi le secret de ses duplicités et de ses trahisons ?Il écouta le bruit des pas de l\u2019avocat qui descendait tranquillement la falaise pour se rendre à Villequier.Et lorsqu\u2019ils cessèrent de se faire entendre, un affreux sourire contracta son visage et il murmura : \u2014 Tu voulais me suivre jusqu\u2019à l\u2019abîme ! Tu as parlé trop tôt.Fais des vœux pour que je l\u2019évite, car, s\u2019il s\u2019ouvre pour moi, nous y tomberons ensemble ! XVII \u2014 Liberté ! Ce fut un beau jour pour les amateurs de plaidoyers piquants et de tournois judiciaires.Depuis un mois, Orvilliers-le-Grand était sur le qui-vive et dans les fermes d\u2019An-geville et des environs on se demandait ce qui allait arriver.La nouvelle avait éclaté tout à coup.Mlle Suzanne intentait à son mari une action en divorce.Pourquoi ?Personne ne le savait au juste.On parlait d\u2019infidélités, de dépenses excessives, de folies variées à la charge du mari et, en somme, on ne s\u2019en étonnait pas.Mais rien de précis ne transpirait dans le public qui se trouvait réduit aux conj ectures.La jeune femme n\u2019était pas rentrée chez elle.Elle habitait toujours le manoir du vieux docteur où elle se trouvait comme dans un fort dont la garde n\u2019était ni menaçante ni rébarbative.Elle ne se composait que de Gredel qui était plutôt agréable à regarder et de Colette, la Picarde, qui ne quittait pas sa maîtresse d\u2019une semelle.Le reste de la garnison était plus robuste, mais se tenait d\u2019ordinaire dans l\u2019immense cuisine ou aux communs.C\u2019était Victor, l\u2019homme à toutes mains du docteur Bernay, et la vieille Catherine qui disait souvent à son maître avec la liberté des braves et fidèles serviteurs de la campagne : \u2014 Si on m\u2019avait consultée dans le temps, je n\u2019aurais pas caché ma pensée !.Il ne me revenait pas, ce particulier de la Hiboutière ! Elle rognonnait entre ses grosses lèvres fripées : \u2014 Non, il ne me revenait pas du tout ! Elle étayait son opinion de celle de l\u2019ancien cuirassier.\u2014 Il ne vous disait rien de bon non plus à vous, Victor, hé ! Je ne sais pas comment le maître s\u2019y est laissé prendre ! il n\u2019a pourtant pas les yeux dans sa poche ! Le pauvre docteur leur donnait raison et pour réparer le mal, il déployait une activité sans bornes.Il allait et venait à chaque instant d\u2019Orvilliers à Rouen et à Paris.Ses chevaux étaient sur les dents.On ne voyait qu\u2019eux sur les routes.Le docteur visitait les juges, pressait les avoués et aiguillonnait son illustre ami Boisguillaume, l\u2019aigle du barreau rouennais, qui s\u2019était chargé des intérêts de Suzanne.Il se donnait en un mot une peine infinie pour défaire ce qu\u2019il avait fait jadis, cinq ans auparavant.En ces cinq années que d\u2019événements ! Que de regrets et maintenant que de deuils ! Il lui semblait que le jour où la sentence serait prononcée tout s\u2019effacerait, tout s\u2019oublierait.A son âge c\u2019était certainement une grande fatigue, mais au retour Suzanne le récompensait de ses peines par des mots si doux, par des regards si tendres ! Les moyens de succès, d\u2019ailleurs, ne lui manquaient pas.Les témoins abondaient.Les concierges de la rue Vignon attestaient les débordements de leur locataire qui à la vérité exécutait en conscience, dans toutes ses clauses, le marché conclu par l\u2019intermédiaire de son « ami » Tavernier.Dans son désir d\u2019abréger les formalités, le mari de Suzanne s\u2019était largement et volontairement compromis en compagnie de femmes qu\u2019il connaissait à peine.Il en avait introduit dans son petit appartement auxquelles il ne touchait RESUME DES CHAPITRES PRECEDENTS Suzanne est une jeune fille belle, charmante et grave, de celles qu\u2019on aime en les admirant.Elle a su accomplir des tâches difficiles et supporter de lourdes responsabilités.Elle se trouve à l\u2019instant d\u2019être récompensée de toute la magnanimité qu\u2019elle a montrée : Jacques lui offre sa main, son nom, tout enfin.Elle refuse en lui apprenant qu\u2019elle unit sa destinée a un autre .Comment ne pas s\u2019intéresser ne pas s\u2019associer aux émotions que lui réserve cette heure décisive de sa vie ?On goûte les nuances exquises de la sensibilité et l\u2019expression si vraies des choses du cceur.L auteur nous décrit une série d\u2019aventures passionnées, où le rôle de la femme n\u2019est pas toujours très édifiant, laissant parfois ses admirateurs sous l impression où la raison sombre dans le souvenir d\u2019une vision enchanterese.Il appuie fortement sur l\u2019état d\u2019âme des noceurs et des grands financiers pour qui les millions ne comptent pas et qui jettent aux danseuses qui ont le privilège d\u2019attirer leur attention des diamants, des rentes, parfois pour un sourire. 18 que le bout du doigt et qu\u2019il renvoyait avec un billet de cinquante francs au bout d\u2019un quart d\u2019heure de conversation.L\u2019orgie quotidienne et presque publique à laquelle il se livrait pour les besoins de la cause était flagrante, indéniable.Quel tribunal aurait pu hésiter en présence d\u2019une telle dépravation ?N\u2019était-ce pas l\u2019outrage le plus formel à l\u2019épouse délaissée, la violation de tous les engagements ?La partie était d\u2019autant plus facile à gagner que le coupable ne devait faire qu\u2019un simulacre de défense.Il y avait eu cependant dans ce qui n\u2019était qu\u2019une comédie judiciaire une formalité émouvante.Un jour, le docteur Bernay n\u2019était pas allé seul à Rouen.Il avait emmené sa pupille.Ils étaient partis tous deux un matin et Victor les avait conduits à Ba-rentin où il devait les attendre.Elle ne lui avait pas demandé la raison de ce voyage ni de ce qu\u2019il voulait faire.Depuis la mort de sa fille et de la présidente, elle ne vivait pour ainsi dire que les yeux fermés, repliée sur elle-même, absorbée par ses souvenirs et gardant au fond de son cœur l\u2019image de celle qu\u2019elle avait perdue.Le bon docteur la conduisit d\u2019abord chez son avocat.Me Boisguillaume ne put s\u2019empêcher de frissonner en voyant devant lui cette belle cliente qui lui parut l\u2019incarnation de la douleur.Il avait reçu les confidences de son vieil ami et connaissait dans tous ses détails la catastrophe ou plutôt le crime d\u2019Etelan.Il regarda avec des yeux attendris cette victime qui n\u2019avait échappé à son sort que par suite d\u2019un miracle et qui allait se trouver quelques minutes plus tard en face de l\u2019assassin de sa fille.Elle, cependant, elle ignorait le crime.On le lui avait caché ! Mais n\u2019en avait-elle pas le pressentiment ?Lorsqu\u2019elle arriva avec son tuteur et Me Boisguillaume en face du merveilleux palais de justice que les vieux Normands, ces grands bâtisseurs, ont légué à leurs arrière-neveux, elle fut agitée par un frisson de fièvre et demanda : \u2014 Où me conduisez-vous ?Le docteur essaya de la rassurer.\u2014 Du courage, lui dit-il, ce n\u2019est rien .Une simple formalité ! Elle fut introduite dans une vaste salle.C\u2019était le cabinet du président.Un greffier était assis devant un bureau couvert de papiers.Il se leva et dit galamment à la jeune femme en deuil en lui offrant un fauteuil.\u2014 Veuillez vous asseoir 1 Presque aussitôt la porte se rouvrit Georges Dufresne entrait à son tour.Elle ne leva pas les yeux qu\u2019elle tenait rivés au parquet et pourtant elle l\u2019entrevit une seconde et un nouveau frisson lui courut dans les veines.Le visage du meurtrier était tel que Paul Tavernier l\u2019avait fixé sur son carnet quelques semaines plus tôt.En présence de cette femme qui lui échappait avec tous les avantages qu\u2019il avait espérés de son exécrable forfait, il se sentait pris d\u2019un accès de rage contre la destinée.Il se rappelait, à sa vue, tout ce qu\u2019il avait perdu, flétri, détruit par sa faute, alors que, grâce à elle, un avenir si beau s\u2019était ouvert un instant devant lui.Sa présence évoquait l\u2019horrible scène d\u2019Etelan lorsqu\u2019elle se débattait, en appelant sa fille d\u2019un cri déchirant, au milieu des flots qui allaient l\u2019engloutir.Il aurait pu lui porter secours et il ne l\u2019avait pas voulu ! Elle avait été sauvée, cependant, par un homme auquel il avait voué une haine mortelle, effacée par celle qu\u2019il nourrissait maintenant contre l\u2019intime ennemi qui s\u2019était révélé à lui, Paul Tavernier.Elle était là, sous ses yeux ! Dans une minute d\u2019hallucination, il s\u2019attendait à l\u2019entendre crier : \u2014 Rends-moi ma fille ! N\u2019en avait-elle pas le droit ?N\u2019était-ce pas lui qui l\u2019avait tuée et ne pouvait-elle l\u2019accuser dans un mouvement de légitime colère, qui n\u2019eût été en même temps qu\u2019un mouvement de légitime défense ?Si les autres l\u2019ignoraient, il le savait, lui, et il n\u2019ignorait pas que, si elle se décidait à une séparation, c\u2019était sur les instances de ceux qui l\u2019entouraient et qui, s\u2019ils n\u2019avaient pas la preuve formelle du crime, le connaissaient du moins.Il fut distrait de ces pensées par le bruit d\u2019une porte qui s\u2019ouvrait.Le président entra, revêtu de sa grande robe, sa toque sur la tête.Il salua profondément la jeune femme et regarda le mari avec des yeux où on pouvait lire une subite sévérité.Presque aussitôt il demanda à Suzanne, avec une grande douceur : \u2014 Vous intentez à M.Dufresne une action qui a pour but de rompre les liens du mariage qui vous a unis ?Elle répondit d\u2019une voix faible : \u2014 Oui, monsieur le président.\u2014 Ce mariage a eu lieu il y a cinq ans ?\u2014 Oui, monsieur le président.\u2014 Vous aviez une fille?\u2014 Oui, monsieur.\u2014.Elle n\u2019existe plus?Vous l\u2019avez perdue dans la récente catastrophe qui a eu un si grand retentissement dans le pays ?\u2014 Oui, monsieur.Le président examinait, en posant ses questions, Georges Dufresne d\u2019un regard qui contenait presque une menace et une accusation.Il le soutint sans baisser la tête.Le président reprit : \u2014 C\u2019est une chose grave, de rompre des engagements aussi solennels que ceux du mariage.Ma mission en ce moment est de vous engager à la concorde, de vous représenter les tristesses de l\u2019avenir en présence d\u2019un changement d\u2019existence que vous n\u2019avez pas dû prévoir.Je suppose que vous avez réfléchi avant de formuler votre demande, que les conseils ne vous ont pas manqué et que vous n\u2019avez pris votre décision que pour les motifs les plus graves.Est-ce vrai ?\u2014 Oui, monsieur le président.Suzanne écoutait, sans faire un mouvement, cette voix qui lui semblait douce.Il y avait une grande et profonde compassion chez cet homme d\u2019un âge mûr qui l\u2019enveloppait d\u2019un regard paternel.Il demanda seulement : \u2014 Vous persistez dans votre résolution ?Elle répondit, comme elle l\u2019avait déjà fait : ¦\u2014 Oui, monsieur.\u2014 C\u2019est bien.L\u2019affaire suivra son cours.Et plus bas, il ajouta : \u2014 Vous pouvez vous retirer, mon enfant ! Elle s\u2019inclina et sortit.Georges Dufresne la suivait.\u2014 Suzanne ! dit-il.Elle s\u2019arrêta.\u2014 Vous me haïssez bien, n\u2019est-ce pas ?Elle répondit d\u2019une voix altérée : \u2014 C\u2019est un sentiment que j\u2019espère ne jamais connaître.Ma vie est perdue et mon cœur est brisé.C\u2019est tout ce que je peux vous dire.Adieu ! Elle continua son chemin et tomba presque, à quelques pas de là, dans les bras du docteur Bernay et de son avocat qui l\u2019attendaient.Quelques instants plus tard, elle remontait en chemin de fer et regagnait Orvilliers et la maison de son tuteur.Son mari avait repris le train de Paris.Là, il avait une affaire urgente à traiter.QUI EST-IL, QUI EST-ELLE?Voilà un bébé plein de santé, un bébé qui envisageait l\u2019avenir avec assurance.Ce bébé est une fillette née à Liège, en Belgique, et cette photo fut prise dans la même ville.Cette fillette qui a nom Mariette connaît aujourd\u2019hui la Province de Québec mieux que beaucoup d\u2019entre nous.Elle habite en effet notre pays depuis une trentaine d\u2019années et, depuis, elle n\u2019a cessé de faire du théâtre, tant à la scène qu\u2019à la radio.C\u2019est surtout dans des pièces lyriques qu\u2019on l\u2019a entendue.Elle fut de l\u2019Heure Provinciale, du Programme du Foyer, de l\u2019Heure Récréative, des Variétés Métropolitaines avec Jovette Bernier et Arthur Lefebvre.Qui ne l\u2019a pas entendue dans Les Diables Rouges, émissions du poste CKAC ?A CBF, elle fut souvent l\u2019invitée de l\u2019émission : Lionel Parent chante et, naturellement, de Mariette et son ensemble dans lequel elle était la vedette, comme de juste, avec Juliette Drouin et Lucien Martin.Mentionnons aussi \u201cLa chanson de.programme devinette, puis vingt-six semaines avec Robin Hood.Aujourd\u2019hui, on l\u2019entend régulièrement dans Les soirées canadiennes.Elle a visité la province de Québec en tous sens (Lac St-Jean, Abitibi, Cantons de l\u2019Est, Beauce, Gaspésie) de même que les provinces maritimes.Elle garde, entre autres, un excellent souvenir de l\u2019Acadie.C\u2019est une élève de Mme Jeanne Maubourg-Roberval et de feu papa Roberval.Qui est cette artiste populaire ?Voir la réponse en page 49 du présent numéro du SAMEDI.***** Le Samedi, Montréal, 23 mars 1946 Bien que le procès en séparation fût mené rapidement, il n\u2019allait pas encore assez vite à son gré.L\u2019échéance de ses billets était passée depuis quelques jours et 1 escompteur de la rue du Mail, le gros et jovial Pelvet, avait changé d\u2019allures et montrait les dents.Le lendemain, vers dix heures, le débiteur se présentait à son bureau.Le banquier était sombre et n\u2019offrit même pas un siège à ce retardataire obstiné.__C\u2019est le troisième renouvellement?dit-il sèchement.\u2014 Et le dernier.\u2014 Vous plaidez en divorce ?.____C\u2019est vrai, mais comment le savez-vous ?\u2014 J\u2019ai mes renseignements.__Ce divorce va me rendre libre .Le régime dotal disparaît.Je peux emprunter, vendre mes biens .\u2014 C\u2019est votre affaire.La mienne est d\u2019exiger le remboursement.__Le plus court délai me suffira.\u2014 Je veux mes fonds.Vous étiez prévenu.Je ne prends pas les gens en traître.J\u2019ai besoin de mon argent pour des affaires importantes et qui doivent me rapporter une belle somme.Payez.\u2014 Impossible pour le moment.\u2014 Alors tenez-vous compte de la perte.\u2014 Combien exigez-vous ?\u2014 Dix mille francs.\u2014 C\u2019est excessif.Le gros Pelvet sourit.\u2014 Je ne trouve pas, dit-il.Chacun son avis.Georges Dufresne blêmit d\u2019indignation.Le crocodile se révélait à son heure et lui arrachait, comme Shylock, une livre de sa chair.\u2014 Je ne peux pas, dit-il.Poursuivez.Ça me coûtera moins cher.\u2014 Comme vous voudrez, répliqua l\u2019autre.L\u2019huissier sera demain chez vous.Il ajouta avec intention : \u2014 A Villequier.\u2014 Ce serait un scandale en ce moment.Le gros Pelvet haussa les épaules : \u2014 Je le sais.Aussi vous devez me trouver très accommodant.Je pourrais exiger le double ! Il fallut en passer par ces fourches caudines.Il était pris.Il signa.Il devait donc à Pelvet et Raquin soixante-dix mille francs au lieu de soixante, pour une prolongation de six semaines.Heureusement les cent mille francs du docteur Bernay devaient combler le déficit.Pendant le cours du procès qui se poursuivait à Rouen, il ne parut ni à Villequier ni à Orvilliers.Parfois il arrivait le soir, à la nuit tombée, en évitant d\u2019être vu, à l\u2019Or-frasière où il s\u2019enfermait pour en repartir de même et rentrer presque aussitôt à Paris.Crépinet, qui se montrait toujours dévoué pour lui, en attendant la fin des débats, allait le chercher à la gare, avec Bayadère, sa trotteuse, ramenée par Chanteloup qui s\u2019était fait une joie de rapporter en même temps les objets restés à la Coudraie et qui appartenaient à son ancien maître.C était une liquidation anticipée de la séparation des deux époux avant le jugement.Presque chaque jour Dufresne voyait à Paris, mais quelques instants seulement, Valentine qui l\u2019accueillait avec complaisance, tout en ajournant la reprise de leurs relations après le mariage qui ne pouvait tarder.La passion de l\u2019amoureux était trop exaspérée pour connaître des scrupu- 19 Le Samedi, Montréal, 23 mars 1946 les et d ailleurs, dès que le divorce serait prononcé, qu\u2019aurait-il à ménager ?N était-il pas décidé à déserter ce magnifique pays de Caux dont le séjour lui devenait intolérable ?N\u2019irait-il pas se perdre dans l\u2019infini de ce Paris où personne ne le connaîtrait et où il est si facile de passer inaperçu ?Rien ne l\u2019empêcherait donc d\u2019user de sa liberté recouvrée dès qu\u2019il le voudrait et, lorsqu\u2019il expliquait ses projets à la protégée de Gabrielle, elle lui répondait en souriant : \u2014 Tout ce qu\u2019il vous plaira ! Ne sommes-nous pas nos maîtres ?Elle ajoutait : \u2014 Du reste, qui donc s\u2019occupe de nous ?Elle avait raison.Dans la cohue de Paris, au milieu de la foule incessamment agitée, à part ceux que la naissance a faits riches et comblés de tous les biens, qui donc a le temps de songer aux autres et de s\u2019occuper de leurs actions ou de leurs affaires ?Le procès de Suzanne ne tarda pas à se terminer.Le cinq décembre, par une froide journée d\u2019hiver, pluvieuse et triste, l\u2019huissier de service appela, à la première chambre du tribunal de Rouen : \u2014 Suzanne Audeval, femme Dufresne, contre Dufresne.Les avocats étaient à leur banc.Le président fit un signe amical à Me Boisguillaume et lui dit : \u2014 Vous avez la parole.Le célèbre avocat ne se chargeait que de causes d\u2019un succès à peu près certain et sa parole jouissait d\u2019une grande autorité sur les magistrats, smses confrères et sur le public.Pendant deux heures, il tint son auditoire sous le charme.Il raconta l\u2019histoire de cette jeune fille d\u2019une beauté accomplie, sur l\u2019origine de laquelle planaient certains doutes, mais que sa grâce et sa bonté avaient rendue si chère à tous ceux qui l\u2019approchaient.Il parla de ses vertus qui n\u2019étaient mises en doute par personne, pas même par un adversaire qui n\u2019avait rien à lui reprocher.Il la montra unie à un jeune homme séduit d\u2019abord par ses qualités et bientôt entraîné par sa fougueuse nature vers ce Paris où l\u2019appelaient des tentations auxquelles il n\u2019avait pas su résister.Il passa en revue les faits indiscutables mis à sa charge par les témoins ; il les qualifia justement d\u2019outrages à cette jeune femme d\u2019une bonté si parfaite qu\u2019elle ne laissait pas entendre une plainte et se consolait de son abandon en reportant son amour sur l\u2019adorable enfant à l\u2019éducation de laquelle elle se consacrait.Cette consolation même lui avait été arrachée.Et comment ?En arrivant à ce qu\u2019il appelait « le sinistre d\u2019Etelan », l\u2019avocat prononça ces mots avec un accent tragique qui fit vibrer sous une étrange sensation les nerfs des vieux magistrats eux-mêmes.Ils purent croire que, dans la pensée des protecteurs de Suzanne Audeval, ce naufrage où deux innocentes victimes avaient trouvé la mort était le résultat d\u2019un calcul et l\u2019effet d\u2019une volonté criminelle, insaisissable pour la justice, mais de nature à épouvanter les amis de cette infortunée jeune femme ! C\u2019étaient eux qui l\u2019avaient contrainte à demander une séparation qui seule pouvait assurer non seulement son repos mais sa sécurité.Il adjura les magistrats de lui rendre son indépendance et il termina sa magnifique plaidoirie en plaçant sa jeune cliente sous leur protection.Elle lui était acquise.L\u2019avocat de Dufresne essaya de défendre le mari contre les imputations que les juges venaient d\u2019entendre et il le fit en termes énergiques, mais qui ne pouvaient convaincre personne.Peu à peu la légende d\u2019Etelan prenait dans l\u2019opinion publique une forme nettement accusatrice et il n\u2019en pouvait être autrement, après un procès qui révélait les désordres du propriétaire de la sinistre maison de l\u2019Or-frasière.Telle qu\u2019elle se présentait d\u2019ailleurs, la cause était de celles qui ne se discutent que pour la forme.Le siège du tribunal était fait.A quatre heures, le jugement fut rendu.L\u2019avocat de Georges Dufresne expédia à son client, à Paris, une dépêche ainsi conçue : « Divorce prononcé contre nous.» Seuls parmi les amis de Suzanne, le docteur Bernay et le vicomte Jean de Vrigny se trouvaient au palais de justice.Le vieillard embrassa chaleureusement son vieil ami Boisguillaume et partit aussitôt avec son compagnon.A huit heures, ils rentraient au manoir d\u2019Orvilliers.Le baron de Glatigny et la petite baronne, Jacques d\u2019Angeville, le vieux comte de Vrigny et Jeanne les attendaient.Suzanne était assise dans un coin du grand salon aux sombres boiseries de chêne.Le vieux docteur alla vers elle, se pencha sur ses cheveux, l\u2019embrassa avec sa bonne tendresse de grand-père et lui dit : \u2014 Ton cauchemar est fini ! Je t\u2019avais privée de ta liberté.Je te la rends ! Elle baissa la tête et pleura silencieusement.Sans doute, cette union ne lui avait pas apporté le bonheur.Et pourtant elle lui avait donné un ange adoré ! Elle passa des bras de son vieux tuteur dans ceux de son frère et de ses amis et, montant à sa chambre, elle se jeta à genoux.Et comme si sa Georgette lui eût adressé une supplication en faveur de son père, tyrannisé par une aveugle passion, elle eut pour lui une pensée de pardon et murmura, les yeux fixés sur un grand crucifix d\u2019ivoire : \u2014 Et lui, le malheureux, que deviendra-t-il ?Mon Dieu ayez pitié de lui! QUATRIEME PARTIE VIE PERDUE I \u2014 Trois visites Janvier allait finir le mois des confiseurs, des étrennes, de l\u2019argent gaspillé, des inutiles cartons de papier semés à profusion pour le désespoir des facteurs, et qui s\u2019en vont porter d\u2019un bout du monde à l\u2019autre les souhaits faux et des caresses mensongères.Oh ! pas toutes, heureusement.Il en est de tendres, de sincères, d\u2019affectueuses, qui partent de cœurs bons et loyaux ! Pas de règle sans exception.Dans son cabinet du boulevard Saint-Michel, Paul Tavernier, devant un excellent feu, venait d\u2019achever la lecture de ce qu\u2019il appelait dédaigneusement les feuilles.Et cependant chaque matin il en faisait avec empressement sa pâture quotidienne.Affaire d\u2019habitude et l\u2019habitude est, comme chacun sait, une seconde nature.Paul Tavernier n\u2019avait pas son agréable figure des bons jours.Un ennui facile à reconnaître pesait sur son front.Quand votre enfant a besoin d\u2019un laxatif, ' - 'j donnez-lui CASTORI A! Le Castoria est le laxatif qu\u2019il faut employer parce qu\u2019il est fait spécialement pour les enfants.Il est sûr et bénin \u2014 comme doit l\u2019être un laxatif pour enfants \u2014 et il est toujours efficace dans ses effets.Il n\u2019entre pas de drogues drastiques dans le Castoria, de sorte qu\u2019il ne cause ni colique ni malaise.Et autre point important, le goût du Castoria est très agréable.Comme les enfants l\u2019aiment et ne se font jamais prier pour le prendre, vous n\u2019avez pas de scènes désagréables lorsqu\u2019il s\u2019agit de leur administrer un laxatif.Toutes les pharmacies vendent le Cas-toria.Achetez aujourd'hui le laxatif préféré des petits.Prenez toujours un laxatif conformément aux instructions qui /\u2019 accompagnent ou aux recommandations de votre médecin.CASTORIA A Le laxatif SUR préparé spécialement pour les enfants. 20 de porter ceintures, épingles et bandes pour les femmes qui s\u2019impatientent QUE VOUS SOYEZ impatiente parce que vous êtes pressée ou active ou soigneuse ou méticuleuse ou tout simplement vaniteuse\u2014Tampax résoudra votre problème.Tampax diffère complètement des autres formes de protection hygiénique.Cette nouvelle méthode possède un principe particulier: l'absorption interne.Avec Tampax, pas besoin de ceintures, d'épingles, de bandes extérieures.TAMPAX EST INVISIBLE une fois en place et vous en oublieZ la présence.Avec Tampax, pas d\u2019odeur et d\u2019irritation, pas ae renflement révélateur que vous portiez une jupe, des shorts ou des \u201cslacks\".Tampax se porte fondant le bain et il vous assure toute a protection voulue quand vous nagez.MIS AU POINT PAR UN MEDECIN, Tampax est fait de coton chirurgical pur comprimé en applicateurs commodes.Vous n\u2019avez jamais à toucher le Tampax même.Facile à changer et à jeter.3 degrés d'absorption (Régulier, Super, Junior).En vente dans les pharmacies et comptoirs de produits sanitaires.Une provision d\u2019un mois (en moyenne) se glisse dans votre sac à main.Canadian Tampax Corporation Ltd., Brampton, Ont.CANADIAN TAMPAX CORPORATION Limited, Brampton, Ont.Envoyez-moi sous pli personnel un paquet d\u2019essai de Tampax.J\u2019inclus 10c.pour frais d\u2019envoi et j\u2019indique le format désiré: ( ) Régulier ( ) Super\t( ) Junior ,\tREGULIER 3 degrés d\u2019absorption super junior Journal de l\u2019Association Médicale Américaine Nom Adresse «fille.(écrire bien lisiblement) Prov.Il appela d\u2019une voix for le : \u2014 Mère Antoine ! Et comme la vieille se faisait attendre, sans doute parce qu\u2019elle n\u2019entendait pas cet appel, il se leva et s\u2019approcha des fenêtres donnant sur le jardin.Le temps était gris ; il avait plu ; un brouillard épais obscurcissait tout.\u2014 Vilain temps pour sor'ir ! pensa-t-il.Que faire dans ce salon ?Lire ?Il en était fatigué ! Peindre ?Le jour n\u2019était pas favorable ! D\u2019ailleurs, il ne se sentait pas en train .Sortir pour aller où ?Porter chez des indifférents son ennui et tenir des propos en l\u2019air qui ne servent à rien ! Il était obligé de se l\u2019avouer à lui-même, pour la première fois peut-être de sa vie : Il s\u2019ennuyait.! Le temps lui semblait pesant, difficile à tuer dans cette solitude qu\u2019il avait supportée jusque-là sans se plaindre et même en lui trouvant quelques avantages ! Son existence de garçon dans laquelle il se complaisait lui apparaissait tout à coup vide, oiseuse, inutile.Depuis la conclusion de l\u2019affaire Dufresne et le jugement prononçant le divorce de Suzanne et de son mari, il n\u2019avait pas revu Orvilliers-le-Grand ; il n\u2019avait pas reçu de lettres de ses amis du pays de Caux ; il n\u2019avait même pas rencontré son ancien « ami » Georges Dufresne.Eb bien, c\u2019était triste à dire, mais ce compagnon même, si haïssable qu\u2019il fût, lui manquait.Il apportait une certaine distraction dans sa vie si monotone, si vaine, si désœuvrée, malgré les études persévérantes auxquelles il s\u2019acharnait, pour rendre les heures plus fugitives, et qu\u2019il méprisait presque parce qu\u2019elles ne servaient à rien, ni à lui ni aux autres ! A quoi bon cette science de la médecine qui ne guérissait pas de maladies ?Pourquoi cette connaissance du droit qui ne venait en aide à personne et ne protégeait ni la veuve ni l\u2019orphelin ?Et la peinture ?Dans quel but barbouiller des toiles qu\u2019il ne savait même plus à qui donner, puisque ses amis et connaissances en possédaient autant qu\u2019ils pouvaient en caser sur les murailles de leurs maisons de ville ou de campagne ?Il murmura entre ses dents : ¦\u2014 Trente-sept ans ! Il avait trente-sept ans depuis quelques jours ! Pas moyen de se rajeunir.Son acte de naissance en faisait foi.Avant trois ans la quarantaine serait dépassée ! Et après ?Il descendrait l\u2019autre côté de la montagne, le revers, avec cette rapidité qui fait qu\u2019on se trouve tout au bas presque sans avoir eu le temps d\u2019y penser.Son existence aurait été cela ! C\u2019est-à-dire rien ! Ni services reçus, ni services rendus ! Pas d\u2019attachements, pas d\u2019affections vraies, pas de tendresses sincères, pas une amitié pour l\u2019aider sur ses fins, pour lui rendre le dernier passage, celui qui donne accès dans l\u2019inconnu, moins pénible ! Sa vie avait eu jusque-là un but, un but de haine froide, de vengeance patiente et réfléchie, mais il s\u2019était arrêté à mi-chemin.Il s\u2019était trahi trop tôt ; il avait laissé échapper son secret comme un vase fêlé laisse échapper le liquide qu\u2019il contient.Sa curiosité même n\u2019était plus satisfaite.Il ne savait plus oe qui se passait, _ si ce n\u2019est vaguement, par quelques paroles qu\u2019il entendait chez Gabrielle, à ses rares visites aux magasins de la couturière plus que jamais en prospérité.Là, il était toujours question du mariage de Valentine et de Georges Dufresne.Il devait avoir lieu à une date prochaine, vers la fin de février ou les premiers jours de mars, disait-on.Comme il avait déclaré à son ancien « ami » qu\u2019il le considérait comme un étranger, il se renfermait à son égard dans une discrétion absolue, n\u2019en demandait jamais de nouvelles et rompait l\u2019entretien dès que Valentine ou Gabrielle aiguillaient Leur conversation vers ce sujet.Mais de ce désintéressement et de cet isolement, sa situation s\u2019était aggravée ; il s\u2019ennuyait ! C\u2019était certain.Et son ennui était aussi fait de regrets ! Il regrettait ses amis d\u2019Orvilliers, le vieux docteur Bernay qui du moins avait mené l\u2019existence d\u2019un vrai sage, en usant noblement de sa fortune et de son savoir pour soigner les malheureux et se créer des amitiés solides, fondées sur l\u2019estime qu\u2019on ne pouvait lui refuser.Parfois il se disait : \u2014 Pourquoi ne ferais-je pas comme lui ?Pourquoi ne pas suivre cet exemple admirable ?Mais Paris le retenait ! Paris avait pour lui l\u2019attrait d\u2019une patrie ! N\u2019était-ce pas la seule qu\u2019il eût connue ?Pour l\u2019en arracher, il aurait fallu une circonstance déterminante, un amour, une liaison, un de ces incidents qui changent le cours des idées d\u2019un homme, comme un rocher jeté dans son lit peut changer le cours d\u2019un torrent.Il regrettait Suzanne ! Il s\u2019était habitué à l\u2019entendre, à la voir ; il y avait d\u2019elle à lui une attraction très douce qui était allée en s\u2019affirmant de jour en jour avec plus d\u2019énergie.Elle ne lui inspirait pas de désirs, rien que de l\u2019amitié avec une pointe de tendresse et de dévouement qu\u2019il ne s\u2019était jamais connue auparavant.On pouvait dire qu\u2019elle l\u2019avait vraiment gagné et converti, presque métamorphosé.Près d\u2019elle, il avait entrevu une autre existence moins agitée, moins fiévreuse, égayée par un cercle d\u2019amis honnêtes et loyaux, une autre atmosphère que celle des brasseries, des théâtres, des music-halls où l\u2019on entend des obscénités plus ou moins spirituelles débitées par des chanteuses déshabillées outrageusement, sous la lumière électrique qui les inonde de clartés d\u2019apothéose.Il n\u2019y avait pas jusqu\u2019à la petite baronne Charlotte si franche, si rieuse, et à son mari, l\u2019agriculteur, qui ne lui fissent défaut.Et aussi les beaux aspects d\u2019Ange-ville, de son avenue aux voûtres de verdure, de ses toitures aux frontons tourmentés, de ses charmilles séculaires et de ses corbeilles de fleurs si largement entretenues.Pendant cinq ans de fréquentation, il s était habitué à vivre presqu\u2019en maître dans ces superbes étendues, aux riches récoltes, aux horizons infinis où, çà et là, par des échappées dues à la seule nature, l\u2019oeil plongeait au delà des falaises sur les eaux sans fin de la mer lointaine.Mais tout était rompu.Et dans ce cœur jusqu\u2019alors égoïste et fermé, il se produisait un effet de déchirement.Il revenait de la fenêtre à son large fauteuil, près de sa cheminée, en se demandant par quel moyen il allait abréger les longues heures de cette journée morose et ténébreuse, lors- Le Samedi, Montréal, 23 mars 1946 qu\u2019un maître coup de sonnette lui fit dresser l\u2019oreille.Et presque aussitôt la mère Antoine, qui n\u2019avait pas répondu à son appel mais que ce tintamarre aurait tirée des profondeurs d\u2019une cave, ouvrit la porte du salon, et un homme de taille moyenne, jeune encore mais déjà chauve, avec quelques poils gris dans sa barbe d\u2019un noir charbonneux, les traits heurtés, un nez où il pleuvait, l\u2019œil vif et le front bas, entra en bourrasque, tandis que Paul Tavernier s\u2019écriait, tout de suite rasséréné : \u2014 Té, Laboulbenque ! C\u2019était bien lui, Laboulbenque, un de Montauban, dont le nom sonnait dès qu\u2019il entrait au café comme un obus qui éclate, au point que les camarades faisaient en chœur : \u2014 Bing ! Laboulbenque, un ancien copain de l\u2019Ecole de médecine, un piocheur enragé, pétri d\u2019ambition, qui depuis plus de dix ans passait les jours et les nuits au travail afin de décrocher l\u2019agrégation, puis le professorat, puis la célébrité, puis la monnaie qui est le couronnement forcé de l\u2019édifice.Laboulbenque et Paul Tavernier ne suivaient pas le même chemin.Autant le natif de Montauban s\u2019acharnait après la réputation, autant Paul Tavernier s\u2019effaçait dans le silence et dans l\u2019obscurité.Cependant ils se rencontraient à chaque instant, dans les cafés et les restaurants du Quartier où l\u2019avocat médecin allait revoir ses anciens camarades et entretenir ses connaissances.\u2014 Eh ! comment va, mon bon Tavernier ?demanda le Méridional.\u2014\tPas trop mal, et toi ?Laboulbenque se laissa choir dans le fauteuil que l\u2019autre lui avançait et, promenant son regard sur les boiseries du cabinet avec une satisfaction d\u2019amateur, il déclara : \u2014\tToujours charmant, ton intérieur, mon ami.Je comprends que tu te plaises dans cette boîte.Retraite d\u2019homme d\u2019étude, d'artiste et de penseur ! Tu n\u2019imagines pas ce qui m\u2019amène chez toi ce matin.\u2014\tJ\u2019attends que tu me le dises.\u2014\tJe viens te faire mes adieux, mon bon chéri ! Laboulbenque était un expansif.Ses mots avaient des hardiesses extraordinaires.Son langage était chaud, coloré, brûlant comme le soleil qui mûrit les raisins de son pays.\u2014\tQuoi ! tu quitterais Paris ?s\u2019écria Tavernier.\u2014\tJ\u2019en ai le regret.\u2014\tUn ambitieux de la trempe, l\u2019homme de l\u2019avenir ?.Il tarde trop à se dessiner ! J\u2019en ai assez des espérances toujours déçues, des promesses qui ns se réalisent pas, du travail acharné qui ne conduit à rien .\u2014 Ton dernier ouvrage .\u2014 Mon « Traité des affections du larynx ?» \u2014 Parfaitement.\u2014 J\u2019en attendais une certaine réputation .\u2014 Il la mérite !.Peut-être, mais je suis comme sœur Anne et ne vois rien venir.Alors, je laisse la place aux autres.\u2014 C\u2019est impossible ! \u2014 Ce soir, ce sera chose faite ! Ce brave Laboulbenque aura dit adieu à Paris et à ses vanités .\u2014 Où vas-tu ?A Montauban, faire de la médecine tout bonnement, comme les humbles, comme les modestes qui se contentent de vivre et ne courent pas après les honneurs et les millions ! Je visiterai les malades, je ferai payer les riches pour les autres et j\u2019imiterai mon oncle dont je t\u2019ai souvent parlé et qui se retire pour me céder sa cli-[ Lire la suite page 37 ] V '«ris lyi ly heures.Ajouter les carottes et continuer la cuisson pendant environ 20 minutes jusqu à ce qu elles soient tendres.Dix minutes avant de servir, ajouter les cornichons et le lait.Six portions.\u2022 HARICOTS VERTS AUX OEUFS * 2V2 tasses de haricots verts frais ou en conserve 2 c.à tb.de gras doux ¦312 c.à tb.de farine 1 tasse de lait\ty2 tasse de l\u2019eau des légumes 4 œufs cuits durs tranchés sel et poivre\t1 tasse de chapelure 2 c.à thé de gras doux Cuire et égoutter les haricots frais ou couler les haricots en conserve et garder le liquide.Faire bouillir cette eau jusqu\u2019à ce qu\u2019il n\u2019en reste qu\u2019une demi-tasse.Fondre le gras dans la partie supérieure du bain-marie ajouter la farine et bien mêler.Y verser graduellement le lait et la demi-tasse d\u2019eau des legumes.Cuire en brassant constamment jusqu\u2019à ce que le mélange épaississe Ajouter les haricots, les œufs tranchés et assaisonner avec du sel et du poivre au gout.Chauffer de nouveau.Verser dans des plats individuels et couvrir avec-la chapelure qui aura ete au préalable brunie dans le gras doux.Servira six personnes. iSf* \u2018 WEIW.?*g müstarpJa1 L\tV*WtC»-W ¦ KÏÂvfeï.\" STEAK S CWOPS'GRAVIES FiSM-cweese \u2018 WEIM?i MüsmsP §®wS »K; ttfg MM \u20ac¦« iy îïfcU Ak e wê ^ein^ ÉÉfôicE \u20ac-»/y SAUCE Sauces pour Viandes et Poissons De la saveur pour tous les repas Prenez un steak hambourgeois ordinaire\u2014 mettez-y juste assez de \u201dSauce-5 7\u201d Heinz pour que le beau brun-rougeâtre de celle-ci se mélange avec le jus succulent de la viande\u2014et vous avez quelque chose d\u2019exquis.Vous verrez que des douzaines d autres plats deviendront tout a fait spéciaux quand vous en rehausserez la saveur avec de la Moutarde Préparée Heinz, jaune ou brune (broyée à la meule pour être plus lisse) et de la Sauce Worcestershire Heinz, vraie symphonie d\u2019épices.Ayez toujours des Condiments Heinz sur la table, ou près du poêle.Vous trouverez qu\u2019ils donnent à tout\u2014depuis les sandwiches jusqu\u2019aux ragoûts\u2014cette saveur extraordinaire dont tout le monde se régale.SAUCI MEXICAIN! Les ménagères qui sont à la recherche de nouveauté, trouveront beaucoup de nouvelles recettes et suggestions pour l\u2019emploi des Condiments Heinz dans le nouveau livret de 12 pages intitulé: \"Nouveaux Emplois des Sauces Heinz\u201d.Un exemplaire vous sera envoyé gratis sur demande.Ecrivez à: H.J.Heinz Co.of Canada Ltd., 6465 rue Durocher, Montréal, P.Q.W'ÎV./O Ifcw -Jâ Condiments HEINZ 30 Le Samedi, Montréal, 23 mars 1946 Attention eéedtêam -m % a.; X-jjÉSlitiÊSiaÿsi&j^iâ&StàtÊÏtlkr rn^piRilnqpPP; SEULEMENT 3/4 DE TASSE DE SUCRE DANS CE DÉLICIEUX GÂTEAU DORÉ Il est tendre, léger \u2014 fait avec la \u2018MAGIC\u2019 \u2022 Il est temps pour toute ménagère d'économiser le sucre.Ce Gâteau Doré \u2018Magic\u2019 ne demande que % de tasse de sucre pour le gâteau et pas de sucre pour le glaçage! Et il est exquis! Comme toutes les recettes \u2018Magic\u2019 celle-ci assure une saveur irrésistible et une texture légère car vous employez la Poudre à Pâte \u2018Magic\u2019 pure et de confiance.Epargnez le sucre et employez la \u2018Magic\u2019 pour un succès assuré et pour une cuisine économique.3 ménagères canadiennes sur 4 la préfèrent.Oèteau d°re^^W\" lait .\tic.a the f'\tt sucre, :He larme et ^^es ;e alternant ave\t2 rooules îodéré(375 r- Glaçage sans S^stsiropd\u2019^\u2018hle\u2019 .colaflhlanc d'oeuf,^ 2^\t^\t^\t^,,,/le.u.T«jn1 ttez blanc\tbouillante^du fcu et iain-tnari \u2019\trotatif-\tMélangez rp° , Ajoutez vanille , le tout.A)o FABRICATION CANADIENNE Par Mme ROSE LACROIX Directrice de l\u2019Ecole Ménagère Provinciale et de l\u2019Institut Ménager de LA REVUE POPULAIRE, du SAMEDI et du FILM 1 Mes Recettes, BOEUF A L'ETUVEE 2\tIbs de bœuf\t3 carottes m°yennes 6 petits oignons 3\ttranches de navets\t6 petites pommes de terre sel, poivre et fines herbes Couper le bœuf en dés d\u2019un pouce.Enlever soigneusement le gras et faire chauffer dans un petit chaudron en fer ou en aluminium épais.Quand, le gras au bœuf est bien chaud, y faire revenir le bœuf préalablement enfariné jusqu a ce qu\u2019il soit bien brun.Saler, poivrer et saupoudrer d\u2019un peu de fines herbes au goût.Couvrir d\u2019eau chaude.Laisser mijoter 1% heure sans laisser bouillir.L\u2019eau doit frémir seulement.Au bout de ce temps, ajouter tous les legumes coupés en cubes d\u2019un pouce, à l\u2019exception des oignons qui doivent etre entiers.Laisser cuire encore 1 heure.Servir bien chaud avec des betteraves a la vinaigrette.6 services.BISCUITS CROQUANTS % tasse de shortening\t1 tasse de sucre ou de cassonade 1 œuf 2 tasses de farine\t2 c.à thé de poudre à pâte V4 de c.à thé de sel 2 c.à tb.de lait\t1 c- à thé de vaniUe Défaire en crème le shortening, y ajouter graduellement le sucre ou la cassonade puis l\u2019œuf bien battu.Tamiser la farine, mesurer et tamiser de nouveau avec la poudre et le sel.Ajouter au premier mélange alternant avec le lait.La pâte doit être assez ferme pour en façonner un rouleau de 1% pouce de diamètre.Envelopper dans un papier paraffiné et faire geler au froid ou dans un tiroir du réfrigérateur.Tailler en minces rouelles, déposer sur une tôle à biscuits beurrée et faire cuire sans dégeler à 375° F.10 à 12 minutes.Ces petits biscuits sont croquants et se conservent frais longtemps.POUDING AUX FRUITS 34 de tasse de farine\t34 de tasse de sucre 1 c.à thé de poudre à pâte 1\tæuj\t3 tasses de fruits mélangés Mettre dans un plat à pouding bien beurré un mélange de fruits en conserve : pêches, poires, prunes ; 3 tasses environ.D\u2019autre part, bien mélanger la farine, le sucre, la poudre et le sel.Délayer avec l\u2019œuf légèrement battu.Etendre ce mélange sur les fruits, cuire à four modéré 400° F.30 minutes environ ou jusqu\u2019à ce que le pouding soit bien doré.CROQUETTES D'AGNEAU A L'INDIENNE 2\ttasses d\u2019agneau cuit et haché\t1 tasse de sauce blanche épaisse 1 c.à tb.d\u2019oignon râpé 34 de c.à thé de poudre de cari\tsel et poivre 1 œuf 2 c.à tb.de lait\tchapelure et graisse Mélanger parfaitement l\u2019agneau avec la sauce et les oignons.Bien assaisonner de sel, poivre et de poudre de cari.Etendre dans une lèchefrite beurrée à l\u2019épaisseur d\u2019un 34 pouce et laisser raffermir.Couper en rectangles, façonner en côtelettes, passer dans l\u2019œuf bien battu avec 2 c.à tb.de lait puis dans la chapelure fine et faire rôtir à la poêle dans de la graisse bien chaude.Servir avec des petits pois sautés au beurre et de la purée de pommes de terre.6 services.POULET EN GELEE 1 poulet de 5 à 6 Ibs 1\tpetit oignon piqué de 2 clous de girofle\t1 c.à tb.de sel quelques grains de poivre 2\tc.à tb.de gélatine\t3 œufs cuits dwrs 6 olives farcies Préparer le poulet et le mettre à cuire avec l\u2019oignon et les assaisonnements.Ajouter de l\u2019eau bouillante à l\u2019égalité.Laisser mijoter jusqu\u2019à ce que le poulet soit bien tendre.Retirer du feu, laisser refroidir couvert dans le bouillon.Désosser, couler le bouillon, ajouter la gélatine préalablement gonflée à l\u2019eau froide.Mettre au fond d\u2019un moule humecté d\u2019eau froide un rang de poulet, couvrir d\u2019un rang d\u2019œufs dims tranchés et d\u2019un rang d\u2019olives.Remplir le moule en alternant.Verser au-dessus la gelée et laisser prendre bien ferme.Démouler et servir entouré de persil frais.CHAMPIGNONS A LA CREME 34 livre de champignons 34 de tasse de beurre\t1 tasse de crème sel et poivre Laver les champignons, les éponger et les tailler en tranches minces.Chauffer le beurre, et y faire sauter les champignons 5 minutes.Saler et poivrer, saupoudrer légèrement de farine et ajouter 1 tasse de crème.Laisser mijoter 10 à 12 minutes.Servir sur des tranches de pain rôti. Le Samedi, Montréal, 23 mars 1946 91 u i- i-«Wi, quand\" est le produit d\u2019une semence exclusive (D-138), mais aussi un soin de culture et de récolte qui vous assure que chaque grain doré est à son plus parfait degré de fraîcheur et de tendreté.Tout comme le portrait du Roi Georges vous indique que c\u2019est un billet d\u2019un dollar authentique, de même le portrait du Green Giant vous indique que c\u2019est le seul et unique blé-d\u2019Inde Niblets Brand Whole Kernel.Comment savons-nous moment fugitif de la parfaite saveur ?C\u2019est le Bonhomme \u201c Science \u201d qui vient à notre aide : réellement un mode de compter les heures ensoleillées de croissance jusqu\u2019à ce que l\u2019épi de blé-d\u2019Inde Niblets Brand Whole Kernel ait atteint son plus haut degré de développement.A ce moment nous le cueillons et nous le portons aussi vite que possible à la \u201ccannerie\u201d \u2014 et comme ça se fait vite ! De sorte que vous avez dans la boîte de Niblets non seulement du blé-d\u2019Inde qui Préparez-vous à voir ce portrait bientôt.Niblets Brand Whole Kernel ed, Ste-Martine, Québec.Aussi uietteurs en boîtes des Mexicorn (grains de blé-d'Inde entiers avec piments), Style à la Crème, et Fèves Jaunes Green Giant.y*1'- 32 Le Samedi, Montréal, 23 mars l.94fi iM 'd'te.i \u2022- Jolie! Pourquoi pas! NM-46-1F /ourbe douce et finesse souple de la taille refaite avec un NU-BACK.Belle prestance et bien-être.Style de la toute dernière mode.I Le principe du support NU-BACK avec dos à coulisse permet l\u2019aise parfaite.Un NU-BACK qui ne remonte pas; ne s enroule pas, ni ne pince.Demandez à votre corset,ère de vous ^ aiuster un corset NU-BACK fait à votre taille,.Un essai vaut mieux que la meilleure description.Soutien-Gorge \"Gothic\" Dessin Elliptic Corset \"Nu-Back\" Modèle 5533 NE REMONTE PAS Le Samedi, Montréal, 23 mars 1946 A?'\t! y% i \\ ' % è imm.wm*- MÉ1 %*.No 1552 \u2014 Robe d\u2019une pièce pour jeunes filles et dames, tailles 12 à 20.Tissu requis pour taille 14 : 2 v.% en 39\", 2 v.% en 41\", 2 v.en 54\".Prix 20?.No 1563 \u2014 Robe d\u2019une pièce pour dames et jeunes filles, tailles 12 à 20.Tissu requis pour taille 16 : 3 v.en 39\", 2 v.% en 41\", 2 v.V4 en 54\".Prix 25?.No 1565 \u2014 Robe d\u2019une pièce pour dames et jeunes filles, tailles 12 à 20.Tissu requis pour taille 12 : 3 v.en 35\", 2 v.% en 39\" et 41\".Prix 25?.No 1568 \u2014 Robe d\u2019une pièce pour dames et jeunes filles, tailles 12 à 20.Tissu requis pour taille 18 : 3 v.% en 35\", 3 v.V4 en 39\", 3 v.Vs en 41\", 2 v.% en 54\".Prix 20?.1552 1568 9 LES ENCOLURES NOUVELLES Si vous ne pouvez trouver ces PATRONS SIMPLICITY chez le marchand de votre localité, commandez-les, avec le montant requis, à l'adresse suivante: Patrons du \"Samedi\", Dominion Patterns, Ltd., 74 Yorkville Avenue, Toronto 5, Ont.Si vous habitez les Etats-Unis, adressez-vous à Simplicity Patterns, 200 Madison Avenue, New York City, U.S.A. 34 Le Samedi, Montréal, 23 mars 1946 LÀ MER NOURRICIERE Par JEAN TOUSIGNANT, économiste du département des Pêcheries maritimes du Québec.PEU de gens savent que la prise annuelle dans les eaux maritimes du Québec s\u2019établit à 100,000,000 de livres.La morue y entre pour près de la moitié.De plus, on capture quelque 33,000 loups-marins dans le Bas St-Laurent.Depuis quelques années, le rationnement de la viande nous suggère le poisson comme un supplément de protéines essentielles.Les produits frais ont conséquemment acquis une importance primordiale au Canada, aux Etats-Unis et dans d\u2019autres pays alliés.La Gaspésie constitue le plus vaste domaine de pèche maritime du Québec avec 60% de la prise globale.La morue séchée de Gaspé \u201cGaspe Cure\u201d jouit depuis longtemps d\u2019une réputation mondiale.Dans plusieurs districts de pêche de la Gaspésie, on a conservé des modes de pêche primitifs.Les barques de pêche mesurent environ 25 pieds de longueur ; elles sont montées par trois ou quatre pêcheurs et le rayon de leurs randonnées est restreint.La plupart du temps, les randonnées de pêche ne durent qu\u2019une journée et le poisson entre au port dans un état de fraîcheur incontestable.Dans la Baie des Chaleurs, on a adopté la pêche à la ligne de fonds portant de 5,000 à 12,000 hameçons.En 1943, cette méthode rapporta un revenu brut individuel de $1,150, soit le double du rendement obtenu par la ligne à la main.La pêche est un rude métier.Il n\u2019est pas rare que le pêcheur fasse des journées de vingt heures.Le soir, le pêcheur tend ses filets au hareng pour recueillir l\u2019appât qui lui servira le lendemain.Si le hareng ne \u201cdonne\u201d pas, on tentera un autre essai avant le jour.Dès l\u2019aurore, le pêcheur est sur les lieux de pêche et il n\u2019entre au port qu a la fin de l\u2019après-midi.\\ V je, wm ' - » dsn* ¦im! mmm.mmm Éjws W sSjpBË t ~3*> ' T- Ml# *PSm[ mm IWÈS5RC > Rangée du haut, de gauche à droite, reflétant l'importance du havre, les mâts se profilent nombreux près des débarcadères.C'est l'escale en attendant de reprendre le large pour recommencer l'exercice du dur mais pittoresque métier.\u2014 Une pêche abondante, fructueuse, sinon miraculeuse.\u2014 Non loin du rocher célèbre, sur la côte gaspésienne, des pêcheurs procèdent au débitage sous une nuée de mouettes intéressées.\u2014 Rangée du centre, scènes prises à l'intérieur d'un entrepôt frigorifique où l'on procède ordinairement au dépeçage, au pesage, à la mise en boite des filets de morue.\u2014 Ci-contre, à gauche, autre scène pittoresque de la côte gaspésienne. Le Samedi, Montréal, 23 mars 1946 Ci-contre, à droite, l'air calme, deux pêcheurs professionnels exercent l'antique métier.La pièce de choix qui vient de surgir mettrait plus d'un amateur en liesse.\u2014 Ci-dessous, un coin de barque remplie à craquer d'une pêche heureuse.Que de délicieux filets en perspective pour les cordons bleus i \u2014 Rangée du bas, de gauche à droite, autres vues prises à un entrepôt frigorifique.Des boîtes remplies de filets de morue s'entassent et seront bientôt distribuées sur le marché.Installation des machines assurant la réfrigération requise pour la conserve.Vue extérieure d'un entrepôt moderne, symbole du progrès de notre industrie québécoise des pêcheries maritimes.Photos Service Ciné-Photographie du Québec.«§jjw*r wr-ï£3ïmr JfâSm msmm.ftkKn ; KŒ ¦\"fa®* '¦QW&& JSÊj&Sl ¦y -li:g£ST.- PSæ.*; ^=LlLjÉ 7 ¦ î mr if «pis- i r&eé\\ D'une façon générale, le pêcheur gaspésien s\u2019occupe aussi d\u2019agriculture.Il exploite quelques arpents de terre pour satisfaire aux besoins domestiques ; l\u2019hiver, il peut trouver emploi dans la forêt.Sur la côte nord du St-Laurent, on recourt à un mode de pêche particulier : les trappes à morue.Ce sont d\u2019immenses filets en forme de parcs, d\u2019une quarantaine de pieds de côté et d\u2019une vingtaine de pieds de profondeur, dont l\u2019entrée constitue un entonnoir vers lequel le poisson est dirigé par des filets d\u2019ame-née.La trappe est fixée au fond de la mer au moyen d\u2019ancres, la partie supérieure étant soutenue par des flotteurs.Les filets d\u2019amenée peuvent atteindre jusqu\u2019à 200 pieds de longueur.La trappe à morue est placée à proximité des rivages, à des profondeurs d environ 50 pieds.On s\u2019en sert surtout au début de la saison.La chasse au loup-marin fournit un apport important à cette région et aux II es-de-!a-Madeleine.Le poids de ces cétacés est d environ 225 livres, ce qui représente une quantité appréciale de matières grasses et de protéines.Les jeunes loups-marins possèdent une fourrure blanche et soyeuse, servant à la confec- tion d\u2019articles de fantaisie.Les adultes donnent une bonne quantité d\u2019huile et de farine ; leur peau sert à l\u2019industrie du cuir.Des huiles de loup-marin et de poisson, on obtient par hydropération les graisses alimentaires ; par sulfonation, les huiles solubles et de toilette, puis les savons.Les Iles-de-la-Madeleine sont le royaume du homard.L\u2019an dernier, les captures ont dépassé 2,000,-000 de livres.Pêché à grande eau et sur des bancs de pierre, le homard des Iles doit être préféré aux crustacés capturés dans les baies ou à l\u2019embouchure des rivières.Le homard vivant est vendu sur le marché de Boston et les conserves sont principalement dirigées sur le marché américain.Aux Iles, on prépare aussi les harengs fumés \u201cbloaters\u201d.Ce produit est expédié aux Antilles, où les indigènes le consomment, apprêté avec des bananes ! Depuis quelques dix ans, l\u2019industrie québécoise des pêcheries maritimes subit une profonde transformation.Cette dernière se traduit notamment par la tendance de plus en plus marquée du poisson frais et congelé à supplanter le produit salé.En 1939, seule- ment 15 % de la morue capturée en Gaspésie était transformée en produit frais et congelé.Cette proportion s établit à 75 % pour 1944.Le gouvernement provincial du Québec a contribué à accélérer cette tendance en construisant des entrepôts frigorifiques sur le littoral gaspésien.Leur capacité quotidienne de congélation est de 140 tonnes de poisson et la capacité d\u2019entreposage de 11,000,000 de livres.Richesses maritimes, M.Tousignant avait bien raison d\u2019intituler ainsi cet intéressant article que publiait récemment L\u2019Oval de C-I-L.Les ressources de nos pêcheries, en effet, sont inépuisables, comme le démontrait il y a quelques années un film documentaire révélateur et, même advenant une disette grave, ce qui est peu probable, ces ressources de la mer pourraient nous permettre de traverser sans inquiétudes une de ces crises de ravitaillement comme en connut la Russie, par exemple, au lendemain de la premiere Grande Guerre.Du reste, le rationnement des viandes qm est toujours maintenu et la période de carême^ que nous traversons contribuent, de leurs cotes, à mieux nous faire apprécier cette immense richesse de notre beau et grand pays. 36 Vos yeux -a* sont comme un fidèle baromètre de votre santé.Leur état aide au diagnostic non seulement des e5 troubles de la vue,mais sou-vent à celui de troubles ayant leur siège ailleurs, comme, par exemple: Vhypertension artérielle, le diabète, Vartériosclérose.Les maux de tête rebelles et les trou- bles visuels requièrent les soins d\u2019un ophtalmologiste compétent.Les troubles ordinaires, comme la myopie, ^ la presbytie, \\ f l\u2019astigmatisme, peuvent être atténués par des lunettes\tbien ajustées.Souvenez-vous de ceci\u2014Vos yeux dureront toute la vie, si vous en prenez soin.Pourplusamplesdétails sur l'hygiène des yeux, faites venir lefeuillet gratuit de la Metropolitan.Ecrivez au Service des Brochures, 36S.Direction Générale au Canada, à Ottawa.Metropolitan Life Insurance Company (COMPAGNIE ÿt FORME MUTUELLE) New-York PRESIDENT DU CONSEIL Frederick H.Ecker PRESIDENT Leroy A.Lincoln Direction Générale au Canada: Ottawa Le Samedi, Montréal, 23 mars 1946 Le \"GAZO\u201d a joué son rôle.EN SUEDE Il serait faux de dire que le gazogène fut populaire en Suède.Bien que les techniciens suédois l'aient poussé à un degré de perfection, presque insoupçonné avant1 la guerre, la conduite d\u2019une voiture à gazogene procure neanmoins au conducteur un travail sale et désagréable, sans compter le danger constant_ d intoxication par l\u2019oxyde de carbone.Il est donc naturel quf> des restrictions de l\u2019essence ait été reçue avec satisfaction \u201c\t1 ces derniers mois de plusieurs pétroliers, charges d huiles de differentes especes, les autobus taxis et certaines autres catégories de véhiculés ont pu commenc r à marcher avec des carburants liquides, et depuis le 25 novembre dernier, tout rationnement devait être supprimé.Toutefois, cela ne veut possesseur d\u2019une voiture pourra rouler a son aise, dans de nombreux manque de pneumatiques y mettra obstacle.Durant la guerre: la Popart des automobilistes ont été obligés de vendre leurs pneus aux autorités et 1 imp tation de pneus neufs est loin de suffire.Cependant, ceux qui auparavant faisaient marcher leurs voitures au gazogène n\u2019ont pas été longs à les abandonner au profit de 1 essence dont ils ont fait le plein.A Stockholm, tous les autobus et pratiquement tous les taxis ont déjà opéré la transformation.Les dépôts de ferraille ont reçu des milliers de gazogenes qui prennent maintenant le chemin des aciéries suédoises pour y etre refon us.On a vu circuler dans les rues des voitures avec la mention merci de tes services\u201d peinte sur le gazogène.Le peuple suédois peut en dire autant, car sans les fidèles \u201cgazos\u201d, toute circulation sur les routes suédoises aurait ete paralysée.Le gazogène a rendu possible le maintien en trafic du tiers des voitures du pays, soit environ 80,000, sans compter environ 15,000 tracteurs et un nombre considérable de petites embarcations.\t, Cependant, le gazogène ne disparaîtra certainement pas complètement des routes.De nombreux camions, assurant les transports sur les longs parcours, devront probablement, même dans l\u2019avenir, employer le bois ou le charbon de bois.On estime ainsi que l\u2019emploi de ce produit de remplacement du temps de guerre sera également économique en temps de paix, pour certains types de tracteurs et de machines stationnaires, munis de moteurs à deux temps.Le \u201cgazo\u201d est mort, mais peut-être pas tout à fait.EN ANGLETERRE D\u2019énormes blocs de béton construits sur la côte sud d\u2019Angleterre en 1940, comme défenses contre l\u2019invasion, sont maintenant construits en digues afin de garantir la côte de la mer orageuse.Les blocs pesant environ 8 à 9 tonnes chacun sont brisés par le \u201cgélignite\u201d et écrasés par des compresseurs afin de construire un mur de 6 pieds de hauteur, capable de résister aux plus fortes tempêtes de mer.Le projet est exécuté par 15 hommes.En vue de compléter la muraille avant la marée du mois de mars, les ouvriers et les ingénieurs ont commencé leur travail sur une plage non entièrement dégagée des mines.La compagnie \u201cMiles Aircraft Ltd.\u201d a reçu une commande du Ministère de production d\u2019Aéronefs pour un certain nombre d\u2019appareils d\u2019alimentation de leur propre modèle.Cet appareil, actuellement connu sous le nom de M.60, pourra transporter 14 passagers et deux membres d\u2019équipages.On pourra l\u2019employer dans toutes les parties du monde.Il est construit entièrement de métal et peut être muni d\u2019une cabine d\u2019air pour faciliter la respiration.Il porte assez d\u2019essence pour parcourir 1,000 milles.La machine sera munie de quatre engins.i 0 f McNaught Syndicate, Inc.\u2014© Liberty Le premier agent \u2014 C\u2019est pas pour vous arrêter, l\u2019ami, c\u2019est seulement pour mieux voir votre nouveau modèle ! Le Samedi, Montréal, 23 mars 1946 37 MISERABLES DESTINEES [ Suite de la page 20 ] entèle.Là-bas, je dénicherai bien une bonne fille qui tiendra ma maison et consentira à s\u2019appeler Mme Laboul-benque, une héritière modeste dont les parents auront quelques quartiers de vigne et de bonnes métairies, et ce sera une fin.Laboulbenque déclara franchement : \u2014 J\u2019en avais espéré une autre, mais pas moyen de faire ma trouée et je suis à bout de patience.Il se lança dans une diatribe à fond de train contre l\u2019encombrement des carrières, la tourbe des concurrents, le favoritisme qui obstrue les passages, les fraudes des concours, et il conclut : \u2014 Je suis écœuré, je m\u2019en vais ! Et regardant Paul Tavernier : \u2014 Et toi, tu ne resteras pas éternellement dans ton rez-de-chaussée, à regarder la demi-douzaine d\u2019arbres de ton jardin ?.\u2014 Pourquoi pas ?\u2014 Est-ce une vie ?.\u2014 Comme une autre ! -\u2014Tu le dis et tu ne le penses pas, mon ami ! La jeunesse n\u2019a qu\u2019un temps ! \u2014 Je le sais.\u2014 Il faut assurer l\u2019avenir, se créer un entourage, des amitiés, une famille, afin de n\u2019avoir pas une vieillesse sombre comme un jour de pluie, isolée comme une borne au milieu d\u2019un champ ! J\u2019ai fait mes réflexions et je pars ! Il se leva.\u2014 Adieu donc, mon bon, dit-il, adieu ! J\u2019avais pour toi une franche et cordiale amitié.Tu es un homme comme je les aime, fier, brave, intelligent, fort !.Qui sait quand nous nous reverrons ! Si jamais le hasard t\u2019amène à Montauban, n\u2019oublie pas de pousser une pointe jusqu\u2019à mon domicile.Tavernier n\u2019en revenait pas.Celui-là loin de Paris ! Le quartier Latin privé de son Laboulbenque qu\u2019on y voyait traîner depuis une douzaine d\u2019années et dont l\u2019entrée, n\u2019importe où, était saluée par un coup de tamtam : \u2014 Bing ! Etait-ce possible ! Il se récria de nouveau.Et Laboulbenque affirma : \u2014 Oui, c\u2019est mieux que possible, c\u2019est certain.Tu penseras un jour comme moi ; tu agiras comme je le fais, et tu quitteras Paris à ton tour ! L\u2019homme de Montauban s\u2019était campé devant le portrait de Suzanne et ses yeux noirs s\u2019écarquillaient dans un accès d\u2019admiration.\u2014 Heureux coquin! dit-il, as-tu d\u2019assez jolies connaissances ! Elle est Parisienne, cette superbe personne ?\u2014 Non.\u2014 De province ?\u2014 Normande ! \u2014 Mariée ?\u2014 A un de nos anciens camarades .\u2014 Lequel ?\u2014 Dufresne.Laboulbenque fronça le sourcil.\u2014 Une nature qui ne m\u2019allait pas, déclara-t-il.Mauvais compagnon ! Je n\u2019ai jamais compris ta liaison avec ce type.Et il était le mari de cette admirable créature ! \u2014 Tu dis bien .Il l\u2019était ! \u2014 Il ne l\u2019est donc plus ?\u2014 Non.\u2014 Divorcée ?\u2014 Depuis deux ou trois mois.\u2014 Tant mieux pour elle, mon Dieu ! Alors elle pourra se remarier.Tu 1 as bien connue ?\u2014\tOui.\u2014\tEpouse-la, mon bon, épouse-là! Je suis un peu physionomiste.Elle doit avoir toutes les qualités ou je me tromperais ! Il ajouta, avec un certain contentement de lui-même : \u2014 Et tu sais, mon cher, comme diagnostic, je puis dire que je ne me trompe pas souvent.Il la regardait sans pouvoir en détacher ses yeux.Même il décrocha le cadre et s\u2019en alla près de la fenêtre pour mieux examiner cette figure qu\u2019il déclara délicieuse, exquise, incomparable ! \u2014 Oui, mon ami, une femme qui ressemble à celle-là, une maison agréable, avec un grand et beau jardin, un carré de vignoble pour récolter du bon vin et urne clientèle pour entretenir la petite famille, c\u2019est le paradis sur la terre.J\u2019ai pensé autrement.Je suis converti.J\u2019avais la fièvre.Je pars guéri, radicalement.Fais-en autant, mon bon ! Tu as tout ce qu\u2019il faut pour réussir !.Rien n\u2019est perdu jusque-là et il est toujours temps de bien faire ! Il replaça le portrait de Suzanne où il l\u2019avait pris, répéta deux ou trois fois: Une superbe jeune femme !.s\u2019empara des mains de Tavernier et lui dit : \u2014 Et maintenant, adieu ! Je n\u2019ai pas voulu partir sans te voir.Si tu viens à Montauban, n\u2019oublie pas de me faire une visite.Tu seras reçu à bras ouverts et je compte que sous peu nous serons deux à te faire les honneurs de la maison.Adieu ! Ils se quittèrent.Paul Tavernier resta seul et réfléchit.Laboulbenque partait ! Lui aussi après tant d\u2019autres ! Le Méridional à l\u2019esprit alerte, aux vastes espérances, le travailleur qui s\u2019était obstiné pendant de longues années dans la volonté de conquérir Paris à force de labeur, le lauréat d\u2019une foule de concours, retournait dans sa province, découragé, écœuré, comme il le disait, de ses insuccès dans la bataille, renonçant à tout, converti à la vie paisible et sûre de sa ville natale, où il allait retrouver le logis paternel, les parents et les amis de sa première jeunesse.On n\u2019entendrait plus ce nom claironnant raisonner dans les cafés ou les tables d\u2019hôte du Quartier comme un coup de grosse caisse à l\u2019entrée du docteur, fêté par ses camarades qui l\u2019estimaient et auxquels il était si sympathique.Bing ! N\u2019était-ce pas là, d\u2019ailleurs, leur destinée ?Combien en restait-il de ces lutteurs, forts pourtant, mais qui, de même que les Alpins les plus énergiques, ne parviennent pas tous à escalader les hauts sommets ?Et dans quelques années, combien en connaîtrait-il de son temps ?Combien d\u2019amis rencontrerait-il dans les rues ?Quelles mains pourrait-il serrer ! Alors ce serait comme un cercle qui sans cesse irait en se rétrécissant jusqu\u2019au jour où il serait seul, n\u2019ayant plus rien autour de lui, mis-en quarantaine par des inconnus comme un pestiféré.Quel avenir ! Dix heures sonnèrent à sa pendule.Que faire ?Le temps était nébuleux comme ses pensées, triste et maussade comme elles.Il appela de nouveau : \u2014 Mère Antoine ! La vieille l\u2019entendit.\u2014 Vous me ferez à déjeuner, dit-il.Le temps est trop mauvais pour sortir et pourtant.Il allait ajouter : Êtes-vous au courant ?Est-ce que vous semblez avoir la taille un peu forte pour certaines toilettes?Vous feriez mieux de faire de l\u2019exercice! Tenez-vous droite, les pieds collés, les bras tendus au-dessus de la tête.Pliez la taille à droite puis à gauche en vous penchant le plus possible (augmentez graduellement le nombre de ces mouvements jusqu\u2019à 25 par jour).Vous pouvez avoir votre apparence svelte et élégante à \u201ccertains\u201d jours, même avec votre robe la plus cirée.Vous n\u2019avez pas à craindre de contours révélateurs avec Kotex \u2014 car cette serviette a des bouts plats et diminués qui ne laissent rien voir.Personne ne pourrait donc découvrir votre secret.Si elle veut avoir la taille fine, elle ferait mieux\u2014 ?\tde cesser de respirer ?\tde faire de l'exercice ?\tde porter un corset ùsi'.if Votre main peut révéler votre caractère et votre tempérament! Avez-vous la main carrée?Si oui, au dire des chiromanciens, vous avez l\u2019esprit pratique et vous êtes sûre de vous-même.Vous êtes curieuse de par nature \u2014 et c\u2019est une bonne chose, car cela vous aide à prendre de sages décisions.Et quand vous vous renseignerez sur la protection périodique, quand vous apprendrez que Kotex est d\u2019une mollesse durable (qu\u2019elle ne semble pas molle qu\u2019au premier contact) .que Kotex est faite pour rester molle durant Vusage .nous parions dix contre un que vous choisirez la serviette Kotex.Vous appréciez un réel confort.Il n\u2019est pas étonnant alors que vous soyez sûre de vous-même.Une main carrée dénote-t-elle\u2014 ?\tun esprit chercheur ?\tune nature impulsive ?\tune personnalité dynamique ?Si la dame ne rit pas, diriez-vous qu\u2019elle\u2014 ?\test pincée ?\test hargneuse ?\ta raison ?Il est certain que cette petite n\u2019avait pas l\u2019intention de tomber à la renverse.Mais la dame est exaspérée.Elle est fatiguée de se faire bousculer par des personnes turbulentes, tapageuses.La dame a raison.Les accidents et le manque de considération vont trop souvent ensemble.Il vaut la peine de réfléchir un peu sur ce point .Et la réflexion a aussi sa place à \u201cces\u201d jours, car si vous considérez les mérites des serviettes périodiques, vous choisirez la Kotex \u2014 pour éviter .les accidents.Oui, le centre de sécurité exclusif de Kotex vous donne une protection supérieure contre les accidents aux jours problématiques! -K Marque déposée XOTFXio/ff/pfep/tfs t/asaaes&s Le Samedi, Montréal, 23 mars 1946 JE DÉTESTE/vmoræ EES MB//VE75/ Pourquoi vous astreindre à une telle besogne, quand la Lessive Gillett peut l\u2019accomplir à votre place?Saupoudrez simplement de la Gillett pure dans le bol et tirez la chaîne .\u2022.c\u2019est pas plus malin que cela ! 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Elle dit: \u2014 Je le voyais bien depuis quelque temps, mais je n\u2019osais pas vous en parler.Je sais ce qu\u2019il vous faudrait, mais vous ne voudrez pas ! Et cependant ce ne serait pas mon avantage, car vous me renverriez !.Et j\u2019ai bien besoin de cette petite place qui m\u2019aide à vivre ! \u2014 Que me faudrait-il donc, mère Antoine, à votre idée ?\u2014 Une bonne femme pour vous tenir compagnie, diriger votre maison, soigner votre intérieur, sortir avec vous !.Vous ne pourrez pas toujours vivre seul comme un hibou, sans comparaison, dans une vieille tour !.\u2014 Je suis bien resté seul jusque-là, mère Antoine.\u2014 Oui, mais vous étiez jeune et vous l\u2019êtes encore .\u2014 Mais je ne le serai pas toujours! \u2014 Sans doute.\u2014 Allez à vos commissions .Je ne dis pas que vous ayez tort ; seulement vous savez bien que je ne suis pas dans la condition des autres ! \u2014 Qu\u2019est-ce que ça fait ! Est-ce qu\u2019il y a des femmes qui pourraient ne pas vous aimer ?Il haussa les épaules.Les yeux de la pauvre vieille exprimaient une admiration qui n\u2019était pas jouée.Il objecta : \u2014 Vous vivez bien seule vous, mère Antoine ! \u2014 Oui, mais je suis une malheureuse, tandis que vous, monsieur Paul ! La sonnette de la porte l\u2019interrompit.\u2014 Encore une visite, dit-elle.Elle alla ouvrir et annonça : \u2014 Mme Vautier ! Gabrielle entra en disant : \u2014 Puisque la montagne ne veut plus venir à nous, il faut aller à la montagne.Ne vous dérangez pas, mon cher, c\u2019est moi.Paul Tavernier s\u2019empressait à sa rencontre.\u2014 Par quel hasard ?demanda-t-il.\u2014 Vous allez voir.Serez-vous assez galant pour m\u2019offrir un siège ?\u2014 Comment donc ?Elle s\u2019installa commodément et, lorgnant, comme Laboulbenque l\u2019avait fait, les murailles du salon, les meubles et objets d\u2019art dont il était encombré, elle dit : \u2014 Décidément, c\u2019est gentil ici.Vous êtes un homme de goût, il faut en convenir, mon cher.\u2014 Savez-vous quelle en est la meilleure preuve ?demanda-t-il.Elle le regarda attentivement et dit : \u2014 Vous avez envie de laisser sortir une bêtise .\u2014\tJe vous assure .\u2014\tSi on ne peut pas vous retenir, allez-y.\u2014 C\u2019est que je n\u2019ai jamais rencontré une femme qui me semble aussi charmante que vous.\u2014 La voilà bien ! \u2014 Aussi serpentine .\u2014 Oh! \u2014 Aussi enveloppante ! \u2014 En vérité ! \u2014 Aussi capiteuse en un mot.\u2014 Vous avez fini ?\u2014 S\u2019il le faut, oui.\u2014 Tant mieux, mon cher, car je ne viens pas dans ce quartier excentrique pour le vain plaisir d\u2019entendre débiter des balivernes de ce calibre .J\u2019ai quarante printemps bien comptés et ne suis plus dans l\u2019âge où on s\u2019amuse aux bagatelles de la porte .Je ne m\u2019occupe pour mon compte que d\u2019une seule affaire, gagner de l\u2019argent, afin de ne pas retomber dans mes anxiétés de l\u2019an passé.\u2014 C\u2019est fini ?\u2014 Dieu merci.Nous marchons à toute vapeur et je suis d\u2019une sévérité, d\u2019une parcimonie !.Dans deux ans, si un bon vent continue à souffler, je passerai la main à d\u2019autres .\u2014 Et ensuite ?\u2014 Je me retirerai dans une honnête médiocrité quelque part où on n\u2019aura jamais entendu parler de moi et je commencerai une vie nouvelle toute de calme, de repos et d\u2019obscurité !.\u2014 Bien vrai ?\u2014 Parole d\u2019honneur, s\u2019il m\u2019est permis de me servir de cette expression.\u2014 C\u2019est donc une épidémie ! murmura Tavernier.\u2014 Que dites-vous ?\u2014 Je viens de voir un de mes amis qui parlait comme vous .\u2014 Il quitte Paris ?\u2014 Oui, et je ne l\u2019aurais jamais cru.\u2014 Il a, parbleu, mille fois raison ! Elle s\u2019interrompit vivement.\u2014 Il faut que je vous dise la cause de ma visite.Pour le moment je suis tracassée par une inquiétude.-\u2014 D\u2019argent ?\u2014 Pas du tout.\u2014 A quel sujet ?-\u2014 A propos de Valentine.\u2014 Ah! \u2014\tVous savez qu\u2019elle est folle, absolument folle, cette petite! \u2014\tQu\u2019est-ce qui le prouve ?\u2014\tSa volonté d\u2019épouser ce Dufresne, votre singulier ami ! \u2014\tElle persiste ?\u2014\tAvec obstination.\u2014\tAlors, ce mariage ?.__Aurait lieu dans trois ou quatre semaines.\u2014\tVous voyez Dufresne ?La couturière répondit : \u2014\tRarement et beaucoup trop encore pour mes gouts.Sa tete a des expressions qui m\u2019inquiètent.C est même à ce sujet que je viens vous consulter .\u2014 Vous n\u2019avez qu\u2019à parler.\u2014\tMais en secret ! \u2014\tC\u2019est entendu.\u2014 Tout à fait entre nous ! \u2014\tNe craignez rien.Gabrielle se recueillit un instant et hésita si visiblement que Paul Tavernier lui demanda : \u2014 C\u2019est donc bien difficile à dire, ce que vous avez à me confier ?__Oui et non.Enfin voilà.J\u2019aime beaucoup Valentine, bien que depuis quelque temps je sois très mécontente de son entêtement.Je me crois certaine qu\u2019elle va au-devant d un malheur en persistant dans l\u2019idée de cet absurde mariage.\u2014 Peut-être se laisse-t-elle influencer par une considération que vous apprécieriez .Elle est dirigée, je n\u2019en doute pas, par cette pensée que pour rompre avec Dufresne il faudrait commencer d\u2019abord par lui rembourser ses cent mille francs.Gabrielle secoua la tête.\u2014 Non, dit-elle.Je lui ai posé cette question.D\u2019abord elle considère ne rien lui devoir pour des raisons que je n\u2019ai pas besoin de vous expliquer et que vous comprenez sans peine.Ensuite ce remboursement serait facile à opérer.\u2014 Vous avez l\u2019argent?\u2014 Je sais du moins où je pourrais le trouver en cinq minutes.\u2014 Valentine le sait aussi ?\u2014 Parfaitement.Impossible de lui faire entendre raison.Hier, devant moi, elle a autorisé son futur à faire les démarches nécessaires pour arriver \u2014 Salle de jury.iTïnfïS! Le Samedi, Montréal, 23 mars 1946 39 à ce mariage, réunion des pièces utiles, publications.\u2014 Et caetera.Vous avez lu avec soin les détails de ce qu\u2019on a appelé « l\u2019accident » d\u2019Ete-lan?\u2014 Et vous?\u2014 Moi aussi.\u2014 Eh bien ?Gabrielle rapprocha son fauteuil de celui de Paul Tavernier et, se penchant vers l\u2019avocat : \u2014 Entre nous, croyez-vous que ce qui s\u2019est passé là soit le résultat d\u2019un pur cas fortuit ?\u2014 Mais .\u2014 Ne supposez-vous pas que quelqu\u2019un aurait pu, en cette circonstance, aider le hasard ?\u2014 C\u2019est grave, cette insinuation.\u2014 Je ne l\u2019ignore pas.\u2014 Continuez.\u2014 En un mot, ne vous est-il pas venu à l\u2019esprit que ce Dufresne, si pressé de se marier avec une seconde femme, aurait eu quelque intention de se débarrasser au plus tôt de la première ?-Oh! \u2014 Ne vous effarouchez pas pour la forme, cher monsieur ! dit en souriant Gabrielle.Nous connaissons le monde l\u2019un et l\u2019autre et nous savons à quels excès une passion féroce peut pousser l\u2019être le plus inoffensif et à plus forte raison un homme d\u2019une violence emportée qui n\u2019a ni frein ni mesure et que je crois avoir bien jugé.Dites-moi votre sentiment avec simplicité et franchise, si c\u2019est possible !.Vous m\u2019avez souvent parlé de votre amitié, donnez-m\u2019en la preuve.Vous comprenez mon anxiété.Je ne voudrais pas que cette pauvre Valentine, par suite de je ne sais quel entraînement, unît son existence à celle d\u2019un .\u2014 Achevez donc ! \u2014 A celle d\u2019un assassin! Voilà le mot lâché ! \u2014 Diable ! Gabrielle ajouta avec énergie : \u2014 Et, pour moi, j\u2019ai un doute, plus qu\u2019un doute, presque une certitude .\u2014 D\u2019où vient-elle ?\u2014 D\u2019une multitude de petits faits, de détails, de mots échappés à Valentine elle-même.Vous pensez bien que je l\u2019ai retournée sur tous les sens.On peut s\u2019en fier à moi.Je peux même vous confier un détail, sous le sceau du secret.\u2014 Allez ! \u2014 J\u2019ai une double clef de sa chambre et je m\u2019en suis souvenue à propos .\u2014 Alors vous y avez fait une petite incursion ?\u2014 Précisément.\u2014 Et vous avez découvert ?.\u2014 Des lettres .\u2014 De Dufresne ?\u2014 Authentiques .\u2014 Vous les avez lues ?\u2014 Comme de juste.\u2014 C\u2019est étonnant comme nous nous ressemblons ! pensa Paul Tavernier.Pas plus de scrupules 1 un que 1 autre.Gabrielle aj outa : \u2014 Vous comprenez que j\u2019étais dirigée par un seul mobile, mon affection pour Valentine.Vous ne sauriez vous figurer à quel point \u2014 à part cette folie de mariage qui me renverse \u2014 elle est faite pour être aimée, quelle bonté, quel dévouement, quelle délicatesse même il y a dans ce petit cœur que Paris aurait dû gangrener comme le mien et le vôtre.\u2014 Merci ! \u2014 Et alors j\u2019ai été stupéfaite de voir dans toutes ces lettres des recommandations saisissantes et révélatrices, j\u2019ose le dire.\u2014 Ainsi ?.\u2014 Par exemple votre ami.\u2014 Vous avez tort d\u2019employer cette expression.Dufresne a été mon cama- rade au quartier Latin et, en apparence du moins, presque mon ami, mais il ne l\u2019a jamais été en réalité et, l\u2019eût-il été, qu\u2019il ne le serait plus.\u2014 Depuis quand ?\u2014 Depuis une dizaine d\u2019années .\u2014 Je ne comprends pas.\u2014 Je le sais bien, mais quand je vous dirais la cause de cette rupture, quel intérêt pourrait-elle avoir pour vous ?Il y a des mystères partout et je peux en ce moment vous en signaler trois dans votre entourage et que vous essaieriez vainement de pénétrer.Valentine veut épouser Dufresne et vous n\u2019en comprenez pas la raison.L\u2019affaire d\u2019Etelan vous paraît obscure et vous ne pouvez pas l\u2019éclaircir.Enfin, vous me croyez l\u2019ami de ce Dufresne, et vous pouviez vous y tromper car je le paraissais et je ne l\u2019ai jamais été.Partout autour de nous il en est à peu près de même.Tout n\u2019est qu\u2019obscurité et mystère !.Et, revenant' aux lettres de Dufresne : \u2014 Vous disiez donc qu\u2019elles contenaient ?.\u2014 Certaines instructions très compromettantes .\u2014 Pour qui ?\u2014 Pour lui seul.D\u2019abord Valentine devait, pour faciliter ses projets de divorce, paraître avoir rompu avec lui ; elle devait encore ne pas le revoir pendant quelque temps et manifester, si on lui parlait de ce Dufresne, la plus parfaite indifférence à son égard ; il avait donc besoin de paraître réconcilié avec sa femme afin de l\u2019endormir plus aisément sans doute et de l\u2019attirer tout doucement dans un piège.Enfin ses lettres se terminent invariablement par une prière de les brûler afin de n\u2019en pas laisser de traces.Gabrielle sourit.\u2014 Même il est question de vous, mon cher, dans cette correspondance et M.Dufresne engage vivement son amie à ne vous rien confier et à vous induire en erreur avec autant de soin que les autres.\u2014 Bah! \u2014 C\u2019est comme je vous le dis.\u2014 Quand avez-vous fait ces utiles découvertes ?\u2014 Ce matin même, pendant que Valentine était en course chez une cliente, à Passy.J\u2019étais tourmentée à son sujet et je voulais en avoir le cœur net.Il me semblait que je découvrirais chez elle la preuve qui me manquait et je l\u2019ai trouvée en effet.Voyons, que feriez-vous à ma place ?\u2014 Moi?\u2014 Oui, vous ! Je ne peux pas laisser cette malheureuse enfant épouser un être comme celui-là et se jeter dans un précipice sans essayer de la retenir.Pour moi il a voulu se défaire de sa femme et l\u2019a entraînée dans un traquenard d\u2019où elle ne s\u2019est tirée que par miracle.Elle leva les yeux sur Paul Tavernier et lui demanda nettement : \u2014 Ça ne vous produit pas cet effet-là à vous ?\u2014 Peut-être, mais à quoi cela peut-il nous servir de le penser ?\u2014 Vous ne comprenez pas qu\u2019il y a eu là-dessous une abominable machination ?\u2014 Si.\u2014 Et vous ne nous l\u2019avez pas dit ?\u2014 Pourquoi l\u2019aurais-je fait puisque ce n\u2019était pas nécessaire?Vous voyez bien que vous le savez sans que je m\u2019en sois mêlé.\u2014 C\u2019est vrai ! \u2014 Et puis nous n\u2019avons que des doutes ! \u2014 C\u2019est vrai encore ! ____Enfin, nous ne sommes pas chargés de faire la police du pays !.Votre métier est de vendre des costumes, d\u2019habiller des femmes, de les pousser à des extravagances de toilettes .Le mien est de rester tranquille dans mon A LA TASSE VOUS L\u2019APPELEZ SIMPLEMENT lm r LCm t ix ¦ c/, CAFc.Un magazine qui s\u2019impose La Revue POPULAIRE torréfié AU CANADA Si vous répondez affirmativement aux questions que voici : tenez-vous à être à la page ?Désirez-vous recevoir un magazine ultra-chic à prix modique ?Aimez-vous une lecture qui vous informe sur ce }ue l\u2019on dit et ce que l\u2019on fait dans le monde littéraire, artistique, artisanal, élégant et quoi encore ?Oui, si vous répondez dans l\u2019affirmative, n\u2019hésitez pas plus longtemps : souscrivez un abonnement à LA REVUE POPULAIRE A LA LIVRE -C\u2019EST DU
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