Le samedi, 1 avril 1947, samedi 26 avril 1947
[" 58e année, No 49 Montréal, 26 avril 1947 LE MAGAZINE NATIONAL DES CANADIENS Le Samedi, Montréal, 26 ai'ril 1947 ?» .J5S QUAKER STATE MOTOR 0£ '¦ Les automobilistes avertis se rendent déjà chez les dépositaires Quaker State pour changer d\u2019huile, car c\u2019est le temps d\u2019employer le type d\u2019huile à moteur Quaker State pour I été.J^cl cfacuvct rfattackn a* turf#, d&jwfo QUAKER STATE OIL REFINING COMPANY OF CANADA, LIMITED, TORONTC Membre de Pennsylvanie Grade Crude Oil Association CHRONIQUE AGRICOLE TRAITONS BIEN LES CHEVAUX Il y a des ressemblances entre le cheval et le tracteur.Dans les deux cas, il faut faire une revision complète en préparation des durs travaux du printemps et le cheval, tout comme le tracteur, doit être rompu graduellement aux durs travaux, déclare J.G.Stothart, division de la Zootechnie, Ferme expérimentale centrale, Ottawa.Pour le cheval, il faut vérifier son état général, ses pieds, peut-etre meme ses dents, ainsi que l\u2019attelage.Sur la majorité des fermes, il est possible de garder les chevaux en bonne condition en les affectant aux légers travaux réguliers au cours de l\u2019hiver, mais si les chevaux n\u2019ont rien fait de l\u2019hiver, il faut les préparer graduellement au travail qui les attend.Environ deux semaines à un mois avant d'attaquer les lourdes tâches, la ration devrait être augmentée.Elle devrait etre accrue graduellement pour permettre à l\u2019animal d\u2019engraisser et de se mettre en condition.Certains considèrent le cheval comme un animal peu intelligent, mais il est plus intelligent qu\u2019on ne le croit.En fait, il réagit de façon surprenante aux soins et à la sollicitude dont il est l\u2019objet.Il faut lui faire sa toilette régulièrement.On peut enlever une grande partie des poils d\u2019hiver en étrillant le cheval tous les jours, ce qui aura pour effet de l\u2019empêcher de trop transpirer lorsqu\u2019il est mis au travail pénible.Pour améliorer sa force de traction et empêcher le cheval de boiter, il faut rogner ses pieds.Si un cheval n\u2019engraisse pas avec une bonne ration et un peu de travail, il est possible que ses dents fassent défaut.S\u2019il en est ainsi, il faut limer les dents afin que l\u2019animal puisse bien mastiquer ses aliments.Outre la nécessité de laver, réparer et huiler l\u2019attelage, il est important que cet attelage soit convenablement ajusté.Rien n\u2019entrave plus les efforts d un cheval qu\u2019un collier mal ajusté.Il ne doit être ni trop grand ni trop petit et doit permettre une distribution égale de la traction sur les deux épaules.Pour les premiers jours du travail ardu, il faut surveiller les épaules avec soin et voir à ce qu\u2019il ne s\u2019introduise pas de saleté entre le collier et les épaules.La perte de temps occasionnée par des blessures peut souvent être évité si on se donne la peine d\u2019ajuster le harnais.?BUREAU D\u2019ECHANGE DE RENSEIGNEMENTS M.H.L.Trueman, adjoint au directeur du Service scientifique du ministère fédéral de l\u2019Agriculture, et agent de liaison au Canada pour les Bureaux impériaux d\u2019agriculture, écrit dans la Revue de l'Institut agricole que les investigateurs en agriculture au Canada sont fiers de voir leur pays contribuer à la première organisation (Les Bureaux impériaux d\u2019agriculture) de collaboration et de consultation entre les Commonwealth, organisé et maintenu sur une base constitutionnelle de Commonwealth.Conformément aux recommandations de la Conférence impériale sur les recherches en agriculture tenue en 1927, le Conseil de direction des Bureaux impériaux d\u2019agriculture fut établi le 1er avril 1929, avec bureau principal à Londres, Angleterre.Au début, les bureaux étaient au nombre de huit, mais trois autres furent ajoutés sur la recommandation de la Conférence de révision des Bureaux impériaux d\u2019agriculture.Ces bureaux ont pour tâche de rassembler et distribuer des renseignements dans les diverses branches de la science agricole et, de façon générale, d aider les investigateurs de l\u2019Empire en leur fournissant des renseignements portant sur leurs sujets d\u2019étude.Chaque bureau est situé dans un institut de recherches se spécialisant dans sa propre branche scientifique, de sorte que les officiers du Bureau peuvent être en rapport quotidien avec les hommes conduisant des recherches sur son propre sujet.Ces bureaux sont financés à même un fonds commun consenti par les gouvernements de l\u2019Empire dans des proportions convenues ; ils sont régis par un conseil composé de représentants de ces gouvernements, sur un pied égal.Chaque bureau, sauf celui de la répression biologique, se trouve au Royaume-Uni ; il est pourvu d\u2019un personnel de traducteurs et d\u2019abstracteurs et publie un ou plusieurs périodiques d\u2019abstraction.Il se maintient en rapport avec les investigateurs des autres pays du Commonwealth, directement et par l\u2019intermédiaiie d\u2019un correspondant officiel dans chaque pays et pour chaque bureau, ainsi que par un agent de liaison dans chaque pays pour tous les bureaux.On peut proposer des suggestions aux directeurs des Bureaux relativement à des questions scientifiques, par l\u2019intermédiaire du correspondant officiel ; les suggestions relatives aux affaires administratives sont ordinairement transmises par 1 agent de liaison au secrétaire du Conseil d\u2019administration, au bureau principal.Le seul bureau qui ne soit pas situé en Angleterre est le Bureau impérial de la répression biologique, dont le bureau principal se trouve au Laboratoire fédéral des parasites, à Belleville, Ontario.Il a des représentants à Riverside, Californie ; Montevideo, Uruguay ; et Trinidad, Antilles britanniques, ces représentants rassemblent des parasites d\u2019insectes destructeurs, relativement aux programmes de répression sous la direction des pays intéressés. LES PUBLICATIONS POIRIER, BESSETTE & CIE, LIMITEE Membres de PA.B.C., et de P Association des Editeurs de Magazines du Canada Le Samedi La Revue Populaire Le Film 975-985, RUE DE BULLION MONTREAL \u2014 CANADA \u2022 T é I : P L a t e a u 9638 * FRED POIRIER GEO.POIRIER Présidents conjoints JEAN CHAUVIN Directeur Rédacteur en chef : GERALD DANIS Chef de publicité : CHARLES SAURIOL Directeur artistique : HECTOR BRAULT Chroniqueur sportif : OSCAR MAJOR Chef du tirage : ODILON RIENDEAU NOS REPRESENTANTS : WILFRID DAOUST 20, Onzième Avenue, Lachine (Ottawa, Hull, Sherbrooke, Drummondville, Saint-Hyacinthe, Sorel, Granby, Farnham, Saint-Jérôme, Joliette et les environs.) \u2022 ADELARD PARE 6, rue du Pont, Québec ( Québec et Lévis ) \u2022 PAUL LARIVIERE 1710, rue St-Philippe, Trois-Rivières (Trois-Rivières et Cap-de-io-Madeleine ) Autorisé comme envol postal de la deuxième classe.Ministère des Postes, Ottawa.\u2022 Entered at the Post Office of St.Albans, Vt.as second class matter under Act of March 1879 ABONNEMENT CANADA Un an.$3.50 Six mois -\u2022\u2022\u2022\u2022** 2.00 ETATS-UNIS Un on -\t$5.00 Six mois ¦*¦*¦- 2.50 \u2022 AU NUMERO: 10 cents \u2022 HEURES DE BUREAU : 9 h.a.m.à 5 h.p.m.du lundi au vendredi.\u2022 AVIS AUX ABONNES \u2014 Les abonnés changeant de localité sont priés de nous donner un avis de huit jours, l'empaquetage de nos sacs de malle commençant cinq jours avant leur expedition.58e année, No 49 \u2014 Montréal, 26 ovril 1947 EDITORIAL COMMENT PEUT-ON TRAHIR SON PAYS?QU'IL y ait dans chaque pays des espions à la solde d'une autre nation, amie ou hostile, la chose n'est guère réjouissante, certes, mais elle n'est pas surprenante.D'autant plus que le contre-espionnage régulièrement pratiqué rend généralement à chaque contrée au moins l'équivalent de ce que l'indiscrétion des voisins lui subtilise.C\u2019est là un mal admis, accepté parce qu'inévitable, rien de moins mais rien de plus.Mais qu'il se rencontre, chez un peuple prétendu civilisé, des citoyens qui se fassent sciemment et volontairement les agents d'une nationalité étrangère et consentent à lui livrer les secrets vitaux dont dépendent la prospérité, la défense et l'existence même de leur patrie, voilà qui est totalement inexplicable pour les individus normaux qui, je m'efforce laborieusement de le croire, forment encore une imposante majorité de l'humanité actuelle.On appelle \"traîtres\" ces êtres d'une essence quasi indéfinissable dont la génération n'est due, semble-t-il, qu'à une certaine maladie affectant quelques membres, de l'espèce.Traîtres, un petit mot court mais qui s'avère invariablement difficile à prononcer et tout aussi pénible à écrire.Encore faut-il distinguer deux catégories de traîtres.Il y a d'abord les traîtres vulgaires, ceux qui le sont par simple amour du lucre, par vénalité pure.Ce sont généralement des viveurs dépourvus de toute conscience : coureurs de femmes, joueurs invétérés, ivrognes incorrigibles, en un mot des êtres totalement amoraux, esclaves dégradés de leurs instincts et de leurs vices.A la rigueur, leur cas s'explique assez facilement et on peut l'assimiler à celui d'un comptable véreux qui dévalise la caisse de son patron pour faire une noce crapuleuse ou régler ses différences au poker.En somme, des êtres méprisables mais encore humains.Hélas ! il y a aussi les autres, ceux-là qui sans aucune rémunération monétaire, par pure sympathie pour une idéologie qui les envoûte, pour un système social qui les enchante, acceptent, quand ils ne la sollicitent pas, l'incroyable tâche de mettre au service d'une contrée rivale ou même ennemie de la leur, leurs talents, qui sont souvent remarquables, leur influence, qui est quelquefois considérable, leur énergie, qui est généralement indomptable.Et dans quel but cette oblation, d'autant plus totale qu'elle est béné- vole ?Tout simplement pour voler au pays qui leur a donné la vie ses plus précieux trésors de science et d'expérience afin de les offrir à la nation de leur rêve qui s'en servira sans vergogne pour rejoindre, puis distancer leur propre patrie dans la voie du progrès pacifique, en attendant de l'écraser éventuellement sur les champs de bataille, grâce à l'application à des fins militaires, d'inventions dont les secrets lui auront été ravis par ses enfants.Voilà quels sont les véritables traîtres et voilà ce qu'ils font.N'avais-je pas raison d'écrire tout à l'heure qu'ils constituent des échantillons d'humanité positivement incompréhensibles pour les êtres normaux ?Qu'un homme soit mécontent des siens et de son pays au point de s'exiler en une terre étrangère dont la forme de gouvernement se rapproche plus ou moins de l'idéal qu'il s'est fait, cela peut se comprendre.Que cet homme voue à sa patrie d'adoption toutes les forces de son intelligence, toutes les tendresses de son cœur, qu'il en vienne même à prendre fait et cause occasionnellement contre le pays de ses ancêtres, la chose, déjà plus difficile à admettre, est encore possible.Mais que ce même homme continue à vivre sur la terre où il a vu le jour, à bénéficier des avantages variés que lui confère la nationalité de son père et de sa mère, qu'il accepte de recevoir de ses concitoyens argent, position, dignités, récompenses, cependant qu'il s'emploie de toutes ses forces à procurer à une puissance étrangère les moyens de détruire leurs personnes, de ravager leurs biens et de réduire le pays en esclavage, voilà, cette fois, la monstruosité hideuse dont aucune explication ne réussira jamais à m'atténuer l'horreur.Après cela, il importe peu de savoir au bénéfice de quelle nation ces traîtres travaillent, en faveur de quelles doctrines ils exercent leur industrie sinistre.Ce qu'il faut, c'est les traquer sans merci, les démasquer brutalement et les supprimer impitoyablement.Ce qu'il faut surtout, c'est que chaque Canadien qui a l'honneur et le bonheur d'avoir reçu de Dieu des enfants, travaille inlassablement à faire d'eux de véritables patriotes qui préféreront mourir, s'il le faut, plutôt que de jamais ternir par l'ombre même d'une trahison \"les fleurons glorieux\" qui couronnent le front de notre cher Canada, \"terre de nos aïeux\".Aimé PLAMONDON 4 Le Samedi, Montréal, 26 avril 1947 UN RICHE ET BEAU PAYS La région agricole de St-Jérôme\u2014\" \u2018-Laurier M.GILBERT FOURNIER, chef à Montréal du Service provincial de Ciné-Photographie, remet à l'auteur deux des photos qui Illustrent cette page.Par PAUL BOUCHER, D.Sc.S.D isons-le, quitte à y revenir, à le répéter et à conclure par là : le Nord de Montréal est un pays de plus en plus agricole.Certes, ce n\u2019est pas le jardin de la Province ; mais c\u2019est tout de même, pour plusieurs intéressés, presque la terre promise.par le curé Labelle ! Expliquons-nous.Toute cette région de St-Jérôme à Mont-Laurier est un superbe pays de villégiature, aussi bien l\u2019hiver que l\u2019été, puisque la vogue de ski y dépasse maintenant celle de la pêche et de la chasse, du bain et du canotage, du golf et des pique-niques.Aussi combien y sont magnifiques les panoramas, les montagnes et les cours d\u2019eau ! Les photos qui illustrent ce texte le prouvent surabondamment.Aussi n\u2019insisterons-nous pas davantage sur les beautés du pays, d\u2019autant que nous voulons décrire plutôt les valeurs agricoles de la région.Celle-ci est constituée de deux districts bien distincts, Celui du sud, doucement appuyé sur le sable de l\u2019Ou-taouais et de la rivière des Mille-Iles, s\u2019étend vers le nord et comprend en entier les comtés d\u2019Argenteuil, des Deux-Montagnes et de Terrebonne.Plus au nord, un étranglement sur la ligne Bréboeuf-Lac-Tremblant nous introduit dans le district supérieur composé du vaste comté de Labelle.Superficie d\u2019environ 1,933,000 acres dont moins d\u2019un cinquième, soit 345,000 acres, sont en culture.Il y a là 77 paroisses ou municipalités de cantons qui groupent près de 8,000 cultivateurs et plus de 500 colons.On visite de nombreuses exploitations agricoles d\u2019une belle terre franche au sud de Ste-Anne des Plaines, St-Jérôme et Lachute ; ailleurs, le terrain est sablonneux et même très léger.On trouve néanmoins d\u2019excellentes terres dans la section de Mont-Laurier et Ferme-Neuve, à plusieurs endroits dans les vallées des rivières du Nord, de la Rouge et de la Lièvre, mais en étendues restreintes.Le voyageur ne doit pas juger de la region par ce qu\u2019il voit le long de la route St-Jérôme-Mont-Laurier : il lui faut regarder plus loin, à l\u2019arrière des coteaux, des coins de forêt et des marécages qui bordent la route nationale.Il faut rendre justice au curé Labelle, dont on a tant discuté l\u2019oeuvre, et admettre qu\u2019il fut un homme de vision : il comprit que l\u2019occupation de ce sol était nécessaire pour escalader les Laurentides et atteindre les larges étendues fertiles du grand nord qui constituent maintenant tout l\u2019ouest de la Province.Partout le climat est d\u2019une salubrité exceptionnelle.Aussi les visiteurs y sont-ils nombreux tout le long de l\u2019année, particulièrement l\u2019hiver, alors que les trains de neige y sont toujours \u201cbondés\u201d de monde.La saison de végétation, près de la rivière Outaouais est généralement en avance d\u2019une quinzaine\tf Lire la suite page 38 ] La région agricole St-Jérôme-Mont»Laurîer est aussi réputée comme endroit de pêche.\u2014 Ci-des* sous, vue aérienne de l'Institut Agricole d'Oka.Arrière plan, la Trappe et la ferme de ce domaine.H|H m n «\u2022r.mm slrsif WhTIi 6 Le Samedi, Montréal, 26 avril IU47 5 \"» ¦% yp* *\u2022*& rW\"' v-V\u2019-:k.: .gm .¦'¦\u2022' 'r \u2018 %w\u20ac.mm Z S®»: La Suède, tout comme la Tchécoslovaquie et la France, est réputée dans le monde entier pour ses merveilleux ouvrages en verre taillé.Ci-contre, nous voyons un superbe spécimen de ce qu'on peut attendre des maîtres-verriers de ce pays.\u2014 Ci-dessous, trois pièces d'une beauté ravissante, bien que très fragiles.LE VERRE TAILLE Les arts et métiers, en Suède, ont subi une véritable révolution durant les dix dernières armées.L\u2019artisanat continue de fabriquer des objets d\u2019art d\u2019une qualité exceptionnelle, mais il s\u2019est surtout ingénié à améliorer la technique et l\u2019esthétique des objets confectionnés en séries et pouvant convenir à toutes les bourses.Vers 1930, une réaction s\u2019est produite relativement à la lourdeur et à la surcharge dans la décoration du verre et de la céramique.On y a substitué le souci de la beauté de la forme et de la qualité recherchée des matériaux employés.Cette réaction marche naturellement de pair avec la campagne en faveur de l\u2019embellissement des logis et du mobilier, et cela dans toutes les classes de la société.En France, la situation est un peu différente.Malgré les corporations de jadis et les syndicats d\u2019aujourd\u2019hui, l\u2019ouvrier français, s\u2019il aime son métier, est un artisan et parfois un artiste véritable.Il est individualiste et ne s\u2019intéresse guère à la production en séries qui fait si petite la place de l\u2019imagination et de la fantaisie.Allons, si vous le voulez bien, chercher chez les fileurs de verre un exemple qui appuie cette théorie.Comme pour tant d\u2019autres industries, celle du verre remonte à la plus haute antiquité.Elle était connue des Phéniciens, des Egyptiens et des Romains, et, à une époque plus rapprochée de la nôtre, les verreries de Bohême ou de Venise ont atteint une perfection qui leur a acquis une réputation mondiale.En France aussi, l\u2019art du verre est ancien et les rois avaient à coeur de l\u2019encourager et de la développer.Le verre filé, contrairement aux autres variétés du verre pour la fabrication desquelles on emploie des cannes à souffler, du verre en fusion et des fours, se contente d\u2019un chalumeau, de bâtonnets et de pâtes colorées.Le travail s\u2019effectue posément.Les mains ne doivent pas trembler et n\u2019exécutent que des gestes précis, mesurés.Pour juger du degré\t[ la suite page 35 ] ARTS ET METIERS EN SUEDE *1 ¦ Ci-contre, deux autres types de verre taillé, créations du grand artiste suédois.Elis Bergh.\u2014 Ci-dessous, deux vases et une soupière de cristal conçus par l'artiste suédoise Ger-da Stromberg.La verrerie d'art, en Suède, a pris son élan nouveau vers 1930 alors qu'on commençait A éliminer la lourdeur et la surcharge.Ce mouvement coïncida avec le renouveau effectué dans l'architecture et l'ameublement.Photos Légation de Suède. 6 Le Samedi, Montréal, 26 avril 1947 IMAGES D'ITALIE Dans Venise la belle 8 f\tjt.ÎS.' -a -\t\u2022 ^\u20184 \u201eV .r- V-*,' ¦ .v -\tf Ï3k0**~ V Wtmi -ir-v.\u2022Ç* «£#fcW| «£.*> -'ï- ; Venise, la cité aquatique par excellence, a été surnommée la reine de l\u2019Adriatique.Elle est construite sur trois îles principales dont la plus grande est la Gindecea.Elle a débordé dans la lagune même, et ses maisons sont élevées sur une forêt de pilotis.Elle est sillonnée de canaux qui lui tiennent lieu de rues.Le plus important est le Grand Canal qu\u2019enjambe le pont du Rialto, le plus célèbre des 400 ponts, sur lequel des boutiques ont été construites.Au centre de la ville se trouve l\u2019admirable place St-Marc, bordée de palais à arcades.La basilique St-Marc est une église peu élevée et très large, construite dans le style byzantin dont le plus beau spécimen est Ste-Sophie de Constantinople.Cette place a été popularisée par la gravure et il est de tradition que les touristes qui visitent Venise se fassent photographier sur la place St-Marc, entourés de pigeons qui, par tradition aussi, sont toujours affamés et friands du pain qu\u2019on leur distribue.La grande rue commerciale de Venise est la Merceria qui traverse la ville d\u2019une extrémité à l\u2019autre.Elle est bordée de boutiques remplies d\u2019une foule de choses attrayantes, car Venise fait surtout le commerce des objets de luxe : dentelles, soies, bijoux, glaces, émaux, verrerie, bronzes, etc.Cependant, il y a aussi à Venise de grands moulins, des ateliers de constructions mécaniques, des filatures de chanvre, des manufactures de tabacs et d\u2019allumettes.Il ne faut pas oublier que son port fut jadis le plus important du monde alors qu\u2019elle était une république indépendante sous le gouvernement d'un doge puissant.Il y a quatre-vingt-dix églises dont la plus intéressante est la basilique de St-Marc, patron de la ville.Parmi les autres, citons : St-Jean et St-Paul où sont ensevelis les grands hommes dont s\u2019enorgueillit Venise ; Ste-Marie della Salute qui date du XVIIe siècle et qui est d une très grande richesse ; St-Sauveur, qui est un véritable musée.Parmi les édifices publics, il y a le palais ducal, le musée et la bibliothèque St-Marc, riche de 200,000 volumes et de 10,000 manuscrits précieux, s\u2019y trouvent.Le palais communique avec les célèbres prisons appelées les Plombs et les Puits, par le pont des Soupirs.Parmi les prisonniers politiques qui y furent enfermés, le plus connu est Silvio Pellico, qui raconta en détails la vie qu\u2019on y menait dans un livre intitulé : Mes Prisons.Venise est une ville de silence et de repos.Toute la circulation se fait en gondoles ou sur de petits bateaux a vapeur.C\u2019est en gondole que l\u2019on transporte les morts a l'église, puis au cimetière.On procède de la même maniéré lorsqu'il s\u2019agit d\u2019un mariage ou d'un baptême.Se promener sur le Grand Canal le soir, alors que le silence n\u2019est troublé que par le clapotis de l\u2019eau ou la chanson d\u2019un gondolier, est une expérience qui se grave à jamais dans la mémoire.Photo du haut quelques gondoliers, tels des chauffeurs de taxi à leur stand, attendent le client.Cette scène fut prise près de la Place St-Marc.Au deuxième plan, l\u2019île St-Georges.Photo du centre, le pont Rialto sur lequel se trouvent deux rangées de boutiques où peuvent s'arrêter les passants.\u2014 Ci-contre, le pont des Soupirs, non moins célèbre que l'autre, ainsi nommé parce que les condamnés s'y engageaient pour passer du lieu du jugement à une sombre prison. Le Samedi, Montréal, 26 avril 1947 ¦ '%fâ$tÊÇlÈ .«tpigp '\u2022» ;:yv 'JÊÊÊim 'ÿÆ i /***& c * \" JÉSÎï ü-^ P :* C \u2022S '\t* jiifc».Le voyage de la famille royale en Afrique du Sud a attiré l\u2019attention du monde entier sur ces régions qui peut-être ne nous sont pas suffisamment connues et qui pourtant méritent de l\u2019être.Cape Town qui a connu une réputation universelle à l\u2019époque de l\u2019exploitation des mines d\u2019or et de diamants, est maintenant une cité paisible, fleurie, embaumée.On dit que les forçats, qui débarquaient autrefois à Botany Bay, oubliaient leurs misères et la tristesse de leur sort à la vue du paysage enchanteur qui se déroulait devant leurs yeux.Plus récemment, les soldats qui rentraient dans leurs foyers et faisaient escale pour quelques jours à Cape Town, en ont gardé, assure-t-on, un inoubliable souvenir.C\u2019est à Cape Town qu\u2019a débuté, et se termina la tournée des souverains.Tout près de là, est située la vieille ville hollandaise de Paarl et, un peu plus loin, la placide ville universitaire de l'Union Sud-Africaine.Regard sur L'AFRIQUE DU SUD Ci-contre, à gauche, une vue de Pretoria dont l\u2019accueil réservé et la beauté authentique semblent vouloir rappeler qu\u2019elle est la capitale de I Afrique du Sud dont on parle tant en ce moment.Les superbes édifices du Parlement s'élèvent en face de magnifiques jardins ou terrasses au centre desquels a été érigé un monument à la mémoire des morts de la guerre 1914-1918.La région connue des habitants sous le nom de Cape Midlands est un territoire extrêmement fertile et pittoresque.Il s\u2019étend du grand Karroo jusqu\u2019au littoral ouest de la mer.C\u2019est là qu\u2019on peut voir des éléphants et des buffles.Les fameuses Cavernes de Cango, creusées au pied des monts Zwartbergs, sont le lieu de sépuilture de bien des animaux sud-africains tandis que la fantastique Vallée de la Désolation ressemble a une ville abandonnée après un tremblement de terre.Par contraste, Port Elizabeth est une ville bien construite et qui cmpte à peine un siècle d\u2019existence.En se dirigeant vers le nord, on traverse deux tributaires du fleuve Orange et on pénètre dans l\u2019Etat du même nom, près de Bloemfontein.Cette ville militaire est aussi le principal centre judiciaire du pays.Les dernières semaines du voyage de leurs Majestés et des Princesses ont été réservées au Transval.C\u2019est là qu\u2019on peut visiter le Kruger National Park qui mesure 8,000 milles carrés et où les animaux sauvages vivent en liberté.Il a été créé à la suggestion de l\u2019ancien président Paul Kruger et il est le plus vaste qui soit au monde.Johannesbeurg est Une ville gaie et hospitalière.Pretoria, plus froide d\u2019aécueil, semble vouloir nous rappeler qu\u2019elle est la digne capitale du pays.C\u2019est là que s\u2019élèvent les édifices du Parlement, face à de magnifiques jardins en terrasses où l\u2019on a érigé un monument à la mémoire des morts de la guerre de 1914-18.Pretoria a 128,000 habitants, une université, celle de Lovedale, qui n\u2019enseigne pas uniquement les sciences et les lettres, mais aussi les arts domestiques.C\u2019est à Pretoria qu\u2019habitent le Gouverneur Général et sa famille.Ci-dessus, il faudrait des dizaines de milliers de dollars pour se porter acquéreur de ces diamants bruts qu'on s'apprête à tailler.On sait que l'Afrique du Sud est le pays le plus réputé du monde pour sa production de diamants.____ Ci-contre, à gauche, immenses cuves à fermentation qui donneront une idée de l'industrie véticoie de ce pays. 8 Le Samedi, Montréal.26 avril 1947 DANS LE MONDE SPORTIF PAR OSCAR MAJOR LES DEBUTS DE MARCEL, RACONTES PAR LUI-MEME Marcel Cerdan, le redoutable boxeur français que nous verrons probablement au Forum, au cours de l\u2019été prochain, est un garçon simple, sérieux, très doué.Il a tout pour réussir dans la vie que lui a choisie son papa, charcutier de Casablanca.Voici la belle histoire de Marcel Cerdan, racontée par lui-même : \u201cJ\u2019avais six ans, lorsque j\u2019ai disputé mon premier combat.Une soirée de bienfaisance avait été organisée au Cinéma Majestic de Casablanca.Mes trois frères et moi-même nous devions disputer quatre combats.Seul le match de Vincent, qui avait alors 17 ans, était sérieux.Il battit le champion des poids coq de l\u2019Afrique du Nord.Pour Antoine et Armand, qui avaient respectivement 12 et 10 ans, pour moi-même qui n\u2019avait que 6 ans, il s\u2019agissait de combats hors-concours.\u201cCependant, je devais gagner ce premier match par abandon.En effet, mon adversaire \u2014 c\u2019était le fils de 1 annon- ceur et il avait 7 ans \u2014 se mit à pleurer et il appela sa mère, dès le premier coup de poing.L\u2019annonceur moucha son fils, leva mon bras en signe de victoire et me remit une tablette de chocolat.Ce fut ma première bourse.Mon père était ravi, tous ses garçons avaient gagné.\u201cA 14 ans, mon sport favori était le football.Mon frère Vincent était devenu une vedette.Antoine était champion du Maroc poids coq, mais je ne les enviais pas, ma passion était alors le ballon rond.Mon père était furieux.Il voulait que je fus boxeur comme m:s frères, mais je ne pensais qu\u2019au football.Un jour, mon père se fâcha.Il vint me chercher sur le terrain, au cours d\u2019une partie.Il m\u2019emmena à la salle où mes frères s\u2019entraînaient.Je fus donc obligé d\u2019abandonner le football et je devins boxeur, malgré moi.Je ne regrette rien, car mon gérant, L.-C.RoufE, avec qui j\u2019ai signé un contrat le jour de ma majorité en 1936, me dit que la bataille contre Zale me rapportera $50,000 et si je gagne le championnat mondial, un autre $500,000.\u201d GESTE DE L\u2019ATHLETE, GESTE DE L'ARBITRE, REFLEXE DU SPECTATEUR Comment le spectateur réagit-il, au cours d\u2019une joute de hockey entre joueurs professionnels ?Question de tempérament, d\u2019éducation sportive, de disposition, d\u2019ambiance.Au point de vue éducation sportive, certains rédacteurs sportifs sont grandement responsables de cette réaction nerveuse, cousine de la stupidité.Avant la troisième joute de la série Boston-Canadien, à Boston, certains chroniqueurs du hockey de la ville des feves au lard ont reproduit, en première page de leurs quotidiens, les photos de Bouchard et de Chamberlain avec légendes suivantes : \u201cLes deux tueurs du Canadien.\u201d Ne soyons pas surpris que la foule se déchaîne, siffle, hue, se soulève de colère à la suite d\u2019un geste malheureux d\u2019un joueur adversaire.Une spectatrice bostonaise, échauffée à l\u2019extrême, détestait tellement Emile Bouchard qu\u2019elle le darda d\u2019un coup d\u2019épingle à chapeau dans le dos.Les policiers de Boston auraient dû arrêter cette écervelée pour assaut grave.Non, au lieu de cela, ils voulurent mettre la main sur Bouchard, qui donna une violente poussée à la fannette .Dans un grand nombre de joutes, le spectacle n\u2019est pas sur la glace, sur le rond de boxe et de lutte, ou sur le losange, il est dans le public, sur les tribunes, dans les galeries.Aux séances de boxe se débitent swings, directs et uppercuts, un vieux monsieur assis au premier rang, toujours à la même place, suit avec une telle ferveur tous les combats, qu\u2019il suffit de suivre ses gestes pour avoir l\u2019image de la rencontre qui se dispute sur le rond.Ses mouvements d\u2019épaules, ses gestes sont la répétition des coups portés par son favori, seul le jeu de jambes est absent.C\u2019est un miroir fidèle, mais un miroir qui vit et qui vibre avec quelle intensité, vous le pensez ! Le match terminé, il a tellement travaillé qu\u2019il s\u2019éponge le front ruisselant de sueur; pour lui, le métier de spectateur n\u2019est pas un métier de repos.Dans un match de baseball, le rouge de la colère monte à la face des sup-porteurs lorsqu\u2019ils voient l\u2019arbitre accorder des points à l\u2019adversaire.Ils maudissent cet arbitre qu\u2019ils invitèrent un jour à leur table.Ah ! on ne les y reprendrait plus ! Lorsque le rival cogne un coup de circuit, la face cramoisie et amincie devient livide, le coeur fonctionne mal.A la colère, a succédé la souffrance.En haut des gradins, ce petit garçon boucher est venu applaudir la victoire de son favori, et celui qui lui a paru le plus sympathique parce qu\u2019il paraissait être le plus jeune, le moins favorisé, le plus malheureux.Son favori ne peut passer : il accuse aussitôt l\u2019adversaire en tête de l\u2019avoir balancé.Ses doigts se crispent sur le bois de la barrière ; il égratigne la peinture : - Ah ! le bandit ! Si l\u2019athlète de tous les sports était véritablement mauvais acteur, il saurait par quel geste, par quel mouvement il peut agir, de façon directe, sur l\u2019âme des foules.Il lirait sur le visage des spectateurs sa popularité ou son impopularité.Il saurait comment atteindre ces coeurs sensibles, si prompts à l\u2019enthousiasme ou à la colère.Mais un trop grand nombre d\u2019athlètes professionnels ne savent pas.Et, au fond, il vaut mieux qu\u2019il en soit ainsi.LES BIENFAITS D\u2019UNE JUDICIEUSE METHODE DE CULTURE PHYSIQUE Chaque jour, une correspondance nous parvient de personnes ayant, grâce à une judicieuse méthode d\u2019éducation physique, conquis ou recouvré la santé, la force et le bonheur de vivre.Il nous fut impossible de publier tous ces enthousiastes témoignages, plus précieux pour nous que toute autre récompense.Toutefois, que de gens timides perdus dans la foule déplorent obscurément leur faiblesse et maudissent tout bas la nature de les avoir si mal partagés.Ces personnes s\u2019imaginent que rien ne pourra les rendre sains et vigoureux.Ils ignorent, eux qui eussent davantage besoin de les connaître, les miracles produits par l\u2019exercice bien compris et, en particulier, par la culture physique mise au point par le meilleur professeur du genre que nous ayons au Canada, M.Emile Maupas.propriétaire du Camp Maupas, Lac Raymond, Val Morin station, comté de Terrebonne.M.Maupas obtient d\u2019excellents résultats non seulement avec les grands athlètes qu\u2019il a sous sa tutelle, mais avec tous ceux qui se confient à ses soins.Voici la lettre que M.Maupas nous fit récemment parvenir, à ce sujet : Cher monsieur Major, Pour plusieurs raisons importantes je regrette qu\u2019Yvon Robert dans l\u2019entrevue qu\u2019il vous a accordée n\u2019ait pas jugé a propos de bien mettre en évidence la somme énorme de travail qu\u2019il a dû s\u2019imposer pour se mettre en condition.Lorsqu\u2019en moins de trois mois l\u2019on parvient à changer près de cent livres de réserve adipeuse en 80 livres de bons muscles, cela ne se fait pas en baillant aux corneilles.rK ; > IMm Voici deux photographies caractéristiques.Les deux costumes de culture physique ont une cinquantaine d\u2019années de différence : 1897-1947.Que de chemin parcouru où les jeunes filles d'une maison d'éducation, le Mont Holyoke, de Hadley, Mass., pratiquaient leurs exercices de culture physique, accoutrées de si grotesque façon !.Comment voulez-vous évoluer avec aisance avec ces embarrassants falbalas !.Jusqu'au pantalon bouffant qui est tout un poème !.Félicitons-nous de ce que la vague de fausse pudeur et d'hypocrisie ait été, enfin, balayée du sport et que les jeunes filles puissent s'adonner à leur sport favori, vêtues aussi légèrement et décemment que possible.Ces jeunes culturistes viennent de toutes les parties des Etats-Unis.Sans aucun doute, dans ce groupe, on doit y trouver quelques jeunes filles franco-américaines, les trois premières, de gauche à droite. Le Samedi, Montréal, 26 avril 1947 D un autre côte, je ne voudrais pas que vos lecteurs soient sous l\u2019impression que je passe tout mon temps à la recherche des sujets exceptionnellement doues par la nature pour en faire des champions.Si, avec Yvon, j\u2019ai eu la chance d\u2019avoir affaire à un sujet capable de comprehension et de persévérance à 1 entrainement comme je l\u2019avais eue avec Jean-Baptiste Paradis, alors poids léger, qui battit à Paris, en 1913, l\u2019Australien Harold Evelyn, considéré en Europe comme imbattable par aucun des lutteurs de ce temps, pesant moins de 200 livres, cela ne veut pas dire que je ne m\u2019intéresse qu\u2019à ceux que je considère comme de futurs champions.Il me semble, au contraire, que tout sujet qui cherche à améliorer sa force, sa souplesse, sa résistance ou simplement sa santé dans le but d\u2019être mieux en mesure de se rendre utile au point de vue social, tout en s\u2019assurant pour lui-même la part de bonheur à laquelle il a droit, est également digne d\u2019intérêt.Vous savez vous-même que je ne me suis jamais dérobé lorsque des sujets de ce genre se sont adressés à moi, ayant confiance à ma longue expérience, pour avoir quelques conseils.Inutile de vous dire que je n\u2019ai jamais encouragé personne à embrasser la carrière de professionnel dans aucun sport.Si la lutte a été pour Yvon un gagne-pain qu\u2019il a choisi, plutôt que la forge d\u2019art qu\u2019il avait étudiée avec le fameux forgeron Colpron à l\u2019Ecole Polytechnique, ce n\u2019est pas moi qui l\u2019y ai poussé ; on ne savait même pas au début de son entraînement s\u2019il se destinerait à la lutte ou à la boxe et je ne voudrais pas que vos lecteurs soient sous l\u2019impression que je lui ai doré la pilule en cherchant à lui faire croire qu\u2019avec la lutte les alouettes tombent toutes rôties dans le bec.Il a parfaitement compris qu\u2019il aurait à s\u2019imposer de multiples sacrifices 9 et un dur travail, lorsqu\u2019il voudrait se présenter en public en bonne condition.Et chaque fois qu\u2019il s\u2019est négligé ses admirateurs et amis ne se sont pas gênés pour lui en faire des reproches, car s\u2019ils ne lui demandent pas d\u2019être éternellement champion, ils désirent, dans son propre intérêt, le voir en mesure d\u2019appliquer les qualités que l\u2019on acquiert et entretient par un entraînement sérieux.Votre tout dévoué, Emile Maupas CHOSES ET AUTRES ¦ La preuve que nous entrons dans un temps de paix, la preuve que la guerre est bien terminée, dans le hockey professionnel, c\u2019est que le jeu devient de plus en plus brutal.Nous badinons.La situation n\u2019est pas tout à fait celle dont rêvent les plus optimistes.Le gérant Dick Irvin et le président Clarence Campbell jouent, certes, avec le feu, lorsqu\u2019ils ont le toupet de déclarer que l\u2019arbitre George Hayes a bien fait les choses, lors de la troisième partie des séries Boston-Canadien.Ils nous portent à croire que cette joute devait être gagnée d\u2019avance par les Ours de Boston.Il est vrai que le président n\u2019est qu\u2019un homme de paille, qui doit se soumettre aux caprices des gouverneurs de la N.H.L.Et ces derniers sont d\u2019excellents hommes d\u2019affaires, qui ne reculent devant rien pour gonfler leurs goussets et ceux de leurs commanditaires !.Mon Dieu, il serait facile de mettre un frein à cet état de choses, si les partisans du hockey voulaient être plus raisonnables.Ils n\u2019auraient qu\u2019à bouder ces joutes, au lieu de payer des prix dérisoires pour ces spectacles.Au contraire, un grand nombre de gens veulent y assister, à tout prix.Imaginez-vous donc que, l\u2019autre jour, nous avons reçu un appel téléphonique d\u2019un prêtre, qui était prêt à payer cinq dollars pour un billet de $2.00 pour assis- MARCEL CERDAN, l'habile boxeur français de 160 livres, tentera d'enlever, 6 l'âge de 30 ans, le championnat du monde des boxeurs poids moyens à Tony Zale, le 6 juin, au Stadium des Yankees.Ce sair-là, le champion Zale verra une avalanche de gants de boxe lui faire'face, comme le démontre bien cette photo.- 0320*.' '%., ¦¦r - v- ter à une joute éliminatoire des Canadiens contre Boston.C\u2019est à perdre son latin ! Nous l\u2019avons sermonné de la bonne manière, durant la semaine sainte.I La troisième joute des séries éliminatoires entre le Canadien et le Boston, qui fut gagnée, on le sait, par les Ours, au compte de 4 à 2, se termina au milieu des clameurs de la majorité des 14,000 spectateurs payants, dont quelques-uns furent exaspérés par quelques décisions plutôt douteuses de l\u2019arbitre George Hayes.(On ne voit pas pourquoi les dirigeants de la N.H.L.ont engagé un arbitre d\u2019une semblable incompétence).George Hayes, disions-nous, après avoir cueilli la rondelle, se dirigea vers le vestiaire, non sans recevoir en cours de route les brocarts des mécontents.Il était presque arrivé, lorsqu\u2019un petit homme, un franco-américain de Boston, chaud partisan du Canadien, se leva soudaine! ment dans la première rangée des billets de promenade et, lui montrant le poing, cria sur un ton suraigu : \u201cS\u2019il y a une justice en ce monde, je pense que vous devez être marié !.George Hayes ne fit que sourire, car cela s\u2019avalait beaucoup plus facilement que les noms d\u2019oiseaux et une avalanche d\u2019épithètes malsonnantes que lui adressèrent, à la seconde période, les joueurs du Canadien qui se sont surpassés à serrer les dents, au cours de la partie entière, c\u2019est-à-dire à donner leur maximum, en dépit de toutes les difficultés rencontrées.A l'Auditorium de Winnipeg, pouvant contenir 7,000 personnel, ayant coûté un million de dollars et demi, le sport du ballon au panier est très en vogue.L'instructeur JIM McKENZIE, à droite, donne une séance-préparatoire, avant chaque joute, comme la chose se fait dans le baseball organisé de calibre important.Dans la photo du bas, les joueurs du club St.Andrews, les meilleurs de la région, essaient de faire entrer le ballon dans le panier.\tPhotos O.N.F. 10 1847-1947 -m~2 %'Æ 1847-1947 >a*'hO U.S.PO MAIL U.S.POSTAGE STAMP CENTENARY STAGE STAMP CENTENARY Les cours d\u2019eau et les lacs de Nouvelle-Zélande abondent de poissons de toutes sortes et il va sans dire que les amateurs de pêche s\u2019y trouvent en grand nombre.La scène ci-contre représente la vallée Hawea Fiat, tort recherchée des touristes et pêcheurs.\u2014 Ci-dessous, un co-quillard de France au temps de François Villon, tel que personnifié dans le film du même nom qu\u2019on tourne à Paris en ce moment.Ca et là r par l'image Ci-dessus, Mincing Lane, à Londres, qu\u2019on appelle là-bas, \"la rue du thé\".En temps normal, les envois de thé y sont vendus aux enchères chaque semaine, enchères qui attirent un grand nombre d\u2019experts dégustateurs qui évaluent le prix des nombreux échantillons de feuilles de thé.re/m Aujourd'hui, on transporte tout par avion.C'est ainsi que tout dernièrement, le Canada envoyait par avion, 12 veaux et 1 5 génisses Holstein pur - sang à Cuba.L'expérience s'est avérée très pratique à tout point de vue et le trajet fut effectué en l\u2019espace de sept heures.On assiste ici au chargement dans un aéroport non loin de Toronto.La poste américaine émettait tout récemment deux timbres commémoratifs en marge du 100e anniversaire de l'apparition du timbre-poste aux Etats-Unis et aussi afin de mieux souligner l'Exposition philatélique internationale qui doit prochainement avoir lieu à New-York.Les philatélistes canadiens seront intéressés à l'étude de ces deux pièces nouvelles. Le Samedi, Montréal, 26 avril 1947 11 LE VALET Nouvelle sentimentale Deuln de JEAN MILLET Par ANDRÉE VERPIOT Au sortir DE LA porêt du Villard-de-Lans, Louis Maujany s\u2019arrêta pour admirer Fontclaire.La maison Daloncières se dressait sur son promontoire rocheux, au pied de la montagne de la Moucherelle.Son long toit tombant, dominé par une croix, à 1 ancienne mode du Vercors, était encore touché par le soleil couchant.Maujany s\u2019approcha de la cour et poussa la barrière.Rien ne bougea au fond du couloir pavé d\u2019une mosaïque en petits cailloux.Le visiteur alluma son briquet.Les meubles du vestibule lui jetèrent au passage un regard de connaissance.Tout près, dans la pénombre de l\u2019escalier, une pendule-armoire sonna huit coups.« Chavillon cadet, Pont-en-Royans », murmura Louis.Elevant son briquet vers le cadran, il y lut ce nom d\u2019horloger resté dans sa mémoire.\u2014 Qui est là ?demanda une voix cassée.Sous l\u2019immense hotte de cheminée qui tenait le tiers de la cuisine, un petit vieillard se chauffait, le dos appuyé au mur du loyer.Inquiet d\u2019entendre marcher dans sa direction, il cria : « Marie ! » Louis regarda cette étrange tête d\u2019oiseau de proie, sous la casquette de fourrure : un visage dont la pulpe avait été absorbée par les années, et qui était devenu d\u2019une laideur inhumaine ; de la peau morte pendait, toute froissée, au-dessus du col de sa chemise.Maujany regardait toujours, avec un âpre et secret plaisir.Tout à coup, un éclair de braise jailli brusquement du foyer lui livra les yeux du vieillard, deux yeux aveugles dont les prunelles glauques chaviraient, puis se fixaient tout au haut des orbites.\u2014 Monsieur Daloncières, dit alors Maujany, d\u2019une voix humble, je suis le nouveau valet.Le vieux parut ne pas comprendre, il bégaya encore une fois : « Marie ! » \u2014 Bonsoir ! dit Marie Daloncières en entrant.Je pensais que vous vous étiez égaré dans la forêt.Père, c\u2019est le nouveau domestique.(Il n\u2019entend plus bien, vous savez, il est un peu en enfance.) Voulez-vous vous asseoir ?Maujany fit répéter les conditions d\u2019embauche, qu\u2019ils avaient fixées une semaine plus* tôt, au bureau de placement de Grenoble, puis ils trinquèrent avec des gobelets de vin chaud.\u2014 J\u2019espère que vous vous plairez ici, dit Marie.H y a du travail pour tout remettre en état.Pour commencer, vous ferez des coupes de bois.Et quand il n\u2019y aura plus de neige, vous labourerez les terres.En attendant, je vais vous montrer votre chambre.Elle prit une lanterne et précéda le valet dans la cour.\u2014 Tiens ! voilà ma lumière soufflée, dit-elle en ouvrant la porte des granges.Y voyez-vous un peu tout de même ?L\u2019escalier est à gauche.Ensuite, vous trouverez une trappe .Le jeune homme s\u2019était hissé d\u2019un bond souple sur le plancher du grenier.Ses pas résonnaient maintenant là-haut.Marie l\u2019entendit avec surprise ouvrir la porte de la mansarde qui lui était destinée.\u2014 Il doit être observateur, se dit-elle.Je crois qu\u2019il s\u2019adaptera très vite.Le valet releva le store, s\u2019accouda à sa petite fenêtre.D\u2019ici, Fontclaire lui paraissait abandonné.Le clair de lune entrait par les crevasses du toit, montrait la gaine noircie d\u2019une cheminée refroidie pour toujours ; l\u2019aile droite de la maison tombait en ruines ! Il se rappela qu\u2019il avait remarqué tout à l\u2019heure les marches branlantes de l\u2019escalier intérieur, hâtivement réparées avec des lames de chêne.Les colonnes et les moulures des fenêtres Renaissance avaient été brisées par le gel.Louis laissa retomber le store.« J\u2019aurai beaucoup de mal pour relever le domaine, pensa-t-il.» \u2022 La première semaine fut employée à remplacer les clôtures des pâturages, ensuite, il fallut recouvrir les toits ; Marie Daloncières aida le valet, elle le pressait d\u2019en finir : \u2014 Il faut que tout soit prêt avant l\u2019été, j\u2019ai deux acquéreurs qui voudraient, l\u2019un la ferme de la Fauge, et l\u2019autre le bois.Je ne voudrais pas manquer la vente j\t[ Lire la suite page 37 ] / Pourquoi n'étes-voui poi resté ?Ne me laissez pas seule, Majauny ! \\ i $ 1* Le Samedi, Montréal, 26 avril 1947 ww'** \u2022*»* *** MNM>! BSE?.>ig£ Mi» e TRAIN VENANT du Sud s\u2019était arrêté en gare de T™ Malgré qu\u2019il fut onze heures et qu un implacable soleil transformât en ^T^^iTers \" drilatère qu\u2019ombrageaient a peine les P*™^s -apus dont la place était bordee, Fr^cls prouva un véritable soulagement a ne plus se t^yer oXé entre les parois du wagon littéralement chauf- 'eSToSaen s\u2019épongeant le front, le jeune correspon-ant des Nouvelles Mondiales, l'hebdomadaire illust fort tirage poux le compte duquel il venait de se endre dans le pays des mines de PhosPh77°U1 ^son mllv; i, matière du reportage commande par son oumal, se demandait comment il allait emp °y®r ® emps qui lui restait avant le depart du paquebot sur ToeùtS°enPrrgen£if Dhôtel des Postes d\u2019où ü omptait téléphoner à Paris son dermer P^1^ ilaisait à contempler l\u2019animation des rues, le bariolage CefaTchangeait des mornes vallées encadrées de nîneurs après avoir passé de longues heures dans les Paieries\u2019creusées sous les montagnes de Phogate, ou Se &S&SSS defies Misérables \u201cis bâiis de leurs mains, l\u2019eau et la fraicheui^qm ^poseraient leurs membres endoloris car les sourc .ont rares et le rationnement severe.Tunis modernisée par ses immeubles neufs, offra ,vec ces tristes agglomérations où l\u2019homme arrache au La-bas, a Met \"° ^Vbar^ uant invinciblement le encore une vision\tesclaves.Songeant à MlandTeanomUde< Carthage se présenta tout naturellement à l\u2019esprit du reporter.Peut-être, en visitant les ruines plus de deux fois millénaires que la curiosité de la science arrache chaque jour à leur ensevelissement, trouverait-il le sujet d\u2019un dernier article qui clôturerait brillamment la série de ceux ayant déjà paru.Après un déjeuner hâtif mais qui lui parut délicieux, \u2014\u2022 affaire de comparaison avec son séjour dans le Sud, \u2014 le jeune homme, au sortir de la Brasserie Alsacienne, se fit conduire vers les lieux que foulèrent, peut-être, les petits pieds bronzés de la fille d\u2019Hamilcar.Tandis qu\u2019il parcourait les ruines, s\u2019efforçant de rappeler à lui des souvenirs scolaires pourtant assez récents, son imagination vagabondait.Il s\u2019imaginait au temps des splendeurs de la riche cité Punique, quand les puissantes nefs allaient porter dans tous les ports méditerranéens l\u2019important commerce et les splendeurs de Carthage, orgueilleuse rivale de Rome.Comme il avait refusé les offices d\u2019un guide, il errait à son gré de colonne en colonne, de débris en débris, attiré surtout par les ruines plus importantes du temple jadis dédié à Taranit.Sans doute, à cause de la température, les touristes n\u2019étaient point nombreux.Rien ne gênait la flânerie du jeune homme.Sur les molles collines le soleil semblait épandre des ruissellements d\u2019or.L\u2019eau du golfe avait la couleur de l\u2019indigo et, sur le ciel en fusion, les palmiers découpaient leurs feuilles rigides.Francis cherchait un coin abrité du soleil afin de se reposer un peu.Comme il allait s asseoir dans l\u2019ombre violette que projetait la muraille du temple, il aperçut, à ses pieds, un objet à demi enseveli sous le sable et qui, pourtant, brillait, lui aussi, sous le rayon oblique qui l\u2019effleurait.Le reporter se pencha et ramassa un portefeuille de cuir rouge richement brodé d\u2019or et de paillettes selon la mode arabe.Le travail n\u2019était pas celui des objets faits en série que l\u2019on trouve dans tous les bazars et que le touriste peut acquérir à bon compte, s\u2019il veut garder un souvenir tangible des célèbres souks tunisiens.La broderie minutieuse était certainement l\u2019œuvre d\u2019un véritable artiste ayast conservé les traditions anciennes.D\u2019ailleurs deux lettres, tracées en or vert au milieu d\u2019un écusson formé de fils d argent et de paillettes dorées, attestaient qu\u2019il avait été fait spécialement pour son propriétaire : les lettres n\u2019étaient pas d\u2019un véritable artiste ayant conservé les traditions an-Assez embarrassé de sa trouvaille, Francis se dit qu\u2019il devait avant tout s\u2019efforcer de connaître le propriétaire dont l\u2019adresse se trouvait, peut-etre, a 1 intérieur.Il ouvrit donc la fermeture qui lui parut des plus simples.Tout de suite une liasse de billets de banque se montra à ses yeux.Dépassant la moire rouge qui garnissait intérieurement l\u2019objet, le jeune homme compta six grosses coupures de mille francs en billets de la banque de Tunis.Dans un compartiment voisin, il découvrit une vingtaine de livres sterling mais ni cartes ni enveloppes pouvant servir à l\u2019identification de celui qui avait perdu cette petite fortune.Pourtant le reporter avait conscience que le portefeuille n\u2019avait pas livré tous ses secrets.En effet, sous ses doigts, il percevait le relief d'un objet qui pouvait avoir la dimension d\u2019une très grosse noisette.\u2014 Quelque fétiche, se dit-il, mais en vain cher-cha-t-il le moyen d\u2019ouvrir ce compartiment.De guerre lasse il supposa qu'il était à secret et que ce qu\u2019il avait pris pour quelque banale breloque avait, aux yeux de son propriétaire, une certaine valeur.Décidé à remettre sa trouvaille entre les mains d\u2019un agent de l\u2019autorité dès qu\u2019il en rencontrerait un, Francis glissa l\u2019objet dans une de ses poches.Il allait reprendre sa promenade quand se profila devant lui l\u2019ombre d\u2019un homme qui, vraisemblablement, sortait des ruines après les avoir visitées.L'homme s'arrêta et son visage sur lequel un panama à larges bords répandait son ombre, prit une expression de surprise quand il aperçut le journaliste encore assis sur le socle brisé d\u2019une colonne. Le Samedi, Montréal, 26 avril 1947 13 II hésita un instant, puis s\u2019avança vers Thurier.\u2014 Monsieur dit-il, et sa voix mal assurée indiquait un trouble profond, vous faites sans doute partie du groupe d excursionnistes qui visitait le temple il y a quelques instants ?\u2014 Non, monsieur, répondit le jeune homme, assez surpris d être interpellé de la sorte, je n\u2019ai même pas îencontre les personnes dont vous me parlez.Je suis venu a Carthage en visiteur isolé.L inconnu poussa un soupir de soulagement.Il parut delivre d\u2019un grand poids.Son ton était plus ferme quand il reprit : \u2014 Excusez-moi, monsieur, mais je viens de perdre un objet auquel je tiens beaucoup.Je supposais que quelqu un avait pu le ramasser., ~7Voys savez donc l\u2019endroit exact où cet objet s est égaré ?Une sorte d instinct avait poussé Francis à poser cette question au lieu d'avertir franchement son interlocuteur de la trouvaille qu\u2019il venait de faire.Tandis qu il examinait 1 homme qui se tenait devant lui, plusieurs hypothèses se présentaient à son esprit.L inconnu \u2014 un étranger évidemment, \u2014 son accent, bien qu\u2019il parlât correctement le français, le dénonçait, avait pu assister, dissimulé derrière une colonne, à la découverte du portefeuille et au rapide inventaire de son contenu.Peut-être se trouvait-il auprès du légitime propriétaire au moment de la perte de l\u2019objet et avait-il attendu qu\u2019il se fût éloigné pour revenir à l\u2019endroit où il était sûr de retrouver le précieux marocain.Quelque chose disait au reporter qu\u2019il n\u2019était pas le véritable ayant droit : son trouble, d\u2019abord, et cette façon réticente d\u2019interroger au lieu d\u2019énoncer la question directe à laquelle son interlocuteur eût été obligé de répondre par oui ou par non.\u2014 Je viens de refaire exactement le chemin que j\u2019avais parcouru.La perte, qui serait pour moi irréparable, a dû avoir lieu ici.L\u2019homme avait repris tout son sang-froid.Il fixait le journaliste avec un regard qui étincelait.Sa bouche, d\u2019un rouge éclatant, au milieu de son visage bronzé, eut un rictus de colère qui laissa entrevoir une rangée de dents très blanches mais dont les canines pointues s\u2019enfoncaient dans la lèvre inférieure, rappelant la dentition du loup.Ses poings, nerveusement, s\u2019étaient fermés.Quelque terrible colère devait couver sous l\u2019apparence de calme que gardait l\u2019individu.\u2014 Oui, fit-il, je suis certain d\u2019avoir perdu ici même un portefeuille de cuir rouge, damasquiné d\u2019or et d\u2019argent et gravé à mes initiales.\u2014 S\u2019il en est ainsi, monsieur, les choses sont des plus simples.Je viens de ramasser dans le sable un portefeuille que je comptais porter dans un commissariat, dès mon retour à Tunis.S\u2019il est votre propriété, rien ne vous sera plus facile que de me dire son contenu et, si les détails sont concordant!, vous rentrerez immédiatement en possession de votre bien.Un tressaillement nerveux, vite réprimé, n\u2019échappa point au reporter, mais déjà l\u2019homme brun s\u2019exécutait.\u2014 Eh ! bien, monsieur, ce portefeuille contient un diamant, un diamant de très grande valeur.\u2014 En vérité ?\u2014 Oui, monsieur, et il est impossible de le confondre avec une autre pierre, car s\u2019il semble blanc et limpide au premier examen, dès que la lumière frappe ses facettes, il s\u2019en échappe des feux d\u2019un vert intense.Peut-être vous êtes-vous déjà rendu compte de cette particularité ?\u2014 Non, fit sèchement le jeune homme.Je n\u2019ai pas examiné la pierre dont vous me parlez, j\u2019ignorais même qu\u2019il s\u2019agisse d\u2019un diamant.\u2014 En vérité, répondit l\u2019inconnu non sans une certaine ironie dont Francis ne devina pas la raison.\u2014 Par contre, poursuivit le jeune homme, j\u2019ai constaté la présence d\u2019une somme en billets de banque.\u2014 Ah ! oui, aucune importance.Hier soir, à la suite d\u2019une partie de poker, j\u2019ai, en effet, glissé quelques coupures.Cela se passait après un dîner d\u2019adieu.Oui, je quite Tunis après un séjour des plus agréables.J\u2019étais, je crois, un peu gris, aussi ne me demandez pas le chiffre exact.__Cela me semblait indiqué.Soyez sûr, monsieur, que si je remets l\u2019objet._______Vous refuseriez de me le restituer.Mais, monsieur, ce procédé est inqualifiable et je pourrais supposer._______Ne supposez rien, monsieur.Cela sera preferable et surtout, ne vous étonnez pas que je cherche à m\u2019entourer de quelques garanties.__Les garanties, je vous les donne .le diamant est la seule chose qui m\u2019importe ; pour les billets, ils sont la propriété de celui qui me restituera l\u2019objet __A condition que celui-ci accepte cette aumône._______Il n\u2019est pas question d\u2019aumône, mais de récompense légitimement due .\u2014 Je ne veux ni de l'une ni de l\u2019autre.Prouvez-moi que ce portefeuille vous appartient.\u2014 Il m\u2019appartient.D\u2019ailleurs, il est marqué à mon chiffre : F.K.Félice Karawitsh.\u2014 Comment, vous êtes .le puissant banquier .l\u2019homme qui a financé cent entreprises qui, toutes, ont eu un éclatant succès, le philanthrope ?.\u2014 Je vous en prie, monsieur, je voyage actuellement incognito.\u2014 Non point si incognito que votre présence n\u2019ait été signalée par certains journaux.Ah ! j\u2019oubliais de me présenter.Francis Thurier, reporter, actuellement attaché aux Nouvelles Mondiales.Je sais, entre autres choses, que vous vous intéressez aux gisements de phosphate.\u2014 Monsieur le Reporter, je m\u2019accorde actuellement des vacances.Un hasard m\u2019a forcé de vous dire qui je suis.Je suppose que vous n\u2019abuserez pas de la situation et vous conduirez en gentleman.Voyez-vous, maintenant, quelque inconvénient à me remettre mon chien ?\u2014 Aucun, M.Karawitsh.Voici le portefeuille de marocain.Les billets sont là ; quant au diamant vert, je n\u2019ai pu le contempler, et pour cause, puisqu\u2019il se trouve dans un compartiment à secret.Avec une hâte fébrile, justifiée d\u2019ailleurs par la valeur de la précieuse gemme, le banquier s\u2019empara du portefeuille que Thurier lui tendait.Il l\u2019enfouit dans l\u2019une des poches intérieures de son veston, très élégant, puis, tendant la main au journaliste : \u2014 M.Thurier, vous venez de me rendre un immense service et je voudrais m\u2019acquitter.\u2014 Très simple, M.Karawitsh, accordez-moi une interview.\u2014 Ici, impossible mais, à mon passage à Paris.Venez me trouver à l\u2019hôtel Crillon, j\u2019y serai d\u2019ici une huitaine.Cependant que le reporter enchanté se confondait en remerciements, le banquier brusquait les adieux.Un instant plus tard, le bruit d\u2019une auto qui démarrait fit comprendre au jeune homme que son bizarre interlocuteur, laissant là l\u2019excursion si malencontreusement troublée, prenait le chemin de la Marsa et, sans doute, celui de Tunis.Sur une mer que ridait à peine le souffle tiède de la brise venue du continent africain, le bateau avançait d\u2019une façon presque insensible.Après le déjeuner, les passagers s\u2019étaient répandus sur le pont, cherchant un coin d\u2019ombre afin d\u2019y installer les transats peints en rouge sur lesquels une douce somnolence ne tarderait pas à les visiter.Par-dessus le bastingage, c\u2019est à peine si l\u2019on voyait bouger la ligne d\u2019horizon.Le soleil, en s\u2019y réfléchissant, laquait d\u2019un or éblouissant la surface polie des flots tranquilles.Parfois une mouette fendait l\u2019azur de son vol plané, ou bien un dauphin se jouait dans le sillage du navire.Francis s\u2019était installé aussi commodément que possible sur le pont des secondes classes.Etant données sa jeunesse et sa notoriété à peine commençante, les frais alloués à son correspondant par le directeur des Nouvelles Mondiales avaient été réduits au strict nécessaire, mais le jeune homme ne se plaignait pas.Il avait le feu sacré et l\u2019esprit d\u2019un vrai journaliste, se souciant fort peu du superflu et sachant se contenter de l\u2019honnête confort qu\u2019assure aux voyageurs la compagnie sur le paquebot de laquelle il avait pris passage.La journée s\u2019écoula assez monotone.Afin de tuer le temps, le jeune homme, après avoir classé quelques *Jemps gris Le temps est gris-perle Sur le fleuve à plat, Il y a, par là, Quelque part, un merle.Il pleut.(Pas très fort.) U tombe une goutte.Une autre est en route : On l\u2019attend encor.L'attente est profonde ; T out semble aux écoutes : U manque une goutte Au bonheur du monde .Et pour qu\u2019il l\u2019accueille Au bout du chemin, L\u2019homme tend la main Et l'arbre une feuille.Elie MARCUSE notes personnelles, des souvenirs plutôt qui lui serviraient, se disait-il plaisamment, quand il lui prendrait fantaisie d\u2019écrire ses mémoires, laissait vagabonder son imagination et, tout naturellement, c\u2019était vers la rencontre de la veille, vers l\u2019article sensationnel qu'il se promettait d\u2019écrire, à condition que le banquier tienne sa promesse, qu\u2019elle l\u2019emportait.Un bel article et un étrange modèle.Félice Karawitsh, malgré que des flots d'encre aient déjà coulé à son sujet, demeurait, pour beaucoup, une figure mystérieuse ; sympathique, pourtant, car il avait donné d\u2019éclatantes preuves de sa bonté et de sa compassion pour tout ce qui souffre.Né en 1883, dans un humble village hongrois, il avait fait sa fortune en découvrant, en Oural, des gisements de pétrole et en s\u2019employant afin de décider des capitalistes à financer cette entreprise alors aventureuse.Quand le Grande Guerre éclata, il était déjà archi-millionnaire.Il fit courageusement son devoir tout en réprouvant les doctrines de violence au nom desquelles l\u2019Europe était mise à feu et à sang.Blessé, il quitta sans esprit de retour, les Balkans encore déchirés par des combats sanglants et parut se désintéresser du sort du vieux Continent.Il s\u2019était fixé à Chicago.On le vit s\u2019occuper de grandioses travaux, assécher des marais, détourner le cours de rivières impétueuses.Là où la terre était auparavant stérile, le blé poussait à perte de vue, des hommes bâtissaient leurs demeures et faisaient paître leurs troupeaux.Combien d\u2019inventeurs, repoussés dans leur propre pays, trouvèrent auprès de Félice Karawitsh l\u2019appui qui leur permit d\u2019offrir à l\u2019humanité de bienfaisantes découvertes ; car il était à remarquer que jamais homme d\u2019affaires ne s\u2019intéressait à une invention ayant pour objet l\u2019art de tuer et de détruire.Dans ses usines on ne construisait pas dés canons, nul gaz asphyxiant ne sortait des laboratoires subventionnés par lui mais des machines rendant la vie plus facile et des produits susceptibles d\u2019améliorer la santé et l\u2019activité humaines.Un grand philanthrope, avait dit Francis, et il ne s\u2019était pas trompé.Karawitsh avait horreur de la publicité et rares étaient les journalistes qui pouvaient se vanter d\u2019avoir été reçus par lui ; même en Améri-que sa patrie d\u2019élection -\u2014 on n\u2019avait pu le photographier que par surprise.Encore avait-il coutume, quand une aventure aussi désagréable lui arrivait, de faire acheter avant sa sortie de l\u2019imprimerie le tirage complet du journal assez heureux pour offrir son image à la curiosité des lecteurs.On voit par ces détails quel prix avait pour le jeune correspondant des Nouvelles Mondiales la promesse que Francis se garderait bien d\u2019oublier.La journée s\u2019écoula sans incidents.En prenant possession de sa cabine le reporter avait eu l\u2019agréable surprise de constater qu\u2019il voyagerait seul.On n\u2019était pas encore à la période des vacances, ce qui expliquait le petit nombre de voyageurs faisant la traversée.Pourtant, depuis un mois déjà, le beau temps persistait, faisant régner l\u2019été sur la terre africaine alors qu\u2019à Paris \u2014 au sortir des torrides régions du Sud Tunisien le jeune homme se le répétait avec délices \u2014 il retrouverait le printemps et son idéale fraîcheur.En voyageur avisé, Thurier s\u2019était gardé de lier conversation avec ses voisins de table ; pourtant, comme il s arrêtait au bar, une phrase prononcée tout à côté de lui attira son attention.\u2014 Vous êtes sûre, disait à sa compagne, une blonde très élégante, le voisin de droite du journaliste, Félice Karawitsh serait à bord ?Mais c\u2019est invraisemblable ! Un multimillionnaire qui possède deux yachts et ne voyage qu\u2019en train spécial.Très calme, la femme répondit : \u2014 Je ne peux pas me tromper.Le grand banquier a une fille, Miss Patricia, laquelle est cliente de notre maison de couture.Ce n\u2019est pas une fois, mais dix que j ai eu l\u2019honneur de la servir.Son père l\u2019accompagne presque toujours car lui et elle ne viennent guère à Paris que pour satisfaire la coquetterie de la jeune personne, ravissante d\u2019ailleurs.\u2014 Vous avez pu être abusée par une ressemblance ?Impossible.D\u2019ailleurs j\u2019avais croisé M.Karawitsh à Tunis.Il m\u2019a reconnue et saluée.\u2014 Et vous ne m\u2019avez pas parlé de cela ?\u2014 J\u2019avais autre chose en tête, avec l\u2019ouverture de notre succursale, la présentation des modèles \u2014 Et où avez-vous fait cette sensationnelle rencontre ?,-Au Belvédère où j\u2019étais allée faire un tour apres une journée excédante.Dire qu\u2019on est au 20 mai et qu il faisait à Tunis 30 degrés à l\u2019ombre 9 \u2014 Il était seul ?T 11, 'tul'fne aul° suivait a toute petite allure l\u2019ail dans laquelle nous nous sommes croisés, moi à nie lui sous la tente de toile blanche d\u2019une simple voitu de louage.Deux messieurs occupaient l\u2019auto -Des policiers, sans doute.Un homme tel q-Karawitsh est garde comme une tête couronnée vous 1 avez revu à bord ? 14 Le Samedi, Montréal, 26 avril 1947 \u2014\tMais oui.Si je ne me trompe.Karawitsh occupe une cabine de luxe, sur le pont.\u2014\tSi vous avez terminé votre café, ma chère associée, allons faire un tour sur le pont et, surtout, si nous croisons votre client, n\u2019oubliez pas de me présenter à lui.Les deux passagers se levèrent et Francis en fit autant.Il avait écouté avec un intérêt passionné la conversation de ses voisins en lesquels il avait reconnu la co-directrice d\u2019une grande maison de couture dont le compagnon était sans doute l\u2019un des commanditaires.Tout en se dirigeant vers le pont, Thurier se disait qu\u2019une seconde rencontre avec le banquier avancerait sans doute l\u2019heure de l\u2019interview tant désirée et lui procurerait une rentrée triomphale dans son journal.D\u2019un coup d\u2019ceil, il s\u2019était rendu compte que, dans la salle à manger des premières classes, le dîner n\u2019était pas encore terminé.Il se posta de façon à pouvoir surveiller la sortie des convives.Bientôt, les plus pressés de contempler le spectacle d\u2019un admirable coucher de soleil se précipitèrent vers le pont-promenade et, parmi ceux-ci, le journaliste eut la satisfaction de reconnaître le possesseur du porte-feuille rouge.Il allait l\u2019aborder quand il s\u2019aperçut qu\u2019il n\u2019était pas seul.Une femme très élégamment vêtue s\u2019appuyait *ur son bras.Tous deux semblaient poursuivre une conversation animée.Le reporter hésita.Tout à l\u2019heure, il avait entendu prononcer le nom de Miss Patricia, la fille du banquier, mais la dame qu\u2019il avait devant les yeux ne pouvait être la jeune fille en question.Bien qu\u2019elle eût une taille svelte, des cheveux cuivrés et un teint éblouissant, cette dame, bien certainement, avait dépassé la quarantaine.La femme de Karawitsh ?Il lui revenait à la mémoire que le multimillionnaire était veuf.Evidemment il pouvait s\u2019être remarié mais cette nouvelle aurait fait sensation, aussi bien sur le continent que de l\u2019autre côté de l\u2019Atlantique.Restait l\u2019hypothèse que le banquier se trouvait en bonne fortune.Quoi qu\u2019il en fût, Thurier ne pouvant commettre l\u2019incorrection d\u2019aborder Felice Karawitsh se contenta de ne le point perdre de vue.Auprès de la belle inconnue le banquier s\u2019était appuyé au bastingage et, à peu de distance, Francis en avait fait autant.Sous leurs yeux, les vagues devenaient d\u2019un bleu de plus en plus obscur.Quand les dernières clartés du ciel se furent éteintes, elles prirent une coloration sinistre.Le vent s\u2019était levé et enflait -les flots couleur d\u2019encre.Très sensible aux aspects de la nature, le jeune homme se laissa absorber par sa contemplation.Quand il tourna la tête, le couple avait disparu mais, en jetant un regard circulaire autour de lui, Francis se rendit compte que Karawitsh et son élégante compagne s\u2019étaient assis, chacun sur un transat.Tous deux fumaient silencieusement.Dans 1 obscurité grandissante le reporter apercevait le point brillant d\u2019une cigarette, le rougeoiement d\u2019un gros cigare dont l\u2019aro-me lui était apporté par la brise marine.A mesure que le temps s\u2019écoulait, le journaliste perdait l\u2019espoir d\u2019obtenir, ce soir-là, l\u2019interview qui lui avait été refusée à Carthage.Il s\u2019en consolait d\u2019ailleurs en se disant que, le lendemain, à 15 heures, il débarquerait à Marseille en même temps que Karawitsh et que, d\u2019ailleurs, ce dernier lui avait fait une promesse et indiqué un rendez-vous ferme.Un silence grandiose régnait maintenant autour des trois derniers passagers qui s\u2019obstinaient à demeurer sur le pont.Le clapotis des vagues et le ronronnement des machines formaient une sorte de berceuse monotone et assourdie.Francis allait se lever et re- gagner sa couchette quand le banquier et sa compagne devancèrent son geste.Us n\u2019avaient que quelques pas à faire pour se trouver devant les cabmes de luxe.Les ayant vus disparaître, le journaliste se dirigea vers l\u2019escalier qu il lui fallait descendre afin de regagner son lit Les couloirs éclairés formaient avec a nuit sans lune un étrange contraster ^es yeux éblouis, Francis allait droit levant lui.Enfin il reconnut le numéro le sa cabine, souleva le rideau qui en protégeait l\u2019entrée.Il s\u2019étonna de na-voir pas, en sortant, tire la porte.Du hublot grand ouvert un souffle frais balayait l\u2019étroit espace.\tt\t, Avant d'avoir allumé l\u2019electncite le jeune homme eut la désagréable surprise de distinguer, sur l\u2019une des couchettes du bas, une forme etendue.Sans doute un voyageur qui, mécontent de sa place, avait obtenu de changer de cabine II allait se coucher silencieusement quand il se rendit compte que le dormeur avait justement pris possession de sa couchette et reposait la tete appuyée sur le pyjama qu\u2019il avait glissé sous l\u2019oreiller.Il voulut réveiller l\u2019indiscret voyageur mais, comme ü posait sa main sur son épaule, ü la retira brusquement, désagréablement impressionne par le contact d\u2019un liquide visqueux qu il venait de rencontrer sous ses doigts.Tout de suite il fit jaillir la lumière.Vêtu d\u2019un costume de voyage, un homme était étendu; un filet de sang s\u2019échappait de ses lèvres tumefiees_ Dominant l\u2019horreur qui 1 envahissait Fra cis se pencha sur le corps inerte afin de se rendre compte si le cœur battait encore.Tout de suite il eut la conviction que tout secours était mutile.Une cordelette de soie enserrait le cou du malheureux et la rigidité du corps attestait que le crime remontait sans _\t>\t1\t_ !\t- V,/\\ilT*ÛC \u2022 En attendant le débarquement à Mar-seille le commandant avait procède a une enquête sommaire.Sur la victime on savait peu de choses.Deux jours avant le départ, deux cabines de luxe avaient été retenues pour un M.Thomson, de Chicago, et son secrétaire George Harteway.Le garçon qui avait porté la valise de l\u2019Américain croyait se souvenir que celui-ci s\u2019était embarque seul.Sans doute le secrétaire avait-il manqué le départ car son patron 1 avait attendu jusqu\u2019à la dernière minute avec la plus grande impatience.Après^en-viron une heure de navigation, il s était présenté au poste de radio et avait lancé un message adressé à un hôtel de Tunis.La réponse n\u2019avait point tarde.Le secrétaire s\u2019excusait et promettait de prendre le lendemain matin 1 hydravion qui lui permettrait de se trouver à l\u2019arrivée du paquebot.Par lui, on aurait évidemment tous les renseignements utiles mais, en attendant, il s\u2019agissait de découvrir l\u2019assassin, lequel, forcément, se trouvait encore à bord de la Ville-de-Bizerte.Bribe par bribe l\u2019officier avait déjà reconstitué les gestes de M.Thomson depuis son arrivée à bord.Cela avait été facile car l\u2019Américain avait à peine quitté sa cabine pour faire un peu de footing sur le pont, puis il s était fait apporter son dîner chez lui.Sa valise, grande ouverte, ne contenait que des effets personnels et un passeport parfaitement en règle, établissant 1 identité qu\u2019il avait énoncée en prenant son billet.Les vêtements avaient été récemment achetés à Paris et le linge ne portait pas d\u2019initiales.\t^ Comment, de la cabine de pont qu\u2019il occupait, le voyageur avait-il été transporté dans cette cabine de^ seconde classe et, cela, sans attirer l\u2019attention du personnel de garde ?Personne sur le bateau n avait paru connaître le voyageur, personne ne s\u2019était intéressé à lui.Comme aucun vol ne semblait avoir ete commis on avait retrouvé dans les poches de la victime une assez forte somme d\u2019argent \u2014 l\u2019idée d\u2019une vengeance s\u2019imposait.Malgré lui le commandant Pradier se sentait envahi par un doute quant à la L'HOROSCOPE DU \" SAMEDI \" (Nouvelle série) 4635827463524735 meuesonessnuntaa 5462753826452834 rTTRAGTFVI EEOI TR 4736528438425637 qlEGNUENNRTSTEDE Comptez les lettres de votre prénom.Si le nombre de lettres est de 6 ou plus soustrayez 4.Si le nombre est moins de 6, ajoutez 3.Vous aurez alors votre chiffre-clef.En commençant au haut du rectangle pointez chaque chiffre-clef, de gauche à droite.Ceci fait, vous n\u2019aurez qu\u2019à lire votre horoscope donné par les mots que forme le pointage de votre chiffre-clef Ainsi si votre prénom est Joseph, vous soustrayez 4 et vous aurez comme clef le chiffre 2.Tous les chiffres 2 du tableau ci-dessus représentent votre horoscope.Droits réservés 1945, par William J.Miller.King Features, Inc.sincérité du jeune homme qui, le premier, avait découvert le cadavre, et cela dans sa propre cabine.Evidemment Francis Thurier se disait journaliste, il possédait sa carte de presse et rien, jusqu\u2019alors, ne permettait de l\u2019incriminer ; pourtant, si on admettait que, le reporter et l\u2019Américain se connaissant déjà, le premier ait attiré le second dans sa cabine, l\u2019ait étourdi d\u2019un coup de poing \u2014 ce coup de poing dont le docteur du bord avait retrouvé la marque \u2014 puis étranglé à l\u2019aide d\u2019un lacet, tout devenait clair et la police n\u2019avait, dès l\u2019arrivée, qu\u2019à mettre les menottes aux poignets de l\u2019assassin.Quand la Ville-de-Bizerte fut en vue des vastes hangars de la Compagnie Générale de Navigation, Francis, qui avait été prié ainsi que les autres voyageurs, de ne point quitter sa ca-bine, se rendit parfaitement compte de la suspicion dont il était l\u2019objet.Prévenue par T.S.F.la police était à bord avant même que le bateau ne soit rangé le long du quai.Mélancoliquement, le jeune journaliste que l\u2019aventure, en somme, ne troublait guère tant il était sûr de pouvoir rapidement démontrer son innocence, regardait par son hublot la ville grandir sur l\u2019horizon un peu nuageux.On avait dépassé l\u2019îlot où se dresse le château d\u2019If.Soudain, il se rendit compte qu\u2019une vedette qui n\u2019était pas celle de la police se détachait du bateau.Il entendait le bruit du moteur.Bientôt la frêle embarcation passerait à portée de sa vue.Sa surprise fut grande lorsqu\u2019il reconnut à bord le banquier, la dame aux cheveux roux et un homme au teint bistré \u2014 un domestique sans doute \u2014 qui les accompagnait.\u2014 La puissance de l\u2019argent! murmura mélancoliquement le reporter désabusé.Tandis que l\u2019enquête va immobiliser de braves gens qu\u2019un mot de la police peut transformer en prévenus, ceux-ci s\u2019en vont, libres et tranquilles.On ne soupçonne pas un multimillionnaire naturellement.Il haussa les épaules, contrarié cependant, car le banquier, s\u2019il l\u2019avait remarqué, aurait pu l\u2019aider à établir un indiscutable alibi comme lui-même, d\u2019ailleurs, armait pu, en pareille circonstance, témoigner en faveur de l\u2019Américain et de sa belle compagne de voyage.\u2022 \u2014 Vous comprenez, monsieur Thurier, que je ne demande qu\u2019à vous croire : mais encore faut-il que vous me donniez quelques précisions sur vos faits et gestes durant la nuit du crime.Vous avez dîné, cela est établi, puis vous avez quitté la salle à manger.On ne vous a pas vu au bar, affirme le barman.\u2014 C\u2019est exact, monsieur le commissaire, mais je ne crois pas que se priver d\u2019alcool soit un acte répréhensible.La journée avait été chaude.J\u2019ai voulu respirer sur le pont.\u2014 Un domestique vous a rencontré, arrêté devant le salon des premières Qu\u2019y faisiez-vous ?\u2014 Je suis reporter, monsieur.Il y avait parmi les voyageurs de première une personnalité marquante que j\u2019avais eu l\u2019occasion de rencontrer la veille et que je désirais interviewer.\u2014 Cette interview a eu lieu ?\u2014 Non.La personne était accompagnée d\u2019une femme.J\u2019ai vainement espéré que cette dame regagnerait la première son appartement.C\u2019est pour cela que je me suis attardé jusqu\u2019aux environs de minuit.\u2014 Il est étrange que vous n\u2019ayez pas été remarqué par le personnel.Vous avez cependant dû traverser le bar afin de descendre dans votre cabine ?\u2014 Traversé, non.Je suis descendu Le Samedi, Montréal, 26 avril 1947 15 C\u2019est votre argent.a vous de choisir! Personne ne vous impose tel journal ou tel magazine .La presse du Canada est libre et vous choisissez vous-même les publications que vous achetez .Le désir traditionnel de liberté des Canadiens se manifeste probablement à un plus haut degré dans le domaine de l\u2019assurance-vie que dans tout autre entreprise au pays.La saine concurrence que se font les quelque 50 compagnies canadiennes anglaises et américaines, qui font affaires au Canada, donne libre cours à ce désir de liberté et de plus, par la diversité des placements, assure aux Canadiens une sécurité dont ne jouit aucun autre pays.Vous choisissez en toute liberté le plan qui répond exactement à vos besoins, la police qui convient à votre bourse, la compagnie que vous préférez .toujours en toute confiance.d\u2019assurance-vie Canada Un message des compagnies et de leurs agents au WWm 4 16 par l\u2019autre escalier, à l\u2019extrémité opposée.\u2014 Aucun stewart ?\u2014 En tout cas, je n\u2019en ai pas rencontré.Mais si vous doutez, monsieur le commissaire, pourquoi ne pas téléphoner à la personne en question.En admettant même que je n\u2019aie pas été reconnu par elle, ma présence sur le pont, à quelques mètres de son fauteuil, a dû la frapper.Téléphonez et vous serez convaincu.\u2014 Inutile de téléphoner, aucun des passagers de la Ville-de-Bizerte n\u2019a été encore autorisé à quitter Marseille.\u2014 Vraiment?Pas même le banquier Karawitsh accompagné d\u2019une dame rousse, dont j\u2019ignore le nom, et son domestique .\u2014 Que voulez-vous dire, monsieur Thurier ?Sir Félice Karawitsh n\u2019avait pas pris passage à bord de la Ville-de-Bizerte ?¦\u2014 Je vous affirme le contraire.\u2014 C\u2019est faux ! J\u2019ai ici la liste des voyageurs.\u2014 Il faut donc admettre que Félice Karawitsh voyageait incognito.\u2014 Et vous dites qu\u2019il a quitté le bord ?C\u2019est du roman feuilleton ! Un seul voyageur a été autorisé à poursuivre sa route.C\u2019est M.Oménian, attaché à la légation de Yougoslavie, sa soeur, la comtesse Ida Baranieff et son secrétaire.\u2014 Je n\u2019ai pas été seul, monsieur le commissaire, à reconnaître le riche banquier américain \u2014 je dis Américain car je crois que Karawitsh a obtenu sa naturalisation \u2014 à bord de la Ville-de-Bizerte se trouvaient deux passagers lesquels ont fait la même constatation que moi.\u2014 Vous pouvez nommer ces passagers ?\u2014 A ntpins qu\u2019eux aussi n\u2019aient dissimulé leur identité.Il s\u2019agit de la codirectrice d\u2019uiiê grande maison de couture parisienne.-Je crois, sans pouvoir cependant l\u2019affirmer, qu\u2019elle venait d\u2019ouvrir une succursale à Tunis et était accompagnée d\u2019un des principaux actionnaires de la maison Arlette et Simone.Un instant le silence se fit.Le magistrat consultait les dossiers épars sur son bureau.Bientôt il releva la tête.\u2014 En effet, Mme Simone Certuron, de la maison Arlette et Simone, a pris passage à bord.J\u2019ai même là sa déposition qui n\u2019offre aucun intérêt.quant à l\u2019assassinat.\u2014 Parbleu.Je vous demande, monsieur le commissaire, si Mme Certuron est encore à Marseille .\u2014 Elle doit partir ce soir, ainsi qu\u2019un M.Villetan qui me paraît être la personne dont vous parlez.Tous deux ont excipé du tort qu\u2019un plus long retard causerait à leurs affaires et comme aucun soupçon ne pèse sur eux .Mais j\u2019ai l\u2019adresse de l\u2019hôtel où ils sont descendus.Je vais téléphoner.Voulez-vous passer dans la salle d\u2019attente, monsieur, je vous ferai appeler en vue d\u2019une confrontation.Tout en se faisant l\u2019amère réflexion que le commissaire le traitait déjà presque en prévenu, avec cette seule différence que les agents chargés de veiller sur lui et de s\u2019opposer à toute velléité de fuite exerçaient leur mission en gardant certaine distance, Francis, assis sur une banquette de moleskine usée par le passage de nombreux délinquants, attendait la fin d\u2019une aventure qui commençait à l\u2019exaspérer.Il vit passer devant lui la dame blonde et son cavalier.Il les maudissait tous deux en son for intérieur car sans la conversation qu\u2019il avait, par hasard, surprise, il ne se serait point attaché aux pas du milliardaire et, partant, aurait regagné sa cabine avant l\u2019heure où le sommeil rendait sourd et aveugle le personnel de garde.Enfin, un huissier vint le chercher.Tout de suite il se rendit compte que l\u2019interrogatoire ne lui avait pas été défavorable.\u2014 Monsieur Thurier, j\u2019ai le plaisir de vous apprendre que madame a confirmé absolument vos déclarations.Elle a cru reconnaître .\u2014 J\u2019ai reconnu formellement, monsieur le commissaire, et je ne puis pas me tromper.M.Karawitsh est un client de notre maison.Un excellent client.\u2014 Pas pour son compte personnel, rectifia M.Villetan.\u2014 Oui, je sais, ne perdons pas de temps.M.Karawitsh voyageait donc sous un faux nom.En fait, cela n\u2019a rien de surprenant.Et il aurait quitté le bord avec sa sœur ?\u2014 Vous m\u2019étonnez, monsieur le commissaire.M.Karawitsh n\u2019avait pas de sœur.Mlle Patricia se plaignait souvent de n\u2019avoir aucune parente qui puisse l\u2019accompagner dans le monde, d\u2019autant plus que son père, en raison de son infirmité.\u2014 Une infirmité ?De quelle infirmité parlez-vous ?ne put s\u2019empêcher de demander Francis.La directrice de la maison Arlette et Simone qui paraissait assez fière d\u2019avoir approché de très près un personnage illustre de la haute finance internationale, ne se fit pas prier pour répondre.\u2014 Mais sa jambe.A la suite d\u2019un accident d\u2019auto M.Karawitsh boitait fortement de la jambe gauche.En même temps, le commissaire et le reporter poussèrent une exclamation de surprise.\u2014 Il boitait, mais alors, ce n\u2019est pas lui, ce n\u2019est pas Karawitsh qui se trouvait sur la Ville-de-Bizerte et qui est parti sur une vedette.De son côté, sans prêter attention à ce que disait le jeune homme, lequel pourtant gesticulait comme un beau diable, le magistrat s\u2019était levé et paraissait en proie à la plus vive agitation.\u2014 Madame, il est indispensable que vous soyez confrontée sur l\u2019heure avec le corps de l\u2019homme assassiné car le rapport du médecin-légiste constate que cet homme avait eu la jambe gauche fracturée en deux endroits et devait être atteint d\u2019une forte claudication.Il était dit que, ce jour-là, le commissaire devait aller de surprise en surprise.Avant que Mme Certuron ait eu le temps de répondre la porte s\u2019ouvrit violemment et un inconnu, se débarrassant des agents qui avaient voulu lui barrer le passage, fit irruption dans le bureau.M.Durantier avait froncé les sourcils et s\u2019apprêtait à faire expulser le visiteur inconnu, mais celui-ci le devança : \u2014 Monsieur.J\u2019apporte, je crois, un grave témoignage au sujet de l\u2019assassinat.La victime qui, je suppose, n\u2019a pas encore été identifiée véritablement n\u2019est autre que mon regretté patron, Félice Karawitsh.\u2014 Qu\u2019est-ce que je vous disais ?triompha Francis Thurier.\u2014 Votre patron ?Qui êtes-vous donc, monsieur, s'exclama le magistrat.ESTELLE?Il vient d\u2019être nommé secrétaire adjoint de l'Union des Artistes Dramatiques de la radio.Ce jeune artiste a fait la guerre.Il visita plusieurs pays d\u2019Europe et épousa une Hollandaise.Il est avantageusement connu sur nos ondes aussi bien comme artiste dramatique que comme scripteur.Il chanta aussi à la radio et sa prose est publiée.Il fit ses études à Montréal et au Collège de Terrebonne.Sa carrière radiophonique commença en 1936 à titre de scripteur dans le populaire programme \u201cEn Roulant ma Boule\u201d.Son style radiophonique se prêtait tellement bien aux ondes qu\u2019on lui confia toute une série de \u201cEn Roulant ma Boule\u201d, programme essentiellement canadien qui décrivait les principales régions de la province de Québec.On lui confia aussi la rédaction de textes pour plusieurs événements spéciaux à la Société Radio-Canada.On ne le sait peut-être pas, mais c\u2019est un excellent chanteur de folklore et il compose certaines mélodies à l\u2019occasion.L\u2019Unin des scripteurs radiophoniques lui doit beaucoup.Vous le connaissez sans doute.C\u2019est Horace Lupien de la \u201cMétairie Ran-court\u201d, rôle qu\u2019il a interrompu pour \u201caller faire la guerre\u201d.De retour, on fit revenir le personnage et le voici encore sur les ondes.Il est encore très jeune quoique ses tempes commencent à grisonner.Il regarde plus qu\u2019il ne parle et étudie les caractères.Ancien régisseur de la \u201cComédie de Montréal\u201d, du St-Denis et de l\u2019Arcade, il interprète le rôle de \u201cZotique\u201d dans \u201cBaptiste dans les Champs Elysées\u201d.A plusieurs reprises, il a été l\u2019artiste invité de \u201cSamedi-Jeunesse\u201d.Malgré son jeune âge on peut dire qu\u2019il est déjà un vétéran de la scène et de la radio.Il y en a cinq à la radio qui portent son nom et un de ces cinq porte le même prénom.Voir la page 38 du présent numéro du SAMEDI pour trouver la réponse.QUI EST-IL, QUI Le Samedi, Montréal, 26 avril 1947 \u2014\tJe suis George Harteway.J\u2019ai manqué le départ de la Ville-de-Bizer-te, retenu au dernier moment par une manœuvre qui avait pour objet évidemment de m\u2019éloigner de M.Karawitsh.Il faut que vous sachiez que ce dernier venait d\u2019être victime d\u2019un vol.\u2014\tC\u2019est bien ce que je pensais, affirma le journaliste.\u2014\tUn vol d\u2019une importance énorme car, non seulement le portefeuille dérobé contenait une assez forte somme d\u2019argent, mais encore un diamant d\u2019une valeur de plusieurs millions.\u2014\tC\u2019est cela même, intervint encore le jeune reporter.Brusquement, George Harteway se tourna vers celui qui semblait avoir sur l\u2019affaire une documentation que ne possédait pas le commissaire spécial.\u2014\tComment savez-vous tout cela, monsieur ?interrogea-t-il.\u2014\tC\u2019est moi qui ai, tout à fait par hasard, retrouvé le portefeuille rouge, lequel s\u2019était égaré auprès du temple du Tanit.\u2014\tC\u2019est, en effet, au cours d\u2019une promenade à Carthage que mon pauvre maître a été délesté de cet objet par un habile filou qui avait pris l\u2019apparence d\u2019un guide, mais cet homme avait un complice.Fouillé à Tunis, dès que M.Karawitsh s\u2019est aperçu du vol, on n\u2019a rien découvert sur lui.Par contre, ce complice est connu.Il a même eu l\u2019audace, se croyant en sûreté, d\u2019assigner un rendez-vous afin de restituer l\u2019objet.M.Karawitsh et moi crûmes d\u2019abord à un simple chantage.Je me rendis à l\u2019endroit indiqué porteur du carnet de chèques de mon patron.Un des chèques était signé en blanc.Je n\u2019avais qu\u2019à inscrire la somme.\u2014 On vous a rendu le diamant ?fit Francis, puissamment intéressé.\u2014 Au bout d\u2019une attente qui eut pour résultat de me faire manquer l\u2019heure du départ, un Arabe m\u2019a remis, effectivement, un paquet.C\u2019était le portefeuille.A première vue je crus qu\u2019il contenait une partie des billets et le précieux joyau.Tenez, monsieur le commissaire, constatez vous-même.Les coupures sont fausses et le diamant n\u2019est qu\u2019une grossière imitation du diamant vert.Il avait jeté sur la table le portefeuille brodé d\u2019or d\u2019où s\u2019échappèrent quelques fausses coupures de la banque de Tunis, assez maladroitement imitées et une grosse pierre teintée de vert qui avait toute l\u2019apparence d\u2019un vulgaire bijou de théâtre.\u2014 Non content d\u2019avoir volé une fortune royale, fit le secrétaire en proie à une visible émotion, ces bandits n\u2019ont pas reculé devant un crime.Monsieur le commissaire, il faut que M.Karawitsh soit vengé.C\u2019est sur le sol de France qu\u2019il a trouvé la mort, c\u2019est à la France de faire justice.\u2014 Soyez sans crainte, monsieur, votre désir sera accompli.Maintenant, li-vrez-moi le nom de celui que vous soupçonnez.\u2014 L\u2019Arabe qui m\u2019a remis ce dérisoire dépôt a prononcé un nom : Francis Thurier.Avant de m\u2019embarquer à bord de l\u2019hydravion qui m\u2019a conduit à Marseille, j\u2019ai commencé une enquête personnelle, enquête qui m\u2019a forcé à remettre mon départ à ce matin.Le coup de téléphone assignant un rendez-vous à M.Karawitsh émanait d\u2019un hôtel où, effectivement, un nommé Francis Thurier avait passé la nuit.\u2014 Mais c\u2019est inconcevable.\u2014 Taisez-vous, ordonna le commissaire en foudroyant dû regard l\u2019infortuné journaliste.Sans prêter attention à cette interruption, Harteway continuait. Le Snmecii, Montréal, 26 avril 1947 17 \u2014 Or, ce Thurier.qui se disait journaliste, avait avoué en retenant une chambre d\u2019hôtel qu'il avait passé la journée à Carthage et qu\u2019il venait en droite ligne de Metlaouis, la contrée du phosphate .\u2014 Eh ! bien oui, je venais de Metlaouis, s\u2019exclama Francis dont rien ne pouvait désormais refréner l'indignation, oui, j\u2019étais allé visiter les ruines, oui, encore, j\u2019ai ramassé le portefeuille et l\u2019ai remis à un homme qui m\u2019en a décrit exactement le contenu, mais de là à m\u2019accuser .Pour la seconde fois le regard du commissaire interrompit l\u2019impétueux jeune homme.Devant lui, le visage de George Harteway exprimait à la fois la stupéfaction et l\u2019horreur.M.Duran -tier venait de se lever.Il avait fait un signe aux agents qui, depuis le commencement de cette stupéfiante scène, se tenaient debout devant la porte dont ils semblaient vouloir barrer l\u2019issue.Très gravement le magistrat prononça, et la phrase tomba nette comme le couperet de la guillotine : \u2014 Monsieur Francis Thurier, au nom de la loi, je vous arrête ! Depuis trois jours qu\u2019il était prisonnier et mis au secret par ordre de M.Destournelles, le juge d\u2019instruction chargé de cette sensationnelle affaire, Francis avait eu le temps de réfléchir sur l\u2019horreur de sa situation.Le magistrat partageait évidemment la conviction du commissaire, lequel avait pris sur lui de faire incarcérer le journaliste sans même vérifier ses dires et recueillir sur son compte des renseignements de moralité.D\u2019ailleurs, un impressionnant ensemble de faits s\u2019accumulait contre l\u2019infortuné.Seule, aurait du militer en^ sa faveur cette inconscience absolue d\u2019un criminel qui livrerait son nom a 1 instant même où il méditait de commettre un atroce assassinat.A cette sérieuse objection M.Des-toumelles avait une réponse prête.Quand il s\u2019était embarqué à bord de la Ville-de-Bizerte, le voleur ne pensait pas y rencontrer sa victime qu\u2019il croyait retenue à Tunis par son mystérieux rendez-vous.Donc, il n avait pas l^té-médité son meurtre.Comment M.Ka-rawitsh avait-il été amené à se rendre dans la cabine de Thurier, pourquoi celui-ci avait-il étranglé le banquier, après l\u2019avoir étourdi d\u2019un magistral uppercut ?Le reporter avait, comme amateur, remporté certains succès^ sui le ring! Points obscurs que l\u2019enquête finirait par éclaircir.Sur l\u20ac premier moment d indignation et de colère, Francis avait refusé de choisir un défenseur, se croyant de taille à faire seul triompher la vente.Cependant, en observance de la loi, un avocat d\u2019office lui avait été attribué : maître Grandier était un jeune homme à peu près du même âge que Thuriei.Inscrit depuis peu au barreau de Marseille, son plus grand désir était de plaider dans une cause aussi sensationnelle Le banquier n\u2019ayant pas en France de domicile fixe aucun autre parquet ne réclamait l\u2019affaire.Dès leurs premières entrevues, Thurier se rendit parfaitement compte que maître Grandier était convaincu d\u2019avoir devant lui un redoutable criminel.^ Il n\u2019en avait que plus de mérite peut-etre à écouter les protestations de son client et à mettre un zèle louable à chercher les points faibles de l\u2019accusation.Pourtant, il aurait voulu que le prévenu lui fasse confiance et ne s\u2019obstinât point à nier l\u2019évidence et à s\u2019enfermer dans un récit qui, à l\u2019audience, prendrait l\u2019apparence d\u2019une fable romanesque et inventée de toutes pièces.Il y avait d\u2019abord, l\u2019invraisemblable rencontre de Carthage.L\u2019homme brun se faisant passer pour Karawitsh et emportant le portefeuille ramasse par le journaliste.Plus singulier encore le fait de se retrouver sur la Ville-de-Bi-zerte et cette soirée au cours de laquelle Thurier et le prétendu banquier demeuraient seuls, sur le pont des premières, jusqu\u2019à une heure avancée de la nuit.La qualité de M.Oménian le mettait, à priori, hors de cause.Cela avait été de très mauvaise grâce que le juge d'instruction avait promis, cédant aux instances de maître Grandier qu il ferait recueillir le témoignage de 1 attaché, lequel à l\u2019heure actuelle devait avoir rejoint son poste.En ces circonstances difficiles, le jeune défenseur avait trouvé un allié dans l\u2019entourage même du juge, en la personne du commissaire spécial Petidi-dier que la Sûreté Générale avait expédié de Paris afin de suivre cette affaire appelée à avoir un retentissement international.Déjà les journaux de tous les pays s\u2019occupaient du crime dont un des rois de la banque venait d\u2019être victime.On commentait le voyage de Karawitsh dans le Sud Tunisien, sa courte visite aux mines de phosphate dont sa banque venait d\u2019acquérir de nombreuses actions, enfin l\u2019achat du diamant vert qui s\u2019était effectué au cours de ce voyage.Le superbe joyau était auparavant la propriété d\u2019un riche Musulman lequel l\u2019avait cédé au banquier venu tout exprès à Gafsa afin de négocier cette transaction.Naturellement, on établissait un rapprochement entre le séjour du malheureux reporter dans la même région et la sûreté avec laquelle ^ le vol du portefeuille avait été exécuté.Renseigné par le hasard, à moms que ce ne fût par quelque complice, Thurier, tenté par l\u2019énorme valeur de la pierre, s\u2019était attaché aux pas du banquier et avait choisi la visite des ruines puniques pour s\u2019emparer du portefeuille.Tout le reste était une fable inventée par un criminel aux abois.Dans sa détresse, le prévenu n\u2019avait même pas, pour le réconforter, le témoignage du directeur des Nouvelles Mondiales et de ses confrères ; troublés par les affii -mations de la presse marseillaise heureuse de pouvoir mettre en relief le prompt succès de l\u2019enquête, tous demeuraient sur l\u2019expectative, se contentant de fournir de vagues renseignements concernant Thurier, nouveau venu d\u2019ailleurs parmi eux et dont le reportage tunisien était, pour ainsi dire, la première grande enquête qui lui avait été confiée par le périodique.Trop préoccupé à se défendre contre le parti pris qui l\u2019indignait.Francis avait à peine remarqué l\u2019homme au visage débonnaire mais au regard aigu qui se tenait dans un coin, derrière l\u2019imposant bureau du juge.Justement le prévenu devait, ce jour-là subir une épreuve particulièrement douloureuse pour ses nerfs déjà tendus à se rompre.Au cours du duel que se livraient les deux hommes, chacun était demeuré sur ses positions.Le juge attaquant sans cesse dans l\u2019espoir de forcer le malheureux à se contredire tandis que Francis redisait, avec l\u2019énergie que donne l\u2019innocence, les détails cent fois exposés.Soudain, M.Destournelles appuya sur un timbre.Sans doute avait-il d a-vance donné des instructions en conséquence, car la porte s ouvrit presque immédiatement et une jeune fille parut.Elle était en grand deuil et un voile de crêpe cachait à demi son visage dont la pâleur frappa vivement le jeune homme, lequel ne réalisait pas encore ce que pouvait signifier cette apparition pathétique.Le juge d\u2019instruction s\u2019était levé.Avec les marques du plus profond respect il avança un fauteuil et y fit asseoir sa visiteuse.____Je vous demande pardon, mademoiselle, d\u2019être contraint à vous imposer une épreuve certainement dou- Où que wwtà co*tdui4ief.C7.Tf*\trjfE.K?*\t-~4 ,jQ\u2014- -wood U cette ett&eiÿMe fcacvi uk wteilleuri dewcce Cette bonne enseigne United Motors Service, aux couleurs orange et bleue, est bien connue.Dans votre voisinage et le long des routes, dans tout le pays, elle est, pour l'automobiliste, le symbole de pièces d\u2019équipement d'origine, de mécaniciens compétents et de méthodes de service approuvées des facteurs dont l\u2019ensemble peut assurer un meilleur fonctionnement, une plus longue durée et un usage plus économique de votre auto.Chez vous comme en voyage, vous pouvez toujours compter sur l\u2019enseigne United Motors pour obtenir le meilleur service automobile.MI47F-UMS LES PRODUITS UNITED MOTORS SERVICE COMPRENNENT: Bougies AC \u2022 Pompes à essence, indicateurs et tféJocimètres AC Filtres à huile AC \u2022 Roulements à billes NEW DEPARTURE \u2022 Roulements à rouleaux HYATT \u2022 Lampes GUIDE \u2022 Démarrage, éclairage et allumage DELCO-REMY \u2022 Thermostats et 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l\u2019immobilité.Assis l\u2019un à côté de l\u2019autre, à peu près du même âge, rien ne pouvait permettre de deviner qui était le prisonnier.De plus afin de rendre plus impartiale la confrontation, trois agents en civil s\u2019étaient approchés et formaient un groupe autour du prévenu et de l\u2019avocat.\u2014 Regardez attentivement ces hommes, mademoiselle, et dites-moi s\u2019il en est un que vous connaissez, ou qui se soit trouvé sur votre chemin, ceci à un moment quelconque, particulièrement durant vos séjours à Paris, ou votre voyage en Tunisie ?Mlle Karawitsh obéit silencieusement.Son regard alla de l\u2019un à l\u2019autre des hommes qui lui avaient été désignés puis, lentement, elle secoua la tête.\u2014 Non, jamais je n\u2019ai rencontré l\u2019un de ces messieurs, ou alors cela aurait été d\u2019une façon si fugace que je n\u2019en garderais nul souvenir.\u2014 Regardez encore, mademoiselle.\u2014 Inutile, je suis très physionomiste.Ma gouvernante qui m\u2019accompagne pourrait vous le dire.On procéda à une seconde épreuve après avoir introduit la dame de compagnie, une Française qui, après avoir été l\u2019institutrice de Miss Patricia, demeurait auprès d\u2019elle en qualité de chaperon.Celle-ci, cependant plus loquace que sa jeune maîtresse, ne répondit pas davantage aux espoirs du magistrat.Au cours de la conversation, Francis apprit certaines choses qu\u2019il ignorait.Par exemple que, lors de son arrivée dans la région des mines, Miss Patricia accompagnait son père.L\u2019achat du diamant avait été fait sur les instances de la jeune fille mais, éprouvée par les premières chaleurs, Patricia avait repris le chemin de Sousse et s\u2019était embarquée sur le yacht appartenant au banquier.Après une courte croisière autour de l\u2019archipel grec et jusqu\u2019à la Marmara, le Spéranza devait regagner Marseille où le banquier se rendrait de son côté.Ceci expliquait la présence du multimillionnaire à bord de la Ville-de-Bizerte.Cependant que Francis subissait devant la jeune fille la terrible humiliation de quitter le cabinet du juge entre deux gendarmes chargés de le reconduire à la prison, le magistrat posait de nouvelles questions à l\u2019orpheline.Il allait la remercier quand celui qui n\u2019avait pas bougé depuis le commencement de la scène s\u2019approcha insensiblement.Bientôt il fut debout à côté de M.Destournelles.D\u2019un ton négligent il demanda : \u2014 Sur la vente du diamant vert, Mlle Karawitsh a peut-être quelque chose à nous dire.\u2014 Quelque chose ?Non, rien d\u2019important.Sachant mon pauvre père très riche on lui proposait souvent des affaires analogues.\u2014 Cette proposition lui a été faite après son arrivée en Tunisie ?\u2014 Oh ! non, monsieur ! C\u2019est chez nous, à Chicago, qu\u2019il en a été question pour la première fois.C\u2019est une Hongroise, une compatriote de mon père \u2014 vous savez que, bien qu\u2019ayant acquis la nationalité américaine, il était né sur les rives du Danube \u2014 qui pour la première fois nous a fait connaître l\u2019existence du diamant vert.L\u2019histoire qu\u2019elle nous a contée a piqué ma curiosité et mon désir de posséder ce joyau.A l\u2019encontre de certaines pierres qui ont, dit-on, un pouvoir maléfique et portent malheur à celui qui en est le propriétaire, celle-là devait assurer le bonheur.En prononçant ces mots, la gorge de Patricia s\u2019emplit de sanglots et deux grosses larmes roulèrent sur ses joues pâlies.\u2014 Et cette personne .vous pour- St (JeA (J \u2014 C\u2019est bien ço.le comble de l\u2019égoïsme : se choisir pour sol, l\u2019endroit le plus chaud de l\u2019iglou ! riez indiquer son nom et son adresse ?\u2014 Son nom, certainement.Elle a fréquenté assez assidûment chez nous, mais quant à son adresse.Je sais seulement qu\u2019elle avait loué, durant son passage à Chicago, un luxueux appartement dans l\u2019un des palaces .\u2014 Elle se nommait ?\u2022\u2014 La comtesse Ida Offenstein.A ce nom, une lueur traversa les iris bleuâtres de l\u2019inspecteur Petididier mais, tout de suite, ses paupières s\u2019abaissèrent et ce fut d\u2019un ton parfaitement indifférent qu\u2019il s\u2019adressa au juge d\u2019instruction : \u2014 Ida Offenstein.La personne qui accompagnait cet attaché de l\u2019ambassade yougoslave, ne portait-elle pas le même prénom ?\u2014 Je crois que oui, mais quelle importance ?\u2014 Aucune, évidemment.La comtesse Baranieff ne pourrait, en aucune circonstance, être confondue avec la comtesse hongroise dont nous parle Mlle Karawitsh.D\u2019ailleurs les deux signalements peuvent être confrontés.Vous avez sans doute noté, monsieur le juge, celui de la comtesse Baranieff.\u2014\tMais non, à quoi bon ?M.Omé-nian et sa sœur ont été autorisés à continuer leur voyage.Ils ne se sont même pas arrêtés à Marseille.\u2014\tComment, ils n\u2019ont point débarqué avec les autres voyageurs ?\u2014 Sur la demande formelle de son consul, M.Oménian et sa sœur ont pris passage sur le canot d\u2019un yacht battant pavillon yougoslave et le yacht a immédiatement levé l\u2019ancre.M.Oménian était rappelé d\u2019urgence par son gouvernement.\u2014 Parfait.Il sera donc infiniment aisé de retrouver ce personnage officiel et de faire recueillir à l\u2019ambassade le témoignage réclamé par le prévenu.Le juge eut un geste auquel l\u2019inspecteur ne parut attacher aucune attention.Toujours aussi innocemment il demanda encore, se tournant vers Miss Patricia : \u2014\tCette dame, la comtesse Offenstein, est-elle encore en Amérique ?\u2014 En Amérique! Mais non, je ne crois pas.Elle a quitté Chicago pour New-York d\u2019où elle devait repartir en Europe.Oh ! je me souviens parfaitement.Sa place était même retenue sur le Normandie.Elle m\u2019a longuement entretenue du plaisir qu\u2019elle éprouverait à voyager sur ce splendide bâtiment.Son départ a précédé le nôtre d\u2019au moins trois semaines.\u2014 Vous ne l\u2019avez pas revue depuis?\u2014 Ni cherché à la revoir.Cette dame ne m\u2019était pas particulièrement sympathique.\u2014 Jolie femme ?\u2014 Oui.mais .comment dirais-je ?Tout en elle paraissait artificiel.Ses manières trop affectées, sa voix et ses cheveux, trop noirs pour sa peau d\u2019une blancheur éclatante.\u2014 Comment avait-elle connaissance du diamant vert ?\u2014 On le lui avait, paraît-il, proposé alors qu\u2019elle se trouvait en Tripolitaine où son mari, le défunt comte Offenstein, lui avait laissé de gros intérêts.Je crois \u2014 mais je ne saurais vous affirmer ce fait, je m\u2019occupais si peu des affaires de mon pauvre papa \u2014 que cette dame était venue le trouver afin d\u2019obtenir de lui un appui pécuniaire.Je crois aussi que cela n\u2019a pas intéressé mon cher daddy.Une aventurière, avait-il dit un jour devant moi en parlant de cette dame.Patricia avait eu un geste las et les larmes venaient d\u2019étouffer sa voix.Jugeant qu\u2019il serait inhumain de prolonger un entretien qui ne faisait qu\u2019aviver cette légitime douleur, M.Destournelles \u2014 lequel ne se rendait pas bien compte de l\u2019importance que pouvait avoir un tel verbiage pour l\u2019auxiliaire désigné par la Sûreté Générale et dont l\u2019aide lui paraissait, au moins, super- Le Samedi.Montréal, 26 avril 1947 19 flue dans une affaire aussi claire \u2014 se leva et reconduisit cérémonieusement jusqu\u2019à la porte la richissime héritière accompagnée de son chaperon.Presque en même temps, Petididier s\u2019était éclipsé.Lorsque les deux femmes descendirent les marches du Palais de Justice afin de regagner l\u2019auto de louage qui les avait amenées, l\u2019inspecteur se trouva auprès d\u2019elles.Il salua respectueusement l\u2019orpheline.\u2014 Miss Karawitsh, dit-il comme elle allait monter en voiture, vous tenez, n\u2019est-il pas vrai, à ce que l\u2019assassin de votre père expie son lâche attentat ?\u2014 Oh ! très certainement, monsieur C\u2019est tout ce que je puis maintenant faire pour la mémoire de mon père chéri.\u2014 Alors, je vous en prie, ne quittez pas Marseille sans me prévenir et, surtout, ne permettez, sous aucun prétexte que le yacht Spéranza s\u2019éloigne du port.C\u2019est promis ?.Et, tenez, le mieux serait que vous quittiez l\u2019hôtel où vous êtes descendue et vous installiez à bord.\u2014 Vous croyez que c\u2019est nécessaire ?\u2014 Je crois, surtout, que c\u2019est prudent.Les yeux de Patricia, où s\u2019étaient séchées les larmes, brillèrent d\u2019un éclair de colère.\u2014 Après avoir volé le diamant, après avoir assassiné mon père ces bandits oseraient s\u2019attaquer à moi ?\u2014 Tout est possible.\u2014 Je suivrai votre conseil, monsieur \u2014 Parfait, et vous m\u2019autorisez à venir vous voir si j\u2019ai quelque communication à vous faire ?\u2014 Oh ! certainement.Je vous remercie de votre sollicitude, monsieur et je voudrais vous demander encore .Ce jeune homme que les gendarmes ont emmené, dites-moi ?C\u2019est lui.qui a commis cette affreuse chose ?\u2014 C\u2019est lui que l\u2019on accuse de l\u2019avoir commise.\u2014 Je suis stupéfaite.J\u2019aurais dû ressentir devant lui de l\u2019horreur, de la haine et c\u2019est de la pitié qu\u2019il m\u2019a inspirée.La jeune fille était demeurée toute rêveuse, la main sur la portière de 1 to qu\u2019elle ne se décidait pas à ouvrir.Ce fut Mlle Desrosiers, la gouvernante, qui mit fin à ces atermoiements en saluant assez sèchement le policier tandis qu\u2019elle aidait son ancienne élève à s'installer dans le taxi.\u2022 Me Grandier venait de pénétrer dans la cellule où se morfondait celui qui n\u2019était plus, aux mains de la justice, qu\u2019un homme prévenu d\u2019un crime motivé par le plus bas des mobiles : l\u2019intérêt Bien que le jeune journaliste n\u2019ait point varié d\u2019une ligne dans les déclarations qu\u2019il avait faites avant son incarcération et qu\u2019aucune preuve réelle n\u2019ait pu être relevée contre lui \u2014 l\u2019accusation ne reposait, en réalité, que sur des hypothèses \u2014 M.Destoumelles s\u2019obstinait à voir en lui 1 assassin du banquier.Evidemment, personne ne l\u2019avait aperçu en compagnie de Félice Karawitsh mais personne, non plus, n\u2019avait pu affirmer que le prétendu M.Thomson avait emprunté le couloir des secondes classes afin de se rendre dans la cabine où il avait trouvé la mort.Une question angoissante paraissait résolue par l\u2019autopsie.Ce n\u2019était pas un vivant mais une sorte de cadavre qui avait été trame de * sa cabine de luxe à celle occupée, deux étages plus bas.par le journaliste parisien.Il était à présumer que, sous un prétexte quelconque, le meurtrier avait pénétré chez sa victime, l\u2019avait étourdie d\u2019un violent coup porté à la base du crâne, étranglée et portée ensuite dans l\u2019escalier, désert à cet instant, qui s\u2019ouvrait près de la cabine de pont et abou- tissait tout à côté de celle de deuxième classe où le corps avait été retrouvé.Le sang dont les doigts de Francis Thurier étaient maculés avait coulé de la bouche du malheureux, sans doute avec son dernier souffle.En somme, le meurtrier avait pu accomplir seul son abominable crime.Ceci n\u2019excluait pas la certitude qu\u2019il ait eu un ou plusieurs complices que recherchait activement la police tunisienne.Peut-être leur arrestation amènerait-elle la découverte du précieux joyau.Cette perspective était caressée par le juge d\u2019instruction lequel envoyait des commissions rogatoires partout où avaient séjourné Félice Karawitsh et Francis Thurier à qui sa mauvaise étoile avait fait suivre à peu près l\u2019itinéraire parcouru par le banquier.Pourquoi ce meurtre inutile puisque le diamant vert avait été mis en sûreté et que Thurier n\u2019avait point commis l\u2019enfantillage de le garder sur lui ?Le juge répondait de façon assez ingénieuse.Supposant que le financier se rendrait au rendez-vous qui lui avait été donné, le possesseur du bijou volé avait éprouvé une désagréable surprise en se trouvant sur le pont de la Ville-de-Bizerte face à face avec celui qu\u2019il avait dépouillé.Sa situation était d\u2019autant plus périlleuse que le faux M.Thomson connaissant le nom, sinon du voleur, tout au moins du négociateur auprès duquel il avait envoyé son secrétaire.De là à se débarrasser de la victime, il n\u2019y avait qu\u2019un pas et ce pas, l\u2019homme actuellement placé en prison préventive n\u2019avait point hésité à le franchir.On voit que le défenseur de Francis Thurier se heurtait à une thèse soutenable et que les arguments ne faisaient point défaut à l\u2019accusation.Quant à son client il n\u2019avait pour lui que la spontanéité de ses réponses, l\u2019énergie de ses dénégations et un air de franchise qui finissait par impressionner l\u2019avocat.Ce matin-là, un élément nouveau rendait Me Grandier plus optimiste.Cet élément étant, parurent à la fois dans deux journaux parisiens, deux articles critiquant sévèrement la promptitude mise par la Sûreté de Marseille à traiter en criminel un homme sur lequel ne pesait aucune charge matérielle.L\u2019un des journalistes donnait même à entendre que, tandis que le juge d\u2019instruction s\u2019obstinait dans sa lamentable erreur, le vrai coupable avait pris du champ, au nez et à la barbe de la police française.Suivaient quelques lignes émues décrivant le calvaire de ce jeune confrène, lequel vraiment ne pouvait être l\u2019auteur d\u2019un vol aussi audacieux dont, seule, une bande de malfaiteurs internationaux puissamment organisée pouvait espérer tirer profit.« \u2014 Voyez-vous, achevait le journaliste sur un ton de douce raillerie, un reporter à un franc la ligne poussant la porte d\u2019un grand joaillier et sortant de sa poche une pierre, unique au monde de par sa coloration et son poids ?Sans doute, aux questions qui lui seraient posées concernant la provenance du diamant, Francis Thurier aurait-il répondu qu\u2019il l\u2019avait trouvé dans le sable du littoral ou parmi la poussière de Carthage, à moins qu\u2019il n\u2019en ait fait l\u2019acquisition dans quelque bazar tunisien.Le joaillier se serait alors empressé d\u2019appeler deux agents et de les charger de conduire sous bonne escorte le vendeur ingénu s\u2019expliquer avec les Services de la rue des Saussaies.A Londres à Bruxelles, à New-York même, la transaction offrirait de semblables embûches, ou alors il fallait admettre que le jeune correspondant des Nouvelles Mondiales était quelque célèbre gangster accrédité auprès des receleurs du monde entier et, dans ce cas, on se demandait pourquoi ce paisible retour en France après avoir sagement câblé à son journal son dernier et intéressant papier.» Quand il eut achevé sa lecture, le visage de Francis s\u2019était un peu détendu.Le second article ne différait du# premier que par une allusion mystérieuse à des recherches entreprises et qui pourraient bien aboutir à la confusion des auteurs de ce déni de justice.\u2014 Vous voici devenu un persécuté, monsieur Thurier, remarqua l\u2019avocat sur lequel Francis venait de jeter un regard interrogatif.En tout cas, ceci est excellent.\u2014 Je ne sais si ces articles pourront influencer M.Destoumelles, mais ce que je sais, c\u2019est qu\u2019ils me font du bien, beaucoup de bien.Voyez-vous, maître, dans tout ce qui m\u2019arrive, le plus dur, c\u2019était d\u2019être lâché par mes confrères, d\u2019être traité de brebis galeuse, déshonorant la corporation.J\u2019aime mon métier et l\u2019idée seule de ne pouvoir le reprendre, même si la vérité se fait jour m\u2019est un supplice ! Et elle se fera jour, n\u2019est-ce pas ?Il avait prononcé cette phrase avec une telle véhémence que le jeune avocat vit soudainement fondre toutes ses préventions.A ce moment, il se sentit plus persuadé de l\u2019innocence de son client que si M.Destoumelles lui-même, ou le commissaire spécial Duran-tier lui avaient appris qu\u2019ils venaient enfin de mettre la main au collet du véritable assassin.\u2014 En tout cas, mon cher client, fit Me Grandier après avoir serré chaleureusement la main du journaliste, cette campagne amorcée par la Presse vient à propos pour m\u2019encourager à déposer une demandé de liberté provisoire.\u2014 Vous croyez qu\u2019il serait possible d\u2019obtenir cela ?\u2014 Aux termes de la loi, rien ne s\u2019y oppose.\u2014 Ah ! si vous obteniez que je sorte d\u2019ici, maître, il me semble que je parviendrais à retrouver la piste de ce misérable.\t.Comme il parlait, la porte de la cellule s\u2019ouvrit et un nouveau personnage se présenta sur le seuil.Thurier eut un*mouvement de surprise.Il était au secret et, jusqu\u2019alors, seul son avocat était autorisé à le visiter.D\u2019ailleurs il ne connaissait pas cet homme de taille moyenne, aux épaules trapues qui lui donnaient une apparence paisible et un peu lourde, que ne démentait point le visage rond à l\u2019expression débonnaire.Entre les paupières à demi baissées un regard couleur d\u2019acier, fulgurant, corrigeait, aux yeux d\u2019un observateur, cet aspect de petit bourgeois tranquille qui était celui de l\u2019inspecteur Petididier.Me Grandier avait déjà eu l\u2019occasion d\u2019échanger quelques points de vue avec le détective parisien.Il lui tendit la main tout en questionnant.\u2014 Quel événement sensationnel vous amène auprès de mon client, monsieur l\u2019Inspecteur ?Bonne ou mauvaise nouvelle ?Je veux dire, avez-vous découvert le vrai coupable ou bien m\u2019annoncez-vous que le Parquet de Marseille est dessaisi en faveur dé celui de Paris.Il est vrai que la qualité de Karawitsh et votre présence parmi nous m\u2019ont déjà préparé à cette éventualité.\u2014 Du tout, du tout.cher maître.L\u2019affaire suit son eours.Je venais seulement, et j\u2019ignorais \u2014 négligence du gardien \u2014 que vous étiez en conférence avec votre client, informer ce dernier d\u2019un petit fait.qui a eu le talent de mettre hors de lui notre juge d\u2019instruction.Aussi ne soyez pas troublé s\u2019il malmène un peu M.Thurier et vous-même au cours du prochain interrogatoire.\u2014 Merci de me prévenir, monsieur l\u2019Inspecteur, j\u2019ai bon bec pour défendre mon client ; mais quel est donc le fait nouveau ?\u2014 Une réponse est parvenue de Yougoslavie.\u2014 Alors, cet Oménian ?questionna Francis dont les yeux brillaient d\u2019espoir.\u2014 L\u2019attaché d\u2019Ambassade Oménian est actuellement en fonctions à Oslo.Il n\u2019a rejoint son poste qu\u2019il y a environ quinze jours.Auparavant il se trouvait à Sofia et ne s\u2019en est point absenté \u2014 A Oslo.mais alors ?\u2014 Le passager de la Ville-de-Bizer-te était un faux Oménian, ceci est d\u2019autant plus certain que la famille de cet attaché ne compte aucune comtesse Ba-ranieff parmi ses membres.\u2014 Enfin, je vais être libre?s\u2019écria le jeune homme qu\u2019un surhumain espoir exaltait.Mais l\u2019inspecteur avait abaissé-ses lourdes paupières, une morne expression changeait ses traits, tout à l\u2019heure animés.Il haussa les épaules.\u2014 N\u2019allons pas si vite en besogne : le faux Oménian a évidemment trempé dans le vol du diamant.\u2014 S\u2019il y a trempé ! Puisque je vous dis que c\u2019est à lui que j\u2019ai eu la sottise de remettre le portefeuille de marocain rouge.\u2014 Remise dont rien ne peut témoigner.Savez-vous ce que vous dirait M.Destoumelles ?Simplement ceci : que le faux diplomate est le complice dont il ne désespère pas de vous arracher le nom.\u2014 Mon complice, à moi ! Mais alors tout tourne contre moi.Il me sera impossible de sortir de ce cercle infernal.Un pathétique désespoir faisait vibrer la voix de l\u2019infortuné jeune homme.Un instant, Petididier l\u2019examina à la dérobée, entre ses paupières qui ne laissaient filtrer qu\u2019un mince regard.Silencieusement il serra la main de l\u2019avocat, puis, au moment de se faire ouvrir la porte par le geôlier qui montait la garde extérieurement, il se retourna et, répondant à la question posée par le prisonnier à moins que ce ne fut à ses propres pensées, il murmura : \u2014 Qui sait ?C\u2019est quand on désespère que l\u2019on est parfois le plus près du but S\u2019il était arrivé à M.Destoumelles de se plaindre d\u2019avoir à supporter la présence d\u2019un auxiliaire pour lequel il n\u2019éprouvait, à vrai dire, aucune sympathie \u2014 car il se rendait compte que l\u2019inspecteur ne partageait point sa conviction quant à la culpabilité du prévenu \u2014 depuis qu\u2019avait été introduite la demande de mise en liberté, l\u2019étonnement du juge était grand de ne plus voir apparaître, dans son bureau ou dans les couloirs du Palais de Justice, Ja silhouette trapue de Petididier, de ne plus se heurter à ses remarques, grosses de sous-entendus.Que faisait le représentant de la Sûreté Générale ?Le juge n\u2019osait espérer que l\u2019inspecteur, séduit par le charme de la belle Cité Méditerranéenne, se 6oit accordé des vacances afin d\u2019en visiter les curiosités, brûler un cierge à Notre-Dame-de-la-Garde et prendre quelques bains de mer dans les flots bleus qui viennent mourir sur la plage, trop petite pour le nombre d\u2019amateurs d\u2019une pleine eau suivie par la dégustation d\u2019un pastis bien tassé.S\u2019il avait osé s\u2019enquérir des faits et gestes du flegme tique policier, il aurait appris que celui-ci passait le plus clair de son temps à bord du yacht où séjournait miss Patricia et sa gouvernante, Mlle Clarisse Desrosiers.Vêtu d\u2019un impeccable costume dé toile blanche, le chef coiffé d\u2019un large panama qui projetait son ombre sur le haut du visage et abritait l\u2019étrange regard filtrant entre les paupières à demi fermées, Petididier*se faisait conduire pas-un pêcheur jusqu\u2019au Spéranza, mouillé assez loin des quais.Installé sur 1« pont dans un confortable transat il passait la journée entre les deux femmes», 20 Le Samedi, Montréal, 26 avril 1947 ¦'ayant toujours quelque palpitante histoire à leur conter et ce récit, policier naturellement, faisait frémir Mlle Des-rosiers, parvenait souvent à fixer l\u2019at-Uention de l\u2019orpheline et à la distraire de son chagrin.Puis c\u2019était au tour de Patricia de prendre la parole.Avec une tendre mélancolie, elle évoquait ses souvenirs d\u2019adolescente auxquels se mêlait sans cesse la puissante personnalité du financier.A retracer les phases d\u2019une destinée qui avait été exceptionnelle, la jeune fille éprouvait toujours une sorte de douceur.\u2014 Il me semble que mon pauvre Daddy n\u2019est pas mort quand je puis en parler avec vous, monsieur Petididier.Sans jamais se lasser, le policier écoutait ces confidences, il les provoquait même.Insensiblement on en arrivait à commenter le drame par lui-même, à émettre suppositions sur suppositions, à bâtir mille hypothèses.\u2014 Jamais je n\u2019arriverai à croire, disait Patricia, que le juge ait vraiment découvert en ce jeune homme l\u2019assassin de mon cher papa.Quelque chose en moi m\u2019aurait avertie quand je me suis trouvée en face de lui.Promettez-moi, monsieur Petididier, que vous découvrirez le vrai coupable et ce juge qui a l\u2019air d\u2019avoir une si haute opinion de lui-même sera véritable attrapé.Et ce sera bien fait pour lui ! Je le trouve tout à fait.comment vous dites, en français ?\u2014 Outrecuidant ?\u2014 Peut-être, et aussi privé de.Oh ! c\u2019est un mot difficile.Aidez-moi, mademoiselle Clarisse.\u2014 Privé de perspicacité.Je crois que c\u2019est là ce que vous pensez, Patricia.Pourtant, la justice française .\u2014 Se fourre la main dans l\u2019oeil comme celle des Etats-Unis, je dis.\u2014 Quelle opinion subversive, Patricia.Que va penser M.l\u2019Inspecteur.Surtout, cher monsieur Petididier, n\u2019allez pas croire que ce sont mes enseignements .\u2014 Oh ! je n\u2019en doute pas, mademoiselle, répondait l'inspecteur en effleurant la vieille fille d\u2019un regard dont il dérobait l\u2019ironie entre ses cils rapprochés, puis, se tournant du Côté de l\u2019orpheline : \u2014 Cette opinion, que vous venez de manifester avec une si jolie franchise, Miss Patricia, m\u2019encourage à vous parler d\u2019une chose assez délicate.\u2014 Concernant l'arrêteraient du véritable meurtrier ?\u2014 Patricia, on dit l\u2019arrestation .\u2014 Merci, mais quand je suis troublée, je parle un peu incorrect.Excusez-moi, monsieur Petididier, et dites vite, sans soustraction .\u2014 Sans restriction .corrigea l\u2019institutrice.\u2014 Voici.L\u2019avocat de M.Thurier a rédigé, en.faveur de son client, une demande de mise en liberté provisoire.\u2014 Mais bien certainement.Il faut ouvrir la grille à ce malheureux gardon.I .\u2014 Ce ne sera pas facile.Il est pauvre, n\u2019ayant pour vivre que ses appointements de journaliste .Or M.Des-touraelles qui sait cela, compte n\u2019accorder La liberté provisoire que sous caution.Notez que l\u2019affaire, en ce moment, en est au point mort.Il faut attendre le résultat des recherches concernant le faux attaché qui a quitté la Ville-de-Bizerte à bord d\u2019une vedette appartenant probablement à quelque bâtiment sur lequel les deux hommes et leur compagne se sont embarqués et ont quitté incontinent Marseille, emportant avec eux le diamant vert.\u2014 Ce sont ces voleurs que M.Des-toumelles devrait mettre en prison.\u2014 Oui, mais il faut, auparavant, qu\u2019ils consentent à se laisser prendre.Revenons-en à M.Thurier.Deux thè-«es s\u2019affrontent : ou il est coupable .\u2014 Oh ! monsieur l\u2019Inspecteur, s\u2019écria sur un ton de reproche la jeune fille dont les jolies mains s\u2019étaient nerveusement crispées.Comme s\u2019il ne l\u2019avait pas entendue, l\u2019inspecteur continua : \u2014 Je dis bien, ou Francis Thurier est coupable et, dans ce cas, sitôt libre il commettra quelque imprudence afin de communiquer avec ses complices, ou bien il deviendra un excellent auxiliaire puisque, seul, il s\u2019est trouvé assez longtemps, et dans d\u2019inoubliables circonstances, en face de celui qui se faisait passer pour votre père.\u2014 Mais c\u2019est clair comme le soleil ! Vite, il faut faire donner liberté à sir Thurier.\u2014 Hélas ! Miss Patricia, il y a l\u2019argent.\u2014 Quel argent ?\u2014 La caution.\u2014 Ah ! oui.Eh bien ! qu\u2019à cela ne tienne.Payez le cautionnement.\u2014 Moi, mais je ne suis pas millionnaire, et il peut s\u2019agir d\u2019une grosse somme.\u2014 Combien ?\u2014 Que sais-je ?Peut-être quarante mille francs, peut-être cent mille.\u2014 Ce n\u2019est que ça.Je vais donner à vous l\u2019argent tout de suite pour le porter au juge et délivrer le pauvre boy qui sera si utile pour retrouver les gangsters et puis écrire un magnifique article afin que, dans votre beau pays, on sache quel homme admirable et réellement bon était mon pauvre daddy.\u2014 Comment, Miss Patricia, vous feriez cela pour un homme sur qui pèse une si terrible accusation ?\u2014 Puisque vous croyez lui innocent, je crois aussi .Surtout, que M Thurier ignore.\u2014 Soyez tranquille, il ignorera .je le crois parfaitement capable de préférer la prison à cette aide qu\u2019il jugerait humiliante.\u2014 Alors, allez vite.Voici le chèque.\u2014 Mais vous ignorez le chiffre.\u2014 J\u2019ai mis cent mille.Si c\u2019est trop, je suis -tranquille.Vous rendrez la monnaie.Les grands yeux noirs de Patricia n\u2019avaient jamais eu autant d\u2019éclat et, pour la première fois depuis le terrible coup qui l\u2019avait si brutalement frappée, un sourire entr\u2019ouvrait les lèvres de la jeune fille et découvrait l\u2019émail éblouissant de ses petites dents, pures comme des grains de riz \u2022 Francis Thurier n\u2019était point encore remis du saisissement que lui avait causé la rndTveilleuse nouvelle de sa libération.Certes, tout n\u2019était pas fini pour lui et la voie douloureuse lui gardait encore bien des embûches ; mais il était libre, il quittait la cellule où l\u2019air était irrespirable ; l\u2019ignominie de ces visites au Palais de Justice, menottes aux poignets et encadré par deux gendarmes lui serait épargnée.Le jeune homme avait accueilli avec la joie que l\u2019on devine la nouvelle de sa libération conditionnelle.Certes M.Destoumelles lui avait bien fait comprendre qu\u2019il était toujours considéré comme prévenu.Défense lui était faite de quitter Marseille et il était tenu d\u2019être sans cesse à la disposition du magistrat instructeur.Ce lui fut, quand même, une sensation délicieuse de respirer l\u2019air pur, tiédi par l\u2019éclatant soleil et tout chargé des odeurs fortes venues du port.Et puis, il avait eu la surprise de trouver sur le seuil de la prison l\u2019inspecteur Petididier qui se proposa à lui servir de mentor.Tout de suite, Thurier posa une question qui lui brûlait les lèvres.A qui devait-il ce traitement d\u2019exception prévu par la loi, évidemment, mais que les magistrats appliquent bien rarement, surtout en matière criminelle ?Enfin, qui avait déposé à son nom la caution exigée ?Le coeur baigné de reconnaissance, Francis n\u2019avait qu\u2019un désir : remercier l\u2019auteur d\u2019une pareille libéralité.Petididier se garda bien de lui nommer sa jeune bienfaitrice ; il se contenta de suggérer que les quarante mille francs pouvaient provenir du directeur des Nouvelles Mondiales \u2014 c\u2019est d\u2019ailleurs ce que l\u2019inspecteur avait fait croire au juge lorsqu\u2019il avait versé lui-même l\u2019importante somme que M.Destoumelles espérait bien être un empêchement inéluctable, étant donné le manque de fortune du prévenu.\u2014 Ne remerciez pas votre ancien patron.Il veut ne point se compromettre tant que vous n\u2019êtes pas véritablement lavé de cette accusation.L\u2019important est de vous disculper.Vous le remercierez ensuite en reprenant votre place à la rédaction des Nouvelles.Tout en parlant le policier avait fait signe à un taxi que les conduisit dans un hôtel modeste où Petididier avait installé ses pénates et retenu une chambre pour son protégé.Dès sa première sortie, Thurier se rendit parfaitement compte qu\u2019une surveillance s\u2019exerçait autour de lui.Toute la journée, dans un bistrot qui faisait vis-à-vis à la sortie de l\u2019hôtel de Nîmes, des agents en civil se relayaient et quand le jeune homme se hasardait dans les rues un ange gardien était sur ses talons.Supposait-on qu\u2019il allait commettre la sottise de s\u2019enfuir.ou bien le juge croyait-il qu\u2019en l\u2019épiant on aboutirait à la bande à laquelle M.Destoumelles avait la conviction que le reporter était affilié : la bande des voleurs de diamants, ainsi désignait-on, cette hypothétique association.Une telle sujétion exaspérait à ce point Francis qu\u2019il renonça bientôt à la moindre sortie attendant, mélancolique et désabusé, l\u2019invitation à comparaître devant son persécuteur.Pour comble de malchance, l\u2019inspecteur Petididier semblait se désintéresser de son sort.Du matin au soir il s\u2019absentait et son mutisme faisait craindre à l\u2019infortuné jeune homme qu\u2019une autre affaire l\u2019accaparât.Huit jours s\u2019étaient ainsi écoulés.Journées d\u2019angoisse et de découragement que Francis employait à écrire un roman qui serait son premier et, peut-être, son dernier.Il était vingt et une heures.Thurier avait pris sans appétit un morne repas dans sa chambre \u2014 il évitait de se montrer au restaurant dépendant de l\u2019hôtel car, 6a photographie ayant paru dans les journaux, il craignait d\u2019être reconnu et de devenir pour les autres clients un objet de curiosité.Soudain, on frappa à la porte.A peine eut-il ouvert que l\u2019inspecteur principal fit irruption.Son visage, si calme habituellement, dénotait une violente agitation ; à tel point qu\u2019il oubliait de dérober son regard aigu sous l\u2019écran des paupières.Francis reçut en plein visage l\u2019éclair de deux yeux gris-bleu miroitant comme une lame d\u2019acier poli.\u2014 Venez vite.J\u2019ai besoin de vous, fit-il péremptoire.\u2014 Vous avez retrouvé l\u2019assassin?questionna le jeune homme, le cœur battant d\u2019espoir.\u2014 L\u2019assassin, il court plus que jamais et je viens de commettre la plus belle gaffe de ma carrière.Mais il s\u2019agit de la réparer.Habillez-vous et venez.\u2014 Mais, si je sors, à cette heure.mes anges gardiens .\u2014 Venez, vous dis-je.Presque de force l\u2019inspecteur fit endosser un imperméable au reporter, celui-là même qu\u2019il portait à bord de la Ville-de-Bizerte alors qu\u2019il guettait, sur le pont désert, l\u2019instant propice qui lui permettrait de renouveler connaissance avec le soi-disant propriétaire du portefeuille rouge.Au moment de quitter la chambre, Petididier lui enfonça son propre chapeau sur la tête, puis ils descendirent quatre à quatre l\u2019escalier.Devant la porte de l\u2019hôtel un taxi attendait.Les deux hommes s\u2019y engouffrèrent et le chauffeur fila vers une direction qui avait dû lui être indiquée d\u2019avance.Quand il s\u2019arrêta, on se trouvait devant le bassin où plusieurs yachts de plaisance étaient à l\u2019ancre, parmi des barques gréées pour la promenade ou pour la pêche.L\u2019inspecteur, sans laisser à son compagnon stupéfait le temps de réfléchir, le guida vers un canot amarré au pied d\u2019un des escaliers et qui paraissait les attendre.Le moteur était sous pression.Rapide.la petite embarcation semblait voler, effleurant à peine l\u2019eau clapotante du port sur laquelle dansaient les lueurs fantastiques venues de la ville dont la rumeur vivante se mêlait au bruit monotone des flots.En quelques minutes, on se trouva dans l\u2019ombre d\u2019un navire en lequel Francis crut reconnaître les formes élégantes d\u2019un grand yacht.Subjugué par la décision de celui qui s\u2019était fait son mentor, le reporter gravit, à la suite de Petididier, l\u2019éohelle de fer et se trouva bientôt sur le pont.Le capitaine du yacht semblait les attendre.Tout était si étrange .que Francis se demandait s\u2019il ne rêvait pas cette étrange aventure.\u2014 Vous m\u2019avez fait appeler, commandant ?fit l\u2019inspecteur d\u2019une voix brève.\u2014 Yes, j\u2019ai pensé nécessaire, sir, avant d\u2019appareiller, répondit le marin avec un fort accent américain.Cependant que l\u2019équipage groupé autour de son chef gardait un silence atterré, Petididier se dirigeait, en homme qui connaît parfaitement les aîtres, vers le salon où la lueur tamisée des ampoules permettait d\u2019apercevoir la forme d\u2019une femme en noir qui, effondrée sur un divan, pleurait à gros sanglots.Assez rudement, le policier l\u2019interpella : \u2014 Je vous en prie, mademoiselle, cessez ces lamentations.Il n\u2019est plus temps de gémir.Comment cela est-il arrivé ?Dites-moi vivement ce que vous savez.\u2014 Hélas ! monsieur l\u2019Inspecteur, bien peu de choses.Nous venions d\u2019achever notre dîner, Patricia et moi, quand une barque aborda le yacht, une sorte de barque de pêche avec deux hommes qui avaient tout l\u2019air de vrais marins.Ils demandèrent à être entendus par Miss Karawitsh, de votre part, monsieur l\u2019Inspecteur.\u2014 Ils ont dit mon nom ?\u2014 Je ne crois pas.Seulement que c\u2019était le policier français qui les envoyait.\u2014 Cela seul aurait dû vous donner de la méfiance.N\u2019avais-je pas recommandé à Miss Patricia .\u2014 C\u2019est elle qui a voulu recevoir ces gens.Ils ont eu un colloque très bref sur le pont.\u2014 Vous n\u2019y avez pas assisté ?\u2014 Non.Je n\u2019avais point terminé mon café et je déteste tellement le boire froid ! Ah ! si j\u2019avais pu prévoir ! \u2014 Il faut toujours prévoir, coupa sèchement le policier.Ensuite ?\u2014 Ah ! ensuite, que vous dirais-je ?J\u2019ai vu Patricia sûivre ces deux brigands et descendre dans leur barque maudite.Je me suis précipitée.Elle était déjà assise à l\u2019arrière et les marins tenaient les rames.« Mademoiselle Clarisse, m\u2019a-t-elle crié, M.l\u2019inspecteur Petididier m\u2019attend, il a retrouvé le diamant.L\u2019innocence de M.Thurier va être reconnue.» Elle paraissait si heureuse ! La barque s\u2019éloignait, j\u2019eus l\u2019idée de la suivre des yeux.Un pressentiment, sans doute.Soudain, je me rendis compte qu\u2019au lieu de ramer en direction des quais, la barque, brusquement, virait de bord vers la haute mer.Le crépuscule tombait.Alors j\u2019ai entendu Le Samedi, Montréal, 26 avril 1947 21 un cri, un grand cri.C\u2019était Patricia qui appelait au secours, mais que faire ?Master Burton, notre capitaine, avait demandé la permission de passer la journée à terre, il n\u2019était pas encore de retour.Il m\u2019a semblé, je n\u2019oserais l'affirmer, que la barque n\u2019a pas dépassé un grand bâtiment pareil à un cargo dont nous avions remarqué la présence à l\u2019entrée du port; cela, même, m\u2019avait un peu surprise puisque les bateaux de commerce ne mouillent jamais dans le même bassin que les yachts de plaisance.D\u2019abord, j\u2019avais cru qu\u2019il attendait un remorqueur .\u2014 C\u2019est tout ?\u2014 Absolument tout.Par bonheur, dix minutes plus tard, M.Burton rejoignait lé bord.Je vous ai fait prévenir.Mon Dieu, qu\u2019est-ce que ces gens vont faire de ma pauvre Patricia ?L'institutrice à laquelle Petididier venait de tourner le dos, s\u2019abîma de nouveau dans son désespoir.Sans bien comprendre le sens de la scène dont il était spectateur muet, Francis Thurier se rendait seulement compte qu\u2019un nouvel attentat venait d\u2019être commis et cette fois c\u2019était la fille du banquier Karawitsh qui en était victime.Il n\u2019eut guère le temps d\u2019approfondir la chose.Déjà Petididier l\u2019entraînait.\u2014 Venez, il faut absolument retrouver la trace de ce mystérieux cargo.Le Speranza est rapide mais il est trop connu de la bande.Accompagnez-nous, capitaine Burton, les plus braves et les plus dévoués à leur maîtresse.\u2014 Parfait, sir, répondit le capitaine.Pour retrouver Miss Patricia, il n\u2019y a pas un homme ici qui ne soit prêt à donner sa vie.\u2014 Et moi ?gémit l\u2019institutrice.Allez-vous m\u2019abandonner aux tentatives de ces misérables ?Ils peuvent revenir, monter à bord par force, se livrer sur ma personne à d\u2019abominables attentats, que sais-je encore !.Avec un calme dont Mlle Clarisse ne devina sans doute pas toute l\u2019ironie, l\u2019inspecteur déclara : \u2014 Vous n\u2019avez à craindre rien de semblable, j\u2019en suis certain, mais pour éviter un retour offensif qui pourrait avoir pour objet de s\u2019emparer du yacnt, bien plutôt que de votrq charmante personne, armez vos matelots, capitaine Burtout, et qu\u2019ils veillent sans relâche, du moins durant la nuit.Demain, il sera temps d\u2019alerter la police du port.\u2014 O.K.! Mon quartier-maître prendra le commandement jusqu\u2019à mon retour.Un instant après, montée par cinq hommes résolus, la rapide vedette s\u2019éloignait du yacht dont la blanche silhouette, éclairée par un rayon de la lune qui venait de surgir entre deux nuages, se découpait fantastiquement sur le fond noir de l\u2019eau endormie et du ciel orageux.\u2022 On n\u2019avait guère dormi à bord du petit vapeur Héméra qui fendait bravement la houle particulièrement violente depuis le lever du soleil.Roulé dans sa couverture, couché sur la dunette, seul, parmi ses compagnons, l\u2019inspecteur principal paraissait jouir d\u2019un excellent sommeil.A côté de lui, Thurier,' étendu sur un confortable transat, roulait dans sa tete les souvenirs confus de cette stupéfiante aventure qui pouvait avoir pour lui les plus fâcheuses consequences puisqu en suivant Petididier, en quittant subrepticement la résidence qui lui était assignée, il encourait toutes les rigueurs du jüge d\u2019instruction et fortifierait la conviction de ce dernier concernant sa culpabilité.Parfois, cependant, une sorte d\u2019éolaircie se faisait, balayant les sombres pensées.C\u2019est qu\u2019alors Francis songeait à la jeune fille en péril.Il revoyait sa pathétique beauté, son regard scintillant à travers les larmes, son teint de fleur parmi l\u2019ombre tragique des voiles de crêpe ; il l\u2019imaginait telle qu\u2019elle lui était apparue dans le cabinet de M.Destoumelles, telle qu\u2019il l\u2019avait si souvent évoquée entre les murs lépreux de sa cellule, mais il se gardait de se complaire à cette trop douce réminiscence.Quand sa pensée se reportait sur l\u2019homme qui menait l\u2019expédition de secours, sur cet étrange garçon aux allures presque endormies de petit bourgeois replet et satisfait de son sort, il se sentait émerveillé par tout ce qui se cachait sous cette apparence benoîte et faisait de Petididier un des meilleurs limiers dont une police puisse s\u2019enorgueillir.Il avait véritablement le don de prévoir et celui de commander.Francis avait été stupéfait, la veille au soir, quand le canot du Speranza s\u2019était rangé contre le flanc d\u2019un petit bâtiment gréé en voilier, perdu parmi la flottille des barques de pêche qui attendaient les premières lueurs de l\u2019aurore pour lever l\u2019ar.cre.En haut de la coupée, un homme les attendait et leur tendit la main.Il salua l\u2019inspecteur comme un vieil ami et parut tout de suite parfaitement au courant de la raison qui amenait ces visiteurs à son bord.Un instant plus tard, tandis que, sur le pont, les matelots s\u2019activaient à la manœuvre, dans le bar élégant qui surprenait sur ce modeste voilier, Petididier assis dans un confortable fauteuil, en face de ses deux compagnons et de l\u2019inconnu, faisait le plus simplement du monde, les présentations et expliquait ce qui, jusqu\u2019alors, paraissait inexplicable au jeune reporter.\u2014 Capitaine Burtout, commandant le Speranza.M.Francis Thurier, qui n\u2019est pas un inconnu pour vous.Georges Moissan, écrivain célèbre et qui daigne honorer de son amitié le détective plus ou moins chanceux qu\u2019est votre serviteur Francis avait poussé une exclamation.Qui ne connaissait Georges Moissan, le maître du roman policier, l\u2019excellent et fécond écrivain qui sut faire un art de ce genre de romans populaires tant il y mettait d\u2019inventions savoureuses, de logique, tout en conservant une forme impeccable digne du lettré qu\u2019était Moissan.\u2014 Maître ! balbutia Francis, osant à peine serrer la, main largement tendue.\u2014 J\u2019ai lu votre dernier reportage, monsieur Thurier, fit l\u2019écrivain et, désirant dissiper toute gêne il ajouta : « Quant à l\u2019affaire du diamant, inutile de vous dire que je crois pleinement à votre innocence.En cela, d\u2019ailleurs, je ne fais que m\u2019inspirer des convictions de notre ami.» Les explications essentielles suivirent entre ces hommes bien résolus à vivre ensemble le dernier et passionnant chapitre de ce drame.Grand amateur de navigation, Georges Moissan était le propriétaire d\u2019un bâtiment qui, selon le désir de son propriétaire, pouvait servir à plusieurs fins.Gréé en voilier, il voguait nonchalamment le long des côtes acidentées de la Méditerranée, explorant les anses bordées de roches de porphyre, les calanques, comme on les appelle dans le pays, participant à la rude existence des pêcheurs.Alors, vêtu en loup de mer, l\u2019écrivain se livrait au simple plaisir de la pêche.Son port d\u2019attache était Lestaque où U possédait, non loin du rivage, un mas à la façade blanche auquel on accédait par une superbe allée de mûriers.Qu\u2019un désir de croisière prenne le propriétaire de l\u2019Héméra et, toutes voiles repliées, la machine faisait son office.Devenu vapeur, le bateau abordait la haute mer et pouvait se mesurer avec les yachts les plus rapides.Dès que Petididier avait appris qu\u2019on l\u2019envoyait à Marseille afin de suivre une affaire qui, par son importance, préoccupait grandement le chef de la Police et même le ministre, talonné chaque jour par l\u2019ambassade des Etats-Unis où Félice Karawitsh comptait de nombreux amis, il n\u2019avait pas manque de rendre visite à l\u2019écrivain.Ce dernier s\u2019était, à son tour, passionné pour ce mystérieux assassinat \u2014 car, pour lui comme pour le policier, l\u2019innocence de Thurier ne faisait aucun doute.Aussi avait-ij accepté d\u2019enthousiasme la mission qu\u2019on lui confiait : celle de veiller sur le Spéranza où, suivant les conseils de Petididier, Miss Karawitsh s\u2019était confinée.Il avait assisté, spectateur impuissant, à l\u2019enlèvement de Patricia.Avant même le message du capitaine Burton, il en avait avisé le policier et celui-ci lui avait fait répondre de se tenir prêt à donner la chasse au bateau ravisseur dont Moissan pouvait fournir un signalement exact Depuis deux jours, un assez grand cargo louvoyait aux abords du château d\u2019if.Le jour du rapt il s\u2019était approché, confondu parmi les barques de pêche Dès que le canot où se trouvait la jeune fille l\u2019eut accosté, le cargo leva l\u2019ancre et prit la haute mer.Il paraissait suivre la route que prennent les paquebots à destination de la Sicile.En tout cas, c\u2019était vers l\u2019Est qu\u2019il se dirigeait Tout en maudissant son impuissance \u2014 le policier lui avait cent fois recommandé de ne prendre aucune initiative sans le consulter préalablement \u2014 Georges l\u2019avait vu disparaître dans la nuit.Il lui avait semblé que le bateau pirate battait pavillon égyptien.La machine chauffée à blanc faisait vibrer les flancs de l\u2019Héméra.Une aurore nacrée transformait les flots méditerranéens en une mer laiteuse et brillante.Soudain, la voix du guetteur retentit, amplifiée par le porte-voix \u2014 Navire devant nous, à bâbord.Petididier avait sauté sur ses pieds Déjà Moissan et le capitaine Burton qui s\u2019étaient partagé le banc de quart se précipitèrent vers la longue-vue.A gauche, les côtes monstrueuses de la Sardaigne s\u2019estompaient parmi la brume mauve du matin.Devant eux.l\u2019immensité des vagues qui semblaient charrier de la poussière d\u2019opales.Moissan poussa une exclamation de surprise.Le cargo de la veille s\u2019était métamorphosé en brick, mais ce changement ne pouvait tromper un œil aussi exercé que le sien.Il était sûr, absolument sûr de se trouver en présence du bateau suspect.D\u2019ailleurs le vieux loup de mer qui, en l\u2019absence de Georges Moissan, avait la direction de YHéméra, confirmait l\u2019a-ffirmation de son patron et, sans doute, pour leur ôter le moindre doute, une particularité faisait remarquer ce singulier bâtiment : à la poupe, flottait une flamme d\u2019étamine noire que le vent venait de déployer largement.Brodée en blanc sur l\u2019étoffe, on distinguait très nettement une tête de mort, l\u2019insigne sinistre qu\u2019arboraient autrefois les pirates dont les exploits sanglants semaient, sur les mers, la terreur et la mort.\u2014 C\u2019est trop fort, s\u2019exclama le policier auquel Moissan avait cédé sa place, se signaler ainsi à l\u2019attention.\u2014 Ces gens savent ce qu\u2019ils font.Nous sommes loin des endroits fréquentés par les paquebots, les barques de pêche ne s\u2019aventurent guère dans ces parages.Les bandits ont certainement leurs raisons pour se faire connaître.Il s\u2019agit de veiller plus que jamais et de suivre le brick, sans trop se faire remarquer.Hissez des voiles, ils nous prendront pour des pêcheurs audacieux et ne craindront pas d\u2019être rejoints.Tout le jour, la poursuite se continua sans que le poursuivi parut se soucier du modeste voilier qu\u2019il pouvait distancer comme bon lui semblait.La nuit tomba de nouveau, redoublant les angoisses de ces hommes qui se demandaient si tous leurs efforts, tout leur LA VIE COURANTE .par George Clark \u2014 Oh, vous pourrez venir nous rendre visite n\u2019importe quel soir.Nous ne sortons plus depuis que le fiston peut conduire la voiture ! ; 22 courage, ne seraient pas vains.Parfois Francis, exaspéré par l\u2019inaction, proposait le plus sérieusement du monde l\u2019accomplissement de quelque folie.Par exemple, forcer la vapeur et prendre d\u2019assaut le bateau corsaire.Celui-ci, d\u2019ailleurs, avait repris son apparence d\u2019honnête bâtiment et la flamme sinistre ne flottait plus dans son sillage.On se trouvait sur le point d\u2019aborder une zone plus fréquentée et semée d\u2019îlôts : sans doute, la raison qui incita les ravisseurs, sûrs de l\u2019impunité, à all timer leurs feux de position lorsque tomba lia seconde niult.On était au déclin du quatrième jour Depuis le matin, la dernière île de l\u2019Archipel Grec avait disparu à l\u2019horizon.Très certainement le bateau qui emportait Patricia vers une redoutable destinée se dirigeait, no» pas comme Petididier l\u2019avait supposé, vers les côtes de la Tripolitaine mais vers celles de l\u2019Asie dont on apercevait le rivage aride se dérouler sur un fond de ciel incandescent.A plusieurs reprises, les passagers de VHéméra avaient pu croire que ceux qu\u2019ils poursuivaient allaient leur échapper.Une crainte qu\u2019il se gardait de faire partager à ses compagnons, assaillait maintenant l\u2019inspecteur.En Palestine, si c\u2019était là que les bandits comptaient débarquer, U n\u2019avait aucun droit à procéder à l'arrestation des coupables.Certes il aurait pu envoyer un radio à ses chefs, faire agir auprès des autorités anglaises.L\u2019Hé-méra possédait un excellent poste émetteur et récepteur, mais le corsaire pouvait en être doté lui-même et intercepter le message.Dans ce cas, ses occupants sauraient exactement à qui ils avaient affaire et ne se laisseraient point capturer.Comptant sur sa bonne étoile et bien décidé à agir, même illégalement si cela s\u2019imposait, Petididier, qui ne quittait plus la dunette, observait les manœuvres de l\u2019ennemi.Enfin, une nuit sans lune noya d'ombre la Méditerranée.On pouvait, maintenant, réduire la distance entre les deux navires sans attirer l\u2019attention des gangsters, en admettant que les ruses employées les aient trompés jusque-là.\t.Soudain, la voix étranglée par l\u2019angoisse, le capitaine Burtout s\u2019adressa au policier.\u2014 Sir, ils s\u2019apprêtent à débarquer J\u2019en suis absolument certain.Du bateau inconnu des signaux lumineux venaient de surgir.En même temps, de la côte une lumière qui semblait mouvante répondait à ces signaux.\u2014 Où sommes-nous, capitaine ?Ce fut Moissan qui répondit : \u2014 L\u2019anse dans laquelle ces misérables vont sans doute jeter l\u2019ancre, avec son petit promontoire que des ruines couronnent, m\u2019a tout l\u2019air d\u2019être celle de Caïffa, le point d\u2019où les Croisés, jadis, s\u2019embarquèrent pour regagner la France sans esprit de retour.A la pâle clarté des étoiles on apercevait, en effet, une sorte de presqu\u2019île rocheuse qui avançait hardiment, son arête surmontée d\u2019une ruine moyenâgeuse.\u2014 Vous connaissez le pays, maître ?questionna Thurier.\u2014 Un peul j\u2019ai parcouru 1a Palestine peu de temps après la guerre.Si je ne me trompe, la piste conduisant à Caïffa chemine en bordure de la mer dont elle n\u2019est séparée parfois que par la muraille naturelle formée par la falaise à pic.Ce sont, ensuite, des landes marécageuses au -bout desquelles s\u2019élève te petite presqu\u2019île servant d\u2019assises au château Franc.\u2014 Qui sait si ces ruines ne serviront pas de refuge à ceux qui comptent sans doute tirer un abominable profit du rapt qu\u2019ils viennent de commettre.-En tout cas, iJ faut savoir ce qu\u2019ils ont résolu et vers quelle direction ils comptent entraîner leur prisonnière, fit le journaliste avec véhémence.Laissez-moi, je vous prie, me charger de ce soin.\u2014 Que voulez-vous dire ?\u2014 Ceci.Je vais prendre un canot et ramer jusqu\u2019à la côte .\u2014 C\u2019est un projet insensé, s\u2019écria Georges Moissan.\u2014 Pas si insensé que cela, objecta Petididier qui, jusqu\u2019alors, avait paru absorbé dans ses pensées.Messieurs, je vous en prie, épargnez-moi vos objections.D\u2019ailleurs, ne m\u2019avez-vous pas accepté pour votre chef.11 faut, en effet, savoir quel est le repaire de cette bande.Je vais vous donner mes instructions.Vous les exécuterez à la lettre, n\u2019est-ce pas ?Si, dès l\u2019aube, nous n\u2019avons pas regagné le bord, vous vous rendrez à toute vapeur à Beyrouth et remettrez la lettre que je vais écrire au Consul de France.\u2014 Mais où vous retrouverons-nous ?\u2014 Je vous donne rendez-vous, messieurs, au pied du château des Croisés J\u2019ai tout lieu de supposer que, là, se jouera le dernier acte de cette tragédie.Quelques minutes plus tard, après avoir minutieusement répété à chacun les instructions nécessaires, Petididier, suivi du jeune journaliste, descendait dans l\u2019un des canots qui, glissant sur l\u2019eau noire, s\u2019éloigna bientôt de VHéméra pour se perdre dans le redoutable inconnu La nuit était devenue particulièrement sombre oar de lourdes nuées parcouraient le ciel, le recouvrant parfois de leur velum de velours noir, ce qui masquait la précaire clarté des étoiles.Les deux hommes ramaient aussi silencieusement que possible.A leur droite, la lourde masse du château des Croisés demeurait visible, mais à la façon d\u2019un décor fantastique car, sur le pont du bateau corsaire, quelques falots éclairaient sans doute la difficile manœuvre du débarquement.Quand le bruit des lames se brisant sur des rochers avertit les deux hommes que l\u2019on se trouvait tout près de la côte, Petididier posa les avirons et, se penchant vers son compagnon, il lui dit d\u2019une voix qui tremblait d\u2019émotion contenue, une émotion assez étrange chez ce policier dont l\u2019impassibilité faisait la force : \u2014 Thurier, je ne sais si vous vous rendez compte du danger que nous allons courir.Votre jeunesse, votre courage, vous l\u2019ont sans doute dissimulé.Nous allons nous trouver seuls, et je ne parle même pas du risque de nous rompre les os sur les écueils de cette rive que, ni vous ni moi, ne connaissons et qui me paraît assez inhospitalière, en face d\u2019une bande d\u2019hommes entraînés au crime et habitués au pire.Ont-ils aménagé un asile inexpugnable dans ces ruines ?Y demeureront-ils quelques heures, ou bien quelques jours ?Je ne puis croire qu\u2019ici soit le but de leur expédition ?La Palestine, la Syrie peuvent leur offrir d\u2019infinies possibilités de fuite car ces gens ne sont pas assez naïfs pour ignorer les suites du rapt commis par eux.Quoi qu\u2019il en soit, le mandat français, pour expiré qu\u2019il soit, laisse à Beyrouth une organisation qui, je l\u2019espère, nous prêtera main forte mais pour 'la première fois de ma carrière j\u2019hésite, j\u2019ai peur, je ne vois pas encore la solution.En admettant même que des secours rapides nous arrivent de Syrie, en même temps que l\u2019aide de la police anglaise venue de Jérusalem et qu\u2019alertera notre consul de Beyrouth, quelle action tenter s\u2019ils ont fui vers l\u2019intérieur des terres, vers les monts du Liban ou la chaîne du Taurus ?\u2014 S\u2019ils quittent le bateau pour faire un voyage terrestre, ce sera sans doute en auto qu\u2019ils l\u2019accompliront.Eh bien ! laissez-moi agir.Je m\u2019accrocherai à leur voiture.\u2014 Et vous serez découvert et massacré.Et même, en admettant que vous parveniez à leur dérober votre présence, que feriez-vous, seul, au terme du voyage ?Par quel moyen feriez-vous connnaître l\u2019endroit où vous vous trouveriez ?Non, mon petit, pas de folie inutile.\u2014 Il faut pourtant sauver cette enfant, il le faut à tout prix, n\u2019est-ce pas ?\u2014 Sans doute, mais à quoi servirait de se jeter vers une mort certaine.Et, tenez, votre enthousiasme inconsidéré me fait regretter plus encore de n\u2019être pas seul.Si bizarre que cela vous semble au moment où la mort rôde peut-être autour de nous, c\u2019est votre intérêt seul qui m\u2019a inspiré une résolution que je déplore, car si la chance veut que nous réussissions, il faudra prouver que vous ne m\u2019avez jamais quitté depuis votre -départ de Marseille, exigé par moi et dont, seul, je porte la responsabilité.si nous échouons, eh ! bien, il ne me restera qu\u2019à donner ma démission et vous .Il n\u2019acheva pas.Du navire, une fusée verte venait de monter.Presque aussitôt deux feux s\u2019allumèrent, un à l\u2019extrême point de la presqu\u2019île et l\u2019autre au creux de l\u2019anse profonde qu\u2019elle formait.\u2014 Ils vont .atterrir.Hâtons-nous.Il faut les devancer.Avec d\u2019infinies précautions, car à chaque instant La frêle embarcation pouvait se briser sur les récifs, les deux hommes se remirent à ramer.Un choc brusque les immobilisa soudain tandis que la barque se couchait sur le flanc.L\u2019inspect-eur tpnta de la remettre à flots.\u2014 Rien à faire, dit-il après quelques infructueux efforts : gagnons la côte à la nage.Ce ne sera d\u2019ailleurs pas facile avec ces satanés rochers.Par bonheur pour eux, le foyer allumé sur la grève laquait l\u2019eau mouvan- AVIS A NOS LECTEURS Depuis quelques mois, ne: lecteurs ont remarqué que LE SAMEDI contient une section de papier-journal alternant avec le papier de luxe.Ceci n'est pas pour une raison d'économie, comme on ouroit bien pu le croire, mais bien pour augmenter le nombre de pages en attendant que le papier de luxe nous revienne en abondance.Dès que le papier-magazine se fera moins rare, tout LE SAMEDI sera imprimé, comme avant la guerre, sur papier glacé.Nous espérons que nos lecteurs et lectrices se réjouiront de cette bonne nouvelle.Malgré cette augmentation, LE SAMEDI reste toujours à 10 sous alors que plusieurs autres publications majorent leur prix.Le Samedi, Montréal, 26 avril 1947 te de reflets couleur de sang.Les écueils apparaissaient nettement.Les deux hommes s\u2019étaient déshabillés et avaient fait deux paquets de leurs vêtements.Nageant dans les creux profonds, contournant les rochers, ils arrivèrent plus promptement qu\u2019ils ne l\u2019avaient espéré sur une étroite bande de sable.Leurs pieds étaient ensanglantés, leurs corps meurtris et la fraîcheur de la nuit les faisait grelotter Ils se rhabillèrent en hâte et, profitant des aspérités du terrain, manœuvrèrent afin de se rapprooher le plus près possible de l\u2019endroit où le canot du navire inconnu aidait déposer ses passagers.La chance, ou plutôt la perspicacité du policier, avait voulu qu\u2019ils abordassent en deçà de la zone éclairée et c\u2019était juste à l\u2019endroit où brûlait un énorme tas d\u2019herbes sèches et de bois mort que les voyageurs clandestins mettaient pied à terre.Ainsi, l\u2019inspecteur et son compagnon demeureraient cachés par une ombre d\u2019autant plus opaque que la lumière rougeoyante du foyer avait plus d\u2019éclat Accroupis derrière l\u2019un des blocs de granit qui parsemaient la plage et qui, tombés du promontoire rocheux semblaient avoir été projetés par la main de quelque cyclope furieux, ils distinguaient jusqu\u2019aux visages de leurs rudes adversaires.Tout à coup, Francis jeta une exclamation qu\u2019il réprima aussitôt : \u2014 Regardez cette femme ! Portée entre les bras solides d\u2019un matelot, une femme, en effet, venait de quitter le canot, lequel n\u2019avait pu s\u2019approcher davantage du rivage.L\u2019homme avait de l\u2019eau jusqu\u2019à mi-corps.De la passagère, accrochée à son épaule, on ne distinguait qu\u2019une chevelure rousse flambant comme une torche dans les lueurs mouvantes du brasier.\u2014 La femme rousse ! murmura Francis à l\u2019oreille de Petididier.Celui-ci manifesta sa satisfaction par un énergique juron.\u2014 La piste était bonne.Sans doute son compagnon, votre homme de Carthage, ne Ta pas quittée.En effet, parmi les trois ou quatre silhouettes qui, du canot, s\u2019élançaient vers la terre.Francis en désigna une.\u2014 Voici le voleur du diamant vert, j'en suis certain.Mais, soudain, sa voix s\u2019étrangla.\u2014 Petididier ! murmura-t-il, et l\u2019angoisse l\u2019étreignait douloureusement à la gorge.Même il fit un mouvement comme s\u2019il allait s\u2019élancer mais d\u2019une poigne de fer l\u2019inspecteur le retint.Roulée dans une couverture qui la ligotait, l\u2019empêchant de tenter la moindre défense, la jeune fille venait d\u2019être déposée sur le sol avec, la même rudesse que Ton aurait mise pour un vulgaire colis.\u2014 La piste était excellente, constata de nouveau le -policier à qui une satisfaction d\u2019ordre professionnel faisait, pour un instant, oublier ce qui restait à faire.Par un petit chemin où, seule, une chèvre paraissait avoir le pied assez sûr pour s\u2019aventurer, la troupe des gangsters à laquelle s\u2019étaient joints deux hommes \u2014 ceux sans doute qui guettaient et avaient allumé le signal \u2014 gravissait le flanc du promontoire.^ \u2014 C\u2019est bien vers le château des Croisés qu\u2019ils se dirigent.Si nous avions la chance qu\u2019ils s\u2019y terrent durant quelques jours .Il ne se demandait pas comment eux-mêmes pourraient tenir là, sans provisions et sans abri.Sur le rivage, les matelots qui avaient assumé la manœuvre du canot1 reprenaient silencieusement leur poste et, virant de bord, la petite embarcation s'en retournait vers le navire pirate dont la coque noire se détachait à peine sur une mer couleur d'encre.Un dernier bouquet de flammes jaillit du tas de bois maintenant consumé. Le Samedi, Montréal, 26 avril 1947 23 éclairant une dernière fois les silhouettes indistinctes qui allaient bientôt attendre le sommet des falaises.\u2014 U faut les suivre, leur arracher cette malheureuse enfant.\u2014 Et se faire tuer sans profit pour personne ?Mon cher, malgré que votre vie vous semble, sans doute, indigne d\u2019être conservée, j\u2019ai la faiblesse de tenir à la mienne .\u2014- Alors, nous allons rester là, inactifs, tandis qu\u2019on va la torturer, peut-être ! Le policier haussa les épaules.\u2014 Une simple reconnaissance, afin d\u2019être sûrs qu\u2019ils ne filent pas d\u2019un autre côté.et puis, nous nous planquerons bien gentiment, en attendant des renforts.\u2014 Et nous l\u2019abandonnerons entre les tnains de ces misérables ! Sans répondre, \u2014 il aurait été trop \u2019ong de chercher les arguments, pourtant irrésistibles, qui auraient pu convaincre le journaliste \u2014- Petididier lui fit signe de le suivre.Ils avançaient plus rapidement, ayant moins de chances d\u2019être aperçus, mais aussi leur tâche était plus rude car rien ne les guidait parmi le chaos de roches éboulées.Le temps qu\u2019ils mirent à se hisser jusqu'au faîte parut à Francis une éternité.Soudain, comme ils atteignaient la crête du promontoire, une voix impérative, bien que voilée, leur intima l\u2019ordre de s\u2019arrêter.\u2014 Stop ! En même temps le canon d\u2019un browning émergeait de l\u2019ombre.Les deux audacieux camarades eurent l\u2019impression que leur dernière heure était venue.Cependant, au lieu de tirer celui qui les avait interpellés 1eur ordonnait de s\u2019avancer, les bras en l\u2019air, naturellement.Il s\u2019était exprimé en anglais et ce détail, auquel Francis ne prêta aucune attention, ne fut pas sans donner un peu d\u2019espoir au policier.\u2014 Qui êtes-vous ?questionna rudement la sentinelle.\u2014 Français, répondit Petididier ne voulant pas se livrer encore.\u2014 Vous étiez à bord du bateau qui vient de débarquer ?\t\u2022 \u2014 Non, fit l\u2019inspecteur avec conviction.Mais de quel droit cet interrogatoire ?\u2014 Police, répondit l\u2019homme laconique ; puis, il ajouta : Vous êtes pris, mes gaillards, pris comme votre chef et une bonne partie de sa bande.Petididier, lequel comprenait parfaitement l\u2019anglais bien qu\u2019il le parlât un peu incorrectement, ne put réprimer un cri de joie.En même temps il abaissait ses bras ce qui lui valut un magistral coup de matraque qui, pour être appliqué de la main gauche, ne lui arracha pas moins un cri de douleur.L\u2019épaule endolorie, le bras inerte, il n'en voulait cependant pas à son collègue d\u2019avoir agi comme il l\u2019aurait fait lui-même en pareille circonstance.Enfin la situation s\u2019éclairait.L\u2019inspecteur se nomma, pria le policeman de prendre dans l\u2019une de ses poches, sa carte d\u2019inspecteur.En quelques mots, il expliqua les motifs d\u2019une présence véritablement insolite.Cependant le représentant de la police britannique, convaincu de n avoir pas affaire à quelques complices des malfaiteurs que ses camarades, apres une longue surveillance, avaient eu la chance d\u2019arrêter, ne fit aucune difficulté pour conduire les deux Français auprès de son chef.Le spectacle était pittoresque dans cette salle aux murailles tant de fois centenaires où un groupe de policemen et de soldats britanniques veillait sur une dizaine de personnes, les chevilles entravées et les menottes, au poignet.Parmi ces hommes, deux femmes partageaient le même sort.Déjà Francis s\u2019était élance vers la plus jeune qui paraissait aussi la moins abattue.Comment la fille du malheureux Fé-lice Karawitsh reconnut-elle le\" prévenu qu\u2019elle n\u2019avait aperçu, cependant, qu\u2019une seule fois ?A la vue du journaliste son pâle visage s\u2019éclaira d\u2019un sourire.\u2014 Oh ! monsieur Thurier, comme je suis contente.Ils ont relâché vous et vous venez à mon secours.Oh ! j\u2019ai tellement cru ne jamais vous revoir et que mon cher papa ne Serait jamais vengé, mais maintenant je n\u2019ai plus de craintes .\u2014 Certes, mademoiselle Patricia, la vérité va enfin éclater, affirma l\u2019inspecteur principal dont les explications avaient suffi à transformer en égards, la brutalité de ceux qui, un instant auparavant, traitaient Patricia en criminelle.Sur la route de Caïffa un fourgon attendait \u2014 celui qui avait amené les soldats dont le concours avait été jugé né-çessaire pour cette expédition, laquelle était le dernier acte de patientes recherches, de filatures sans nombre auxquelles avaient - collaboré à peu près toutes les polices des Etats riverains de la Méditerranée où la bande, commandée par un redoutable aventurier changeant aussi souvent de nom que de personnalité, ne comptait plus les crimes commis par ses affiliés.Ce ne fut cependant qu\u2019à Jérusalem, en présence des autorités britanniques, que les choses s\u2019éclaircirent complètement et, qu\u2019en raison de son dernier crime commis à bord d\u2019un paquebot français, l\u2019inspecteur principal Petididier réclama, au nom de son gouvernement, l\u2019extradition de Youssouff Kara-jian, nom sous lequel le faux diplomate était connu de ses complices.Depuis longtemps déjà Petididier avait reconstitué le meurtre du banquier et toute l\u2019affaire du diamant vert Chargée de négocier la vente du diamant \u2014 diamant qui, d\u2019ailleurs, avait été volé à un Maharadjah hindou \u2014 la fausse comtesse Offenstein avait choisi, parmi les archi-millionnaires, l\u2019infortuné Karawitsh, puis l\u2019avait rejoint dans le Sud Tunisien où la pierre avait été confiée à un complice.Il était bien entendu qu\u2019à peine livré et payé le joyau retournerait entre les mains de Kara- jian lequel, étant inconnu du financier, pouvait, sans risques, s\u2019accrocher à ses pas et choisir la première occasion pour mettre à exécution ses malhonnêtes desseins.Cette occasion s\u2019était présentée dans les ruines de Carthage mais, sur le point d\u2019être aperçu, l\u2019aventurier avait dû s\u2019abstenir de ramasser le portefeuille rouge qu\u2019un complice venait de dérober au banquier.On sait le reste et comment Francis Thurier, en livrant son identité et son titre de journaliste, s\u2019était désigné comme pouvant assumer les soupçons tandis que les vrais coupables prendraient le large.La présence simultanée à bord de la Ville-de-Bizerte du reporter et du millionnaire avait déterminé Karajian à se débarrasser de l\u2019un ou de l\u2019autre.Un petit journaliste obscur lui avait paru moins redoutable que le grand financier et philanthrope universellement connu.Se sachant observé par Thurier, le criminel en avait profité pour se créer un alibi.Dans la nuit, il s\u2019était glissé hors de son transat cependant que son complice \u2014 celui que Thurier avait pris pour un domestique \u2014 occupait sa place et continuait à fumer le même cigare dont la petite lueur rouge devait tromper le reporter obstiné.Les circonstances du crime, ce fut la fausse comtesse qui finit par les révéler, espérant s\u2019attirer ainsi l\u2019indulgence du jury ; Karajian avait frappé à la cabine de Félice Karawitsh.A peine la porte entrebâillée, il l\u2019avait assommé et, profitant de l\u2019inattention d\u2019un domestique, appelé auprès d\u2019une passagère souffrant du mal de mer, il avait traîné le corps dans un escalier puis dans le couloir des secondes, enfin jusque dans la cabine du journaliste où, craignant que l\u2019œuvre de mort ne soit pas complète, un lacet de soie avait servi à étrangler le père de Patricia.L\u2019enlèvement de cette dernière avait, on le devine, pour but de s\u2019emparer d\u2019une partie de ses biens.Peut-être même le bandit caressait-il un projet plus ambitieux encore : celui d\u2019épouser l\u2019héritière et d\u2019être le maître de l\u2019énorme fortune que lui laissait le disparu.Si la redoutable activité de la bande, tant en Syrie, qu\u2019en Palestine, en Tunisie ou en Tripoli taine, n\u2019avait déchaî- né contre elle, la vindicte des diverses polices, il est plus que probable que jamais M.Destoumelles n\u2019aurait revu son prisonnier, ni le préfet de police, le plus habile de ses inspecteurs.C\u2019est à quoi pensait mélancoliquement le policier tandis qu il accompagnait jusqu\u2019à Caïffa où les attendait l'Héméra \u2014 Georges Moissan avait revendiqué l\u2019honneur de ramener à Marseille l\u2019orpheline ainsi que l\u2019ex-préve-ivu \u2014 Francis et Patricia.Le diamant vert, retrouvé en la possession de 1 a-venturière Ida, n\u2019était pas du voyage.Avant de faire retour à sa légitime propriétaire il devait faire partie des scellés que l\u2019inspecteur principal ramènerait en France en même temps que ses prisonniers, c\u2019est-à-dire quand les formalités d\u2019extradition seraient terminées.Mais il était visible que le diamant qui lui avait coûté tant de larmes n\u2019avait plus aucun prix pour la jeune fille.Appuyée au bastingage, elle regardait fuir la côte d\u2019Asie, s\u2019estomper dans une lumière de rêve les sommets du Carmel au-dessus des bosquets argentés d\u2019oliviers mêlés aux sveltes palmiers que la brise balançait doucement.Sa main s\u2019était posée sur celle de Francis et, comme il se tournait vers elle, un éblouissant sourire le laissa palpitant d\u2019une délicieuse émotion.\u2014 Me voilà toute seule, monsieur Francis.Oh ! je suis injuste, car vous ne m\u2019abandonnerez pas, je le sais.Pourtant, pour me rassurer tout à fait, il faut jurer.de moi.Vous jurez ?\u2014 Mais ?, \u2014 Oh! je vous en prie, dites seulement comme je le prononce mci-même : 1 love you ! Epilogue Dans la vaste salle du Palais de Justice de Marseille jamais une foule aussi dense et avide d\u2019émotions fortes ne s\u2019était écrasée.Le spectacle en valait la peine car, si, parmi les nombreux affiliés de la bande dont on vient de juger le chef, il s\u2019en trouve qui, n\u2019ayant pas à répondre de crimes commis sur le territoire français ont été réclamés par les polices anglaise, autrichienne et même américaine, par contre les trois protagonistes du drame de la Ville-de-Bizerte sont là, défendant âprement leur tête et se rejetant les responsabilités.C\u2019est surtout entre le faux diplomate et sa maîtresse \u2014 l\u2019ex-comtesse Ida, en quida brigade internationale a reconnu une voleuse de profession, aventurière de haut vol, espionne quand l\u2019occasion s\u2019en présentait \u2014 qu\u2019un duel à mort s\u2019est engagé.Plus accablé paraît celui qui joua tantôt le rôle de secrétaire, tantôt celui de valet de chambre et que Karajian accusait d\u2019avoir porté le coup ayant assommé le banquier, puis aidé à le transporter inerte dans la cabine de Thurier.Un vulgaire comparse, tenu par des secrets qui le mettaient à la merci de son redoutable chef lequel le chargeait même contre toute vraisemblance.Le verdict ne paraissait guère douteux.Cependant un frémissement par-couruf l\u2019auditoire quand la peine de mort fut prononcée contre les deux assassins, tandis que la détention perpétuelle terminait la carrière de leur complice.\u2014 Enfin, Miss Patricia, glissa Petididier, qui triomphait modestement, à la jeune fille encore toute tremblante, votre cher papa est vengé.\u2014 Grâce à la chère vieille chose que voilà, fit-elle en lui tendant la main.Oh ! cher monsieur, comment remercier vous ?Le regard qu\u2019elle jeta sur Francis Thurier, assis à côté d\u2019elle, fit nettement comprendre au policier qu\u2019il s\u2019agissait d\u2019une double dette car, en plus de la vengeance, il lui avait apporté le bonheur.\tL.Gestelys __Ma fille, aurais-tu objection à garder tes enfants ce Ta mère et moi voudrions sortir . 24 * Le Samedi, Montréal, 26 avril 1947 NOTRE FEUILLETON LE RETOUR SANS ESPOIR Par ARISTIDE BRUANT Un amour tel que celui qu\u2019elle m\u2019a inspiré est de ceux qui ne sauraient se remplacer.\u2014 Dans ce cas, mon cher ami, conclut le colonel avec un cordial sourire a,sseyez-vous et causons., D\u2019Orbac se laissa retomber sur son siège .Son cœur battait à tout rompre, car il se demandait ce qu\u2019il devait croire de ces paroles inattendues.\u2014 Soyez d\u2019abord persuadé, poursuivit l\u2019officier, que nous compatissons dv grand cœur à votre infortune.Le choc que vous avez subi est dur.Que penseriez-vous de nous, si, par un refus, nous en accentuions la rudesse ?\u2014 Quoi ! Vous consentiriez quand même ?Laissez-moi finir, mon cher ami.Nous vous avons autorisé à faire votre cour à Anne-Marie.Or, avant toute annonce officielle, le monde a déjà conclu de vos assiduités que vous alliez bientôt devenir notre gendre.\u2014 Qui a pu répandre ce bruit ?questionna effrontément d\u2019Orbac qui, dans sa hâte d\u2019accaparer la fortune de Mlle de Sermaize, s\u2019était empressé dès les préliminaires de confier son soi-disant secret à ceux de ses connaissances dont il avait su apprécier les qualités bavardes et potinières.\u2014 J\u2019ignore la source de ces indiscrétions, répondit la mère d\u2019Anne-Marie.\u2014 Il existe tant de gens indélicats, s\u2019indigna audacieusement le gentilhomme.\u2014 Toujours est-il, continua Geneviève, qu\u2019hier à ma vente de charité, tout le monde m\u2019a parlé de votre futur mariage.\u2014 Si j\u2019apprenais qui a osé !.\u2014 Cela, reprit M.de Francheville, n\u2019a aucune importance, puisque notre volonté ne s\u2019est pas modifiée à votre égard.\u2014 Ainsi, ce que je vous ai révélé ?\u2014 Ne saurait rien changer à ce qui fut convenu entre nous.J\u2019espère que vous nous estimez assez haut pour ne pas penser que nous avons voulu faire sur vous une affaire ! \u2014 Quels nobles cœurs vous êtes ! proclama d\u2019Orbac dont l\u2019enthousiasme grandissait, depuis qu\u2019il voyait resplendir à nouveau les millions tant souhaités.\u2014 Ce que nous faisons est tout naturel .affirma simplement la mère d\u2019Anne-Marie.Supposez les rôles retournés .Et que ce soit ma fille qui ait dû supporter le poids de la ruine ?Seriez-vous alors revenu sur votre décision ?\u2014 Oh ! madame ! riposta le vicomte avec une indignation parfaite d\u2019hypocrisie.J\u2019aurais été trop heureux, au contraire, que Mlle de Sermaize voulût bien me choisir pour époux, afin de me permettre d\u2019adoucir son infortune ! \u2014 Donc, nous sommes d\u2019accord ?demanda Geneviève en souriant.NOTRE FEUILLETON \u2014 No 4 Publié en vertu d'un traité avec la Société dc% Gens de Lettres.\u2014 Les noms de personnages et de Houx de nos romans, feuilletons, contes et nouvelles sont fictifs et choisis au hasard.\u2014 H le faut bien ! répondit d\u2019Orbac, sourire pour sourire.\\ \u2014 De plus, reprit M.de Francheville, à tout cela il convient d\u2019ajouter une raison majeure : vous êtes de ceux que la guerre a frappés.« A l\u2019heure où tout bon Français est tenu moralement d\u2019apporter son aide au relèvement de tant de victimes de la cruauté allemande, notre devoir à nous est de ne pas vous abandonner dans le malheur.« Or, Anne-Marie est assez riche par elle-même pour, surtout en des circonstances aussi tragiques, n\u2019avoir pas à exiger de son mari autre chose qu\u2019un dévouement sincère et une loyale affection.\u2014 Dites un profond amour ! appuya résolument le vicomte.\u2014 Oui, je sais.confirma la mère de Mlle de Sermaize .Vous ne vous étonnerez donc pas, mon ami, que j\u2019agisse envers vous non comme avec un étranger .mais comme avec un fils.Trop ému pour répondre, d\u2019Orbac saisit la main de sa future belle-mère, et y posa ses lèvres reconnaissantes.\u2014 Seulement, interrompit le colonel, comme Anne-Marie ne connaît pas notre décision.\u2014 Ah ! oui, c\u2019est vrai ! s\u2019arrêta brusquement dans son baiser le gentilhomme, qui, sans lâcher la main de Geneviève, releva la tête et montra des regards inquiets.Mlle de Sermaize ignore en effet.Fort de l\u2019assentiment des parents, d\u2019Orbac avait négligé ce simple détail, tant la joie lui avait fait apparaître son rêve comme une réalité.Il ajouta dans un balbutiement craintif : \u2014 J\u2019attendrai donc que vous l\u2019ayez consultée.\u2014 Vous n\u2019attendrez pas longtemps, monsieur, dit une voix.Je vous apporte la réponse.Tous se retournèrent vers Anne-Marie, dont la fine silhouette venait de surgir sur un fond de verdure.\u2014 Oui, mère, répondit-elle à un regard interrogateur de la comtesse .J\u2019ai tout entendu ! Je m\u2019en suis cru le droit, puisqu\u2019il s\u2019agissait de ma destinée .Je sais gré à monsieur d\u2019Orbac de la franchise de son geste .Et je ne vous en veux pas, ma mère, d\u2019avoir disposé de moi, d\u2019avance, sans m\u2019avertir.Elle avait dit cela avec une nuance d\u2019amertume.Elle poursuivit : \u2014 M.d\u2019Orbac est ruiné, soit !.Or je ne vois que deux motifs qui eussent pu m\u2019amener à rompre la parole que vous lui avez donnée .« C\u2019est s\u2019il avait failli à l\u2019honneur ou si je n\u2019avais pas le cœur libre.Elle se tourna vers le jeune gentilhomme devenu un peu pâle : \u2014 Par conséquent, monsieur, articu-la-t-elle d\u2019une voix nette, rien ne s\u2019oppose à ce que je devienne votre femme.\u2014 Ah ! mademoiselle ! s\u2019écria d\u2019Orbac au comble de l\u2019enthousiasme .Ce ne sera pas trop de toute mon existence pour reconnaître votre grandeur d\u2019âme.Et combien eussé-je préféré vous savoir pauvre!.Vous ne pourriez pas douter de mon désintéressement.\u2014 Je vous demande simplement, répliqua la jeune fille, de n'avoir jamais à douter de votre sincérité.D\u2019un geste elle arrêta la réponse qui allait sortir des lèvres de son fiancé, et recula d\u2019un pas : \u2014 Adieu, fit-elle.Permettez-moi de me retirer chez moi.\u2014 Vous me quittez déjà ?\u2014 Je suis un peu lasse et j\u2019ai besoin de solitude.\u2014 A demain, alors ?\u2014 A quand vous voudrez .Anne-Marie se retira sans que la froideur manifeste de son accueil eût en rien diminué la joie intime et débordante du vicomte René d\u2019Orbac, qui, comme par le coup de baguette d\u2019une fée, après avoir côtoyé la misère, se retrouvait tout à coup riche à millions.Lorsque après avoir pris congé de sa nouvelle famille, le fiancé de Mlle de Sermaize se retrouva seul dans le train qui l\u2019emportait vers Paris, il se rencogna voluptueusement en son wagon de première, enveloppé d\u2019un tranquille bonheur, l\u2019oreille agréablement chatouillée d\u2019avance par le froissement soyeux des billets de banque et, se remémorant là pensée délicate du colonel de Francheville, qui l\u2019assimilait aux éprouvés de la guerre, il murmura avec béatitude : \u2014 Décidément, cette guerre a du bon ! Cependant, Anne-Marie était rentrée dans sa chambre.Elle s\u2019assit près de la fenêtre ouverte ; 9es yeux fixes paraissaient contempler la pelouse fleurie.Elle balbutiait, les dents serrées : \u2014 Lui ou un autre .qu\u2019importe ! Ce qu\u2019il faut avant tout, c\u2019est que je parte d\u2019ici ! Mais ce qu\u2019elle contemplait, ce n\u2019était pas la pelouse fleurie ! C\u2019était une vision intérieure, l\u2019image de ce d\u2019Orbac, de ce fiancé de rencontre, de cet homme pour qui elle n\u2019éprouvait que de l\u2019indifférence, peut-être même un sentiment d\u2019hostilité qu\u2019elle ne s\u2019expliquait pas, mais qu\u2019elle subissait malgré elle.Et brusquement elle se prit la tête entre ses mains et s\u2019abîma dans un sanglot.Elle pleurait sur son idéal détruit, sur son existence gâchée.Soudain, sur son bras nu, elle sentit une caresse.On eût dit un tiède baiser.Elle ouvrit les yeux et aperçut Mirant qui la regardait avec de bons yeux tristes.Il lui semblait regretter de ne pouvoir lui parler.Il lui aurait dit : \u2014 Console-toi.je suis là ! Et je ne t\u2019abandonnerai jamais ! Anne-Marie entoura de ses bras le chien qui continuait à lui témoigner sa tendresse en lui léchant doucement la joue.\u2014 Miraut ! mon bon Miraut ! dit-elle.Sois sans crainte.quand je partirai d\u2019ici je t\u2019emmènerai avec moi.A son tour, elle embrassa le chien, sur le front, entre les deux yeux, et ajouta tout bas : \u2014 Oui, mon bon toutou .Tu aimais trop ton ancien maître pour que je consente à te laisser seul ici.avec l\u2019autre ! XVIII \u2014 Le tentateur Le vicomte René d\u2019Orbac occupait, rue des Mathurines, un luxueux petit entresol coquettement arrangé et meublé, selon le goût de l\u2019art moderne.\u2014 Comment.Maxime .C\u2019est à cette heure-ci que vous faites le ménage ?\u2014 Je guette M.le vicomte.\u2019\u2014 Quoi ?.Qu\u2019est-ce qu\u2019il y a ?\u2014 H y a quelqu\u2019un dans le fumoir .et je tenais à avertir monsieur d\u2019avance, car ce quelqu\u2019un me fait l\u2019effet d\u2019un drôle d\u2019individu.\u2014 Pourquoi l\u2019avez-vous laissé entrer ?\u2014 Je ne l\u2019ai pas laissé entrer, monsieur.Il est entré presque de force et quand il a été ici, il n\u2019a plus voulu sortir.\u2014 Il ne vous a pas dit ce qu\u2019il voulait ?\u2014 Non.Il m\u2019a seulement déclaré qu\u2019il désirait voir monsieur.« Je lui ai fait observer que monsieur n\u2019était pas là.Il a répondu qu\u2019il attendrait ce qu\u2019il faudrait, mais qu\u2019il ne s\u2019en irait pas avant de vous avoir parlé.Alors, voyant qu\u2019il n\u2019y avait rien à faire, je l\u2019ai conduit dans le fumoir où il s\u2019est tout de suite installé dans un fauteuil .et je suis venu ici derrière la porte pour vous prévenir.\u2014 Enfin, interrompit le fiancé de Mlle de Sermaize, quel genre d\u2019individu est-ce ?.Comment est-il ?\u2014 Mon Dieu, monsieur, c\u2019est assez difficile à dire.Il est suffisamment bien mis, mais il n\u2019a pas l\u2019air très distingué J\u2019ai voulu le débarrasser de son chapeau et de sa canne.mais il m\u2019a répondu : «Ça va bien ! » Alors il s gardé sa canne à la main, et il a remis son chapeau sur sa tête.\u2014 Vous ne lui avez pas demandé sa carte ?\u2014 Il m\u2019a répondu qu\u2019il n\u2019en avait plus.et qu\u2019il ne s\u2019en faisait pas refaire à cause de la crise du papier.\u2014 Qui diable ça peut-il être?songeait le vicomte, un peu perplexe, en entrant dans la pièce où l\u2019attendait l\u2019étrange visiteur.\u2014 Enfin, vous voilà ! prononça une voix un peu canaille.Eh ben, vrai c\u2019est pas trop tôt ! Depuis deux heures que je vous espère, je ne vous cacherai pas que je commençais à me faire des cheveux ! Cette phrase un peu familière fit esquisser au vicomte René d\u2019Orbac une légère grimace.\u2014 Tiens ! c\u2019est vous, Ciboulant ! répliqua-t-il, d\u2019un ton surpris, mais qu\u2019il essayait quand même de rendre agréable.\u2014 Oui, c\u2019est moi ! souriait l\u2019individu Il enleva son chapeau de sa main gauche qui tenait sa canne et s\u2019avança, la main droite tendue, en s\u2019informant : \u2014 Et la santé ?\u2014 Je vous remercie, répondit le gentilhomme.La santé est excellente .Et la vôtre ?\u2014 Peuh !.moi, ça boulotte.\u2014 Vous avez à me parler?\u2014 D\u2019affaires. Le Samedi, Montréal, 26 avril 1947 25 \u2014\tVous faites donc des affaires à présent ?\u2014\tDame .Qu\u2019est-ce que vous voulez ?Il faut bien gagner sa vie ! Ët par le temps qui court.on a du coton.Avec cette invention de supprimer les jeux à cause de la guerre, le gouvernement nous a enlevé le pain de la bouche .Vous devez savoir ça aussi bien que moi.\u2014 Le fait est, approuva d\u2019Orbac, que c\u2019est bien désagréable.\u2014 Encore plus pour nous que pour vous ! souligna le visiteur .Vous, les gros joueurs, vous perdez, vous gagnez .ça ne vous empêche pas de vivre avec votre patrimoine.Vous avez toujours de quoi manger ! Tandis que nous, les croupiers, nous vivons au jour le jour, avec ce que les joueurs veinards consentent à nous donner de la main à la main.Conclusion : quand les joueurs ne jouent plus, les croupiers crèvent de faim.Et j\u2019en suis ! Et v\u2019ià trois ans que ça dure.\u2014 Comment?Vous, Oscar Cibou-lant, vous en êtes là ?s\u2019étonna le vicomte, qui, revivant subitement les nuits passées dans les salles de jeu, s\u2019assit familièrement à côté de celui qui avait été si longtemps témoin intéressé de ses gains et de ses pertes.\u2014 La purée, quoi ! gémit le visiteur.\u2014 La purée! la purée.Vous en avez pourtant gagné de la galette ! Car enfin, quand je me rappelle tous les jetons, tous les louis que je vous ai abandonnés, les soirs de veine \u2014 et nous étions nombreux dans ce cas-là ! Mais voyons, Ciboulant, vous devriez avoir une petite fortune ! \u2014 Ah ! monsieur.se lamenta le croupier en un geste de désolation.Si je m\u2019étais contenté de garder tout ce qu\u2019on m\u2019a donné! Mais j\u2019ai été trop confiant.J\u2019ai prêté de l\u2019argent à des joueurs malheureux.\u2014 Je le sais bien.Je vous en ai emprunté.\u201e.\u2014 Mais vous, monsieur le vicomte, vous me l\u2019avez rendu !.Et avec de gros intérêts, comme ça doit toujours se faire.Tandis qu\u2019il y a un tas de fripouilles qui vous ont des airs de grands seigneurs, qui connaissent le comte de Chouettaubert, tutoient le marquis de Rapinsmart, tapent sur le ventre au duc de Pognonski, frayent dans le grand monde, fréquentent des ministres, des princes et des ambassadeurs, et qui, lorsqu\u2019on leur demande ce qu\u2019ils vous doivent, vous répondent qu\u2019ils n\u2019ont pas un rond, pas un pélot, par un rotin, pas un rapis pour rendre les deux ou trois mille balles qu\u2019ils ont empruntés à un malheureux puro-tin comme moi ! Ciboulant, qui s\u2019était laissé aller à son indignation un peu plus qu\u2019il n\u2019aurait voulu en ce flot de paroles rancunières, demeura un instant silencieux et reprit, d\u2019un ton plus calme et plus posé : \u2014 C\u2019est même à cause de tout ça, monsieur d\u2019Orbac, que je suis venu vous trouver aujourd\u2019hui.Le gentilhomme, inquiet de ce préambule et appréhendant une demande d\u2019argent, prit un air de circonstance et s\u2019empressa de répondre : \u2014 Mon Dieu, je vous avouerai qu\u2019en ce moment, je suis moi-même fort gêné.Il me serait certainement très agréable de pouvoir, à mon tour, vous rendre un petit service, mais les fâcheux événements que nous traversons .D\u2019un geste presque offensé, le croupier l\u2019interrompit : \u2014 Vous vous méprenez, mon cher vicomte.Je ne viens pas vous demander de l\u2019argent.Je viens, au contraire, vous en apporter.\u2014 De l\u2019argent ?.Vous ?.A moi ?s\u2019exclama le fiancé d\u2019Anne-Marie, qui ne pouvait en croire ses oreilles.\u2014 Justement, précisa Ciboulant.Il s\u2019agit d\u2019une affaire, comme je vous le disais tout à l\u2019heure.Et une affaire qui peut vous rapporter gros ! \u2014 C\u2019est sérieux ?interrogea d\u2019Orbac, soudainement intéressé.\u2014 Tout ce qu\u2019il y a de plus sérieux.\u2014 Et de quoi s\u2019agit-il ?\u2014 Oh ! mon Dieu, c\u2019est bien simple ! fit le croupier, maintenant tout à fait maître de lui, et qui s\u2019était mis à marcher de long en large dans le fumoir, comme s\u2019il eût été -dans son propre appartement.Vous allez vous marier, n\u2019est-ce pas ?D\u2019Orbac eut un léger sursaut.\u2014 Comment le savez-vous ?deman-da-t-il, un peu interloqué.\u2014 Tout notre Paris le sait.D\u2019ailleurs, voilà déjà quelque temps qu\u2019on en parle.\u2014 De quoi parle-t-on ?\u2014 Mais de vos visites assidues chez les de Francheville ! Vous ne les connaissiez pas, il y a trois mois.et maintenant vous n\u2019en sortez plus.Il n\u2019y a pas besoin d\u2019être bachelier pour se douter de ce que vous faire là-dedans.Si encore on y jouait.on ne s\u2019en serait peut-être pas aperçu.Mais quand vous faites trois fois par semaine le voyage de Paris à Saint-Germain, ce n\u2019est pas pour le seul plaisir de passer vos soirées en famille ?.C\u2019est pour chauffer la dot de la petite poule ! \u2014 Dites donc, monsieur Ciboulant ! \u2014 Oh ! pardon, vicomte .Je veux dire de Mlle de Sermaize ! Il y eut un nouveau silence.Le croupier avait interrompu sa promenade.Il s\u2019était approché de la fenêtre et, soulevant le rideau, faisait semblant de regarder dans la rue.Quant au vicomte, demeuré assis dans son fauteuil, il observait le manège de son interlocuteur en se demandant : .\u2014 Ah ! ça, où veut-il en venir ?Et, décidé à tirer la chose au clair, il questionna d\u2019un ton dégagé : \u2014 Qu\u2019est-ce que mon mariage avec Mlle de Sermaize peut bien avoir de commun avec l\u2019affaire que vous comptez me proposer ?Ciboulant se retourna brusquement, regarda son ancien client bien en face et déclara brutalement : \u2014 Eh bien! voilà.Votre mariage avec Mlle de Sermaize doit vous rapporter deux' millions ?C\u2019est bien ça ?\u2014 Parfaitement ! affirma sans vergogne le gentilhomme qui prévoyait que la conversation allait prendre une tournure intéressante.\u2014\tQu\u2019est-ce vous diriez, insista le croupier, si, le jour de votre mariage, au lieu de deux millions, vous en touchiez quatre ?\u2014\tVous dites ?\u2014\tJe dis: Quatre millions.A son tour, d\u2019Orbac s\u2019était levé et était venu se planter devant le singulier personnage.Il questionna : \u2014\tCe n\u2019est pas une blague, ce que vous me racontez là ?-Est-ce que j\u2019ai l\u2019air d\u2019un monsieur qui conte des blagues ?répliqua le croupier la main droite sur son cœur.\u2014 Asseyez-vous donc, mon cher Ciboulant, fit aimablement le gentilhomme en avançant un fauteuil vers son visiteur et en s\u2019installant lui-même à côté de lui.\u2014 Alors, reprit-il, voyant que Ciboulant conservait un mutisme voulu .vous disiez bien : quatre millions ?\u2014 Oui, quatre millions.\u2014 Pourtant.M.de Francheville m\u2019a bien aijnoncé que sa belle-fille ne possédait que deux millions de fortune.\u2014 Ça n\u2019empêche pas, affirma nettement le croupier que, si vous le voulez, le jour de la signature du contrat, on pourra vous en arroncer quatre.\u2014 Si je le veux ! s\u2019exclama le vicomte René d\u2019Orbac.Mais je ne demande que ça ! Et vous êtes bien sûr de ce que vous avancez ?\u2014 Parfaitement sûr.Mais à une condition cependant : c\u2019est que, si vous touchez quatre millions, vous me donniez cinq cent mille francs.Vous aurez encore quinze cent mille de bénef.La part est belle.Et quittant son fauteuil, Ciboulant se dirigea de nouveau vers la fenêtre dont il resouleva le rideau, et se remit à regarder dans la rue Le fiancé de Mlle de Sermaize, lui, ne bougeait pas.Ebloui par cette fortune inespérée qui lui tombait du ciel, ' il réfléchissait, les paupières battantes, agréablement oppressé à la pensée que, si ce que l\u2019ancien croupier de cercle lui faisait entrevoir était réellement possible, non seulement il ferait dans le monde de l\u2019aristocratie et de l\u2019argent une rentrée sensationnelle, mais encore qu\u2019ü pourrait se remettre à jouer ! Il recommencerait à tenter la chance, qui l\u2019avait si souvent trahi.Dans ces cercles qui l\u2019avaient dépouillé, il redeviendrait bientôt maître de la « partie » et ne tarderait pas à regagner tout ce qu\u2019il avait perdu.Mais pourquoi quatre au lieu de deux ?D\u2019où sortaient ces deux autres millions dont cet énigmatique Ciboulant semblait si certain de le faire bénéficier ?Est-ce que par hasard ?.Ah ! par exemple ! ce serait trop fort !.L\u2019ombre dans laquelle se débattaient ses pensées venait de s\u2019éclairer d\u2019un trait de lumière.\u2014 Parbleu ! c\u2019était certain .Les de Francheville voulaient le rouler ! En qualité de tutrice de ses enfants, la veuve du commandant de Sermaize, d\u2019accord avec son second époux, cherchait à éviter de produire ses comptes de tutelle et tentait de s\u2019approprier la moitié de la fortune de son premier mari ! Ah ! il comprenait maintenant toute la manigance ! Il s\u2019expliquait l\u2019empressement que ces gens-là avaient mis à l\u2019accueillir.la facilité avec laquelle ils lui ménageaient des tête-à-tête avec leur fille pour l\u2019encourager à lui faire la cour.Ils voulaient lui boucher les yeux avec des politesses et des sourires !.Et tout à l\u2019heure encore, quand il était venu leur apprendre qu\u2019il était ruiné, qu\u2019il n\u2019avait plus un sou.au lieu de le flanquer à la porte comme ils auraient dû le faire, comme tout le monde l\u2019aurait fait, comme son notaire même, Me Bertin, l\u2019avait prévenu de s\u2019y attendre, ils l\u2019avaient fait au désintéressement .L\u2019argent ! Fi ! A quoi bon s\u2019occuper de choses aussi fortuites ?On le prendrait tel qu\u2019il était.nu comme un petit saint Jean ! Non .On avait beau être en temps de guerre, tout cela n\u2019était pas naturel.Et le jeune gentilhomme contemplait avec admiration la silhouette commune et le profil canaille de son ancien prêteur de cercle, qui, toujours debout près de la croisée, semblait prodigieusement s\u2019intéresser, sur le trottoir d\u2019en face, à la mimique expressive et sans arrêt de l\u2019homme-affiche indicateur d\u2018un théâ-tricule voisin.\u2014 Quel malin, tout de même ! pen-sait-il.Quel roublard ! Quel remarquable homme d'affaires ! Où et comment a-t-il pu dénicher le pot aux roses ?Evidemment, cinq cent mille francs, c\u2019est bien payé.Mais je consentirais volontiers à courir tous les jours la chance de pareilles aubaines ! Puis inquiet de silence où paraissait se complaire celui qui lui apparaissait maintenant comme le dispensateur des millions de la succession de Sermaize, il décida tout à coup : \u2014 Je ferais peut-être bien d\u2019accepter tout de suite sans marchander ce qu\u2019on me propose, car ce gaillard-là serait bien capable d\u2019exiger de moi davantage, et même de vouloir partager la poire en deux.Alors, il s\u2019approcha du croupier de plus en plus intéressé par la mimique de l\u2019homme-affiche indicateur et lui tapa sur l\u2019épaule.Ciboulant se retourna vers lui avec lenteur.\u2014 Dites-moi, mon cher Ciboulant ?entama ingénument le vicomte.Comment avez-vous appris que Mlle de Sermaize posséderait quatre millions le jour de la signature de son contrait de mariage ?\u2014 Vous me permettrez de vous dire, mon cher vicomte, que ça, c\u2019est mon affaire.Le principal pour vous, c\u2019est que vous les touchiez, n\u2019est-ce pas ?\u2014 Naturellebent, acquiesça volontiers d\u2019Orbac.\u2014 En ce cas, rapportez-vous-en à moi, ne vous inquiétez de rien, dormez sur vos deux oreilles.et avant tout, laissez-moi faire.C\u2019est compris?\u2014 Dame oui ! Que voulez-vous ?\u2014 Vous acceptez ?\u2014 J\u2019accepte.Ciboulant se dirigea vers un petit secrétaire Empire, prit une feuille de papier dans un classeur, la posa sur le buvard, tendit une plume à son ancien client, puis lui désignant un fauteuil bas en cuir, gracieusement il invita : \u2014 Asseyez-vous donc, mon cher vicomte.Et écrivez .Sans dire un mot, hypnotisé par la belle assurance du tentateur, le vicomte s\u2019assit et attendit.\u2014 Vous y êtes ?interrogea le croupier.RESUME DES CHAPITRES PRECEDENTS Le marquis Robert de Sermaize a été rapporté tué à l\u2019ennemi ; sa veuve, mère d\u2019un garçon et d\u2019une fille, Alain et Anne-Marie, s\u2019est remariée avec le comte de Francheville.\u2014 Un homme s\u2019est introduit dans le parc du château de l\u2019Orangerie ; il s\u2019enfuit et tente de se suicider en se fêtant dans la Seine ; il est rescapé par le chien Miraut, et l\u2019intendant Pierre Gallois reconnaît son ancien maître malgré les cicatrices et le bandeau noir qui le défigurent.\u2014 Le marquis dit pourquoi il ne veut pas réintégrer son domicile.\u2014 Il raconte à Pierre Gallois comment il peut vivre sous le nom d\u2019Emile Gonthier.\u2014 La comtesse de Francheville donne à l\u2019abbé Richard les raisons de son remariage.\u2014 A la suite de circonstances imprévues, le marquis Robert de Sermaize doit, pour ne pas se trahir, prendre la vie conjugale d\u2019Emile Gonthier, ce qui ne va pas sans embarras.\u2014 Au cours d\u2019un banquet en l\u2019honneur de « son » beau-père, il s\u2019aperçoit d\u2019une grande animosité envers celui dont il a pris la personnalité.\u2014 Le vicomte René d\u2019Orbac, prétendant d\u2019Anne-Matie de Sermaize, apprend par son notaire qu\u2019il est pratiquement ruiné ; il croit préférable d\u2019avertir lui-même le comte et la comtesse de Francheville du changement survenu dans sa fortune et veut reprendre sa parole ; mais les parents d\u2019Anne-Marie, dans un beau geste, refusent d\u2019accepter cette question d\u2019argent comme raison suffisante de rupture, au grand contentement du vicomte qui n\u2019a surtout en vue que les millions d\u2019Anne-Marie. 26 Le Samedi, Montréal, 26 avril 1947 \u2014 J\u2019y suis .D\u2019une voix calme, réfléchie, pondérée, le croupier dicta : « Je, soussigné, vicomte René d\u2019Or-bac, m\u2019engage à verser au porteur la somme de cinq cent mille francs sur les quatre millions que doit m\u2019apporter en mariage Mlle Anne-Marie de Sermaize, et ce, le jour de la signature du contrat.« Paris, le 15 juin 1917.» \u2014 C\u2019est tout ?s\u2019informa d\u2019Orbac.\u2014 Il ne manque que votre nom et votre paraphe.D\u2019Orbac signa et remit le papier à Ciboulant qui le relut avec soin, le plia en quatre et le déposa précieusement tans un petit calepin en maroquin noir qu\u2019il glissa dan?une , « :ne de côté de son veston.Puis, serrant la main au gentilhomme, 0 dit : \u2014 Au revoir, mon cher vicomte .Maintenant, continuez à faire une cour empressée à votre future femme.« Moi, je vais m\u2019occuper de faire rappliquer la galette ! « Le lendemain de la signature du contrat, je vous attendrai chez moi, 18, rue de Navarin .avant midi, et nous réglerons alors définitivement cette petite affaire.Rentré dans son fumoir, le vicomte d\u2019Orbac s\u2019étendit nonchalamment sur son divan, alluma une cigarette, et, entre deux bouffées, conclut avec satisfaction : \u2014 Eh bien ! mon petit René, la journée n\u2019est pas mauvaise .Trois millions et demi en une après-midi.Voilà ce qui s\u2019appelle un bon communiqué ! XIX \u2014 Au CONCERT DES DÉLICES Depots une quinzaine de jours, des affiches d\u2019un rouge éclatant s\u2019étalaient sur les murs les plus en vtie des principales rues du douzième arrondissement.Elles annonçaient en gros caractères typographiques le titre d\u2019une nouvelle revue : « Ohé ! Ferdinand ! » pour laquelle le directeur du concert des « Délices » avait spécialement engagé, en qualité de commère, Mlle Marinette, de l\u2019Olympia.Or, un samedi matin, en se rendant à son service, M.Bidault (Ferdinand) s\u2019arrêtait pour la vingtième fois devant une de ces affiches qui flamboyaient en face de la rue de Chaligny, sur un mur de la rue de Charenton, relisant avec un intérêt toujours croissant la distribution des rôles, le nom des artistes en vedette et le titre des tableaux à sensation.Puis il reprit son chemin en disant : Ohé ! Ferdinand !.ça c\u2019est un chouette titre!.Faudra que j\u2019aille voir ça ce soir avec Clément.Je lui en parlerai en prenant l\u2019apéritif chez M.Sauvegrain.En effet, à sept heures quinze exactement, l\u2019agent commissionné de la compagnie P.-L.-M.faisait son entrée chez le marchand de vins du coin de la rue de Rambouillet où, comme tous les samedis, son ami Clément l\u2019attendait.Comme U faisait très chaud, les deux copains avalèrent d\u2019abord une large lampée de vermouth-cassis à l\u2019eau de Seltz que M.Sauvegrain leur avait servi, sans même s\u2019informer de ce qu\u2019ils désiraient prendre.____Encore une semaine de tirée, constata le baron du Tasseau avec satisfaction.Et je te réponds qu\u2019on en a mis !.La boîte marche ! \u2014 M.Camuzat doit être content?s\u2019informa avec intérêt M, Bidault (Ferdinand).\u2014 Sûr ! affirma l\u2019ouvrier emballeur.Il en a enfoncé des clous cette semaine, le père Cogne-Cogne, comme dit c\u2019te sale graine de P\u2019tit Louis .Eh ben ! et ton gendre !.\u2014 Casse-Coeur ?._Oui, Casse-Cœur ! Il en a livré des caisses ! U n\u2019a pas arrêté depuis lundi jusqu\u2019à ce soir ! \u2014 Vrai, alors.ce que ça doit le changer d\u2019autrefois, insista le surveillant à la gare des marchandises de Bercy.\u2014 Sûr ! Paraît qu\u2019il n\u2019en fichait pas une secousse.Mme Jeanne ne doit plus le reconnaître.\u2014 Tu parles ! Avec une bobine pareille ; railla méchamment l\u2019agent commissionné, dont la rancune ne s\u2019était pas adoucie.\u2014 A propos, reprit l\u2019homme au gros nez, elle va bien, Mme Gonthier ?.Je ne l\u2019ai pas vue depuis deux ou trois jours, et je n\u2019ose presque plus aller chez elle .Il est tout le temps là, l\u2019autre, avec son bandeau.\u2014 Casse-Cœur ! plaisanta de nouveau le beau-père de Gonthier.\u2014 Oui, Casse-Cœur, appuya Clément, toujours heureux d\u2019employer le sobriquet trouvé par Gratte-Ciel pour désigner l\u2019homme qui était venu se mettre en travers de son bonheur.Tous deux burent une nouvelle gorgée de leur apéritif.\u2014 Sûr, continua le baron du Tasseau en reposant son verre, qu\u2019elle ne doit pas rigoler tous les jours avec ce coco-là.\u2014 C\u2019est mon avis, appuya gravement Bidault (Ferdinand).Aussi j\u2019ai bien envie d\u2019emmener Jeanne ce soir avec nous.\u2014 Avec nous ?Où ça ?\u2014 Ah ! oui, c\u2019est vrai, je t\u2019ai pas encore dit ! Eh ben ! mon vieux, nous allons ce soir au concert des « Délices » avenue Ledru-Rollin.\u2014 Au concert des « Délices »?Ce soir ?\u2014 Oui, mon vieux Clément, ce soir .Voir jouer Ohé ! Ferdinand ! C\u2019est moi qui offre.\u2014 Ah ! chouette ! J\u2019en suis ! \u2014 Tu comprends que, comme je m\u2019appelle Ferdinand, je veux savoir un peu ce qu\u2019on raconte de moi là-dedans.\u2014 Et tu dis que t\u2019emmènes Mme J eanne ?\u2014 Oui.Ça lui changera les idées.\u2014 Alors, t\u2019emmènes pas Casse-Cœur ?\u2014 Casse-Cœur ?Jamais de la vie .Tu ne voudrais pas !.Jeanne viendra bien sans lui !.Je m\u2019en charge.\u2014 Rechouette !.J\u2019en resuis ! \u2014 Alors, dépêchons-nous ! ordonna le surveillant à la gare des marchandises de Bercy.Nous n\u2019avons que le temps de dîner.Rendez-vous' à huit heures quinze précises devant le concert.\u2014 N\u2019empêche que si Mme Jeanne vient avec nous, je m\u2019en vas faire un brin de toilette.\u2014 Comme tu voudras .Mais ne te mets pas en retard.la région.Les principales productions ainsi vendues sont celles de produits laitiers : plus de 619,400 lbs de beurre à Mont-Laurier, et 415,000 lbs à Ferme-Neuve ; d\u2019animaux vivants, pour $135,-400 à Mont-Laurier, et $110,800 à Ferme-Neuve ; de produits avicoles, pour $71,850, à St-Jérôme, $35,775, à St-Jovite, et $10,200, à Nominingue ; de pommes de terre, pour $22,360 à l\u2019Annonciation, et $8,775 à Nominingue.Autant de chiffres révélateurs.Dans ce district, divers facteurs contribuent particulièrement au progrès agricole.Les cultivateurs s\u2019organisent pour satisfaire les marchés locaux et se créer des débouchés intéressants et durables : l\u2019élevoge de bestiaux, les productions laitières et avicoles, la culture des pommes de terre attirent surtout leur attention.A titre d\u2019exemple, soulignons les encourageants succès coopératifs et aussi l\u2019organisation de la production, de la récolte, du classement et de la conservation des pommes de terre dans la vallée de la rivière Rouge, en haut et en bas de l\u2019Annonciation.Ces initiatives sont aidées de l\u2019influence des officiers du corps agronomique, de l\u2019Institut agricole d'Oka, de l'Ecole moyenne d\u2019Agriculture de Mont-Laurier, et puis de nombreuses sociétés d\u2019agriculteurs.L\u2019U.C.C.y groupe des noyaux très actifs dans un bon nombre de paroisses, les Cercles agricoles, de nombreux Cercles de Fermières, plusieurs Cercles de Jeunes Agriculteurs et Eleveurs, enfin, diverses sociétés d\u2019élevage dont la Société de Production animale des Deux-Montagnes (un organisme très vivant et unique en son genre dans toute la Province) constituent les plus importants facteurs de succès.Mentionnons aussi différents autres groupes professionnels : cinq sociétés d\u2019Agriculture de comtés, surtout celle du comté d'Ar-genteuil qui tient chaque année, à La-chute, l\u2019une des meilleures expositions de bestiaux de la Province.L\u2019an dernier, cette exposition fut inaugurée par S.E.le vicomte Alexander de Tunis ; même brillante inauguration cette année, probablement sous la présidence d\u2019honneur de l\u2019hon.Winston Churchill.Les autres sociétés d\u2019Agriculture aident le cultivateur, chez lui, par la tenue de concours spéciaux d\u2019élevage et de culture, et aussi par l\u2019organisation de concours d\u2019exploitation rationnelle de fermes.M.l\u2019agronome J.-A.Parenteau, dans la région depuis plus de dix années, nous affirme que toutes ces considérations sont justes et que l\u2019agriculture du nord de Montréal est des plus prometteuses.Bravo ! Les visiteurs des pays d\u2019en haut pourront ainsi jouir pleinement de leurs séjours dans cette région privilégiée s\u2019ils y mangent des oeufs des pays d\u2019en haut, des légumes des pays d\u2019en haut, de l\u2019agneau, du boeuf et des produits laitiers des pays d\u2019en haut.Et c\u2019est ainsi que l\u2019agriculteur et l\u2019éleveur local écriront la plus belle histoire des pays d\u2019en haut \u2014 au profit des gens des pays d\u2019en haut.et d\u2019en bas ! Paul Boucher, D.Sc.S., Service de l'Information.Ministère de l'Agriculture, Québec.QUI EST-IL, QUI EST-ELLE?«mr ) ¦ MARCEL GAGNON est très populaire dans les cercles d\u2019artistes de la radio.Comédien, chanteur et scripteur, c\u2019est aussi le secrétaire adjoint de l\u2019Union des Artistes lyriques et dramatiques de la radio.Il interprète Horace Lupien dans la \"Métairie Rancourt\" et chante le folklore.Il est l\u2019âme dirigeante de l\u2019Union des scripteurs de la radio.De novembre 1942 à janvier 1946, il a servi dans les Forces Actives et fit la campagne en Italie, en Hollande et en Allemagne.Soldat et artiste. Le Samedi, Montréal, 26 avril 1947 39 LE CARNET D'UN LINGUISTE LU et ENTENDU Par ÉTIENNE LABBÉ OPINION DE M.ANDRE SIEGFRIED SUR NOTRE LANGAGE Cet écrivain remarquable a visité et étudié à fond notre pays sur lequel il a écrit une couple d\u2019ouvrages ainsi que des articles.Voici une de ses récentes assertions sur notre parler : Les Français du Canada ont aussi conservé fidèlement leur langue.Celle-ci donne au Français de France l\u2019impression de se trouver en présence d\u2019un bon accent français de terroir, se rapprochant très souvent du parler normand.Elle a fait de grands progrès, depuis 1898, je puis en témoigner, dit M.Siegfried.Peut-être cette langue n\u2019est-elle pas aussi bonne que certains le prétendent et l\u2019on peut douter que ce soit bien celle qui se parlait à la cour de Louis XIV.Mais le danger pour cette langue ne provient certes pas de son vieux fonds archaïque français.Il tient plutôt à la proximité de la langue britannique et des pénétrations inévitables.La lecture des journaux est parfois bien amusante à cet égard : on peut y voir, par exemple, que 1\u2019 \u201corateur de la Chambre \u201cprend le plancher\u201d.Au Canada, un jeune homme est \u201cen amour\u201d avec une jeune fille.Dans ce pays si respectueux du clergé, on parle souvent d\u2019 \u201cerreurs cléricales\u201d, et certains entendent par là les erreurs typographiques ou de transcription.On peut par contre trouver très français l\u2019usage du mot \u201cchar\u201d utilisé aussi bien pour désigner les automobiles que pour parler des \u201cpetits chars\u201d et des gros.Mais quand un ouvrier doit se \u201cwatcher\u201d pour ne pas psrdre sa \u201cjob\u201d (M.Siegfried dit \u201cun\u201d job) et qu\u2019il désigne par leur nom an?glais à peu près tout ce qui a été mis à son service par les techniques modernes, alors vraiment nous pouvons constater le danger de contamination du français, au Canada, par l\u2019envahissement de l\u2019anglicisme.\u2022 MACEDOINE.ANGORA.PEROU Le mot macédoine a le sens de pot-pourri.Il désigne deux choses : 1.Un mets composé de toutes sortes de fruits ou de légumes ; 2.Un ouvrage composé de divers morceaux en prose ou en vers.L\u2019origine de ces deux sens est à chercher dans l'ensemble disparate que présente la Macédoine.Angora, ville de la Turquie d\u2019Asie, a donné son nom à une sorte de chats et de chèvres remarquables par leur poil long et soyeux.Le Pérou a été regardé comme un pays très riche.C\u2019est pourquoi son nom est devenu synonyme de richesse, grande fortune : gagner le Pérou (beaucoup d\u2019argent) ; ce n\u2019est pas le Pérou, (ce n\u2019est pas merveilleux, comme richesse).FRUITS.VINS ET FROMAGES Fruits.\u2014 Brignole (prune), calville (pomme), cantaloup (melon), chasselas et corinthe (raisins), crécy (carotte), mirabelle (prune), montmorency (cerise), valence (orange).Vins, liqueurs.\u2014 Armagnac, barsac, bergerac, bordeaux, bourgogne, cahors, calvados, cognas, curaçao, frontignan, lunel, mâcon, madère, malaga, médoc, roussillon, sauterne, chablis, chamber-tin, champagne.Fromages.\u2014 Brie, camembert, cantal, Chester, gruyère, marolles, neuf-châtel, pont-l\u2019évêque, roquefort, saint-germain, oka.Parfois un nom de lieu est donné à un objet ou produit sans indiquer du tout l\u2019origine.Le cigare Boston n\u2019est pas fabriqué à Boston, mais à Montréal.Il y a des chaloupes \u201cVerchères\u201d, des biscuits \u201cSaint-Laurent\u201d, du tabac \u201cRichelieu\u201d qui ne viennent ni de Ver-chères, ni de Saint-Laurent, ni de Richelieu.Ce biscuit et ce tabac tiennent probablement leur nom de nos grands cours d\u2019eau, le Saint-Laurent et le Richelieu.Le comté de Frontenac n'a rien à faire avec la bière Frontenac qui est brassée à Montréal.D'OU VIENT LE MOT PUNCH ?Le punch fut apporté de l\u2019Inde par les Anglais au XVIIe siècle.Son nom vient du sanscrit, où pansha veut dire cinq, parce qu\u2019un punch authentique assemble cinq éléments : rhum, thé, sucre, citron, eau chaude.C\u2019est en 1695 que les Anglais célébrèrent pour la première fois la Noël par un punch.L\u2019amiral Russell, se trouvant à Cadix, convia à un punch gigantesque tous les officiers et tous les fournisseurs de la garnison.Au milieu d\u2019un jardin d\u2019orangers et de citronniers, il y avait un bassin revêtu de faïence hollandaise.On y versa, le soir de Noël, 6 futailles d\u2019eau, un muid et demi de malaga, 200 gallons d\u2019eau de vie, 600 livres de sucre, avec le jus de 1,200 citrons.Un enfant, monté dans une barque, voguant sur la liqueur et puisant à même, versait à pleins gobelets le punch aux assistants.\u2022 PENSIONNER Pensionner n\u2019a pas d\u2019autre sens que donner ou faire une pension à quelqu\u2019un.C\u2019est une faute d\u2019attribuer à ce mot le sens de prendre sa pension, d\u2019avoir en pension.Il faut donc dire : Le malheureux avait sa pension, prenait sa pension ailleurs.Cette dame a plusieurs étudiants en pension, et non : Cette dame pensionne plusieurs étudiants.NOTRE COUVERTURE Il y a quelque temps, à l\u2019Auditorium de Winnipeg, avait lieu une manifestation artistique au cours de laquelle de jeunes instrumentistes canadiens firent belle figure.Le photographe de l\u2019Office National du Film fut particulièrement frappé des avantages photogéniques d\u2019une toute jeune pianiste d\u2019ailleurs très douée.A notre tour, nous avons jugé que l\u2019air ingénue et à la fois décidé de la charmante enfant incarne si bien l'enthousiasme de notre jeunesse canadienne, que nous avons décidé de lui faire les honneurs de notre page-couverture de cette semaine.\tPhoto O.N.F.SALADÆ INTÉRESSANT INSTITUT DE L\u2019ARTISANAT Sur l\u2019abrupte falaise rocheuse de la partie sud de Stockholm et dominant le port et les plus vieux quartiers de la cité, s\u2019élève un bâtiment de brique entouré de jardins en terrasses qui ne manque jamais d\u2019attirer l\u2019attention des voyageurs arrivant par mer à la capitale de la Suède.Ce bâtiment, qui est un bel exemplaire de l\u2019architecture suédoise moderne, est l\u2019Institut National de l\u2019Artisanat.Le 8 mars, cette institution, qui n\u2019a pris possession de ce bâtiment que depuis quelques années, a célébré son 25e anniversaire par une intéressante exposition et l\u2019inauguration d\u2019un beau bas-relief, oeuvre de l\u2019artiste finlandais Michael Schilkin et don de l\u2019armateur suédois Sven Salén.Le bas-relief, qui a été appelé \u201cHommage aux Arts Manuels\u201d, représente diverses phases de la construction d\u2019un navire.L\u2019Institut National de l\u2019Artisanat a joué un rôle important dans le développement des métiers manuels et de la petite industrie et a vivement contribué à les amener au niveau d\u2019excellence qu\u2019ils occupent aujourd\u2019hui.Pendant ses 25 années d\u2019existence, l\u2019Institut a organisé près d\u2019un millier de différents cours qui ont été suivis par un total de 25,000 personnes.Il n\u2019est pas destiné à la formation et à l\u2019enseignement d\u2019apprentis des métiers manuels mais aux artisans qui exercent déjà un métier et qui désirent s\u2019initier à de nouvelles méthodes de fabrication, connaître de nouvelles matières premières et acquérir de nouvelles idées touchant des modèles, l\u2019ornementation, etc.Depuis l\u2019installation de l\u2019Institut dans son nouveau bâtiment, une centaine environ de cours différents \u2014 pour les menuisiers, les peintres, les pâtissiers, etc.\u2014 ont lieu par an.Chaque cours prend normalement deux semaines environ et comprend d\u2019ordinaire quarantes heures d\u2019enseignement et de travaux pratiques.De plus, des démonstrations spéciales et des cours concentrés de courte durée sont fréquemment organisés en dehors de Stockholm, surtout des cours de comptabilité et de calcul pour les patrons de petites firmes.\u2022 LABORATOIRES ET ATELIERS DE TOUTES SORTES Tous les ateliers bruyants ont été placés dans une aile spéciale du bâtiment tandis que les autres sont logés dans sa partie principale.Le sous-sol contient une forge et un laboratoire de métallurgie.Il y a aussi un laboratoire d\u2019électricité muni d\u2019un ingénieux tableau de distribution qui fournit les autres parties de l\u2019Institut de toutes les sortes de courant électrique.La chaufferie est, en réalité, un \u201claboratoire de chauffage central\u201d, pourvu de toutes les sortes de chaudières qui sont des dons de fabricants suédois, comme beaucoup d\u2019autres parties de l\u2019équipement.L\u2019atelier de réparation des moteurs, situé au rez-de-chaussée, contient notamment une machinerie d\u2019épreuve des automobiles, surnommée \u201cla grand\u2019route roulante\u201d.Voisine de l\u2019atelier de réparation des moteurs se trouve la menuiserie, qui possède une série complète de machines à travailler le bois.L\u2019atelier des machines, au premier étage, est un \u201catelier-mère\u201d pour une série de métiers connexes, qui peut s\u2019adapter aisément aux besoins spéciaux de différents cours.Un coin, par exemple, y est réservé aux horlogers.Un atelier de peinture, une boulangerie et un laboratoire de chimie, tous pourvus d\u2019un équipement ultra-moderne, complètent cette école supérieure des métiers manuels.Outre son oeuvre multiple d\u2019enseignement, l\u2019Institut a encore d\u2019autres tâches.L\u2019une d\u2019elles est de procurer aux artisans la possibilité, qui leur manque autrement, d\u2019effectuer des recherches.Des centaines de recherches sur les matières premières et des problèmes de production sont entreprises chaque année à la requête de firmes ou d\u2019artisans.Les travaux de recherche sont liés étroitement au service de renseignements.Celui-ci répond chaque semaine à un grand nombre de lettres et de questions et publie toute une série de manuels pratiques pour les artisans.\u2022 CONCOURS D'ARTISANS A STOCKHOLM Le jubilé de l\u2019Institut de l\u2019Artisanat n\u2019est pas le seul événement récent de ce domaine en Suède.Quelques jours plus tard, l\u2019Association des Jeunes Artisans de Stockholm avait organisé le premier concours d\u2019artisanat de la capitale.Il s\u2019est tenu dans la fameuse Salle Bleue de l\u2019Hôtel de Ville de Stockholm et des milliers de Stockholmiens ont vu les jeunes artisans \u2014 relieurs, peintres, charpentiers etc., occupés activement à leur travail.Dix métiers en tout étaient représentés et environ 120 concurrents prenaient part au concours. 40 RIEN DE SÉRIEUX Le Samedi, Montréal, 26 avril 1947 LA VIE COURANTE .par George Clark \u2014 Idiote que tu es, c'est pourtant facile de répondre que le patron est en ce moment en \"conférence\" avec les directeurs, plutôt que de dire qu'il roupille tout simplement dans son fauteuil!.Le moribond discute âprement avec le notaire sur la manière à rédiger son testament.Il émet les idées les plus singulières et les plus illégales contre lesquelles le notaire s\u2019insurge doucement.A la fin le moribond se fâche : \u2014\tJ\u2019en ai assez, dit-il.Le mort, est-ce vous ou est-ce moi ?\u2022 L\u2019éditeur écoutait distraitement le tout jeune poète qui lui offrait ses vers et restait coi.Enhardi par ce qu\u2019il considérait comme un encouragement, le nourrisson des muses crut bon de présenter un échantillon de son œuvre : « Hymne au printemps ».Il déclama : Printemps, écoute ma prière, Toi, qui d\u2019un geste fais surgir Ce qui fut enfoui sous la terre, Oh ! Printemps ! daigne revenir.\u2014 Mon ami, interrompit l\u2019éditeur, on voit que vous n\u2019avez pas de belle-mère au cimetière.\u2022 La scène se passe à Saint-Raphaël, au bord de la mer.Un jeune peintre, luministe et chevelu, regarde le coucher du soleil, en compagnie d\u2019une grande dame russe : \u2014 Quelles admirables finesses de ton !.Ne trouvez-vous pas, princesse, que ce sont tout à fait les teintes de la pipe d\u2019écume neuve qui commence à se culotter ?\u2022 Elle est bien cruelle cette répartie de feu Villemain, Tissot, le successeur de Delille, qu\u2019on accusait d'avoir porté la tête de Mme de Lanballe.Une vive querelle était survenue entre les deux collègues.\u2014\tEh ! dit Tissot, vous portez bien haut la tête, monsieur ! \u2014\tAu moins, riposta Vuillemain, je ne porte que la mienne ! Un lord anglais, très riche, traverse le Channel et débarque à Calais avec sa Rolls Royce, une merveilleuse voiture somptueuse, large, longue, rutilante, bref, une splendeur.Il engage un chauffeur français dont le sifflement d\u2019admiration en apercevant la Rolls indique clairement qu\u2019il n\u2019a jamais conduit une voiture semblable.Le lord s\u2019installe et dit au chauffeur en un français douteux : \u2014 Nous allons à Biarritz, mais passez par Paris.Et les voilà partis.Sur une route de l\u2019Oise, soudain la grosse Rolls stoppe.Le lord, étonné, fronce les sourcils.Le chauffeur plonge dans le capot mais, impressionné sans doute par le merveilleux mécanisme, il s\u2019embrouille, n\u2019arrive pas à démonter le carburateur ; bref, vingt minutes après, la Rolls est toujours arrêtée sur le bord de la route.Tout à coup, on entend \u201cpfft tac pfft tac.\u201d et une petite voiture minuscule apparaît, une 5 Hp.Rosengart.Le voyageur s\u2019arrête et demande si l\u2019on a besoin de ses services.C\u2019est un garagiste de Beauvais et, en cinq minutes, la Rolls peut repartir.Le lord a remercié très poliment le chauffeur improvisé et quand la voiture a repris son 125 normal, il interroge son chauffeur : \u2014 How do you call.oh ! pardon, vous ne parlez pas l\u2019anglais.Dites-moi, comment appelle-t-on la petite voiture qui a dépanné mon Rolls ?\u2014\tUne Rosengart, Monsieur.\u2014 Rosengart, dit le lord songeur.Eh bien ! quand nous serons à Paris, achetez ça pour mettre dans la boîte à outils.\u2014 Es-tu une bonne petite fille, Josette ?\u2014\tJe pense bien, maman qui change de bonne tous les quinze jours me garde moi depuis dix ans.\u2014 Ah ! tu n\u2019es pas, toi, un mari qui ferait des folies pour sa petite femme ! \u2014 Mais.ma douce amie, qu\u2019ai-je fait en t\u2019épousant ?\u2022 Le Président.\u2014 Avez-vous été déjà condamné ?Le Prévenu.\u2014 Oui, Monsieur le Président.\u2014 Dans quelles circonstances ?\u2014 J\u2019avais douze ans .\u2014 Précocité épouvantable ! \u2014 J\u2019ai attrapé une fluxion de poitrine et j\u2019ai été condamné par trois médecins.\u2022 Deux étrangers venus à Paris pour dépenser leurs économies sont en train de déjeuner dans un restaurant, devant une table bien garnie.L\u2019un d\u2019eux lit sur la carte : boeuf à la mode, et se penche vers son compagnon : \u2014 Les voilà, ces Français, les voilà bien ! Quel peuple futile ! Ils cherchent la mode même pour le boeuf ! e Le Juge au Vagabond.\u2014 C\u2019est bien pour cette fois ; je vous acquitte, mais souvenez-vous que je ne veux plus vous revoir ici.Le Prévenu.\u2014 Merci, M.le Juge ; c\u2019est ce que je dirai aux agents la prochaine fois qu\u2019ils voudront m\u2019arrêter.\u2022 \u2014 Ce qu\u2019il faudrait, voyez-vous, ce eont des impôts où les coquins et les voleurs seraient particulièrement visés 1 \u2014 Visés ?Oh 1 ça c\u2019est «l\u2019impôt-cible » ! \u2022 Mme Jules.\u2014 Espèce d\u2019ivrogne, c\u2019est toi qui as bu toute la bouteille d\u2019apéritif ! Jules.\u2014 Comment diable as-tu pu deviner que c\u2019était moi ?\u2022 \u2014 Elève Toto, pouvez-vous me dire pourquoi votre rédaction sur le lait n\u2019a que quelques lignes, alors que celle de vos camarades est de deux pages ?.\u2014 La mienne est faite sur le lait condensé, M\u2019sieu !.\u2014\tVous vous étonnez d\u2019être suivis aveuglément par ceux qui sont devant vous.\u2014\tOn n\u2019arrache pas ainsi les gens à leurs femmes, à leurs enfants et à leurs veuves.\u2014\tJe demande le maintien de la suppression du rétablissement de ce paragraphe.\u2014\tNos bateaux de pêche ont abandonné la mer et l\u2019ont transformée en un véritable Sahara.\u2014\tOn accrochera les spéculateurs aux becs de gaz comme en 1789 ! \u2014\tCeux que vous avez le plus attaqués et combattus, vous les admirez quand ils sont coulés dans le marbre en chair et en os !.\u2014\tVous leur liez tellement les bras qu\u2019ils ne savent plus sur quel pied danser.\u2014\tJe l\u2019ai consulté.Il m\u2019a répondu affirmativement : non ! \u2014\tEn 1630 existait une Bourse de Commerce copiée sur celle d\u2019aujourd\u2019hui .\u2014\tMonsieur le Ministre a paru m\u2019écouter d\u2019un oeil bienveillant.\u2022 Pour la première fois Toto voit ronfler son père.Il le contemple un instant avec curiosité puis il court auprès de sa mère.\u2014 Maman, maman, dit-il, papa dort à haute voix.\u2022 Quand on baptisa le prince impérial sous le Second Empire, il y eut un grand banquet à l\u2019Hôtel de Ville.En se rendant à la salle du festin, un évêque marcha sur la robe d\u2019une dame dont la traîne était d\u2019une longueur exagérée.Comme le prélat s\u2019excusait, la dame lui dit : \u2014 Oh! Monseigneur, l\u2019étoffe de nos robes est si longue .\u2014 Qu\u2019il n\u2019en reste plus pour le corsage, Madame, acheva l\u2019homme d'église \u2022 \u2014 Dites donc, vous avez fait vos chiffres si petits que je ne peux pas les lire \u2014 Noua avions averti Monsieur que nos prix étaient très réduits ! LA VIE COURANTE \\ .par George Clark t 10%.O US! __, Ah vont prétendez que je n'al pa> de mémoire, hein ?Nommez- mol n'importe quel film et je vou» dirai le nom des principaux acteurs qui louaient dedans. Le Samedi, Montréal, 26 avril 1947 41 Conte illustré du SAMEDI LES ROIS DE L'AIR (1er EPISODE) 9HB -i' «'\u2019'HN'LüiMïi Iiilllllilipp .I uTiii F Lfl gjtfi____/ 1\t\u2014 C\u2019est dans l\u2019année 2946.Le professeur Magneta et son assistant, Pablo, inventeurs de la machine à propulsion atomique, ayant perfectionné leur appareil, sont prêts à partir.\u201cNous serons les deux premiers â encercler le globe en une heure, Pablo,\u201d dit le professeur.\u201cDeux ?\u201d demanda Pablo en souriant.Il avait vu les neveux jumeaux du professeur, un garçon et une fille courant vers la machine de l\u2019espace.\u201cCalum et Flora ! \u201d s\u2019exclama le professeur.\u201cEt ils ont amené Polly, le perroquet ! \u201d 2\t\u2014 En apercevant l\u2019échelle qui conduisait au col de la machine, Calum et Flora y coururent.Un appel du professeur les arrêta.Us furent bien désappointés, lorsqu\u2019il leur expliqua qu\u2019il ne pouvait les amener dans cette envolée d\u2019essai.Pablo plaida leur cause auprès du professeur, afin de les laisser venir.\u201cBien,\u201d dit le professeur, \u201cl\u2019envolée ne dure qu\u2019une heure.\u201d \u201cComment ?\u201d s\u2019exclama Calum.\u201cSeulement une heure ?\u201d \u201cMais durant cette heure, Calum,\u201d dit Pablo, \u201cnous ferons le tour du globe.\u201d 3\t\u2014 Les jumeaux regardèrent Pablo tout émerveillés.Ils connaissaient tous les progrès de la science, mais le tour du monde en une heure .\u201cAttendez que mes compagnons d\u2019école apprennent cela,\u201d dit Calum.\u201cIls en deviendront verts d\u2019envie ! \u201d \u201cNous devons donner un nom à la machine atomique,\u201d dit Flora, songeuse.\u201cJe l\u2019ai ! \u201cLa Reine des Cieux\u201d.\u201cPas trop mal pour une fille ! \u201d avoua Calum.\u201cOh je l\u2019aurais, sans doute, trouvé moi-même.\u201d 4\t\u2014 Avant de monter dans \u201cLa Reine des Cieux\u201d, le professeur leur fit promettre de faire toujours comme il leur dirait sans poser de question, parce que l\u2019expérience serait dangereuse.Les jumeaux promirent d\u2019obéir, et sur un signe du professeur, Pablo prit place aux contrôles et tira vers lui un lévier.Un léger bruit se fit entendre.Soudain, l\u2019avion s\u2019éleva et s\u2019élança dans l\u2019espace vers la plus étrange aventure de tous les temps.w/.5\t\u2014 Et les voilà tous partis pour un court, et pourtant, si grand voyage.Calum et Flora promènent leurs yeux émerveillés dans l\u2019espace illimité.Le tour du monde en une heure ! \u2022 \u201cQuelle vie ! \u201d disait le perroquet Polly, de sa voix de creuset.\u201cJe vole sans me servir de mes ailes.\u201d Mais le professeur et Pablo avaient les yeux rivés sur les gouges, pendant que les jumeaux regardaient fuir l\u2019horizon.6\t\u2014 Tout à coup, un choc les ébranla tous.Un cri échappa au professeur, lorsque la Reine des Cieux plongea follement.Malgré sa force peu commune, Pablo fut projeté en bas de son siège, mais, par un effort surhumain, il réussit à reprendre les contrôles.\u201cRemets - la en équilibre, Pablo,\u201d s\u2019écria le professeur, \u201csans quoi, nous sommes finis.\u201d Le professeur et les jumeaux regardaient, anxieux, pendant que Pablo mettait toutes ses forces pour sauver du désastre la Reine des Cieux.7\t\u2014 Lentement, la Reine des Cieux répondit aux commandements de Pablo et le professeur laissa échapper un soupir de soulagement, lorsque le vaisseau aérien reprit son équilibre.\u201cQuelle est la cause de cet incident ?\u201d demanda Flora.Pablo et le professeur se regardèrent.Tous deux savaient qu\u2019une seule chose pouvait avoir fait dévier la machine.\u201cIl vaut mieux leur dire, professeur,\u201d dit Pablo tout bas.\u201cC\u2019est bien ce que je vais faire,\u201d dit le professeur doucement.\u201cSeule une explosion atomique sur la terre peut être la cause de ce trouble.\u201d 8\t\u2014 \u201cTentez donc de capter Glasgow par sans fil ?\u201d suggéra Calum.Pablo secoua lentement la tête.Le professeur se moucha et toussa.\u201cU faudra être très braves,\u201d dit-il \u201cIl n\u2019y a plus de Glasgow, de Londres, de New-York ou de Leningrad, la bombe atomique a effacé toute civilisation.Il amena les jumeaux devant le tableau de télévision.\u201cRegardez ici,\u201d ajouta-t-il.\u201cVoyez, il ne reste rien dans l\u2019espace que le monde devrait occuper.Le monde est disparu pour toujours ! \u201d f îslÈa 9\t\u2014 La terrible explosion qui avait détruit la terre, éloignait de ce fait le vaisseau aérien.Calum essayait de comprendre la pleine signification du désastre.R jeta un coup d\u2019oeil vers Pablo qui semblait plutôt inquiet.Le professeur demeurait froid, comme d\u2019habitude.\u201cEst-ce que ceci signifie que nous sommes perdus ?\u201d demanda Flora d\u2019une voix tremblante.\u201cNous pouvons nous diriger vers une autre planète,\u201d répondit le professeur.\u201cGrâce à mon invention, la Reine des Cieux, la chose est possible.\u201d Pour détourner la pensée des jumeaux du désastre qui avait anéanti Le monde, Pablo leur demanda laquelle des planètes ils désiraient visiter.\u201cJ\u2019ai déjà lu quelque chose au sujet de Mars,\u201d dit Flora.\u201cAUons-y,\u201d dit Calum Sur un signe du professeur, Pablo changea le cours de la machine.\u201cJe me demande s\u2019il y aura là de la crème glacée, des bananes et du chocolat,\u201d murmura Flora.10\t\u2014 Malgré la grande vitesse de la Reine des Cieux, plusieurs jours et plusieurs nuits passèrent à voyager à travers l\u2019espace.Enfin un minuscule globe parut.\u201cRegardez,\u201d cria Pablo.\u201cVoici Mars, enfin ! \u201d Ils coururent tous vers la fenêtre.Calum et Flora ne virent d\u2019abord rien.Le professeur, de ses yeux de myope, observa longtemps le ciel.\u201cNous ne voyons rien,\u201d dirent les jumeaux.Us oubliaient que les yeux perçants de Pablo pouvaient voir à une très grande distance.Soudain, Mars devint visible à tous.(A SUIVRE) H \u2014 Le globe grossit et bientôt les jumeaux réalisèrent que Pablo ne s\u2019était pas trompé.\u201cMais oui, c\u2019est Mars, dit le professeur._ Pendant que la Reine des Cieux s\u2019avançant vers Mars, les jumeaux purent voir ce qu\u2019ils pensèrent être des montagnes et des rivières.\u201cJe crois que je vois des arbres,\u201d dit Flora toute émue.\u201cTu vois toujours des choses,\u201d dit Calum.\u201cMais tu as raison, ce sont des arbres.Je me demande.\u201d Mais ce que se demande Calum reste inconnu.A ce moment, Pablo les avertit de se bien tenir, car ü tenterait d atterrir.[ Suite au prochain numéro 1 4F«cavvrw( *!«»%% v» ^\ti A «RS»'\"* ^tllfeian*1 >\u2022«*\u2022»«\u2022¦«] r.'iiïiîiu;:?:: ,,BU1?CMI \u2018\u2022«tain '*\u2022\u2022¦¦¦»' ïîiïi\" \u2022-¦\u2022«*##*\u2022»* ülïanifiivaiMUf ¦ am 90M**m0»m, «\u2022< -tfaa«.*afc «îW^WfWWTD \u2022 I «\u2022 i B p ¦ », ;«fu ai«5*ï; '#\u2022«»» j'f» IVMl»>Vfl igp*mi*âP< Blin ü:ï:r:î5ü \u2022tu» *ii!« /¦\u2022!¦¦¦! '¦iBaifBif' vil»; himii Hffl |«lil !*S#SSÎ' ii>>>I»||m(|II [\u2022ilIMMIlà\u2019ii UBII4' \u2022 \u2022Hlm.EPISODE NUMERO QUINZE L'Espion défend sa peau désespérément .Hobilement, l'Espion prend le dessus ! Il applique un solide moulinet à la figure de son adversaire, qui perd l'équilibre .Ah ! J'ai mon revolver ! A mon tour, maintenant! s.A la suite d'une série de coups de poings donnés au corps du sous-officier, ce dernier tombe au parguet, hors de combat .Ha ! Je surs blessé à la main droite, mors je puis ttot aussi bien vous tuer de la moin gauche ! C'est un jeu pour moi Comme l'officier s'approchait de l'espion, ce dernier lui lança un livre à la figure - comme le ferait Bob f'fî'vJ Feller.L'officier resta t JM r sans défense !\t/ A Jr Les efforts de l'héroïque espion No 11 sont récompensés Le message aux tranchées arrive à temps\t___ Allô ! Les quartiers-généraux appellent.Transmettez ces instruc fions.L'infanterie doit se rendre Maintenant, si je puis envoyer mon message o temps, je sauverai Formée entière d'une mort certaine ! mmédiatement secteur ,/W^' L'Esp.0\"*0\" appelle N (Suite au prochain numéro) A l'insu de l'armée transovanienne, les troupes de Chesterland s'emparent des tranchées, situées au nord de Kale . le Samedi, Montréal, 26 avril 1947 NOTES ENCYCLOPÉDIQUES Les gouverneurs d\u2019Etat dans l\u2019histoire américaine ont toujours été prodigues de titres militaires honorifiques, mais personne n\u2019a atteint le record de Ruby Laffoon, gouverneur du Kentucky de 1931-35.Ses trente prédécesseurs avaient créé un total de 5,000 colonels du Kentucky, mais, à lui seul, il en ajouta 5,000, parmi lesquels on compte un boxeur, une actrice enfantine du cinéma et une danseuse à éventail.\u2022 Le côté gauche du cerveau humain est plus grand que l\u2019autre chez les droitiers et plus petit chez les gauchers.\u2022 de Vitry-le-François, beaucoup moins importantes que les précédentes, ont eu aussi tous leurs livres détruits.La bibliothèque Strasbourg a perdu un demi-million de volumes.\u2022 Les cormorans étant particulièrement habiles à la capture des poissons, les pêcheurs, en plusieurs régions de la Chine, les dressent à cet effet en leur passant un anneau très étroit autour du cou.Les cormorans sont lâchés en mer, partent à la recherche de leur proie et reviennent déposer sur le pont les poissons qu\u2019ils ne peuvent avaler.La première grève sur le tas enregistrée par l\u2019histoire, loin d\u2019être contemporaine, date de 3578 avant Jésus-Christ.C\u2019est ce que viennent de découvrir des archéologues qui procédaient à des fouilles dans la vallée du Nil.Il ressort des inscriptions nouvellement déchiffrées que, cette année-là, les travailleurs égyptiens qui construisaient la pyramide de Chéops se mirent en grève par suite d\u2019une diminution de leur ration d\u2019ail.L\u2019Irlande fut le seul pays d\u2019Europe où la propagation du christianisme n ait pas rencontré d\u2019opposition violente de la part des autorités établies : les apôtres s\u2019y sont contentés de l\u2019auréole des saints sans y joindre la palme du martyre.Saint Patrice q u i avait été envoyé dans ce pays par le pape Célestin, au Ve siècle, s\u2019illustra par ses miracles plus encore que par ses vertus.Madame de Che-vreuse fut la plus dangereuse des femmes politiques de son temps, dans une période où tout ce qui portait jupon prétendait s\u2019immiscer dans la direction du royaume, où la petite de Montausier disait ingénument à la marquise de Rambouillet : \u2014 Grand-mère, maintenant que je suis grande et que j\u2019ai cinq ans, si nous parlions un peu des affaires de l\u2019Etat.Pour en revenir à la duchesse de Chevreuse, elle a mis, pendant trente années consécutives, le trouble en France et dans toute l\u2019Europe, compromis les souverains, affolé les ministres, dérangé des alliances et suscité des guerres.Pendant trente ans elle a combattu Richelieu, désolé Mazarin, brouillé ou tout au moins désuni le ménage de Louis XIII ; elle a séduit, trahi, lancé dans des aventures hasardeuses Charles 1er, roi d\u2019Angleterre, Philippe IV, roi d\u2019Espagne, Charles IV, duc de Lorraine, mêlant galanterie et diplomatie, menant de front les affaires politiques et les affaires de coeur, considérant les désordres publics comme un passe-temps incomparable et s\u2019en divertissant comme du plus excitant des jeux.A LANGUE DE LA GIRAFE MESURE DEUX PIEDS DE LON-GUEUR.La tour Eiffel a exigé pour sa construction 2,500,000 rivets ; elle est formée de 15,000 pièces différentes, dont aucune n\u2019excède les dimensions courantes des fers de commerce.Les calculs préliminaires ont occupé quarante calculateurs et dessinateurs, pendant deux ans.Tous les assemblages ont été dessinés en vraie grandeur ; ces dessins couvent 5,000 feuilles d\u2019atelier de quarante pouces sur trente, qui existent encore à l\u2019usine Levallois.Il serait donc possible, en cas de destruction de la tour de la reconstruire exactement semblable.Les ingénieurs affirment que l\u2019emploi des aciers spéciaux apporterait peu de modifications intéressantes à cette reconstruction ; seule la soudure électrique permettrait d\u2019importants allégements.\u2022 Il a fallu six siècles pour rassembler les richesses de la Bibliothèque nationale de Paris, doyenne des grandes bibliothèques encyclopédiques.Mais la vulgarisation de l\u2019imprimé a fait de tels progrès que livres, brochures et périodiques inondent maintenant ces vastes établissements, qu\u2019il faut sans cesse agrandir, si bien que pour guider ses lecteurs, la Bibliothèque nationale a dû imprimer plus de mille volumes de catalogues, auxquels s\u2019ajoutent des centaines de milliers de fiches manuscrites, et le travail est cependant bien incomplet.\u2022 Il existe près de la ville de Shanghaï des sources d\u2019eau chaude dont les ménagères tirent parti dans un but d\u2019économie domestique.C\u2019est ainsi que pour faire cuire durs des oeufs, elles les placent dans un panier métallique qu\u2019elles plongent à l\u2019aide d\u2019une perche dans l\u2019eau chaude et les maintiennent immergés le temps nécessaire à la cuisson.\u2022 De tous les pays du monde, les Indes sont celui où les serpents sont les plus dangereux.Les statistiques prouvent en effet qu\u2019aux Indes on enregistre une moyenne de vingt décès par jour des suites de morsures de serpents.\u2022 Il est difficile d\u2019évaluer les pertes subies par les bibliothèques publiques de France durant la guerre.Il semble bien que la province surtout ait perdu des richesses inestimables.Les bibliothèques municipales de Tours, de Caen, de Donai, de Cambrai et de Chartres ont été complètement détruites.Celles de Beauvais, de Brest, de Dunkerque, de Cherbourg, de Falaise, de Saint-Dié, A part son titre de bachelier mérité au collège, Herbert Hoover a reçu 54 degrés honorifiques de différentes universités, plus qu\u2019aucun autre homme dans l\u2019histoire.L\u2019anglais est la langue dont on se sert dans 50% des journaux ; 60% des programmes radiophoniques ; 70 % des revues et 80% de la correspondance universelle.' \" - H\u20acN*f UTONÛAL À HOLLYWOOD, .\"LA L
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