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Titre :
Le samedi
Éditeur :
  • Montréal :Société de publication du "Samedi",1889-1963
Contenu spécifique :
samedi 3 mai 1947
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque semaine
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    Successeur :
  • Nouveau samedi
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Le samedi, 1947-05, Collections de BAnQ.

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[" BHHBH Montréal, 3 mai 1947 MAGAZINE NATIONAL DES CANADIENS No 50 annee S -y co CoaJ ¦ Ingrid Birgman RKO .¦ , ¦ ¦ .- lil&i 2 Le Samedi, Montréal 3 mai 1947 SI VOTRE AUTO SOUFFRE D\u2019AVOIR TROP LA TREMBLOTE DONNEZ DU MOTOR RYTHM AU MOTEUR POUR QU\u2019IL FLOTTE POUR MISE AU POINT DU MOTEUR GOOflM GUNK) DEMANDEZ WHIZ MOTOR RYTHM à votre garage ou à votre station de service.Si vous \u2022ne pouvez vous en procurer, écrive* directement à notre bureau des ventes pour avoir les noms des marchands les plus proches.Il n\u2019y a qu\u2019un Motor Rythm : c\u2019est le Whiz.Exigez-le.The R.M.Hollingshead Co.of Canada, Ltd., 1130 Bay St., Toronto 5, Ontario.Usines à Bow-manville, Ontario.VOUS REMPLACEZ L\u2019HUILE ?Ajoutez-y du Motor Rythm et constatez comme cela donne de la puissance et de la nervosité à votre moteur.Pourquoi ?Parce que l'emploi de Motor Rythm est la façon moderne et sûre, par décalaminage chimique, de nettoyer le carbone et autres dépôts nuisibles qui enlèvent à votre moteur une grande partie de sa puissance.Avec Motor Rythm, vous roulerez plus agréablement et épargnerez jusqu\u2019à 30% sur l'essence consommée.CONSERVEZ LA SOUPLESSE DE VOTRE MOTEUR Pour une action ultra-rapide quand, par suite d\u2019accumulation de carbone, le moteur fait entendre des \"cognements\" et \u201ccliquetages\u201d, faites couler une petite boîte de Motor Rythm à travers votre carburateur.De plus, Motor Rythm vous aidera à roder votre auto neuve plus vite et mieux.PRODUIT DE Maître» an pradaitt d'tufritlti chimlqat» D'EUROPE EN AMERIQUE SCIENCE ET VOYAGE RECORD D'UN CHIRURGIEN Le Professeur Herbert Olivecrona, le célèbre chirurgien suédois du cerveau, a jusqu\u2019ici \u2014 il est âgé de 55 ans \u2014 pratiqué 5,000 opérations du système nerveux, parmi elles 3,300 sur des tumeurs du cerveau, rapporte le quotidien de Stockholm, Svenska Dagbladet.On peut rappeler que le chirurgien américain Harvey Cushing, qui était considéré de son temps, à coté d\u2019Olivecrona, comme le plus eminent chirurgien du cerveau, avait pratiqué environ 2,000 opérations lorsqu il mourut en 1939, à l\u2019âge de 70 ans.Le Professeur Olivecrona est parti dernièrement pour l\u2019Amérique latine, invité par diverses universités et sociétés de médecine à faire des conférences sur ses méthodes.La chirurgie de la douleur \u2014 la dernière nouveauté dans ce domaine, comprenant des incisions dans le cerveau par lesquelles les nerfs conduisant aux centres de réception des sensations de douleur sont coupés \u2014 sera un des sujets de ses conférences.Il a été constaté que des opérations de cette sorte peuvent être pratiquées avec succès sur des patients souffrant de maladies douloureuses et incurables, physiques ou mentales.Pendant les premières semaines qui suivent l\u2019opération, le malade est un peu désoriente, mais se trouve ensuite dans un état nouveau et permanent où les souffrances le laissent indifférents ; sa personnalité entière est transformée, il est optimiste et toute anxiété et angoisse ont disparu.Un film en couleurs, tourné pendant une des grandes opérations du cerveau pratiquées par le Professeur Olivecrona, sera projeté en relation avec ses conférences.Ce film, pourvu d\u2019un texte en suédois, en anglais, en français et en espagnol, montre une opération d\u2019une tumeur du cerveau appelée meningeoma parasagittal.Pour les opérations de cette sorte, le Professeur Olivecrona a obtenu les meilleurs résultats et la plus basse mortalité du monde.?UN PETROLIER MODERNE Un pétrolier anglais dont la rapidité est faite pour défier un sous-marin sans naviguer en convoi a subi les transformations nécessaires pour devenir le navire le plus moderne du monde dans son genre.C\u2019est \"L\u2019Helicina\u201d qui allie la vitesse au confort pour tous, hommes et officiers.Il a accompli son premier voyage Southampton-Curaço (Antilles) en 10 jours et quelques heures alors que les pétroliers ordinaires prennent de 15 à 16 jours.\u201cL\u2019Helicina\u201d est remarquable par ses dimensions, ses machines motrices et la construction soudée de sa coque d\u2019acier.Les membres de l'équipage ont chacun leur cabine, un lit à ressorts et une lampe de chevet.Le mobilier de la cabine comprend un bureau, une commode et un canapé.Les marins et les soutiers ont des mess séparés réunis par des portes à coulisses qui, lorsqu\u2019elles sont ouvertes, tranforment les deux compartiments en une grande salle de récréation.Les mess sont meublés de chaises à siège de cuir.NOTRE COUVERTURE La première fois qu\u2019elle visita New-York, INGRID BERGMAN, à l\u2019étonnement de son entourage, demanda qu\u2019on lui fit faire une promenade sur la Cinquième Avenue et qu\u2019on l'invitât à manger dans l\u2019un des restaurants Child.A cette époque, Ingrid découvrait l'Amérique, cette grisante Amérique où les possibilités de succès, en matière cinématographique comme en tant d autres, sont si grandes ! Beaucoup d\u2019eau est passé sous les ponts depuis cette année de 1939.S\u2019il faut mentionner des titres de films pour mieux souligner la voie parcourue, rappelons au hasard : \u201cIntermezzo\u201d, \u201cFor Whom The Bell Tolls\u201d, \u201cGas Light\u201d, \u201cBells of St.Mary\u2019s\u201d et \u201cSpell Bound\u201d.Dès son apparition dans \u201cIntermezzo\u201d, Miss Bergman conquit d\u2019emblée les auditoires américains.Cinéastes et cinéphiles comprirent immédiatement qu\u2019ils se trouvaient en présence d\u2019une étoile de première grandeur.D\u2019origine suédoise, elle est née le 29 août 1915, à Stockholm.Ingrid éprouva dès sa plus tendre enfance l\u2019irrésistible appel de la scène.Son père la destinait à la scène lyrique, volonté qu\u2019elle eut la sagesse de ne pas contrarier, sachant bien qu un jour où l autre elle finirait pas réaliser son rêve.Ce rêve, elle l\u2019a magnifiquement réalisé et, chose certaine, si son père vivait, il se féliciterait de ne pas avoir eu tout à fait tort, tout en reconnaissant que sa fille est heureusement le dermier mot de la fin.Son ambition suprême était de personnifier Jeanne d Arc et là aussi, son voeu fut finalement exaucé.Mais là ne finit pas sa carrière !\tPhoto RKO Radio Pictures. LES PUBLICATIONS POIRIER, BESSETTE & CIE, LIMITEE Membres de l'A.B.C., et de l'Association des Editeurs de Magazines du Canada Le Samedi La Revue Populaire Le Film 975-985, RUE DE BULLION MONTREAL \u2014 CANADA \u2022 T é I : PLateau 9638 * * FRED POIRIER GEO.POIRIER Présidents conjoints JEAN CHAUVIN Directeur Rédacteur en chef : GERALD DANIS Chef de publicité : CHARLES SAURIOL Directeur artistique : HECTOR BRAULT Chroniqueur sportif : OSCAR MAJOR Chef du tirage : ODILON RIENDEAU NOS REPRESENTANTS : WILFRID DAOUST 20, Onzième Avenue, Lachine (Ottawa, Hull, Sherbrooke, Drummondville, Saint-Hyacinthe, Sorel, Granby, Farnham, Saint-Jérôme, Joliette et les environs.) 58e année.No 50 \u2014 Montréal.3 mai 1947 3 EDITORIAL D\u2019UN SAMEDI À L\u2019AUTRE Savons-nous rire encore ?Un éditeur canadien, homme préparé par sa profession à s'y connaître, vient de reprocher aux écrivains canadiens de langue anglaise de ne pas savoir rire.Jack Stoddard est le représentant dans notre pays de la puissante maison américaine d'éditions MacMillan.Au cours d'une visite à Vancouver, il a fait la remarque qu'il manque sûrement à la partie anglophone de notre littérature des auteurs gais.M.Stoddard n'a rien dit pour nous.Mais nous eût-il mieux connu \u2014 ou nous ferions-nous mieux connaître nous-mêmes \u2014 je crains que son reproche ne soit aussi juste à notre adresse.Décidément, nous ne justifions guère notre réputation de peuple latin, c'est-à-dire de peuple essentiellement rieur et blagueur, prompt à saisir le ridicule et le comique.Comme ce don ne nous manque pas dans la pratique de la vie courante, il est à se demander pourquoi il ne se manifeste pas plus dans notre littérature.On ne peut plus, comme il y a trente ans, nous faire le reproche que nous n'écrivons pas.Les livres se succèdent assez régulièrement chez nous maintenant et ne se ressemblent pas tous.Mais, à part une fraction de l'œuvre de Roger Lemelin \u2014 « Au pied de la pente douce » \u2014 nous ne gaspillons vraiment pas notre humeur à rire.La vie nous est-elle si difficile que nous ne trouvons pas moyen d'imiter de quelque manière le Gabriel Chevalier de « Clochemerle » qui rédigeait pourtant sa prose bouffonne aux années les plus sombres de la Troisième République Française ?Sur le titre de la citoyenneté Je sais bien que ce ne sont pas les seules avanies qu'avaient eu à subir chez nous des membres de la race noire ; mais il semble bon de les souligner, car elles sont survenues dans la même semaine, en deux parties différentes du Canada, ce qui indique un état d'esprit capable de se généraliser.A Sydney, en Nouvelle-Ecosse, une coiffeuse noire s'est vue refuser, à cause de la coloration de sa peau, une place au parterre d'un cinéma local.Pour s'y être assise quand même, après n'avoir obtenu qu'une place au balcon, à prix moindre, elle a été arrêtée et jugée.Motif : elle aurait fraudé l'Etat canadien de la différence d'un sou entre les taxes d'amusement sur les deux sortes de billets.A Toronto, un joueur noir \u2014 Léon Baird_______ a été expulsé d'un tournoi de bridge pour une raison semblable de discrimination raciale.Le gérant du tournoi, l'américain Alex Sobel, ¦- expliqué qu'il suivait les règlements de l'association des bridgeurs professionnels des Etats-Unis.Un autre tournoi de bridge d'une importance presque continentale doit avoir lieu bientôt à Québec.Encore une fois, Sobel a été choisi pour le diriger.Espérons qu'il ne trouvera pas un autre Léon Baird à persécuter.Les Québécois, comme tous les autres peuples, pratiquent la charité bien ordonnée, en commençant par eux-mêmes.Mais, pas plus que les Torontois qui ont protesté hautement, ils n'aiment à se donner des airs d'étroitesse d'esprit.Notre minorité se vante de ne pas commettre envers les autres des actes de discrimination qu'elle a quelquefois lieu de reprocher à certains éléments oran-gistes.ADELARD PARE 6, rue du Pont, Québec ( Québec et Lévis ) PAUL LARIVIERE 1710, rue St-Philippe, Trois-Rivières (Trois-Rivières et Cap-de-la-Madeleine ) Autorisé comme envol postal do la deuxième classe, Ministère des Postes, Ottawa.\u2022 Entered at the Post Office of St.Albans, Vt., as second class matter under Act of March 1879 ABONNEMENT CANADA Un\tan\t\t\u2022 $3.50 Six\tmois\t\t- 2.00 \tETATS-UNIS\t Un\tan\t\t- $5.00 Six\tmoii\t\t\u2022\t2.50 AU NUMERO: 10 cents \u2022 HEURES DE BUREAU: 9 h.a.m.à 5 h.p.m.du lundi au vendredi.\u2022 AVIS AUX ABONNES \u2014 Les abonnés changeant de localité sont priés de nous donner un avis de huit jours, l'empaquetage de nos sacs de malle commençant cinq jours avant leur expédition.Le récent octroi de la nouvelle citoyenneté canadienne à notre peuple nous porte à quelques réflexions utiles.La preuve de cette citoyenneté est fournie par un parchemin du format ou à peu près d'tin diplôme collégial.La taille d'un tel document a fait protester le député conservateur-progressiste de Peel, en Ontario, M.Gordon Graydon, ancien chef intérimaire de son parti à Ottawa.M.Graydon a demandé pourquoi le gouvernement fédéral ne faisait pas plutôt imprimer des certificats de citoyenneté plus petits, afin qu'on puisse les glisser dans son portefeuille, à côté de la carte d'identité ou de celle d'assurance-chômage.Plainte assez opportune, il nous semble.Le certificat actuel ne peut être transporté aisément.Il doit être encadré et exposé au salon, si l'on ne tient pas à ce qu'il jaunisse dans la poussière des armoires.Mais de la sorte on n'est plus patriote et fier de sa nationalité que devant les visiteurs.C'est encourager la vanité plus que le légitime orgueil.Mais c'est aussi laisser sa patrie à la maison.Danton avait coutume de dire qu'on emporte sa patrie dans la boue collée à ses souliers.Pourquoi pas l'emporter au moins dans son portefeuille ?Notons que relativement très peu d'autochtones se sont empressés de se procurer ce certificat.Geste assez naturel, quand on est sûr de sa naissance et qu'on sent la patrie vraiment sienne déjà par toutes ses fibres.Mais preuve aussi qu'on ne nous a pas encore entièrement caporalisés ! Le Français doit porter partout avec lui, presque jusqu'au bain, son carnet d'état civil.Les autres Européens de même.En Amérique, il n'est pas encore nécessaire d'exhiber cela pour pouvoir circuler à notre guise.Puisque nous sommes tous frères .Deux manifestations de discrimination raciale ont eu lieu récemment au Canada qui donnent à réfléchir.Une heureuse initiative Le maire de Québec, M.Lucien Borne, est assez fier de lui-même en ce moment ; et il y a de quoi.Il a d'abord obtenu pour une bouchée de pain _______ un demi-million de dollars \u2014 l'arsenal vide de Saint-Malo qui en avait coûté vingt à construire et aménager.Mais il a fait mieux en réussissant à vendre la moitié de cet espace vacant à onze industries differentes.Pour plus que la somme déjà déboursée, quatre entreprises à elles seules ont versé trois cent soixante mille dollars et promettent d'employer au moins neuf cents travailleurs de la vieille capitale.Au total, sept cent soixante-dix mille dollars sont ainsi entrés dans les caisses de la ville.Et il reste encore environ dix des vingt immeubles de l'ancien arsenal à vendre.Du travail est ainsi garanti dès le début à deux mille des sept mille chômeurs actuels de Québec.Monsieur Borne a eu la sage précaution d'obliger les nouveaux propriétaires à promettre d'entrer en activité d'ici six mois.Cette tentative qui semblait d'abord hasardeuse s'est révélée une proposition intéressante a plusieurs points de vue.Mais nous croyons bon de faire remarquer aussi un autre point : c\u2019est que la municipalité québécoise a su diversifier les entreprises nouvelles.On y trouve entre autres un fabricant de maisons démontables, un manufacturier d'appareils électriques, des producteurs de verre, de peinture, de meubles, de caisses d'emballage en bois, de lainages, de vetements féminins, un garagiste, etc.Il faut de tout cela dans une grande ville comme Québec pour qu elle ne soit pas trop dépendante de ses voisins.Et puis, avec une telle variété, cette cité ouvrière nouvelle devient un véritable bazar.On y trouvera de tout ce qu il faut pour son logis et sa voiture y compris le logis lui-même.\t* Adrien ROBITAILLE 4 Le Samedi, Montréal, 3 mai 1947 AU BRÉSIL ¦\t«I L\u2019Empire du Mica Par TAD SZULC (EXCLUSIF AU \u201cSAMEDI\u201d) Pendant la guerre on parlait aussi souvent des batailles militaires que du \u201chome front\u201d \u2014 la bataille de la production.On admirait autant les braves soldats, aviateurs et marins que les mineurs anonymes, ouvriers des fonderies d\u2019acier, ceux des laboratoires où le travail était aussi dangereux que la lutte au front et enfin tous ceux qui d\u2019une manière ou de l\u2019autre ont contribué à la victoire.Parmi ces \u201chome fronts\u201d il y en avait toutefois un qui était très peu connu dans le monde.C\u2019était le front brésilien de la production du mica.Ce minerai, d\u2019aspect assez modeste quoique intéressant, constituait un des éléments basiques pour la production de tous les appareils de précision \u2014 radar, radios, goniomètres, etc.Le mica était utilisé dans les Forteresses Volantes, tanks et bateaux de guerre.Et l\u2019effort de guerre aurait été impossible sans ces plaques transparentes.Au moment de l\u2019éclosion de la guerre sur le Pacifique, les Nations Unies furent coupées de toutes les autres sources de ravitaillement normales et il fallut un miracle de travail et de technique pour tirer du sol brésilien suffisamment de mica.Le Brésil en avait et en possédait assez pour tous les besoins mais il fallait organiser la production sur une base industrielle \u2014 une production en masse, ouvrir des mines, construire des routes, organiser le transport dans le Far West brésilien où les routes utilisables par des camions sont aussi rares que les pluies dans le désert du Sahara.On l\u2019a fait.On a accompli ce miracle à force de travail incessant, persistant et anonyme.Et ceci grâce à la collaboration des deux grands alliés : les Etats-Unis et le Brésil.Le reportage qui suivra pourrait faire partie de la série \u201cLe secret peut être révélé maintenant\u201d.Mais 0 montrera aussi un phénomène qui prend place dans toutes les régions du monde où l\u2019effort de guerre a atteint un point jamais vu.C\u2019est le phénomène de la reconversion de la production de guerre en production de paix.Les mines développées au maximum pendant la guerre pour obtenir une production colossale doivent continuer à produire et il faut écouler leur production pour que ces mines du Brésil ne viennent pas à connaître le destin des mines du klondyke, abandonnées après le \u201cboom\u201d.Maintenant, une autre lutte commence : celle de produire assez pour assurer du pain aux mineurs et de vendre assez pour ne pas forcer les propriétaires des mines à fermer.Cette lutte qui commence maintenant est une lutte économique, qui se déroule dans les bureaux des producteurs importateurs et exportateurs.On ne peut pas la montrer si bien dans un reportage photographique mais de son résultat dépend le sort et la vie des milliers des mineurs qui, par leur travail, ont rendu possible l\u2019effort de guerre inouï des Alliés.[Lire la suite page 361 Le travail dam la mine de mica est dur et terrible.On creuse dans des tunnels bas et étroits, parfois à six cents pieds de profondeur.Les tunnels suivent la veine et sont très tortueux.Il y a des étayages de protection mais souvent les tunnels ne sont pas asses hauts pour que l'on puisse les construire.Parfois on emploie de la dynamite pour creuser mais, d'autre part, quand le terrain est très sablonneux, on doit se contenter de perforage ou même de pioches afin d'éviter un écroulement fatal.Les accidents graves sont rares -1 .- mm iNte Tout cela, c\u2019est du mica.On dirait un torrent de minerai se ruant en bas d'une montagne.Le meilleur mica se trouve sous la terre, parfois à six cents «t neuf cents pieds de profondeur.(Les plaques sont réellement plus pures.St.S3* *.T'Vv| \u2022T:-\u201d Mm ; WM '&ÛÊ WMffl La mine du Cruzeiro est un village avec toutes les caractéristiques du Far West américain du début du siècle.Des maisonnettes en bois, un ou deux bars, un épicier, la prison, voilà à peu près taut I -T'®»*:\u2019 mm.ï&méï: I mM On dirait que la lumière vient de la terre.Ce rayonnement intense est la réfection des rayons solaires sur le mica qui recouvre le sol.Ces enfants marchent gaiement au centre de cet empire enchanté du mica au Brésil.Ces deux ingénieurs brésiliens se trouvent à un croisement de galeries à sis cents pieds sous la terre.Cette partit de la mine a été bien aménagée déjà.Il V a des wagonnets sur des rails.Photos de Jean Manzon. *'v\\ mîirimf «Msr.' * sN* rj*È**f UNE ANCIENNE TRADITION FÊTE DU PREMIER MAI Par T.F.LINDSAY (Exclusif au SAMEDI) #ite clinch's WITNEY WL£5 ¦ K « vi-.-i \u2022 °' .gpgf.Jgj Photo do haut, la danse autour du mai à Ickwell, comté de Bedford en Angleterre.Pendant la danse, les rubans de couleur que tiennent les enfonts s'enroulent autour du mai en un dessin joli et compliqué.Ci-contre, Danse champêtre travestie à Brampton, comté d'Oxford.A gauche, le clown qui ne manque jamais de jouer un rôle d'importance dans les us et coutumes du premier mai, en Angleterre, la fière Albion.La plupart des anciennes coutumes du mois de mai qui sont encore en honneur en Angleterre ont certainement quelque rapport avec la célébration du retour du printemps.Les archéologues n\u2019ont pas de peine à faire remonter leur origine aux vieux rites païens de la fertilité du sol, qui avaient un caractère superstitieux et même souvent repoussant.Les coutumes, comme les peuples qui les observent, évoluent à leur manière : elles perdent leur signification première et elles appellent alors des associations d\u2019idées différentes, plus civilisées.Il n\u2019y a, par conséquent, aucun mal à dire que ces fêtes anciennes et bizarres furent d\u2019abord des invocations primitives à quelque esprit des éléments, à quelque déesse du printemps.L\u2019être humain est, naturellement, déprimé par les rigueurs de l\u2019hiver, surtout de l\u2019hiver anglais, et réconforté par le retour du printemps, surtout quand, comme il en va en Angleterre, la saison printanière pour ravissante qu\u2019elle soit, n\u2019en est pas moins capricieuse et éphémère.La coutume la plus répandue est probablement celle du mai.Autrefois il y avait dans chaque ville, dans chaque village en Angleterre un mai permanent qui, le premier mai, était décoré de jeunes rameaux, de feuilles vertes et de fleurs nouvelles.Des rubans de couleur et de gaies banderolles y étaient suspendus : les gens du pays, tenant l\u2019extrémité de ces banderolles, dansaient alors autour du mai, exécutant des pas compliqués tout en chantant.Du temps de Shakespeare, le mai était une coutume qui était partout observée, mais après que les Puritains l\u2019eurent au dix-septième siècle rigoureusement supprimée, elle ne retrouva plus toute son ancienne couleur.Quand, en 1660, la République des Puritains fut renversée et le roi Charles II revint d\u2019exil, on replanta le mai à Londres, un événement des plus significatifs.Plusieurs villages, surtout dans le nord de l\u2019Angleterre, ont de nos jours encore un mai permanent.L\u2019élection de la reine du premier mai, la plus jolie jeune fille de la ville ou du village, se rattache aux danses autour du mai.\t[ Lire la suite page 36 ] 6 SALUT, PRINTEMPS ! LES ARBRES DE MAI mm \t y ******\t \t- \u201cr « X V ON retrouve chez la plupart des peuples européens une tradition de fête champêtre qui se célébrait le 1er mai.La Grèce antique a connu ces démonstrations scéniques.Le folklore d\u2019Europe centrale est particulièrement riche à leur propos.C\u2019était tantôt l\u2019enterrement du bonhomme Hiver, tantôt la confection d\u2019un mannequin, représentant l\u2019hiver et ses frimas, que l\u2019on plantait au sommet d\u2019un bûcher auquel on mettait le feu, tantôt des cortèges d\u2019enfants ou d\u2019adolescents porteurs des symboles du renouveau.Mais ce sont les arbres surtout qui jouaient un rôle important dans ces fêtes qui marquaient le passage d'une saison dure à une autre plus clémente et plus féconde.De nos jours encore, les automobilistes qui pénètrent dans un village français peuvent parfois remarquer à l\u2019entrée une haute perche surmontée d\u2019un bouquet de feuillage.L\u2019arbre est le plus souvent un peuplier ou un sapin qu\u2019on a ébranché, c\u2019est le mai de la commune.[ Lire la suite page 35 ] Notre pays est réputé pour la beauté de ses arbres et l'on peut dire que les étrangers les \"contemplent avec un oeil d'envie\u201d.Ce culte que nous avons nous-mêmes pour la flore nous vient de nos ancêtres, lesquels, dans leur pays d'origine, n'étaient peut-être pas aussi gratifiés que nous sous ce rapport.En ce début de printemps, nous avons donc voulu exprimer notre admiration pour les arbres et, en même temps, évoquer la tradition du \"mai\" chez nous.\tPhotos Le Samedi. l'üniuiip» üfl f Ci-dessus, photo du centre, vaccination d'un malade mordu par un chien enragé.\u2014 Plus bas, Mlle MARIE LAURENT, fille du recteur de la Faculté de Strasbourg qui devint Madame PASTEUR.\u2014 Ci-contre.PASTEUR en 1865.A l'apogée de sa gloire, il fut envoyé à Londres, au Congrès médical international.Pasteur eut la joie de voir inaugurer en 1888, le célèbre Institut qui porte son nom.\tPhotos S.I.F., Ottawa.Russes de Smolensk traités préventivement contre la morsure d'un loup enragé.Ce fut à partir de 1854 que Louis Pasteur effectua ses recherches qui aboutirent à ses grandes découvertes des bacilles du charbon et de la rage, secourant l'humanité.LOUIS PASTEUR : Le sérum est pris sur un cheval avant d'être traité.\u2014 Ci-dessus, à droite, dernier présudium de Pasteur à l'Académie de Médecine.\u2014 A gauche, le Docteur EMILE P.OUX, l'un des disciples de Pasteur qui fut le plus connu du public.7 Par PASTEUR VALLERY-RADOT de l\u2019Académie Française et de l\u2019Académie de Médecine Il Y a deux siècles et demi, le chimiste anglais Boyle écrivait : \u201cCelui qui pourra sonder jusqu\u2019au fond la nature des ferments et des fermentations sera sans doute beaucoup plus capable qu\u2019un autre de donner une juste explication des divers phénomènes morbides, aussi bien des fièvres que des autres affections.Ces phénomènes ne seront peut-être jamais bien compris sans une connaissance approfondie de la théorie des fermentations.\u201d Il devait être donné à Pasteur de découvrir la cause des fermentations\u2019 et de déceler l\u2019étiologie des maladies virulentes.V ¦ m Pasteur édifia une doctrine qui, depuis cinquante ans, ne fait que se développer.Elle a transforme le monde moderne plus qu\u2019aucune autre révolution, à tel point qu\u2019aujourd\u2019hui toutes les nations se sentent tributaires du génie de Pasteur.On a pu dire à juste titre : l\u2019ère avant Pasteur, l\u2019ère après Pasteur.Ses travaux de cristallographie, après lui avoir montré les relations qui existent entre la forme cristalline, la composition chimique et le sens de la polarisation rotatoire, l\u2019avaient amené à découvrir, alors qu\u2019il avait moins de trente ans, que les molécules qui se sont édifiées sous l\u2019influence de la vie, telles que les sucres, les fécules, l\u2019albumine, la gelatine, la fibrine, la cellulose, ont une dissymétrie moléculaire.Cette dissymétrie de constitution a pour résultat de faire dévier la lumière polarisée et répond à une asymétrie dans la forme extérieure.Voilà la découverte capitale de Pasteur, celle qu il fit dans toute la fraîcheur de la jeunesse, \u201calors que fleurit l\u2019esprit d\u2019invention\u201d, celle qui porte la première empreinte de son génie et qui fut l\u2019origine de toutes ses découvertes ultérieures.Pasteur fut amené par une suite rigoureuse, inflexible de ses recherches à l\u2019étude des fermentations.Cette étude le conduisit logiquement à celle des maladies virulentes, dont il décela l\u2019étiologie et pour lesquelles il découvrit un traitement préventif par vaccination.Médecine, chirurgie, obstétrique, hygiène, art vétérinaire, industrie des fermentations : toutes ces branches de l\u2019activité humaine portent l\u2019empreinte de son génie.Son oeuvre en biologie se résume en ces mots, qui sont de lui : \u201cLa vie préside au travail de la mort\u201d.C\u2019est par les infiniment petits que les substances animales et végétales se décomposent.C\u2019est par eux que tout ce qui a cessé de vivre se détruit pour reconstituer d\u2019autres vies sous d\u2019autres formes ; ainsi s\u2019effectue le cycle étemel de la vie et de la mort à la surface du globe.Ce sont eux qui pénètrent dans les tissus et les humeurs et les adultèrent, créant la maladie.De la matière organique morte ou vivante ils sont les éternels destructeurs.Expliquer la désintégration du monde organique par les infiniment petits, tel fut le but de toutes les recherches de Pasteur.\t[ Lire la suite page 36 ] UN GUIDE INTELLECTUEL ET MORAL Map W&'y; , fe£ i.>.,;,S; fflnrc' Ss.ists5'' ¦Ü iSgwrar !.Il -\"Sé'liS: \u2022*¦*» V i TOME1 M.'-m M .,4 Fort heureusement, l'ère des grèves semble être aujourd'hui sur son déclin.Souhaitons qu'il en demeurera longtemps ainsi.La scène de droite nous rappelle avec acuité le cahot que peut produire la mésentente entre patrons et ouvriers.Une boulangerie importante de Milwaukee, aux Etats Unis, dût tout bonnement donner à tout venant, pains et gâteaux pour éviter un gaspillage certain, et ce, parce que les camionneurs s'étaient mis en grève.Bonheur d'un jour pour les bénéficiaires d'occasion, mais perturbation pour la clientèle régulière qui dut en souffrir.Ci-contre, la grande folie des hommes est passée par ici.Résultat : un village entier à reconstruire.Cette scène a été prise quelque temps après la libération de la France, alors qu'on procédait au déblaiement du village de Dortan, dans l'Ain.La tâche immense est entreprise par les villageois eux-mêmes, aidés de prisonniers allemands.ÇA ET LA PAR L\u2019IMAGE A deux pas des grands buildings, dans un superbe décor de verdure qu'anime et rafraîchit un imposant cours d'eau, voilà une joie que tous les citadins du monde n'éprouvent pas souvent.Cet habitant de Melbourne, en Australie, goûte la détente rêvée tout en lisant son journal.Combien de Montréalais pourraient l'envier ! Un visiteur impressionnable qui passerait une demi-journée dans cette fabrique de boîtes de conserve aurait des chances d'y rêver toute la nuit ! Cette usine de Victoria, en Australie, possède une machine qui.à elle seule, peut en tourner 300 à la minute.\u2014 Ci-dessous, un vieux pont couvert de la vallée du Rhône, en Suisse, qui n'est pas sans nous rappeler ceux de la province de Québec. «HS Le transport en commun a connu ses problèmes durant la guerre.Aussi, la leçon a-t-elle porté ses fruits.C'est ainsi qu'une compagnie américaine de chemin de fer inaugurait récemment un train composé de voitures que l'on pourrait qualifier d' \"impériales\" puisque chacune d'elles comporte deux étages.L'idée, qui n'était pas précisément nouvelle, trouve enfin son application pratique et le public voyageur s'en trouve entièrement satisfait.Une voiture impériale peut loger confortablement 134 voyageurs comparativement aux 72 des wagons ordinaires.Serait-ce vraiment la fin du tohu-bohu 7 * \ta\u2014\t \t\t \t\t \tpfVi.\t1 i jMjfflp\t''y'ipSÊBt Tout est relatif en ce bas monde.On nous dit que cette minuscule voiture française d'après-guerre est la plus spacieuse du genre et le photographe s'est efforcé de nous la montrer sous l'angle le plus révélateur.Mais, peut-on se demander, quelles sont alors les dimensions des autres, moins spacieuses ! \u2014 Ci-contre, à droite, quelques spécimens de l\u2019aviation commerciale française d'après-guerre récemment exposés à un salon parisien.Là-bas comme ici.on vise au progrès.; 3$£^*v** Le ravissant épagneul que l'on voit ci-dessus vient de vivre une aventure qu'il garder© longtemps en mémoire.Son étourderie au jeu \u2014 car il n'était nullement affamé \u2014 a permis qu'il avalât trois pièces de 50 sous, deux de 25, et une de un sou.Heureusement pour lui, le vétérinaire put les lui faire rendre comme nous pouvons voir ici.V?:;r WKSBm Ci-dessus, quelques voitures américaines du modèle 1947 qu'on s'apprête à expédiei sur le marché d'outre-mer.C'est bien là un signe certain que la reprise des affaires dans le monde commence à retrouver son élan normal.On sait qu'actuellement, les fabriques américaines d'autos ont atteint un rythme plus que satisfaisant de production, ce qui permet l'exportation outre-mer, exportation des plus encourageantes. : y\u2014« Ü ** Le Samedi, Montréal, 3 mai 1947 Le proverbe chinois : \"Une image vaut mille mots\", s'applique très bien en ce moment au Japon.En l\u2019occurrence, c'est le genre caricature auquel font appel les autorités d'occupation de ce pays pour éduquer les masses vers l'idée de la conception démocratique que doit avoir la constitution qu'on est appelé à choisir ces jours-ci.L'image du haut montre le patronat despote d'avant-guerre : celle du bas, les représentants des classes ouvrières discutant avec les maîtres dans une atmosphère de compréhension mutuelle.Ci-dessus, Leadenhall Street, à Londres, qui est surtout et avant tout le centre du commerce maritime britannique.Des deux côtés de cette rue étroite de la Cité de Londres sont les bureaux des compagnies de transport et ses trottoirs sont bien connus des capitaines au long cours.\u2014 Ci-dessous, la plus grosse unité de la Marine Royale Canadienne, le nouveau porte-avion Magnificent que l'on achève de construire au Royaume-Uni pour le compte de notre pays.Ci-dessous, photo pathétique qui nous parvient du village de Pisek en Tchécoslovaquie méridionale.Ce pauvre petit dont la tête et les mains sont recouvertes de pansements à cause d'affections provenant de malnutrition, boit goulûment une tasse de lait de beurre, ration qu'il peut obtenir grâce à l'intervention de la Croix-Rouge américaine.On s'efforce de secourir ainsi 3,200,000 malheureux enfants de ce pays.A la mine de mica du Cruzeiro, au Brésil, il faut redoubler d'attention lorsque le jour est venu de préparer la paye des employés.La photo ci-dessus montre le fonctionnaire qui s'apprête à ce travail.La fortune s'étale donc devant lui et pendant ce temps, il est protégé par un double système de sécurité : le revolver posé sur sa table et le \"papagaio\" qui surveille son maître et qui pousse des cris perçants à l'approche de tout être humain. Le Samedi, Montréal, 3 mai 1947 La Troisième Occasion de Françoise Nouvelle par PAUL-HENRI CHATILLON La porte de la chambre claqua d\u2019un coup sec.Françoise, sans prendre le temps d\u2019enlever son manteau, vint s\u2019asseoir à son bureau.La tête entre les mains elle songeait.Ses yeux noirs, si brillants d\u2019habitude, semblaient obscurcis, son front se barrait d\u2019un pli soucieux.Elle resta ainsi quelques minutes sans bouger, puis se levant tout à coup, elle dit à haute voix : \u2014 C\u2019est bien de ma faute tout cela.J\u2019ai dit non trop vite.Et elle ajouta à mi-voix : maintenant je suis sûre que je l\u2019aime .Elle se remettait en mémoire les moindres petits faits de sa rencontre avec Bernard.Elle était partie à Versailles le matin même, et elle s\u2019était promis de rentrer à Paris dès le début de l\u2019après-midi.Elle resta plus longtemps qu\u2019elle ne l\u2019aurait désiré chez les Barillet et elle ne put reprendre que le train de 16 h.15.Arrivée de bonne heure à la gare, elle trouva une place assise dans un coin.Au fur et à mesure qu\u2019approchait l\u2019heure du départ, le train se remplissait.Lorsque Bernard entra dans le wagon où elle se trouvait, il ne restait plus qu\u2019une seule place assise, sur la banquette à côté d\u2019elle.Le jeune homme allait s\u2019y asseoir lorsqu\u2019il reconnut Françoise.Leurs regards se rencontrèrent et Françoise se sentit rougir.Il ne put faire autrement que de la saluer mais il ne s\u2019assit point.Cela fit l\u2019affaire d\u2019un gros bonhomme essoufflé qui arrivait derrière Bernard.Après s\u2019être informé si la place était libre, il s\u2019assit à côté de la jeune fille.Pendant tout le temps que dura le trajet, Françoise s\u2019appliqua à lire l'hebdomadaire qu\u2019elle avait acheté au kiosque à journaux de la gare.Mais elle ne pouvait s\u2019interdire de lancer de temps en temps quelques petits coups d\u2019œil en direction du jeune homme.On ne pouvait dire que Bernard était un joli garçon, mais il avait du charme.Le front dégagé, le regard franc, le menton volontaire faisaient oublier le nez un peu disgracieux, les sourcils un peu trop chargés.Pourquoi Françoise avait-elle refusé lorsque Bernard l\u2019avait demandée en mariage ! La jeune fille aurait été un peu embarrassée pour le dire.C\u2019était la première fois qu\u2019une pareille demande lifi était faite.Comme elle connaissait Bernard assez peu, elle en fut très surprise.Lorsque son père lui en parla après avoir reçu la visite de Bernard, elle répondit non.Elle ne demanda même pas à réfléchir ni à analyser davantage le sentiment que pouvait lui inspirer le jeune homme.Elle pensait à ce moment-là que le jour où elle dirait oui c\u2019est parce qu\u2019elle aurait rencontré un garçon qui ne pouvait être que très beau, très intelligent et très bien à tous points de vue.Mais l\u2019aventure de son amie Yvonne qui avait trouvé un jeune homme qui réunissait toutes ces qualités, tout au moins en apparence, et qui s\u2019était révélé ensuite sous un jour moins flatteur, avait contribué à redresser le jugement de Françoise.Et puis elle avait mieux regardé Bernard.Elle s\u2019était aperçue qu\u2019il était simple, prévenant, d\u2019humeur toujours égale.Et si la première fois qu\u2019on le voyait on pouvait ne pas le trouver beau, quand on le connaissait mieux, on devait reconnaître qu\u2019il avait beaucoup d\u2019aisance et de distinction.Et puis il lui plaisait maintenant pour d\u2019autres raisons qu\u2019elle ne pouvait définir.Elle s\u2019apercevait quand même que la joie qu\u2019il y a à se sentir aimée, à avoir été choisie parmi beaucoup d\u2019autres, à être l\u2019objet secret des pensées de quelqu\u2019un qui, aux yeux de tous, semble indifférent, n\u2019avaient pas peu contribué à éveiller et à faire grandir l\u2019intérêt qu\u2019elle portait maintenant à Bernard Oui, mais voilà, il aurait fallu s\u2019apercevoir de cela plus tôt, il y a quatre mois, lorsque Bernard avait fait sa demande.Pour tirer ces déductions, pour voir le jeune homme sous un jour nouveau Françoise avait dû examiner Bernard avec minutie les rares fois qu\u2019elle le vit, car après l\u2019insuccès de sa démarche, Bernard s\u2019arrangea pour ne plus rencontrer la jeune fille.Seulement, lorsque l\u2019on a des amis communs, lorsqu\u2019on habite à cinq cents mètres l\u2019un de l\u2019autre et que l\u2019on prend le métro à peu près aux mêmes heures, il est bien difficile de ne jamais se rencontrer.Alors que Françoise, presque à son insu, semblait chercher È se trouver sur le chemin de Bernard, celui-ci faisait tout son possible pour l\u2019éviter.Il avait recours à des ruses de sauvage pour ne pas prendre le même métro, pour ne pas la faire danser lorsqu\u2019ils se trouvaient l\u2019un et l\u2019autre chez des amis.Il ne pouvait faire autrement que de la saluer, mais une fois ce geste accompli, il semblait ne plus la voir ni la connaître, mieux encore, elle ne semblait plus exister pour lui.Si cette attitude exaspérait Françoise, elle avait aussi contribué à faire naître et se développer l\u2019attirance puis l\u2019amour qu\u2019elle éprouvait pour Bernard.\u2014 Maintenant, je suis sûre que je l\u2019aime, se répétait-elle en descendant l\u2019escalier de sa chambre à l\u2019heure du dîner.Oui, mais comment le lui faire savoir.Ce petit jeu de cache-cache entre elle et lui devait prendre fin maintenant.Sûre de ses sentiments vis-à-vis de Bernard, [ Lire la suite page 38 ] J saSte» r- «.\"Françoise .ma petite Françoise ! Je ne pouvais pas vous oublier, et je ne me serais jamais consolé, si vous aviez été à un autre ! \" Dessin de JEAN MILLET Le Samedi, Montréal, 3 mai 1947 \"Mademoiselle Irène, je ne réclame pas de confidences.Mais si je pouvais vous être utile .Vous semble! mêlée à une bien ténébreuse intrigue ! \u201d Dessin de JEAN MILLET LA SERVIETTE DE MAROQUIN Récit policier par ROBERT JEAN-BOULAN Dans le bureau encombré de dossiers, les deux hommes, l\u2019un en face de l\u2019autre, fumaient, goûtant ce bienheureux état d\u2019esprit qui suit une heureuse digestion.Le premier occupait le fauteuil tournant derrière le meuble verni où il travaillait d\u2019habitude.Il était assez grand, plutôt fort, le masque énergique et bonasse a la fois.C était 1 inspecteur Grimpette, de la Police judiciaire.\u2014 Non, mon vieux ! déclara-t-il avec fermeté à son interlocuteur.Tout ce que tu me diras ne me convaincra point ! J\u2019en ai assez, de la chasse a 1 homme ! Je prends ma retraite.Je vais planter mes choux, au propre et au figuré ! J\u2019ai en vue un petit coin pas mal du tout, du côté de Viroflay.C\u2019est là que je vais aller me terrer.Ah ! messieurs les cambrioleurs pourront faire tout ce qu\u2019ils voudront! Je m\u2019en moque, à présent! L\u2019autre haussa les épaules sans cérémonie.__On dit ça ! Mais qu\u2019une affaire intéressante se présente, et je te parie ma tête contre un bonnet que tu n\u2019auras pas les jambes assez longues pour courir après les coupables.On a son métier dans le sang, quoi qu\u2019on dise ! \u2014 Mon métier! Nom d\u2019une pipe! Voilà vingt-cinq ans que je l\u2019exerce ! J\u2019en ai assez ! J\u2019aspire au calme campagnard ! Ah ! la douceur de semer ses radis, d\u2019arroser ses salades, de greffer ses rosiers ! Se coucher à neuf heures, se lever à sept, dormir tout son content au lieu de galoper après d\u2019insaisissables individus.L\u2019autre l\u2019interrompit en riant.\t>\t) \u2014 Dis donc, Grimpçtte, il me semble qu\u2019il n y en a pas eu beaucoup d\u2019insaisissables pour toi ! Ta réputation est faite depuis longtemps! Le policier se rengorgea avec une pointe de fatuité.__J\u2019avoue que j\u2019ai eu de la chance.Plus d\u2019un m\u2019a été redevable d\u2019un logement aux frais de la République .Bref, ma demande est là, toute prête ; ce soir, elle sera partie.\t, \u2014 Tu as tort ! Tu n\u2019as pas le droit de rester déjà inactif, mon cher.Tu as à peine quarante-cinq ans.Tu n\u2019es pas encore podagre ni infirme.Tu te dois a la société !\t, __Flûte, mon vieux Narcisse! J\u2019en ai par-dessus les oreilles et encore plus haut! Je tire ma révérence à la société, et je vais penser enfin un peu à moi.Ça, vois-tu, il n\u2019y a rien à faire ! Je suis fermement décidé et, si je change d\u2019avis, je veux bien te payer des cacahuètes !\t, Il s\u2019interrompit brusquement.La sonnerie du telephone venait de retentir à son oreille, faisant un vacarme ininterrompu et discordant.Il décrocha le récepteur en grommelant.\u2014 Pas moyen de rester deux minutes tranquille, dans cette boîte ! Allô ! Ah ! c\u2019est vous, chef ! Que je vienne tout de suite vous trouver ?Bien, bien.j\u2019y cours ! Oui, oui ! Il se tourna vers son collègue et laissa éclater sa rancoeur.\u2014 Tu vois, hein ?Pas moyen de fumer seulement une malheureuse cigarette! Mais je ne perdrai pas tout à fait mon temps quand même : j\u2019emporte ma demande de mise à la retraite, et je la laisserai au patron .A tout à l\u2019heure ! Il sortit, bougonnant encore, et se dirigea vers le bureau du directeur de la Police judiciaire, qui se trouvait à l\u2019extrémité du couloir.En passant, il croisa un huissier.¦\u2014 Bonjour, monsieur l\u2019inspecteur ! dit familièrement celui-ci.Est-ce vrai ce qu\u2019on m\u2019a dit, que vous vouliez nous quitter ?\u2014 Et ça ne fera pas long feu, c\u2019est moi qui te le dis ! \u2014 Dommage, monsieur l\u2019inspecteur ! On vous aimait bien ici ! Mais entrez vite : le patron vous demande.Grimpette avait déjà poussé la porte matelassée de cuir.Derrière un grand bureau surchargé de paperasses, le « patron » se tenait.C\u2019était un petit homme, Le Samedi, Montréal, 3 mai 1947 13 sec et nerveux, mais doué d\u2019une énergie et d\u2019une intelligence surprenantes.Il poussa une exclamation de contentement en voyant arriver son subordonné.\u2014 Ah ! Grimpette ! C\u2019est vous ! C\u2019est de la chance que vous vous trouviez ici.Figurez-vous que je viens de recevoir un coup de téléphone du ministère des Affaires étrangères.Il se passe une affaire excessivement grave .Le policier dressa l\u2019oreille comme le cheval de bataille qui entend le son de la trompette.\u2014 Qu\u2019y a-t-il ?\u2014 Une serviette de maroquin bleu, contenant des documents de premier ordre, concernant la défense nationale, a disparu du coffre où elle était enfermée ! \u2014 Boufre ! \u2014 Vous comprenez qu\u2019il faut agir vite et avec discrétion, reprit le directeur en tapotant machinalement son bureau avec un coupe-papier d\u2019ivoire.Si la presse s\u2019empare de cette histoire, tout est fichu.Pas de publicité, voilà le mot d\u2019ordre ! Il faut immédiatement que vous vous rendiez là-bas ; on vous mettra au courant ; vous aurez un ou deux collaborateurs si c\u2019est nécessaire, mais n oubliez pas que vous devez opérer le plus rapidement possible, car la sécurité du pays est en jeu ! Ces papiers ne doivent pas passer la frontière ! Allez vite, mon ami, et bonne chance! Ah ! surtout, si des journalistes essaient de vous tirer les vers du nez, motus, hein ?\u2014 Pas de danger, monsieur le directeur ! Je ne suis plus un novice ! Il sortit à grands pas.L\u2019huissier l\u2019attendait, peut-être pour reprendre la conversation amorcée.\u2014 Alors, où c\u2019est que vous allez prendre votre retraite, monsieur l\u2019inspecteur ?Ça ne vous fera pas mal au coeur, parfois, en pensant à nous ?Grimpette lui lança un tel regard que le malheureux en r-sta éberlué.\u2014 Qu\u2019est-ce qui t\u2019a raconté une bourde pareille! Moi, quiter la Police judiciaire ?\u2014 Dame ! Je .\u2014 Celui qui t\u2019a dit ça est aussi sot que toi ! Et l\u2019inspecteur partit d\u2019un ton stupéfait : \u2014 Mais c\u2019est vous qui me l\u2019avez annoncé ! Grimpette entra comme une bombe dans son bureau.Narcisse Picquevent, son collègue, fumait toujours en rêvant.Il sursauta en entendant la porte claquer avec un bruit de tonnerre.\u2014 Alors ! fit-il.C\u2019est fait ?\u2014 Quoi, c'est fait ?\u2014 Ta demande .partie ?Grimpette haussa ses puissantes épaules.\u2014 Il s\u2019agit bien de prendre sa retraite ! Mon vieux Narcisse, j\u2019ai d\u2019autres chats à fouetter ! Je pars pour le ministère des Affaires étrangères .\u2014 Le ministre t\u2019invite ?L\u2019inspecteur avait déjà coiffé son chapeau et enfilé son pardessus.\u2014 Peut-être!\t\u2022 \u2014 Tu lui diras bien des choses de ma part.Et.ho ! Grimpette ! \u2014 Quoi ?\u2014 Pense à me rapporter mes cacahuètes !.Le policier ne daigna pas répondre.Il s\u2019esquiva tandis que son ami riait silencieusement de sa plaisanterie.Il descendit quatre à quatre l\u2019escalier, arriva dans la rue à une allure de cyclone.Justement, un taxi passait à vide.Il le héla.\u2014 Ministère des Affaires étrangères ! L\u2019inspecteur ne s\u2019abusait pas sur la gravité de l\u2019affaire.Il connaissait l\u2019audace, l\u2019habileté, la sûreté que déploient ceux dont la mission est de surprendre les grands secrets nationaux.Chaque minute, chaque seconde, risquait de compromettre le succès.Enfin, il arriva au ministère.On l\u2019attendait, sans doute, car, dès qu\u2019il eut donné son nom et décliné sa qualité à un huissier, celui-ci lui dit : \u2014 Je vous mène au bureau de M.le chef de cabinet.Après avoir suivi plusieurs corridors, immenses et poussiéreux, l\u2019huissier l\u2019introduisit dans une pièce de dimensions assez vastes, ornée de cartons verts et de meubles confortables.Un homme entre deux âges se promenait de long en large, les mains derrière le dos, semblant en proie à une grave préoccupation.Il s\u2019arrêta net lorsqu\u2019il vit Grimpette et fit quelques pas précipités vers lui.\u2014 Ah ! c\u2019est vous, l\u2019inspecteur Grimpette, n\u2019est-ce pas ?Je vous attendais avec une impatience !.M.le directeur de la Police judiciaire vous a mis au courant ?Grimpette jeta un coup d\u2019oeil à l\u2019huissier qui refermait la porte et s\u2019assit, sans façons.\u2014 Non, monsieur le chef de cabinet.Il m\u2019a dit seulement que j\u2019aurais ici toutes précisions utiles.\u2014 C\u2019est juste ; je ne lui ai parlé que de l\u2019objet du vol.\u2014 Des documents, n\u2019est-ce pas ?Le chef de cabinet leva les bras au plafond dans un geste tragique.\u2014 D\u2019une importance capitale ! Le plan détaillé de la ligne Maginot, avec emplacement exact de tous nos forts secrets, de Metz à Rocroy ! Si nos ennemis arrivent à en prendre connaissance, les gigantesques travaux que nous avons faits pour assurer la sécurité de notre frontière de l\u2019Est se trouvent en partie compromis, car rien ne sera plus facile que de les viser à coup sûr ! Le chef de cabinet se tut, hors d\u2019haleine.Puis, ponctuant d\u2019un coup de poing énergique ce qu\u2019il disait, il reprit : \u2014 Monsieur l\u2019inspecteur ! Ces documents, il faut remettre la main dessus ! Il faut qu\u2019ils reviennent intacts ici ! Et, pour cette tâche ardue, colossale, un seul homme est compétent, un seul homme peut l\u2019accomplir, et cet homme, c\u2019est vous ! Nous comptons sur vous ! La France compte sur vous ! Un immense devoir vous incombe dès cette minute ! Habituellement, c\u2019est le service de contre-espionnage qui s\u2019occupe de ces affaires-là.Mais nous avons pensé que vous, vous étiez capable, avec toute la discrétion désirable, de récupérer ces papiers.Grimpette avait tout écouté sans broncher.Seulement, ses traits avaient pris la dureté qu\u2019ils avaient les veilles de bataille.On sentait tous ses efforts et toutes ses facultés tendus pour réunir le maximum d\u2019atouts dans la formidable partie qu\u2019il allait engager, et dont l\u2019enjeu était peut-être des milliers et des millions de vies humaines ! \u2014 Naturellement, reprit le chef de cabinet plus calmement, tous les pouvoirs vous seront donnés pour agir efficacement, tous les moyens seront mis à votre disposition pour favoriser le résultat.Voici un laissez-passer coupe-file signé de la main du ministre, et un chèque qui vous permettra d\u2019assumer toutes les dépenses qu\u2019il faudra.Il tendit les deux papiers à l\u2019inspecteur, qui les serra soigneusement dans son portefeuille.\u2014 Maintenant, dit-il, je vous prierais, monsieur le chef de cabinet, de bien vouloir me donner tous les renseignements que vous pouvez sur la disparition de ces documents, et de quelle façon, à quel moment, vous vous êtes aperçu de leur substitution.\u2014 Voici.Ce matin, vers neuf heures et demie, nous avons reçu un coup de téléphone du général Michelin, gouverneur militaire de Paris, qui nous demandait en communication confidentielle le dossier A-H 21, qui est celui des plans de défense de la ligne Maginot.Après avis du ministre, la chose a été entendue.Une demi-heure plus tard, un commandant venait, de la part du général, prendre le fameux dossier, que je lui fis remettre sans difficulté.Or, le hasard voulut que nous eussions nous-mêmes besoin d\u2019un renseignement contenu dans ces documents.M.le ministre téléphona en personne au général Michelin OBSESSION C\u2019est un air qu\u2019il avait chanté, Un banal refrain d\u2019Italie Dont le charme était emprunté A sa douce voix assouplie ; C\u2019était un air tendre et moqueur, Mêlé de tristesse et de joie, Qui vous enveloppait le coeur Comme dans des mailles de soie.Le beau chanteur s\u2019en est allé ; La voix chère à jamais s\u2019est tue.J\u2019entends toujours le chant ailé Vibrant à travers l\u2019étendue .Quelque chose est resté dans l\u2019air De sa langoureuse romance ; Et la musique de cet air Recommence et puis recommence .Tout le jour, au dedans de moi, J\u2019écoute les notes dolentes.Comme des cloches en émoi, Le soir elles sonnent plus lentes .Dans Vapaisement du sommeil S\u2019affaiblit leur onde sonore, Mais au premier coup du réveil, C\u2019est la molle cadence encore .Au vent d'hiver, ati vent d\u2019été, Avec sa voix rauque et méchante, C\u2019est la mer, à présent, qui chante, Pour moi, tout ce qu\u2019il a chanté.Marie MERC1ER-NIZET en le priant soit de transmettre le dit renseignement par une estafette, soit de rendre le dossier dès qu\u2019il n\u2019en aurait plus besoin.Jugez de notre stupéfaction et de notre effroi aussi, lorsque le gouverneur assura de la façon la plus formelle non seulement n\u2019avoir jamais eu besoin de ces plans, mais ne point les avoir demandés et n\u2019avoir pas non plus envoyé cm officier pour les chercher ! Dès lors, il ressortait clairement que nous étions le jouet d\u2019audacieux coquins, qui avaient trouvé ce moyen hardi pour se faire remettre les documents.Immédiatement, j\u2019ai alerté la Police judiciaire, demandant au directeur à la fois la plus extrême discrétion sur cette regrettable affaire, et de nous envoyer d\u2019urgence un homme capable de réparer le mal avant qu\u2019il ne soit trop tard.Je vous connais par ouï-dire, monsieur Grimpette ; je sais de quoi vous êtes capable, et comment vous avez su détruire déjà les oustachis en France ! Cette fois-ci, vous ne vous montrerez pas inférieur à votre réputation.\u2014 Pourriez-vous me donner le signalement de l\u2019officier qui est venu chercher les plans ?\u2014 Mal, car il n\u2019est entré ici que l\u2019espace d\u2019une demi-minute ; mais, par contre, il est resté quelques instants dans la pièce à côté, et ma secrétaire pourrait peut-être vous faire son portrait mieux que moi.Tout en parlant, il avait sonné.La porte s\u2019ou vrit, et une jeune fille, mince et gracieuse, aux yeux bleus et aux cheveux bruns et frisés, entra.\u2014 Mademoiselle Irène, dit le chef de cabinet, pourriez-vous décrire à M.l\u2019inspecteur que voici le commandant qui est venu prendre le dossier ce matin ?\u2014 Mais oui, monsieur, je crois ! répondit-elle d\u2019une voix claire et sans nul embarras.C\u2019était un homme grand, assez corpulent, d\u2019une cinquantaine d\u2019années, par une moustache rasée à l\u2019américaine, et qui a l\u2019index gauche sectionné .Grimpette leva brusquement la tête.\u2014 L\u2019index sectionné ?¦\u2014 Oui, monsieur l\u2019inspecteur ! Il est coupé par la moitié.Un hasard me l\u2019a fait remarquer.Il était ganté, mais il a fait un faux mouvement, et j\u2019ai vu le bout du doigt d\u2019étoffe s\u2019aplatir complètement sur le bras du fauteuil.C\u2019est un pur hasard que j\u2019aie remarqué ce détail.\u2014 Un hasard heureux, mademoiselle, car le renseignement est important ! Néanmoins, puisqu\u2019il était ganté, inutile de rechercher les empreintes digitales, Le gaillard a tout prévu ! Est-ce là tout ?\u2014 Des yeux gris, très perçants et très vifs.tenez, monsieur, tout à fait comme les vôtres ! Grimpette essaya de rire.\u2014 Je vous prie de croire que ce n\u2019est pas moi! Elle éclata d\u2019un rire frais.\u2014 Excusez-moi, monsieur, ce n\u2019est pas ce que j\u2019ai voulu dire ! L\u2019inspecteur sortit d\u2019un air très affairé.Mais, dès qu\u2019il fut hors du ministère, son attitude aurait bien surpris le chef de cabinet et la jeune dactylo, s\u2019ils avaient pu le voir.Oubliant sans doute le caractère d\u2019extrême urgence de la mission qu\u2019on venait de lui confier, le policier était entré dans un café, avait demandé un bock et un jeu de cartes.Et, comme un bon petit rentier, il se mit à faire des réussites.CHAPITRE II e ravissant hôtel qu\u2019habitait la jeune star de cinéma, Vania Délicia, resplendissait, ce soir-là, de lumières.Déjà, une file de voitures de maîtres était rangée le long du trottoir en face.La grande avenue Victor-Hugo rutilait dans la nuit.On voyait au loin se profiler la masse somptueuse de l\u2019Arc de Triomphe.La vedette était coutumière de ces soirées mondaines.Elle recevait beaucoup et tenait table ouverte.Le Tout-Paris mondain, artistique, littéraire, côtoyait l\u2019opulente colonie étrangère.Ce qui revient à dire qu\u2019en somme ses réunions étaient toujours un peu mêlées.Mais la jeune femme adorait cette façon fastueuse et un peu excentrique de pratiquer l\u2019hospitalité.Un homme d\u2019un certain âge, en frac, un foulard de soie blanche autour du cou, descendit d\u2019une voiture de louage et entra dans l\u2019hotel.Il remit une carte au grand valet de pied qui recevait les invités, au bas de l'escalier.Celui-ci y jeta un coup d\u2019oeil, lut : « Comte Yégor » et n\u2019en demanda pas plus long, d\u2019autant plus qu'un flot d\u2019arrivants survenaient.Le comte pénétra dans l\u2019enfilade de salons, illuminés à giorno, et alla saluer la maîtresse de maison, qui 1 accueillit avec le sourire-type qu\u2019elle accordait à tous.C était une fort jolie femme brune, au type caucasien.De fait, on la disait d\u2019origine russe.Près d\u2019elle se tenait un homme d\u2019une quarantaine d\u2019années à la forte moustache blonde.On le connaissait un peu.Il avait été acteur et s\u2019appelait Grimpart.Par quel miracle cet homme, qui n\u2019avait jamais eu ni gloire, ni fortune qui n était plus très jeune, avait-il séduit cette jolie femme au point de se faire épouser ?Car la charmante Vama-Delicia s\u2019appelait, sur les registres de l\u2019état civil Mme Léopold Grimpart.\t[ Lire la suite page 15 ] 14 Le Samedi, Montréal, 3 mai 1947 Le Monde Sportif Par OSCAR MAJOR volonté s\u2019émousse.Tel qui, hier, était combatif et ambitieux, devient veule et sans ressort, quand il ne va jusqu\u2019à la neurasthénie, jusqu\u2019à marcher sur les talons, selon l\u2019expression consacrée en boxe .Ces considérations nous amènent à louer les organisations qui encouragent les boxeurs amateurs, ceux qui luttent pour la seule gloire ou simplement pour se faire de» muscles et apprendre à se défendre lorsqu\u2019ils sont attaqués sur la rue par des malotrus.Malheureusement, beaucoup d\u2019entre eux songent trop souvent à changer de camp et à passer chez les professionnels Et ceci n\u2019est pas à l\u2019honneur de notre civilisation sportive ! B Réponse à M.R.Desroches, Montréal : 1° Le sport favori des Haïtiens est le football anglais.Ce sont de fervents adeptes de la danse et de* combats de coqs.Si l\u2019on défendait aux habitants haïtiens les combats de coqs, il y aurait, certes, de* émeutes, car c\u2019est leur seul amusement pour les di-manches.2° Nous ne croyons pas que le hockey professionnel soit du chiqué.Cependant, nous sommes d\u2019avis que certaines joutes de la cédule régulière laissent à désirer, lorsque l\u2019arbitre désigné reçoit avant la joute les instructions suivantes : Ne soyez pas trop sévère à l\u2019égard de tel ou tel club.Ne laissez rien passer à tel ou tel club.Cela signifie que les gouverneurs de 1» N.H.L., dans un élan de sympathie bien compréhensible, tiennent à ce que tel ou tel club sorte victorieux.Comme vous le savez, l\u2019arbitre peut faire ce qu\u2019il veut sur la patinoire.Il est le maître du logis et si ce maître est incompétent, on en voit de belles ! B II est à souhaiter que le fameux promoteur de lutte du Forum, Eddie Quinn, ne nous présente pas trop souvent le gros lutteur italien Primo Camera, ancien champion mondial des boxeurs poids lourds, dont tous les combats furent du chiqué .M.Alexander Siemel, chasseur de grands fauves, a abattu 281 jaguars, en 33 ans.Ces cinq dernières années, il a tué 30 de ces bêtes à l\u2019aide d\u2019une lance, 11 autres au moyen d\u2019un arc et de flèches, puis 22 autres, capturées vivantes et en bas âge dans la tanière de leur mère.Le poids moyen de ces jaguars de la jungle brésilienne est de 350 livres La lance, employée par ce grand chasseur devant l\u2019Eternel dans ces combats contre les jaguars, mesure six pieds de longueur.Il a rapporté 6,600 pieds de film sur la vie du jaguar et du chasseur de ces bêtes fauves B Si nos législateurs sévissaient contre les commerçants aussi sévèrement que le font les autorités du baseball organisé, on verrait moins de gens malhonnêtes .B Tommy Gorman, propriétaire de l\u2019Auditorium d\u2019Ottawa et des Nationaux d\u2019Ottawa, de la Ligue Border, prend les moyens nécessaires pour grouper un excellent club de baseball.Il a engagé le vétéran premier but Harry Davis, ex-Rochester et ex-Toronto, qu\u2019il aurait dû, cependant, nommer gérant à la place du lanceur Paul Dean.Nous n\u2019avons aucune confiance à un lanceur pour bien diriger une équipe.La loi de la moyenne, toutefois, peut nous jouer un vilain tour !.On dit que Babe Ruth, l\u2019ancien sultan des coups de circuit, recevra un salaire de $10,000 par saison, en qualité de directeur du programme de baseball de la compagnie d\u2019automobiles Ford.Sans aucun doute, on mettra une voiture de marque Lincoln à sa Au milieu de mar».l'Angleterre a reprl» l'heure d'été.Par Ironie du «ort.le même jour, la neige s'est mite de la partie, comme on le volt «ur cette photo inédite, olor» qu'avait lieu une course à pieds de cross-country.Les athlètes, en costume approprié, ne semblent aucunement embarrassés par la neige qu'ils ne connaissent pourtant pas comme nous.Cette course annuelle de 10 milles s'est disputée à Apsley.près de Londres.disposition .En dépit de toutes les demandes de Hollywood et d\u2019ailleurs, la jeune Barbara Ann Scott, championne mondiale du monde amateur de patinage de fantaisie, entend suivre un cours d\u2019art culinaire, à Ottawa.Après avoir remporté tous les rubans multicolores, il ne lui manquait plus que d\u2019avoir droit au titre de cordon bleu ! Ce qui ne tardera pas, du reste.le titre de Monsieur Montréal.Photo G.Oesmorois CHOSES ET AUTRES B Branch Rickey, président des Dodgers de Brooklyn, fut contraint de débourser la somme de $50,000, lors des joutes hors-concours des clubs Brooklyn et Royaux de Montréal, à la Havane.Les cubains ont tout simplement boudé ces parties d\u2019emrainement, car on ne comptait que des recettes de $934, $500, $300 et $134, sommes à peine suffisantes pour payer les repas des joueurs des deux équipes.Rickey jugera, certes, à propos d\u2019entraîner ses athlètes sous des cieux plus obligeants, le printemps prochain.Nous avons grandement goûté les réflexions de M.Georges Reyer, du \u201cCanada\u201d, au sujet d\u2019un acteur français qu\u2019un critique avait offensé dans l\u2019un de ses articles : Un acteur a convoqué son homme sur le terrain.Et nos deux gaillards ont vidé leur querelle en échangeant quelques \u201ccrochets\u201d à la mâchoire et \u2018directs au foie Le procédé a été jugé généralement inélégant.Pourtant U faut vivre avec son temps.Et la loi, qui condamne le duel, n\u2019interdit pas la boxe.Boxons donc ! Mais avouez qu\u2019il est étrange, de nos jours, qu\u2019un gentleman doive se comporter comme un chiffonnier, et que pour laver son honneur U lui faille se rouler dans le ruisseau ! \u201d O Au moment où la saison de boxe va vers sa fin, il est bon de rechercher ce que cette année nous a révélé de nouveau.Rien ou peu de chose.Il semble que la boxe, en tant que sport, traverse une crise.Les jeunes vedettes qu\u2019on nous avait prônées à son de trompe se sont effondrées.Et ceux qui voyaient en Kid Nombril et consorts de grands champions destinés à détrôner Joe Louis sont un peu déçus.A quoi cela tient-il ?Tout d\u2019abord à la commercialisation \u2014 pardon pour le mot \u2014 de la boxe.Dès qu\u2019un boxeur se montre quelque peu supérieur à ses adversaires de la même catégorie, il tombe entre les mains de gérants ou d organisateurs, qui l\u2019exploitent au maximum, au risque de le mettre à bout en peu de temps.Le boxeur Untel, qui avait le plus bel avenir devant lui, s\u2019est vu arrêté par l\u2019imprudence, ou plutôt l\u2019esprit de lucre d un organisateur qui a voulu trop tôt transformer en dollars la valeur de ce jeune boxeur.Autre cause du déclin de la boxe, au point de vue sportif toujours, c\u2019est la trop grande jeunesse des compétiteurs.On met sur le rond des jeunes hommes qui ne sont pas encore faits physiquement et moralement.Moralement, \u2014 et c\u2019est là surtout qu\u2019est le gros écueil \u2014 ces jeunes gens dont la formation première est, la plupart du temps, très rudimentaire, ne sont pas préparés au succès et à sa conséquence logique, puisque nous sommes chez des professionnels: la fortune.Ils sont vite grisés.Leur Le culturiste montréalais RENE LEGER, merveilleusement développé à lever des poids et haltères et à pratiquer plusieurs mouvements de culture physique, s entraîne actuellement en Floride, sous les yeux du Dr Frederic Tilney, en vue de participer au prochain concours de Monsieur Canada.Le trophée que I on voit à droite de cette photo fut accordé à René Léger, lorsque ce dernier remporta 4448, rue Garnier, Montréal. Le Samedi, Montréal, 3 mai 1947 15 LA SERVIETTE DE MAROQUIN [ Suite de la page 13 ] Il y avait déjà beaucoup de va-et-vient lorsque celui qui s\u2019était annoncé sous le titre laconique du comte Yégor arriva.Il ne semblait pas connaître grand monde.D\u2019ailleurs, il n\u2019avait pas l\u2019air de tenir excessivement à entrer en conversation.Se faufilant entre les groupes, il gagna le buffet et se fit servir une coupe de champagne, tout en observant les danseurs et les couples qui circulaient autour de lui.Vedettes du théâtre, de l\u2019écran, du music-hall, auteurs et compositeurs en vogue, conférenciers et musiciens, coudoyaient une noblesse aussi émancipée qu\u2019authentique.Tout le premier étage avait été réservé à la soirée.Celle-ci s\u2019animait.Deux jazz mettaient un entrain endiablé.Le comte allait et venait, examinant tout sans en avoir l\u2019air.Cependant, pour quelqu\u2019un qui aurait suivi attentivement son manège, il aurait été clair qu\u2019il s\u2019attachait surtout à observer les faits et gestes de la belle Vania-Délicia et ceux de son mari.Le comte se trouvait près d\u2019une fenêtre lorsque, soudain, une jeune femme, qui causait non loin de lui, avec le mari de l\u2019artiste, poussa un cri de frayeur.\u2014 Qu\u2019avez - vous, chère madame ?questionna Grimpart.\u2014 Oh ! fit-elle, c\u2019est bête ! Il m\u2019a semblé qu\u2019il y avait quelqu\u2019un derrière ce rideau ! Hais .tenez ! il remue encore ! \u2014 Ne vous énervez pas ! C\u2019est un courant d\u2019air qui l\u2019agite.\u2014 Certainement! Je suis ridiculement nerveuse depuis quelque temps.Ils s\u2019éloignèrent en causant.Le comte était resté à sa place et observait soigneusement l\u2019étoffe.Celle-ci, ample et lourde, pouvait facilement dissimuler une personne.Mais pourquoi se serait-on dissimulé là ?Cependant, autre chose le rendait songeur.C\u2019était le trouble, peu apparent, mais certain, qu\u2019avait manifeste Grimpart lorsque son interlocutrice lui avait dit qu\u2019il y avait quelqu\u2019un là.Il fit un pas en avant, puis se ravisa.\u2014 Non .attendons la suite ! grom-mela-t-il.Il s\u2019éloigna et s\u2019assit dans un coin, semblant fort s\u2019intéresser aux ebats des invités, mais, en réalité, ne perdant pas le rideau de vue.Ce coin-ci était un peu déserté.On se tenait surtout au centre du grand salon, et dans les autres.Le comte ne tarda pas à voir revenir en toute hâte Grimpart.Celui-ci jeta un coup d\u2019oeil furtif a droite et a gauche, et écarta l\u2019étoffe.Il y avait bien derrière un homme ! Un colloque extrêmement rapide s\u2019engagea entre le nouveau venu, qui était vêtu d\u2019un simple costume de ville, et Grimpart.Puis, sans se faire remarquer, l\u2019inconnu s\u2019éclipsa.Tout s\u2019était passé si vite que les invités ne s\u2019étaient point aperçu de la présence de cet individu.Grimpart l\u2019avait suivi des yeux.Il poussa un léger soupir de soulagement lorsqu il le vit disparaître, et se retourna.H se trouva nez à nez avec Vania-Délicia.La jeune femme semblait fort en colère.__Que voulait-il encore ?murmura- t-elle, les dents serrées.Je vous ai pourtant manifesté déjà le déplaisir que j\u2019avais à vous voir de pareilles fréquentations ! Son mari eut un haut-le-corps.__Ma chère, j\u2019ai les fréquentations qui me plaisent et ce n\u2019est pas à vous que j\u2019en demanderai 1 autorisation ! __Vous le devriez ! Vous savez pour- tant ce que valent ces gens-là et où ils vous conduiront ! \u2014\tTaisez-vous ! siffla-t-il.Ce n\u2019est ni le lieu ni le moment de m\u2019adresser de semblables observations ! \u2014\tJe veux savoir ce qu\u2019il vous voulait ! \u2014 Je vous trouve un peu curieuse ! Vous avez vos affaires, moi les miennes ! \u2014 Prenez garde ! \u2014 A quoi ?\u2014 Si je vous dénonçais ?Il ricana.\u2014 Je vous en défie bien ! \u2014 Vous avez tort ! Leurs visages gardaient un calme apparent, pour ceux qui auraient pu remarquer ce bref colloque.Mais la haine grondait dans les regards flamboyants qu\u2019ils échangeaient.\u2014 Vous savez pourtant que je dois maintenant trouver seul les ressources qu\u2019il me faut ! Tant pis pour vous si les moyens ne vous plaisent pas ! \u2014 Vous êtes un coquin et un lâche! Je vous méprise ! \u2014 Tant que vous voudrez! Vous ne m\u2019empêcherez pas d\u2019agir ! \u2014 C\u2019est ce que nous verrons ! Le comte s\u2019était insensiblement rapproché.Les deux époux étaient si occupés par leur colloque passionné qu\u2019ils ne s\u2019en étaient point aperçus.Ils furent interrompus par une amie de Vania-Délicia qui s\u2019écria en minaudant, prenant à témoin le petit groupe qui l\u2019entourait : \u2014 Voyez ces incorrigibles amoureux ! Us font encore des a parte, après deux ans de mariage ! C\u2018est honteux ! Elle s\u2019empara du bras de Grimpart, tandis que des jeunes gens entouraient Vania-Délicia.\u2014 Allons, allons ! Venez ! Assez de tête-à-tête comme cela ! Vous aurez tout le temps quand nous serons partis ! Le comte était resté pensif à la même place.Il n\u2019avait pas perdu un mot de ce qui s\u2019était dit, et il faut croire que cette conversation lui ouvrait un vaste champ de méditations, car il se reneoigna dans son coin, sans paraître s\u2019apercevoir du temps qui passait.Il ne fut tiré de sa songerie que par des cris et des exclamations.Des gens allaient et venaient, couraient tous dans une même direction.\u2014 Eh bien ! grommela-t-il, que se passe-t-il ?Il se leva à son tour et se dirigea vers l\u2019endroit qui semblait attirer tout le monde comme un aimant.\u2014 Qu\u2019est-ce qu\u2019il y a ?demanda-t-il à un monsieur maigre et décoré qui se trouvait près de lui et gesticulait d\u2019un air agité.\u2014 Mme Vania-Délicia ! balbutia l\u2019autre, les yeux hors de la tête.\u2014 Quoi ?\u2014 On vient de la trouver .inanimée .Quelle affaire, n\u2019est-ce pas, monsieur ?Jouant des coudes, le comte se dirigea vers le divan où l\u2019on avait étendu en hâte l\u2019actrice.Un cercle compact l\u2019entourait et des exclamations affolées s\u2019entre-croisaient.\u2014 Elle s\u2019est trouvée mal ! \u2014 Un docteur ! Il faut un docteur ! \u2014 Elle causait avec moi.Tout d\u2019un coup, elle a glissé .Un homme portant lunettes, l\u2019air distingué, fendit la foule, qui s\u2019écarta devant son autorité.\u2014 Laissez, monsieur, dit-il à Grimpart qui semblait en proie à la plus mortelle angoisse.Je suis le Dr Jou-haux.Il balaya d\u2019un geste les curieux.\u2014 S\u2019il vous plaît.Il faut de l\u2019air, pour la malade .\t ¦V \u2022 Mettez DANSVOTRE MOTEUR AUSSI ! L\u2019été approche.Ne sentez-vous pas que les roues de votre auto se rongent d\u2019impatience de prendre la grande route?C\u2019est maintenant le moment de faire vidanger et rincer votre carter, pour en chasser les dépôts et la saleté; et de le faire remplir avec la Nouvelle Mobiloil fraîche, l\u2019huile à double-but qui nettoie tout en lubrifiant.La nou velle Mobiloil réduit l\u2019usure, prolonge la durée de votre moteur.Avec la nouvelle Mobiloil dans votre moteur, vous roulez sûrement, allègrement et sans ennui.Pour épargner de l\u2019argent, adoptez aujourd\u2019hui la nouvelle Mobiloil.IIOIL SO CO NY-VACUUM Faite par les fabricants des Lubrifiants Industriels et Marins Gargoyle EN VENTE PARTOUT AU CANADA PAR IMPERIAL OU (imperial) ET AUTRES VENDEURS IMPORTANTS 16 Il s\u2019agenouilla, appliqua son oreille contre la poitrine de la jeune femme .et se releva aussitôt.\u2014 Monsieur.dit-il à Grimpart.Ayez du courage ! L\u2019autre le regardait comme s\u2019il ne comprenait pas.\u2014 Du courage ?Pourquoi ?Vous ne voulez pas dire .Le médecin inclina lentement la tête à plusieurs reprises.\u2014 Embolie, dit-il.Un cri s\u2019arracha de la gorge du mari comme un râle.\u2014 Ce n\u2019est pas vrai ?Elle n\u2019est pas morte ?Des amis compatissants voulurent emmener le malheureux, dont la douleur faisait peine à voir.Des femmes crièrent.La nouvelle se répandit comme la foudre dans les salons.On commença à partir en hâte, au milieu d\u2019un grand brouhaha.L\u2019orchestre s\u2019était tu.Les toilettes du soir, la musique, la gaieté n\u2019étaient plus de mise dans cette somptueuse demeure où la mort venait d\u2019entrer.Le Dr Jouhaux, après avoir signé l\u2019acte de décès, enfilait ses gants pour se retirer, lorsqu\u2019il s\u2019entendit interpeller : \u2014 Docteur .S\u2019il vous plaît.Un mot ! Il se détourna et se trouva face à face avec un homme qu\u2019il ne connaissait pas.C\u2019était le comte Yégor.\u2014 Monsieur ?.\u2014 En votre âme et conscience .Mme Vania-Délicia est-elle bien morte d\u2019une mort naturelle ?Il eut un haut-le-corps stupéfait tandis que ses sourcils s\u2019arrondissaient.\u2014 Mais, monsieur, je ne vous connais pas ! protesta-t-il sèchement.Le comte Yégor lui montra discrètement un insigne et susurra : \u2014 Inspecteur Grimpette, de la Police judiciaire.Le docteur se calma.\u2014 Je comprends, monsieur, fit-il à mi-voix.Eh bien ! oui, en mon âme et conscience, Mme Vania Délicia est bien morte de la plus naturelle des morts ! \u2014 Je vous remercie, docteur ! Le praticien s\u2019éloigna à grands pas.Grimpette, car c\u2019était lui, s\u2019éloigna également en grommelant des paroles indistinctes et rentra se coucher.Sa nuit fut agitée.Aussi, malgré sa rentrée tardive, il se dirigea de bonne heure vers son bureau.En route, il acheta les journaux du matin.Tous donnaient, avec le portrait de la vedette, le récit de sa mort brutale et annonçaient que le mari, suivant un désir de sa femme, devait la faire enterrer dans un caveau de famille qu\u2019il possédait en Suisse.En arrivant, Grimpette passa chez son collègue et ami Narcisse Picque-vent.Celui-ci était déjà arrivé et occupé.c\u2019est-à-dire qu\u2019il fumait sa pipe en faisant des mots carrés.\u2014 Alors ?fit celui-ci en le voyant entrer.As-tu du neuf, mon vieux ?\u2014 Oui et non ! \u2014 Tiens! Depuis quand es-tu Normand ?Je te croyais Charentais ?\u2014 Narcisse, t\u2019es bête ! \u2014 Merci, ça fait toujours plaisir .Sans faire attention à la réponse mi-plaisante, mi-piquée de son collègue, Grimpette lui mit sous le nez l\u2019article où était relaté le décès de la vedette Vania-Délicia.\u2014 As-tu vu ça ?\u2014 Oui ! Et alors ?\u2014 Alors, mon vieux, j\u2019y étais, là-bas ! \u2014 Toi ?Tu fréquentes le grand monde, maintenant ?\u2014 Quand il faut.Je te promets que ce n\u2019est pas pour mon plaisir ! Bref, j\u2019avais l\u2019intuition que, dans cette société élégante et fort mêlée, j\u2019allais trouver le point de départ qui me manquait pour mon enquête.J\u2019ai regardé, observé.\u2014 Et quel résultat?.\u2014 Assez complexe.Si je n\u2019ai rien obtenu de précis au sujet des documents, par contre, la mort de cette artiste me semble plutôt suspecte.Et, en quelques mots, il mit son camarade au courant de l\u2019apparition de (.et homme mystérieux, qui n\u2019était point un invité, puisqu\u2019il était en costume de ville, et qui se dissimulait derrière un rideau pour échapper aux regards indiscrets, puis de la dispute qui avait mis aux prises la morte et son mari.\u2014 Ce Grimpart me semble un drôle de bonhomme ! opina enfin Narcisse Picquevent en grattant son bout de nez d\u2019un air perplexe.\u2014 Exactement mon opinion ! Il affiche un désespoir de bon aloi, c\u2019est entendu, mais le docteur affirme .Il s\u2019interrompit brusquement, se frappa le front.\u2014 Triple buse ! Narcisse lâcha sa pipe.\u2014 Tu n\u2019es pas très clair, mon ami ! Dis tout de suite que tu soupçonnes ce Grimpart d\u2019avoir tué sa femme ?\u2014 Oui ! Oui ! Il avait décroché le récepteur et demandait un numéro, après avoir fiévreusement consulté l\u2019annuaire.\u2014 Allô ! Galvani 56-75 ?Allô ! C\u2019est bien le Dr Jouhaux qui est à l\u2019appareil ?Bien.Ecoutez, docteur, je voudrais vous demander un petit renseignement, s\u2019il vous plaît.Ici, l\u2019inspecteur Grimpette, de la Police judiciaire .Dans le permis d\u2019inhumation que vous avez signé hier .Lequel ?Celui de Mme Vania-Délicia .Comment ?Ce n\u2019est pas vous ?Je vous demande bien pardon, docteur ! Je vous l\u2019ai vu signer de votre propre main .Non ?Voyons .voyons !.Vous n\u2019étiez pas à Paris ?Vous rentrez de Bruxelles ce matin seulement ?Etonnant ! Oui, c\u2019est à n\u2019y rien comprendre, en effet.Ou plutôt, si.je me doute bien de ce qui s\u2019est passé.Il y avait à la soirée un faux Dr Jouhaux, voilà !.Ah ! je suis de votre avis.C\u2019est inconcevable ! Vous me demandez conseil, si vous devez porter plainte ?Naturellement, voyons ! Pas l\u2019ombre d\u2019un doute ! J\u2019irai vous voir dans le courant de la journée .C\u2019est entendu ! Merci, docteur, et pardon de vous avoir dérangé ! Il raccrocha en se frottant les mains.\u2014\tC\u2019est bien ce dont je me doutais ! Nous avons eu affaire à un fumiste .Mon vieux Narcisse, plus de doute ! Mme Vania-Délicia a été assassinée sous nos yeux ! Ah ! les misérables sont forts ! Mais ils n\u2019ont pas encore triomphé ! D\u2019un geste, Picquevent calma l\u2019enthousiasme de son collègue.\u2014\tJe ne saisis pas très bien le rapport qu\u2019il y a entre cette affaire et celle de la serviette de maroquin bleu ! \u2014 Triste nouille ! laissa tomber Grimpette, dédaigneux.Tu es vraiment indigne d\u2019être un policier ! Tu ne connais donc pas l\u2019ancien acteur Grimpart, type suspect, vivant souvent d\u2019expédients quand sa femme ne paie pas ses dettes.\u2014 Il n\u2019y a pas que lui à Paris ! \u2014 Bien sûr .Mais oublies-tu qu\u2019il a l\u2019index coupé 7 Narcisse s\u2019inclina.\u2014 En ce cas.Je ne dis plus rien et te souhaite bonne chance, mon vieux ! La chance, Grimpette allait la frôler le soir même, sans arriver, malheureusement, à la saisir.Il était revenu à son bureau après une journée bien remplie, lorsque soudain, la sonnerie du téléphone tinta.Narcisse décrocha, écouta, et tendit le récepteur à son ami.\u2014 C\u2019est pour toi, mon vieux ! L\u2019inspecteur prit l\u2019appareil et le porta à son oreille.\u2014 Allô ! Oui, c\u2019est moi, Grimpette ! Quoi ?Vous avez l\u2019adresse du type aux documents ?Vous, mademoiselle Irène ?J\u2019y vais.Nom de .Us l\u2019ont eue ! Un grand cri dans le téléphone.Et tout se tut.CHAPITRE III IL Y avait plus de trois ans qu\u2019Irène Beauvais travaillait au ministère des Affaires étrangères.Elle avait déjà vu se succéder bien des attachés et bien des ministres, mais elle, elle était Le Samedi, Montréal, 3 mai 1947 restée à son poste.Cependant, c\u2019était la première fois qu\u2019un événement aussi sensationnel bouleversait sa vie quotidienne.Pour la première fois peut-être aussi, la jeune fille se rendait compte de l\u2019extrême gravité des papiers qui dormaient dans ces coffres, et qu\u2019elle n\u2019avait jamais considérés beaucoup plus que les archives poussiéreuses qui s\u2019entassaient dans les armoires.Maintenant, en y réfléchissant, la hardiesse de ce vol la stupéfiait ; jamais elle n\u2019aurait pu croire qu\u2019on pût avoir tant d\u2019audace ! Enfin, son chef ne lui avait pas caché les conséquences terribles que de tels documents, communiqués à des puissances étrangères, pouvaient avoir.La tête pleine de ces pensées, elle descendit dans l\u2019escalier du métro, sans s\u2019apercevoir qu\u2019un jeune homme la suivait depuis un moment.Elle prit son billet, et se dirigea à travers les couloirs souterrains vers le train qu\u2019elle devait prendre.Il la rejoignit au milieu du va-et-vient de la foule qui se hâtait dans les deux sens.\u2014 Mademoiselle .commença-t-il.Elle se détourna à peine.Elle était habituée aux compliments fades des suiveurs, car sa fraîche beauté de vingt ans ne pouvait passer inaperçue.Elle se contenta de presser le pas, essayant de se perdre dans la multitude.Le portillon allait justement se fermer.Elle s\u2019élança, passa de justesse.La rame se rangea contre le quai.Elle monta.Un coup de sifflet déchira l\u2019air Le métro partit à toute allure.On était pressé comme sardines en boîte.Mais Irène y était habituée.Elle calculait qu\u2019il n\u2019y avait plus que quatre stations avant la sienne, lorsqu\u2019elle entendit une voix chuchoter à son oreille : \u2014 Excusez-moi, mademoiselle .Permettez-vous que je vous accompagne ?Un coup d\u2019oeil de biais lui fit reconnaître le jeune homme du couloir.Elle rougit de colère.\u2014 Non, monsieur ! Laissez-moi tranquille ! Justement, le train s\u2019arrêtait.Elle ouvrit la portière et sauta à terre.\u2014 Je prendrai le prochain ! pensa-t-elle, et au moins, je serai débarrassée de cet imbécile ! Mais l\u2019inconnu avait sauté lui aussi, de sorte que lorsque le métro repartit, ils se trouvèrent nez à nez.\u2014 C\u2019est trop fort ! s\u2019écria rageusement Irène.Monsieur, je vous interdis de me poursuivre de la sorte ! \u2014 Excusez-moi, mademoiselle .J\u2019ai peut-être été très indiscret ?\u2014 Votre peut-être est superflu! \u2014 Je vous jure que je n\u2019ai pas eu l\u2019intention de vous offenser ! \u2014 Vraiment ?En ce cas, vous vous y êtes bien mal pris ! Il eut l\u2019air si penaud qu\u2019elle ne put s\u2019empêcher de sourire.\u2014 Voyons, vous n\u2019êtes peut-être pas si mauvais diable que vous en avez l\u2019air, mais je vous prie de me laisser tranquille.Vous vous trompez, je vous assure.\u2014 Vous craignez qu\u2019on vous gronde ?\u2014 Qui?\u2014 Vos parents .\u2014 Je n\u2019en ai plus .Ses yeux se remplissaient de larmes.Il s\u2019en aperçut.\u2014 Oh ! je vous demande pardon ! Je suis une brute ! Le métro arrivait, dispensant Irène de réponse.Elle monta, adressa un petit signe mi-moqueur, mi-amical à son suiveur, et tourna le dos.Elle ne s\u2019aperçut pas qu\u2019il montait plus loin.D\u2019ailleurs, elle ne tarda pas à oublier ce léger incident.Quelqu\u2019un, au fond du wagon, retenait son attention.Un homme, debout, qui lisait son journal .Il ressemblait étrangement à 'officier qui était venu, le matin même prendre les documents au ministère ! L'HOROSCOPE DU \"SAMEDI\" ( Nouvelle série) 5\t3\t4\t7\t2\t8\t5\t3\t6\t4\t7\t2\t8\t6\t3\t5 E\tU\tD\tU\tU\tV\tS\tN\tN\tE\tN\tN\tO\t0\tE\tS 7\t3\t7\t2\t6\t4\t8\t3\t7\t2\t8\t4\t3\t6\t2\t7 E\tN\tR\tH\tU\tL\tU\tO\tE\tE\tS\tA\tU\tV\tU\tN 7\t6\t3\t7\t4\t5\t2\t8\t4\t3\t7\t5\t2\t6\t7\t3 C\tE\tV\tO\tJ\tA\tR\tR\tO\tE\tN\tY\tE\tA\tT\tL 7\t3\t6\t2\t7\t4\t5\t3\t6\t2\t8\t4\t3\t5\t7\t2 R\tL\tU\tU\tE\tI\tE\tE\tX\tX\tE\tE\tC\tZ\tI\tR 4\t8\t3\t6\t4\t2\t5\t7\t3\t6\t4\t2\t7\t5\t3\t8 A\tU\tO\tG\tU\tE\tE\tN\tN\tA\tF\tS\tA\tN\tQ\tS 5\t7\t2\t6\t4\t3\t8\t5\t2\t6\t7\t3\t8\t4\t7\t2 C\tT\tU\tI\t0\tU\tS\t0\tL\tN\tT\tE\tI\tY\tE\tT 8\t3\t7\t5\t2\t7\t4\t8\t7\t3\t8\t6\t2\t5\t4\t7 R\tT\tN\tR\tA\tD\tE\tE\tU\tE\tZ\tS\tT\tE\tR\tE Comptez les lettres de votre prénom.Si le nombre de lettres est de 6 ou plus, soustrayez 4.Si le nombre est moins de 6, ajoutez 3.Vous aurez alors votre ohiffre-clef.En commençant au haut du rectangle pointez chaque chiffre-clef, de gauche à droite.Ceci fait, vous n\u2019aurez qu\u2019à lire votre horoscope donné par les mots que forme le pointage de votre chiffre-clef.Ainsi, si votre prénom est Joseph, vous soustrayez 4 et vous aurez comme clef le chiffre 2.Tous les chiffres 2 du tableau ci-dessus représentent votre horoscope.Droits réservés 1945, par William J, Miller.King Features, Inc. Le Samedi, Montréal, 3 mai 1947 17 Celui-ci, cependant, était tout rasé.Mais ce nez un peu brusqué, ces yeux gris et durs.Et le doigt ! Le doigt, manquait-il ?Le cœur battant, elle épiait ses mouvements.Elle aurait donné cher pour distinguer l\u2019index.Mais une dame lui cachait la main de l\u2019homme.Soudain, elle tressaillit violemment.La dame s\u2019écartait pour descendre.Elle vit clairement que la moitié du doigt manquait ! L\u2019homme pliait hâtivement son journal lui-même pour descendre.Sans réfléchir, la jeune fille le suivit.La rame repartit.Une idée lui était venue, fulgurante.\u2014 C\u2019est lui ! Je suis sûre que c\u2019est lui ! Il faut que je le fasse arrêter ! Ou bien, si je ne le peux pas, je saurai du moins où il va.Se dissimulant derrière la foule, mais en prenant bien garde de ne pas le perdre de vue, elle emboîta le pas.L\u2019inconnu monta les marches, se trouva boulevard Barbés.Il le traversa rapidement, sans se douter qu\u2019il entraînait à son tour une suiveuse.Irène avait remonté son col de fourrure, comme quelqu\u2019un qui a froid.En réalité, elle craignait que l\u2019homme se détourne et la reconnaisse.Plus elle l\u2019observait, plus elle s\u2019ancrait dans cette idée qu\u2019il s\u2019agissait bien du faux commandant.Celui-ci enfila la rue Boinod, puis tourna rue des Poissonnières.C\u2019était une voie plutôt déserte, bordée d\u2019immeubles gris et de modestes boutiques.Un type en casquette, un mégot au coin des lèvres, était planté sur un trottoir, en train de déchiffrer une affiche.En passant près de lui, et sans s\u2019arrêter, l\u2019homme du métro prononça quelques mots, et poursuivit son chemin.Il n\u2019alla pas très loin.Il tourna sous le porche d\u2019un immeuble et disparut sous la voûte.La jeune secrétaire resta un instant perplexe.Elle eut l\u2019idée que peut-être, cette maison avait une double entrée, et que, s\u2019apercevant qu\u2019il était filé, l\u2019homme allait sortir par cm autre côté.Mais elle ne pouvait rien à cela.Elle observa le numéro, et, apercevant un café-bar non loin de là, ell% s\u2019y dirigea.Elle demanda a passer une communication téléphonique.La salle était déserte.Personne ne la dérangerait.\u2014 La cabine est au fond! dit laconiquement le tenancier.Elle allait y pénétrer lorsque la porte s\u2019ouvrit.L\u2019homme en casquette qui lisait l\u2019affiche parut.Il vit la jeune fille prête à entrer et s\u2019approcha.Irène n\u2019y prêta aucune attention.Elle forma le numéro de la Police judiciaire sur l\u2019automatique.Une voix ne tarda pas à lui répondre.\u2014 Allô ! Monsieur Grimpette, s\u2019il vous plaît ! Un instant passa.Puis une autre voix se fit entendre.\u2014 C\u2019est vous, monsieur Grimpette ?Venez vite ; j\u2019ai rencontré le type qui a subtilisé les documents ! Je 1 ai filé .Il habite .Ah ! Un cri termina la phrase.L homme en casquette était brusquement intervenu.Il s\u2019était jeté sur la jeune fille et lui plaquait brutalement la main sur la bouche.\u2014 Pas trop tard ?interrogea le caba-retier en essuyant flegmatiquement ses verres.\t, \u2014 Il était temps ! grogna 1 autre d u- ne voix enrouée.De ses bras solides, il avait ceinture la jeune secrétaire et l\u2019entraînait vers la sortie.Une auto s\u2019était arrêtée silencieusement près du trottoir.Irene, bâillonnée, fut poussée dehors.Mais soudain, l\u2019imprévu se produisit.Le jeune homme qui avait suivi Irene dans le métro avait de toute evidence continué sa poursuite maigre la défense de la jeune fille.Le nez colle a la vitre, il l\u2019avait vue se diriger vers la \"abine téléphonique, avait assisté à l\u2019agression.Avant qu\u2019il ait eu le temps d\u2019intervenir, il constata que l\u2019homme et sa victime allaient sortir.Il se ramassa comme un chat qui va bondir, et à l\u2019instant même où il parut sur le trottoir, le type à la casquette reçut à la pointe du menton le plus magnifique coup de poing de sa carrière.Il s\u2019écroula avec un bruit mou.Déjà, l\u2019heureux vainqueur allait prendre le large avec Irène, stupéfaite de ce brusque revirement de situation, lorsqu\u2019à son tour, il encaissa un coup de matraque qui l\u2019étourdit.Un homme était descendu de l\u2019auto, était passé derrière lui, et l\u2019avait proprement assommé.Alors, avec un ricanement de triomphe, il saisit à bras-le-corps Irène, la jeta dans l\u2019auto, puis y déposa aussi l\u2019inconnu toujours évanoui.Et laissant le gargotier prodiguer ses soins au premier vaincu, il démarra en vitesse.La scène avait été si rapide que nul, dans le voisinage, ne l\u2019avait remarquée.La rue était toujours déserte.Seul, un chien errant reniflait un papier gras, jeté dans le ruisseau.L\u2019homme à chapeau gris était monté dans l\u2019auto avec ses prisonniers.Irène, effarée, reconnut cette fois positivement celui qui était venu, sous l\u2019uniforme d\u2019un commandant d\u2019artillerie, chercher les précieux documents au ministère des Affaires étrangères.Cependant, la jeune fille, en se débattant, avait réussi à faire glisser son bâillon.Elle voulut crier.\u2014 Tais-toi ! proféra l\u2019homme ! en lui mettant un revolver sous le nez, sinon, il y aura de la casse ! Elle se tut, terrifiée.Son compagnon, cependant, revenait lentement de son évanouissement.Leur geôlier s\u2019en aperçut.Il tira un mouchoir de sa poche et un flacon.Puis, débouchant celui-ci, il en versa quelques gouttes sur l\u2019étoffe, et l\u2019appliqua sous les narines de l\u2019inconnu.Immédiatement, il retomba dans un lourd sommeil.\u2014 Assassin! cria Irène.Vous l\u2019avez tué ! \u2014 N\u2019ayez pas peur, ma belle enfant ! Un petit somme, seulement.D\u2019ailleurs, vous aussi, vous allez faire de beaux rêves ! Il lui mit brutalement le tampon chloroformé sous le nez.Elle voulut résister, appeler encore.Mais il la tenait solidement.Au bout de quelques instants, sa tête retomba, inerte.\u2014 C\u2019est parfait ! ricana l\u2019inconnu en remettant le mouchoir dans sa poche.De la sorte, nous serons bien plus tranquilles ! Il baissa les vitres, afin d\u2019aérer un peu, car l\u2019odeur de pomme sèche du soporifique l\u2019étourdissait lui-même.Puis, se penchant vers le chauffeur, il ordonna : \u2014 Inutile de faire de plus longs détours, Wilhelm ! Us dorment tous les deux ! L\u2019auto piqua droit devant elle.Ils étaient déjà hors de Paris.Après l\u2019avoir traversé, la voiture prit de la vitesse.Elle ne s\u2019arrêta que dans une rue déserte de Saint-Cloud.C était plus un chemin qu\u2019autre chose, simplement empierré.Un seul pavillon se voyait, au fond d\u2019un grand parc mélancolique où des statues verdissaient de mousse.L\u2019homme sauta à bas de l\u2019auto et sonna.Un vieux, à la mine chafouine, vint ouvrir.\u2014 Il y a deux colis ! dit brièvement le pseudo-commandant.Le logement est-il préparé ?\u2014 Oui, monsieur ! \u2014 Et Gaspard ?\u2014 Il est dans la remise ! \u2014 Bon! Aide-nous à transporter ces deux-là ! Le vieux s\u2019approcha.Il donna un coup de main au chauffeur pour transporter le jeune homme.L\u2019individu au ^pEURS ?COURTIERS \u2022 MUSICIENS \u2022 PROFESSEURS Parmi les Hommes qui Réussissent, on se Sert de la Crème à Barbe Palmolive plus que de toute autre marque! LU O Z LO LU H U I U û£ < CO Z < > ac u VOUS pouvez avoir meilleure apparence, faire plus d\u2019affaires, gagner plus d\u2019argent! 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Ils se débrouilleront ! Us furent étendus côte à côte sur la misérable paillasse qui garnissait un petit lit de fer boiteux.\u2014 Vous voyez, patron, observa le chauffeur, ils commencent à s\u2019agiter.Le réveil ne sera plus long ! \u2014 Non.Tant mieux, car je veux leur parler avant de partir.Tout de même, je crois que j\u2019ai eu du flair ! J\u2019avais remarqué cette petite dans le métro, et j\u2019avais vu qu\u2019elle aussi avait tiqué en m\u2019apercevant.Dès lors, il était facile de prévoir qu\u2019elle chercherait soit à me suivre, soit à me faire arrêter.En passant, j\u2019ai prévenu le grand Mimile, qui était à son poste.U s\u2019est chargé de l\u2019opération.Mais si nous n\u2019avions pas été présents, nous étions joués, car celui-là l\u2019a mis proprement knock-out à sa sortie du bistrot ! \u2014 Vous la connaissez, patron, cette gamine ?interrogea le vieux.\u2014 Oui, c\u2019est elle qui, ce matin, m\u2019a remis les papiers.Elle est dactylo au ministère des Affaires étrangères.\u2014 Sapristi ! Elle pourrait être dangereuse ! \u2014 Surtout qu\u2019elle semble avoir de la décision et du courage.Le chauffeur rapprocha ses grosses mains dans un geste horriblement expressif.\u2014 On l\u2019empêche de parler ?.\u2014 Non ! Tu sais que je n\u2019aime pas beaucoup les moyens brutaux ! Ça peut mener très loin ! Ou du moins, nous ne les emploierons que lorsque nous ne pourrons pas faire autrement.Cependant, le jeune inconnu ouvrait .'es yeux.U promena son regard sans bien comprendre où il se trouvait, puis, brusquement s\u2019assit.\u2014 Misérables ! cria-t-il.\u2014 Doucement, mon ami ! fit celui que les autres appelaient -patron.Causons tranquillement.Mais pour cette sorte d\u2019explication, j\u2019aimerais attendre que mademoiselle ait repris aussi ses esprits .Ces mots firent tourner la tête au jeune homme.U vit Irène, étendue près de lui, qui, elle aussi, soulevait lentement les paupières.Enfin, elle balbutia : \u2014 Où suis-je ?\u2014 La demande classique, quoi ! ricana l\u2019homme au chapeau.Or, ça, mes agneaux, maintenant que vous êtes en état de m\u2019entendre, écoutez bien.Vous êtes prisonniers.Où ?Cela ne vous regarde pas ! Jusqu\u2019à quand ?Jusqu\u2019à ce que vous ne puissiez plus me nuire ! Soyez bien sages tous les deux ; je vous offre un petit séjour à la campagne gratis, ce qui est vraiment gentil de ma part.Prenez votre mal en patience, et racontez-vous des douceurs, cela vous fera passer agréablement le temps ! Il s\u2019esclaffa bruyamment et fit mine de sortir.Mais avant de refermer la porte, il ajouta : \u2014 Pendant que j\u2019y pense! Un dernier conseil : ne cherchez pas à vous évader.Oui, oui ! je lis dans votre pen- sée : un premier étage, ce n\u2019est pas la mer à boire, quand on est jeune et leste ! Mais il y a le parc ! Et dans le parc, il y a un gardien \u2014 que dis-je, deux gardiens ! Et si vous aviez affaire à eux, vous pourriez dire adieu à l\u2019existence, vous savez ! CHAPITRE IV L\u2019esprit encore engourdi par le narcotique, les jeunes gens restèrent un moment silencieux, n\u2019arrivant que difficilement à reprendre leurs idées.Enfin, les brumes qui obscurcissaient leur cerveau finirent par se déchirer complètement.Irène s\u2019assit brusquement, regarda avec une stupeur effrayée celui qui était sur le lit à côté d\u2019elle, et reconnut le jeune homme du métro.\u2014 Que faites-vous ici, monsieur ?s\u2019écria-t-elle en sautant à bas de la paillasse.Et comment suis-je ici moi-même ?L\u2019inconnu fit une grimace expressive.\u2014 Ma foi, mademoiselle, je suis au désespoir de ne pouvoir vous renseigner ! Tout ce que je peux vous affirmer, c\u2019est que nous sommes prisonniers, et le plus fort, c\u2019est que je ne sais ni pourquoi, ni comment ! Soudain, le souvenir de ce qui s\u2019était passé revint à la jeune secrétaire, et malgré ce que la situation pouvait avoir de tragique pour eux, elle ne retint pas un éclat de rire.\u2014 Ah ! la bonne heure ! fit son compagnon, en riant aussi.Je vois que vous prenez votre infortune assez gaiement ! \u2014\tVraiment, je vous dois mille excuses pour vous avoir entraîné dans ce guêpier.Mais avouez que c\u2019est bien malgré moi, car je vous avais en bonne et due forme signifié de me laisser tranquille ! Pourquoi avez-vous désobéi ?Voilà où vous en êtes ! \u2014 Ecoutez, puisque, d\u2019après les apparences, nous sommes destinés maintenant à vivre côte à côte un nombre de jours que nous sommes incapables de déterminer, si nous nous présentions ?Cela faciliterait considérablement nos relations.Je vous donne l\u2019exemple ! U se leva, s\u2019inclina devant elle comme s\u2019il s\u2019était trouvé dans le plus mondain des salons, et prononça : \u2014\tLieutenant Jean Forestier, 14e escadrille d\u2019aviation, actuellement en congé à Paris .\u2014\tJe m\u2019appelle Irène Beauvais, et je suis secrétaire auprès du chef de cabinet de M.le ministre des Affaires étrangères.\u2014\tHo ! Ho ! Vous êtes quelqu\u2019un, mademoiselle Irène ! Irène ! Que j\u2019aime ce nom ! U rime avec reine .QUI EST-IL, QUI EST-ELLE?Qui est ce beau bébé blond, très gracieux ?C\u2019est une de nos meilleures fantaisistes, comédiennes et chanteuses, blonde comme les blés, aimable comme tout et très populaire sur nos ondes.Elle est née à Outremont.C\u2019est la plus naturelle de nos artistes.Son frère fut journaliste au \u201cCanada\u201d.On se souvient d\u2019elle quand, dans sa toute jeunesse, elle interpréta au Théâtre Stella \u201cPeg de mon coeur\u201d et \u201cLa Gamine\u201d.A l\u2019âge de 18 mois, elle s\u2019embarque, ou on l\u2019embarque, pour la France, Elle n\u2019a pas beaucoup retenu de ce premier voyage, aussi, à l\u2019âge de 8 ans, elle prend encore le transatlantique pour la France.Elle habite Paris, mais durant deux ans, elle est en Belgique.A Paris, elle étudie la diction à la fameuse académie Dupleix où elle débute à la scène.Au retour, elle s\u2019inscrit au Conservatoire Lassalle.Elle y mérite le diplôme junior et autres diplômes par la suite.Puis c\u2019est le théâtre classique.Au Gésu, elle joue \u201cLes Précieuses Ridicules\u201d et nombre d\u2019autres oeuvres.A 15 ans, elle est graduée au Couvent St-Ignace et obtient la première place.Elle y joua \u201cLe Cid\u201d et \u201cL\u2019Aiglon\u201d, ainsi que \u201cMarie Antoinette\u201d.En plus de faire trois saisons au \u201cStella\u201d elle participe à d\u2019autres programmes avec la troupe Barry-Duquesne.Elle a été de la distribution de toutes les revues d\u2019Henri Letondal et de Gratien Gélinas.Elle tourna dans la province et joua dans Fridolinons à Québec.Elle participa aux revues Bleu et Or de l\u2019Université de Montréal et Red and White de l\u2019Université McGill.Depuis onze ans, c\u2019est-à-dire depuis la fondation des Variétés Lyriques, elle a été de toutes les saisons avec MM.Goulet et Daunais.Rôle de Lady Jane dans Rose Marie, puis Student Prince, Normandie, Les Mousquetaires au Couvent, Le Chant du Désert, L\u2019Auberge du Cheval Blanc, Le Tsarevitch, New Moon, Naughty Marietta, Nono Nanette et nombre d\u2019autres succès.Les Noces de Jeannette, Balalaika, Katinka, Les Maris de Ginette, La Vie Parisienne, La Confesse Maritza, le rôle titre de La Margoton du Bataillon et nous en passons.Soulignons encore le grand succès de Joséphine vendue par ses soeurs.Dans les operettes, on l\u2019a vue interpréter des rôles fantaisistes avec Charles Goulet, Alfred Brunet et autres.Aucun des domaines du théâtre n\u2019est inconnu à cette artiste ; que ce soit le théâtre proprement dit, la comédie, l\u2019opérette, la danse ou le cinéma ou encore la radio.Aussi, les étrangers ont les yeux sur cette merveilleuse interprète.Elle nous fera une excellente ambassadrice.Cest la spirituelle Ingénie de \u201cNotre Français sur le Vif\u201d.A l\u2019Arcade on l\u2019a vue dans \u201cScampolo\u201d, \u201cMaître Bolbec et son mari\u201d, \u201cLa Préférée\u201d, \u201cPapa\u201d, \u201cPetite peste\u201d et autres pièces.Au cinéma, ce fut avec Fridolin, une excellente paire des deux côtés de la fontaine à soda.Qui est cette artiste ?Voir en page 31 du présent numéro du SAMEDI.3 ?.i Le Samedi, Montréal, 3 mai 1947 \u2014 Mal! remarqua-t-elle en riant.Elle devint soudain sérieuse.\u2014 Savez-vous que les gens qui m\u2019ont enlevée vous ont cru mon complice, si je puis dire, et que c\u2019est certainement pour cette raison que vous partagez ma captivité à l\u2019heure actuelle ?Elle s\u2019approcha de la fenêtre, jeta un coup d\u2019œil dans le parc, qui était complètement sombre, et revint.\u2014 Mon Dieu ! Dire que quelques secondes de plus, et j\u2019allais réussir ! Us me guettaient ! Le lieutenant s\u2019approcha d\u2019elle.\u2014 Mademoiselle Irène, je ne réclame pas de confidences.Mais si je pouvais vous être utile .Vous semblez mêlée à une bien ténébreuse intrigue ! Elle se laissa tomber sur le lit d\u2019un air las.\u2014 Vous ne croyez pas si bien dire ! Ecoutez, lieutenant : vous êtes officier, donc, homme d\u2019honneur, et capable de garder un secret.Je vais vous raconter tout.Et la jeune fille se mit à lui narrer à mi-voix le vol qui avait été commis au ministère des Affaires étrangères, l\u2019arrivée du faux commandant, comment elle l\u2019avait retrouvé dans le métro, pourquoi elle l\u2019avait suivi, et de quelle façon elle avait été capturée à l\u2019instant précis où elle allait dire à l'inspecteur Grimpette le numéro et la rue où se trouvait l\u2019immeuble qui servait de refuge aux espions.\u2014\tCes documents, acheva-t-elle, sont d\u2019une valeur inappréciable.Ils concernent notre ligne de défense de l\u2019Est.Je sais que toutes les frontières ont été discrètement alertées, mais ces forbans ont tant de ruses à leur service que je crains fort qu\u2019ils aient le dernier mot.\u2014 Peut-être au contraire les plans sont-ils encore à Paris, remarqua Jean.Us attendront vraisemblablement quelques jours, afin de détourner les soupçons.\u2014\tVous avez certainement été épiée, reprit-il après un instant de silence.U est désolant qu\u2019on ait réussi à vous empêcher de parler.Nous devons partir d'ici le plus tôt possible .U alla à son tour jusqu\u2019à la croisée, l\u2019ouvrit et se pencha.Puis, la refermant sans bruit, il revint.\u2014 Ma foi ! Avec un peu de chance, nous pourrions très bien nous en tirer.Mais avez-vous une idée quelconque du pays où nous sommes ?Elle fit un geste d\u2019ignorance.\u2014 Pas la moindre ! Les traits du jeune officier s\u2019étaient durcis.\u2014 U faut sortir de là au plus tôt, c\u2019est clair.Je suis sûr, d\u2019ailleurs .U n\u2019acheva pas.Une main sur la bouche, pour étouffer le cri de frayeur qu\u2019elle allait jeter, Irène, les yeux dilatés par l\u2019effroi lui montrait, de son doigt tendu, quelque chose dans la direction de la fenêtre .Le jeune lieutenant lui tournait le dos.U fit vivement volte-face et resta médusé par la surprise.Un visage hideux était collé contre la vitre, une figure camuse, à poils roux, aux yeux petits et cruels, bordés de \u2019\u2022ouge, une de ces faces comme on en voit dans les cauchemars ou dans la fièvre ! Et ce regard fixe, qui semblait ricaner, suivait tous les mouvements des jeunes gens.\u2014 Hein ?fit Jean, sidéré.La petite lanterne qu\u2019on leur avait laissée jetait des lueurs indécises sur cette apparition diabolique.Mais elle ne dura que quelques secondes.Brusquement, elle disparut.Les jeunes gens échangèrent un regard.Irène était livide et faisait des efforts héroïques pour ne pas perdre connaissance.Des gouttes de sueur perlaient sur le front de l\u2019officier.Il s\u2019aperçut tout à coup de l\u2019état de sa petite compagne, et la soutint.\u2014 Asseyez-vous un peu, dit-il doucement.Là ! Ça va passer. Le Samedi, Montréal, 3 mai 1947 19 \u2014\tOh ! balbutia-t-elle, avez-vous vu ?\u2014\tOui! \u2014\tJe n\u2019ai donc pas rêvé ?\u2014\tNon, à moins que nous soyons le jouet d\u2019une hallucination collective ! \u2014\tCe n\u2019est pas possible ! C\u2019était trop net ! \u2014 Quel était cet être ?\u2014 Je l\u2019ignore, petite Irène.La vision a été trop brève .\u2014 N\u2019est-ce point là le mystérieux gardien dont nous a parlé l\u2019homme au chapeau gris ?Moi, j\u2019avais pensé tout de suite à un chien .\u2014 Ce chien est plutôt un homme.Mais je n\u2019en avais jamais vu d\u2019aussi laid, encore ! Instinctivement, inconsciemment, ils s\u2019étaient pris les mains, comme s\u2019ils avaient voulu unir leurs forces contre un danger inconnu et terrible.Irène frissonna de la tête aux pieds.\u2014 Comment pourrions-nous fuir ?Cet individu doit être armé ; il nous guette.¦ Jean restait perplexe.\u2014 Moi, je me demande comment il a réussi à venir nous épier à notre fenêtre du premier étage .C'est étrange ! Mais un autre incident allait leur faire oublier momentanément cette fantasmagorie.Un bruit discret de conversation leur vint.Us entendirent remuer au rez-de-chaussée.Le lieutenant tendit l\u2019oreille.\u2014 Us sont trois, ce me semble.Dommage qu\u2019on ne puisse écouter ce qu\u2019ils disent : ce doit être plein d\u2019intérêt ! U tourna dans la chambre, tenta d\u2019ouvrir la porte, inutilement, d\u2019ailleurs, car celle-ci était solidement bar- ricadée.\u2014\tSapristi! s\u2019écria-t-il, en colère.C\u2019est trop bête, d\u2019être là et de ne rien pouvoir entendre ! Irène, qui furetait de son côté, lui fit brusquement signe de s\u2019approcher.\u2014\tRegardez donc ! chuchota-t-elle.Elle s\u2019était penchée.Sous le lit, une mince lueur filtrait qu\u2019ils n avaient pas remarquée tout d\u2019abord, à cause de la lanterne.Mais dans l\u2019ombre projetée par leur paillasse, on voyait très distinctement une large baie lumineuse,^ qui ne pouvait que provenir de la lumière du bas, passant par une fente du plancher.\u2014 Allons donc! sourit l\u2019officier.Notre bonne étoile nous protège ! Et sans se préoccuper de la poussière qui garnissait en couche épaisse le sol, il se glissa sous le lit et colla son oreil-le à la fente.Irène s\u2019était elle-même accroupie près de lui.U lui fit de la main un petit geste joyeux, qui signifiait sans erreur que tout allait bien.Un long moment se passa.La jeune fille, qui jetait de temps à autre un regard sur son bracelet-montre, constata qu\u2019il y avait bien près d\u2019une heure que son compagnon était à son poste d e- coute.\t, Enfin, un léger brouhaha, vers la porte d\u2019entrée, se fit entendre.On de-vait sortir.Is se précipitèrent vers la fenêtre, ès avoir eu soin d'éteindre la lan-ne, afin qu\u2019ils ne soient pas aperçus.>is hommes traversaient le parc.En ; venait un petit vieux, courbe, te-ît un phare d\u2019auto qui illuminait la ibre allée.Derrière, les deux hom-s que les jeunes gens avaient déjà ; : celui qu\u2019ils avaient baptisé : lliom-au chapeau gris, et le chauffeur.- Canailles ! gronda le lieutenant en rant les poings.Mais nous n avons dit notre dernier mot ! 1s les aperçurent vaguement dispaie derrière les arbres.Puis un ron-nent d\u2019auto traversa la nuit, décrût i\u2019éteignit.La lumière et le petit vieux trèrent dans le pavillon de garde, et se trouvèrent seuls dans le grande maison silencieuse.\u2014\tAlors ?interrogea la jeune secrétaire avec angoisse.Les documents ?\u2014\tRassurez-vous, Irène.Tout n\u2019est peut-être pas perdu, mais nous devons agir vite ! \u2014 Vous a vez entendu ?\u2014 Aussi bien que si j\u2019avais été à côté d'eux ! Oh ! leur plan est d\u2019une ingéniosité diabolique ! D\u2019abord, je sais le nom de l'homme au chapeau gris ! \u2014 Celui qui a joué le rôle du commandant ?\u2014 Oui ! C\u2019est Grimpart, le mari de la vedette Vania-Délicia, celle qui est morte la nuit dernière au cours d\u2019une fête donnée en son hôtel de l\u2019avenue Victor-Hugo .\u2014 Le mari de Vania-Délicia.un espion ?\u2014 Indubitablement ! \u2014 Racontez-moi tout, je vous en prie ! Je suis sur des charbons ardents ! Vous connaissiez donc ce Grimpart ?\u2014 Moi ?Pas du tout ! Mais tous les journaux de ce matin1 relataient la mort de l\u2019artiste .Elle était trop connue à Paris pour que ce décès brusque ne fasse pas un bruit énorme ! \u2014 Seigneur ! L\u2019aurait-il assassinée ?\u2014 Je n\u2019en sais rien : le dqcteur a conclu à une embolie.Après tout, c\u2019est peut-être vrai, mais lorsque vous saurez le rôle que cette femme morte va jouer dans l\u2019affaire des documents, l\u2019innocence de son mari vous semblera encore plus douteuse.Avez-vous lu les articles relatifs à cette affaire ?\u2014 Naturellement, comme tout le monde ! \u2014 Tout à l\u2019heure, j\u2019ai entendu les autres le nommer par son nom.U est revenu chercher les plans, qui étaient cachés ici.U les avait fait déposer ce matin même chez le petit vieux, -\u2014 qui est certainement le gardien de la propriété, et un complice par-dessus le marché, \u2014 avec un colis dont il n\u2019a pas précisé la nature.\u2014 Mais les plans, Jean, les plans! Que vont-ils en faire ?\u2014 Les expédier de l\u2019autre côté de la frontière ! \u2014 En Allemagne ?\u2014 Pas si bêtes ! Ces gens ne sont pas des novices.En Suisse.\u2014 Grâce au ciel, les frontières sont étroitement surveillées ! \u2014 U y a des caisses qu\u2019on n\u2019ouvre pas.Un cercueil, par exemple ! Irène tressaillit et ouvrit de grands yeux.\u2014 Dieu du ciel ! Que dites-vous là ?Ils auraient eu l\u2019idée .\u2014 Parfaitement! Le corps de ^fania-Délicia doit être inhumé en Suisse ; Grimpart Ta proclamé assez haut pour que toute la presse le répète.Donc, ce soir, la bière de l\u2019actrice sera dirigée sur la frontière, et, dans cette bière, il y aura les documents volés au ministère ! \u2014 U faut empêcher cela ! \u2014 Je suis tout à fait de votre avis, ma petite Irène.H faut signaler la oho-se avant que le corps parte.Ils doivent l\u2019expédier en fourgon spécial.Ce sera plus pratique pour eux que le train ! \u2014 Mais comment sortir d\u2019ici ?\u2014 Pas d\u2019autres moyens que de sauter ; il y a trois mètres cinquante environ ; c\u2019est possible.Je jetterai la paillasse, cela amortira la chute, d\u2019ailleurs, je tâcherai de vous recevoir en bas .Irène pâlit.\u2014 Ce n\u2019est pas le saut qui m\u2019effraie, mais .Le souvenir de l\u2019affreux visage qui devait rôder quelque part sous les arbres du grand parc enténébré revint à leur mémoire.Us eurent un léger frisson.\u2014 U faut pourtant échapper ! murmura l\u2019officier.Si vous avez pern, Irène, j\u2019irai seul.Elle se redressa, cinglée par cette parole comme par un coup de fouet.\u2014 Moi, avoir peur ?Non, Jean, je vous suivrai ! \u2014 Je savais bien que vous étiez bra-ve ! Il alla à la fenêtre, l\u2019ouvrit et ins-pecta la nuit.U n'y avait qu\u2019un faible croissant de lune, qui disparaissait par instants sous la course des nuages.Mais tout semblait calme, d\u2019un calme et d\u2019un silence impressionnants.La plus grande difficulté n'était peut-être pas encore d\u2019atteindre le sol, mais de pouvoir escalader le mur d\u2019enceinte.Jean et sa compagne dormaient encore, lorsqu\u2019ils avaient été transportés dans la villa ; ils n\u2019avaient pas la moindre idée de l\u2019obstacle qu\u2019ils allaient avoir à franchir.Etait-ce une palissade ?Une grille ?Une muraille ?Et de quelle hauteur?Mais le devoir qui les commandait était suffisamment impérieux pour qu\u2019ils ne s\u2019arrêtassent à aucune de ces difficultés.Le danger qu\u2019ils allaient courir était grand ; ils ignoraient les secrets que cachait le parc.Certainement, l\u2019homme au chapeau gris n\u2019avait point menti ; la face hideuse entrevue en était une preuve.Et, chose plus grave, ils n\u2019étaient armés ni l\u2019un ni l\u2019autre.Les gens qui les avaient enfermés là comptaient, certainement sur ces mystérieux gardiens pour prévenir toute tentative de fuite, sinon, ils auraient pris plus de précautions.Cela indiquait clairement qu\u2019ils allaient se trouver face à face avec des ennemis redoutables.Jean alla au lit de fer, et, d\u2019une brusque secousse, arracha un des pieds.\u2014 Faute de revolver, murmura-t-il, on peut toujours se défendre avec cela ! Allons, petite Irène, il est temps ! U retourna à la fenêtre avec mille précautions, et jeta à terre le matelas.Dans la nuit, il faisait une tache plus claire.\u2014 Je saute ! dit-il à voix basse à Irène.Dès que je serai à terre, suivez-moi sans hésitation.U importe d\u2019agir vite.Une minute peut être précieuse .I! s\u2019interrompit.Irène, les yeux dilatés, écoutait.\u2014 Entendez-vous ?chuchota-t-elle \u2014 Oui ! Derrière la porte fermée, ils entendaient remuer doucement.Puis une respiration forte et saccadée, un souffle vivant passa à travers le battant.\u2014 Il est là ! Il nous épie ! gémit-elle, à moitié morte d\u2019effroi.\u2014 Courage ! chuchota Jean.C\u2019est au contraire le moment d\u2019agir ! Peut-être ne nous entendra-t-il pas fuir ! Le parc est libre, qui sait s\u2019il le sera encore dans quelques instants ?Allons, petite Irène 1 Ne craignez rien, je suis là, pour vous défendre ! U se pencha, caressa ses cheveux d\u2019un geste doux qui rendit un peu confiance à la jeune fille.Puis, enjambant l\u2019appui, il se laissa choir.Irène, angoissée, prêta l\u2019oreille.Oui.Il était toujours là ! U tournait le loquet, maintenant ! Une peur folle, une peur panique lui vint.Il allait ouvrir .entrer ! Sans réfléchir plus longtemps, elle se jeta vers la fenêtre, enjamba, sauta.Toute étourdie, elle se retrouva à terre, mais sans mal.Jean l\u2019avait reçue dans ses bras, amortissant la chute.\u2014 Vite ! Vite ! murmura-t-il.Ce n\u2019est pas le moment de s\u2019attarder ! Il lui prit la main et ils se mirent à courir, en faisant le moins de bruit possible.Us ne tardèrent pas à arriver à la lisière.Mais alors, une exclamation de désespoir leur échappa : le mur mesurait au moins la hauteur du premier étage, et n'offrait aucune saillie permettant l\u2019escalade.\u2014 U faut donc faire le tour ! dit Irène.Peut-être trouverons-nous une brèche ! \u2014 J\u2019ai une autre idée ! Allons au pavillon du gardien ; il ne doit guère être dangereux.J\u2019en aurai facilement raison.Lui a certainement les clés de la grille ! Ce sera moins périlleux que d\u2019errer dans ce parc du diable, où on manque de choir à chaque pas tant il est mal entretenu .Saperlipopette ! Je me demande ce que fiche le jardinier ! Us voyaient luire la petite lumière du pa villon du garde, sh une cinquantaine de mètres.Us y coururent.Jean, sans hésitation, frappa.Mais au lieu de voir tirer la porte, ce fut un volet qui s\u2019ouvrit.En les reconnaissant, une grimace de stupéfaction, et de fureur contracta les trails du vieux.\u2014 Quoi !.Quoi ! bégaya-t-il.Vous vous êtes échappés ?Ho ! Ho ! Que fa:t donc Gaspard ?Tant pis pour vous ! Gaspard va vous trouver.Hi ! Hi ! Hi ! On va rire ! Gaspard aura vite raison de vous, petits désobéissants ! On vous a prévenus ! Il fallait rester dans la chambre ! On vous aurait remis en liberté plus tard ! Maintenant, tant pis ! C\u2019est Gaspard qui va vous régler votre compte ! Au moins, vous ne parlerez pas! IJ porta brusquement un sifflet à ses lèvres et en tira un son aigu et prolongé.\u2014 Ouvrez ! gronda l\u2019officier, sinon, j\u2019enfonce la porte ! \u2014 Enfoncer la porte ?Ha ! Ha ! Avant, Gaspard sera ici ! Et.couic ! couic ! Ses deux mains autour de votre cou ! Tant pis ! tant pis ! on vous a préve-ims ! \u2014 Prends garde .misérable ! \u2014 Ah! ah! le joli spectacle! Vous serez étranglés comme des poulets, mes mignons.Il aime bien ça, ce coquin de Gaspard ! \u2014 Jean ! souffla Irène, terrorisée, j\u2019entends craquer le gravier ! On vient ! C\u2019est lui ! L\u2019officier se précipita sur la porte de tout son poids, s! violemment que ce -le-ci craqua.Mais elle ne céda pas.A cet instant il se détourna.Irène s\u2019accrochait convulsivement à lui en tremblant d\u2019épouvantç.Elle jeta un cri et se cacha la tête sur son épaule.Gaspard arrivait sur eux, ses énormes poings en avant, le regard féroce.Alors, Os comprirent que le mystérieux gardien dont on les avait menacés neU.it autre qu\u2019un monstrueux gorille.CHAPITRE V Le fourgon mortuaire qui emportait le corps de la jolie actrice de cinéma passa la barrière sans encombre, et se lança sur la route qui allait à Dijon.U était suivi d\u2019une auto que pilotait lui-même le veuf éploré.Une fois en pleine campagne, les deux voitures augmentèrent un peu la vitesse.La circulation h\u2019était pas très intense, et la nuit, les routes, plus libres, permettent des allures plus rapides.Les phares balayaient le chemin d\u2019un > pinceau de lumière blanche.Grimpart, au volant, conduisait d\u2019un air absorbé, si absorbé qu\u2019il ne remarquait pas une auto et une moto qui, derrière lui, dévoraient la route.Cela en soi n\u2019aurait rien eu d\u2019extraordinaire, car après tout, les routes nationales sont à tout le monde, mais les deux véhicules manifestement, ne cherchaient pas à doubler le premier.Et, si un spectateur s\u2019était trouvé sur leur passage à trois heures du matin, il aurait tout naturellement pris cette file pour le cortège accompagnant le corbillard à sa destination.On venait de traverser à toute vitesse Bar-sur-Seine endormie.Une trompe d\u2019auto troua la nuit, et la première des voitures poursuivantes doubla la voiture que conduisait Grimpart, puis le corbillard.Elle s\u2019éloigna.C\u2019était une puissante torpédo, au capot allongé.Brusquement, sans raison apparente, elle fit un brusque demi-tour, et se mit en travers de la route.Le conducteur de la voiture des Rompes Funèbres étouffa un juron. 20 Le Samedi, Montréal, 3 mai 1947 Heureusement, il put freiner.En grinçant, le véhicule s\u2019arrêta.L\u2019auto de \u2018Grimpart dut exécuter la même manoeuvre.Le chauffeur sauta sur la route, prêt à invectiver d\u2019importance le mauvais plaisant.Mais avant d\u2019avoir pu ouvrir la bouche, il reçut sur le sommet du crâne un tel coup qu\u2019il s\u2019affaissa, évanoui.Grimpart, livide, revolver au poing, s\u2019élança sur l\u2019inconnu.Il n\u2019eut pas le temps de faire usage de son arme.Un second adversaire passa brusquement derrière lui et, rééditant la manoeuvre qui avait réussi pour l\u2019enlèvement de la jeune secrétaire du ministère et de son suiveur inconnu, lui colla sous le nez avec adresse un tampon de chloroforme.Etourdi, Grimpart essaya de réagir.Il n\u2019en eut pas le temps.Il sentit qu\u2019on le désarmait, qu\u2019on le ceinturait, puis les cloches se mirent à sonner, et il perdit complètement connaissance.Tout s\u2019était passé dans le plus profond silence, et avec une vertigineuse rapidité.Les inconnus coururent au fourgon mortuaire, et se mirent en devoir de l\u2019ouvrir et d\u2019en tirer le cercueil.Ils étaient occupés à cette besogne, lorsque la moto rejoignit le groupe, freina.Un homme sauta à terre, comprit la scène, et se précipita en jurant \u2014 Nom de !.Quelques minutes encore, et j\u2019arrivais trop tard ! Mais il avait décidément affaire à forte partie.Du fourgon, quelque chose jaillit \u2014 homme ou fauve ?\u2014 et lui sauta à la gorge avec une telle impétuosité que les deux adversaires roulèrent ensemble sur le sol, cherchant mutuellement à s\u2019étrangler.Et ce combat, dans cette nuit profonde, car les phares des autos avaient été éteints, avait quelque Chose de sinistre, car aucun des deux adversaires ne disait mot.Ils combattaient dans le plus profond silence, avec un acharnement sauvage.Mais au bout de quelques minutes, le nouvel arrivant encaissa sur la tempe un tel coup de crosse de revolver qu\u2019à son tour, il resta étourdi.Le traîner dans l\u2019auto, revenir au corbillard, achever d\u2019ouvrir la bière fut pour les deux mystérieux inconnus un jeu d\u2019enfant.Tout, depuis l\u2019arrêt de la grande torpédo en travers du chemin, jusqu\u2019au moment où le couvercle du cercueil céda, n\u2019avait pas demandé dix minutes.\u2014 Eclairez-moi, Irène ! demanda l\u2019homme à mi-voix, qui n\u2019était autre que l\u2019officier aviateur.La jeune fille, qui était revêtue d\u2019une salopette de mécanicien, et qui venait de jouer son rôle avec tant d\u2019adresse et de courage dans cette difficile partie, alluma une lampe de poche.En hâte, Jean se pencha.Il poussa à la fois une exclamation de triomphe et de stupéfaction.La serviette de maroquin bleu était là, intacte ! Mais la bière ne contenait point le corps de Vania-Délicia.elle était pleine de sable ! \u2014 Quelle est cette macabre comédie ?s\u2019écria Irène, ahurie.\u2014 Je n\u2019y comprends rien ! Mais ce n\u2019est pas le moment de s\u2019attarder.Grimpart et ses complices risquent de r eprendre connaissance, sans compter l\u2019employé des Pompes Funèbres, qui < n\u2019est lui-même que le chauffeur qui nous a enlevés.Ce sont bien les documents ; ne nous attardons pas ici ! Il avait, tout en parlant, inspecté rapidement le dossier.Tout s\u2019y trouvait.Les sceaux de cire étaient intacts.L\u2019officier poussa un soupir de soulagement et, plantant là le cercueil ouvert, ils coururent vers la grande torpédo.Une autre surprise les y attendait.Grimpart, debout près de la voiture, revenu de son sommeil artificiel, braquait sur eux un revolver I \u2014 Vite, le dossier! gronda-t-il.__Tu as du toupet, camarade ! D\u2019un formidable coup de pied, Jean atteignit le poing qui tenait l\u2019arme.L\u2019autre poussa un cri de douleur et la lâcha.Irène était déjà montée dans la voiture et débrayait.Jean escalada le marchepied, passa en voltige par-dessus la portière, tandis que la torpédo démarrait en coup de foudre.Quelques secondes plus tard, les deux autos, encore arrêtées, n\u2019étaient plus qu\u2019une petite tache sombre dans l\u2019obscurité nocturne.\u2014 On va nous poursuivre, dit Jean.Activons ! L\u2019aiguille du compteur passa au quatre-vingt-dix, puis au cent, puis au cent dix.Il avait pris le volant, et appuyait sur l\u2019accélérateur de toutes ses forces.L\u2019aiguille sauta au cent vingt, la bête mécanique bondit en avant, tandis que la double lueur des phares balayait le sol qui glissait avec une rapidité de cauchemar.Ils tournèrent dans un chemin départemental, afin de reprendre au plus tôt la route de la capitale.Les jeunes gens ne se sentaient pas de joie.Ils avaient enfin reconquis ces précieux documents, mais au prix de quels efforts ! Leur situatian.cependant, avait été plus que critique, lorsqu\u2019à Saint-Cloud, dans le grand parc désert, ils s\u2019étaient trouvés face à face avec celui que le vieux gardien appelait Gaspard.L\u2019animal était d\u2019une taille au-dessus de la moyenne pour son espèce.Jean, une seconde, crut qu\u2019ils étaient perdus tous les deux.Derrière sa porte, le vieux ricanait sinistrement.Il n\u2019avait comme arme que le morceau de fer arraché au lit, peut-être suffisant pour se défendre contre un homme, mais assurément inoffensif contre un adversaire semblable.Un grognement menaçant s\u2019échappait de la poitrine du grand singe.Cependant, Irène semblait l\u2019intéresser.Tl s\u2019arrêta quelques secondes pour mieux la regarder.Ce fut ce qui les sauva.Dans un de ces éclairs qui, parfois, renversent les situations et détournent la catastrophe qui semblait imminente, Jean avait entrevu le seul moyen capable de les préserver, du moins pour quelques instants, de l\u2019attaque de son herculéen ennemi.Il avait dans sa poche un journal et une boîte d\u2019allumettes.Il enflamma rapidement une torche de papier.Et, brandissant le chiffon, il courut droit sur la bête.Le gorille, en une seconde, se trouva la tête dans les flammes.Etourdi, ébloui, affolé, il tourna les talons et s\u2019enfuit sans demander son reste, le poil roussi et à moitié aveuglé.\u2014 Maintenant, dit Jean d\u2019une voix sourde, il faut enfoncer la porte coûte que coûte avant qu\u2019il revienne ! Irène, prenez le reste du journal et les allumettes.Et si jamais il revient avant que j\u2019aie fini, n\u2019hésitez pas à agir.Tenez-' vous prête ! Tandis qu\u2019elle faisait le guet, il réussit à passer une extrémité aplatie de sa barre de fer sous le battant de la porte.Alors, faisant levier, de toutes ses forces, il pesa.Au bout de la troisième ou quatrième secousse, l\u2019obstacle céda, tandis que le vieux s\u2019enfuyait en glapissant d\u2019effroi.\u2014 Vieux chenapan! cria Jean en lui tendant le poing, j\u2019aurais bien aimé régler notre petit compte, mais je suis un peu pressé ! N\u2019importe, je te promets que tu ne perds rien pour attendre ! Le bonhomme n\u2019entendait plus.Il avait ouvert une fenêtre et courait aussi vite qu\u2019il le pouvait dans le parc.Lui, de toute évidence, n\u2019avait rien à craindre de Gaspard ! Les jeunes gens avaient vite constaté que l\u2019une des fenêtres du pavillon donnait directement dans la rue.Après avoir fermé à clé la porte de la pièce, afin d\u2019empêcher une éventuelle poursuite, ils sautèrent dehors.Puis, à toutes jambes, ils s\u2019enfuirent, non sans que Jean ait soigneusement remarqué le numéro et le nom de la rue.Il était plus de minuit.Les rues étaient désertes.Dans cette petite banlieue, comme en province, les gens se couchaient de bonne heure.Mais il y avait encore, près de la gare, des taxis.\u2014 A Paris, et en quatrième ! ordonna Jean.Ils n\u2019avaient pas dîné.Ils étaient nu-tête, leurs vêtements étaient maculés de poussière.Mais ils n\u2019y pensaient pas.Une seule idée les hantait : rattraper les documents ! Dès qu\u2019ils furent arrivés dans la capitale, Jean se fit conduire chez un de ses amis, qui possédait une puissante voiture de sport.Et, sans explisations, il lui demanda de la lui prêter, en lui disant seulement qu\u2019il en avait besoin pour une course urgente.\u2014 Je te raconterai ça demain ! fit-il.\u2014 Mais ! fit l\u2019ami, c\u2019est que .\u2014 Tu n\u2019en as pas besoin, toi, puisque tu vas te coucher ! L\u2019autre, qui rentrait du théâtre, fit une légère grimace.\u2014 Ramène-la-moi demain dans la matinée, hein ?\u2014 Oui ! oui ! Jean prit la clé du courage, courut rejoindre Irène qui l\u2019attendait dans la rue.Deux salopettes de mécanieiens pendaient au mur.Ils les enfilèrent.\u2014 Seulement, nous n\u2019avons pas d\u2019armes, remarqua Irène.C\u2019est très dangereux.\u2014 André a une matraque, qu\u2019il laisse dans la poche de la portière.J\u2019ai bien un revolver chez moi, mais c\u2019est trop loin ; nous n\u2019avons pas le temps.J\u2019ai une idée : allons chercher un flacon de chloroforme.Cela peut être très utile, car n\u2019oublions pas qu\u2019il nous faudra un petit moment pour visiter le cercueil.\u2014 Où allons-nous, maintenant ?\u2014 A la pharmacie, puis à l\u2019hôtel de Vania-Délicia.\u2014 Pourquoi avoir changé d\u2019auto, Jean ?Nous aurions aussi bien pu garder le taxi et aller directement à l\u2019hôtel de Vania-Délicia, si les documents y sont.Le lieutenant secoua la tête.\u2014 H y a mille chances contre une pour qu\u2019ils n\u2019y soient plus ! Oubliez-vous que depuis le départ de Grimpart de Saint-Cloud plus de trois heures se sont écoulées ?Or, il avait l\u2019intention de partir immédiatement.C\u2019est sur la route de la Suisse que nous les rejoindrons, Irène, voilà pourquoi j\u2019ai pris toutes mes mesures en conséquence ! Jean avait vu juste.Chez l\u2019actrice, avenue Victor-Hugo, où ils réveillèrent le concierge en se présentant comme des parents de province venus pour assister aux obsèques, ils apprirent que le corps et le veuf étaient partis depuis la veille au matin.\u2014 Au matin ?\u2014 Oui, monsieur, répondit le brave homme, complaisant.Même que je n\u2019y comprends trop rien, car enfin, ce n\u2019est pas l\u2019usage .Faut dire que dans cette maison, tout était si peu ordinaire.L\u2019originalité était la règle .N\u2019empêche qu\u2019il y a encore deux messieurs qui sont venus, hier aussi, demander M.Grimpart.J\u2019ai dû leur dire qu\u2019il était parti.\u2014 Je vous remercie ! Il rejoignit Irène dans l\u2019auto.\u2014 Autre chose ! Grimpart a enlevé le corps dès hier, dans la matinée ! Nous sommes certains cependant qu\u2019il n\u2019est point parti, puisque nous l\u2019avons vu voici trois heures à peine.Il a dû transporter la morte ailleurs, peut-être dans l\u2019appartement de la rue des Poissonnières, afin de ne pas être dérangé par les visites.Bah ! nous le rattraperons sur la route de la Suisse.Mais il faut, avant de quitter Paris, aviser tout de suite l'inspecteur Grimpette de ce qui arrive.Il arrêta devant un café encore ouvert, et demanda la communication avec la P.J.Une voix ronchonnante répondit : \u2014\tQui demandez-vous ?\u2014\tL\u2019inspecteur Grimpette ! \u2014\tIl est chez lui ! \u2014\tSon numéro de téléphone, s\u2019il vous plaît ?\u2014\tRoquette 26-26 ! V\u2019ian ! c\u2019était déjà raccroché.Mais Jean savait ce qu\u2019il désirait savoir.Deux* minutes plus tard, il avait le policier au bout du fil, et lui relatait en termes précis, mais brefs, leur enlèvement, leur évasion et ce qu\u2019ils avaient appris à la villa des Houx.\u2014\tLes doouments, à cette heure-ci, filent dans le fourgon mortuaire sur la route de Dijon, conclut-il.Notez donc les deux adresses de ces chenapans : 25, rue des Poissonnières, à Paris, où gîte, je crois, le faux commandant, qui n\u2019est autre que Grimpart, le mari de la vedette, Vania-Délicia .Un grognement de satisfaction se fit entendre à l\u2019autre bout du fil.\u2014 Et la villa des Houx, allée Maurice-Blanc, numéro un, \u2014 il n\u2019y a que celle-là ! \u2014 à Saint-Cloud, où nous avons été séquestrés .Nous .Allô ! Allô ! Zut ! C\u2019est coupé ! Tant pis, il sait le principal .Il raccrocha le récepteur, et après avoir réglé, courut rejoindre Irène, sur les genoux de laquelle il jeta un petit paquet.\u2014 Tenez, pauvre gosse ! Mangez ces croissants.Vous devez avoir l\u2019estomac dans les talons.\u2014 Merci ! Mais vous allez en manger vous-même.\u2014 Pas le temps ! Je conduis.L\u2019auto filait déjà aussi vite qu\u2019elle pouvait le faire.Irène prit le parti de donner délicatement la becquée à son compagnon, qui accepta sans se faire prier.A vrai dire, ils avaient tous les deux une fringale à croquer des briques.On sait le résultat qu\u2019ils obtinrent.Le retour fut triomphal.Mais comme il est dit que rien ne peut se passer sans anicroche, en traversant le petit village de Savières, à une vingtaine de kilomètres de Troyes, Jean prit un tournant un peu trop court, et la voiture alla buter contre une platane qui semblait être mis là tout exprès.Ils s\u2019en sortirent indemnes, mpis l\u2019auto avait besoin d\u2019une réparation sur place.\u2014 Eh bien ! fit Jean, c\u2019est le sort qui le veut ! Prenons l\u2019incident gaiement, puisque, somme toute, nous n\u2019avons aucun mal.Il doit exister un hôtel quelconque, dans ce patelin.Nous nous y reposerons, et demain matin, nous trouverons bien un moyen de transport pour nous rendre à Paris ! Il n\u2019eut garde d\u2019oublier la précieuse serviette.Et, dans les rues où couraient seulement les chats en maraude, ils se mirent en quête d\u2019un hôtel.A vrai dire, maintenant qu\u2019ils avaient la perspective de dormir quelques heures, cette halte paraissait la bienvenue.La fatigue, jointe aux émotions de cette nuit mouvementée, les courbaturait.Tant qu\u2019il avait fallu agir, ils ne l\u2019avaient pas sentie.Mais maintenant, ils pensaient avec délices aux draps blancs dans lesquels ils pourraient s\u2019étendre bientôt.Us ne tardèrent pas à trouver ce qu\u2019ils voulaient.L\u2019hôtel du Lion d\u2019Or, sur la place principale, leur parut accueillant.Ils frappèrent.Une grosse mé-mère ensommeillée vint leur ouvrir, et les conduisit dans deux chambres simples, mais proprettes.Jean dormait encore 3 poings fermés, et le soleil passait par les persiennes closes, lorsqu\u2019il fut éveillé par la voix de l\u2019hôtelière.\u2014 Monsieur ! Hé ! monsieur ! Y a un monsieur, en bas, qui vous demande tout de suite ! Le Samedi, Montréal, 3 mai 1947 21 » Le jeune homme se dressa, se frotta les yeux, encore tout engourdi.\u2014\tOui cela ?\u2014\tUn certain Grimpette ! \u2014\tGrimpette ?J\u2019y vais ! U sauta à bas de son lit et enfila ses vêtements à la hâte, après s\u2019être assuré que les documents étaient toujours sous son oreiller.\u2014 Comment diable Grimpette a-t-il su que j\u2019étais ici ?se dit-il.Bah ! Il a dû suivre la piste .Dans le salon déjà balayé, le policier attendait.Il se leva en voyant entrer le jeune homme.C\u2019était la première fois qu\u2019ils se trouvaient en présence.Ils se présentèrent mutuellement en se serrant énergiquement la main.\u2014 Vous avez donc réussi à reprendre les documents ! fit l\u2019inspecteuf.Mes compliments ! Voilà du bon, de l\u2019excellent travail ! Quand je suis arrivé, j\u2019ai vu que quelqu\u2019un m\u2019avait précédé.J\u2019ai deviné sans mal que c\u2019était vous.Le cercueil était ouvert et vide.\u2014 Ou plus exactement, plein de sable ! \u2014 Oui.Curieux, hein ?\u2014 Quest-ce que ça veut dire ?\u2014 A mon idée, que la vedette a été enterrée clandestinement ou bien, qu\u2019elle est encore vivante, et que tout ceci n\u2019a été qu\u2019une habile comédie ! \u2014 Vous croyez?\u2014 C\u2019est mon opinion.Mais dites-moi.Je suis venu chercher les documents.Je rentre à Paris en moto.Il serait plus sage de me les confier, car je crains que ces canailles-là ne vous aient repéré.\u2014 Non?\u2014 J\u2019en ai des preuves certaines .\u2014 En ce cas, en effet.\u2014 Ils sont ici ?\u2014 Dans ma chambre.Je vais vous les chercher.Il disparut.Grimpette tira sa pipe et l\u2019alluma pour passer le temps.Au bout d\u2019un moment, qui lui parut long, Jean revint, la serviette de maroquin bleu sous le bras, et la lui remit.\u2014 Attention ! lui recommanda-t-il.Car vous aussi, vous pouvez être visé ! \u2014 N\u2019ayez crainte ! L\u2019inspecteur prit rapidement congé, et s\u2019en alla.Jean, songeur, remonta dans sa chambre, fit sa toilette.Lorsqu\u2019il redescendit, il trouva Irène prête, fraîche et reposée par ces quelques heures de sommeil.Il commanda un substantiel petit déjeuner, et, tout en mangeant, lui raconta la venue de Grimpette.\u2014 C\u2019est mieux, approuva Irène.Car ces documents représentaient pour nous une bien grosse responsabilité ! Dès qu\u2019ils eurent terminé, Jean sortit pour s\u2019occuper de faire réparer la voiture.Puisque, maintenant, les plans étaient en route pour le ministère, rien ne les pressait plus.Irène allait sortir à son tour, afin de visiter un peu le village avant le déjeuner, lorsque dans le vestibule, elle se heurta presque à un nouveau venu qui entrait.\u2014 Monsieur Grimpette ! \u2014 Mademoiselle Beauvais ! \u2014 Une minute de plus, vous ne me trouviez pas ! \u2014 J\u2019en aurais été désolé .Dites-moi : avez-vous réussi a rattraper les documents ?La jeune fille ouvrit des yeux ronds.\u2014 Les documents ?Evidemment ! Mais .comment se fait-il que vous, vous ne soyez pas sur la route de Paris ?Il y a plus d\u2019une demi-heure que vous êtes venu ! \u2014 Hein ?\u2014 Enfin, vous êtes venu chercher le dossier vous-même, tout a 1 heure, afin de le transporter tout de suite en lieu sûr ?Juste à cet instant, Jean entra.Il parut surpris en voyant le policier.\u2014 Comment, monsieur Grimpette ! Je vous croyais parti vers Paris, déjà ! Auriez-vous eu un empêchement ?\u2014\tAlors.Je suis venu prendre les plans, dites-vous ?\u2014\tVous ne vous en rappelez pas?H y a une demi-heure ! Jea se mit à rire.\u2014 Pas possible ! Vous avez de l\u2019amnésie, monsieur l\u2019inspecteur ! Mais dans ces conditions, ne croyez-vous pas qu\u2019il serait préférable que vous me rendiez les papiers ?Si vous alliez ne plus vous souvenir de l\u2019endroit où vous les avez mis ?Le policier tressaillit.\u2014 Si, si.N\u2019ayez crainte ! Maintenant, oui.je me rappelle.Est-ce bête, des oublis pareils ! Allons, au revoir, et bon retour ! Il fit demi-tour.Les jeunes gens le virent s\u2019éloigner à grands pas et disparaître à un tournant.Ils se regardèrent.\u2014 Bizarre ! fit Jean.Qu\u2019est-ce que ça veut dire ?\u2014 Vous êtes sûr, Jean, que c\u2019est bien le même qui est venu tout à l\u2019heure ?\u2014 Oh ! absolument sûr ! Mais il y a quelque chose qui me tracasse .Pourquoi donc a-t-il la main enveloppée comme s\u2019il avait reçu un mauvais coup ?CHAPITRE VI Grimpette n\u2019alla pas loin.Sa fidèle moto l\u2019attendait à un tournant.Il l\u2019enfourcha et partit à toute allure, non sans avoir téléphoné à plusieurs postes-frontières.Lui reprit le chemin de la capitale, tout en grommelant : \u2014 Voilà l\u2019affaire des documents pratiquement réglée.Ce ne sera plus qu\u2019une question de jours et même d\u2019heures.Mais il y a quelque chose d\u2019aussi important à éclaircir : c\u2019est l\u2019histoire de ce cercueil plein de sable .Dès qu\u2019il fut à Paris, il alla à la P.J.Le directeur devait l\u2019attendre, car il le fit entrer aussitôt.\u2014\tAlors ?\u2014 Alors, patron, je crois que ça va gazer ! \u2014\tJ\u2019ai suivi votre suggestion à la lettre.Nuit et jour, la frontière est surveillée.Je crois qu\u2019on peut être tranquille de ce côté-là.\u2014 Tout à fait, patron ! fit-il avec le petit sourire de biais qu\u2019il avait au moment où il touchait à la victoire.Les documents sont à Paris ! Vous pouvez dormir sur vos deux oreilles ! \u2014 Alors .les espions ?\u2014 Je vous demande encore vingt-quatre heures.Dans vingt-quatre heures, si je ne suis pas une vieille noix, tout sera réglé, et la serviette de maroquin bleu aura réintégré le ministère ! Le directeur lui tendit cordialement la main.\u2014 J\u2019ai confiance en vous, Grimpette ! J\u2019attendrai, puisque vous êtes si discret ! N\u2019oubliez pas qu\u2019il y a pour vous une récompense flatteuse.la rosette vous attend si vous réussissez ! Le visage du policier s\u2019épanouit.\u2014 Je ferai tout pour la gagner,\u2019bien certainement.Mais j\u2019agis surtout pour la France ! Dès qu\u2019il fut nuit, il alla dîner dans son petit restaurant habituel, où il rencontrait presque toujours Narcisse Pic-quevent, célibataire comme lui.\u2014 Narcisse, dit-il, es-tu libre ?\u2014 Tu veux ta revanche à la belote ?\u2014 La partie que je t\u2019offre sera peut-être plus périlleuse ! Il s\u2019agit de sauver une femme ! \u2014 Si elle est jeune et jolie, je marche ! Grimpette se pencha à son oreille.\u2014 Il s\u2019agit de Vania-Délicia ! LA VIE COURANTE .par George Clark _______Ecoute, ma femme, va dire à Marie qu'elle descende immédiatement car je ne peux pas souffrir la présence de son nouvel ami.J\u2019en ai assez de le voir tous les jours à l'école.C'est un de mes élèves et des pires .Alors !.L\u2019autre éclata de rire et lui tapa sur le genou.__Tu es un sinistre farceur, toi ! Elle est morte et enterrée, la malheureuse ! Le policier secoua ses larges épau-les.\t,\t_ \u2014\tTon rire prouve une capacité d\u2019intelligence évidemment bien au-dessous de la moyenne, car depuis le temps que tu me connais, tu sais que je ne me livrerais pas à une plaisanterie aussi déplacée .Mais je t\u2019excuse car tu ignores ce que j\u2019ai fait la nuit dernière ! Il le mit au courant en deux mots.Narcisse n\u2019en croyait pas ses deux oreilles.\u2014\tAlors, à ton idée, elle est vivante ?\u2014\tCela ne fait aucun doute ! \u2014\tEt où serait-elle ?\u2014\tCertainement à Saint-Cloud ! Guimpart a dû manigancer une petite comédie macabre destinée à faire croire à la mort de sa femme, tout cela pour arriver à faire passer les documents dans un cercueil.Malgré tous les ordres, il pensait bien, et avec juste raison, que jamais les douaniers n\u2019oseraient profaner une bière.la bière de la célèbre Vania-Délicia ! Et puis, sou-viens-toi de l\u2019histoire de ce faux Dr Jouhaux qui signa le permis d\u2019inhumer .Je suis allé avec lui, hier, demander des explications à Grimpart.Il avait déjà filé avec le corps, l\u2019animal ! Tout ça, ce n\u2019est pas très clair ! \u2014 Tu veux dire que c\u2019est compliqué à plaisir.\u2014 Oui, eh bien ! mon vieux, ne cherche pas à comprendi-e ! Trotte chez toi chercher un bon revolver qui ne s\u2019enraye pas, et un pardessus plus chaud.Je t\u2019attends ici à onze heures tapantes.Compris ?\u2014 Compris ! Picquevent fut exact.A onze heures cinq minutes, ils montaient dans un taxi qui devait les conduire à Saint-Cloud.Là, ils se firent arrêter à l\u2019angle de l\u2019avenue Emile-Deschanel et de la rue Maurice-Blanc.Tout était éteint.Les rares pavillons qu\u2019ils pouvaient apercevoir semblaient inhabités.Tout près, c\u2019était le commencement de la forêt de Saint-Cloud.Il tombait une petite pluie fine, agaçante.Après avoir recommandé au chauffeur de les attendre, les deux hommes se glissèrent silencieusement près de la villa des Houx.Lorsqu\u2019il aperçut le mur d\u2019enceinte, Grimpette retint un petit sifflement.\u2014 Eh bien! mon vieux Narcisse! Ce n\u2019est pas en taxi que nous aurions dû venir, mais en aéroplane ! C\u2019est pire qu\u2019un couvent, ici ! \u2014 Alors, si nous allions nous coucher ?Grimpette lui jeta tin regard de mépris que l\u2019autre ne put apprécier, car il faisait noir comme dans un four.\u2014 Narcisse, veux-tu déshonorer la police française ?Picquevent baissa le nez et se tut.C\u2019était le plus serviable garçon du monde, mais il avait un faible : il adorait ses pantoufles.Il étouffa un éternuement.\u2014 Je suis sûr que je vais m\u2019enrhumer ! \u2014 Je te paierai des pastilles de goudron.Et si tu éternues encore, je t\u2019étrangle ! Tu veux donc nous faire découvrir ?Ils firent le tour de la propriété.Elle était vaste.Enfin, Grimpette crut avoir trouvé le moyen d\u2019y pénétrer.Il alla chercher l\u2019auto, et la fit avancer doucement à ras le mur.Picquevent et lui grimpèrent sur le dessus.Puis, le premier faisant l\u2019échelle au second, d\u2019un rétablissement, Grimpette se trouva sur le faîte du mur.Le reste n\u2019était qu\u2019un jeu d\u2019enfant.Il déroula une corde, que le chauffeur assujettit solidement au taxi, et après avoir aidé Picquevent à gagner lui aussi la crête du mur, ils se laissèrent glisser à terre. 22 Le Samedi, Montréal, 3 mai 1947 A pas de loup, ils se dirigèrent vers la maison.Dans le grand parc silencieux, rien ne bougeait.On aurait pu croire la maison abandonnée.Même le pavillon du gardien était éteint.Gaspard ne donna pas signe de vie.Peut-être était-il enfermé A la porte d\u2019entrée, l\u2019inspecteur s\u2019arrêta, tira de ses poches tout un jeu de fausses clés et de délicats instruments, et se mit en devoir de forcer la serrure.Il y arriva sans peine.Alors, refermant doucement la porte, ils se mirent en marche à travel's les pièces désertes.La maison semblait complètement vide.Pas un meuble, pas un objet.Dans les salles nues, le bruit des pas, aussi étouffé fût-il, retentissait étrangement.Par les fenêtres sans rideaux, des lueurs, venues de l\u2019éclairage électrique des rues proches, jetaient sur les planchers poussiéreux des raies blanches.Après avoir minutieusement visité le rez-de-chaussée, ils montèrent au premier.Mais tout était aussi désert.Le second, qui comprenait deux petites chambres mansardées et un vaste grenier, ne donna pas plus de résultat II fallut redescendre.\u2014 Pour moi, dit Narcisse Picquevent, Grimpart a bel et bien tué sa femme, et l\u2019a enterrée quelque part dans le parc.En plein joui', nous trouverions de la terre fraîchement remuée, je le parie ! Mais Grimpette ne répondit rien II restait muet et sombre.Au fond de lui-même, il pensait la même chose.Il se souvenait encore de la conversation à laquelle il avait assisté, au cours de la soirée.Evidemment, Vania-Délicia était au courant de beaucoup de choses, de beaucoup trop de choses, et Grimpart pouvait craindre qu\u2019elle parle.Un oa-davre est toujours discret.Il se reprochait de n\u2019avoir pas agi plus vite, et puisque son intuition était bonne, puisque cet individu douteux était compromis effectivement, il fallait s\u2019arranger pour trouver un motif pour l\u2019arrêter .Mais est-ce que son intervention aurait empêché la mort de Vania-Délicia ?\u2014 Narcisse, dit-il soudain, et la cave ?Il doit y avoir une cave.Allons-y voir ! Après avoir cherché un peu l\u2019entrée, ils finirent par, trouver l\u2019escalier, et descendirent.Une porte en bois plein, rugueux, les arrêta.\u2014 Il faut ouvrir ! dit le policier à son collègue.Si nous ne trouvons pas ce que nous cherchons derrière, c\u2019est que nous avons fait fausse route 1 \u2014 Ne t\u2019épuise pas à la faire sauter, fit paisiblement Narcisse.Voilà le truc ! Son petit oeil aigu avait saisi une sorte de crochet, placé presque à ras terre.Il le tira.Un déclic se fit entendre, et la porte s\u2019ouvrit, en même temps qu\u2019un faible cri leur parvenait.\u2014 Allons donc ! s\u2019écria le brave Grimpette tout joyeux.La jolie musique ! N\u2019ayez pas peur, madame, fit-il plus haut, ce sont des amis qui viennent vous délivrer ! Le briquet électrique balaya le caveau, où, en temps ordinaire, on devait serrer le vin.Sur un lit de camp, aux misérables couvertures, une femme était assise, dont des yeux trop grands brillaient dans un visage trop blanc.C\u2019était Vania-Délicia.\u2014 Qui êtes-vous ?s\u2019écria-t-elle.\u2014 Des amis, je vous le répète.Je suis l\u2019inspecteur Grimpette, de la Police judiciaire, et voici mon collègue et ami, l\u2019inspecteur Narcisse Picquevent ! L\u2019artiste joignit ses belles mains amaigries dans un geste de joie.\u2014 Enfin! s\u2019écria-t-elle, enfin! J\u2019ai donc fini de souffrir ! \u2014 Oui, madame, c\u2019est fini ! Elle questionna, hésitant un peu : \u2014'Et.mon .je veux dire, Grimpart ! Est-il arrêté ?\u2014\tPas encore.Il le sera dans quelques heures.J\u2019ai trouvé plus presse de venir à votre secours.\u2014\tAh ! messieurs ! si vous saviez tout ce que j\u2019ai pu endurer! Le misérable! Les misérables, devrais-je dire, car il a des complices ! Voilà où l\u2019a conduit sa passion du jeu ! Tout ce que je gagnais y passait ! Et cela ne suffisait plus ! Il a fait la connaissance de gens louches, qui lui ont proposé la forte somme s\u2019il arrivait à se procurer les documents que vous savez .Il y a réussi avec une audace inouïe ! Et pour les faire passer hors la frontière, ceux qui le payaient ont eu cette idée à la fois géniale et horrible de faire courir le bruit de ma mort ! Moi, je ne me doutais de rien ! Pendant ma dernière réception, l\u2019un de ces complices osa venir jusqu\u2019au milieu de mes invités, lui porter l\u2019ordre -d\u2019agir, et une petite seringue à l\u2019aide de laquelle il me fit une piqûre qui devait m\u2019endormir sans que je me doute de la chose .Je perdis connaissance.Il paraît qu'un faux docteur constata mon soi-disant décès.Au matin, je fus transportée ici, et lorsque je repris mes sens, j'étais prisonnière ! Ce fut Grimpart lui-même qui me mit au courant, avec un cynisme éhonté ! Il osa même me dire que je devais lui être reconnaissante de ne pas avoir voulu me tuer réellement, et de faire passer la frontière aux plans dans un cercueil remplit de sable.\u2014 Enfin, reprit Grimpette, qui avait laissé parler la jeune femme, espérant bien saisir quelque indication utile dans ce flot de paroles, que voulait-il faire de vous, ensuite ?Vous garder ici toujours ! \u2014 Oh ! non.Mais mon mari détestait mon métier, tout en m\u2019aimant à sa façon .Il était très j aloux .La somme qu\u2019il devait toucher était suffisante pour nous permettre de vivre tranquil-Lement à l\u2019étranger.Il avait l\u2019intention de venir me rechercher en secret et nous devions partir habiter la Tchécoslovaquie.\u2014 Voilà une singulière façon de prouver sa tendresse à sa femme ! ricana Grimpette.Mais inutile de nous attarder ici.Je pense que vous ne verrez pas d\u2019inconvénient à regagner Paris ?\u2014 Moi?Seigneur! Je n\u2019aspire qu\u2019à reprendre ma place dans la société .Mais dites-moi : comment avez-vous fait pour pénétrer ici ?Comment Gaspard vous a-t-il laissé entrer ?Les deux policiers échangèrent un regard étonné.\u2014 Gaspard ?Nous ne lui avons point demandé son avis ! Mais où couche-t-il, ce lascar-là ?La maison est vide comme une coquille d\u2019œuf ! \u2014 Gaspard n\u2019est point un domestique, comme vous pourriez le supposer, messieurs.Je vous souhaite de ne point vous trouver face à face avec lui ! C\u2019est un énorme gorille, qu\u2019on lâche en liberté dans le parc .Le vieux gardien, qui est un ancien matelot, l\u2019a rapporté tout jeune d\u2019Afrique.Il sert de chien de garde, et je vous assure qu\u2019aucun molosse n\u2019inspirerait autant de frayeur ! Grimpette et Narcisse sentirent un désagréable petit frisson leur descendre le long de l\u2019échine, à la pensée du péril qu\u2019ils avaient couru sans le savoir, en venant.Mais ce n\u2019était pas tout, d\u2019entrer : il fallait aussi ressortir ! \u2014 Nous sommes prévenus, dit Grimpette.Nous prendrons garde ! Je pense qu\u2019un gorille, comme un homme, est vulnérable aux balles de revolver ! \u2014 Bien sûr! approuva Narcisse d\u2019un ton dégagé.Après tout, un gorille, ce n\u2019est qu\u2019un gros singe ! Et, in petto, le brave policier pensa : \u2014 Si j\u2019avais prévu ça .c\u2019est une mitrailleuse qu\u2019on aurait apportée .Ah ! là ! là ! quel métier ! Vania-Délicia était très faible.Us durent la soutenir pour monter les marches de l\u2019escalier.Bientôt, ils arrivèrent dans le parc.Ils n'avaient pas parcouru trois mètres que la jeune femme tressaillit et chuchota, d\u2019une voix basse et rapide : \u2014\u2022 Prenez garde ! Il est là ! Il nous suit ! Grimpette se détourna comme si un serpent l\u2019avait piqué, tandis que Picquevent faisait un petit bond sur place.Us se trouvèrent en face d\u2019une forme monstrueuse, qui se mit à gronder en les apercevant.Deux bras musculeux.énormes, tendirent leurs poings vers la gorge des policiers.La détonation des deux revolvers n\u2019en fit qu\u2019une.Un hurlement de fureur et de souffrance y répondit.Us ne s'arrêtèrent qu\u2019après avoir vidé leur barillet.Alors, laissant le grand corps se tordre sur le gravier dans les soubresauts de l\u2019agonie, ils s\u2019enfuirent jusqu\u2019au mur, là où ils avaient pénétré dans le parc.\u2022 Us attachèrent la femme sous les aisselles.Le chauffeur la hissa et la reçut dans ses bras, à moitié évanouie.Quant aux deux inspecteurs, ils passèrent l\u2019obstacle en hommes qui ne sont pas sûrs de ne pas avoir encore derrière eux tous les singes du Gabon.Le retour fut sans histoire.Mais après avoir accompagné discrètement Vania-Délicia dans une clinique où elle se remettrait de sa douloureuse aventure, Picquevent fit à son ami des reproches amers : \u2014 Comment ! Tu m\u2019emmènes délivrer une femme, dis-tu ; moi, emporté par le sentiment du devoir et mon esprit chevaleresque, je t\u2019accompagne, et nous tombons dans les pattes d\u2019un.go-rille ! Je suis inspecteur de police, et pas chasseur de fauves ! \u2014 Tais-toi, Narcisse! Demain, j\u2019aurai encore besoin de toi.\u2014 S\u2019il y a du singe à découdre, je n\u2019en suis pas ! \u2014 U n\u2019y aura pas de singe, mais un animal plus dangereux peut-être .En attendant va, mon vieux Narcisse, va faire dodo ! CHAPITRE VII Le petit appartement de la rue des Poissonnières n'était pas très grand, mais semblait agréable et plus clair que la plupart des appartements parisiens.La porte s\u2019ouvrit, après urne légère hésitation, et un homme parut.C\u2019était Grimpette.U regarda autour de lui, entra, referma la porte.Tout de suite, il se précipita vers la fenêtre et jeta un coup d\u2019œil dans la rue.L\u2019appartement se composait seulement de deux pièces.U ouvrit la porte de communication, parcourut l\u2019autre du regard, ouvrit quelques placards, en tira une valise.Du linge était empilé dans les tiroirs d\u2019une petite armoire.U le sortit et en emplit le sac de voyage.Son attitude était bizarre.Ses gestes étaient saccadés, et, de temps à autre, il levait la tête, comme quelqu\u2019un qui craint de voir surgir un importun.Du bruit se fit entendre dans la rue.U se précipita encore vers la croisée, et étouffa un juron.Narcisse Picquevent venait d\u2019apparaître, comme un promeneur tranquille, et déambulait devant l\u2019immeuble, pipe à la bouche.Mais plus loin, l\u2019œil exercé de Grimpette reconnut des uniformes d\u2019agents de police.\u2014 Tâchons de filer quand même ! grommela-t-il.U allait franchir la porte du palier, lorsque, brusquement, il recula.Celle-ci venait de s\u2019ouvrir.Et Grimpart entra.Ils firent tous les deux le même geste de stupéfaction.Puis l\u2019ancien acteur gronda : \u2014 Canaille ! U marcha droit sur l\u2019inspecteur.Celui-ci fit deux pas en arrière, évidemment troublé.\u2014 Ah ! ah ! ricana le nouveau venu.Je te tiens, cette fois ! L\u2019autre tint tête.\u2014 Pas encore! Tu as dû t\u2019apercevoir que j\u2019avais plus d\u2019un tour dans mon sac, hein ?\u2014 Tous les tours de ton sac à malices ne te serviront plus à rien ! Grimpette avait déjà plongé sa main au fond de sa poche.Mais plus prompt que lui, Grimpart braquait sur lui un revolver.\u2014 Doucement, bébé ! Si tu es malin, dis-toi que je le suis autant que toi ! Allons ! Jette ton joujou, tout de suite, ou je te descends ! Avec un grondement de rage, 1 autre s\u2019exécuta.\u2014 Tu crois être le plus fort ! Tu te trompes ! Dans quelques instants, tu seras moins triomphant ! \u2014 Nous verrons bien ! Sop-dain, la porte s\u2019ouvrit encore sous une poigne vigoureuse.Deux nouveaux venus firent leur apparition, et, d\u2019un coup d\u2019œil, embrassèrent la scène qui se déroulait devant eux.C\u2019étaient Jean et Irène.Us virent l\u2019inspecteur de police, dans une attitude qui n\u2019avait rien d\u2019un vainqueur, tenu en respect par l\u2019arme de Grimpart.\u2014 Ah ! dégoûtant personnage ! hurla le jeune officier, en se jetant sur l\u2019espion.A nous deux ! \u2014 Bravo ! cria Grimpette.Tenez bon, vous ! J\u2019arrive ! Cependant, l\u2019attitude de Grimpart était étrange.U se débattait comme un beau diable entre les bras nerveux du lieutenant en vociférant : \u2014 Mais laissez-moi donc tranquille, nom d\u2019un chien! Vous ne voyez donc pas qu\u2019il fiche le camp, celui-là ?Pendant cette scène rapide, Grimpette, en effet, avait saisi la valise, et gagnait la porte.D\u2019une secousse brutale, Grimpart s\u2019arracha à l\u2019emprise de Jean et sauta au collet du policier en criant : \u2014 Misérable ! Tu n\u2019es pas encore hors d\u2019affaire ! Les documents ! Où sont les documents, sale espion ?\u2014 Quoi ?fit Jean, ahuri.Sa stupéfaction fut si grande qu\u2019il lâcha le bras de Grimpart qu\u2019il avait ressaisi.Irène, dans un coin, était restée sidérée, ne comprenant plus comment c\u2019était Grimpart qui se muait en justicier, et Grimpette, l\u2019honnête Grimpette.le champion du bon droit, qui faisait mine d\u2019accusé ! Soudain, un grand cri de la jeune fjlle retentit.\u2014 Jean ! s\u2019exclama-t-elle, Jean ! Mais regardez donc ! C\u2019est Grimpette, le policier Grimpette, qui a le doigt coupé ! Et l'autre .l\u2019autre a la main bandée ! Juste à cet instant, Grimpart, qui avait roulé à terre avec Grimpette, se relevait, un sourire de triomphe aux lèvres, tandis que son adversaire, les poignets liés pair de solides menottes, le considérait d\u2019un air haineux.\u2014 Parbleu! fit-il, bien sûr, que j\u2019ai la main bandée, car dans la bagarre, l\u2019autre nuit, vous m\u2019avez expédié un tel coup de pied, lieutenant, que vous m\u2019avez mis la patte en capilotade.Malheureux qu\u2019il ait fait si noir, et qu\u2019on se soit battus comme des chiffonniers sans se reconnaître ! Si seulement vous aviez parlé ! Mais je vous ai pris de bonne foi pour un complice de ces vilains oiseaux, et sans m'expliquer pour quelle raison vous aviez fait arrêter le fourgon mortuaire et ouvert le cercueil, j\u2019ai bien compris qu\u2019il s\u2019agissait des documents .\u2014 Ah ça ! s\u2019exclama Jean, qui avait mis revolver au poing, je sens que je deviens fou, moi, au milieu de cet imbroglio ! N\u2019êtes-vous pas Grimpart, sapristi ?\u2014 Parbleu ! Je comprends votre erreur .moi, Grimpart ?Je m\u2019en voudrais ! Grimpette, le seul, l\u2019unique .c\u2019est moi ! D'un mouvement vif, il passa son mouchoir sur sa figure, enlevant l\u2019habile maquillage qu\u2019il s\u2019était fait, ainsi Le Samedi, Montréal, 3 mai 1947 23 que sa perruque et sa moustache blonde.\u2014 Ça, par exemple .murmura l\u2019officier, ahuri.Il la considérait maintenant les deux Grimpette face à face, le vainqueur et le vaincu, et si semblables qu\u2019il se demandait s\u2019il ne rêvait pas, si Grimpette ne se trouvait pas brusquement dédoublé par un phénomène psychique incompréhensible.\u2014 Alors, Grimpart.\u2014 Grimpart, c\u2019est Grimpette ; Grimpette, c\u2019est Grimpart ! fit jovialement l'inspecteur.Tenez, vous allez voir.Il se mit à frotter vigoureusement le visage du prisonnier qui fit la grimace.Du maquillage partit aussi, et, sous les traits du pseudo-policier, los jeunes gens, muets de surprise et de saisissement, reconnurent l\u2019homme au chapeau gris .le mari de Vania-Délicia, qui avait rasé ou plutôt supprimé le postiche hlond qui lui servait occasionnellement de moustache ! \u2014 Eh ! hop ! blagua le policier.Passez muscade ! Voilà un changement de personnalité que vous n\u2019aviez pas prévu, hein, mes petits enfants ! \u2014 Alors, c\u2019est vous que .Grimpette montra comiquement son poing bandé.\u2014 C\u2019est moi, en Grimpart, que vous avez trouvé près de votre torpédo, tout disposé à vous arracher les documents de gré ou de force ! Vous vous êtes enfuis avec, je vous ai poursuivis tant que j\u2019ai pu, j\u2019ai perdu votre piste avant que vous ne tourniez sur le chemin départemental, c\u2019est ce qui m\u2019a fait rater la partie jusqu\u2019à maintenant .Car Grimpart \u2014 le vrai, cette fois \u2014 près duquel vous m\u2019aviez collé, dans l\u2019auto, a dû s\u2019apercevoir qu\u2019il avait un sosie ; l\u2019animal a bien compris qu\u2019il n\u2019y avait qu\u2019un confrère ou un policier pour savoir se grimer de la sorte.Je lui ai, à proprement parler, fourni des armes, car si, moi, j\u2019ai pris la personnalité de Grimpart, lui s\u2019est adjugé celle de Grimpette pour vous subtiliser les documents, à l\u2019hôtel du Lien d\u2019Or, avec une astuce sans égale ! \u2014 C\u2019est donc pour cela, que vous êtes revenu une demi-heure après ! s\u2019exclama Irène.\u2014 Revenu n\u2019est pas le mot, mademoiselle ! J\u2019ignorais complètement que je vous eusse déjà fait visite ! Lorsque vous m\u2019avez dit que j\u2019étais venu une demi-heure auparavant chercher les documents, j\u2019ai compris le tour, et que celui-là.Il montra Grimpart.____Celui-là, dis-je, me rendait la monnaie de ma pièce.Joli tour, mon cheç ! Mais tu n\u2019en tireras pas grand profit !\tj \u2014 Plus que tu le penses ! ricana l\u2019autre.\tf .\u2014On verra ça, mais ça m\u2019étonnerait ! J\u2019ai ma revanche ! Il se tourna vers les jeunes gens.\u2014 Dès que j\u2019ai reçu votre coup de téléphone, mon cher, je vous prie de croire que je ne me suis pas attardé dans mon lit ! Je me suis habillé dans un temps record, et dix minutes plus tard, je roulais déjà en moto vers la route de Dijon.J avais passe ma journée à rechercher le faux commandant et ses complices ; à l\u2019hôtel de Vania-Délicia, on m\u2019avait prévenu qu il était parti avec le corps de sa femme.J\u2019avais trouvé ça plutôt louche, et, en y réfléchissant, ce départ précipité m\u2019avait fait comprendre bien des choses .Ah ! le vilain crabe ! M\u2019en a-t-il donné, du fil à retordre ! Mais ce n\u2019est pas tout cela : maintenant, assez causé ! Occupons-nous du plus important.Il se campa devant Grimpart, qui s'était assis sur une chaise et le regardait parfois en-dessous.____Les documents ?dit-il brutalement.\tf L\u2019autre, pour toute réponse, haussa les épaules.Grimpette, sans s\u2019émouvoir, se pencha et ouvrit la valise.A larges brassées, il retira le linge.Mais il ne rencontra point ce qu\u2019il espérait.Afin d\u2019aller plus vite, il saisit le sac par le fond, et vida tout sur le plancher.Il n\u2019y avait aucun papier d\u2019aucune sorte.Il sacra.\u2014 Tu es désappointé ! railla Grimpart.Je t\u2019avais bien dit qu'il ne fallait pas chanter victoire trop tôt ! \u2014 Qu\u2019as-tu fait des plans ?\u2014 Et si je ne veux pas répondre ?\u2014 Prends garde ! \u2014 Cela te fera une belle jambe! Ils sont en Suisse, là ! Les veines des tempes de l\u2019inspecteur se gonflèrent à croire qu\u2019elles allaient éclater, tandis qu\u2019une brusque lividité envahissait son visage.Il s\u2019avança, l\u2019air menaçant, vers l\u2019homme, qui ne broncha pas.\u2014 Si tu ne me dis pas, à l\u2019instant même, la vérité, je te jure que je te casse la tête ! proféra-t-il.Irène fit un geste, comme pour s\u2019interposer.Mais Jean lui fit signe de laisser les deux hommes s\u2019expliquer.\u2014 La mort ne me fait pas peur ! \u2014 Je suis sûr que les documents ne sont pas en Suisse ! Tu n\u2019as pas eu le temps de les renvoyer ! Et la frontière est surveillée ! J\u2019ai fait donner des ordres spéciaux dès mon arrivée à Paris ! Tu ne peux espérer l\u2019indulgence de la justice qu\u2019en restituant ce que tu as volé ! Sache donc que cette nuit même, je suis allé à Saint-Cloud ; Vania-Délicia est en sûreté, délivrée, et / elle m\u2019a tout raconté ! Le gardien de la villa des Houx est arrêté, ainsi que ton autre complice, Le grand Mimile, de la rue des Poissonnières ! Grimpart cligna de l\u2019œil.\u2014 Et le chauffeur, est-il arrêté, lui ?Grimpette eut une seconde d\u2019hésitation.\u2014 Non, dit-il, mais ça ne tardera pas ! \u2014 Voilà qui m\u2019étonnerait, ricana l\u2019ancien acteur, car lui aussi est en Suisse ! Âh ! ah ! ah ! Grimpette, tu t\u2019es cru bien malin, mais je l\u2019ai été plus que toi ! Quoi que tu dises, quoi que tu croies, les fameux plans de la ligne Maginot sont en Suisse, à l'abri, et doivent môme être en Allemagne à l\u2019heure actuelle ! Tes précautions ?Fichai-ses ! Je pensais bien qu\u2019après avoir découvert \u2014 je ne sais comment, par exemple \u2014 qu\u2019ils étaient dans le cercueil, tu t\u2019empresserais de faire redoubler la surveillance des frontières ! Mais une chose dont tu ne te méfiais certainement pas, c\u2019est que j\u2019emploierais la même cachette ! Tu pensais que celle-ci une fois éventée, j\u2019allais l\u2019aban-* donner ! Pas si bête ! Dès que ce bon jeune homme m\u2019a eu remis les plans, je n\u2019ai rien eu de plus pressé que de les replacer où ils étaient, et ce brave Wilhelm, brûlant les étapes, a conduit le chargement en Suisse, où il est arrivé sain et sauf quelques heures plus tard ! Et moi, pour vous dépister, je suis rentré à Paris, où, d\u2019ailleurs, j\u2019avais encore à faire .Tu es arrivé deux mi- nutes trop tôt, Grimpette, tu vois ! ma valise était prête, et je passais moi-même à l\u2019étranger ! J\u2019ai échoué, tant pis ! Mais au moins, j\u2019aurai réussi ma mission ! \u2014 Tu mens ! rugit le policier.\u2014 Si tu ne me crois pas.libre à toi.Une expression terrible transfigura le visage de l\u2019inspecteur.Il avança les mains comme s\u2019il allait étrangler le misérable qui avouait son crime avec un cynisme aussi tranquille.Mais ses mains retombèrent.Grimpette, assommé par ce coup inattendu, porta la main à son front.\u2014 Si c\u2019est vrai.je suis déshonoré ! murmura-t-il.\t» Jean s\u2019avança.\u2014 Tranquillisez-vous, monsieur l\u2019inspecteur ! Les plans sont à l\u2019heure actuelle en sûreté, dans un coffre-fort de la Banque de France !.Le policier se redressa et regarda le jeune homme comme s\u2019il avait parlé chinois.\u2014 Oh ! c\u2019est très simple ! Vous allez comprendre.Lorsque vous êtes venu, à l\u2019hôtel du Lion d\u2019Or, à Savières, me réclamer ces papiers, j\u2019ai trouvé la chose un peu.étrange.Je sais bien que c\u2019était vous qui étiez chargé par le Gouvernement de les retrouver, mais cette demande, de but en blanc.Alors .Bref, je me méfiais .\u2014 Alors ?haleta le policier.\u2014 Alors, j\u2019ai trouvé plus sage de les garder, quitte à vous offrir des excuses ensuite.J\u2019avais l\u2019intention de vous les donner au dernier moment, moi-même, à Paris.Je suis officier, ne l\u2019ouibliez pas, donc, capable de garder et de défendre jusqu'à la mort de pareils documents.Dans ma chambre, j\u2019ai ouvert l\u2019enveloppe scellée à l\u2019aide d\u2019un oouteau chauffé à la flamme dune bougie, j\u2019ai enlevé ce qu\u2019elle contenait et mis à la place de vieux journaux .Puis j\u2019ai recollé délicatement les cachets officiels, et j\u2019ai tout remis dans la serviette de maroquin bleu .Un double cri l\u2019interrompit.Grimpette, dans l\u2019excès de sa joie, lui sauta au cou, tandis que Grimpart, vert de rage, se trémoussait sur sa chaise.\u2014 Vous êtes le plus courageux, le meilleur garçon que je connaisse ! Nom d\u2019un sabord, lieutenant! Je vous donne ma parole que vous ne serez pas oublié, et que le ministre saura ce que vous avez fait ! Il alla à la fenêtre, l\u2019ouvrit, donna un coup de sifflet.Narcisse Picquevent, qui faisait les cent pas dans la rue, leva le nez.Des agents parurent.\u2014 Dans un instant, ce coco sera embarqué, fit Grimpette.Ah ! sapristi de sapristi ! M\u2019a-t-il donné chaud, ce poison-là ! Il tira son mouchoir et s\u2019épongea le front.Il avait totalement oublié le maquillage qui tachait la batiste.Deux secondes plus tard, il ressemblait à un arc-en-ciel.Les jeunes gens éclatèrent de rire.\u2014 Riez, riez, braves gosses ! fit-il ave: attendrissement.Vous l\u2019avez bien gagné ! La porte s\u2019ouvrit.L inspecteur Picquevent, suivi d\u2019une escouade d agents, entra.Ils eurent eux-mêmes toutes les peines du monde à retenir leur hilarité devant la figure bizarrement barbouillée de leur supérieur.\u2014 Alors ?questionna Narcisse, tandis que les agents emmenaient Grimpart.Ça s\u2019est bien passé ?\u2014 Oui ! soupira Grimpette.Mais le coquin m'en a fait voir de toutes les couleurs ! \u2014\tÇa se voit ! conclut Picquevent, pince-sans-rire.EPILOGUE ean et Irène avaient passé ensemble par trop d\u2019épreuves pour abandonner une intimité si bien commencée.Us se revirent tous les jours.Mais le quatrième, lorsque le jeune officier accompagna Irène au ministère où elle allait reprendre son travail, l\u2019huissier les prévint, à leur grande surprise, qu\u2019ils étaient attendus chez le ministre.\u2014\tMademoiselle Beauvais, j\u2019ai le regret de vous informer que, désormais, nous devrons nous priver de vos services ! Irène resta médusée de surprise.En fin, elle articula, la gorge sèche : \u2014\tEn quoi ai-je pu vous déplaire, monsieur le ministre ?Il sourit en la regardant paternellement.\u2014\tEn rien, mon enfant, au contraire ! Je tiens à vous dire que votre conduite, ainsi que oelle de M.Forestier, est au-dessus de tout éloge, et je vous en félicite.Mais les règlements interdisent à une femme d\u2019officier de travailler.Et à moins que vous refusiez d\u2019épouser le capitaine Forestier .Il se tourna vers le jeune homme, stupéfait lui aussi, et ajouta : \u2014\tVous êtes capitaine depuis ce matin, monsieur Forestier, et attache a l'état-major du ministre de l\u2019Air, mon collègue.Quant à Mlle Beauvais, si elle consent à devenir la femme d\u2019un héros tel que vous, je l\u2019informe que c\u2019est ie Gouvernement qui lui fournira la dot réglementaire.Que répondez-vous ?Sinon, il va de soi que vous serez réintégré d\u2019office dans votre emploi, avec sérieuse augmentation .Ils échangèrent un regard, puis un sourire.\u2014 Monsieur le ministre, dit Jean, d\u2019une voix un peu changée, vous prévenez mon plus cher désir .Devant vous, je tiens à déclarer que ma plus grande récompense sera de consacrer ma vie à Mlle Beauvais .Le ministre sourit et hocha la tête.\u2014 Eh bien, mademoiselle ?J\u2019attends votre décision .\u2014 Monsieur le ministre, je serai fière de m\u2019appeler Mme Forestier .\u2014 Voilà qui est parfait! mademoiselle, dès maintenant, vous ne faites plus partie de notre administration.Mes félicitations ! Capitaine Forestier, n\u2019oubliez pas que je tiens à être personnellement votre témoin .Pâles et rouges tour à tour d\u2019émotion, de bonheur et d\u2019orgueil, ils quittèrent le ministère.Lorsqu\u2019ils furent sur le trottoir, ils se regardèrent.\u2014 Alors, nous voilà fiancés ! dit Jean Croyez-vous tout de même que j\u2019ai eu une bonne idée, de vous suivre, l\u2019autre jour, dans le métro ! Si je vous avais obéi, où en serions-nous ?\u2014 C\u2019est vrai ! convint Irène.Mais avouez que vous avez montré bien de l'obstination ! \u2014 Je ferai de mon mieux pour me faire pardonner ! dit le jeune homme, tendrement.Et devant la sentinelle indulgente et souriante, ils échangèrent leur premier baiser de fiançailles.Robert Jean-Boulan AVIS A NOS LECTEURS Depuis quelques mois, nos lecteurs ont remarqué que LE SAMEDI contient une section de papier-journal alternant avec le papier de luxe.Ceci n'est pas pour une raison d'économie, comme on aurait bien pu le croire, mais bien pour augmenter le nombre de pages en attendant que le papier de luxe nous revienne en abondance.Dès que le papier-magazine se fera moins rare, tout LE SAMEDI sera imprimé, comme avant la guerre, sur papier glacé.Nous espérons que nos lecteurs et lectrices se réjouiront de cette bonne nouvelle.Malgré cette augmentation, LE SAMEDI reste toujours à 10 sous alors que plusieurs outres publications majorent leur prix. 24 Le Samedi, Montréal, 3 mai 1947 NOTRE FEUILLETON LE RETOUR SANS ESPOIR Par ARISTIDE BRUANT Alors, tu comprends si c\u2019est agréable de s\u2019entendre traiter comme ça devant ses collègues .Quand on a derrière soi toute une existence de devoir et d\u2019honneur !.« Tout ça, à cause d\u2019un mauvais garnement, d\u2019un chenapan, d\u2019un galvau-deux.Oui, oui, je peux te le dire, c\u2019est pas grand\u2019chose que ton fils.« Il a toujours causé des ennuis aux parents.Et à Jeanne, ta femme, qui souvent ne disait rien, rapport à notre père.Car, tu sais, il ne plaisante pas, le vieux.Et sans moi, il aurait déjà fait mettre Alfred dans une maison de correction.« Et il aurait eu raison, parce que ton fils, c\u2019est un petit voyou, un vaurien, une fripouille ! A mesure que sa conscience de gardien de la paix débordait, Eugène Bidault, sous une poussée d\u2019indignation et de colère, était devenu écarlate, car ü se croyait déshonoré d\u2019avoir une pareille tare dans la famille, et il pensait, avec un serrement de cœur, que cela pouvait nuire à son avancement.\u2014 S\u2019il en est ainsi, fit Robert, je vais aller au poste le réclamer.\u2014 Pas avant que j\u2019aie prévenu mon père ! s\u2019opposa l\u2019agent avec autorité.Car, devant un fait aussi grave, je tiens essentiellement à l\u2019informer de ce qui se passe.\u2014 Comme tu voudras, fit M.de Ser-maize en haussant les épaules avec impatience.Eugène ouvrit la porte, traversa le palier et frappa rudement sur l\u2019huis paternel.\u2014 Tiens ! Ugène !.fit la voix d\u2019Eu-doxie qui s\u2019effaça pour laisser passer son fils.T\u2019es bien gentil de venir nous voir.\u2014 Je ne viens pas pour vous voir.J\u2019ai quelque chose à dire au père.\u2014 Ferdinand ! annonça Mme Bidault, c\u2019est Ugène.Le gardien de la paix entra.Cinq minutes après, par la porte restée entre-bâillée, des éclats de voix terribles accompagnés de jurons formidables et de coups de poing assenés sur les meubles parvinrent jusqu\u2019au logis des Gonthier.Ce ne fut pas long !.En deux enjambées, Bidault (Ferdinand) avait franchi le palier et, sa casquette galonnée toujours hermétiquement vissée sur sa tête, l\u2019agent commissioné fit irruption dans le logement d\u2019en face.puis se campa, important et furibond, devant le mari de sa fille en criant : \u2014 Eh bien! c\u2019est du propre! Voilà maintenant votre fils Alfred qui se bat dans les rues et se fait ramasser/ par la police comme un voyou ! Irrité d\u2019une attaque aussi brusque, le commandant de Sermaize ne put s\u2019empêcher de répliquer d\u2019un ton glacial : NOTRE FEUILLETON \u2014 No S Publié en vertu d\u2019un traité avec la Société des Gens de Lettres.\u2014 Les noms de personnages et de lieu* do nos romans, feuilletons, contes et nouvelles sont fictifs et choisis au hasard.| Vous oubliez que ce voyou est aussi votre petit-fils ! \u2014 Oh ! pardon ! riposta le chef de la famille Bidault piqué au vif.Mon petit-fils n\u2019a reçu de moi que de bons exemples ! Tandis que votre fils à vous .Ah ! vous en avez fait quelque chose de joli !.La preuve, c\u2019est que tant que vous n\u2019étiez pas là, Alfred se conduisait à peu près.mais maintenant que vous êtes revenu, ça commence bien ! Où ça va-t-il nous mener ?Emporté par l\u2019élan de son indignation, le surveillant à la gare des marchandises de Bercy leva au plafond deux grands bras désolés.\u2014 D\u2019ailleurs, ajouta-t-il, si ma fille m\u2019avait consulté, vous ne seriez jamais rentré ici.\u2014 Alors, insinua froidement Robert qui sait tous ses efforts pour se contenir, pourquoi m\u2019avez-vous invité à partager, le jour de votre fête, votre repas de famille ?Cette question qui le mettait en face de concessions qu\u2019il eût préféré ne pas faire eut le don (^exaspérer M.Bidault.\u2014 Si, le soir de la Saint-Ferdinand, vociféra-t-il, je vous ai reçu à ma table, si j\u2019ai été convenable et poli avec vous, c\u2019est que j\u2019aime la paix avant tout.et que je ne veux pas d\u2019histoires dans la maison, ni de discussions en famille ! Et pour mieux prouver encore son amour du silence et de la tranquillité, il assena sur le buffet un magistral coup de poing qui manqua renverser la lampe et fit tressaillir les tasses et les soucoupes rangées sur les étagères.\u2014 Monsieur Bidault, fit observer sèchement le commandant de Sermaize, je vous prierai de vouloir faire moins de bruit, il n\u2019y a pas que vous dans la maison ! \u2014 Les autres, je m\u2019en f .iche, et je ne vous demande pas votre avis, riposta le père de Jeanne, furieux.L\u2019honneur de la famille Bidault est en jeu .Et ça me regarde !.Mon petit-fils S\u2019est battu dans la rue, à coups de couteau, comme un apache.Et pour qui ?.Pour quoi ?.Pour une fille de trottoir ! Une hétaïre ! Vous ne me ferez pas croire qu\u2019il ne tient pas de vous, et qu\u2019il n\u2019a pas votre nature, vos instincts, vos passions et vos vices ! \u2014 Allons, en voilà assez ! trancha impérieusement le marquis de Sermaize.Je n\u2019admets pas que vous me parliez sur ce ton !.\u2014 Comment ?.Quoi ?.s\u2019étrangla M.Bidault interloqué de cette résistance qui renversait toutes ses habitudes.\u2014 J\u2019ai toujours été correct avec vous et je vous répète que je n\u2019admets pas que vous me traitiez autrement qu\u2019avec la plus entière déférence.\u2014 Ça, par exemple ! c\u2019est trop fort.balbutiait l\u2019employé commissionné de la Compagnie P.-L.-M., qui n\u2019en pouvait croire ses oreilles.\u2014 Si j\u2019ai supporté à votre table les inconvénients de votre mauvaise humeur et de vos propos déplacés, c\u2019est que j\u2019étais chez vous.Aujourd\u2019hui, vous êtes chez moi.Je ne le souffrirai plus ! Quant à mon fils Alfred .\u2014 Justement.v\u2019ià qu\u2019il est six heures, interrompit Eugène qui cherchait à abréger la discussion.Il est temps d\u2019aller au poste le réclamer.Je l\u2019aurais bien ramené moi-même, mais je ne suis que son oncle.Et le brigadier a exigé qu\u2019il soit réclamé par ses parents.\u2014 C\u2019est bien.J\u2019y vais, coupa le « mari de Jeanne » en prenant son chapeau.\u2014 Pardon ! s\u2019interposa le chef de la famille Bidault, c\u2019est moi que ça regarde.\u2014 Je vous prierai, monsieur, de rester tranquille, déclara énergiquement Robert.\u2014 Vous dites?\u2014 Je dis que je suis le père.et que je n\u2019ai besoin de personne pour réclamer mon fils.Quant à l\u2019honneur de la famille, tranquillisez-vous : je m\u2019en charge !\t^ \u2014 Vous! \u2014 Puisque j\u2019en fais partie de votre famille, j\u2019ai autant d\u2019intérêt que vous à la faire respecter.Tout ceci avait été dit d\u2019un ton assuré, avec un accent tellement impérieux que l\u2019employé commissionné resta bouche bée, sans rien trouver à répondre.Il éprouvait l\u2019impression soudaine qu\u2019il avait devant lui un caractère : pour une fois il rencontrait une autorité supérieure à la sienne.\u2014 Ah ! ça, par exemple ! c\u2019est trop fort.répéta-t-il encore stupéfait.Quand il revint de sa surprise, le livreur de M.Camuzat et le gardien de la paix étaient déjà au bas de l\u2019escalier.Alors Bidault (Ferdinand), indigné, vexé, révolté, se mit à hurler d\u2019une voix de tonnerre : \u2014 Tout ça, c\u2019est la faute à Jeanne !.Elle avait bien besoin d\u2019aller chercher ce coco-là .Si elle l\u2019avait laissé chez l\u2019emballeur, nous n\u2019en serions pas là aujourd\u2019hui et tout ça ne serait pas arrivé !.C\u2019est vraiment à n\u2019y pas croire .Va maintenant falloir que je mette des tnitaines pour parler à môs-sieu Gonthier.Je vous demande un peu .Un « proparien » qui, autrefois, se laissait engueuler sans rien dire ! V\u2019ià qu\u2019c\u2019est lui qui m\u2019engueule aujourd\u2019hui !.Le grand-père d\u2019Alfred sortit de chez sa fille, rouge de colère.La cage de l\u2019escalier s\u2019emplit de jurons exaspérés.Puis ce fut un choc formidable .Le chef de la famille Bidault venait, en rentrant chez lui, de passer sa fureur sur la porte de son logis qu\u2019il avait refermée avec fracas.Et, du coup, toutes les vitres tremblèrent sur le palier.XXII \u2014 « Le fils et le père » Lorsque le soir du scandale qui avait mis la famille Bidault en révolution, Jeanne Gonthier revint de la promenade qu\u2019elle avait coutume de faire avec sa fille le dimanche, elle fut toute stupéfaite de trouver Alfred avec « son père » qui l\u2019aidait à retirer son veston plein de boue et sa chemise tachée de sang.Elle crut d\u2019abord à un accident, et ne se rassura que lorsque Robert l\u2019eut mise au courant de ce qui s\u2019était passé et qu\u2019elle eut constaté par elle-même que son fils n\u2019avait reçu qu\u2019une simple égratignure qui ne l\u2019empêcherait même pas de travailler le lendemain.\u2014\tMon père doit être furieux ?s\u2019informa la fille de M.Bidault.\u2014\tEn effet, répondit le livreur de M Camuzat, jfl est venu faire ici une scène grotesque et ridicule.et s\u2019il n\u2019a pas cassé toute la vaisselle qui est sur le buffet, ce n\u2019est pas de sa faute.\u2014 Tu vois ce dont tu es cause! reprocha la mère en s\u2019adressant à Alfred, qui s\u2019ébrouait, la tête plongée dans une cuvette.Celui-ci riposta, les narines pleines d\u2019eau : \u2014 C\u2019est pas de ma faute, que je te dis ! C\u2019est ce sale Poil-de-Brique qui m\u2019a attaqué et qu\u2019a sorti son couteau le premier !.N\u2019empêche qu\u2019il a trinqué et qu\u2019il a saigné comme un cochon.\u2014 Y a pas de quoi être fier ! reprit Jeanne désolée.Tu ne devrais pas t\u2019en vanter ! \u2014 Et c\u2019est pas fini ! accentua Alfred en sortant de l\u2019eau sa tête ruisselante J\u2019aurai sa peau ou il aura la mienne ' \u2014 Puisque c\u2019est comme ça, tu ne sortiras plus le dimanche.\u2014 Qu\u2019est-ce que je ferai alors?interrogea effrontément le petit.\u2014 Tu resteras ici.ou chez ton grand-père.\u2014 Eh ben ! ça va être amusant ! Robert, qui avait cru ne pas devoir se mêler à ce colloque familial, jugea que le moment était venu de mettre en pratique la résolution qu\u2019il avait prise quelques heures auparavant, c\u2019est-à-dire de faire son possible pour endiguer les mauvais instincts du fils d\u2019Emile Gonthier, de lui inculquer de bons principes, afin d\u2019essayer d\u2019en faire ur.honnête homme et, avec le concours de M.Camuzat, un excellent ouvrier \u2014 Ma chère amie, dit-il, ne vous tourmentez pas outre mesure de la conduite à venir d\u2019Alfred.Mon intention est de la diriger moi-même.Vous avez assez de vous occuper d\u2019Augustine, qui va devenir une jeune fille, pour que moi, je me charge de l\u2019éducation de son frère .En écoutant cette proposition, à laquelle elle était bien loin de s\u2019attendre, Jeanne Gonthier contemplait le marquis d\u2019un air surpris.\u2014 Alors, demanda-t-elle, c\u2019est toi qui vas te charger d\u2019Alfred le dimanche ?Et tu te promèneras comme ça tout seul avec lui, tout l\u2019après-midi ?Eh bien ! oui.\u2014 T\u2019es sûr que ça ne t\u2019ennuiera pas ?\u2014 Mais non, au contraire.Et comprenant qu\u2019il devait, lui aussi, tutoyer « sa femme », il précisa : \u2014 Je saurai que tu es tranquille, pendant que de ton côté tu promèneras Augustine.Et j\u2019en serai très heureux : cela me fera grand plaisir.Pendant quelques secondes, Jeanne Gonthier resta toute songeuse. Le Samedi, Montréal, 3 mai 1947 25 \u2014 Je te remercie, Emile, fit-elle.Puis, comme se parlant à elle-même, elle murmura : \u2014 Ça l\u2019a changé d\u2019aller au front ! Alfred, qui aivait fini de s\u2019éponger la figure, s\u2019était mis à déplier une chemise propre, que, tout en causant, sa mère lui avait sortie d\u2019un placard.\u2014 Ainsi, c\u2019est convenu, lui dit Robert, à partir de maintenant, tu m\u2019attendras chaque dimanche après le déjeuner, chez ton patron.J\u2019irai t\u2019y chercher vers deux heures.Et nous irons nous promener ensemble tous les deux.\u2014 Eh ben ! ça va être fait ! ronchonna l\u2019apprenti dont la tête était perdue dans sa chemise que, les bras en l\u2019air, il était en train de passer.Le livreur de M.Camuzat ne voulut pas que le patron emballeur risquât d\u2019apprendre par un étranger que son apprenti avait été arrêté et conduit au poste.Aussi, dès le lundi matin, avant de partir en courses, pendant que le père Cogne-Cogne, Clément et P\u2019tit Louis clouaient leurs caisses à tour de bras, il avait raconté en quelques mots ce qui s\u2019était passé.\u2014 Ça ne m\u2019étonne pas 1 répondit M.Camuzat.Vous n\u2019êtes pas au bout de vos peines avec ca galopin-là ! Il vous en fera v»ir de toutes les couleurs.\u2014 Sûr ! approuva le baron du Tasseau qui, dès qu\u2019il avait entendu parler du fils de Jeanne, n\u2019avait pas perdu un mot de la conversation.\u2014 Pourtant, répliqua l\u2019homme au bandeau noir, nous l\u2019avons sermonné sa mère et moi, et il nous a bien promis qu\u2019à l\u2019avenir, il travaillerait consciencieusement.\u2014 Oh ! vous savez, les promesses, ça ne coûte pas cher.Entre promettre et tenir, il y a de la marge.\u2014 Je vous assure cependant.\u2014 Oui, oui.il est mariolle, le petit gars .Mais j\u2019ai lu dans son œil.Vous comprenez qu\u2019à mon âge, U m'en est déjà passé par les mains des ar-pètes.Eh bien! celui-là, c\u2019est une petite rosse, qui vous donnera du fil à retordre.«Je l\u2019ai jugé hier matin.J\u2019ai eu une explication avec lui au sujet d une boîte à clous qu\u2019il avait renversée.0.Ça m\u2019a suffi ! \u2014 Qué sale graine ! ponctua l\u2019homme au gros nez.\u2014 D\u2019abord, patron, reprit Robert, je peux vous promettre qu\u2019à l\u2019avenir il cessera de vagabonder et de fréquenter les voyous du quartier.\u2014 Croyez-vous ?\u2014 J\u2019ai pris le parti de le surveiller moi-même.Dorénavant, il passera ses après-midi du dimanche avec moi.et le soir je le reconduirai jusqu\u2019à votre porte et je vous le remettrai en mains propres.\u2014 Comme vous voudrez ! Mais moi, je n\u2019ai aucune confiance, conclut le père Cogne-Cogne, qui précipita ses coups de marteau pour faire comprendre à son employé que 1 entretien avait assez duré et que la question Alfred ne l\u2019intéressait que d\u2019une façon absolument secondaire.Puis, lui désignant plusieurs piles de caisses déposées près de la porte de la boutique : \u2014 Maintenant, s\u2019agit de livrer ça Je plus tôt.Dépêchons-nous .V\u2019Jà assez de temps de perdu.Dites donc, vous autres, donnez-lui un coup de main pour charger ! Dix minutes après, Robert s attelait à sa voiture et se mettait en marche, l\u2019esprit un peu perplexe, car il songeait à ce que M.Camuzat venait de lui laisser entendre au sujet des difficultés qu\u2019il aurait à surmonter pour mener à bien, vis-à-vis d\u2019Alfred, son œuvre régénératrice.\tsk .\u2014 Il est certain, pensait-il, que j ai assumé là une tâche ingrate.Ce petit Alfred me paraît doué d\u2019un caractère d\u2019autant plus obscur que son pere, d a-près l\u2019accueil un peu frais que j ai reçu dans la famille Bidault, n\u2019a pas dû leur donner beaucoup de satisfaction.« Ce qui s\u2019est passé autrefois entre Jeanne et son mari, je ne puis m\u2019en faire une idée exacte.Il y a eu abandon, ça, je le sais .Dans quelles conditions, je l\u2019ignore .Et il serait imprudent pour moi de m\u2019informer de ce que Gonthier a fait jadis.« Je dois me contenter, pour reconstruire ce passé, de certaines allusions indirectes qui ne suffisent pas à m\u2019éclairer.Mais tout porte à croire que cet Emile Gonthier, dont le hasard m\u2019a forcé à endosser la personnalité, n\u2019était pas un homme des plus recommandables.« Et pourtant, pendant les quelques mois que je l\u2019ai eu sous mes ordres, je l\u2019ai vu combattre en héros.Avec quelle bravoure, quel admirable mépris de la mort, il affrontait le feu de l\u2019ennemi ! « C\u2019était un excellent soldat, toujours prêt à se faire casser la figure, le premier à l\u2019attaque, le dernier à reculer quand on donnait l\u2019ordre de céder du terrain.« Et cette croix de guerre, sa croix, que le sort me condamne à laisser attachée sur ma propre poitrine, je sais mieux que personne, moi, son commandant, qu\u2019il l\u2019a méritée plutôt deux fois qu\u2019une.« Or, en supposant que son fils ait gardé quelques-uns de ses défauts, il a certainement hérité son instinct de bravoure et de sang-froid.« La façon dont il s\u2019est rebiffé en ripostant à sa mère qui lui reprochait son algarade, sa rage contenue et la haine qu\u2019il manifestait contre son adversaire, m\u2019ont rappelé le regard aigu et la colère froide que j\u2019ai, si souvent remarqués sur le visage d\u2019Emile Gonthier, quand j\u2019ordonnais à mon bataillon de s\u2019élancer contre les Allemands.A ce moment, il subit un choc et fut forcé de s\u2019arrêter.Plongé dans ses pensées au point qu\u2019il ne portait son attention sur rien de ce qui se passait autour de lui, il venait de heurter avec une de ses roues, le bord d\u2019un refuge.Il recula d\u2019un pas, donna un fort coup de reins, reprit sa route et en même temps le cours de ses réflexions.\u2014 Que cet enfant soit brave, cela ne fait aucun doute.mais il ne doit fichtre pas être commode à mener ! Son pqtron ne me l\u2019a d\u2019ailleurs pas caché.Et lui, il a l\u2019habitude des ouvriers .Tandis que moi, je ne connais ni leurs pensées ni leurs coutumes .ni même leur langage ! « Au fond, ce jeune fainéant ne diffère que par l\u2019éducation, le luxe et la richesse des fils de famille qui se préparent à mal tourner.Entre eux, il n\u2019y a que la distance qui sépare le boulevard du faubourg.« Mais vis-vis du fils d\u2019une marchande de légumes, du petit-fils d\u2019un agent commissionné de la compagnie P.-L.-M., vis-à-vis d\u2019un enfant du peuple, saurai-je trouver les mots faits pour le convaincre, les paroles de simplicité, d\u2019émotion nécessaires ?« D\u2019Emile Gonthier, le commandant de Sermaize a su faire un bon soldat.Mais de son fils, pourrai-je faire un bon ouvrier ?A ce moment le livreur se cogna du front à quelque chose de mou qu\u2019il prit pour le bras d\u2019un passant.Il leva la tête et aperçut, arrêté le long du trottoir, un cheval de fiacre dont il avait heurté le museau et qui contemplait d\u2019un air étonné cet homme attelé comme lui entre deux brancards.La fin de la semaine réserva une surprise au « mari de Jeanne » : M.Camuzat lui annonça qu\u2019il n\u2019avait pas trop eu à se plaindre de son apprenti.Le jeune Alfred, qui avait probablement réfléchi sur les ennuis que lui attireraient une mauvaise volonté ou une révolte inutile, s\u2019était montré poli et obéissant, ce dont le patron avait été le premier étonné.\u2014 Vraiment, il m\u2019en bouche un coin 1 avait-il dit à sa femme Sidonie, un soir, avant de s\u2019endormir.Mais je suis sûr que ça ne durera pas.Il a été sermonné par ses parents, et il fait semblant de mettre de l\u2019eau dans son vin.Or, j\u2019ai idée qu\u2019il aime trop boire son vin pur, pour que ça continue.Enchanté d\u2019apprendre que le jeune garnement montrait des velléités de repentir, Robert se fortifia dans sa résolution de ne pas heurter sa nature qu\u2019il soupçonnait violente et ombrageuse et autant que possible d\u2019employer envers lui la douceur et le raisonnement.Donc, le dimanche après-midi, le livreur était allé, selon sa promesse, chercher « son fils » chez le père Cogne-Cogne.Il l\u2019avait trouvé brossé, astiqué, pommadé, selon son habitude, avec, sur un col bien empesé, une cravate neuve à pois rouges, pour remplacer celle qui avait été arrachée et déchirée pendant son combat avec Poil-de-Brique.Tous deux se dirigèrent en se promenant vers le boulevard Diderot, où ils prirent le tramway de Charenton.Le ciel était semé de nuages gris que le soleil perçait de place en place.Serré par les voyageurs qui se trouvaient au complet, l\u2019homme au bandeau noir, debout sur la plate-forme, refusa poliment à une femme qui s\u2019était levée, la place qu\u2019elle occupait à l\u2019intérieur.Alfred, qui ne disait pas un mot, je- RESUME DES CHAPITRES PRECEDENTS Le marquis Robert de Sermaize est rapporté tué à l\u2019ennemi ; sa veuve, mère d\u2019Alain et d\u2019Anne-Marie, se remarie au comte de Franchevïlle.\u2014 Le marquis, que l\u2019on a cru mort, revient incognito au château ; les nombreuses cicatrices qui sillonnent son visage et le bandeau noir qui masque l\u2019absence d\u2019un œil, le rendent méconnaissable ; à la suite du chien Miraut, l\u2019intendant Pierre Gallois le reconnaît.\u2014 Le marquis dit pourquoi il ne veut pas réintégrer domicile et comment il se fait passer pour Emile Gonthier.\u2014 Le marquis, pour ne pas se trahir, se voit forcé de prendre la succession d\u2019Emile Gonthier au foyer conjugal de son ancienne ordonnance.\u2014 Le vicomte René d\u2019Orbac, prétendant d\u2019Anne-Marie de Sermaize, apprend sa ruine ; la mère et le beau-père de la jeune fille ne jugent pas cette question d\u2019argent comme suffisante à une rupture, au grand contentement du vicomte qui veut surtout les millions d\u2019Anne-Marie.\u2014 Oscar Ciboulant vient offrir au vicomte de doubler la dot de Mlle de Sermaize ; d\u2019Orbac accepte le marché.\u2014 Marinette, chanteuse et sœur d\u2019Oscar Ciboulant, reçoit la visite de son frère qui se pose en protecteur et lui propose un prince charmant.\u2014 Alfred, fils d\u2019Emile Gonthier, fait des siennes et cause des embarras à son oncle, l\u2019agent Eugène Bidault.tait au dehors, sur le spectacle de la rue, des regards indifférents.Il pensait qu\u2019il serait bien mieux à se promener avec Angèle à son bras, qu\u2019en compagnie de ce monsieur qui portait un bandeau noir sur la figure, et dont les brûlures excitaient l\u2019attention sympathique de tous les passants.\u2014\tQuelle barbe ! se disait mentalement l\u2019apprenti emballeur.Ça commence bien.Si ça doit être comme ça tous les dimanches, je ne serai pas long à démissionner.Parvenus à Charenton-le-Pont, ils quittèrent le tramway, se promenèrent un peu le long du quai, puis montèrent vers le bois de Vincennes.Au bout de quelques pas, Alfred tira de la poche de côté de son veston un paquet bleu de cigarettes et, le tendant à son compagnon, il proposa : \u2014\tDis donc, p\u2019pa .Si on en grillait une ?Sans répondre directement à l'invitation du jeune homme, Robert voulant en finir, prononça : \u2014 Tu sais que tu nous a causé beaucoup de peine, à ta mère et à moi ?\u2014 En quoi fsant ?demanda Alfred qui s\u2019était arrêté pour allumer sa cigarette.\u2014 Mais en te faisant arrêter dans la rue et conduire au poste comme un malfaiteur.\u2014 Alors, aurait fallu que je me fasse donner des coups de couteau sans me défendre ?Le commandant hésita : \u2014 Evidemment.si vraiment tu as été attaqué par ce jeune homme.\u2014 Ce jeune homme ! On voit bien que tu ne le connais pas, le Poil-de-Brique !.Mais c\u2019est tout ce qu\u2019il y a de crème ! C\u2019est une rosse, une came, une teigne, une verdure !.Et se campant indigné devant Robert stupéfait, il compléta : \u2014 C\u2019est pire que tout ça.C\u2019est un Boche ! Surpris d\u2019abord par l\u2019avalanche d\u2019épithètes malsonnantes sous lesquelles Alfred écrasait son adversaire, le commandant, au mot de « Boche », et surtout à l\u2019accent âpre avec lequel il avait été prononcé, prit plaisir à constater que le fils de son ordonnance, lui aussi, avait réellement du sang français dans les veines et nourrissait dans le fond de son cœur la haine de l\u2019Allemand.Aussi reprit-il d\u2019un ton plus radouci : \u2014 D\u2019ailleurs, n\u2019insistons pas sur cette regrettable affaire.D\u2019autant plus que tout à l\u2019heure, quand je suis venu te chercher, M.Camuzat m\u2019a dit que tu avais mieux travaillé cette semaine, et qu\u2019il était content de toi.« Aussi je t\u2019en félicite, et j\u2019espère que tu continueras à nous donner toute satisfaction à ta maman et à moi.Le commandant s\u2019arrêta dans l\u2019espoir d\u2019une réponse, mais Alfred, qui s\u2019amusait à avaler sa fumée et à la rendre ostensiblement par les narines avec une maestria qui dénotait une habileté consommée pour ce genre d\u2019exercice, ne souffla mot.\u2014 Tu sais, reprit Robert, qu\u2019il te faut trois ans pour devenir ouvrier.Tu es intelligent, adroit.Le métier d\u2019emballeur est bon .Moi-même, après la guerre, j\u2019espère trouver un emploi plus lucratif.Et si tu travailles régulièrement, si tu te conduis bien, nous pourrons peut-être à nous deux améliorer notre situation à tous.« Ta petite sœur Augustine entrera en apprentissage.Et ta mère, qui se tue à l\u2019ouvrage, qui se lève chaque matin avant le jour, et va aux Halles chercher des fruits, des légumes, pour approvisionner son étalage, prendre un homme ou une femme qui tirera sa voiture le matin, et la remplacera au marché, s\u2019il le faut.« Car tu sais, c\u2019est un rude métier qu\u2019elle fait là, ta maman ! Elle ne pourra pas le continuer toute sa vie. Le Samedi, Montréal, 3 mai 1947 « Aussi, dès maintenant, tu devrais commencer à l\u2019aider .Tu es nourri, couché.Ton patron te donne cinq francs par semaine.Je comprends que tu aies besoin d\u2019un peu d\u2019argent pour tes menus plaisirs .« Mais franchement, il te serait bien facile d\u2019apporter tous les dimanches trois francs à ta maman.Songe ddnc !.cela ferait douze francs par mois ! Cela t\u2019habituerait à faire des économies.Et je trouve que deux francs par semaine sont bien suffisants, pour toi qui n\u2019a pas encore quinze ans.\u2014 Eh ben! moi, je ne trouve pas! répliqua nettement Alfred, qui, ayant jeté sa cigarette, se dandinait, les mains dans ses poches, en écoutant d\u2019un air goguenard les remontrances de son « paternel ».Ces cinq francs-là sont à moi, et je les garde ! D\u2019ailleurs, je ne dois rien à personne.et c\u2019est celui qui gagne l\u2019avoine qui la mange.Robert, qui ne s\u2019attendait pas tant à tant de cynisme, surtout de la part d\u2019un garçon aussi jeune, ne put s\u2019empêcher de réprimer un mouvement d\u2019impatience et de colère, et riposta vivement : \u2014 Je n\u2019admets pas qu\u2019un gamin de ton âge se permette de tenir de tels raisonnements et de tels propos ! J\u2019espère que tu ne penses pas ce que tu dis .Ce serait ta seule excuse.Avant de parler de la sorte tu aurais mieux fait de réfléchir et de songer à ce que tu serais sans ta mère ! C'est elle qui a travaillé jusqu\u2019à présent pour t\u2019élever, pour' t\u2019habiller !.Ce costume, ces bottines qui te vont si bien, c\u2019est elle qui te les a achetés.Tout ce dont tu as besoin, c\u2019est elle qui y pense, avant même que tu le lui demandes ! Et tu ne ferais que ton devoir en lui donnant dès aujourd\u2019hui une partie de l\u2019argent que tu gagnes !.\u2014 Ah ! le pognon ! releva Alfred, dont la figure s\u2019anima d'un éclair de méchanceté et de rancune.Le pognon .le devoir.ça te va bien à toi de parler de tout ça.C\u2019est vraiment ton droit !.Et faut que t\u2019aies de l\u2019a-plomb pour me raconter des boniments pareils.« Toi qui nous as plaqués y a treize ans sur les bras de notre mère ! Car enfin, si elle se lève le matin à quatre heures, si elle traîne sa voiture, si elle fait un métier de cheval, c\u2019est à toi qu\u2019elle doit tout ça !.Grand-père Bidault nous l\u2019a assez répété.Pendant treize ans, on a entendu ça tous les soirs à dîner.« Et puis, c\u2019est pas parce que t\u2019es mon père que tu vas me bourrer le crâne et me demander ma galette ! Je ne te connais pas .Je connais que maman.Il y a treize ans qu\u2019elle travaille pour nous.Et t\u2019as raison de dire qu\u2019elle est fatiguée et qu\u2019il faut qu\u2019elle se repose !.Aussi, t\u2019as bien fait de revenir .Car maintenant, c\u2019est à ton tour de turbiner pour me nourrir et m\u2019entretenir jusqu\u2019à vingt et un ans, jusqu\u2019à ma majorité.Je sais mes droits ! \u2014 Assez !.commanda l\u2019officier.\u2014 Quoi ?.brava le rival de Poil-de-Brique.\u2014 Je t\u2019ordonne de te taire ! Robert de Sermaize, indigné, fixait impérieusement le fils de Jeanne qui, après avoir essayé insolemment de soutenir son regard, dut baisser les yeux devant la force de volonté et la puissance autoritaire qui se t dégageaient, comme un fluide, de toute la personne de l\u2019ancien commandant.Sans ajouter un mot ils reprirent le chemin de Paris, Alfred momentanément dompté, M.de Sermaize la tête haute, les traits durs, regardant fixement droit devant lui.Robert réfléchissait aux dures paroles de blâme qui résonnaient encore à ses oreilles et bien qu\u2019elles s\u2019adressassent à un autre que lui, il croyait entendre tout à coup la voix de sa conscience.Chaque mot tombait un à un martelant son pauvre coeur brisé .son pauvre cœur cassé dans sa poitrine.Malgré sa volonté d\u2019éliminer de sa vie lès êtres chers qu\u2019il s\u2019était bravement promis de rayer de sa mémoire, les événements se chargeaient de lui rappeler son passé.Et brusquement, l\u2019image de ses propres enfants se dressa devant ses yeux en une vision douloureuse et lancinante.Alain .Anne-Marie .Lui non plus n\u2019avait pas su les élever ! Pour vivre son existence de folies, il n\u2019avait pas craint de les délaisser, si bien que, eux aussi, étaient presque comme s\u2019ils n\u2019avaient pas eu de père.Ce devoir, qui aurait dû lui créer tant de bonheur et de joie, il ne l\u2019avait pas accompli !.Et tout en regagnant son nouveau foyer ou l\u2019attendait Jeanne Bidault, la mère de ce jeune garçon d\u2019une mentalité si inquiétante, Jeanne Bidault à laquelle son existence était liée désormais, il murmura avec un accent d\u2019héroïque résignation et d\u2019indicible tristesse : \u2014 Le châtiment ! XXIV \u2014 Le train de Saint-Germain Il était six heures du soir.La rue du Havre était sillonnée par une foule de gens pressés qui se hâtaient vers la gare Saint-Lazare où s\u2019engouffraient dans les bouches du métro.-Les employés des grands magasins venaient de quitter leur travail, et se précipitaient vers les trains de banlieue, heureux d\u2019échapper jusqu\u2019au lendemain à l\u2019atmosphère étouffante des rayons de vente qui leur étaient confiés, pendant que des voyageurs, arrivant de la gare en sens contraire, avec des sacs ou des valises, prenaient d\u2019assaut les taxis rangés en ligne au milieu de la chaussée.Des midinettes s\u2019arrêtaient à l\u2019angle d\u2019une rue, près d\u2019une voiture à bras pleine de roses, le temp6 de s\u2019acheter un beuquet de corsage, dans leur impatience de se fleurir avant de se rendre à la campagne.D\u2019un ciel légèrement brumeux tombait une chaleur lourde.Alain de Sermaize avait terminé sa journée d\u2019études.Sur le seuil du lycée il prit congé d\u2019un de ses professeurs qui, chaque jour après la classe, lui donnait une répétition supplémentaire.Son premier soin fut ensuite de s\u2019approcher d\u2019un kiosque de journaux pour acheter l\u2019édition du soir.Après quoi, les yeux fixés sur le communiqué, il traversa la place du Havre, franchit la cour intérieure de la gare, et jetant un coup d\u2019œil sur l\u2019horloge : \u2014 Six heures cinq, fit-il.Encore treize minutes .Tout va bien.Continuant à lire son journal, il monta sans se presser l\u2019escalier qui conduit à la salle des Pas-Perdus.\u2014 Le Pecq ! lança-t-il à l\u2019employé du contrôle qui barrait l\u2019entrée de la salle d\u2019attente .Abonné ! Puis il pénétra sur le quai et gagna ie train de Saint-Germain, qui, bien qu\u2019il ne fût pas encore prêt à partir, se complétait rapidement.En passant devant l\u2019employé, salle des Pas-Perdus, Alain n\u2019avait pas remarqué un homme avec une canne et un chapeau melon qui, tout en marchant de long en large d\u2019un air d\u2019indifférence, ne l\u2019en suivait pas moins d\u2019un œil attentif.\u2014 Bon Dieu ! V\u2019ià le petit ! murmurait-il entre ses dents d\u2019un ton rageur .« Et Marinette qui n\u2019arrive pas ! On ne peut jamais compter sur rien, avec ces sacrées femelles ! Ciboulant, tortillant nerveusement sa moustache, furetait d\u2019un regard aigu les deux extrémités du hall, ainsi que les guichets assiégés par les voyageurs impatients.\u2014.Je lui avais pourtant donné rendez-vous à six heures précises, s\u2019agaçait-il.« Devant le contrôleur des billets !.Six heures dix ! Ah ! celle-là, quand elle sera exacte !.Mais il s\u2019interrompit pour faire de grands bras .\u2014 Arrive donc, nom d\u2019un chien !.Regarde-moi.cette tortue ! Marinette accourait, essoufflée, toute rose.Elle s\u2019excusait : \u2014 Impossible de trouver un taxi f \u2014 La ferme !.Dépêchons-nous ! Tu vas faire tout rater.\u2014 Mon billet ?\u2014 Je l\u2019ai !.Allons, ouste ! Pourvu qu\u2019il y ait encore de la place dans son compartiment.Furieux, il l\u2019entraînait au galop, et déjà longeait ia rame des wagons, scrutait l\u2019intérieur des premières, ne trouvait pas celui qu\u2019il cherchait.\u2014 Ah! ça, où peut-il s\u2019être fourré, le gigolo ?Soudain il s\u2019arrêta, rassuré.Il venait de découvrir Alain, toujours profondément occupé à lire son journal.\u2014 Tu le vois ?interrogea Marinette Oscar répondit par un juron.Le compartiment était complet.\u2014 C\u2019est de ta faute, sacrée lambine ' ragea-t-il brutalement.Tu vois ce dont tu es cause, avec ta manie d\u2019être en retard! Il n\u2019y a plus une place.Tu ne peux pas monter avec lui.\u2014\tLequel est-ce ?insista l\u2019actrice curieuse.\u2014\tLe petit, là .le premier dans le coin à gauche.\u2014\tAh ! qu\u2019il est gentil ! laissa échapper Marinette émerveillée.\u2014\tJe le sais bien, parbleu ! grognait Ciboulant.Et pas une place ! Mais subitement sa figure s\u2019éclaira.Il venait de reconnaître, assis dans l\u2019autre coin, juste en face d\u2019Alain de Sermaize, un monsieur à qui, tout à l\u2019heure, pendant qu\u2019il attendait sa sœur, il avait vu présenter à l\u2019employé de contrôle un billet de seconde.Et cet homme était monté en première.Ciboulant n\u2019hésita pas.Arrêtant au passage un employé qui se préparait à fermer les portières, il lui dit d\u2019un ton qui n\u2019admettait pas de réplique : \u2014 Voulez-vous, je vous prie, contrôler les billets de ce compartiment de première ?Il contient un voyageur en fraude.Intimidé, l\u2019employé obéit à l\u2019injonction.Il grimpa sur le marchepied.\u2014\tVos billets, s\u2019il vous plaît ?Puis, s\u2019adressant au voyageur du fond : \u2014\tPardon, monsieur .vous avez un billet de seconde, et vous êtes en première.\u2014 Il n\u2019y a plus de place dans le train, réclama l\u2019inculpé.\u2014 Si, si.il y en a .En tête !.Tout à fait en tête.Allons ! dépêchez-vous ! le train va partir.Le voyageur descendit en grommelant.Aussitôt, l\u2019ancien croupier poussait dans le compartiment Marinette ahurie en lui soufflant à l\u2019oreille : \u2014 Ça y est ! Maintenant, à toi !.Le reste te regarde.Il ferma la portière et demeura sur le quai.La divette était restée debout.Elle faisait g son frère des signes d\u2019adieu, et le regardant au cas où il aurait oublié de lui dire quelque chose d\u2019important.On entendit un coup de sifflet.le train partit.Marinette, surprise par la secousse, perdit l\u2019équilibre et tomba presque sur les genoux d\u2019Alain de Sermaize .Oh ! sans le faire exprès .Mais on eût dit que la Providence se chargeait de rompre la glace entre les deux jeunes gens et de leur fournir un prétexte à conversation.\u2014 Oh ! monsieur, je vous demande pardon ! s\u2019excusa-t-elle en rougissant, car elle craignait d\u2019être mal jugée et de passer pour ce qu\u2019elle n\u2019était pas.ou, plutôt pour ce qu\u2019elle ne voulait pas paraître.\u2014 Vous ne vous êtes pas fait mal, mademoiselle ?interrogea le jeune marquis, avec un sourire amusé.\u2014 Oh ! non, monsieur.pas du tout.je vous remercie.Au cours de cette chute rapide, il avait eu le temps de respirer le parfum de sa jolie voisine dont les cheveux avaient un instant effleuré son visage, et sa main secourable avait pressenti un corps souple, rond, potelé, plein de promesses.Il reprit son journal et se remit à sa lecture, mais avec beaucoup moins d\u2019attention que tout à l\u2019heure.De temps en temps, 11 coulait un regard \u2019\u2019Semer à 4 pieds d'intervalle, à 3 pouces de profondeur, \u2022a rangées de 12 pouces.\" Le Samedi, Montréal, 3 mai 1947 27 vers la gentille voyageuse qui avait pris dans son réticule une glace de poche et s\u2019occupait à remettre de l\u2019ordre dans sa coiffure.Il est bien rare que, en dehors des services de coquetterie qu\u2019elle est appelée à lui rendre, une glace de poche ne serve pas en même temps de prétexte à une femme pour regarder en face et autour d\u2019elle les personnes qu\u2019elle n\u2019ose pas examiner directement.Or, tout en lissant de la main droite ses cheveux et ses sourcils, avec les mille jolies grimaces indispensables à cette importante opération, Marinette glissait sur son vis-à-vis des regards rapides, indifférents en apparence, mais qui, à un observateur expérimenté, eussent apparu empreints d\u2019une curiosité intense.A cette curiosité se mêla même très vite une grande satisfaction, car elle voyait réalisé, plus qu\u2019elle n\u2019eût osé l\u2019espérer, le prince Charmant de ses rêves.Habituée, au cours de sa carrière artistique de music-hall, aux hommages frelatés de vieux messieurs plus ou moins ridicules ou de jeunes \u2022 fêtards mal élevés ou prétentieux, la divette de l\u2019Olympia se sentait presque intimidée devant la distinction d\u2019allures, la finesse de race de ce gentilhomme, dont l\u2019adolescence attirante se nimbait en outre à ses yeux d\u2019une auréole dorée.Maintenant, d\u2019une minuscule houppe à poudre de riz elle se pomponnait les joues à petits coups légers, car elle se complaisait à détailler l\u2019ovale délicat du jeune marquis, ses yeux au regard chaud et franc, le dessin correct d\u2019une bouche aux lèvres frémissantes ombrées d\u2019une soyeuse moustache brune.Et comme elle se demandait de quelle façon attirer de nouveau l\u2019attention de son gentil voisin autrement que par des coups d\u2019œil trop significatifs et qui auraient pu compromettre la bonne impression qu\u2019elle s\u2019efforçait de donner d\u2019elle-même, la sœur de Ciboulant s\u2019aperçut avec joie que, malgré l\u2019application feinte avec laquelle son compagnon se plongeait dans les nouvelles de la guerre, elle l\u2019intéressait beaucoup plus que la crise des transports ou le nouveau projet d\u2019une carte de charbon.En effet, Alain de Sermaize se sentait de plus en plus conquis par le charme qui se dégageait des petites mines ravissantes, des gestes de chatte de sa jolie voisine.Il se demandait avec curiosité qui pouvait bien être cette blonde petite personne à la frimousse vive, au regard alerte, vêtue d\u2019une façon à la fois très soignée et très simple.Un tailleur élégant, de fines bottines, des gants frais, un coquet chapeau forme « américaine ».Ni boucles d\u2019oreille, ni bracelet-montre.Pas un bijou.Femme ou jeune fille ?Femme plutôt.Une jeune fille aurait peut-être affiché un air plus modeste .bien que manque de timidité ne signifie pas forcément audace, ni effronterie.Surtout en temps de guerre, où la jeune fille a su se libérer par son activité charitable, et où le « marrainage » a établi entre la femme et l\u2019homme de si charmantes camaraderies.Alain n\u2019avait jamais abordé dans la rue l\u2019inconnue qui passe.Ou la femme était trop bien, ou elle était trop mal.Celle qu\u2019il avait en ce moment sous les yeux lui faisait l\u2019effet d\u2019être entre les deux, c\u2019est-à-dire de nature à 1 encourager, sans cependant le paralyser.Il jeta un coup d\u2019œil sur les voyageurs de son compartiment.Deux vieilles dames s\u2019informaient anxieusement de la santé de leurs chiens.Parmi les quatre hommes, 1 un regardait par la portière et les trois autres examinaient avec intérêt le travail que la jeune femme accomplissait devant sa glace de poche.Alain eut la sensation que s\u2019il adres- sait la parole à sa voisine, en cas de rebuffade il se rendrait ridicule.Tout à coup il sentit près de lui, sur la banquette, un objet qui lui piqua la main.C\u2019était une épingle d\u2019acier à tête ciselée qui avait glissé du chapeau de Marinette, alors que la brusque secousse du train avait manqué la précipiter sur les genoux du jeune marquis.Il tenait maintenant le fameux prétexte à conversation.\u2014 Madame, fit-il en souriant, cette épingle n\u2019est-elle pas à vous ?\u2014 Mais oui, monsieur, s\u2019écria la divette heureuse de cette occasion inespérée.C\u2019est lorsque j\u2019ai manqué de tomber tout à l\u2019heure .Figurez-vous que je ne m\u2019en étais pas aperçue.\u2014 Moi non plus .C\u2019est en mettant, par hasard, la main sur la banquette.\u2014 Et vous vous êtes piqué ?\u2014 Un peu, oui.\u2014 Ah ! ça, c\u2019est une veine ! \u2014 Que je me sois piqué?appuya le jeune homme en riant.\u2014 Oh ! non, rectifia-t-elle un peu confuse.C\u2019est une veine que vous l\u2019ayez retrouvée parce que.urne épingle sans chapeau.Je veux dire : un chapeau sans épingle .Décidément, elle était troublée.Elle qui pourtant avait l\u2019habitude du public, elle qui, lors du récent scandale de la revue Ohé ! Ferdinand ! avait tenu tête à une salle en délire, se sentait intimidée, devant ce jeune millionnaire.Car il n\u2019y avait pas à dire, elle bafouillait.Or, elle ne se doutait pas que cette hésitation, ce trouble, avaient charmé son partenaire qui songeait à part lui, ravi : \u2014 Elle est timide.C\u2019est une jeune fille.une vraie jeune fille.Mais Marinette se reprenant ajoutait d\u2019un air très sérieux : \u2014 Excusez mon émotion ! J\u2019aurais eu tant de chagrin si elle avait été perdue !.\u2014 Ah ! fit Alain.C\u2019est un cadeau ?\u2014 C\u2019est un souvenir.Et elle ajouta vivement : \u2014 D\u2019une de mes amies, bien entendu ! Le jeune homme eut un mouvement de tête approbateur.Il pensait : \u2014 Elle est sentimentale.Le train stoppait.Marinette pencha la tête à la portière rapprochant ainsi entre eux deux la distance, de sorte que le jeune marquis vit surgir dans un rayon de soleil le lobe d\u2019une mignonne oreille transparente comme un coquillage rose.\u2014 Tiens ! Bécon-les-Bruyères ! s\u2019écria-t-elle.\u2014 C\u2019est ici que vous descendez, madame ?demanda Alain de Sermaize avec une nuance d\u2019inquiétude.\u2014 Non, monsieur ! Je vais jusqu\u2019à Saint- Germain.\u2014 Vraiment ?Nous ferons donc presque tout le voyage ensemble.Moi, je m\u2019arrête au Pecq.\u2014 Oui, je sais bien ! Marinette se mordit les lèvres.Elle eût donné cher pour ne pas avoir prononcé cette phrase qui pouvait la trahir.\u2014 Comment savez-vous ?interrogea Alain, surpris.\u2014 Je sais bien.où se trouve le Pecq ! rectifia assez habilement la divette.La station est juste avant Saint-Germain.Elle ajouta, désireuse d\u2019effacer une mauvaise impression possible : \u2014 Vous allez dîner chez vos parents, sans doute ?\u2014 Oui.Et vous ?\u2014 Moi aussi.évidemment, bien sûr.Elle employait volontiers ce « évidemment, bien sûr » qui, selon elle, éclaircissait la situation et donnait à ses affirmations un accent de franchise.\u2014 Ah ! insista Alain, vous n\u2019allez pas rejoindre votre mari ?\u2014 Je ne suis pas mariée.\u2014 Pas possible ! \u2014 Je vous parais donc si vieille que ça ?fit-elle dans un joli rire.\u2014 Oh ! non .vous paraissez au contraire toute jeune .Mais vous avez l\u2019air si à votre aise.Vous montrez si peu d\u2019embarras dans vos gestes, dans vos paroles.\u2014 Vous me trouvez effrontée!?\u2014 Je ne dis pas cela! Enfin, vous regardez les gens en face, vous répondez quand on vous parle .On voit que vous êtes habituée à vous débrouiller dans la vie.\u2014 Système D.\u2014 Vous dites?\u2014 Je dis .répliqua la divette en se mordant les lèvres pour la seconde fois, mais alors jusqu\u2019au sang.Je dit : système D .Système débrouillard, quoi ! \u2014 Parfaitement, approuva le jeune marquis soulagé, qui conclut sincèrement : \u2014 Elle est innocente ! \u2014 C\u2019est que, continua la sœur de Ciboulant, s\u2019appliquant à jouer en conscience la comédie comme son frère lui avait conseillé de le faire, la vie est dure pour les jeunes filles seules et qui n\u2019ont pour toute fortune que l\u2019honnêteté que leur a léguée une famille sans tache.La phrase était un peu mélodramatique .Elle était d\u2019Oscar : et Mari-nette s\u2019était crue obligée de la répéter textuellement.Mais Alain de plus en plus attiré vers sa jolie voisine n\u2019avait retenu de cet aveu qu\u2019une chose : « Elle est courageuse », et ajoutait avec une sympathie marquée : \u2014 Ainsi, vous travaillez ?\u2014 Evidemment, bien sûr ! affirma l\u2019actrice.Je suis employée dans un grand magasin.\u2014 Où cela ?\u2014 Aux Quatre-Saisons.Je suis au rayon des confections .pour dames, bien entendu.Alors, vous comprenez, je suis forcée de prendre tous les matins le train qui part de Saint-Germain à 6 h.49.\u2014 Comme moi à 6 h.59, du Pecq.\u2014 Tous les matins ?\u2014 Oui, je finis mes études au lycée.\u2014 De sorte que, sans le savoir, nous prenions le même train tous les jours ! \u2014 C\u2019est même très curieux que nous ne soyons jamais rencontrés ! La glace était décidément rompue.Alain sentait sa confiance grandir peu à peu, devant ces deux yeux de velours d\u2019où semblait sortir une caresse, devant cette bouche souriante dont les lèvres humides semblaient appeler le baiser.Il éprouvait, à se trouver près de la jeune femme, un véritable plaisir de l\u2019œil.Il dessinait, par la pensée, les contours de son visage, guettait l\u2019expression fugitive du regard, s\u2019amusait à prévoir le battement des cils.Le timbre un peu chantant de la voix lui procurait une sensation agréable.Maintenant, il causait sans relâche, sans s\u2019occuper de ce que pouvait penser les autres voyageurs.A la Ga-renne-Bezons, il dut se faire répéter deux fois : « Pardon, monsieur ! » par les deux vieilles dames qui voulaient descendre.Il se précipita, ouvrit galamment la portière, puis la referma avec soin, et reprit le cours de sa causerie avec « l\u2019employée du magasin des Quatre-Saisons ».Il était très content de savoir qu\u2019elle n\u2019était pas mariée.Il l\u2019interrogea sur ses parents.Mais sa compagne prit un air triste et dit qu\u2019elle aimait mieux ne pas en parler parce qu\u2019il y avait eu des deuils dans la famille.Alors, il n\u2019osa pas insister.Passé Chatou, ils avaient l\u2019air de s\u2019être toujours connus.Si bien que, quelques minutes plus tard, comme après un nouvel arrêt le / A A [Bayer L E L POUR CA&MER mm \\1 comu'imès.''.24 compd|1'®s' \u2022.79' i too compt'mès- \u2022 ¦ ~\t-\u2014 LE VÉRITABLE ASPIRIN EST MARQUÉ COMME CECI DOULEURS NÉVRITIQUES NÉVRALGIQUES AVIS IMPORTANT A nos Lecteurs et Dépositaires ?POUR des raisons très importantes nous tenons à rappeler à tous nos lecteurs et dépositaires que notre maison, la maison Poirier, Bessette & Cie, Limitée, ne possède et n'édite que TROIS MAGAZINES, qui sont les suivants : LE SAMEDI LA REVUE POPULAIRE LE FILM Nous n'avons donc aucun lieu d'au cune sorte avec tout autre magazine, revue ou publication quelconque de la Province de Québec.POIRIER, BESSETTE & CIE, LTEE 975-985, rue de Bullion, Montréal 18 28 Le Samedi, Montréal, 3 mai 1947 LE POLI DU\u201cNUGCET\" ÇA SE VOIT ET ÇA COMPTE CE QUI COMPTE ENCORE PLUS C'EST LA DURÉE QUE \u201cNUGGET\u201d DON N E AUX SOULIERS!\t8f« > J Al UNE FEMME PEUT-ETRE UN PEU L INDOLENTE, MAIS ELLE EST BIEN PROPRE DE SA PERSONNE PAR EXEMPLE\u2014 BIEN ^ COIFFÉE, ET DES SOULIERS, MONSIEUR,DES ) SOULIERS TOUJOURS POLIS AU\u201cMCIGGET\u201d7 N r cÆUes nugget POUR ETRE A LA PAGE.On ne sait pas toujours comment s\u2019y prendre.Et pourtant, 0 est un moyen aussi facile qu\u2019agréable : s\u2019abonner à LA REVUE POPULAIRE.La lecture de ce magazine, tout en vous aidant à trahir votre ennui aux heures de désoeuvrement, vous instruira sur une infinité de sujets comme, par exemple, la littérature, les beaux-arts, les voyages, les mondanités, la mode, la cuisine, le cinéma, le théâtre, la radio et quoi encore .Sans compter que chacun des 12 numéros annuels de La Revue POPULAIRE contient un beau roman complet d\u2019amour et si l\u2019on veut avoir une idée de cette valeur, qu\u2019on s\u2019informe du déboursé approximatif que cet achat nécessiterait dans d\u2019autres circonstances.On peut mentionner la haute tenue typographique qui fait de LA REVUE POPULAIRE un magazine fait chez nous, par des gens de chez nous, pour des gens de chez nous, un magazine, disons-nous, dont la présentation générale peut se comparer très avantageusement à tout ce qui se fait de mieux à l\u2019extérieur.Oui, Madame, Mademoiselle, et vous-même, Monsieur, si vous désirez être à la page, n\u2019hésitez pas plus longtemps : abonnez-vous à LA REVUE POPULAIRE.Pour ce faire, c\u2019est la simplicité même : on n\u2019a qu\u2019à remplir le coupon d\u2019abonnement ci-dessous.Coupon d'abonnement LA REVUE POPULAIRE Canada\tEtats-Unis $1.50\t1 an\t$175 2.00\t2 ans\t2.50 ?Important \u2014 Indiquez d\u2019une croix s\u2019il s\u2019agit d\u2019un renouvellement.Nom Adresse ViUe\tProvince POIRIER, BESSETTE & CIE, LIMITEE 975-985, rue de Bullion\tMontréal 18, P.Q.1\tan 2\tans train se remettait en marche, Alain de Sermaize s\u2019écria tout à coup : \u2014\tMais nous venons de passer le Pecq ! C\u2019est là que je devais descendre : \u2014\tOh ! se désola Marinette .Comment allez-vous faire maintenant ?Vous allez être grondé ! \u2014\tBah ! ça n\u2019a aucune importance 1 Je ne serai que d\u2019une demi-heure en retard.De Saint-Germain au Pecq, je ne mets pas plus de vingt minutes à pied.\u2014 C\u2019est vrai, vous êtes jeune.\u2014 Trop jeune! soupira Alain.\u2014 Ce n\u2019est pas un défaut ! glissa gentiment la divette.Tenez, il ne faut pas croire, par exemple, que les femmes recherchent toujours les vieux ! Elles sont très contentes quand, de temps en temps, un jeune homme veut bien leur faire la cour.Sur cette flèche de Parthe, Marinette se leva, car le train entrait en gare de Saint-Germain.Déjà il était sur le quai et l\u2019aidait à descendre de wagon.\u2014 Nous voilà arrivés, fit-elle.\u2014 Vous savez, continue « l\u2019employée aux magasins des Quatre-Saisons », vous n\u2019avez que le temps de vous dépêcher ! Ils traversèrent la salle d\u2019attente et se trouvèrent dehors.Le jeune homme s\u2019était découvert correctement.Il salua : \u2014 Je suis très heureux de cette rencontre,- mademoiselle .D\u2019autant plus heureux que j\u2019ai l\u2019espérance de la voir se renouveler.\u2014 Quand donc cela ?interrogea Marinette.\u2014 Mais .pas plus tard que demain matin .puisque je monterai au Pecq dans le même train que vous.\u2014 C\u2019est vrai, je n\u2019y pensais plus ! fit en riant la soeur d\u2019Oscar qui, au contraire, ne pensait qu\u2019à cela.Eh bien ! alors je mettrai la tête à la portière .Vous m\u2019apercevrez tout de suite.\u2014 Oui, n\u2019est-ce pas ?accepta Alain de Sermaize ravi.Ce sera si gentil de faire le voyage ensemble ! A demain, alors ! \u2014 Evidemment, bien sûr ! Sept heures moins un quart ! Allez-vous-en vite dîner.ou vous n\u2019arriverez qu\u2019au dessert.Il partit en courant.Marinette suivit des yeux le jeune marquis, avec un sourire dont elle ne cherchait pas à dissimuler la sincérité.car cet amoureux, qui lui tombait du ciel, lui plaisait infiniment.au point qu\u2019elle avait presque oublié qu\u2019il était riche.Oui, les millions qu\u2019on avait fait scintiller à ses yeux perdaient presque de leur éclat.Elle ne songeait plus qu\u2019à une jolie aventure d\u2019amour.\u2014 Dis donc, gosse, fit une voix tout près d\u2019elle.Tu ne vas pas t\u2019amuser à avoir le béguin ?Elle tressaillit.Son frère était là .les deux mains dans ses poches et l\u2019examinait, avec sur les lèvres un pli ironique.\u2014 Toi! fit-elle un peu décontenancée .Je t\u2019ai laissé sur le quai à Paris ! \u2014 J\u2019ai sauté dans le train en marche .J\u2019étais dans le compartiment voisin du tien.Je t\u2019ai surveillée en route par le petit carreau.C\u2019était facile : le compartiment était complet .Alors, je me suis assis, presque debout, sur le bras de la séparation de la banquette.Mes compliments ! tu t\u2019en es bien tirée ! Avoir amené jusqu\u2019à Saint-Germain ton gigolo du Pecq : pour une première rencontre, c\u2019est bath ! Si tu continues comme ça, avant trois jours il sera chipé .Puis, voyant que sa sœur ne répondait pas et gardait un air sérieux qui ne lui était pas habituel, il ajouta : \u2014 Eh bien, quoi?Qu\u2019est-ce que t\u2019as ?Tu n\u2019as pas l\u2019air contente ?« Qu\u2019est\u2019ce qu\u2019il te faut, alors ?Elle répliqua sèchement : \u2014\tPourquoi me surveilles-tu ?\u2014\tParce que l\u2019affaire est trop belle pour que je te laisse faire des bêtises.Je vois à ton air que le jeune homme te plaît.Il ne faut pas qu il te plaise trop.Si je ne te retenais pas, tu te jetterais à son nez, et tu lui offrirais tout ce qu\u2019il désire.Pas tout de suite, ma belle ! Il te prend pour une jeune fille honnête.Laisse-lui croire ça pendant quelque temps.Attends au moins qu\u2019il soit bien allumé .Alors on verra à le satisfaire.Ce que je t\u2019en dis là, d\u2019ailleurs, c\u2019est dans ton intérêt.Je suis ton frangin .T\u2019es ma sœur .Qu\u2019est-ce que je désire ?Que tu sois heureuse ! Il lui prit le bras et l\u2019entraîna dans la direction de la terrasse.\u2014\tAllons, viens, petite dinde! Ne te bile pas.La ligne est amorcée .La pêche sera bonne.On va faire un chouette dîner, tous les deux, en famille .Après je te conduirai dans un hôtel que je connais .où tu dormiras bien tranquille jusqu\u2019à demain matin.Seulement, n\u2019oublie pas'de te lever de bonne heure, si tu ne veux ne pas rater ton train de six heures quarante-neuf.Et, arrivée au Pecq, pense à mettre la tête à la portière ! \u2014 Ah ! tu m\u2019as entendue dire ça ?\u2014 J\u2019étais derrière toi.Tu ne m\u2019as pas vu ?Tout en longeant le château de Saint-Germain, ils étaient arrivés sur la terrasse.L\u2019ancien croupier s\u2019arrêta près du parapet.Devant eux s\u2019étalait Paris, incendié par le soleil couchant.Dans la lumière éclatante, apparaissaient au lointain, par delà l\u2019S de la Seine serpentante, les pierres blanches du Sacré-Cœur, le dôme doré des Invalides et la ferrure grise de la Tour Eiffel.Mais à leurs pieds, à quelques centaines de mètres en contrebas, Cibou-lant désignait à sa sœur Marinette la silhouette rose d\u2019un imposant château historique dont d\u2019immenses serres vitrées flambaient sous les rayons obliques du soleil empressé à jeter ses derniers feux.Du pouce il esquissa un geste circulaire comme s\u2019il voulait envelopper la propriété entière, jardins en terrasses, parcs et bâtiments, et prononça d\u2019un ton satisfait : \u2014 La cage de l\u2019oiseau.\u2014 De l\u2019oiseau ! répéta la divette in -terloquée.\u2014 Oui, enfin de celui que tu es en train d\u2019apprivoiser.\u2014 Le petit marquis! s\u2019étonna-t-elle stupéfaite.C\u2019est à lui tout ça ?\u2014 A lui et à sa sœur .sans compter le reste.\u2014 Ben vrai ! laissa tomber Marinette, qui ne trouvait pas d\u2019autre mot pour exprimer son admiration devant tant de richesse.\u2014 Tu vois, ajouta le tentateur, que tu as eu raison d\u2019avoir confiance en ton frangin.Il la prit par le bras et l\u2019entraîna brusquement.\u2014 Allons ! tu regarderas ton château une autre fois.Pour le moment, il s\u2019agit d\u2019aller boulotter.Après quoi, je te mets dans ton dodo, et je file à Paris.Rappelle-toi que demain tu continues à t\u2019appeler Camille tout court.en attendant que tu soies madame la marquise ! Cette nuit-là, Marinette ne dormit pas.XXV \u2014 L\u2019idylle Lorsque, le lendemain matin, le train de Saint-Germain s\u2019arrêta en gare du Pecq, Alain de Sermaize qui, arrivé un quart d\u2019heure à l\u2019avance, arpentait impatiemment le quai de long en large, aperçut du premier coup d\u2019œil le profil éveillé de sa jolie compagne de la veille encadré dans la croisée ouverte d\u2019un wagon de première classe. Le Samedi, Montréal, 3 mai 1947 29 Bile promenait son regard de-ci, delà, avec indifférence.Il se hâta vers elle.Au moment où il ouvrit la portière, elle retira vivement son réticule qu\u2019elle avait posé sur la banquette d\u2019en face.\u2014 Je vous ai retenu votre place, dit Marinette en souriant.\u2014 Ça, c\u2019est gentil, fit-il.Je croyais que vous ne m\u2019aviez pas vu.\u2014 Oh! si'.Je n\u2019ai vu que vous, au contraire ! \u2014 Vraiment ?\u2014 Seulement, je ne voulais pas avoir l\u2019air de vous reconnaître au cas où vous seriez avec un ami.ou bien avec quelqu\u2019un de votre famille .Le monde est si méchant ! Entamée sur ce ton, la conversation ne devait pas languir.Alain se sentait en veine de causerie.La simple présence de la jeune fille lui rendait le paysage plus lumineux et mettait en lui de la joie.Il s\u2019informa si elle avait passé une bonne nuit.\u2014 Evidemment, bien sûr, répondit-elle.Je suis même sortie de très bonne heure.Il fait si beau ! J\u2019adore écouter chanter les oiseaux le matin, à la fraîche .Avec eux, je ne me sens pas seule.Son visage devint sérieux.Elle murmura un peu triste : \u2014 C\u2019est si ennuyeux d\u2019être seule ! \u2014 N\u2019est-ce pas ?approuva le jeune homme avec conviction.H la contemplait, et elle lui semblait encore plus charmante que la veille.\u2014 Pourquoi me regardez-vous ainsi ?demanda la divette.\u2014 Je ne me lasse pas de contempler ce qui est beau.Elle sourit au compliment et minauda : \u2014 Est-ce pour ma robe que vous dites cela ?\u2014 Elle est aussi fort bien.\u2014 C\u2019est un laissé pour compte du magasin où je travaille, poursuivit-elle vivement, désireuse d\u2019expliquer son élégance.Nous sommes à même d\u2019avoir souvent des occasions, n\u2019est-ce pas ?Tenez ! mon chapeau ?Un solde qui ne m\u2019a presque rien coûté.C\u2019est même ce qui me permet d\u2019aller en première classe ! Elle venait d\u2019éprouver la crainte que son compagnon ne s\u2019étonnât de voir une employée du magasin des Quatre-Saisons gaspiller ses appointements en des dépenses de luxe.Elle cherchait donc à s\u2019excuser.Cependant, elle eût pu s\u2019éviter cette peine, car le jeune marquis trouvait tout naturel que cette jolie fille eût la coquetterie de ne pas se mêler à la foule trop mélangée des wagons de deuxième classe.Il approuvait ainsi des goûts qu\u2019il jugeait aristocratiques et en concluait naïvement qu\u2019elle avait de la race.Quand ils arrivèrent gare Saint-Lazare, il leur semblait qu\u2019ils se connaissaient depuis longtemps.Ils continuèrent à marcher l\u2019un près de l\u2019autre, car ils suivaient le même chemin.Rue du Havre, quelques pas avant d\u2019atteindre la porte du lycée, le jeune homme prit congé de la gentille voyageuse.\u2014 Quel malheur, dit-il, que nous ne soyons libres ni vous ni moi ! Nous serions allés déjeuner un jour à la campagne.\u2014 Oh ! oui, approuva-t-elle.Ça aurait été épatant ! \u2014 Vraiment ?Cela vous aurait fait plaisir ?\u2014 Evidemment, bien sûr ! Seulement il ne faut pas y songer.Vous ne pouvez pas manquer vos leçons !.Que dirait votre professeur ?\u2014 Oh ! mon professeur .Je ne me gênerai pas pour le plaquer ! \u2014 Vrai?Eh bien! ce jour-là, je m\u2019arrangerai de façon « à sécher la boîte » ! Elle rougit de s\u2019être laissée aller à LA VIE COURANTE .par George Clark __Ecoutez, mes amies, si vous voulez voir mon mari sur son \"trente- six\", c\u2019est le temps car ça ne lui arrive qu\u2019une fois par année de se mettre vraiment chic.Vous comprenez, c\u2019est son dîner de garçon annuel.y , employer son langage coutumier, craignant d\u2019avoir fait une gaffe.Mais lui se mit à rire : \u2014\tVous, vous devez avoir un frère ?interrogea-t-il.\u2014 Un frère .moi ?Pourquoi ?demanda-t-elle, interdite.\u2014\tJ\u2019ai remarqué que les jeunes filles qui ont des frères parlent toujours comme des garçons.Marinette respira.Elle avait craint un instant que le jeune marquis connût l\u2019existence d\u2019Oscar.\u2014 Je vous quitte, brusqua-t-elle, sinon, je vais arriver en retard au magasin.\u2014 A ce soir, alors ?\u2014 Où ça?\u2014 Mais au train de six heures ! \u2014 Ah ! Evidemment, bien sûr.Nous causerons de notre partie de campagne.\u2014 Oh ! oui, acquiesça le jeune homme ravi.D\u2019ici là, je vais y réfléchir.En effet, durant ses heures d\u2019études, Alain pensa plus souvent à l\u2019idylle qu\u2019il projetait qu\u2019aux mystères de l\u2019algèbre et de la géométrie, et bien souvent, entre les deux côtés d\u2019un triangle, il vit s\u2019interposer l\u2019ombre troublante de deux yeux noirs et le sourire de deux lèvres roses.Marinette, de son côté, enchantée de sa nouvelle conquête, continuait à trouver l\u2019aventure délicieuse.Elle suivit le boulevard Haussmann, atteignit la Chaussée-d\u2019Antin et les grands boulevards, car elle retournait chez elle.Elle chantonnait en marchant, émue de se sentir troublée par un sentiment nouveau qui lui semblait être de l\u2019amour, et qui, à cause de cela même, l\u2019étonnait par sa sincérité.Devant sa porte un homme arpentait le trottoir de long en large.\u2014 Toujours toi ! s\u2019exclama-t-elle, un peu ennuyée.\u2014 Soi-même, répondit Ciboulant.Je pensais bien que tu rappliquerais ici en descendant du train.\u2014 Tu entres ?\u2014 Pas la peine.Je sais ce que je voulais savoir.\u2014 Quoi donc ?\u2014 Que tu es contente.\u2014 A quoi vois-tu ça ?¦\u2014 A ton allure .A ton regard .à ta voix.Alors, ça marche bien ?\u2014 Oui.J\u2019ose à peine y croire .Il est si gentil ! \u2014 Ça y est.C\u2019est le béguin ! V\u2019ià ce que je craignais ! Après tout, ça te regarde.Seulement, méfie-toi ! Si tu veux le tenir, il est indispensable qu\u2019il te croie une jeune fille honnête .Ne te laisse pas aller trop vite à tes élans du cœur.Tiens le petit marquis à distance, jusqu\u2019au moment où il se figurera que c\u2019est lui qui te détourne de tes devoirs.Où en es-tu avec lui ?Il t\u2019a demandé un rendez-vous ?\u2014 Non .pas encore.Il m\u2019a seulement proposé de m\u2019emmener déjeuner à la campagne.\u2014 La partie classique de Robinson : sous la tonnelle, comme une midinette, ou en haut d\u2019un arbre, comme une grue.\u2014 Non.Il me fait la cour très gentiment : il ne m\u2019a même pas embrassé la main.\u2014 Raison de plus, insista Ciboulant, pour que tu ne lui accordes pas tes faveurs à la légère.mais dans des conditions spéciales qui lui donnent l\u2019impression d\u2019avoir eu affaire à une femme du monde.\u2014 C\u2019est-à-dire ?\u2014 C\u2019est-à-dire dans un petit coin discret, intime, rupin, quoi !.par exemple, à la campagne .une petite boîte retirée, loin des regards.un nid coquet d\u2019amoureux enfoui dans la verdure .Hein ?C\u2019est pour toi, petite sœur, que je rumine tout ça .pour ton mariage futur avec ce riche gentilhomme.Il faut que rien ne lui gâte ce premier tête-à-tête .que ce soit pour lui comme une jolie nuit de noces ! Qu\u2019il s\u2019en aille de là, non CHAVIRENT n les Go&urg et A itâted ?N\u2019enviez pas les jeunes filles dont la chevelure est si séduisante.La vôtre peut l\u2019être tout autant avec l\u2019aide de Danderine.Danderine enlève la pellicule terne qui rend les cheveux sans attrait, aide à faire disparaître les vilaines pellicules .ajoute un beau luisant qui fait que vos cheveux lancent des reflets chatoyants.Achetez une bouteille de Danderine aujourd\u2019hui.LES HOMMES AUSSI AIMENT DANDERINE .L\u2019ENNEMIE DES PELLICULES Si vous avez aux alentours de Montréal .PROPRIETE, TERRE OU TERRAIN à vendre JE VOUS RECOMMANDE ANTALGINE POUT?SOULAGER le4 DOULEURS Q PÉR/OD/QUES Adressez-vous à ROMEO AUGER CR 9363\t7662, rue St-Denis.Montréal coupon d\u2019abonnement Canada\tEtats-Unis 1 an.$3.50\t1 an.$5.00 6 mois.\t2.00\t6 mois.\t2.50 O Important\u2014Indiquez d'une croix s'il s'agit d'un renouvellement.Nom .Adresse .Ville .Prov.POIRIER, BESSETTE & CIE.Ltée 975, rue de Bullion.Montréal, P.Q.¦ S ¦ ¦ ¦ ¦ ¦ E ¦ Avez-vous des cadeaux à faire ?Ne cherchez pas plus longtemps.Abonnez vos parents et amis aux 3 grands magazines : Le Samedi, La Revue Populaire et Le Film.Remplissez NOS COUPONS D\u2019ABONNEMENT 30 Le Samedi, Montréal, 3 mai 1947 Fortifiez votre Santé SOYEZ ELEGANTE Toutes les femmes doivent être en santé, belles et vigoureuses.Vous pouvez avoir une belle apparence avec le TRAITEMENT MYRRIAM DUBREUIL C\u2019est un tonique reconstituant et qui aide à développer les chairs.Produit véritablement sérieux, bienfaisant pour la santé générale.Le Traitement est très non pour les personnes maigres et nerveuses, déprimées et faibles.Convenant aussi bien à la jeune fille qu\u2019à la femme.AIDE A ENGRAISSER LES PERSONNES MAIGRES Notre Traitement est également efficace aux hommes maigres, déprimés et souffrant d'épuisement nerveux, quel que soit leur âge.GRATIS : Envoyez 5< en timbres et nous vous enverrons gratis notre brochure illustrée de 24 pages, avec échantillon.CORRESPONDANCE CONFIDENTIELLE Les jours de bureau sont : Jeudi et Samedi, de 2 h.à 5 h.p.m.REMPLISSEZ CE COUPON Mme MYRRIAM DUBREUIL 6901, Ave de Chateaubriand Case Postale, 2353, Place d'Armes, Montréal, P.9.Ci-inclus 5é pour échantillon du Traitement Myrriam Dubreuil avec brochure.Nom .adressa .Ville .Province .seulement charmé par toi, mais par tout ce qui l\u2019entoure.et en te considérant comme sa femme .Comprends-tu ?\u2014 Je comprends ! murmura la divette rêveuse.Mais cet endroit, où le trouver ?\u2014 J\u2019en connais un, renseigna l\u2019ancien croupier .Au Vésinet, précisément, pas loin du château de l\u2019Orangerie .Un pavillon caché au fond d\u2019un jardin isolé.dans un endroit où personne ne passe.Il s\u2019appelle : le chalet des Glycines.Jamais la famille du joli millionnaire n\u2019aura l\u2019idée d\u2019aller le chercher là-dedans .Et il trouvera tout naturel qu\u2019une jeune fille du monde, qui a des parents à ménager et qui a souci de sa réputation, choisisse, pour rejoindre son amoureux, un endroit aussi bien caché.Je te donnerai l\u2019adresse de ce pavillon.\u2014 Pour le louer ?\u2014 Pas toi, bien sûr.mais ton « fiancé » que tu renseigneras habilement à ce sujet, en ajoutant que là seulement tu seras tranquille.et toute à lui.\u2014 Et c\u2019est meublé, bien entendu ?\u2014 Et comment !.Tu m\u2019en diras des nouvelles.Des tapis moelleux, des fauteuils capitonnés, un cabinet de toi-lettre modern-style !.Tu me remercieras ! \u2014 Je te remercie tout de suite, fit Marinette, émue.Car j\u2019ai un aveu à te faire.Je ne pensais pas que tu t\u2019occuperais si sérieusement de mon avenir.\u2014 Oui, je sais bien ! répondit Oscar d\u2019un air de confusion admirablement simulé.Tu n\u2019as pas toujours eu à te louer de ton frère.Mais je veux me rattraper aujourd\u2019hui.Au théâtre, tu pourrais mal tourner.Je préfère te lancer dans le grand monde.\u2014 Ça réussira-t-il ?soupira la divette.\u2014 Est-ce que je ne suis pas là pour te diriger ?Est-ce qu\u2019une maman te parlerait autrement que je viens de le faire ?Est-ce que je t\u2019ai donné un seul mauvais conseil ?Est-ce que je t\u2019ai dit une vilaine parole ?A partir d\u2019aujourd\u2019hui, chaque matin, je t\u2019attendrai chez toi, et tu me raconteras tout ce qui s\u2019est passé la veille .Il se pencha vers elle et ajouta en clignant de l\u2019œil : \u2014 Ou ce qui se passera le soir.Changeant d\u2019aspect, d\u2019allure et de ton, l\u2019ancien bonneteur planta durement son regard dans les yeux de sa sœur un peu tremblante et conclut : \u2014 C\u2019est compris ?Tu me tiendras au courant, n\u2019est-ce pas ?\u2014 Evidemment, bien sûr, prononça Marinette, comme malgré elle.\u2014 Alors, à demain.Et rappelle-toi : le chalet des Glycines ?.N\u2019oublie pas qu\u2019il s\u2019agit de ton bonheur, de ton avenir.Et surtout qu\u2019il ne faut pas rater l\u2019affaire ! Il partit, laissant la jeune fille agitée par un nouveau sentiment d\u2019inquiétude, car il y avait des moments où le regard froid de son frère lui faisait peur.Mais la silhouette d\u2019Alain réapparaissant dans ses souvenirs vint chasser ses craintes comme au souffle du vent se dissipent de légers voiles de brume, et elle sourit en murmurant : \u2014 Je suis folle ! Jusqu\u2019à présent, rien ne m\u2019autorise à croire que mon frère ne travaille pas sincèrement pour mon bonheur.Pendant deux ou trois jours, le train de Saint-Germain fut prétexte à rendez-vous pour les amoureux.Il était convenu que le premier arrivé retiendrait la place à l\u2019autre : le matin, c\u2019était Marinette ; le soir, c\u2019était Alain, et, du plus loin qu\u2019ils s\u2019apercevaient, ils s\u2019accueillaient par un sourire.Au cours de ces trajets, ils convinrent de leur équipée.La jeune fille avait rejeté successivement Meudon, Saint-Cloud, Bellevue, comme « trop mal fréquentés ».\u2014\tSi nous nous éloignions franchement de Paris ?avait proposé le jeune marquis.\u2014\tOh ! oui.Ce sera amusant !.Mais où ça ?\u2014\tFontainebleau, par exemple?Marinette fit la moue.\u2014\tNon, dit-elle, c\u2019est trop commun ! La vérité était que la divette avait chanté là-bas, tout récemment, dans un concert de bienfaisance, et que, comme aux environs de Paris, elle craignait d\u2019être reconnue et d\u2019être l\u2019objet d\u2019une indiscrétion qui trahirait son incognito.\u2014 Attendez ! s\u2019écria Alain.J\u2019ai une idée.Je vous emmène déjeuner dans la forêt de Dreux.\u2014 A Dreux ?.Pourquoi si loin ?\u2014 Parce que je connais là une petite auberge où l\u2019on mange très bien et où nous serons tranquilles.\u2014 Etes-vous sûr que je serai rentrée chez mes parents pour l\u2019heure du dîner ?\u2014 Ne vous inquiétez de rien.Pro-mettez-moi seulement de vous trouver, après-demain mercredi, à huit heures du matin, sur la terrasse de Saint-Germain, du côté du pavillon Henri-IV.Huit heures exactement, n\u2019est-ce pas ?C\u2019est convenu, petite Camille.\u2014 Convenu, mon petit Alain.Ils avaient, en effet, échangé leurs noms.La divette de l\u2019Olympia n\u2019avait avoué que son nom de baptême, et Alain, par discrétion, n\u2019avait pas poussé plus loin la curiosité.Au contraire, 0 savait gré à la jeune fille de ne pas compromettre en cette aventure le nom patronymique de ses honorables parents.Le surlendemain, la sœur d\u2019Oscar fut exacte au rendez-vous.A quelques pas de la terrasse, une luxueuse limousine attendait.La portière s\u2019ouvrit.Alain descendit de voiture et la pria de monter.\u2014 C\u2019est à vous cette superbe auto ?interrogea la jeune fille ravie.\u2014 A moi jusqu\u2019à ce soir, car je l\u2019ai louée pour la journée.J\u2019avais bien pensé à prendre la mienne, mais j\u2019aurais été obligé de conduire moi-même.Je préfère être là, tout près de vous.Le chauffeur avait mis le moteur en mouvement, puis, remonté sur le siège, les mains au volant, attendait les ordres.Sur un signe de son client, il démarra.Marinette demanda : \u2014 Et nous en avons ?\u2014 Pour deux heures.A quarante à l\u2019heure, total : quatre-vingts kilomètres ! \u2014 Quel bonheur ! s\u2019écria la sœur de Ciboulant en penchant la tête sur l\u2019épaule du jeune homme qui, tout frémissant devant ce geste d\u2019abandon, les yeux fixés sur la bouche entr\u2019ouverte approcha soudain ses lèvres.Mais, d\u2019un mouvement prompt et habile, la divette avait baissé la tête .Le baiser ne rencontra que le front.\u2014 Méchante ! reprocha-t-il à voix basse.Elle se redressa, et ramenant dans ses mains les mains errantes de son compagnon : \u2014 Amis d\u2019abord, fit-elle.Le voyage se passa charmant, gai, dans une lumière de joie.L\u2019âme de leur jeunesse communiait avec la verdure et les fleurs, et ils parlaient sans s\u2019arrêter, grisés d\u2019air et d\u2019espace.Pour la première fois, Alain se sentait emporté par l\u2019orgueil délicieux d\u2019une aventure galante ; pour la première fois au cours de ses nombreux flirts, elle se sentait le cœur pris par un sentiment autre que la simple curiosité.Vers dix heures, l\u2019auto traversa, sans qu\u2019ils s\u2019en aperçussent, une ville coquette, déserte et silencieuse, puis s\u2019arrêta devant une grille ouverte, au pied d\u2019une petite colline que surmontait, en haut d\u2019anciens remparts, le dôme d\u2019un monument religieux \u2014 Qu\u2019est-ce qu\u2019il y a ?une panne ?demanda Alain.\u2014 Non, monsieur, répondit le chauffeur.Mais nous sommes à Dreux.\u2014\tAh ! déjà ?\u2014\tEt je pensais que monsieur désirait visiter la chapelle de la famille d\u2019Orléans.\u2014\tOh ! non, s\u2019écrièrent en chœur les deux jeunes gens.\u2014\tÇa nous est égal ! déclara irrévérencieusement Alain.\u2014\tJe ne suis pas en relations avec elle ! ajouta gravement Marinette.Et le chœur reprit à l\u2019unisson : \u2014\tChauffeur, conduisez-nous en forêt.En passant par le bourg Saint-Georges, ils croisèrent des camions militaires chargés de planches, de rondins, de troncs d\u2019arbres équarris qui se dirigeaient vers la gare.\u2014\tD\u2019où vient tout ce bois ?demanda Alain à un paysan qui conduisait une carriole à deux roues recouverte d\u2019une bâche grise.\u2014\tÇa vient de la forêt, répondit-il \u2014\tDe la forêt de Dreux ?\u2014\tOui.Ils sont en train de la décapiter.C\u2019est le génie militaire, paraît-il, qui a commandé de « bersiller > tout ça.Un camion automobile passa, conduit par des soldats en uniforme kaki.\u2014 On disait des Anglais ! fit Mari-nette.\u2014\tNon, rectifia le paysan.Ce sont des « Canardiens ».Ils travaillent là, avec des prisonniers boches.\u2014 Des Boches! s\u2019exclama la jeune fille subitement intéressée.Enfin, je vais en voir ! \u2014 Il n\u2019est pas défendu de visiter ?interrogea Alain.\u2014 Ma « foué », non ! répliqua le paysan.Vous pouvez y aller « vouér ».Seulement, dans la forêt, y a quasiment plus « rin ».Ça fait « piquié » ! Il fouetta son cheval avec colère et partit au galop.Les deux jeunes gens pénétrèrent dans la forêt de Dreux par la route nationale, que bordaient, tous les cent pas, des monceaux d\u2019arbres abattus.Un cyclone semblait avoir soufflé à travers les chênes altiers dont certains, depuis des siècles, avaient vu passer bien des tourments ; il avait fallu cette guerre interminable pour les condamner.Arrivée devant le pavillon de chasse converti aujourd\u2019hui en bureaux pour l\u2019administration, Marinette s\u2019écria j oyeusement : \u2014 En voilà ! En voilà ! \u2014 Quoi ?\u2014 Des Boches ! En face de leurs baraquements à l\u2019extérieur desquels veillaient des sentinelles françaises, une équipe de prisonniers allemands vêtus de vestes grises et coiffés d\u2019un calot de même étoffe, bordé d\u2019un ruban rouge, construisaient un chemin de fer à voie étroite.Au loin, on percevait des sifflements de vapeur, un va-et-vient de machines Le chauffeur donna son avis : \u2014 Çe doit être les scieries mécaniques.Ils rebroussèrent chemin, prirent une route à droite et se trouvèrent devant le camp des « Canardiens ».Les deux jeunes gens mirent pied à terre et envoyèrent l\u2019auto les attendre au bas de la descente.Dans une vaste clairière, des rangées de tentes étaient alignées, éclatantes de blancheur.Un village en miniature, avec des lavabos en plein air, des réfectoires, des cuisines .Des chariots plats circulaient, destinés au transport des bois, trainés lentement par des chevaux que guidaient des soldats canadiens, la pipe aux dents, le feutre rabattu sur les yeux.En croisant Marinette, ils souriaient et faisaient le salut militaire. Samedi, Montréal, 3 mai 1947 31 \u2014\tIls sont galants, les « Canar-diens » ! souriait Alain.\u2014\tEvidemment, bien sûr ! ponctuait la divette, heureuse d\u2019être l\u2019objet des hommages de tous ces beaux garçons.Les deux jeunes gens parvenaient enfin au centre de l\u2019exploitation.Ils avaient devant eux la scierie organisée méthodiquement pour le débit des planches de toutes tailles nécessaires à l\u2019armée.De nouveaux groupes de prisonniers étaient affectés à diverses besognes.Un grand mouvement régnait parmi le croisement des funiculaires, la brusque descente des wagons courant au chargement, le geste puissant et doux des grues tournantes, le va-et-vient vertigineux des scies à vapeur.Devant ce spectacle pittoresque et inattendu la divette de l\u2019Olympia ouvrait des yeux étonnés et ravis.Elle prit tout à coup un air sérieux et dit : \u2014 Maintenant, ça me fait l\u2019effet que j\u2019ai été un peu sur le front.\u2014 Ce n\u2019est tout de même pas, dit Alain, complètement la même chose.\u2014 C\u2019est vrai.A cause des obus.Mais c\u2019est égal, je me figure un peu ce que c\u2019est que la guerre, à présent ! Ils rejoignirent leur auto près du pont de la rivière, à un endroit appelé : le G\u2018ué des grues.Juste en face se trouvait un restaurant de campagne « spécialement recommandé aux touristes ».Sur une prairie bordée d\u2019un petit bois en hauteur, quelques consommateurs buvaient assis autour de tables en plein air.Derrière l\u2019auberge, on entendait le bruit de palets de cuivre s\u2019abattant sur un jeu de tonneau.\u2014 Ah ! chic ! s\u2019exclama Marinette, transportée.On se croirait aux environs de Paris.Elle prit sa course et s\u2019élança vers le petit bois de chênes.Alain la suivit.Et ce furent des exclamations triomphales quand elle découvrit des bosquets étroits cachés à tous les regards dans la verdure.\u2014 Voulez-vous que nous déjeunions là ?proposa Alain.\u2014 Evidemment, bien sûr ! conclut Marinette.Ce fut délicieux de jeunesse.et d\u2019appétit.Il y avait des oiseaux dans les branches, du soleil dans le bleu du ciel, et ils apercevaient, à travers les feuilles, des gens qui passaient et qui ne pouvaient pas les voir.\u2014 Vous êtes contente, ma petite Camille ?\u2014 Tu parles ! répondit l\u2019employée du Magasin des Quatre-Saisons.Mais elle dit cela si gentiment, accompagnant la phrase d\u2019un mouvement de tête si gracieux, si tentateur .que le jeune étudiant ne pensa qu\u2019à enlacer sa taille, impatient d\u2019un premier baiser.Elle ferma les yeux, secouée d\u2019un frisson de plaisir.Depuis le matin, elle se sentait une âme de grisette .Cet enlèvement en auto, cette promenade « guerrière » dans la forêt, ce tête-à-tête mystérieux dans ce décor de ver- QUI EST-IL, QUI EST-ELLE?OLIVETTE THIBAULT.Mme Max Lemenu.que la radio nous présente tous les jours et qui, depuis onze ans.a été de toutes les saisons des Variétés Lyriques.Elle a fait deux séjours en France et en Belgique.Elle étudia à Paris et à Montréal et elle participa à un grand nombre de revues.Les rôles qu'elle a interprétés à la scène ne se comptent plus : ceux de la radio sont encore plus nombreux.\tPhoto Desautels.dure, tout contribuait à lui faire perdre la tête.Et puis, il n\u2019y avait pas à dire, ce jeune homme lui plaisait! Mais comme le baiser se renouvelait plus tendre, elle se dégagea brusquement.Elle venait de se rappeler les recommandations d\u2019Oscar : « Méfie-toi d\u2019accorder tes faveurs à la légère.Il faut qu\u2019il ait l\u2019impression d\u2019avoir affaire à une femme du monde.» Alors, tout en remettant en ordre ses cheveux dérangés, elle déclara d\u2019un ton subitement pudique : \u2014 Non, non .Qu\u2019est-ce que vous penseriez de moi ?Intimidé par cette reculade, Alain, qui avait fait un effort d\u2019audace, n\u2019insista pas.L\u2019idylle continua dans une camade-rie innocente.Après le déjeuner, ils louèrent un canot.La rivière de l\u2019Eure coulait à quelques pas de l\u2019auberge ; pendant deux heures, ils en goûtèrent le charme et la fraîcheur.Tout en ramant, Alain sentait encore sur ses lèvres le goût des lèvres de son amie .Assise au fond de la barque, Marinette contemplait le paysage avec indifférence, car elle ne songeait qu\u2019à cette chose qu\u2019elle lui avait tout à l\u2019heure refusée.Lorsqu\u2019ils remontèrent en voiture, il n\u2019était pas loin de six heures.Le soleil à son déclin répandait sur la campagne une lumière plus blonde .Des prés humides montait une brume légère.Les deux amoureux, un peu las, avaient cessé de causer.Ils traversèrent plusieurs villages sans rompre le silence.De temps en temps, leurs regards se croisaient et ils souriaient à demi.Lentement, Marinette se rapprocha de son compagnon.Elle se blottit contre lui en un geste de frileuse.Et tout bas, elle murmura : \u2014 Tu ne m\u2019en veux pas ?En entendant ce tutoiement, Alain tressaillit.Il répondit, ému : \u2014 T\u2019en vouloir ?De quoi ?\u2014 De .de tout à l\u2019heure ?Il enveloppa son amie de la douceur de ses grands yeux et mit sur elle l\u2019ombre de ses cils frissonnants.\u2014 Non, continua-t-il, avec un accent de tendresse.Je ne t\u2019en veux pas .Au contraire, tu as eu raison.J\u2019étais fou.Cela eût gâté notre jolie idylle.Mais je te sentais tout contre moi, alors que, cachés à tous les yeux, nous nous trouvions seuls .Elle s\u2019était redressée, de ses cheveux frôlant le visage du jeune marquis.\u2014 Nous verrons plus tard, risqua-t-elle.Quand nous serons chez nous.\u2014 Chez nous ?.interrogea Alain \u2014 Oui.dans un endroit où je serai sûre de n\u2019être pas rencontrée.où nous serons tout seuls .chez nous .bien chez nous ! \u2014 Oh ! oui, ce serait exquis.Mais où trouver cela ?\u2014 Ah ! ça, je ne sais pas.\u2014 Mais moi non plus .cherchait Alain embarrassé.Je n\u2019ai pas l\u2019habitude .Où louer ?.Dans quel quartier de Paris ?\u2014 Oh ! non .pas à Paris ! \u2014 Alors ?\u2014 Ecoute.Il ne faut pas que ce soit loin de chez moi.ni de chez toi.pour, le soir, rentrer dans nos familles.Il y aurait peut-être moyen de trouver .pas loin de Saint-Germain, un petit coin solitaire .\u2014 Oui.c\u2019est ça .En connais-tu un ?\u2014 Non.Mais je pourrai chercher.Moi, vois-tu, je trouverai mieux que toi ce qu\u2019il nous faut ! \u2014 Comme tu es gentille ! Il lui caressait les joues lentement.\u2014 Tu m\u2019aimes donc un peu ?deman-da-t-il dans un souffle.\u2014 Peux-tu en douter, après ce que je viens d\u2019oser te dire ?! a s?FABRIQUÉES AU CANADA DEPUIS 1919 DÉ-GERCEZ VOS LÈVRES GERCÉES AVEC LE NOUVEAU,ADOUCISSANT LYPSYL LYPSYL Une application de Lypsyl sur vos lèvres sèches, gercées, soulage rapidement.Lypsyl contient de l\u2019émolliente Pommade de Benjoin.Seulement 25c aux comptoirs de pharmacie.HERNIE SOULAGÉE Notre méthode améliorée a soulagée des milliers.Pas de courroie sur la Jambe, pas d'élastique, pas ?\u2019em plâtres.Pas de pression sur les hanches ou épine dorsale.Rien qu\u2019un coussinet Flexo.Différé totalement des autres.Recommandé par médecins, mécaniciens, commis de partout.Très léger.PEU COUTEUX.GARANTI.Demandes renseignements et offre d\u2019essai.SMITH MANUFACTURING COMPANY Fondé en 1893\tDept.21b, Preston, Ont.Avez-vous des cadeaux à faire ?Ne cherchez pas plus longtemps.Abonnez vos parents et amis aux 3 grands magazines : Le Samedi, La Revue Populaire et Le Film.Remplissez NOS COUPONS D\u2019ABONNEMENT 42 32 Le Samedi, Montréal, 3 mai 1947 DEPRIMEE ?NERVEUSE ?LYMPHATIQUE?DÉLAISSÉE ?LISEZ ALORS CECI.Ne perdez pas courage car la vie peut très bien vous sourire encore ! La maigreur, les vertiges, les migraines, un teint dépourvu d\u2019éclat sont très souvent les caractéristiques d\u2019un sang alourdi, obstrué de toxines, cause très répandue de longs et ennuyeux désordres organiques.Le moyen tout indiqué pour y remédier est une cure naturelle de désintoxication.Or, les éléments concentrés qui sont à la base du merveilleux TRAITEMENT SANO \u201cA\u201d ont précisément pour fonction d\u2019éliminer ces poisons.Dès que la cure est commencée, on constate un développement, une fermeté nouvelle des chairs.Le teint se ranime et le charme séduisant de la jeune.se réapparaît.Un envoi de cinq sous suffit pour recevoir un échantillon de notre merveilleux produit SANO « A » Correspondance strictement confidentielle.LES PRODUITS SANO ENRG.Mme CLAIRE LUCE Ci-inclus 5 sous pour échantillon du produit SANO « A ».Ecrivez lisiblement ci-dessous.Nom .Adresse .Ville .Prov.B.P.2134 PLACE D\u2019ARMES MONTREAL, P.Q.Quand, de retour à Saint-Germain, ils se séparèrent à la nuit tombante, lui pour regagner le château de l\u2019Orangerie, elle pour rejoindre sa soi-disant famille, les deux amoureux avaient bâti mille projets délicieux.Mais Marinette, sincèrement éprise de celui qu\u2019elle appelait déjà «son petit homme », ne se doutait pas qu\u2019en obéissant ainsi servilement à Oscar Ci-boulant, son frère, elle se faisait inconsciemment la complice de l\u2019ancien bonneteur dans le crime odieux qu\u2019il préparait.XXVI \u2014 Pierre Gallois chez Emile Gonthier Eh bien ! mon brave Gallois, êtes-vous un peu mieux ?s\u2019inquiétait avec bienveillance le colonel de Francheville auprès de son vieil intendant qui, s\u2019aidant d\u2019une canne, parcourait en boitant une des allées du parc de l\u2019Orangerie.\u2014 M.le comte est bien bon, repartit l\u2019ancien militaire.Je suis à peu près d\u2019aplomb maintenant, mais pendant quinze jours, ça n\u2019a pas été fort.« Satanés rhumatismes ! Ils auraient bien pu se contenter de me fréquenter pendant l\u2019hiver sans se donner la peine de me rendre visite durant l\u2019été !.Deux semaines, c\u2019est long à rester sur le dos, les pattes en l\u2019air comme un hanneton ! Depuis quelques jours seulement j\u2019ai recommencé à sortir un peu.\u2014 Ne vous tourmentez pas .Bientôt vous vous remettrez à courir comme un jeune homme.\u2014 Un jeune homme, grommela Pierre Gallois .Un jeune homme de soixante-six ans .qui va comme qui dirait sur soixante-sept !.N\u2019empêche que j\u2019ai tout mon ouvrage en retard ! \u2014 Vous n\u2019allez pas reprendre votre travail un dimanche ?objecta le colonel avec bonté .Profitez de ce beau soleil pour faire un tour en forêt.\u2014 Si monsieur le comte n\u2019y voit pas d\u2019inconvénient, je préférerais aller jusqu\u2019à Paris.\u2014 A votre aise, mon brave Gallois .Je n\u2019ai pas besoin de vos services aujourd\u2019hui.Heureux de cette autorisation, le vieux serviteur, tout ragaillardi, rentrait vite chez lui, endossait son vêtement le plus neuf, déjeunait en quatre temps, prenait dans un tiroir un petit paquet bien enveloppé qu\u2019il glissait dans sa poche de côté .et se trouvait, deux heures plus tard, en train de remonter le faubourg Saint-Antoine.\u2014 Rue de Citeaux, fit-il.C\u2019est bien ici que mon commandant m\u2019a dit qu\u2019il logeait.Il s\u2019arrêta devant un hôtel meublé, de modeste apparence.Il poussa la porte qui, en s\u2019ouvrant, fit sonner un timbre.Un couloir étroit aboutissait, dans le fond, à un escalier obscur.Une femme maigre, en cheveux, un torchon à la main, se pencha par-dessus la rampe et cria : \u2014 Qu\u2019est-ce que vous demandez ?\u2014 M.Gonthier ?\u2014 Pas ici.\u2014 Je ne suis donc pas à l\u2019hôtel de la Côte d\u2019Or ?\u2014 Si.mais il ne demeure plus là .Il est rentré chez sa femme .\u2014 Sa femme ?Alors, ce n\u2019est pas ça ! Je vous parle d\u2019un nommé Gonthier .Emile .\u2014 Emile, justement.Il a logé ici, mais il n\u2019y a pas fait long feu .Maintenant, il demeure au 12 bis, rue de Chaligny.Pierre Gallois s\u2019éloigna perplexe.\u2014 Qu\u2019est-ce que ça veut dire que cette histoire-là ?pensait-il.Sa femme ! C\u2019est une erreur, évidemment.Ou peut-être y a-t-il deux Emile Gonthier .Enfin, nous verrons bien .Allons toujours rue de Chaligny.Il ne fut pas long à la trouver.Il entra au numéro 12 bis et se dirigea vers la loge de la concierge.La porte en était fermée.Il aperçut à droite, au bout d\u2019un corridor, une autre porte qui donnait sur une petite cour intérieure, dans laquelle il pensa trouver quelqu\u2019un pour le renseigner.\u2014 Concierge ! cria-t-il.Pas de réponse.Il revint sur ses pas.\u2014 Concierge ! hurla-t-il dans la cage de l\u2019escalier.Au même instant une femme qui venait de la rue s\u2019arrêta près de lui et lui dit avec un sourire aimable : \u2014 La concierge n\u2019est pas là, monsieur .Mais elle ne va pas tarder à rentrer.Pierre Gallois souleva sa casquette.\u2014 Je vous remercie, madame.Je vais l\u2019attendre .A moins que .Vous êtes de la maison ?\u2014 Oui, monsieur.\u2014 Alors, vous pouvez peut-être me donner un renseignement ?Savez-vous si c\u2019est bien ici que demeure M.Emile Gonthier ?La jeune femme se mit à rire : \u2014 Si je le sais ?Je comprends ! C\u2019est mon mari.\u2014 Votre mari?répéta le vieux soldat stupéfait.Vous êtes sûre ?Le rire discret de Jeanne se changea en un accès de folle hilarité.\u2014 Pour sûr, dit-elle, que j\u2019en suis sûre ! Gallois hésitait encore, n\u2019osant en croire ses oreilles.\u2014 Vous parlez bien, insista-t-il, de cet Emile Gcnthier qui porte un ban-noir sur le visage et le ruban de la croix de guerre sur la poitrine ?\u2014 Oui.D\u2019ailleurs, vous allez le voir.Si vous voulez me suivre, je vais vous montrer le chemin.Elle se mit à gravir les marches de l\u2019escalier.L\u2019ancien serviteur du marquis de Sermaize montait derrière elle et se faisait reproche d\u2019avoir manqué de présence d\u2019esprit.Il aurait dû saisir pour s\u2019esquiver le premier prétexte venu.Maintenant, il était trop tard.Et il se demandait avec inquiétude dans quel guêpier il s\u2019était fourré.La voix joyeuse de Jeanne indiqua : \u2014 C\u2019est ici,.au troisième.Et comme la clef était sur la porte, elle entra en annonçant : \u2014 Emile, il y a quelqu\u2019un qui veut te parler.Le commandant de Sermaize était assis près de la fenêtre.En entendant la voix de « sa femme », il tourna la tête et aperçut derrière elle Pierre Gallois.Il se leva brusquement et les deux hommes restèrent quelques secondes debout, l\u2019un devant l\u2019autre, sans rien dire.Tous deux avaient en même temps refoulé en eux l\u2019exclamation instinctive qui était venue sur leurs lèvres et eût risqué de trahir l\u2019incognito de l\u2019homme au bandeau noir.Cependant, légèrement surprise de ce bref silence, Jeanne Gonthier expliquait : \u2014 J\u2019ai rencontré monsieur au bas de l\u2019escalier .Il a insisté pour te voir.\u2014 En effet, interrompit vivement le vieux médaillé, en s\u2019adressant à son ancien maître.Je me suis permis de .J\u2019espère que vous m\u2019excuserez .car enfin n\u2019ayant pas l\u2019honneur de .de vous avoir dit qui je suis .L\u2019infortuné bafouillait terriblement.Il se demandait ce qu\u2019il était venu faire ici, devant cette femme qu\u2019il ne connaissait pas, et cet homme qu\u2019il connaissait si bien.Mais désireux de tirer son ancien serviteur d\u2019embarras, le commandement affirma avec le plus grand calme : \u2014\tMoi, je sais qui vous êtes.\u2014\tAh ! fit le vieux soldat de plus en plus ahuri.\u2014\tOui.Je me rappelle très bien vous avoir déjà vu.\u2014\tVous croyez ?\u2014\tJ\u2019en suis sûr, continua tranquillement M.de Sermaize.Vous êtes Pierre Gallois.Et ayant appris mon retour en France, vous venez sans doute me demander des nouvelles de votre fils, fait prisonnier par les Allemands en même temps que moi.\u2014 Voilà ! C\u2019est justement pour .pour mon fils que.comme vous dites !.bégaya le malheureux homme qui n\u2019avait jamais eu d\u2019enfant, mais qui, comprenant la ruse de son maître, s\u2019efforçait d\u2019abonder dans son sens.\u2014 Et depuis deux ans vous n\u2019avez pas reçu de ses nouvelles ?s\u2019informa avec intérêt la marchande de légumes.\u2014 Je ne sais pas.Je veux dire : je ne sais pas ce qu\u2019il est devenu.\u2014 Ce doit être terrible ! \u2014 Epouvantable ! amplifia Pierre Gallois qui épongeait son front baigné de sueur, sentant que, si cette situation se prolongeait, il risquait de devenir complètement ridicule.\u2014 Est-ce que tu ne dois pas sortir avec Augustine ?rappela à Jeanne le faux Gonthier, qui avait hâte de se trouver seul avec son ancien serviteur.\u2014 Si.C\u2019est vrai, il est déj à trois heures ! constata la fille de M.Bidault.Et allant ouvrir la porte de sa chambre à coucher : -\u2014 Titine ?Tu es prête ?demanda-t-elle.\u2014 Oui, maman.Je suis un peu en retard.Mais je n\u2019en finissais pas d\u2019arranger mes cheveux.\u2014 Oui, maman .Je suis un peu en retard.Mais je n\u2019en finissais pas d\u2019arranger mes cheveux.Augustine apparut, vêtue d\u2019une robe et d\u2019un chapeau printaniers, charmante de fraîcheur et de grâce juvénile.Mais à la vue d\u2019un étranger, elle rougit et s\u2019arrêta net.\u2014 C\u2019est notre fillette, présenta la femme d\u2019Emile Gonthier qui, d\u2019un coup de main, rectifiia les plis de la robe de la petite.\u2014 Ah ! fit Gallois, de plus en plus ahuri.Vous avez un enfant ?\u2014 J\u2019en ai même deux .L\u2019autre est un garçon.Mais nous avons plus de chance que vous : notre fils à nous n\u2019est pas encore en âge d\u2019être soldat.Jeanne prit une ombrelle et se dirigea vers la porte.\u2014\tAllons, viens, Titine ! fit-elle.Dis au revoir à ton père.\u2014 Au revoir, papa, obéit la sœur d\u2019Alfred, dont le regard craintif continuait à ne pas vouloir se fixer sur le visage de l\u2019homme au bandeau noir.\u2014\tAu revoir, mon enfant, répondit simplement le grand blessé.Jeanne et Augustine sortirent.Pierre Gallois et le marquis de Sermaize demeurèrent seuls.Aussitôt Robert alla ouvrir la porte qui conduisait à sa propre chambre et y fit entrer son ancien serviteur.\u2014 Ici, nous serons plus tranquilles, déclara-t-il.Nous pourrons causer à notre aise.\u2014\tExcusez-moi, mon commandant, entama résolument le vieux soldat.Si j\u2019avais su, je ne serais pas venu sans vous prévenir .J\u2019ignorais que vous aviez une nouvelle famille.\u2014\tRassure-toi, mon ami, rectifia le mari de Geneviève .Cette nouvelle famille, comme tu dis, m\u2019est tombée du ciel.Il y a quelques semaines, je ne la connaissais pas.\u2014 Pourtant, cette femme .ces enfants ?\u2014 Sont ceux de mon ordonnance, Emile Gonthier, dont la fatalité m\u2019a fait endosser l\u2019état civil.Le hasard m\u2019a amené sur leur chemin, et cettè femme m\u2019a reconnu pour son mari prér cisément parce que j\u2019étais méconnaissable ! Et je bénis l\u2019horreur de mon visage qui, éloignant pour toujours toute intimité entre cette femme et moi, me permet de continuer le sacrifice que je me suis imposé.Le front de Gallois se rasséréna.\u2014 Eh bien ! vous savez, mon commandant, j\u2019aime mieux ça ! s\u2019exclama-t-il.Je craignais qu\u2019il ne vous fût ar- Le Samedi, Montréal, 3 mai 1947 33 rivée une histoire .dans le genre de vos frasques d\u2019autrefois .sauf voire respect.« Et je ne suis pas fâché d\u2019apprendre que M.Alain et Mlle Anne-Marie ne risquent pas de trouver ici un frère et une sœur .Mlle Anne-Marie surtout, qui vous aimait tant, et qui me parle si souvent de vous ! Robert de Sermaize se raidit contre toute émotion, en son désir impérieux de sacrifice qui lui commandait de se cuirasser d\u2019indifférence afin de pouvoir écarter la vision lancinante de sa vie d\u2019autrefois et faire table rase d\u2019un passé qui devait être enterré pour toujours.N\u2019était-ce pas d\u2019ailleurs en vue de cette rupture, voulue définitive, qu\u2019il avait brûlé la lettre de sa fille, lettre qui constituait la seule consolation de son pauvre cœur usé .brisé .cassé !.Oh ! oui, cœur cassé !.Oh ! oui, cœur cassé dont il était impuissant à rajuster les morceaux épars ?.Aussi, répliqua-t-il sans trouble apparent, avec une sorte d\u2019ironie doulou- reuse : \u2014\tMa fille doit être heureuse, maintenant qu\u2019elle a un second père ! \u2014\tD\u2019abord, mon commandant, riposta vivement Pierre Gallois, on ne peut pas avoir deux pères.et ce n'est pas Vautre qui vous remplacera !.D\u2019autant que Mlle Anne-Marie et le colonel de Francheville ne me font pas l\u2019effet de beaucoup s\u2019accorder ensemble .surtout depuis l\u2019histoire du mariage .\u2014 Quel mariage ?s\u2019intéressa vivement le père d\u2019Anne-Marie.\u2014 Oh ! encore une idée au colonel.Il veut, paraît-il, marier mademoiselle à un certain vicomte d\u2019Orbac, qui n\u2019a pas l\u2019air de lui plaire plus que ça .Ni à moi non plus, d\u2019ailleurs ! Quand je pense que ça a dans les environs de trente ans, que ça sue la santé par tous les pores et que ça n\u2019est pas au front ! Tandis que M, Alain, qui n\u2019a pas encore l\u2019âge de partir, si on l\u2019écoutait, il serait déjà dans les tranchées ! Et il ajouta d\u2019un air confidentiel : \u2014 Ah ! en voilà un qui vous ressemble, M.Alain.__Tu crois ?s\u2019informa Robert avec peut-être un peu plus d\u2019émotion qu\u2019:l n\u2019aurait voulu.\u2014 Je pense bien ! affirma le vitox serviteur, car il promet d\u2019être, sauf votre respect, mon commandant, un peu cotillonneur comme vous.\u2014 Qui te fait croire ?fit le marquis, devant les yeux duquel sa jeunesse repassa comme un éclair.\u2014 Oh ! vous savez, je dis ça, mon commandant, parce que j\u2019avais déjà remarqué plusieurs petites choses qui me donnaient à penser que M.Alain devait avoir quelque rendez-vous dans les environs.Depuis une huitaine de jours surtout, où il rentrait dîner au château plus tard que d\u2019habitude.Des gens m\u2019avaient dit l\u2019avoir aperçu aux heures où on croyait qu\u2019il devait etre à son lycée.Avant-hier, moi-meme, dans l\u2019après-midi, je l\u2019ai rencontre pas bien loin de chez nous .Enfin, suffit! Il a bien le droit d\u2019aller ou il veut, n\u2019est-ce pas ?\u2014 Tu ne sais rien d\u2019autre ?question- na le père.\t., \u2014 Mon Dieu, je sais.sans savoir, renseigna vaguement le vieux serviteur, qui se sentait un peu embarrasse d\u2019avoir à fournir des détails sur la conduite intime de son jeune maître.Toujours est-il.Il est bien libre quand même ! N\u2019empêche qu\u2019hier soir, encore, comme j\u2019étais allé faire un petit tour à la gare, j\u2019ai vu M.Alain descendre du train de six heures, en faisant un petit signe imperceptible da-dieu à une geutille demoiselle qui était dans le même compartiment que lui et qui était restée à la portiere.M.Alain a attendu, debout sur le quai, que le convoi reparte et ils ne se sont pas quittés du regard jusqu a ce que t train disparaisse.J\u2019ai meme entendu en passant M.Alain dire à la jeune fille : « A demain soir, dix heures ! » Puis il a pris le chemin du château sans m\u2019avoir remarqué, j\u2019en suis sûr, car il n\u2019avait d\u2019yeux que pour la demoiselle.Robert de Sermaize était soudain devenu pensif.Il garda un instant le silence, perdu dans des réflexions.ou des souvenirs.Puis il reprit d\u2019une voix grave : \u2014 Oui, tu as raison.il me ressemble ! Mais il ne faudrait pas qu\u2019il me ressemblât trop.Alain est impétueux, téméraire au besoin.Je l\u2019ai constaté le soir, où, s\u2019élançant dans le parc, une carabine à la main, il a tiré sur l\u2019homme qui s\u2019était introduit chez lui et qu\u2019il prenait pour un malfaiteur.Ce même esprit d\u2019ardente décision lui fera rechercher la compagnie des femmes, pour peu qu\u2019il ait hérité l\u2019ardeur de mon sang.« Ecoute-moi, mon bon Gallois .J\u2019ai trop souffert de n\u2019avoir pas su résister à la violence de mes passions.Je ne voudrais pas que mon fils soit jamais en proie aux mêmes regrets cuisants, aux mêmes remords.Promets-moi de le surveiller, de le conseiller au besoin.\u2014 Moi ! me permettre de donner des conseils à M.Alain ! \u2014 Tu lui diras qu\u2019avant de partir pour le front, je t\u2019ai ordonné de le faire au cas où je serais tué.Et tu sais bien que je suis mort ! \u2014 Je vous obéirai, mon commandant, comme j\u2019ai obéi à mon général.D\u2019autant que si je vous comprends bien, il ne s\u2019agit pas de l\u2019empêcher de fréquenter des jeunesses, mais de veiller à ce qu\u2019il ne tombe pas entre les mains de quelque vilaine femme .\u2014 Oui.c\u2019est bien cela .Je te remercie.Robert de Sermaize hésita de nouveau.Il avait envie de crier : « Ma femme ! Tu ne m\u2019as pas parlé de ma femme ! » Mais il se retenait.Il sentait que s\u2019il se laissait aller à ce désir, s\u2019il laissait tomber cette phrase de ses lèvres, c\u2019en était fait de toutes ses résolutions courageuses.Non ! Il valait mieux se taire et boire jusqu\u2019au bout la coupe de sacrifice et d\u2019amertume.Il se leva, décidé à clore l\u2019entretien.\u2014 Alors, dit-il, c\u2019est tout ce que ta as à me dire ?\u2014 Tout?Non, non! riposta le vieil intendant.J\u2019ai encore à vous parler de quelqu\u2019un.Le marquis fut pris d\u2019un battement de cœur.Geneviève ! On allait lui parler de Geneviève ! Quel supplice pour lui et quelle joie ! Et U entendit Pierre Gallois qui prononçait : \u2014 Je ne vous ai pas donné des nouvelles de Miraut ! \u2014 Ah ! mon vieux Miraut ! Il va bien?fit Robert le plus naturellement du monde, malgré la déception instinctive qui venait de le frapper au cœur.__Pour ça .expliqua Gallois, ce n\u2019est pas la santé qui lui manque ! Mais il est terrible ! Je suis obligé de le tenir tout le temps attaché .Sans quoi il trouve moyen de s\u2019échapper.pour aller où ?.Je n\u2019en sais rien .Mais je m\u2019en doute.Il ne serait pas venu ici, par hasard, la semaine dernière ?__Pourquoi me demandes-tu ça ?__Parce que j\u2019ai dans l\u2019idée que, s\u2019il cherche ainsi à s\u2019enfuir, c\u2019est pour venir retrouver son maître.\u2014 Son maître ?Mais c\u2019est.__C\u2019est vous, mon commandant ! Vous que seul il a su reconnaître, et qu\u2019il a sauvé au moment où vous alliez vous noyer.Depuis qu\u2019il vous a revu, il est inquiet.Il vous cherche partout, dans tous les soins du parc.Dernièrement, il a encore disparu pendant trois jours.Il est revenu dans un état ! Crotté, harassé, affamé !.Oh ! il doit bien se souvenir, allez, qu\u2019il vous a rencontré par ici, avec moi, rue Traversière .Et croyez ce que je vous dis : un beau matin il sautera le mur, DIX PRIX A GAGNER CHAQUE SEMAINE LES 10 GAGNANTS DU PROBLEME No 800 Solution du Problème No 801 10 JEUX DE CARTES Mme Roland Côté, 240, rue de la Reine, Québec, P.Q.; M.J.-R.Marc Arsenault, 40, Côte du Passage, Lévis, P.Q.; M.Edmond Leclerc, 372 \u2014 1ère Avenue, Charles-bourg, P.Q.; Mme Josie Armand, Case Postale 106, Sydney, N.-E.; Mme H.Las-nier, 1451, Avenue Overdale, appt.12, Montréal 3, P.Q.; M.Laurent Longval, 3, Ruelle Lepage, Sherbrooke, P.Q.; M.Roland Ayotte, 92a \u2014 9e Avenue, Iberville, P.Q.; Mme C.-A.Lévesque, Case Postale 397, Roberval, P.Q.; M.J.-W.Pelletier, 786a, Avenue Bloomfield, Outremont, P.Q.; Mlle Edith Lemieux, a/s Salon Rita\u2019s, 1202 ouest, rue Ste-Catherine, Montréal, P.Q.LES MOTS CROISES DU \"SAMEDI \" \u2014 Problème No 802 Nom .Adresse .Ville ou Village .Province .Adressez : LES MOTS CROISES, Le Samedi, 975-985, rue de Bullion, Montréal, P.Q.HORIZONTALEMENT 1.\tQui ne tremble pas.\u2014 Préfixe.\u2014 Ancien nom des potions.2.\tGrand lac.\u2014 Qui vient des graines.\u2014 Pitance.3.\tCharrue sans oreilles.\u2014 Millet des oiseaux.\u2014 Qui marque la preuve.4.\tPréfixe.\u2014 Point cardinal.\u2014 Bouquet de fleurs.\u2014 Dans la gamme.5.\tChercher à atteindre.\u2014 Ville de Belgique.6.\tMéprisables.\u2014 Remplir.7.\tGelée des eaux.\u2014 Exsudât pathologique.\u2014 Action de cacher une chose volée.8.\tChef-lieu de comté (Somme).\u2014 Prendre à témoin une chose sacrée.\u2014 Songea.9.\tFléau.\u2014 Homme avare.\u2014 L\u2019un des apôtres.10.\tMarque d\u2019estime.\u2014 Filet d\u2019oiseleur.11.\tChef-lieu de comté (Mayenne).\u2014 Attachée d\u2019une manière indissoluble.12.\tPréfixe d\u2019abstraction.\u2014 Etoffe croisée de laine.\u2014 Pour la troisième fois.\u2014 Ici.13.\tRongeur.\u2014 Feuilles d\u2019acier laminées.\u2014 Suite de wagons.14.\tPossessif.\u2014 Moquerie.\u2014 Appartenir.15.\tPréfixe.\u2014 Et le reste.\u2014 Fluide impondérable.VERTICALEMENT 1.\tJour de fête.\u2014 Chef-lieu du dép.des Hautes-Alpes.\u2014 Au milieu de.2.\tAncien nom de l\u2019Irlande.\u2014 Sans énergie.\u2014 Eau dans laquelle on se baigne.3.\tOrdre des cérémonies.\u2014 Moins considérable qu\u2019une ville.\u2014 Tess.on.4.\tMélangé de seigle et de froment.\u2014 Mitre.\u2014 Négation.5.\tCrochets de fer.\u2014 Violoniste allemand, né à Brünn.6.\tQui sont à toi.\u2014 Apparence.7.\tTête.\u2014 Sans mélange.\u2014 Ancienne contrée de l\u2019Asie.8.\tEnlevas.\u2014 Petite étoffe de laine pure.\u2014 Enveloppe calcaire.9.\tExpressions.\u2014 Terme du jeu de tennis.\u2014 Aride.10.\tPetit réseau pour retenir les cheveux.\u2014 Ordre des cérémonies.11.\tReculer.\u2014 Plante potagère.12.\tVille de Chaldée.\u2014 Conduire.\u2014 Aiguillette d\u2019un lacet.13.\tEtendue d\u2019eau douce.\u2014 Ruse de métier.\u2014 Ville de Belgique.14.\tInstrument pour serrer.\u2014 Examen détaillé.\u2014 Bougie.15.\tDétermination.\u2014 Célèbre \u201cMéditation\u201d de Lamartine.\u2014 Creuser lentement. 34 Le Samedi, Montréal, 3 mai 1947 k Mes Recettes F Par Mme ROSE LACROIX Directrice de l'Institut Ménager du SAMEDI, de LA REVUE POPULAIRE SOUFFLE AU JAMBON 2\tc.à tb.de farine\t2 tasses de lait 2 tasses de jambon haché et maigre 3\toeufs\tVz c.à thé de sel Vs de c.à thé de poivre Délayer la farine avec le lait et faire cuire jusqu\u2019à épaississement.Ajouter le jambon et les jaunes d\u2019oeufs légèrement battus.Battre les blancs en mousse ferme et incorporer délicatement au premier mélange.Assaisonner.Verser dans un plat beurré et cuire à four modéré 325° F.45 à 60 minutes.Servir avec une bécha-tnelle moyenne.BECHAMELLE MOYENNE 3 c.à tb.de beurre\t3 c.à tb.de farine IV2 tasse de lait 1 c.à thé de sel\t1 c.à thé de jus d\u2019oignon Mettre dans une casserole le beurre et la farine.Délayer avec le lait et faire cuire jusqu\u2019à épaississement.Assaisonner et servir bien chaud avec le jambon et des pommes de terre cuites au four.6 services.BIFTECK DE VEAU AUX OIGNONS 2 livres de veau dans le cuisseau\t1 oeuf légèrement battu 2 c.à tb.de lait 1% tasse de biscuits soda écrasés 4 c.à tb.de shortening ou de beurre 4 gros oignons blancs tranchés Séparer le veau qui doit avoir 1 pouce d\u2019épaisseur, en services individuels.Battre légèrement l\u2019oeuf avec le lait salé et poivré.Passer les tranches de veau dans l\u2019oeuf puis dans de la chapelure fine faite avec des biscuits soda.Faire brunir dans du beurre bien chaud ou du shortening.Mettre dans une lèchefrite et étendre sur 1» dessus les oignons tranchés.Faire cuire au four de 350° F.1 heure ou jusqu\u2019à ce que la viande soit bien tendre.Retirer les tranches de veau bien braisées, saupoudrer un peu de farine sur le fonds de cuisson, mouiller avec un peu d\u2019eau chaude pour éclaircir et servir bien chaud.6 services.\u2022 MOUSSE FINE AU CHOCOLAT EN TABLETTES y4 de livre de chocolat en tablettes râpé\tV4 de tasse de sucre Vs tasse de lait chaud X c.à tb.de beurre\t3 oeufs Mettre fondre le chocolat avec le lait, le sucre et le beurre au bain-marie jusqu'à ce que le tout soit en sirop épais.Ajouter les jaunes d\u2019oeufs battus, bien mélanger et laisser cuire quelque peu.Retirer du feu, et y incorporer délicatement les blancs battus en mousse ferme.Bien mélanger et servir bien froid en coupe.6 services.ŒUFS FARCIS A LA FRANÇAISE 6 oeufs cuits durs Vz paquet de fromage à la crème\tVz tasse de jambon haché Vz tasse de petits pois écrasés 2 tasses de riz cuit\t6 c.à tb.d\u2019huile V4 gousse d\u2019ail écrasée 2 c.à tb.de vinaigre\tVz c.à thé de sel 14 de c.à thé de poivre Faire cuire les oeufs durs et les séparer en deux sur la longueur.Enlever les jaunes et bien mélanger en pâte fine avec le fromage à la crème, le jambon et la purée de pois.Bien assaisonner et en remplir les blancs.D\u2019autre part, faire cuire le riz dans l\u2019eau bouillante salée 30 minutes, égoutter et bien mélanger avec l\u2019huile, le vinaigre, le poivre, le sel et l\u2019ail.Mettre dans un moule en forme d\u2019anneau si l\u2019on en a et faire prendre ferme.Démouler sur un lit de laitue et mettre au centre les oeufs farcis.Garnir de touffes de persil frais et de tomates tranchées.Excellent plat du soir.6 services.TARTE MERINGUEE AUX NOIX 3 blancs d\u2019oeufs\tVz tasse de sucre 1 tasse de dattes hachées bien finement 2 c.à tb.de noix grenoble hachées\t1 c.à tb.de jus de citron 1 croûte de tarte Battre les blancs d\u2019oeufs avec une pincée de sel jusqu\u2019à ce qu\u2019ils soient bien fermes mais non cassants.Ajouter le sucre graduellement en continuant à battre puis y incorporer délicatement les dattes et les noix hachées bien finement.Verser dans une croûte de tarte préalablement cuite et faire cuire au four de 325° F.25 à 30 minutes.6 services.il retrouvera la bonne piste et vous le verrez arriver ici ! \u2014 Encore un qui m\u2019aimait bien ! murmura mélancoliquement Robert de Ser-maize.\u2014 Et qui vous aime toujours, mon commandant ! Comme moi, comme M.Alain, comme Mlle Anne-Marie.Comme aussi.Pierre Gallois s\u2019interrompit, fronça les sourcils, ce qui était chez lui la marque d\u2019un effort de pensée, puis poursuivit, complétant malgré lui un raisonnement intime qu\u2019il n'avait pas osé formuler tout haut : \u2014 C\u2019est pourquoi ça m\u2019a été si pénible quand, en arrivant ici chez vous, j\u2019ai cru que vous étiez avec une autre femme.Moi qui venais justement, comme vous me l\u2019aviez demandé, vous apporter la photographie de Mme la marquise ! Robert se redressa tout pâle.Pourtant il parvint à prononcer d\u2019une voix indifférente : \u2014 Ah ! tu l\u2019as apportée ?Elle est là ?\u2014 Oui, mon commandant.dans ma poche de côté.\u2014 C\u2019est j uste .Je t\u2019avais demandé de m\u2019en procurer une.Je me rappelle à présent.\u2014 Dame, ça n\u2019a pas été commode, expliquait Pierre, qui se disposait à déboutonner méthodiquement sa veste de chasse.Je n\u2019ai pas l\u2019habitude de commettre de pareils larcins.Mais vous aviez ordonné.Je n\u2019avais qu\u2019à obéir.Et puis j\u2019ai réfléchi qu\u2019après tout, cela vous appartient, puisque vous êtes le mari de Mme la marquise .Car enfin, vous n\u2019auriez qu\u2019à dire une mot.pour rompre ce nouveau mariage et reprendre place à votre foyer.\u2014 Tout cela, interrompit Robert, c\u2019est le passé !.\u2014 Le passé ! insista le fidèle serviteur .Un passé qui, si l\u2019on voulait, redeviendrait le présent ! Et sortant de sa poche un petit paquet plat, rectangulaire : \u2014 La voici, cette photo ! Vous voyez si je l'ai soigneusement ficelée.Vous avez des ciseaux ?\u2014 Non, fit le mari de Geneviève, qui paraissait en proie à une terrible lutte intérieure, et ne faisait pas un mouvement pour prendre l\u2019objet qu\u2019on lui tendait.Pose cela sur la table.\u2014 Alors, s\u2019étonna Pierre Gallois, vous ne la regardez même pas ?\u2014 Non.Tout à l\u2019heure.J\u2019ai le temps.\u2014 Vous verrez, continua le vieux combattant de 70 en déposant le portrait sur la table de nuit, près du bougeoir .Je vous ai aussi apporté le cadre .C\u2019est plus joli.J\u2019ai pensé que ça vous ferait plaisir.\u2014 Tu as bien fait.Mais tout ça n\u2019a aucune importance.Le marquis parlait machinalement, d\u2019une voix blanche.Et ses réponses, dont il s\u2019efforçait d\u2019accentuer la froideur, étaient démenties par un imperceptible tremblement de ses mains et de ses lèvres.Cependant l\u2019intendant du château de l\u2019Orangerie s\u2019excusait de ne pas avoir exécuté plus tôt les ordres de son ancien maître.D\u2019abord, il ne savait pas quelle photographie choisir parmi celles qu\u2019on avait distribuées un peu dans toutes les pièces.Encore lui fallait-il en prendre une pas trop en évidence, pour qu\u2019on n\u2019en remarquât pas la disparition .Une également qui plût à M.le marquis, \u2014 et celle-ci lui avait paru offrir le plus de ressemblance avec Mme la marquise .Il l\u2019avait prise dans une chambre d\u2019ami, sur la cheminée, où elle se trouvait à moitié cachée derrière un bronze, puis il l\u2019avait immédiatement serrée chez lui, au fond d\u2019une armoire.Seulement, le matin même du jour où il se préparait à venir à Paris, il avait été pris par ses satanés rhumatismes qui l\u2019avaient cloué au lit pour une bonne quinzaine.Il continuait de parler, mais M.de Sermaize ne l\u2019écoutait pas.Robert rassemblait toutes ses forces pour soutenir le combat intime qui se livrait en lui, entre son désir de déchirer l\u2019enveloppe et sa volonté de n\u2019y pas toucher.Le fait qu\u2019il y avait là, tout près, séparé seulement par la minceur du papier qui l\u2019enveloppait, le portrait de Geneviève, lâchait la bride à ses souvenirs.Il les précisait au point qu\u2019i! ne pouvait plus en arrêter la cours» furieuse.Allons ! il ne fallait pas que cette enveloppe restât là, devant lui.Et, d\u2019un mouvement prompt comm* l\u2019éclair, il étendit la main, saisit le portrait et le jeta dans un tiroir, qu\u2019il referma avec un bruit sec.Alors, délivré de son obsession, le mari de Geneviève redevint maître de lui-même.Il eut un soupir de soulagement, respira avec force et, d\u2019un toD dégagé, comme s\u2019il se fût agi d\u2019un renseignement sans intérêt, il questionna : \u2014 Tu dis que tu as trouvé cette photographie dans une chambre d\u2019ami ?Où l\u2019on n\u2019entre presque jamais, mon commandant, et ou elle avait été transportée depuis votre mort.Avant la guerre, elle était sur la console dorée du salon.\u2014 Ah!.\u2014 Madame la marquise y est représentée en robe de bal.je ne sais pas si vous vous souvenez ?\u2014 Oui, oui, à présent, je me rappelle \u2014 Madame la marquise était très belle, à cette époque-là ! Robert de Sermaize tressaillit et, presque sans réfléchir : \u2014 Pourquoi me dis-tu cela ?Oh ! je ne prétends pas, mon commandant, que madame la marquise ait beaucoup changé.Pourtant, depuis quelque temps, elle n\u2019est plus tout à fait la même.D\u2019abord, elle a reçu un coup, quand elle a appris que vous aviez été tué, mon commandant.« Elle avait beau, comme vous me le disiez, vous garder rancune de bien des choses.Il y a tout de même eu des moments où on s\u2019est bien entendu, n est-ce pas.Et où, malgré tout, on regrette que ça soit fini pour toujours « Après, elle avait un peu repris II, fallait bien, puisqu\u2019elle s\u2019était décidée à refaire sa vie en épousant M.le comte.« Mais c\u2019est depuis bientôt deux mois, que madame la marquise a le plus changé.Tenez, depuis le soir où vous êtes revenu.où vous vous êtes introduit dans le parc.D parait qu\u2019elle a eu très peur.« Et dame, ça se comprend !.Ce coup de fusil.les aboiements du chien.Et ensuite tous ces coups de tonnerre .Il n\u2019en faut pas davantage \u2022 les femmes, c\u2019est si nerveux ! Vous me permettez de vous dire ça, monsieur le marquis ?Mais oui, mon brave Gallois.Au contraire, je te remercie de tous les renseignements que tu me donnes, bien qu\u2019en t\u2019adressant à moi qui ne porte même plus mon nom, tu te trouves t\u2019adresser presque à un étranger .Allons, adieu, mon ami.mon seul ami.car toi seul, toi seul me rattaches au passé.Vous pouvez compter sur moi, mon commandant, appuya le brave homme Je contiuerai à veiller sur vos deux enfants, puisqu\u2019ils n\u2019ont plus de père Quant a madame la marquise Elle a, elle, un autre mari! \u2014 Possible ! répliqua Pierre Gallois, Pourtant.Puis désignant du doigt le tiroir où le marquis avait enfermé le portrait de Geneviève : \u2014 Pourtant.qui sait ?.compléta-t-il.En ce moment, madame la marquise est peut-être très contente de se retrouver toute seule avec vous !. Le Samedi, Montréal, 3 mai 1947 35 Et comme Robert de Sermaize ne répondait pas, le vieux soldat se retira sur la pointe des pieds en murmurant : \u2014 Il n\u2019a pas osé la regarder pendant que j\u2019étais là.mais j\u2019ai idée, quand je serai parti, qu\u2019ils vont causer ensemble, lui et la photo ! XXVII \u2014 Une vieille connaissance Le marquis de Sermaize avait laissé partir Pierre Gallois sans qu\u2019un muscle de son visage eût bougé.Il avait entendu s\u2019éloigner le bruit de ses pas.Il avait entendu la porte se refermer.Et pourtant il demeurait immobile, sans paraître s\u2019apercevoir de l\u2019absence de son vieux serviteur.Puis, lentement, il rouvrit le tiroir dans lequel il avait fait disparaître le portrait.Il sortit le paquet ficelé, dénoua le lien qui l\u2019enserrait, se disposa à l\u2019ouvrir.Mais il s\u2019arrêta.Et il contempla longuement cette enveloppe qui contenait l\u2019image de celle qu\u2019il avait résolu, pour son châtiment à lui, pour son propre bonheur à elle, de ne plus jamais revoir.Il pensait qu\u2019il lui suffisait d\u2019un geste pour arracher le papier qui lui dérobait la vue de cette photographie, par lui réclamée jadis avec tant d\u2019insistance, et dont il redoutait aujourd\u2019hui le contact.Ce geste, il ne le fera pas !.Il ne le fera pas !.Il ne le fera pas, car il sent très bien que s\u2019il le faisait, si sa femme lui apparaissait ainsi au grand jour, toutes ses bonnes résolutions tomberaient du coup.Il veut avant tout oublier Geneviève .et que rien, non, rien ne la lui rappelle ! Songez donc ! S\u2019il la revoyait, ce serait fini ! R serait obligé d\u2019y penser toujours .toujours ! D\u2019y penser sans espoir ! Seulement.S\u2019il garde cette photographie près de lui, il ne pourra pas s\u2019empêcher d\u2019être tenté de la voir .un jour ou l\u2019autre ! Le mieux est de la détruire.Oui.pour consommer son sacrifice utilement et jusqu\u2019au bout, il d«it brûler aussi le portrait de sa femme il a brûlé la lettre de sa fille.Le même bougeoir est devant lui, à la cire duquel il suffirait d\u2019approcher une allumette pour faire naître la flamme prête à l\u2019oeuvre d\u2019anéantissement.Il réfléchit quelques secondes .Oh ! il n\u2019y a pas de doute .C\u2019est à cela qu\u2019il faut qu\u2019il se décide.Malgré la souffrance morale dont il en sera torturé, c\u2019est un devoir à accomplir envers lui-même.Quand ce sera fini, il p\u2019y pensera plus ! Il reviendra uniquement le mari de Jeanne Gonthier, le père d\u2019Alfred et d\u2019Augustine.Robert de Sermaize allume la bougie, dont la flamme jaillit, claire et haute.Mais pourquoi sa volonté faiblit-elle ?Pourquoi sa main se refuse-t-elle à faire le geste irréparable ?.Soudain, il a senti son courage faiblir devant l\u2019idée de ce qui lui apparaît comme une véritable incinération.Ce n\u2019est plus une simple lettre qu\u2019il croirait brûler cette fois.Ce n'est plus l\u2019unique émanation d\u2019une pensée .Mais la forme exacte d\u2019un être surpris en pleine vie, avec l\u2019expression de son regard, le charme de ses traits, la ligne troublante de son sourire .C\u2019est sa femme, enfin, sa femme !.Sa femme !.Le voilà qui se persuade que dans la fumée qui s\u2019échappera de cette incinération abominable, se dégageant du cadavre de l\u2019image adorée, l\u2019âme de Geneviève prendra son vol et lui reprochera de l\u2019avoir assassinée ! Pourtant, ses yeux ne quittent pas la lumière qui semble lui faire signe.Il s\u2019hypnotise sur cette flamme qui lui fait l\u2019effet d\u2019une bête guettant une proie, très sûre qu\u2019on lui donnera quelque chose à dévorer.Et malgré l\u2019horreur de ce qui lui paraît être un crime, Robert de Sermaize se sent peu à peu attiré par l\u2019autodafé.Il murmure : \u2014 Puisque, moi, je n\u2019existe plus.puisque je suis mort.Eh bien ! comme ça, nous serons morts, tous les deux ! Alors, sans hésiter davantage, il déchire violemment l\u2019enveloppe pour arracher le portrait de son cadre .Dans un coup de folie il se voit dans un cimetière, poussant lui-même le cercueil de Geneviève dans le four crématoire.Quelle horreur !.Dans un instant le corps ne sera plus qu\u2019un tout petit tas de cendres !.Brusquement Robert sursauta.[ Lire la suite au prochain numéro ] LES ARBRES DE MAI [ Suite de la page 6 ] C\u2019est en feuilletant de vieilles gravures de l\u2019époque que 1 on se fait une plus juste idée de cette célébration symbolique que l\u2019on nommait la fête de l\u2019Epinette.Une épine fleurie, trophée d\u2019un tournoi entre jeunes cavaliers de villages voisins, devait être offerte par le vainqueur à la jeune fille la plus digne d\u2019être aimée.Puis, les gars dressaient en quelques heures sur la place du château l\u2019arbre de mai, droit et élancé, autour duquel la jeunesse viendrait danser chaque dimanche tout le mois durant.Chose assez curieuse, la Revolution s\u2019empara de cet arbre de mai dont la tradition était liée aux amusements présidés par la noblesse du lieu.Les arbres de mai devinrent des arbres de la liberté et pendant un siècle, soit de la Révolution à la IUe République, on en planta à travers toute la France.Comme tant d\u2019autres coutumes venues jadis de la mère-patrie, la plantation du mai devint aussi chez nous une tradition.M.E.-Z.Massicotte, 1 infatigable travailleur qui préside le bureau des ar- chives du Palais de Justice, a là-dessus d\u2019intéressants renseignements que l\u2019on peut résumer ainsi : On choisissait un bel arbre bien droit, on l\u2019abattait et on l\u2019écorçait en laissant à son faîte un panache de verdure.Le matin du 1er mai, de solides garçons le transportaient sur leurs épaules devant le manoir seigneurial où on le plantait.Alors, le seigneur qu\u2019on était allé prévenir sortait, entoure de sa famille, et tirait sur le sommet de l\u2019arbre un premier coup de fusil.Les censitaires tiraient à leur tour, après quoi tous étaient invités à un plantureux repas.S\u2019il n\u2019y avait pas de seigneur dans la localité, on plantait le mai devant le presbytère ou la maison du capitaine de la milice.Pas de véritables fêtes qui ne se terminent par des chansons, c\u2019est pourquoi il existe dans notre folklore des chansons ou des fragments de chansons qui célèbrent la coutume de la plantation du mai ou qui simplement étaient entonnées en choeur en cette circonstance.Le Thé de Qualité SALADA ORANGE PEKOE fyo-wi aitftcÿ le Qi*ie*KGr Ici Radie, 11 HIIRRRUE COKTRRSTE, .\u2014 ,ii!! ¦ .M .\u2014\u2022.\" IIORTHERN PURSUIT \", me Errai Hjnn et dull! Bishop RUItlRn CUmPliET, RRTICUES lliUISTRÉS, nDIRBRIUSES PHOTOS, ETC.RADIO bfl VOIX DE CBE, RADIO-JEUnESSE, P0TII1S le ^Ueatle ?.Dans ce cas, le magazine LE FILM est tout indiqué comme source d information touchant ces trois sujets qui vous intéressent particulièrement.Plus il avance en âge \u2014 ü est dans sa vingt-huitième année \u2014 plus U est allègre, pimpant, à la page, et c\u2019est d\u2019ailleurs pourquoi sa circulation monte, monte toujours! LE FILM, qui s\u2019occupe particulièrement du cinéma, français et américain, consacre une abondante section aux activités radiophoniques et théâtrales canadiennes-françaises, voire même françaises tout court.Chacun de ses numéros contient un beau roman complet d\u2019amour, des scénarios et articles illustrés, des reportages photographiques de nos postes de T.S.F., des potins, des nouvelles, bref, tout ce qui peut intéresser les adeptes du cinéma, de la radio et de la scène.LE FILM s\u2019adresse tout aussi bien aux jeunes filles, aux dames et aux messieurs, jeunes ou vieux.De format commode, il se lit en tram, dans le train, au restaurant, dans les hôtels.Le coût d\u2019abonnement est modique : $1.00 pour un an ou $1.50 pour deux.On n\u2019a qu\u2019à remplir le coupon ci-dessous pour s\u2019y abonner.Notre roman de mai : MAIS L\u2019AMOUR VEILLE.Par HENRI FAREMONT COUPON D\u2019ABONNEMENT LE FILM CANADA et ETATS-UNIS 1 .$1.00\t2 ans.$1.50 ?IMPORTANT : \u2014 Indiquez d\u2019une croix s\u2019il s\u2019agit d\u2019un renouvellement.Nom .Adresse .\u2014- Ville .Province - M Le Samedi, Montréal, 3 mai 1941 UN GUIDE INTELLECTUEL ET MORAL [ Suite de la LA FETE DU PREMIER MAI [ Suite de la page 5 ] La \u201cReine\u201d est tout de blanc vêtue et Ce qui caractérise le génie de Pasteur, c'est une inlassable imagination, doublée d\u2019une intuition qui lui fait percevoir ce qui demeure impénétrable à tous.Cette imagination, il sait la discipli-«er et Fasservir à la méthode expérimentale la plus rigoureuse.Lui-même * défini ce que devait être la méthode le travail du savant : \u201cAu début des recherches expérimentales sur un sujet déterminé quelconque, l\u2019imagination doit donner des ailes à la pensée ; mais !1 faut instituer des expériences décisives ne laissant aucune place à l\u2019imagination, et au moment de conclure et l\u2019interpréter les faits que les observations ont rassemblés, l\u2019imagination doit être dominée et asservie par les résultats matériels des expériences.Telle hit sa méthode.Ses expériences ont une telle précision qu\u2019elles nous séduisent comme des héorèmes de géométrie.Mais, expérimenter avec rigueur ne suffit pas.L\u2019expérience réalisée, il faut Interpréter.La rectitude de jugement îSt aussi importante que l\u2019expérimenta-don rigoureuse.C\u2019est cette rectitude de lugement qui permit à Lavoisier d\u2019in-Toduire en chimie des idées justes sur a constitution de la matière et sur la nature des corps réputés simples.C\u2019est tile qui permit à Pasteur de construire a science microbiologique, édifice où toutes les pierres se juxtaposent avec précision et dont l\u2019ensemble est si harmonieux qu\u2019il satisfait notre esprit somme une oeuvre d\u2019art aux proportions parfaites.Pasteur a l\u2019esprit si logique que toutes ses découvertes s\u2019enchaînent, depuis es premières sur la cristallographie lusqu\u2019aux ultimes sur la rage: la dé-xjuverte de la vaccination antirabique nst fille de la découverte de la dissymétrie moléculaire des produits organiques naturels.Ces dons exceptionnels que Pasteur possède, dons qui d\u2019ordinaire ne s\u2019ac-:ordent pas, font de lui le modèle des tavants.Il guide depuis un demi-siècle es pensées et les méthodes de tous les niologistes du monde.Cependant Pasteur n\u2019est pas seulement un guide intellectuel, Û est aussi m guide moral.Tous ses actes, toutes les paroles sont animés des sentiments es plus nobles, les plus généreux.Il intraîne les sceptiques et les inquiets par son enthousiasme et son besoin de vérité.H stimule les timorés par son îudace.Aux errants il montre la voie 4 suivre.Aux désespérés il redonne foi «n la vie.Il est aussi grand par le coeur tue par l\u2019esprit.C\u2019est pourquoi l\u2019humanité meurtrie, hésitante, l\u2019admire, \u2019aime et le suit avec toujours plus de ferveur.Pasteur Vallery-Radot, Membre de l\u2019Académie Française et de l\u2019Académie de Médecine.NOTES BIOGRAPHIQUES Louis Pasteur, issu d\u2019une modeste famille terrienne, était le troisième de cinq enfants, de Jean Joseph Pasteur »t de Jeanne Etiennette Roqui.Né à Dole le 27 décembre 1822, il fit ses premières études à l\u2019école primaire, puis su collège d\u2019Arbois, où il se montra un élève moyen dont les goûts étaient plutôt ceux d\u2019un artiste.Il vint à Paris à 16 ans, pour préparer son entrée à l\u2019Ecole Normale Supérieure, mais sa trop grande sensibilité le ramena dans son pays, et c\u2019est à Besançon que le jeune homme obtint le 29 août 1840 sa licence de bachelier ès lettres et deux ins plus tard celle de mathématiques.page 7] Agrégé de sciences physiques à 24 ans, il commença ses premières études sur les cristaux.En 1848, Pasteur quitte son laboratoire et devient professeur de physique à Dijon et quelques mois plus tard professeur de chimie à Strasbourg où il rencontra Mlle Marie Laurent qui devait devenir la compagne de sa vie.En 1854, il devint doyen de la Faculté de Lille et à partir de ce moment, il effectue ses recherches qui aboutiront à ses grandes découvertes des bacilles du charbon et de la rage.Elu en 1862 à l\u2019Académie des sciences, il fut présenté à Napoléon III en 1863.Ses recherches sur les maladies du vin et du ver à soie contribuèrent à accroître la richesse nationale.A la suite des résultats obtenus, Pasteur fut fait sénateur de l\u2019Empire.A l\u2019apogée de sa gloire, Pasteur fut envoyé à Londres au Congrès médical international, puis en 1892, il fit ses découvertes sur la rage, dont les applications nombreuses consacrèrent très vite l\u2019efficacité du remède trouvé par Pasteur.Il reçut d\u2019ailleurs la récompense susceptible de lui causer la plus grande joie : la création de l\u2019Institut Pasteur, inauguré en 1888.Trois ans après son \u201cJubilé\u201d, en 1895, s\u2019éteignait Pasteur, laissant au monde, outre ses découvertes, ses disciples dont l\u2019un, le Docteur Roux, qui devait devenir le plus connu du public.elle est coiffée soit d\u2019une guirlande, soit d\u2019une couronne de fleurs parfois fort artistement tressée.Elle préside aux fêtes du mai.C\u2019est, évidemment, de cette coutume qu\u2019est venue l\u2019habitude moderne, maintenant très répandue de par le monde, des concours de beauté où l\u2019on éüt Miss Blackpool ou Miss Angleterre ou Miss Amérique, etc.Au village de Heston, en Cornouailles \u2014 un comté où les habitants sont très attachés aux anciennes traditions locales \u2014 on fête la première semaine de mai en dansant la \u201cFurry Dance\u201d.De nos jours, cette danse est dansée trois fois dans la journée : le matin de bonne heure pour les jeunes gens qui doivent aller à leur travail, après le petit déjeuner pour les enfants, et à midi : la danse principale.Les danseurs forment un long cortège, ils virevoltent et ils changent de partenaires comme dans les danses villageoises d\u2019autrefois ; ils dansent non seulement dans les rues, mais encore en pénétrant et en ressortant des maisons des deux côtés de la rue.Toutes les portes restent ouvertes à cette fin et, tandis que les danseurs à la file entrent et ressortent des habitations, on fait sonner les sonnettes et retentir les heurtoirs des portes.L\u2019origine de certaines coutumes est authentiquement historique.H en va ainsi de la fête du premier mai * Knutsford (\u201cCanute\u2019s Ford\u201d, le gué d* Canute), petite ville de Cheshire.Selon la légende, le roi danois Canute, traversant un jour la ville, croisa un cortège de noces.Tandis que le cortèg* passait, le roi Canute ôta un de ses souliers qui était plein de sable du gué proche et il répandit ce sable devant les nouveaux mariés en leur souhaitant autant d\u2019enfants que de grains d» sable.De nos jours, on répand du sable blanc et jaune dans les rues de Knutsford pour le grand cortège travesti du premier mai auquel participent let habitants, ceux-ci incarnant des personnages légendaires comme le hors-la-loi chevaleresque Robin Hood.La danse champêtre travestie (Morris dancing), qui demande un costume spécial et qui est d\u2019une technique compliquée, est également de tradition ei fort répandue en Angleterre.Shakespeare parle dans une de ses pièces dt théâtre des \u201cneuf danseurs morris\u201d ei il ne fait pas de doute que, de son temps, cette sorte de danse était fori populaire.Brampton, dans le comté d\u2019Oxford, a peut-être la meilleure troupe de danseurs \u201cMorris\u201d d\u2019Angleterrt qui, aux fêtes du premier mai, continuent fidèlement à observer la coutume locale vieille de cinq ou six cents années.Cette troupe se compose de six danseurs, d\u2019un violoniste et d\u2019un clown dont les évolutions chorégraphiques rappellent beaucoup l\u2019ancienne pantomime, qui, comme on le sait, est s l\u2019origine de toutes les danses du monde Au collège Magdalen, à Oxford, l\u2019aube du premier mai est annoncée paj une sonnerie de cloches et l\u2019audition d\u2019hymnes moyennâgeux que chante, au sommet de la grande tour gothique de Magdalen, le choeur du collège L\u2019origine de la coutume reste incertaine.Au dire des uns, ce fut d\u2019abord un requiem pour le repos de l\u2019âme dn roi Henry VH (1485-1509) ; selon les autres, les étudiants d\u2019Oxford commencèrent à donner en 1504 cette audition annuelle en l\u2019honneur de Flore, déesse du printemps.Quoi qu\u2019il en soit, c\u2019es! là une coutume d\u2019origine curieuse mi-chrétienne mi-païenne.Elle laisse un souvenir mémorable à ceux qui sont assez courageux pour se lever à six heures du matin et qui ont assez de confiance dans le climat anglais.En tout cas, si capricieux que soit ce climat, quoi de plus ravissant qu\u2019un bean début de matinée en Angleterre quand le carillon et les voix claires des chanteurs en haut de la tour mettent et relief l\u2019heureux mélange de sagesse ancienne et d\u2019ardeur juvénile qui fail le charme d\u2019Oxford, celui aussi, poui qui la connaît bien, de l\u2019Angleterre 7 L'Empire du Mica [ Suite de la page 4 ] VOYAGE DE CE REPORTAGE Pour obtenir le reportage qui suivra, Jean Manzon, le photographe de l\u2019AFP, a fait un voyage de 75 heures en employant quatre moyens de locomotion différents : Rio de Janeiro-Vitéria (par avion) .4\theures Vitéria-Governador Valadares (par train)\t14\theure* Governador Valadares-Peçanha (camion)\t8\theure* Peçanha-Santa Maria de Suassui (camion)\t4\theures Santa Maria-Cruzeiro (jeep) .5\theure* Cruzeiro-Rio de Janeiro (camion et jeep)\t40\theures Total .75\theures VOUS BRODEZ, MADAME?r TABLIER A COQUETEL Ce ravissant tablier à coquetel, avec dessin de fruits, est étampé sur organdi blanc, bleu ou vert et sur coton jaune (grandeur moyenne).La broderie se fait en couleurs brillantes.Tableau des couleurs inclus.Mme L.D EBELLEFEUILLE, 61, Bord du Lac, Valois, P.Q.LISTE DES PRIX \u2014 Patron No 1026 Veuillez m\u2019envoyer les articles suivants : ?\t1926 \u2014 Tablier d\u2019organdi ?blanc ?bleu ?vert .49\tcents ?\t1026A \u2014 Tablier étampé sur coton jaune .25\tcents ?\tCoton de couleur à six brins pour broder .30\tcents ?\tPatron étampé sur papier .15\tcents ?\tPapier carbone, bleu ou jaune, pour tracer .10\tcents (Prière de donner un choix alternatif quant à la nuance de l\u2019organdi.) Prière à mes lectrices d\u2019inclure le prix du patron, plus la taxe de 4 % ou 2 %, selon le cas, sous forme de bon postal, mandat d\u2019express ou argent sous pli recommandé.Nom\t.Adresse\t.Localité .Province .Le Samedi \u2014 3 mai 1947 Le Samedi, Montréal, 3 mai 1947 33 LA TROISIEME OCCASION [ Suite de la page 11 ] il fallait qu'elle sache si le jeune homme l\u2019aimait toujours.« C\u2019est là que ça devient difficile, pensait-elle.Je vois d\u2019ici la tête que je ferais si, lui disant que je regrette mon refus d\u2019il y a quatre mois, il me répondait que je ne suis plus rien pour lui.Ça serait à en mourir de honte et de dépit.» -Reprends-tu des légumes, Françoise, répéta Mme Noblet à sa fille.Tu es bien distraite ce soir.A quoi penses-tu ?C\u2019était la troisième fois au cours du dîner qu\u2019elle était prise en flagrant délit de rêverie.Allait-elle en donner le motif à ses parents.Leur raconter tout le travail qui s\u2019était fait dans son coeur ces dernières semaines et dont un bout de la chaîne était le « non » qu\u2019elle avait dit à Bernard et l\u2019autre bout le « oui » qu\u2019elle voudrait bien lui dire maintenant.Elle n\u2019osait pas et elle craignait que Mme Noblet ne fasse un éclat.Mieux valait en parler à Marcelle.Marcelle était la grande amie de l\u2019aînée de Françoise.De plus elle avait le gros avantage de bien connaître Colette, la cousine de Bernard, ce qui lui donnait des entrées dans la place.\u2014 Je te vois mal partie, ma pauvre Françoise, lui dit Marcelle lorsque la jeune fille lui eu fait ses confidences.Il est sûr que s\u2019il reste dans le cœur de Bernard de l\u2019affection pour toi, son amour-propre froissé lui interdira de faire montre de ses sentiments.\u2014 Je me rends bien compte que c\u2019est moi maintenant qui dois faire les premiers pas, mais c\u2019est bien difficile et en cas d\u2019échec horriblement vexant.\u2014 Attends donc.Je peux lui faire savoir par sa cousine.oui, mais Colette ne voudra pas se charger de pareille commission.Marcelle venait tout à coup de se souvenir que Colette faisait beaucoup attention à Bernard depuis quelque temps et qu\u2019on pouvait se demander s\u2019il n\u2019y avait pas quelque chose sous roche.\u2014 Pourquoi penses-tu que Colette ne voudrait pas parler de moi à son cou-* sin.Tu crois qu\u2019elle l\u2019aime, elle aussi ?N\u2019est-ce pas que c\u2019est cela, lança Françoise.\u2014 Mais non, mais non.Colette ne prise guère les choses compliquées et comme d\u2019autre part il faudrait faire preuve d\u2019une certaine diplomatie ou plutôt d\u2019une diplomatie certaine, j\u2019ai bien peur que ce ne soit trop lui demander.\u2014 Ah ! oui, tu crois.Elle me fait pourtant l\u2019effet de ne pas être si bête que cela.\u2014 Dans le fond, je crois que le meilleur système c\u2019est encore à un moment propice, de lui dire toi-même que tu t\u2019es trompée.C\u2019est évidemment assez dur de lui faire un tel aveu.Je le connais assez pour savoir qu\u2019il n\u2019aimerait pas que tu charges un tiers de faire une pareille démarche auprès de lui.\u2014 Encore faudrait-il que je sache s\u2019il tient toujours à mot _ Mais oui, c\u2019est clair comme de l\u2019eau de roche.Si tu n\u2019étais plus rien pour lui, crois-tu qu\u2019il se donnerait autant de peine pour t\u2019éviter, qu\u2019il mettrait tant de soin à ne pas te revoir, te parler ?Tiens, puisqu\u2019il faut tout te dire, il me donne l\u2019impression d éviter les occasions de te trouver de nouveau jolie, agréable, séduisante, et d augmenter ses regrets.__Ah ! si tu pouvais avoir seulement un tout petit peu raison, ça faciliterait les choses.En tout cas ça me donnerait plus d\u2019assurance pour lui dire que je l\u2019aime.J\u2019ai l\u2019impression que je vais bafouiller ridiculement.Et puis, Q faut trouver l\u2019occasion de lui parler.Le lendemain Marcelle arrivait en trombe chez Françoise.\u2014\tÇa y est, je l\u2019ai ton occasion.\u2014\tQuelle occasion ?\u2014\tDe rencontrer Bernard.\u2014\tNon.je t\u2019écoute.\u2014\tSamedi prochain, c\u2019est le bal des Travaux publics.Il se donne au Ministère, faubourg Saint-Germain, Bernard y va tous les ans.Maman accepte de nous y accompagner toutes les deux.Tu vois quel résultat, elle qui aime si peu me conduire au bal ! \u2014 Tu es épatante.\u2014 Mais ce n\u2019est pas tout.Comme nous habitons tous dans le même quartier, Bernard, toi, et nous, maman \u2014 que j\u2019ai dû mettre un peu dans nos confidences \u2014 demandera à Bernard de nous reconduire et n\u2019acceptera pas de prendre un taxi.Nous reviendrons à pied et à un certain moment nous serons fatiguées, maman et moi, et nous nous laisserons distancer par vous .Alors tu courras ta chance.\u2014 Pourvu que ça marche aussi bien que tu l\u2019arranges.Pourvu surtout que j\u2019ose lui parler.\u2014 Je suis sûre qu\u2019il t\u2019aime.Alors qu\u2019est-ce que tu risques ?\u2014 Tout simplement de ne pas pouvoir prononcer le premier mot de ce que j\u2019ai à lui dire.\u2022 C\u2019était vraiment malheureux d\u2019avoir préparé si minutieusement cette affaire et d\u2019échouer parce que le principal intéressé n\u2019était pas là.Pour une fois ce n\u2019était pas parce que Bernard y avait mis de la mauvaise volonté.Le bal devait avoir lieu à 10 heures.A 4 heures de l\u2019après-midi il était toujours dans les intentions de Bernard d\u2019y assister.A 4 h.10 il recevait l\u2019ordre du chef de cabinet de partir immédiatement pour Lyon pour représenter le Ministère à une réunion des ingénieurs des Ponts de la région lyonnaise qui devait se tenir le soir même.Bernard attrapa l\u2019avion de 18 heures de justesse et manqua le bal des Travaux publics.Françoise regarda bien sa montre vingt fois entre 10 heures du soir et minuit et davantage encore la grande porte d\u2019entrée des salons du Ministère.Elle dut accepter de danser avec des amis qu\u2019elle avait retrouvés.Philippe l\u2019invita plusieurs fois à danser.Il parlait bien et il dansait mieux encore.R raconta des tas de choses à Françoise qui lui entrèrent par une oreille et sortirent par l\u2019autre avec la vitesse du son dans l\u2019espace.Quand, un peu après minuit, Marcelle vint lui dire qu\u2019un des camarades de Bernard lui avait appris que le jeune homme avait dû partir pour Lyon dans l\u2019après-midi, Françoise ne dit qu\u2019un mot mais qui traduisait bien son ennui : \u2014 Rentrons ! Marcelle serait bien restée plus longtemps mais devant l\u2019air désappointé de Françoise, elle ne voulut pas insister.Sa mère, tout en plaignant Françoise, n\u2019était pas mécontente d\u2019en être quitte à si bon compte et de rentrer si tôt.\u2014 On retrouvera bien une autre occasion, dit Marcelle en quitant Françoise.A demain, et que ça ne t\u2019empêche pas de dormir.\u2014 Je n\u2019en suis pas encore là, répondit Françoise.Malgré cette assurance elle se retourna dans son lit pendant trois heures avant de trouver le sommeil.H y eut urne seconde occasion mais oui ne fut pas précisément telle que Françoise l\u2019aurait souhaitée.Ce fut le mariage de Lucette Maugrain.Bernard était un des bons amis du fiancé qui lui demanda d\u2019être garçon d\u2019honneur.Luoette qui de son côté avait demandé le même service à Françoise, voulait la donner comme cavalière à Bernard.Mais la mère de Lucette qui avait eu Imo, ecuH oc.Certaines gens qui ont l\u2019habitude de parler sur le ton affirmatif commencent souvent la phrase décisive par ce PRIMO qui est rarement suivi du SECUNDO et encore moins du TERTIO.Un romancier subtil a fait une amusante ironie sur ce sujet, mais il ne saurait en dire autant de nous.Quand nous affirmons que les publications Poirier, Bessette & Cie Ltée offrent au public lecteur le trio le plus populaire de magazines au Canada français, nous pouvons dire : Primo, parce que LE SAMEDI est le magazine hebdomadaire idéal de la famille canadienne-française .Secundo, parce que LA REVUE POPULAIRE se présente comme la publication dont le ton est le plus élégant, le plus relevé, qui s\u2019adresse non seulement aux Dames et aux Demoiselles, mais aussi aux Messieurs ; Tertio, parce que LE FILM qui se consacre à la vie des spectacles et de la radio constitue un précieux complément d\u2019information qui ajoute à l\u2019intelligence et à l\u2019appréciation de la production artistique locale et étrangère.Pour n\u2019être pas en reste, nous pourrions ajouter un Quarto en disant qu\u2019un abonnement au SAMEDI, à LA REVUE POPULAIRE et au FILM est d\u2019un goût dérisoirement modique.Et enfin, terminons par un Quinto en soulignant que, pour s\u2019abonner, c\u2019est la simplicité même : on n\u2019a qu\u2019à remplir le coupon d\u2019abonnement ci-dessous.Coupon d\u2019abonnement-\u2014 TROIS MAGAZINES Ci-inclus veuillez trouver la somme de $5.00 (Canada seulement) pour un abonnement aux TROIS magazines : LE SAMEDI, LA REVUE POPULAIRE et LE FILM.\u2014 Important : Veuillez indiquer d\u2019une croix ?s\u2019il s\u2019agit d\u2019un renouvellement.Nom Adresse Ville Province POIRIER, BESSETTE & CIE, LIMITEE 975-985, rue de Bullion\tMontréal 18, P.Q. 38 vent des déboires de Bernard auprès de Françoise, dissuada sa fille de mettre ensemble les deux jeunes gens.\u2014 Donne-lui donc Colette à ce garçon.Si ça n\u2019enchante pas tellement Bernard, ça fera certainement plaisir à sa cousine.Quant à Françoise on l\u2019a mise avec Henri Gillet.C\u2019est un garçon assez sympathique, grand sportif et beau comme un dieu.Mais aurait-il été dix fois mieux qu\u2019il n\u2019est, ça n\u2019aurait pas consolé Françoise de voir Bernard avec Colette.Habituellement, quand elle allait à un mariage et en particulier pendant la messe, elle ne cessait d\u2019observer les mariés.Elle regardait la mariée en pensant à ce qu\u2019elle ferait lorsque ce serait son tour.Elle notait ce qui lui semblait bien ce qu\u2019il fallait éviter de faire.Puis, reportant son attention sur le marié, elle se demandait si celui-là lui aurait plu et s\u2019il l\u2019aurait demandée en mariage au cas où il n\u2019aurait pas connu l\u2019autre.Cette fois-ci, les mariés comptaient peu pour elle.Tout au plus leur accorda-t-elle quelques coups d\u2019oeil rapides.Elle ne quittait pas des yeux un autre couple placé deux rangs avant elle.Pas un geste, pas un regard, pas une parole de Bernard et de Colette ne lui échappaient.Par moments, craignant qu\u2019on ne remarque avec quelle obstination elle regardait Bernard et sa cousine, elle détournait d\u2019eux son regard.Mais bien vite ses yeux se reportaient sur les deux cousins.Lorsque le suisse vint les chercher pour quêter, Bernard prit la main de Colette et tous deux échangèrent un sourire.Ce geste et ce sourire n\u2019échappèrent pas à Françoise qui sentit son cœur se serrer de dépit.Colette était vraiment charmante dans sa robe d\u2019organdi qui faisait ressortir la finesse de sa taille.Elle avait aussi de belles mains fines et des pieds de bergeronnette.\u2014 Elle est peut-être jolie, enfin disons pas mal, déclara Françoise à Marcelle quand elles se retrouvèrent à la sacristie.Mais elle n\u2019est pas très intelligente.\u2014 De qui parles-tu ?De Lucette.\u2014 Mais, non, voyons, de Colette.\u2014 Tu m\u2019as dit l\u2019autre jour qu\u2019elle n\u2019était pas si bête que ça.Ce sont tes propres paroles.\u2014 Eh bien ! je m\u2019étais trompée.\u2014 Est-ce que tu ne deviendrais pas jalouse, toi ?Françoise ne répond pas car il faudrait qu\u2019elle dise qu\u2019elle ne peut plus voir Colette depuis qu\u2019elle tourne autour de Bernard.Elle sent qu\u2019elle la giflerait de bon cœur cette rivale qui lui prend son bien, parce qu\u2019après tout Françoise, elle, est la première à qui il a pensé, qu\u2019il a demandée en mariage, qu\u2019il a aimée.Qu\u2019il a aimée peut-être, mais qu\u2019il n\u2019aime plus malgré tout ce qu\u2019en peut dire Marcelle ! Il faut vraiment qu\u2019elle sache si oui ou non il tient encore à elle.Il vaut mieux tout entendre plutôt que de rester dans cette incertitude.\u2014 Cet après-midi, quand nous danserons, dit Françoise à Marcelle en quittant l\u2019église, il faudra bien qu\u2019il m\u2019invite au moins une fois.C\u2019est ce que fit Bernard, mais de telle façon que Françoise ne put même pas lui dire une parole.Il y avait déjà plus de deux heures que le bal était ouvert.L\u2019orchestre était très bon et Françoise aurait été dans un autre état d\u2019âme qu\u2019elle aurait pris beaucoup de plaisir à danser.Elle avait remarqué que Bernard avait déjà invité toutes les jeunes filles et toutes les dames au moins une fois et qu\u2019il avait dansé deux swings, trois tangos et une valse avec Colette.Par contre, il ne l\u2019avait pas encore invitée.\u2014 Si tu lui étais absolument indifférente, lui répétait Marcelle en guise de consolation, il t\u2019aurait déjà invitée à danser.Elle allait répondre lorsqu\u2019elle vit Bernard avancer dans sa direction.Elle se troubla et tourna la tête du côté de Marcelle.D\u2019un mouvement impulsif elle se retourna quand elle entendit Bernard qui, s\u2019adressant à la jeune fille qui était à côté d\u2019elle, disait : \u2014 Yvette, voulez-vous danser cette valse ?\u2014 Vous m\u2019excuserez Bernard, je l\u2019ai promise à Michel.Il se tourna alors vers Françoise et ils se trouvèrent face à face tous les deux.Il allait l\u2019inviter parce que l\u2019autre ne pouvait pas danser avec lui ! Bernard inclina légèrement la tête devant Françoise sans prononcer un mot.Elle s\u2019avança vers lui la gorge serrée et ne put desserrer les dents tant que dura la valse.Bernard en dansant, le visage sévère, ne put entendre que les Voix du Printemps que jouait l\u2019orchestre, mais pas celle de Françoise qui semblait avoir un bœur sur la langue.Le coup de grâce lui fut donné par Mme Daubry qui disait, montrant à M.Maugrain, Bernard et Colette qui se dirigeaient vers le jardin.\u2014 Ne trouvez-vous pas qu\u2019ils font tous les deux un joli couple.Ça ne mitonnerait pas qu\u2019on nous annonce un jour qu\u2019ils sont fiancés.Françoise se jura bien que c\u2019était la dernière fois qu\u2019elle assistait à un mariage où Bernard et elle se retrouveraient .A moins que ce ne soit leur propre mariage.Mais, hélas ! ça n\u2019avait pas l\u2019air d\u2019en prendre le chemin ! Elle semblait avoir toutes les malchances.Le surlendemain, Françoise attendait l\u2019autobus à la porte Maillot.Elle était pressée et l\u2019autobus ne venait pas.Quand il fut arrivé, elle constata à l\u2019appel des numéros que fort heureusement elle serait une des premières personnes à monter.Elle jeta un coup d\u2019œil par hasard à l\u2019intérieur de la voiture.Les deux premières personnes qu\u2019elle vit ce furent Bernard et Colette, qui, trop occupés à causer, ne l\u2019avaient pas aperçue.Françoise chiffonna son ticket d\u2019appel dans sa main et sortit du cercle des voyageurs qui attendaient leur tour pour monter.Elle se dirigea lentement vers la station de métro.Elle avait des larmes dans les yeux.\u2022 \u2014 J\u2019aurais dû choisir un autre jour que le samedi pour aller voir ce film, se dit Françoise en voyant la queue qui s\u2019allongeait devant le cinéma des Champs-Elysées où l\u2019on donnait le grand succès du jour.Oui, mais en ce moment, je ne suis pas libre en semaine, il faut bien que j\u2019aille au cinéma le samedi ou le dimanche.J\u2019aurais dû quand même arriver plus tôt.« Tout ça c\u2019est la faute de Marcelle.Elle n\u2019avait qu\u2019à me dire qu\u2019elle devait y aller mercredi soir avec les Maurin, j\u2019aurais été avec eux.Et je n\u2019aurais pas deux heures de queue à faire .« Oh ! vraiment, ça m\u2019ennuie d\u2019aller toute seule au cinéma et puis il va falloir que j\u2019attende très longtemps.Je ne serai jamais à 6 heures à la gare Montparnasse.Je vais tenter ma chance.Je vais essayer de passer lorsque l\u2019agent va faire entrer un petit paquet de spectateurs.» Et avec l\u2019air le plus innoncent du monde, Françoise s\u2019approcha du bon côté de la queue, dédaignant l\u2019autre côté qu\u2019elle aurait dû pourtant prendre.L\u2019agent venait de faire entrer un contingent de clients, il fallait attendre.Françoise en profita pour regarder les photos du film sur les panneaux qui garnissaient l\u2019entrée.S\u2019apercevant qu\u2019à l\u2019intérieur du cinéma il ne restait plus que quatre personnes devant le guichet, elle se rapprocha de la porte.L\u2019agent releva la chaîne et fit avancer les premières personnes à passer.\u2014 Ne poussez pas, il y aura de la place pour tout le monde.Le moment était bien choisi pour se joindre au groupe des élus qui entraient dans le saint des saints après être passés par le purgatoire de la queue.-\u2014 Mademoiselle, mademoiselle, pas de resquille.A la queue, comme tout le monde.Avant quelle n\u2019eût le temps de répondre à l\u2019agent et de faire un seul pas, une voix qu\u2019elle aurait reconnue entre mille avait dit : \u2014 Mademoiselle est avec moi, laissez-la passer.Et elle était entrée au paradis avec Bernard.Lorsqu\u2019ils furent arrivés tous les deux devant le guichet, elle crut discerner une certaine hésitation de la part du jeune homme.\u2014 Attention, lui dit-elle, l\u2019agent nous regarde.\u2014 Deux orchestres, dit Bernard en tendant un billet de cent francs à la caissière.Françoise respira.Dans le couloir qui conduisait à la porte de la salle elle demanda à Bernard pour lui rembourser sa place.\u2014 Avez-vous la monnaie de cinq cents francs ?\u2014 Non, lui avait-il répondu très doucement, mais nous verrons cela tout à l\u2019heure.Lorsqu\u2019ils furent arrivés à leurs places, il prit les tickets des mains de l\u2019ouvreuse à qui il donna un billet de vingt francs.« Il est généreux avec les ouvreuses », pensa Françoise qui ne perdait pas un de ses gestes.Les actualités passaient sur l\u2019écran.Françoise les avait déjà vues dans le cinéma de son quartier.Elle n\u2019y prêtait donc pas grande attention.Et puis il y avait devant elle une dame haute en buste et qui déplus avait un chapeau haut en plumes.Françoise était gênée pour voir.Bernard s\u2019en aperçut et il fit un grand plaisir à Françoise ASSISTANCE CULTURELLE AUX INTELLECTUELS Le Comité Suédois de Secours International va entreprendre cet été de fournir une assistance culturelle spéciale aux pays dévastés par la guerre.Cette action se poursuivra sous deux formes, a dit le président du Comité, le Maréchal de la Cour, B.Ekeberg, dans un interview à la presse.La première sera de recevoir en Suède des savants, des hommes d\u2019étude et autres intellectuels étrangers et de leur trouver du travail et la seconde sera de faciliter l\u2019étude et la recherche scientifique dans les autres pays en procurant une aide matérielle.Les intellectuels qui viendront en Suède seront incorporés comme des rouages dans l\u2019ensemble de la machine suédoise d\u2019enseignement et de recherche scientifique, ce qui leur permettra de regagner ce qu\u2019ils ont perdu pendant leur isolement des années de guerre et de recevoir des impulsions dont la reconstruction culturelle de leurs propres pays pourra bénéficier.L\u2019aide matérielle à l\u2019étranger sera fournie, en premier lieu, aux étudiants d\u2019université qui sont très nombreux à vivre dans des conditions inférieures au minimum d\u2019existence.On espère aussi être en mesure de faire des envois de livres, de papier, d\u2019équipement médical et scientifique et d\u2019autres choses encore dont le manque se fait gravement sentir dans les pays dévastés par la guerre.Le Comité a déjà reçu de différentes nations de longues listes de leurs besoins les plus urgents à cet égard.Le Samedi, Montréal, 3 mai 1947 pour laquelle il était habituellement si avare de prévenances, quand, s\u2019adressant à la dame aux plumes, il lui dit : \u2014 Auriez-vous l\u2019obligeance de retirer votre chapeau, madame ?Françoise se tourna vers Bernard et avec un sourire elle le remercia.« C\u2019est ma troisième occasion, pensa-t-elle, et pour une fois elle se présente bien.Il ne faut pas que je la laisse échapper.» Elle ne fut pas déçue par le film.I) méritait vraiment qu\u2019elle le vit, même toute seule.Mais à deux c\u2019était vraiment plus agréable, surtout lorsque l\u2019autre était l\u2019insaisissable Bernard que la Providence avait gentiment mis en présence de Françoise au moment le plus opportun.C\u2019était tellement bien parti que ça ne pouvait pas se terminer mal.Françoise se cramponnait à cette idée que Marcelle lui avait mise en tête « Si tu lui étais absolument indifférente, il ne se serait pas donné autant de mal pour t\u2019éviter.Dès qu\u2019une bonne occasion se présentera, tu verras qu\u2019il changera d\u2019attitude à ton égard.» On approchait du dénouement du film.Après bien des péripéties, « elle et lui » se retrouvaient, se disaient leur amour.« Elle a bien de la chance, pensa Françoise, lorsqu\u2019après la dernière étreinte le mot fin vint rallumer les lampes de la salle.C\u2019est maintenant à mon tour d\u2019entrer en scène.» Elle se plaisantait elle-même pour se donner du courage.Ils se laissèrent porter l\u2019un et l\u2019autre jusqu\u2019à la sortie par le flot des specta-tateurs.Quand ils se furent dégagés, Françoise dit à Bernard : \u2014 Il faut que je vous paie ma place.\u2014 Je vais faire de la monnaie au kiosque à journaux du rond-point, car je n\u2019aurais pas à vous rendre.Vous allez dans cette direction ?\u2014\tOui, je prendrai le métro à Champs-Elysées-Clémenceau.\u2014\tMoi, je descends jusqu\u2019à la Concorde.Ils firent quelques pas sans échanger d\u2019autre parole.Il y avait tant de mots qu\u2019ils auraient pu dire mais qui restaient sur leurs lèvres.Ce silence prolongé devenait lourd de significations Il fallait le traduire en paroles.Françoise se dit que c\u2019était le moment de parler ou jamais.\u2014\tBernard .\u2014\tFrançoise.Ils s\u2019arrêtèrent d\u2019un commun accord et se regardèrent, ayant déjà compris l\u2019un et l\u2019autre, ce qu\u2019ils voulaient se dire.Jamais ils ne s\u2019étaient appelé par leurs prénoms.Ils n\u2019avaient échangé que des « monsieur » et « mademoiselle ».Ce n\u2019est que lorsqu\u2019ils pensaiem l\u2019un à l\u2019autre qu\u2019ils s\u2019appelaient Bernard et Françoise.Ces deux noms prononcés simultanément avaient été pour chacun d\u2019eux la révélation des sentiments de l\u2019autre.Très simplement Françoise ajouta : \u2014\tJ\u2019ai agi sans réfléchir commme une gamine que j\u2019étais quand je vous ai refusé.Ce n\u2019est plus la peine de vous dire combien je l\u2019ai regretté depuis C\u2019est moi maintenant qui vous demande d\u2019être votre femme.\u2014\tFrançoise .ma petite Françoise, balbutia Bernard.Je ne pouvais pas vous oublier, ajouta-t-il, et je ne me serais jamais consolé si vous aviez été à un autre.Sans trop s\u2019en rendre compte, Françoise passa son bras sous celui de Bernard et ils continuèrent leur chemin \u2014\tPrenez-vous toujours votre métro aux Champs-Elysées, demanda Bernard, sachant bien ce qu\u2019on lui répondrait.\u2014 Non, murmura Françoise dans un sourire, je vais jusqu\u2019à.jusqu\u2019à la Concorde avec vous.Ça me semble être de bon augure pour l\u2019avenir, ajouta-t-elle en serrant plus fort le bras de Bernard.Paul-Henri Chatillon Le Samedi, Montréal, 3 mai 1947 39 Conte illustre du SAMEDI LES ROIS DE L\u2019AIR (2ème EPISODE) mÆ7Æ, Après avoir atterri sur la planète Mars dans leur machine de l\u2019espace à propulsion atomique, les aventuriers sont attaqués par des ennemis inconnus.Polly, le perroquet, part afin d\u2019examiner les alentours.Les jumeaux deviennent nerveux dans ce silence poignant.Leurs yeux sont rivés sur la falaise où le perroquet est disparu.\u201cJ\u2019ai l\u2019impression que des yeux invisibles nous guettent,\u201d murmure Flora à Callum.\u201cÇa prend bien une fille pour essayer de nous donner la frousse ! \u201d dit Calum, dégoûté.\u201cFlora a raison, Calum,\u201d dit Pablo.\u201cNous sommes observés ! \u201d Le professeur, qui examinait une autre partie de la falaise, appela Pablo.\u201cRegarde, Pablo, tes yeux sont meilleurs que les miens,\u201d dit-il.\u201cY a-t-il un oiseau qui survole le haut de la falaise, là-bas ?\u201d Pablo laissa échapper une exclamation de surprise : \u201cC\u2019est un ptérodactyle.\u201d \u201cImpossible,\u201d dit le professeur, ahuri \u201cCes monstres ailés se sont éteints, depuis plusieurs milbers d\u2019années.\u201d \u201cJe ne sais pas ce qu\u2019est un ptérodactyle,\u201d cria Flora très excitée, \u201cmais il y a un crocodile volant là-haut.\u201d \u201cAttention,\u201d cria Calum.\u201cIl nous a répéré.Il vient droit vers nous.\u201d Ils regardèrent fascinés l\u2019énorme oiseau qui volait en cercles lentement, comme s\u2019il réfléchissait si oui ou non il devait attaquer le groupe.\u201cMarchez lentement vers les arbres ! \u201d commanda Pablo.\u201cC\u2019est notre seule chance.Il craindra un piège et se tiendra à distance.\u201d Le groupe fit ce que Pablo avait demandé et atteignit en sûreté les arbres.A l\u2019abri, sous les arbres, les aventuriers regardèrent le monstre volant qui se posait lentement sur la Reine des Cieux.\u201cQuel merveilleux spécimen ! \u201d dit le professeur.\u201cLes ailes ouvertes ont une envergure de 25 pieds, peut-être 30 pieds, qu\u2019en penses-tu Pablo ?J\u2019aimerais bien le mesurer.\u201d Mais ayant, sans doute, satisfait sa curiosité, le monstre s\u2019éleva de nouveau dans les airs et retourna sur les hauteurs de la falaise.Un cri derrière eux les fit sursauter.C\u2019était Polly, le perroquet.Il leur apportait des nouvelles de la vie mystérieuse sur la planète.M Nos aventuriers retournèrent à leur vaisseau aérien.En regardant de la cabine de la Reine des Cieux, les jumeaux constatèrent que Mars ne différait pas grandement de leur propre terre.Mars était peut-être un peu plus montagnetix et les bois étaient plus denses.Les arbres paraissaient plus élevés.Pablo, aux contrôles, remit le vaisseau en marche.Ses yeux perçants avaient aperçu une clairière qui offrait un point d\u2019atterrissage convenable.\u201cIl y a une clairière dans la jungle, près de la base de la falaise, dit Pablo au professeur.\u201cJe crois que nous pouvons y arriver.\u201d \u201cJe me demande quelle sorte de gens nous rencontrerons,\u201d dit Calum.\u201cJ\u2019espère qu\u2019ils seront bons et amicaux,\u201d dit Flora.\u201cEt j\u2019espère qu\u2019ils nous inviteront à prendre le thé.J\u2019ai faim.\u201d Sous les mains expertes de Pablo, la Reine des Cieux se posa doucement.Tous les occupants retinrent leur souffle jusqu\u2019à ce que l\u2019avion fût arrêté.Le groupe quitta immédiatement l\u2019appareil et examina les alentours.Les arbres géants qui les entouraient s\u2019élevaient comme des tours et semblaient toucher le ciel.Ils regardaient, ahuris, la hauteur formidable de la falaise s\u2019élevant à 5,000 pieds au-dessus d\u2019eux.Un silence tragique pesait entre ces braves gens.Pas une feuille ne bougeait.\u201cOù sont les oiseaux et les insectes ?\u201d demanda Flora dans un murmure.\u201cComment puis-je le savoir ?\u201d répliqua Calum.\u201cPeut-être qu\u2019il n\u2019y en a pas ! Peut-être que Mars est une planète morte ! \u201d Sans avertissement, un sifflement fendit l\u2019air.Il semblait venir des hauteurs de la falaise.Les aventuriers ébahis ne pouvaient, cependant, rien apercevoir.\u201cWow,\u201d disait Polly de sa voix criarde.\u201cSoyez sur vos gardes,\u201d cria Pablo.\u201cJ\u2019ai vu bouger quelque chose à la tête de la falaise.\u201d Pablo avait à peine prononcé ces paroles qu\u2019une énorme pierre tomba.Elle tomba tout près du groupe, fit un bond sur le sol et alla ensuite passer à travers la carlingue du vaisseau aérien.ÔK I xy \\ P/ 2ï> Les aventuriers sont donc attaqués par des forces inconnus.La Reine des Cieux est fortement endommagée.Pablo regarda vivement aux alentours et vit une légère excavation près de l\u2019avion qui offrait un abri contre les pierres.Il souleva Calum et Flora et s\u2019élança avec eux vers cet endroit.\u201cSauvez-vous, professeur ! \u201d cria-t-il.\u201cNous sommes attaqués ! \u201d Mais le professeur, le regard perdu vers la falaise, la main caressant sa longue barbe, murmurait : \u201cC\u2019est extraordinaire ! \u201d \u201cIl sera'tué,\u201d disait Polly, le perroquet, qui avait suivi Pablo dans l\u2019abri.\u201cQue quelqu\u2019un fasse quelque chose ! \u201d Laissant les jumeaux dans une certaine sécurité, Pablo s\u2019élança à découvert vers le professeur qu\u2019il enleva de son dangereux poste d\u2019observation.Les pierres pleuvaient maintenant sur le sol et sans le jugement magnifique de Pablo à les éviter, le professeur aurait été tué.L\u2019attaque cessa aussi vite qu\u2019elle avait commencé, mais les aventuriers demeurèrent à l\u2019abri, quelque temps encore.Ils s\u2019approchèrent avec précaution de la Reine des Cieux et un éclair de colère passa dans les yeux de Pablo, pendant qu\u2019il examinait les dommages causés au magnifique avion.La Reine des Cieux volera-t-elle encore ?\u201d demanda Calum.\u201cPeut-être,\u201d répondit le professeur.\u201cJe crois que le dommage est plus sérieux qu\u2019il ne paraît.\u201d \u201cUne chose est certaine,\u201d dit Pablo.\u201cPour notre propre sécurité, il nous faut découvrir ce qu\u2019il y a derrière cette falaise.\u201d \u201cJe me demande si l\u2019intelligence humaine a dirigé cette attaque,\u201d dit le professeur.Comme réponse à la réflexion du professeur, une série de cris horribles se fit entendre.Ils cessèrent brusquement.\u201cJe verrai bientôt la cause de ce bruit,\u201d dit Polly.Le professeur et Pablo se regardèrent.C\u2019était là une idée : Polly n\u2019aurait pas de difficulté à voler par-dessus la falaise et voir ce qu\u2019il y avait.Avant son départ, Calum avertit Polly d\u2019être prudent.\u201cEt surtout ne chante pas ! \u201d ajouta-t-il.[ Suite au prochain numéro ] EPISODE NUMERO SEIZE A la suite des excellents renseignements de l'Espion No 11, les troupes de Chesterland ont envahi le secteur exposé de Kole, le but de l'armée transovanienne .^ ,\t: f, - H U ; t Les troupes et les camions entrèrent dans la ville de Kale.Ils se trouvaient ainsi protégés contre l'armée transovanienne en marche.Retournons dans la ville transovanienne .Ayant réussi à lancer son message, l'Espion No 11 songe aux .moyens à prendre pour retourner dons son pays.C'est parfait ! Epatant même ! Il me fout retourner à Chesterland ?Ce ne ¦-~S5£^~| sera p I mince besogne.Voyons comment je pourrai me déborras-ser de ces deux vilains individus ! Promptement, il revêtit l'uniforme du lieutenant qui gisait inconscient.Hmm ! Il me va comme un gant ! Peut-être un peu large à la taille, mais je n'ai pas le choix ! Je pense que je pourrai me faire passer pour un officier, mais autant que possible, je me tiendrai loin des soldats ! -i La ville semble déserte ! \u2014I Je rôderai plutôt dans les banlieues de la ville !\tA ]0 0 0 Ce doit être un barraque-ment \u2014 et il n'y a pas beaucoup de monde aux alentours ! Je vais essayer ma chance et tenter de passer.Sergent, je crois reconnoitre cet officier ! (A SUIVRE) Le Samedi, Montréal, 3 mai 1947 41 LA VIE COURANTE .par George Clark h __C'est encore ton médecin qui t'envoie le même compte.\u20141| peut me l'envoyer plusieurs fois : c'est lui-même qui m'a dit i l'eal ¦ma mnlnrlia rIsrnnmilC RIEN DE Buloz, directeur de la Revue des Oeux-Mondes, fut pour les écrivains de son temps un censeur sévère et trop injuste.Ceux-ci se vengeaient en disant que Buloz \u2014 qui était borgne \u2014 y voyait nal.Ceci exposé, voici l\u2019épitaphe en question qui ne manque pas d\u2019esprit : Pleurez, lecteurs, Buloz n\u2019est plus pour vous charmer.Mais pour lui le Destin fut tendre, Car il n\u2019eut qu\u2019un oeil d fermer, P.t point d\u2019esprit à rendre.\u2022 Descendant d\u2019une illustre lignée de nagistrats, le président Séguier n\u2019ai-nait pas beaucoup les avocats et il ne es ménageait guère à l\u2019audience quand 'occasion s\u2019en présentait.Un jour, à l\u2019appel qu\u2019il faisait d\u2019une :ause, on lui dit qu\u2019on ne pouvait passer outre, les avocats étant absents.Le président sourit.\u2014 Allez toujours, dit-il, nous n\u2019en lugerons que mieux.Une autre fois on lui faisait remarquer que l\u2019avocat d\u2019une des parties l\u2019était pas présent \u2014 Eh bien! dit-il, n\u2019y a-t-il pas moyen de se passer de lui ?Que l\u2019avocat de la partie adverse plaide pour les leux.\u2022 Adrien.\u2014 Les hommes sages font les proverbes et les fous les répètent.Lucette.\u2014 Quel est l\u2019homme sage qui a fait le proverbe que tu viens de répéter 7 \u2022 La maîtresse de la maison.\u2014 Jean, pourquoi n\u2019emplissez-vous pas le verre de monsieur le vicomte ?Jean.\u2014 Mais c\u2019est inutile, madame, il le vide à mesure que je l\u2019emplie.\u2022 Gustave.\u2014 Mais je croyais que «tu détestais suivre les enterrements ?Adrien.\u2014 C\u2019est la vérité, mais on enterre un médecin qui m\u2019a dit il y a dix ans que je n\u2019en avais pas pour six mois à vivre.SÉRIEUX Un gêneur harcelait Rossini de ses sollicitations pour obtenir de lui un autographe sur un album.Il allait quitter Paris, disait-il, il n\u2019aurait peut-être plus le bonheur de revoir le maestro .Rossini impatienté, prit l\u2019album et écrivit au beau milieu d\u2019une feuille blanche, sous les yeux de notre homme qui se confondait déjà en remerciements ' « Bon voyage ! » \u2022 Elle.\u2014 Mon chéri, pour ta fête, je t\u2019offre ce ravissant stylo.\u2014 Tu es gentille, ma chérie ! Elle.\u2014 Pour voir si son fonctionnement est bon, tu peux me faire un chèque pour ma couturière ! L\u2019Enfant.\u2014 Dis voir, petit père 7 Qu\u2019est-ce qu\u2019un placement à fonds perdus ?Le Père.\u2014 Suppose que tu prêtes deux sous à un camarade.L\u2019Enfant.\u2014 Ah ! bien .J\u2019y suis I \u2022 Le docteur sort d\u2019ici, il a regardé ma langue et il m\u2019a dit que j\u2019avais besom d\u2019un stimulant.\u2014 Sapristi !.pas pour ta langue je suppose !.\u2022 \u2014 Nous sommes exclusivement végétariens .que pouvez-vous nous servir ?\u2014 Hum ! Hum !.Que diriez-vous d\u2019une botte de foin ?\u2014 Pourquoi donc Mme X.gémit-elle sans cesse ?Elle est riche et elle se plaint de l\u2019impôt sur le revenu.\u2014 C\u2019est pour que l\u2019on sache mieux l\u2019importance de sa fortune.\u2014 C\u2019est le poème que vous avez envoyé au concours.\u2014 Oui, ma chérie, et savez-vous ce que je ferai avec l\u2019argent si je gagne ce prix littéraire 7 \u2014 Oui, vous prendrez des leçons de grammaire Marius aime poser à ses amis des devinettes.L\u2019autre jour, il rencontre son vieux camarade Costebalde.Aussitôt il l\u2019empoigne par le bras, l\u2019entraîne vers un café de la Canebière et, à brûle-pourpoint, lui pose cette question saugrenue : \u2014 Connais-tu une bête qui a un bec, one crête rouge sur la tête, de belles plumes sur le dos.et trois pattes ?Costebalde, un peu ahuri, répète la question qui le déconcerte : « Un bec, une crête, des plumes et.combien dis-tu ?Trois pattes ?» \u2014 Oui, trois pattes ! Costebalde cherche dans ses souvenirs et, naturellement, ne découvre le nom d\u2019aucune bête ayant cette particularité extraordinaire.Finalement, il s\u2019avoue vaincu et déclare : \u2014 Si seulement tu m\u2019avais dit deux pattes, je t\u2019aurais dit que c\u2019était un coq.\u2014 Eh bien ! fait Marius en se frottant les mains, c\u2019est aussi un coq.\u2014 Un coq ! Mais, mon bon, un coq a\u2019a pas trois pattes.Alors, Marius, éclatant d\u2019un bon rire sanore : \u2014 Té! gros malin! Si je t\u2019avais dit qu\u2019il n\u2019avait que deux pattes tu l\u2019aurais trouvé trop facilement ! Le chef du personnel d\u2019une administration reçoit un postulant : \u2014 Vous nous avez écrit, dit-il, pour aous demander un emploi.Vous savez qu\u2019il faut connaître l\u2019anglais ?« Do you îpeak english ?» \u2014 Plaît-il ?\u2014 Je dis : « Do you speak english 7» Vous ne comprenez pas ?Je vous demande si vous parlez l\u2019anglais.\u2014 Oh ! oui, parfaitement ! répond le candidat avec assurance.Le garçon.\u2014 J\u2019ai rêvé, cette nuit, que vous me donniez un billet de cinq dollars.Le pingre.\u2014 Vraiment, garçon, c\u2019est beaucoup pour un pourboire.Tout de même, vous pouvez le garder Au tribunal de simple police, un agent fait sa déposition : « Il était environ h heures, le prévenu était assis sous unt porte cochère de la rue Bleue.A côté de lui se trouvait son chien.Or, au moment où j\u2019ai surpris le prévenu, fi lisaii son journal, et cependant il avait atta ché au collier de son chien une pancarte portant ces mots : « Je suis aveugle.» \u2014 Eh bien, prévenu, dit le président niez-vous les faits ?\u2014 Oui et non, mon président En torn cas, je ne comprends pas du tout e* quoi je suis coupable.Comme tout citoyen français, je crois avoir le droit de lire mon journal même sous un» porte cochère.Quant à mon chies, que je vous ai amené, regardez-le, et vous verrez que sa pancarte disait bien 1» vérité : il est complètement aveugle ( \u2022 Ernest.\u2014 Sapristi que j\u2019ai mal aux dents ! Henri.\u2014 Pourquoi n\u2019emploies-tu par mon moyen ?Lorsque j\u2019ai mal aux dents, je me rends chez moi, ma femmt me passe ses bras autour du cou, ell* m\u2019embrasse, me caresse, me dit des pe tits mots doux et j\u2019oublie rapidement mon mal.Pourquoi n\u2019essaies-tu pas 1» même chose ?Emest.\u2014 Je veux bien ; est-ce qu-ta femme est chez vous 7 \u2022 \u2014 Cet été, je suis allé jusqu\u2019au Mis sissipi ! \u2014 Oh ! Et.en avez-vous fait l\u2019a» cension ?.La maman.\u2014 Attends, vaurien i Qu» je t\u2019y repince à fourrager dans mon pis card à confitures.Le délinquant.\u2014 Ce n\u2019est pas m* faute si tu m\u2019y as pris.La maman.\u2014 Vraiment ! C\u2019est de l> mienne, peut-être 7 Le délinquant.\u2014 Mais oui.Persona» ne t\u2019obligeait de rentrer si tôt __Ql,.Arthur, pourquoi ne monte»-tu pas chez le» Dupont pour le» Inviter à venir con.tater le» magnifique» progrè» qu'a fait» Maurice ?.\\.| )\tSpan*.S5S*Dïi 42 Le Samedi, Montréal, 3 mai 1947 LU ET ENTENDU NOTES ENCYCLOPÉDIQUES Par ÉTIENNE LABBÉ NOMS DEFIGURES Parfois le nom de lieu est défiguré : Un épagneul (de Espagnol) est un chien à long poil et à oreilles pendantes.Un puits artésien (comme on en perce en Artois) se creuse avec une sonde et donne une eau jaillissante.Vaudeville est une altération de \u201cvau-de-vire\u201d ou \u201cval de Vire\u201d.Primitivement, ce mot désignait une chanson tel qu\u2019on en chantait dans le vallon de Vire.Au diable vert, expression qui signifie très loin, est une corruption de \u201cau diable de Vauvert\u201d, abrégé successivement par \u201cau diable Vauvert\u201d, \u201cau diable au vert\u201d, puis \u201cau diable vert\u201d.Le château de Vauvert ou Valvert, situé en dehors de Paris, avait été habité par Philippe-Auguste après son excommunication.Il passait depuis cette époque pour être hanté par des revenants et des démons.Comme ce chateau était a une bonne distance, on employait l\u2019expression \u201cau diable vert\u201d comme point de comparaison : Il reste au diable vert.LES NOMS DE LIEU Les noms de lieu jouent un grand rôle dans notre langue.Ils servent à désigner beaucoup d\u2019objets et entrent dans une foule d\u2019expressions.On dit : fumer du maryland (tabac du Maryland), fumer un havane (cigare de Havane), scier du brésil (bois du Brésil), boire du moka (café de Moka), jouer sur un crémone (violon fabriqué à Crémone), une genève (montre fabriquée à Genève), boire un mazagran (café servi dans un verre, comme à Mazagran), une guinée (monnaie frappée avec de l\u2019or venu de Guinée), aller en landau (voiture fabriquée à Landau, en Allemagne), s\u2019éclairer à la bougie (ville de l\u2019Algérie d\u2019où l\u2019on tirait beaucoup de cire), jouer au boston (jeu de cartes inventé à Boston pendant le siège de cette ville par les Anglais, durant la guerre de l\u2019Indépendance), porter la cravate (de Croatie ; les Croates qui se répandirent en France au temps des cravates), attaque à la baïonnette (de Bayonne ; les Anglais, en écrivant bayonet, conservent mieux l'origine du mot), une berline (voiture fabriquée d\u2019abord à Berlin), la faïence (de Faenza, ville d\u2019Italie où l\u2019on fabriquait beaucoup de poterie), de la colophane (s\u2019écrivait autrefois colophone, de Colophon, ville de l\u2019Asie Mineure), du malplaquet (marbre de Malplaquet), du campêche (bois de teinture venant de Campêche), un tarare (\u201ccrible\u201d fabriqué à Tarare, en France), un phare (Pharos, île située près d\u2019Alexandrie).\u2022 REPARAGE Quelque part dans la ville, on peut lire une annonce ainsi conçue : PRESSAGE \u2014 NETTOYAGE \u2014 REPARAGE Il est évident que c\u2019est l\u2019influence du suffixe A G E de pressage et nettoyage qui a fait écrire réparage, alors qu\u2019il faudrait écrire réparation, réparage n\u2019étant pas français.On dirait que nous sommes nés poètes.Un mot chez nous appelle une rime.Il y avait pressage et nettoyage, et ces deux mots appelaient nécessairement \u201créparage\u201d.Si la rime change parfois le suffixe des mots, elle exerce aussi une grande influence sur leur sens.Un mot appelle une rime.Grégoire rimant avec boire, le peuple, en France du moins, attribue à ceux qui portent ce nom une tendance à aimer les liqueurs enivrantes.Voici, chemin faisant, une intéres-rante observation de Nyrop sur la rime : \u201cIl y a un tout petit nombre de mots qui ont une finale unique et qui par là sont impitoyablement exilés de la rime.Exemples : absurde, algue .cirque, coiffe, docte.Turc, usurpe.Ces mots sont les cendrillons de la langue ; ils restent taciturnes dans leur coin, tandis que les autres mots voltigent et ondoient au gré des fantaisies de l\u2019esprit humain, arrivant parfois à dominer la pensée.Il est dangereux de jouer aux mots sans rime ; on se rappelle l\u2019aventure des deux jeunes personnes qui, voulant\" mettre un poète dans l\u2019embarras, le priaient de rimer sur coiffe : \u201cVous de qui pour la rime on vante le génie, \u201cRimez donc avec coiffe.En riant, il répond : \u201cC\u2019est chose impossible, mesdames ; \u201cTout ce qui tient à la tête des jemmes \u201cN\u2019a, vous savez, ni rime ni raison.\u201d \u2022 L'ARGOT ET LES NOMS DE LIEU Il y a une foule d\u2019expressions argotiques dans lesquelles entrent des noms de localités, villes, pays : Rouen, est devenu la ville des roués, c\u2019est-à-dire des malheureux, des déveinards.Dans l\u2019argot actuel de Paris on dit aller à Rouen au sens de courir à sa ruine, être sifflé (jargon des comédiens), manquer une vente (jargon des commis).Sèvres rappelle sevrer,' d\u2019où dans l\u2019argot des voleurs, passer à Sèvres, c\u2019est être sevré de sa partie de butin, ne rien recevoir.Suède, qui rappelle suer, a été employé dans ce sens.Aller en Suède, c\u2019est avoir chaud.Tournon (rue de).On dit de celui qui a trop bu de vin qu\u2019il est dans la rue de Tournon (que tout tourne).Versailles s\u2019emploie pour verser.Aller à Versailles, c\u2019est verser.On dit aussi : vice-Versailles, pour vice-versa.Creva t.Nom d\u2019un petit bourg, rappelle crever (mourir).Elle est allée à Crevant : Elle est morte.Galles.Dans la langue moderne, ce mot est pris pour gale.Un galeuse, c\u2019est un prince de Galles, une galeuse, c\u2019est une princesse de Galles, et la maladie s\u2019intitule principauté de Galles.Montpensier, qui rappelle panse, est synonyme de gloutonnerie.Mortagne est tout indiqué pour désigner la ville des morts.Aller à Mortagne, c\u2019est mourir ; envoyer à Mortagne, c\u2019est tuer.Pampelune, qui rappelle lune et lunatique, s\u2019employait autrefois dans le sens de pays des jous.Angoulême signifie bouche dans l\u2019argot de Paris : se caresser Vangoulême (faire bonne chère).Cela vient de la ressemblance entre le vieux français goule et Angoulême.Argenton représente argent dans \u201cJ\u2019ai besoin d\u2019aller à Argenton\u201d.(J\u2019ai besoin d\u2019argent).Asnières est employé comme une substitution de âne : As-tu fait ton cours à Asnières ?( Es-tu un âne ?) Bavière, pour baver.Tu vas en ba-vière.(Tu baves).Cracovie, par son allusion phonétique à craquer, craque, craquerie, est devenue la ville des menteurs.Aller à Cracovie : Dire une blague.D\u2019après un savant philologue de Zurich, c\u2019est aujourd\u2019hui l\u2019anglais qui est la langue la plus parlée dans le monde.Il y a un siècle, il n\u2019était entendu, que de 20 millions d\u2019individus, c\u2019est maintenant la langue de plus de 160 millions d\u2019hommes \u2014 sans compter 60 millions dont ce n\u2019est pas la langue principale.L\u2019allemand parlé, il y a cent ans, par 32 millions d\u2019hommes, l\u2019est aujourd\u2019hui par 85 millions.Le flamand est passé de 6 à 15 millions, le suédois de 3 à 7 millions, le danois de 2 à 5 millions.Les langues latines n\u2019ont pas témoigné de la même croissance.L\u2019italien vient en tête, ayant passé de 21 à 45 millions, l\u2019espagnol de 35 à 50.Quant au français, il était en 1829, la langue de 32,-400,000 personnes, il l\u2019est aujourd\u2019hui de 45 millions.En outre 75 millions d\u2019étrai.gers le comprennent.C\u2019est la langue acquise par l\u2019étude par le plus grand nombre de gens ; il dépasse à cet égard l\u2019anglais de 15 millions.Lorsque l\u2019Organisation des Nations Unies annonça que ses quartiers-généraux \u2014 la capitale du monde \u2014 seraient aux Etats-Unis, 21 états et 41 villes et villages firent une application formelle, offrant un emplacement à la Société.Le courant de la rivière Main, en Allemagne, est si puissant que même les bateaux à vapeur ne peuvent le remonter.Toutes les embarcations, naviguant entre Aschaffenburg et Bamberg, doivent être touées par un bateau à chaîne qui accomplit lui - même cette lourde tâche, en se traînant à l\u2019aide d\u2019une chaîne géante, longue de 180 milles.ERS 1600, Olivier de Serres indiqua l'emploi des cloches de verre pour cultiver les melons.Un siècle plus tard, Mellot préconisa, le premier en France, l'usage des châssis vitrés, qui sont devenus nos serres d'aujourd'hui.L\u2019étalage qui a suscité le plus d\u2019enthousiasme dans le monde artistique français, à l\u2019exposition l\u2019été dernier, est celui de la tapisserie.Commençant au tissage médiéval, on a pu suivre les progrès de cet art si ancien, à travers le Moyen-Age, jusqu\u2019en 1946.L\u2019âge d\u2019or de la tapisserie fut le XlVe et le XVe siècle, la période gothique où tant de glorieuses cathédrales ont dressé leurs clochers en terre française ; on tissait alors des tapisseries afin de couper les vents froids qui traversaient souvent les sanctuaires.A ce moment les ateliers d\u2019Au-busson, Arras et Paris rivalisèrent pour créer les dessins les plus originaux et les plus belles nuances.Il est étonnant de constater le grand nombre de ces oeuvres qui ont survécu aux tourmentes et aux guerres qui ont secoué la France ; certaines ont été perdues, volées, d\u2019autres ont servi de couvertures aux prisonniers et aux chevaux pendant la Révolution Française.Au XVIe siècle, cet art déclina ; les ateliers recevaient des subsides et faisaient exécuter à leurs- ouvriers des modèles compliqués, qui exigeaient jusqu\u2019à 14,000 nuances.Le travail était long et fastidieux pour l\u2019artisan qui disparut presque complètement, si bien qu\u2019en 1939, on ne comptait plus que quelques centaines d\u2019experts pour une industrie qui jadis, était une des plus importantes de France.Jean Lurçat, un peintre moderne cubiste, que la tapisserie fascinait depuis longtemps, cherche à lui rendre son ancienne splendeur.A son 1 atelier d\u2019Aubusson, il lance de nouvelles méthodes et emploie des artistes comme Gromaire, Léger et Dufy pour les dessins.Les tisserands d\u2019Aubusson travaillent côte à côte, sur cm espace de dix-huit pouces, comme jadis ; les brins de laine sont toujours colorés par des teintures végétales, lavés à la main et dévidés sur un rouet.L\u2019artisan moderne, cependant se guide grâce à des numéros pour les nuances, au lieu de choisir péniblement à l\u2019oeil comme dans l\u2019ancien temps.L\u2019avenir jugera si leurs oeuvres peuvent être comparées favorablement avec celles des artistes du XlVe et du XVe siècle.Le développement industriel des Etats-Unis fut si considérable pendant les vingt années qui suivirent la guerre civile, qu\u2019il créa plusieurs centaines de millionnaires.Entre 1890 et 1910, au moins 500 héritières de ces nouveaux riches épousèrent des Européens titrés ; la majorité de ces nobles étaient pauvres et on calcule que le coût ultime de ces unions s\u2019élève à $2,000,000,000.L\u2019un des motifs des progrès politiques réalisés maintenant en Afrique Occidentale tient au rôle actif qu\u2019ont joué ces peuples dans le dernier conflit mondial.A la suite des magnifiques réalisations des régiments de l\u2019Afrique Occidentale, on a constitué dans ces territoires, une grande armée de près de 200,000 hommes dont 40,000 artisans spécialisés.Ces troupes se sont battues avec un grand succès en Birmanie ; elles ont, en outre, fourni des milliers de pionniers et de troupes au moyen Orient et à l\u2019Afrique du Nord.Savez - vous quel est le livre de chevet (si chevet il y a) du célèbre bandit sicilien Guiliano, celui qui a mis à prix la tête du ministre de l\u2019Intérieur italien ?Ce sont les Contes de Voltaire, en une petite édition de poche datant du début du siècle et qui aurait appartenu, dit-on, à Gabriele d Annunzio.Qui dira jamais par quelle route étrange ce petit volume est arrivé jusqu\u2019à Guiliano ?\u2022 Actuellement la plus grande partie de la production française de l\u2019automobile est constituée par la fabrication des véhicules utilitaires : camionnettes et camions.Il s\u2019agit, en effet, non seulement de faciliter la reprise des transports, qui conditionnent la vie de la nation, mais encore de rattraper un retard que 1 on avait pu constater dès avant la guerre.Alors que de 1924 à 1930 la France fabriquait annuellement 50,000 camions, en 1938 ce chiffre était réduit de moitié, à la suite de lois désastreuses.\u2022 Parmi tant de moyens employés pour se préserver des mouches, dont les essaims, surtout à la campagne, infestent les cuisines et les laiteries, il en est un, fort simple, très employé dans l\u2019Ouest de l\u2019Angleterre.Les mouches se mêlent d avoir des antipathies : elles détestent l\u2019odeur de la simple ortie.Que l\u2019on place un bouquet de ces plantes brûlantes devant une fenêtre et ces insectes fuiront l\u2019ouverture ainsi gardée. G RAN D MBS ;\trj |f\u2014\u2014 ¦¦¦¦ .-' .- & - Depuis plusieurs années, personne ne cherchait à vous vendre un poêle, un réfrigérateur ou une laveuse électrique.Vous n\u2019en voyiez même pas dans les magasins.Vous ne pouviez vous renseigner ni comparer.Aujourd\u2019hui la production des appareils électriques a repris .il n\u2019y en a pas encore assez pour tout le monde .mais il y en a plus tous les jours.Les renseignements peuvent de nouveau s\u2019obtenir, les comparaisons se faire, et les faits être connus.De nouveau les acheteurs constatent que leur meilleur guide d\u2019achat est toujours le nom de Westinghouse .qui bat encore la marche après cinquante ans.Westinghouse NOM .dub SOzmd vs\t.jm CANADIAN WESTINGHOUSE COMPANY LIMITED MONTREAL HAMILTON, CANADA i-üÜS J Ü-* PUp '° I hff) ï S lllll 3N0h I ç; 'Qêfietu&dtâtè i_ \"Dépend0\" D°.d9e.rr:-cé,ai\u2019,e \u2018\u2019\u201c^p.aU.Ceu.quondU P-P D\u201ed8e fut de»,né e, con-m\u2018 .î y o pi»* de 30 on.\u2018,r\u201c \u201eL onnée des per»ec s^-d-rsi - rsr- \u2014de Dodge P\tfonctionnement .\" ,9« Dodga Prerni«\" en !éc e9is'™ un l°rd; °°d9e baf\u201c;U' °\"* P'u» rnorche OVec ' e\u201eCOre (Q que* d p, .* fre,n* Vdrou.4 r°ues.E( , °\" e9o|e sUr j ; £ d- Pht\"« à rayon \"'BC'or°bles Jo\u201e,c%_s.\ty°n\u201c'°llé,, e, rn ' ei s®cur,(é \u201e\u201e\troues en COS ^ crevai,P'°\u2019-'o\u201e - \u2018 9r0\"d- c0ule,P U; «Ur du poyi ffeturfe e£ Confié Lo beauté Dodge o de tout temps rivalisé avec le de.s.n de la voiture.Choque nouveau Dodge est proclamé \"plus elegant que jamais\" par des propriétaires enthousiastes le confort délassant du Roulement Tout-Flottant Dodge prov.ent de plus de 20 facteurs, entr'autres: Montage Pouvoir - Flottant du moteur; répartition balancée du poids; suspension indépendante des roues avant; sièges arnere à l'avant de l'essieu arrière.tei voiture, Dori- t!é «conom,\u2022que, tj0nM°U,0Ur\u2018 GROSSES voitur d °pero,i°n-leS dans toute,\" coVt°leUrS ca,egorie$ de rs Ti,.Pr»x.Le* _\t»wr'es _ ^dgeont^Xr;: Wt.en l ddes, qui son, ,d or9ones mo- \u2019é9«.irns'SPeCiol'-en,pro- epport *\tes,Pun hu,le Protège ,«\tQ,r dain- ddet contre |es °r9°nes mo-Iives'- et 4 team °\"eres °dro- ussurent l'économ,\" * P°r P'S'on ©**ence.|e\t® en *»ui|e et °9r®\u2018 en marche! 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