Le samedi, 1 juillet 1947, samedi 12 juillet 1947
[" éz - 59e année, No 8 Montréal, 12 juillet 1947 LE MAGAZINE NATIONAL DES CANADIENS DIX CENTS iW'jl « *« jC Mi m î ' -\t< '¦ V-s %* 3, \" kÊtw wÊtï \\s^- \u2014 -;.: ; - - - Le Samedi, Montréal, 12 juillet 1947 ErZMASSICOTTE /hé c/e /\u2019cjfacirti/é hoh bièc/eb c/\u2019/h/cheS En novembre 1911, M.E.-Z.Massicotte fut chargé d\u2019inventorier et classifier toutes les archives judiciaires du district de Montréal conservées depuis 1642.Partie de ces documents était entassée dans un corridor long de 300 pieds, au sous-sol de l\u2019ancien palais de justice, à Montréal.Grâce à 35 ans de labeur, M.Massicotte a réussi à compiler et à faire classifier des documents qui constituent une mine inépuisable de renseignements précis sur les origines et la vie des premiers habitants de la région de Montreal.Aujourd\u2019hui, ce gigantesque travail est presque complété.Au cours de ses recherches, M.Massicotte a mis à joui des centaines de documents d une valeur inestimable .tels que le testament de Jeanne Mance, les contrats de concessions faits par Chomedey de Maisonneuve et un acte de reddition signé par George \\\\ ashington.Dès l\u2019enfance, E.-Z.Massicotte commença à s\u2019intéresser à l\u2019histoire de Ville-Marie en visitant avec son père les édifices du passe.Devenu journaliste, il s\u2019occupa de recherches historiques, puis de généalogie, de folklore et d\u2019art héraldique.C\u2019est M.Massicotte, qui, en 1924, eut l\u2019idée d\u2019instituer la parade annuelle de la St-Jean-Baptiste.Pendant 21 ans, il choisit chaque année le thème de la parade et, avec l\u2019artiste J.-B.Lagacé, il prépara d\u2019innombrables \"chars allégoriques\u201d.Devenu membre de la Société Royale du Canada en 1920, il reçut en 1936 la médaille de la Société Historique de Montréal pour ses travaux sur l\u2019histoire de Montréal, et, en 1939, la médaille Tyrrell pour l\u2019ensemble de ses travaux historiques.I éSkMmeœâÊt En permettant de retracer fidèlement les débuts difficiles et aventureux du Canada français, M.Massicotte\u2014 archiviste, historien, généalogiste, folkloriste \u2014 a rendu d\u2019inappréciables services à la population d\u2019Amérique.PUBLIÉ PAR (tiré d\u2019une série d'articles biographiques illustrant la carrière de Canadiens français bien connus dans le domaine des sciences, des arts ou de l'industrie.) LES PUBLICATIONS POIRIER, BESSETTE & CIE, LIMITEE Membres de PA.B.C.t et de PAssociation des Editeurs de Magazines du Canada Le Samedi La Revue Populaire Le Film 975-985.RUE DE BULLION MONTREAL \u2014 CANADA \u2022 T é I : PLateau 9638 * FRED POIRIER GEO.POIRIER Présidents conjoints JEAN CHAUVIN Directeur Rédacteur en chef : GERALD DANIS Chef de publicité : CHARLES SAURIOL Directeur artistique : HECTOR BRAULT Chroniqueur sportif : OSCAR MAJOR Chef du tirage : ODILON RIENDEAU NOS REPRESENTANTS : WILFRID DAOUST 20.Onzième Avenue, Lachine (Ottawa, Hull.Sherbrooke, Drummondvllle, Saint-Hyacinthe, Sorel, Granby, Farnham, Saint-Jérôme, Joliette et les environs.) e ADELARD PARE è, rue du Pont, Québec ( Québec et Lévis ) e PAUL LARIVIERE 1710, rue St-Phîlippe, Trois-Rivières ( Trois-Rivières et Cap-de-la-Madeleine ) Autorisé comme envol postal de la deuxième classe, Ministère des Postes, Ottawa.\u2022 Entered at the Post Office of St.Albans.Vi., as second class matter under Act of March 1879 ABONNEMENT CANADA Un an \u2022\u2022\u2022\u2022\u2022¦\u2022\u2022 $3.50 Six mois.2.00 ETATS-UNIS Un an.*5-00 Six mois\t2.50 \u2022 AU NUMERO: 10 cents \u2022 HEURES DE BUREAU : 9 h.a.m.à 5 h.p.m.du lundi au vendredi.\u2022 AVIS AUX ABONNES \u2014 Les abonnés changeant de localité sont priés de nous donner un avis de huit jours, l'empaquetage de nos sacs de malle commençant cinq jours avant leur expédition.59e année, No 8 \u2014 Montréal, 12 juillet 1947 CHEZ NOUS, EN PROVINCE LES ÉBOULEMENTS CE sont les éboulis, causés probablement par le» tremblements de terre de 1663, qui donnèrent c nom au coquet village de Charlevoix quenousvisj-tons aujourd'hui.Ce fut un Tremblay de la Baie Saint-Paul qui fut son premier défricheur.Des 1735, on y construisit une chapelle, au bas des montagnes, sur une quinzaine d'arpents de terre d'a luvion, qui séparaient alors les hautes eaux du pied des caps.Mais l'action incessante des vagues, rongeant chaque jour le terre-plein, finit par mettre l'église en danger.Apres bien des discussions sur son site, on la rebailt sur la côte Toute de pierres des champs, à toit pointu, el.e pouvait affronter là-haut les rafales venant du fleuve et les rigueurs de notre climat canadien.Un incendie la détruisit de fond en comble vers 1932 mais on la reconstruisit avec les mêmes dimensions et la meme architecture.Elle était ornée jusque vers 188Ü de sculptures sur bois, dont les restes, que l'on trouve un peu partout dans le village, attestent le talent de 1 artiste qui en était l'auteur.Peut-être que la clause défendant de disposer de vieilles œuvres d'art sans consulter l'évêque n'existait pas dans 1 ancien droit canonique, en tout cas un curé, à qui elles ne plaisaient pas, en dépouilla l'église.C'est sur la côte également que s'élève le manoir seigneurial des de Sales Laterrière, dont la famille compta plusieurs membres illustres.Pierre de Sales Laterrière fut un chirurgien renomme, qui, apres ses études à Laval, alla se perfectionner en Angleterre.Il épousa la fille de Sir Fenwich Pulmer et la jeune Anqlaise sut se gagner tous les cœurs par son charme et son affabilité.Le docteur de Sales Laterriere publia en Angleterre, une espèce d'apologie des Canadiens français sous le titre « Historical and Political Account on Lower Canada ».La famille des de Sales Laterrière est toujours en possession du vieux manoir et «l'habite quelque temps chaque année.De nombreux citadins viennent passer la belle saison aux Eboulements et l'endroit mérite bien la vogue dont il jouit.Plusieurs hôtels bien tenus sont là pour accueillir les étrangers, et ceux qui ont la bonne fortune de séjourner dans ce coin de pays en rapportent des souvenirs inoubliables.Les lacs poissonneux abondent dans les montagnes qui pressent le village de toutes parts.Les bains d'eau salée, les promenades en forêt, les randonnées sur l'eau en chaloupes à rames ou à voiles, les excursions à Tile aux Coudres dont le traversier accoste tous les jours au quai des Eboulements, sont des passe-temps qui laissent le corps plein d'une nouvelle vigueur et l'âme envahie par une poésie dont on se défend mal dans ces lieux enchanteurs.Les montagnes, la Tourelle qui atteint 2,60Q pieds, la montagne à Ignace, la montagne Pelée, les jumelles à Médéric, le mont Saint-Nicolas, le mont des Eboulements forment un décor grandiose et impressionnant.Par delà leurs cimes arrondies, s'aperçoivent, dans leur robe bleue ou mauve, d autres monts encore dont les rangs pressés donnent l'impression d'un immense troupeau de bêtes gigantesques accroupies pour ruminer et prendre un peu de repos.Mais il y a des siècles que ce repos dure et c est à peine si ces monstres engourdis ont parfois un léger frémissement.Leurs assises sont de granit trop dur pour exposer la population aux malheurs qui frappent certaines parties du globe moins privilégiées.Sur leurs flancs, comme une toison, les conifères, les bouleaux, les merisiers, les érables, les chênes, etc montent vers leurs crêtes.La lutte contre les grands vents, le froid, le soleil et, peut-être aussi, la nature du mince humus qui recouvre les rochers, donnent à leur bois une dureté remarquable.A 1 automne, le pelage de ces fauves s'anime des teintes sanguinolentes des bois francs tranchant sur le feuillage immuablement austère et sombre des pins, des epi-nettes, des cèdres et des sapins.A leurs pieds, le grand fleuve dont la rive sud se laisse apercevoir aux jours de beau temps, toujours le même dans sa course, le flux et le reflux de ses eaux, et pourtant si changeant dans les aspects multiples qu'ils présentent sous les touches d'une lumière a la palette inépuisable.C'est précisément ce qui fait .e charme de ces vastes paysages.On ne se lasse jamais de les contempler parce qu'ils offrent toujours une nouvelle féerie de formes et de couleurs.Le matin nous les présente dans toute la pureté de la première aube du paradis terrestre, le midi leur donrie une grâce alanguie et sereine, tandis que le couchant, de ses feux innombrables, les fait passer par toute le gamme des tons, comme pour nous les faire mieux apprécier avant qu'ils ne s'enveloppent du manteau bleu de la nuit.Et l'homme lui aussi vient animer ces paysages.Les grands transatlantiques qui ont tous adopté depuis quelques années le chenal nord plus profond et plu.-> sûr, les navires marchands et les yachts de luxe des millionnaires américains défilent presque sans discontinuer en envoyant jusqu'au rivage les lames que leurs coques ont creusées dans les eaux.Les petites goélettes, à leur passage, se tournent respectueusement eux, les saluent de plusieurs inclinations et.vers lorsque le calme s'est rétabli, reprennent leur course vers quelque port de la côte.Leurs voiles blanches fuyant sous le souffle puissant d'un vent favorable, ou s'inclinant sur la vague pour prendre des bordées interminables et laborieuses, sont toujours un régal pour l'œil.Les luxueux paquebots de la Canada Steamship Line s'arrêtent tous les jours (il est très rare que le gros temps empêche de le faire) au quai des Eboulements.Le panache de fumée que vous voyez soudain doubler la pointe du cap aux Oies, au bruit d'un grondement sourd, est causé par le convoi du Canadien National, qui s'avance le long de la rive, en courbes, presque continuelles, pour disparaître au fond des baies et se montrer de nouveau à la pointe des caps.Tous les jours, lui aussi, il débarque aux gares de Charlevoix les flots de ses touristes ou de ses artistes en quête de pittoresque.\t\u2022 La route nationale, elle, nous arrive des montagnes et reprend bientôt sa chevauchée vers la Malbaie, le lac Saint-Jean ou la baie Comeau.Dans un décor si majestueux et si reposant on n'est pas étonné de trouver chez les habitants, une noblesse d'âme et de manières qui se traduit dès les premiers contacts.Le langage, lui aussi, vous offrira d'agréables surprises.On a dit que les gens de Charlevoix étaient, de tous les Canadiens, ceux dont l'accent rappelle le plus celui de nos cousins de France.Et, à ce point de vue, les Eboulements sont la crème de Charlevoix.La fréquentation des seigneurs, qui causaient volontiers avec tout venant, l'existence de certains salons qui se piquaient de culture, doivent être pour une part dans la qualité surprenante du parler de l'endroit.Et tout le monde sait que c'est aux Eboulements que sont les belles filles.On vient les chercher de plusieurs lieues à la ronde de telle façon qu'il n'en reste plus pour les garçons de la place, lesquels sont bien obligés de se faire des promises ailleurs.Paul LAMBRET 4 Le Samedi, Montréal, 12 juillet 1947 W (WW!* Ci-contre, à gauche, l*un dei phénomènes qui ne manquent jamais d'étonner le touriste d'Occident : il s'agit ici d'un fakir marchant le plus calmement du monde sur un lit de braises ardentes.Dans ses mains, il porte quelques branches feuillues selon les exigences d'un rite de sa religion.Les yeux fixes et sans aucune douleur apparente, il se dirige dans la direction d'un officiant qui lui tend les bras.\u2014 Ci-dessous, autre type de stoïcisme qui nous est plus familier, cependant : un fakir se plante dans la chair toute une série d'aiguilles aplaties sans douleur, également, et sans qu'il ne sorte une seule goutte de sang.LES FAKIRS Dans l'Inde mystérieuse Le nom de fakir est un mot arabe qui signifie pauvre.Les fakirs n\u2019existent qu\u2019aux Indes ; dans les pays musulmans on les nomme derviches, dont le* nom persan : deronich, qui peut aussi dire pauvre.Les fakirs doivent vivre dans la pauvreté et les privations, ne porter que des vêtements déchirés.Ceux qui se réunissent par troupes sont vêtus de cafetans faits de haillons de diverses couleurs, et mal cousus.Le chef de la bande doit se distinguer par des oripeaux encore plus misérables que ceux de ses compagnons, et par une chaîne fixée à une jambe.Lorsque ce chef agite et fait cliqueter sa chaîne en priant, les fidèles doivent préparer à manger à la troupe dévote.Sur les invocations des fidèles le chef alors se laisse baiser les pieds, les mains, les vêtements, et distribue des bénédictions, mais surtout aux plus généreux.Il touche pieusement les malades, pour obtenir de Dieu de faire cesser leur infirmité.Les fakirs, qui vivent isolés, sont et demeurent toujours en plein air ; ils portent un gourdin auquel sont suspendus de sales haillons de toutes couleurs, font parade d\u2019une liberté brutale, et prétendent pouvoir tout faire sans pécher.Il est peu sûr de se trouver à l\u2019écart avec eux, Il y a des fakirs qui ont une sorte de régime militaire ; presque toujours ils portent une lance ou tout autre arme, et marchent en battant du tambourin, en sonnant une espèce de trompette ou de conque, et avec étendard au vent.Les fakirs les plus respectés sont ceux qui passent presque tout leur temps dans les mosquées à étudier les principes de la religion et les lois.Les fakirs idolâtres sont les plus extravagants.Il en est qui se tiennent des années sans parler, ou dans mie position pénible, par exemple les bras levés en l\u2019air ; leurs bras finissent alors par devenir immobiles et s\u2019ankylosent.D\u2019autres s\u2019attachent debout au moyen d\u2019un lien fixé à un pieu, à un mur, ou à un arbre.D\u2019autres se mettent du feu sur la tête ou marchent sur des charbons ardents.On dit que \u201cla foi transporte les montagnes\u201d, et il n\u2019y a vraiment qu\u2019une foi à base de mysticisme ardent pour expliquer l\u2019accomplissement de certains rites religieux.Un officier Anglais vit un jour un fakir se faire enterrer, rester plusieurs jours sous terre et en sortir vivant.Quant à ceux qui avalent des cendres brûlantes ou marchent en procession sur de la braise rouge, il est certain qu\u2019ils ne sont pas alors dans leur état normal.Il suffit pour s\u2019en convaincre d\u2019observer les attitudes grotesques qu\u2019ils prennent, et surtout l\u2019expression hagarde de leurs yeux qui regardent fixement devant eux, sans paraître voir la foule des fidèles qui se pressent à leur rencontre. Le Samedi, Montréal, 12 juillet 1947 5 .¦ sfi-Mr- - r%r .*$****¦, ¦.\" \u2022- Cl -zgmz-#.ëmw* N gpp aK SÜ2 'Mtfil frfi i.ppwy I WRil AVENTURE ET CHASSE Voilà trois jours que nous voyageons.Sous l\u2019éclatant soleil d\u2019Avril, la piste de glace se déroule sans fin, étincelante et monotone.Malgré les lunettes noires, nos yeux se ferment, éblouis.Nous venons du camp, nous allons à Baker Lake.Les chiens, harassés par la chaleur inaccoutumée, pour un chien eskimo ne plus geler c\u2019est avoir trop chaud, halent lentement la lourde traîne, plus lourde encore depuis que la neige molle ne permet plus de glacer les patins.^ Malgré tout, le jour ininterrompu de l\u2019arctique et l\u2019absence des grosses tempetes facilitent les longs voyages.C\u2019est pourquoi, il y a huit jours, j\u2019ai proposé à Kapi d\u2019aller faire un tour au poste.Sur le moment, cela ne l\u2019a guère tenté ; ses petits yeux sont devenus plus petits encore, accompagnant la moue qui est le signe eskimo de la négation.Tant pis ! puisqu\u2019il ne veut pas.Mais le lendemain, le voilà dans mon iglou.\u2014 Dis-moi, Tabluki, il y a de la toile à tente au poste ?\u2014 Bien sûr ! Une pose diplomatique et puis : __Tu veux toujours aller à Baker Lake ?__Mais je croyais que tu ne voulais pas m\u2019y conduire ! \u2014 C\u2019est que ma femme trouve que notre tente est vieille et si tu m\u2019en achètes une neuve .J\u2019ai compris.On boit le thé et le voyage est décidé ; mais la veille du départ, ü me dit soudain : \u2014 Quand je ne serai pas là, qui nourrira ma femme et mes enfants ?\t, ,\t, \u2014 Je vais lui laisser de la farme et du the et du sucre, etc.C\u2019est vrai ! Quel bon père de famille ! Et comme mon homme s\u2019en va, je pense en avoir fini.Hélas, comme ces jeunes\t[ Lire la suite page 35 ] Même quand la chaleur est insupportable, on est d'accord pour trouver que J'été est trop court à notre latitude.Toutefois, on trouvera matière à se consoler en lisant l'article ci-dessus qui traite d'une randonnée de quatre cents milles dans l'Arctique et dont le terme était Baker, Lake.Bien que les photos illustrant cette page ne soient pas du reportage proprement dit.elles donneront quand même une idée des paysages et des gens vus par l'au- Photos O.N.F.Trois scènes de l'Arctique situant bien l'atmosphère où se déroule la passionnante randonnée que décrit dans l'article de cette page notre collaborateur.DANS L\u2019ARCTIQUE Par 1.MICHEA ' - -, \u2022 \\ pi Ci-dessus, indigènes devant un stand consacré aux produits de la France d'outre-mer, les exposants offrent au public un spectacle improvisé.Comme l'a démontré cette dernière foire de Paris, les ingénieurs et savants ont réalisé des merveilles de commodités pour la vie courante.6 UN MONDE D'INNOVATIONS Le Samedi, Montréal, 12 juillet 1947 LA FOIRE DE PARIS Par EDWARD HELSEY I Exclusif au \" SAMEDI \" I Si j\u2019étais un homme sérieux, capable de s\u2019intéresser aux multiples problèmes de la technique industrielle et aux progrès de la production mécanique, je serais sans doute revenu visiter plus d\u2019une fois cette Foire de Paris qui, du 10 au 26 mai, n\u2019aura pas cessé d\u2019attirer au Parc des Expositions de la Porte de Versailles une foule énorme de curieux.Sans parler de l\u2019Electricité, de la Radiophonie, de la Télévision qu\u2019il a fallu, faute de place, loger au Grand-Palais des Champs-Elysées, les stands de la Fonderie par exemple, ceux de la Mécanique, des Produits Chimiques, des Matières plastiques, des utilisations de l\u2019Aluminium, de l\u2019Entreprise et du Bâtiment, peuvent longuement retenir l\u2019attention des gens de métier.Ils témoignent qu\u2019en dépit des prodigieuses destructions de la guerre, ingénieurs et savants français ne sont guère enclins à s\u2019endormir parmi les Ci-contre, photo du haut, pour la première fois depuis la fin de la guerre, la section de l'alimentation a revu des stands abondamment pourvus de produits divers : un stand particulièrement bien achalandé.\u2014 Au centre, une bicyclette pliable que l'on peut transporter à la main dans un petit sac ! ruines, et que la France se prépare, avec méthode et courage, à reprendre une place de choix sur le marché mondial.Je manque totalement de compétence pour apprécier à leur juste valeur les machines agricoles perfectionnées offertes à notre examen.Et si une motocyclette d\u2019un modèle inédit ne frappe par un rare alliage de force et d\u2019élégance, je ne suis pas, hélas ! en état d\u2019en décrire les avantages ou d\u2019en faire apparaître l\u2019originalité.Il ne s\u2019agit là d\u2019ailleurs, en règle générale, que de prototypes, patiemment étudiés, réalisés avec amour, mais qui ne passeront qu\u2019un peu plus tard dans le domaine commercial.Le manque de matières premières, la pénurie de charbon, ne permettent pas, jusqu\u2019ici, une fabrication en série.Il est même encore trop tôt pour établir un prix de revient.L\u2019important, c\u2019est de démontrer que l\u2019intelligence française, dans ce domaine comme dans tous les autres, reste en éveil et travaille activement.Or, l\u2019expérience est concluante, et le moins expert en ces sortes de choses ne peut manquer de sentir et de comprendre que ces premiers échantillons sont les signes annonciateurs d\u2019un renouveau fécond et prochain.J\u2019ai de même passé rapidement devant le pavillon de l\u2019Alimentation,\t[ Lire la suite page 36 ] U \u2019.1?* 2 É.I * .f§j§MK iO*> il'; « iyîK WW * De son vivant, les yeux de cette personne lui seront précieux.Après sa mort, ils seront perdus à jamais.Toutefois, ce bien inestimable entre tous peut ne pas se perdre, il peut même rendre la vue et le bonheur à des survivants frappés de cécité, comme on verra dans ce bel article.- .ON PEUT RECOUVRER LA VUE LES YEUX D'UN MORT PEUVENT CONTINUER DE VOIR Par ARTHUR PREVOST MEMBER OF BOARD OF DIRECTORS ¦MSÉ - £ - Avec mes papiers personnels, je conserve sur ma personne deux autres cartes : la première est ma carte de membre du Club Nautique, la seconde sera utile à un aveugle qui, après ma mort, lui permettra de voir.avec mes yeux.Oui, avec MES yeux.Ce que je vais en voir des choses ! Cette dernière carte, son utilité, sa provenance, doivent être expliquées.Devant le nombre incalculable des aveugles, aux Etats-Unis, une société s\u2019est fondée afin de chercher un moyen de rendre la vue à ces malheureux.Une maladie de la vue peut être guérie immédiatement par la greffe.La cécité due à une maladie de la cornée est, chez les aveugles, la plus répandue.Aux Etats-Unis seulement, plus de 200,000 aveugles souffrent de cette maladie : cécité causée par la cornée.noms de malades et, à mesure que des yeux lui parviennent, elle fait \u201ctransplanter\u201d ces yeux chez l\u2019aveugle qui voit 1\u2019 \u201caurore\u201d comme aiment à le dire ses directeurs qui a nom : \u201cD-A-W-N SOCIETY\u201d (le mot \u201cdawn\u201d veut dire : \u201caurore\u201d).Les premiers arrivés, les premiers servis.Qu\u2019importe la race, la nationalité, la religion ; on fait venir les premiers inscrits sur la liste et ces aveugles souffrant de la cornée sont préparés à l\u2019opération prochaine et seront les premiers à voir le jour.Avant même que de nouvelles paires d\u2019yeux arrivent, les premiers noms inscrits sur la liste sont conviés afin d\u2019être prêts à subir la greffe quand les yeux arriveront par avion.Ces yeux viennent de tous les états, même du Canada.Il faut remplacer les yeux de ces aveugles ; des yeux morts remplacés par des yeux vivants ; enlevés aux personnes qui viennent de mourir.Mais où prendre ces yeux ?Voici comment l\u2019on procède : cette société, plus haut mentionnée, possède une liste de La Société émet des formules.Vous remplissez ces formules, les signez ainsi qu\u2019un témoin (de préférence un parent) et vous retournez le tout à ladite Société qui vous remet une carte d\u2019identification que vous porterez continuellement sur vous et qui se lit comme suit :\t[ Lire la suite page 35 ] Ci-dessus, une carte de membre de la \"Dawn Society\", nom symbolique d'une institution qui assure à certains types d'aveugles l'usage d'une partie des yeux de personnes à qui l'on fait l'ablation de leurs yeux immédiatement après leur décès.Comme on verra, l'auteur de l'article en fait partie lui-même.\u2014 Ci-contre, un aveugle conduit par son chien nous rappelant que plusieurs de ses compagnons d'infortune, sinon lui-même, pourraient recouvrer le sens de la vue.grâce au concours de cette merveilleuse \" Dawn Society \".THE IDAWIM -JT.\u2014T- SOCIETY \u201cThat the Blind May See\u201d This is to certify that^HUR.PREVOST has signed a pledge which is on file with this Society, * which authorizes any Medical Doctor, Surgeon, or otherM - qualified person to enucleate his/her eyes immediately y after death on behalf of,the Dawn Society.These eyes will be given to worthy blind persons for the purpose of a Cornea Transplantation Operation.CARD - NUMBE Le Samedi, Montréal, 12 juillet 1947 âr \"ÎÊïP\" '' '\t' Ci-dessous : la célèbre artiste française du Metropolitan Opera, LILY PONS, se promène de long en large sur le pont du transatlantique America, alors qu'il s'apprête à appareiller.Lily Pons est accompagnée de son mari, le chef d'orchestre ANDRE KOSTELA-NETZ.Tous deux vont faire une tournée de concerts en France, Belgique et Angleterre.Ci-contre, pour se conformer aux ordres du gouvernement, des soldats français remplacent les livreurs de lait qui sont en grève.On voit ici deux militaires à la station de Vaugirard, remplissant des bidons de lait qui seront chargés sur les camions de l'armée puis distribués chez les marchands et dans les hôpitaux.\u2014 Ci-dessous, aux Etats-Unis, un homme ayant souffert longtemps de paralysie et qui prétend avoir été guéri de ce terrible mal essaie de marcher après quelques entrevues avec le thaumaturge arménien, AVAK HAGOPIAN, dont on parle tant.% ^ ¦¦¦IMS/'**' s Æ Ci-dessous : trop de gens ignorent encore que le trésor de l'église Notre-Dame, jadis exposé seulement dans des circonstances exceptionnelles, peut maintenant être vu du public.Le trésor est exposé au musée Notre-Name, à l'arrière de l'église.On voit ici des visiteurs admirant un grand crucifix et des chandeliers donnés par le roi Louis XIV.à Notre-Dame de Montréal.Ils surmontaient autrefois le banc des marguilliers.Comme chacun sait, l'église Notre-Dame actuelle est la troisième du nom, sur le même site montréalais, si familier à tous les touristes.Ci-dessous : on voit le docteur THEODORE HAUSCHKA, fameux médecin de Philadelphie, en compagnie de deux de ses aides.Elles injectent à des souris le traitement \"KR\", contre le cancer, l'une des plus récentes découvertes des savants de l'Union Soviétique.Jusqu'à présent, ce nouveau traitement n'a pas été expérimenté sur des hommes mais seulement sur des petits animaux.L'humanité entière attend et espère anxieusement. PPM Ci-de$sus, on peut voir HOWARD HUGHES, dessinateur et constructeur de l'avion Hercule, le plus grand qui existe, au moment où il sort de l'immq/ise nef pour procéder à un minutieux examen de l'extérieur.L'Hercule fera sa première envolée officielle au cours de l'année, mais la date n'en a pas encore été fixée.Jusqu'à présent, le coût du géant des airs s'élève à plus de $20,000,000.\u2014 Ci-dessous, une scène assez tumultueuse croquée à Trieste, alors que la police alliée dût employer des gaz lacrymogènes pour dompter ces jeunes révoltés yougoslaves.L'expression de ces gens peut nous laisser à réfléchir.Ci-dessus : L.W.GOTTS, fameux sculpteur anglais, travaillant au grand écusson sculpte dans la pierre qui doit surmonter la porte principale de Winfield House, à Londres.Le gouvernement américain vient de faire l'acquisition de cet immeuble de Regent Park, pour y installer son ambassade.(11) Ci-dessous: l\u2019un des secrets militaires de la récente guerre, le mécanisme d'un propulseur à jet que l'on introduit dans le moteur d un avion. Pw 2 Ci-dessous : une photographie de l'éclipse totale de soleil, du champ d'observation de Bocayuva, au Brésil.Cette photo, prise par le photographe de la NBC, Leroy Phelps, fut expédiée par avion à New-York où elle parvint moins de 60 heures après l'événement. 10 Le Samedi, Montréal, 12 juillet 194 7 NOUVELLE SENTIMENTALE Sainte-Marie-des-Joncs PAR PAUL LACOUR Coiffées de chapeaux fleuris, elles traversaient le village en se tenant par la taille.La joie de vivre et d\u2019avoir vingt ans leur mettait un sourire aux lèvres et du soleil dans les yeux.De la brune Françoise, fortement construite, on disait communément : « voilà un beau brin de fille » ; mais elle avait une grâce timide, et sous de fins sourcils, deux taches bleues striées de noir qui lui faisaient les plus beaux yeux du monde.Les gars sur leur passage accompagnaient d\u2019un geste familier leur « bonjour Françoise ! bonjour Jeanne », mais ne se permettaient aucune privauté.Elles s\u2019arrêtèrent devant une maisonnette sans étage.Jeanne, se hissant sur la pointe des pieds, atteignit le bord de cette fenêtre : \u2014 Eh ! Constance ! Un visage parut, un visage jeune et frais, ayant l\u2019ineffable charme des aurores.\u2014 Nous venons te chercher, Constance.\u2014 Pour où aller ?\u2014 A la fontaine Sainte-Marie-des-Joncs.\u2014 Et les vêpres ?Mais Jeanne insista : \u2014 Ce n\u2019est pas un péché de les manquer.Viens, on trempera un pied dans la source, et on se mariera, comme Dominique, dans l\u2019année.Françoise ajouta : \u2014 Nous savons bien que tu n\u2019es pas pressée ; ton Laurent est encore pour un an au régiment ; mais la source a aussi la vertu de combattre les maléfices, au cas où on essaierait de te jeter un sort, à toi ou à lui.Constance Dordeuil céda.Elles partirent ensemble, les deux jeunes filles brunes encadrant la vierge aux cheveux de maïs.\u2014 Pourquoi appuyez-vous à gauche ?demanda Constance.\u2014 Nous voulons faire une visite à Gaspard.\u2014 Gaspard ! Le sorcier ! \u2014 Il le faut, affirma Jeanne.Il a des herbes efficaces.Dominique l\u2019a dit.Constance sourit.\u2014 Tu as raison, il faut faire ce qui a réussi à Dominique.Par milliers fusaient autour d\u2019elles les boutons d\u2019or et les reines-des-prés que foulaient leurs pieds distraits de filles habituées à ce luxe floral de la nature.\u2014 Courons, dit soudain Françoise.La cabane du sorcier est là-bas.Un besoin impérieux de se dépenser leur mettait des ailes aux pieds.La masure de Gaspard surgit entre quelques arbres rabougris dont les branches retournées par le souffle continu de la mer ont l\u2019allure d\u2019une troupe en déroute.Un chien au poil de sanglier, tirant sa chaîne, lança un aboi rauque.Alors, dans les herbes fines de la dune, un homme se leva.C\u2019était Gaspard.Tanné par les embruns, hâlé par tous les vents, la face envahie par une barbe drue, longue et rousse, il apparut affreusement hirsute et hideusement borgne.Les trois pauvrettes, à son approche, reculèrent, bien que le sachant plus laid que méchant.\"Viens, on trempera un pied dans la source, et on semariera dans l'année !\"\tDessin de JEAN MILLET + JL Gs % > \\ K \\ HM h} t \u2022« \u2022*#»j iÿf ¦' ' ! \u2014 Bonjour, mes petites chattes, dit-il, en poussant devant elles la porte de son logis.A l\u2019intérieur, ce fut un grouillement, un glissement d\u2019êtres craintifs qu\u2019on surprend : un geai, une pie et un corbeau ; tandis qu\u2019un merle, jaloux de leur liberté, s\u2019agitait dans une cage d\u2019osier, à côté d\u2019un sansonnet morose.Françoise parla : \u2014 Nous venons pour la source Sainte-Marie-des-Joncs.\u2014 Je m\u2019doute bien que ce n\u2019est pas pour mon joli museau, mes belles, et que vous avez des idées de vous marier dans l\u2019année.Ah ! ah ! Et l\u2019homme se mit à fredonner une chanson du pays, tout en fouillant dans un coffre : Vous êtes à marier Qui n'avez rieh à cacher Trois belles filles, Sous vos mantilles.Elles lui répondirent en choeur : Nous offrons aux jeunes gens Une âme pure Et la fleur de nos vingt ans, La chose est sûre.Il leur présenta une herbe desséchée et recroque villee.\u2014 Du thym, dit Jeanne.\u2014 Du romarin, corrigea Françoise.\u2014 Moi, je ne sais pas, avoua Constance.,\t\u2014 Et vous avez raison ; ne cherchez pas mes chat tes; mutile, c est mon secret.Glissez mon talisma dans votre corsage, et suivez-moi.Dehors, il étendit le bras.\u2014 La fontaine est là-bas, sous ces roches, au pie de 1 arbousier.Il faudra plonger un pied nu dar 1 eau, en appuyant la main sur votre coeur pour qu vousappa^senm^d.celui que vous é^re -Et si elle n'apparaît pas?osa questionna [ Lire la suite page 38 Constance.1 Le f rio Atlas fait parler de lui, depuis sa visite dans les principales villes des provinces de Québec et d\u2019Ontario.Ces équili-bristes émérites sont de fervents adeptes de la culture physique.On les voit, dans la photo du haut dans un tour d\u2019acrobatie.Les deux jeunes athlètes formant la base de cet ememble sont deux culturistes de Montréal, ALLAN PAVIO, sur le dos, et JOHNNY DOUCET, à gauche.Ci-dessous, le trio Atlas, dans une pose caractéristique.A droite, HARRY SMITH.Son épouse est une acrobate accomplie.\tPhotos Gabriel Desmarais.\"JE N'AI PAS LE TEMPS DE FAIRE DE LA CULTURE PHYSIQUE ! \" Dans les gymnases de la Palestre Nationale, des Y.M.C.A., où se pratique assidûment la culture physique, de nombreux spectateurs entourent parfois la cohorte des pratiquants.Il est à remarquer que la plupart des gens qui regardent ne sont pas des imbéciles.Ils ont le cou serré dans un faux-col et disposent d'un petit ventre rebondi, un de ces ventres qui reste encore, pour certains arriérés, comme l\u2019indice d\u2019une bonne santé.Ces adipeux avant l\u2019âge contemplent le plus souvent ceux qui suent à la suite d'exercices physiques avec un petit air de triste commisération et semblent leur dire : Pauvres fous ! On lit dans leurs yeux boursouflés par la graisse leur pensée.Nous approchant d\u2019eux, nous leur disons : \u2014 Alors, cela ne vous dit rien ! On ne veut donc pas le faire fondre cet \u201c oeuf de Pâques \u201d ! Us nous répondent invariablement: \u201cJe voudrais bien, mais je n\u2019ai pas le temps de faire de la culture physique, 10 ou 15 minutes par jour.\u201d Ce \u201cje n\u2019ai pas le temps\u201d est horripilant ou presque.C\u2019est la mauvaise excuse des gens sans force et sans volonté.Quand on veut, on a toujours le temps de faire quelque chose d\u2019utile et d\u2019indispensable.On trouve bien le temps de rester un quart d'heure de plus à table, au déjeuner ou au dîner.On trouve bien le Ceux-ci sont les seuls à avoir leur pointage reconnu par VAmerican Bowling Congress et ce, d\u2019après les records de 1895-1946.Il est vrai que plusieurs parties parfaites (300) furent réussies.Etant donné que ces parties n\u2019étaient pas réglementaires, elles ne sont reconnues que par la Cie Brunswick-Balke.Hank Marino, de Milwaukee, et non Jack Aimer, est détenteur du record de parties parfaites approuvées, soit 10.(Voici où M.Robi-neault a raison).Andy Varipapa, nouveau champion, est celui qui a le plus de parties parfaites à son crédit, 60.Il n\u2019en a qu\u2019une réglementaire.[ Lire la suite page 38 ] ON PARIERA SUR LES COURSIERS FAVORIS A LA LUMIERE ELECTRIQUE.DANS UNE COUPLE D'ANNEES Quoique les propriétaires de la piste de courses de chevaux de Blue Bonnets n\u2019aient pas fait de grosses pépites d\u2019or, à leur dernière réunion légèrement gâtée par la mauvaise température, on peut dire que ce fut un réel succès, à tout considérer.On ferait de meilleures affaires, s\u2019il était permis d\u2019organiser des réunions hippiques, le soir, sous les réflecteurs électriques.En plus grand nombre, les parieurs risqueraient quelque dollars sur les chances de leurs coursiers favoris, sans perdre une minute de travail.Souventes fois, nous avons attiré sur ce point 1 attention des autorités du gouvernement fédéral, qui retireraient un montant plus élevé des différentes taxes.De plus, cela donnerait aux propriétaires de chevaux un plus grand nombre d\u2019avantages de vendre leurs poulains, de les laisser au pays.Conséquemment, les acheteurs seraient plus encouragés à l\u2019idée d amorcer un courant d\u2019échanges indispensable à la prospérité et au progrès de l\u2019élevage.On conçoit facilement les nombreuses difficultés qu\u2019ont à surmonter les sportsmen, qui désirent s\u2019organiser de façon que le sport des rois devienne une occupation nocturne.Il faut, pour cela, que les sénateurs amendent la loi actuelle des courses de chevaux, qui prohibe les réunions du genre après le coucher du soleil.Incidemment, le sénateur Hayden s\u2019est fait le parrain d\u2019un amendement qui, si elle s\u2019effectue, permettrait l\u2019organisation de courses de chevaux, à la lumièfle électrique.On dit, d\u2019autre part, que les courses sous harnais recevront, en premier lieu, ces honneurs privilégiés.Tommy Gorman, le grand Manitou des sports d\u2019Ottawa, qui n\u2019entend pas ramasser les casquettes dans toutes ses entreprises sportives et commerciales, se dit confiant de présenter à ses partisans du turf des courses de chevaux, le soir, à Connaught Park, au mois d\u2019août.Nous croyons que l\u2019enthousiasme de TP se couvrira d\u2019une douche froide, car nos sénateurs n\u2019ont, d\u2019ordinaire, aucune envie d\u2019amender le Code Criminel, aussi rapidement.Si Tommy Gorman gagne son point, les directeurs de Blue Bonnets ne seront pas lents à offrir aux Montréalais, peut-être en 1948 ou 1949, des courses de chevaux, sous les réflecteurs électriques, de 8 h.30 à 11 h.30.Comme vous le savez, sans doute, dans la vie il y a bien peu de cas, bien peu de difficultés qu\u2019on ne puisse trancher avec un mélange de bon sens et de bonne foi.C\u2019est même parce que ces deux conditions ne sont pas réunies que les fomentateurs de guerre réussissent souvent à mettre à feu et à sang notre boule terrestre, le sang étant réservé, non pas à ces profiteurs, mais à notre jeunesse de 20 à 30 ans ! temps pour ses verres de bière ou de scotch, d\u2019assister à des joutes de baseball ou de hockey, à des combats de lutte ou de boxe.On trouve bien le temps d\u2019aller assez souvent au cinéma ou dans des clubs de nuit remplis de gens plus ou moins honnêtes, de se coucher une heure trop tard et de se lever une heure trop tard.Ce temps que l\u2019on perd à toutes ces choses, on 1\u2019emploierait à faire, chaque jour, une quinzaine de minutes de culture physique.On supprimerait ainsi un tas de maux de tête et nombre de comprimés d\u2019aspirine.Et ces quinze minutes quotidiennes accumulées prolongeraient d\u2019autant d\u2019heures le \u201ccouic\u201d qui nous appelle trop tôt dans un monde soi-disant meilleur.Ne devrait-on pas hésiter à supprimer le superflu des bêtises de la vie pour utiliser ce nécessaire qu\u2019est la culture physique ?On a toujours le temps de faire quelque chose de bien, quand on le veut vraiment.Quand la Grande Faucheuse frappe à votre porte, vous avez beau lui dire que vous ne recevez pas et que vous n\u2019avez pas le temps de l\u2019écouter, elle entre tout de même et plus vite que vous ne voulez.Retenez donc cette entrée macabre le plus possible.Tous les mouvements de culture physique vous donnent le moyen infaillible de l\u2019éconduire très longtemps.UN QUILLEUR Dans une édition antérieure, nous avions écrit, à la demande de l\u2019un de nos correspondants, que Pierre Métivier, de Québec, avait roulé une partie parfaite de 300 points aux grosses quilles, il y a 15 ans environ.Il paraît que cette performance n\u2019est pas homologuée par le Congrès Américain des Quilles.Cela n\u2019empêchera pas le soleil de darder ses rayons ardents sur le cuir chevelu sur les crânes chauves et chauvins.Nous remercions sincèrement M.R.G.Robineault, 58a, rue des Erables, Valleyfield, des intéressants renseignements qu\u2019ils nous fait parvenir, au sujet de certains records mondiaux des grosses quilles.Nous nous empressons donc de les reproduire : Les seuls quilleurs canadiens à rouler une partie parfaite sont les suivants : \u2014 W.Childs, Regina, Sask.1929 D.Lawson, Winnipeg .1940 H.McMaster, Winnipeg .1937 Ed.Sobie, Winnipeg .1938 G.Young, Brandon\t1941 Le Samedi, Montréal, 12 juillet 1947 Dans le Monde Sportif PAR OSCAR MAJOR 12 Le Samedi, Montréal, 12 juillet 1947 RECIT POLICIER LE MESSAGER DU .\t: Par CLAUDE ASCAIN I \u2014 SIX MILLIONS DE PIERRES PRECIEUSES onsieur J ans Kroonen, de la maison Kroonen et Cie, la plus importante taillerie de diamants de Rotterdam, releva ses lunettes d\u2019or sur son front, prit un récepteur téléphonique et commanda : \u2014 Envoyez-moi Deconninck ! \u2014 Y a mynheer (Oui, monsieur).Le négociant hollandais se renversa quelques secondes sur le dossier de son fauteuil, examina ses doigts aux ongles taillés avec soin et attendit.C\u2019était une sorte de géanit, jadis roux, aujourd\u2019hui grisonnant, gros et débonnaire.Il possédait une curieuse petite voix flûtée qui contrastait avec son corps immense.Ses yeux à fleur de tête, d\u2019un bleu faïence sous les cils blonds, avaient une expression toujours contente.Un coup léger retentit à la porte.Sur l\u2019injonction de M.Kroonen, un homme entra.De taille moyenne, brun, le regard décidé, Deconninck était dans la force de l\u2019âge.\u2014 Ah ! vous voici ! s\u2019exclama le patron.Tout est prêt ?Quand partez-vous, Deconninck ?\u2014 Ce soir même, Mynheer.Je prends le rapide de Paris à 22 heures.\u2014 Très bien .Très bien .Vous me téléphonerez dès votre arrivée, n\u2019est-ce pas .Comme d\u2019habitude.\u2014 Comme d\u2019habitude, Mynheer, confirma l\u2019homme qui ajouta : Et tout se passera d\u2019ailleurs comme d\u2019habitude.\u2014 J\u2019y compte, mon garçon, car vous emportez, cette fois, une grosse, une très grosse fortune.Dix millions de diamants, Potferdecke ! c\u2019est quelque chose .Deconninck ne sourcilla pas.Il articula simplement : \u2014 Dix millions ou dix florins, Mynheer, cela ne fait pas de différence pour moi.Vous savez que je prends toujours les mêmes précautions.Le chargement se trouvera comme les précédents, caché dans la ceinture de flanelle spéciale que j\u2019enroule sur moi, à même la peau.Impossible de me dévaliser.\u2014 Oui, je sais.Je suis tranquille avec vous, Deconninck.Mais tout de même, hein, ouvrez l\u2019œil.\u2014 C\u2019est facile, je ne le ferme jamais en route.M.Kroonen se mit à rire de satisfaction et se leva pour serrer la main de son employé qu\u2019il accompagna jusqu\u2019à la porte.Comme il l\u2019avait dit, le lot de pierres précieuses que Deconninck emportait était fort important.Mais le passager en avait l\u2019habitude car c\u2019était en cela que consistait sa profession, celle de courrier pour le compte de la maison Kroonen et Cie.Les tailleurs de diamants hollandais et belges ont l\u2019habitude de confier à un homme sûr les trésors destinés à leur clientèle étrangère.Depuis cinq ans, Deconninck \u2014 qui avait succédé à son père, admis à la retraite \u2014 s\u2019acquittait de sa tâche à la satisfaction de tous.Nul n\u2019étaiit plus régulier que lui.Du moment qu\u2019il allait prendre le rapide de 22 heures, on pouvait escompter que le consortium parisien pour le compte duquel la livraison était faite, recevrait son bien le lendemain vers midi.M.Kroonen avait fait prévenir les destinataires en conséquence, ajoutant que de ses trois messagers, il avait choisi Deconninck pour le transport.Les employés de la maison Kroonen et Cie savaient quel était le rôle du courrier, mais ils ignoraient \u2014 de même que pour les deux autres personnages chargés d\u2019une besogne similaire \u2014 les dates de départ des envois de diamants.Mesure de prudence qui s\u2019imposait car il fallait toujours prévoir un danger quelconque et il eût été relativement facile de tendre une embuscade pour s\u2019emparer du butin.Non pas que M.Kroonen, avec son sourire fleuri, se méfiât spécialement de son personnel, mais la compagnie d\u2019assurances avait exigé que les allées et venues fussent tenues secrètes.De sorte qu\u2019on ne savait jamais, quand Deconninck s\u2019absentait, s\u2019il partait avec une fortune sur lui ou non, pas plus qu\u2019on ne savait quelle route il allait prendre.Ces choses étaient discutées uniquement entre le patron et le courrier dans le secret du cabinet de travail aux murs recouverts d\u2019un épais capitonnage et dans lequel on ne pouvait pénétrer qu\u2019avec l\u2019autorisation de M.Kroonen.Ainsi, par exemple, pour le voyage actuel, les employés ne comprendraient que l\u2019homme était en mission que le lendemain matin, en ne le voyant pas apparaître.A ce moment-là, Deconninck serait pour ainsi dire arrivé à destination.Le négociant choisit dans une boîte un gros cigare noir et l'alluma avec componction.Il sonna son chef comptable qui travaillait dans le bureau attenant, et tous deux se mirent à travailler sur différentes questions d\u2019ordre général.Pendant ce temps, Deconninck qui, en temps ordinaire, assumait les fonctions d\u2019employé aux écritures était retourné à son pupitre où il continuait paisiblement sa besogne.Tout était prévu.A six heures et demie il quitterait la maison comme les autres.Le soir, à l\u2019heure ordinaire, on le verrait dans le petit restaurant où il prenait ses repas.Il ferait sa manille comme tous les soirs, puis la partie de cartes achevée, après dîner avec ses partenaires habituels, se dirigerait vers sa maison.Mais arrivé au bout de la rue, il continuerait à déambuler comme en flânant, jusqu\u2019à la gare.Là, il dégagerait le sac de voyage mis en consigne depuis le matin et, toujours sans hâte, s\u2019installerait dans son compartiment.Ainsi qu\u2019il l\u2019avait dit, les diamants se trouvaient déjà dans la fameuse ceinture, bien serrés sur ses flancs.Il sentait même, lorsqu\u2019il faisait certains mouvements du torse, les aspérités des pierres taillées qui s\u2019incrustaient légèrement dans sa peau et ce contact était rassurant au possible.A vingt-deux heures, M.Kroonen se trouvait chez lui, assis dans son salon en face de sa digne moitié.Tous deux écoutaient en silence la T.S.F.Le négociant entendit sonner les dix coups au cartel, leva les yeux sur le cadran, et se dit intérieurement : \u2014 Allons .Deconninck est en route .Ce qui correspondait exactement à la réalité.Le rapide de Paris venait de s\u2019ébranler et le courrier, assis dans un coin de son compartiment de seconde classe \u2014 toujours se méfier des premières, et quant aux troisièmes, elles étaient vraiment trop bondées \u2014 s\u2019apprêtait à passer une nuit sans sommeil.Nulle appréhension.Il éprouvait à l\u2019égard de la fortune qu\u2019il transportait, la même indifférence que celle d\u2019un caissier de banque habitué à manipuler des LE SAULE PLEUREUR Saule! Frisson du paysage! Obéissance au vent du soir ! Rêve penché sur un miroir ! Cheveux qui se croient du feuillage .Faiblesse qu\u2019un ciel encourage, Et dont un ciel reprend l\u2019espoir ! Cœur plein d\u2019oiseaux sans le savoir ! Destin qui dépend d\u2019un orage .Ne serais-tu, saule pleureur, Avec cette forme de pleur Et ce front de mélancolie, Qu\u2019un portrait à peine ébauché De notre visage penché Sur la rivière de la vie ?Rosemonde Gérard.centaines de mille francs, chaque jour de sa vie.Doue d\u2019une sereine philosophie, Deconninck n\u2019avait jamais éprouvé la moindre tentation.Il est vrai qu un penseur cynique a dit : « Il ne faut qu\u2019une fois .» mais le messager de la maison Kroonen et Cie en était encore à ignorer le sens de cette déclaration.C est pourquoi son patron passa une nuit fort tranquille dans son lit, pendant que le convoi emportant son employé dévorait la route métallique tracée par les deux rails sans fin.La matinée du lendemain fut, pour M.Kroonen, semblable à toutes les autres.Travail entrecoupé.de gros cigares, coups de téléphone, dictée de courrier, entretiens avec des clients, etc., etc.Ce ne fut que vers trois heures de l\u2019après-mid.qu\u2019éclata la bombe.Sa standardiste venait de lui annoncer une communication de Paris.Il prit l\u2019appareil, le visage béat : \u2014 Allô ?.Oui, ici, M.Kroonen .Qui est là ?Ah ! Monsieur Deville .Le président du Consortium.Oui.Très bien .Alors, cher monsieur, vous êtes en possession de .Hein ?Vous dites ?M.Kroonen, interrompu dans sa phrase, avait jeté ces deux dernières exclamations avec la voix d\u2019un homme qui vient de recevoir un coup de bâton sur la nuque.Il balbutia : \u2014 Je ne comprends pas très bien, M.Deville.Vous .Vous plaisantez, je suppose ?.La réponse fut brève.\u2014 M.Kroonen, vous divaguez ! \u2014 Exeusez-moi.Je .Non, c\u2019est invraisemblable ! Mon courrier est un chronomètre vivant.Il n\u2019est pas encore arrivé ?Impossible .Non, je veux dire, fantastique.Il devrait être là depuis longtemps.Le négociant, tout en écoutant M.Deville, essuya la sueur qui lui perlait aux tempes et brouillait les verres de ses lunettes.Ce dernier avait téléphoné pour demander l\u2019heure à laquelle Deconninck devait se trouver chez lui.Or, tous les calculs de ce pauvre M.Kroonen aboutissaient à cette constatation : son messager était parti à vingt-deux heures, la veille, il aurait dû avoir accompli sa mission à midi, mettons une heure au plus tard, et voici qu\u2019à trois heures, personne ne l\u2019avait encore vu, chaussée d\u2019Antin où se trouvaient les bureaux du Consortium Diamantaire de Paris.\u2014 Il lui est peut-être arrivé quelque chose ?ha-sarda-t-il sans trop savoir ce qu\u2019il disait.\u2014 Mais c\u2019est l\u2019évidence même \u2014 éclata M.De-ville.Il faut agir, il faut le retrouver.\u2014 Je.je vous tiendrai au courant, bredouilla le Hollandais.Mais, de votre côté, ne manquez pas de me prévenir s il se présentait dans le courant de la journée.Il raccrocha, les yeux hagards.Dix millions de francs.Son chef comptable, qui après avoir vainement frappe, s\u2019était décidé à entrer s\u2019arrêta net devant le visage décomposé : \u2014 Vous êtes souffrant, patron ?Qu\u2019y a-t-il ?,\t11 s\u2019empressait maintenant autour du gros homme écroulé sur le fauteuil, et lui arracha son faux col.M.Kroonen, respira plus librement.Il murmura \u2022 - Deconninck a disparu .Avec un envoi\u2019 très important.\u2014 Vous en êtes sûr, patron ?Deconninck ?.Un homme si probe ?Hélas, monsieur Meenmans, hélas M.Kroonen appelait toujours Monsieur ses chefs Deconninck n\u2019avai ris pour confirmer la nouvelle, pas donné signe de vie.\u2014J avise la Sûreté Nationale \u2014 ajouta-t-il Pré venez, de votre cote, la police hollandaise.e pauvre M.Kroonen rêva de meurtres et d'as sassmats toute la nuit.Mais quelques jours pl^ ^ 271949 Le Samedi, Montréal, 12 juillet 1947 13 ' WÊttif il commençait à se laisser influencer par une autre théorie, suggérée par le chef de la police de Rotterdam qui avait prononcé en hochant la tête, le- fatidique Il ne suffit qu\u2019une fois.Et d\u2019accord avec le Consortium Diamantaire de Paris, il déposait une plainte contre le dénommé Pierre Deconninck, en fuite avec un lot de diamants taillés, évalués à dix millions de francs.Il \u2014 OU APPARAIT JACK DESLY Si quelqu\u2019un s\u2019était hasardé à demander aux innombrables relations mondaines de Jack Desly ce qu\u2019était exactement ce jeune homme, les réponses eussent été unanimes pour le couvrir de compliments.\u2014 Un gentleman .auraient dit les hommes mûrs.\u2014 Un chic type .auraient assuré les jeunes gens.\u2014 Un beau garçon, avec ses cheveux cendrés, ses yeux noisette et ses cils immenses.eussent murmuré les jeunes filles.Le fait est que Jack Desly, bien proportionné, réussissant, malgré des épaules de sportif et des muscles d\u2019acier sous une enveloppe plutôt mince, à garder une finesse d\u2019allures très racée, faisait tourner la tête à bien des rêveuses .\u2014 Un gendre idéal.soupiraient les mamans qui avaient quelque fille à caser, et qui désespéraient de le voir fixer son choix.Il n\u2019y aurait eu qu\u2019une voix discordante dans ce concert.Celle d\u2019Arthème Ladon, inspecteur à la Sûreté Nationale qui, interrogé, lui aussi, se serait empressé de grommeler : \u2014 Celui-là, le jour où je réussirai à le pincer en flagrant délit comme son nom l\u2019y prédispose \u2014 nous lui laissons toute la responsabilité de cet affreux jeu de mots \u2014 je boirai dix bouteilles de champagne de suite.Mais laissons le long et maigre policier à son aigreur chronique provoquée par la hantise de cet homme-anguille qui lui filait constamment entre les doigts et revenons à Jack Desly.Eh bien, il nous faut avouer que les soupçons d\u2019Arthème Ladon étaient largement justifiés.L\u2019inspecteur, doté par ailleurs d\u2019un nez cyranesque, ne manquait pas de flair.Chaque fois qu\u2019un cambriolage audacieux avait été commis avec le minimum de dégâts.et le maximum de profits, chez un ressortissant de la haute classe sociale, il poussait un soupir caverneux à l\u2019idée de poursuivre un fantôme.Certes, il se mettait en chasse avec persévérance, mais le résultat était invariablement le même.-\u2014 Des preuves morales ?\u2014 clamait son supérieur hiérarchique.Qu\u2019est-ce que vous voulez que ça me fasse, des preuves morales ?Il faut autre chose, Ladon, pour coffrer votre homme.\u2022 Saperlipopette, il le savait bien qu\u2019il fallait autre chose.Mais là où il n\u2019y a rien \u2014 ou du moins où le policier ne trouvait rien \u2014 le roi lui-même perdait ses droits.Jack Desly était donc un de ces personnages vivant en marge de la loi, mais suffisamment habiles pour rester sur une défensive telle qu\u2019il était matériellement impossible de le surprendre sur un territoire interdit.Il faut dire au surplus qu\u2019il n\u2019accomplissait jamais de basse besogne.Fi donc ! Jack Desly choisissait ses victimes et les choisissait bien.De même il ne multipliait pas ses exploits inutilement.Mais chaque fois qu\u2019il partait en expédition, le résultat était très profitable.Son appartement de garçon était un bijou d\u2019élégance confortable.Il avait à son service, le dévoue Nan-Dhuoc, un Annamite qui l\u2019aimait comme un chien peut aimer un bon maître.Nan-Dhuoc, aux dires de Jack lui-même, était une perle.Silencieux, habile, adroit, preste.Aussi bon cuisinier que parfait conducteur d\u2019auto et grand spécialiste de jiu-jitsu, appris jadis, d;un Japonais qui séjournait au Laos, son pays d\u2019origine.Il n\u2019avait pas manqué d\u2019initier son maître, qu\u2019il appelait Mait le, avec son savoureux accent oriental, à cet art précieux qu\u2019est la défense individuelle.A demi-allongé sur le divan de son petit studio, Jack, en veston d\u2019intérieur, lisait, un sourire amusé aux lèvres, la Petite Correspondance de son journal habituel.C\u2019était son délassement favori.De même que d\u2019autres se complaisent à déchiffrer des mots croisés, il aimait chercher à résoudre les petites énigmes que représentaient chaque jour les quelques lignes brèves imprimées à la dernière page, a raison de 20 francs l\u2019une.\u2014 C\u2019est une excellente gymnastique pour l\u2019esprit, affirmait-il à Nan-Dhuoc, et il n\u2019avait pas tort.Toutes les comédies, tous les drames de la vie étaient inclus dans cette correspondance.Ici, c\u2019était une Juliette éplorée qui suppliait son Roméo de revenir, là c\u2019était un père qui adressait un appel à son fils parti du domicile, plus loin on comprenait qu\u2019il s\u2019agissait de rendez-vous furtifs impossibles à donner autrement, en raison de la situation sociale des deux intéressés, etc.Ce jour-ià, Jack Desly fit la moue.Il n\u2019y avait rien d\u2019intéressant.Juste un entrefilet quelconque : « Prière d\u2019indiquer si les tulipes sont vendues ».Pas autre chose.\u2014 Il y tient, le bonhomme.murmura-t-il en rejetant la feuille.C\u2019était la quatrième fois qu\u2019il voyait apparaître cette annonce.Précédemment noyée dans des appels sur lesquels il avait exercé son imagination, il l\u2019avait à peine remarquée.Il alluma une cigarette et son esprit revint machinalement au journal.Il appela brusquement Nan-Dhuoc : \u2014 Tu conserves les numéros de la semaine, je crois ?\u2014 Oui, maître.\u2014 Apporte-les-moi, Nan-Dhuoc.Jack voulait vérifier le nombre de fois que cette question avait été publiée.A défaut de grives, on se contente de merles, et pour tuer le temps, il allait chercher.Chercher quoi ?\u2014 Midi à quatorze heures, évidemment.marmonna-t-il en se moquant de lui-même.Le jeu lui parut subitement passionnant.Une idée venait d\u2019éclore dans son esprit.Cette question de tulipes était évidemment une frime.Comment n\u2019y avait-il pas pensé plus tôt ?\u2014 Que cachent ces tulipes ?.R commença à travailler, une nouvelle cigarette entre les lèvres: Voyons .tulipes .tulipes .D\u2019où proviennent les tulipes ?D\u2019un peu partout, mais surtout de Hollande.\u2014 Une hypothèse.Il s\u2019agit, mettons, de marchandises i en provenance de Hollande.Bon.Maintenant, le fait de communiquer avec un correspondant appelé \u2014 il regarda le nom imprimé en tête \u2014 Etoile du Nord, signifie l\u2019une de ces deux choses : ou bien, l\u2019auteur de l\u2019entrefilet ne connaît pas l\u2019adresse de cette Etoile du Nord, ou bien il a des raisons particulières de ne pas communiquer directement avec elle .Jack s\u2019allongea complètement sur le divan.C\u2019était sa pose favorite pour se concentrer.\u2014 S\u2019il ignore l\u2019adresse, poursuivit-il mentalement, c\u2019est que l\u2019autre a des raisons de se cacher.Ce doit être cela.Le fait de correspondre par le journal indique une grande prudence née, sans doute de la nécessité de rester dans l\u2019ombre.Et ce qui est vrai pour l\u2019un est vrai pour l\u2019autre.Finalement, Jack Desly arriva à la conclusion qu\u2019il s\u2019agissait de deux contrebandiers faisant entrer en France des articles frappés de droits élevés.\u2014 En retenant touj ours* la théorie qu\u2019il s\u2019agit de marchandises hollandaises, voyons de quoi il pourrait s\u2019agir.Jack chercha.Du tabac ?Peut-être.Pourtant non, un instinct lui disait que ce devait être autre chose.Un sourire se dessina sur ses lèvres fermes, son regard s\u2019éclaira : \u2014 Serait-ce des diamants ?Il savait que les pierres précieuses paient des droits de douane onéreux.Et puis cette idée lui plaisait.C\u2019était conforme à son état d\u2019esprit.\u2014 Je vais voir demain s\u2019il y a quelque chose de nouveau, se promit-il ; ça m\u2019amuse beaucoup, cette histoire de tulipes.La première chose qu\u2019il consulta à son reveil, avant même de déguster le savoureux café au lait préparé Jack était un de ces personnages vivant en marge de la loi, mais suffisamment habiles pour rester sur une défensive telle qu'il était matériellement impossible de le surprendre sur un territoire interdit.Dessin de JEAN MILLET 14 Le Samedi, Montréal, 12 juillet 1947 vieux jeu par Nan-Dhuoc, fut la page des annonces.*Ses yeux coururent à la colonne de la Petite Correspondance.Cette fois, Jack négligea tout ce qui n\u2019avait pas trait à l\u2019affaire des tulipes.Déception ! Plus d\u2019allusion aux fleurs.Mais il se rasséréna.Un petit avis, signé cette fois, au lieu de lui être adressé, Etoile du Nord, lui révéla que le correspondant qui avait adopté ce pseudonyme, donnait rendez-vous le soir même, à onze heures, au Splendid-Hotel.Jack était libre.Une lueur de malice passa dans ses yeux.\u2014 Si i\u2019y allais, moi aussi?se demanda-t-il, non sans gaminerie.Il n\u2019avait pas besoin de se poser la question.Sa résolution était déjà prise.Comment reconnaîtrait-il les deux personnages ?Il ne savait meme pas s\u2019il s\u2019agissait d\u2019hommes ou de femmes, de jeunes gens ou de vieillards.Mais n\u2019importe ! \u2014 C\u2019est cela qui fait le charme de l\u2019aventure, décréta-t-il.Pour faire un bon cambrioleur, il faut posséder des dons de policier.A moi de découvrir Etoile du Nord et l\u2019autre.Il faut bien rire un peu .Il conta l\u2019histoire à Nan-Dhuoc, son confident habituel.Le petit homme jaune aux yeux bridés sourit fugitivement.Lui aussi trouvait que c\u2019était amusant.Il trouva même autre chose et Jack put louer la sagacité toute orientale de son serviteur : \u2014.Moi croire, maître, marchandises hollandaises.\u2014 Pourquoi cela, mon ami ?\u2014 Le nom Etoile du Nord .\u2014 Eh bien .Qu\u2019a-t-il de particulier ?\u2014 Etoile du Nord être rapide qui va de Paris à Anvers, Amsterdam.Rotterdam, La Haye.Jack fit claquer son pouce contre son index : \u2014 Nan-Dhuoc.Tu as mis dans le mille ! Dans le courant de l\u2019après-midi, Jack, qui, décidément, se passionnait pour cette énigme, reprit les journaux précédents, une fois de plus.Celui du début de la semaine précédente portait en grosse manchette, à la première page, l\u2019annonce de la disparition du courrier de la maison Kroonen et Cie.Il ne comportait nulle correspondance au sujet des tulipes \u2014 les annonces ayant commencé seulement le samedi \u2014 et Desly eut un mouvement pour les rendre à l\u2019Annamite.II\tavait lu, comme tout le monde, les détails concernant ce fait divers et songé que la somme \u2014 dont on n\u2019avait pas précisé le total par ordre des intéressés \u2014 devait être coquette.Professionnellement la question l\u2019avait intéressé, comme on le conçoit.\u2014 Il n\u2019a pas été retrouvé, au fait, murmura-t-il, en consultant les nouvelles du jour.\u2014 Ça aussi un problème pour vous, maître, suggéra Nan-Dhuoc.Disparition bizarre .\u2014 Attends! Attends! cria Jack, très animé, et lui arrachant des mains la liasse de journaux que l\u2019Annamite allait emporter.Le jeune homme se plongea dans la lecture de l'article au titre en lettres grasses.Il releva la tête : \u2014 Sais-tu, dit-il lentement, quel est le train que ce Pierre Deconninck avait pris ?Nan-Dhuoc fit un signe négatif de la tête.\u2014 L\u2019Etoile du Nord, mon garçon!.III\t\u2014 UNE DEPOSITION ANIMEE L\u2019inspecteur Arthème La don ressemblait assez à un épervier.Il avait un regard très perçant et ses petits yeux ronds étaient profondément enfoncés sous l\u2019arcade sourcilière.Le visage maigre et anguleux, les bras et WADIAN TAMPAX CORPORATION Limiied, ampton, Ont.Envoyez-moi sous pli personnel un paquet d\u2019essai de mpax.J\u2019inclus 10c.pour frais d\u2019envoi et j\u2019indique le \u2022niât désiré: Régulier\t( ) Super\t(\t) Junior .\u2022 \u2022 \u2022 ¦ \u2022 \u2018 .v .\u2019.'i.\\.(écrire bien lisiblement) .' * * .\t.Prov.47-16F îr\t.-ton Si vous vous refusez toujours à essayer ce que vous ne connaissez pas, vous vous privez souvent de réelles améliorations.Par exemple, quand cesserez-vous d\u2019ignorer les avantages de Tampax\u2014la nouvelle protection hygiénique mensuelle ?Pourquoi ne pas l\u2019adopter dès ce mois-ci?Des milliers de femmes ont abandonné les bandes extérieures pour cette nouvelle méthode.Tampax étant propre et de petit format \u2014 ceintures, épingles et bandes extérieures deviennent superflues,.Vous connaissez alors une réelle liberté de mouvements.Un mince tube-applicateur individuel rend Tampax facile d'emploi.Simple, confortable et se portant intérieurement, vous en oubliez la présence lorsqu\u2019il est en place.Pas d\u2019odeur ni d\u2019irritation-possibles.Que vous soyez en tenue de vrille ou en maillot de bain, Tampax est invisible.Tampax est idéal non seulement pour la plage, mais aussi lorsque vous nagez.Fait de coton hydrophile pur, Tampax fut mis au point par un médecin.Facile à changer et à jeter.Une provision d un mois se dissimule dans votre sac à main.En vente dans les pharmacies ou comptoirs de produits sanitaires.Canadian Tampax Corporation Ltd., Brampton, Ontario.Cette publicité est acceptée par le Journal cJe VAssociation Médicale Américaine les jambes interminables du policier achevaient de lui composer une silhouette caractéristique.Il y a des détectives placides, d\u2019autres qui sont ardents, il en existe d optimistes, des nerveux, des lents, des rapides .Arthème Ladon était du genre triste.A croire qu\u2019on ne lui avait jamais appris à sourire.Jack Desly affirmait que son ennemi était affligé de dyspepsie.C\u2019était peut-être exact, après tout.Qu\u2019il eût ou non une maladie d\u2019estomac, Arthème Ladon n\u2019était pas un adversaire à mépriser.Il connaissait fort bien son métier, et s\u2019il n\u2019avait pas encore réussi à cerner le séduisant Jack, ce n\u2019était vraiment pas de sa faute.En attendant le jour \u2014 ou la nuit \u2014 où il parviendrait à ses fins, l\u2019mspecteur était chargé de retrouver le messager de la maison Kroonen et Cie.Dès que la plainte avait été déposée, il était entré en communication avec la police hollandaise et belge, travaillant en liaison1 avec ses confrères.L\u2019affaire était très mystérieuse.On manquait absolument de données.Le seul fait connu était celui-ci : Pierre Deconninck avait pris le rapide de Paris, à Rotterdam, et à partir de ce moment on avait perdu sa trace.La preuve formelle de son départ était faite.Un chef de service de la gare hollandaise avait bavardé avec le courrier quelques instants.Les deux hommes se connaissaient et l\u2019employé du chemin de fer avait fait sa déposition.Il savait que Deconninck effectuait souvent le voyage pour la capitale française.Penché sur des rapports, Arthème Ladon monologuait : -\u2014 Il n\u2019a pas été attaqué dans le train.On n\u2019a pas, non plus, retrouvé de corps sur la voie ferrée.Il n\u2019est pas, non plus, descendu en cours de route, car il aurait dû dans ce cas remettre son billet et l\u2019on se serait bien aperçu que la destination finale qui y était inscrite révélait Paris.Alors ?Il allongea un doigt osseux et se gratta le bout du nez.\u2014 Alors, grommela-t-il, il a dû débarquer à Paris.A moi de le trouver.Besogne éminemment commode ! En partant du principe que Deconninck avait volontairement disparu, il fallait admettre que son acte avait été prémédité depuis longtemps.Sans doute circulait-il, convenablement maquillé, muni de faux papiers ?Ladon fit craquer les jointures de ses mains.Son nez déjà si long, s\u2019allongea davantage encore.-\u2014 Les recherches dans les hôtels n\u2019ont rien donné.J'ai fait surveiller toutes les frontières au cas où il aurait tenté de passer à l\u2019étranger.Rien, rien.Il ne s\u2019est pourtant pas volatilisé, nom d\u2019une chouette ! Raisonnablement, on pouvait supposer que le fugitif chercherait à se défaire des joyaux qu\u2019il avait dérobés.Les receleurs louches de la capitale avaient été surveillés.Toujours rien.\u2014 En somme, murmura le policier, le vol était des plus faciles à réussir, puisqu\u2019il avait la confiance entière de son patron.Ce lascar a attendu une bonne occasion.Et il Ta saisie aux cheveux .En admettant qn\u2019il ne réussisse qu\u2019à tirer la moitié du prix des diamants qu\u2019il transportait, cela lui fait encore un joli denier.Avec ça, on peut s\u2019acheter une maison de campagne, bigre ! Arthème Ladon ouvrit une petite boîte dans laquelle il prit une pastille.Il ne fumait pas.Il préférait croquer des bonbons.\u2014 Attendre, dit-il à la longue, en se levant à la manière dont on allonge un mètre pliant.Je ne vois rien d\u2019autre à faire pour le moment.Mes collaborateurs sont aux aguets.Dès qu\u2019il tentera de négocier un lot de pierres, on verra.Deux ou trois fois, Ladon s\u2019était posté dans cet établissement de la rue Lafayette bien connu des bijoutiers et où se réunissent autour des tables de marbre du café, toutes sortes de gens appartenant aux nationalités les plus diverses.Non pas qu\u2019il eût 1 espoir que Deconninck viendrait bêtement s\u2019y montrer, mais peut-être le policier découvrirait-il une piste ?Il n\u2019avait constaté que des visages méfiants autour de lui et des colloques à voix discrète dans les coins.C était lui qui, en fin de compte, se faisait remarquer, nouveau venu parmi ces habitués.Il prit une décision.\u2014 Une prime, déclara-t-ii aux intéressés, il faut offrir une bonne prime à quiconque sera en mesure de fournir des indications.C\u2019était une petite capitulation de sa part car, le Consortium avait, dès le début, proposé cette manœuvre et il s\u2019y était opposé arguant que cela amènerait inévitablement la déposition de nombre d\u2019individus alléchés par l\u2019aubaine.\u2014 Et nous serons lancés dans des fausses directions, comme cela s\u2019est déjà vu pour des affaires de ce genre.Il y avait du vrai dans ses arguments, et Ton s\u2019était incliné.Mais maintenant, c\u2019était lui, qui en désespoir de cause, recourait à cette ressource.L\u2019annonce parut dès le lendemain, accompagnée de la photographie du disparu, donnant tous les détails de son signalement et rappelant les circonstances du voyage.Vingt-quatre heures ne s\u2019étaient pas écoulées, qu\u2019un chauffeur de taxi rubicond se présentait aux bureaux de la Sûreté Nationale.Arthème Ladon se précipita sur lui comme un oiseau de proie.Avant même que l\u2019homme eût commencé de parler, il l\u2019avait prévenu : \u2014 Inutile de nous donner des suppositions .Si vous ne connaissez pas de faits précis, ne perdez pas votre temps.ni me faites gaspiller le mien .Compris, mon garçon ?L\u2019homme roula des yeux effarés.Quoi, il n\u2019avait rien dit encore, et on Ven-gu.irlandait déjà.Cela commençait bien !.\u2014 Je vais vous dire ce que je chais .dit-il avec un fort accent auvergnat.Foi de Labouille je ne ehuis pas un mauvais plaigeant, moi ! Ladon comprit qu\u2019il disait plaigeant pour plaisant et se disposa à l\u2019écouter.\u2014 Voilà, commença Auguchte Labouille, je l\u2019ai vu moi, vot\u2019 bonhomme, le matin de son arrivée à Paris ! \u2014 Ah ! bah !.Vous en êtes sûr ?Absolument sûr ?\u2014 Accholument chûr, Monchieur l\u2019Inchpecteur .J\u2019étais à la gare du Nord où j\u2019attendais la clientèle.Je connais l\u2019heure des arrivées des grands trains, et je savais que l\u2019Etoile du Nord n\u2019allait pas tarder.J\u2019ai vu sortir les voyageurs, et.\u2014 Et, interrompit Ladon avec un haussement d\u2019épaules, vous avez gravé les traits de chacun dans votre mémoire si bien que vous pouvez affirmer que Deconninck était parmi ceux-là ?Allons donc ! L\u2019homme s\u2019essuya le front avec un immense mouchoir à carreaux \u2014 on était en été, et la journée s\u2019avérait tor-ride, \u2014 et leva les yeux vers le plafond, comme pour le prendre à témoin : \u2014 Alorch .Pas moyen de parler, jouchtra !.Allez-y .grommela l\u2019inspecteur aux yeux d\u2019épervier.\u2014 Je, ne l\u2019aurais sûrement pas remarque, reprit Labouille, si sa voiture n avait pas donne un ramponneau à mon taxchi !.Sa voiture ?.Il avait une voiture ?Cest-à-dire qu\u2019il était monté dans une grosse quinze-chevaux à côté de 6^0520 Le Samedi, Montréal, 12 juillet 1947 15 *\t_\t.tnilISSEZ-EN ''L'ACHIGAN NOIR A PETITE BOUCHE\u201d par Shelley Logier .in hissez-EN PH0TÉ6EZ-IA X'XÿXvXvXvX USB «WW KW,4''îlS mm WMm mt 0$» I Æ ¦i; mm «% HHI ¦Hwi ÜH HiWfil LE PÊCHEUR A LA LIGNE\u2014 un conservateur '¦«A En rejetant dans l\u2019eau les poissons trop petits et en ne pêchant que durant la saison ouverte, le pêcheur à la ligne peut contribuer a l'oeuvre de conservation du poisson canadien pour l'avenir.foROITS RESERVES PAR CARLING\u2019S.t9«5 Sur 10,000 œufs\u2014deux survivants ! La femelle de l\u2019achigan noir pond 10,000 œufs durant sa vie.Dans des conditions normales, il ne résultera que deux poissons adultes de tous ces œufs.Et la pêche avant l'ouverture de la saison réduit encore leur chance de survivance.Nous devons observer les lois de conservation afin de protéger et de conserver notre poisson.\" Le mâle garde les œufs et les petits jusqu'à ce qu'ils puissent se débrouiller.Il 'faut que la saison close soit strictement observée pour la protection de ces espèces, car le mâle, qui monte la garde, happe tout ce qui vient près de son nid.Si le mâle se fait prendre, tous les petits seront détruits par leurs ennemis \u201d, CARLING\u2019S THE CARLING BREWERIES LIMITED 16 Le Samedi, Montreal, 12 juillet 1947 Voici un soulagement rapide Voici un moyen rapide de vous débarrasser de la douleur lancinante des cors.Blue-Jay contient de la Nuper-caïne.Cette substance anesthésique agit immédiatement de façon à endormir la douleur autour de l\u2019axe corné.Pendant ce temps, la douce médication de Blue-Jay amollit et détache là pointe \u2014 vous n\u2019avez plus qu\u2019à soulever le cor.Achetez un paquet de Blué-Jay maintenant \u2014 soyez soulagé ce soir.l\u2019homme qui était venu à sa rencontre sur le trottoir.L\u2019inspecteur dressa l\u2019oreille.Cela devenait intéressant.Il y avait donc un complice .Il aurait dû s\u2019en douter.\u2014 Eh bien ! glapit-il, avec impatience, continuez ! \u2014 Ah bon.La voie est libre, maintenant ?J\u2019allais démarrer moi-même pour répondre à un client, quand l\u2019autre a donné un brusque coup de volant et son pare-choc avant m\u2019a démoli une aile .Vous pensez si j\u2019ai sauté à bas de mon siège pour constater .\u2014 Et alors ?hurla l\u2019inspecteur devant une nouvelle pause.\u2014 Et alors, il a filé sans attendre .C\u2019est tout.Arthème Ladon aspira fortement une bouffée d\u2019air.Ses pommettes saillantes se teintèrent un instant.Il réprimait une furieuse envie d\u2019attraper le chauffeur au collet et de le secouer vigoureusement.Il se contint cependant.Le brave Labouille pouvait-il se douter que son information était loin d\u2019être celle que le policier espérait ?Le mieux était d\u2019en extraire le plus possible et cê fut d\u2019une voix très calme que Ladon reprit son interrogatoire : Auguste Labouille eut un petit rire niais.\u2014 C\u2019est que, hésita-t-il, je ne sais pas si.L\u2019inspecteur fit le tour de son bureau et regarda fixement l\u2019homme dans les yeux comme s\u2019il voulait l\u2019hypnotiser.Le chauffeur resta la bouche ouverte.\u2014 Vous allez me dire tout, vous entendez ?.Tout ce que vous savez, sinon je \u2014 Arthème fit un geste menaçant \u2014 je vous fais coffrer comme complice, pour nous cacher certains faits.Labouille émit une sorte de gargouillement.\u2014 Vous fâchez pas, gémit-il, ah! si j\u2019avais su tout ça, j\u2019serais pas venu.Mais, est-ce que j\u2019aurai la prime au moins ?-\u2014 Si je retrouve Pierre Deconninck grâce à vous, cela ne fait pas l\u2019ombre d\u2019un doute.Ragaillardi, le chauffeur dévida tout d\u2019une traite :\t^ \u2014 Je suis absolument certain que c\u2019était lui parce qu\u2019il m\u2019a parlé, oui.Je voulais aller chercher un agent pour faire faire un constat d\u2019accident, s\u2019pas, mais il a penché la tête hors de la portière et il m\u2019a dit comme ça : « Non, mon ami, je n\u2019ai pas le temps d\u2019attendre .Tenez, voilà pour la réparation de votre aile .» Et il m\u2019a allongé deux billets de cent francs .Comme il y avait pour cinquante francs de dégâts tout au plus, j\u2019faisais une affaire.Je n\u2019ai pas insisté.D\u2019autant plus que, d\u2019autre part, j\u2019suis assuré tous risques.J\u2019étais sur le velours.Et hier, quand j\u2019ai vu la photo dans le journal, j\u2019me suis dit tout de suite : Mais le voilà, l\u2019homme aux deux cents balles ! Ladon approuvait par petits signes de tête.Labouille ajouta :\t, \u2014 J\u2019comprends maintenant pourquoi il ne tenait pas à faire connaissance avec la police !.Y pouvait être généreux avec moi.Il avait assez de millions sur lui, le gaillard ! Le chauffeur s\u2019épongea de nouveau le crâne et attendit.L\u2019inspecteur réfléchissait.Le récit du chauffeur était véridique, il le sentait, il avait assez d\u2019expérience professionnelle pour cela.Ainsi donc, Deconninck était attendu à Paris.La tâche se compliquait.Qui était le complice ?\u2014 Vous n\u2019avez pas vu l\u2019homme au volant ?-\u2014Non, j\u2019étais occupé avec l\u2019autre.Je le croyais le patron.\u2014 Vous n\u2019avez pas pris le numéro de l\u2019auto, naturellement ?\u2014 Bien sûr que non.Pour moi, l\u2019affaire était liquidée.\u2014 Vous n\u2019avez même pas eu le réflexe de tout chauffeur pour le regarder, ne fut-ce que machinalement ?\u2014 Si, admit Labouille dont le visage refléta la surprise à cette manifestation de psychologie, c\u2019est tout de même vrai ça, qu\u2019on regarde toujours le numéro d\u2019une voiture qui vous cogne, mais je ne l\u2019ai pas retenu.\u2014 Pouvez-vous me dire si l\u2019immatriculation était étrangère ?Labouille eut un geste vague.Puis il articula : \u2014 Non.Je ne crois pas.Je l\u2019aurais remarqué .Oh ! attendez ! proféra-t-il brusquement en se tenant le front, les deux lettres n\u2019étaient pas de Paris .YB.C\u2019est.\u2014 Le département de Seine-et-Oi-se .acheva l\u2019inspecteur.Ladon inscrivit une nouvelle annotation et conclut : \u2014 Merci.Vous pouvez-vous retirer .Il est possible que je vous convoque à nouveau pour d\u2019autres renseignements et aussi, plus tard, lors de l\u2019arrestation.\u2014 Pour toucher ma prime ?questionna Labouille avec un sourire béat qui lui fendait la bouche jusqu\u2019aux oreilles.\u2014 Pour servir d\u2019abord de témoin, corrigea l\u2019inspecteur en le poussant dehors avant de refermer la porte.Arthème Ladon se rassit.Il reprit ses feuillets.Son front se plissa.Une réflexion venait de naître : le numéro de l\u2019auto était-il authentique ou maquillé ?Dans ce dernier cas, les lettres YB n\u2019avaient plus audune valeur.-\u2014 Oui, mais, reprit-il en continuant à se parler, j\u2019ai quelque chose de palpable.Le pare-choc avant abîmé.J\u2019ai eu tort d\u2019attendre si longtemps pour faire offrir une récompense.L\u2019auto doit être réparée à l\u2019heure qu\u2019il est.Néanmoins, l\u2019inspecteur donna les ordres nécessaires pour que tous les garages du département de la Seine-et-Marne fussent visités avec mission de demander si une réparation n\u2019avait pas été effectuée à une voiture dont les caractéristiques avaient été très nettement définies par l\u2019œil professionnel d\u2019Auguste Labouille, comportant une immatriculation YB, et ce, depuis la date à laquelle Pierre Deconninck avait débarqué à Paris.Du résultat négatif qui s\u2019ensuivit, découlaient deux possibilités : ou la voiture avait été réparée dans un garage privé où elle circulait encore avec son pare-choc abîmé.Arthème Ladon n\u2019hésita guère pour opter en faveur de la première thèse.Car une voiture comportant une pareille avarie était trop facilement repérable.IV \u2014 JACK DESLY PROGRESSE Tout en se rendant au Splendid-Hôtel, Jack Desly ne se dissimulait pas qu\u2019il fallait faire une grande part à la chance pour tomber juste sur les deux personnages qui s\u2019étaient donnés rendez-vous.Mais c\u2019était là ce qui faisait le charme de l\u2019aventure.Il connaissait le palace en question qui était fréquenté par une riche clientèle cosmopolite.\u2014 Ils se retrouveront au grill-room ou je me trompe fort, songea-t-il.C\u2019était en effet le seul endroit logique.Le grand hall de l\u2019hôtel, constamment sillonné de va-et-vient demandait une attention trop soutenue-à des gens qui se cherchent pour être à même de se repérer mutuellement, sans perte de temps inutile.Jack s\u2019installa donc dans le grillroom quelques minutes avant l\u2019heure fixée.Posté près de l\u2019entrée \u2014 une porte à tambour \u2014 qui donnait directement sur la rue, il avait en outre l\u2019avantage de Voir immédiatement quiconque arrivait par l\u2019autre porte communiquant avec l\u2019intérieur de l\u2019hôtel, De cette manière, il commandait à la fois les deux issues.Chaque individu qui entrait était scruté d\u2019un coup d\u2019œil rapide.Le flair de Desly lui indiquait que ce n\u2019était aucun des deux correspondants.Il consulta sa petite montre-bracelet : \u2014 Onze heures trois minutes, marmonna-t-il.Le bruit sourd de la porte qui tourne lentement sur elle-même.Il leva les yeux.Un homme de corpulence moyenne, le chapeau de feutre abaissé sur les yeux, le bas du visage mangé par une barbe épaisse et noire, entra et resta immobile, un instant.Il tenait une petite valise plate de voyage à la main.\u2014 Oh, oh .songea Desly.Voilà un homme qui a l\u2019air de chercher quelqu\u2019un ou quelque chose .Le nouveau venu venait de jeter un coup d\u2019œil circulaire.Le barman en veste blanche, sans cesser de secouer le cocktail qu\u2019il préparait fit signe à un garçon en lui désignant le client.Une table était vide, dans le fond de la salle.L\u2019homme se dirigea de ce côté.Jack avait nonchalamment allumé une cigarette et paraissait rêvasser, les yeux vagues.En réalité, il évaluait l\u2019apparence de ce visage barbu, \u2014 Un postiche, décida-t-il, après un instant.Rien pourtant n\u2019indiquait une fausse barbe.La couleur et l\u2019apparence du poil s\u2019harmonisait avec la chevelure.La pousse paraissait naturelle.Mais Jack avait vu l\u2019homme porter un verre à ses lèvres et il avait remarqué la gêne imperceptible avec laquelle l\u2019autre buvait.Cette gêne ne pouvait être provoquée que par un manque d\u2019habitude de ce système pileux autour de la bouche.Desly essaya de se représenter ce que pouvait être le visage une fois glabre, mais il détourna bien vite son regard d\u2019un autre côté, car le nouveau venu ne cessait d\u2019épier tout le monde, furtivement, et il ne fallait pas qu\u2019il remarquât l\u2019attention que lui prêtait le jeune homme installé près de la porte» Vers onze heures et quart, l\u2019homme barbu esquissa un mouvement de satisfaction.Un homme court de taille, mais au torse formidablement large et à la nuque de taureau venait, à son tour, de franchir le tambour de la porte et se dirigeait vers lui.Jack Desly eut un mouvement de stupéfaction qu\u2019il masqua aussitôt en se penchant pour faire signe au garçon, afin de payer.Il venait de reconnaître le personnage.\u2014 Lulu ?.Je ne m\u2019étais pas trompé en supposant que cette petite correspondance n\u2019était pas d\u2019une virginale innocence ! Lucien Jeantier, connu plus familièrement sous le diminutif de Lulu était un redoutable individu, une sorte de gangster \u2014 il en copiait le genre du reste \u2014 aussi brutal dans sa personne et ses façons d\u2019agir que Jack Desly était adroit et \u2014 si l\u2019on peut dire \u2014 moelleux.Tous deux avaient le même but : s\u2019enrichir aux dépens d\u2019autrui, mais ils étaient aux pôles opposés quant à la manière.Ils se méprisaient cordialement.Desly avait pour opinion que Jeantier déshonorait la corporation et Lulu détestait celui qu\u2019il appelait la femmelette.Leurs chemins ne s\u2019étaient jamais croisés et il était à supposer qu\u2019ils ne se croiseraient jamais.Us ne fréquentaient pas les mêmes milieux.Jeantier évoluait plutôt parmi la pègre où il recrutait les membres de sa bande.Encore une différence entre les deux hommes.Jack Desly avait pour principe absolu de travailler seul.La surprise de ce dernier en voyant apparaître Lulu dans un endroit aussi chic était compréhensible.Si un doute encore était resté dans l\u2019esprit de Jack cet événement suffisait à le détruire Le Samedi, Montréal, 12 juillet 1947 17 \u2014 Il doit y avoir anguille sous roche .Du moment que Lulu est sur cette affaire, c\u2019est qu\u2019elle est intéressante .Et à partir du moment où elle était intéressante, pourquoi, lui, Jack Desly ne s\u2019en occuperait-il pas ?Oh ! certes, pas en collaboration avec ces gens .Il eut une moue et sans transition un sourire.Les deux hommes, là-bas, n\u2019allaient pas tarder à se lever.Il fallait prévenir leur mouvement.Le garçon payé, il sortit sans affectation et s\u2019abrita, aussitôt dans l\u2019ombre propice d\u2019une encoignure voisine.Il avait l\u2019intention de les suivre.Mais ceux-ci, à peine dehors, grimpèrent prestement dans une automobile qui démarra tout de suite.Jack Desly se mordit les lèvres.Il aurait dû le pré-.voir et ranger sa propre voiture le long du trottoir au lieu de la laisser dans le parc gardé, à quelque distance.\u2014 Mauvais calcul, se reprocha-t-il, je croyais qu\u2019ils en auraient pour longtemps.Je ne pouvais pas risquer une contravention en dépassant un temps-limite de stationnement de trente minutes.Mais avant de voir le véhicule disparaître, il avait eu le temps d\u2019enregistrer son numéro qu\u2019il annota sans tarder : 4556-YB-1.C\u2019était au cours de cette même journée que le chauffeur Auguste Labouille était venu faire sa déposition à l\u2019inspecteur Ladon.Jack Desly rentra tout songeur.La présence de Jeantier le stimulait et le poussait dans son désir d\u2019en savoir davantage.Double plaisir que de vaincre un tel adversaire et de se prouver à soi-même qu\u2019il était plus fort que Lulu.\u2014 J\u2019ai la sensation, confia-t-il à Nan-Dhuoc que je n\u2019ai pas perdu mon temps, ce soir.Il s\u2019en rendit compte dès le jour suivant.Les journaux mentionnaient le rebondissement de l\u2019affaire Deconninck.Desly se frotta discrètement les mains., \u2014 Je marque un grand point sur la police !.En effet, il savait déjà beaucoup de choses.D\u2019abord qu\u2019il en avait eu devant lui l\u2019auteur du vol de diamant^ et son complice.Ensuite, alors que le mélancolique Ladon ne possédait pas de renseignements précis sur la mystérieuse auto, lui, Jack Desly, en possédait l\u2019immatriculation complète.\u2014 C\u2019est d\u2019autant plus intéressant, conclut-il, que tel que je le connais, Jeantier, alerté par les nouvelles, n\u2019hésitera pas à maquiller son numéro, et peut-être même à employer une autre voiture ! Or, Jack n\u2019ignorait pas qu\u2019il suffirait d\u2019effectuer des recherches à la Préfecture de Seine-et-Oise pour obtenir les noms et adresse de la 4556-YB-l.Il ne pouvait évidemment pas s\u2019adresser aux autorités de but en blanc \u2014 en principe, dans sa situation, il préférait avoir affaire à ces sortes de gens le moins possible \u2014 mais il avait son plan.Sa compagnie d\u2019assurances, parbleu ! L\u2019idée lui en était venue après la lecture de ce qui s\u2019était passé entre le taxi de Labouille et l\u2019auto qui transportait Deconninck.Quoi de plus facile que de simuler une avarie quelconque à sa petite conduite intérieure et se présenter aux bureaux des assureurs en affirmant qu\u2019il n\u2019avait pas eu le temps de faire intervenir un agent de police.Le chef de service qui le reçut s\u2019exclama : \u2014 Ah ! mais, ces chauffards m\u2019ont tout l\u2019air d\u2019être des récidivistes de ce genre d\u2019accident ! \u2014 Exactement, déclara Jack avec gravité.\u2014 Soyez tranquille, monsieur, nous ferons le nécessaire.Jack remercia avec abondance.Il ajouta : «mm- Il s\u2019assied seul maintenant .essaie d\u2019attraper tout ce qui s\u2019offre à sa vue.Son plus grand plaisir est de jouer avec quelque chose qu\u2019il peut chilîonner ou avec lequel il peut faire du bruit.Et ses dents?Il en a une, peut-être deux! Sa maman peut ajouter trois variétés ou plus de Purées Heinz à son menu\u2014Légumes et Agneau, Epinards et Abricots avec Farine d\u2019Avoine.Ces Purées sont soigneusement préparées avec des fruits, légumes et viandes de la meilleure qualité .qui sont cuits de façon à conserver à un haut degré les sels minéraux et les vitamines qui devraient rentrer dans le régime alimentaire de bébé.tfaty&lZ wkh6 Il peut ne pas être capable de se tenir debout mais il essaie de son mieux.Il comprend nombre des choses qui lui sont dites et peut-être en dit-il aussi.D\u2019autres dents pointent, et sa maman l\u2019habitue à d\u2019autres Purées Heinz.Comme mets principal \u2014 des Asperges, Soupe au Boeuf et Foie.Comme dessert\u2014 Purée d\u2019Orange avec Cossetarde, dessert délicieux et velouté.Il y a, en tout, 22 variétés de Purées Heinz \u2014 chacune d\u2019elles spécialement préparée pour que les bébés deviennent grands et forts, et restent bien portants.Recherchez le Bébé Heinz, bien connu, à votre magasin préféré.Il sert à identifier les éta-gères où vous trouverez une gamme complète d\u2019Ali-ments Heinz pour Bébés.QUARTIER GÉNÉRAL dej cdtrnentô POUR BEBES Pour recevoir gratis le livret intitulé \u2019 \u2019LeRégime Alimentaire de Bébé\u201d, écrivez à H.J.Heinz Company of Canada, Ltd., 6465, rue Du-rocher, Montréal, P.Q.Cette fois, Jack partit d\u2019un rife à gorge déployée.\u2014\tBrave Nan-Dhuoc, val.Alors on n\u2019est soigneux que de ses propres affaires ?Il y a du vrai là-dedans, mais.\u2014\tNon, maître, vous pas compris, murmura l\u2019Annamite, respectueusement.Moi dire que si Jeantier était Bouteille, lui faire attention pas causer d\u2019ennuis pour ne pas attirer attention police.Alors, mieux conduire pour éviter tamponnements .Jack eut une expression d\u2019estime sur son visage.\u2014 Ah ! par exemple, ça n\u2019est pas bête ce que tu dis là.Cette fois j\u2019ai saisi.Tu veux dire que Jeantier s\u2019est permis de continuer à employer la voiture car il savait qu\u2019il ne serait jamais inquiété personnellement pour la question du pare-choc.Nan-Dhuoc approuva abondamment avec des marques d\u2019allégresse.V \u2014 GRACIEUX INTERMEDE Jack Desly était arrivé au raisonnement suivant : l\u2019homme à la barbe postiche pouvait être Pierre Decon-ninck et il avait trouvé un refuge chez l\u2019un des affiliés de Jeantier.Chez Xavier Bouteille par exemple.Là, il attendait que l\u2019effervescence se fût calmée pour se risquer à prendre une décision définitive.\u2014 Les diamants .n\u2019ont certainement pas été négociés encore, songeait-il.Ce serait faire injure à un homme avisé comme Lulu que de le supposer capable d\u2019une telle hâte maladroite.Si je n\u2019aime pas ses méthodes, il me faut tout de même convenir qu\u2019il connaît le métier.Pour ma part, à sa place, je ne me presserais pas non plus .Les pierres précieuses devaient donc se trouver dissimulées quelque part.Où ?Pas très loin de l\u2019endroit où gîtait leur voleur, assurément.\u2014 En découvrant celui-ci, je trouverai celles-là .Ce fut encore Nan-Dhuoc qui le mit sur la bonne voie.L\u2019astucieux petit homme à la peau jaune lui rappela les termes de l\u2019entrefilet faisant allusion aux tulipes.\u2014 L\u2019homme demander, articula-t-il, si tulipes vendues.\u2014 Oui.Et alors, mon garçon ?\u2014 Donc, Deconninck pas en liaison avec Jeantier, puisque forcé communiquer par entremise journal.Alors, Deconninck caché chez Xavier Bouteille.\u2014 Evidemment, souligna Jack Desly.Ce ne peut être que cela.Je vais aller faire un tour par là pour me rendre compte de l\u2019aspect de la maison.L\u2019après-midi est belle, je suivrai les bords de la Marne jusqu\u2019à la Maltournée.Neuilly-Plaisance est à deux pas de cette dernière localité.Jack connaissait particulièrement bien ce coin charmant de la banlieue parisienne.Il savait qu\u2019à partir de l\u2019endroit dit du port de Nogent, il pouvait emprunter la route longeant la berge sinueuse de la rivière.Le viaduc gigantesque du Pont de Mulhouse dépassé \u2014 apres avoir admiré le paysage qui se découpait dans l\u2019arche principale comme dans un' cadre demi-circulaire ___ il roula à .petite allure vers Le Perreux et La Mal tournée.L\u2019après-midi commençait à peine.Le soleil chauffait avec entrain.Peu de monde en semaine.La route presque déserte semblait lui appartenir.Sur sa gauche les villas dormaient, volets clos.L\u2019atmosphère semblait ronronner de chaleur.Malgré qu\u2019il eût ouvert son p^re-brise et abaissé les glaces des portieres, Jack éprouvait l\u2019impression d\u2019être enfermé dans une caisse de métal exposée à l\u2019action d\u2019un foyer.La Marne coulait, paresseuse et transparente, à sa droite.Il ralentit puis s arrêta.On entendait au loin le vrombissement rageur d'un canot-automo- bile.Soudain, de la rive même, un léger canot indien manié à la pagaie se détacha et prit le milieu du courant.Jack sourit à la délicieuse vision.Une jeune fille était à genoux 'dans l\u2019esquif et d\u2019une passée dans l\u2019eau saccadée qui dénotait une débutante, s\u2019efforçait de faire progresser l\u2019embarcation.\u2014\tElle ne sait pas pagayer, murmura-t-il, mais elle est charmante dans sa maladresse même .Son sourire se figea.D\u2019un seul coup, le canot-automobile passa en trombe, provoquant de grands remous.Le canot se mit à danser d\u2019une manière inquiétante.Jack bondit hors de la voiture.Les deux mains en entonnoir autour de la bouche il allait crier un conseil rapide, celui de se mettre en travers des vagues, mais il n\u2019en eut pas, le temps.Comme une plume, le canot s\u2019était retourné et son occupante, avec un cri étouffé d\u2019angoisse avait disparu dans l\u2019onde agitée.Personne aux alentours.Le nau-frageur avait déjà disparu au tournant de la rivière.Il ne s\u2019était même pas aperçu de la tragédie causée.Le cri de la jeune fille ne lui était pas parvenu aux oreilles remplies du bruit qu\u2019il déchaînait sur son passage.Jack ne réfléchit pas.Il obéit à son instinct chevaleresque.Une minute ne s\u2019était pas écoulée entre le moment où il avait vu l\u2019accident et celui où après quelques , brassées vigoureuses, il rattrapa l'infortunée à son retour à la surface.Il la déposa au bord, dans l\u2019herbe.La route était masquée par un talus du haut duquel il avait plongé.L\u2019eau plaquait audacieusement la robe légère sur les formes impeccables de celle qu\u2019il venait de sauver, mais il ne regardait que le visage aux yeux clos.Il ne bougea pas, attendant qu\u2019elle soulevât ses paupières aux cils noirs recourbés.\u2014\tElle n\u2019a rien, songea-t-il, et c\u2019est heureux car je ne tiens pas à me faire remarquer.Dès qu\u2019elle sera sur pied, je filerai.Ça ne fait rien, je suis content de l\u2019avoir tirée d\u2019affaire.Elle était blonde, d'un blond doré avec des yeux noirs dont il put apprécier la pureté quand elle le regarda.En voyant ce séduisant visage masculin penché au-dessus d\u2019elle, la jeune fille sourit, puis rougit.\u2014\tOh ! monsieur, je suis honteuse ! murmura-t-elle.\u2014 C\u2019est très imprudent ce que vous avez fait là .\u2014\tJ\u2019ai été surprise par les événements.Mais, protesta-t-elle d\u2019un air qui était déjà redevenu assuré, je sais nager, monsieur ! \u2014 Alors, répondit-il en s\u2019inclinant avec ironie, excusez-moi de m\u2019être mêlé de ce qui ne me regardait pas .Il fit un mouvement pour se retirer, mais elle s\u2019était remise debout et fit un geste pour le retenir.\u2014 Non, non, je vous en prie .Lais-sez-moi vous remercier, tout au moins.J avoue que je vous dois beaucoup .Je m\u2019étais étourdie en me heurtant la tête contre le bord de mon canot au moment de la chute .Sans vous, je .je me serais sans doute noyée .Elle rejeta ses cheveux en arrière et Jack vit, en effet, une \u2019légère estafilade sur le front.Au même moment, elle vacilla sur ses j amibes, et le jeune homme la reçut dans ses bras.\u2014 Vous habitez sans doute tout près, mademoiselle ?.Je vais vous reconduire .C est que, dit-elle avec difficulté, ce ne sera .pas facile.J\u2019avais loué ce canot.Il faudra que j\u2019explique.Et maintenant, je ne me sens pas très solide.J habite Neuilly-Plaisance ( Oh ! mais cela se trouve très bien, s\u2019exclama-t-il, j e .Il s\u2019arrêta.Non, il ne fallait pas dire qu il s y rendait, cela ne regardait per- Le Samedi, Montréal, 12 juillet 1947 19 sonne.Il modifia sa phrase : \u2014 J\u2019ai ma voiture sur la route.Je passais, je vous ai vue .Permettez-moi de vous ramener.Jack possédait, entre autres commodités, dans sa voiture, une petite trousse garnie de flacons.Il en déboucha un et fit prendre le cordial qu\u2019elle contenait à sa passagère imprévue.Toute trace de malaise se dissipa définitivement.\u2014 J\u2019habite chez mon oncle, M.Xavier Bouteille, commença-t-elle, et je ne sais comment vous remercier .Il n\u2019écoutait pas.Le hasard venait de le servir d\u2019une façon miraculeuse.Il avait sauvé la propre nièce de l\u2019homme qui l\u2019intéressait tant ! Allons, sa bonne étoile brillait toujours au ciel.Quel meilleur moyen de pénétrer dans la place que celui-ci ?La jeune fille pépiait toujours.Elle ' s\u2019appelait Yvonne Berthier.Elle était en vacances chez le frère de sa mère.Elle n\u2019avait pas révélé son âge, mais Jack jugea qu\u2019elle ne devait avoir guère plus de dix-huit ans.Elle n\u2019était pas sans esprit, elle n\u2019était même pas naïve.Yvonne avait bien vite^constaté qu\u2019elle avait affaire à un homme du monde à qui elle pouvait donner ces renseignements sans inconvénient.Jack se présenta à son tour, mais il eut le soin d\u2019indiquer un faux nom : Robert Landry.Il ne tenait pas à ce que Xavier Bouteille sût qu\u2019il avait affaire à Jack Desly.Ils atteignirent la villa.C\u2019était une grande propriété enclose de hauts murs.Un jardinier au regard méfiant vint ouvrir la grille et dévisagea le jeune homme sans rien dire.Jack remarqua qu\u2019il paraissait totalement indifférent au récit que lui fit Yvonne.Quelque part, on entendait des aboiements furieux.Un gros chien enchaîné près de la maison montrait les dents en tirant sur le collier qui l\u2019étranglait.\u2014 Tout beau, Croquant, dit la jeune fille, au passage.Allons ! donne la patte .C\u2019est un ami.La bête, certainement plus accueillante que le jardinier, flaira longuement Jack et, poussant un bref coup de gueule, remua la queue.\t# \u2014 Voilà qui est fait, déclara Yvonne en riant.Vous pouvez vous vanter d\u2019être sympathique au chien de mon oncle.Il est terrible pour tout le monde.\u2018Je ne croyais pas réussir si vite .\u2014 Très flatté, dit le jeune homme en riant, j\u2019espère avoir gagné également la sympathie de sa maîtresse ?Elle eut un regard en coin, très expressif, rit d\u2019une petite manière curieuse mais ne répondit pas.^ Sans en avoir l\u2019air, Jack étudiait rapidement la topographie de l\u2019endroit.Là-bas, le jardinier appuyé sur une bêche paraissait le guetter.Une domestique \u2014 cuisinière et bonne à tout faire, qui devait être sa femme, apparut au détour de la maison.Elle avait l\u2019air aussi rogue que l\u2019homme.Décidément, pensa Jack, la valetaille n\u2019a pas l\u2019air très hospitalière .Installé dans un salon, il attendit quelques minutes.Yvonne reparut dans une autre robe qui lui seyait à ravir.\u2014 Mon oncle n\u2019est pas la, dit-elle, c\u2019est dommage.Je ne sais pas 1 heure a laquelle il doit rentrer .Jack comprit qu\u2019il ne pouvait rester et prit congé.Mais ce fut sur la promesse formelle qu\u2019il reviendrait k^.n~ tôt.En traversant de nouveau le jardin assez vaste, il remarqua une bâtisse aux volets clos sur un des côtés, non loin de la maison réservée au couple chargé du service.Comme, sans {Denser à mal, U se dirigeait de ce côté, le jardinier l\u2019interpella assez rudement: \u2014 Hep, Monsieur !.Par ici.L\u2019allée contournait à droite et à gauche, un massif de fleurs plantées devant la maisoii.Pourquoi l\u2019homme vou- lait-il que Jack prit l\u2019autre chemin plutôt que celui-ci ?Cette question et bien d\u2019autres devaient revenir à l\u2019esprit du jeune homme, tandis qu\u2019il actionnait son démarreur.L\u2019auto fila.Jack songeait à la jeune fille.Il se demandait quel plaisir elle pouvait éprouver à vivre dans cette propriété qui paraissait charmante à première vue, mais dont les domestiques étaient si acariâtres et où elle ne pouvait même pas attendre son oncle en compagnie d\u2019un visiteur.\u2014 Il n\u2019y a pas à s\u2019y tromper, murmura-t-il, elle craint les racontars des deux garde-chiourmes .On dirait qu\u2019elle est prisonnière là-dedans.Et pourtant non, puisqu\u2019elle peut sortir comme elle veut.Je parie qu\u2019elle s\u2019ennuie à mort, toute seule .Si Jack avait été moins préoccupé au moment où il sortait de la villa, il aurait remarqué la bizarre attitude d\u2019un flâneur qui quelques secondes auparavant déambulait avec lenteur autour des murs.A la vue du portail qui s\u2019ouvrait, cet homme avait ouvert un invraisemblable compas formé de deux longues jambes tpaigres et atteint en quelques foulées, une petite allée en cul-de-sac séparant la propriété du jardin voisin.Une fois à l\u2019abri, l\u2019homme avait articulé d\u2019une voix creuse : \u2014 Hein ?Quoi ?.Jack Desly ?.C\u2019était Arthème Ladon, inspecteur de la Sûreté.VI \u2014 LE MYSTERE NOCTURNE Quand M.Xavier Bouteille rentra \u2014 physionomie poupine et allure inoffensive, démenties par un regard extrêmement rusé que l\u2019homme avait eu soin d\u2019abriter sous des, lunettes légèrement teintées \u2014 le jardinier lui fit un signe que Jack Desly, s\u2019il l\u2019avait vu, aurait jugé d\u2019une étrange familiarité.De fait, le domestique, après s\u2019être assuré qu\u2019ils étaient seuls tous deux derrière le buisson de roses où il avait attiré le rentier, grommela quelques mots brefs : \u2014\tLa gamine est insupportable.Elle a imaginé, aujourd\u2019hui, d\u2019amener un petit monsieur, calamistré.¦\u2014 Qu\u2019est-ce que cette histoire, mon vieux ?\u2014\tViens dans mon pavillon, je vais t\u2019expliquer ça .Gustave, le jardinier qui tutoyait ainsi son maître, expliqua ce qui s\u2019était passé.M.Bouteille se mordillait les ongles.Toute sa bonhomie avait disparu.D\u2019un ton rogue, lui aussi, il déclara : \u2014 Ah ! mais, je ne veux pas de ça .Je vais le lui faire comprendre .Pas d\u2019intrus.Notre besogne est suffisamment compliquée comme cela, déjà .\u2014 Il doit revenir, paraît-il.\u2014 Eh bien, tu lui diras qu\u2019elle est en voyage.Et moi aussi, par la même occasion.Il comprendra qu\u2019il n\u2019y a rien à faire.\u2014 Fais attention à ne pas brusquer ta nièce, recommanda Gustave.Au fond, elle est notre meilleure couverture.M.Bouteille traversa le jardin et remonta lentement son perron.De même que Gustave et sa femme, il faisait partie de la bande de malfaiteurs dirigée par Jeantier, dit Lulu.Son rôle était de cacher tout butin dans sa propriété à la paisible apparence.Il avait eu l\u2019idée de faire venir Yvonne Berthier, jugeant, non sans ingéniosité, que la présence de cette gracieuse jeune fille consolidait l\u2019apparence de respectabilité de l\u2019endroit.Evidemment, il était à cent lieues de se douter de la véritable personnalité du sauveteur de sa nièce, mais selon les recommandations du chef, il ne laissait pénétrer personne dans la villa, en dehors d\u2019une ou deux amies de voisinage, lesquelles se bornaient à venir chercher Yvonne pour des promenades ou des parties de tennis.C\u2019était pendant les absences de sa nièce qu\u2019il recevait les instructions de Jeantier.Le chef venait lui-même le plus rarement possible à la propriété.Malgré l\u2019avis de son jardinier, il tança vertement la jeune fille.Sa mauvaise \u2022 humeur était si visible, sa parole si tranchante qu\u2019Yvonne en fut offensée.Il y avait une disproportion flagrante entre l\u2019événement en lui-même et 1 a-preté des reproches.Avec l\u2019intuition propre à son sexe, elle devina que la hargne de son oncle était provoquée beaucoup plus par cette présence, durant l\u2019après-midi, du jeune homme dans la propriété, que l\u2019inquiétude résultant de l\u2019accident qui aurait pu se terminer si mal.\u2014 Ah! mais j\u2019en ai assez, décida-t-elle le soir, dans sa chambre, il me traite comme une petite fille en pension.Pour ce que je m\u2019amuse ici, depuis que je suis arrivée ! Une fois de plus, elle se demanda quelles pouvaient être les véritables raisons de sa présence à La Roseraie.Son oncle, dans une lettre à ses parents, avait parlé de sa solitude et de la joie qu\u2019il aurait à sentir auprès de lui, cette jolie fille, plaisir des yeux.Or, il ne s\u2019en'occupait même pas, surveillait ses allées et venues \u2014 oh, ce jardinier qu\u2019elle ne pouvait souffrir et qui la suivait toujours d\u2019un regard mauvais, dès qu\u2019elle se promenait dans les allées \u2014 et, en fait, le seul ami qu\u2019elle eût à La Roseraie était l\u2019énorme chien Croquant.Pourtant elle ne regrettait pas son séjour.Depuis bien peu de temps, il est.vrai.Cette impression remontait seulement à l\u2019après-midi.Comme il lui avait plu, cet élégant jeune homme dont elle revoyait encore l\u2019expression un peu narquoise, mais si séduisante ! .L isolement qui l\u2019environnait accentuait l\u2019élan qu\u2019elle éprouvait vers lui.Elle se félicitait déjà d\u2019avoir un bon camarade, se réjouissait de le revoir.Et voilà que l\u2019oncle, décidément rabat-joie, avait formulé sa nette volonté de couper court à ce début de relations.Ulcérée, elle s\u2019enfoncait davantage dans sa déception, elle se persuadait qu\u2019elle était malheureuse et sentit des larmes lui mpnter aux yeux.Un malaise général l\u2019envahissait.Cette chaleur lourde qui régnait malgré le coucher du soleil.Elle se sentait oppres- \\ sée à la fois par son désarroi et par l\u2019atmosphère.Pas un souffle, malgré la fenêtre grande ouverte derrière les volets.L\u2019insomnie la gagna à force de se tourner et se retourner dans son lit.Yvonne se leva dans l\u2019obscurité, trouva son peignoir à tâtons et s\u2019accouda sur la barre d\u2019appui, entr\u2019ouvrant doucement ses volets.Au loin des éclairs intermittents annonçaient un orage.He sourds grondements se faisaient entendre.C\u2019était quelque part là-bas, du côté de Villeneuve-Saint-Georges.\u2014 Ah ! je voudrais une bonne pluie qui me fouetterait le visage ! Elle écarta un peu plus les volets.Une sorte de clarté diffuse régnait dans la nuit et ses yeux accoutumés à ce peu de lumière distinguaient le jardin tranquille, où nulle feuille d\u2019arbre ne bougeait.Un jtetit crissement léger sur les cailloux lui révélant de temps à autre, la course de Croquant libéré chaque nuit, et qui accomplissait sa ronde.Tout à coup, éclata un1 violent tumulte.Une série d\u2019aboiements féroces, une charge de Croquant, une ombre qui était apparue au détour d\u2019un massif et qui s\u2019enfuyait.Puis la voix de Gustave, hargneuse comme d\u2019habitude, imposant le silence au chien.Ensuite, des jurons, des menâtes contre quelqu\u2019un qu\u2019elle ne voyait pas.De loin, elle constata, un instant, que le bâtiment qu\u2019elle avait toujours connu avec ses volets dos, laissait filtrer un rai de lumière, elle entendit une porte qui daquait violemment et ee fut tout.Elle prêta l\u2019oseille : il lui semblait entendre maintenant une voix qui implorait, mais elle n\u2019en était pas sûre.En tout cas, cela paraissait provenir de cette construction isolée.L'HOROSCOPE DU \"SAMEDI\" (Nouvelle série) 2\t8\t3\t5\t2\t7\t4\t3\t5\t2\t6\t4\t3\t8\t2\t5 T\tV\tV\tV\tR\tD\tA\tO\t0\tA\tU\tU\tT\tO\tN\tT 8\t2\t5\t8\t3\t6\t4\t2\t5\t4\t7\t3\t5\t2\t8\t4 U\tS\tR\tS\tR\tN\tC\tA\tE\tU\tE\tE\tT\tC\tD\tN 5\t4\t3\t5\t2\t6\t4\t3\t5\t2\t8\t3\t6\t2\t5\t4 R\tE\tA\tA\tT\tV\tI\tM\tV\tI\tE\tI\tO\tO\tA\tN 4\t8\t2\t5\t7\t3\t6\t2\t5\t4\t8\t2\t7\t5\t3\t4 Q\tV\tN\tI\tL\tV\tY\tA\tL\tU\tR\tV\tA\tV\tO\tI 4\t8\t3\t5\t2\t7\t4\t3\t5\t2\t8\t6\t3\t5\t2\t8 E\tE\tU\tO\tA\tJ\tT\tS\tU\tN\tZ\tA\tE\tS\tT\tM 8\t2\t8\t5\t3\t7\t6\t2\t5\t4\t8\t3\t5\t2\t7\t4 E\tA\tN\tA\tS\tO\tG\tG\tB\tU\tA\tT\tS\tE\tI\tD 5\t3\t6\t5\t2\t7\t4\t3\t5\t2\t8\t3\t8\t5\t2\t8 O\tI\tE\tR\tU\tE\tE\tM\tB\tS\tG\tE\tE\tE\tE\tR Comptez les lettres de votre prénom.Si le nombre de lettres est de 6 ou plus, soustrayez 4.Si le nombre est moins de 6, ajoutez 3.Vous aurez alors votre ehiffre-def.En commençant au haut du rectangle pointez chaque chiffre-clef, de gauche à droite.Ced fait, vous n\u2019aurez qu\u2019à lire votre horoscope donné par les mots que forme le pointage de votre chiffre-clef.Ainsi, si votre prénom est Joseph, vous soustrayez 4 et vous aurez comme clef le chiffre 2.Tous les chiffres 2 du tableau ci-dessus représentent votre horoscope.Droits réservés 1945, par William J.Miller.King Features, Inc. 20 Elle resta là, le cœur battant, la tête bourdonnante.Que signifiait la scène qu\u2019elle avait surprise ?Les cailloux craquèrent sous un pas pesant, juste sous sa fenêtre.Puis un autre pas se fit entendre, et elle comprit qu\u2019un second individu s\u2019immobilisait au même endroit.Ils parlaient à voix basse, en levant la tête ; Yvonne en était sûre.Oui, ils devaient lever la tête vers sa fenêtre.Heureusement pour elle, la jeune fille avait eu le mouvement instinctif de rapprocher ses volets dès le premier hurlement du chien de garde.\u2014 Mais non, dit une voix qu\u2019elle situa comme celle du jardinier, tu as eu la berlue.Ses volets sont bien fermés.\u2014 Pourtant, répondait son oncle, il me semblait bien, il y a un instant que.\u2014 Ça va ! Ça val.En attendant, nous avons d\u2019autres chats à fouetter.Je te l\u2019avais bien dit qu\u2019il fallait ligoter ce sal.d-là .Sans Croquant il prenait le large .L\u2019arrivée du chien sur lui l\u2019a rabattu vers la baraque.Pendant qu\u2019on y était, il aurait peut-être mieux valu le laisser dévorer .\u2014 Tu es fou, reprit la voix de M.Bouteille, les ordres sont de le garder prisonnier jusqu\u2019au jour où .\u2014 Chut ! fit tout à coup Gustave.Assez causé.On pourrait réveiller la gamine .Dis donc, si tu montais un peu pour t\u2019assurer qu\u2019elle roupille véritablement ?D\u2019un bond, Yvonne se jeta dans son lit, après avoir jeté son vêtement à la volée à travers la pièce.Elle était éperdue, elle croyait faire un cauchemar tout éveillée.Il y avait donc quelqu\u2019un d\u2019enfermé dans oette sinistre bâtisse ?Voilà pourquoi le jardinier veillait toujours à ce qu\u2019on passât au large ! Et qu\u2019était-ce que cette conversation inouïe qu\u2019elle venait d\u2019entendre, au cours de laquelle il avait été question des ordres d'un chef ?\u2014 Et Gustave qui est d\u2019une vulgarité révoltante ?Et mon oncle qui accepte cela ?Non, non, il se passe quelque chose de louche, ici, je ne veux pas rester.Dès le lendemain, elle télégraphierait à ses parents de la rappeler d\u2019urgence.Un pas précautionneux dans le couloir fit un instant craquer le parquet.On frappa à sa porte.Une deuxième fois.Un peu plus fort.Elle fit mine de s\u2019éveiller en sursaut.\u2014 Qui va là ?\u2014 C\u2019est moi, ton oncle Xavier, ma chérie.fit une voix mielleuse.Tu n\u2019as pas eu peur, au moins ?Elle s\u2019en fut ouvrir, donnant toutes les marques du sommeil.\u2014 Peur de quoi, mon oncle ?\u2014 Comment ! tu n\u2019as pas entendu ce vacarme ?Un maraudeur avait essayé d\u2019enjamber le mur.Croquant s\u2019est jeté sur lui avec rage.L\u2019homme a eu le temps de s\u2019enfuir.Yvonne affirma qu\u2019elle n\u2019avait fait qu\u2019un somme jusqu\u2019au moment où son oncle l\u2019avait appelée.\u2014 Tu sais, à mon âge, avec les émotions de mon -bain forcé, par-dessus le marché, on dort bien .Elle ne retrouva le sommeil qu\u2019à l\u2019aube, et dormit jusque midi.Tout de suite après le déjeuner, elle décida de mettre son projet à exécution.Affectant un air gai et insouciant, elle quitta la villa, à la grande satisfaction de M.Bouteille qui avait encore à conférer avec son jardinier.Etait-ce le destin ?Sans doute.Elle avait immédiatement gagné les bords de la Manne, quoique ce fût là le chemin des écoliers pour se rendre à la poste.Mais elle était guidée par une sorte de prescience et il lui sembla tout naturel de voir arriver à sa rencontre, la petite voiture pilotée par Jack Desly.Le Samedi, Montréal, 12 juillet 1947 \u2014 Nous nous serions donnés rendez-vous qqe nous n\u2019aurions pas été plus précis ! s\u2019exclama gaiement le jeune homme.Comment vous portez-vous depuis hier, chère mademoiselle ?\u2014 Vous alliez à La Roseraie?\u2014 On ne peut rien vous cacher .Mais vous-même, vous .Elle jeta un regard autour d\u2019elle et proposa brusquement : \u2014 Prenez-m-oi dans votre auto .Ne restons pas ici.Il fut étonné de l\u2019attitude de la jeune fille qui révélait de la nervosité.Il le fut bien davantage quand elle lui demanda : \u2014 Pouvez-vous me rendre un service ?Un grand service ?.Yvonne venait de réfléchir qu\u2019il était peut-être imprudent d\u2019expédier elle-même la dépêche à ses parents.Que le hasard fît que la chose arrivât aux oreilles de son oncle et elle se trouverait fort embarrassée pour l\u2019expliquer.Jack Desly était, on ne peut plus intrigué.Il sentait qu\u2019il était sur le point d\u2019apprendre quelque chose d\u2019important et il manœuvra avec habileté pour susciter les confidences de sa compagne.Peu à peu, il démêla ce qui s\u2019était passé la nuit précédente, malgré le récit volontairement neutre qu\u2019elle lui faisait.Par de savantes répliques, il l\u2019amena à se découvrir et il eut la confirmation de ce qu\u2019il pensait, Yvonne voulait fuir parce qu\u2019elle avait peur de son oncle dont les agissements lui paraissaient sinistres.Comme il la comprenait !.\u2014 Je vais faire mieux que ce que vous me demandez, déclara-t-il.Ecrivez un petit mot et je le déposerai chez vos parents.Cela me procurera en outre, murmura-t-il avec une douceur qui la remua secrètement, la joie de posséder votre adresse à Paris, où, peut-être il me sera permis de vous rendre visite.Yvonne avait annoncé à son oncle qu\u2019elle rentrerait pour le dîner.Elle avait donc toute liberté pour accepter l\u2019exquise promenade offerte par Jack.Quand les jeunes gens se quittèrent, il semblait à Yvonne qu\u2019elle connaissait depuis toujours celui qui avait déclaré s\u2019appeler Robert Landry.Quant à oe dernier, il avait double raison d\u2019être joyeux en apparaissant devant le silencieux Nan-Dhuoc.D\u2019abord, cette après-midi passée en compagnie d\u2019une jolie fille à qui il plaisait \u2014 il le savait, et cela flatte toujours un homme \u2014 et ensuite, la certitude qu\u2019il avait enfin trouvé la clef du mystère de la disparition de Pierre Deconninck avec les dix millions de diamants que transportait le courtier hollandais.\u2014 Et si je ne me trompe fort, son-gea-t-il, je ne tarderai pas à entrer en possession de ce trésor.\t\u2022 VII \u2014 JACK DESLY EN PLEINE ACTION Les raisons pour lesquelles l\u2019inspecteur Arthème Ladon s\u2019était trouvé aux abords de la propriété de Xavier Bouteille, au moment où en sortait Jack Desly, n\u2019étaient pas tout à fait dues au hasard.On se rappelle que les indications fournies par le chauffeur de taxi Au- guchte La-bouille quant au numéro de la voiture qui l\u2019avait tamponne se résumaient en la vague indication , des lettres YB, révélant tout au plus Tim-matriouilation en Seine-et-Oise.Le policier s\u2019était cependant lancé sur cette piste et rendu sans tarder au service de la Préfecture, à Versailles, où il possédait un ami à qui il confia son cas.\u2014 Il semble difficile, a priori, ajouta-t-il, de retrouver l\u2019auto.C\u2019est la légendaire aiguille dans une botte de foin.Mais je me demande si en exécutant une sorte de travail de patience, en triant les chauffeurs qui ont déjà eu des accidents, par exemple, nous ne parviendrions pas, peu à peu, à .L\u2019employé regarda l\u2019inspecteur d\u2019un air qu\u2019il s\u2019efforça de rendre génial et cligna un œil.\u2014 Pas besoin de cette besogne de Titan, répondit-il.Je crois avoir ce qu\u2019il vous faut, mon cher Ladon.Mais vous avez eu du nez \u2014 Ladon fronça le sourcil, il avait horreur des allusions, même innocentes, à son appendice nasal \u2014 vous avez eu du nez, \u2014 répéta l\u2019autre avec une remarquable aptitude aux gaffes \u2014 de venir aujourd\u2019hui, car demain, c\u2019est mon jour de congé, et moi seul puis vous fournir votre renseignement.\u2014\tVous êtes un as.assura l\u2019inspecteur, réfrénant sa nervosité dans l\u2019espoir d\u2019un tuyau intéressant.\u2014\tFigurez-vous que, tout récemment,* une compagnie d\u2019assurances m\u2019a écrit pour me demander les nom et adresse d\u2019une certaine voiture ayant causé, paraît-il, à un de ses clients, la même avarie que celle dont vous m\u2019entretenez.Ce serait curieux qu\u2019il s\u2019agisse également du même propriétaire, hein ?.\u2014\tDites ! Dites vite, je vous en supplie .L'employé chaussa ses lunettes, mouilla son pouce, tripota une liasse de documents avec une lenteur désespérante et retrouva la lettre écrite à l\u2019instigation de Jack Desly.Il lut posément : \u2014\tLa 4556-YB-1, appartenant à M.Xavier Bouteille, habitant à Neuilly-Plaisance, la propriété de lia Rosètaie.Voilà.Déjà Arthème Ladon, après une poignée de main hâtive était dehors.Il ne prit même pas le temps de déjeuner et traversa en un temps record, la capitale d\u2019ouest en est, passant de Versailles à Neuilly-Plaisance, où il arriva avec un ouf ! de soulagement.Il voulait d\u2019abord se rendre compte de l\u2019aspect de La Roseraie exactement comme Jack Desly en avait eu l\u2019intention, ce qui prouve qu\u2019entre un maître en l\u2019art de détrousser autrui et un' défenseur de l\u2019autorité, il n\u2019y a guère de différence, lorsqu\u2019ils sont tous deux intelligents, que celle qui les met chacun d\u2019un côté différent de la barrière représentée par la loi.Une fois à pied d\u2019œuvre, Arthème Ladon se rendit compte, qu\u2019il ne possédait, en fait, qu\u2019une fragile hypothèse.Pour la concrétiser, il faudrait qu\u2019il eût la possibilité de voir l\u2019auto et de vérifier 1 état de son pare-choc avant.Il faudrait egalement que le chauffeur Labouille fût convoqué pour la reconnaître.Et 1 inspecteur en était encore à chercher un prétexte valable quand l\u2019apparition de Jack Desly lui fit l\u2019effet d\u2019une décharge électrique.Chose rare, Arthème Ladon faillit sourire de contentement.Hé ! c est que cela consolidait subitement sa théorie.Partout où il savait trouver le charmant Desly, il n\u2019ignorait pas qu\u2019il y eût matière à méditation pour la police.\u2014 Il est peut-être le complice mystérieux ?se dit le .policier.En tout cas, je sais quil a affaire à La Roseraie et que le diable me patafiole si je vais maintenant lâcher cette piste VOUS BRODEZ, MADAME?ECHARPE AU PAPILLON i Une parure brodée à la fois pratique et facile à exécuter.La broderie se fait en couleur.Nous sommes en mesure de vous la fournir étampée sur coton blanc ou écru.Dimensions : 15 pouces par 45.Tableau des couleurs inclus.Mme L.DE BEI J ,EFEUTT J >E, 61, Bord du Lac, Valois, P.Q.LISTE DES PRIX \u2014 Patron No 748 Veuillez m\u2019envoyer les articles suivants : ?\t748 \u2014 Echarpe étampée sur coton blanc ?ou écru ?\tCotons de couleur pour la broderie ?\tPatron étampé sur papier ?\tPapier carbone, bleu ou jaune 75 cents 30 cents 25 cents 10 cents Prière à mes lectrices d\u2019inclure le prix du patron, plus la taxe de 4% ou 2%, selon le cas, sous forme de bon postal, mandat d\u2019express ou argent sous pli recommandé.Nom .Adresse Localité Province .Le Samedi \u2014 12 juillet 1947 Le Samedi, Montréal, 12 juillet 1947 21 Il se gardait de surveiller l\u2019homme lui-même.Jack Desly \u2014 Ladon le savait \u2014 découvrirait la filature en moins de dix minutes et se méfierait plus que jamais.\u2014 C\u2019est le nid qu\u2019il ne faut pas perdre de vue, décida Arfhème.Le gaillard y est venu, il y reviendra .Rentré à son bureau, Ladon donna une série d\u2019ordres.Le soir même, un de ses subordonnés, convenablement travesti en vagabond, commença à rôder dans Neuilly-Plaisanee avec une affection particulière pour l\u2019avenue dans laquelle se trouvait la propriété de Xavier Bouteille.\u2014 J\u2019ai compris, répétait Jack pour la nième fois à Nan-Dhuoc et l\u2019Annamite, docilement, pour la nième fois, ponctua docilement : \u2014 Oui, maître .\u2014 Et tu n\u2019es pas curieux de savoir ?\u2014 Nan-Dhuoc seulement curieux quand maître veut bien expliquer.\u2014 Tu es un domestique en or .D\u2019ailleurs tu en as déjà la couleur, plaisanta le jeune homme qui savait combien l\u2019Oriental était intérieurement pénétré de la beauté de son épiderme.Tout est question de conventions dans l\u2019existence, et Nan-Dhuoc estimait qu\u2019une peau blanche était un désavantage esthétique.Jack Desly ôta le couvercle d\u2019une mignonne machine à écrire, y inséra une feuille blanche munie d\u2019un double, grâce à du papier carbone et tapa rapidement quelques mots.\u2014 Voilà, dit-il en tendant le texte à son serviteur.Tu vas me porter ça \u2022 tout de suite au journal.Je te permets 'de lire.L\u2019Annamite jeta un coup d\u2019œil sur ce qui lui semblait une annonce.Malgré la surprise qu\u2019il éprouvait, il conserva son impassibilité.Prière de venir d\u2019urgence rendez-vous Splendid Hôtel comme précédemment vingt-trois heures .Ce rendez-vous était précédé de l\u2019indication Etoile du Nord., Nan-Dhuoc releva la tête et regarda son maître.\u2014 Tu ne comprends pas, naturellement ?fit ce dernier.\u2014 Non, maître^.Pas comprendre.Vous donner rendez-vous ?\u2014 Mais oui, mon garçon.Et si tu veux bien remarquer la manière dont j ai adressé cette espèce de télégramme, c\u2019est à Jeantier que je veux avoir affaire, puisque lorsque c\u2019est lui qui communique avec son complice à barbe noire, il signe de ce pseudo au lieu de le mettre en tête .Nan-Dhuoc articula avec flegme : \u2014 Venir tous les deux .Jack Desly eut un léger haut-le-corps, puis une lueur malicieuse naquit dans son regard : \u2014 Ma foi, tu as raison, comme toujours .Je n\u2019avais pas pençé à cela.Le barbu va sans doute lire le communique et imaginer que c\u2019est lui que cela concerne .Il mettra la forme de ce texte sur le compte d\u2019une erreur en ce qui concerne la place du pseudo .Hé ! Mais .Cela va être encore plus amusant que le reste, ça.Ils vont se demander ce que cela signifie, se quereller peut-être.Nan-Dhuoc plissait le front et.faisait une moue studieuse.Il cherchait toujours quel pouvait être le plan de son maître.Il réfléchissait que si celui-ci donnait rendez-vous à Jeantier, c\u2019était avec une raison définie, mais dans quel but allait-il affronter cet adversaire qui.\u2014 Allons, ne te creuse pas ! s\u2019exclama Jack qui avait deviné le travail cérébral du Jaune.,Je vais te mettre sur la voie.Il alluma une cigarette de ce geste favori qu\u2019il avait lorsqu\u2019il était content de la marche des événements.\u2014 Je veux faire plusieurs coups d\u2019une pierre.Tout d\u2019abord, repérer Jeantier et ne plus le lâcher afin de savoir où il gîte.Ensuite, créer une petite alerte entre les deux acolytes, de manière que mon bonhomme soit hors de son assiette, ce qui facilitera ma filature.Je vais donc me déguiser convenablement, \u2014 le visage de Nan-Dhuoc s\u2019éclaira, enfin, \u2014 et guetter Lulu.Lorsqu\u2019il en aura assez de sa discussion avec l\u2019autre, il finira par rentrer chez lui.Et à partir de ce moment, la cueillette des pierres précieuses ne sera plus qu\u2019une question de vingt-quatre heures pour moi.Tu y es, maintenant ?Le lendemain, après avoir constaté que la Petite Correspondance du journal contenait bien son message, Jack Desly se prépara à la nuit blanche qu\u2019il prévoyait.Nân-Dhuoc ne le réveilla que vers huit heures du soir, après la sieste de l\u2019après-midi.Le jeune homme prit une excellente douche écossaise \u2014 chaud et froid \u2014 s\u2019allongea sur la table de massage de sa salle de bains et se fit soigneusement pétrir les muscles par l\u2019habile serviteur.Puis il enfila à même le corps, une cotte de mailles d\u2019un acier très fin et remarquablement souple qui le moulait à la perfection.\u2014 Il faut tout prévoir, même un corps à corps, marmonna-t-il.Cette cotte descendait très bas à la taille et possédait des manches.Une véritable armure à l\u2019épreuve des lames et des balles de revolver, ces dernières à condition qu\u2019elles fussent tirées de loin.On sentait qu\u2019il avait l\u2019habitude de ce sous-vêtement peu banal, car il avait l\u2019entière aisance de ses mouvements.Il choisit ensuite, un costume quelconque de confection, d>ans sa garde-robe, abondamment pourvue.Il avait l\u2019intention de se donner l\u2019allure d\u2019un des mille passants que l\u2019on rencontre journellement, employé de bureau, petit fonctionnaire ou même ouvrier soigné.Pas un détail ne fut omis.Rien de trop, rien de trop peu.Une petite moustache en brosse acheva le maquillage.Jack possédait au plus haut degré lart véritable du comédien qui consiste surtout à transformer ses traits par les expressions même du visage.Quand il se regarda dans un miroir, l\u2019œil volontairement neutre et l\u2019air intégralement banal, il fit dapper sa langue de satisfaction.Nan-Dhuoc hocha la tête approbativement.\u2014 Tout à fait le signalement de circonstance \u2014 souligna Jack Desly - en glissant un petit revolver plat dans la poche arrière de son pantalon.Le modèle-type du signalement courant : front moyen, nez moyen, bouche moyenne, visage ovale, etc.Signes particuliers : néant.Avec ça, je peux passer partout.On ne me remarquera pas.A l\u2019heure prescrite, il se trouvait adossé, d\u2019un air absent, à une porte cochère, non loin de l\u2019entrée du grillroom du Splendid.Il vit entrer Jeantier et guetta l\u2019arrivée de l\u2019homme à barbe noire.Ce dernier cependant, ne fit pas son apparition et Jack n\u2019en fut pas peu surpris.Il devait cependant comprendre, mais beaucoup plus tard, le pourquoi de cette abstention.Une demi-heure s\u2019écoula.A l\u2019intérieur de rétablissement Jeantier bouillait d\u2019impatience et de colère.Au dehors, Jack Desly, par surcroît de prudence avait changé de poste d\u2019observation et se trouvait maintenant près de la sortie du grill-room de manière à ne pas être aperçu de quiconque franchissant la porte à tambour et mettant le pied dehors.Il avait remarqué que Jeantier était venu dans une voiture totalement différente de celle qu\u2019il avait employée jusqu\u2019alors.\u2014 Bien entendu, se dit-il.Pas si bête, Lulu.Depuis que tous les journaux se sont emparés de l\u2019histoire contée par ce chauffeur de taxi, il a com-, pris que ce serait idiot de risquer de se faire repérer par le même bonhomme .A Paris, il n\u2019y a que les montagnes qui ne se rencontrent pas .La nouvelle auto était un modèle de série comme l\u2019autre, mais d un modèle plus ancien, avec aérodynamisme à peine prononcé.Une idee subite traversa Jack, comme un trait de feu.Une idée audacieuse s\u2019il en fût.Il s\u2019approcha de la voiture et en essaya la poi- gnée de portière.Elle n'était pas fermée à clef.D\u2019un air très naturel, il l\u2019ouvrit et s\u2019assit à l\u2019intérieur.Et aussitôt, il s\u2019accroupit en boule, sa taille moyenne et sa grande souplesse lui permettant de se dissimuler complètement derrière le dossier de la banquette avant.\u2014 Jeantier va revenir préoccupé au possible, calcula-t-il.Il s\u2019installera rageusement et filera aussitôt.Il n\u2019aura certainement jamais l\u2019idée d\u2019inspecter l\u2019arrière pour y chercher quelqu\u2019un ! Et même si cette éventualité se produisait, par impossible, Jack avait l\u2019immense avantage d\u2019être aux aguets ; il se tint prêt à bondir.Mais cette éventualité ne se produisit pas.Le bandit lassé d\u2019une attente inutile pénétra, comme il l\u2019avait prévu, en coup de vent, dans l\u2019auto, en mâchonnant jurons sur jurons.Les leviers de vitesse grincèrent, le véhicule fit un saut brutal en avant sous la poussée de l\u2019accélération, et Jack Desly, passager insoupçonné, fut emporté à toute vitesse.VIII \u2014 CE QUI SE PASSA DANS LE GARAGE L\u2019intention primitive de Jack Desly était de se redresser graduellement pour surprendre l\u2019ennemi par derrière.Toutes les chances, avait-il articulé, seraient de son côté.En effet, Jeantier qui sentirait d\u2019un seul coup le AVIS A NOS LECTEURS Depuis quelques mois, nos lecteurs ont remarqué que LE SAMEDi contient une section de papier-journal alternant avec le papier de luxe.Ceci n'est pas pour une raison d'économie, comme on aurait bien pu le croire, mais bien pour augmenter le nombre de pages en attendant que le papier de luxe nous revienne en abondance.Dès que le papier-magazine se fera moins rare, tout LE SAMEDI sera imprimé, comme avant la guerre, sur papier glacé.Nous espérons que nos lecteurs et lectrices se réjouiront de cette bonne nouvelle.Malgré cette augmentation, LE SAMEDI reste toujours à 10 sous alors que plusieurs autres publications majorent leur prix.contact d\u2019un canon froid contre 6a tempe au même moment où une voix autoritaire lui commanderait de stopper sans effectuer la moindre résistance, ne pourrait qu\u2019obéir, sous peine de risquer une balle.Mais Jack n\u2019avait pas tardé à se rendre compte qu\u2019en realite cette manœuvre était risquée.Rien ne disait, en effet, que l\u2019homme au volant, se sentant à la merci d\u2019un coup de feu, ne tenterait pas de son côté quelque chose de désespéré et, danger pour danger, irait se jeter contre un arbre avec 1 espoir de , s\u2019en tirer avec le minimum de dégâts pour lui-même tout en assommant l\u2019adversaire.\u2014 Et puis, se dit encore Desly, il se peut qu\u2019un passant attardé, voyant ce qui se passe, à l\u2019intérieur de la voiture, intervienne désastreusement.Puisqu\u2019il n\u2019avait pas été découvert, le mieux était de se laisser emmener jusqu\u2019au bout.Ainsi, Jeantier, sans se douter qu\u2019il avait été à deux doigts d\u2019une attaque en pleine course, arriva devant la maisonnette qu\u2019il avait louée au Perreux, relativement près de la localité où se trouvait La Roseraie.Un garage particulier s\u2019ouvrait directement sur la rue.L\u2019homme rangea' la voiture face au rideau de fer et descendit pour faire monter celui-ci.Les phares devant lesquels il était obligé de passer l\u2019éblouirent.C\u2019était sur quoi avait compté Jack Desly.Vivement redressé dans l\u2019ombre qui régnait à l\u2019intérieur de l\u2019auto, il se pencha au-dessus du siège et s\u2019appropria la clef qui commandait le contact du moteur.Puis, silencieusement, par la portière qui lui permettait d\u2019être hors de la vue de Jeantier, il se coula au dehors et se plaqua dans 1 obscurité, contre Je mur de la maison.Jeantier occupé à ouvrir le garage, s\u2019immobilisa net et considéra le capot de l\u2019auto, d\u2019un regard chargé d\u2019incompréhension.Le moteur venait de s\u2019arrêter, puisque Jack Desly avait coupé l\u2019arrivée d\u2019essence.Le chef de bande grinça des dents : \u2014 Alors, quoi ?Tout s\u2019en mêle, ce soir !.Qu\u2019est-ce qu\u2019il a ce tacot de malheur ?Comme toujours, dans un cas semblable, ce ne fut pas la solution la plus simple qui lui vint à l\u2019esprit.Au lieu de vérifier son tableau de bord, ce qui lui aurait immédiatement permis de comprendre, sinon l\u2019absence de la clef, du moins les causes de la panne subite, il s\u2019obstina à actionner son démarreur qui fonctionna en pure perte.A ce petit jeu, la batterie risquait de s\u2019épuiser.Dissimulé à quelques mètres, Jack attendait le moment propice qu\u2019il avait choisi.Il vit l\u2019homme s\u2019approcher du capot, le soulever, et après avoir tiré une lampe électrique de sa poche, commencer à vérifier des fils divers d\u2019attache.La rue était absolument déserte.Au loin, un réverbère dispensait une maigre clarté.Nul bruit, nul mouvement autres que ceux -produits par Jeantier tiraillant de-ci, de-là, avec des grognements coléreux.Jack s\u2019avança comme un chat, avec une souplesse féline.D\u2019un seul coup, Jeantier entendit un ordre en même temps qu\u2019il éprouvait une douleur aux reins.Jack venait de lui appliquer avec rudesse le canon de son browning contre le corps.\u2014 Un geste suspect et je te brûle !.gronda la voix.Jeantier resta immobile et répondit sourdement : \u2014 Ça va .Et alors, qu\u2019est-ce que tu veux ?\u2014 Lève les bras .Allons, plus vite .Là, comme ça .Et vivement dans le garage.Nous avons à parler .Jack se souciait peu de rester en pleine rue dans cette attitude et une 22 Le Samedi, Montréal, 12 juillet 1947 fois dans le local, ordonna successivement à l\u2019homme qu\u2019il tenait toujours sous la menace de son arme de faire de la lumière et de rabattre le rideau de fer jusqu\u2019à mi-corps.Il tenait à se ménager une issue facile à atteindre, mais en même temps s\u2019assurait qu\u2019on ne pouvait plus, du dehors, voir ce qui se passait dans le garage.Pour la première fois depuis le début de sa cruelle mésaventure, Jean-tier put contempler son mystérieux agresseur.Il cherchait en vain à identifier ce visage.Inutile il ne l\u2019avait jamais vu.Et .puis, même si Jack n\u2019avait pas pris la précaution de changer de personnalité, Jeantier n\u2019en eût pas été plus avancé car il n\u2019avait jamais rencontré celui dont il ne connaissait que le nom, en raison des exploits dont on se chuchotait les détails dans les milieux de la pègre que Desly ne fréquentait pas.C\u2019était l\u2019un des nombreux atouts que possédait le maître de Nan-Dhuoc.Il connaissait tout le monde et n\u2019était connu de personne, si ce n\u2019était de l\u2019ins-pectéur Anthème Ladon.Ce qui n\u2019avançait guère ce dernier car il n\u2019avait pas encore reuni l\u2019ombre d\u2019une preuve contre son adversaire.Ironiquement, Jack articula : \u2014 Ça y est ?Tu m\u2019as bien regardé ?Bon.Passons aux affaires sérieuses.Où sont les diams \u2014 diamants, en argot de voleur.Cette expression convainquit Jeantier qu il avait affaire à un collègue nouvellement surgi.Un collègue redoutable, à en croire ce qu\u2019il venait d\u2019entendre, car il resta interloqué.Comment l\u2019autre pouvait-il savoir que .Il tenta de donner le change et grommela : \u2014 Les diamants ?Qu\u2019est-ce que tu racontes ?Quels diams ?\u2014 Allons, ça va bien, dit sèchement Jack.Tu me prends pour un novice?Tu sais ce que je veux dire.Dépêchons ! Si tu veux des points sur les i, passe-moi les tulipes .Jeantier poussa un grognement de rage.Les tulipes !.Ah ça te la coupe ?Alors, tu t\u2019exécutes ?\u2014 C\u2019est toi qui m\u2019as fait venir ce soir au Splendid ?murmura sourdement Jeantier.\u2014 Bravo.Tu n\u2019es pas trop bête, Lulu.On voyait les muscles des joues de l\u2019homme qui se contractaient sous l\u2019effort des mâchoires serrées.La fureur de Jeantier arrivait à son paroxysme.Ses yeux s\u2019injectaient de sang.Il fit cependant un effort prodigieux sur lui-même et fit entendre un rire qui sonnait faux.Se raclant la gorge, il prononça : \u2014 Je ne sais pas qui tu ed, mais c\u2019est costaud ce que tu as fait.Entendu, j\u2019ai les diams.Mais je propose un marché.\u2014 Quel marché?dit Jack avec dédain.\u2014 Au lieu de partager avec l\u2019autre, c\u2019est à toi que je donnerai la moitié.Ça te va ?Jack comprit que l\u2019autre devait être l\u2019homme à la barbe noire.Il ne savait quel avait été le rôle de ce complice, mais peu lui importait.Mais partager ?Allons donc ! \u2014 Je vois que tu ne t\u2019embarrasses pas de préjugés pour trahir un camarade, formula-t-il.L\u2019autre n\u2019aura rien, n\u2019importe comment, et toi non plus.Je ne veux pas de demi-portion.Je travaille à cent pour cent, moi.Depuis un moment, Jeantier examinait son adversaire.Il se savait lui-même possesseur d\u2019une force musculaire redoutable que révélait sa nuque de taureau et aussi sa large poitrine.Par contre, l\u2019homme qu\u2019il avait en face de lui n\u2019était pas d\u2019un gabarit impressionnant.Ah ! si Jeantier pouvait sauter sur lui et l\u2019étreindre dans ses bras, comme il le réduirait à sa merci.Oui, mais il y avait le revolver toujours braqué et l\u2019œil de Jack suivait les moindres réactions de la brute.\u2014 Alors, tu te décides ?commanda le jeune homme.\u2014 Et si c\u2019était non ?ricana Jeantier.\u2014 Je me verrais au regret de te loger une balle dans un bras, une autre dans une jambe, te ficeler proprement et visiter la maison.Comme j\u2019ai toute la nuit devant moi, et une certaine expérience des cachettes, je trouverai et tu n\u201dy auras gagné que deux pruneaux.Tu as trente sepondes pour te décider! Jack tira une montre de son gousset et y jeta un rapide coup d\u2019œil.Fatal mouvement ! Aussi vif qu\u2019il eût été, Jack trouva plus vif que lui encore.La pensée de se faire dépouiller avait communiqué à Jeantier une impulsion irrésistible et foudroyante.Comme s\u2019il avait pressenti que son rival allait le quitter du regard pour une fraction de seconde, il avait agi avec la spontanéité de l\u2019éclair.Jack Desly reçut la charge en pleine poitrine et roula sur le sol, étroitement enlacé par l\u2019autre qui pesait sur lui de tout son poids.La chute lui avait fait lâcher son revolver.Et au même moment, par une étrange fatalité, l\u2019ampoule qui brûlait dans le garage s\u2019éteignit, comme pour rendre la scène plus âpre encore.Une panne de courant électrique.Jeantier avait poussé un sauvage grondement de triomphe en constatant qu\u2019il tenait l\u2019adversaire à sa merci.Jack s\u2019était laissé aller à terre sans résistance.Il avait les bras plaqués le long du corps et sentait la pression étouffante s\u2019accentuer de plus ,en plus.Jeantier le serrait contre lui exactement à la manière d\u2019un ours comme s\u2019il voulait lui broyer les os.Les mains de Jack s\u2019agrippèrent à la taille de son agresseur.Elles sentirent une espèce de ceinture qui parut, tout d\u2019abord, garnie de cabochons à Jack Desly.Cette ceinture devait se trouver sous les vêtements.Il songea que c\u2019était sans doute, une armure défensive, analogue à sa propre cotte de mailles.A peine Jeantier eût-il éprouvé le contact des mains adverses, qu\u2019il desserra sa prise avec une hâte étrange.Il cessa d\u2019étreindre pour faire1 remonter un de ses bras, et saisir l\u2019homme à la gorge.De ce fait, Jack comprit qu\u2019il pouvait libérer presque complètement son bras droit.Et alors, il ne perdit pas de temps.La poigne de Jeantier était impitoyable, et les doigts s\u2019incrustaient comme Les branches multiples d\u2019une pince d\u2019acier: Encore quelques secondes et Jack qui commençait à voir un nuage rouge, perdrait (connaissance.Jeantier eut un soubresaut brusque et poussa un hurlement étouffé de douleur.Avec une habileté et une prestesse incroyables, son ennemi avait réussi à glisser un bras, puis l\u2019autre à la hauteur du visage et les deux doigts de .la main droite se plantèrent en une redoutable fourchette dans les yeux de la brute, tandis que ceux de la main gauche, exécutant un travail mystérieux derrière une oreille, venaient de causer une douleur intolérable.Durant cette lutte, les deux adversaires n\u2019avaient cessé de rouler de droite et de gauche sur le sol du garage.Une secousse les amena près du revolver de Jack et ce fut Jeantier qui sentit ce contact métallique contre son flanc.Aussitôt, il allongea le bras au jugé pour s\u2019en emparer.Ce fut juste à ce moment que la lumière revint.Jack Desly qui n\u2019avait pas compris ce qui se passait vit la scène d\u2019un regard immédiat.Une exclamation de défi, et il bondit sur la main étendue, l\u2019écrasant d\u2019un coup de talon, envoyant d\u2019un coup de pied consécutif, l\u2019arme à l\u2019autre bout du local.Ce n\u2019était pas le moment de lâcher une étreinte et il fit bien voir à Jean- tier l\u2019étendue de eon imprudence.Car c\u2019était lui qui maintenant était maître de la situation.Quelques passes d\u2019une facilité dérisoire à partir du moment où il tenait l\u2019adversaire à sa merci, et il se retrouva assis sur la poitrine de l\u2019homme qui haletait péniblement et dont le visage ruisselait de sueur.Jack tenait le bras de Jeantier dans une prise qui ne pardonnait pas.\u2014 Je n\u2019ai qu\u2019à appuyer un petit peu, prévint-il, et je te désarticule gentiment l\u2019épaule.Si tu ne connais pas cette recette, je te conseille de prendre des leçons de jiu-jitsu .Jeantier essaya une ruade en cambrant les reins.Mais il retomba comme un pantin inerte avec un gémissement prolongé et ne bougea plus.\u2014 C\u2019est lui qui l\u2019a cherché, marmonna Jack.Il s\u2019est chargé de se démolir l\u2019épaule tout seul.Le jeune homme s\u2019assura que l\u2019évanouissement n\u2019était pas simulé et traîna le corps à l\u2019extrémité opposée du garage, puis le fouilla pour le principe, car il faut toujours fouiller les vêtements d\u2019un malfaiteur abattu.Jack ne trouva rien de particulier et se releva, se préparant à chercher une corde pour ligoter Jeantier comme il le lui avait promis, avant de se livrer à ses recherches dans la maison.Juste au moment où il commençait à enrouler les liens, il se rappela la curieuse ceinture.\u2014 Voyons comment c\u2019est fait.Si cette invention est pratique, je m\u2019en ferai faire une également.Il n\u2019y a que l\u2019expérience pour vous enseigner à vivre .Il défit le gilet.La ceinture était dissimulée sous d\u2019autres vêtements.Quand il réussit à la découvrir et à la déta- \u2022 cher, Jack resta ébaubi.\u2014 Qu\u2019est-ce que c\u2019est que cette idée ?Une ceinture de flanelle.Avec un tas de petites poches, remplies de .hein ?Malgré lui ses doigts tremblèrent d\u2019émotion.Il venait de découvrir des diamants, des quantités de diamants .\u2014 Il portait le butin sur lui ! balbutia-t-il.Dix minutes plus tard, garage fermé et lumière éteinte, Jack Desly filait au volant de la propre auto de Jeantier ; il abandonna le véhicule juste avant d\u2019arriver à son propre domicile.Nan-Dhuoc comprit à la flamme de son regard que son maître avait réussi dans son entreprise.IX \u2014 UNE NOUVELLE TOURNURE DES EVENEMENTS Arthème Ladon abandonna la piste de La Roseraie.Décidément cela ne donnait (rien.Jack Desly n\u2019y avait plus remis les pieds et d\u2019autre part, les renseignements recueillis par son collaborateur qui, après avoir renoncé à sa défroque de trimardeur avait effectué une enquête, révélaient que M.Xavier Bouteille était un paisible commerçant retiré des affaires.Allez, après cela, vous fier à certains rapports officiels !.Le mystère, pour l\u2019inspecteur, restait toujours entier.Il entrevoyait 'le moment où par la force des événements, il en serait réduit à clore le dossier avec la mention introuvable.Ceci d\u2019au-' tant plus qu\u2019il venait de se voir gratifier de recherches dans une nouvelle affaire qui, si elle était totalement différente dans son aspect, n\u2019était pas moins impénétrable que l\u2019autre.Cette fois il s agissait de la découverte d\u2019un cadavre dans la Seine.L\u2019homme avait été poignardé dans le dos et jeté à l\u2019eau ensuite.Les poches des vêtements étaient totalement vides.Aucun indice qui permît die situer l\u2019identité, ni le motif du crime.On avait exposé le corps à l\u2019Institut Médico-Légal et tous ceux qui avaient un disparu à signaler parmi leurs, proches avaient défilé, personne ne 1 avait reconnu.Vingt-quatre heures après le repêchage, Ladon se décida à s occuper uniquement de cette deuxième affaire et commença ses investigations avec le désir bien arrêté de ne pas rester sur un deuxième échec.Il ne se doutait guère des surprises qu\u2019il se ménageait.Tout d\u2019abord, il demanda à examiner les vêtements.Il constata qu\u2019on avait fait sauter la marque de fabrique du costume acheté tout fait, mais le criminel avait négligé, ou plus probablement oublié, d\u2019agir de même pour les sous-vêtements.Le faux col notamment révéla une adresse qui lui fit ouvrir les yeux tout grands.L\u2019inscription était en langue hollandaise.Il s\u2019agissait d\u2019une chemiserie de Rotterdam.\u2014 Ah ! par exemple ! s\u2019exclama-t-il entre ses dents.S\u2019agirait-il par hasard de .d e .Il n\u2019osait achever sa pensée, mais se précipita vers la salle lugubre où l\u2019on exhibait les restes des inconnus.On fit monter le cadavre qu\u2019il avait demandé à voir.Il consulta la fiche anthropométrique établie et la compara avec une série de renseignements qu\u2019il détenait de longue date sur son calepin.\u2014 Non, dit-il avec un soupir, ce n\u2019est pas ça .Cependant, il s\u2019attarda sur la barbe extrêmement noire qui couvrait les joues du cadavre et s\u2019étonna brusquement de n\u2019avoir pas remarqué plus tôt une anomalie qui confinait au grotesque.On pouvait voir, en examinant attentivement, des poils blonds et drus cachés par le premier système pileux.\u2014 Mais cette barbe est fausse, gronda-t-il.Apportez-moi un bol d\u2019eau bouillante.Elle doit être collée au collodion.Voilà pourquoi elle a résisté à l\u2019immersion.Ses présomptions étaient d\u2019une justesse rigoureuse et il put le constater sans tarder.Comme il arrive toujours, la barbe véritable de l'inconnu avait continué à pousser après sa mort et révélait le stratagème.\u2014 Pourquoi s\u2019affublait-il d\u2019une pos-, fiche ?Poser la question c\u2019était la résoudre.Parce qu\u2019il tenait à se cacher.Mais de qui ?De celui qui l\u2019avait finalement atteint ?Quelle Vengeance avait-il eu à redouter ?Arthème Ladon avait tout d\u2019abord pensé \u2014 espéré même \u2014 qu\u2019il se trouvait devant la dépouille de Pierre De-conninck, le courrier disparu, et malgré la non-concordance des mensurations, s était faiblement raccroché à l\u2019espoir fallacieux qu\u2019il s\u2019agissait peut-être d\u2019une erreur dans celles-ci.La barbe postiche disparue, il ne pouvait que constater que s\u2019il y avait erreur, c\u2019était de sa part.Il avait le visage de Deconninck grave dans la mémoire.Celui-ci ne lui apprenait rien du tout.Et cependant, une sensation étrange dont il n\u2019analysait pas les causes lui disait que l\u2019inconnu n était peut-être pas étranger à l\u2019affaire des diamants.Il, télégraphia dans l\u2019après-midi à ses collègues de Rotterdam en leur demandant de préciser si l\u2019on ne signalait pas une disparition récente dans cette ville.La réponse qui lui parvint était affirmative.Elle ajoutait qu\u2019un témoin qui connaissait particulièrement bien le personnage venait de partir pour Paris afin de vérifier s\u2019il s\u2019agissait du même, ou si l\u2019homme repêché dans la Seine lui était inconnu.A l\u2019heure annoncée, un géant ador-ne d un confortable embonpoint frappa a a porte du bureau de l\u2019inspecteur.\u2014 Je suis M.Jans Kroonen, annonça-t-fi en réponse au coup d\u2019œil interrogatif d Arthème Ladon.M.Jans Kroonen?. Le Samedi, Montréal, 12 juillet 1947 23 \u2014 Oui, continua l\u2019autre, avec un accent chantant et en cherchant ses mots, je viens pour reconnaître le .la .\u2014 Ah ! oui, parfaitement.Excu-sez-moi, le télégramme ne faisait pas mention de vos noms et qualités .murmura fixement son interlocuteur : \u2014 M.Jans Kroonen, avez-vous dit?Vous êtes le patron de ce messager disparu avec les diamants ?\u2014 Oui, tout juste.Ah! soupira le Hollandais, c\u2019est une bien triste affaire, allez.Un garçon qui avait toute ma confiance.Aujourd\u2019hui encore, je ne puis pas arriver à croire qu\u2019il ait pu faire une chose pareille .\u2014 Vous avez l\u2019âme généreuse, remarqua Ladon d\u2019un ton acide.C\u2019est justement cette confiance qui provoque ce genre de soustraction.On se montre faible, et l\u2019autre en profite .M.Kroonen ne répondit pas.Peut-être n\u2019avait-il pas compris le débit rapide du policier, car ses connaissances en français se résumaient à un vocabulaire principalement commercial.\u2014 Quand nous mettons-nous en route ?demanda-t-il après un instant.Je suis à Paris entre deux trains et je voudrais rentrer le plus tôt possible.Un taxi les déposa devant le bâtiment sinistre.M.Kroonen, dont la bonne face fleurie se crispait dans cette ambiance, marcha sur la pointe des pieds, comme s\u2019il avait peur de réveiller les morts.Quelques instants encore, et l\u2019employé chargé de présenter les corps les mit en présence d\u2019une forme recouverte d\u2019un drap.D\u2019un geste rapide, Arthème découvrit le visage.M.Kroonen s\u2019humecta les lèvres et se décida à se pencher.Sourde exclamation.\u2014 Myn God !.C\u2019est lui .Oui, c\u2019elt bien lui .Arthème demanda laconiquement : \u2014 Qui, lui ?.M.Kroonen tourna vers le policier son visage bouleversé : \u2014 Mon chef comptable .Mynheer Meermans.\u2014 Votre chef comptable ?s\u2019effara Ladon.\u2014 Oui, je le reconnais, j\u2019en suis absolument certain.D\u2019ailleurs vous pouvez faire venir un de ses cousins, sa # seule famille, il le reconnaîtra comme moi.L\u2019inspecteur resta silencieux.D\u2019abord Pierre Deconninck.Maintenant le chef comptable Meermans.Etait-ce la fatalité qui s\u2019acharnait sur'le personnel de M.Kroonen, ou bien.Il enveloppa le négociant d\u2019un regard aigu qui le fit frissonner et un rictus étrange naquit sur ses lèvres minces.\u2022 Malgré le désir qu\u2019il en avait exprimé, le Hollandais ne put prendre, pour son retour à Rotterdam, le train qu\u2019il a/vait choisi.Il lui fallut, en effet, rester une longue après-midi en compagnie d\u2019Arthème Ladon qui l\u2019interrogea avec une fertilité rare sur toutes sortes de sujets.Il semblait que plus il en apprenait, plus il désirait connaître les particularités commerciales et privées qui composaient la vie de M.Kroonen.Celui-ci.au début, avait répondu de son mieux.Mais il avait fini par trouver que l\u2019inspecteur exagérait, et à quelques reprises, il manifesta son impatience contenue, ce que Ladon, avec une parfaite tranquillité, feignit de ne comprendre à aucun moment.Il couvait son interlocuteur de ses yeux ronds et fixes, comme l\u2019émou-chet qui plane au-dessus d\u2019une victime et s\u2019apprête à fondre.\u2014 Que faisait donc M.Meermans à Paris ?\u2014 Je l\u2019ignore complètement.\u2014 Ce n\u2019était pas la première fois qu\u2019il y venait, peut-être ?\u2014 Non, en effet.Il y avait passé un ¦congé de quelques jours.\u2014 A quelle époque ?M.Kroonen chercha et donna une date.L\u2019expression d\u2019Arthème Ladon s\u2019accentua.Il atteignit un dossier qu\u2019il croyait bien clos et le rouvrit en agitant ses doigts maigres.\u2014 Avant la disparition de Pierre Deconninck, annonça-t-dl.\u2014 Oui.Peut-être .\u2014 Et.c\u2019est tout ?Ses vacances, où les termina-t-il ?\u2014 Il les prit en deux fois, déclara M.Kroonen.\u2014 Et où est-il allé la deuxième fois ?Vous rappelez-vous la date, cher monsieur ?\u2014 A Paris aussi, je crois .C\u2019était le.Ladon l\u2019eût juré.Mais oui, quelques jours après que l\u2019affaire eût éclaté.Cela concordait bien avec ses pensées secrètes.Il changea la conversation : \u2014 Vos affaires marchent bien ?Elles sont prospères ?\u2014 Mais oui, murmura le négociant étonné, puis déoontenancé.Je ne vois pas quel rapport ?\u2014 Permettez .Tous ces détails me sont indispensables.Une question encore, monsieur Kroonen .Les diamants étaient assurés, sans doute ?\u2014 Parfaitement, s\u2019exclama le Hollandais, c\u2019est l\u2019A.B.C.de la prudence même .En ai-je payé des primes depuis des années .\t' \u2014 Oui mais, marmotta entre ses dents l\u2019inspecteur, cette fois c\u2019est la compagnie qui a payé .Tout haut il conclut, avec un nasillement presque goguenard : \u2014\tVous avez touché les dix millions d\u2019indemnité, cela va sans dire.1 \u2014\tNon, soupira M.Kroonen, pas encore .Les formalités sont terriblement longues.Mais ce n\u2019est pas à moi que reviendra cet argent.Les pierres ne m\u2019appartenaient pas.Elles étaient la propriété du Consortium des Diamantaires de Paris.Moi, je n\u2019étais char- gé que de leur taille et du polissage.Arthème Ladon se leva et avec un sourire ambigu tendit la main à son vis-à-vis : \u2014 Je vous remercie infiniment, articula-t-il.Je crois pouvoir bientôt être à même de déchiffrer l\u2019énigme.X \u2014 JACK DESLY REMET LES CHOSES AU POINT Mais il est fou, cet être-là !.Il se noie complètement.Il n\u2019y a rien compris du tout ! Jack DeSly venait de terminer la lecture de l\u2019article qui donnait une interview de l\u2019inspecteur Ladon, sur l\u2019affaire Pierre Deconninck.Nan-Dhuoc, debout dans l\u2019encadrement de la porte, écoutait avec son impassibilité éternelle.Jack le prit à témoin.\u2014 N\u2019est-ce pas qu\u2019il est fou Nan-Dhuoc ?.\u2014 Très fou, maître.Toujours fou, inspecteur Ladon.\u2014 A la bonne heure.Confucius parle par ta bouche.\u2014 Confucius, Chinois, maître .Nan-Dhuoc, Annamite, reprocha doucement le jaune.\u2014 Qu\u2019importe .Pour moi, c\u2019est un international d\u2019Orient.Mais revenons à nos moutons.Tu ne sais pas ce qu\u2019il a imaginé ?.Non, pas Confucius, voyons.Je parle de cet idiot d\u2019Arthème .Tiens, lis plutôt ce chef-d\u2019œuvre .Il tendit le journal et pendant que Nan-Dhuoc s\u2019absorbait dans l\u2019article, Jack déçapuohonna sa machine à écrire et se mit à taper avec prestesse.Les Egnes s\u2019alignaient.Il fallut une deuxième page puis une troisième.L\u2019Annamite avait terminé le journal que son maître écrivait encore.Jack Desly poussa un ouf ! et recula sa chaise.\u2014 Une cigarette ! réclama-t-il.Une longue bouffée, puis un rire heureux.\u2014 Allons, la vie est belle .Maintenant que j\u2019ai réussi à m\u2019approprier les diamants \u2014 à propos, quelle bonne idée que cette ceinture.Je ne sais si elle est de Deconninck ou de Jean-tier, mais je l\u2019ai enregistrée ¦\u2014 il ne faut pas que je laisse s\u2019accomplir une lamentable erreur judiciaire.Il tapa sur ses feuillets.\u2014 Tu vois ça, Nan-Dhuoc .C\u2019est le récit de ce qui a dû se passer avec la solution et la manière de mettre la main sur les coupables, ou plutôt ce qu\u2019il en reste.\u2014 Vous écrire procureur République ?\u2014 Que non.J\u2019ai plus de tact que ça.Je vais d\u2019abord tendre la perche à Ladon.Que diable, il faut bien l\u2019aider ce pauvre homme ! Mais s\u2019il dédaigne mes conseils et s\u2019entête dans sa manière de faire, j\u2019enverrai un autre exemplaire de ma théorie aux journaux .Tout cela anonymement, bien entendu.J\u2019ai horreur de la publicité faite par soi-même .i Lorsque le policier reçut les feuillets rédigés à la manière d\u2019une conférence et ne portant pas de signature, il crut à une fumisterie de première classe et se mit' à lire, non sans avoir, préalablement haussé les épaules.Mais son expression changea au fur et à mesure du récit et quand il eut terminé, il y avait de la perplexité dans son regard.Il reprit le document en tête duquel il y avait en lettres capitales : La véritable et unique solution de la disparition du messager du diamantaire.Certains points étaient troublants, car il y avait déjà pensé lui-même, mais sans s\u2019y arrêter.D\u2019auitres dont la précision n\u2019était pas sans impressionner, lui indiquaient des endroits connus, tels que La Roseraie, par exemple.\u2014 Qui diable a pu m\u2019envoyer ça ?se demanda-t-il.Et comment peut-il savoir que La Roseraie est à surveiller ?Une troisième fois, il reprit sa lecture, examinant les arguments un à un.Et comme il n\u2019était pas un sot, Arthè-rrie Ladon décida d\u2019agir en conformité avec ce qu\u2019il venait d\u2019apprendre.« Cher monsieur Ladon \u2014 disait la longue lettre \u2014 ne cherchez pas à savon qui vous écrit, ni les raisons qui le poussent à vous donner les renseignements qui suivent.Mettons qu\u2019il s\u2019agit d\u2019un défenseur de la société qui travaille pour son compte, et n\u2019en parlons plus.« Sans vouloir vous faire de la peine, je dois cependant vous dire que vous n\u2019avez pas, en cette occasion, déployé toute l\u2019habileté désirable.Moi qui ne suis pas un fonctionnaire officiellement chargé de débrouiller ce genre d\u2019affaires, j\u2019ai trouvé depuis longtemps ses tenants et aboutissants.« Pour commencer, sachez bien que Pierre Deconninck, loin d\u2019être un coupable, est un malheureux innocent victime d\u2019une machination.A mon avis, voici comment les choses se sont passées : « Quand le messager du diamantaire a débarqué à Paris, il a été abordé par un personnage dont nous reparlerons tout à l\u2019heure qui après l\u2019avoir mis en confiance, par des procédés que nous examinerons également dans un instant, a réussi à le persuader de monter dans son auto.En cours de route, il aura été assailli, à moins que cela ne se soit passé à destination.Une fois dépouillé du trésor qu\u2019il transportait, il a été séquestré de façon à donner l\u2019impression, voulue par les voleurs, d\u2019une fuite avec son butin.De cette manière, les soupçons étaient adroitement détournés sur une fausse piste et de plus, une fois remis en .liberté, Pierre Deconninck, fatalement arrêté par vos soins \u2014 n\u2019est-ce pas ?\u2014 aurait eu beau [ Lire la suite page 37 ] / LA VIE COURANTE .par George Clark ht *\u2022 :\u2022 ai ._______Nos mères ont bien raison de dire que les hommes ont toujours le beau rôle : tu vois, il n\u2019existe pas un seul magazine où il soit question du soin de la beauté pour les jeunes gens .alors que pour nous, c\u2019est une obsession ! 24 Le Samedi, Montréal, 12 juillet 1947 NOTRE FEUILLETON A Richard, qui la suppliait de lui laisser briser les liens qui l\u2019attachaient à Parvati, elle répondit avec sa dpuce physionomie, bouleversée de douleur, mais inébranlable : \u2014 A la violence du mal qui a failli m\u2019emporter, vous devez voir, Richard, ce qu\u2019il y a dans mon coeur pour vous.« Mais j\u2019aime' mieux mourir que de vous voir trahir le désespérant devoir qui nous sépare.M.de Bram fut le seul à ne pas se douter de la cause de la maladie de Madeleine.\u2014 Il fait trop chaud pour moi, ici, lui dit-elle un jour.Et comme c\u2019était également l\u2019avis des médecins, qui ne connaissaient point le fond des choses, le baron n\u2019eut plus ni paix ni trêve qu\u2019il n\u2019eût assuré leur retour en France.Du reste, il avait éprouvé une violente déception à Pondichéry.La prédiction de M.de Clavières s\u2019était réalisée : les terrains et les maisons qu\u2019il possédait dans notre colonie indienne n\u2019avaient qu\u2019une très minime valeur, et leur réalisation était impossible.Ainsi, les ressources sur lesquelles comptait si absolument M.de Bram \u2022 pour arranger sa situation en France lui échappaient, et ses embarras allaient d\u2019autant plus augmenter en Gascogne que, dans son illusion, il avait un peu largement dépensé, durant ce voyage.Cela uni à la maladie de sa fille, à la pâleur, à la faiblesse de Madeleine, lui fit éprouver une hâte singulière pour quitter l\u2019Inde et retrouver là-bas sa femme, son foyer.Les adieux avec M.de Clavières furent déchirants.\u2014 Vous emportez nos cœurs, Madeleine, lui dit Maurice très bas, en la pressant dans ses bras.Mais ne vous engagez pas encore en France, attendez.Pour avoir une fille telle que vous, je suis capable de faire des miracles.Peut-être arriverai-je à convaincre Parvati qu\u2019elle sera plus heureuse ailleurs que chez nous.Madeleine pleurait en silence.Elle ne répondit pas.Elle ne croyait point à la réussite de M.de Clavières.Pour que Parvati revînt de son caprice, il fallait qu\u2019il fût devenu un fait accompli, et ce jour-là, hélas, il y aurait entre Richard et Madeleine un abîme que rien ne pourrait plus combler ! La fille du nawab, honteuse de 4son triomphe, n\u2019assistait point au départ.Le lendemain même de la soirée fatale, elle était allée chez des amis de son père qui avaient insisté pour l\u2019avoir.C\u2019était assez loin de Pondichéry.M.de Clavières, comprenant à quel point sa présence serait pénible à Mlle de Bram, ne l\u2019avait point rappelée.C\u2019est ainsi qu\u2019elle n\u2019assista point au départ du baron et de sa fille.Richard et Maurice accompagnèrent leurs amis jusque sur le bateau qui devait les ramener en France.NOTRE FEUILLETON \u2014 No 5 Publié en vertu d'un traité avec la Société des Gen-, de Lettres.\u2014 Les noms de person-naqcs et de lieu» de nos romans, feuilletons, conte» et nouvelles sont fictifs et choisis au hasard.LÈVRES CLOSES Par PAUL D\u2019AIGREMONT Avant de quitter celle qu\u2019il aimait si éperdument, le jeune homme trouva moyen de la prendre à part.\u2014 Votre conscience et votre rigide vertu nous séparent, lui dit-il, mais mon cœur tout entier reste avec vous, Madeleine.« Je vous aime tant, je vous aimerai tant encore, si absolument, si fidèlement, que Dieu se laissera fléchir, j\u2019en suis sûr.Nous nous retrouverons, un instinct qui ne me trompe pas me le dit.Gardez-moi votre amour.Elle laissa tomber sa main dans la sienne, et comme les halètements de la vapeur se faisaient déjà entendre, elle redit les trois mots de jadis, alors qu\u2019un si pur bonheur rayonnait en eux : \u2014 Absolument, exclusivement, envers et contre tout, jusqu\u2019à Dieu !.Quelques semaines après, le père et la fille étaient de retour au château de Mauvezin.Un grand changement les y attendait.Charles Sintély, un des meilleurs élèves de l\u2019Ecole centrale, car il se destinait à devenir ingénieur, tandis que son frère Raymond travaillait pour être médecin, Charles subitement avait renoncé à sa carrière et était entré au séminaire, voulant à présent être prêtre.Aucune des observations de sa tante, que cependant il aimait comme une mère, n\u2019avait pu le faire revenir sur sa résolution.\u2014 N\u2019insistez pas, avait-il dit avec ses grands yeux si droits, emplis d\u2019une incommensurable et mystérieuse tristesse, c\u2019est ma vocation .Le chagrin de cette décision, joint aux ennuis de l\u2019isolement, avait apporté des ravages profonds dans la constitution délicate de Mme de Bram.Son mari et sa fille la trouvèrent atrocement changée.Sa pâleur était effrayante, ses forces à bout.Elle était même si faible, que sa perspicacité maternelle en fut obscurcie au point qu\u2019elle ne s\u2019aperçut pas du changement survenu en Madeleine.Rien, elle ne vit rien, ni la mélancolie désolée de la jeune fille, ni ses rêveries sans fin, ni cette apathie indifférente pour tout ce qui n\u2019était pas la solitude durant laquelle son cœur et son esprit pouvaient s\u2019envoler vers celui qu\u2019elle ne devait jamais oublier.Ne se doutant de rien, Mme de Bram ne 1fit point de questions.Et Madeleine, peu communicative par nature, ne se sentit pas le courage de mettre d\u2019elle-même à nu une blessure si cuisante.L\u2019été se passa, et les forces de Mme de Bram s\u2019en allaient rapidement.Un jour, Charles arriva.Il eut un long entretien avec la malade.Quand il quitta la chambre de sa tante, sa physionomie angélique était encore éclairée comme par un reflet divin.Du reste, dans son costume de prêtre, il était plus beau que jamais, plus grand, plus mince, avec une douceur attendrie sur son fin visage.A cet instant, il était très pâle, mais dans ses yeux d\u2019un bleu si pur il y avait une expression surhumaine.Il rencontra Madeleine.\u2014 Chère petite sœur, lui dit-il, notre mère vous demande ; montez vite auprès d\u2019elle.La jeune fille, fort impressionnée des inflexions qu\u2019avait prise la voix de Charles pour prononcer ces simples paroles, se hâta de se rendre au désir de la baronne.Mme de Bram, étendue sur une chaise longue, la tête relevée sur les coussins de velours, recevait auprès d\u2019une fenêtre ouverte les derniers rayons d\u2019un pâle soleil d\u2019automne, et semblait aspirer avec délices les émanations embaumées d\u2019une corbeille d\u2019héliotropes, que le vent des montagnes apportait jusqu\u2019à elle.Son pâle visage, à cette heure, semblait transfiguré par une joie profonde.\u2014 Qu\u2019avez-vous, maman chérie ?lui dit Madeleine en l\u2019entourant de ses bras caressants.Vous allez mieux, vous semblez heureuse .\u2014 Très heureuse, en effet, mon enfant bien-aimée, et je vais te dire la cause de ma joie.\u2014 Je vous écoute., \u2014D\u2019abord, si je t\u2019attriste en commençant, aie du courage et ne pleure pas.Tes larmes gâteraient mon bonheur.Inquiète, Madeleine regarda sa mère.Un pressentiment très douloureux serrait son cœur.-\u2014 Que voulez-vous dire ?fit-elle.\u2014 Tu vas le savoir.« Mes forces s\u2019en vont.Je crois que je n\u2019ai pas longtemps à vivre.\u2014 Oh ! maman, maman adorée, taisez-vous, taisez-vous ! \u2014 Tu vois que tu n\u2019es pas raisonnable .\u2014 Mais aussi, pourquoi prononcer ces horribles paroles ?.\u2014 Que peuvent-elles faire à la chose ?.Rien, et je dois te les dire pour que tu me comprennes.\t\u2022 « L\u2019idée de te laisser seule au monde, derrière moi, empoisonne mes derniers jours.« Tais-toi, ne proteste pas.Il y a ton père, je le sais bien ; ton père qui t\u2019adore.Mais ma mort le laissera sans forces, et à son âge, la solitude et le désespoir sont des dangers terribles pour un homme tel que lui.Loin de te consoler et de te protéger, c\u2019est toi qui devras oublier ton propre chagrin pour te consacrer à lui, veiller sur lui.\u2014 Je le ferai, maman, je te le jure.\u2014 Je n\u2019ai pas besoin de ton serment, je te connais.« Mais que plus heureuse je partirais si à ton tour, ma pauvre petite, tu pouvais t\u2019appuyer sur un être intelligent, doux et fort comme celui que mon amour rêve pour toi ! « Depuis que je me sens condamnée, ai-je prié Dieu de te l\u2019envoyer avant ma mort, ce mari honnête et bon qui t\u2019aidera à fermer mes yeux et à soigner ton père !.Madeleine, atteriée, pleurait à chaudes larmes.Mais ces pleurs, dont Mme de Bram ne pouvait soupçonner l\u2019amertume, l\u2019ai-, daient à cacher le bouleversement profond que les paroles de la mourante apportaient à son cœur désespéré.Eh oui, tout, jusqu\u2019à ce suprême vœu de l\u2019agonisante, le lui rappellerait donc, ce Richard adoré, si cruellement pleuré, si fidèlement regretté !.N\u2019était-ce pas lui, en effet, ce cher compagnon doux et fort, droit et bon, qui seul eût pu atténuer le coup terrible que lui porterait cette mère parfaite, en disparaissant pour toujours ?Mme de Bram continua : \u2014 Ne pleure pas ainsi, mon adorée.Ta douleur me désespère.« Voir disparaître ceux que nous aimons est la loi naturelle.« J\u2019ai vu partir mon père si bon et tant aimée, et tu m\u2019as consolée.De même, chérie, les petits qui viendront plus tard prendront ma place dans ton cœur, et en cicatriseront la blessure.« Car c\u2019est pour cela que j\u2019ai voulu te parler.« Dieu a exaucé ma prière, Madeleine .« Tu es aimée par l\u2019être le plus beau et le meilleur qui soit au monde.Il te veut pour femme, et moi je vais mourir heureuse en sachant quel protecteur, quel ami, je te donne à mon heure dernière.Les sanglots de la jeune fille redoublèrent.Elle ne pouvait articuler un mot.De qui, de qui donc, grand Dieu ! sa mère voulait-elle parler ?.La mourante, se méprenant toujours au silence de sa fille, reprit : \u2014 C\u2019est Raymond, mon fils Raymond qui t\u2019aime.Charles a quitté son séminaire exprès pour venir me le dire Voyons, adorée, sèche tes pleurs, souris au bonheur qui arrive.« Quoique la mort frappe à notre porte, la joie doit être dans ton cœur» comme il est dans le mien.« Raymond, l\u2019être le plus parfait que je connaisse !.Ah ! je te le répète, Dieu nous bénit !.Mais, au lieu de sourire, ainsi que le lui demandait sa mère, Madeleine inclina sa tête charmante, et l\u2019expression de son visage se fit encore plus triste, encore plus navrante, si c\u2019est possible.\u2014 C\u2019est mon frère Raymond qui me veut pour femme ?.fit-elle désespérée.\u2014 Jusqu\u2019ici ton frère, parce qu\u2019il était devenu mon fils, oui, Madeleine.Mais désormais, bien plus et bien mieux : ton guide, ton protecteur, pardessus tout ton ami, ton mari, enfin.La jeune fille hocha son fin visage désolé.\u2014 Ne me demandez pas cela, maman chérie, dit-elle.Raymond est mon frère, il le restera toujours, comme il l\u2019a toujours été.Voir un mari en lui ?.Oh ! non, malgré mon désir de vous plaire, je ne le pourrai pas.Jamais ! Et elle se mit à pleurer si fort que Mme de Bram, bouleversée par ses larmes, finit par lui dire : \u2014 Je t\u2019en prie, console-toi.Après tout, c\u2019est ton bonheur que je veux.Est-ce que je suis capable de te contraindre ?.Non, n\u2019est-ce pas ?Alors, sèche tes larmes.Mais veux-tu m\u2019être agréable ?\u2014 Oh ! oui ! parlez .\u2014 Eh bien ! ne te prononce pas ainsi tout à coup.« Charles restera quelques jours avec nous. Le Samedi, Montréal, 12 juillet 1947 25 « Réfléchis, réfléchis bien.Pens£ à toutes les qualités de Raymond.Et si ra résolution ne s\u2019est pas modifiée au départ de ton cousin, je ne t\u2019en parlerai plus, tu seras libre.Mme de Bram avait une estime profonde pour l\u2019aîné de ses neveux.Aussi, le soir même lui fit-elle part de la réponse de sa fille.Lorsque Charles entendit l\u2019explication de sa tante, il chancela.\u2014 Ah ! fit-il, Madeleine, ne veut pas de Raymond pour mari, et pourquoi donc, le savez-vous ?.\u2014 Oui, répondit la baronne ; elle affirme que, l\u2019aimant comme un frère et ayant pris l\u2019habitude de le considérer ainsi, elle ne pourrait jamais s\u2019accoutumer à voir un mari' en lui.Le jour qui tombait empêcha la baronne de distinguer l\u2019horrible pâleur qui à ces mots s\u2019abattit sur le fin visage de son neveu.Quelques instants après, Charles alla s\u2019agenouiller dans l\u2019église du village, sur les marches du sanctuaire.Le lendemain matin, le soleil, en illuminant de sa pourpre d\u2019or rouge les vitraux aux couleurs éclatantes, éclaira sa silhouette immobile à la même place.Il se relevait, lorsqu\u2019un pas léger venant du porche le fit se retourner subitement.Il fut pris aussitôt d\u2019un tremblement indéfinissable.Madeleine s\u2019avançait vers lui.\u2014 Charles, lui dit-elle de sa voix semblable au chant des anges dans le ciel, je voudrais causer avec vous ; est-ce possible ?Il crut que la vie l\u2019abandonnait ; cependant, se raidissant sous un violent effort de volonté : \u2014 Venez, dit-il à la jeune fille, je connais un endroit où nous ne serons pas dérangés.Il marcha rapidement devant elle, et traversa ainsi le cimetière du village, dont les tombes très fraîches, entourées de fleurs et d\u2019arbustes, ressemblaient à de petits monticules bizarres et mystérieux bossuant inégalement un grand jardin paisible, dans les arbres duquel les jeunes oiseaux essayaient leurs ailes.Tout au bout, un appentis de charpente couvert de tuiles moussues servait au fossoyeur à se mettre à l\u2019abri (les jours de pluie.A cette saison de l\u2019année, avec son banc rustique, l\u2019enlacement de ses rosiers grimpants qui le couvraient de la base au faîte, sa large ouverture vers le Midi, d\u2019où le mauvais temps ne vient jamais, il ressemblait beaucoup à quelque charmante retraite de verdure dressée au bout d\u2019un parc, pour la rêverie, peut-être même les confidences intimes.Charles fit asseoir Madeleine sur le banc, et lui-même prit place à ses côtés.Un grand silence régnait autour d\u2019eux, à peine interrompu par les clochettes des vaches pâturant à quelques pas, sur les terrains du communal.Devant eux, dans la lumière blanche du jour qui montait, on voyait une suite de champs et de vignes, coupés par les grandes landes emplies des bruyères roses ou des genêts odorants aux fleurs d\u2019or.Insensiblement, par une succession de pentes douces, tout cela s\u2019abaissait vers la vallée toute verte, emplie de fécondité et de vie, et au fond de laquelle, comme un mince serpent bleu la rivière frissonnait en ses moires d\u2019argent, dans l\u2019air pur du matin.Et tout était clair, gai, lumineux, tout jusqu\u2019aux têtes noirâtres qui apparaissaient à fleur de terre, à l\u2019entrée des landes voisines ; tout jusqu\u2019aux croix blanches et noires qui se dressaient autour d\u2019eux.Et un charme étrange, mystérieux et profond envahissait irrésistiblement l\u2019âme ; et un sentiment de paix montait de ce coin de terre, asile ordinaire de la mort.Madeleine semblait en proie à un trouble profond.L\u2019abbé Charles, au contraire, paraissait respirer à l\u2019aise, de toute l\u2019ampleur de ses poumons subitement dilatés et agrandis.Voyant le trouble de la jeune fille, il se décide à parler le premier.\u2014 Qu\u2019avez-vous à me dire, chère enfant ?Je vous écoute.Elle tressaillit, comme éveillée d\u2019un rêve.\u2014 Charles, dit-elle, ayez pitié de moi, c\u2019est très pénible.\u2014 Pénible, de vous à moi, Madeleine ?.Je ne comprends pas .\u2014-Vous êtes bon, et vous m\u2019aimez, je le sais.La preuve en est dans la démarche que je tente, actuellement auprès de vous.Mais mon caractère ne me porte pas aux confidences.Or, j\u2019en ai une à vous faire .\u2014 Vous?\t/ \u2014 Oui, moi.Et comme le devoir me dit de vous parler, je vais le faire, très simplement, quoique cela me coûte un grand effort de courage.Charles, qui avait d\u2019abord écouté sa cousine les lèvres tremblantes, mais les yeux remplis d\u2019une immense joie, peu à peu s\u2019était assombri.Comme ces rayons chauds et splendides du soleil d\u2019été qui, dans la vallée, s\u2019en vont peu à peu, éteints sous les « C\u2019est que, élevée avec Raymond et vous, comme si vous étiez mes frères, mon affection, très profonde, mais très bien définie, ne pourrait jamais ni changer ni se transformer.« Votre sœur je serai à l\u2019un et à l\u2019autre toute ma vie, mais rien que votre sœur.Penser autrement me semblerait une profanation affreuse.\u2014 Vous changerez peut-être.balbutia Charles, plus décomposé que si la vie, à tire-d\u2019aile, s\u2019enfuyait de lui.\u2014U on.Maman m\u2019a parlé comme vous.Elle m\u2019a suppliée de réfléchir et d\u2019attendre .A quoi bon ?Mes réflexions sont toutes faites.\u2014 Raymond a toutes les qualités.Il est intelligent, bon, loyal et doux.Par-dessus tout, il vous adore.\u2014 Oui, comme j\u2019en adore un autre .Pauvre Raymond !.Charles poussa un cri.\u2014 Madeleine, fit-il, les yeux pleins de larmes, cruelle enfant, savez-vous ce que vous dites ?.Elle le regarda de ses prunelles si douces, subitement emplies d\u2019une mélancolie désespérée.\u2014 Si je le sais ?murmura-t-elle, ah oui, Charles ! Et j\u2019ai assez souffert pour cela !.« Mais cette deuxième cause de mon refus, que je vais vous confier en ses moindres détails, jurez-moi, ami, que nul, oui, nul au monde, ne la connaîtra que vous.RESUME DES CHAPITRES PRECEDENTS Le marquis Horace de Cypières a épousé Madeleine de Bram, de beaucoup plus jeune que lui.\u2014 Le marquis, souffrant d\u2019hépatite, est traité par le docteur Raymond Sintély, cousin de Madeleine.\u2014 Une nuit, quelqu\u2019un ayant l\u2019apparence de la marquise, tente d\u2019empoisonner le marquis ; la vicomtesse Claire de Mondragon est appelée au chevet de son frère et celle-ci se déclare bientôt ennemie irréductible de Madeleine.\u2014 Clément Gaube, valet du marquis, aime Reine Penhoët, femme de chambre de la vicomtesse ; Reine Penhoët reste au service de Claire de à cause de menaces.\u2014 La vicomtesse de Mondragon, veuve, s\u2019est follement amourachée du duc Philippe de Roquebrune, viveur ruiné et escroc ; il veut bien épouser Claire mais à la condition que le marquis constitue une dot à sa sœur.\u2014 La naissance d\u2019une fille à la marquise, Léone, a dérangé les plans du duc et de la vicomtesse ; après un long entretien entre les deux comparses, le marquis est de nouveau empoisonné ; il meurt avant d\u2019avoir pu prononcer le nom de l\u2019assassin et dont l\u2019abbé Charles Sintély fut le seul dépositaire.\u2014 De son temps de jeune fille, Madeleine de Bram, au cours d\u2019un voyage aux Indes, avait connu Richard de Cla-vières ; tous deux s\u2019étaient avoué leur amour mais le devoir avait empêché le nariage de ces deux êtres qui s\u2019adoraient.nuages à peine apparents mais déjà précurseurs de l\u2019orage, le bien-être profond éprouvé par le jeune homme s\u2019en allait 'Sous l\u2019étreinte d\u2019une mystérieuse et troublante angoisse.Que voulait-elle dire, cette Madeleine au pur regard d\u2019ange ?.La jeune fille reprit, après quelques secondes de silence : \u2014 Vous avez demandé à maman, hier, que je devienne la femme de votre frère, la femme de Raymond .Charles, en une suprême volonté, fit appel à toute son énergie.\u2014- Raymond vous aime .dit-il, la' voix tremblante malgré lui.\u2014 Depuis quand ?\u2014 Je ne le sais pas.Mais il y a six mois qu\u2019il me l\u2019a confié.Je lui ai demandé de réfléchir et de se taire.11 m\u2019a obéi.« Ces jours-ci, il est revenu à la charge, me suppliant de parler à notre tante, m\u2019assurant qu\u2019il vous aimait, qu\u2019il vous adorait de plus en plus, qu\u2019il ne changerait jamais .\u2014 Pauvre Raymond ! soupira Madeleine.\u2014 Pourquoi le plaignez-vous ?Elle secoua sa tête de madone et, sans répondre directement à la question de son cousin : \u2014 Ecoutez, Charles, dit-elle ; hier, j\u2019ai confié la vérité à maman.\u2014 Pas même votre mère, Madeleine ?Des larmes perlèrent au bout des longs cüs de la jeune fille.\u2014 A quoi bon ?dit-elle.Ma mère est très malade.Quand vous aurez entendu ma triste histoire, Charles, vous verrez qu\u2019elle ne pourrait rien à ma peine, rien qu\u2019en mourir plus vite.A vous, ami, je la confie pour avoir un allié en vous ; aussi pour que, en enlevant l\u2019espoir du cœur de Raymond, vous puissiez le mieux consoler.Et simplement, comme elle l\u2019en avait prévenu, Mlle de Bram raconta à l\u2019abbé Sintély l\u2019histoire si triste de ses amours avec Richard de Clavières.\u2014 Le devoir nous a séparés, dit-elle en terminant, mais je l\u2019aimerai jusqu\u2019à mon heure dernière.Je ne sais si un autre devoir aussi dur me forcera quelque jour à devenir la femme d\u2019un autre homme.Il ne faut jurer de rien, la vie est si cruelle !.« Mais que ce ne soit pas à Raymond, si digne d\u2019être aimé sans partage ni regrets, que je porte mon cœur désenchanté, à jamais fermé !.Charles ne répondit pas.Ah ! certes, il le comprenait, lui, que toute une vie on restât fidèle à une passion, à un souvenir ! Son âme, pure, loyale et profonde comme celle de Madeleine, n\u2019était point capable d\u2019admettre deux idoles.Au bout de plusieurs minutes, il se leva : \u2014 Je prierai Dieu pour vous, ma sœur, dit-il avec des larmes dans la voix.Le lendemain, il repartait pour Paris.\t^ Huit jours après, il écrivait et suppliait Mme de Bram de ne pas forcer la nature delicate de sa fille.« Raymond souffrira, disait-il, mais le bonheur de Madeleine avant tout.Le temps et le.travail adouciront la douleur de mon frère.» Quelques mois après, Mme de Bram succombait à la consomption qui la minait depuis longtemps.\u2014 Veille sur ton père comme je l\u2019ai fait moi-même, dit-elle à Madeleine avant de mourir.Ce n\u2019est pas à lui que je te confie, c\u2019est au contraire à toi que je le donne.« Sois vaillante et honnête, et songe que les plus grandes jouissances de ce monde sont dans le devoir honnêtement et rigidement accompli.« A l\u2019encontre des joies humaines, je te l\u2019ai toujours dit, l\u2019amertume est au bord seulement de la rude coSpe du sacrifice, le miel est au fond .Ces paroles, Madeleine ne devait jamais les oublier.Et lorsque, plus d\u2019une année plus tard, M.de Bram, à bout de ressources, guetté par la misère, vint lui dire que le seul moyen de lui sauver la vie était de se marier avec Horace de Cypières, plus âgé qu\u2019elle de trente ans, la jeune fille n\u2019eut pas me minute d\u2019hésitation.Vaillante et sans qu\u2019un pli de sa figure trahisse l\u2019horrible sacrifice qu\u2019elle faisait, Mlle de Bram laissa tomber sa main dans celle du marquis.\u2014 Vous sauvez mon père, lui dit-elle, je vous bénis !.Le soir seulement, lorsque sa porte fut barricadée à double verrou, elle s\u2019agenouilla devant le portrait de Mme de Bram et murmura : -Es-tu contente?Et l\u2019ai-je rempli, ce devoir dont tu m\u2019as parlé à ton heure dernière !.« Ah ! de cette patrie si lointaine, où tout, dit-on, se voit et se tait, soutiens-moi, console-moi !.Elle pleura toute la nuit, se désespérant de cette suprême profanation qui 1 arrachait à tout jamais à son Richard bien-aimé.Ce fut l\u2019unique défaillance de la pauvre enfant.é Au matin, elle essuya ses yeux, et depuis, comme si le passé avait pour toujours disparu pour elle, Madeleine se consacra tout entière à ses nouveaux devoirs.IV \u2014 Une canaille A l\u2019heure même où nous la retrouvons, étendue dans le kiosque du parc de la Roche-Morte, et pensant aux armées écoulées auprès du marquis de Cypières, le mari qu\u2019elle venait de perdre, Madeleine, en sa délicate conscience, se disait qu\u2019elle avait bien rempli son devoir, entièrement, loyalement, sans jamais faiblir ni se décourager, pas plus en pensées qu\u2019en actions.Et dépendant, la tache avait été dure ; le caractère soupçonneux et jaloux dé ce vieux mari, qui se voyait bien tel qu il était et qui, tout en l\u2019adorant, la martyrisait, lui avait plus d\u2019une fois fait passer de cruelles heures.N\u2019importe, la jeune femme avait été fidèle aux dernières paroles de la mort ; elle avait été une femme dévouée et parfaite, et une fois encore, s\u2019adressant à celle qui n était plus, elle répétait : \u2014 Es-tu contente ?Jeannie, qui revenait en courant et en gesticulant, l\u2019arracha à ses rêveries mélancoliques.Lorsque la jeune fille arriva près de la marquise de Cypières, son émotion était telle qu\u2019elle ne pouvait articuler une seule parole.Madeleine se méprit aux causes de son bouleversement. 26 Le Samedi, Montréal, 12 juillet 1947 \u2014 Folle, lui dit-elle, pourquoi cours-tu si vite ?.Te voilà tellement essoufflée que tu ne peux pas parler .Allons, assieds-toi, calme-toi.Nous avons le temps.\u2014 Ah ! madame ! madame, ce n\u2019est pas ça !.\t« L\u2019oeil de Madeleine, subitement étincela.\u2014 Quoi donc ?fit-elle.Léone !.Dis vite !.\u2014 Non, non, rien.La petite dort à poings fermés.\u2014 Ah ! j e respire !.Alors, qu\u2019est-ce que c\u2019est ?\u2014 Un monsieur qui vous demande.Bien mauvaise figure, allez !.Des oi-' seaux de malheur !.\u2014 Des oiseaux ?.Il y en a donc plus d\u2019un ?\u2014 Ils sont quatre.André Bascou, heureusement, est avec eux et m\u2019a pré-* venue.__Quatre ?.Je ne comprends pas, explique-toi.__Non, vous le saurez assez vite .Venez !.Et, marchant devant, sans laisser a Madelèine le temps de l\u2019interroger davantage, la jeune fille se dirigea de nouveau et à pas pressés vers la Roche-Morte.Mme de Cypières la suivait, en proie à un trouble indéfinissable.Que lui voulait-on ?.Que se passait-il ?Sa conscience pure ne lui reprochait rien, et cependant l\u2019angoisse qui étreint à l'approche des grands malheurs était en elle .Un mot, cependant, la rassurait vaguement.\u2014 André Bascou est avec eux .avait dit Jeannie.Cet André Bascou dont sa sœur de lait avait prononcé le nom avec un tremblement dans la voix, tandis que ses traits charmants se recouvraient d\u2019une épaisse montée de pourpre, était en effet le plus loyal et le plus honnête garçon du pays.C\u2019était le fils d\u2019un terrassier qui s\u2019était tué en descendant dans un des puits de Mauvezin.M.de Bram avait recueilli l\u2019orphe- lin.Son intelligence vive et alerte, son obéissance aux ordres qui lui étaient donnés, sa physionomie oüverte et son bon regard de chien fidèle, firent que ce qui avait été d\u2019abord la simple charité d\u2019une nature généreuse se transforma en un intérêt profond.M.de Bram le fit donc élever avec un certain soin, pensant en faire, pour plus tard, un autre lui-même, une sorte d\u2019intendant tout a sa place., Malheureusement, lorsque 1 instruction assez complète du jeune homme le mit à même d\u2019atteindre le but qu\u2019avait entrevu M.de Bram, la situation plus que gênée de celui-ci ne lui permettait plus le luxe d\u2019un homme d\u2019affaires.Alors il usa de toute son influence d\u2019ancien magistrat, et, après un stage assez court, il arriva à faire nommer ' son protégé commissaire de police à Rozès, l\u2019importante commune de laquelle dépendaient Mauvezin et la Roche-Morte.M.de Bram était mort, Madeleine avait pour ainsi dire quitté le pays, mais est-il besoin de dire que la reconnaissance et le dévouement d Andre Bascou étaient restés à toute épreuve envers la fille de son bienfaiteur ?A cette époque, c\u2019était un beau garçon à l\u2019œil bleu, ouvert et énergique, à la longue moustache blonde, au visage plein de volonté et d\u2019expression.Tel qu\u2019il était, il faisait joliment battre la chamade au cœur de sa compagne d\u2019enfance, la charmante Jeanne Severac, Jeannie, comme on l\u2019appelait vulgairement la sœur de lait de la marquise de Cypières.Pourquoi, avec cela, ne s etaient-ils pas encore mariés, car André Bascou rendait à la jeune fille tendresse pour tendresse, amour pour amour .C\u2019était simple, et bon comme eux.Madeleine, mariée à un vieux mari inquiet, arbitraire, avait besoin d\u2019être aimée, d\u2019avoir auprès d\u2019elle une amie au dévouement sans égal, et, quelque modeste que fût la condition de Jeannie vis-à-vis de la jeune femme, André savait bien que jamais Mme cje Cypières n\u2019eût trouvé un cœur plus chaud, une délicatesse plus profonde, une affection plus vraie que dans son humble servante.Aussi, c\u2019était dans son âme à lui qu\u2019avait germé cette pensée généreuse, éclose sans même qu\u2019il pensât au douloureux sacrifice qu\u2019ils allaient faire tous deux au souvenir béni de leurs communs bienfaiteurs.\u2014 Vous devez tout à madame la baronne, comme je dois tout à son mari, avait-il dit à Jeannie lorsque le mariage de Madeleine fut décidé.Mademoiselle se sacrifie avec un courage et une grandeur sans nom( mais elle ne pourra pas être heureuse.Il faut vous consacrer à elle, , ma Jeannie.C\u2019est le moment de lui rendre ce que son père et sa mère ont fait pour nous.Et depuis lors, ils se contentaient de s\u2019adorer en silence, trouvant naturel et simple leur admirable sacrifice .Or, ce jour-là, deux ou trois heur se avant l\u2019instant où nous avons vu Jeannie, avec une si grande émotion, revenir chercher Madeleine dans le kiosque où elle l\u2019avait laissée, une scène des plus inattendues s\u2019était passée à la mairie de Rozès.Il était dix heures du matin.André Bascou, dans son cabinet contigu à la grande salle de la mairie, celle où l\u2019on se marie, où l\u2019on délibère, où Ton vote, travaillait, la tête penchée sur ses dossiers.Tout à coup, la porte s\u2019ouvrit brusquement, et le garde champêtre fit irruption comme une bombe.André, arraché à son travail, releva brusquement la tête.\u2014 Qu\u2019est-ce qu\u2019il y a?demanda-t-n d\u2019une voix sèche, contrarié d être ainsi interrompu.\u2014 Monsieur !.lui répondit le brave homme, il y a là trois etrangers qui vous demandent tout de suite.De nouveau, André sursauta.\u2014 Trois étrangers ?.répéta-t-il.Vous n\u2019êtes pas gris, Duluc ?.\u2014 Oh! monsieur, si matin! peut-on dire !.Même que c\u2019est des gens très bien, avec des chapeaux à haute forme.\u2014 Où sont-ils ?\u2014 Dehors, sur la place.Ils ont demandé le maire, qui est absent, puis vous.\u2014 Faites-les entrer.\u2014 Ils n\u2019ont pas voulu.\u2014 J\u2019y vais.Comme André se levait, le garde parut se rappeler un détail.\u2014 Ah! j\u2019oubliais, fit-il, ils ont aussi demandé où était le cimetière.D\u2019un bond le jeune commissaire fut au bout du corridor.Du premier coup d\u2019œil, il reconnut M.de Vidal, le procureur de la République de Saint-Justin, M.Grenier, juge d\u2019instruction au même ressort, enfin un homme âgé à la figure intelligente et sympathique, le docteur Laborde, le médecin le plus estimé du pays.\u2014 Entrez donc, messieurs, leur dit André Bascou après les avoir salués.\u2014 Nous sommes pressés, répondit le procureur, un jeune homme assez guin-dé que la perspective de rentrer fort tard chez lui amusait médiocrement.\u2014 Je suis à vos ordres, monsieur le procureur, dit aussitôt le commissaire.Cependant, si vous aviez des explications délicates à me demander en l\u2019absence de M.le maire, il vaudrait mieux peut-être que je vous les donne à huis clos.__Monsieur le commissaire a raison, déclara le juge d\u2019instruction, qui, beaucoup plus âgé que son collègue, paraissait être le chef de la bande, entrons .Ils pénétrèrent dans le cabinet d André Bascou.\u2014\tMonsieur, dit aussitôt M.Grenier, qui décidément prenait la direction de l'affaire, nous venons ici pour une chose aussi triste que grave.Le commissaire se contenta d mcii-ner la tête, en attendant la suite de la déclaration.Malgré lui, et sans que rien eut pu le mettre au courant de ce qui se tramait, une angoisse croissante l\u2019envahissait.\u2014\tLe Parquet de Paris, continua aus- sitôt le juge d\u2019instruction, croit avoir les preuves certaines que le marquis de Cypières, inhumé récemment dans cette commune, n\u2019est pas mort de mort naturelle.\t, André Bascou devint plus pâle qu un spectre.Que disait-il donc, ce juge aux yeux malveillants et aigus, aux lèvres plus minces que de vieux couteaux usés : Ne devenait-il pas fou, en vérité ?M.de Cypières, le mari de Madeleine, celui que Jeannie et elle avaient soigne toutes deux, mort ?violemment ?Allons donc ! \u2014 C\u2019est pour le marquis de Cypières que vous êtes ici, messieurs ?dit-il tour haut.Vous êtes bien sûrs du nom ?.\u2014 Absolument.Et sans erreur possible.\u2014 Alors, c\u2019est le Parquet de Paris qui se trompe.\u2014 L\u2019autopsie que va pratiquer M.le docteur Laborde, en notre présence, nous l\u2019apprendra.La pâleur du commissaire devint effrayante.\u2014 Qu\u2019est-ce que vous dites, s\u2019écria-t-il, vous allez déterrer M.le marquis ?\u2014 Parfaitement.Et je vous prie d\u2019abord de cesser vos étonnements, ensuite d'envoyer chercher les ouvriers nécessaires pour ouvrir la'tombe et les divers cercueils dans lesquels le corps doit être enseveli.« Allez donner des ordres dans ce sens.Nous, nous partons devant.Vous nous rejoindrez au cimetière.Et comme M.Grenier, plus droit et plus raide qu\u2019un pieu, se dirigeait vers la porte, André, qui, par un violent effort de volonté, s\u2019était ressaisi, l\u2019arrêta.\u2014 M.de Cypières n\u2019a pas été enterre à Rozès, dit-il.L\u2019autre se retourna subitement.\u2014 Ah ! fit-il, où donc ?\u2014 Au cimetière de Brassac, un petit village voisin, assez rapproché, mais où, cependant, par cette chaleur, vous ne pouvez vous rendre à pied.\u2014 Alors ?\u2014 Vous remonterez dans la voiture qui vous a menés, et vous y serez dans vingt minutes environ.\u2014 Bien.Envoyez chercher vos ouvriers et disposez-vous à nous accompagner.André sortit pour obéir et revint quelques minutes après.\u2014 Je suis à votre disposition, messieurs, dit-il en rentrant.La voiture est avancée, et le maçon, qui prendra un chemin de traverse, sera au cimetière en même temps que nous.\u2014 Et les autres ouvriers ?demanda M.Grenier, sont-ils également prévenus ?\u2014 C\u2019est inutile.Le maçon est intelligent et adroit ; il fera seul la besogne, aidé par le garde-champêtre, qui est forgeron de son état.Les trois étrangers, escortés par le jeune commissaire, remontèrent dans la voiture qui les avait amenés.Le procureur, quoique du pays, mais nouvellement installé à Saint-Justin, demandait à Bascou des explications sur le mariage de M.de Cypières.Le dooieur Laborde se mêlait discrètement à la conversation.[ Lire la suite page 28 ] LA VIE COURANTE .par George Clark tsm __Ma femme, peu importe ce que peut avoir dit Fénelon sur l'éducation des jeunes filles.Je persiste à croire qu'elles doivent savoir comment faire le service à table.C'est aussi nécessaire que le latin et puis, quand les bonnes sont rares, c'est très pratique, n'est-ce pas ?. Le Samedi, Montréal, 12 juillet 1947 27 Mes Recettes Par Mme ROSE LACROIX Directrice de l'Institut Ménager, du SAMEDI et de LA REVUE POPULAIRE 3 bananes SALADE AUX FRUITS FRAIS 1 petit cantaloup 1 ananas laitue, cerises et mayonnaise à la crème 3 oranges Tailler les bananes en rouelles minces et asperger le jus de citron pour les empêcher de noircir.Couper le melon en cubes et l'ananas en gros dés PeTerTes oranges, tailler en rouelles épaisses puis en triangles.Laisser macérer le tout dans un grand bol.Dresser sur feuilles de laitue croquante et garnir de 2 ou 3 cerises.Servir avec mayonnaise à la crème.MAYONNAISE A LA CREME 1 paquet de fromage à la crème % tasse de creme\ti « a +u j -, 1 c- a tb.de jus de citron 72 c.a thé de sel Ramolhr le fromage, y ajouter la crème et battre au moussoir jusqu'à ce quelle soit bien legere.Ajouter graduellement le jus de citron et le sel.6 services.SALADE DE MACARONI ,\t2 tasses de macaroni coupé en bouts d'un V2 pouce gomse ail\t1 tasse d'olives farcies hachées 2 tasses de céleri coupé en dés 1/2 tBSS\u20ac de radls .\t% tasse de fromage coupé en petits dés laitue, tomates et sauce française Cuire le macaroni dans l\u2019eau bouillante salée.Frotter l\u2019intérieur du bol à salade AVr^,i^.gi°Ufe+dJ111 separe.e en 2- Mélanger tous les ingrédients avec le macaroni.rroser le tout de sauce française.Refroidir parfaitement.Servir sur un lit de laitue croquante et garnir de tomates séparées en quartiers.6 services.ASPERGES GRATINEES 2 bottes d\u2019asperges cuites\t4 c.à tb.de beurre 4 c.à tb.de farine 1 tasse d\u2019eau de cuisson\t1 tasse de lait riche (dessus de bouteille) ,\tV2 tasse de fromage canadien râpé 1-2 c.à thé de sel\t% de tasse de chapelure beurrée Faire cuire les asperges dans l\u2019eau bouillante salée juste le temps qu'il faut pour les attendrir, 5 à 8 minutes.Egoutter et mettre dans un plat à gratin D'autre part, mettre dans une casserole le beurre et la farihe.Délayer avec l\u2019eau de cuisson et le lait et faire cuire jusqu\u2019à épaiss^sement.Retirer du feu, ajouter le fro-mage et brasser pour le faire fondre.Verser sur les asperges.Couvrir de chapelure beurrée et faire gratiner à four modéré 350° F.30 à 40 minutes.6 à 8 services.TARTE MOUSSELINE AU CHOCOLAT 1\tc.à tb.de gélatine\ti/4 de tasse de lait froid Ve.tasse de lait chaud 2\tonces de chocolat\t1 tasse de sucre 4 oeufs 1 c.à thé de vanille\tune pincée de sel Faire gonfler la gélatine 5 minutes en la saupoudrant sur le lait froid.Faire chauf-er le reste du lait et verser sur la gélatine pour la faire dissoudre parfaitement.Ajouter le chocolat préalablement fondu à la vapeur puis (A tasse de sucre et les jaunes d oeufs légèrement battus.Faire cuire au bain-marie jusqu\u2019à épaississement.Battre les blancs en mousse ferme et incorporer délicatement à la crème.Verser dans une croûte de tarte Graham et laisser prendre ferme.Garnir de creme fouettée.CROUTE AUX BISCUITS GRAHAM % de tasse de beurre % de tasse de sucre 1 tasse de biscuits Graham écrasés Mélanger tous les ingrédients parfaitement jusqu\u2019à ce que le tout soit bien 1: Etendre bien également avec le dos d\u2019une cuillère, dans une assiette à tarte laisser refroidir parfaitement.On peut aussi mettre au four de 350° F.10 minut avant de faire refroidir.CREME MOUSSELINE AUX FRAISES IV2 c.à tb.de gélatine V2 tasse de sucre 3 jaunes d\u2019oeufs V2 tasse de lait froid V2 tasse de lait chaud 1 c.à thé de vanille 1 tasse de fraises écrasées\t1 tasse de crème fouettée Faire gonfler la gélatine dans le lait froid.Battre les jaunes d\u2019oeufs avec le sucre, ajouter la % tasse de lait chaud et la purée de fraises.Faire cuire au bain-marie jusqu\u2019à épaississement.Ajouter la gélatine et bien brasser pour la dissoudre parfaitement.Mettre le tout dans un plat d\u2019eau froide pour refroidir jusqu\u2019à ce que le mélange commence à prendre.Y incorporer la crème fouettée et aromatiser.Verser dans un moule passé à l\u2019eau froide et laisser prendre ferme.Démouler sur un plat à dessert et garnir de crème fouettée et de fraises fraîches.6 à 8 services.Quand les MINUTES Comptent 4,205 essais*ont prouvé mW?TACHES e/ SAUTÉS DISSOLVES Chases D'd v/ssour v/rctA CPA/SSE CLt A** 4,205 essais*ont prouvé le Nettoyeur Old Dutch ÙPwsTAP/DS-lePwsCbMMODê de TOUS les nettoyeurs populaires! 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La maigreur, les vertiges, les migraines, un teint dépourvu d\u2019éclat sont très souvent les caractéristiques d\u2019un sang alourdi, obstrué de toxines, cause très répandue de longs et ennuyeux désordres organiques.Le moyen tout indiqué pour y remédier est une cure naturelle de désintoxication.Or, les éléments concentrés qui sont à la base du merveilleux TRAITEMENT SANO \u201cA\u201d ont précisément pour fonction d\u2019éliminer ces poisons.Dès que la cure est commencée, on constate un développement, une fermeté nouvelle des chairs.Le teint se ranime et le charme séduisant de la jeunesse réapparaît.Un envoi de cinq sous suffit pour recevoir un échantillon de notre merveilleux produit SANO « A » Correspondance strictement confidentielle.LES PRODUITS SANO ENRG.Mme CLAIRE LUCE Ci-inclus 5 sous pour échantillon du produit SANO « A ».Ecrivez lisiblement ci-dessous.Nom .\u2014* Adresse .Ville .Prov.B.P.2134 PLACE D\u2019AfiMES MONTREAL, P.Q.Seul, le juge d\u2019instruction, renversé au fond de la voiture, ne semblait pas les entendre.Ses terribles lèvres plus minces que jamais, les sourcils rapprochés, et une ride profonde, coupant en deux un front haut et étroit, déprimé aux tempes, il paraissait étranger à ce qui se disait autour de lui.Etait-ce donc l\u2019idée, poignante à coup sûr, de porter le trouble et le déshonneur dans la famille de Cypières, au foyer que cette jeune veuve habitait seule, qui préoccupait ainsi M.Grenier ?.De cela, en vérité, le juge se souciait comme d\u2019une guigne.Son avenir, son avancement, ce qu\u2019il appelait pompeusement son talent, mis enfin en relief par une affaire majeure, voilà uniquement à quoi pensait M.Grenier.Grand, long comme un jour sans pain, plus maigre qu\u2019un clou, avec des yeux verdâtres et fuyants aux paupières bridées, la bouche édentée aux lèvres minces et flasques, les joues aussi ridées qu\u2019une pomme cuite, M.Grenier avait cinquante-cinq ans, -en paraissait soixante-quinze, et en était encore à parler de son avenir ! Envoyé comme juge d\u2019instruction à Saint-Justin lors de ses débuts, il y avait vingt-huit ans de cela, il y était toujours, malgré des efforts surhumains pour en sortir.Mais l\u2019avancement rêvé n\u2019était jamais arrivé, ses chefs n\u2019ayant point d\u2019estime pour son caractère étroit, sans intelligence ni dignité.En effet, marié une première fois à une fille sans fortune et sans éducation, il avait traîné une vie misérable, terre à terre, avec les calculs mesquins et perpétuels des billets sans cesse à payer ou à renouveler.La malheureuse était morte à la peine, lui laissant deux filles.Bien des années s\u2019étaient écoulées.Un parent de Mme Grenier avait légué aux enfants quelques sous qui permettaient de vivre moins misérablement, lorsque le juge rencontra une jeune personne fort compromise qui jeta son dévolu sur lui, et avec laquelle il se maria, sans vouloir écouter un seul mot de ses collègues, de ses amis, ou même de ses filles, en âge de se marier elles-mêmes.Alors commença dans son intérieur une vie d\u2019enfer.La jeune Mme Grenier ne renonça pas après son mariage aux liaisons équivoques qui avaient tant fait jaser sur elle auparavant.Les jeunes filles ne voulurent point s\u2019associer à cet état de choses, et, après des scènes violentes avec leur père, elles finirent par se marier, emportant tout le bien-être de la maison.Un jour, un ami complaisant ouvrit les yeux du juge sur le compte de celle qui traînait son nom dans toutes les boues.Grenier entra dans des colères atroces, il cria, tempêta, parla de tout tuer, se répandit en des confidences folles à tout le monde.Et deux jours après, il avait tout oublié, tout pardonné ! Ces scènes, toujours terminées de la même façon, se renouvelèrent souvent Envieux et vindicatif par caractère, les tiraillements de son intérieur le rendirent méchant, partial, sans conscience, jalousant d\u2019instinct tout ce qui était riche, intelligent, jeune ou heureux.A plusieurs reprises, sa partialité et sa passion lui avaient fait enlever l\u2019instruction ; sa connaissance du pays et de toutes les familles de la contrée la lui avaient toujours fait rendre.Mais sa réputation était si déplorable, on connaissait si bien de quoi étaient capables ses méchancetés ra- geuses et ses colères de raté, que les jeunes avocats de Saint-Justin avaient ajouté une syllabe à son nom, et ne l\u2019appelaient jamais que Gredinier.\u2014 La mauvaise chance me poursuit, disait-il souvent à sa femme, qui lui reprochait amèrement de rester à Saint-Justin où elle mourait d\u2019ennui, n\u2019étant reçue nulle part.Je ne peux mettre la main sur aucune affaire capable de me placer en relief.Mais patience, si jamais je la tiens, cette cause que je désire, tu verras quel avancement j\u2019obtiendrai !.Aussi, lorsque M.de Vidal, le procureur, reçut du Parquet de Paris l\u2019ordre de commencer l\u2019affaire de Cypières, M.Grenier faillit-il en avoir une syncope de joie.Et lui, d\u2019ordinaire si froid, si muet, si politique, qui fréquemment devenait vert de haine mais qui toujours savait se contenir et se taire, ne fut pas maître de ses impressions.\u2014 Oh ! celle-là, s\u2019écria-t-il en parlant de Madeleine, elle est sûre de son affaire ! Je la ferai condamner au bagne ! M.de Vidal tressauta.Perdait-il la tête, ce vieil olibrius-là, de parler ainsi avant même les premières enquêtes ?.Un juge ! Etait-ce croyable ?.\u2014 Dites donc, mon cher, commença-t-il, très raide, vous n\u2019allez pas faire arrêter cette jeune femme sans l\u2019avoir entendue, même sans l\u2019avoir vue, je suppose ?.\u2014 Elle est coupable.\u2014 Vous allez vite ! Plus même que l\u2019opinion publique, qui, jusqu\u2019ici, l\u2019a complètement respectée.Quant à moi, j\u2019ai beaucoup entendu parler de Mlle de Bram et de sa famille par mon père qui était un ami du sien.C\u2019étaient des gens infiniment honorables.Pour que la marquise de Cypières soit devenue une empoisonneuse, il faut qu\u2019elle ait bien changé.Grenier, emporté par sa passion et son envie, haussa les épaules.\u2014 Allons donc ! dit-il, une intrigante sans le sou, qui est arrivée à mettre la main sur une des plus belles fortunes du pays.Est-ce que ces choses-la se produisent quand on est honnête ?.\u2014 Pourquoi pas, surtout avec la beauté et la grâce de Mme de Cypières ?Et comme l\u2019autre protestait encore d\u2019un geste, M.de Vidal, de plus en plus raide, l\u2019arrêta.__Vous avez de bien singulières idees pour un magistrat, monsieur le juge, lui dit-il, très cassant ; brisons là, s\u2019il vous plaît.Grenier n\u2019osa pas insister, sentant qu\u2019il était allé trop loin déjà.Mais en rentrant chez lui, dans son intérieur malpropre et misérable, sans bonheur et sans dignité, auprès de cette fenune dont sa faiblesse et sa passion toléraient les vices, il se promit de faire payer a Madeleine, s\u2019il le pouvait, sa richesse, sa supériorité, le renom de droiture et d\u2019honnêteté qu\u2019elle avait su conquérir.Au fond de la voiture où il était enfoui à côté de M.de Vidal, ayant devant lui le docteur Laborde et André Bas-cou, Grenier pensait plus que jamais à la façon dont il pourrait faire condamner une jeune femme, condamnation sur laquelle s\u2019élèveraient sa fortune et son avancement, qu\u2019elle fût innocente ou coupable.Enfin, le petit village de Brassac apparut de loin, avec ses arbres aux futaies épaisses et ses toits rouges, semblables à des taches sanglantes ressortant dans le vert foncé des landes environnantes.Il faisait la plus belle matinée d\u2019été que l\u2019on puisse rêver.Autour de soi, on sentait un calme doux et bienfaisant, quelque chose de profondément paisible et recueilli, qui reposait l\u2019âme et cadrait bien mal avec la mission de deuil et de mort dont étaient chargés les magistrats et le médecin.On mit pied à terre au bout de l\u2019avenue qui conduisait au champ de l\u2019éternel repos, et bientôt, après avoir franchi les grandes portes de fer peintes en noir, on arriva au milieu du petit cimetière où les glycines et les roses se mariaient aux étoiles blanches des clématites, aux branches parfumées des héliotropes et des jasmins.Deux hommes debout attendaient QUI EST-IL, QUI EST-ELLE?Voici le frère André, c\u2019est-à-dire le portrait d\u2019enfant de celui qui devait un jour incarner à la scène et à la radio le saint vieillard de l\u2019Oratoire St-Joseph.Cet artiste est né le 15 mai 1909 à Piopolis, P.Q., sur les bords du Lac Mégantic.Il fit ses humanités au juvénat des RR.PP.Ré-demptoristes à Ste - Anne - de-Beaupré.C\u2019est là qu\u2019il prit goût au théâtre en étudiant Molière, Corneille, Racine et les autres classiques.Vous le connaissez, puisque c\u2019était Léon dans le \u201cVillage de Chez-nous\u201d de Jean Narrache.C\u2019était aussi Bossinote dans \u201cLe Vieux Maître d\u2019Ecole\u201d et vous, mesdemoiselles, reconnaissez-vous Simon Vernet de \u201cJeunesse Dorée\u201d écrit par Jean Desprez ?Georges Pétolas le fit jouer à CKAC pour le compte de la compagnie Gard X, le rôle du frère André de l\u2019Oratoire, émission réalisée par Mlle Brouil-lette.Précédemment, il avait fait toute la province dans le rôle du frère André, interprétant un texte de Jean Desprez intitulé \u201cLe Miracle du Frère André\u201d, cela avec la troupe de Jacques Auger.Qui est ce jeune artiste qui est à la fois interprète, régisseur et metteur en scène bien connu ?On trouvera la réponse en page 34 du présent numéro du SAMEDI. - J Le Samedi, Montréal, 12 juillet 1947 29 déjà, devant la tombe du marquis de Cypières, d\u2019autant plus imposante que toutes les autres, excepté celle de la famille de Bram, étaient de pauvres petites sépultures de village, humbles et modestes, avec leurs couronnes de perles émiettées à moitié par les pluies d\u2019hiver, et leurs chétives barrières do bois où grimpaient des lierres.M.Grenier se retourna vers André Bascou : \u2014 C\u2019est là, n\u2019est-ce pas?demanda- t-il.I\t\u2014Oui, répondit le commissaire.,\t\u2014Bien.Ordonnez à votre maçon de , se mettre tout de suite à la besogne, j\tCelui-ci, en effet, commença aussi- tôt, aidé du garde champêtre.I\tIls étaient fort adroits tous les deux ; j néanmoins, le juge les trouvait lents et donnait de fréquents signes d\u2019impatien-,j\tce, tandis que le procureur se prome- r\tnait les mains derrière le dos, lisant d\u2019un oeil indifférent les diverses ins-t criptions des tombes.Le docteur Laborde, lui, tout à son affaire, s\u2019informait de l\u2019endroit où l\u2019autopsie pourrait avoir lieu.Quant à André, appuyé contre l\u2019ime des colonnes de la luxueuse tombe, il paraissait privé de sentiment.Enfin la pierre fut descellée et, dans la cavité noire, le maçon et le garde-champêtre s\u2019introduisirent.Mais ils reparurent au bout de quelques instants, déclarant qu\u2019il leur était impossible de transporter seuls le lourd cercueil- de M.de Cypières.¦\tC[1 appela le fossoyeur ; deux paysans qui labouraient un champ voisin furent également hélés, et après des efforts énormes, les cinq hommes, pliant sous le poids, déposèrent la bière sous l\u2019auvent où jadis Madeleine avait fait à Charles Sintély la confidence de son ?\téternel amour pour Richard de Cla- vières.Bientôt, le premier cercueil fut dé-:¦\tcloué, le deuxième,\ten zinc, fut dessou- r-\tdé, et la caisse de\tchêne apparut,\tini'\ttacte, avec sa large\tplaque d\u2019argent\tsur tu laquelle étaient gravés le nom et les à-\tarmes du défunt.se André Bascou constata le parfait état e- de toutes choses, et la triste opération les\tcontinua.Encore quelques secondes s\u2019écoulè-il rent, et la figure blême de M.de Cypières apparut.\u2014 Le médecin avait étalé tous ses outils d\u2019autopsie sur le banc de pierre.Il fit étendre le corps sur une table de bois qu\u2019on s\u2019était procurée, et bientôt ses petites mains, adroites comme des mains de femme, dépouillèrent M.de Cypières du linceul et des habits qui l\u2019enveloppaient.Puis, avant toutes choses, il souleva la paupière du mort, qui laissa voir une pupille toute noire, d\u2019une dilatation extraordinaire.Le docteur avança les lèvres, tandis que ses sourcils, malgré lui, tressaillaient à plusieurs reprises.Néanmoins, comme de ses lèvres closes pas un son ne sortit, nul n\u2019osa l\u2019interroger.Deux heures durant, deux longues heures qui parurent deux siècles à tous ceux qui étaient là, même à l\u2019indifférent procureur, le médecin scia, découpa, fouilla ce pauvre corps jusque dans ses profondeurs.Enfin, il s\u2019arrêta et dit : \u2014 La voiture est-elle là ?\u2014 Oui, répondit aussitôt M.Grenier, de tous le plus angoissé, le plus impatient.Pourquoi donc en avez-vous besoin, docteur ?\u2014 Parce que, dans ses caissons, il y a des bocaux qui me sont nécessaires.Veuillez donner des ordres pour qu\u2019on me les apporte ici.Le juge devint encore plus pâle qu\u2019à l\u2019ordinaire.\u2014 Des bocaux ?.murmura-t-il en s\u2019éloignant.Enfin, ça y est donc !.Dieu me pardonne, ce procureur de malheur m\u2019effrayait avec ses grands mots !.Quelques minutes après, Grenier revenait avec le fossoyeur apportant les objets demandés.Le docteur Laborde plaça dans les bocaux les divers organes qu\u2019il devait analyser plus à fond.Alors, demanda le juge d\u2019instruction brusquement, il y a empoisonnement, n\u2019est-ce pas ?Je ne puis vous répondre catégoriquement, et surtout officiellement, ainsi, à brûle-pourpoint, répliqua le docteur Laborde ; cependant, je ne crois pas être téméraire en vous affirmant qu\u2019il y a de très fortes présomptions pour cela.Combien faut-il de temps pour que votre rapport soit déposé ?\u2014 Deux ou trois jours au moins.Peut-être davantage si les analyses se compliquent.\u2014 Et si, pendant ce temps et à la nouvelle de l\u2019autopsie, les coupables s\u2019enfuient ?.Le médecin avança ses lèvres fines.\u2014 Ceci, mon cher juge, est votre affaire, dit-il.M.Grenier hésita, puis se mit à parler assez longuement à voix basse au procureur.M.de Vidal, d\u2019abord, parut protester vivement ; puis, peu à peu, l\u2019indifférence ennuyée qui était l\u2019expression ordinaire de sa physionomie reparut, et, haussant les épaules : \u2014 Après tout, dit-il, cela vous regarde, faites ce que vous voudrez.Mais il me semble que vous feriez mieux de remettre votre visite à un autre jour.\u2014 Pourquoi donc cela ?\u2014 Parce que vous seriez plus maître de vous, et que vous auriez, au moins en apparence, le calme et la froide impassibilité qui sont les premières et les plus indispensables qualités d\u2019un magistrat instructeur.M.Grenier jeta à son collègue le plus vipérin de tous les regards.\u2014 Monsieur, dit-il, que signifient vos paroles ?.Est-ce que vous aimiez l\u2019intention de m\u2019insulter ?.\u2014 Dieu m\u2019en garde.Je me permets un simple conseil.\u2014 Merci bien, je sais ce que j\u2019ai à faire.D\u2019ailleurs, j\u2019ai des ordres.\u2014 Alors, exécutez-les.M.Laborde, aussi tranquillement, aussi méthodiquement que s\u2019il eût été dans son cabinet, avait lavé, puis essuyé méticuleusement \u2019et remis dans leurs longues boîtes les divers instruments dont il venait de se servir.De loin, et d\u2019un œil fin, U avait suivi, sans l\u2019entendre, le colloque du juge et du procureur.Lorsqu\u2019il eut tout remis en place, et pendant qu\u2019André Bascou faisait rapporter le corps de M.de Cypières dans sa tombe, le médecin s\u2019approcha des deux magistrats.\u2014 Eh bien ! leur dit-il, notre besogne ici est terminée ; retournons-nous à Saint-Justin ?\u2014 Non, répondit aussitôt le juge d\u2019instruction ; nous allons à la Roche-Morte.\u2014 Quoi, sur-le-champ ?\u2014 Oui, je tiens à voir Mme de Cypières avant que personne ait pu la prévenir de ce que nous venons de faire ici.J\u2019y tiens même si fort, que je me passerai de mon greffier.Le garde-champêtre, qui écoutait vaguement, se crut le droit d\u2019intervenir.\u2014 Votre greffier, qui vous avait manqué au départ de Saint-Justin, vient d\u2019arriver ici avec une voiture, monsieur, dit-il.\u2014 Ça se trouve à merveille, répondit le médecin.La même voiture me ramènera à Saint-Justin, car je ne me soucie nullement, moi, de vous accompagner à la Roche-Morte.\u2014 A votre aise, c\u2019est votre droit, répondit M.Grenier, tandis que le regard expressif de M.de Vidal disait : \u2014 Pourquoi diable, moi, suis-je cloué aux côtés de cet oiseau de malheur !.Que je voudrais donc filer avec vous ! Parmi les Hommes qui Réussissent, on se Sert de la Crème à Barbe Palmolive plus que de toute autre marque ^)EURS \u2022 COURTIERS \u2022 MUSICIENS ?PROFESSEURS .S/> ' ' m\t«fil ?.¦V.ix v ¦.: \" ; ¦-:¦/.flmRMHpSmjBp ¦ : ¦¦ VOUS pouvez avoir meilleure apparence, faire plus d\u2019affaires, gagner plus d\u2019argent! 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Bascou, s\u2019écria-t-il.que vous êtes pâle !.Etes-vous malade ?Le pauvre garçon chancela.\u2014 Si ce n\u2019était que cela?balbutia-t-il éperdu.\u2014 Quoi donc ?.\u2014 Vous voulez le savoir?\u2014 Oui.André Bascou désigna la tombe de ia famille de Bram.\u2014 Là, dit-il, dort de son dernier sommeil un magistrat comme vous, monsieur le procureur.Tout le monde vous dira dans le pays qu\u2019il était 1 incarnation vivante du devoir et de l\u2019honneur.«Dans une situation voisine de la gêne, sinon même de la misère, il trouvait moyen de faire du bien .beaucoup de bien.J\u2019en suis une preuve vivante, moi qui, né chez lui d\u2019un pauvre terrassier qui s\u2019est tué en descendant au fond d\u2019un puits, lui ai dû le pain d\u2019abord, l\u2019éducation plus tard, enfin la petite situation que j\u2019occupe aujourd\u2019hui.« Eh bien ! l\u2019idée que la tombe du mari de sa fille est profanée, l\u2019idée surtout que quelque irréparable malheur va fondre sur les siens, me désespèrent, monsieur le procureur ! Ces paroles, dites simplement mais avec une émotion profonde par ce grand garçon d\u2019ordinaire si froid et si réservé, bouleversèrent M.de Vidal, tandis, au contraire, qu\u2019elles agacèrent fortement et visiblement le juge, déjà ennuyé des observations et de l\u2019attitude de son confrère.\u2014 Allons, assez, dÿ-il durement ; ce sont des mots, cela ! Quand on doit sacrifier son devoir à une sotte sensibilité, on n\u2019embrasse pas votre carrière, monsieur.Bascou se redressa.\u2014 Vous ai-je dit, monsieur le juge, répondit-il, que je voulais apporter la plus légère hésitation aux ordres qui me seront donnés ?« Et depuis trois ans que j\u2019exerce mes fonctions à Rovès, qui que ce soit a-t-il le droit de me suspecter ?Le juge haussa les épaules, ce qui était sa façon de répliquer lorsqu\u2019il était embarrassé.Il fit mine de se diriger vers la voiture en grommelant assez haut pour être entendu de tous : \u2014 C\u2019est bien, on vous surveillera ! Mais le jeune homme lui barra le passage, se mettant résolument devant lui.\u2014 Monsieur le juge, ce mot est de trop, lui dit-il sévèrement.Comment ! en présence des soupçons qui souillent déjà la fille de mon bienfaiteur, je rends à cet homme qui a été l'honneur de la magistrature un hommage que lui devait ma reconnaissance, un hommage qui lui a été doux si les pauvres morts entendent, et pour cela vous osez dire que vous me surveillerez ?.Je vous le répète, monsieur, le mot est de trop, et c\u2019est une honte à vous de l\u2019avoir prononcé ! Grenier avait toutes les souplesses.Très cauteleux, presque câlin, car il comprenait une fois de plus que sa passion l\u2019avait emporté au delà des bornes, il murmura avec un sourire de ses horribles lèvres, plus- flasques que jamais : \u2014 Eh ! mon Dieu ! jeune homme, ne vous emportez pas pour si peu.Je retire le mot si vous le désirez.Là, êtes-vous content ?.Bascou, soulevé de dégoût, ne répondit pas.Toutes les formalités étant achevées, le juge, son greffier, M.de Vidal et An- dré remontèrent en voiture, et se di rigèrent vers la Roche-Morte, ou, dans son kiosque du parc, Madeleine, en pensant à sa vie passée, a son unique amour à jamais brisé, se désespérait de son éternelle solitude et regrettait M.de Cypières qui, en dépit de son caractère aigre et soupçonneux, l\u2019avait aimee y __ Mater Dolorosa Madeleine, précédée de Jeannie, sé-tait dirigée vers le château., La jeune fille, on le sait, n avait point voulu expliquer à sa maîtresse ce qui l\u2019avait si profondément bouleversée ; aussi, Mme de Cypieres émotion.\t^ Son cœur était gonflé, ses jambes re-fusaient presque de la porter, un cercle de fer étreignait sa tête, subitement très douloureuse.D\u2019qffreux pressentiments la hantaient.Quoi ?.Qu\u2019allait-il encore lui arriver ?.\t,\t.A , Un malheur, elle en était sure Au bas du perron, elle rencontra la nourrice portant Léone dans ses bra^.D\u2019un mouvement convulsif, et sans prononcer un mot, elle prit sa fille et l\u2019embrassa comme une folle.,\t; On eût dit qu\u2019elle ne pouvait sen séparer.\t.\t,.Enfin elle la remit à Seconde, et s e-loigna comme si on lui arrachait 1 âme, en murmurant : __Veillez sur elle, nounou, soignez- la bien ! Si mouillé de larmes était 1 accent de la jeune femme, si désespérée l\u2019expression de ses yeux, que la nourrice, effrayée, balbutia : ___Mon Dieu ! qu\u2019a madame la marquise ?Qu\u2019est-ce qui se passe encore, mon doux Jésus !.Madeleine ne pouvait plus l\u2019entendre.Elle avait monté le perron somptueux, et après avoir traversé le hall magnifique, elle entra dans le grand salon.Ce qui la frappa d\u2019abord, ce ne fut ni la figure verdâtre et vipérine de Grenier, ni le sale petit greffier déjà installé sur la grande table, à l\u2019abri de bibelots précieux, ni M.de Vidal, debout et respectueusement découvert au milieu de l\u2019immense pièce ; non, elle ne connaissait pas ces gens-là et ne s\u2019inquiéta pas d\u2019eux.Ce qui lui donna au coeur un nouveau coup, profond, cruel, terrible, ce fut le visage désespéré de son fidèle ami, André Bascou.Oh ! oui ! un malheur planait sur elle !.Cependant, elle se raidit, elle eut le courage d\u2019arracher sa vue de cette figure si douloureuse, et, regardant les autres personnes éparses dans le salon, ce fut vers M.de Vidal qu\u2019elle se dirigea.\u2014 Qu\u2019est-ce qui me vaut l\u2019honneur de votre visite, monsieur ?demanda-t-elle au procureur, en l\u2019enveloppant de son beau regard d\u2019Indienne, ce regard si profond et si pur, qui toujours faisait battre plus vite et plus fort le cœur des plus indifférents.Le procureur, très troublé, balbutia : \u2014 Madame la marquise .je .nous.M.Grenier se hâta de venir au secours de son trop sensible collègue.\u2014 Madame, dit-il, nous venons ici envoyé par le Parquet de Paris, afin de vous demander certains renseignements.Cette voix, plus aiguë qu\u2019une vrilla, produisit une singulière impression sur la jeune femme.Elle se retourna et examina le juge, auquel elle n\u2019avait point fait attention jusque-là.En effet, debout derrière un fauteuil, en arrière de M.de Vidal, Grenier ns faisait pas grande figure, avec sa haute Le Samedi, Montréal, 12 juillet 1947 taille voûtée, sa redingote râpée et son pantalon qui gonflait et blanchissait aux genoux.A l\u2019interrogation muette que formulaient les yeux de la marquise, il répondit : \u2014 Monsieur est procureur auprès du tribunal de Saint-Justin, et moi, je suis juge d\u2019instruction.Elle ne se troubla point, ne comprenant pas ce que ces gens-là pouvaient avoir à lui demander.Elle s\u2019assit sur un grand fauteuil, et avec une aisance souveraine, elle montra des sièges aux trois personnes qui étaient là.M.de Vidal eût voulu être à cent lieues ; le greffier examinait curieusement le salon, ébaubi de tant de choses éblouissantes et superbes.Le juge, seul, avec une lueur dans ses yeux verdâtres, regardait Madeleine comme le serpent regarde l\u2019oiseau qu\u2019il veut fasciner.Il commença : \u2014 Sur une dénonciation d\u2019une personne ayant toute qualité pour agir, le Parquet de Paris s\u2019est ému.Ces mots dénonciation et Parquet de Paris frappèrent Madeleine comme un coup de foudre.Subitement ses pressentiments confus se dessinèrent nettement devant elle et, prenant corps, lui montrèrent tout à coup Mme de Mondragon, sortant de derrière la tombe, au cimetière, le jour de l\u2019enterrement d'Horace, pour \u2022crier : « Je le vengerai !.» La haine répandue sur la physionomie de Claire, son attitude provocante, l\u2019éclair de ses yeux, le mépris de ses lèvres avaient impressionné la jeune femme sans que celle-ci cependant, jusque-là, ait eu l\u2019idée de se demander pourquoi Horace devait être vengé.Mais à cette heure, une lueur terrible se faisait en elle.Eh oui ! c\u2019était d\u2019elle, Madeleine de Bram, que Mme de Mondragon prétendait se venger.Comment ?.En la dénonçant au Parquet de Paris, parbleu !.C\u2019était monstrueux, mais cependant c\u2019était vrai.En une seconde, la douceur, la tristesse, l\u2019effacement mélancolique Je Mme de Cypières s\u2019enfuirent comme la poussière sous le vent, pour faire place à une énergie à toute épreuve, à une volonté inébranlable, le tout enveloppé d\u2019une souveraine et incomparable dignité.Sous le coup de foudre qui la frappait, une autre femme naissait, une femme nouvelle, droite et loyale autant que l\u2019autre, mais décidée, aussi absolue, aussi indomptable que celle que l\u2019on avait connue jusque-là avait été douce et simple.Subitement redressée, elle fixa sur le juge ses yeux étincelants d\u2019indignation.\u2014 Expliquez-vous plus clairement, monsieur, dit-elle ; je ne vous comprends pas.\u2014 Ayez donc la patience d\u2019écouter, madame, dit insolemment Gredinier, et vous verrez que je sais parler net quand il le faut.« Des personnes fort honorables ont déclaré que la mort de M.de Cypières n\u2019était pas naturelle.Madeleine, depuis un instant, s\u2019attendait à tout ; cependant, à ces mots, la secousse reçue par elle fut si violente qu\u2019elle faillit s\u2019évanouir.Mais sa volonté veillait.Elle se raidit, et, malgré sa surprise, sa douleur, son indignation, elle eut le courage suprême de se taire.Gredinier continua : \u2014 Les détails donnés par ces personnes étaient si précis que l\u2019autopsie du cadavre a été ordonnée.\u2014 L\u2019autopsie ?.répéta Mme de Cypières de plus en plus suffoquée.l\u2019autopsie ?.Mais c\u2019est invraisemblable, tout cela.\u2014 Elle vient d\u2019être faite.\u2014 Quoi ?.Je ne comprends pas .A coup sûr, je rêve !.Horace, mon 31 mari !.on a profané sa tombe?.\u2014 C\u2019est la loi.\u2014 Mais c\u2019est épouvantable, odieux, atroce.\u2014 En attendant, une fois de plus, la loi, gardienne invulnérable des sociétés, au eu raison.\u2014 Raison ?.Raison ?.Que voulez-vous dire?.Je vous jure que je ne comprends rien à vos paroles.Mon Dieu, est-ce que je deviens folle ?\u2014 Non, et votre épouvante même me prouve que vous saisissez fort bien le sens de mes mots : M.de Cypières est mort empoisonné.Madeleine poussa un cri.\u2014 Empoisonné, Horace ?.Allons donc, il n\u2019y a que Raymond Sintély -H moi qui Layons soigné .\u2014 C\u2019est bien parce que vous l\u2019avez soigné seule avec votre cousin, en effet, que nous nous présentons devant vous aujourd\u2019hui.Madeleine, comprenant quelle horrible trame l\u2019enveloppait, sentait peu à peu monter en elle une terreur voisine de la folie.M.de Vidal eut pitié d\u2019elle.\u2014 Il est impossible que d\u2019autres que vous n\u2019aient pas approché du lit de M.de Cypières, dit-il.«Voyons, calmez-vous et rappelez vos souvenirs.\u2014 II y a eu d\u2019abord Clément, son valet de chambre, qui l\u2019a encore moins quitté que moi.Puis est arrivée sa sœur, la vicomtesse de Mondragon, qui, également, a approché du lit de M.de Cypières aussi librement qu\u2019elle l\u2019a voulu.\u2014 Mme de Mondragon est arrivée à Paris appelée par une lettre de son frère, et cette lettre, madame, est une accusation terrible contre vous.\u2014 Mon mari, l\u2019honneur et la droiture même, a pu écrire quelque chose contre moi, à qui, jamais, il n\u2019a eu rien à reprocher ?.Non, monsieur, ce n\u2019est pas vrai, et je ne le crois pas.Gredinier ne répondit pas à la protestation indignée de Madeleine.\u2014 Il y avait une grande différence d\u2019âge entre M.de Cypières et vous, n\u2019est-ce pas, madame ?demanda-t-il au bout de quelques minutes de silence.\u2014 Oui, monsieur, dit-elle, simplement ; mon mari avait trente-deux ans ^e plus que moi.> \u2014 Trente-deux ans, répéta insolemment M.Grenier, en voilà une folie,! \u2014 Pardon, monsieur, veuillez garder vos observations pour vous.En quoi, du reste, cela peut-il vous intéresser ?\u2014 Encore patience ! vous le saurez tout à l\u2019heure .« M.de Cypières, paraît-il, vous a fait la vie dure ?\u2014 Jàmais.\u2014 Tout le monde le dit.\u2014 Tout le monde se trompe.\u2014 Il était jaloux, probablement parce que vous vous y prêtiez.Madeleine se leva.\u2014 Monsieur, dit-elle, je vous ordonne de vous taire ou de sortir.\u2014 Quand ma mission sera terminée, pas avant.\u2014 Mais quelle mission, monsieur ?Serait-ce de venir dans sa maison insulter une femme honnête, qui n\u2019a plus personne qu\u2019elle-même pour la faire respecter ?\u2014 Tout beau, madame la marquise, gardez vos indignations pour des causes plus légitimes, et tâchez de répondre plus convenablement que vous ne l\u2019avez fait jusqu\u2019ici : car de vos réponses à mes questions dépendent votre honneur et votre liberté.Il n\u2019y avait plus à douter.Madeleine était accusée d\u2019être une empoisonneuse.Malgré sa conscience si paisible, la jeune femme se sentit envahie de cette épouvante que la justice inspire aux plus sûrs d\u2019eux-mêmes.Elle devint livide, et d\u2019une voix à peine distincte : .\u2014 Vous dites que ma liberté est en jeu, monsieur?C\u2019est donc que je suis accusée d\u2019une action infâme ?.\u2014\tOui.\u2014\tLaquelle ?\u2014\tD\u2019avoir empoisonné M.de Cypie-res pour vous débarrasser d\u2019un mari âgé, soupçonneux, grognon, atrabilaire, et avec lequel la vie n\u2019était pas agréable.\u2014\tTout ceci, monsieur, est atroce et faux.M.de Cypières me plaisait tel qu\u2019il était.Son caractère très droit et encore plus élevé m\u2019inspirait une estime profonde et une affection à toute épreuve.Je l\u2019aimais de toute mon âme, et mon existence entre ma fille et lui avait autant de bonheur que jamais femme Tait pu rêver.\u2014 Allons donc! Vous ne dites pas la vérité.\u2014 Qu\u2019est-ce qui peut vous le faire supposer ?Me suis-je jamais plainte à qui que ce soit ?\u2014 Vous êtes bien trop intelligente pour cela, surtout avec le but que vous poursuiviez.« Qui a soigné M.de Cypières dans sa dernière maladie ?\u2014 Comme médecin, mon cousin, le docteur Raymond Sintély, Clément Gaube, le valet de chambre de M.de Cypières, et moi.\u2014¦ Qui le veillait la nuit ?\u2014 Tantôt Clément, tantôt moi.\u2014 Ne vous arrivait-il pas, pendant la nuit, lorsque ce n\u2019était pas votre tour de garde, de vous lever pour aller chez M.de Cypières ?\u2014 Non, je ne l\u2019ai jamais fait, et ceia pour une cause très simple : c\u2019est que, en général, je ne me couchais qu\u2019à bout de forces, après avoir veillé une ou deux nuits entières.Alors, je tombais dans mon lit comme une masse, et je ne m\u2019éveillais qu\u2019assez tard dans la matinée.\u2014 Rappelez bien vos souvenirs.Vous vous êtes relevée plusieurs fois, étant couchée, pour aller chez voffe mari.Madeleine réfléchit.\u2014 Non, monsieur, dit-elle enfin, cela ne m\u2019est jamais arrivé, j\u2019en suis sûre.\u2014 Une personne qui vous a vue affirme le contraire.\u2014 Eh! monsieur, si j\u2019étais allée dans la chambre de mon mari malade, pendant la nuit, ne serait-ce pas une chose très naturelle et pourquoi le nierais -je ?.\u2014 Je vais vous le dire.Pendant la nuit, une main criminelle a mis du poison dans la tisane que devait Loire M.de Cypières, et cette main, la justice a de fortes raisons pour le croire, \u2014 elle a plus que des raisons même, elle en a de preuve, \u2014 cette main, madame la marquise, c\u2019est la vôtre.Telle qu\u2019une bête traquée et arrivée au bout de ses forces, Madeleine jetait des regards éperdus autour d\u2019elle.Les lèvres tremblantes, la tête douloureuse et tout le sang au cœur, elle se sentait perdue.A qui demander du secours ?Ce juge aux yeux louches lui causait une épouvante folle ; M.de Vidal détournait la tête ; André Bascou, debout contre l\u2019huisserie de la porte, ne se soutenait plus que par un miracle de volonté.\t% \u2014 Mais c\u2019est horrible, murmura-t-elle affolée, horrible !.Elle s\u2019était instinctivement levée.Elle fit quelques pas au hasard, puis, sentant ses forces l\u2019abandonner, elle se laissa tomber sur le premier fauteuil venu, et éclata en sanglots.Un soupir étouffé, plus désespéré que ses gémissements à elle, lui répondit, venant du jeune commissaire.Le procureur, de son côté, alla s\u2019appuyer contre la vitre d\u2019une croisée, ne pouvant plus supporter ce spectacle.Seul Grenier resta impassible ; même, le pli de ses lèvres flasques trahissait comme le mouvement imperceptible d\u2019un sourire.Peu à peu, sous l\u2019empire d\u2019une volonté de premier ordre, les sanglots de Madeleine se calmèrent.Allait-elle donc se donner en spectacle à ce juge malveillant ?urs ê.re soignée e.même ! on est garde-malade.V 0 est si important pour ,ye efficacement et avec s.transpiration et chasse je Veto chaque |OUi je me sers odeur.deux désodorisant.NE DURCIT PAS DANS LE POT Vétê DISSIPE Reconnu inoffensif aux tissus Jamais graveleux ni granuleux! dit Mary Mills Garde-malade Diplômée Montréal m\tDiT\t\\]j\\\tU de la transpiration dit Patricia Such Garde-malade Diplômée Toronto SUPPRIME la transpiration Veto Seul VETO, et aucun autre désodorisant, confient DURATEX, ingrédient nouveau, sûr, exclusif \u2022\tVeto est différent de tout autre désodorisant que vous ayez employé auparavant.\u2022\tVeto, et Veto seul, contient Duratex, nouvel ingrédient sûr, exclusif.\u2022\tN'abime pas la linge.e Sûr pour toute peau normale.\u2022\tVeto est plus crémeux \u2014 se répand, pénètre immédiatement, complètement.Au comptoir de la pharmacie et des cosmétiques \u2014 25# 39# 59# 32 Le Samedi, Montréal, 12 juillet 1947 Fortifiez votre Santé v Toutes les femmes doivent être en santé, belles et vigoureuses.Vous pouvez avoir une belle apparence avec le TRAITEMENT MYRRIAM DUBREUIL C'est un tonique reconstituant et qui aide à développer les chairs.Produit véritablement sérieux, bienfaisant pour la santé générale.Le Traitement est très bon pour les personnes maigres et nerveuses, déprimées et faibles.Convenant aussi bien à la jeune fille qu\u2019à la femme.AIDE A ENGRAISSER LES PERSONNES MAIGRES Notre Traitement est également efficace aux hommes maigres, déprimés et souffrant d'épuisement nerveux, quel que soit leur âge.GRATIS : Envoyez 5* en timbres et nous vous enverrons gratis notre brochure illustrée de 24 pages, avec échantillon.CORRESPONDANCE CONFIDENTIELLE Les jours de bureau sont : Jeudi et Samedi, de 2 h.à 5 h.p.m.REMPLISSEZ CE COUPON Mme MYRRIAM DUBREUIL 6901, Ave de Chateaubriand Case Postale, 2353, Place d'Armes, Montréal, P.9- Ci-inclus 5* pour échantillon du Traitement Myrriam Dubreuil avec brochure.Nom .-.Adresse .V e .Elle se raidit, essuya ses yeux, et, dans un mouvement de suprême dignité, releva sa tête pâle.Grenier fit quelques pas, puis, tout à coup, les bras croisés, droit devant elle : \u2014 Alors, lui dit-il, vous avouez ?Quoique disposée à tout entendre, la jeune femme se leva comme si une décharge électrique l\u2019eût touchée.\u2014 Quoi ?fit-elle, que prétendez-vous que j\u2019avoue ?\u2014 Que vous avez empoisonné M.de Cypières.\u2014 Mais c\u2019est de la folie!.s\u2019écra-t-elle.Moi, une empoisonneuse ?.Et pourquoi, mon Dieu, lorsque j étais heureuse, lorsque je venais d\u2019être mère, aurais-je commis un crime si lâche, si abominable ?.Personne ne le croira.\u2014 La justice le croit, elle.Et c\u2019est à cause de cette conviction que je suis obligé de lancer contre vous un mandat d\u2019amener.\u2014 Moi, moi, vous m\u2019arrêteriez ?.\u2014 J\u2019y suis forcé.\u2014 Mais puisque je vous jure que je suis innocente !.\u2014 Vous le prouverez plus tard, si vous le pouvez.En attendant, on a affirmé que la mort de M.de Cypières n'était pas naturelle.Le Parquet de Paris a donné des ordres pour s\u2019en assurer.L\u2019autopsie du marquis a prouvé qu\u2019il était mort par le poison.Une lettre de lui vous accuse formellement, des témoins appuient son accusation, rien dans vos réponses ne vous a disculpée : donc, je dois remplir ma mission jusqu\u2019au bout, et vous faire éorouer à ;a prison de Saint-Justin._____Mon Dieu ! mon Dieu !.murmurait la malheureuse, c\u2019est à en devenir folle !.A ce moment, Bascou s\u2019approcha.\u2014 Courage, madame, lui dit-il ; les plus honnêtes gens sont sous le coup de semblables aberrations de la justice.Vous, il suffira que ceux qui vous connaissent racontent ce qu\u2019ils savent sur vous pour que tout cela se dissipe ainsi que les nuages à l\u2019aube.L\u2019attitude profondément respectueuse du pauvre garçon, sa voix mouillée de larmes, l\u2019expression de dévouement aveugle répandue sur sa physionomie firent plus sur la pauvre Madeleine que tous les raisonnements du monde.Eh ! oui, il avait raison, les plus purs, les plus droits y sont exposés ! C\u2019était à elle à rester debout et ferme comme une innocente sans peur et sans reproche, au lieu de trembler et de pleurer ainsi qu\u2019une coupable.\u2014 Que faut-il faire, monsieur?dit-elle.Et qu\u2019attendez-vous de moi, maintenant ?.__Veuillez vous habiller, madame, et vous préparer à nous suivre à Saint-Justin.Elle sortit, ferme et impassible, avec toute sa volonté reconquise, au moins en apparence.Dès qu\u2019elle fut dans l\u2019antichambre, Jeannie saisit ses mains qu\u2019elle couvrit de baisers éperdus et de larmes brûlantes.\u2014 Vite, dit-elle, venez !.Elle l\u2019entraînait vers un petit salon tout proche.\u2014 Oh ! ne restez pas sous le coup de cette arrestation, ma maîtresse tant aimée ! lui dit-elle en pleurant à sanglots.Venez, venez.Je vous en prie, je vous en conjure !.Vous, en prison, Dieu du ciel !.J\u2019en deviens folle ! \u2014 Tais-toi, et habille-moi.Je suis innocente, et l\u2019innocence, vois-tu, Jeannie, finit toujours par triompher de tout.\u2014 Et si la trame qui vous enserre est plus forte que vous ?.Madeleine, épouvantée, regarda sa sœur de lait.Alors, elle aussi, elle |vait cette idée terrible ?.Néanmoins, elle se raidit ; il fallait qu\u2019elle restât calme pour être maîtresse d\u2019elle-même.\u2014 C\u2019est la justice et la vérité qui finissent toujours par être les plus fortes, affirma-t-elle.\u2014\tVous ne savez pas ce que vous dites, il faut fuir.__Fuir, et comment?Tout doit être gardé, va, bien gardé.Elle souleva le rideau de dentelles, et, montrant à Jeannie le képi d un gendarme : \u2014\tVois si je n\u2019ai pas raison, dit-elle, la maison est bien surveillée, et de tous les côtés à la fois.\u2014\tOui, mais personne que nous ne connaît le souterrain qui va déboucher dans les landes, à trois kilomètres d\u2019ici, personne qu\u2019André Bascou, et lui, au contraire, dirigera les recherches d\u2019un autre côté.Vous attendrez dans la cachette jusqu\u2019à la nuit.Dès que les ténèbres seront profondes, une voiture sera à l\u2019entrée du passage ; en quelques heures, vous gagnerez les montagnes, et de là l\u2019Espagne .Rapportez-vous-en à moi, je réponds de tout.Les yeux de Madeleine brillèrent.\u2014 Les coupables seulS s\u2019enfuient, dit-elle ; les innocents, forts de leur conscience, restent.Je ne ferai rien pour donner raison à ces horribles accusations.Non, rien, ajouta-t-elle avec une singulière énergie, devrais-je en mourir !.Allons, viens m\u2019habiller.La fidèle servante dut obéir.Mais, après avoir vêtu sa maîtresse, elle s\u2019apprêta également et fit apprêter Seconde, la nourrice, ainsi que la petite Léone.Madeleine ne fit plus aucune objection.Du reste, pouvait-il lui venir dans l\u2019esprit qu\u2019elle laisserait sa fille derrière elle, sans elle ?.Le juge et M.de Vidal s\u2019étaient concertés.Il venait d\u2019être convenu entre eux que Mme de Cypières ferait la route de la Roche-Morte à Saint-Justin dans une de ses voitures, à elle, tandis que les magistrats reprendraient le véhicule qui les avait amenés.Bientôt Madeleine reparut, enveloppée d\u2019un manteau, la tête couverte d\u2019un chapeau au long voile de veuve.Derrière elle, venait Seconde Labe-renne portant la petite fille dans ses bras.A la vue de la nourrice, M.Grenier eut un mauvais sourire et d\u2019un regard cruel enveloppa la mère et l\u2019enfant.La marquise saisit au passage le regard du juge.Une lueur subite, une percepti® spontanée de l\u2019infernale turpitude dont elle allait être victime éclaira sa pensée.\u2014 Ma fille !.s\u2019écria la malheureuse en étendant le bras comme pour la protéger.Oh ! qu\u2019est-ce que vous méditez contre ma fille ?.Ses yeux s\u2019arrondirent, ses traits se crispèrent, elle se précipita comme une folle vers Jeannie qui arrivait.\u2014 Au secours ! balbutia-t-elle, éperdue.Au secours !.Ma fille est en danger ! Protège-la, sauve-la, toi qui es libre !.Une convulsion tordit son corps souple et charmant.M.de Vidal se précipita pour la recevoir dans ses bras.Sans lui, elle fût tombée sur le sol.\u2014 Courage, madame, lui dit-il, comme l\u2019avait fait André Bascou quelques minutes auparavant.S.M.de Cypières a lancé contre vous l\u2019horrible accusation qui vous fait arrêter dans ce moment-ci, il l\u2019a probablement fait dans un instant de folie.Mais la justice, qui est impartiale et honnête, reconnaîtra votre innocence.Ne vous effrayez pas d\u2019elle.Les coupables seuls la craignent.Une femme telle que vous doit, au contraire, la désirer.Elle saura vous laver d\u2019indignes accusations.Loin de vous avilir, elle vous fera remonter d\u2019autant plus haut dans l\u2019estime des gens d\u2019honneur que vous aurez plus souffert.Mais pour cela, faites appel à toute votre volonté, afin de ne pas vous laisser abattre.\u2014 Oh ! je veux bien, monsieur, je vous crois.je vous suis profondément reconnaissante de vos bonnes paroles.« Mais ma fille ?.ma fille ?.Il ne lui arrivera rien, au moins ?.?M.de Vidal, qui avait deviné l\u2019intention du juge, n\u2019eut pas le courage de répondre.Madeleine, reprise de toutes ses angoisses, timidement, douloureusement, continua, la voix à peine distincte : \u2014\tOn me la laissera, n\u2019est-ce pas ?.Gredinier se chargea de lui apprendre l\u2019horrible vérité.\u2014 En prison ?.fit-il.Vous voudriez que votre fille allât en prison avec vous ?.Ce n\u2019est pas admissible.La marquise tomba sur un fauteuil, la gorge pleine de rauques sanglots.__Mon Dieu ! s\u2019exclama-t-elle, je l\u2019avais deviné!.\t; Tout à coup, elle se leva et se dirigea vers le juge.\u2014\tMonsieur, dit-elle, au nom de vos enfants, si vous en avez, ne me séparez pas de ma fille !.Je vous en conjure, vous me tueriez !.Si vous saviez, je n\u2019ai qu\u2019elle au monde !.Qui voulez-vous qui la soigne, qui l\u2019aime, qui la berce ?.Oh ! pitié, monsieur, pitié .Elle ne tiendra pas beaucoup de place là-bas, et ne fera pas beaucoup de bruit, elle est si sage !.Mais ne me l\u2019enlevez pas, non, j\u2019aime mieux mourir !.Bascou pleurait.M.de Vidal contenait à grand\u2019peine l\u2019émotion qui l\u2019étreignait.Jeannie, dans un coin, s\u2019était placée devant la nourrice et paraissait disposée à sauter sur le premier qui ferait mine de s\u2019approcher de l\u2019enfant.Mais Grenier était décidé à tout pour la circonstance et, de plus, il était cruel par nature.Aussi, retourna-t-il le couteau dans la plaie de la malheureuse mère.\u2014 Vous parlez d\u2019élever et de soigner votre fille, dit-il, et vous n\u2019avez pas même su la nourrir.Il fallait, surtout avec votre santé, lui donner votre lait ; aujourd\u2019hui on ne vous l\u2019enlèverait pas.\u2014 Mon Dieu ! s\u2019écria Madeleine en sanglotant plus fort, c\u2019est que c\u2019est vrai que je ne l\u2019ai pas nourrie !.Mais ce n\u2019est pas ma faute, mon mari s\u2019y est opposé si formellement !.O Horace ! Horace ! pourquoi ne vous ai-je pas résisté ?.Comme je suis punie !.Moi qui avais déjà tant souffert de la donner à une autre !.Elle écarta Jeannie, prit Léone dans les bras de la nourrice, et, la pressant sur son cœur, elle répétait en la couvrant de baisers : \u2014 O mon pauvre trésor, dont la venue a failli me rendre folle de bonheur, pouvais-je penser que tu me ferais tant souffrir ! Ses larmes chaudes mondaient son beau visage, couvert de la pâleur des morts ; ses sanglots déchiraient l\u2019âme.A bout de tout, elle ne pouvait plus que dire presque inconsciemment : \u2014 Laissez-la-moi !.Je vous en conjure !.Laissez-la-moi !.Mais le juge trouvait que cette scène, en se prolongeant, devenait fatigante.Sournoisement, il passa derrière le fauteuil où la jeune femme s\u2019était abîmée, tenant toujours sa fille dans ses bras ; il s\u2019approcha d\u2019une fenêtre, l\u2019ouvrit et appela les gendarmes en faction au bas du perron.Ceux-ci arrivèrent vite dans l\u2019immense pièce.A leur vue, un grand tremblement saisit Jeannie, ses yeux brillèrent d\u2019une lueur sinistre, elle se ramassa sur elle-même, prête à défendre sa maîtresse par tous les moyens possibles.Mais M.de Vidal, qui avait deviné ses intentions, l\u2019arrêta, la saisissant par le poignet.\u2014 Pour Dieu ! lui dit-il très bas, restez tranquille, autrement on vous arrêterait aussi !.\u2014 Tant mieux, je suivrai madame.\u2014 Et ici, qui soignera sa fille, qui veillera sur elle ?.\u2014 Mon Dieu ! quel malheur !.Que faire ?Vous devez calmer votre maîtresse, lui affirmer que vous la remplacerez auprès de l\u2019enfant : lui dire enfin tout ce que votre cœur trouvera .Mais hâ- Le Samedi, Montréal, 12 juillet 1947 tez-vous, ou bien elle va perdre la raison.En effet, depuis l\u2019entrée des gendarmes, Mme de Cypières n\u2019était plus la même ; les yeux étincelants, les lèvres blanches, les dents serrées, elle pressait Léone contre elle comme une femme dont les idées se troublent.\u2014 Venez, madame, dit l\u2019un des deux gendarmes pour obéir au signe impérieux du juge d\u2019instruction, mais la voix étranglée d\u2019émotion ; venez, nous ne voulons pas vous faire de mal, ni à la petite non plus.En disant ces mots, il tenta de prendre l\u2019enfant.Madeleine, qui s\u2019était levée, recula, poussant des éclats de rire de folle.Jeannie, aussi pâle qu\u2019elle, l\u2019entoura de ses bras.\u2014 O madame, balbutia-t-elle, éperdue.Madeleine .au nom du ciel, calmez-vous !.Vous n\u2019étiez qu\u2019une sainte, ces gens-là font de vous une martyre.Ne leur résistez pas, ils ont la force pour eux .Obéissez, je vous en conjure à genoux .D\u2019une voix mourante, Mme de Cypières répondit : \u2014 Me séparer de ma fille?Jamais! \u2014 Pour la leur donner à eux, non.Mais à moi qui vous adore, remettez-la, confiez-la.« Je l\u2019aime comme vous, vous le savez.Et, moi vivante, nul ne la touchera, je vous le jure sur la tombe de ma mère qui vous a nourrie.Madeleine n\u2019avait plus de forces.Sans faire un mouvement, elle laissa Jeannie lui prendre Léone.On eût dit qu\u2019elle ne comprenait plus, qu\u2019elle ne sentait plus rien.Cependant, de son grand oeil sec et brûlant, elle ne perdit aucun des gestes de l\u2019excellente fille.Elle la vit qui, après avoir remis l\u2019enfant à Seconde Laberenne, poussait celle-ci doucement vers la porte.Mais lorsque le battant se fut refermé derrière elle, quand la lourde draperie fut retombée et que le pas de la paysanne se fut perdu dans les longs corridors, alors la neige qui couvrait les joues de la marquise blanchit encore, un large cercle noir entoura ses yeux immenses, elle inclina sa tête endolorie et, ainsi que la plus belle des fleurs coupées, elle tomba sur le tapis sans un cri ni un soupir.Jeannie s\u2019abattit aussitôt à ses pieds, essayant de la faire revenir à elle.\u2014 Laissez, mon enfant, lui dit M.de Vidal, ne lui faites pas reprendre connaissance, ce serait trop cruel !.Et, s\u2019adressant à Gredinier : \u2014 Je vous conseille, monsieur, lui dit-il, de la faire emporter même dans cet état, si vous voulez qu\u2019elle arrive vivante à Saint-Justin .Puis, tournant sur ses talons, il sortit vivement du salon.M.Grenier, en effet, suivit l\u2019avis du procureur.Madeleine fut transportée évanouie dans un des landaus de la Roche-Morte.On l\u2019installa comme on put dans le fond de la voiture, tandis qu\u2019un gendarme et André Bascou s\u2019asseyaient tous deux sur la banquette de devant.\\ Un peu avant d\u2019arriver à destination, elle revint à elle.\u2014 Où suis-je ?demanda-t-elle au commissaire.La vue du gendarme lui rendit le sentiment de son horrible situation avant même que le jeune homme eût pu lui répondre.\u2014 Mon Dieu ! ma fille !.sanglo-t-elle.André lui prit les mains : \u2014 Jeannie veille sur elle, dit-il.Soyez tranquille, il ne lui arrivera rien.Pour elle, pour la revoir plus tôt, pour lui revenir avec votre pureté sans tache, et en ayant raison de toutes ces infamies, calmez-vous, retroiwez votre volonté.Il le faut à tout prix .Malgré l\u2019horrible désespoir qui la brisait, la marquise essaya de suivre ce conseil.Elle essuya ses yeux, se raidit en un appel d\u2019énergie folle, et, rendant à André la pression de sa main loyale ._ Jeannie ne suffira pas à la protéger, dit-elle ; si vous voulez que le courage me revienne, jurez-moi de veiller sur elle, vous aussi.Vos désirs sont des ordres pour moi, madame.Dès demain, je m\u2019installerai à la Roche-Morte.\u2014¦ Merci, répondit simplement Madeleine.Quelques minutes après la voiture s\u2019arrêtait devant la prison de Saint-Justin, et la marquise de Cypières, la plus grande dame du pays, belle comme les anges, dans la gloire éblouissante de sa jeunesse, fut écrouée sur le registre crasseux de la prison, au-dessous du nom d\u2019un misérable vagabond arrêté la veille au moment où il dévalisait un poulailler.C\u2019en était fait, Madeleine était séparée du monde entier, prisonnière.au secret.VI \u2014 Le devoir cruel L\u2019abbé Sintély venait de dire sa messe à Sainte-Clothilde avec le recueillement infini qu\u2019il mettait à tous les actes de son ministère, quand, après son action de grâces, un sacristain lui remit un billet qu\u2019un commissionnaire venait d\u2019apporter.Charles regarda la lettre et sourit.\" E reconnaissait en effet l\u2019écriture de Raymond.Il déchira l\u2019enveloppe, parcourut du regard les quatre lignes qui étaient tracées sur une feuille blanche, et aussitôt, étouffant un cri de suprême angoisse, il dut s\u2019accrocher à la boiserie d\u2019une stalle pour ne pas tomber.Le curé, qui était son ami et avait pour lui une estime toute particulière, vit d\u2019émotion qui le bouleversait.Il se précipita vers lui.\u2014 Qu\u2019avez-vous, Sintély ?lui demanda-t-il avec le plus vif intérêt.Vous arrive-t-il donc quelque malheur ?Pour toute réponse, Charles lui tendit la lettre qu\u2019il venait de recevoir.Le doyen lut à demi-voix les lignes suivantes : « La justice est chez moi, m\u2019accusant d\u2019avoir empoisonné M.de Cypières.Recours vite me défendre, car je deviens fou.« Raymond.» \u2014 Ah ! mon Dieu, mon pauvre ami ! s\u2019écria le curé presque aussi bouleversé que son vicaire.Mais c\u2019est horrible, cela.« D\u2019autant plus horrible que c\u2019est une épouvantable erreur ! Votre frère est la droiture et l\u2019honneur mêmes !.Courez, mon cher abbé, allez sur-le-champ auprès de lui.Charles serra à la briser la main qui se tendait vers la sienne.\u2014¦ Oh ! monsieur le curé, balbutia-t-il à bout de forces, quel bien vous me faites, et comme je vous remercie !.\u2014 De quoi ?.Par exemple !.De vous dire que votre frère et vous, vous êtes les gens les plus estimables que je connaisse ?.« Mais ce n\u2019est que la très brève expression de la vérité, et s\u2019il faut vous prouver ma profonde sympathie par quelque moyen qui soit en mon pouvoir, comptez sur moi.Mais allez vite chez votre frère.le pauvre garçon doit avoir un rude besoin de vous.Nous causerons à votre retour.Charles arrivait au seuil de la pièce.Le curé courut vers lui.\u2014 Surtout, courage, n\u2019est-ce pas, Sin-tély, lui dit-il.La loyauté et la vérité finissent toujours par triompher de tout.Les gens sans reproche peuvent recevoir n\u2019importe quelle épreuve, ils ne doivent jamais se laisser abattre.Le jeune homme le remercia de nouveau, et s\u2019éloigna dans la direction de la rue de Grenelle.Il était atterré.Eh ! quoi, ce malheur, tant redouté depuis la confession de M.de Cypières, arrivait.Mais ce n\u2019était pas sur Madeleine qu\u2019il tombait, c\u2019était sur Raymond, ce frère si profondément aimé par lui.Devenait-il fou ?.Raymond accusé !.Par qui ?Comment ?Mais alors, le marquis lui avait caché la vérité ?Il lui avait dit que celle qu\u2019il avait dénoncée était sa femme, la jeune marquise .Charles s\u2019en souvenait encore, hélas !.Il y avait assez pensé et repensé depuis, durant ces longues nuits sans sommeil où cette terrible épée suspendue sur la tête de la sainte et pure jeune femme avait fait asseoir à son chevet l\u2019affreuse et désolante insomnie.Non, il n\u2019avait pu l\u2019oublier, puisque aucune autre pensée n\u2019avait été capable, depuis lors, de chasser cette odieuse obsession.Mais Raymond, Dieu du ciel !.Raymond englobé dans cette calomnie !.C\u2019était à en perdre la raison !.M.de Cypières, dans la lettre fatale, les avait donc accusés tous les deux ?.Ah ! le malheureux, le malheureux ! Charles arriva rapidement au coin de la rue de Grenelle, à l\u2019endroit où elle rejoint la rue des Saints-Pères.Dans l\u2019immeuble d\u2019angle, Raymond habitait l\u2019entresol, meublé avec une élégance sévère, de haut goût.Au coup de sonnette de l\u2019abbé Sin-tély, un vieux valet de chambre vint ouvrir.\u2014 Ah ! monsieur, murmura-t-il, quel horrible malheur.mon maître va en perdre la raison, pour sûr ! Charles entra.\u2014 Où est-il ?demanda-t-il, la gorge serrée et les jambes molles.\u2014 Dans sa chambre à coucher, au milieu d\u2019un tas de gens qui fouillent ses papiers, bousculent tout, posent des questions à rendre fou, et agissent ici comme s\u2019ils étaient chez eux.Presque aussitôt un homme au visage intelligent, aux yeux très fins, à l\u2019encolure un peu épaisse, apparut sous une des portières abaissées.Charles, qui l\u2019avait déjà vu, le reconnut.C\u2019était M.Villard, le chef de la Sûreté.\u2014 L\u2019abbé Sintély, n\u2019est-ce pas ?fit-il en s\u2019inclinant ; et vous venez ?.\u2014 Voir mon frère, relever son courage et lui dire qu\u2019un honnête homme tel que lui sortira à honneur de la terrible épreuve qui lui est imposée.Le chef de la Sûté, remué par l\u2019expression profondément désespérée du jeune prêtre, lui répondit : \u2014 On ne devrait pas vous accorder cette autorisation-là, car M.Sintély, maintenant, ne doit plus communiquer avec personne jusqu\u2019à ce que l\u2019instruction soit close ; mais en considération de votre caractère, entrez, monsieur l\u2019abbé, et puisque votre vocation est de consoler ceux qui souffrent, consolez votre frère .il en a bien besoin .Il est bien abattu !.Charles releva son visage crispé de douleur : \u2014 Est-ce que vous trouvez cela étonnant, monsieur le commissaire ?dit-il.Et croyez-vous qu\u2019un innocent qui ne s\u2019attend à rien, qui dort tranquille dans la paix de sa conscience, ne doit pas recevoir un coup de massue capable de le tuer, en se voyant accuser d\u2019un crime si odieux et si lâche ?\u2014 Alors, en votre âme et conscience, vous le croyez innocent ?L\u2019abbé ferma les yeux, devint aussi pâle que pour mourir, et d\u2019une voix désespérée, mais empreinte d\u2019une profonde et assistante vérité, il répondit simplement : \u2014 Ah ! Dieu, oui, Raymond est innocent !.Le chef le regarda d\u2019une certaine façon.Charles, troublé et chancelant, ne le remarqua pas.Il se dirigeait vers le salon.Villard l\u2019arrêta.33 Quand des heures indues vous punissent au réveil \u2014 Ou qu\u2019un foie déréglé vous dit sa façon de penser\u2014 Quand votre appareil digestif devient dérangé et embarrassé \u2014 C\u2019est le moment de prendre du Le laxatif salin, rapide, inoffensif qui combat aussi l\u2019excès d\u2019acidité gastrique! I )eux cuillerées à thé de Sal Hepatica dans un verre d\u2019eau donne un soulagement rapide\u2014habituellement en moins d\u2019une heure.Et ce soulagement est plus complet car, en plus de son action laxative bénigne, Sal Hepatica combat aussi l\u2019excès d\u2019acidité gastrique\u2014ce qui aide à vous remettre d\u2019aplomb plus rapidement.Sal Hepatica a bon goût et est facile à prendre; il n\u2019incommode pas ni ne laisse d\u2019effet désagréable.Efficace dans un grand nombre de malaises, Sal Hepatica est le laxatif familial par excellence.Procurez-vous, dès aujourd\u2019hui, une bouteille de ce laxatif rapide, inoffensif chez votre pharmacien.Un produit Bristol-Myers\u2014Fabriqué au Canada U LAXATIF DOUX \" RAPIDE u A DOUBLE ACTION SAL A/EPAT/CA 34 Le Samedi, Montréal, 12 juillet 1947 \u2014 Veuillez ne pas entrer dans cette pièce, monsieur l\u2019abbé, lui dit-il.Monsieur le juge d\u2019instruction et le substitut apposent leurs scellés dans le salon et dans le cabinet de votre frère.Le prêtre se détourna et pénétra dans la salle à manger, au bout de laquelle, également, donnait la chambre de Raymond.- Assis sur une chaise, les deux coudes appuyés sur une petite table et la tête cachée dans ses mains, le jeune homme n\u2019avait pas entendu la porte s\u2019ouvrir.\u2014 Raymond ! appela Charles doucement.Le médecin se dressa, et à l\u2019aspect de ces yeux si doux qui le regardaient avec une tendresse si profonde, il n\u2019eut que la force de tomber dans les bras que lui ouvrait son frère.\u2014 Ah ! Charles !.mon pauvre Charles !.balbutia-t-il.Et sans pouvoir ajouter un mot, incapable de se contenir davantage, il éclata en sanglots.Charles le soutenait, caressait doucement ses cheveux, ainsi qu\u2019une mère l\u2019eût fait, et tout bas murmurait : \u2014 Ah ! mon pauvre petit !.mon pauvre petit !.Enfin, le jeune homme se redressa, ce trop-plein de son cœur qui s\u2019en était allé avec ses larmes lui avait rendu une partie de son courage.\u2014 Tu sais, Charles, que je suis accusé d\u2019avoir empoisonné M.de Cypiè-res, dit-il avec une indignation profonde.\u2014 Les quelques lignes que tu m\u2019as envoyées me l\u2019ont appris.\u2014 Mais je suis la victime de quelque erreur abominable, peut-être de quelque épouvantable embûche .Dans tous les cas, je suis un honnête homme, incapable même d\u2019avoir la pensée d\u2019une action si lâche .Ce fut au tour du prêtre de tressaillir jusqu\u2019aux entrailles.\u2014 Eh ! je le sais bien, grand Dieu ! balbutia-t-il en portant les deux mains à son cœur.Raymond poussa un cri.\u2014 Tu le sais, Charles, dit-il, tu sais que je suis innocent, tu sais peut-être aussi quel piège m\u2019a été tendu.Ah ' mon frère bien-aimé, si tu connais quelque chose de ce mortel secret, au nom de ton amour pour moi, dis-le.dis-le, je t\u2019en supplie à genoux, sauve-moi de l\u2019horrible malheur qui me menace ! Il était, en effet, tombé à genoux devant son frère, et il embrassait ardemment les mains du jeune prêtre.Charles se dégagea.On eût dit que toute sa vie s\u2019en allait.Un suprême effort lui permit de prononcer quelques mots : .\u2014 Mon pauvre Raymond, tu te méprends au sens de mes paroles.Je ne sais rien.non rien .au moins comme tu l\u2019entends .Rien, sinon que tu es honnête .tout ce qu\u2019il y a de plus honnête.Sa voix était entrecoupée, il n\u2019osait fixer le jeune homme.Mais celui-ci, maintenant que la première commotion était passée, sentait revenir en lui sa lucidité et son intelligence.Pendant que l\u2019abbé parlait, il le regardait, l\u2019observait, le scrutant jusqu\u2019au fond de l\u2019ême.Non.Charles ne disait pas la vérité.Le tressaillement douloureux de ses fins sourcils ; le pli profond creusé subitement au coin de sa bouche ; son regard, toujours si droit, qui s\u2019en allait vacillant et affolé, toutes ces choses l\u2019affirmaient à Raymond.\u2014 C\u2019est ton appréciation, cela, dit-il Je n\u2019ai jamais douté que tu puisses avoir une autre opinion sur mon compte.D\u2019ailleurs, nous avons le même sang dans les veines, et quoique^ la distance qui nous sépare comme âge soit très légère, je suis bien plus ton fils que ton frere, le fils moral de ton cœur, de tes soins, de tes principes.Honnête tu es, honnête tu m\u2019as fait.La question n\u2019est pas là.« Laissons de côté ce que tu penses de moi et dis-moi ce que tu sais.Car tu sais quelque chose, sinon tout, ta première exclamation me l\u2019a appris.\u2014 Je ne sais rien, dit Charles en fermant les yeux, tandis que sur son visage livide passaient les mêmes contractions que si un fer rouge lui eût labouré les côtes.Raymond s\u2019indigna.\u2014 Allons donc ! fit-il violemment, ce n\u2019est pas possible, je ne te crois pas.Tu as pénétré auprès de M.de Cypiè-res, tu es resté seul avec lui, et cela plus d\u2019une fois.Il t\u2019a parlé intimement, sincèrement.J\u2019en ai la conviction.« Même, en y pensant, je me souviens de l\u2019apaisement qui est résulté pour lui de ta première visite.Cet apaisement n\u2019a pu venir qu\u2019à la suite de confidences qu\u2019il t\u2019avait faites.Charles était de plus en plus pâle.Le cercle noir qui soulignait ses yeux d\u2019azur se fonçait, s\u2019approfondissait davantage à chaque parole du jeune médecin.Celui-ci, s'apercevant de cette suprême émotion, continua : \u2014 Oui, c\u2019est cela, c\u2019est bien cela !.Tu as été son confident.« A son heure dernière, tu étais encore auprès de lui ; tu y es resté longtemps, très longtemps même .Assez pour bien connaître tous les replis de cette âme soupçonneuse et violente, tous les secrets de cette conscience que la passion n\u2019a peut-être pas laissée pure.« O Charles, mon ami, mon frère .tu vas me sauver!.Par toi je vais être lavé de ces soupçons odieux qui me souillent et me rendent fou.« Mais qu\u2019as-tu ?.Tu baisses la tête !.Ta pâleur augmente .« Hésiterais-tu, par hasard ?.Charles, cramponné à l\u2019une des colonnes du lit, ses yeux ne quittant plus un grand christ d\u2019ivoire sur les pieds duquel leur mère, Mme Sintély, avait rendu le dernier soupir, Charles endurait toutes les tortures de l\u2019enfer.\u2014 L
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