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Titre :
Le samedi
Éditeur :
  • Montréal :Société de publication du "Samedi",1889-1963
Contenu spécifique :
samedi 5 août 1950
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque semaine
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Le samedi, 1950-08, Collections de BAnQ.

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[" nnée, No 12 Montréal, 5 août 1950 mÊÊÊÊÊÊÊÊÊÊ DANS CE NUMERO \u2022\tEN MARGE DE \u201cSON COPAIN\u201d \u2022\tLA PÊCHE AU MEXIQUE \u2022\tUN MUSEE DE LA MARINE \u2022\tRoman : LA ROCHE QUI SE FERME, par Ed.de Keyser LE MAG TIONAL DES CANADIENS 10 cents S-yoo 7 ttc 4 m M4.S *sü Wà.'r:< BH2*.\u2022.\t-r^\" \"'-%i sa» : ^jsrtvLréêfj è&jà^fcL.'-3fcrf * CHOSES ET AUTRES A PROPOS DES DE L'ART Pour acquiescer à la demande de la présidente de la société des Amis de l\u2019Art, nous reproduisons ci-dessous, la lettre adressée à M.Marcel Cuvelier, secrétaire général de la Fédération internationale des Jeunesses Musicales, Palais des Beaux-Arts, Bruxelles, Belgique.Cette lettre est une mise au point donnant la raison pour laquelle les Amis de l\u2019Art ont mis fin à leur affiliation à la dite FI JM.\u2014 N.D.L.R.Monsieur le Secrétaire général, La première maison canadienne des RR.SS.de l'Espérance 965 Est, X rue Sherbrooke, Montréal.; \"¦ - ' sms POUR LIRE EN TRAM UN DEMI - SIÈCLE DE DEVOUEMENT Les citadins de Montréal et de Québec connaissent bien ces religieuses discrètes et sereines qui prodiguent leurs soins aux malades soit à domicile, soit dans leurs propres hôpitaux, et dont le nom seul est un encouragement : Soeurs de l\u2019Espérance.Mais beaucoup parmi nous ignorent que cette communauté a été fondée en France, à Bordeaux, en 1820, sous le nom de Soeurs de la Sainte-Famille, par le Chanoine Pierre-Bienvenu Noailles, dont la cause de béatification a été introduite en Cour de Rome et signée par Sa Sainteté Pie XII, le 23 juin 1944.Pour réaliser I ensemble des oeuvres dont elle s\u2019occupe, la communauté de la Sainte-Famille comprend diverses catégories : les Soeurs de Saint-Joseph qui prennent som des orphelins, les Soeurs de l\u2019immaculée Conception, qui font de 1 enseignement, enfin les Soeurs de l\u2019Espérance ou Soeurs garde-malades, les seules qui, pour le moment du moins, exercent leur apostolat dans notre pays.N\u2019oublions pas de mentionner aussi les Soeurs missionnaires, les contemplatives et les converses ou Soeurs Sainte-Marthe.Ces religieuses ont de nombreuses maisons en Europe, en Amérique, en Asie, en Afrique et des noviciats dans les pays suivants : France, Belgique\u2019 Irlande, Espagne, Italie, Angleterre, Canada, Brésil, Ceylan, Congo belge\u2019 Elle viennent d\u2019ouvrir une nouvelle maison au Labrador, à Lourdes de Blanc Sablon, à la demande de Mgr Scheffer, missionnaire Oblat ce qui ne doit pas nous surprendre puisqu\u2019en 1858 un traité d\u2019affiliation fut passé entre les fondateurs des deux communautés : Mgr de Mazenot et le chanoine Noailles.C\u2019est à la demande de Mgr Paul Bruchési que les Soeurs de l\u2019Espérance sont venues en 1901, établir leur première maison à Montréal, 965 Est rue Sherbrooke, et par conséquent, elles célébreront l\u2019an prochain le cinquantenaire de leur arrivée dans notre pays.Les autres maisons canadiennes sont : l\u2019Hôpital Notre-Dame de l\u2019Espérance à Ville Saint-Laurent, pouvant hospitaliser 200 patients, l\u2019Hôpital Sainte-Anne, à Québec, qui en reçoit 150.L\u2019un et l\u2019autre ont un important dispensaire.Toutes les religieuses sont des infirmières diplômées et leur Ecole de garde-malades est affiliée à l\u2019Université de Montréal.Le noviciat canadien est situé sur le Chemin Saint-Louis, à Sillery.Enfin, tout récemment les Soeurs de l\u2019Espérance ont ouvert à Saint-Paul-l\u2019Ermite, dans le comté de l\u2019Assomption, une maison qui loge actuellement 15 convalescents, mais qu\u2019on est en train d\u2019agrandir et d\u2019aménager de façon à en recevoir un plus grand nombre.Entourée d\u2019un parterre fleuri, construite au bord de la petite rivière l\u2019Assomption, cette demeure présente\" un idéal lieu de repos et une étape intermédiaire, parfois si nécessaire, entre un séjour à l\u2019hôpital et un retour trop hâtif au foyer.PH1LCO VA DE L'AVANT On annonce pour l\u2019automne prochain quatre nouveaux modèles d\u2019appareils de TSF fabriqués par Philco.Le plus remarquable de ces appareils est un radio-phonographe à trois vitesses contenu en un superbe cabinet de style géorgien.On peut se le procurer soit en noyer brillant, en riche acajou foncé ou en acajou brun clair.Grâce à un circuit d\u2019un modèle entièrement nouveau, cet appareil vous transmet les plus sensibles nuances tout en supprimant les bruits discordants venus des postes étrangers.On aura en même temps le changement automatique des disques en trois vitesses II convient à n\u2019importe quel disque, quelles que soient la dimension et la vitesse.Avec ce merveilleux appareil vous pouvez écouter cinq heures durant la musique sans avoir à faire vous-même aucun changement.Un tourne-disques d\u2019une sonorité parfaite comme celui de Philco améliore la conson-nance harmonieuse des disques anciens et nouveaux.Nous avons reçut votre lettre du 3 mai nous avisant qu\u2019à la suite de la formation d\u2019un groupement de Jeunesses Musicales du Canada, l\u2019affiliation de notre Société Les Amis de l\u2019Art à la FIJM, se trouve à prendre fin automatiquement.S\u2019il nous a été impossible de devenir membre effectif de la FIJM, c\u2019est que le Comité administratif de l\u2019Association, comme vous le savez, désirait conserver le nom sous lequel la Société Les Amis de l\u2019Art a été fondée en septembre 1942, et exerce depuis huit ans avec un succès toujours croissant, ses nombreuses activités dans le domaine de tous les arts.Si l\u2019Association Les Amis de l\u2019Art s\u2019est affiliée à la FIJM c\u2019était pour permettre un échange de privilège entre les étudiants européens et les canadiens.C\u2019est avec infiniment de regret, monsieur le secrétaire général, que nous nous voyons dans l\u2019obligation de nous retirer de la FIJM dont nous avons été heureux de faire partie depuis un an.Nous souhaitons un essor considérable à votre Société, et veuillez agréer, monsieur le secrétaire général, l\u2019expression de nos sentiments les meilleurs.Les Amis de l\u2019Art Madame Aline-Hector Perrier Présidente ¦ UN SAUT RECORD La baleine est le mammifère aquatique le plus gros ; et, d\u2019après des renseignements reçus à la Fédération des associations de chasse et de pêche du Québec, elle détient aussi le record du saut.On a vu des baleines sauter jusqu\u2019à 20 pieds dans les airs.MORT AUX MARINGOUINS La libellule est l\u2019un des insectes les plus rapides au monde.On la considère aussi comme l\u2019amie des pêcheurs et des villégiateurs, rapporte la Fédération des associations de chasse et de pêche, parce que les maringouins constituent sa nourriture préférée.NOS AMIS DE LA GENT AILEE Le hibou des granges est le meilleur ami de l\u2019homme et l\u2019on devrait toujours le considérer comme tel.Des ornithologues apprennent à la Fédération des associations de chasse et de pèche du Québec que l\u2019un de ces oiseaux, se nourrissant surtout de rongeurs, mange en une seule nuit son propre poids de petits animaux déprédateurs.L'UTILITE DES FEUILLES Les feuilles des arbres font plus que d\u2019ornementer la nature nous dit la Federation des associations de chasse et de pêche du Québec.La feuille est 1 organisme fonctionnel des plantes qui tire l\u2019eau du sol, par l\u2019entremise des ra cmes, et assure la nourriture indispensable à leur développement NOTRE COUVERTURE \u201cGame and set\u201d et le sourire de la victoire éclaire le visage de la championne.Que ce soit dans un club select ou sur un court particulier, le tennis fait la joie des jeunes et même des moins jeunes qui ont su conserver la souplesse de leurs muscles.Quel malheur que nos été trop courts ne permettent pas a notre jeunesse de briller comme elle le devrait dans les tournois internationaux! Nos jeunes ont de l\u2019étoffe et ne manquent pas d\u2019ambition ! Photo Harold M.Lambert *1 w I / 87 Le Samedi, Montréal, 5 août 1950 3 POUR VOUS.JEUNES GENS AVANT DE PRONONCER LE GRAND \" OUI \" Sept mille jeunes gens et jeunes filles suivent le cours par correspondance de préparation au mariage du Centre catholique de l\u2019Université d\u2019Ottawa.7,000 ! C est un beau chiffre.Et vous croyez, mon cher Jean, et vous, Jeannette, que vous, oui vous, n\u2019en avez pas besoin?.ou qu\u2019il serait trop difficile ?Allons.7,000 ! 7,000 vous disent : non ! et ils ajoutent : suis-les toi aussi ! On ne se prépare pas au mariage simplement en lisant un livre, comme-ci, comme-ça, en écoutant une conférence générale sur le mariage.pour s en aller ensuite à 1 église et dire OUI, en espérant que ça va bien tourner.Puis, quelques, mois après, l\u2019on entend des : \u201cSi j\u2019avais su.qu\u2019il était comme ça.qu elle avait ces idées-là.\u201d Combien de temps vous êtes-vous fréquentés ?Trois ans.et vous ne saviez pas ?Le cours par correspondance de préparation au mariage est un merveilleux instrument pour vous préparer, vous et votre compagnon ou compagne de vie.Su:\\'ez-le attentivement ; il est facile, enrichissant, il met les points sur les i , avant le mariage, quand c\u2019est le temps, pas après.Sui-vez-le, et le matin du mariage vous répondrez à la question du prêtre, non un pauvre petit \u201coui\u201d risqué et de hasard, mais un beau grand \u201coui\u201d conscient dans la lumière.Tenez, lisez plutôt la liste des leçons qui vous sont offertes par le cours : 1ère leçon : La situation actuelle du mariage.2e leçon : L\u2019époux idéal, l\u2019épouse idéale.3e leçon : L\u2019amour et le bonheur.4e leçon : Les fréquentations et les fiançailles.5e leçon : Psychologie masculine et féminine.6e leçon : Préparation économique.7e leçon : La mystique du mariage.8e leçon : La cérémonie du mariage.9e leçon : Le mariage au point de vue légal.10e leçon : Anatomie et physiologie.Ile leçon : Relations, naissance, etc.12e leçon : Hygiène \u2014 maladies vénériennes.13e leçon : Ce qui est permis et ce qui est défendu dans le mariage.14e leçon : Les premiers temps du mariage.15e leçon : Conclusion.Et la 15e leçon nous apporte infailliblement les remerciements de celui ou celle qui les a suivies.Nous avons déjà, au Centre catholique, plus de 16 gros cahiers remplis de ces merci.A eux seuls, ces témoignages éloquents suffiraient a prouver la valeur exceptionnelle du cours de préparation au mariage du Centre catholique et à décider n\u2019importe qui à les suivre.Répondre aux questions du cours de préparation au mariage, cela demande un peu de travail, d\u2019application et de prière.Mais, quelle joie vous éprouvez quand vous obtenez votre diplôme ! Quelle confiance en l\u2019avenir ! Et puis, vous conservez soigneusement votre cours, comme un livre de chevet et de consultation.un livre de fameuses recettes (346 pages) de bonheur en mariage.CE QU\u2019ILS DISENT DU COURS \u201cEn vérité, jamais je n\u2019ai eu de secours si puissant que le vôtre ! Combien je vous en remercie du fond du ifceur.Rien dans ce cours n\u2019était de trop ; aucune phrase, aucun mot inutile.Pour ma part, je n\u2019ai pas trouvé que vous traitiez de sujets trop délicats ; au contraire, ce sont des choses que nous devons savoir, et mieux vaut l\u2019apprendre d\u2019une intelligence éclairée et d un coeur forme pour cet enseignement, que de personnes qui ne cherchent qu\u2019à noircir les choses aux yeux des jeunes\u201d.Une élève.\u201cPourriez-vous m\u2019envoyer la 13e leçon du cours de préparation au mariage et ce, pour me rendre un grand service au point de vue moral.Un grave problème se pose entre mon mari et moi.Je me souviens en avoir lu la solution dans cette leçon\u201d.\tjjne épouse.\u201cQuelques-unes de mes compagnes qui ont suivi ce cours n\u2019ont qu\u2019un seul regret ; c\u2019est de ne pas l\u2019avoir suivi plus tôt, car \u201cça fait tellement de bien\u201d, m\u2019ont-elles dit.Grâce à ce cours j\u2019ai pu éclaircir certaines fausses idées de mes amies et sans les avoir lues dans votre cours, j\u2019aurais peut-être été assez \u201cbonace\u201d pour dire comme elles.\tJJ ne élève.\u201cJe ne sais comment vous exprimer ma reconnaissance et mon merci, pour ce que le service m\u2019a donné.Je puis dire que je lui dois une grande partie de mon bonheur actuel.Je considéré comme indispensables les sujets traites, pour ceux qui envisagent l\u2019état conjugal en chrétiens.Lorsque deux jeunes gens qui vont s\u2019unir pour la vie, possèdent des connaissances aussi approfondies et précises, leur bonheur futur est garanti et assuré\u201d.\tUn jeune homme.\u201cNotre mariage sera célébré le 24 juin.Nous serons heureux de vous envoyer notre photo et de nos nouvelles.Je vous remercie du bonheur que vous me souhaitez ainsi qu\u2019à mon fiancé.Je suis heureuse d\u2019avoir participé à vos cours, j\u2019en garderai le souvenir toute ma vie.J\u2019espère bien que vous serez content de votre élève ; mon plus grand désir maintenant c\u2019est de fonder un foyer heureux.Je suis prête à accomplir la volonté de Dieu grâce à vos cours de préparation au mariage\u201d.Une fiancée.Si vous désirez plus de renseignements sur le cours de préparation au mariage adressez-vous à : Marcel Mongeau, o.m.i.Centre catholique 1, rue Stewart Ottawa, Ont.CAMERA BROWNIE hawkeye Les cameras Kodak les plus fascinantes depuis iWention des instantanés parmi les appareils à bas prix pour photos \u201cminiatures\u201d.Très petit \u2014 mais avec beaucoup de caractéristiques de luxe.Assure de jolis \u201ctransparents\u201d en couleurs pour projection, pour épreuves; superbes photos format album, en noir-et-blanc.Camera, $33.Flasholder, $13.25.Quel chic pour une camera en forme de boîte \u2014 et quelles photos! Visez simplement et appuyez avec le pouce sur le nouveau déclencheur d\u2019obturateur; prenez de merveilleux instantanés en noir-et- blanc et en couleurs.Et aussi des photos à la lumière avec le Photo Flasher Kodak.Camera, $6.Flasher, $1.90.Du nouveau CAMERA 1 KODAK | \u2022jOUR'^ ObjecVil K»1'' 1 *25\u2014 Nouvelle simplicité dans une camera pliante.Mise au point à la fabrique, aucun ajustement à faire.Visez et pressez simplement sur le déclencheur d\u2019obturateur à même.Des instantanés clairs et précis, en noir-et-blanc et en couleurs, sont aussi faciles que cela à prendre! Ainsi que des photos à la lumière, naturellement! Camera, $25.25 (autres modèles \u201cTourist\u201d jusqu\u2019à $98).Flasholder, $13.25.Instarrfanés réussis grâce à la vue préalable.Pas d\u2019ajustement; visez et pressez sur le bouton.Vous voyez tous les détails de votre photo dans le grand viseur avant de prendre la photo.Et, comme toutes les cameras Kodak modernes, la Duafiex fait des photos claires et précises en noir-et-blanc et en couleurs \u2014 à l\u2019intérieur ou à l\u2019extérieur.Camera, $14.50.Flasholder, $4.Canadian Kodak Co., Limited Toronto 9, Ontario ! «MERA KODAK DUAFIEX Objectif Knkt *I4§0 \\ wv mm >>.**4.Cadeau merveilleux pour toute occasion-une camera Kodak ou Brownie Voyez votre marchand MARQUE DEPOSEE LES PUBLICATIONS POIRIER, BESSETTE & CIE, LIMITEE Membres de PA.B.C., et de I Association des Editeurs de Magazines du Canada Le Samedi La Revue Populaire Le Film 975-985, RUE DE BULLION MONTREAL \u2014 CANADA \u2022 Tel: PLateau 9638 * FRED & GEORGES POIRIER Propriétaires \u2022 JEAN CHAUVIN Directeur Rédacteur en chef : GERALD DANIS Chef de publicité : CHARLES SAURIOL Directeur artistique : HECTOR BRAULT Chroniqueur sportif : OSCAR MAJOR Chef du tirage : ODILON RIENDEAU NOS REPRESENTANTS : WILFRID DAOUST 20, Onzième Avenue, Lachine (Ottawa, Hull, Sherbrooke, Drummondville, Saint-Hyacinthe, Sorel, Granby, Farnham, Saint-Jérôme, Joliette et les environs.) \u2022 ADELARD PARE 6, rue du Pont, Québec ( Québec et Lévis ) \u2022 PAUL LARIVIERE 17)0, rue St-Philippe, Trois-Rivières ( Trois-Rivières et Cap-de-la-Madeleine ) Autorisé comme envol postai de la deuxième classe, Ministère des Postes, Ottawa.\u2022 Entered at the Past Office of St.Albans, Vt., as second class matter under Act of March 1879 ABONNEMENT CANADA Un\tan - -\t\t- $3.50 Six\tmois\t\t\u2022 2.00 \tETATS-UNIS\t Un\tan\t\t- $5.00 Six\tmois\t\t\u2022\t2.50 AU NUMERO: 10 cents HEURES DE BUREAU : 9 h.a.m.à 4.45 h.p.m.du lundi au vendredi.\u2022 AVIS AUX ABONNES \u2014 Les abonnés changeant de loco-lité sont priés de nous donner un avis de huit jours, l'empaquetage de nos sacs de malle commençant cinq Jours avant leur expédition.4 62e année, No 12 \u2014 Montréal, 5 août 1950 EDITORIAL D\u2019UN SAMEDI A L\u2019AUTRE Quand les écrits s'envolent.Comme les vieux films, les journaux qui portent bien leur date prennent un air de charmants radotages.Aussi, quel dom-mage que l\u2019homme moderne, parce que trop pris eu trop distrait, ne s\u2019arrête pas plus souvent à cet instructif petit jeu de rétrospective, car il vaut bien la chandelle.Hélas, le malheur veut, pour nous, que nous soyons tous tellement assoiffés de nouvelles nouvelles \u2014 ainsi que le disait déjà le vieux chroniqueur \u2014 que le fait du jour, à peine servi tout fumant, perd de sa saveur à l\u2019idée de ce qui adviendra demain, tant et si bien que dans la ruée générale sur le pronostic, personne, ou presque, ne songe, qu\u2019à reviser les anciens oracles, on y tire parfois meilleure mouture qu\u2019à solliciter les nouveaux.Sans exemple, cette ancienne constatation ne serait que squelette, selon la devise heureuse du Petit Larousse, et si nous devons 1 habiller d une anatomie pour lui donner l\u2019importance qu\u2019elle mérite, nous n\u2019avons qu\u2019à puiser les éléments dans les journaux de ces dernières semaines.Ne remontons pas plus loin qu\u2019au 1er juin dernier, et nous trouverons notre affaire.En ce beau jour, il était permis, plus que jamais, de rêver aux invites de la campagne puisqu\u2019une nouvelle des plus rassurantes faisait le tour du monde : l\u2019agence d\u2019information Reuter venait, en effet, de diffuser qu\u2019au cours de sa conférence de presse hebdomadaire, le président Truman avait déclaré que le monde était \u201caujourd\u2019hui plus près de la paix qu\u2019il ne l\u2019a jamais été à aucun moment depuis les cinq dernières années.\u201d La dépêche précisait que M.Truman avait fait cette déclaration après avoir été invité à commenter un rapport de Gallup sur l\u2019opinion publique, aux Etats-Unis, qui affirmait que la majorité des Américains s\u2019attendaient à une guerre au cours des cinq prochaines années.Or, nous avons vu , à la fin de ce même mois de juin dernier, que les événements de Corée confirmaient très exactement le contraire.sommes portés à le croire.Du reste, il existe d\u2019autres maladies plus impitoyables et qui présentent de plus graves dangers, ce qui nous autorise à supposer que la poliomyélite effraie davantage parce qu\u2019elle est, si l\u2019on peut dire, l\u2019objet d\u2019une grande publicité.\u201cMieux encore, écrit le docteur Anglin, il est démontré par des analyses du sang qu\u2019une forte proportion d\u2019adultes ont, à quelque période de leur vie, souffert de poliomyélite.En d\u2019autres termes, nombre de personnes ont été atteintes de ce virus et n\u2019en ont ressenti qu\u2019un léger malaise, après quoi, leur système nerveux n\u2019ayant pas été affecté, elles se sont guéries elles-mêmes sans s\u2019être jamais rendues compte de l\u2019attaque.Evidemment, le docteur Anglin reconnaît que sa déclaration à l\u2019effet de laquelle la poliomyélite n\u2019est pas aussi impitoyablement menaçante qu\u2019on est porté à le croire constitue une consolation relative, mais, d\u2019autre part, il recommande d\u2019y avoir recours afin d\u2019éviter toute panique inutile.En somme il convient de surveiller sans s\u2019énerver, car la poliomyélite fait ordinairement son apparition au cours de l\u2019été et au commencement de l\u2019automne.Les symptômes se manifestent quand le malade donne des signes de fièvre, de maux de tête, de nausée, de torticolis, de maux de gorge, de constipation et de faiblesse! Dès que ces symptômes, ou certains d\u2019entre eux, sont observés, la personne affectée, ou supposée telle, doit se mettre au lit! dans une pièce isolée, et on doit faire venir le médecin.,\tt1 est à retenir que les victimes qui demeurent plus sérieusement paralysées sont celles qui, négligeant de considérer ces symptômes, ont continué, sans plus se préoccuper, à poursuivre leurs activités ordinaires.L\u2019essentiel en la chose est donc de prêter une oreille attentive aux sonnettes d\u2019alarme quand elles se font entendre et d\u2019avoir recours le plus tôt possible à tous les moyens connus et éprouvés de prévention.\u2014 G.St-O.Bien sûr, notre bonne vieille terre n\u2019en continue pas moins de tourner, \u2014 comme les rotatives, du reste \u2014 mais comme il est curieux de constater qu\u2019une nouvelle d\u2019importance, si puissamment diffusée, si universellement reçue, si catégoriquement contredite soit si totalement tombée dans l\u2019oubli en un aussi bref laps de temps ! Apres cette formidable expérimentation qu\u2019est le bombardement de l\u2019atome, se pourrait-il que notre XXe siècle soit en voie de découvrir un phénomène d\u2019ordre psychique : la pulvérisation du vieil axiome latin qui veut que les écrits demeurent?Il faudra bien finir par y croire, tout en regrettant qu\u2019un exemple aussi probant mette en cause un homme aussi pondéré que M.Truman, un homme qui n\u2019a pourtant pas l\u2019habitude de parler à la légère._ G.D.La poliomyélite, ce cauchemar Si la crainte est le commencement de la sagesse, il faut toutefois se garder de lui donner l\u2019importance qu\u2019elle n\u2019a pas ou qu\u2019elle ne saurait avoir.A cette époque-ci de l\u2019année, bon nombre de jeunes mamans empoisonnent leur existence en se mettant en tête, cette idée fixe : la poliomyélite, et Dieu sait si nous pouvons comprendre leur anxiété.Mais, et nous insistons, la crainte seule ne saurait conjurer l\u2019événement.Mieux vaut donc se renseigner, et c\u2019est pourquoi nous croyons accomplir oeuvre utile en résumant ici ce que déclarait récemment une autorité sur ce sujet qui revient hélas d\u2019actualité.Sachons bien qu\u2019au cours d\u2019une épidémie sérieuse de poliomyélite, on a une chance sur 1,500 de la contracter, et une autre, sur 7,500 d\u2019être affligé de paralysie.Enfin, dernière alternative, on a une chance sur 30,000 d\u2019en mourir Ainsi se prononce le docteur C.S.Anglin dans un article paru dans Health, revue officielle de la Ligue canadienne de santé.Cette autorité déclare en outre que, chez les victimes qui sont paralysées à la période aiguë de la maladie, environ 50% se rétablissent de cette faiblesse et ne montrent aucun si \"ne de paralysie résiduaire au bout d\u2019un an.Ainsi, si l\u2019on tient compte de toutes ces constatations la poliomyélite n\u2019est pas aussi terriblement menaçante que nous Mieux que la retraite ! ; - \u2014o- \u2014«¦au icic ueuuer, en Angleterre, une experience qui pourrait amener des résultats intéressants en ce qui a trait à l\u2019emploi des vieillards.On sait que dans notre vie hautement industrialisée, le sexagénaire est généralement mvité à prendre sa retraite.Or, ces six employés dune importante firme de Darlaston (Staffordshire), devaient quitter la ligne de production pour former un cercle de travail un genre tout à fait nouveau.Forts d\u2019une expérience acquise au long de leur vie, le projet consistait à les faire entrer dans un atelier spécialement aménagé pour eux, sans horloge enregistreuse, sans contrat, sans crainte ni contrainte.Es travailleraient selon leur bon plaisir, et cela, quand ils voudraient ne serait-ce quune heure par jour.Dans l\u2019idée de leurs supérieurs, ces travailleurs aguerris n\u2019avaient aucune raison de perdre 1 avantage de habileté acquise de si longue date, et sur-out, ne devaient plus etre condamnés à une retraite règlemen- comme^én^t36 3\t\u2018 Sténk* * ®Utile et souvent ^faste, lég?rLamaîsr STJ8\"\têtre\tde machines egeres mais tout a fait appropriées aux vétérans du labeur Successivement, d\u2019autres vieux employés, toujours se on re plan, viendraient se joindre aux six premiers et gross* les P\u201e,,pd, I i',est'œrs que ridée' en plus d\u2019être sensée, est généreuse\u2019 L homme de soixante ans, l\u2019homme oui\t^ US\u20ac * s\u2019est habitué à la douce contramTe du tavaü ne T' d\u2019être jeté brutalement dans l\u2019inactîon qu\u2019 Ive^ellement Ztl breve échéance, dans la plupart des cas, le mTne e T tue La snnple justice, smon la dignité du travailleur réclamât semblable idee prit naissance et germât Fr, »\tclamalt que chimère de formuler le voeu qu\u2019oZ saura s\u2019èn m ^ T* nous.Une bonne et juste idée ça s\u2019arroZ JL S-™ cheZ faisant, nous avons l\u2019impression de réali^ \u201ci Cultlve et-tangible en vue d\u2019un monde meilleur.Nous y rendrons! - L £ I mM.**0* .m F R AN C E t ¦ i *\t.\"\t- 'fA&mSSÊFm ¦ \u2022 ¦¦ .:¦ ; .-.¦ .¦ .?: y1.-'-,' Wkùi.FRANCE-CANADA\t\t EF\t1 MH IfuE UE 50N COPAIN \u201d\t \\ Par\tHJR OUrHIR Cherubina Scarpaleggia\t \t(Notre correspondante européenne)\t N.D.L.R.Grâce à l\u2019avion, on se moque aujourd\u2019hui des distances ce qui fait que l\u2019Atlantique n\u2019est plus une entrave au point de vue temps, entre l\u2019Europe et notre continent.Néanmoins, la préparation d\u2019un magazine n\u2019étant pas aussi rapide que celle d\u2019un quotidien, il en résulte un décalage qui n\u2019est pas toujours compatible avec le caractère de l\u2019actualité « brûlante ».Mais, dans le cas d\u2019un film en cours de production, la nouvelle s\u2019accommode assez bien d\u2019un retard.C\u2019est pourquoi Le Samedi, cette semaine, est heureux de communiquer à ses lecteurs, les impressions recueillies à Paris par sa correspondante européenne, lors du départ de René Dary, Patricia Roc et Jean Devaivre pour Montréal.Et voilà ! René Dary vient de s\u2019envoler pour le Canada.Pour fêter l\u2019occasion, tous les représentants de la presse parisienne se sont donné rendez-vous à la gare des Invalides.On leur a gracieusement offert le Champagne.Décidément, les Français font bien les choses et, ajoutons sans malice, ils ont l\u2019intelligente délicatesse de ne pas considérer les journalistes comme de simples accessoires.Depuis une semaine et, plus exactement, depuis le cocktail offert chez René Dary pour annoncer son départ pour Montréal, la presse et la radio sont en émoi.Pourquoi ?Parce que René Dary est une vedette parisienne, oui.Mais aussi et surtout parce qu\u2019il est une vedette de Paris allant tourner un film au Canada ! Et cela nous prouve l\u2019estime dans laquelle est tenu, en France, notre pays que dédaigna la Pompadour.Pour se convaincre de cette sympathie amicale qu\u2019éveille chez le Français l\u2019évocation du Canada, il suffisait de remarquer, avec u» certain orgueil patriotique, l\u2019affabilité que tous les invités démontrèrent à l\u2019égard des journalistes canadiens présents aux réceptions.Tout le monde leur adressait des saluts, des sourires, des signes d\u2019amitié.René Dary dont le sourire est inimitable de fraîcheur et de sincérité n\u2019en avait que pour «ses Canadiens».D adore le Canada et nous savons déjà que cette « idolâtrie » est réciproque ! On sait que René Dary se rend à Montréal afin de collaborer avec la Québec Production à la réalisation du film canadien provisoirement intitulé: «Son Copain ».Le scénario met en scène l\u2019amitié de deux hommes qui se sont connus pendant la guerre, dans le « maquis » : un Canadien (Paul Dupuis) et un Français (René Dary).Ces deux copains se retrouvent plus tard dans Paris.Survient une femme (Patricia Roc) qui inspire un même amour aux deux hommes dont l\u2019amitié risque, de ce fait, de se rompre.La ligne du récit, on le voit, est fort simple mais 1 action est pourtant complexe et engendre de multiples situations psycho-logiquement et scéniquement fort intéressantes.\t[ Lire la suite page 31 ] vi-tonne, ue nom en dqs, « vvjii I ICU1 .\t- «\t.\tumk ï et r A I KICIA ROC bo.vent ou succès de Son Copain\" dont les extérieurs et certaines scènes d\u2019in-teneur viennent d\u2019etre tournés dans la province de Québec.\u2014 En route oour I aéroport d Orly.Tout le monde est heureux et PATRICIA ROC en est toute reveuse ! - Pour la réalisation de \"Son Copain\", on a décidément choisi des gens qui ont du poids ! A eux trois, les Messieurs (RENE DARY.JEAN DEVAIVRP et PHILIPPE AGOSTINI, atteignent 200 kilos! Miss Roc en esi toute éblhT Photo du haut, à droite.JEAN DEVAIVRE, PATRICIA ROC et RENE DARY.\u201d* :>^r ipfî.f.M# *.;«7i *L«k' *SF-a4,S*l\u2018 >®MÏ ?*.* s*Wm i*\"-* , .4,' .*-'g 'V^(T' - - ¦jASi 'J&ZaZy*ï ; m \u2019\u2019 ¦ ¦ ¦\tJ4m -V-.r>s, ¦:Wm» *r \u2018_ M> \" ¦¦¦hi '.\"W*\t¦ 6\tLe Samedi, Montréal, 5 août 2950 Les Indiens Otomi, originaires du village de Bité, (nom qui veut dire sous la montagne), situé dans la montagne Puebla, au Mexique, ont une façon bien à eux de pratiquer la sport de la pêche.Leurs traditions à ce sujet remontent à l\u2019époque pré-coloniale et ont été scrupuleusement conservées par eux.Pour pêcher, les Otomis emploient une certaine drogue que l\u2019on peut extraire du metzal une plante de la famille du cactus.Une fois l\u2019an, le plus souvent à l\u2019époque du printemps, les habitants de Bité se réunissent afin d\u2019entreprendre la tâche ardue et indispensable des préparatifs nécessaires à une pèche fructueuse.Ils commencent donc par se disperser dans la campagne environnante, à la recherche du metzal.Quand la cueillette est finie, la plante est écrasée jusqu\u2019à être réduite en une sorte de pulpe.Maintenant les Indiens sont prêts à démontrer le succès de leur manière de pratiquer la pêche.On repère un endroit de la rivière où le poisson semble abondant et on y jette la pulpe de metzal.Puis les hommes vont en hâte se poster en bas du courant, là où l\u2019eau des rapides est plus profonde.Ils se couchent alors à plat ventre, le visage sous l\u2019eau, et saisissent les poissons étourdis par la drogue, au moment où ils traversent un filet improvisé, fait de jute, et qui se referme sur eux.La pulpe de metzal empoisonne l\u2019eau à un tel point que les poissons sont incapables d\u2019absorber l\u2019oxygène contenue dans l\u2019eau et ils flottent à la surface, dans la direction des rapides où les pêcheurs les guettent.La pulpe absorbée par les poissons ne les tue pas, sauf de très rares exceptions, et ceux qui échappent aux Indiens continuent à vivre normalement.Le metzal est inoffensif en ce qui concerne les humains.Cette variante de la routine habituelle de la pêche est unique dans son genre mais elle n est pas très efficace, puisque les poissons ne sont jamais pris en très grandes quantités.Cependant, les Indiens ne semblent pas trouver fastidieux ces longs préparatifs, ni l\u2019effort qu\u2019ils exigent.Pêcher ainsi, selon la vieüle tradition mexicaine, leur semble un plaisir qu ils mettent en commun.A L'AIDE DE L'ANESTHESIE La Pèche au Mexique Selon une vieille Tradition Indienne Photo du haut, à gauche, avec des moyens rudimentaires, les Indiens Otomi broient la plante metzal pour la transformer en une sorte de pâte qui sera jetée dans les eaux poissonneuses avant la pêche.A droite, le filet confectionné de jute que le pêcheur porte à son cou et à l\u2019aide duquel il attrappe le poisson.___ Au centre, la tête plongée dans l'eau, les pêcheurs indiens surveillent le poisson.On dit que la faculté qu'ils ont de pouvoir rester ainsi submergés est aussi étonnante que celle remarquée chex les pêcheurs de perles.\u2014 Ci-contre, une tradition veut que l'on doit mordre la tête du premier poisson afin que les pêcheurs indiens n'aient pas la senteur des \"blancs\" qui effraie le poisson.Photo Canada Wide./ hifiksSi sam V.Y La \"Bretagne,\", vaisseau (1766).AU BORD DE LA SEINE L\u2019AVENTURE \"La Belle Poule\", frégate (1821).MARITIME '\u2022¦Sr ¦1; 2L-J*S i~A.r .par JEAN BOTROT Le \"Valmy\", vaisseau (1847).Pour qui sont faits les musées ?Pour les savants ou pour les ignorants ?Je répondrais volontiers qu\u2019ils s\u2019adressent aux uns comme aux autres.Un excès de vulgarisation dégrade son sujet ; une technique trop poussée déroute le profane et vide les salles.Le Musée de la Marine, qui est l\u2019un des plus beaux de Paris, se cantonne dans un juste milieu ; c\u2019est là le musée idéal, le musée parfait.J y ai rencontré, dans une même après-midi, autant d\u2019uniformes que de vêtements civils ; j\u2019y ai recueilli, l\u2019oreille tendue, autant de propos ingénus que de doctes aperçus sur la vitesse des galères ou la puissance de feu des vaisseaux de Louis Quatorze.J ajouterai qu\u2019on vend à la porte un guide vraiment clair et complet, ce qui est chose assez rare dans tous les musées du monde.Il suffit de s en munir pour ne point confondre galéasses, frégates et brigantins, et pour évoquer comme il convient, devant les bustes de Jean Bart et de Duguay-Trouin, la grandiose épopée des corsaires.Un beau musée, vous disais-je.Prenez l\u2019adjectif dans son sens le plus trict.Jusqu\u2019en 1919, il relevait des Beaux-Arts ; jusqu\u2019à la dernière guerre, 0 était logé au Louvre (et d\u2019ailleurs assez mal logé).Son transfert au Palais de Chaillot cette grande nef blanche ancrée sur les bords de la Seine depuis l\u2019Exposition de 1937, assez vaste pour abriter encore le Musée de lUomme, celui des Monuments français et les sessions parisiennes de I O.N.U., ne fut réalisé qu\u2019après la Libération.Entre temps, les précieuses escadres avaient trouvé refuge en province ; elles y échappèrent miraculeusement aux bombardements et aux « collectionneurs » de la Wehrmacht.Oeuvres d art, évidemment, les tableaux et dessins accrochés aux murs du musée, à commencer par les treize grandes toiles des Ports de France de Claude-Joseph Vemet, le père de Carie et d\u2019Horace.Ce Vernet-là était un peintre si scrupuleux qu\u2019il lui arriva, certain jour de furieuse tempête, de se faire attacher au grand mât d\u2019un navire en détresse, pour mieux contempler les éléments déchaînés.Ses ports sont admirables d\u2019exactitude, de mouvement, de variété.Cependant, les vrais chefs-d\u2019oeuvre du Musée de la Marine,, ce sont essentiellement les maquettes de navires confectionnées dans les arsenaux depuis 1679, sur les ordres de Colbert.« L\u2019intention du roi, prescrivait Colbert, est qu\u2019il soit foit en chaque arsenal des modèles en petit d\u2019un vaisseau de chacun des cinq rangs (Les vaisseaux, sous le règne de Louis Quatorze, étaient répartis en cinq Classes ou rangs, selon leur longueur, leur largeur, leur creux et leur armement ; la frégate du temps de la rame était devenue un navire d\u2019un rang inférieur aux vaisseaux) dans lesquels les mesures seront réduites au 1/12 ou au 1/20 de toutes leurs proportions et mesures ; et il faudra que ces modèles soient faits avec autant d\u2019exactitude et de justesse qu\u2019ils servent perpétuellement, pour les mesures et proportions, à tous les vaisseaux qui seront construits dans l\u2019avenir.» L\u2019ordre fut exécuté et l\u2019exemple suivi jusqu\u2019à nos jours.La pièce-maîtresse du musée, c\u2019est la Réale, une galère amirale dont l\u2019éblouissante décoration, rassemblant tous les Dieux de l\u2019Olympe et interprétant tous les signes du Zodiaque, est l\u2019oeuvre de Pierre Puget, le puissant sculpteur du Milon de Crotone, celui-là même que Louis Quatorze appelait l\u2019inimitable.[ Lire la suite page 31 ] Ci-contre, de haut en bas, le cuirassé \"Richelieu\" (1939).\u2014 Le cuirassé \"Dunkerque\u201d, (1935).\u2014 Aspect de la galerie des Vernet, au Musée de la Marine.Vernet était un peintre si scrupuleux qu\u2019il lui arriva, certain jour de furieuse tempête, de se faire attacher au grand mât d\u2019un navire en détresse, pour mieux contempler les éléments déchaînés.Ses Ports, qui sont admirables d\u2019exactitude, de mouvement, de variété, sont exposés dans cette section du Musée de la Marine, à Paris.\tPhotos 5.F.I.mmm WM æatJrCLSr I *-* \u2022 j-U - 8 Le Samedi, Montréal, 5 août 1950 ^vrvmr Hül \u2022> r*'H- Dessin JEAN MILLET , J?Roman d'aventures La roche qui se Les blessés arrivèrent à la nuit, attachés sur les ca-colets amarrés à des mules qui les avaient ballottés, tout un jour, par les sentiers impraticables qui descendent des hauteurs fauves.Us ne se plaignaient plus.Le transport les avait fait tellement souffrir que la douleur semblait s\u2019être endormie.Plus d\u2019un, simplement, s\u2019était évanoui.Les bêtes longèrent les murs de Taza, dont les créneaux se découpaient sur la nuit bleue, et firent, à travers les oliviers, les deux kilomètres qui les séparaient encore du camp Girardot.Alerté, le personnel sanitaire attendait chez le caporal de garde.\u2014 Y a un Boche.Et y n\u2019a pas l\u2019air très en train, annonça le brigadier qui conduisait le convoi.Le fait n\u2019était pas rare.L\u2019Allemagne avait semé des officiers instructeurs dans toutes les karkas d\u2019Abd-el-Malek, de même qu\u2019elle envoyait de l\u2019or au fameux rebelle et le fournissait d\u2019armes, en pleine guerre, par des sous-marins auxquels la zone espagnole offrait toujours des points de débarquement favorables.L\u2019affaire a été chaude?demanda le caporal, qui aimait paraître au courant de la tactique.\u2014\tParbleu !.Comme toujours, avec le général Aubert !.Les salopards tenaient la crête.Un pays, mon vieux, ousque t as pas une goutte d\u2019eau pour coller un timbre-poste, ou t\u2019faire croire qu\u2019y t\u2019reste d\u2019là salive!.Alors, tu vois ça ?.\u2014\tParfaitement.Les auxiliaires des tribus y prennent par la droite.La légion, elle, prend par la gauche.Et on aborde les Arbis avec les sabres et les baïonnettes, qui se d\u2019man-dent encore c\u2019qu\u2019on leur voulait.Où est l\u2019Allemand ?coupa le gestionnaire qui consultait ses papiers.Le transfert des blessés se terminait.On avait dû les répartir en plusieurs salles.L\u2019instructeur allemand, / soldats d Abd-el-Malek, fut porté dans une pièce £ petite, voisine des services de chirurgie.On le dé billa.Malgré le pansement appliqué là-haut le coulait de sa poitrine, qu\u2019une balle de fusil avait tri de part en part.Ses yeux, des yeux gris à large pI -e,, \u201ene\u2019 pestaient ouverts, démesurément.Qu\u2019es qui 1 effrayait le plus?La gravité de sa blessure celle de sa situation ?Sous son burnous, il était habillé à l\u2019européenne \u2022 culotte d equitation, un gilet de tricot, une che munie de deux poches sur la poitrine.L\u2019une d\u2019 était fermee par une épingle double.Lorsque les firmiers vo urent lui retirer cette chemise maculé sang, pour la remplacer par du linge propre il tr< une energie inattendue, et accrocha ses mains toile avec une telle opiniâtreté que l\u2019infirmier c son camarade : i Le Samedi, Montréal, 5 août 1950 9 Commencé au Maroc, en pleine bataille contre les dissidents, ce roman d aventures s'achève dans le paisible Luxembourg où, cependant, se passent à cette occasion des événements tragiques, mystérieux, comme sait en raconter Edouard de Keyset.\u2014 Laisse-la-lui, puisqu\u2019il y tient ! C\u2019est peut-être un cadeau.Dans les yeux de l\u2019Allemand passa une lueur de triomphe.Mais, lorsque les soldats furent sortis, ses forces 1 abandonnèrent.Il poussa un soupir et perdit connaissance.Il n y avait auprès de lui qu\u2019un tirailleur, qui dor-mait si profondément que tout ce bruit ne l\u2019avait pas reveille, et deux légionnaires d\u2019origine germanique, qui s étaient fait à la cuisse une injection de térében-îne, afin de faciliter la formation d\u2019un monstrueux ahces.Cette façon de couper à l'attaque des forces dissidentes allait d\u2019ailleurs les conduire au conseil de pierre, motif pour lequel un Sénégalais restait en faction devant la salle.C était ce fait particulier qui avait suggéré au caporal de diriger 1 Allemand sur ce local bien gardé.Précaution superflu, du reste, et qu\u2019il comprit à la grimace du chirurgien lorsque celui-ci vint, une demi-heure plus tard, donner ses soins à cet ennemi.Pas brillant, n\u2019est-ce pas ?demanda l\u2019infirmier.Il en a pour un jour, au plus.Mais, après tout, on ne sait jamais.Le rôle de médecin à l\u2019hôpital Girardot n\u2019était pas une sinécure.Le camp, en continuel état de guerre, harcelé la nuit jusqu\u2019aux fils barbelés, sans cesse à la chasse des dissidents, regorgeait de malades et de blessés.Il y avait aussi des civils appartenant au petit chemin de fer, dont la gare fortifiée s\u2019apercevait dans le fond de la vailée, et qui rejoignait Taourirt, Oudjda, et le réseau algérien.Harassés par leur journée de labeur, les médecins allèrent dormir après la visite de ce premier convoi, laissant au gestionnaire le soin d\u2019attendre le suivant et de les prévenir.L\u2019officier d\u2019administration profita de ce que le capitaine aviateur Garnet, incommodé par le siroco, qui commençait à souffler du feu, se promenait devant l\u2019hôpital, pour lui proposer une partie d\u2019échecs.Ils jouaient depuis une heure, lorsque l\u2019infirmier de service survint.\u2014 Mon capitaine, le blessé boche est en train de passer.\u2014 Ça sera toujours un Boche de moins!.Tout de même, va prévenir l\u2019aide-major.\u2014 C\u2019est que, mon capitaine, je le crois bien trépassé, à l\u2019heure qu\u2019il est.\u2014 Alors, attends.j\u2019y vais moi-même.Les médecins n\u2019en peuvent plus !-.Le capitaine Gamet se levait aussi.\u2014 Je vous accompagne jusque-là.Ils traversèrent le jardin nu, que la lune blanchissait comme un suaire.Au moment où il pénétrait dans la salle, l\u2019officier aperçut un des deux soldats allemands qui regagnait son lit.\u2014 Qu\u2019est-ce que vous faites-là ?demanda-t-il d\u2019un ton sec.L\u2019autre répondit dans un français durci par l\u2019accent teuton : \u2014 Mon capitaine, nous ne pouvons pas dormir.On ne devrait pas laisser des malades avec un cadavre !.\u2014 Ah! Il est mort!.Comment le savez-vous ?Le légionnaire resta un instant sans répondre.Evidemment, la question l\u2019avait pris de court.\u2014 Oh ! ça se devine, fit-il enfin en se recouchant.Simple témoin, le capitaine Gamet n\u2019avait pas regardé le soldat.Il s\u2019approchait du blessé allemand, se penchait sur lui.__Vous avez raison, dit-il.Il est inutile de déranger un docteur.L\u2019officier d\u2019administration se tournant vers l\u2019infirmier : _____Oui, mon capitaine.Mais il paraissait avoir quelque chose dans la poche droite de sa chemise ; il a résisté avec désespoir quand on a voulu la lui retirer.Alors, mon camarade et moi, nous avons pense qu\u2019il valait peut-etre mieux attendre la visite du major.\u2014 Nous allons voir ce que c\u2019est, approche la lampe.Il ouvrit l\u2019épingle qui fermait la poche, retira deux papiers.\u2014 De l\u2019allemand, dit-il.Et une carte du Rif.^ Il faudrait porter ça au général.Les écrits que possèdent^ ces instructeurs peuvent être très utiles pour les opérations.Le général Aubert, cité à l\u2019ordre du jour de l\u2019armée du Maroc, est un rude soldat qui dort peu, travaille trop, part au danger avec ses troupes, et qu\u2019on peut réveiller à n\u2019importe quelle heure de la nuit pour les affaires de service.Le commandement de Taza est un poste d\u2019honneur, mais qui ne laisse aucun loisir.Bien armés, le gestionnaire et le capitaine Gamet montèrent donc à la ville, se firent ouvrir la porte, et n\u2019attendirent pas plus d\u2019un quart d\u2019heure chez le chef.Celui-ci ne se perdait pas en formules inutiles, surtout lorsqu il enlevait quelques minutes à ses courtes heures de repos.Deux phrases de félicitations pour leur zèle, et la traduction immédiate des papiers allemands.Contrairement à ce qu\u2019ils avaient espéré, il ne s\u2019agissait pas de choses relatives à l\u2019armée d\u2019Abd-el-Malek.Ils se trouvaient devant la révélation d\u2019un secret.Pourquoi son propriétaire l\u2019avait-il consigné là ?Se méfiait-il donc de sa mémoire ?Sans entrer dans les détails de la rédaction, où Dieu et 1 empereur venaient se mêler à une affaire qui ne les concernait pas, voici quelle était la teneur des documents.L\u2019officier allemand (car il était officier détaché en mission régulière) avait fait un premier séjour au Maroc avant 1914.Dans les montagnes du Rif, le hasard lui avait fait découvrir un gisement d\u2019émeraudes.Il en rapportait pour une valeur qu\u2019il estimait à plus de 2 millions, lorsque la guerre l\u2019avait surpris.Obligé de rejoindre son corps à Trêves, il n\u2019avait pas eu le temps de mettre son trésor en lieu sûr.Lorsqu\u2019il était arrivé, son régiment franchissait la frontière luxembourgeoise ; il n\u2019avait pas pu s\u2019arrêter dans la vieille cité romaine, et, tout courant, avait rattrapé sa compagnie à Echtemach, petite ville que la Sure répare seule du territoire prussien.Cette compagnie resta en occupation durant quelques jours, attendant que fût libre la ligne de Longwy ; pour ne pas s\u2019encombrer de son trésor dans les risques d\u2019une campagne, il s\u2019était décidé à le cacher sur la terre luxembourgeoise, laquelle, tout comme la Belgique, la Champagne, la Picardie et le Pas-de-Calais, ne manquerait pas de devenir terre allemande.LE CLOCHARD \u201cSi nul ne pense à moi, je cesse d\u2019exister.\u201d Jules Supervielle.Allongé sur un banc dans un parc, au matin, Humant de la cité l'haleine vierge encore, Hirsute et mal vêtu, hélas ! trompant la faim, Il traîne sa misère et l'ennui le dévore.De sa pensée abrupte, éludant son destin, Se dégage un aspect asservi de pécore : Un dévoyé, que sais-je ! Un sadique assassin ! Ou quelqu'inconsolé, sombrant, venant d'éclore !.Lourdement il se lève et s'avance, rompu.Furtivement jetant un regard circulaire Et d'un pas chancelant il s'éloigne sans but.Où donc ainsi va-t-il ! Est-ce un incendiaire ?Un sombre malfaiteur tramant un crime affreux ?Ou, pour demain, le corps trouvé d'un malheureux ?.Rosario Venue Ste-Geneviève de Pierrefonds, Qué.Les environs abondaient en cachettes favorables.Il en avait trouvé une, tellement impossible à découvrir, qu\u2019il avait craint lui-même de ne plus la retrouver ; et, pour se rappeler l\u2019endroit exact, il avait usé d\u2019un stratagème : ayant remarqué que la façade de la petite église Saint-Pierre et Saint-Paul, isolée sur une butte et à l\u2019abri des curieux, avait une partie en grès assez friable et mal cimenté, il en avait détaché une pierre et creusé au stylet les indications cryptographiques concernant sa cachette ; puis il avait replacé l\u2019écriture à l\u2019intérieur.Un petit plan expliquait l\u2019emplacement exact de cette pierre : sixième de la troisième rangée, en partant de l\u2019angle droit du portail.Les officiers n\u2019eurent pas une hésitation ; cette fortune appartenait à la France.\u2014 Revenez à l\u2019heure de mon rapport, dit le général Aubert.Il y fut décidé que le capitaine Edmond Gamet se rendrait à Echtemach dès que ce serait possible, qu\u2019il chercherait le trésor de pierres précieuses et que celui-ci serait donné à l\u2019Oeuvre des orphelins de la guerre.La carte du Rif, qui indiquait plus ou moins exactement l\u2019endroit où l\u2019Allemand avait trouvé les émeraudes, fut enfermée dans les archives pour être utilisée plus tard, si les événements envoyaient la France dans cette partie de l\u2019empire chérifien.Cependant, le gestionnaire n\u2019avait pas eu tort, en entrant dans la salle où reposait le cadavre, de trouver bizarre la présence d\u2019un des légionnaires assez loin de son lit.A peine les deux officiers et l\u2019infirmier furent-ils sortis, que cet Allemand se répandit contre eux en un torrent d\u2019injures, pour lesquelles il employa d\u2019ailleurs, avec la plus grande justice, le français, l\u2019allemand et l\u2019arabe.Son camarade le calmait : \u2014\tPrends garde ! Tu vas réveiller le type !.\u2014\tMais non ! Il dort comme une brute.Je te l\u2019avais bien dit, que le Hauptmann devait avoir sur lui quelque chose de précieux ! Rien que la façon dont il avait empêché qu\u2019on enlevât sa chemise.Un coup d\u2019oeil me suffit, à moi !.Une nouvelle crise de fureur coupa cet accès de modestie.\u2014\tDeux millions ! reprit-il après sa bordée de blasphèmes et d\u2019invectives.Deux millions !.Et il ne nous manque qu\u2019une chose : l\u2019emplacement de cette pierre.Une seconde de plus, et je te lisais le plan !.Nous tenions la fortune ! \u2014\tT\u2019en fais donc pas, comme disent ces imbéciles de Français.La guerre ne durera pas toujours, et, comme l\u2019Allemagne sera victorieuse, ils ne pourront pas rentrer dans le Luxembourg.Il sera toujours temps d\u2019aller chercher le magot.L\u2019important, c\u2019est de ne pas se faire tuer dans leur sale colonie.\u2014\tTu as raison.Là-dessus, les deux loyaux serviteurs de la légion étrangère s\u2019endormirent, pour rêver qu\u2019ils étaient riches et qu\u2019ils venaient faire la fête à Paris.E ne fut qu\u2019un an et demi plus tard, au printemps 1919, qu\u2019Edmond Garnet put se rendre dans le grand-duché.Il était accompagné par un jeune officier marocain, Ali ben Amara, fils d\u2019un caïd du Sud, sorti premier de cette école militaire de Meknès, qu\u2019avait fondée le maréchal, et qui a pris communément le nom de Saint-Cyr marocain.Après avoir obtenu ses brevets d\u2019aviateur, Ali, depuis un an, avait brillé dans l\u2019escadrille des Cigognes marocaines, que commandait le capitaine Garnet.Un voyage en France étant le rêve du jeune officier indigène ; son chef l\u2019avait emmené, lui avait raconté i\u2019his-toire assez fabuleuse des émeraudes cachées au fond des Ardennes luxembourgeoises, et Ali avait proposé de l\u2019accompagner à Echtemach.Vcilà donc comment le Français et l\u2019Arabe débarquaient à l\u2019hôtel de la Sure, au milieu de la petite cité vieillotte, dont les noms de mes sont encore ceux du Xlle siècle et qui vit, toujours féodale, à i\u2019om-bre des immenses bâtiments d\u2019un monastère désaffecté.Echtemach est un centre de marchés importants ; de plus, la procession dansante, qui venait d\u2019avoir lieu, retenait pas mal de voyageurs dans les hôtels.C étaient, pour la plupart, des gens arrivés de Luxembourg ou des paysans cossus, et quelques Hollandais.Tout ce [ Lire la suite page 14 ] 10 Le Samedi, Montréal, 5 août 1956 ¦4 L Dessin de JEAN MILLET Usurper un titre coûte assez cher, en angoisse, sinon en argent, comme le démontre ingénieusement ce roman de Joseph-Louis Sanciaume.LE BLASON DÉCOUPÉ aites-le entrer ! ordonna M.Durante! L\u2019humidité montait dans la salle de la mairie.Le juge rajusta son pardessus, se carra dans son fauteuil et promena ses doigts rageurs sur le tapis vert et râpé qui recouvrait la table.Fermez la porte ! dit-il à l\u2019homme qui s\u2019avançait Alors, vous êtes le garde-champêtre.L\u2019interpellé demeura un instant pétrifié, puis il se ressaisit.\u2014 C\u2019est moi qui ai découvert le mort, je vais tout vous raconter, M.le juge !.\u2014\tTâchez de commencer par le commencement, conseilla M.Durante! \u2014\tEh bien ! voilà.Je connais les coins où le manchot place ses collets.Alors, hier soir, lorsque je l\u2019ai vu partir du côté du château, je me suis dit : « Toi, je vais t\u2019avoir à l\u2019oeil ! ».Et je l\u2019ai suivi, de loin.J\u2019arrivais quand le voilà qui débouche au tournant, les bras ballants, et rien sous le paletot ! Et il était pressé comme s\u2019il avait eu le diable à ses trousses ! Vous pensez si ça m\u2019a paru louche, surtout qu\u2019il ne m\u2019a même pas regardé.D\u2019habitude, il aurait ricané et m aurait traité de vieux débris ou d\u2019épouvantail à moineaux.Alors, j\u2019ai gagné le coin.Qu\u2019est-ce que je trouve ?Un lapin de garenne ! Il pesait au moins huit livres ! Et le manchot l\u2019avait laissé ?Je n\u2019en revenais pas.Je rejoins la route, toute proche.Il y avait là, un homme étendu.Je m\u2019approche : il était mort, le sang coulait.On venait de le poignarder, il était encore chaud.Ça m\u2019a donne une secousse ! J\u2019ai couru au plus près, au château.M.le baron était absent mais on a téléphoné.Lorsque je suis rentré au village, les gendarmes avaient déjà arrêté le Manchot ! « J ai, eu une belle peur ! Je suis garde-champêtre et je n\u2019ai pas à arrêter des assassins, moi ! « Monsieur le juge, c\u2019est un sournois, un fainéant ! Il n\u2019a jamais travaillé, c\u2019est pour ça qu\u2019on l\u2019appelle le Manchot, dans le pays.Il devait finir sur l\u2019échafaud ! » Le garde puait l\u2019alcool à vingt pas.M.Durantet le remercia, après avoir posé quelques questions d\u2019inté- rêt secondaire.En se retrouvant seul avec son collaborateur, il exposa : \u2014\tIls disent tous qu\u2019il est coupable ! Mais je n\u2019ai aucune preuve formelle, aucun commencement de preuve ! Cet individu n avait sur lui ni arme, ni argent, lorsqu\u2019on l\u2019a arrêté ! Et il nie ! Il nie, Poivre ! \u2014\tJe sais, M.le juge.A sa place, j\u2019en ferais autant.ij\tl/l\t*\t1QU c\tJC II] le demande Certainement pas s\u2019offrir des vacance en cette saison.Il n\u2019avait pas de bagages et ne paya guère de mine.Cette reconnaissance du Mont-de Piété qu\u2019on a trouvé sur lui prouve suffisamment qu ce n était pas un nabab.Que diable cet aide-biblic theque pouvait-il avoir à faire dans le pays\u2019 « Quand je pense que l\u2019hôtelier n\u2019a rien eu de plu presse que de relouer la chambre qu\u2019il occupait! A vous, M.le juge, l\u2019hôtelière vous a même fa remarquer qu\u2019elle avait changé les draiis M.Durantet fulmina.\tP \u2014 Vous me dites cela calmement! Vous êtes im payable Poivre ! Elle a nettoyé, astiqué et cela voc parait tout naturel! Sans ce zèle stupide, peut-êtr aurions-nous trouvé quelque chose! Et je n\u2019ai rie ^i(tlrer de ce c°uple.Le braconnier les approvision naît, cest clair, et tout cela les dérange.Je l\u2019ai bie compris !» L.e Jlredler courba ' échine, sous l\u2019orage, et ne pic mot.M.Durantet finit\t[ Lire l\u201e Lte pape 19 * i y Le Samedi, Montréal, 5 août 1950 11 DANS LE MONDE SPORTIF PAR OSCAR MAJOR ,L EST Sl BEAU CE ROLE, UN VERITABLE SACERDOCE PUISQU'IL S'ETEND SUR TOUTE UNE VIE ! Un très petit nombre d\u2019organisateurs sportifs comprennent le rôle qui leur est dévolu.Plusieurs d\u2019entre eux sont persuadés que, pour remplir leur mission, il suffit d attirer autant de spectateurs possible aux guichets pour rendre l\u2019entreprise payante.Ah ! vous nous direz, sans aucun doute, que ces gens accomplissent cette mission en hommes d\u2019affaires accomplis.D accord.Toutefois, pourquoi ne pas employer quelques milliers de dollars, par saison, d\u2019une autre façon ?C\u2019est précisément l\u2019idée de Buzz Bavasi, ^intelligent et actif gérant-général des Royaux de Montreal, qui fait tout son possible pour contenter tout le monde et son père.Réussira-t-il ?r Uoin de nous 1 idee de vous faire croire que Buzz n\u2019a pas une^ couche de mercantilisme.Non, il ne serait pas à la tête de l\u2019équipe-ferme No 1 du Brooklyn, s il n était pas un homme d\u2019affaires de première valeur ! Mais il croit remplir un beau rôle en commençant une école de baseball sur le losange du Stadium, dont les seances auront lieu chaque fois que le terrain de la rue Delorimier sera disponible.Si, au moment où on lit ces lignes, l\u2019école ne bat pas son plein, nous serions^ 1 homme le plus surpris du monde.On enseignera à 23 ou 25 jeunes joueurs de 16 à 20 ans, triés parmi les meilleurs, parmi ceux qui ont certaines chances de briller au firmament du baseball organisé, les finesses du jeu national américain, sur un losange bien nivelé, où les bosses sont aussi rares que les millions dans nos poches ! Buzz est fermement convaincu \u2014 nous aussi, d\u2019ailleurs, depuis plus de 30 ans \u2014 qu\u2019avec un enseignement primaire solide, une demi-douzaine de jeunes joueurs canadiens, qu\u2019ils soient Français, Irlandais, Juifs, Allemands, Italiens ou Russes, pourront figurer avec avantage, en moins de 5 ans, dans une équipe de classe AAA ou A, peut-être mieux.Qui sait ?Quelle belle tâche que celle de l\u2019organisateur sportif, qui conseille, soutient et encourage un jeune joueur de baseball, dont les talents athlétiques ne manquent pas, ayant des chances de gagner honorablement sa vie au rang des professionnels ! C\u2019est compris, il ne suffit pas de faire venir, une fois ou deux au Stadium, des jeunes joueurs pour estimer son devoir fini.Il faut aussi éduquer ce jeune homme, lui apprendre à être correct* en tout temps, droit, loyal, lui apprendre à se soigner, à se nourrir, à bien se tenir, à développer sa volonté et à acquérir cet esprit d\u2019équipe indispensable, cette gerbe magnifique de qualités premières, une école de maîtrise de soi.Ne l\u2019oublions pas, un jeune joueur de baseball qui ne possède pas une teinte au moins de tout ceci ne sera jamais un excellent joueur, n\u2019ira pas très loin \u2014 nous avons un tas d\u2019exemples du genre en mémoire \u2014 en un mot ne sera qu\u2019un demi-joueur de baseball.Nous sommes prêt à parier un rosaire que les propriétaires du club de baseball Montréal, en prenant sous leur égide dès maintenant, les deux douzaines de jeunes joueurs habiles qui se développent de la pire des façons et se gâtent sous la gérance de mauvais conseillers qui n\u2019ont jamais appris leur baseball ou l\u2019ont mm s GUY MOREAU, ancien secrétaire et comptable du club de baseball Montréal, lieutenant-colonel lors de la dernière guerre, occupe aujourd'hui un poste des plus importants.Il est directeur du personnel et comptable en chef de la florissante compagnie de transport, Laval Transport Inc., dont le président est le sympathique sportsman de 35 ans, M.Paul Cloutier.Les Jeux Olympiques de 1952 se dérouleront en Finlande, à Helsinki, sa capitale.Voici une vue générale du stade et des tribunes, qui peuvent contenir 60,000 spectateurs assis.Oui, c'est là que nos athlètes canadiens amateurs ramasseront des casquettes dans une couple d'années ! appris à la mauvaise école, feront de nouveau des affaires d\u2019or, d\u2019ici 5 ans, avec des joueurs canadiens sur leur alignement.Pour bien comprendre la haute valeur de cette affirmation \u2014 qui n\u2019est pas neuve, nous l\u2019avouons volontiers \u2014 il faut l\u2019illustrer par quelques exemples.Nous en avons en tête une demi-douzaine de combien édifiants.L\u2019espace nous manque pour les énumérer dans ces colonnes.Nous aurons, sous peu, l\u2019occasion de revenir sur ce sujet, plus longuement.LISTE REPRESENTATIVE DES RAISONS D'UNE PARESSE PHYSIQUE DES 40 ANS Non, il ne s\u2019agit pas de nous inquiéter de savoir si, dans votre enfance, de 14 à 18 ans par exemple, vous avez fait un sport quelconque.A votre choix, ou vous 1 aurez pratiqué, puis négligé, ou bien vous l\u2019aurez complètement oublié.Cela n\u2019a aucune importance.Vous avez 40 ans ! Ne vous froissez pas, si vous n\u2019en avez que 37 ou 38 ! Le problème reste le même Vous avez 40 ans ! Donc, vous ne vous livrez à aucun exercice physique.Votre automobile vous défend de marcher.Votre ascenseur s\u2019oppose à ce que vous montiez les escaliers.Nous acceptons tous les petits rnensonges classiques et invariables, tous destinés à ne pas proclamer que vous n\u2019avez pas de volonté Voici ces mensonges : Je n\u2019ai pas le temps ! A mon âge ! Ça me fait trop suer ! Vous êtes ce que vous êtres.Il ne s\u2019agit pas d\u2019établir votre culpabilité, ni de vous couper le cou et les jambes.Mais, entre nous, avouez que vous êtes un peu défraîchi ! Là ! Ne vous fâchez pas ! Tout à coup, surgit dans votre existence une série de raisons de secouer votre paresse physique.Les raisons ne vous manqueront pas.Nous allons essayer d\u2019en dresser une liste qui, sans être complète, sera du moins représentative.Séduit par un souci de beauté, après la contemplation très triste, devant votre miroir, de votre gros ventre, vous aurez l\u2019envie furieuse de redevenir plus acceptable.Ceux qui ont des \u201coeufs de Pâques\u201d au-dessous de leur diaphragme ne sont pas en bonne santé, loin de là ! Peut-être que vous ne serez pas insensible à ce que plusieurs du beau sexe murmurent en vous voyant : \u201cMais il est encore très bien !\u201d Ne vous en faites pas, le bel habit cache un tas de défauts.Deux raisons peuvent décider les paresseux physiques à se livrer à des exercices musculaires qui leur conviennent.Ces deux raisons sont : la peur de souffrir et la peur de mourir.La peur de souffrir.Celui-ci, depuis l\u2019âge de 18 ou 19 ans, s\u2019est exclusivement préoccupé de bien et trop manger, de boire et trop boire, de bien et trop s\u2019amuser, de bien se faire, devant soi, un gros ventre, de travailler de 8 à 10 heures par jour, sous prétexte d\u2019amasser de l\u2019argent pour assurer la vieillesse de sa femme, et nous ne disons pas tout, ou l\u2019avenir de rejetons obstines a ne rien faire qu\u2019à souscrire des billets de fils à papa.Celui-ci se réveille, un matin, en hurlant.Des coliques néphrétiques vont le faire hurler pendant un mois.Il sort\tLire la suite page 30] \" ; Wtîr*' \"Sâ,Mh P'S.wsm JP .«rwiiiif f.¦¦ ¦ û su«a \t Ci-dessus, les vingt-cinq élèves, garçons et filles, d'une classe de l'Einstein High School de Potsdam, en Allemagne, ont réussi à passer en zone occidentale pour échapper à l'emprisonnement auquel les condamnait leur résistance aux doctrines communistes.Selon eux, l'instruction en zone orientale se compose surtout de théories politiques et d'entraînement sportif.£> - C, i ta y ;< T «1 mr ' - - _ Ci-dessous, une cérémonie de mariage à Los Angeles revêt un caractère tout à fait exceptionnel du fait que les mariés appartiennent à trois générations d'une même famille.Ce sont : RALPH LESTER et DARLENE KELLY, au premier rang: SPENCER RAMSDALE et Mme MERLE KELLY THOMAS, au deuxième: JESS TAYLOR et Mme MAY FORGY, mère de la précédente, en arrière.Le pasteur protestant est le révérend M.E.FISH.m mw-ïM rmi Ci-dessus, le général CHARLES DE GAULLE honore, au cours de quatre cérémonies, les morts glorieux qui, voilà dix ans, ont répondu à son appel aux armes et ont donné leur vie pour la France.On voit ici le chef de la France Libre accueillir, à la cérémonie du Mont Valérien, les familles des héros.Cette commémoration se renouvelle fidèlement chaque année, le 13 juin.IMAGE Ci-contre, à gauche, les ruines d'un manoir anglais datant du XVe siècle, à Minster Lovell, dans ('Oxfordshire.Ce vieux village, très pittoresque, s'élève sur la rivière Windrush ; à une extrémité, se voient un pont et un moulin, et.à l'autre, les ruines du manoir et de l'église.Il existe aussi dans ce village un joyau de l'architecture médiéval : l'auberge du Cygne.Quant au manoir lui-même, il est riche en légendes dont la mieux connue a inspiré une ballade, celle du Rameau de Gui.Ci-dessous, deux scènes photographiées dans le nouveau laboratoire aseptisé de Notre-Dame University à South Bend, Indiana.On remarquera le costume, analogue à ceux des scaphandriers, porté par le chimiste.?7 » W- / '\t\t\t\t l\tP \u2022 ' ^\t;ijpusr\t\t K\tCjUHB-\twm*.\\\tJ\t\t\t\t Ci-dessus, une scene printanière aux environs de Paris.Pour de multiples raisons.Paris est, surtout au printemps, un lieu incomparable.Pour les pécheurs parisiens, c\u2019est avant tout le moment de lancer leurs lignes dans la Seine.Et comme on peut le voir, ils sont nombreux ceux qui prennent part à l'ouverture de la saison de la pêche.Vi m fi 1 jw i Ci-dessus, à Vienne, capitale de l'Autriche, un contingent de 29 hommes, qui ont vécu dans les prisons d'Albanie, sont accueillis par leurs compatriotes.Ils ont décrit l'Albanie ca|nme le pays le plus malheureux de la terre, surtout depuis l'établissement du régime communiste.\u2014 Ci-dessous, le jeune ARTHUR MacARTHUR, fils du général, passe l'inspection du yacht, THE GOLDEN BIRD, en compagnie de l'amiral BENTON W.DECKER, à la base navale de Yokosuka.Il a fait ensuite son premier voyage à bord d'un destroyer américain.Voilà dix ans, un groupe de 108 réfugiés s'enfuirent d'Allemagne pour échapper à la persécution nazie.Ils quittent maintenant Shanghai où ils avaient trouvé refuge, pour venir à New-York.Cependant, comme leurs papiers ne sont pas en ordre, on doit les renvoyer en Allemagne, avec la promesse qu'ils obtiendront bientôt des visas pour les Etats-Unis.On les voit s'embarquant à Brooklyn, sur le transport GENERAL SAM D.STURGIS.\u2014 Ci-dessous, l'auto car le plus moderne et le plus perfectionné de la compagnie anglaise Green Line Coach.Il est à deux étages.L'air y est renouvelé 17 fois par heure et maintenu à une température de 60 degrés.Les sièges sont confortables et l'espace est suffisant pour que les voyageurs puissent allonger les jambes.COREEN LINfT FXT 272 218839843 14 Le Samedi, Montréal, 5 août 1950 mondé interêâSâit médiocrement le capitaine, dont le trésor d\u2019émeraudes était 1 unique souci.Dès lors, pourquoi aurait-il fait attention à deux individus proprement habillés, qui causaient avec tin vieux prêtre, à quelques tables de là ?Ali ben Amara, curieux de tout ce qu\u2019il voyait depuis qu\u2019il était en Europe, dévisageait, au contraire, chaque voyageur.Quand ses yeux rencontrèrent les deux hommes, ses sourcils se froncèrent imperceptiblement.Il lui Sembla les avoir déjà vus.Où ?.Quand ?.Il ne pouvait être que le jouet d une illusion, pas même d\u2019une ressemblance, puisqu\u2019elle n\u2019aurait pu se rapporter aux deux personnages à la fois.Cependant son observation n\u2019était pas en défaut.C\u2019étaient bien les anciens légionnaires de Taza, libérés peu de temps après l\u2019armistice.Ils avaient patiemment attendu l\u2019arrivée de Gamet, dont ils connaissaient la venue en France par d\u2019anciens camarades de la légion, Allemands comme eux, et par conséquent, comme eux, espions.Lorsque les deux officiers furent assis, Holbeck et Gothorn, qui avaient repris leurs vrais noms en quittant l\u2019armée française, eurent un sourire à .peine dessiné, un sourire de victoire, \u2022qui en aurait dit long à celui qui se serait donné la peine de l\u2019analyser.Mais \u2022Ce n\u2019était pas leur interlocuteur qui \u2022prenait ce souci ! Le vieux prêtre avait déposé un herbier à côté de lui, comme d\u2019ëiégantes voyageuses transportent leur sac à bijoux.Il s\u2019enfonçait dans d\u2019importantes considérations géologiques.Si ce brave homme avait des \u2022ouailles, il devait certes leur préférer les pierres de la montagne.Les deux Allemands ne l\u2019avaient admis auprès d'eux que pour se donner un aspect plus naturel, plus terroir.Il fallait se méfier de toutes les suspicions possibles !.A présent, ils auraient bien voulu s\u2019en débarrasser, mais le vieillard, qui revenait d\u2019une excursion, dont témoignaient ses bottines couvertes de boue, sa soutane maculée, et son gros parapluie verdi, croyait bien passionner ses interlocuteurs d\u2019occasion.\u2014 Aucune contrée, n\u2019est plus intéressante que la nôtre, disait-il.Les rochers écrivent chaque jour un roman, pour ceux qui savent les lire !.Aujourd\u2019hui, je voulais voir si l\u2019étrange phénomène que je constate depuis trois jours sur la rive gauche se produit par ici.Croyez-vous que ça ne vaille pas une pièce de théâtre ou un film policier ?.\u2014 Quel phénomène ?demanda Holbeck qui s\u2019en moquait totalement.\u2014 Le resserrement des roches ! Per-sonnne n\u2019y fait attention ! Je l\u2019ai signalé à un journal du Luxembourg, et il n\u2019a même pas inséré l\u2019entrefilet !.Ah ! si on comprenait la science, il y aurait foule autour de Sievenschlüff.- Mais non! Personne!.Que voulez-vous ?Ce n\u2019est pas encore la saison des touristes.Pour la divination de certains sujets, Gothorn était admirablement servi par l\u2019esprit de sa race.\u2014 Les Sievenschlüff ?\u2014 Un bloc de rochers dans les bois du Müllerthal.Vous n\u2019ignorez pas, messieurs, combien nous possédons d\u2019étranges stratifications.Les environs d\u2019Ech-temach, depuis les Bénédictins jusqu\u2019à Beaufort, mériteraient d\u2019être classés comme parc national.Nos roches ressemblent parfois à la pâte feuilletée.D\u2019autres se sont comme décollées.D\u2019autres sont trouées, vidées.Voyez le curieux labyrinthe, dans l\u2019Eszabcher Thaï et les Bauges de Sangliers, et la Wolfs-chlucht, et surtout ces Sievenschlüff qui sont encore aujourd\u2019hui une curiosité, mais ne formeront demain qu\u2019un bloc sans intérêt.____Ce que vous me dites me passionne, monsieur le curé.Donnez-moi des détails plus complets.Je veux profiter LA ROCHE OUI SE FERME [Suite de la page 9J de la bonne fortune qui me met en face d\u2019un vrai* savait.Holbeck, qui ne comprenait pas, haussa légèrement les épaules.Par un coup de pied sous' la taMe, Gothorn lui enseigna que lé sujet était intéressant pour eux.\u2014 Vous êtes trop bon, répondait le brave prêtre, dont on chatouillait l\u2019inof-fensive vanité.Voici donc.Au milieu des bois, les Sievenschlüff dressent leur masse que coupent des passages, dans les deux sens, comme si un enchanteur l\u2019avait frappée plusieurs fois de son épée.Les touristes s\u2019amusent à passer par ces couloirs si étroits qu\u2019à certains points on ne peut pas y avancer de front.\u2014\tEt ce sont ces couloirs qui se ferment ?interrogea Gothorn en envoyant sous la table un nouveau coup de pied à son compagnon.\u2014\tJustement, monsieur.Le phénomène est en concomitance avec de légères secousses enregistrées par les sismographes, dans l\u2019Eifel.Au fond, rien d\u2019étonnant ! Le massif si pittoresque de i'Eifel cache une zone de volcans, soi-disant éteints, dont les anciens cratères ont formé des lacs.On dit de beaucoup de volcans qu\u2019ils sont éteints, puis, un beau jour, Us se manifestent, et souvent de façon désagréable ! Or, depuis jeudi, les sismographes montrent quelque inquiétude.Et, U y a trois jours, j\u2019ai constaté, de visu,, le rapprochement insensible des roches.Une convulsion intérieure les avait disjointes ; une autre convulsion s\u2019emploie à les réunir.J\u2019y suis retourné hier.Le poteau qui indique l\u2019entrée était déraciné.Il y a encore moyen de passer, mais, demain, le malheureux qui s\u2019y endormirait serait sans doute aplati comme une galette.\u2014 Oui, le malheureux.articula Go-thom, qui regardait vers la fenêtre.\u2014 Vous y retournerez ?questionna-t-il soudain.\u2014 Non, monsieur, et je le regrette fort ! Mais je dois me rendre à Vian-den.Ordre de mes supérieurs.\u2014D\u2019ailleurs, il vous reste une consolation, L\u2019étrange poussée sismique va peut-être s\u2019arrêter.\u2014 Il faudrait, évidemment, l\u2019espérer pour l\u2019attrait du pays, dont les curiosités naturelles forment une grande source de prospérité.Mais je suis certain du contraire.S\u2019il faut en croire les appareils enregistreurs, la crise intérieure que subit la région sans s\u2019en apercevoir est profonde.profonde.\u2014 C\u2019est surprenant, en effet, monsieur le curé.Et nous irons voir ça.En regrettant de ne pas vous avoir pour guide.Vous reverrons-nous ce soir ?\u2014 Hélas ! Dans une heure, je prends le train pour Diekirsch.Gothorn se leva et prit congé avec son complice.\u2014 Enfin, demanda Holbeck, me diras-tu pourquoi tu as fait parler ce vieux fou ?Gothorn ne répondit que lorsque la porte de sa chambre fut refermée.\u2014 Si tout va bien, fit-il en accentuant ses paroles d\u2019un sourire de côté qui était sinistre, si tout va bien, je prépare à ce héros de l\u2019aviation française un mausolée naturel, pour lequel on ne réclamera jamais rien à sa famille.\u2014 Avant tout, il me faut la pierre de l\u2019église sur laquelle est gravée l\u2019indication de la cachette, dit Edmond à Ali.\u2014 Je crois que l\u2019heure nous serait assez favorable, capitaine, répondit le Marocain, qui parlait fort correctement notre langue.Mais qu\u2019emporterez-vous pour envelopper la pierre ?\u2014 Eh! crois-tu donc que j\u2019aie oublié une précaution ?.Cette toile cirée, cette corde.J\u2019espère que ce ne sera pas un bloc d\u2019un mètre.L\u2019HOROSCOPE DU \"SAMEDI\" (Nouvelle série) 6\t3\t7\t2\t8\t4\t6\t3\t7\t5\t7\t2\t6\t4\t3\t7 C\tL\tR\tM\tT\tV\tH\tA\tE\tG\tN\tE\tA\t0\tC\tC 4\t8\t6\t3\t7\t5\t2\t6\t4\t8\t3\t7\t6\t2\t8\t5 U\t0\tN\tH\t0\tR\tN\tG\tS\tU\tA\tN\tE\tA\tT\t0 7\t6\t2\t8\t7\t3\t8\t5\t2\t6\t4\t7\t3\t8\t6\t3 T\tM\tG\tS\tR\tN\tA\tS\tE\tE\tR\tE\tC\tR\tN\tE 3\t7\t4\t6\t2\t7\t5\t3\t6\t4\t8\t2\t7\t6\t3\t5 E\tA\tE\tT\tZ\tG\tR\tS\tD\tU\tR\tP\tR\tA\tT\tI 6\t2\t8\t6\t3\t7\t4\t5\t2\t6\t8\t3\t6\t4\t2\t5 N\t0\tA\tS\tP\tE\tS\tS\tU\tV\tN\t0\t0\tS\tR\tQ 8\t6\t3\t4\t7\t2\t6\t5\t3\t8\t4\t2\t6\t3\t7\t2 G\tT\tU\tI\tA\tD\tR\tU\tR\tE\tR\tE\tE\tV\tB\tM 6\t7\t2\t8\t4\t3\t6\t5\t2\t7\t4\t3\t8\t2\t6\t3 V\tL\tA\tR\tE\t0\tI\tE\tI\tE\tZ\tU\tA\tN\tE\tS Comptez les lettres de votre prénom.Si le nombre de lettres est de 6 ou plus, soustrayez 4.Si le nombre est moins de G, ajoutez 3.Vous aurez alors votre chiffre-clef.En commençant au haut du rectangle pointez chaque chiffre-clef, de gauche à droite.Ceci fait, vous n\u2019aurez qu\u2019à lire votre horoscope donné par les mots que forme le pointage de votre chiffre-clef.Ainsi, si votre prénom est Joseph, vous soustrayez de 4 et vous aurez comme clef de chiffre 2.Tous les chiffres 2 du tableau ci-dessus représentent votre horoscope.Droits réservés 1945, par Wiliam J.Miller, King Features, Inc.\u2014 Et que, pour l\u2019enlever, vous ne devrez pas requérir l\u2019architecte municipal ! Tout en bavardant, les deux amis se dirigeaient vers l\u2019église.Pittoresquement juchée sur une haute butte, cachée par les constructions et les murs où pendent des cascades de feuillages, elle ne montre aux habitants que ses tours pointues.Pour jouir de sa sim plicité romane, il faut gravir un raidillon d\u2019une soixantaine de marches, qui aboutit à une petite terrasse entourée d\u2019un parapet.Après le déjeuner, Edmond escomptait bien que cette terrasse serait déserte.Mais une femme y tricotait en surveillant des enfants.Voilà bien notre chance ! murmura Gamet.\u2014 Que faire, capitaine ?\u2014 Attendre, parbleu! Elle se fatiguera avant nous.Nous pourrions toujours repérer la pierre, et peut-être la marquer d\u2019un coup de crayon afin de ne plus perdre une seconde, quand le moment sera favorable.\u2014 Tu feras ton chemin, Ali !.Regardons de loin, en ayant l\u2019air de contempler les details d\u2019architecture.Sixième de la troisième rangée, à partir de l\u2019angle droit du portail.Tu la vois ?Elle ne semble pas mieux scellée que lorsque 1 Allemand est passé par ici.\u2014 Attendons.La pierre qu\u2019ils devaient enlever n\u2019était pas grande ; tout au plus mesurait-elle vingt centimètres sur quinze.Elle se transporterait facilement sans attirer l\u2019attention.Restaient la femme et ses enfants.\u2014 Si elle a l\u2019intention de terminer le bas qu\u2019elle tricote avant de redescendre !.murmura Edmond.Ali n était jamais a bout de ressource.\u2014 Je vais essayer un moyen, annon-ça-t-il.Il appela le plus jeune des enfants, bambin de deux ans, tout rond, rouge comme une brique, et qui ouvrait des mains noires de terre.Au bout d\u2019un instant, ce jeune na-ttirel d Echternach fut apprivoisé.Alors Ali ben Amara lui octroya dix sous.Sans prononcer l\u2019inutile merci que, plus tard, il dirait souvent et ne penserait jamais, le gosse roula triomphalement jusqu\u2019à sa mère, qui sourit au Marocain, mais continua le tricot.Toutefois, au bout de deux minutes, Ali annonça : \u2014 Mes dix sous travaillent.Vous voyez que mon idée n\u2019était pas mau-vaise.Depuis qu\u2019il était en possession d\u2019une piece de monnaie, l\u2019enfant sentait grandir une épouvantable envie de manger des bonbons, envie que frères et soeurs partageaient avec impartialité.La mère refusa.Après cinq minutes d\u2019insistance, les pleurs commencèrent, puis les cris, et la brave femme, sous l\u2019oeil narquois du jeune Marocain, dut replier son tricot, rassembler sa marmaille et redescendre dans la ville.Il n\u2019avaient pas encore disparu que les deux officiers s'approchaient du mur.Edmond tirait un outil de sa poche.La pierre ne résistait pas.Elle se détachait.Elle quelques minutes, ils étaient bien seul Edmond avait retourné le bloc.L\u2019en vers portait des lettres grossièremei indiquées a coups de stylet.Ils r s étaient pas trompés.La pierre fut aussitôt emballée, < tit un paquet très ordinaire.\u2014 Viens.Dégringolant vers la grand\u2019rue, i rentrèrent a l\u2019hôtel.bres0Tli I15 nTtaient à leu« chair wes, Ali se retourna et, de la pori du salon de lecture, vit poindre un d.visages qui l\u2019avait intrigué. Le Samedi, Montréal, 5 août 1950 15 II songea, sans faire part de cette réflexion à son capitaine : \u2014 Ces gens-là font bien attention a nous ! Comme il n avait pas vécu pour rien au pays des embuscades, des intrigues et des drames sanglants que notre domination, depuis quinze ans, a seule fait cesser, il se promit de garder l\u2019oeil ouvert.Edmond déballa la pierre, la déposa avec précaution dans l\u2019armoire, et dit : \u2014 Nous l\u2019étudierons ce soir.Elle nous fera passer le temps.Mais, puisque le soleil brille et qu\u2019il fait doux, je propose de faire une promenade aux environs.Il faut tout de même nous rendre compte du pays dans lequel le sort nous envoie.Gothorn guettait le départ des deux officiers.Il supposait bien qu\u2019ils ne perdraient pas, à déchiffrer une cryptographie allemande, la belle après-midi que leur offrait le printemps.Lorsqu\u2019on a passé deux ans dans le bled, surtout dans le bled de Xaza, on a un besoin dévorant de forêts, d eaux vives, de belle verdure septentrionale.Un bois de sapin acquiert pour le colonial un prix inestimable, et le grand-duché du Luxembourg en offrait à profusion.Gothorn ne manquait donc pas d\u2019un certain bon sens et d\u2019un semblant de psychologie.Où il manquait de plus d habileté, c\u2019était dans l\u2019art de surveiller les gens.Bien que l\u2019espionnage fût \u2014 naturellement ! \u2014 son côté faible, il n\u2019y apportait pas une virtuosité capable de mettre en défaut l\u2019oeil et l\u2019oreille d\u2019un Marocain.Ali ben Amara se méfiait.Pourquoi cet homme, dont il croyait avoir déjà vu le, visage, les avait-il épiés à leur rentrée dans l\u2019hôtel ?H agit donc dans Echtemach comme dans l\u2019Atlas, lorsqu\u2019il faut s\u2019attendre à voir surgir un ennemi derrière chaque cèdre, un djich derrière chaque mamelon.Afin d\u2019être certain que les officiers ne rentreraient pas tout de suite et leur laisseraient le temps d\u2019opérer, Gothorn les avait suivis de très loin, et avec ddfe précautions minutieuses, jusqu\u2019au sentier grimpant sur les rocs qui dominent la ville et conduisent à la Wolfschlucht (gorge du Loup).Il revint alors sur ses pas, en grande hâte et à cent lieues de se douter que le jeune Marocain avait parfaitement observé son manège.\u2014 Vite! Ils en auront pour une ou deux heures.Mais ce n\u2019est pas trop ! dit-il à son complice en rentrant dans sa chambre.\u2014 Ils vont loin ?\u2014 Au moins à la Wolfschlucht.\u2014 Il n\u2019y a personne dans notre couloir ?\u2014 Personne.Viens-En hommes prévoyants, ils avaient étudié les serrures de presque toutes les chambres.Il ne fallut pas dix secondes pour ouvrir la porte du capitaine Gamet.Holbeck cherchait partout, tandis que son complice allait faire le guet au bas de l\u2019escalier.La pierre découverte, il la mesura, descendit à un petit hangar où l\u2019on resserrait des outils, des briques, de vieux bidons.Sur les conseils de Go-thom, ils y avaient peu à peu apporté des blocs de grès de dimensions diverses.Sachant qu\u2019il s\u2019agissait d\u2019une pierre de la muraille de l\u2019église, et se doutant que ce devait être une pierre qu\u2019on pouvait enlever sans se hisser sur une échelle, ils les avaient étudiées, avaient reconnu la sorte de grès et s\u2019en étaient fait, à tout hasard, une petite collection.Il ne fut donc pas trop difficile pour Holbeck de trouver un bloc à peu près semblable, comme forme et comme grandeur.Sans doute l\u2019officier n\u2019avait-il pas fait attention au signalement de sa pierre, aux traces de sa vieillesse, aux blessures qu\u2019elle avait reçues au cours des siècles.D\u2019ailleurs, Holbeck se chargeait de donner à la sienne un aspect vénérable, tout comme les fabricants de vieux meubles savent donner aux bois l\u2019usure et même la pourriture de cinq cents années.Avant de commencer son travail, il alla retrouver son complice.\u2014 Rien de nouveau ?\u2014 Non.Si je les vois arriver, je t\u2019avertis.En attendant que ma besogne soit faite, remets leur pierre à sa place.Pendant que les officiers montaient a l\u2019église, les deux Allemands avaient préparé un bout de cryptographie qui devait faire merveille.Après avoir bien noté la grandeur, la profondeur, l\u2019espacement des lettres de l\u2019original, Holbeck se mit à l\u2019ouvrage avec un solide outil.Il ne lui fallut pas plus d\u2019une demi-heure pour graver son inscription et autant pour donner à son bloc les principales défectuosités de l\u2019autre, ainsi qu\u2019une patine de sable et de terre.Avant de faire la substitution, il les compara et fut satisfait de son oeuvre.Alors, il rappela Gothorn.Celui-ci voulut vérifier encore si l\u2019emballage était exactement rétabli, la corde nouée avec les mêmes noeuds.¦\u2014' Maintenant, ils ont de quoi se distraire toute la soirée ! ricana-t-il.Holbeck conservait une crainte.\u2014 Pourvu que le Marocain ne l\u2019accompagne pas.\u2014 Sois tranquille.Ces sauvages se piquent de délicatesse ! Il attendra à l\u2019hôtel.\u2014 Et, là-bas, c\u2019est nous qui serons présents ! Le capitaine Gamet et le sous-lieutenant Ali ben Amara ne rentrèrent qu\u2019à l\u2019heure du dîner.La nature puissante, presque fantastique, de ce que les étrangers ont surnommé la petite Suisse, les avait retenus.Après le repas, Edmond se retira dans sa chambre, défit le paquet, déposa devant lui, sur la table, la précieuse pierre, et commença à en déchiffrer le cryptogramme, besogne d\u2019autant plus ardue que le texte était en allemand.Quoiqu\u2019il parlât assez correctement cette langue, la différence de fréquence des lettres suscitait une grave difficulté.Tandis que, trois chambres plus loin, Gothorn et Holbeck venaient assez facilement à bout du véritable texte, les indications apocryphes donnaient pas mal de fil à retordre à l\u2019aviateur.Mais il avait la ferme volonté d\u2019en venir à bout et ne manquait pas de persévérance.Enfin, il eut devant lui une traduction qui semblait exacte : Centre Sievenschlüff.Point le plus étroit.Sous petite fente verticale.Creuser un mètre.Trouver niche sous roc oriental.\u2014 Il n\u2019y avait pas de danger qu\u2019on lui enlevât son trésor ! ricana Edmond.Mais ça va m\u2019obliger à emporter une pelle et à faire tout un travail de pionnier.Il décida de partir de bonne heure, de façon à terminer sa besogne en une seule fois.Comme Gothorn l\u2019avait prévu, Ali ben Amara refusa d\u2019accompagner son ami.Sa délicatesse lui interdisait d\u2019être auprès de lui quand il découvrirait le trésor.Il aurait eu peur de sembler là un témoin, un surveillant.Il accompagna Edmond jusqu\u2019à la diligence de Berdof, qui épargnerait les cinq kilomètres de montée et permettrait de s\u2019enfoncer dans les bois sans se fatiguer à gravir le plateau.Le temps, assez frais et nuageux, ne faisait cependant pas craindre la pluie.Dans la forêt, la jeune végétation de hêtres et de chênes s\u2019égayait de mille chants d\u2019oiseaux.Parfois un animal s\u2019enfuyait sous les arbres.Mais aucun Vous vous privez des joies que peut donner un chien en bonne santé en ne recourant pas aux Produits pour les Chiens Sergeant\u2019s, simples, rapides et sûrs.Il en existe un pour presque toutes les affections canines \u2014 vers, mauvaise santé passagère, puces, ricin des chiens, démangeaisons, maux d\u2019oreilles Approuvés par des vétérinaires consultants.Célèbres depuis 75 ans.Aux pharmacies et chez les marchands d\u2019animaux.GRATIS : Un manuel indispensable sur la façon de nourrir, dresser et soigner votre chien \u2014 Sergeant\u2019s Dog Book.Aux pharmacies et chez les marchands d\u2019animaux ou écrivez à Sergeant\u2019s Dog Medicines, Ltd., Dept.U-l, Toronto, Ont.SerqeanYs POUR US SOIRS DES CHIENS MYRRIAM DUBREUIL \"foitiliez Ootle Ayante Toutes les femmes doivent être en santé, belles et vigoureuses.Vous pouvez avoir une belle apparence avec le TRAITEMENT C\u2019est un tonique reconstituant et qui aide à développer les chairs.Produit véritablement sérieux, bienfaisant pour la santé générale.Le Traitement est très bon pour les personnes maigres et nerveuses, déprimées et faibles.Convenant aussi bien a la jeune fille qu\u2019à la femme.AIDE A ENGRAISSER LES PERSONNES MAIGRES Notre Traitement est également efficace aux homme» maigres, déprimés et souffrant d'épuisement nerveux, quel que soit leur âge.GRATIS : Envoyez 5ÿ en timbres et nous vous envers rons |ratis^ notre brochure illustrée de 24 pages, CORRESPONDANCE CONFIDENTIELLE : Les jours de bureau sont : Jeudi et Samedi, de 2 h.à 5 h.p.m.Mme MYRRIAM DUBREUIL\t(POUR LE CANADA SEULEMENT) 6880, rue Bordeaux Case Postale, 2353, Place d'Armes, Montréal, P.Ç.Ci-inclus 5* pour échantillon du Traitement Myrrlam Dubreuil avec brochure.Nom .Adresse Ville .Province 16 Le Samedi, Montréal, 5 août 1950 être humain ne se montrait dans le sentier.Bientôt, celui-ci s\u2019enfonça dans des gorges, contourna des aiguilles, descendit auprès du ruisseau capricieux, 1 enjamba sur des pierres plates, remonta pour se perdre dans les fourrés.Après avoir quitté le village de Ber-dof et les routes du plateau, bordées de pommiers en fleurs, U fallut une bonne heure à Edmond Garnet pour atteindre les Sievenschlüff, dans un des endroits les plus sauvages qui dominent la Sure.Il ne se doutait pas qu\u2019à cent mètres de lui, derrière un roc, deux touristes 1 attendaient depuis longtemps.Gothom et Holbeck, en effet, avaient quitté Echtemach au lever du soleil, mais il ne regrettaient pas le temps perdu, car ils avaient pu constater que le terrifiant phénomène signalé par le curé géologue, loin de cesser, augmentait de vitesse.Un bâton solidement encastre entre les parois s\u2019était brisé comme un fétu de paille dix minutes plus tard.Déjà deux des entrées étaient impraticables, et le haut des roches s\u2019y rejoignait.B faut se rendre exactement compti de ce qu\u2019étaient les Sept Gorges, or Sievenschlüff, avant le mouvement tectonique qui les ferma.Qu\u2019on se figure au milieu de la nature la plus tourmentée, une sorte d\u2019immense pudding, d< forme classique et de trente mètres d< haut, aux parois lisses, sauf d'un côte où 1 escalade est possible pour un grimpeur très exercé.Ce bloc, surgi là sou: une poussée vertigineuse de la nature est coupé, taillé dans tous les sens Sept brèches s\u2019entre-croisent, comme s on avait dû partager la roche entre de: propriétaires en indivision.Ces coup-d\u2019épée, qui fendaient le bloc du sommet à la base, n\u2019atteignaient pas plus d un mètre de large et souvent la moitié.Les parois, rigoureusement verti-cales, en étaient lisses et gluantes, cou-ertes de mousses microscopiques A 1 ordinaire, des flèches et des numéros permettaient aux touristes \u2014 nombreux des juillet \u2014 de parcourir la roche dans ous les sens, d\u2019y suivre un itinéraire qui les faisait passer par chacune des coupures.Quand le capitaine Gamet atteignit les Sept Gorges, deux des sept entrées étaient donc closes.Le reste s\u2019était épouvantablement resserré ; mais l\u2019officier, qui ignorait la largeur ordinaire de ces couloirs d\u2019enfer, les supposait dans leur état naturel et se dit simplement : \u2014 Bigre ! Creuser un trou d\u2019un mètre, là où on peut à peine remuer le bras !.Mais aussitôt : Bah ! On n a pas de mérite quand la besogne va toute seule !.Et il se faufila entre les roches, choisissant l\u2019entrée qui lui semblait la plus propice et où, cependant, il dut faire un certain effort pour passer.Par un caprice étrange, le mouvement tectonique tendait à resserrer le bloc titanesque en secousses concentriques ; il bouchait les issues et laissait l\u2019intérieur à peu près intact.Le centre des coupures, plus étroit, certes, qu\u2019aupa-ravant, permettait cependant de se tenir debout, de face comme de profil, d\u2019étendre le bras et de s\u2019agenouiller.\u2014 Ah ! Je respire mieux ! se dit Garnet lorsqu\u2019il eut atteint le centre.Incontinent, il se mit à rechercher le point le plus étroit.A l\u2019intersection des coupures 4 et 7, il existait un resserrement tel que le passage en eût déjà été impossible pour maintes personnes.\u2014 Pas de doute.C\u2019est ici.A présent, trouvons la fissure verticale.Hélas ! ce n\u2019étaient pas celles-là qui manquaient.Il y en avait partout, peu à peu gravées par l\u2019eau dans les parties les moins résistantes de la roche.\u2014 Devrais-je creuser plusieurs trous avant d\u2019atteindre la bonne place ?se disait Garnet.11 fallait se fier au hasard ; ce qu\u2019il fit, en se mettant immédiatement à la besogne.Le terrain n\u2019était pas difficile à déblayer, car le sable le composait autant que l\u2019humus.Pendant que le capitaine, entravé dans tous ses gestes par l\u2019étroitesse du couloir, enlevait peu à peu la terre de l\u2019endroit qu\u2019il avait choisi, Go-thorn et Holbeck se coulaient vers le bloc des Sievenschlüff, avançaient prudemment la tête aux différentes issues, voyaient, sans être aperçus, le jeune officier.A trois issues invisibles pour Edmond, ils purent mesurer les largeurs.Elles avaient diminué de plusieurs centimètres.La convulsion terrestre semblait s\u2019accélérer.\u2014 Encore deux heures, et il sera définitivement enfermé, souffla Gothom.\u2014 D\u2019ailleurs, s\u2019il avait fini plus tôt, nos revolvers le forceraient bien à rester dans son boyau.\u2014 Et personne ne pourra nous accuser de sa mort.J\u2019aime mieux ça !.Il faut être prudent !.Les deux complices s\u2019étendirent par terre, contre l\u2019entrée la plus proche du capitaine, de façon à percevoir le bruit de son travail.Soudain Edmond crut entendre dans la roche une sorte de plainte sourde.Les pierres semblaient pousser un soupir de douleur.Surpris, il releva la tête, écouta.Rien.Il reprit sa fouille.L\u2019excavation s\u2019approfondissait.Serait-ce celle-là qui lui ouvrirait la niche où se cachait le trésor ?La fatigue le terrassait déjà, causée par la gêne de ses mouvements.Il s\u2019assit au bord du trou et se reposa.N\u2019entendant plus rien, les deux Allemands sortirent leurs brownings.Mais Gamet ne songeait pas à se promener.Bientôt, il reprit sa pelle.Gothom vérifia de nouveau les entrées.Comme si elle était à ses ordres, la nature avait redoublé d\u2019efforts.Silencieusement, elle venait de clore cinq issues sur sept.Et les deux dernières, celles que pouvait voir le capitaine paraissaient désormais trop étroites pour permettre le passage d\u2019un homme.Certains du résultat, Gothom et Holbeck s\u2019amusaient avec cruauté.La situation n\u2019était-elle pas agréable et divertissante ?.\u2014 Elle se ferme, murmura soudain Holbeck.Il avait vu distinctement les roches se rapprocher.Mais Edmond, enfermé dans la terre, ne s\u2019aperçut pas que la lumière diminuait, que peu à peu il s\u2019enfonçait dans un cave.Il venait d\u2019atteindre la profondeur indiquée sur la pierre de l\u2019église.A genoux dans la fosse, il tâtait la paroi orientale, cherchait la niche, enlevait le sable humide avec ses ongles, lorsqu\u2019un craquement, semblable au premier, sortit de nouveau des entrailles de la roche, mais plus violent, et sinistre à donner le frisson.L\u2019officier sauta hors du trou.De la coupure par où il était entré, il ne restait qu\u2019une mince ligne claire, à peine de quoi passer une jambe.Il bondit dans la galerie perpendiculaire.Tout était clos.En se glissant de profil aux places trop resserrées, il parcourut les Sept Gorges.A présent qu\u2019il ne maniait plus la pelle, il sentait la terre frémir sous lui, comme si elle tremblait de frayeur.\u2014 Enfermé ! fit-il tout haut.Enfermé !.Non !.C\u2019est impossible ! Dehors, un grand éclat de rire lui répondait : \u2014¦ Si, si, capitaine ! Très possible !.Croyez-moi.Ne vous fatiguez plus.C\u2019est toujours ennuyeux de travailler pour rien.Et nous pouvons bien vous jurer que le sac aux émeraudes ne se trouve pas dans les Sievenschlüff !.Riant et plaisantant, Gothom et Holbeck firent encore le tour des roches, par prudence ; puis, certains que leur adversaire serait bientôt broyé, ils le laissèrent dans son tombeau.\u2014 Plus de craintes ! dit Gothom.Le magot est à nous.Ils coupèrent à travers bois, vers la vallée de l\u2019Erenz noire et les gorges qui montent au château de Beaufort.Ali ben Amara n\u2019inquiétait pas les Allemands.Il ne s\u2019étonnerait pas de ne pas voir son chef à midi, et, si cette surprise l\u2019alarmait au dîner, il serait trop tard pour courir aux Sievenschlüff.Depuis longtemps, la nature, érigée en bourreau, aurait achevé son oeuvre.Mais le Marocain, méfiant, avait pensé aux deux hommes pendant la nuit, et le résultat de cette longue méditation avait été d\u2019éclairer tout à coup un recoin de sa mémoire.Par Mahomet ! C\u2019était à Taza qu\u2019il avait vu ces figures douteuses !.Des légionnaires.Pourquoi étaient-ils à Echternach ?Pourquoi épiaient-ils l\u2019officier français ?.Sans comprendre toute la vérité, le jeune homme soupçonna qu\u2019il s\u2019agissait de la mission que son capitaine venait accomplir dans le grand-duché, et, pressentant qu\u2019on l\u2019attaquerait, il résolut de prévenir l\u2019agression.Pressé de partir, Gamet lui avait à peine cité le texte relevé sur la pierre, et le mot de Sievenschlüff était trop loin de sa langue pour que le jeune Marocain pût le retenir.Il se contenta d\u2019épier la chambre des Allemands.Mais, vers onze heures, il vit le domestique en terminer l\u2019arrangement.Les deux anciens légionnaires étaient donc partis très tôt ?.Il descendit, s\u2019informa au bureau.Le gardien de nuit les avait vus sortir avant six heures.Vaguement tourmenté, sans autre présomption cependant que le guet qu\u2019il avait surpris la veüle, Ali résolut de se rendre compte.Il alla dans la chambre de son chef, et trouva le papier sur lequel le capitaine avait ardûment travaillé le cryptogramme allemand.Les recherches tâtonnaient tout au long de trois pages, mais, à la fin, le texte rappelait le mot qu\u2019avait dit Edmond : les Sievenschlüff.Ben Amara l\u2019écrivit, puis il passa sans l\u2019ombre d\u2019un scrupule dans la chambre de Gothorn, s\u2019entourant de précautions, afin de ne pas s\u2019y laisser surprendre.Le premier objet qu'il vit en ouvrant 1 armoire fut une pierre exactement pareille à celle qu'il avait été chercher dans le mur de l'église.L\u2019avait-on volée chez le capitaine ?Il courut y regarder.Non.Celle-ci était à sa place, rapidement emballée.Il revint chez Gothorn ; quoiqu\u2019il ne tînt pas encore le fil de la machination, 1 instinct lui disait encore que la présence de deux pierres semblables avait un motif grave.Certain, désormais, que l\u2019Allemand ne rentrerait pas avant le capitaine, et que la présence des deux anciens soldais n\u2019avait d\u2019autre but que d\u2019enlever le trésor d\u2019émeraudes, il fouilla fiévreusement, ne prenant plus garde de ne pas signaler son passage.Il ne trouvait rien.Subitement, il eut une inspiration.Le panier à papier ?.Comme dans bien des hôtels, on ne le vidait pas lorsqu\u2019il contenait peu de chose ; Ali retira quelques feuilles chiffonnées, les déplia.L\u2019une d\u2019elles contenait des mots sans suite, et des noms géographiques : Hallerhach, Hubertus-bach.Ce devait être ça.Il empocha le papier et descendit demander la route des Sievenschlüff.Il voulait rejoindre le capitaine.Celui-ci avait-il au moins pris une arme ?Non.Ali se rappela avoir vu son revolver sur la table de la chambre.Il n\u2019y avait personne au bureau.Le jeune officier patienta quelques secondes, puis sortit de la pièce à la recherche de quelqu\u2019un \u2014 n\u2019importe qui \u2014 capable de lui fournir l\u2019indication.Il ne rencontra qu\u2019un vieux prêtre qui entrait à l\u2019hôtel, armé d\u2019un gros para- LA VIE COURANTE .par Georges Clark \u2014 Les cousins du Canada veulent voir la télévision et non les films que tu as pris durant notre voyage de noce ./ Le Samedi, Montréal, 5 août 1950 17 pluie et d\u2019une sacoche qu\u2019il portait en bandoulière.\u2014\tPardon, monsieur, dit Ali, peut-être pourrez-vous me donner un renseignement.\u2014\tAvec plaisir, monsieur.Vous connaissez les environs ?Si je les connais ! Les rochers et moi nous sommes de très anciens amis.\u2014 Je\tsals Pas s\u2019il s\u2019agit d\u2019un ro- cher.Tenez.Voyez le nom.Il lui tendait son calepin -Les Sievenschlüff ! s\u2019écria le prê- chîüH?US V°U aller aux Siev®ns- \u2014 Et sans une minute de retard Le vieillard le regarda avec une soi-te d admiration.\u2014 Mais alors, monsieur.Vous savez ' La vous intéresse ?.Que voulez-vous dire?\u2014 Le resserrement des roches.C\u2019est ça que vous voulez voir?Mais elles doivent etre fermées à l\u2019heure actuelle! es fissures doivent s\u2019être rejointes!.Ah! Pourquoi ai-je dû aller à Vian-aen .J ai manqué une bien belle chose, pour un géologue ! 3Vait Saisi les deux bras du prê- Monsieur, il y a un homme dans ces gorges.Il y a un homme ! Le chemin pour y aller, monsieur.Le che-mm.\u2022 -\u201eV°?S vous Perdriez, répondit le vieillard en hochant la tête.Je vous accompagnerai.Si vous dites vrai, je ne serai peut-être pas seulement nécessaire comme guide.Ah! j\u2019ai bien peur.Mais on ne sait jamais ! La miséricorde de Dieu est si grande !.N est-ce pas elle qui m\u2019a envoyé ici ?.Prenez des cordes.Au moins trente metres de cordes solides.qui puissent irer un corps.Et moi, je cherche une voiture.Cinq minutes plus tard, le prêtre et le musulman partaient au trot d\u2019un solide cheval, emportant des outils et des câbles.Arriverons-nous à temps ?répétait Ali.\tP \u2014 Espérez, jeune homme!.C\u2019est votre frère ?.\u2014 Non, mon capitaine.\u2014 Ah! Vous êtes officier.Marocain, monsieur.Servant la France.Et ceux qui ont réussi à envoyer là-bas mon capitaine sont deux Allemands.\u2014 Des Allemands?.s\u2019exclama le prêtre.Cocher, cinquante francs si ton cheval garde le trot jusqu\u2019au sommet du plateau.Et se tournant vers Ali ben Amara : \u2014 Dites-moi tout ce que vous savez, monsieur.Tout.Il peut en jaillir une lumière.D\u2019ailleurs, ça vous aidera à prendre patience jusqu\u2019à Bersdorf.Ali raconta l\u2019histoire du blessé de Taza, du trésor caché dans la région d\u2019Echtemach, du cryptogramme gravé sur une des pierres inférieures de l\u2019église romane, et de la seconde pierre découverte chez les Allemands.\u2014 Montrez-moi cet autre texte.\u2014 Voici.L\u2019ecclésiastique lut et s\u2019écria : \u2014 Je connais fort bien! Quand on descend du Massif des Sievenschlüff dans la vallée de l\u2019Erenz noire, perpendiculaire à celle de la Sure, et qu\u2019on traverse l\u2019Erenz noire, on peut monter à Beaufort par deux étroits vallons qui se succèdent : celui de Hallerbach et celui de Hubertusbach.A leur intersection s\u2019ouvre un couloir très étroit, très court, où l\u2019Allemand aura trouvé une excellente cachette.Quant au texte qui a envoyé votre ami dans les Sievenschlüff, il est faux, archifaux ! Ces bandits savaient que les roches se fermaient ! Us étaient au courant de cette convulsion terrestre que tout le monde ignore.veut ignorer.Qui a pu leur apprendre ?.D se tut, baissa la tête et murmura : \u2014 Oh ! Je devine.Je sais.Mea maxima culpa.Avant d\u2019atteindre le village, le vieux pretre arrêta le cocher, sauta à terre.\u2014 Ce sentier coupe à travers champs.-Nous gagnerons cinq minutes.t Il courait presque, le coeur étreint d une angoisse.La conscience qu\u2019i! avait livré ce secret aux deux malfaiteurs lui rendait la vigueur de la jeunesse.Ne se laissant pas dépasser un seul instant, il entra dans le bois, dégringola au fond d\u2019un val resserré, sans eau, gardé à droite et a gauche par des murs de roches rouges, tourmentées, rongées comme des éponges.Aux temps préhistoriques, quels torrents avaient dû rouler là, pour creuser ces couloirs apocalyptiques et terrifiants ?Le prêtre entrait maintenant dans les claires futaies où des groupes de rocs blancs surgissaient, s\u2019escaladaient.Le sentier traversait des labyrinthes où des lettres indiquaient la direction, puis longeait en corniches d\u2019autres murailles au-dessus des profondeurs boisées.\u2014 Y serons-nous bientôt ?demandait parfois Ali.Le vieillard lui disait quelques paroles d\u2019encouragement ; descentes et montées continuaient, coupées d\u2019escaliers en pierres et en rondins, de ruisseaux bruyants où il fallait sauter de pierre en pierre.\u2014 Nous approchons, dit tout à coup le prêtre.\u2014 Pourrions-nous entendre crier d\u2019ici.Le vieillard hésita, et commit un pieux mensonge : \u2014 Non.Je ne crois pas.La voix ne porterait pas si loin.Mais, à un tournant, le sentier frôlait une nouvelle roche, énorme, ronde, d un brun noir sinistre.\u2014 Ce sont les Sievenschlüff, dit le prêtre à voix basse.Il cherchait des yeux l\u2019entrée No 1, qu il connaissait bien et où disparaissait le sentier, mais celui-ci mourait contre une roche unie, où se voyait à peine la trace d\u2019une lézarde, et sur laquelle une lettre et une flèche peintes indiquaient seules l\u2019ancien accès de cette curiosité naturelle.Tout le bloc s\u2019était-il resserré aussi hermétiquement ?Le pauvre homme enfermé dans ces couloirs traîtres n\u2019était-il déjà plus, à l\u2019heure actuelle, qu\u2019une pauvre chose sans nom incorporée à la pierre, comme durent l\u2019être, aux temps préhistoriques, les mammouths, les iguanodons que la science retrouve presque entiers ?Le prêtres et l\u2019officier se posaient les mêmes questions.Mais aucun d\u2019eux n\u2019osaient même pas appeler.Le silence qui planait sur le roc, comme sur un cénotaphe, leur faisait peur.Edmond Gamet ne criait pas, n\u2019appelait pas au secours.L\u2019apostrophe et l\u2019éclat de rire de Go-thorn avaient autant surpris Garnet que l\u2019aspect nouveau et terrifiant des fissures où il avait pénétré avec tant de confiance.Sans comprendre le fond même de la machination, sans se douter que celle-ci remontât jusqu\u2019au Maroc, la situation lui était apparue aussitôt sous son jour réel.L\u2019endroit où il était ne contenait aucun trésor.On l\u2019y avait envoyé ; de quelle manière ?Il ne s\u2019en rendait pas compte, parce qu\u2019on n\u2019ignorait pas le phénomène terrestre en train de se produire.Il entendit les deux complices s\u2019éloigner.\u2014 S\u2019ils partent, se dit-il, c\u2019est que je suis perdu.Il tendit toute son énergie, l\u2019appliqua à retrouver son calme.Alors, de nouveau bien en possession de lui-même, il recommença la visite des gorges, parcourut chacun des couloirs et dut bien reconnaître qu\u2019il était enfermé.\u2014 Crier ?A cette époque de l\u2019année où l\u2019on ne chasse plus, qui passe dans ces forêts ?.Ah ! Un mois plus tard, les touristes seraient là !.Mais j\u2019ap- CHAMPION H !$ Pour AUTOMOBILES, CAMIONS AUTOBUS, TRACTEURS AEROPLANES CANOTS AUTOMOBILES \u2022 \u2022 \u2022 \u2022 ifiV.V.V.V: WAV.V.W.w.v \u2022.\u2022AV.V.V.AV.V.K*»»] CANADA KvMvI v.v.v.v \u2022\u2022\u2022\u2022\u2022\u2022\u2022\u2022 \u2022:\u2022:\u2022:\u2022:\u2022:\u2022:\u2022:\u2022 mâ mm V.V.VAV .»»»> \u2022AVAVA .'.WAV .\u2022AVAV \u2022AVAV.\u2022:\u2022:\u2022:\u2022:\u2022:\u2022 »:\u2022:\u2022»< \u2022 \u2022\u2022\u2022\u2022\u2022 FABRIQUEE AV.V AU CANADA *\u2022 \u2022 \u2022 \u2022 DEPUIS 1919 \u2022:\u2022:\u2022:?\u2022:\u2022:\u2022:\u2022 .V.VA AVA*AVA*AVAVAVAVAVA*A K*»» \u2022>:\u2022:\u2022» sw .v.v.sv.v.v.\u2022>.9» ¦.V.V.V.V.VAV.V.V.V.V AVEZ-VOUS DES CADEAUX A FAIRE i Ne cherchez pas plus longtemps ! Abonnez vos parents et amis aux TROIS grands magazines: Le Samedi, La Revue Populaire et le Film.REMPLISSEZ VOTRE COUPON D'ABONNEMENT AUJOURD'HUI MEME ! Etes-vous déprimée! Nerveuse! 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Elles étaient toutes verticales, lisses et gluantes.Pas moyen d\u2019en gravir même un mètre.Il chercha le point le plus large.Il se tiendrait là, sans désespérer.Mais il se rendait compte combien il circulait plus difficilement dans ces couloirs.Presque partout ses coudes raclaient la roche, Quoiqu\u2019il fût à peine onze heures, le jour diminuait.Il leva les yeux.Le haut des murailles se touchait en plusieurs endroits.Avant de l\u2019écraser, la roche allait-elle sceller son tombeau ?Il frissonna.Le froid et l\u2019humidité le pénétraient peu à peu._ I' s\u2019était assis sur le sable humide.La tête entre les mains, il se perdait dans ses pensées amères.Soudain, un nouveau craquement gronda au fond de la pierre.Il releva le front.Tout un couloir, à gauche, venait de se coller hermétiquement.La vision nette de ce qu\u2019il allait peut-être subir à la minute suivante l\u2019épouvanta.Eperdument, il appela au secours, il cria sa détresse.Tout l\u2019instinct de la vie, la révolte de la jeunesse remontait en lui.Il trembla au fond de cette épouvantable fosse.Après avoir épuisé ses poumons dans ses vains hurlements, il s\u2019arrêta, écouta.Le silence.Rien que le silence.Plus rien de ces mille bruits qui font vivre une forêt.Les animaux, avertis par l\u2019instinct, devaient fuir ces lieux condamnés.Il ne cria plus, A quoi bon ?.Plusieurs fois, d\u2019un mouvement machinal, il avait tâté sa poche à revolver.Elle était vide.Ah ! s\u2019il n\u2019avait pas oublié l\u2019arme sur sa table ! Il n\u2019attendrait pas la seconde fatale où sa poitrine se briserait.Il envisagea la possibilité de se tuer avec la pelle qu\u2019il avait apportée.Un outil de fer, ça peut toujours briser un crâne ! Mais aurait-il la force ?Réussi-rait-il à se donner lui-même le coup formidable ?Il attendait encore, tenant l\u2019outil dans sa main.Puis il essaya de parcourir de nouveau les couloirs de cette tombe.Il ne put s\u2019avancer que de quelques mètres.Il revint à son point de départ, le plus large et celui où la roche restait en haut bien écartée.Là au moins, il voyait le ciel, la lumière qui allait s\u2019éteindre.Son esprit retourna à Taza, à la guerre, à Saint-Cyr, à son enfance, près de ses parents.Il n\u2019avait plus peur.La tristesse le gagnait, avec la vision de tout ce qu\u2019il allait perdre.Que de belles années il aurait eues encore !.Il gardait la tête levée, dans la pose si habituelle aux aviateurs qui ont enseigné dans une école.Une tache bleue, d\u2019un bleu ardent, passa au-dessus de la coupure.\u2014 J\u2019étais là-dedans, il y a quelques jours.murmura-t-il.Les deux parois se rapprochaient.Bientôt il lui fut impossible de se tenir assis.Il se leva, essaya de marcher.Ses épaules touchaient le roc.Il se mit de profil.Ainsi adossé à la muraille, il lui restait un jeu de 10 à 15 centimètres.\u2014 J\u2019ai encore une demi-heure.A moins qu\u2019un soubresaut ferme tout en une seule fois.Il s\u2019arrêta un instant.\u2014 Ce serait préférable.Ses yeux restaient fixés sur le mur qui lui faisait face.Il s\u2019hypnotisait.Il lui semblait voir la roche s\u2019animer.Oui.Elle avançait.Et, dans son dos, ne sentait-il pas la poussée continue ?Il tremblait de froid.Il souleva sa pelle, la laissa retomber.\u2014 Je ne pourrais pas donner un coup assez vigoureux.J\u2019augmenterais les douleurs de mon agonie.Les parois allaient le toucher.Il pensait : \u2014 Si elles pouvaient serrer, en une fois.Et que ça finisse ! Il appuyait ses mains, comme pour écarter l\u2019ennemi.A ce moment, un cri traversa l\u2019air, retomba dans la gorge.\u2014 Capitaine ! Edmond poussa un hurlement.\u2014 Ali ! \u2014 Capitaine, je vais vous sauver.Edmond accrocha ses ongles à la muraille.Il ne voulait plus mourir.Mais comment échapper ?Il n\u2019y avait que là-haut.Et encore ! Mais le cri du jeune Marocain répondait à ce désespoir : \u2014 J\u2019ai des cordes ! Je monte sur la roche.Agile, aidé par les indications du prêtre, plantant ses outils dans les fissures pour y prendre appui, Ali ben Amara escaladait le bloc titanesque.Trois fois, il dut s\u2019arrêter.Du milieu de la roche, les appels redoublaient : \u2014 Vite ! Les murs me serrent !.Dans cinq minutes je ne pourrai plus sortir.Vite, Ali !.Vite ! Un cri de triomphe.Le jeune homme était au sommet.Il bondit sur la crevasse qui restait ouverte, laissa aller sa corde.\u2014 Vite! suppliait Edmond.Il put à peine lever les bras pour saisir la boucle.\u2014 Tire, Ali! Je suis serré.Je ne puis t\u2019aider !.Le Marocain s\u2019était calé au fond de la coupure.Il donna un effort surhumain.\u2014 Tire, Ali!.Par le ciel, tire plus fort !.\u2014 Je ne puis pas, capitaine.Alors.C\u2019est inutile.Abandonne.Je ne puis me dégager.\u2014 Inutile ! Inutile ! clama une voix bougonne.C\u2019est ce que nous allons voir ! Et le vieux géologue arriva près du sous-lieutenant.Vous voyez.On retrouve parfois ses jeunes jambes ! Je vous le dis ! I! y a la miséricorde !.En avant ! Tirez !.Une.deux.Des profondeurs de la coupure jaillit un hurlement de bonheur.Edmond s était dégagé.Des pieds, des genoux, il se collait aux murailles.Lentement, il montait vers la vie.Bientôt la tête affleura.Couché à plat ventre, Ali saisit le capitaine par les vêtements, le tira à lui.Edmond tomba sur la pierre, sans connaissance.\u2014 Laissez-le un moment, dit le prêtre.La faiblesse du capitaine ne fut pas longue.En ouvrant les yeux, il murmura : \u2014 Sauvé ! Et il tendit les mains aux deux hommes.\u2014 Racontez-lui, fit le vieillard.Ça lui donnera le temps de se remettre.Au sommet des Sievenschlüff, qui ne formaient plus maintenant qu\u2019un seul bloc, Ali ben Amara achevait le récit de l\u2019aventure.Le capitaine était de nouveau tout à fait d\u2019aplomb.On n\u2019a pas combattu dans les airs sans être cuirassé contre bien des émotions.En écoutant, il regardait le ciel où des nuages blancs, plus légers, passaient rapidement.Il avait failli perdre tout ça ! Et c\u2019était si beau! La vie valait tellement qu\u2019on la vécût ! \u2014 Et les émeraudes ?dit doucement le prêtre.Si vous ne voulez pas les perdre, il faudrait peut-être songer à ne pas arriver trop tard.\u2014 C\u2019est vrai, les émeraudes !.\u2014 Les deux voleurs n\u2019auront pas pris la peine de retourner déjeuner à Ech-ternach.On ne lâche pas ainsi la proie quand on la tient.\u2014 Ils doivent être impatients d\u2019emporter le magot.\u2014 Et de se le disputer ! \u2014 Etes-vous en état de nous suivre, capitaine.de descendre en bas des roches ?\u2014 Si vous voulez, proposa le prêtre, on pourrait vous lier à la corde.Je me méfie un peu de vos forces.Mais Edmond refusa.Il descendit le premier le long de la paroi abrupte.\u2014 Voici votre revolver, fit Ali, lorsqu\u2019il toucha le sol.\u2014 Suivez-moi, messieurs, fit le prêtre dès qu\u2019ils furent réunis.Il rattrapa le chemin de l\u2019autre côté des Sept Gorges et continua jusqu\u2019à la pression brusque qui ouvrait, entre les bois, la vallée de l\u2019Erenz noire.La sente dégringolait à travers les prés et les champs bien verts.\u2014 Trouverons-nous encore les bandits ?demanda Edmond.\u2014 Je le crois.Us se seront sans doute arrêtés dans ce cabaret, au bord du ruisseau.\u2014 Et on ne découvre pas une cachette en dix minutes ! Vous en savez quelque chose, capitaine.Après avoir traversé un petit pont, ils avisèrent un paysan qui gardait un troupeau.Le prêtre l\u2019interpella en patois du Luxembourg.\u2014 Deux de nos amis nous ont devancés.Nous ne savons pas quel sentier ils ont pris.Vous ne les avez pas vus ?\u2014 Ach ! Oui ! On peut bien remarquer les touristes qui passent ! Ils sont plutôt rares ! \u2014 Nos amis sont allés à droite, n\u2019est-ce pas ?\u2014 Oui, ils ont pris le chemin d\u2019Haller-bach.Tenez, celui qui monte dans ces bois.\u2014 Celui qui arrive à Beaufort ?\u2014 Oui.Mais il faudra prendre à droite quand vous rencontrerez un autre ruisseau, le Hubertusbach.Les trois hommes se regardèrent.Il n\u2019y avait pas à se tromper.Tu as eu une bonne idée de remporter ta corde, dit Edmond au sous-lieutenant.Pourvu que nous arrivions avec prudence, nous sommes certains de les prendre au nid.\u2014 Et de n\u2019avoir qu\u2019à nous baisser pour ramasser le trésor.Ils montaient le long d\u2019un ruisseau qui roulait comme un minuscule torrent, sous un bois touffu, et toujours entre des rochers.\u2014 Dans un quart d\u2019heure, nous y serons.Enfin le prêtre désigna un coude, au delà d un fourré de jeunes sapins.\u2014 Le confluent.La coupure, dont parle votre texte, se trouve à droite.Elle n\u2019a pas plus de deux mètres de large.\u2014 Et quelle profondeur ?\u2014 Dix, à peu près.\u2014 Pas d\u2019autre issue ?\u2014 Aucune.Sauf l\u2019escalade qui doit être à peu près impossible.\u2014 J\u2019avance le premier, fit Edmond.Suivez-moi à cinquante mètres.Il rampa, étouffant jusqu\u2019au froissement des feuilles mortes.A quelques pas de la coupure, il s\u2019arrêta.Il entendait distinctement le bruit d\u2019un outil contre la pierre.Il y fut en un bond.\u2014 Haut les mains ! Les deux complices tournaient le dos, travaillant a une excavation.Us se dressèrent en un sursaut d\u2019effroi.\u2014\tHaut les mains ! répétait Edmond.Us obéirent, d\u2019autant plus qu\u2019ils voyaient deux autres ennemis apparaître.\u2014\tRetournez vos poches, et jetez vos armes.L\u2019homme en gris, d\u2019abord.\u2014 Nous n\u2019avons pas d\u2019armes, répondit Gothom.Elmond trembla de fureur.U reconnaissait les voix qui lui avaient lancé son oiaison funèbre, quand il était enfermé dans les Sept Gorges.Jetez vos armes, répéta-t-il d\u2019une voix farouche.Gothom abaissa le bras, fouilla dans sa poche, sortit son browning, mais, au lieu de le lancer aux pieds du capitaine, il le braqua, lâcha sept fois la détente.Edmond avait prévu le coup.Il s\u2019était jeté à terre, après avoir fait signe à ses compagnons de s\u2019abriter derrière l\u2019angle de la roche.\u2014 A mon tour, bandit ! U visa.Une seule détonation.Go-thorn s\u2019abattit sur la face, tué net d\u2019une balle au front.Holbeck ne songeait pas à se défendre.U vida ses poches et se rendit.En un instant, il fut solidement lié.Le vieux prêtre partit à Beaufort chercher les gendarmes.Quant aux deux officiers, ils s\u2019avançaient dans la coupure, enjambaient le cadavre, sautaient dans le trou que les AUemands avaient creusé.Us y travaillèrent à peine quelques minutes avant de découvrir un coffret de fer.Le capitaine en fit sauter fébrilement le couvercle.II était rempli d\u2019émeraudes de la plus belle eau.Une heure plus tard, Holbeck était emmené à Echtemach où il dut bien avouer, puisque les preuves les plus accablantes s\u2019élevaient contre lui, à commencer par la pierre qu\u2019on trouve dans la chambre de son complice.U s\u2019en tirerait peut-être avec la prison perpétuelle.C\u2019était le mieux qu\u2019il pouvait espérer.Le lendemain, Edmond et AU prirent congé du vieux géologue qui promit de venir les voir au Maroc.Le trésor fut remis à l\u2019Oeuvre des Orphelins de la guerre.Ecoulé sur le marché de Paris, il dépassa 2 millions.Et le plan qui restait dans les archives marocaines permettrait sans doute, un peu plus tard, de prendre possession de la mine complète dans les montagnes insoumises et d\u2019augmenter encore l\u2019incroyable richesse de notre plus beau protectorat.Edouard de Keyser MON AVENIR Les monographies professionnelles que l\u2019Ecole de Pédagogie et d\u2019Orienta-tion publie, sous le titre Mon avenir, contiennent une documentation précise, complète et récente sur les principaux métiers et professions de notre milieu.Préparées par des spécialistes en chacune des occupations traitées, elles disent aux jeunes qui songent à s\u2019orienter, les exigences et les possibilités des carrières qui les intéressent.Elles leur en indiquent aussi les avantages et les inconvénients : elles soulignent la nature du travail qu\u2019on y accomplit et les conditions dans lesquelles il faut l\u2019exercer.En un mot, eUes apportent aux jeunes de tous les milieux et à ceux qui les dirigent les renseignements indispensables au choix judicieux d\u2019une carrière.Et, à ce titre, elles comblent une lacune grave dans l\u2019orientation de nos jeunes.Commencée en septembre dernier, cette série de monographies professionnelles contient déjà six études sérieuses sur les carrières suivantes : l\u2019art commercial, la vente, l\u2019avocat, le travailleur social, le bibliothécaire, le bri-queteur.D\u2019autres textes semblables s ajouteront à ceux-là et analyseront a tour de rôle les carrières les plus importantes pour les jeunes de toutes conditions.On peut se procurer les monographies Mon avenir en s\u2019adressant au secrétariat de Pédagogie-Orientation.! Le Samedi, Montréal, 5 août 1950 19 LE BLASON DECOUPE [Suite de la page 10] par se calmer ; sa voix retrouva son diapason habituel.La victime avait laissé entendre qu\u2019elle allait toucher une certaine somme d\u2019argent.Le braconnier le savait i Soit, mais ce n est pas une preuve cela ; tout au plus une présomption.On frappa et le juge d\u2019instruction cessa de récriminer.Le médecin du village entra.C\u2019était un homme de haute taille, robuste malgré la soixantaine, avec un visage épanoui et haut en couleurs, des yeux au regard malicieux derrière des lunettes cerclées d\u2019or.\u2014 J ai terminé et je ne suis guère plus avancé, mâchonna M.Durantet en rangeant quelques papiers dans sa serviette et en ravalant sa mauvaise humeur.\u2014 Que désirez-vous de plus ?s\u2019étonna le docteur.L\u2019assassin est arrêté.Il nie ?Cela se conçoit.Des preuves ?tout le village est unanime pour le désigner comme l\u2019auteur du crime.«Laissons cela de côté.Midi approche et le maire vous a invité.Je ne sais pas si vous vous doutez du repas qui vous attend ?Lucullus va dîner chez Lucullus ! » Il se frotta les mains de satisfaction.M.Durantet le regarda avec une vague hostilité.Le docteur semblait un bon vivant ; sa tâche était terminée et il en parlait à son aise, de l\u2019affaire.\u2014 A propos, ajouta celui-ci, ne lui dites pas Monsieur tout court.Cela le vexe.Il tient à son titre de baron.Et ne perdons pas une minute.Ma voiture vous attend dehors.Le château qui se dressait au milieu du parc un peu sauvage ne manquait pas d\u2019allure.Du hall, les arrivants passèrent dans un salon assez vaste, meublé avec goût.M.Durantet avisa avec intérêt les peintures qui ornaient les murs.Mais le docteur attira son attention sur un blason encadré : \u2014 Les armes de notre hôte : D'argent, au chêne de sinople chargé d\u2019un guy de même, fruité d\u2019or, le guy chargé d\u2019un taon d\u2019or, quartier des barons militaires ».« Son aïeul était général et Napoléon l\u2019avait fait baron.Le maître de céans en est très fier.» On ouvrit derrière eux.Ils se retournèrent.C\u2019était le baron.Le juge et Poivre l\u2019avaient déjà vu, à leur arrivée au village.C\u2019était un homme long et efflanqué, vêtu de noir ; son visage aux traits irréguliers était barré par une forte moustache grise ; il portait les cheveux coupés en brosse ; un haut col cassé semblait l\u2019obliger à relever constamment le menton.\u2014 Cette enquête progresse-t-elle, M.le juge ?questionna-t-il avec curiosité, en serrant les mains qui se tendaient.\u2014 M.le juge a terminé, trancha le médecin d\u2019un ton jovial.L\u2019assassin est sous les verrous ! Libre à lui de nier ! La commune en est joliment débarrassée.\u2014 J\u2019eusse préféré recueillir des preuves formelles plutôt que des témoignages de moralité, soupira M.Durantet.On ne voit même pas pourquoi le Manchot aurait commis ce crime.\u2014 Le portefeuille de la victime a tout de même été dérobé, se récria le baron.\u2014 Contenait-il une forte somme ?Il m\u2019est permis d\u2019en douter ! répliqua le juge.Je sais.Cet homme avait parlé mais peut-être s\u2019était-il vanté.\u2014 Qui sait ?plaisanta le docteur.Que venait-il faire, autour du château ?Au fait, mon cher baron, n\u2019auriez-vous pas été cambriolé ?Cela comblerait les voeux de M.le juge ! Un sourire se posa sur les lèvres du châtelain qui secoua la tête.\u2014 Non, je regrette.Mais vous devez avoir faim.\u2014 Les émotions donnent de l\u2019appétit ! lança le médecin.Le repas fut exquis et M.Durantet s\u2019avoua charmé d\u2019une telle réception.Après le caviar qu\u2019escortaient divers hors-d\u2019oeuvres variés, suivirent des côtelettes de chevreuil sauce poivrade, un chapon gros sel, des cardons à la moelle, des choux-fleurs à la hollandaise ; au dessert, on apporta des pommes meringuées, un soufflé au chocolat, une glace à la vanille et des fruits secs.Les vins les plus réputés accompagnaient ce menu.Le docteur fit montre d\u2019un appétit féroce et ne perdit pas une bouchée sans cesser de prendre part à la conversation ; Poivre, ici, demeura le nez sur son assiette, sourd à ce que l\u2019on disait, s\u2019empiffrant sans vergogne.M.Durantet lui-même céda à la tentation de la bonne chair.Et le temps s\u2019écoula dans une douce euphorie.\u2014 Votre train ne part que demain matin, fit le baron, lorsqu\u2019il passèrent dans le fumoir.Faites-moi le plaisir d\u2019accepter mon hospitalité.Nous dînerons ensemble et, au lever du jour, je vous ferai reconduire à la gare.Poivre implora le juge du regard, M.Durantet faillit accepter, puis il se raidit.\u2014 Je vous répondrai plus tard, dit-il en éludant la proposition.Il faut que je retourne au village.Je puis avoir du courrier.Le greffier se mordit les lèvres pour ne pas donner un démenti à son chef hiérarchique.Mais M.Durantet lut sur le visage de son collaborateur une réprobation muette et fronça les sourcils.\u2014 Nous allons y aller à pied.La marche nous fera du bien, décida-t-il.Nous serons de retour avant la nuit.Venez, Poivre ! Ils prirent congé.Hors du parc, en se retournant dans le chemin, le juge allongea le pas.\u2014 Venez Poivre! s\u2019impatienta-t-il.Je vous ai observé.Vous avez mangé comme quatre et bu comme huit ! Vous en avez, une tenue, à table ! \u2014 Les occasions sont si rares, M.le juge ! se rebiffa le greffier.Voilà tout au moins un déplacement dont je garderai un bon souvenir.\u2014 Poivre! grinça le juge, en le rappelant à l\u2019ordre.Marchons, ajouta-t-il, cela vous éclaircira les idées, vous en avez besoin ! Lui-même sentait son cerveau moins lucide qu\u2019à l\u2019accoutumée.Il frémit en pensant qu\u2019il pourrait rencontrer le procureur, être obligé de soutenir une discussion avec lui.De retour au village, ils constatèrent que rien n\u2019avait motivé leur départ du château.\u2014 Nous aurions pu rester, gémit Poivre, avec regret.\u2014 Vous avez une conception toute spéciale de votre devoir, répliqua M.Durantet, sévèrement.Rentrons à l\u2019hôtel, vous ferez ce que vous voudrez.Moi, je vais monter dans ma chambre pour réfléchir à cette affaire.Ils traversèrent la salle de l\u2019auberge puis s\u2019engagèrent dans l\u2019escalier de bois.Au premier, ils se séparèrent.Seul dans sa chambre, M.Durantet s\u2019affala dans l\u2019unique fauteuil et se laissa aller à une douce somnolence.Lorsqu\u2019il ouvrit les yeux, le jour tombait tristement ; il sursauta, mécontent.\u2014 J\u2019ai dormi ?Une heure s\u2019exclama-t-il, furieux, en consultant sa montre.Il sortit pour aller frapper à la porte de Poivre.Un ronflement sonore fut la seule réponse qu\u2019il obtint.\u2014 Il cuve son vin, grommela-t-il.Peut-on se mettre dans un pareil état ! Il reprit son chapeau melon et descendit pesamment.Il retournerait seul au château.Il atteignit la dernière marche, passa devant la cuisine où vaquait l\u2019hôtelière puis traversa la salle du café.Le gosse était assis à une table.\u2014 Bonjours, m\u2019sieur ! fit-il effrontément, en levant son nez retroussé, lorsque M.Durantet passa devant lui.Le juge l\u2019enveloppa d\u2019un regard inquisiteur et considéra les images avec lesquelles le jeune garçon s\u2019amusait.Soudain, il tressaillit et sa main se tendit brusquement.\u2014 Où as-tu pris ça ?grommela-t-il en brandissant un blason découpé, au fond d\u2019argent, orné d\u2019un chêne vert et comportant un quartier rouge sur lequel ressortait rme épée d\u2019or, représentation grossière des armoiries entrevues dans le grand salon du château.Au dos, il y avait quelques mots, à l\u2019encre, sans signification.On avait donc dessiné en réduction les armes du général-baron que l\u2019on avait complétées, mais de quel commentaire ?\u2014 Qu\u2019es-tu pris \u2014 Où as-tu pris ça ?répéta M.Durantet.Vas-tu répondre, oui ou non ?Le gosse commençait à pleurnicher lorsque sa mère accourut.Elle avait entendu et expliqua aigrement : \u2014\tC\u2019est quand j\u2019ai mis de l\u2019ordre ; il a la manie de tout ramasser et de tout découper ! Je lui défends pourtant bien de prendre les ciseaux ! \u2014\tOù est le morceau, la carte sur laquelle on avait fait ce dessin ?haleta le juge, avide de savoir.\u2014\tJe l\u2019ai brûlée! J\u2019ai tout brûlé! J\u2019ai horreur de ce qui traîne ! Il l\u2019eût giflée.Cela lui eût détendu les nerfs.Il n\u2019en écouta pas davantage et ressortit en faisant claquer la porte derrière lui.Il ne parvint à maîtriser sa fureur qu\u2019après avoir quitté le village.Et la vérité commença à se faire jour dans son esprit.Cet inconnu était arrivé, l\u2019avant-veille, avec l\u2019intention de se rendre au château.Et cela bouleversait tout.L\u2019amabilité du baron ap-raissait à présent étrangement suspecte.Mais le mort gardait son secret.Le juge fit brusquement demi-tour, regagna l\u2019hôtel et apostropha la femme d\u2019une voix dure : \u2014 Vous direz à mon collaborateur que je suis au château.Qu\u2019il ne vienne pas m\u2019y rejoindre, qu\u2019il reste ici.Ne l\u2019oubliez pas ! Il repartit l\u2019esprit plus tranquille.Il lui fallait maintenant préparer son plan, passer à l\u2019attaque avec les seules armes dont il disposât.Il était parfaitement maître de lui quand il se retrouva en face de son hôte.\u2014 Echec et mat ! s\u2019écria le docteur, à son entrée.Vous arrivez à point nommé pour me féliciter.Le baron est de première force aux échecs, mais je l\u2019ai battu.M.Durantet le complimenta et trouva des mots aimables à l\u2019adresse du châtelain.Il devait feindre.\u2014 Vous êtes seul?s\u2019étonna le médecin.Votre collaborateur y perdra, mais nous y gagnerons en intimité.Il disait vrai.Lorsqu\u2019ils se retrouvèrent autour d\u2019une table somptueusement dressée, M.Durantet mesura les regrets qui pouvaient assaillir son [ Lire la suite page 30 ] LA VIE COURANTE .par Georges Clark llfthxS \u2014 Toujours aussi habile : tu t'occupes de ses loisirs, et moi de son entretien. 20 Le Samedi, Montréal, 5 août 1950 NOTRE FEUILLETON LA DUCHESSE INCONNUE par PAUL D'AIGREMONT ft I on, s\u2019écria-t-elle, tu te trompes, Al Margot, elle ne l\u2019est pas ! Je I ¦ suis sûre qu\u2019elle ne l\u2019est pas ! Je te le jure sur ma conscience d\u2019honnête fille !.Et, de sa voix chaude, passionnée, avec cette éloquence presque sauvage qui imposait la conviction, Jeannine raconta les scrupules qui lui étaient venus, les démarches qu\u2019elle avait faites, la façon dont elle avait voulu interroger, elle-même, le savant médecin, persuadée que, s\u2019il ne disait pas la vérité, en soutenant l\u2019affirmation qu\u2019il avait déjà donnée elle saurait bien le reconnaître à son regard, au son de sa voix, au trouble auquel il ne pourrait manquer d\u2019être en proie.\u2014 Tu n\u2019es pas la fille de Mme de Lé-zignac, dit-elle en terminant : je t\u2019en donne ma parole d\u2019honneur, et tu peux me croire quand je t\u2019affirme que M.Donneau n\u2019a pas menti.« J\u2019ai, du reste, voulu contrôler sa déclaration, et je suis allée chez un autre médecin, très célèbre aussi, dont il m\u2019avait confié le nom et l\u2019adresse.« Ils n\u2019avaient eu le temps, ni de se voir, ni de s\u2019entendre tous deux, puisque, en sortant de chez l\u2019un, séance tenante, je me suis rendue chez l\u2019autre.« Malgré cela les explications du second ont été semblables à celles du premier : Mme de Lézignac était atteinte d\u2019une maladie assez curieuse pour que le souvenir ne puisse s\u2019effacer, paraît-il, de l\u2019esprit d\u2019un spécialiste ; cette maladie condamne à la stérilité toutes les personnes qui en sont frappées ; voilà la déclaration formelle des deux hommes de l\u2019art.« J\u2019ai tenu à t\u2019apporter moi-même ces témoignages, assurée que tu verrais bien, dans mes yeux et dans tout mon être, que Jeannine ne ment pas, et que, même pour sauver une soeur aimée, comme je l\u2019aime, elle ne s\u2019abaisserait jamais à altérer la vérité.Margot souffrait le plus indicible de tous les martyres.Elle avait été bien autrement forte et maîtresse d\u2019elle-même devant les révoltes et les violences d\u2019Anne, que devant les supplications et les prières de Jeannine.Et puis, celle-ci ne venait-elle pas exclusivement au nom de Jacques ?N\u2019était-elle pas comme une émanation vivante de lui, comme une ombre au travers de laquelle sa vivante image palpitait ! Elle retrouvait sur Jeannine le par-_fum que Jacques aimait ! Il lui semblait que ses (expressions favorites étaient les mêmes ; les mêmes aussi, certaines inflexions de sa voix.Toutes ses tendresses développées dans la nuit profonde de sa douleur après ces trois mois de tortures et de solitude, la laissaient, en vérité, bien peu maîtresse d\u2019elle-même.La vision bénie de foyer, que Jeannine venait de lui faire entrevoir ; la liberté, oh ! surtout, l\u2019amour de Jacques, tout cela faisait fondre les résolutions de la pauvre petite captive, aussi Commencé dans l'édition du 10 juin 1950.Publié en vertu d'un traité avec la Société des Gens de Lettres.\u2014 Les noms de personnages et de lieux de nos romans, feuilletons, contes et nouvelles sont fictifs et choisis au lasard.vite que les chauds rayons des tropiques dissolvent un bloc de glace.Un instant, elle demeura la tête enfouie dans ses mains, perdue de trouble, ne voyant plus clair ni dans sa volonté, ni dans sa conscience.Jeannine n\u2019osait ajouter une parole ; elle connaissait bien ces natures délicates, dont il ne faut ni troubler les pensées, ni vouloir influencer les décisions.Enfin, Margot releva la tête : \u2014 Non, dit-elle, Jeannine, je ne peux pas me décider à parler ! Si Mme de Lézignac n\u2019est pas ma mère, Anne est ma soeur, et M.de Lézignac, son père, a été si bon pour moi !.\u2014 M.de Lézignac.\u2014 Oui, il m\u2019a sauvé la vie à Toulouse, car il était sur la même barque, et à côté de Jacques, avec un brave garçon, qui a péri, lorsqu\u2019au milieu des débris de toutes sortes, des effroyables dangers qui les environnaient, ils ont eu le courage de venir tous trois à ma recherche.« Et, depuis ce jour, comme si ce dévouement sublime eût enfin, chez cet homme extraordinaire, forcé les portes closes de son coeur, de quelle façon ne m\u2019a-t-il pas aimée ?Silencieusement, peut-être ; c\u2019est dans sa nature.Mais si tu savais !.« Anne était partie pour la Picardie avec Gratien.Seule à Montlezun avec M.de Lézignac, je suis alors moralement devenue sa fille, et lui, quelle tendresse ne m\u2019a-1-il pas témoignée ?« Quels conseils ne m\u2019a-t-il pas donnés, quand il s\u2019est agi d\u2019encourager l\u2019amour de Jacques Landry ?« Comme il a été bon pour nous, dans cette circonstance !.« C\u2019est grâce à lui, certainement, que Jacques a entrevu le but, qu\u2019il est parti plein de courage, voulant arriver à tout ce que mon parrain lui avait fait espérer.« Ah ! si tu l\u2019avais entendu nous parlant de la vie commune du foyer, disant à Jacques que, si le premier devoir de la femme est de dévouer sa vie à l\u2019homme, celui-ci ne peut pas être heureux sans elle et doit être prêt, pour sa compagne, à verser jusqu\u2019à la dernière goutte de son sang.«Vois-tu, Jeannine, Anne et moi, nous sommes peut-être les seules à le connaître tel qu\u2019il est, avec un coeur exquis dans lequel brûlent toujours les flammes ardentes du dévouement malgré les cuisantes blessures que lui a faites un amour méconnu.« Nous deux, uniquement, savons ce qu\u2019il a dû souffrir, quel martyre a été le sien, ce qu\u2019il a fallu de mâle courage, d\u2019énergie à toute épreuve pour surmonter son désespoir et son indignation.« Et tu veux que moi, moi, qui dois tout à ces deux êtres, l\u2019un la protection et l\u2019amour de mes jeunes années, à l\u2019autre l\u2019affection de Jacques, tu veux que, dans des existences déjà si désolées, j\u2019apporte une désolation et une douleur de plus ?Oh ! non ! D\u2019ailleurs, ce que je sais est si peu de chose.« Mais encore faut-il le dire ! \u2014 Cela ne fera rien ou presque rien au procès.Je me disculperais peut- être, mais mon explication n\u2019accuserait pas ma marraine.\u2014 Comment tu n\u2019aggraverais pas sa situation en parlant, et tu hésites ?\u2014 Oui ; parce que j\u2019estime que la part de complicité qu\u2019on m\u2019attribue la déchargera d\u2019autant.Je voudrais même aller plus loin ; je voudrais prendre le crime pour moi seule ; je voudrais que ceux qui doivent me juger voulussent croire ce que le notaire et ma marraine disent bien certainement contre moi : que, jalouse de Lucie, je l\u2019ai empoisonnée pour prendre sa place.\u2014 Et Jacques.Jacques ! As-tu pensé au désespoir qui va l\u2019étreindre, lorsqu\u2019on lui apprendra que tu as pu en aimer un autre ?Elle redressa fièrement sa petite taille.\u2014 Est-ce qu\u2019il le croira ?s\u2019écria-t-elle.Est-ce qu\u2019il peut le croire ?.Est-ce qu\u2019avant d\u2019admettre une chose pareille, Jacques ne se souviendra pas d\u2019abord de toutes les tendresses de mon coeur ?.puis de mes lettres, de ces lettres où, pour l\u2019encourager et lui donner la force de surmonter tous les obstacles, je lui écrivais comme si j\u2019eusse été sa femme, mettant mon âme à nu devant lui, lui parlant de l\u2019avenir, du foyer, ne lui cachant aucune de mes pensées, me montrant avec mes forces comme avec mes faibleses ?« Non, je connais Jacques, et lui, qui a tant aimé sa mère, qu\u2019il n\u2019a cependant pas connue ; lui, qui porte au fond de sa nature de si grandes qualités de loyauté et d\u2019abnégation ; lui, qui a le culte de tous les devoirs poussé à l\u2019extrême, pourra-t-il m\u2019en vouloir de ce scrupule qui subsiste en moi, malgré ton assurance, Jeannine, \u2014 le scrupule de me croire la fille de Mme de Lézignac, ou bien de vouloir payer à Anne et à son père la dette de reconnaissance que j\u2019ai contractée envers eux ?\u2014 Tu te trompes, dit Jeannine : car, si le dévouement de la femme atteint quelquefois les sommets de l\u2019héroïsme, il n\u2019en est pas de même pour l\u2019homme.« Le plus parfait, le mieux organisé, en effet, sacrifiera, pour ce qu\u2019il croit être le devoir, son sang, sa fortune, ses tendances les plus chères : il ne sacrifiera pas son honneur et encore moins, peut-être, l\u2019honneur de sa femme ! « Et toi, de son côté, quand tu parles de devoir, tu te trompes encore.Un vieux sage de l\u2019antiquité a dit cette chose tellement belle et vraie, qu\u2019on l\u2019a faite divine ; « La femme quittera tout pour suivre son mari ! » Tout, tu entends ?tout !.La figure grave de Jeannine s\u2019était fait encore plus sévère que d\u2019habitude.Margot fut frappée du ton souverain d\u2019autorité avec lequel elle venait de prononcer lentement ces deux derniers mots.Jeannine avait raison, Margot se considérait comme liée irrévocablement à Jacques Landry, aussi irrévocablement par la loi du serment librement échangé, de la volonté et de la confiance mutuelles, que si un maire, ceint de l\u2019écharpe aux trois couleurs, le code en main, et la voix bredouillante, avait prononcé sur eux les fameuses paroles qui lient éternellement les existences, en laissant si souvent les volontés et les coeurs séparés.Oui, elle était la femme de Jacques, et si celui-ci n\u2019entendait pas qu\u2019elle payât à M.de Lézignac et à sa fille la dette qu\u2019elle avait contractée de la façon qu\u2019elle le désirait faire, il était le maître, et elle n\u2019avait pas le droit de lui imposer cette douleur, si elle était au-dessus de ses forces.Elle s\u2019était de nouveau assise sur son lit, et les yeux fixes, les narines frémissantes, sans prononcer une parole, elle réfléchissait à toutes ces choses.Jeannine s\u2019agenouilla devant elle.Elle était évidemment en proie à un terrible combat intérieur ; et l\u2019angoisse qui se répandait de plus en plus sur ses traits pouvait seule en faire comprendre la violence.\u2014 Ecoute, lui dit-elle, je veux te confier le secret de ma vie, et tu verras après ce que j\u2019ai souffert par toi, si tu peux encore rien me refuser.Margot tressaillit ; la tragédienne, sans s\u2019arrêter à l\u2019émotion de la captive, reprit : \u2014 Un jour, j\u2019ai rencontré auprès de moi un jeune homme dont l\u2019adorable bonté a fait vibrer toutes les fibres de mon âme, tandis que son intelligence, sa supériorité, son génie même, enthousiasmaient jusqu\u2019au délire les instincts généreux de mon être et imposaient son image à ma pensée par l\u2019admiration la plus vive.« Sans savoir si son coeur, à lui, était libre, si, avant de me connaître, il ne l\u2019avait pas donné à une autre, je me suis mise à l\u2019aimer de toutes les forces de ma nature très aimante et très expansive.J\u2019en ai fait le but de mes rêves et de mes efforts.Pour lui, je voulais devenir une grande artiste, être célèbre, avoir un nom partout acclamé, partout admiré ! « M\u2019aimait-il, lui ?« Je l\u2019espérais.« Il avait pour moi tant de soins, d\u2019attentions et de délicatesse, que mon coeur, charmé, croyait à l\u2019illusion qui lui était chère.« Mais, un jour, il me supplia d\u2019aller chez lui, afin de juger l\u2019oeuvre qui allait décider, à lui aussi, de sa gloire et de sa destinée : nos demeures étaient voisines, nos portes se touchaient presque, et c'était cependant la première fois que je franchissais le seuil de son logis.« Avec quelle émotion je le fis, tu le comprendras, toi qui es aimée de Jacques Landry ! « J\u2019entrai : il me conduisit devant la toile splendide exposée en pleine lumière sur son chevalet ; et, tandis que, de sa voix chaude, cette voix qui faisait tressaillir toutes les cordes de mon être, il me disait qu\u2019il avait voulu retracer les traits de celle pour qui il voulait conquérir la fortune et la gloire, tandis qu\u2019il me confiait son amour, ses espérances et ses rêves, a moi, qui avait fait les mêmes vis-à-vis de lui, je sentis la vie m\u2019abandonner et je compris ainsi que Jacques Landry ne m aimait pas, ne m\u2019aimerait jamais.«Je tombai du ciel dans l\u2019enfer, de la plus rayonnante espérance dans le noir découragement sans issue. Le Samedi, Montréal, 5 août 2950 21 «En ai-je souffert de cet amour?.En ai-je pleuré.en ai-je blasphémé.en ai-je maudit.avant de l\u2019arracher de ce lâche coeur qui, malgré ma volonté, ne voulait pas accepter le fait accompli ?« Ah ! pauvre petite ! qui te dira jamais mes révoltes, mes découragements et mes désespoirs ?.« Travailler ?.A quoi bon, maintenant, puisque tout de moi devait lui être indifférent ?« Et, au milieu de mes études, alors que, pour moi aussi, s\u2019élevait une question de vie ou de mort, je ne pouvais plus rien faire, ma mémoire inerte se paralysait ; mon esprit ne comprenait plus la pensée de mes chers maîtres bien-aimés ! Autour de moi, tout était vide, noir, éternellement seul ! .\u2014 Pauvre Jeannine! murmura Margot, attendrie.\u2014 Mais, peu à peu, reprit l\u2019artiste, ta bonté adorable, jointe au tact de Jacques, a fait le miracle.La passion brûlante s\u2019est envolée, pour faire place à une loyale et sincère amitié, ainsi que, dans les ciels d\u2019été, le vent dissipe quelquefois les nuages noirs, et laisse le ciel plus bleu, plus éclatant que jamais ! « Oui, maintenant, ma pauvre petite soeur chérie, je t\u2019aime autant que j\u2019aime Jacques ; ton bonheur m\u2019est aussi précieux que le sien, et l\u2019idée de te voir séparée de lui me fait un mal horrible.« Il me semble que votre joie, votre calme, votre paix sont des choses qui me sont dues ; que toutes mes larmes les ont payées d\u2019avance, et si tout cela n\u2019arrivait pas, je ne sais de quelles révoltes et de quelles folies je serais capable ! « Non, je n\u2019aime plus Jacques !.A toi, je dirai même plus, je suis peut-être au moment d\u2019en aimer un autre ; mais, je t\u2019en supplie, vois, je suis à tes genoux, ne désespère pas celui qui t\u2019aime.Au nom de mes souffrances, au nom de tes bontés, au nom de la singulière affection qui nous unit, nous, deux rivales, qui devrions nous haïr et nous détester, Margot !.Margot !.je t\u2019en conjure, ne te crée pas des chimères, écoute-moi, moi qui suis loyale aussi et qui sens tous les dévouements en moi ! Parle, ne te laisse pas envelopper davantage du vêtement d\u2019infamie dont ils essaient tous de te couvrir ! La prévenue se jeta dans les bras de son amie.\u2014 Tout ce que tu viens de me dire, fit-elle, dans ta sublime confidence, je l\u2019avais deviné ; je savais bien pourquoi le coeur de cette Jeannine si belle, que tout le monde acclamait, restait de marbre ; et si, un moment, j\u2019ai souffert de la sympathie que Jacques éprouvait, je suis, moi aussi, parvenue à enlever ce sentiment de mon coeur ; je t\u2019ai vite jugée et, quand j\u2019ai vu de quelle façon fière et courageuse tu savais porter la souffrance, l\u2019admiration que j\u2019ai éprouvée pour toi n\u2019a pas tardé à faire naître dans mon âme une profonde et irrésistible sympathie.« Si je pouvais me laisser fléchir par une voix, c\u2019était par la tienne, ô mon amie, toi que j\u2019ai fait souffrir.« Ecoute-moi bien, et ne doute plus après cela de quelle manière je t\u2019estime et je t\u2019aime ; tu as raison, je ne peux pas sacrifier Jacques à des étrangers, ces étrangers fussent-ils ma soeur Anne et mon parrain Gaëtan.Mais Mme de Lézignac, vois-tu, Mme de Lézignac !.Son expressive physionomie se voila, et, sans achever autrement sa pensée, elle laissa tomber ses bras avec découragement le long de son corps, tandis que, tout doucement, elle hochait la tête et répétait : \u2014 Si elle était ma mère !.\u2014 Elle n\u2019est pas ta mère, s\u2019écria Jeannine, elle ne l\u2019est pas ! Je te le répète, je te le jure !.Quelles attestations te faut-il donc pour te convaincre ?.\u2014 Aucune, car je suis persuadée que les plus célèbres praticiens peuvent se tromper, que la science, elle-même, est souvent en défaut ; et je sais, oui je sais que, dans ses annales, il y en a de terribles exemples !.« Et puis en dépit de tes affirmations, de ta conviction, à laquelle je crois absolument, des assurances mêmes de M.Donneau, il y a en moi une sorte d\u2019instinct secret qui me prévient que Mme de Lézignac me doit être sacrée, que je dois la disculper au prix même de ma vie, et que lui sacrifier mon honneur est une chose due.-\u2014Mais je t\u2019assure que c\u2019est de la folie ! s\u2019écria Jeannine ; la solitude de cette prison, les tourments auxquels tu es depuis si longtemps en proie, tout cela, en surexcitant tes nerfs d\u2019une façon extraordinaire, ne te laisse plus le libre discernement de ta conduite et de tes actes.\u2014¦ C\u2019est possible, murmura tristement Margot ; aussi, comme je t\u2019ai dit que je voulais te donner une très grande preuve d\u2019affection, voici ce que j\u2019ai résolu : « Tu dis que Mme de Lézignac n\u2019est pas ma mère ?.Avec le caractère qu\u2019elle a, si cette maternité n\u2019est pas vraie, elle ne m\u2019a recueillie que parce qu\u2019un intérêt, majeur pour elle, lui en faisait un devoir.Retrouve cet intérêt, Jeannine ; en découvrant cette chose, tu arriveras certainement à connaître le nom de celle à qui je dois le jour ; viens m\u2019apprendre ce nom, et, par cette mémoire bien-aimée, je te jure que, lorsque je le saurai, je n\u2019accuserai pas Mme de Lézignac, mais je sortirai d\u2019ici ! \u2014 Bien, dit Jeannine, j\u2019avais déjà bâti tout un plan pour arriver à ce que tu me demandes dans ce moment-ci.J\u2019en ai posé les premiers jalons à Paris, je vais repartir, et j\u2019arriverai certainement à la réalisation de mon but, je le jure.La pâleur de Margot avait augmenté ; elle pouvait à peine maintenant contenir son émotion.\u2014 Je n\u2019ai qu\u2019une parole, dit-elle néanmoins, Jeannine ; va, pars et reviens, je la tiendrai.\u2014 J\u2019y compte, fit l\u2019autre, mais, avant de partir, il faut que tu me dises tout ce que tu peux savoir.Les oreilles des enfants sont vides, on parle souvent devant eux, sans attention ; ils retiennent et se souviennent « Qu\u2019as-tu entendu ?Qu\u2019as-tu retenu ?\u2014 Rien.\u2014 Comment! rien?.Mme de Lézignac n\u2019a-t-elle jamais parlé devant toi, soit avec sa mère, soit avec d\u2019autres ?\u2014 Jamais; elle ne m\u2019aimait pas, c\u2019est tout ce dont je me souviens, elle désirait ma mort, j\u2019en ai été persuadée bien des fois.Ainsi, un jour, j\u2019ai eu à Vio-laines une fièvre scarlatine des plus graves.Les médecins avaient absolument défendu de me laisser manger.Anne me soignait d\u2019ordinaire presque seule ; mais cm jour que ma soeur s\u2019était absentée, ma marraine entra, elle me portait de la crème et des gâteaux, que je mangeais avec la gourmandise avide qu\u2019ont les enfants pour toutes ces sucreries.«Le lendemain, j\u2019étais à deux doigts de la mort ; le dévouement d\u2019Anne me sauva.Plus tard, en sortant des bals, toute humide de transpiration, combien de fois ma marraine ne m\u2019a-t-elle pas demandé pour elle-même le burnous qui enveloppait mes épaules ou la mantille qui couvrait ma tête ?.« Enfin, Jeannine, puisque je ne dois rien te cacher, puisque tu auras le tact de ne te souvenir que des choses nécessaires, je vais encore te confier un fait que je n\u2019ai jamais dit à personne : « A Toulouse, non seulement Mme de Lézignac s\u2019était sauvée sans me prévenir, durant l\u2019inondation, alors qu\u2019elle me croyait endormie, mais encore elle m\u2019avait enfermée, afin de m\u2019enlever tout moyen de me sauver.» En évoquant ces tristes souvenirs, Margot laissa tomber sa tête dans ses mains, tandis que l\u2019artiste murmurait : \u2014 Elle avait un intérêt à te recueillir, mais elle en avait un bien plus grand encore à te faire mourir.Mon énergie parviendra-t-elle jamais à percer ce mystère ?On n\u2019entendait plus maintenant, dans la cellule, que le bruit des sanglots de Margot, et le pas silencieux de Jeannine, qui arpentait la petite pièce de long en large et semblait réfléchir profondément.\u2014 R est impossible, dit-elle tout à coup en s\u2019arrêtant devant la captive, il est impossible que Mme de Blanque-fort, qui a toujours été, m\u2019a-t-on dit, d\u2019une gravité au-dessus de son âge, n\u2019ait pas quelques renseignements sérieux à nous fournir.Margot releva ses beaux yeux noyés de larmes.\u2014\tEst-ce que tu aurais l\u2019intention d\u2019aller les lui demander ?interrogea-t-elle.C\u2019est qu\u2019elle serait capable de tout te dire.\u2014\tMais j\u2019y compte bien, qu\u2019elle me dira tout ?Si le respect filial lui fait une loi de se taire, elle est trop honnête pour ne pas comprendre qu\u2019accepter le sacrifice d\u2019une innocente serait un crime ! Te croit-elle sa soeur ?\u2014 Je ne sais pas ; jamais, tu le comprends, ce sujet délicat n\u2019a été effleuré entre nous.Et puis, elle a toujours été si bonne avec moi ! Ah ! véritablement, je n\u2019avais pas besoin de la croire ma soeur, pour l\u2019aimer au delà de toute expression.Elle le savait bien, va ! et ne s\u2019y est jamais trompée.L\u2019heure de se séparer était venue.Jeannine se leva la première.Ses admirables traits empreints d\u2019une sorte de solennité recueillie qui doublait sa beauté.\u2014\tCe soir, dit-elle gravement, dans cette pauvre cellule, notre amitié s\u2019est cimentée à jamais.« Quelle que chose que nous garde l\u2019avenir, jure comme moi que nous sommes soeurs, que rien ne peut plus nous diviser et que c\u2019est désormais entre nous à la vie à la mort ! \u2014 A la vie, à la mort ! répéta Margot.Je te serai, Jeannine, éternellement reconnaissante de ta générosité sublime ; à la vie, à la mort, je t\u2019aimerai comme j\u2019aime Anne, car Jacques ne m\u2019avait k- RESUME DES CHAPITRES PRECEDENTS Mme de Lézignac et Justin Lesparre sont donc arrêtés, ainsi que Margot, fille adoptive de Mme de Lézignac, que celle-ci dénonce pour se défendre.Pour revenir à des années en arrière, les grands-parents de Gaëtan ont fait le serment, si jamais un de la véritable famille des Lézignac revenait, de lui remettre et son rang et sa fortune, et de faire en sorte que le même serment soit transmis à la génération suivante.1r-¦- pas trompée, tu es certainement ce qu\u2019il y a de plus beau et de meilleur sur la terre ! Elles tombèrent dans les bras l\u2019une de l\u2019autre, et, pendant quelques secondes, on n\u2019entendit que le bruit des sanglots et Jeannine qui répétait : \u2014 Oh ! je te sauverai, va, je te sauverai.Mme Dansaus et Louis Villiers avaient patiemment attendu la jeune fille dans une des pièces attenantes au logement du geôlier.Lorsqu\u2019ils revirent Jeannine, les yeux gonflés et le visage baigné de larmes, Mme Dansaus eut un geste de découragement.\u2014 Elle refuse, n\u2019est-ce pas ?s\u2019écria-t-elle, elle refuse ?Ah ! mon Dieu ! est-ce que votre dévouement lui-même ne va pas la toucher ?Jeannine montra d\u2019un regard à Mme Dansaus le gardien et sa femme dont les têtes curieuses apparaissaient contre l\u2019huisserie de la porte.\u2014 Rentrons chez vous, chère madame, dit-elle simplement, rentrons, vos enfants doivent être dans une terrible anxiété.Louis Villiers approuva de la tête, tandis que Mme Dansaus, comprenant la prudence de la jeune fille, se levait instantanément sans se permettre une observation de plus.Quelques secondes après, ils regagnaient, en effet, tous trois la maison du maire.Durant le trajet, pas une parole n\u2019avait été échangée, Jeannine trouvait inutile, en effet, en passant devant une fenêtre, en apparence close, qu\u2019une parole indiscrète pût donner aux étrangers, plutôt malveillants que bien disposés en faveur de Margot, une idée des espérances qu\u2019elle avait conçues.Lorsque, débarrassée de son chapeau, elle fut installée dans le petit salon où toute la famille l\u2019attendait, alors seulement elle consentit à parler.Mais Suzanne, frappée de la gravité de son beau visage naturellement triste et un peu sévère, s\u2019écria : \u2014\tAh ! mon Dieu ! vous ne l\u2019avez pas convaincue .Je le vois bien à votre physionomie.\u2014\tVous avez tort, répondit la jeune fille, je n\u2019a pas complètement réussi, c\u2019est vrai ; mais je n\u2019ai pas complètement échoué, non plus ; et je rapporte bien des espérances que je n\u2019avais même pas osé concevoir lors des premières paroles que j\u2019ai échangées avec elle.Puis ne contenant plus son enthousiasme : \u2014\tQuelle admirable créature ! s\u2019écria-t-elle, en s\u2019adressant à Louis Villiers, quelle honnêteté !.quelle décision !.Elle pousse véritablement le respect du devoir jusqu'aux dernières limites !.Tout le monde était de cet avis, et M.Villiers tout comme les autres.\u2014 C\u2019est absolument cela, dit-il, mais qu\u2019elle parle, au nom du ciel ! qu\u2019elle parle ! Ne lui avez-vous pas fait comprendre que c\u2019était pour elle un strict devoir de ne pas nous laisser dans cette indécision ?\u2014 Ah ! vous pouvez bien penser que j\u2019ai employé à la convaincre toutes les forces de mon esprit et de mon coeur ; si je n\u2019y suis tout à fait parvenue, voici, du moins, ce que j\u2019ai obtenu d\u2019elle : «Mlle Marguerite ne dira rien sur le compte de Mme de Lézignac : ou elle sait peu de chose sur le crime, ou ce peu de chose incrimine effroyablement sa marraine.Quant à se disculper personnellement, elle le peut, affirme-t-elle, mais elle ne le tentera que si elle sait que Mme de Lézignac n\u2019est pas sa mère.\u2014 Mais vous ne lui avez donc pas parlé de votre visite chez les médecins de Paris, s\u2019écria Etienne, et de la conviction formelle que vous en aviez rapportée ? 22 Le Samedi, Montréal, 5 août 1950 à MesRecettes r Par Mme ROSE LACROIX Directrice de l'Institut Ménager du SAMEDI et de LA REVUE POPULAIRE Salade aux sardines 1\tboîte de sardines 2\tc.à tb.de persil 4 petits cornichons le jus d'un citron 2 c.à tb.d\u2019échalotes 6 olives farcies 2 c.à tb.d\u2019huile laitue et sauce française Placer une feuille de laitue bien croquante dans des assiettes individuelles.Disposer sur cette feuille 3 ou 4 sardines.Hacher finement les échalotes, le persil, les olives et les cornichons et mêler à l\u2019huile et au jus de citron.Arroser de cette sauce les sardines.4 services.Salade macédoine 1 tasse de pois\t1 tasse de haricots j aimes 1 tasse de carottes\t1 petit chou-fleur\tV2 tasse de radis % tasse de concombre\t1 tasse de mayonnaise Si l\u2019on peut se procurer des pois frais, c\u2019est bien préférable.A défaut, on devra choisir des pois de^ belle qualité et il est toujours préférable de les faire chauffer au sortir de la boîte et de les bien égoutter ; il en sera ainsi des haricots.Les haricots frais ont beaucoup plus de saveur.On fera cuire les carottes et le chou-fleur.Pour ajouter un peu de croquant à la salade, on y hachera finement les radis et le concombre.Faire macérer le tout dans de la sauce française et servir avec mayonnaise sur des feuilles de laitue croquante et du persil frais.6 services.Mayonnaise 1\toe\u201c r\t1 c.à thé de sel 2\tc.a the de moutarde\t1 c.à thé de sucre 2 tasses d huile\t2 à 3 c.à tb.de vinaigre Battre l\u2019oeuf légèrement avec le sel, la moutarde et le sucre.Ajouter l\u2019huile en petite quantité, au début, 14 à % c.à thé à la fois.Sitôt que le mélange épaissit, ajouter plus d huile a la fois.Alterner avec le vinaigre.Cette mayonnaise peut se faire avec un moussoir ou avec une fourchette.Tous les ingrédients doivent etre a la meme temperature.Si la mayonnaise se sépare, ou tourne comme l\u2019on dit en langage populaire, on peut la reprendre en recommençant avec un autre oeuf et en procédant de la même façon.Cette mayonnaise se conserve très bien et sert de base à une foule de recettes différentes.Salade de homard en gelée 2\tc.à tb.de gélatine 3\ttasses de jus de tomates 1 c.à tb.d\u2019oignon râpé 1 boîte de homard d\u2019une % livre % tasse de céleri Faire gonfler la gélatine dans l\u2019eau froide 5 minutes.D\u2019autre part, faire chauffer au point d ebullition le jus de tomates, le sel, l\u2019oignon râpé et le vinaigre.Retirer du feu, ajouter la gélatine et bien brasser pour la dissoudre parfaitement.Refroidir à la consistance d\u2019un sirop épais.Ajouter le reste des ingrédients.Bien mélanger et verser dans un moule préalablement huilé et passé à l\u2019eau froide.Laisser prendre bien ferme et démouler sur un lit de verdure, cresson ou persü frais.On peut remplacer le homard par du saumon, du thon ou des crevettes.8 services.3 c.à tb.d\u2019eau froide 1 c.à thé de sel Ÿ4 de tasse de vinaigre V2 tasse de mayonnaise % tasse de pois verts Salade aux légumes frais 10 feuilles d\u2019épinards hachées en fines lanières\t3 tomates hachées 1 carotte moyenne râpée\t% pomme de laitue hachée en fines lanières 1 paquet de creeon haché en fines lanières\t8 radis tranchés 3 échalotes hachées finement\t1/2 tasse de céleri coupé en filets 1 petite gousse d\u2019ail\ty2 tasse de mayonnaise aux concombres Couper en 2 la gousse d\u2019ail et en frotter un grand bol à salade.Ajouter tous les ingrédients et à l\u2019aide de deux fourchettes, remuer la salade pour la bien imprégner de mayonnaise et servir froid avec des tranches de jambon.G à 8 services.Salade aux oeufs durs et au bacon 4 tomates coupées en quartiers\t1 concombre tranché 6 échalotes hachées finement\tg radis émincés 6 oeufs cuits durs taillés en rouelles\t6 tranches de bacon 1 tête de laitue\tsauce française et persil frais Choisir des tomates fermes et les séparer en 8.Tailler les autres légumes en fines rondelles ainsi que les oeufs.Mettre le tout dans un grand bol à salade, arroser de sauce française et laisser macérer 15 à 20 minutes.Dresser sur un lit de laitue.D\u2019autre part, faire frire le bacon bien croustillant, le briser en petits morceaux et en garnir le dessus de la salade.Parsemer ici et là du persil frais haché.6 services.\u2014 Comment pouvez-vous penser cela ?mais Mlle Marguerite affirme qu\u2019une seule chose sur ce point peut la convaincre : c\u2019est si l\u2019on parvient à découvrir le secret de sa naissance et le nom de ses véritables parents.\u2014 Est-ce que cela ne va pas être impossible ?s\u2019écria Mme Dansaus, découragée.\u2014 Non, j\u2019espère que non.Margot n\u2019a, dit-elle, jamais recueilli aucun indice sur sa naissance, mais il n\u2019est pas admissible qu\u2019il en soit de même pour Mme de Blanquefort.\u2014 Qui accompagnait sa mère durant le fameux voyage, pendant lequel celle-ci a adopté Margot, l\u2019interrompit M.Dansaus.Jeannine tressaillit.\u2014 Je ne connaissais pas ce détail, dit-elle, mais il double mon courage et mes espérances.Quel âge avait Mme Blanquefort à cette époque ?\u2014 Sept ou huit ans, environ.\u2014 Pas davantage ?\u2014 Non, mais elle a toujours été précoce et raisonnable ; de telle façon que ce qui aurait échappé à une enfant ordinaire a bien pu s\u2019ancrer dans sa mémoire, pour n\u2019en jamais plus sortir.\u2014 C\u2019est parfait, dit Jeannine : en partant de Paris, j\u2019avais déjà prévu le cas où je serais obligée d\u2019établir que Mme de Lézignac n\u2019avait pas donné le jour à Mlle Marguerite.Pour cela, non seulement je suis allée chez les médecins, mais j\u2019ai recherché la trace des propriétaires de l\u2019hôtel où descendait à cette époque Mme de Lézignac.Louis Villiers releva la tête.\u2014 Et vous ne l\u2019avez pas trouvée, n\u2019est-ce pas, mademoiselle ?demanda-t-il ; car moi-même, il y a quelque temps, je me suis beaucoup occupé de cette question, qu\u2019il m\u2019a été impossible de résoudre.\u2014 J\u2019ai été plus heureuse que vous, fit Jeannine avec son fin sourire discret ; je sais aujourd\u2019hui quelles sont ces personnes et ce qu\u2019elles sont devenues.\u2014 Comment vous y êtes-vous prise ?\u2014 C\u2019est mon secret ; je vous le dirai plus tard, lorsque j\u2019aurai réussi, si, comme je l\u2019espère, nous nous revoyons.\u2014 Je n\u2019insiste pas, mademoiselle, mais je retiens votre promesse.\u2014 Donc, reprit-elle, je m\u2019étais promis d\u2019aller dans le pays qu\u2019habite l\u2019ancienne maîtresse d\u2019hôtel, car son mari est mort, et d\u2019user de toute mon habileté pour lui faire donner les renseignements qu\u2019elle doit avoir sur son ancienne cliente ; aujourd\u2019hui, comme j\u2019ai besoin d\u2019établir non seulement que Mme de Lézignac n\u2019est pas la mère de Margot, mais quelle est cette mère, je compte encore sur l\u2019ancienne propriétaire pour me donner certains détails.Elle était femme ; elle a dû remarquer une personne aussi belle et aussi riche que Mme Eglantine.« Si j'ai la chance qu\u2019elle ait été avec cela un tout petit curieuse, elle peut fort bien ou être montée dans sa chambre, si elle avait la manie de fureter, ou même peut-être encore avoir écouté aux portes.« Tout cela constitue autant d\u2019évep-tualités que beaucoup de prudence, pas mal de diplomatie et, probablement aussi, de l\u2019argent pourront changer en réalités.« Que Mme de Blanquefort me dise quelques mots seulement ; avec ce que j\u2019arracherai à Mme Auréjac, je vous assure que j\u2019ai la presque certitude d\u2019arriver à mes fins.Depuis un instant, Louis Villiers réfléchissait profondément.La belle étrangère, avec sa voix d\u2019or, ses yeux brillants d\u2019intelligence, sa parole irrésistible et convaincue, l\u2019avait absolument pris à son charme.Tenez, mademoiselle, lui dit-il enfin, votre courage, votre énergie, votre persévérance me pénètrent d une si profonde admiration que je veux moi aussi, vous aider.Jeannine pressentit quelque chose de grave qui allait peut-être la servir plus que ne le ferait une année entière d\u2019efforts et de démarches.\u2014 Oh ! parlez, monsieur, parlez, s\u2019écria-t-elle, je vous en prie, qu\u2019avez-vous à m\u2019apprendre ?\u2014 Une chose pour laquelle je vous demande tout d\u2019abord à tous qui êtes ici et sous la foi du serment un absolu silence.Tout le monde jura.\u2014 Dans le coffre-fort de Mme de Lézignac, commença immédiatement le jeune magistrat, nous avons trouvé, entre autres choses, une miniature représentant un homme de vingt-cinq ans environ, et dont la ressemblance avec Mlle Marguerite est tellement frappante, qu\u2019il ne peut être que son père.Au dos de ce portrait étaient écrites les paroles suivantes : « A mon adorée, Adèle-Alexandrine.« Son éternellement fidèle, Henri.» « M.de Rimajou a un instant pensé que cette image avait été donnée à Mme de Lézignac elle-même.Je ne l\u2019ai pas cru.t Les prénoms d\u2019Adèle-Alexandrine ne se rapportent, en quoi que ce soit, en effet, à Mme de Lézignac, qui porte les noms extravagants de toutes les Delorme, quelque chose comme Mir-za, Zénobie, etc.\u2014 Des noms de chiens, quoi ! fit observer Jeannine, chez laquelle, malgré sa gravité, revenaient quelquefois les idées drôles des enfants de Paris.\u2014 Dans tous les cas, reprit M.Villiers, ces deux noms me semblent être une donnée qui peut devenir sérieuse, quoiqu\u2019elle paraisse futile au premier abord.M.Dansaus avançait les lèvres.\u2014 Je trouve que c\u2019est bien peu de chose, dit-il.\u2014 Vous vous trompez !.s\u2019écria Jeannine, c\u2019est au contraire beaucoup.« Que sur les registres d\u2019état civil quelconque, je retrouve la déclaration d\u2019une enfant dont la mère s\u2019appelle Adèle-Alexandrine, et le père Henri, nous avons mille chances contre une d\u2019être en présence de l\u2019acte de naissance de Margot.A défaut de celui-ci, que m\u2019importe dans quelle ville je découvre un acte de décès, portant ces mêmes noms, d\u2019une femme, épouse ou veuve d\u2019un monsieur s\u2019appelant Henri, et je suis arrivée au même résultat.« Merci donc, monsieur Villiers ; votre révélation est des plus importantes.Et si Mme de Blanquefort ne veut pas ou ne peut pas parler, ce que vous venez de me dire me fera peut-être atteindre mon but, en dépit de tous les événements.Il était fort tard.Jeannine, malgré son extraordinaire énergie, était toute pâle et devait certainement se sentir exténuée, autant de l\u2019émotion que lui avait donnée sa visite à Margot, que de la fatigue due à un voyage de seize heures et plus.Suzanne en fit la remarque ; et avec une très grande sollicitude exigea qu\u2019on laissât sa nouvelle amie aller se reposer.Elle n\u2019y pensait guère, et personne, il faut 1 avouer, a part cette charmante enfant qui avait toutes les intuitions et toutes les délicatesses, personne n\u2019y pensait davantage.On eût parlé toute la nuit de ces choses qui, a des degrés différents, intéressaient si profondément tout le monde.Quant à Etienne, celui qui eût dû sentir le premier le besoin de se reposer, c était au contraire de tous ceux qui étaient la le plus enthousiasmé, le plus intéressé.Cet intérêt tenait-il exclusivement à ce qu\u2019on parlait de Margot, ce rêve J Le Samedi, Montréal, 5 août 1950 23 de sa jeunesse, et cette première illusion de son coeur ?Certainement.Mais, qui eût pu affirmer cependant, que le charme presque irrésistible de cette belle fille aux yeux de saphir, et au profil plus exquis que celui des plus belles statues de Pradier, que cette voix d\u2019or qui remuait les foules à Paris, et faisait passer de longs frémissements sous l\u2019épiderme de tous ceux qui l\u2019écoutaient n\u2019étaient pas pour beaucoup dans l\u2019intérêt passionné qu\u2019Etienne trouvait à cette singulière veillée ?Il y avait plus de huit jours qu\u2019il vivait avec elle dans une intimité presque absolue ; assurément, il n\u2019avait pas encore analysé le genre d\u2019impression qu\u2019elle lui avait produit, pas plus que le sentiment jaloux qui l\u2019attirait vers elle ; mais, tout en croyant aimer Margot de la même façon, le malheur arrivé à la jeune fille n\u2019était peut-être pas comme autrefois la plus exclusive de ses préoccupations.Dans tous les cas, il y avait une chose certaine : c\u2019est que lui, qui ne pouvait jadis écouter parler de Jacques Landry sans éprouver un battement de coeur capable de l\u2019étouffer, entendait maintenant prononcer son nom par Jeannine, chose plus grave, avait entendu aussi tous les détails de la passion exclusive qui remplissait le coeur de Margot pour son rival, tout cela, presque sans le remarquer, et à coup sûr, sans en souffrir.Il La désespérée Le lendemain, dès l\u2019aube, Suzanne, en descendant, surprit Etienne en train de cueillir dans le jardin les plus belles fleurs des plates-bandes et de couper impitoyablement sur leurs tiges élancées les superbes roses toutes couvertes de rosée.Il rougit comme un écolier pris en faute.\u2014 Tiens, dit la jeune fille, tu m\u2019épargnes de la besogne, je venais tout juste pour ramasser des fleurs.\u2014 Mais ce n\u2019est pas pour tes jardinières de salon que je fais cette moisson-là, objecta naïvement Etienne.^ \u2014 Pour qui me prends-tu ?fit-elle.Je sais bien que c\u2019est pour Jeannine, va.Et moi-même, je voulais la réveiller en couvrant son lit d\u2019une moisson embaumée.\u2014 Eh bien ! tu emporteras celle-ci, aussi bien, je n\u2019oserai jamais les lui donner moi-même.\u2014 Je voudrais, mais à une condition.\u2014 Laquelle ?\u2014 C\u2019est que je lui dirai que c\u2019est toi qui les a cueillies pour elle.Etienne sourit, mais n\u2019en rougit pas moins de nouveau.Puis, avec un très grand embarras : \u2014 Est-ce bien nécessaire de lui dire cette chose ?.demanda-t-il.\u2014 Cela lui fera plaisir.\u2014 Tu crois.\u2014 J\u2019en suis sûre.\u2014 Elle t\u2019a donc parlé de moi, hier soir ?\u2014 car vous êtes restées bien longtemps ensemble.\u2014- Oui, maman nous a laissées seules ; et j\u2019ai voulu la déshabiller moi-même.Elle a fait beaucoup de difficultés, mais, elle a fini cependant par consentir.Je l\u2019ai même déchaussée.Figure-toi qu\u2019elle a des pieds petits.mais petits, encore plus que les miens.Et Suzanne dans sa naïveté enfantine, avança un petit pied chaussée d\u2019un fin tissu transparent, sous lequel apparaissait la chair toute rose.Et avec l\u2019enthousiasme de son pays, la petite Gasconne raconta combien Jeannine était belle, bonne, affectueuse et caressante.\u2014 Jamais, fit-elle, on ne dirait qu\u2019elle est familière et gentille, quand on la voit avec son grand air grave et sa distinction, un peu froide.Lorsqu\u2019elle a été couchée, elle m\u2019a dit de l\u2019embrasser, et, me jetant les bras autour du cou, elle m\u2019a regardée longtemps.et m\u2019a dit : \u2014 Que vous êtes jolie! Vous devez ressembler à votre mère, lorsqu\u2019elle était jeune.Puis elle a ajouté : \u2014 Quelle mère vous avez !.et comme vous devez l\u2019aimer ! « Alors, elle m\u2019a raconté combien la sienne avait travaillé pour l\u2019élever, et comment Mme Noyelle est morte à la tâche ; car il paraît qu\u2019elle a, en effet, succombé à la fatigue et à l\u2019excès de travail.« Comme elle pleurait !.en parlant de cette pauvre femme.On dit qu\u2019à Paris elle va toujours porter sur sa tombe les plus beaux bouquets qu\u2019on lui jette au théâtre.J\u2019étais très émue, tu le comprends, aussi, j\u2019ai raconté tout cela à maman avant d\u2019aller me coucher.\u2014 Et maman.qu\u2019est-ce qu\u2019elle t\u2019a répondu ?demanda Etienne, qui écoutait avec une sorte d\u2019avidité tout ce qui touchait à Jeannine.\u2014 Maman dit que c\u2019est une fille hors ligne, qui a des sentiments d\u2019une élévation extraordinaire, et qui avec ça est tout ce qu\u2019il y a de plus honnête.\u2014 Je suis étonné, Suzanne, dit tout à coup Etienne, que maman n\u2019ait pas eu, de préventions contre Mlle Jeanne, qui, après tout, est une actrice.Tu sais, en général, les femmes de province regardent de fort haut tous ces gens-là, qu\u2019ils appellent des cabotins ou des cabotines.\u2014 Oh ?pas maman ?Elle est bien trop intelligente pour cela, et elle-même a sa peinture en trop grande adoration.Ainsi, hier soir, elle m\u2019a encore dit que, si nous avions habité une grande ville et si j\u2019avais eu la vocation artistique, elle eût été très fière de me voir devenir une actrice, mais.comme Jeannine.Plus câlinement encore, Etienne se rapprocha de sa soeur.\u2014 Au milieu de tout ça, fit-il, tu ne m\u2019as pas dit si Jeannine t\u2019avait parlé de moi.\u2014 Bien sûr qu\u2019elle m\u2019en a parlé, et beaucoup encore.\u2014 Et qu\u2019est-ce qu\u2019elle t\u2019a dit ?Suzanne devint toute grave.\u2014 Pardon, dit-elle, c\u2019est mon secret ! \u2014 Je t\u2019en prie.\u2014 Oh ! il n\u2019y a pas de prière qui tienne.Je ne la trahirai pas.Rien, du reste, n\u2019est sacré comme les confidences que les jeunes filles se font entre elles ! Et sur ce mot, elle s\u2019envola, emportant contre sa poitrine sa brassée de fleurs- Etienne, tout étourdi, n\u2019eut le sang-froid ni de la retenir, ni de courir après elle.Des confidences !.Jeannine avait fait des confidences à Suzanne, à propos de lui.Qu\u2019avait-elle donc pu lui dire ?Probablement, qu\u2019il était gauche ou timide ou embarrassé, ou qu\u2019il ne ressemblait pas aux beaux jeunes gens à la mode qui, le soir, dans les coulisses de son théâtre, lui portaient de si splendides bouquets, et lui tournaient des compliments si raffinés ! Et le coeur malade, l\u2019esprit inquiet, tourmenté, malheureux, il se mit à se promener dans les allées du parc, attendant le lever de Jeannine ou le retour de sa soeur.Ce fut Mme Dansaus qui apparut une demi-heure après.\u2014 Je vais chez Mme de Blanquefort, dit-elle, afin de lui demander de bien vouloir recevoir Jeannine dans la matinée ; accompagne-moi.Etienne fut lestement prêt.Dans la rue, tout le monde arrêtait la femme du maire et son fils.Le goût fait foi de tout! .À tout autre marque, les Canadiens préfèrent le THÉ SA1ADA Vous cjui aimez la lectuïe .I .vous aimeriez tout particulièrement LA REVUE POPULAIRE, le magazine de bon ton qui a sa place dans tout foyer.Chic de la première à la dernière page, cette publication qui s\u2019adresse tout d\u2019abord à la femme ne manque pas d\u2019intérêt non plus pour l\u2019homme avec ses chroniques diverses touchant la littérature, les voyages et les événements sociaux.Chacun de ses numéros contient un roman d\u2019amour complet judicieusement choisi parmi les plus récentes oeuvres d\u2019auteurs en vogue.Ainsi, LA REVUE POPULAIRE d\u2019août offre à ses lectrices et lecteurs : LE CHEMIN DU REVE par LISE DE CERE Vous y trouverez en outre des chroniques intéressantes sur la cuisine, le soin des enfants, la décoration intérieure, nos mots croisés et quoi encore ?Si pour la modique somme de 20 sous, vous pouvez passer une soirée plus distrayante, nous acceptons le pari.mais entre nous, vous y perdriez, car vous plaira à ce point que vous désirerez la lire tous les mois.Pour ne jamais être désappointée et la recevoir régulièrement par courrier, remplissez le coupon ci-dessous.pÔPUlMR* ¦ ¦ ¦ I ¦ Coupon d\u2019abonnement Canada 1\tan - $1.50\t1 an 2\tans .2.50 Etats-Unis $2.00 2 ans .3.50 0 IMPORTANT :\tIndiquez d'une croix s'il s'agit d'un renouvellement.Nom_____ Adresse.Ville.Province.POIRIER, BESSETTE & CIE, LTEE 975-985 rue de Bullion MONTREAL 18, P.Q. 24 Le Samedi, Montréal, 5 août 1950 Enfin, M Etienne était donc revenu de son voyage, mais il avait bien bonne mine ; véritablement, il était tout à fait guéri, on avait tant de sympathie pour la famille Dansaus C\u2019était vrai.Mais la curiosité gasconne ne perdait pas ses droits non plus, et l\u2019on ne tardait pas à ajouter, lorsqu\u2019on voyait la mère heureuse et flattée sourire du compliment : \u2014 Et cette superbe jeune femme que vous avez ramenée, monsieur Etienne, on dit que c\u2019est la grande actrice Jeannine ! Est-ce vrai ?-\u2014 Parfaitement « Est-ce qu\u2019elle connaissait Mlle Marguerite ?.Il paraît qu\u2019elle est allée la voir hier soir dans sa prison.N\u2019est-ce pas un conte ?\u2014 Non, dit à son tour Mme Dansaus, et c\u2019est moi qui l\u2019ai accompagnée.Et, pour couper court aux indiscrétions qui menaçaient de se développer outre mesure, Mme Dansaus entraîna son fils, et, ne voulant plus s\u2019arrêter avec personne, elle se dirigea tout droit vers la maison de Lézignac.Malgré le peu de paroles échangées et les sobres explications données par la mère et le fils, les gens de Violâmes ne s\u2019en livrèrent pas moins à de formidables commentaires.Certainement, ni l\u2019arrestation de Margot, ni celle même de Mme de Lézignac n\u2019avaient produit un effet pareil à l\u2019arrivée de Jeannine.Comprenez donc, une semblable étoile, une femme dont tous les journaux s\u2019occupaient, à qui, disait-on, des princes étrangers venaient d\u2019offrir leur trône, et qui, en plein succès, avant la fin de l\u2019Exposition, quittait tout pour arriver à Violâmes s\u2019occuper des affaires de cette petite Margot, une empoisonneuse.\u2014 Où l\u2019avait-elle connue ?.Car elles se connaissaient, le geôlier affirmait les avoir entendues se tutoyer dans la cellule, la veille au soir.Les unes croyaient que c\u2019était à Toulouse ; d\u2019autres dans les Pyrénées ; d\u2019autres encore allaient plus loin, et, les ardentes imaginations du Midi se donnant cours, on assurait qu\u2019il devait y avoir quelque grosse anguille sous roche.Ceux qui avaient entrevu Jeannine, traversant la ville en voiture découverte, affirmaient qu\u2019elle avait dans le profil beaucoup de Mme de Lézignac, qu\u2019elle pourrait par conséquent, bien être la fille de celle-ci et la soeur de Margot.Et les langues allaient.allaient.Enfin, on était dans une petite ville et cette petite ville était située en Gascogne, n\u2019est-ce pas tout dire ?Une demi-heure après, Mme Dansaus revint chez elle.La mère d\u2019Etienne était très pâle et paraissait profondément impressionnée.Jeannine se promenait au jardin, où elle causait avec Suzanne et M.Dansaus, qui était loin d\u2019avoir renoncé à lui faire réciter quelque chose.Reposée des fatigues du voyage, le teint légèrement rosé par l\u2019air vif du matin, elle n\u2019avait peut-être jamais été aussi irrésistiblement jolie que ce jour-là.Elle avait remplacé son costume de voyage par une élégante petite toilette en cachemire gris perle d\u2019une simplicité et d\u2019une grâce extraordinaires.Une ceinture ronde serrait sa taille mince et faisait ressortir sa magnifique poitrine, qui se moulait abondante et ferme sous le souple tissu dont elle était couverte.Sa manche, un peu courte, laissait voir un poignet d\u2019une délicatesse extrême et l\u2019attache divine de sa main longue, fuselée, comme la main d\u2019une statue grecque.Sous les premiers rayons d\u2019un chaud soleil d\u2019automne, sa chevelure de Vé- nitienne avait plus que jamais de magnifiques reflets d\u2019or.Sa coiffure retombant sur la nuque, comme on les portait alors, accentuait la grâce infinie de son cou, un peu long, et de ses portait du côté gauche, les plus belles des roses qu\u2019Etienne avait cueillies pour elle.Elle éblouit le jeune homme, qui osait à peine s\u2019approcher.Mme Dansaus obéissant à une vieille habitude, déposa un baiser sur le front que Suzanne vint mettre à portée de ses lèvres.Puis, se tournant vers Jeannine : \u2014 Vous êtes ma fille aussi, dit-elle, au moins pendant quelques jours, venez.Jeannine s\u2019inclina, et toute recueillie, mais toujours irrésistiblement gracieuse, reçut de l\u2019excellente femme celte sorte de bénédiction matinale.En se relevant elle tendit fraternellement sa main à Etienne.\u2014 Merci de vos fleurs, dit-elle, elles m\u2019ont fait beaucoup de plaisir ; voyez, je m\u2019en suis parée sur-le-champ.Puis, s\u2019adressant à Mme Dansaus : -\u2014Et votre démarche, chère madame, a-t-elle réussi ?Le visage sympathique de Mme Dansaus se recouvrit aussitôt du voile de tristesse qu\u2019avait un instant dissipé la vue de ces deux enfants : l\u2019une aussi fraîche et aussi jolie qu\u2019un portrait de Watteau ; l\u2019autre, magnifique et superbe comme le plus beau des marbres de l\u2019antiquité .-\u2014\u2022 Oui, dit-elle, avec un profond soupir, j\u2019ai réussi, mais quel désespoir ! mon Dieu ! Quel désespoir que celui de cette jeune femme.Certainement, elle sera ou morte, ou folle, avant la fin de ces tristes affaires !.Un pli se creusa entre les sourcils délicats de Jeannine, une larme perla à ses longs cils.\u2014 C\u2019est que c\u2019est bien épouvantable, en effet !.murmura-t-elle.\u2014 Oui, et la marquise ne se fait pas plus à l\u2019idée que sa mère peut être la coupable qu\u2019à celle d\u2019accepter, ce qu\u2019elle croit, comme nous, être l\u2019extrême dévouement de Margot.Jeannine tressaillit.\u2014 Alors, dit-elle elle consentira à parler, et si elle sait quelque chose, elle le dira ! -\u2014J\u2019en suis sûre.\u2014 A quelle heure m\u2019attend-elle ?\u2014 Tout de suite.Jeannine s\u2019élança en courant vers la maison, et quelques secondes après elle revenait toute prête pour sortir.Quand on la vit traverser la rue, à côté de Mme Dansaus, avec ses yeux baissés, sa démarche élégante et modeste, sa toilette que toutes les jeunes filles du pays eussent pu porter comme elle, tant elle était simple et de bon goût, elle conquit d\u2019emblée toutes les sympathies ; et, cependant il y eut comme une déception parmi tous ceux qui la regardaient.\u2014 Cette jeune fille-là se disait-on, une actrice !.Et Jeannine, encore, la grande tragédienne !.Est-ce que c\u2019était possible ?.Il y avait donc des artistes qui ressemblaient à tout le monde ?On s\u2019en étonnait d\u2019une façon surprenante ; mais, cependant, il fallut bien le croire, car on voyait la jeune fille, et de très près encore.Arme, qui était dans un état de faiblesse et d\u2019énervement tellement extraordinaire qu\u2019il en devenait alarmant, avait néanmoins voulu se lever, pour recevoir Jeannine.Toutes les pièces du rez-de-chaussée et du premier étage restaient fermées par ses ordres, et c\u2019était dans l\u2019appartement de son père, au second, qu\u2019elle s\u2019était installée.Elle était vêtue d\u2019un peignoir de cachemire blanc, et ses joues avaient certainement la même matité que l\u2019étoffe dont elle était enveloppée.Ses cheveux très bruns, d\u2019une finesse impossible à dire, tombaient un peu en désordre sur son cou, et faisaient ressortir encore, si c\u2019est possible, 1 extrême pâleur de son visage.Seuls, ses yeux, ombragés de longs cils, ressortaient semblables à deux es-carboucles ; elle n\u2019avait jamais été jolie, mais dans ce moment-là, avec sa souveraine distinction, son attitude mourante et brisée, elle était belle.Dès le seuil de la porte, Jeannine fut frappée de la grâce et du charme de la jeune femme, qui ressemblait à une jeune morte enlevée de son tombeau.Anne, de son côté, était admirablement disposée en faveur de l\u2019artiste ; car Mme Dansaus, en qui elle avait une absolue confiance, venait de lui raconter l\u2019histoire du dévouement sublime de Jeannine.Tout ce qui était grand touchait profondément la fille de Gaëtan.\u2014 Entrez, mademoiselle, lui dit-elle dès qu\u2019elle l\u2019aperçut, entrez ; il y a donc sur terre des créatures aussi nobles qu\u2019elles sont intelligentes et belles ?\u2014 Mais, madame la marquise, vous n\u2019avez pas besoin d\u2019aller les chercher au loin, fit Jeannine avec son plus gracieux sourire, et M.de Blanquefort, s\u2019il était ici, vous dirait certainement où il saurait en trouver une.L\u2019accent était vrai ; avec cela, la sympathique et profonde admiration qui brillait dans le grand oeil ardent de Jeannine était tellement si n c è r e, qu\u2019Anne en fut touchée.\u2014\tNe parlons pas de moi, s\u2019écria-t-elle, je vous en prie.Je ne compte plus dans ce monde, où j\u2019espère d\u2019ailleurs ne pas rester longtemps.Jeannine s'était assise, à côté de la jeune femme, sur un petit canapé qu\u2019Anne affectionnait.D\u2019un mouvement doux et caressant, elle prit la main de la marquise.\u2014 C\u2019est vous murmura-t-elle, c\u2019est vous, qui parlez ainsi, vous, à qui, cependant, il reste tant d'affections et de devoirs ! Anne tressaillit.Jeannine lui faisait déjà éprouver cette irrésistible sympathie que ressentaient pour elle tous ceux qui la voyaient de près et sous un certain jour.\u2014\tAh ! continua la jeune fille, vous êtes bien malheureuse, je le sais ; mais aussi, n\u2019êtes-vous pas aimée, et aimée par-dessus tout par celui que vous avez choisi ?Ne vous aime-t-il pas toujours comme autrefois, ne vous vénère-t-il pas encore plus peut-être qu\u2019il ne vous aime ?Et M.de Lézignac.lorsqu il reviendra de son lointain voyage, qui trouvera-t-il pour le consoler, l\u2019entourer de ses soins, et plus tard lui fermer les yeux, si vous vous êtes laissée mourir de découragement et de désespoir.«Et Margot?.cette pauvre petite qui vous doit sa vie morale comme je voudrais que, plus tard, elle me dût à moi son bonheur ; Margot, n\u2019avez-vous pas encore des devoirs à remplir envers elle?.N\u2019a-t-elle pas besoin de vous pour l\u2019initier à la vie d\u2019abnégation et de sacrifice qui est celle de toute femme, même de la plus aimée ?\u2014\tC\u2019est vrai, murmura Anne, mais je ne peux pas ! Je ne peux pas !.L\u2019accent de Jeannine était doux comme une caresse ; on sentait à certaines inflexions brisées de sa voix, que celle qui parlait ainsi, n\u2019était étrangère ni aux luttes, ni à la douleur.Des sanglots semblables a des spasmes secouaient la marquise.\u2014\tJe suis si malheureuse, répétait-elle au milieu de ses larmes, je suis si malheureuse ! Oui, répondit Jeannine, une extraordinaire catastrophe a, en effet bouleversé votre vie, et je ne crois pas qu\u2019il puisse en arriver de plus terrible que celle-là ; mais je vous le répè- LA VIE COURANTE .par Georges Clark \u2014 Précoce ou non, quatre histoires de crimes en une seule soirée, c'est de l'abus./ Le Samedi, Montréal, 5 août 1950 25 te, une créature aussi admirablement douée que vous, faite de dévouement et de loyauté comme vous, n\u2019a pas le droit de se laisser aller au découragement auquel vous êtes en proie.«Il me semble que le spectacle de votre douleur, de votre détachement de toutes choses, il me semble que votre désir de la mort et votre inconsolable désespoir doivent froisser l\u2019âme si délicate de M.de Blanquefort.\u2014 Vous le connaissez donc?fit la jeune femme étonnée.\u2014 Oh! oui, soupira Jeannine d\u2019un ton doux et triste, Jacques m\u2019a tant parlé de tout ce qui touche à Margot !.L\u2019accent de la jeune fille alla droit au coeur de Mme de Blanquefort; elle se souvint de ce que la femme du maire venait de lui raconter.Jeannine avait aimé Jacques Landry, comme pouvait aimer la créature loyale et sérieuse qu\u2019Anne avait devant les yeux.Mais elle avait trouvé un rival dans le coeur de Jacques et aujourd\u2019hui, au lieu de profiter, pour reprendre sa place, de la foudroyante accusation qui atteignait Margot, elle était accourue au contraire, mettant toutes les forces de son intelligence et de son coeur à vouloir la sauver et la rendre à celui qui la lui avait préférée.Jeannine continuait à parler, à dire quelle énergie Anne devait trouver dans l\u2019amour de son père, dans celui de son mari.Et pendant ce temps, la jeune femme pensait que celle qui lui tenait ce langage avait bien le droit, en effet, de conseiller l\u2019oubli de soi-même et la force morale.Jeannine évitait de parler de Mme de Lézignac, et tout, dans ses paroles, se faisait réconfortant et bon, rien n\u2019était blessant ou capable de froisser la moindre susceptibilité d\u2019Anne.\u2014 En supposant que les pires malheurs vous arrivent, reprit-elle au bout de quelques instants, vous changerez de pays, vous partirez avec votre mari et votre père, vous laisserez le désespoir et la honte derrière, mais vous emporterez l\u2019intimité et le bonheur.n\u2019est-ce pas tout ?\u2014 Et Margot?.soupira Anne, et Margot !.je ne peux pas partir salts elle.\u2014 Aussi, je suis ici pour vous demander de m\u2019aider à la sauver : elle peut, je crois, et d\u2019après ce que j\u2019ai pu comprendre à quelques mots qui lui ont échappé, prouver qu\u2019elle n\u2019a pas préparé la tisane, ni certainement versé la drogue \u2014 quelle qu\u2019elle soit \u2014 qu\u2019on a mêlée à l\u2019infusion.\u2014 Elle doit savoir autre chose, dit Anne, les yeux brillants et les dents crochetées.-\u2014 C\u2019est possible ; mais cette autre chose ne la concerne probablement pas, et, avec son caractère, vous êtes bien sûre qu\u2019elle ne le dira jamais.« D\u2019ailleurs, une seule préoccupation aujourd\u2019hui doit nous servir de but : c\u2019est de faire tomber l\u2019accusation qui pèse sur Margot, n\u2019est-ce pas ?\u2014 Elle ne veut pas parler ?\u2014 Elle parlera.\u2014- A quelles conditions ?Jeannine hésita.\u2014 Oh! dites tout, s\u2019écria Anne.Vos paroles m\u2019ont fait du bien ; depuis trois mois que je me consume ici dans le désespoir et la honte, ce sont les premières qu\u2019on m\u2019ait adressées, capables de relever mon courage.« Oh ! je ne parle pas de mon mari.dont l\u2019adorable bonté ne s\u2019est pas démentie un seul jour.Mais lui, il souffre tant de me voir souffrir que, presque toujours, il ne sait que pleurer avec moi, et n\u2019a plus la force de me donner un conseil.Tandis que vous.vous m\u2019avez parlé de mes devoirs, vous m\u2019avez persuadé que mon découragement était un crime, et que mon père, plus malheureux que moi, me réclamait encore.«Dans la nuit profonde où ces terribles événements avaient jeté ma conscience et ma volonté, vous m\u2019êtes apparue comme une divine étoile, et vous m\u2019avez montré, en l\u2019illuminant, la route obscure.« N\u2019ayez crainte ; l\u2019extraordinaire dévouement de votre vie vous donne le droit de me parler de certaines choses ; osez, il me semble que vous êtes une amie connue depuis longtemps ; c\u2019est vrai, je vous le permets ! La parole lente d\u2019Anne, ses grands yeux dont l\u2019expression, d\u2019ordinaire un peu dure, était maintenant remplacée par une douceur et une tendresse infinies, bouleversaient Jeannine.Est-ce qu\u2019elle devenait folle ?Par moments, il lui semblait retrouver dans le regard de la jeune femme l\u2019inoubliable et profonde expression de Jacques Landry.\u2014 L\u2019aimerais-je toujours ?murmurait-elle avec effroi, l\u2019aimerai-je toujours, que je le retrouve partout?.Et, terrifiée, elle se recueillit un instant, et descendit au fond d\u2019elle-même.Non, son coeur, à ce souvenir, ne battait pas plus vite ; décidément, la volonté avait bien vaincu la passion : Jacques, aujourd\u2019hui, était pour elle un frère.La marquise, voyant les hésitations de la jeune fille et s\u2019y méprenant continua : \u2014 Il y a quelques jours, Margot ne voulait pas parler à aucun prix ; aujourd\u2019hui, si elle y consent, c\u2019est que vous avez fait un miracle, Jeannine.Dites-moi ce que je puis faire de mon côté pour qu\u2019elle se décide tout à fait, n\u2019ayez aucune crainte, je n\u2019hésiterai ni ne reculerai.\u2014 Elle veut être sûre, dit Mlle No-yelle d\u2019une voix basse et entrecoupée, elle veut être sûre, mais irrévocablement sûre, que Mme de Lézignac n\u2019est pas sa mère ?Anne cacha sa tête dans ses mains.\u2014 Je suis de son avis, dit-elle au bout de quelques instants.Malgré les affirmations du docteur Donneau, je crois, comme Margot, que le secret professionnel peut avoir clos ses lèvres.\u2014 Je vous parlerai tout à l\u2019heure de mon opinion là-dessus, l\u2019interrompit la tragédienne ; mais tout d\u2019abord pourquoi Mme de Lézignac aurait-elle dissimulé et sa grossesse et la naissance de cette enfant, puisqu\u2019elle avait un mari et qu\u2019elle vivait avec lui ?Un nuage de pourpre s\u2019étendit sur le visage pâle de la jeune femme.\u2014 J\u2019ai eu un frère, dit-elle, un frère qui est mort dans les Pyrénées d\u2019une façon terrible ; ma mère put avoir peur d\u2019un.accident de ce genre pour un autre de ses enfants !.\u2014 Non ! murmura Jeannine, cette éventualité-là n\u2019est pas admissible car, vous-même, qui aimiez Margot d\u2019une façon toute maternelle, vous saviez bien que vous étiez la seule à vous intéresser vraiment à elle dans la maison.Du reste, je suis allée voir moi-même M.Donneau avant de quitter Paris, et j\u2019ai rapporté de cette visite la conviction absolue qu\u2019il avait des preuves morales et certaines comme quoi Mme de Lézignac ne pouvait pas être la mère de Margot.Et Jeannine, avec un admirable tact, raconta une partie de ce que nos lecteurs savent déjà.\u2014 Avez-vous donné ces détails à notre pauvre captive ?demanda Arme.\u2014 Oui, et sans en rien omettre.\u2014\tQue vous a-t-elle répondu ?\u2014\tQue la science s\u2019est souvent trompée ; et que, en présence d\u2019une semblable incertitude, l\u2019honneur lui faisait un devoir de se taire.\u2014\tC\u2019est mon avis, dit Anne, en baissant tristement la tête.\u2014 Oui, mais elle a ajouté ceci : « \u2014 Retrouve le nom de ma véritable mère, et sans dire un mot qui puisse compromettre ma marraine, je te jure que je sortirai d\u2019ici.» \u2014 Qu\u2019allez-vous faire ?\u2014 Mais retrouver ce nom.\u2014 C\u2019est impossible, vous n\u2019y réussirez pas.M.Villiers et ses amis ont échoué dans cette tâche.\u2014 Je suis sûre d\u2019arriver, moi, à mon but, surtout si vous m\u2019aidez.\u2014 Oh ! parlez, que puis-je faire .Je suis à votre disposition et d\u2019une manière absolue, je vous le jure ! \u2014 Je n\u2019en doutais pas.Vous avez, paraît-il, accompagné Madame votre mère durant le voyage après lequel elle revint à Violâmes, en ramenant Margot.Vous aviez sept ou huit ans, mais vous avez dû remarquer bien des choses.Anne laissa tomber ses bras avec découragement.\u2014 Vous vous trompez, dit-elle, je ne me souviens de rien.\u2014\tComment !.de rien !.\u2014 Non, de rien.Vous me parlez là d\u2019une chose à laquelle j\u2019ai certainement bien des fois pensé et réfléchi, sans qu\u2019il m\u2019ait été possible d\u2019éclaircir ce mystère, ni de déchirer le voile qui est sur ma mémoire.Je me rappelle parfaitement mon départ de Violâmes ; encore mon arrivée à Agen, et même notre installation dans un hôtel de Paris.Mais à partir de cet instant, et comme si un vague sommeil m\u2019eût prise, il n\u2019y a plus rien dans mon souvenir, absolument rien.\u2014\tCe n\u2019est pas possible ! s\u2019exclama Jeannine.\u2014\tC\u2019est comme cela, cependant, fit la marquise d\u2019un accent profondément découragé.« Et si vous saviez pourtant, reprit-elle au bout de quelques minutes, à quel point autrefois j\u2019ai essayé d\u2019éclaircir ce mystère.ce que j\u2019ai fait d\u2019efforts pour me rappeler un seul détail de ce voyage, fût-ce le plus insignifiant ! « Rien, toujours rien.« Il y avait dans ma pensée comme un mur infranchissable, que ma persévérance et ma volonté ne sont jamais parvenues à faire tomber.Jeannine, les sourcils froncés, paraissait en proie à une sorte de colère concentrée mais terrible.Elle était devenue très pâle ; ses yeux de saphir étaient maintenant aussi noirs que ceux de la marquise ; ses fines narines se dilataient, tandis qu\u2019au coin de ses lèvres quelques légers frémissements se montraient.Cette Mme de Lézignac était donc le génie du mal lui-même, qu\u2019elle avait tout prévu, avec un divination à coup sûr diabolique !.Elle avait amené Anne pour se préserver des soupçons ou de la haine de son mari, car le secret de la naissance de Margot devait être grave, \u2014 plus Jeannine avançait dans ses recherches, et plus elle en était convaincue ; \u2014 mais, en même temps, elle avait certainement fait boire un narcotique à sa fille, afin que celle-ci ne pût se souvenir de ce qui se passerait devant elle, et devenir par la suite un témoin dangereux.Toutes deux maintenant se taisaient.Anne, la tête appuyée sur sa main, et légèrement renversée sur sa causeuse, semblait, avec ses prunelles fixes et sa physionomie profondément découragée, remonter par la pente des souvenirs tout le cours de sa vie.Jeannine, de son côté, se demandait avec une véritable angoisse si tous ses efforts ne seraient pas inutiles, si la fatalité qui poursuivait Margot n\u2019allait pas également clore les lèvres de Mme Auréjac, ou anéantir sa mémoire.\u2014 Rien, balbutia-t-elle, pas un indice \u2014 que faire ?ANEMIE SANG APPAUVRI , Ce tonique riche en vitamines ramène infailliblement le sang à son état normal.Nommes, Femmes, Enfants Chez votre pharmacien Elixir Toniqu Montie O.WATSON A CO.Montreal FAUSSES DENTS Fin des embarras dûs à leur malajustement Nombreux sont ceux qui connurent le terrible embarras causé par un glissement ou autre accident de même nature arrivé à leur dentier, toujours à un moment inopportun.Prenez le moyen pour éviter ce risque.Vous n\u2019avez qu\u2019à saupoudrer légèrement votre dentier de FASTEETH, poudre alcaline (non-acide).Fanit adhérer les fausses-dents avec plus de fermeté, d\u2019où plus grand confort.Ne surit pas.Enraye l\u2019\u201codeur des dentiers\u201d.Procurez-vous FASTEETH chez n\u2019importe quel pharmacien.\t2 Mal de Tête Rien n'estplus pénible que les maux de fête .Pourquoi souffrir?.La poudre Lambly soulage instantanément le mal d\u2019oreilles, le mal de dents, la névralgie, les douleurs du dos, de l\u2019estomac, desintestins.POUDRES L£ M B LY\u2019S NTRE LE MAL DE TÊTE DETECTIVES ¦ Agents secrets.Hommes ambitieux de 18 ans et plus demandés partout au Canada, pour devenir détectives.Ecrivez immédiatement à CANADIAN INVESTIGATORS INSTITUTE.Casier 25, Station T.\tMontréal, P.Q.CO \u2022 O Sri I 1 26 Le Samedi, Montréal, 5 août 1950 \u2014 Une seule chose, à laquelle certainement je n\u2019avais pas songé depuis de bien longues années, est demeurée enfouie dans un coin de ma pensée et se réveille à l\u2019instant même, murmura la marquise, comme frappée subitement d\u2019un lointain souvenir.J eannine comprima à deux mains son coeur, qui l\u2019étouffait.Il y avait donc quelque chose.\u2014 Ne vous hâtez pas d\u2019espérer, reprit tristement Anne, qui vit son émotion ; c\u2019est si effacé, si indistinct, que c\u2019est peut-être l\u2019image persistante d\u2019un rêve que j\u2019ai confondu avec la réalité.\u2014 N\u2019importe, dites toujours, oh! je vous en supplie, dites bien tout ! \u2014 Il m\u2019est resté comme une vague idée d\u2019avoir vu des navires, beaucoup de navires, les uns avec des mâts élancés et sveltes, les autres avec de grandes cheminées massives et noires.Et je me rappelais de cela à une époque de ma vie, où je n\u2019étais même pas allée à Bordeaux, où je n\u2019avais vu ni port, ni rade, ni vaisseau.Jeannine avait écouté la marquise, le sein palpitant et la gorge serrée.-\u2014 Ah ! Dieu ! s\u2019écria-t-elle, si Mme Auréjac pouvait maintenant se rappeler, elle aussi !.Si elle pouvait me certifier que Mme de Lézignac à cette époque s\u2019est absentée quelques jours de son hôtel ! pour y revenir après, devrais-je visiter tous les ports de mer du monde entier, je crois que je retrouverais la trace que je cherche.Le visage de la jeune fille resplendissait : ses traits portaient l\u2019empreinte d\u2019une énergie et d\u2019une volonté à toute épreuve.Anne en fut frappée.\u2014 Ah ! dit-elle, si de ce naufrage, où périra certainement tout ce que nous avons ici d\u2019intime et de sacré, nous pouvons sauver Margot, eh bien, je vous le jure, je suivrai vos conseils, je reprendrai courage, je penserai qu\u2019autour de moi il y a des existences encore plus désolées et plus brisées que la mienne, et j\u2019oublierai tout ce qui ne sera pas mon père, mon mari, et ma pauvre petite soeur ! Quant à vous, qui m\u2019avez rappelée à mes devoirs, soyez mon amie, Jeannine, voulez-vous ?La fille de Gaëtan produisait une singulière impression sur Jeanne Noy-elle, qui se sentait étreinte d\u2019une irrésistible sympathie pour cette créature brisée, si touchante dans sa pâleur désespérée et chez laquelle veillait cependant toujours l\u2019âme droite et généreuse de son père.\u2014 Vous reviendrez, murmura Anne.\u2014 Plus tard, oui ; mais non pas aujourd\u2019hui même, car je pars.\u2014 Aujourd\u2019hui ?.et vous êtes arrivée seulement hier, m\u2019a dit Mme Dan-saus.Mais la fatigue vous tuera.\u2014 Non, la fatigue n\u2019a pas de prise sur moi, lorsqu\u2019il s\u2019agit de ceux que j\u2019aime.Margot souffre, elle se sacrifie à je ne sais quelle héroïque chimère, et pendant ce temps, Jacques Landry peut arriver ! ce Jacques dont l\u2019âme est si délicate, si fière, si susceptible ! Comme moi, il est seul sur terre ; songez-vous à ce qu\u2019il souffrirait, s\u2019il savait sa fiancée sous le coup de cette épouvantable souillure ?.Non, non, Jacques est mon frère, je dois lui épargner cette horrible torture, si je le peux.Anne voulut accompagner sa nouvelle amie jusqu\u2019en bas de la maison où discrètement, Mme Dansaus était demeurée à l\u2019attendre .Gratien de Blanquefort, prévenu, n\u2019avait pas voulu laisser la femme du maire toute seule, et, tristement, tous deux, ils s\u2019étaient entretenus de ces terribles événements.\u2014 Je vous en prie, disait, en descendant, Jeannine à sa nouvelle amie, remplacez-moi auprès de Margot, donnez-lui du courage et, surtout, entre-tenez-la dans cette idée que, si elle n\u2019est pas la fille de Mme de Lézignac, elle n\u2019a pas le droit de sacrifier son honneur, qui est celui de Jacques.\u2014 Oui, murmura Arme, toute grave, comptez sur moi, je remplirai ce devoir-là.A l\u2019aspect de sa femme, en proie à une tristesse toute aussi profonde, mais plus douce et plus résignée, Gratien tressaillit.Mme Dansaus venait de lui affirmer que Jeannine était une fée, une fée de grandeur, d\u2019énergie et de dévouement.Cette fée avait-elle fait le miracle d\u2019apaiser Anne ?\u2014 Venez me voir, madame, dit celle-ci doucement, à Mme Dansaus, en s\u2019avançant vers elle ; vous êtes si bonne, que vos visites me feront du bien ; pardonnez-moi de les avoir refusées jusqu\u2019ici !.L\u2019excellente femme ne put retenir ses larmes.\u2014 Vous n\u2019aurez pas d\u2019amie plus dévouée que moi, ma chère enfant, lui dit-elle, d\u2019un accent vrai et sincère.\u2014 Ni plus discrète, interrompit Anne, je le sais.Une énergique pression de mains accompagna la réponse de la mère d\u2019Etienne.\u2014 La nuit, le jour, tant que je pourrai vous être utile, je serai à votre disposition, dit-elle, très émue.Sur le seuil de la porte, Jeannine et la marquise s\u2019embrassèrent encore.\u2014 Oui ! mais la tragédienne le jurait : à la première nouvelle, elle enverrait à Mme Dansaus une dépêche en termes convenus et faite pour déjouer la curiosité publique.Jeannine s\u2019éloigna.La porte s\u2019était à peine refermée qu\u2019Anne prit les deux mains de son mari.\u2014 Je suis une égoïste, Gratien, lui dit-elle ; avec un mari comme toi, c\u2019est un crime de m\u2019être laissée aller à mon désespoir comme je l\u2019ai fait jusqu\u2019ici ; me le pardonneras-tu ?Il la regarda avec une expression de tendresse et d\u2019amour impossible à décrire.\u2014 Est-ce que tout ne t\u2019est pas pardonné ?fit-il en appuyant ses lèvres sur les cheveux parfumés de la jeune femme.Ils remontèrent dans leur appartement et, là, la marquise raconta à M.de Blanquefort tout ce qui s\u2019était passé entre Jeannine et elle.\u2014 Je n\u2019avais pas encore voulu te parler, lui dit-elle, de l\u2019horrible combat qui se livrait en moi ; j\u2019avais peur de te paraître une fille dénaturée.Mais, certainement, la plus âpre de mes tortures était l\u2019idée que Margot, innocente, allait être sacrifiée !.Et cependant, je ne pouvais pas user de mon influence sur elle pour la faire parler, lorsqu\u2019elle me disait : « C\u2019est ma mère ! » « La lutte que je subissais était horrible ; je crois qu\u2019elle me tuait encore plus sûrement que la honte ! « Mais que Jeannine, par n\u2019importe quels moyens, fasse sortir Margot de prison, et je te le jure, oui, je te le jure, nous partirons d\u2019ici le lendemain même, mais à une condition : c\u2019est que nous quitterons la France.\u2014 C\u2019est convenu, dit Gratien ; et il y a bien longtemps déjà que je t\u2019ai proposé cette résolution ! La patrie de ceux auxquels la fatalité a réservé de semblables malheurs est dans l\u2019endroit de la terre où inconnus et ignorés de tous, ils peuvent encore être estimés et.aimés.En disant ces mots, il entoura de ses bras la taille frêle de la jeune femme, dont les grands yeux profonds disaient toujours, aussi éloquemment que sur le plateau du Ger, que son amour était de ceux que rien ne changerait jamais, ni le désespoir, ni le temps, ni l\u2019exil.Ill Le refuge de la montagne Comment, mademoiselle, s\u2019écria M.Dansaus, en levant les bras au ciel, vous voulez nous quitter comme cela, sans dire gare, ce soir même ! cela, sans dire gare, ce soir même ! Est-ce qu\u2019on vous a fâchée, ici ?\u2014 Comment pouvez-vous penser cela, cher monsieur ?répondit Jeannine, très émue ; je suis donc bien maladroite, puisque je n\u2019ai pas su vous faire comprendre à quel point votre cordiale hospitalité m\u2019avait touchée.\u2014 Et en attendant, vous partez ! Et on dira dans le pays que le père Dansaus est une vieille bête, qui n\u2019a pas su vous rendre agréable le séjour de sa maison ! Que voulez-vous que je réponde à tous ceux qui me tourmenteront là-dessus ?\u2014 Tu avais donc raconté quelque chose ?interrogea Mme Dansaus, déjà inquiète.\u2014 Non, j\u2019avais dit que Mademoiselle resterait un mois, voilà tout.Jeannine prit la main du bonhomme.\u2014 Vous affirmerez à vos amis, dit-elle, en mettant toute son âme dans sa voix, que si le devoir ne m\u2019appelait pas ailleurs, si mes minutes n\u2019étaient pas comptées, ma plus grande joie serait de me reposer ici.Vous ajouterez que Jeannine, la pauvre bohémienne sans feu ni lieu, serait trop heureuse de dresser sa tente dans un milieu aussi sympathique et aussi bon que le vôtre, et qu\u2019elle échangerait volontiers les bravos qu\u2019on lui prodigue, les leurs qu\u2019on lui jette, et la gloire qu\u2019elle espère, contre un père tel que vous, une mère semblable à celle-ci, et ma soeur pareille à cette petite Suzanne-là.\u2014 Bon, voilà que vous me faites pleurer, à présent ! Et il pleurait vraiment, le brave homme, tandis que Suzanne couvrait Jeannine de baisers, et que Mme Dansaus souriait doucement à la contrariété d\u2019Etienne, car il était le seul que Jeannine n\u2019eût pas nommé.Louis Villiers approuva la décision de la jeune fille : elle ne lui dit cependant pas les paroles échappées à Anne ; à Mme Dansaus, seule, elle les avait confiées, en regagnant la maison.C\u2019était peu de chose ; et les obstacles, à coup sûr, apparaissaient presque insurmontables ; mais Jeannine, avec un vague espoir dans le coeur, disait si résolument : « Je réussirai ! » que, véritablement, Mme Dansaus se mettait à l\u2019espérer.Oui, elle croyait comme Jeannine que Mme Auréjac parlerait ; elle croyait, qu\u2019à force d\u2019énergie, l\u2019artiste atteindrait son but.Ce lointain souvenir, effacé depuis de si longues années de la pensée d\u2019Anne, et qui, tout à coup, lui était revenu comme un éclair, ce souvenir, n\u2019était-il pas d\u2019un heureux augure ?Réfugié dans un coin, Etienne était mortellement triste.Tandis que l\u2019excellent coeur de M.Dansaus se consolait du départ de l\u2019artiste en pensant au bien qu\u2019elle pouvait faire à Margot, tandis que Mme Dansaus et Suzanne comprenaient mieux la nécessité de ce rapide départ, le jeune homme ne voyait que le chagrin de perdre Jeannine.\u2014 Est-ce que vous allez faire tous ces voyages seule, mademoiselle ?lui demanda-t-il, en faisant subitement appel à tout son courage.Parcourir les montagnes de l\u2019Auvergne ; de là, aller encore plus loin, et à l\u2019aventure, me semble bien dangereux pour une femme seule en général, et pour vous en particulier.\u2014 Pour moi, fit-elle naïvement, pourquoi donc ?Je suis très courageuse.\u2014 Je ne doute pas de votre énergie ; et je ne veux pas vous faire de com- LA VIE COURANTE .par Georges Clark \u2014 Tu vois, le rouge à lèvres me va à merveille.Le hic de l\u2019affaire, c'est que mère me l'interdit, hors de ma chambre ./ 27 Les Mots Croisés du Samedi 12\t3\t4\t5\t6\t7\t8\t9 II) Il 13\t13\t>4\t15 Problème No 971 Le Samedi, Montréal, 5 août 1950 pliment, ce serait stupide, fit-il, brusquement.«Du reste, ajouta-t-il, ne m\u2019avez-vous pas promis, à Paris, qu\u2019ensemble, nous sauverions Margot ?\u2014 Au fait, dit le père Dansaus, Etienne a raison, mademoiselle ; vous ne pouvez courir le monde sans protecteur.Je suis trop vieux pour vous en servir ; mon fils est peut-être trop jeune, mais comme de deux maux il faut toujours choisir le moindre, si ma femme n\u2019y voit pas d\u2019inconvénients, voulez-vous l\u2019accepter pour compagnon de voyage ?Mme Dansaus sourit.\u2014 Mademoiselle n\u2019est pas une jeune fille ordinaire, dit-elle, à la grande joie d\u2019Etienne, c\u2019est une vraie femme qui connaît la vie ; de plus avec son caractère, je ne vois aucun empêchement à cela ; mais, c\u2019est elle d\u2019abord qu\u2019il faut consulter.\u2014 Eh bien! fit spontanément Jeannine, je suis très touchée de votre offre ; et, franchement, je l'accepte.Oui, je le comprends, il y a pour une femme seule en France des dangers et des obstacles qui ne m\u2019arrêteraient pas en temps ordinaire, mais qui, aujourd\u2019hui, me feraient peut-être perdre des heures précieuses.Oui, j\u2019accepte le camarade que vous voulez bien me donner, et je vous suis bien reconnaissante, madame, du sacrifice que vous faites en vous séparant de votre fils.Mais, j\u2019oublie de vous le demander, ajouta-t-elle avec une pointe de malice, vous n\u2019avez pas dit vous-même si vous acceptiez, monsieur Etienne ?Les yeux du jeune homme maintenant étincelaient.\u2014 Je vous croyais trop sérieuse pour être taquine, ô belle Andromaque, lui répondit-il, doucement.L e soir, en revenant de les accompagner tous deux au chemin de fer, Suzanne dit tout bas à Louis Villiers : \u2014 Est-ce que vous seriez fâché d\u2019avoir une actrice pour belle-soeur ?\u2014 J\u2019en serais très fier, au contraire, répondit le magistrat, en souriant, surtout si elle s\u2019appelait Jeannine.\u2014 Eh bien ! je crois que, dès aujourd\u2019hui, vous pouvez vous apprêter à porter cette fierté-là, mon doux ami.\u2014 Vous croyez?.Eh bien! je »uis encore plus avancé que vous, ma chère Suzanne ; car, moi, j\u2019en suis sûr.Mais votre mère acceptera-t-elle ce mariage-là ?\u2014 Oh oui, car maman nous l\u2019a bien souvent répété : pourvu que nous choisissions des êtres intelligents, honnêtes et bons, elle ne s\u2019opposera jamais à notre bonheur, au contraire, elle le facilitera.Jeannine, extrêmement encouragée et, au fond, on ne peut plus heureuse, repartit toute vaillante avec son compagnon de route.En effet, l\u2019accueil qu\u2019elle avait reçu dans la famille Dansaus l\u2019avait profondément touchée.D\u2019un autre côté, son entrevue avec Margot et sa visite à l\u2019infortunée marquise de Blanquefort devraient lui laisser un éternel et inoubliable souvenir.De même que certaines mères préfèrent les enfants qui leur ont demandé le plus de souffrances et de sollicitudes ; de même certaines natures supérieurement trempées s\u2019attachent de préférence à ceux qu\u2019il leur faut défendre et protéger d\u2019une façon toute particulière.Jeannine se trouvait subitement devenue comme la Providence et 1 unique espoir de toutes ces existences désolées.Les efforts, le dévouement qu\u2019elle devait prodiguer excitaient jusqu\u2019aux limites du possible sa nature enthousiaste et généreuse.Elle admirait le rôle exceptionnellement beau de Marguerite, elle plaignait Anne, dont la loyale et rigide fierté était si profondément et si légitimement atteinte.En présence de tous ces désespoirs, elle se promettait de faire des miracles, non seulement pour les secourir, mais même de Jacques, l\u2019idée de conquérir de semblables amis la rendaient capable de tous les héroïsmes.Le voyage, malgré les angoisses d\u2019Etienne et de Jeannine, fut charmant, mille fois plus intime que la première fois.Le jeune homme sentait que sa mère avait apprécié Jeannine, et cette sanction paraissait doubler la sympathie que lui inspirait la jeune femme.Elle, de son côté, se livrait davantage, lui laissait mieux voir les replis de son coeur, semblait plus touchée et plus émue de toutes les attentions dont l\u2019entourait son jeune compagnon de route.C\u2019était à Bordeaux qu\u2019on devait prendre le train allant vers l\u2019Auvergne.A minuit, il y avait un départ, Jeannine voulait en profiter.Mais Etienne, craignant pour elle quelque fatigue extraordinaire, s\u2019y opposa.\u2014 Non, lui dit-il, nous serons peut-être obligés de faire de longues courses à pied dans la montagne ; il faut ménager vos forces ; ces quelques heures perdues se rattraperont largement par l\u2019énergie et l\u2019activité qu\u2019il nous sera permis de déployer, là-bas, si vous voulez être raisonnable ici.Elle accepta, lui faisant voir qu\u2019elle lui faisait un sacrifice, pendant qu\u2019avec une diplomatie toute féminine, elle lui laissait en même temps comprendre qu\u2019elle était heureuse de lui obéir.On se mit en quête d\u2019un hôtel, et lorsque les deux jeunes gens eurent dîné, il se passa l\u2019incident prévu qui attend toute jolie femme voyageant avec un jeune homme, dans un pays inconnu.Lorsque le garçon de l\u2019hôtel, qui les précédait, fut arrivé au premier étage, il ouvrit une porte, et introduisit les voyageurs dans une chambre spacieuse, superbement meublée, mais dans laquelle on ne voyait qu\u2019un lit.\u2014 Serez-vous bien ici, ma chère Jeannine ?demanda Etienne, avec sa sollicitude ordinaire.Puis, il alla examiner lui-même si les verrous des portes étaient solides, et si les fenêtres étaient bien closes, si elles donnaient sur une rue ou un jardin.Tout cela terminé, il revint vers Jeannine.\u2014 Vous n\u2019aurez pas peur, ici, n\u2019est-ce pas ?lui demanda-t-il.\u2014 Non, non, soyez sans crainte.Elle lui tendit la main, il la serra affectueusement.\u2014 Adieu, dit-il, bonne nuit ! Il se retourna, le garçon avait disparu.Jeannine, peut-être plus perspicace qu\u2019Etienne, rougit, tandis que le jeune homme, croyant que le garçon s\u2019était retiré par discrétion, allait à sa recherche.Mais à son grand désappointement, il ne le trouva pas dans le corridor et fut obligé d\u2019aller jusqu\u2019au bureau de l\u2019hôtel.\u2014 Et ma chambre ?demanda-t-il ; où est-elle ?La maîtresse s\u2019excusa et sonna le garçon.\u2014 Comment n\u2019avait-on pas conduit Monsieur à son appartement ?L\u2019individu balbutia quelques mots indistincts ; il ne comprenait pas, il venait de monter, et avait ouvert à Monsieur et à Madame la porte du 6.Subitement, Etienne comprit, pendant qu\u2019une sorte de douleur, moitié désir, moitié regret, lui serraient la poitrine.On les avait pris pour mari et femme.\u2014 J\u2019ai eu tort de ne pas vous prévenir, dit-il, mais je désire avoir une deuxième chambre.HORIZONTALEMENT 1\u2014\tEnclos boisé.\u2014 Feuille du tuyau des graminées.\u2014 Ensemencé.2\u2014\tSorte d\u2019étau.\u2014 Roi de Phrygie, qui changeait en or tout ce qu\u2019il touchait.\u2014 Gros nez.3\u2014\tNom du soleil.\u2014 Petit pied.\u2014 Petit aqueduc.4\u2014\tGenre de mammifères prosimiens de' l\u2019Inde.\u2014 Enfant espiègle.5\u2014\tHeureusement imaginé.\u2014 Lèvre inférieure trop épaisse.\u2014 Marque l\u2019admiration.6\u2014\tIndigné.\u2014 Petit tonnelet.\u2014 Perroquet.7\u2014\tChef-lieu de canton (Dordogne).\u2014 Il entra avec Josué dans la Terre promise.\u2014 Dans 8\u2014\tMinistre et ami de Henri IV.\u2014 Archipel d\u2019Océanie.9\u2014\tConjonction.\u2014 Soutirer.\u2014 Fait d\u2019une certaine façon.10\u2014\tMasse de pierre très dure.\u2014 Espèce d\u2019euphorbe.\u2014 Ange dont le nom signifie Lumière de Dieu.11\u2014\tD\u2019un verbe gai.\u2014 Habitant du pays de Staline.\u2014 Nom donné au peuple juif.12\u2014\tVapeur qui se dépose sur l\u2019herbe.\u2014 Arcs qui servent à porter les paniers.13\u2014\tPrénom masculin.\u2014 Rapporter textuellement.\u2014 Métal.14\u2014\tInterjection pour engager à garder le silence.\u2014 Façons.\u2014 Eclats de voix.15\u2014\tOuverture par laquelle coule l\u2019eau qui fait mouvoir un moulin.\u2014 Vendre trop cher.\u2014 Indication des valeurs négociées.VERTICALEMENT 1\u2014\tPréserve les bâtiments de la foudre.\u2014 Possessif.2\u2014\tRecueil.\u2014 Chemin de ville.\u2014 Pronom personnel.\u2014 Suc dépuré d\u2019un fruit.3\u2014\tDans la gamme.\u2014 Fruit du pays des Lotophages.\u2014 Ancien instrument de musique à cordes pincées.4\u2014\tMunie.\u2014 Fier, arrogant.5\u2014\tAdmirables.6\u2014\tCompassion.\u2014 Garnir de clisses 7\u2014\tTerre extraite du sillon et relevée en talus.\u2014 Arbre appelé chêne vert.\u2014 A moi.8\u2014\tIle anglaise de la mer d\u2019Irlande.\u2014 Etendue d\u2019eau douce.\u2014 Se suivent dans merle.\u2014 Collet.9\u2014\tPost-Scriptum.\u2014 Réciteras.\u2014 Secours.10\u2014\tAbattit les piliers.\u2014 Préfixe signifiant entre.11\u2014\tVariété d\u2019oranges des Indes.12\u2014\tPiscine de Jérusalem.\u2014 Arracher du poil au gibier qui court, en parlant d\u2019un chien.13\u2014\tVille d\u2019Angleterre (Buckingham).Embarras.\u2014 Préfixe qui signifie réunion.14\u2014\tParole vide de sens.\u2014 Mesure agraire.\u2014 Créée.\u2014 Brut.15\u2014\tDans.\u2014 Lieu où l\u2019on scelle avec le sceau de l\u2019Etat.Solution du Problème No 970 ARC c \\ fl v e r w je R fl r m e « s M fl Y O U RA VE I O Ê A l.«o a o e y o r CEPS R U Jusqu\u2019ici une irrésistible sympathie 1 avait attiré vers Jeannine, mais Etienne n était pas encore descendu en lui, et ne s\u2019était pas demandé quel nom il devait donner à ce sentiment exclusif et tendre, plein de sollicitude et de douceur, qui s\u2019était imposé à lui de façon à cicatriser presque instantanément sa blessure et lui faire accepter 1 amour de Margot pour un autre.Eh bien ! il aimait Jeannine.oui, il l\u2019aimait ! Ah ! il comprenait bien alors les attendrissements de Mme Dansaus, sa sympathie soudaine pour l\u2019étrangère, la sollicitude dont elle l\u2019avait entourée.Par un phénomène bizarre, Etienne, naturellement porté aux idées tristes et chagrines, ne s\u2019arrêta à aucun des obstacles qui pouvait se dresser entre Jeannine et lui.Il ne vit ni la distance qui les séparait ni le milieu différent qui était le leur à tous deux.Non, sa mère, par avance, avait béni Jeannine, c\u2019était un irrécusable gage de bonheur.elle devait devenir sa femme à lui !.Sans pouvoir dormir, il se mit à penser a ces choses, et sentit une très grande paix descendre en lui !.Oui, il était dans la voie droite, dans la sienne !.Tout heureux, tout confiant, il se leva de très bonne heure, le lendemain matin ; il avait remarqué que Jeannine était légèrement vêtue.En effet, le climat encore très chaud de Paris, le voyage, qu\u2019elle croyait ne faire que dans le Midi, tout cela avait empêché la jeune femme de prendre certaines précautions.Mais l\u2019air froid des montagnes pourrait la saisir ; il partit donc à la recherche d\u2019un manteau.Il en trouva un fort confortable, léger et gracieux tout à la fois.Lorsqu\u2019il revint à l\u2019hôtel, Jeannine était levée.Elle ne remarqua pas le paquet qu\u2019il portait à la main, mais vit très bien, à l\u2019expression de son visage, le bonheur qui remplissait son âme.Qu\u2019avez-vous donc ?lui demanda-t-elle, vous paraissez si heureux ! \u2014 J\u2019ai fait un si beau rêve ! \u2014 Ah ! Vous avez bien dormi, alors ?\u2014 Je n\u2019ai pas fermé les yeux de la nuit.\u2014 Et vous dites cependant avoir rêvé, comment cela a-t-il donc pu se produire ?C\u2019est que j\u2019ai fait un songe, tout éveillé, chère Jeannine, ou, si vous l\u2019aimez mieux, j\u2019ai bâti un de ces châteaux en Espagne si beaux.qu\u2019on ne peut pas croire qu\u2019ils puissent devenir un jour la réalité.\u2014 Lequel ?Pouvez-vous me le dire ?\u2014 Oui, j\u2019ai rêvé que notre voyage durerait toujours.Il s\u2019approcha plus près d\u2019elle, se pencha à son oreille, et, d\u2019une voix profonde qui la secoua des pieds à la tête, tandis que l\u2019haleine chaude d\u2019Etienne passait sur sa nuque, il murmura : \u2014 Toute la vie !.La jeune fille devint très pâle et, pendant quelques secondes, les yeux fixés sur ceux d\u2019Etienne, en proie à un extraordinaire attendrissement, elle ne put éteindre la flamme qui illumina son regard.Mais, ne voulant évidemment pas parler de ces choses, elle se leva et se dirigea vers la cheminée.Elle sonna ; il était l\u2019heure de partir ; la voiture était-elle en bas ?Oui, les bagages étaient chargés, et on n\u2019attendait que Madame pour gagner la gare de la Bastide.Mais, au moment de franchir le seuil de la porte, Etienne plaça sur les épaules de Jeannine le manteau qu\u2019il avait acheté quelques heures auparavant.\u2014 Ce vêtement n\u2019est pas à moi, fit-elle, vivement, vous vous trompez.\u2014 Non, non, répliqua aussitôt le jeune homme, c\u2019est à vous, Jeannine ; le temps est humide, ici ; ce matin, il fera peut-être très froid dans les montagnes ; je suis sorti de bonne heure pour vous armer contre ce petit désagrément-là.Elle lui envoya un regard moins brillant, mais plus doux que le premier, et, gravement, avec le charme irrésistible qui n\u2019appartenait qu\u2019à elle, elle porta le pan du manteau à ses lèvres, et le baisa longuement.Elle n\u2019ajouta pas une parole ; ce fut tout.Etienne, ému à rendre l\u2019âme, trouva que c\u2019était assez.A quatre heures, le train arriva à Aurillac ; il était trop tard, évidemment, pour partir dans la montagne ; mais on ne perdrait pas la soirée, on l\u2019emploierait à chercher des renseignements sur Chastel-Barciac d\u2019abord, sur l\u2019ancienne maîtresse d\u2019hôtel ensuite, si l\u2019on avait la chance toutefois de rencontrer quelqu\u2019un qui l\u2019eût connue.Etienne n\u2019avait pas eu tort de faire prendre par avance un repos à Jeannine ; il était probable que, le lendemain et les jours suivants, la jeune fille aurait une énorme dose de fatigue à dépenser.En effet, les jeunes gens apprirent bientôt qu\u2019en se procurant une calèche de louage, assez légère, ils pourraient arriver jusque sur les hauteurs ; mais, que là, s\u2019ils voulaient rejoindre l\u2019habitation de Mme Auréjac, il faudrait probablement marcher pendant très longtemps, dans des routes absolument impraticables aux voitures.\u2014 Vous connaissez donc Mme Auréjac ?demanda Etienne à l\u2019hôtesse.\u2014 Non, monsieur, répondit celle-ci ; mais vous parlez de Chastel-Barciac, et c\u2019est surtout pour la façon dont vous pourrez arriver dans ce village, situé en pleine montagne, que je vous donne ces indications-là .\u2014 Mais si vous ne connaissez pas Mme Auréjac, qui donc va pouvoir me donner des renseignements sur son compte?interrogea encore le jeune homme.Savez-vous s\u2019il existe à Aurillac, quelqu\u2019un de ce village-là ?Non, on l\u2019ignorait complètement, Néanmoins, Etienne, pas plus que Jeannine, ne se décourageaient facilement.Il était impossible que Mme Auréjac, riche d\u2019une certaine fortune, surtout pour l\u2019Auvergne, et par-dessus le marché restée paysanne dans l\u2019âme, n\u2019eût pas, à Aurillac, un notaire, lui servant de conseiller et de confident.L\u2019idée était bonne, Jeannine l\u2019approuva, et, ensemble, les deux jeunes gens partirent afin de mettre à exécution leur projet, qui était de visiter successivement tous les gardes notes de la ville.Le premier chez lequel ils s\u2019adressèrent n\u2019avait pas Mme Auréjac pour cliente, mais avec cette complaisance communicative du Midi, il leur donna l\u2019adresse qu\u2019ils lui demandaient.Il fit plus, il les fit conduire chez son confrère par un de ses clercs.Là, il fallut toutes sortes de précautions, dire qu\u2019on allait demander un renseignement à Mme Auréjac eût mis le rusé Auvergnat en défiance et eût clos ses lèvres sans retour.Etienne le comprit, et, se refermant dans cette sorte de froideur grave, qui en impose à toute personne expansive, il exposa sa demande d\u2019une voix très franche et très loyale, évitant pardessus tout les réticences.\u2014 Je suis à votre disposition, monsieur, lui répondit aussitôt le notaire, et Mme Auréjac m\u2019est, en effet, parfaitement connue.Elle habite non pas le village, mais le territoire de Chastel-Barciac, c\u2019est à une certaine distance d\u2019ici ; vous pouvez cependant prendre la grande route jusqu\u2019à Thiezac.\u2014 Est-ce loin ?demanda Jeannine.\u2014 Non, madame.Thiezac se trouve à vingt-sept kilomètres d\u2019Aurillac ; mais la route, par la montagne, est longue et difficile.Il vous faudra certainement plus de sept heures pour parcourir cette distance.\u2014 Sept heures ; mais c\u2019est une éternité ! \u2014 Oui, Sept heures, et peut-être davantage ; mais, pourtant, vous avez une chance énorme, c\u2019est que la neige n\u2019a pas encore commencé à tomber : c\u2019est un phénomène très rare dans cette saison-ci.A Thiezac, vous trouverez un guide qui vous conduira jusque chez Mme Auréjac.\u2014 Est-ce une femme abordable ?\u2014 Oui, je crois bien ! c\u2019est une excellente créature, à laquelle un long séjour à Paris a donné des façons charmantes.C\u2019est une des plus riches propriétaires du pays, et dans ses burons de la montagne se fabriquent certainement les meilleurs et les plus beaux de nos fromages.« Son mari est mort il y a quelques années ; elle habite avec son fils et sa belle-fille, aussi bons et aussi aimables qu\u2019elle.\t, Ces nouvelles causèrent une joie infinie à Jeannine et à Etienne ; l\u2019impatience de la jeune femme ne se pouvait contenir ; et si Etienne n\u2019eût opposé une très impérieuse résistance à ses désirs, on serait parti le soir même, sinon pour Thiezac, du moins pour Vic-sur-Cères, situé à quelques kilomètres en avant de l\u2019autre petite ville.Mais Etienne avait une volonté bien trempée ; il fallait que Jeannine prît des précautions contre la fatigue, et, comme elle l\u2019avait déjà fait à Bordeaux, elle dut se soumettre et accepter la décision de son ami.Mais le jour n\u2019était pas encore levé que c\u2019était elle maintenant qui, piaffant d\u2019impatience réveillait les garçons d\u2019écurie, et voulait partir à tout prix.Malgré l\u2019air très vif, elle avait exigé une voiture découverte, voulant, disait-elle, admirer ce pays extrêmement beau, et où, à chaque pas, se rencontrent des sites plus remarquables et plus pittoresques les uns que les autres.Aux premières heures de l\u2019aube, le cocher faisait joyeusement claquer son fouet à la sortie de la ville.Jeannine enveloppée frileusement de son manteau, blottie sous un large tapis de peaux de brebis, aussi souples et aussi soyeuses que les chèvres du Tibet, les yeux brillants et la mine rose, se pelotonnait frileusement contre Etienne.\u2014 Mon Dieu ! que c\u2019est beau ! s\u2019écria-t-elle, de loin en loin.En effet, de tous côtés s\u2019élevaient les belles croupes élégantes des montagnes ; elles ne ressemblent plus à celles des Alpes ou des Pyrénées ; leur aspect n\u2019est ni rude, ni hérissé, ni terrible, au contraire ; leurs formes sont arrondies et gracieuses ; chaque massif est isolé et bien assis sur une base peu élevée, tandis que la verdure épaisse, qui recouvre entièrement les hauteurs, leur donne une sorte de majesté douce et calme, d\u2019un charme irrésistible.Des vallées profondes s\u2019échappent de leurs flancs, les pâturages sont harmonieusement coupés de bois de hêtres, de bouleaux et de chênes ; partout, des roches tapissées de lichens et de mousses épaisses, jaillissent des milliers de cascades légères, écumeuses et blanches comme de longues écharpes de gaze.L\u2019odeur des plantes aromatiques développée par l\u2019air vif de la montagne enveloppait de tous côtés les deux voyageurs : de temps à autre se montraient de belles vaches rousses, des chèvres brunes qui paissaient l\u2019herbe inégale, ou les basses branches des arbres.Dans le ciel d\u2019un bleu vif, de minces nuages s\u2019envolaient légers comme d'impalpables flocons de neige.Les montagnes, toujours vertes, laissaient à découvert leur admirable végétation où, dans la verdure noire, les approches de l\u2019hiver mettaient quelques tons roux d\u2019un admirable et saisissant effet.Tout autour de la calèche, des ruisseaux bondissaient en cascades, ou bien couraient joyeusement en bavardant sur leur lit de cailloux tout bordé de longues herbes, de glaïeuls et d\u2019iris sauvages.De loin en loin, comme les montées étaient rudes, les voyageurs descendaient ; ils marchaient un instant pour réchauffer leurs membres engourdis, et, jeunes tous deux, ils couraient le long de la route, grimpaient sur les talus, allant à la recherche des fleurs écloses sous les rayons tardifs du soleil d\u2019automne.Mais la promesse d'un pourboire avait donné une très grande agilité au cocher, et, par contre, aux chevaux qui conduisaient Jeannine et Etienne.Moins de six heures après le départ d\u2019Aurillac, le petit équipage entrait à Thiezac.Précisément dans l\u2019auberge où le cocher descendit, un des garçons était le fils du métayer de Mme Auréjac.\u2014 Voulez-vous nous conduire ?demanda Etienne.\u2014 Volontiers, répondit l\u2019Auvergnat.Mais il fallait se hâter, car il y avait vers la montagne des passages difficiles, dans lesquels il ne ferait pas bon de s\u2019aventurer sur le tard.\u2014 C\u2019est donc loin ?répéta encore Etienne, effrayé, non pour lui, mais pour Jeannine.Non, monsieur, à peine deux petites lieues.Etienne connaissait par expérience les lieues de paysan, qui ressemblent singulièrement aux tout près de Paris.\u2014 Ne pourrions-nous faire ce trajet à cheval ?demanda-t-il encore, au bout de quelques instants.\u2014 Non, et ce serait imprudent, d\u2019ailleurs ; dans certains passages, il faut une profonde habitude du pays pour ne pas se laisser saisir par le vertige ; dans d\u2019autres, la route qu\u2019il faudrait prendre à cause des bêtes, allongeraient singulièrement l\u2019itinéraire.Je ferai la route a pied, déclara Jeannine ; je suis très bonne marcheuse et, aujourd\u2019hui, en particulier, je me sens très forte.Etienne n\u2019insista pas ; du reste, l\u2019idée des abîmes dont on venait de parler faisait que le cheval ne lui souriait plus du tout pour sa compagne, qui jamais encore ne s\u2019était livrée à cet exercice en dehors de la forêt de Fontainebleau ou de celle de Montmorency.On déjeuna, et, tout aussitôt après, le départ s\u2019effectua.Il n\u2019y avait pas un quart d\u2019heure qu\u2019on avait quitté la petite ville, qu\u2019Etienne et Jeannine remarquèrent que, seulement alors, on avait sous les yeux la véritable nature.En dépit de ce que craignait son compagnon de voyage, Jeannine n\u2019avait pas le moins du monde le vertige des hauteurs ; elle s\u2019avançait, au contraire, jusqu\u2019au bord des abîmes, regardait dans les vallées profondes, faisait pousser à Etienne des cris de terreur, et, tout doucement, pendant qu\u2019il la grondait, elle prenait sa main et lui disait : \u2014 Voyez ces pentes rapides, couvertes de sapins et de hêtres ; voyez, là-bas, ces quelques chaumières, perchées sur ce roc isolé, et qu\u2019ils appellent sans doute ici un village !.Sont-ils heureux, ces gens qui habitent sous ces toits de chaume ! Ils sont éloignés des méchancetés du monde !.Les hommes / Le Samedi, Montréal, 5 août 1950 29 travaillent pour leurs femmes et leurs enfants, les femmes s\u2019occupent de leur intérieur, et ne vivent que pour ceux qu\u2019elles aiment.Toute la vie est là ; là, est la vérité.Etienne n\u2019osa pas se demander à qui elle pensait, en parlant ainsi de sa voix lente et émue ; mais, au fond de lui-même, il se disait que, pour passer sa vie avec elle, sans la jamais quitter, ce village accroché au flanc d\u2019une montagne du Cantal, lui eût paru le plus beau lieu de la terre.Cependant, après avoir gravi plusieurs monticules superposés, le pays encore changea d\u2019aspect.C\u2019était, maintenant, un véritable désert de bruyères, sur lequel, à perte de vue, on n\u2019apercevait ni troupeau ni cabane.Le chemin n\u2019était plus tracé, il fallait marcher, tantôt au flanc des rochers, tantôt au flanc des montagnes ; quelquefois, le guide faisait descendre à Jeannine les marches d\u2019une sorte d\u2019escalier naturel fait en lave rouge du pays ; mais cette lave était glissante, et Etienne, fou de terreur, soutenait la jeune fille, en se mettant du côté de l\u2019abîme.En effet, d\u2019un côté, les roches luisantes et à pic n\u2019offraient pas le moindre point d\u2019appui, tandis que de l\u2019autre, elles surplombaient quelque précipice au fond duquel roulaient des torrents.Où allons-nous donc ?demanda Etienne, presque alarmé de se trouver au milieu d\u2019un pays qui ressemblait à un véritable chaos, et dont la sauvagerie augmentait de minute en minute.Est-il possible que Mme Auréjac habite une contrée pareille ?.\u2014 Elle n\u2019y demeure pas l\u2019hiver, monsieur, répondit flegmatiquement l\u2019Auvergnat : mais, l\u2019été, elle vit avec son fils et sa belle-fille, dans un de ces burons, c\u2019est ainsi qu\u2019on appelle ici les chalets de la montagne.\u2014 Mais alors, si nous ne devons pas la trouver à Chastel-Barciac, pourquoi ne nous l\u2019as-tu pas dit plus tôt ?\u2014 Parce que Monsieur m\u2019a ordonné de le conduire auprès de Mme Auréjac, et c\u2019est là, en effet, que je le mène.La figure d\u2019Etienne se rasséréna.\u2014 Bien, fit-il, mais la course est-ell# encore longue ?\u2014 Non, monsieur, une petite demi-heure tout au plus.Jeannine sourit.\u2014 Les minutes et les kilomètres n\u2019ont pas ici la même valeur, dit-elle, que dans les autres pays.Prenons-en notre parti, mon ami, et ne voyons que le but.Sauf, en effet, la fatigue de marcher sans en avoir l\u2019habitude dans ces sentiers impraticables, l\u2019excursion était on ne peut plus belle, et capable de passionner une femme moins intelligente et moins artiste que Jeannine.Depuis un instant surtout, on était arrivé sur une des hauteurs les plus considérables, et l\u2019on venait de déboucher d\u2019un petit bois ou plutôt d\u2019un fouillis dans lequel croissaient pêle-mêle tous les arbres de la montagne : les pins, les bouleaux, les châtaigniers et les hêtres.En face d\u2019eux, il y avait une sorte d\u2019amphithéâtre de lave ; un peu plus, on voyait toute une rangée de brèches volcaniques au-dessus desquelles apparaissaient les cimes plus élevees du puy Mary, du puy Griou et même du puy Violent.Au milieu des gorges et des ravines, toutes tapissées de végétation, des ruisseaux bondissaient en minces cas-catelles , une petite maisonnette rustique se montrait au milieu d\u2019un massif d\u2019arbres comme un nid dans des feuil- }gS.\u2014 Voilà le buron de Mme Auréjac, dit le guide, en montrant la petite construction ; vous voyez que je ne vous ai pas trompés, nous allons être tout de suite arrivés.Etienne ne se fit pas illusion ; un bois au-dessus d\u2019eux formait une sorte de ceinture irrégulière, et servait de limite à une immense prairie, en haut de laquelle on voyait le refuge de Mme Auréjac.Mais ce bois renfermait certainement des surprises de longueur, et la route qui le traversait ne devait être ni plus droite, ni mieux entretenue que celles qu\u2019on parcourait si péniblement depuis plusieurs heures.N\u2019importe, on avait maintenant entrevu le but, et Jeannine affirmait qu\u2019elle ne sentait plus du tout la fatigue.Avec une ardeur nouvelle, elle se remit en marche et, une heure après environ, ils arrivèrent devant un bâtiment carré, tout entouré de jardins, travaillés et entretenus en ordre, d\u2019un côté ; ayant des basses-cours, des poules, des étables superbes ; tandis que de l\u2019autre, le sol vierge de la montagne reparaissait avec ses ruisselets capricieux, sa végétation indisciplinable et ses rocs tout traversés de sentiers sinueux.Les chiens aboyaient l\u2019alarme ; les poules gloussaient de frayeur, et dans l\u2019étable quelques mugissements sourds se faisaient entendre.Sur ce haut sommet silencieux, dans cette région sans habitants, rien n\u2019était pittoresque et joli comme cet enclos rustique, par tous les pores duquel s\u2019échappaient la vie, l\u2019animation et le travail.Une femme d\u2019un certain âge accourut à tout ce bruit, et à son costume, qui n\u2019était pas celui du pays, Jeannine reconnut aisément Mme Auréjac.Celle-ci parut assez étonnée d\u2019une visite qui lui arrivait ainsi dans son refuge de la montagne ; mais, comme l\u2019hospitalité traditionnelle lui faisait un devoir de n\u2019en rien faire paraître, elle s\u2019approcha avec empressement de la clôture du petit jardin.Quelques secondes après, elle aperçut le guide, et, le reconnaissant, elle lui dit en pur français, et d\u2019une voix bien sonore : -\u2014 Que fais-tu donc, Léonard ?Tu sais bien que l\u2019entrée de la maison n\u2019est pas de côté-ci ! «Je suis désolée, madame, ajouta-t-elle, en s\u2019adressant à Jeannine, vous devez être très fatiguée ; et ce maladroit qui se trompe encore de chemin ! Veuillez tourner la haie : rassurez-vous, vous n\u2019avez que cent pas environ à faire, je vais moi-même vous attendre au seuil de mon jardin.Elle s\u2019éloigna en souriant, tandis que les deux jeunes gens encouragés par ce gracieux accueil, tournaient en effet la haie qui n\u2019était pas sur le sentier, mais bien du côté opposé.Pour pouvoir l\u2019atteindre, il fallait même traverser le ruisseau, sur de grosses pierres placées en travers du lit, très peu profond du reste.C\u2019était charmant, et, malgré sa fatigue, Jeannine ne put s\u2019empêcher d\u2019admirer la beauté du site, qui était le plus ravissant qu\u2019on pût trouver.Les gazons épais et d\u2019un vert éclatant remontaient doucement de ce côté depuis le lit du petit cours d\u2019eau jusqu\u2019à la maison, qui, paresseusement assise au milieu de ces massifs d\u2019arbustes, semblait se réchauffer aux derniers rayons du soleil mourant.Si ce n\u2019avaient été les parcs ménagés pour le bétail, les étables où dormaient, l\u2019hiver, les troupeaux de vaches d\u2019une valeur inestimable, toute la gent emplumée caquetant et gloussant qui remplissait la basse-cour, on se serait cru maintenant dans quelque nid tranquille et ignoré de tous, bâti par quelque amoureux forcené de solitude en plein désert.VOUS BRODEZ, MADAME?BRODERIE COLBERT Cet ensemble de coiffeuse de trois morceaux est composé d\u2019un centre de 10\" x 18\" et de deux napperons de 8\" x 8\".Le centre du bureau (non illustré) est aussi compris.Le patron s\u2019exécute facilement en broderie Colbert et nous le suggérons tout particulièrement aux commerçantes à cause de sa grande simplicité.L\u2019ensemble est étampé sur toile d\u2019Irlande pure ou sur coton fini toilet.Mme L.DE BELLEFEUILLE, 61, Bord du Lac, Valois, P.Q.LISTE DES PRIX - Patron Ho 908 O No 908 \u2014 Ensemble trois morceaux pour coiffeuse étampé sur toile n No 908A \u2014 Centre de bureau O No 908B \u2014 Ensemble trois morceaux pour coiffeuse sur coton blanc O No 908C \u2014 Centre de bureau U Fil blanc pour broder, gros écheveau ?Patron étampé sur papier pour les quatre morceaux Papier carbone bleu ou jaune pour tracer.Prière à mes lectrices d\u2019inclure le prix du patron, plus la taxe de 5% ou 3%, selon le cas, sous forme de bon postal, mandat d\u2019express ou argent sous pli recommandé.Nom .Adresse .Localité .Province .Le Samedi \u2014 5 août 1950 .85 $1.25 .49 .75 .30 .35 10 30 Le Samedi, Montréal, 5 août 1950 LE BLASON DECOUPE [ Suite de la page 19 ] Vous avez bien failli ne pas me trouver, chère madame, dit l\u2019ancienne maîtresse d\u2019hôtel aussitôt que Jeannine eut franchi le ruisseau, car mon fils et ma belle-fille ont rejoint hier notre habitation d\u2019hiver, là-bas, dans la vallée, et j ai ete tentée de faire comme eux.Je savais, notre dame, que vous deviez rester au refuge jusqu\u2019aux premieres neiges, s\u2019empressa de répondre le guide ; mon père est venu hier à Thiezac, et me l\u2019a dit.\u2014 Va te reposer, lui dit-elle; dis à la cuisine qu\u2019on te fasse manger et tu te coucheras après.Coucher!.interrompit Jeannine; et repartir ?.Pas ce soir, chère madame ?dans une heure à peine, la nuit va venir et vous ne pouvez pas songer à la descente ce soir ; si la montée a été pénible avec le grand jour et la lumière, pensez-vous à ce que serait le retour ?.Et comme Jeannine insistait, disant que Mme Auréjac ne la connaissait pas, et regrettait le dérangement qu'elle allait lui donner : \u2014 Ne vous inquiétez donc pas, lui dit l\u2019excellente femme, je n\u2019ai pas besoin de savoir votre nom pour vous ouvrir ma maison ; les hôtes sont toujours les bienvenus chez les habitants de la vieille Auvergne, et les honorent : c\u2019est la loi de la montagne.« Après vous être reposés et avoir accepté mon dîner, vous me raconterez ce qui vous amène, car, vous ne vous êtes pas aventurés bien sûr pour le simple plaisir de faire une promenade au milieu de nos rocs inaccessibles et de nos sentiers glissants !.« En attendant, ne vous excusez pas, ne vous tourmentez pas surtout à cause du dérangement que vous pouvez me donner, c\u2019est moi, au contraire, qui vous suis reconnaissante de venir pendant quelques instants égayer ma solitude !.Jeannine et Etienne se confondaient en remerciements, extrêmement touchés de cet accueil, où se trouvait tout entière l\u2019accueillante simplicité des habitants de ces montagnes.On était arrive devant la maison, qui ne ressemblait en rien à ce qu\u2019on est convenu d\u2019appeler un refuge.Ces demeures, en effet, sont très simples et construites d\u2019ordinaire pour passer simplement les quelques mois chauds de l\u2019été.Au rez-de-chaussée, on entrait tout d\u2019abord dans une grande pièce qui devait servir à la fois de salon et de salle à manger, mais qui était certainement meublée et entretenue comme DANS LE MONDE SPORTIF [Suite de la page 11] de là tellement désireux de ne plus revivre cette petite cérémonie qu\u2019il a une petite chance de s\u2019adonner à la marche, aux exercices de culture physique, d\u2019abjurer ses erreurs gastronomiques passées, en mangeant et en buvant beaucoup moins.Avant de manger du bon pâté de foie gras, du porc frais chaud, aggravé de verres de bière et de scotch, il a de grandes chances de se souvenir de la fameuse attaque, qui le fit si bien hurler.La peur de la mort peut être aussi bien une faiblesse, dans le genre du cas précédent, qu\u2019une sorte de volonté infiniment respectable de faire son office d\u2019homme, d\u2019arriver au dernier jour le moins détérioré possible.Ces deux raisons sont suffisantes pour, aux environs de la quarantaine, contraindre à une activité musculaire quelconque aussi bien ceux qui ne veulent pas offrir à leurs concitoyens le spectacle d\u2019une vieillesse anticipée, que ceux qui tiennent particulièrement à mourir le plus tard possible.O.M.peu de maisons le sont dans ces contrées, même dans les petites villes.Il y avait de grands fauteuils carrés, bien confortables, d\u2019une couleur et d\u2019une étoffe qui s\u2019harmonisaient admirablement avec une tenture vieille, mais précieuse, appelée Verdure d\u2019Auvergne et trouvée probablement dans quelque château des environs.Le plancher, soigneusement lavé, était en partie recouvert de peaux de moutons très longues et très soigneuses.Sur un vieux vaisselier, très curieux de forme et couvert de remarquables sculptures, des livres s\u2019étageaient jusqu\u2019au plafond.A côté, un piano au bois noir paraissait une si singulière chose au fond de cette solitude, que Jeannine ne put contenir un étonnement dont Mme Auréjac s\u2019aperçut.\u2014 C\u2019est ma belle-fille, dit-elle, en souriant, qui est une musicienne passionnée, et qui ne pourrait vivre cinq ou six mois de l\u2019année dans ce désert, si elle n\u2019avait un piano avec elle ; grâce à lui, et un peu aussi à son mari et à ses enfants, qu\u2019elle adore, elle ne s\u2019ennuie jamais ici ; et, cependant, le lieu n\u2019est pas gai pour une jeune femme.\u2014 Cela dépend, fit l\u2019artiste, avec un sourire, si Mme Auréjac aime la campagne.\u2014 Oh ! elle aime surtout ceux qui l\u2019entourent ; ma belle-fille est une créature comme il n\u2019en existe pas.« J\u2019ai habité fort longtemps Paris, où j\u2019ai été atteinte d\u2019une maladie douloureuse, de l\u2019asthme ; l\u2019air très vif de ces hauts sommets est la seule chose qui m\u2019est soulagée.« Mon pauvre mari, qui m\u2019aimait beaucoup, avait fait construire cette petite baraque, où nous venions demeurer depuis le premier rayon du soleil de printemps, jusqu\u2019à la tombée des premières neiges.[Lire la suite au prochain numéro] collaborateur.Au potage délicieux, arrosé de porto, succédèrent un civet de lièvre et un faisan rôti, flanqué de mauviettes, qu\u2019accompagnaient Médoc et Bourgogne.Le docteur mangea sans retenue.M.Durantet s\u2019observa prudemment.\u2014 Vous touchez à peine aux plats, constata le baron.Seriez-vous souffrant ?\u2014 Non.du reste, je n\u2019ai fait que suivre votre exemple, répondit le juge.Il jeta un coup d\u2019oeil au docteur ; celui-ci glissait dans une torpeur béate.Alors, il s\u2019adressa à son hôte.\u2014 J\u2019aimerais vous parler en particulier.Une flamme d\u2019inquiétude éclaira les yeux gris-vert du baron, une ombre couvrit son regard.Mais il accéda au désir exprimé.\u2014 Si vous voulez bien me suivre.\u2014 Dans le grand salon, si vous le permettez.Le baron tressaillit et marqua un léger étonnement, mais il ne fit aucune réflexion et conduisit son hôte dans la pièce d\u2019apparat.M.Durantet jeta un regard au titre du général-baron, puis s\u2019adressa au châtelain d\u2019une voix extraordinairement calme.\u2014 J\u2019irai droit au but.Ce matin, je n\u2019étais guère satisfait des médiocres résultats de mon enquête.Un seul mobile pouvait avoir dicté le geste de ce misérable : la cupidité.Or, il semble bien que la victime ne possédait pas beaucoup d\u2019argent, à son arrivée ici.Mais il s\u2019était vanté d\u2019en avoir bientôt beaucoup.Lui auriez-vous donné ou aurait-on commis un cambriolage que l\u2019on n\u2019aurait pas encore découvert ?Le baron sursauta.D\u2019une voix acerbe, il protesta contre la première hypothèse émise par le juge.D\u2019un geste, M.Durantet l\u2019arrêta.\u2014 On a trouvé cet homme mort, dans le chemin qui mène au château.Il m\u2019est bien permis de supposer.\u2014 C\u2019est absurde ! Votre imagination vous égare ! M.Durantet eut un sourire ambigu.\u2014 L\u2019imagination, dans notre métier, est parfois utile quand on manque d\u2019éléments pour résoudre certains problèmes.C\u2019est pourquoi j\u2019ai envisagé le cas où vous auriez remis de l\u2019argent à cet homme, de gré ou de force.\u2014 Qu\u2019allez-vous encore insinuer ?grommela le baron coléreusement, les prunelles étincelantes.\u2014 Mon Dieu, un chantage, par exemple.Le baron suffoqua.\u2014 Pardonnez-moi, s\u2019excusa hypocritement M.Durantet.Si j\u2019écarte ces hypothèses, si j\u2019admets que le crime n\u2019a pas eu pour mobile le vol, je suis alors amené à me désintéresser de ce braconnier, du Manchot, comme vous l\u2019appelez, et à rechercher le coupable.ailleurs.Leurs regards se croisèrent ; ils se mesurèrent comme deux adversaires avant d\u2019engager le fer.\u2014 Vous osez m\u2019accuser?gronda le baron.Sachez que j\u2019ignorais l\u2019existence de cet homme tout comme il ignorait la mienne ! M.Durantet désigna de la main le blason : \u2014 Il en possédait une copie réduite que j\u2019ai retrouvée dans sa chambre, à 1 auberge, avec d\u2019autres documents.Le juge s\u2019avançait.Le baron abandonna son attitude hostile.La peur dilatait ses yeux.\u2014 Demain, je puis vous faire arrêter, asséna froidement M.Durantet.Un sursaut de révolte agita son adversaire.\u2014 Je n\u2019ai tué personne ! protesta-t-il avec force.Je n\u2019ai commis aucun crime ! Entendez-vous ! Il risquait d\u2019attirer l\u2019attention des domestiques.Sa voix faiblit ; haletant, il avoua : \u2014 Oui, j\u2019ai reçu cet homme ! Oui, j\u2019ai cédé, je lui ai remis de l\u2019argent, la somme qu\u2019il exigeait pour garder le silence ! « Il avait quitté le château.Je voulais le rejoindre, lui donner un avertissement.J\u2019ai couru, dans le chemin.De loin, je l\u2019ai aperçu, assis sur ce tronc d\u2019arbre, occupé à recompter les billets que je lui avais donnés.Soudain, je vis bondir le braconnier, l\u2019arme levée.Cela dura l\u2019espace d\u2019une seconde.L\u2019homme expira, sans un cri et l\u2019autre lui arracha l\u2019argent.«Je restai muet.Si j\u2019avais signalé ma présence, le manchot se serait précipité sur moi.« On arrêtera 1 assassin, me suis\u2014je dit; on découvrira cette somme dont on recherchera l\u2019origine.« J\u2019ai donc suivi ce misérable.Les circonstances me furent favorables.Il rencontra le garde-champêtre, comme vous savez.Effrayé sans doute, il décida de cacher le produit de son crime avant de regagner le village.Il déposa 1 argent dans une anfractuosité d\u2019une grotte, au coeur de la forêt, et se défit de son arme.«J\u2019ai repris ces billets.Ils sont là, dans ce tiroir, acheva-t-il en montrant une ravissante table en marqueterie.Je vais vous les donner.».LA VIE COURANTE .par Georges Clark / ) \u2014 Il n\u2019y a personne à la maison, M'sieur, mais nous adorons les démonstrations .y Le Samedi, Montréal, 5 août 1950 31 n fit quelques pas.M.Durantet suivait chacun de ses gestes, craignant de le voir se livrer à un acte désespéré.\u2014\tMe fournirez-vous la preuve de ce que vous avancez ?dit-il, la gorge sèche.Je vous préviens que mon collaborateur est resté au village avec les documents que j\u2019ai recueillis dans la chambre de la victime.Le baron se retourna.\u2014\tNe croyez pas que je mente.ni que je veuille tirer sur vous.Il n\u2019y a point de revolver dans ce tiroir.\u2014\tJ\u2019attends, coupa M.Durantet, vexé d\u2019avoir laissé percer sa crainte.Son hôte ne bougea pas et ajouta : ¦\u2014 Cet argent ne prouve pas que j\u2019aie dit la vérité, c\u2019est ce que vous pensez.Pour rentrer en sa possession, j\u2019aurais pu commettre un crime, n\u2019est-ce pas?M.Durantet ne trouva rien à répondre.Le baron acheva : \u2014 Il y a du sang sur ces billets.Il y a même des empreintes digitales.Il ouvrit le tiroir, prit la liasse et la tendit au magistrat.Celui-ci y jeta un coup d\u2019oeil.\u2014 Vous avez de la chance que ce misérable ait signé son crime, constata-t-il d une voix troublée.Je vous ai bien cru coupable.Il était horriblement mortifié.\u2014 Vous me devez encore une explication, dit-il.Je vous écoute.Le baron surmonta une imperceptible hésitation, puis montra le titre accroché au mur.\u2014 Un jour, on est venu me le proposer.Un autre avait illustré le nom que je porte : c\u2019était un général qui avait été fait baron d\u2019Empire.Nous n avions aucun lien de parenté, mais l\u2019orthographe était la même.J\u2019ai eu cette faiblesse, je l\u2019avoue.M.Durantet demeura bouche bée.Ainsi, c\u2019était là le mystère ?\u2014 L\u2019homme qui est mort avait eu en mains ce titre, il avait eu connaissance de mon achat et il s\u2019était proposé d\u2019exercer un chantage.S\u2019il ne s\u2019y est pas pris plus tôt, c\u2019est sans doute qu\u2019il n\u2019avait pas encore découvert ma résidence.Le châtelain se tut.M.Durantet sentit monter en lui une sourde irritation.\u2014 Vous avez failli payer cher, votre titre, ricana-t-il.Son hôte demeura muet.Alors, il haussa les épaules.\u2014 Demain, rien ne m\u2019empêchera d\u2019aller visiter la grotte.On croira que j\u2019y ai découvert moi-même cet argent.Je ne vois pas la nécessité de vous couvrir de ridicule.D\u2019un geste, il prévint tout remerciement : \u2014 Excusez-moi.Voici la nuit.Je dois partir.Ils quittèrent le salon.Un quart d\u2019heure plus tard, après avoir quitté le châtelain, le docteur observa : \u2014 Vous êtes incorrigible, monsieur le Juge! Vous lui avez encore dit monsieur tout court ! Je vous avais pourtant bien prévenu ! \u2014 La prochaine fois, j\u2019y veillerai, interrompit M.Durantet, avec une ironie que le médecin ne put saisir.L'AVENTURE MARITIME [ Suite de la page 7 ] La Réale n\u2019éclipe cependant ni le Soleil royal, orné par Coysevox, ni plusieurs autres vaisseaux dont la coque chamarrée semblerait uniquement faite pour la parade, n\u2019étaient leurs innombrables canons veillant de tous côtés, tels les cent yeux du prince Argus.Beaucoup d\u2019entre eux périrent au combat sous ce magnifique habit de cour.Les splendeurs iront peu à peu s\u2019atténuant, malgré la persistance des figures et des emblèmes traditionnels : Neptune et Amphitrite, les Néréides, les Tritons soufflant dans leurs conques, les Renommées sonnant de la trompette.La dernière en date de ces merveilles flottantes, c\u2019est le Canot de l\u2019Empereur construit en 1811 pour une visite de Napoléon 1er aux bouches de l\u2019Escaut.Il ne s\u2019agit plus, cette fois, d'une maquette, mais de l\u2019original lui-même : 60 pieds de long, 12 pieds de large.Pour l\u2019introduire dans le Palais de Chaillot, il fallut défoncer un mur.Tout près de l\u2019orgueilleux canot, une réduction au quarantième de la frégate La Belle Poule qui ramena en France, en 1840, les restes de l\u2019Empereur.Elle ne cessa point pour cela de naviguer ni de combattre, mais', en souvenir de sa mission à Sainte-Hélène, garda toujours ses batteries peintes en noir.A ces navires-soleils, à ces hardis capitaines parés de brocarts et de dentelles, à ces instruments de bord ennoblis par le ciseleur, notre siècle oppose le monstre guerrier, le bon colosse marchand, le paquebot dernier confort qui est au vaisseau du dix-septième siècle ce qu\u2019un immeuble de l\u2019avenue du Bois est à un gracieux hôtel du Marais.Le temps des aventures est-il vraiment fini ?Il suffit, pour être sûr du contraire, de voir les lycéens s\u2019attarder longuement dans la salle réservée aux bâtiments exotiques : jonques chinoises, sampans indochinois, pirogues africaines ou polynésiennes, sambouks arabes, pinasses du Gange, cascos de Manille, couffas du Tigre, kayaks esquimaux.Au début du siècle, les futurs marins rêvaient surtout de Claude de Forbin pourchassant ses ennemis jusque dans la Mer Blanche, par delà le cercle polaire ; de Jean-Bart ramenant en France, avec les lauriers du vainqueur, cent vaisseaux de blé qui sauvèrent le peuple de la famine de Suffren partant pour les grandes Indes.Après deux terribles guerres qui n\u2019ont laissé qu\u2019une place restreinte aux exploits individuels, d\u2019autres exemples sollicitent la jeunesse : celui d\u2019Alain Gerbault lancé à la conquête des océans sur son minuscule Firecrest ; celui de Jean Charcot, le commandant du Français et du Pourquoi Pas ?Le Christophe-Colomb du Pôle ; celui de Virginie Hériot, la fière amazone des mers.Nos enfants sauront peut-être, en des temps meilleurs, concilier la sagesse et l\u2019aventure.Richelieu ni Jack London n\u2019y trouveraient rien à redire.Quant au Musée de la Marine, aujourd\u2019hui si remarquablement conçu et rajeuni, nul doute qu\u2019il puisse alors se flatter d\u2019avoir éveillé quelques solides vocations.Jean Botrot EN MARGE DE.[Suite de la page 5] Pour aller réaliser ce film, René Da-ry est parti de Paris en compagnie de Jean Devaivre qui agira comme metteur en scène et de Philippe Agostini à qui sera confié la camera.Cette équipe a été saluée par toute la presse française comme une déléguée du cinéma français devant établir un lien plus étroit et plus spécifique entre les productions artistiques canadiennes et françaises.René Dary nous a révélé que le Canada constituera le cadre des « extérieurs » du film tandis que les studios français tourneront les intérieurs.D\u2019une telle collaboration ne peut naître qu\u2019un splendide succès.'¦ ¦¦1 VOUS AIMEZ LES ROMANS, LES NOUVELLES, LES FEUILLETONS.Vous serez donc admirablement servi en vous abonnant à nos trois magazines : Le Samedi, La Revue Populaire et Le Film.En effet, nos trois publications vous offrent ces trois genres sous les meilleures signatures de l'heure.Et ce n'est pas tout : sont chez nous, les magazines dominants, ceux qui donnent le ton.Une riche variété d'articles illustrés traitant de mille et un sujets sont autant de sources d'informations et de distractions en ces belles soirées d'été où la lecture prend sa pleine signification.Sans compter que l'abonnement constitue une aubaine d'avant-guerre en cette vie chère d'après-guerre.C'est tout simple : remplissez le coupon ci-dessous, et vous serez ravi du résultat.REMPLISSEZ CE COUPON D\u2019ABONNEMENT SELON VOTRE CHOIX ?LES 3 MAGAZINES LE SAMEDI \u2014 LA REVUE POPULAIRE \u2014 LE FILM 1\t.- (Canada seulement) $5.50 OU Can.E.-U.D LE SAMEDI .$3.50\t$5.00\tpour 1\tan O LA REVUE POPULAIRE .1.50\t2.00\t\"\t» O LE FILM .1.00\t1.00\t\" \"\t\" Veuillez trouver ci-inclus, la somme de $.pour l'abonnement indiqué d'un (X) ?IMPORTANT : \u2014 Indiquer d'une croix s'il s'agit d'un renouvellement.Nom.Adresse.Localité.Province.POIRIER.BESSETTE & CIE.LIMITEE _\t,75-985.rue d.Bullion, Montréal 11 32 Le Samedi, Montréal, 5 août 1950 RIEN DE SÉRIEUX Deux autos se frappent ; celle qui semble avoir été la cause de la collision est conduite par une jeune femme.\u2014 J\u2019ai pourtant bien tourné du côté que j\u2019indiquais par mon signal, dit-elle.\u2014 C\u2019est vrai, répond le monsieur de l\u2019autre auto, et c\u2019est justement ce qui m\u2019a trompé.\u2022 \u2014 Pour deux sous de poudre insecticide.\u2014 Le voulez-vous dans une boîte ou dans du papier ?\u2014 Oh ! inutile, jetez-les donc tout de suite là-dedans ! \u2022 \u2014 Mais non, rassurez-vous, vous n\u2019avez pas la grippe.C\u2019est à tort que l\u2019on voit la grippe partout.Vous avez simplement une congestion pulmonaire double et un commencement de typhoïde ! ! ! \u2022 Le marquis de Bièvre, célèbre pour ses calembours et ses jeux de mots, regardait deux marmitons qui se battaient.Quelqu\u2019un lui demanda le motif de la querelle : \u2014 Ce n\u2019est rien, dit le marquis, c\u2019est une batterie de cuisine.La cuisinière vient de manquer de respect à madame.\u2014 Marie, lui dit celle-ci, vous semblez oublier votre situation et la mienne.\u2014 C\u2019est plutôt madame qui l\u2019oublie : votre mari est simple soldat.et le mien est caporal.\u2014\tAyant enterré quatre maris, je préfère rester veuve inconsolable.\u2014\tAcceptez-moi tout de même comme cinquième, qui sait, la chance pourrait tourner !.Madame a, depuis hier, une nouvelle bonne à qui elle donne ses instructions.\u2014 Vous n\u2019aurez pas besoin de descendre vos eaux sales dans la cour, Marie, jetez-les simplement par la fenêtre.Regardez seulement où elles tombent.\u2014\tBien, Madame.Un peu plus tard, Madame entend un brouhaha devant la porte.\u2014 Qu\u2019y a-t-il donc, Marie ?\u2014 Madame, je viens de jeter de l\u2019eau sale par la croisée, et j\u2019ai regardé où elle tombait, comme Madame m\u2019a dit.\u2014 Eh bien ?\u2014\tEh bien, elle est tombée sur un garde municipal ! \u2014 Vous êtes bien nourrie chez vos maîtres ?\u2014 Très mal, quand je fais de la mauvaise cuisine, je ne peux pas la manger.Quand j\u2019en fais de la bonne, il ne revient rien de la table.\u2014 Cette dame me fait penser à un oiseau.\u2014\tVeux-tu parler de son chant ou de sa beauté ?\u2014\tNi l\u2019un ni l\u2019autre, c\u2019est un perroquet.La dame au docteur : \u2014 Je regrette, cher docteur, que vous ne soyez pas venu souper avec nous à notre fête d\u2019hier soir.Vous en auriez joui ! \u2014 Pas tant qu\u2019aujourd'hui.J\u2019ai déjà soigné trois de vos hôtes pour des indigestions ! \u2022 Le docteur va voir un de ses amis, le trouve enroué, l\u2019examine et lui prescrit un traitement.\u2014 Sûrement, lui dit-il, prenez de grandes précautions.Un accident est si vite arrivé quand la voix n\u2019est pas libre.\u2022 \u2014 Oh ! cher maître, chantez-nous encore quelque chose avant de partir.\u2014 Volontiers, chère madame, mais l\u2019heure est avancée et je crains de déranger les voisins.\u2014 Oh ! peu importe d\u2019ailleurs, ils ont un chien qui hurle toute la nuit et qui nous dérange, on peut bien leur rendre la pareille.La dame.\u2014 Avez-vous de l\u2019eau au dernier étage ?La concierge.\u2014 Oui, madame, quand il pleut.\u2022 \u2014 Ah ! mon pauvre ami, sur qui suis-je tombé ! Jamais, entendez-vous, jamais il n a existé une femme plus nerveuse.\u2014 Une machine à vapeur quoi ! \u2014 Nous venons vous demander quelque chose pour les orphelins du quartier.\u2014 Monsieur ne reçoit pas ce matin.\u2014 Nous ne lui demandons pas de recevoir, mais de donner ! \u2014 Crois-tu que si j\u2019avais un gâteau je t\u2019en donnerais la moitié ?\u2014 Oui.Bien sûr.\u2014 Alors, tu ne veux pas me donner la moitié du tien ?\u2014 C\u2019est qu\u2019il est à moitié mangé.\u2014 Donne-moi la moitié de ce qui reste.Tu ne m\u2019en devras plus qu\u2019un quart.\u2022 Le juge.\u2014Voyons, voyons, vous prétendez que vous avez vu plusieurs de vos poules dans le poulailler de votre voisin et que donc, il vous les a volées ?Le plaignant.\u2014 Parfaitement.Le juge.\u2014 Vous êtes de bonne foi, mais si je vous disais que j\u2019ai moi-même des poules absolument pareilles dans ma basse-cour ?Le plaignant.\u2014 Ça ne m\u2019étonnerait pas, c\u2019est pas la première fois qu\u2019on m\u2019en vole ! \u2022 \u2014\tC\u2019est curieux.Est-ce l\u2019émotion ?Je rate toujours mon premier lièvre.\u2014 Commencez sur le second !.\u2014 C\u2019est que, le second.je ne le vois jamais ! \u2022 Une dame se présente chez un éditeur de musique et, lui désignant une chanson exposée dans la vitrine, demande : \u2014\tCette chanson est-elle vraiment populaire ?\u2014\tMon Dieu, madame, je ne saurais trop vous dire, répond le marchand.Bien des gens chantaient cette chanson et elle plaît à beaucoup de monde.Mais on n\u2019en est pas encore assez fatigué pour qu\u2019elle puisse être qualifiée de véritablement en vogue.Le pere écossais.\u2014 Comment, espèce de sale gamin ! Je t\u2019achète pour un cent de confetti, et tu t\u2019amuses à les jeter ! LA VIE COURANTE .par Georges Clark \u2014 Je vais m\u2019ennuyer à mourir ici, cet été.Si au moins j\u2019avais mon chien ! é mm LA VIE COURANTE .par Georges Clark \u2014 Tu parles !.Elle doit lui dire que je suis absente, et elle prend trois-quarts d\u2019heure pour lui communiquer ça.y FANTASTIQUE ODYSSEE \u2022 DE SERBE\t^ * m vim É&.CONTE ILLUSTRE DU \"SAMEDI\" \u2014 TRENTE-TROISIEME EPISODE 1.\tLes deux marins qui restaient tentèrent de persuader Robert de suivre le capitaine.\u201cVous souffrez tous les deux, et avez besoin de soins.Je resterai jusqu\u2019à la fin.\u201d Sitôt que les matelots eurent atteint l\u2019hydravion, Robert fut tiré en sûreté.* 4.Après que Robert et les marins eurent fini leur repas, le capitaine Evans et Robert entrèrent dans la chambre aux commandes.Puis, les moteurs vrombissant, l\u2019appareil s\u2019éleva dans les airs, et passa au-dessus du \u201cGloria\u201d, qui s\u2019enfonçait petit à petit.7.Robert et le capitaine Evans étaient assis devant les commandes de l\u2019énorme appareil, quand Eveline entra dans la chambre.\u201cLe capitaine dit qu\u2019ils voudraient être descendus à Portsmouth, Robert,\u201d dit-elle.\u201cC\u2019est ici qu\u2019ils demeurent\u201d./ yÿ 2.\tLe capitaine Evans et Cari Ollsen, attendaient Robert sur un flotteur.Aussitôt, à portée du bras ils l\u2019aidèrent à sortir de la bouée, et le retinrent comme il grimpait par une sorte d\u2019échelle.On lui donna rm coup de main jusque dans le salon.S ZK.IP# 5.Des vagues s\u2019élançaient sur le vaisseau vacillant et sans espoir, comme Robert volant en cercle pour gagner de l\u2019altitude passait au-dessus.\u201cHeureusement que nous sommes arrivés à temps\u201d.\u201cQuelques minutes de plus et il était trop tard\u201d ! ¦ÜH!\"»Ti1HIj 8.\u201cD\u2019accord, Eveline\u201d, répliqua Robert.Il se mit à longer la côte vers le port.Volant à une haute altitude, ils virent le havre et la ville de Portsmouth, puis, descendirent vers la surface calme de l\u2019eau.\u201cNous voici arrivés\u201d, dit Robert.SK 'jkjÈ é ujLJfi iiwmnumnijir iiminnnn jA mm, 3.\tLe capitaine blessé fut installé sur un divan, et, quelques minutes plus tard, Robert et les deux autres naufragés étaient assis à une table.\u201cUn repas chaud vous fera du bien\u201d, glissa Eveline, comme elle entrait, portant des mets appétissants.6.Eveline et Cari Ollsen regardèrent le \u201cGloria\" s enfoncer de plus en plus dans les eaux agitées.Les ponts étaient couverts, et, seuls les mâts et le haut de la cheminée se montraient au-dessus des vagues.\u201cAh ! On ne voit plus rien\u201d ! dit Eveline.yaitrrmcT-i li r- m 9.Comme 1 hydravion vint se poser sur l\u2019eau, un canot quitta la rive et vint s\u2019arrêter le long de l\u2019au-pareil.Après avoir remercié Robert et ses compagnons, le capitaine et les deux marins leur firent leurs adieux.\t(A suivre) lakulUCiU rescouxre 0 No 10 RESUME.\u2014 Jim Bamell, détective privé, apporte en Amérique le diamant «Impérator » volé à un riche Américain.Les gangsters auxquels il l\u2019a repris l\u2019ont rejoint à l\u2019escale de Lisbonne, mais n\u2019ont pu mettre la main sur la précieuse pierre.M Le lendemain matin, Paul se lève bonne heure, s\u2019habille sans bruit pour ne pas alerter ses voisins de cabine.Il a mis au point une parade à l\u2019attaque qu\u2019il prévoit.Après un déjeuner sommaire qu\u2019il prend dans la salle à manger, déserte à cette heure matinale, notre ami demande au steward de le conduire chez le commandant.Introduit auprès de celui-ci, il dévoile sa qualité de détective, le met en garde contre les activités des gangsters et lui réclame le diamant.Le capitaine ne demande qu\u2019à se décharger de cette responsabilité, mais il fait remarquer à Paul qu\u2019il ne peut rien faire contre un passager tant que celui-ci n\u2019a pas commis d\u2019acte répréhensible.Paul retourne à sa cabine, et, tout en parlant de choses insignifiantes à cause du micro, dissimulé dans un angle de la pièce, il fait signe à Jim de le suivre.Une fois à l\u2019abri des oreilles indiscrètes, il le met au courant de tout ce qui s\u2019est passé depuis la veille, notamment de sa visite au commandant.et lui dit que, à son avis, les malfaiteurs vont s\u2019attaquer au coffre-fort du paquebot, jouant ainsi le tout pour le tout.Tout à coup, Jim aperçoit un homme à la physionomie inquiétante, qui suit des veux les gangsters se promenant sur le pont.La mémoire infaillible du détective l\u2019identifie sur-le-champ C\u2019est Roh Hope, membre de la bande des « Loups de Chinatown ».\tOD LE CARNET D UN LINGUISTE LU et ENTENDU Par ÉTIENNE LABBÉ REMPLIR UN BUT D.\u2014 Que pensez-vous des ex pressions dans le but de .remplir un but.R- La locution dans le but de, pour dans le dessin de, dans l\u2019intention de, est très usitée présentement, mais elle n est pas aisée à justifier.On n\u2019est pas dans un but, car si on y était, il serait atteint.Dans n\u2019a pas le sens de pour .Cette locution ne pouvant s expliquer .doit être évitée ; et, en place, on se servira de : dans le dessein, dans l\u2019intention, à l\u2019effet de, etc.On entend tous les jours la locution remplir un but, ce qui ne l\u2019empêche pas d\u2019être vicieuse ; car on atteint un but, on ne le remplit pas.Cette faute doit être soigneusement évitée.(Littré).LE MOT BIGOT Dévot outré et superstitieux.De l\u2019anglais by God, par Dieu.Mais cette étymologie a besoin d\u2019être expliquée par l\u2019histoire.Les Normands, qui vinrent s\u2019établir en France au commencement du Xe siècle, parlèrent pendant quelque temps la langue de leur pays, idiome qui se rapprochait assez de celui des Angles.Lorsqu\u2019ils voulaient affirmer quelque chose avec force et donner de l\u2019autorité à leurs paroles, ils les accompagnaient des mots by God, par Dieu.Bey Gott est l\u2019expression par laquelle Rollon jura qu\u2019il ne baiserait pas le pied de Charles le Simple.De là le nom de bigots que l\u2019on donnait, pendant le moyen âge, aux habitants de la Normandie et qu\u2019on a donné dans la suite à ceux qui ont sans cesse le nom de Dieu à la bouche.(Larousse,, LE MOT BEJAUNE L\u2019étymologie de béjaune, mot qui s\u2019applique à un jeune homme sot et niais, serait introuvable, si l\u2019on ne savait que ce mot est purement et simplement une contraction de bec-jaune.Rien n\u2019est alors plus plausible et plus naturel que l\u2019explication qu\u2019on en donne : montrer son béjaune, faire son béjaune, c\u2019est prouver qu\u2019on n'est encore qu\u2019un enfant, par allusion aux oiseaux niais, non futés, qui ne sont pas encore sortis du nid et qui ont le bec jaune.(Larousse).CREMAILLERE La crémaillère est un instrument de cuisine qu\u2019on fixe à la cheminée pour suspendre les marmites, chaudrons, etc.Quand on s\u2019installait autrefois dans un nouveau logis, on commençait par pendre la crémaillère, et cet acte était suivi d\u2019un repas par lequel on célébrait l\u2019emménagement.Peu à peu le mot a aussi servi à désigner la fête d\u2019inauguration :\t« La crémaillère fut très gaie chez les Leblond ».ALTERNATIVE Ne dites pas : \u2014 Entre « ces deux » alternatives, je ne sais quel parti prendre.Dites : \u2014 Dans cette alternative, je ne sais.Le mot alternative implique, en effet, dualisme.Par conséquent, le faire précéder de l\u2019adjectif numéral deux, c\u2019est en quelque sorte le multiplier par le coefficient deux, ou l\u2019élever au carré, comme disent les mathématiciens, et produire ainsi le nombre quatre.CLEARING SALE LL de voyais ces jours-ci dans la montre d\u2019un magasin : \u201cClearing sale\u201d, et à côté, comme traduction : vente d\u2019éclaircissement.Est-ce là une bonne traduction ?R- \u2014 Cette traduction est loin d\u2019être réussie.Bien que \u201cclearing\u201d, dans certains cas, signifie « éclaircissement », il signifie aussi « débarras ».Dans le cas présent il semble bien que le marchand veut se débarrasser de marchandises qui l\u2019encombrent pour faire place aux nouveautés du printemps qui arriveront bientôt.Vente de débarras, vente d\u2019écoulement, vente de soldes semble-t-il, auraient parfaitement rendu l\u2019idée.Traduire \u201cclearing sale\u201d par « vente d\u2019éclaircissement », c\u2019est à peu près la même chose que traduire corn cure « corricide », par « guérison de 1 blé d\u2019inde » ; spring chicken, par « poulet à ressort » ; coat of Paint « couche de peinture » et real estate, par « état réel ».LE MOT POLTRON Le mot viendrait du latin pollice truncus (qui a le pouce coupé et remonterait ainsi, par allusion, à une loi du Bas-Empire romain condamnant à la peine du feu les lâches qui, pour éviter le service militaire, se mutilaient les doigts.On peut rapprocher cette explication d\u2019un terme de fauconnerie : oiseau poltron, donné à certains oiseaux dressés auxquels on avait coupé les ongles des pouces.On fait parfois dériver poltron de l\u2019italien pol-tro (poulain) en raison de la peur à laquelle sont sujets ces jeunes animaux.Sinn-fein.\u2014 On connaît ce mouvement nationaliste irlandais tendant à constituer l\u2019Irlande en une république entièrement indépendante de l\u2019Angleterre.Le mot qui le désigne commença à se répandre vers 1905, lorsqu\u2019Arthur Griffith fonda un journal sous ce titre.Il vient du gaélique et veut dire : « Nous même » ou « par nous-mêmes ».L\u2019ADVERBE \"TRES\" Très.\u2014 Ne dites pas:\u2014Un homme « très » supérieur.Dites : \u2014 Un homme supérieur.Supérieur est, par définition un comparatif, et, par conséquent ne comporte pas devant soi de superlatif.Ne dites pas : \u2014 On a « très » applaudi.\u2014 Je me suis «très» amusé.\u2014 Il est « très » à désirer.\u2014 J\u2019ai « très » peur.\u2014 C\u2019est « très » dommage.\u2014 Avez-vous « très » soif ?\u2014 Oui, « très ».Dites : \u2014 On a fort applaudi.\u2014 Je me suis fort amusé.\u2014 Il est bien à désirer.\u2014 J\u2019ai grand peur.\u2014 C\u2019est bien dommage.\u2014 Avez-vous grand soif?\u2014Oui, grand soif.L\u2019adverbe très doit toujours retomber immédiatement sur un adjectif ou sur un autre adverbe : très beau, très grand, très vite.Très ne doit pas être suivi d\u2019un trait d\u2019union : très bien, très fort, très bon.NOTES ENCYCLOPÉDIQUES ai cAibte daueiiemeni aux mats-unis 2 millions 500,000 machines vendant des produits de toutes sortes, et leur valeur est estimée à 100 millions de dollars.Les constructeurs sortent annuellement 200,000 machines estimées à 20 millions de dollars.Cette immense légion d\u2019automates a vendu, en 1946, pour 10 millions de dollars de gomme à mâcher, pour 20 millions de noix, pour 52 millions de boissons, pour 70 millions de bonbons et pour 300 millions de cigarettes.\u2022 Deux perroquets viennent d\u2019être offerts à la Maison Blanche par les organisateurs du Salon des Oiseaux, tenu à Paris l\u2019hiver dernier.L\u2019un, nommé Rémus, est destiné au président Truman ; l\u2019autre, qui naturellement s\u2019appelle Romulus, au major-général Graham, ami et médecin du président.Romulus parle beaucoup mieux que Rémus, mais il paraît qu\u2019il n\u2019a pas un langage assez châtié pour être admis dans les salons présidentiels.Une conférence a rassemblé à Rabat trois représentants de l\u2019autorité centrale en Afrique du Nord : M.Naege-len, gouverneur-général de l\u2019Algérie, le général Juin, résident du Maroc et M.Mons, résident-général en Tunisie.Ils étaient accompagnés des chefs d\u2019état-major des Forces françaises d\u2019Afrique.les différents problèmes qui se posent en liaison avec la défense de ces territoires : développement des ports, des voies de communication, des lignes aériennes oint fait l\u2019objet d\u2019examens approfondis.m poids ne dépasse pas 1/16 d\u2019once.Soit à l\u2019échelle humaine pour un athlète pesant 170 livres, un poids de 34 tonnes.\u2022 Le Shah de Perse, Nasr-ed-Din visita Londres en 1874 et fut invité à dîner par le prince de Galles, plus tard Edouard VII.On servit des asperges et le Shah après en avoir dégusté la partie succulente se mit à jeter les bouts pardessus son épaule ; sans sourciller, le prince de Galles suivit poliment son exemple et tous les convives l\u2019imitèrent, au grand désarroi des domestiques-mais noblesse oblige !.Les Nouvelles-Hébrides sont placées sous le contrôle d\u2019un condominium franco-britannique institué en 1887 et modifié le 6 août 1914, par un protocole qui en régit toujours l\u2019organisation politique, administrative, judiciaire et foncière.Les intérêts économiques de la France et le nombre de ses ressortissants sont de beaucoup les plus considérables : la propriété foncière française atteint environ 80 % de l\u2019ensemble des terres.L\u2019Angleterre s\u2019occupe plus de soutenir l\u2019action de ses missionnaires \u2014 les teachers, comme on les _______ appelle ici \u2014 que d\u2019encourager ses colons et ses planteurs.KANGOUROU adulte peut atteindre tii piedi et demi de hauteur et peier deui eenti livret.A ta naiisance, il n e guère qu'un poute de longueur el pete i peine une once.La rareté du logement se fait sentir dans tous les pays, mais on raconte qu\u2019à Rome, en 1946, un couple âgé se vit forcé de s\u2019installer dans la grotte qui abrita jadis la louve nourricière de Romulus et Rémus.Alfio Patane et sa femme ont été bombardés deux fois et leur petit-fils a été tué dans leurs bras ; aujourd\u2019hui, ils ont trouvé asile sous la Roche Tarpéienne./ Marjorque est le paradis du touriste.Tout y est fait pour l\u2019enchanter.Parmi les divers itinéraires qui s\u2019offrent à lui, la visite à la chartreuse de Valldemosa est obligatoire.George Sand en est responsable.C\u2019est l\u2019auteur le plus lu à Majorque.Pas une librairie, pas une boutique de souvenirs où ne trône Un Hiver à Majorque.George band, en effet, en compagnie de Chopin, passa une saison dans cette ancienne chartreuse, haut perchée dans la montagne.On vous montre à La Cartuja la cellule numéro 4 qui s\u2019honore d\u2019un piano, apocryphe mais Pleyel, qui aurait servi au musicien polonais, des couloirs blanchis à la chaux aux fe-netres grillagées.Etrange décor pour un roman d\u2019amour.Parmi les 25 différentes balles utilisées pour les jeux et les sports, la plus difficile à fabriquer est celle de golf.A part l\u2019examen des 35 fournitures brutes employées, sa fabrication nécessite 18 épreuves et le finissage 19, y compris ceux qu\u2019exigent la symétrie, le rebondissement, le poids officiel de 19 onces et le diamètre qui doit être de 1.68 de pouce.Certaines balles de golf exigent un travail de deux mois.Malgré leur petite taille, les insectes sont dotés par la nature d\u2019une force peu commune.C\u2019est ainsi que la minuscule fourmi peut supporter dix fois son poids.Mais le record est détenu par la lucane qui, sans contestation possible, peut être surnommée \u201cLe roi de la pince\u201d.Entre ses mandibules, cette dernière peut soulever une règle d\u2019acier Le port d\u2019Anvers était, selon le mot de Napoléon : \u201cUn pistolet braqué sur le coeur de l\u2019Angleterre\u201d.C\u2019est à la fois un port de mer et un port rhénan.Ses quais en eau profonde s\u2019étendent sur 4 milles.Les 25 bassins offrent 32 milles de quais.L\u2019outillage y est ultra-moderne : appareils de levage hydraulique ou électrique, grues flottantes, ponts transbordeurs, élévateurs à grains, remorqueurs communaux pour le toua-ge dans les bassins, voies ferrées, hangars, entrepôts pétrolifères, silos à grains, magasins à potasse, installations frigorifiques etc.Douze cales sèches.Anvers est reliée au monde entier par 240 lignes régulières de navigation Annuellement 10.000 navires de haute mer et 50,000 bateaux fluviaux entrent et sortent.Avant la guerre, Anvers transbordait 50 millions de tonnes de marchandises. 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