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Titre :
Le samedi
Éditeur :
  • Montréal :Société de publication du "Samedi",1889-1963
Contenu spécifique :
samedi 12 août 1950
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque semaine
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Le samedi, 1950-08, Collections de BAnQ.

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[" Samedi DANS CE NUMERO : HONFLEUR ET LE CANADA / \u2022 LA LIBERTÉ SYMBOLISEE PAR LA DANSE « MARÉE MONTANTE Roman policier : LA C3GARL ' ROSE, par J.Voussac \u2022>\t.,s ?1Cl \u2022 '* .\u2022 \u201e 4'%, \u2022; ' t 1 7.-^' .t* itefS**** ^/\u20224 .' 4'*%* ma i J|§É& ¦\ty _ ; - -* > ¦ «fe ¦:\u2022 ¦¦!\u2022 ¦ à**»» - ¦ y \"**W ' îS6i«9>| * «y/,\t-\t¦ ¦ \\ IID904 jBSt Wm- ft ; si ' ^\t, i -N\tJEAN-MARIE BEAUDET\t/- LARL\u20acSI\u20acNN\u20ac L\u2019événement le plus impatiemment attendu par les amateurs de musique et de théâtre, qui assisteront au Festival d\u2019été, est sans contredit la présentation de VArtésienne qui, à date, n\u2019a jamais été jouée à Montréal.Elle sera entendue au complet, telle que présentée en France.Les artistes du Théâtre d\u2019Arlequin (section des Compagnons) assumeront la partie dramtique de l\u2019oeuvre L\u2019orchestre sera dirigé par Jean-Marie Beaudet, les danses exécutées par les Ballets Québec, et le chef des choeurs sera, comme pour Faust, Marcel Laurencelle.L\u2019Artésienne est un drame, en trois actes et cinq tableaux, du célèbre romancier, Alphonse Daudet, avec symphonies et choeurs de Georges Bizet, le compositeur de la musique de Carmen.La première de l'Artésienne eut lieu au Vaudeville de Paris, le 1er octobre 1872.C\u2019est une oeuvre inégale, un peu pauvre d\u2019invention, mais charmante en ses détails et animée par un souffle de poésie.La partition est tout empreinte de sentiment agreste et de couleur locale.Petit chef-d\u2019oeuvre de grâce et de fraîcheur, elle reste, avec celle de Carmen, le plus beau titre de son auteur à la reconnaissance des artistes et du public.Plus tard, Bizet forma avec les principaux morceaux de cette partition, et en en com plétant l\u2019instrumentation, une délicieuse suite d\u2019orchestre, qui obtint partout un immense succès.La trame de la pièce est la suivante.Un jeune paysan de la Camargue, Frédéri, est amoureux d\u2019une belle Arlésienne.Au moment de l\u2019épouser, il apprend qu\u2019elle est indigne de son amour.Des lettres révélatrices, produites par un autre amoureux, lui font presque perdre la raison.Après avoir durement repoussé la tendresse d\u2019une charmante jeune fille à laquelle on veut le marier, après avoir refusé de s\u2019unir à l\u2019Arlésienne, quand sa mère au désespoir a fini par lui donner son consentement, il va se précipiter du haut d\u2019une tourelle, sous les yeux de la malheureuse femme.On le devine aisément, ce n\u2019est pas là du meilleur Daudet.Ce dénouement cruel et tragique cadre mal avec la mélancolie voilée, les sentiments d\u2019une tendresse nuancée auxquels le romancier du Petit Chose nous avait accoutumés et qui constituent son charme le plus authentique.EDUCATEURS!.EDUCATRICES!.Toutes les personnes qui ont une mission à remplir auprès de la jeunesse de 16 à 20 ans ne méritent-elles pas le beau nom d\u2019éducateurs, d\u2019éducatrices?Lequel d\u2019entre vous n\u2019a pas très souvent l\u2019occasion d\u2019apporter un conseil .à un jeune homme ou à une jSune fille de cet âge ?Vous serez donc heureux de connaître le « Service d\u2019Orientation dans la Vie » du Centre Catholique de l\u2019Université d\u2019Ottawa ; il offre un cours dont vous pourriez facilement disposer pour connaître vous-mêmes les principes directeurs qui doivent présider au choix d\u2019une vocation.La vocation ! N\u2019est-ce pas un angoissant problème parfois ?Nombreux sont les jeunes qui nous écrivent, (et plus nombreux encore sont ceux qui le disent sans l\u2019écrire) : « Rendu à mon âge, 17 ans, je ne sais trop quoi faire plus tard je bute sur le problème de ma vocation.Je voudrais que ma vie soit un succès et je la veux grande ! » COURS ORAL : Plusieurs centaines d\u2019élèves suivent nos cours par correspondance ; mais la plupart les reçoivent de leurs éducateurs ou éducatrices qui l\u2019introduisent dans leurs cours réguliers.Préparé par le révérend Père André Guay, o.m.i., à l\u2019aide des notes manuscrites du regretté Cardinal Villeneuve, ce cours constitue une solide et très limpide documentation sur tout le problème de la vocation ; il fournit les bases d\u2019une orientation vraiment théologique de la vie.Ne pourrait-il pas avoir sa place logique dans tous les cours d\u2019études supérieures ?Y aurait-il un plus beau couronnement à donner aux études ?Parfois même, il est très avantageux de donner le Cours avant la dernière année : les élèves eux-mêmes nous le disent.D\u2019ailleurs, nos jeunes ont le droit de voir clair dans la vie et nous avons le .devoir de leur faciliter cette tâche; de leur dire toute la vérité surnaturelle concernant leur destinée.Voici l\u2019idée générale que renferme chacune des 10 leçons des « Cours d\u2019Orientation dans la Vie ».Voir clair; pour orienter sa vie.faut voir clair.Comment voir clair ?La Vraie Vie : Où va a vie ?Qu\u2019est-ce que la vie (avec un petit v, et la Vie avec un grand V) ?Donner la vie : C\u2019est le propre de la Vie surnaturelle comme de la vie naturelle, de se donner.Un état spécial m\u2019attend : Dieu a voulu, dans sa science et sa sagesse, assigner une vocation à chacun.La famille, la patrie, l\u2019Eglise ont besoin d\u2019hommes.Comment découvrir sa vocation divine ?Les principes théologiques et les aptitudes particulières dont chacun dispose.Le sublime état du sacerdoce : Pour sauver le monde, Dieu a besoin de prêtres ! \u2014 Conditions pour désirer le sacerdoce.\u2014 Devoirs de la femme envers le sacerdoce.La Vie religieuse : L\u2019Etat de perfection.Signes de cette vocation spéciale.L\u2019Etat religieux et à la vie chrétienne.Le célibat dans le monde : Sa vertu fondamentale : la chasteté.Notre Seigneur a conseillé le célibat.L\u2019apostolat du célibat.Le saint état du mariage : Les devoirs, les sacrifices, du mariage.Il faut se préparer à cette vocation.Conclusion : Vue d\u2019ensemble.Orientation professionnelle.Suggestions et impressions de l\u2019élève sur le Cours d\u2019Orientation dans la Vie.VOICI QUELQUES EXTRAITS DE LETTRES DE PERSONNES AUTORISEES: « La raison de ma demande du « Cours d\u2019Orientation dans la Vie » est la suivante : Je suis Directeur Spirituel ici, au collège, et comme vous le supposez bien, plusieurs de nos grands jeunes gens sont indécis ; ils ne savent s\u2019ils iront dans le sacerdoce, la vie religieuse ou dans le monde.Nous faisons notre possible, nous prions pour eux.mais je crois que votre travail nous serait d\u2019un précieux secours pour la Gloire de Dieu ».« Vous avez préparé des cours spéciaux d\u2019« Orientation dans la Vie » pour les grandes élèves de nos couvents.En plus d\u2019une réunion pour les étudiantes, on a fait l\u2019éloge de ces leçons pratiques autant qu\u2019attrayantes ».«Voulez-vous avoir la bonté de me faire parvenir 50 copies des 1ère et 2eme leçons du Cours d\u2019Orientation dans la Vie ».CONCLUSION : Les éducateurs et éducatrices peuvent commencer ces cours à n\u2019importe quel temps de l\u2019année.Pour eux et leurs étudiants nous avons un prix spécial.Qu\u2019ils demandent donc dès maintenant les règlements et renseignements complets en s\u2019adressant au : « Service d\u2019Orientation dans la Vie, » Centre Catholique, Université d\u2019Ottawa, 1, rue Stewart, OTTAWA, Ontario.1ère leçon : 2ème leçon : 3ème leçon : 4ème leçon : 5ème leçon : 6ème leçon : 7ème leçon : 8ème leçon : 9ème leçon : lOème leçon : NOTRE COUVERTURE: Un amarrage réussi demande la collaboration de toutes les mains et même notre jeune navigatrice y va de tout son élan pour lancer le cable d\u2019attache Une promenade en yacht par un bel après-midi d\u2019été est le passe-temps idéal des citadins en vacances, et le capitaine ne refusera jamais passagère aussi jolie, et au sourire aussi charmeur.\tPhoto Harold M.Lambe-t LES PUBLICATIONS POIRIER, BESSETTE & CIE, LIMITEE Membres de l'A.B.C., et de l'Association des Editeurs de Magazines du Canada Le Samedi La Revue Populaire Le Film 975-985.RUE DE BULLION MONTREAL \u2014 CANADA \u2022 Tel : PLateou 9638 * * FRED & GEORGES POIRIER Propriétaires JEAN CHAUVIN Directeur Rédacteur en chef : GERALD DANIS Chef de publicité : CHARLES SAURIOL Directeur artistique : HECTOR BRAULT m Chroniqueur sportif : OSCAR MAJOR Chef du tirage : ODILON RIENDEAU NOS REPRESENTANTS : WILFRID DAOUST 20, Onzième Avenue, Lachine (Ottawa, Hull, Sherbrooke, Dru m m ondville, Saint-Hyacinthe, Sorel, Granby, Farnham, Saint-Jérôme, Joliette et les environs.) ADELARD PARE 6, rue du Pont, Québec ( Québec et Lévis ) PAUL LARIVIERE 1710, rue St-Philippe, Trois-Rivières (Trois-Rivières et Cap-de-la-Madeleine ) Autorisé comme envol postal de la deuxième classe.Ministère des Postes, Ottawa.\u2022 Entered at the Post Office of St.Albans.Vt., as second clast matter under Act of March 1879 ABONNEMENT CANADA Un on - - - - - $3-50 Si* moi».2.00 ETATS-UNIS Un an.$5.00 Six moi»\t2.50 AU NUMERO : 10 cents HEURES DE BUREAU : 9 h.a.m.à 4.45 h.p.m.du lundi au vendredi.\u2022 AVIS AUX ABONNES \u2014 Le» abonnés changeant de localité sont priés de nous donner un avi» de huit jour», l'empaquetage de nos sacs de malle commençant cinq jours avant leur expédition.62e année, No 13 \u2014 Montréal, 12 août 1950 3 EDITORIAL D\u2019UN SAMEDI A L\u2019AUTRE Vacances impromptu Sans projets, sans programme, sans réservation aucune, j\u2019ai décidé, cet été, de prendre ma petite quinzaine de vacances à la belle aventure, sans plus de soucis ni complications que le brave rentier déambulant paisiblement à travers les rues de son village ou de son quartier.L\u2019idée n\u2019est pas si bête et je vais tenter de vous le démontrer.L\u2019avantage immédiat d\u2019entrer en vacances ainsi qu\u2019un écolier, c\u2019est qu\u2019on n\u2019a pas, des semaines à l\u2019avance, à se creuser la tête pour savoir si l\u2019endroit choisi (après combien d\u2019hésitations) vous plaira, si la cuisine ne sera pas décevante, si l\u2019entourage sera de bonne compagnie.Et puis, il y a ceci de merveilleux que la hantise des préparatifs disparaît ipso facto : pas de correspondance, pas de téléphones, pas d\u2019emplettes, pas de bagages La bdusculade du départ, dans toute sa misère, est une idée qui ne se suggère même pas : on partira ou on ne partira pas, attendu que c\u2019est tout comme.Voilà qui se dessine, n\u2019est-ee pas ?car ainsi conçues, les vacances sont véritablement synonymes de dolce farniente, de bon plaisir, et cela, je serais en passe de l\u2019oublier comme tant d\u2019autres si je n\u2019avais pas eu cette fantaisie du nowhere holidays, fantaisie toute pleine de charme et d\u2019imprévu.Donc, je suis passé, sans transition, du travail à l\u2019état béa-tifique d\u2019une paresse bien méritée, d\u2019une paresse non organisée.Deux ou trois jours pour me retourner, m\u2019étirer, me rendre bien compte de ma liberté provisoire, ne furent pas de trop.La musique étant en fête dans la métropole, vers ce temps, je suis allé voir et entendre l\u2019opéra sous les étoiles, ce qui, entre nous, valait bien l\u2019atmosphère de n\u2019importe quelle guinguette, ou même encore, de n\u2019importe quel resort de grand luxe.Un beau matin que je me trouvais encore sous le charme de cette féerie, je décidai, tout en prenant le café, et en moins de temps qu\u2019il ne faut pour l\u2019écrire, d\u2019aller faire un petit tour dans l\u2019Estrie de mon enfance.Il faut dire qu\u2019à cause de toutes sortes d\u2019empêchements, j\u2019avais depuis longtemps différé cette tournée dans les Cantons de l\u2019Est que des raisons sentimentales, à tout le moins, me font trouver aussi beaux, aussi prenants que les Hauts d\u2019ailleurs justement chantés par Claude-Henri Grignon et son oncle.Le \u2022 moment était donc tout indiqué de faire un petit pèlerinage intime.Quelques heures plus tard, n\u2019ayant pas eu à consulter Pierre, Jean ou Jacques, muni, pour tout bagage, de ma serviette contenant mon Montaigne et mon nécessaire à barbe, je me promenais, les bras ballants, dans cette ville sympathique que mes jeunes pas avaient naguère explorée en tout sens.Ce n\u2019était pas tellement les gens que les choses que je tenais à revoir, car, dans cet état particulier d\u2019esprit, les choses ont véritablement une âme : celle que veulent bien leur donner nos souvenirs, et il est bien rare qu\u2019elle refuse les invites d\u2019un muet et éloquent colloque.Au passage, l\u2019étranger que je tenais à être aux yeux des humains, a salué tel parc, souri à telle maison amie, contemplé avec recueillement tel monument aux morts de la Grande Guerre (une banalité que des yeux d\u2019enfant rendaient merveilleuse), noté que tel ice cream parlor avait, depuis lors, fait place à un garage.Une intersection, l\u2019inscription d\u2019un nom de rue évoquent soudainement en moi l\u2019image de cette bonne vieille école où j\u2019usai mes premières culottes.Je sais, j\u2019ai appris que la modeste maison du savoir n\u2019est plus, mais je m\u2019engage quand même sur la rue en pente raide.Je tiens à constater par moi-même, de visu.En effet, le démolisseur est passé par là.Le vieil immeuble en briques rouges a fait place à un édifice moderne destiné aux mêmes fins.Un gosse du quartier que j\u2019interroge en est tout fier, et comme il se souvient d\u2019avoir connu l\u2019autre, il me vante la supériorité de celle-ci.Dans son enthousiasme, il ne se rend pas compte que je suis abstrait, que nous ne parlons plus la même langue, que l\u2019image ancienne, dans mon esprit, se superpose à la réalité actuelle.Et qui sait, ce petit bavard que j\u2019ai devant moi est peut-être le fils d\u2019un ancien condisciple ?Je crois d\u2019ailleurs noter le même regard, la même volubilité monotone, et je le quitte sur un sourire qui n\u2019est pas sincère et qui fait semblant de lui donner raison en tout.Retour.Il fait très beau.Le train m\u2019emporte dans le clair matin et je me promets de me retirer dans quelque coin de banlieue où, tout à mon aise, je pourrai me replonger dans cette Recherche du temps perdu de Proust que je n\u2019étais jamais par- venu à explorer entièrement durant mes précédentes vacances.Qui fut dit fut fait.ou presque car, ainsi que je le disais au début, le dolce farniente ou paresse non organisée s\u2019accomode de tous les imprévus, à la seule condition qu\u2019ils correspondent à l\u2019idée de bon plaisir.Comme ils se présentèrent, en dernier lieu, sous forme d\u2019une fête champêtre et d\u2019une excursion dans les îles de Sorel couronnée d\u2019une pantagruélique \u201cgibelotte\u201d, je puis donc conclure que ma petite quinzaine de vacances se termina en beauté Quant au dernier livre de Proust, je le fermerai peut-être cet automne ou l\u2019hiver prochain, à moins que je ne le garde sur la planche pour l\u2019été 1951, car il n\u2019est pas dit que je ne répéterai pas l\u2019expérience.Heureux, va sans dire, celui qui possède en propre son \u201cVert-Feuille\u201d, son \u201cIle-de-Calypso\u201d.Egalement veinard l\u2019estivant à galette qui passe la belle saison dans quelque Shangri-la-en-Québec, mais ne vous mettez pas martel en tête si, comme moi, vous entrez en vacances sans projets, sans programme, sans réservation.Il suffit d\u2019un peu d\u2019imagination et de quelques souvenirs (qui n\u2019en a pas ?) pour trouver prétextes à musarder çà et là au gré de sa fantaisie pendant ce sursis toujours trop bref que, par ironie, on appelle grandes vacances d\u2019été.\u2014 G.D.Vile et bien, S.V.P ! Le conflit d\u2019Extrême-Orient, bien que n\u2019étant pas une guerre au sens précis où la terminologie de la diplomatie internationale l\u2019entend, est tout de même une chicane armée où les coups se donnent plus durement que durant la \u201cdrôle de guerre\u201d que les Anglais appelaient aussi la \u201csitting war\u201d.Quoi qu\u2019il en soit, on se bat en Corée, personne ne l\u2019ignore, et, en attendant l\u2019issue de l\u2019inquiétante aventure, il faut bien que la presse et la radio en parlent.Or, la guerre, ou malentendu armé de Corée a ses à côté, comme tout événement d\u2019importance, et celui qui relève de la phonétique (il faut bien savoir comment se prononcent tous ces noms d\u2019endroits à peu près inconnus de nous) ne manque pas de piquant.A ce sujet, le magazine Time a jugé à propos, ces derniers temps, de dresser un petit tableau d\u2019exemples-types devant servir de guides, non seulement aux soldats, mais aussi aux speakers de la radio qui se vouent à tous les saints du ciel pour savoir au juste comment prononcer des noms comme Taefon, Kv,m Yechon, Yongdock et combien d\u2019autres.On ne saurait assurer que cette petite table phonétique conférera aux langues occidentales (américaines, notamment) la prononciation même des Coréens du Nord ou du Sud, mais on compte, à tout le moins, qu\u2019elle parviendra à donner quelque chose d\u2019approchant ou, si l\u2019on veut, une uniformité de l\u2019erreur susceptible d\u2019amoindrir les ambiguïtés.Les Américains eux-mêmes admettent, du reste, que dans la prononciation des noms étrangers, ils nont pas la langue très souple.On se souvient très bien du président Truman, absolument incapable de prononcer le nom de Pelelieu, cette île du Pacifique si âprement disputée pendant la dernière guerre, et qui dut revenir si souvent dans l\u2019actualité.Et chez nous aussi, au moment ou Hitler faisait des siennes, le puriste eut pu chercher noise à certains de nos journalistes et speakers.D\u2019excellents traducteurs ont ignoré que la ville italienne, Livomo, se traduit, en français, par Livourne et non par Leghorn, à la manière anglaise.Ainsi, la ville allemande, Regensburg, devait donner, en français, Ratisbonne.Certains, aussi, nous ont parlé d\u2019Aachen, l\u2019ancienne ^capitale de l\u2019Empire de Charlemagne qui s appelle si joliment, en français, Aix-la-Chapelle.Nous ne serons pas méchants et ne mentionnerons pas le nom de ce speaker très populaire qui mit bien deux ans à apprendre que la Yougoslavie n\u2019était pas la Yogoslavie.On répondait, dans le temps, que ces subtilités de prononciation ne donnaient pas une plus belle jambe à nos soldats alliés.Soit, il fallait aller au plus pressé.Après tout, une querelle de traducteurs ou de maîtres ès-phonétique était de bien peu d\u2019importance, comparée à la grande querelle tout court.Mais on pouvait noter quand même que le traducteur ou le commentateur, tout pressé qu\u2019il se trouvait, ne travaillait pas dans un abri anti-bombes et qu il avait bien le temps de consulter les bons dictionnaires qu il a toujours à sa disposition.A preuve de quoi, la guerre, comme disait la bonne vieille Normande, dérange bien des gens, y compris journalistes, traducteurs et speakers.\u2014 G.St-O. Cette jeune fille est la vedette de la première Exposition internationale d'après-guerre.JANE RAMON remporte un succès prodigieux au Théâtre de Verdure de Port-au-Prince, Grandes Antilles, dans ce role de la paysanne au marché.?Voici un danseur qui incarne dans d'innombrables pays, le symbole de l'homme avide de liberté et cherchant à briser les liens de la servitude.Une belle attitude dramatique de JEAN LEON DESTINE, chorégraphe et maître de ballet de la Troupe folklorique nationale haïtienne dans sa célèbre création : \"La Danse de l'Esclave\".4 La Liberté Symbolisée par la Danse Dans tout le monde occidental, des millions de personnes admirent chaque jour cette affiche peu ordinaire : un homme de couleur au puissant torse nu, paré d\u2019un bracelet de corail et d\u2019un collier de coquillages, tend ses poignets enchaînés au-dessus d\u2019un « tambour Kada », 1 instrument magique du culte Vaudou amené dans les Antilles par les esclaves de l\u2019Afrique lointaine.Exécutée pour le compte des lignes aériennes Pan American World Airways par Robert Hills, ancien employé de cette compagnie devenu dessinateur à Miami, cette affiche s\u2019inspire d\u2019une photographie du danseur haïtien Jean Léon Destiné.Le photographe, un New-Yorkais croit-on, n\u2019a jamais revendiqué la paternité de son chef-d\u2019oeuvre.\"MA DANSE DE L'ESCLAVE M'ARRACHE TOUJOURS DES LARMES !\" A eux seuls, les services diplomatiques et consulaires de la République d\u2019Haïti ont distribué plus de 400 copies de la fameuse affiche à travers le monde.On la retrouve partout, notamment dans plus de 50 villes d\u2019Amérique latine ?Ancien partenaire de la célébré Catherine Dunham, Destiné reconnaît avec un sourire modeste qu\u2019à ses propres yeux, sa « Danse de 1 Esclave » est plus qu\u2019une simple performance chorégraphique.\t.,., __Je ne sais pas ce qui se passe en moi, dit\u2014il.Je souffre réellement, en suppliant les anciens dieux de mes ancêtres de briser mes chaînes.Je me débats, au rythme du tambour millénaire, je bondis, j\u2019oublie complètement que je suis sur une scène, devant des milliers de spectateurs, et lors-qu\u2019enfin je me retrouve libre, à la fin de la danse, je m\u2019aperçois que mon visage ruisselle de larmes !.UNE AFFICHE PORTE-BONHEUR Le ministre haïtien du Tourisme, M.Jean Brier -re, a décrit l\u2019affiche de Robert Hills, qui est à peine âgé de 30 ans, comme «une magnifique Lei ipectateuri venus de fous les horizons font une véritable Tour de Babel de l'Exposition internationale d'Haïti.Le plus grand succès a été remporté par la troupe de danseurs de JEAN LEON DESTINE, un merveilleux messager de l'art national haïtien.Nous le voyons ici avec ta partenaire, Mlle JANE RAMON, accompagné an tambour dans \"Choucoune\", une danse charmante.oeuvre d\u2019art.» Du jour au lendemain, le dessinateur a acquis une réputation mondiale.Si celle de Jean Léon Destiné n\u2019était plus à faire, après ses succès remportés à travers tout l\u2019hémisphère occidental, « son » affiche ne lui a pas moins valu de nouvelles offres de contrats mirifiques, notamment pour faire du cinéma.Il a d\u2019ailleurs dû les refuser, étant engagé pour toute la durée de l\u2019Exposition internationale de Port-au-Prince.Le seul auquel l\u2019affiche de la « Danse de l\u2019Esclave » ne semble pas avoir porté bonheur est le photographe anonyme qui a su capter Jean Léon Destiné dans une des attitudes les plus belles et les plus émouvantes de toute sa carrière ! (Canada Diffusion) vSm VAl w »! F: : J \u2022'« 4 00 -à- ïmïsà m \" wt ¦ w& ¦ m&mu '¦ '¦¦ :* Vi i»4*w %v\u2019*.V \u2019*$t\t' urfiMS?vvfl -*.- a?>.>.4^ M;,' Mf%, ûffifâï.n.S.T';,~ l*VW fc uni\" * .vî» \u2022S?Je.HONFLEUR ET LE CANADA Par JEAN ALBERT-SOREL Lorsque, le 29 mars 1947, vers onze heures du matin, l\u2019automobile du Major Général Vanier, Ambassadeur du Canada, en France, s\u2019arrêta, sur la Place Sainte-Catherine, à Honfleur, les cloches se mirent à sonner, la foule se découvrit, et le Clergé, en grande pompe, vint accueillir son hôte illustre au seuil de l\u2019Eglise.Sous ces mêmes voûtes, un peu plus de trois siècles plus tôt, un jeune enfant, Guillaume Vanier, issu d\u2019une humble famille, avait reçu le baptême.Parti à vingt ans pour la « Nouvelle-France », il s\u2019y était établi, y avait fait souche et c\u2019est son descendant direct qui accomplissait maintenant un pèlerinage au pays de ses ancêtres.Présence émouvante et symbolique s\u2019il en fût, dont nous saisissons tous le caractère en souhaitant au Général notre bienvenue dans sa ville.Entre Honfleur et le Canada, les liens ne datent pas d\u2019hier.Ils remontent loin dans le passé ; ils sont nés avec l\u2019histoire Canadienne.Nos amis de [Lire la suite page 31] En haut, de gauche à droite, la maison du corsaire Jean Doublet.\u2014 Un calvaire comme on en volt le long des routes du Québec.\u2014 La rue Sainte-Catherine, à Honfleur, qui donna son nom à une rue de Montréal.\u2014 Au centre : La chapelle de Notre-Dame de Grâce, un lieu de pèlerinage célèbre.Ci-contre : Une vieille maison de bois dans une des rues qui bordent le Vieux-Bassin.\tPhotos S.F.T. abs*^- , - .«¦** - \"Aux Maritimes, c\u2019était la ruination !' Non ! Ça ne valait plus la peine Au rancart les barques et les filets ! Adieu la tradition et l'amour du métier.EEs-}* .^ rf\u2019.ys, > V 1 r sk 6 Alors à l'université St-François-Xavier, à Antigonish, on organisa les coopé.afives.Un message d'espoir, une raison de vivre, une garantie de sécurité.MAREE MONTANTE UN DOCUMENTAIRE DE L'O.N.F.SUR LES COOPÉRATIVES DE PECHERIES DES PROVINCES MARITIMES ET DE LA GASPESIE Photos de l'Office national du film.\u2014 Marée Montante fw y/ Si à Non ! Ça ne valait plus la peine ! Depuis près de trois cents ans qu\u2019ils travaillaient sans relâche, qu\u2019ils parcouraient la mer en tous sens comme le cultivateur son champ ; depuis dix générations qu\u2019ils accomplissaient le même rite, de l\u2019aube au crépuscule, marée après marée ; depuis toujours qu\u2019ils se léguaient de père en fils les secrets du métier, les traditions du pêcheur, le goût du large et de la vie rude.Non ! Ça ne valait plus la peine ! Tant qu\u2019ils étaient leurs propres maîtres et que la pêche leur servait de gagne-pain, ils ont tout enduré sans rien dire, le travail ardu, les inquiétudes, les privations, la misère.Mais aujourd\u2019hui qu\u2019il leur fallait travailler pour d\u2019autres, aujourd\u2019hui qu\u2019à l\u2019avarice de la mer était venue se joindre la cupidité des hommes, non, ça ne valait vraiment plus la peine ! Finie la pêche ! Au rancart les barques et les filets ! Adieu la tradition et l\u2019amour du métier ! Ça ne valait plus la peine ! Et les uns après les autres, ils partaient.Ils s\u2019en allaient vers les moulins à papier, vers les mines de charbon, vers les Etats-Unis.Ils abandonnaient leur métier, parce que ça ne payait plus de faire la pêche, parce qu\u2019ils n\u2019avaient même plus de linge pour envoyer les enfants à l\u2019école, parce qu\u2019ils étaient écoeurés de manger de la morue, toujours de la morue, rien que de la morue.Ils quittaient parce que, disaient-ils, personne ne voulait les aider, personne ne pourrait plus les aider.\u201cOui, comme le disait l\u2019un d\u2019entre eux dans son savoureux accent d\u2019Acadien, aux Maritimes, c\u2019était la ruination !\u201d Mais voici qu\u2019en 1927, un modeste curé de village, l\u2019abbé Tompkins, décida de mettre un terme à ce pénible état de choses.Il commença d'abord par relever le courage des pêcheurs : \u201cTenez bon, dit-il, tâchez de vous aider\t[Lire la suite page 31] Les pêcheurs reprirent la mer.Dorénavant, ça valait la peine ! Il f*?# - ¦ Les frères Rumpelstiltshen sont très forts, d'autant\tSur un rideau noir, Cilli Wang anime une girafe plus qu ils n égalent qu'une seule personne,\tdans une danse aux entrechats très marqués.Cilli Wang.La partenaire de Cilli Wang n'éprouve aucune difficulté à danser un tango langoureux.7 UNE ARTISTE CRÉE TOUT UN MONDE Ceux parmi nous qui ont eu l\u2019avantage d\u2019assister à une représentation de l\u2019admirable artiste qu\u2019est Ruth Draper, savent qu\u2019elle a le don de retenir l\u2019attention du public pendant trois heures sans qu\u2019il éprouve la moindre lassitude et en lui donnant l\u2019impression que les personnages imaginaires auxquels elle s\u2019adresse sont vraiment sur la scène.Ce tour de force, une danseuse viennoise, Cilli Wang, est en train de le répéter dans les cabarets des grandes capitales d\u2019Europe.Cilli Wang est née à Vienne, a étudié la danse et a fait partie du corps de baMet de l\u2019Opéra de Vienne.Puis, elle mit au point un acte dans lequel elle joue simultanément plusieurs rôles et se transforme avec une rapidité qui tient de la magie.Nouveauté, variété, adresse, autant de qualités qui contribuent à l\u2019intérêt créé par la danseuse.En un clin d\u2019oeil, la scène se peuple de personnages originaux et animés, tels un danseur russe, un Tyrolien en costume national, une agile danseuse de Can-Can, un couple de grotesques petites acrobates, une girafe au long cou.Voilà quelques-unes des plus réussies parmi les créations de la danseuse dont les gestes et les mouvements donnent vie aux brillants costumes qu elle revêt tour à tour et quelle a elle-même dessinés.Elle est donc vraiment l\u2019unique créatrice et interprète de ses danses.Cilli Wang a fait ses débuts, à l\u2019étranger, à Londres en 1939 ; elle y retourne volontiers où les spectateurs de l\u2019Arts Theatre se pressent pour la voir et lui réservent toujours un chaleureux accueil.Quand elle n\u2019est pas en tournée, elle demeure en Hollande, car elle a été naturalisée hollandaise.K ''Bol\", tel est le titre de la saynète que joue l'amusante Cilli Wang.Elle porte cravate blanche et habit noir et sa \"demoiselle\u201d est sa propre réplique.\tICanada Wide) ¦ 8 Le Samedi, Montréal, 12 août 1950 J, *4»- S / ï  Dessin JEAN MILLET \\ ; v LA CIGARETTE ROSE Diane tient au bout de cette cigarette rose qui se consume lentement, le sort des êtres quelle chérit de toute son âme.Roman Policier par JEAN YOUSSAC | \u2014 La villa des montagnes bleues Vous avez tort de plaisanter ainsi, Diana ! La décision que vient de prendre votre père en s\u2019installant ici, dans ce coin perdu des Montagnes Bleues, me paraît de la plus extrême imprudence ! __En vérité, Richard, vous avez une bien piètre opinion de votre fiancée ! Diana Arbell éclata d\u2019un rire frais et envoya vers le plafond une volute de fumée bleue de sa cigarette à bout doré ; ensuite, elle désigna de la main le décor qui l\u2019entourait.La pièce où discutaient les deux jeunes gens présentait un aspect à la fois hétéroclite et exotique.Des panoplies d\u2019armes étranges, de masques et de diadèmes de plumes multicolores que Paul Arbell, le père de Diana, avait rapportées de ses multiples explorations à travers l\u2019Amérique du Sud se détachaient sur les murs.Il flottait une odeur bizarre où la forte senteur du cuir se mariait à celle du discret parfum d\u2019oeillet que la jeune fille emportait toujours avec elle.\u2014 Vous oubliez que mon père a couru les pires dangers ! insista-t-elle.La réponse ne se fit pas attendre.\u2014 Votre père, sans doute, mais vous c\u2019est différent ?Je sais fort bien que vous étiez à l\u2019Université de Los Angeles, pendant que le voyageur remontait le cours de l\u2019Amazone, affrontant les pires obstacles.\u2014 Bon sang ne saurait mentir, Richard ! Croyez-moi, non seulement je ne redoute pas le danger, mais il m\u2019attire de façon irrésistible ! Combien de fois, il m\u2019arrive de regretter de n\u2019être pas née au bon vieux temps des pionniers, quand il était de bon ton de faire le coup de feu contre les Indiens sauvages qui peuplaient ces territoires perdus.Maintenant, la civilisation nous a prodigué ses bienfaits.On circule partout en complète sécurité, mais, hélas, combien avons-nous perdu en pittoresque et en imprévu !.Combien je trouve l\u2019existence monotone ! Les regards de la jeune fille étincelaient pendant quelle s'exprimait de la sorte.Richard ne put s'empêcher de se sentir à la fois impressionné et charmé par 1 assurance qui émanait à cet instant de sa gracieuse et charmante personne.Diana était adorablement jolie, et sa blondeur pouvait rivaliser avec celle des plus célèbres stars d\u2019Hollywood.Pourtant on ne remarquait pas la moindre coquetterie dans sa mise.Elle arborait un simple costume de cheval à pantalon très ample.La couche de poussière qui s\u2019amassait encoie sur ses bottes de cuir fauve chaussant ses pieds aux fines attaches, démontrait qu\u2019elle était allée tout à 1 heure chevaucher à travers les bois qui entouraient la villa, sorte de bungalow édifié sur le contrefort de la montagne d\u2019où l\u2019on découvrait un magnifique panorama.Cependant, la parfaite sérénité de son interlocutrice ne parut pas avoir complètement convaincu Richard : Excusez-moi d insister, darling, reprit-il, mais un bon mois nous sépare encore de notre mariage.Je ne vis plus en pensant que vous demeurerez ainsi isolee à plus de dix milles de mon home ! Le Samedi, Montréal, 12 août 1950 9 \u2014 Et Suzanna?Qu\u2019en faites-vous ?N\u2019est-elle point une fidèle gardienne ?Suzanna était une accorte négresse qui avait élevé Diana.La femme de l\u2019explorateur étant morte en donnant le jour a la fillette, Suzanna avait veillé sur elle maternellement.A cinquante-cinq ans, elle demeurait fidèle au poste.\u2014 Evidemment, je ne saurais mettre en doute un seul instant le dévouement de cette excellente femme, rétorqua Richard, mais votre père s\u2019absente un peu trop souvent ces temps-ci.Il fait des conférences, publie des rapports, fait des exposés aux différentes Sociétés de Géographie, relatant ses randonnées périlleuses si fructueuses en découvertes.Pendant ce temps, vous restez là, exposée aux pires dangers !.\u2014 Mon Dieu, fit la jeune fille en esquissant un nouveau geste d\u2019insouciance, je ne vois pas en quoi ma modeste et insignifiante personne pourrait éveiller la cupidité ou la curiosité des malfaiteurs.Notre villa ne recèle point, que je sache, les trésors fameux de Golconde !.\u2014 Tout m\u2019incite à le croire en effet, darling : néanmoins, je suppose que vous avez lu tout comme moi les journaux, ces jours-ci.\u2014 Si vous croyez maintenant comme parole d\u2019Evangile tout ce que racontent les journaux, vous voilà décidément tombé bien bas ! plaisanta Diana dont le rire argentin fusa de nouveau dans la pièce.N\u2019affirment-ils pas que papa aurait découvert un diadème orné de merveilleux diamants ?De plus, certain reporter en mal de copie n\u2019a-t-il point assuré que Paul Arbell s\u2019était adjugé le trésor d\u2019un chef jivaro ?.\u2014 Et c\u2019est justement pour cela que je m\u2019inquiète, insista le jeune homme.De telles déclarations peuvent éveiller les pires convoitises.Suzanna m\u2019a déclaré ce matin même qu\u2019elle avait surpris des ombres suspectes rôdant autour de votre demeure au cours de la nuit dernière.\u2014 Suzanna voit des fantômes partout !.Elle ne fait rien sans conserver sur elle une patte de lapin dans la poche de son tablier.Et vous allez croire tout ce qu\u2019elle vous rabâche ! Vraiment, je vous croyais plus sensé !.Richard Benton secoua tristement la tête : \u2014 Si je parle ainsi, fit-il, c\u2019est uniquement parce que je vous porte un immense intérêt, darling ; votre père est encore absent pour deux jours.Actuellement il se trouve à Spokane où il doit faire demain une conférence sur les tribus indiennes du Grand Chaco.La plus élémentaire prudence exigerait que vous acceptiez l\u2019invitation de mes parents en attendant son retour et que vous vous rendiez à notre cottage de Blue Fair.\u2014 Pour la dernière fois, mon petit Richard, je vous remercie infiniment de votre gentille invitation, mais je préfère encore vivre dans cette demeure en attendant le grand jour.Laissez-moi goûter tout à loisir la fin de mon existence de « vieille fille ».Je veux jouir du merveilleux décor de la Nature, chevaucher solitaire à travers nos bois de sapins, surprendre castors, écureuils, ours, daims en liberté et assister sous le couvert, à leurs curieux ébats.C\u2019est là une liberté que vous pouvez bien me concéder avant que je devienne votre femme, Richard.Et, si jamais un danger quelconque venait me menacer, soyez sans crainte, je serai toujours à la hauteur des circonstances, Puis, sans laisser à son interlocuteur le loisir d\u2019ouvrir la bouche, la jeune fille conclut : \u2014\tVous allez donc revenir tout tranquillement chez vous dans une demi-heure, mon petit Richard.Et vous passerez une bonne nuit en rêvant aux beaux projets d\u2019avenir que nous n\u2019avons cessé d\u2019échafauder au cours de la journée et en particulier à ce tour du monde qui constituera notre voyage de noces ! Cette fois, le jeune homme arrêta net la discussion ; il comprenait qu\u2019il se dépensait en pure perte.Alors, il sourit de bonne grâce, et la conversation s\u2019orienta vers un autre sujet.Non sans ennui Richard voyait l\u2019aiguille avancer sur le cadran.Il allait se disposer à prendre congé de sa fiancée jusqu\u2019au lendemain, quand deux coups furent frappés à la porte.\u2014\tCorne in ! fit Diana.L\u2019huis s\u2019écarta aussitôt, livrant passage à l\u2019imposante Suzanna à qui Richard venait de faire allusion tout à l\u2019heure.Coiffée d\u2019un madras et vêtue d\u2019un corsage d\u2019une couleur écarlate as- sez peu discrète, la fidèle domestique semblait passablement effarée : \u2014 Eh bien, que se passe-t-il donc ?interrogea aussitôt la jeune fille.\u2014 Miss Diana.Un journaliste demande à vous voir.Les sourcils de Richard se froncèrent à cette déclaration : \u2014 Un journaliste, à cette heure tardive ?Décidément, ces gentlemen exagèrent.Diana avait pris la carte que lui tendait la négresse ; pendant quelques instants elle attarda ses regards sur le nom gravé qui s\u2019y étalait : \u2014 Francis Gardner, murmura-t-elle.Vous connaissez ce reporter ?.\u2014 Pas le moins du monde !.Les reporters sont si nombreux.Vous avez dû vous en apercevoir d\u2019ailleurs depuis le retour de votre père.En attendant, j\u2019imagine que vous allez interdire votre seuil à cet encombrant intrus ?.\u2014 Good gracious ! Que vous êtes rigide, darling !.Eh bien, ne serait-ce que pour vous taquiner, je m\u2019en vais le recevoir, et en votre présence ! Ces dernières paroles rassurèrent le jeune homme.Il s\u2019inclina, déférant au désir de sa compagne.Diana fit un signe à Suzanna, qui attendait à trois pas de là, paraissant peu rassurée : \u2014 Tu peux introduire le gentleman, mais tu spécifieras que je ne puis accorder plus d\u2019un quart d\u2019heure d\u2019entretien ! La négresse sortit.Pendant quelques instants les deux fiancés demeurèrent sans mot dire ; toutefois, au masque contracté et au regard absent de son compagnon, Diana put se rendre compte que cette visite tardive ne le séduisait que fort peu.Insouciante, elle promena ses yeux sur les panoplies qui décoraient les murs, puis elle prit une nouvelle cigarette et l\u2019alluma.Un bruit de pas pressés annonça l\u2019arrivée du visiteur.Précédé de Suzanna, Francis Gardner fit son entrée dans la pièce.Richard, qui s\u2019était reculé un peu à l\u2019écart, le dévisagea avec une insistance qui n\u2019était point exempte d\u2019inquiétude.L\u2019apparence du nouveau venu ne présentait pourtant rien qui pût justifier les appréhensions du fiancé de Diana.Elégamment vêtu d\u2019un imperméable gris clair, il semblait âgé d\u2019une trentaine d\u2019années ; ses cheveux bruns ramenés en arrière, la coupe irréprochable de ses vêtements trahissaient un certain souci de bonne tenue et de coquetterie qu\u2019on ne rencontre pas toujours chez les reporters uniquement soucieux de « chasser » des nouvelles ou des images sensationnelles.\u2014 C\u2019est bien à Miss Arbell que j\u2019ai l\u2019honneur de parler interrogea le visiteur après s\u2019être respectueusement incliné devant la jeune fille.\u2014 A elle-même, repartit la jeune fille en prenant la main que lui tendait le nouveau venu et en la serrant avec vigueur.Toutefois, permettez-moi de vous dire que ce n\u2019est point à moi mais à mon père que vous eussiez dû vous adresser.\u2014 Je sais, coupa le reporter avec un sourire.Mais je viens de Spokane et là-bas, j\u2019ai eu la chance de rencontrer Monsieur votre père.Il m\u2019a d\u2019ailleurs remis ce mot à votre intention.Francis Gardner sortit de sa contrepoche une enveloppe qu\u2019il tendit à la jeune fille.Diana s\u2019en empara aussitôt et la déchira d\u2019une main fébrile.Sur BLONDS NUAGES Blonds nuages couleur de nos illusions, Vous qui contez fleurette aux crêtes des montagnes Et donnez de l'essor à nos évasions ; Vous gui faites rêver de riantes campagnes, Et, drapés de splendeurs et flous d'immensité, Vagabondez l\u2019azur de vos formes légères Belles comme des nus, et daignez vous prêter Aux indiscrétions des subtiles rivières ; la feuille qu\u2019elle en tira s'étalaient quelques lignes de l\u2019écriture de l\u2019explorateur.Il ne pouvait subsister aucun doute à ce sujet.Par cette courte missive, Paul Arbelle priait sa fille de montrer quelques-unes des pièces les plus caractéristiques de la collection qu\u2019il venait de rapporter d\u2019Amérique du Sud afin que Gardner pût prendre quelques photos au magnésium pour illustrer l\u2019interview qu\u2019il venait de lui prendre.Cette lettre suffit à dissiper les dernières inquiétudes que pouvait conserver la jeune fille à la suite de l\u2019entretien qu\u2019elle venait de poursuivre avec son trop méfiant fiancé.Elle tendit le papier en souriant à Richard qu\u2019elle présenta au journaliste.\u2014 Përmettez-moi de vous féliciter, vous êtes un heureux mortel, déclara le visiteur en gratifiant le jeune homme d\u2019un chaleureux shake-hand.Combien ils doivent vous envier de devenir à brève échéance l\u2019époux d\u2019une aussi charmante et aussi délicieuse sportswoman !.Richard ne parut goûter que médiocrement le compliment si galant qu\u2019il fût ; il s\u2019efforça de sourire pourtant.En dépit des apparences, les allures du reporter l\u2019agaçaient terriblement, pourtant il tenta de se raisonner.Peut-être s\u2019agissait-il là de jalousie et s\u2019offusquait-il de l\u2019empressement que manifestait Francis Gardner auprès de celle qu\u2019il aimait.La voix claire de la jeune fille vint mettre un terme à ses pensées : \u2014 Eh bien, parlez, monsieur.Suzanna a dû vous dire que je ne pouvais vous accorder qu\u2019un quart d\u2019heure.Que désirez-vous savoir et quelles pièces voulez-vous photographier?.Il \u2014 Interview-express rancis Gardner ne s\u2019attarda point en mutiles considérations : \u2014 Allons droit au but.Je voudrais avant tout des renseignements concernant le diadème de diamants et le trésor des Jivaros.Diana sourit, et ce fut d\u2019une voix très calme qu\u2019elle répondit : \u2014 J\u2019attendais cette question, Mr.Gardner.Pourtant, si vous avez obtenu une interview de mon père à Spokane, il a dû certainement vous dire que l\u2019existence de ce diadème et de ce trésor n\u2019était due qu\u2019à l\u2019imagination un peu trop fertile de certains de vos confrères.En fait de trésors, mon père n\u2019a rapporté de la région de l\u2019Amazone que ces armes aussi nombreuses que curieuses, arcs, casse-têtes, sarbacanes.Les plus remarquables spécimens sont actuellement réunis dans cette pièce et vous pouvez les photographier comme bon vous semble !.Le reporter regarda les trophées que lui désignait son interlocutrice ; pourtant les détails qui venaient de lui être fournis ne semblèrent pas le convaincre définitivement : \u2014 Vous connaissez le proverbe, Miss Arbelle, il n\u2019y a pas de fumée sans feu.Si certains de mes confrères ont hasardé d\u2019aussi sensationnelles déclarations, c\u2019est que certains propos leur étaient parvenus.Allons, Miss Arbell, soyez gentille.Puisque j\u2019ai obtenu de votre père, parlez-moi en toute sincérité ! \u2014 Croyez que je suis toute disposée à vous être agréable, Mr.Gardner ; cependant mon père ne saurait m\u2019autoriser à vous exhiber des richesses qui n\u2019existent pas ! Vous voulez admirer ses collections, les voilà, et si vous désirez voir d\u2019autres spécimens, vous n\u2019avez qu\u2019à me suivre dans les pièces voisines !.Francis Gardner eut un geste dépité ; toutefois il s\u2019efforça de dominer la déconvenue qu\u2019il éprouvait ; il venait en effet de surprendre les regards clairs de Richard qui demeuraient attachés sur lui.\u2014 Excuse me, Miss Arbell.J\u2019aurais mauvaise grâce d\u2019insister.\u2014 All right!.Voyez plutôt ces sarbacanes.Ne les trouvez-vous pas remarquables ?Elles ont été rapportées de chez les tribus Tobas, vous savez bien, ces Indiens féroces qui, naguère, massacrèrent la mission française du docteur Crevaux?.\u2014 Je me rappelle parfaitement cet abominable attentat.Diane étendit la main et s\u2019empara d\u2019une sarbacane ; c\u2019était un tube qui mesurait plus d\u2019un mètre de longueur, soigneusement décoré au fer rouge, d\u2019une extrême légèreté.\u2014 Jamais arme n\u2019entraîne mort plus foudroyante que la sarbacane, fit la jeune fille.C\u2019est extraordinaire ce que [Lire la suite page 14] Souffles de liberté parfumés d'idéal, Oh ! que n'emportez-vous, aux plis d'or de vos ailes, Nos fragiles désirs, nos rêves de cristal.Que nous nous envolions vers des choses plus belles !.Rosario Venne Ste-Geneviève de Pierrefonds, Qué. Dessin de JEAN MILLET UNE PECHE DE NUIT Nouvelle par MAURICE-CH.RENARD Le père Thin était peut-être maître après Dieu à bord de son navire mais survint une femme et.Le picoteux était amarré au bout de la jetée, prêt à déhaler pour la pêche de nuit.Bien que la mer fût déjà haute, on n\u2019apercevait que son unique mât qui, au clapotis de la lame, battait dans le ciel étoilé comme un bras de métronome.Mais dès qu\u2019on se penchait sur le parapet de granit, le pont rebondi du navire s\u2019étalait comme le dos d\u2019une pouliche, couvert de mannes aux lignes lovées, entrelacs bruns o.luisait parfois, sous la lune, l\u2019éclair d\u2019un hameçon déjà boëtté.\u2014 Elle y met le temps ! grommela le père Thin, maître après Dieu.Minuit, que j\u2019avais dit.V\u2019ià le quart qui sonne au clocher.Si elle n\u2019est pas là dans cinq minutes, on largue.La mer n\u2019attend pas.Moi non plus.\u2014 Embarquer une femme pour la pique, c\u2019est pas du travail.\u2014 Tais-toi, le mousse, t\u2019as pas la parole.L\u2019hôtelier, le mousse, marchait bien sur ses cinquante ans.Il faut croire que le patron en comptait davantage.Et il savait compter, le bougre : \u2014 C\u2019est p\u2019t-êt\u2019 pas du travail, mais la mouquère a voulu s\u2019offrir une fantaisie.Et comme elle a payé d\u2019avance.\u2014 Alors, tu risques rien à pas l\u2019attendre.Mais le père Thin n\u2019aimait pas les marchés malhonnêtes : il hésitait encore avant de larguer l\u2019amarre.\u2014 Ces fumelles, toutes les mêmes ! Pas moyen de leur apprendre à lire une montre.\u2014 Surtout les Parisiennes : les leurs sont si petiotes ! Soudain, un pas résolu claqua sur le quai.Une ombre blanche apparut au mitan de la jetée.De loin, le père Thin s\u2019inquiéta.\u2014 A c\u2019tte heure, la v\u2019ia qui s\u2019embarque pour la pêche en costume de bal, à ce qu\u2019i' semble !.Après tout, si elle prend froid, c\u2019est pas mes oignons.Le costume de bal n\u2019était qu\u2019un imperméable sortant tout droit de chez Burberrys.Là-dessous, la made paraissait chaudement rembourrée et plus dodue qu\u2019à la lumière du jour, bien que du côté gauche le costume fit de drôles de plis.D une main gantée de gros cuir, elle s\u2019appuya sur le poing que lui tendait le père Thin pour l\u2019aider à embarquer, plutôt par mesure de sécurité \u2014 on est responsable, quoi ! \u2014 que par galanterie.\u2014 Des fois que la dame se fouterait au jus.Pas facile à repêcher, du bout d\u2019une gaffe, entre le paroi de granit et le flanc du bateau ! Avant de detacher le filin de poupe, le patron crut tout de même opportun de rappeler les conditions du marché : ( Tout ce qu on vous demandera, ma belle dame, c est de lester bien sagement de votre bord et de ne pas gener la manoeuvre.La brise est bonne, le mazout rare.On naviguera au moteur, mais on tirera le ^ trait à la voile.Attention à ne pas vous faire étêter par le gui, quand on changera de bordée ! K.! dit la dame d un ton décidé, en prenant place, assez nerveusement, à côté de la barre.Une Parisienne, sans nul doute.Elégante, autant qu on en pouvait juger sous l\u2019ample suroît qui la coiffait et ombrait tout son visage.Tant de lignes appétissantes.Mais le père Thin n\u2019avait plus jamais faim et, pour ce genre de travail, son compagnon ne semblait guère apprécier les « horsaines ».Le patron lança son moteur, en tournant à bras la manivelle.La pétrolette se mit à pétailler, puis à cogner sec, ce qui fit tout de suite vibrer les membrures.\u2014 Comment coupe-t-on l\u2019allumage?demanda la dame, alors qu\u2019on n\u2019avait pas encore doublé la jetée.\u2014 Vous inquiétez pas, c\u2019est m\u2019n afaire.Votre pèche de nuit, votre toquade, vous l\u2019aurez.Mais pour deux nulle francs, vous n\u2019attendez tout de même pas une leçon de pilotage par-dessus f Lire la suite page 18 j Le Samedi, Montréal, 12 août 1950 11 DANS LE MONDE SPORTIF PAR OSCAR MAJOR ROLAND GLADU, GERANT DU SHERBROOKE EST UN MAGNIFIQUE EXEMPLE DE TENACITE Tout joueur de baseball professionnel consciencieux retrouve, lorsqu\u2019il arrive à la fin de sa carrière, une mentalité d\u2019amateur.C\u2019est le cas du vétéran joueur canadien-français de Montréal, Roland Gladu, aujourd\u2019hui domicilié à Sherbrooke, où il dirige les destinées de l\u2019entrée sherbrookoise de la Ligue Provinciale, du président Albert Molini.Et pourquoi ne pas dire qu\u2019il est le meilleur gérant de cet important circuit ?On peut diviser la vie d\u2019un joueur de baseball professionnel en trois stades : Primo, il débute.Il a toutes ses illusions, des forces neuves, un grand désir de percer.Il ne songe qu\u2019à gagner.Pour les bénéfices, qui sont la conséquence directe de toute victoire ?Peut-être .mais surtout parce qu\u2019il veut faire éclater aux yeux de tous ce qu\u2019il croit être une certitude : sa classe, sa valeur, etc.Il veut imposer son nom, devenir quelqu\u2019un.La gloire et le renom l\u2019intéressent alors plus que l\u2019argent .Secundo, il a percé.Il est devenu joueur régulier d\u2019une ligue organisée de fort calibre.On l\u2019admire.On recherche sa présence.Il est un peu grisé.Malheur à celui qui se grise trop .Ses succès flatteurs lui ont donné la notion de sa valeur marchande.Il émet, à tort ou à raison, des exigences.Il est ou il se croit quelqu\u2019un.Il est prêt à tout pour rester ce quelqu\u2019un.Tertio, vingt ans ont passé.Il a collectionné des triomphes.Il a assuré son avenir matériel.Il joue encore, mais il songe à la retraite.Va-t-il admettre que les résultats puissent devenir de plus en plus médiocres ?Va-t-il se contenter de gains plutôt basés sur sa réputation que sur sa forme physique ?Peut-être.Mais, plus souvent, il n\u2019aura qu\u2019une obsession : jouer jusqu\u2019à l\u2019âge de 40 ans, si possible, s\u2019attachant beaucoup plus à ne pas ternir sa réputaiion qu\u2019à arrondir son magot de $30,000 ou $40,000.Il redeviendra un amateur, en quelque sorte.Voici, justement, un magnifique exemple qui s\u2019offre à nous.Roland Gladu, à force de courage, de ténacité, de bonne conduite, a assuré son existence future et celle des siens.Il ne cache pas être arrivé à un âge où il est permis de songer à se retirer sous sa tente.Dan# son esprit, s\u2019en aller ne doit pas être : déchoir.C\u2019est pourquoi il se tient en bonne forme, toute Tannée durant.Quelle merveilleuse leçon il donne, une fois de plus, aux nouveaux venus, dont l\u2019esprit est parfois faussé par des théories aussi trompeuses que pernicieuses !.Dans un autre domaine, Gérard Thibault, député de Mercier au gouvernement provincial, actif président de la Ligue Royale Montréal Junior et Walter Alston, le débonnaire gérant des Royaux de Montréal, sont dans le même cas.A force de persévérance, d\u2019une ténacité à toute épreuve, ils ont réussi à mener leur barque à bon port, en dépit de toutes les bûches et les embûches qu\u2019ils eurent à aplanir et à surmonter.Reçoivent-ils tout le mérite qui leur revient ?Nous en doutons quelque peu.Pourquoi ?La raison est des plus simples.D\u2019ordinaire, les idées qui donnent de bons résultats ne sont pas toujours celles qui font le plus de bruit, car le bruit ne fait pas de bien et le bien se fait sans bruit, la majorité du temps.Il y a des idées qui germent, tout doucement, jusqu\u2019au jour où les réels avantages en découlant sont pris pour acquis.Et on ne se soucie pas assez d\u2019en accorder les mérites à ceux qui, avec patience et clairvoyance, les ont cultivées au prix de combien d\u2019efforts.Photo de gauche : Voici une scène prise, lors d'une joute de football (soccer) disputée récemment sur le terrain du club américain contre les Turcs, à St-Louis.Il est possible que les Montréalais assistent à une rencontre entre un club français, tel le Racing de Paris, ou un club d'étoiles contre les meilleurs joueurs locaux, au début de la saison prochaine, au Stadium des Royaux.Il est à remarquer qu'au soccer les joueurs ne doivent pas toucher le ballon avec leurs mains.Ils accomplissent des prodiges d'habileté, en dribblant avec leurs pieds.Les nombreux spectateurs qui ont assisté au match Suède-Angleterre, au Stadium, le mois dernier, furent émerveillés devant les exploits de Stan Matthews, le Maurice Richard du soccer anglais .Fait remarquable, Michel Normandin, le meilleur commentateur sportif que nous ayons à la radio française, dont les émissions du Baseball-Dow sont des plus goûtées un peu partout dans la province, était un fervent adepte du soccer, dans les premiers temps de sa jeunesse.Il grandit à Ville St-Pierre, où le soccer était alors en vogue.Il rêva de devenir une étoile au soccer.Dieu voulut qu'il devînt l'As des commentateurs sportifs sur les ondes.Il ne s'en plaint aucunement ! Photo de droite : Le tennis de compétition, surtout durant les joutes classiques de la Coupe Davis, la tension nerveuse étant formidable sous un soleil ardent, est un sport très violent, contrairement à ce que pensent certaines gens.Sur cette photo.Ton voit le fameux joueur américain Frank Kovacs, d'Oaliland, Californie, étendu sur le terrain.Il fit une chute après avoir manqué une balle frappée durement par le tennisman espagnol Poncho Segura.Frank, exténué, ne put se relever et concéda, ipso facto, la victoire à son adversaire.A notre avis, nous devons attribuer les succès que connaît cetæ Ligue Junior au président Gérard Thibault et à Arthur Prince, un ancien excellent joueur semi-professionnel local, aujourd hui 1 un des bras droits de Georges Mantha, ayant à coeur l\u2019amélioration physique et morale des jeunes de 13 à 20 ans.Edifiant, n\u2019est-ce pas ?Si tout le monde avait les mêmes bonnes intentions, nous n aurions jamais de guerre en perspective ! Mais, tel n\u2019est pas le cas, de nos jours, malheureusement.CHOSES ET AUTRES ¦ \u201cSugar\u201d Ray Robinson, 29 ans déjà, qui devrait être, au mérite, le seul champion du monde des boxeurs de 160 livres, s\u2019appelle, de son vrai nom, Walter Smith.D\u2019où vient son surnom de \u201cSugar\u201d ?Comme il boxait aussi habilement que le sucre est bon, on l\u2019affubla du sobriquet de \u201cSugar\u201d, dans un gymnase de New-York, où sa maman, séparée de son mari, prit domicile, après avoir vécu plusieurs années a Détroit.Dans le Harlem de New-York, où demeurent un grand nombre de gens de couleur, le jeune Robinson, à Page de 13 ans, au lieu de fréquenter l\u2019école, jouait aux dés un peu partout, au coin des rues.De temps à autre, il lui arrivait de se rendre au Times Square, où il encaissait des pièces de 10 et 25 sous, en dansant les claquettes, histoire de distraire les milliers de badauds qui fréquentent, quotidiennement, cette place achalandée de la métropole américaine.C\u2019est en dansant ainsi que le jeune Robinson, comme le dit spirituellement no.re estimé confrère Maurice Desjardins, de la revue sportive « Le Sport Illustré », gagnait assez d\u2019argent pour faire danser les dés sur les trottoirs.Chose peu recommandable à qui que ce soit de cet âge, même aux plus vieux !.Un jour, un pasteur méthodiste, rempli de compassion, voyant ce jeune négrillon en train de se perdre à perdre son argent à ce jeu de hasard défendu, le conduisit au gymnase Salem Crescent de New-York.Il le mit dans les mains d un bon entra.neur \u2014 ces bibites-là sont très rares, même à New-York.L\u2019entra.neur George Gainford lui apprit les notions élémentaires de l\u2019art pugilistique.Le jeune négrillon possédait, naturellement, un bon coup de poing de la main droite.Pour lui procurer une bonne gauche, il lui donna, tout bonnement, ce précieux conseil : « Petit, si tu ne te sers pas de ta gauche plus souvent, tu te feras sonner avant la prochaine lune ! » Depuis ce temps, Robinson se sert de ses deux mains et, à notre avis, peut battre Jake Lamotta, Laurent Dauthuille et Robert Villemain, au cours de la même semaine.[Lire la suite page 31] y*? ba»\\ ts Tout dernièrement, un charmant sourire de femme descendait du ciel pour notre émerveillement.C'était celui de la ravissante artiste anglaise, PATRICIA ROC, venue parmi nous pour tourner plusieurs scènes du film franco-canadien, \"Son Copain\" dont les derniers tours de manivelle seront prochainement donnés en France.Miss Roc a laissé chez nous le meilleur souvenir.Photo Air France.\u2022èMÈém Détail architectural du Palais du Sultan, à Rabat, capitale du Maroc français.On notera ici cette remarquable illustration de la tine sculpture où se retrace révocation de feuillages entrelacés ou motifs linéaires tout pleins de caprices.Depuis des siècles, les Arabes y sont passés maîtres, d'où le terme arabesque que le musicien français, Claude Debussy a si admirablement traduit ou suggéré par les sons.Noter aussi l'absence de traits humains qui sont proscrits dans ce style.» ¦ Voici une bonne humeur qui n'est pas de commande, ah, que non, pour dire comme ce bon Marius.La raison ?Elle est toute simple et vous l'avez devinée : cette charmante enfant travaillant \"aux foins\" est une citadine en villégiature chez de braves fermiers.Sans doute, une copine la fait rire pour le besoin de la pose, mais croyez bien qu'elle le fait sans effort et que vous en feriez autant.Ci-dessous, une jeune femme, Mme DORIS MERRILL de Los Angeles, atteinte de polioméylite, donnait récemment naissance à un bébé de six livres et demie alors même qu'elle se trouvait dans le poumon d'acier.La patiente avait été transportée à l'hôpital vingt-quatre heures à peine avant l'événement.La garde-malade A.LOOK est vue ici montrant le bébé à la jeune mère qui n'a que dix-neuf ans.Ci-dessous, il fut question, ces derniers temps de la petite ville de Prades, en France, dans les Pyrénées orientales, pour une raison qui suscita un intérêt universel dans les milieux artistiques du monde entier : le célèbre violoncelliste Pablo Casals, décidant de rompre son silence, accepta de participer à un festival qui eut lieu en l'église même de l'endroit dont nous voyons ici la façade principale.Les chapiteaux du péristyle proviennent de St-Michel de Cuxa et datent du XIIe siècle.___ la » % ¦- ***>\t% w** & ^ **¦ 'mmt, - *'\u2022\" ,, Supposons que le Monsieur, ci-dessus, soit un estivant prenant possession de la villa dont il vient de se porter acquéreur.Tout naturellement, les deux petites demoiselles d'à côté viennent, selon l'usage, souhaiter la bienvenue au nouveau voisin.Mais il arrive que les deux jumelles soient si parfaitement semblables que notre homme se demande s'il n'est pas en proie à une illusion d'optique .La légende n'affirme pas que c'est ainsi que la scène s'est produite, mais tout porte à le croire.\u2014 Ci-dessous, la baie circulaire de Cove, à Lulworth, en Angleterre, qui servit autrefois de refuge aux contrebandiers.Le poète Keats a chanté les beautés de l'endroit.Ci-dessus, une vue originale de Paris, prise du quai d'Orléans avec, à l'arrière-plan, la silhouette de Notre-Dame.En y flânant, le touriste féru d'histoire aime à évoquer les grands événements qui s'y sont déroulés.Ici, rien de vertigineux, rien d'écrasant, tout n'est que symétrie, harmonie, et beauté.S'il est une image qui puisse susciter l'idée de capitale de l'esprit, c'est bien celle-ci.\u2014 Ci-dessous, la firme Rolls-Royce qui a si étroitement participé à la guerre aérienne de Grande-Bretagne a fait poser ce superbe vitrail dans son usine de Derby en hommage aux pilotes de la R.A.F.qui ont fait le sacrifice de leur vie aux heures les plus sombres de la dernière guerre.«C-SW WKKSÊÊMÈËm*^.w.; Ci-dessous, mirage des palmiers et des huttes à toit de chaume au bord de l'estuaire du fleuve Congo.Bien avant l'arrivée de Stanley, les chaudrons que l'on voit à présent abandonnés servaient à la préparation de l'huile de palme par l'une des premières compagnies commerciales sur la côte africaine.Ce village indigène a nom Banane, et on conviendra qu'il ne manque pas de pittoresque.te** U 1IK ,11 II mmm 'S&OSÊ\t* \t\t\t \tL\t\tIPl \t\t\t \t\t\t \t\t\t \t\t\t \t\t\t \t\t\t \t\t\t \t\t\t \t\t\tw j \t\t\t \t\t\t \t\t\t m\t\t\t m/ i\t/;\tm\t \t\tj\t \t\t\t 1\t- * «f\t\tm \t\tpi Ml i\ti 14 Le Samedi, Montréal, 12 août 1950 MesRecettes Par Mme ROSE LACROIX Directrice de l'Institut Ménager du SAMEDI et de LA REVUE POPULAIRE 2 botillons d\u2019asperges 1 concombre Salade d'asperges 2 oeufs cuits durs 3 tomates laitue et mayonnaise Ratisser les asperges et les couper en bouts de 5 pouces de longueur en partant de la pointe.Faire cuire dans l\u2019eau bouillante salée juste le temps qu\u2019il fout pour les attendrir.Bien égoutter et faire mariner dans la sauce française.Dresser en couronne dans un plat rond à salade de façon à ce que les pointes soient toutes à l\u2019extérieur.Tailler les tomates et les concombres en rouelles et déposer sur les asperges alternant tomates et concombres.Faire cuire les oeufs durs, écaler, hacher finement au tamis.Garnir d\u2019une touffe de persil.Servir avec crème fouettée acidulée.6 services.Salade LA CIGARETTE ROSE [ Suite de la page 9 ] le jus et le zeste d\u2019un citron 1 c.à tb.de gélatine 1 c.à tb.de vinaigre de cidre 1\tc.à tb.de sucre 2\ttasses de chou haché finement perfection 1 tasse d\u2019eau chaude 3 c.à tb.d\u2019eau froide 1 c.à thé de sel 1 tasse de carottes crues râpées 4 olives farcies hachées les indigènes de l\u2019Amazone se montrent habiles à employer cet instrument redoutable.Il leur suffit d\u2019introduire un dard minuscule avec un duvet, puis, d\u2019un simple souffle, ils envoient ce projectile en direction de l\u2019animal ou de la personne qu\u2019ils désirent abattre.Mon père a vu ces Indiens à l\u2019oeuvre, il m\u2019a assuré qu\u2019ils réussissaient quatre-vingt-dix-neuf fois sur cent à atteindre leur cible.Leur habileté au tir à la sarbacane tient du prodige.Pourtant ces intéressantes explications que venait de lui fournir la jeune fille ne semblaient procurer qu\u2019un médiocre intérêt à Francis Gardner.Richard qui l\u2019observait encore put se rendre compte qu\u2019il promenait fréquemment un coup d\u2019oeil furtif aux alentours, absolument comme s\u2019il espérait découvrir une des merveilles auxquelles il venait de faire allusion au début de l\u2019entretien.\u2014 Vous pouvez photographier ces pièces, insista Diana.Le reporter prit l\u2019appareil qu\u2019il portait en bandoulière et se munit de la lampe à magnésium qui ne le quittait jamais pour prendre ses clichés d\u2019intérieur.A plusieurs reprises, en passant devant les panoplies et les collections qui remplissaient les vitrines des pièces voisines, une lueur aveuglante accompagna le déclic de la caméra, aussitôt suivie d\u2019une insupportable odeur.A demi asphyxié, Richard ouvrit les fenêtres toutes grandes, le magnésium se répandant à travers la villa.Un moment suffoquée, Diana toussa à plusieurs reprises.\u2014 Je suis navré de me montrer aussi importun, fit Francis Gardner.Mais les photos que je viens de prendre suffiront à illustrer mon article.Maintenant, il ne me reste plus, Miss Arbell, qu\u2019à prendre congé de vous et à m\u2019excuser de vous avoir dérangée.Un shake-hand à la jeune fille, un autre à son fiancé, beaucoup plus réservé celui-là.Le reporter se trouvait déjà sur le seuil.En moins de deux minutes il rejoignit le perron du bungalow.\u2014 Comment ! vous êtes venu à pied?s\u2019étonna Diana pendant qu\u2019il descendait rapidement les marches.\u2014 J\u2019ai laissé ma moto à moins d\u2019un mille de là, Miss Arbell !.J\u2019adore faire du footing !.\u2014 Le footing n'est pourtant pas un sport bien indiqué pour les journalistes pressés, objecta non sans raison Richard.Francis Gardner ne parut pas avoir entendu les paroles que venait de hasarder le jeune homme, il s\u2019en fut rapidement le long de l\u2019allée centrale qui aboutissait à la grille.Immobiles sur le perron, les deux fiancés le virent atteindre l\u2019entrée, puis disparaître entre les sapins qui entouraient de toutes parts la villa des Montagnes Bleues.Alors Richard n\u2019y put plus tenir.Pendant un long moment il n\u2019avait dominé que difficilement son impatience : \u2014 Ecoutez-moi, Diana, cet individu ne me dit rien qui vaille.J\u2019ai de plus en plus l\u2019impression qu\u2019il n\u2019est pas plus journaliste que je ne le suis moi-même ! \u2014 Encore vos suppositions absurdes!.\u2014 Vous avez tort de manifester une telle confiance, darling, insista le jeune homme.Excusez-moi, je vais essayer de filer le gentleman.Peut-être parviendrai-je à surprendre quelles étaient exactement les intentions qui l\u2019ont poussé à venir vous rendre visite\u2014 \u2014 Voyons, Richard, vous n\u2019aller, tout de même pas mettre en doute la signature de papa.Je connais son écriture- Diana conservait toujours dans sa main la lettre qu\u2019elle montra une fois de plus à son fiancé, mais ses arguments ne réussirent pas à convaincre le jeune homme : \u2014\tA demain, darling!.Je viendrai déjeuner avec vous.Mais soyez prudente et tenez-vous sur vos gardes !.Un énorme chien-loup s\u2019approchait en ce moment et s\u2019en fut se frotter gentiment contre la fille de l\u2019explorateur : \u2014\tAvec un gardien tel que Tom, vous voyez bien que je n\u2019ai absolument rien à craindre, assura-t-elle.II m\u2019avertirait au moindre danger, son flair est véritablement merveilleux ! \u2014\tEvidemment, je ne mets pas en doute un seul instant la vigilance de Tom, surenchérit Richard, mais on peut s\u2019attendre au pire avec des gaillards de l\u2019acabit de votre visiteur.Puis, sans laisser seulement à sa fiancée le loisir de lui répondre, Richard s\u2019en fut d\u2019un pas rapide dans la même direction que venait d\u2019emprunter le reporter.Sur la dernière marche du perron, Diana le vit disparaître entre les sapins.Un léger sourire où se lisait une certaine ironie effleura ses lèvres, puis, enfouissant la lettre d\u2019introduction de son père dans son corsage, elle s\u2019en retourna et referma la porte derrière elle, laissant le chien-loup vagabonder tout à loisir à travers le jardin.Toutefois, la sérénité qu\u2019affectait la jeune fille n\u2019était sans doute point aussi complète quelle voulait bien le faire supposer.A peine se trouva-t-elle de retour dans le bureau où elle venait de recevoir le journaliste qu\u2019elle ouvrit le tiroir de la table et s\u2019assura qu\u2019un revolver demeurait là.Elle s\u2019en empara, puis, lentement, elle étendit la main et retira un étui à cigarettes en ar-gent- Pendant quelques instants les doigts aux ongles roses de la jeune fille se promenèrent sur la surface lisse de l\u2019étui, puis, brusquement, elle l\u2019ouvrit.Une douzaine de cigarettes se trouvaient alignées là ; pourtant un détail qui n\u2019eût pas manqué de surprendre un étranger qui se fût trouvé à cet instant dans la pièce : ces cigarettes étaient entourées de papier rose, et leurs bouts étaient dorés.L\u2019arrivée de Suzanna annonçant que le dîner était prêt, vint arracher la jeune fille à ses réflexions.Elle se dirigea vers le dining-room tout proche et s\u2019assit devant la table.Au cours du repas, la négresse put s assurer que sa maîtresse était plus pensive, et beaucoup plus absorbée que d\u2019habitude.Parfois ses sourcils se fronçaient légèrement, elle répondait d une voix distraite à ses questions.Sans doute son imagination vagabondait-elle vers Richard qui, dans la nuit commençante, devait continuer de suivre le journaliste.Et Diana de se sentir étreinte par une lancinante inquiétude.Son insouciance de tout à l\u2019heure était bien morte.A plusieurs reprises, même, elle se surprit en train de prêter anxieusement l\u2019oreille aux bruits du dehors.La nuit était déjà tombée quelle demeurait encore à sa place, dans une obscurité presque complète.Suzanna avait voulu allumer l\u2019électricité.Elle s\u2019y était opposée.Elle aimait rester à goûter la paix du soir et à respirer l\u2019odeur balsamique des sapins que le vent apportait par la porte grande ouverte.Dix heures sonnèrent a la pendule quand Diana se décida à secouer sa torpeur.Elle se leva et s\u2019en fut s\u2019accouder a la balustrade de la galerie qui entourait la villa de toutes parts.Sous le ciel étoilé, les taches sombres des sapins se plaquaient aux alentours.Au Faire gonfler la gélatine dans l\u2019eau froide 5 minutés.Verser au-dessus 1 eau bouillante, brasser pour la faire dissoudre, ajouter le jus et le zeste de citron, le vinaigre, le sel et le sucre.Quand le mélange a la consistance d\u2019un sirop épais, y incorporer les carottes, le chou et les olives.Verser dans de petits moules individuels préalablement passés à l\u2019eau froide et laisser prendre ferme.Démouler et servir avec laitue et mayonnaise.Ces petites salades accompagnent bien les viandes froides.6 à 8 services.2 oranges 1 ananas Salade vita % de tasse d\u2019amandes râpées 2 pêches % tasse de raisin Peler les oranges et les tailler en rouelles épaisses puis en triangles.Ebouillanter les pêches pour les peler et les couper en minoes quartiers.Préparer 1 ananas (à défaut d\u2019ananas frais, prendre des ananas en conserve), le couper en cubes, ajouter les raisins.Dresser sur feuilles de laitue croquante, saupoudrer au-dessus les amandes râpées et servir avec mayonnaise au jus de citron.6 à 8 services.Salade italienne 2 tasses de macaroni en coudes\tVz tasse de celeri taillé en filets y2 tasse de carottes cuites coupées en dés\tmayonnaise tomates\tVz tasse de pois verts bien égouttés 1/2 tasse de haricots jaunes coupés en bouts d\u2019un fa pouce\tlaitue 1 c.à tb.d\u2019oignon râpé ou 2 c.à tb.d\u2019échalotes Vz tasse de sauce française Faire cuire 94 de tasse de coudes dans l\u2019eau bouillante salée 25 à 30 minutes.Egoutter, rincer à l\u2019eau froide pour éviter que le macaroni colle.Mettre dans un bol avec tous les légumes et faire macérer dans de la sauce française.Servir sur feuilles de laitue croquante avec tomates tranchées et mayonnaise au fromage.6 services.Salade au poulet 3 tasses de poulet cuit et coupé en cubes Vz tasse de pois bien égouttés 1 tasse de concombre taillé en dés sans les graines 1 tasse de céleri coupé en minces filets\t4 c.à tb.d\u2019huile à salade le jus d\u2019un citron\t1 c.à thé de zeste râpé Vz tasse d\u2019olives farcies hachées finement Vz c.à thé de sel\tlaitue tomates\tmayonnaise Placer dans un bol le poulet, le concombre, le céleri et les pois.D\u2019autre part, mettre dans un bol qui ferme bien l\u2019huile, le citron, le zeste, le sel et les olives.Agiter fortement pour bien mélanger le tout et verser sur les fruits.A l\u2019aide de 2 fourchettes, remuer pour que le tout soit imprégné de sauce et servir très froid sur des feuilles de laitue croquante.Garnir de tranches de tomates.6 à 8 services.Soupe aux pois à la canadienne 2 tasses de pois 1 oignon V4 de livre de lard salé 1 pinte d\u2019eau sel, poivre et sarriette Faire tremper les pois la veille au soir.Le lendemain, faire cuire dans la même eau et ajouter une autre pinte d\u2019eau puis l\u2019oignon haché finement, 2 c.à thé de sel, L4 de c.à thé de poivre et le lard.Laisser cuire à petit feu jusqu\u2019à ce que les pois soient réduits en purée.La soupe aux pois réussie doit être réduite en purée.Ajouter quelques brindilles de sarriette séchée. Le Samedi, Montréal, 12 août 1950 15 clair de lune la jeune fille aperçut la silhouette familière de Tom qui continuait de parcourir les allées.Alors, tranquillisée, Diana se reprit à goûter pleinement la paix du soir.Elle s\u2019abandonna à la fraîche caresse de la brise.Une heure passa.Le rectangle lumineux de la mansarde s\u2019éteignit.Su-zanna était allée se coucher comme chaque soir, laissant à sa maîtresse le soin de fermer étroitement les portes.Désormais Diana demeurait seule en face de la merveilleuse Nature qu\u2019elle savait si fort apprécier et qui lui faisait préférer ce coin perdu des montagnes aux artères, brillamment illuminées mais combien bruyantes, de New-York ou de San Francisco ! \u2014 Comme je plains les malheureux qui préfèrent à cela les vaines agitations des villes !.murmura-t-elle d\u2019une voix à peine perceptible.Un léger tressaillement la secoua pourtant et elle se redressa.Depuis un assez long moment, elle n\u2019apercevait plus le chien-loup.A trois reprises elle siffla Tom, mais l\u2019animal fidèle ne répondit pas comme de coutume à son appel.Alors, brusquement, la jeune fille se sentit une fois de plus obsédée par la crainte.Abandonnant la galerie, elle s\u2019en fut vers le jardin, empruntant la direction qu\u2019avait prise Tom la dernière fois qu\u2019elle l\u2019avait aperçu.Trois nouveaux appels demeurèrent sans effet.Elle allait atteindre les limites du jardin, quand, soudain, un léger cri lui échappa.A quelques pas devant elle, dans l\u2019allée, une forme sombre et immobile se découpait sur le sable.\u2014 Tom!.murmura le jeune fille en reconnaissant son compagnon à quatre pattes.Allons, réveille-toi, paresseux !.Ce nouvel appel ne s\u2019affirma pas plus efficace que les précédents, le chien-loup demeurait immobile, couché sur le flanc droit.Alors, envahie par une appréhension de plus en plus vive, Diana esquissa deux pas en avant, se pencha, puis étendant la main, elle la passa tout doucement sur le pelage de l\u2019animal.Tom ne frissonna pas sous la caresse de sa maîtresse.Son corps demeurait raidi et froid.Et l\u2019anxiété de fciana s\u2019accrut quand elle se rendit compte que le chien-loup avait cessé de vivre.\u2014 Mon Dieu!., Ce n\u2019est pas possible ! Je suis victime d\u2019un abominable cauchemar !.La jeune fille put s\u2019assurer pourtant qu\u2019elle ne rêvait pas, c\u2019était bien un cadavre qui gisait sous ses yeux et qu\u2019elle s\u2019efforçait sans succès de ranimer.Alors Diana se releva.L\u2019émotion l\u2019oppressait.Elle se demandait pourquoi son fidèle gardien, tout à l\u2019heure si plein de vie, avait été aussi terriblement foudroyé.Le coeur battant, elle se dit que les craintes de son fiancé se réalisaient.A peine venait-elle de se lever qu\u2019un froissement de branches se fit entendre dans un massif voisin.Alors, sans plus attendre, pressentant un imminent péril, la fiancée de Richard Benton s\u2019empara de son revolver, puis, le braquant dans la direction de l\u2019endroit où elle avait perçu le bruit suspect, elle murmura d\u2019une voix que l\u2019inquiétude faisait légèrement trembler : \u2014 Qui que vous soyez, sortez, ou je tire !.Ill \u2014 Une filature qui finit mal Richard Benton venait à peine de s\u2019engager sous le couvert des sapins qu\u2019il prit son revolver.Pas une seule fois il ne s\u2019était retourné pour regarder Diana qui le suivait des yeux.Une seule pensée accaparait son esprit : rejoindre dans le plus bref délai le journaliste suspect et s\u2019assurer de ses véritables intentions.Le jeune homme s\u2019arrêta quelques secondes pour attarder un coup d\u2019oeil autour de lui.La sente s\u2019enfonçait en- tre les arbres, le visiteur avait laissé derrière lui, sur l\u2019épais tapis d\u2019aiguilles sèches qui recouvrait le sol, des traces toutes fraîches de son passage ; toutefois Richard était prudent et ne tenait pas le moins du monde à être surpris, il ne reprit sa marche qu\u2019avec une extrême circonspection.Il connaissait admirablement les alentours et savait qu\u2019il s\u2019était sensiblement rapproché d\u2019un rond-point situé au centre même du bois de sapins.Sans doute était-ce à cet endroit que le reporter avait laissé sa moto.Une force mystérieuse incitait Richard à s\u2019assurer par lui-même si le visiteur de la villa n\u2019avait point menti.Il conservait toujours des doutes sévères concernant la sincérité de se« intentions ; le profond dépit qu\u2019il avait surpris sur son masque quand Diana avait démenti les bruits absurdes répandus dans certains journaux, la fébrilité qu\u2019il apportait à explorer les pièces où se trouvaient rassemblées les collections de l\u2019explorateur, tout cela donnait évidemment fort à réfléchir.Richard interrompit ses pensées ; il apercevait en effet la silhouette de celui qu\u2019il cherchait à rejoindre.Francis Gardner continuait de marcher d\u2019un bon pas.Il ne soupçonnait point, certes, qu\u2019il fût suivi ; néanmoins, l\u2019insistance qu\u2019il mettait à se retourner et à promener autour de lui un coup d\u2019oeil empreint de méfiance démontrait à Richard qu\u2019il se trouvait assailli, lui aussi, par des craintes impérieuses.L\u2019inquiétude du fiancé de Diana ne fit qu\u2019augmenter quand il approcha du rond-point.Dans l\u2019obscurité commençante, dissimulé derrière un sapin, il s\u2019aperçut que plusieurs silhouettes se détachaient sur la verdure ; quatre individus étaient là qui attendaient sans doute le retour du journaliste, car, à peine l\u2019eurent-ils vu qu\u2019ils se portèrent à sa rencontre.Profondément intrigué, Richard reprit sa progression entre les arbres ; il aperçut Francis Gardner qui rejoignait les inconnus et qui se mettait à discuter avec eux en esquissant de grands gestes.Un peu en arrière, il surprit la silhouette d\u2019une auto grise rangée auprès du talus, à l\u2019extrémité de la route carrossable qui venait aboutir au rond-point.\u2014 By Jove ! se dit le jeune homme, voilà déjà la moto transformée en conduite intérieure !.Gardner a menti, et comme un mensonge en entraîne toujours d\u2019autres, il y a gros à parier que mes pressentiments étaient fondés.Le jeune homme reprit son avance en rampant, les cinq hommes continuaient de s\u2019entretenir et ne se doutaient toujours point de sa présence.Usant de prudence, il parvint donc à atteindre un des grands pins situés autour du rond-point.Se collant contre le tronc et se faisant tout petit, conservant son Colt dans sa main, il prêta attentivement l\u2019oreille.Tout d\u2019abord, Richard ne put saisir qu\u2019un murmure confus ; pourtant à mesure que la conversation se poursuivait, les cinq individus, rassurés par la quiétude persistante, se mettaient à parler plus fort : \u2014 Attention ! Il y a le chien ! fit l\u2019un d\u2019eux.\u2014 Le chien ne pèsera pas lourd avec cette arme, objecta le journaliste.Francis Gardner tira de la poche de son imperméable un minuscule objet que Richard ne put distinguer, mais il comprit tout de suite ce dont il s\u2019agissait quand il entendit Gardner expliquer : \u2014 Pendant ma visite à la villa j\u2019ai pu mettre la main sur cette minuscule sarbacane et sur le dard empoisonné qu\u2019elle contient.Diana Arbell et son fiancé n\u2019y ont vu que du feu.Il suffira donc de s\u2019approcher à peu de distance de l\u2019animal et de lui envoyer le dard.La moindre égratignure est mortelle.Syf^A+abk! ***** SUCCULENTE TRESSE FARCIE DE CONFITURE Faites cette exquise pâtisserie avec la nouvelle levure SÈCHE rapide! Voici un dessert succulent! N\u2019attendez pas d\u2019avoir des invités: faites-le tout de suite\u2014facilement, rapidement, avec la nouvelle Levure Sèche Fleischmann qui lève vite.Cette merveilleuse levure conserve toute sa vigueur dans votre armoire ! Imaginez la commodité ! Finis ces gâteaux de levure qui se détériorent et perdent trop vite leur activité! Plus besoin de garder la levure au réfrigérateur.La nouvelle Levure Sèche Fleischmann\u2019s Royal garde toute sa vigueur jusqu\u2019au moment de servir! Vous verrez comme c\u2019est facile de cuire avec de la levure et vos résultats seront merveilleux.Achetez aujourd\u2019hui une douzaine d\u2019enveloppes de Levure Fleischmann\u2019s Royal qui lève vite et gardez-les dans votre armoire ! SUCCULENTE TRESSE FARCIE DE CONFITURE (Recette pour deux grosses tresses) Portez au point d\u2019ébullition Va tasse lait Va tasse sucre granulé VA c.à thé sel 3 c.à soupe shortening Retirez du feu et laissez tiédir.Entre temps, mesurez dans un grand bol Vl tasse eau tiède 1 c.à thé sucre granulé et brassez jusqu\u2019à dissolution du sucre.Parsemez le contenu de 1 enveloppe de Levure Sèche Fleischmann\u2019s Royal qui lève vite.Laissez reposer 10 min., PUIS brassez bien.Incorporez-y le mélange refroidi de lait et sucre et 1\toeuf bien battu Incorporez 2\ttasses farine à pain tamisée une fois et battez lisse.Ajoutez 2Va tasses (environ) farine à pain Abattez la pâte, divisez-la en 2 portions égales et formez en boules lisses.Abaissez au rouleau chaque boule en un morceau de 10\" x 7\"; détachez la pâte.Badigeonnez chaque morceau de 2 c.à soupe de beurre mou et parsemez du mélange dans lequel entrent les avelines.Commençant sur le sens de la longueur, enroulez chaque morceau de pâte à la manière d\u2019un gâteau roulé; fermez les bords et les bouts.Roulez maintenant en morceaux de forme oblongue mesurant 12\" x 6\"; détachez la pâte.Coupez chaque morceau en 3 bandes sur le sens de la longueur, jusqu\u2019à un pouce d\u2019un des bouts.Tressez ces bandes, fermez-en les bouts et repliez-les sous les tresses.Placez sur tôles graissées.Graissez le dessus, couvrez et laissez lever au double du volume.Cuisez à four modéré (375°F.) environ 25 minutes.Laissez refroidir et remplissez les interstices des tresses avec de la confiture épaisse ou de la crème de butterscotch.Glacez et parsemez d\u2019avelines hachées gros.tamisée une fois Versez la pâte sur une planche légèrement farinée et pétrissez-la lisse et élastique.Mettez-la dans un bol graissé; badigeon-nez-en le dessus de beurre fondu.Couvrez et laissez lever au double du volume dans un endroit chaud, à l\u2019abri des courants d\u2019air.Dans l\u2019intervalle, combinez ensemble 1\toeuf légèrement battu 2\tc.à soupe crème Va c.à thé vanille V/a tasse cassonade (légèrement pressée) Va tasse miettes de pain sec tamisées 1 tasse d'avelines hachées fin !/o tasse d\u2019écorces confites hachées 1 Royal \" \u201cM oyuivtv/rem 16 Une fois débarrassés du chien-loup, vous savez ce qui nous reste à faire.La négresse n\u2019est pas bien redoutable, nous la réduirons au silence.\u2014 Et nous contraindrons la petite à nous avouer l\u2019emplacement de la cachette où son papa a dissimulé ses trésors, fit un troisième personnage qui tournait le dos à Richard.Le fiancé de Diana frissonna.Il comprenait combien ses inquiétudes s\u2019affirmaient fondées.Les pires perspectives qu\u2019il avait envisagées tout à l\u2019heure se réalisaient.Pendant quelques ins-.tants, il eut l\u2019idée de revenir rapidement en arrière et de prévenir la jeune fille du terrible danger qui la menaçait ; pourtant la curiosité qu\u2019il éprouvait de connaître plus exactement les intentions et les plans des malfaiteurs, le clouèrent sur place.Il s\u2019immobilisa encore contre le tronc d\u2019arbre, l\u2019oreille an guet.Maintenant, la voix de Francis Gardner se faisait entendre, très nette : \u2014 La petite reconnaissance que je viens d\u2019effectuer m\u2019a permis de m\u2019assurer que nous pourrons agir avec le minimum de risques.La négresse une fois hors d\u2019affaire, la petite se trouvera à notre complète discrétion.\u2014 Reste à craindre qu\u2019elle se montre un peu trop discrète, objecta l\u2019un des gredins.Somme toute, tu es revenu bredouille.\u2014 Sans doute, mais si la belle Diana refuse de satisfaire la curiosité d\u2019un reporter en quête d\u2019interview, je suis bien persuadé qu\u2019elle n\u2019hésitera pas à nous confier la vérité quand elle saura les désagréments qui l\u2019attendent en cas de désobéissance.Nous connaissons les moyens de faire parler les moins bavards.\u2014 Evidemment, quand nous la menacerons de lui chauffer un peu les pieds, j\u2019imagine qu\u2019elle se montrera plus docile ! fit le cinquième forban avec un gros rire.Il n\u2019y a rien de tel que la chaleur pour convaincre les récalcitrants !.Richard eut grande envie à cet instant de se précipiter revolver en main contre les misérables ; pourtant il comprit que son intervention ne pourrait être efficace.A cinq contre un, Francis Gardner et ses acolytes conservaient sur lui des chances sérieuses.Le faux reporter se retourna d\u2019ailleurs brusquement, et déclara : \u2014 Attention.Soyons prudents!.On pourrait nous surprendre !.\u2014 Pas de danger, boss !.Austin monte la garde !.Si jamais il découvrait quelque chose de suspect, il s\u2019empresserait certainement d\u2019intervenir et de nous donner l\u2019alarme !.Ces nouvelles déclarations accrurent les angoisses du fiancé de Diana.Furtivement, il regarda autour de lui.Pourtant il n\u2019aperçut nulle part ce veilleur à qui les bandits venaient de faire allusion.\u2014 Alors, c\u2019est bien entendu, reprit Francis Gardner après un bref silence.Je me charge du chien.Ensuite, après une petite escalade, nous nous introduirons dans la place.La petite ferme bien les portes, mais je sais quelle dort les fenêtres ouvertes.\u2014 Tu m\u2019as dit qu\u2019il y avait un gentleman avec elle ?objecta un des gredins.Francis Gardner sourit : \u2014 Je sais, mais j\u2019ai pris mes renseignements en conséquence.Le gentleman en question s\u2019appelle Richard Ben-ton.C\u2019est le fiancé de Diana Arbell.Il habite avec ses parents un cottage situé à plus de dix milles des Montagnes Bleues.Et, chaque soir, il retourne au logis paternel.En ce moment il doit être loin !.\u2014 J\u2019aime mieux ça!.\u2014 En tout cas, nous n\u2019avons pas de temps à perdre !.Arbell revient demain de Spokane.Celui-là est un adversaire d\u2019envergure.Il nous faut donc profiter du suprême répit qui nous est accordé.Après, la tentative s\u2019affirmerait beaucoup plus délicate.C\u2019est donc bien entendu : à la faveur de la nuit, nous allons nous rapprocher de la villa.Une fois le chien supprimé nous avons les chances les plus sérieuses d\u2019aboutir.Maintenant, Richard se sentait suffisamment édifié.Rompant avec l\u2019immobilité qu\u2019il observait depuis un moment, il se rejeta sans bruit en arrière.Sa décisioq était arrêtée, il alerterait dans le plus bref délai sa fiancée ; ensuite, quand le groupe se présenterait à la villa, il serait reçu avec tous les égards nécessaires.Le jeune homme battit tout d\u2019abord en retraite à reculons, ses pieds glissaient sans bruit sur l\u2019épaisse couche végétale qui recouvrait le sol ; procédant par bonds successifs, Richard allait rejoindre une sente où la marche lui serait rendue plus facile, quand, soudain, une silhouette surgit de derrière un buisson.Un individu qui se trouvait là aux aguets bondit hors de sa cachette en brandissant un casse-tête.Avant même que Richard ait pu l\u2019apercevoir, le malheureux ressentait une violente douleur à la nuque.Le fiancé de Diana poussa un gémissement étouffé.Il tenta pendant quelques instants de réagir, mais la douleur avait été trop forte.Le décor sylvestre qui l\u2019entourait parut exécuter une ronde frénétique autour de lui.Ses jambes se dérobèrent sous lui.Il tomba lourdement.Dans une demi-inconscience, il entrevit encore une silhouette grimaçante qui se penchait au-dessus de lui.\u2014 Diana.Darling !.murmura-t-il dans un suprême effort.Le jeune homme se dressa sur son séant.Son agresseur allait lui porter un nouveau coup.Il n\u2019en n\u2019eut pas le loisir.Richard s\u2019effondra, évanoui.Alors, un féroce sourire se dessina sur le masque de l\u2019agresseur, portant deux doigts à ses lèvres, il modula un sifflement strident.Ce signal provoqua immédiatement la panique parmi le petit groupe qui arrêtait les dernières dispositions de son opération nocturne auprès du rond-point.D\u2019un commun accord Francis Gardner et ses acolytes s\u2019emparèrent de leurs revolvers et bondirent dans la direction où leur camarade avait sifflé.Ils se sentirent rassurés quand ils aperçurent le coquin agenouillé auprès du corps inerte de Richard.\u2014 Rassurez-vous, my boys.Il a son compte ! Mais nous l\u2019avons échappé belle.Le rascal avait réussi à nous surprendre ! \u2014 C\u2019est le fiancé ! déclara Francis Gardner en se penchant à son tour et en examinant attentivement le visage contracté de l\u2019infortuné.Et comme ses complices attendaient sans mot dire, Gardner leur commanda : \u2014 Bâillonnez-moi et ficelez-moi solidement ce gaillard, vous le mettrez dans un fossé.quand on le découvrira là nous serons loin et nous aurons eu tout le temps de faire notre petite visite à la gracieuse Diana ! Trois des malfaiteurs s\u2019empressèrent d\u2019exécuter les ordres de leur boss.D\u2019ailleurs Richard, plongé dans la plus complète inconscience ne s\u2019avisa point d\u2019opposer la moindre résistance.Au bout de cinq minutes, incapable d\u2019esquisser un seul mouvement, il était étendu dans un fossé que protégeait un épais taillis.\u2014 S\u2019il revient à lui demain, dans la matinée, il aura de la chance, ricana Francis Gardner.Le misérable ne s\u2019attarda pourtant pas à contempler la forme inerte de sa victime.La nuit tombait rapidement.Il n\u2019y avait plus de temps à perdre ; il proféra un ordre bref, et rapidement, sans bruit, les six hommes disparurent dans les ténèbres commençantes et se replièrent en rampant en direction de la villa solitaire.IV \u2014 Seule contre six Diana n\u2019était pas encore remise de l\u2019angoisse que provoquait chez elle la mort subite et mystérieuse de son fidèle Torn.A pas rapides elle continuait de replier vers la villa.Tout à l\u2019heure, personne n\u2019avait répondu à sa sommation, alors, sans plus insister, désireuse avant tout de se mettre en lieu sûr, elle se mit à courir.Le Samedi, Montréal, 12 août 1950 Une centaine de pas séparait encore la promeneuse nocturne de sa demeure ; dans sa précipitation, elle avait laissé la porte du perron entr\u2019ouverte.Elle allait donc la rejoindre et se barricader étroitement, ensuite elle irait donner l\u2019éveil à la négresse et elles s\u2019efforceraient toutes les deux de téléphoner à la police et d\u2019attendre les événements.Tandis qu\u2019elle achevait sa retraite, Diana croyait encore entendre la voix de son fiancé qui lui prodiguait ses prudents conseils.Elle se blâma de ne les point avoir pris en consideration peu de temps auparavant.Elle était brave certes et ne s\u2019était pas vantée quand elle avait déclaré à Richard que le danger ne lui faisait pas peur, pourtant, pour la première fois, elle éprouvait de l\u2019angoisse, elle avait le sentiment de plus en plus certain qu\u2019une menace pesait sur elle.En quelques instants, la jeune fille atteignit le perron.Agile, elle gravit les marches.Elle se disposait à s\u2019engager dans le couloir et à refermer la porte derrière elle, quand une exclamation d\u2019effroi lui échappa.Un homme l\u2019avait déjà précédée dans sa demeure, un individu qu\u2019elle reconnut tout de suite au clair de lune qui filtrait à travers la verrière du vestibule : \u2014\tComment, balbutia-t-elle.C\u2019est vous, monsieur Gardner ?Que signifie.\u2014\tC\u2019est moi, en effet, repartit le nouveau venu, et vous comprendrez les raisons de ma présence dans quelques instants.Pour le moment, avant d\u2019engager un indispensable entretien, je vous serais reconnaissant de jeter sur ce canapé, qui se trouve à votre gauche, le mignon mais bien dangereux joujou que vous conservez encore entre vos doigts.Ces paroles furent prononcées sur un tel ton que Diana songea d\u2019instinct à se défendre ; elle se raidit, mais la voix du misérable s'amplifia : \u2014 Prenez garde, Miss Arbell ! En ce moment je tiens braqué contre vous un Colt\u2014 Si profonde que soit l\u2019admiration que m\u2019inspire votre charme et votre beauté, je suis au regret de vous déclarer que je n\u2019hésiterais pas à tirer sur vous si vous m\u2019y contraignez !.Et je conviens que ce serait de votre part une déplorable imprudence, car je n\u2019en veux aucunement à votre existence, pas plus que votre honneur et votre réputation ne courent le moindre danger.Je suis venu simplement pour obtenir de vous un petit supplément d\u2019information et pour vous faire sortir de la fâcheuse réserve au milieu de laquelle vous vous cantonniez tout à l\u2019heure.Gageons que la présence de votre fiancé en était la cause.Ce gentleman vous intimidait, mais maintenant, nous sommes tous les deux en tête à tête, nous allons bavarder comme deux bons amis!.Lentement, Diana baissa la main et jeta son arme sur le canapé.L'infortunée comprenait toute la gravité de la situation, pourtant, s\u2019armant de tout son courage, elle se mit à crier : Suzanna !.\u201e Au secours, Suzan-na !.\u2014 Pourquoi vous donner tant de peine, Miss Arbell ! coupa Gardner, sarcastique.Actuellement votre moricaude a suffisamment à faire pour songer à s occuper de vous ! Trois de mes amis lui rendent visite et la réduisent à une indispensable impuissance ! Gardner venait à peine de prononcer ces mots que Diana entendit des pas lourds qui rententissaient au premier étage : - Alors, tout va bien, Ben ?interrogea Gardner sans cesser une seule seconde de tenir la jeune fille en respect avec son Colt.\u2014 La négresse est ficelée sur son lit comme un saucisson, boss ! repartit une voix.\u2014 O.K.! Dans ces conditions, nous allons pouvoir causer tout à loisir ! Mais, je vous en prie, Miss Arbell, ne restez L'HOROSCOPE DU \"SAMEDI (Nouvelle série) 4\t7\t2\t5\t6\t3\t8\t4\t7\t2\t6\t5\t3\t7\t2\t6 0\t0\tA\tS\tE\tU\tP\tN\tN\tD\tM\t0\tN\tV\tA\tP 5\t8\t4\t7\t2\t6\t5\t8\t3\t7\t6\t2\t8\t5\t7\t4 Y\tE\tV\t0\tP\tL\tE\tR\tE\tU\t0\tT\tS\tZ\tS\t0 5\t8\t2\t7\t3\t6\t8\t4\t7\t2\t6\t5\t3\t7\t2\t8 P\tE\tE\tR\tV\tI\tV\tU\tE\tZ\tR\tL\tI\tM\tV\tE 7\t4\t7\t5\t2\t6\t4\t8\t3\t7\t6\t2\t8\t5\t6\t2 B\tS\t0\tU\t0\tE\tC\tR\tV\tU\tN\tU\tE\tS\tU\tS 2\t8\t5\t7\t3\t6\t8\t2\t7\t5\t3\t6\t2\t7\t4\t5 A\tZ\tI\tR\tE\tM\tE\tC\tS\tN\tJ\tE\tE\tE\tR\tD 8\t4\t7\t2\t6\t5\t8\t3\t7\t2\t6\t5\t3\t6\t2\t5 N\tA\tR\tT\tR\tU\tC\t0\tA\tT\tA\tL\tI\tT\tE\tG 5\t2\t6\t4\t8\t3\t6\t5\t2\t8\t6\t4\t5\t2\t8\t4 E\tV\tE\tI\t0\tE\tU\tN\tI\tR\tR\tN\tT\tE\tE\tT Comptez les lettres de votre prénom.Si le nombre de lettres est de 6 ou plus, soustrayez 4.Si le nombre est moins de 6, ajoutez 3, Vous aurez alors votre chiffre-clef.En commençant au haut du rectangle pointez chaque chiffre-clef, de gauche à droite.Ceci fait, vous n\u2019aurez qu\u2019à lire votre horoscope donné par les mots que forme le pointage de votre chiffre-clef.Ainsi, si votre prénom est Joseph, vous soustrayez de 4 et vous aurez comme clef de chiffre 2.Tous les chiffres 2 du tableau ci-dessus représentent votre horoscope.Droits réservés 1945, par Wiliam J.Miller, King Features, Inc. Le Samedi, Montréal, 12 août 1950 17 pas debout.Donnez-vous la peine d\u2019entrer dans le bureau où nous nous sommes déjà entretenus dans la soirée.Nous aurons certainement des choses intéressantes à nous confier ! \u2014 En vérité, je ne vois pas quelles relations je pourrais entretenir avec un misérable de votre acabit, riposta Diana d\u2019une voix coupante.La jeune fille revenait peu à peu de sa surprise.Elle parvenait à dominer l\u2019émotion profonde qui l\u2019avait étreinte au début.Déjà les complices de Gardner refermaient leur cercle menaçant autour d'elle.Aux trois hommes venus de la chambre où ils avaient garrotté l\u2019infortunée Suzanna se joignirent les deux autres coquins qui venaient d\u2019entrer par la grande parte.Tous avaient les mains dans leurs poches, mais Diana devina bien vite aux mouvements qui se dessinaient au bas de leurs vestons, qu\u2019ils s\u2019armaient chacun d\u2019un revolver, prêts à parer à toute tentative de fuite ou de résistance de sa part.Pas à pas, à reculons, la jeune fille regagna le bureau, immédiatement suivie par Gardner qui modelait son allure sur la sienne et qui ne la quittait plus des yeux.Avisant un fauteuil voisin de la table, elle s\u2019y assit.Le forban poussa un grognement approbateur et fit signe à ses acolytes de se poster dans le vestibule.\u2014 Evidemment, je comprends parfaitement que mon attitude n\u2019a rien de celle d\u2019un gentleman, déclara enfin Gardner en se penchant sans façon vers sa prisonnière, mais avouez que vous avez fait preuve vis-à-vis de moi, d\u2019une discrétion beaucoup trop grande quand je suis venu vous demander une interview.Gardner s\u2019arrêta pendant quelques secondes, puis se plantant carrément devant Diana et la regardant avec fixité, comme s\u2019il voulait deviner ses plus secrètes pensées, il déclara : \u2014 Trêve de bonnes paroles, Miss Ar-bell, vous savez fort bien ce que nous sommes venus chercher ici ! \u2014 Je suis au regret de vous contredire, monsieur Gardner, mais je vous avoue bien humblement que je n\u2019en ai pas la moindre idée ! \u2014 All right ! Vous avez du cran, Mfts Arbell.J\u2019aime les femmes qui ont du cran ! Mais croyez-moi, votre insistance pourrait fort bien vous attirer les plus fâcheux désagréments.Business is Business.A quel endroit votre père a-t-il caché le diadème et le trésor des Jiva-ros ?\u2014 Je vous ai déjà dit, monsieur Gardner, que ce diadème et ce trésor n\u2019ont jamais existé que dans l\u2019imagination de quelques journalistes en quête de copie.Faut-il vous le répéter avec autant de force au risque de provoquer chez vous de sévères désillusions ?Gardner eut un sourire plein de scepticisme : \u2014 Evidemment, c\u2019est de bonne guerre, vous n\u2019avez aucun intérêt à propager la nouvelle.Mais, sachez-le bien, vous ne vous trouvez plus, cette fois, en face d\u2019un journaliste désireux d\u2019écrire un reportage sensationnel, mais en présence d\u2019un homme qui a l\u2019habitude d\u2019atteindre toujours son but, quelles que soient les difficultés et les résistances qu\u2019il rencontre sur son chemin ! Et comme sa voix menaçante ne semblait point contraindre son interlocutrice à résipiscence, Francis Gardner surenchérit : \u2014 Je vais être plus franc que vous, Miss Arbell, je vais vous dire la vérité.Mon nom n\u2019est pas Gardner.Je m\u2019appelle Luke Grimson ! \u2014 Luke Grimson ! Le gangster dont la capture est mise à prix cinquante mille dollars dans les états de Washington et d\u2019Orégon ?\u2014 Je constate avec plaisir que vous me connaissez déjà et que vous avez entendu parler de moi.Les quelques mots que vous venez de prononcer me prouvent nettement que vous êtes désormais fixée.Luke Grimson n\u2019a jamais toléré qu\u2019on se moquât de lui.Jouons donc cartes sur table, indiquez-nous la cachette, et je vous donne ma parole qu\u2019il ne sera pas touché à un seul cheveu de votre tête ! \u2014 Fort bien! Et si je refuse?objecta la jeune fille que cette stupéfiante révélation n\u2019avait pas paru émouvoir outre mesure.\u2014 Si vous refusez, je me verrai contraint, la mort dans l\u2019âme, de recourir à certains moyens de coercition.Je déteste, maltraiter le beau sexe, pourtant, quand la nécessité m\u2019y contraint.\u2014- Monsieur Grimson, vous êtes un misérable.Laissez-moi vous dire que vous vous leurrez en vous imaginant que la souffrance pourrait m\u2019arracher un aveu ! Une fois encore je vous assure que le diadème et le trésor n\u2019existent pas, mais se trouveraient-ils en notre possession, que les pires supplices ne parviendraient point à me faire proférer le moindre mot.\u2014 Hum ! ricana le gangster.On est toujours très brave en paroles, mais quand il s\u2019agit de passer aux actes, c\u2019est une autre affaire.J\u2019imagine que si mes camarades appliquaient un fér chauffé à blanc sur la plante d\u2019un de vos jolis petits pieds, vous sentiriez votre belle assurance fondre comme la neige sous la caresse des chauds rayons du soleil ! Diana ne cilla point devant l\u2019horrible menace, et pourtant, elle comprit à l\u2019expression farouche de son interlocuteur qu\u2019il était décidé à ne reculer devant aucun moyen pour la contraindre à la soumission.Elle se borna à déclarer d\u2019une voix toujours très calme : \u2014 En vérité, vous ne vous êtes pas creusé la cervelle pour trouver un supplice original ! Celui que vous m\u2019annoncez est vieux comme le monde ! \u2014 N\u2019empêche qu\u2019il est très douloureux et qu\u2019il suffirait certainement que je tente cette petite expérience pour vous faire changer de ton.Vous comprendrez alors, mais trop tard, et vous souffrirez horriblement pour des bêtises.\u2014 Pour des bêtises, vous l\u2019avez dit, monsieur Grimson ! coupa la jeune fille.Vous pouvez fouiller partout, vous découvrirez peut-être quelques bank-notes, mais non point les richesses fa-fuleuses auxquelles vous venez de faire allusion et qui n\u2019existent que dans l\u2019imagination des romanciers d\u2019aventures ! Mon père est un ethnographe il travaille pour l\u2019amour de la science, il n\u2019a rien de commun avec les prospecteurs ou les chercheurs de trésors.C\u2019est dire que vous perdez un temps précieux à vouloir atteindre une chimère ! \u2014 C\u2019est effrayant ce que vous savez mentir, Miss Arbell ! insista le gangster.Vous rendriez des points à une vedette d\u2019Hollywood.Mais, croyez-moi, la comédie a suffisamment duré.Je vous ai parlé très amicalement, ne me forcez point à employer d\u2019autres arguments plus décisifs.Un furtif sourire passa sur les lèvres de la jeune fille ! \u2014 Décidément, ©n ne peut rien vous cacher, monsieur Grimson ! Vous êtes un fameux psychologue ! La physionomie du gangster se rasséréna.L\u2019attitude affable de Diana, le changement subit qui se produisait chez elle le déconcertaient à la fois et le ravissaient.Il se sentait près du but.\u2014 A la bonne heure ! Je constate que vous vous décidez heureusement à entendre la voix de la sagesse, Miss Arbell.Vous consentez à parler ?\u2014 Je parlerai peut-être, monsieur Grimson, mais auparavant, me permettez-vous de prendre une cigarette ?\u2014 Avec plaisir ! Le bandit portait déjà la main à sa contrepoche, mais Diana 1 arrêta d un geste, et lui désignant l\u2019étui qu\u2019elle avait placé peu de temps auparavant sur la table voisine, elle déclara : \u2014\tJ\u2019ai horreur de cet affreux tabac que fument les hommes, monsieur Grimson ! J\u2019ai là des cigarettes d\u2019une saveur particulière ; ce sont des cigarettes roses que père me fait envoyer de Perse.Elles ont un arôme très spécial que je sais apprécier.Voulez-vous m\u2019en donner une, please ?Le gangster ne surprit pas à cet instant la lueur malicieuse qui faisait pétiller les prunelles de sa prisonnière.Sa grosse main velue s\u2019empara de l\u2019étui qu\u2019il ouvrit et qu\u2019il tendit à Diana.Sans grande hâte la jeune fille regarda les cigarettes roses à bouts dorés qui s\u2019alignaient sous ses yeux, puis elle en choisit une qu\u2019elle porta aussitôt à ses lèvres.\u2014\tMerci infiniment ! fit-elle avec un sourire.\u2014\tQuelles singulières cigarettes fumez-vous là, grommela Grimson, c\u2019est bien la première fois que j\u2019en vois de semblables ! \u2014 Evidemment, et sans doute serez-vous plus étonné encore quand vous apprendrez certaines de leurs propriétés.En attendant, donnez-moi du feu, please ! Luke Grimson, toujours aussi empressé, s\u2019empressa de prendre son briquet dans son gousset de gi'et et de l\u2019allumer, mais à peine la petite flamme vacillante allait-elle lécher l\u2019extrémité de la cigarette que venait de choisir la jeune fille, que Diana murmura entre ses dents, d\u2019une voix assez basse pour n\u2019être point entendue des forbans qui attendaient dans le vestibule tout proche : \u2014 Attention, monsieur Grimson ! Pas un mot, pas un geste, ou vous êtes mort ! Le gangster ouvrait de grands yeux effarés.U s\u2019attendait si peu à une semblable injonction de la part de cette captive qu\u2019il croyait à son entière merci.\u2014 Vous plaisantez, Miss Arbell.Diana ne laissa pas le misérable achever : \u2014 Vous entendez bien, poursuivit-elle, la cigarette que vous venez de me donner est une sarbacane en miniature.Un dard empoisonné au curare se trouve dissimulé à l\u2019intérieur.Il suffirait d\u2019un seul souffle pour qu il vous atteigne en pleine joue.Alors, en quelques secondes, vous passeriez de vie à trépas.Rappelez-vous les explications que je vous ai fournies dans la soirée concernant les effets de ces armes étranges.Et surtout, ne vous avisez pas de donner l\u2019alerte à vos complices et de les appeler à la rescousse.Le dard serait certainement plus rapide que vos paroles et la plus minuscule égratignu-re suffirait à vous conduire droit chez Satan ! y \u2014 Diane mène le jeu Luke Grimson était devenu blême.Ses regards ne quittaient plus l\u2019extrémité de la cigarette que Diana dirigeait vers lui, il s\u2019aperçut alors, mais un peu tard, que le tube était creux.Alors, il ne tenta plus d\u2019esquisser un seul mouvement.Il voyait le masque résolu de sa voisine, prête à souffler la mort à la première incartade, il savait qu\u2019elle était décidée à accomplir sa menace jusqu\u2019au bout.Pourtant, au bout de quelques instants, il essaya de plaisanter, une sueur froide coulait à ses tempes : \u2014 C\u2019est une blague, Miss Aj-bell.vous n\u2019oseriez pas.\u2014 Nécessité oblige, monsieur Grimson ! Ne m\u2019assuriez-vous point vous-même tout à l\u2019heure que vous n\u2019hésiteriez pas à me griller les pieds si les circonstances l\u2019exigeaient ?Maintenant la roue a tourné.C\u2019est moi qui tiens entre mes mains votre existence.A vous donc de vous exécuter si vous ne voulez pas être foudroyé ! ¦ JsgS ' Soulagez ces souffrances par l\u2019action HUMIDE-SÈCHE de MkwbîneJr.\u2022 Lorsque la torture de la dysidrose ou \u201cpied d\u2019athlète\u201d vous surprend, recourez vite à l\u2019Absorbine Jr.Son action \u201chumide-sèche\u201d aide à cicatriser les crevasses, à favoriser la croissance d\u2019une peau saine et lisse qui s\u2019oppose au retour de l\u2019infection.Oui, l\u2019Absorbine Jr.est l\u2019ennemi no 1 de la dysidrose en Amérique! 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La jeune fille était fermement déterminée à profiter des atouts qu\u2019elle venait de mettre dans son jeu si dangereux ; elle s\u2019imaginait bien d\u2019ailleurs que son adversaire, fût-il seulement libéré de la terrible menace qu\u2019elle faisait peser sur lui, s\u2019empresserait d\u2019appeler ses acolytes.Il convenait donc de faire vigilance et d\u2019agir avec toute la rapidité possible.Ce tête à tête pouvait devenir exténuant à la longue ; en cherchant à parlementer, Grimson pourrait trouver une occasion propice de passer à la riposte et de lui enlever la cigarette rose.Il fallait profiter de l\u2019avantage acquis et de l\u2019ignorance dans laquelle se trouvaient les gangsters de la déconcertante situation de leur boss.\u2014 Déposez votre Colt sur la table devant moi, enjoignit Diana.Grimson hésita, mais la jeune fille gonflant ses joues et faisant mine de souffler dans sa sarbacane improvisée, le bandit s\u2019empressa de s\u2019exécuter.De grosses gouttes de sueur perlaient à ses joues et coulaient le long de son visage, ses yeux ne quittaient toujours pas l\u2019extrémité de la cigarette.Diana étendit rapidement la main et s\u2019empara de l\u2019arme qu\u2019avait abandonnée son adversaire.Quelques secondes encore et Grimson se trouva exposé à une double menace, celle de la cigarette et celle de l\u2019arme à feu.Le doigt crispé sur la détente, la jeune fille dirigeait le canon du Colt contre son agresseur, puis, lui désignant le téléphone qui se trouvait à gauche, sur la même table : \u2014 Vite ! Maintenant, vous allez demander le 334 à Pendleton !.\u2014 Le 334 ?Mais c\u2019est la police ! grommela le bandit.\u2014 Sonnez et demandez, ou sinon, gare à la cigarette ! Cette simple menace suffit à rendre docile le misérable.Alors, d\u2019une voix sourde, sous la dictée de Diana, Grimson demanda du secours à la station.A trois reprises, il s\u2019interrompit, et chaque fois Diana dut gonfler les joues et approcher un peu plus de sa poitrine le revolver.Un long silence suivit cette communication.Haletant, Grimson espérait toujours que ses acolytes, rendus inquiets par la prolongation de l\u2019entretien, allaient intervenir et le libérer, mais Diana prévint cette dangereuse éventualité, et au moment où il toussotait pour mettre ses voisins en éveil : \u2014 Dites à vos acolytes de rester assis et d\u2019attendre tranquillement.Le gangster fit la grimace, mais l\u2019attitude de son adversaire demeurait toujours aussi décidée.De sa grosse voix qui tremblait un peu, il cria : \u2014 Attendez-moi, my boys !.Fr.surtout, ne cherchez pas à nous déranger !.\u2014 Alors, la petite fait des confidences ?hasarda Austin, gouailleur.\u2014 Je vous dirai tout dans un moment!.Grimson voulut profiter d\u2019un moment où Diana semblait regarder à droite pour s\u2019élancer contre elle.Sa main se détendit comme un ressort, du plat, il réussit à envoyer rouler la cigarette rose au b^ut de la pièce, mais à peine venait-il d\u2019agir ainsi, qu\u2019il sentit le canon du Colt s\u2019appuyer durement contre sa poitrine : \u2014 Silence!.Hands up !.Puis, tandis que le gredin déconfit, s\u2019exécutait une fois de plus, la jeune fille poursuivit, ironique : \u2014 Maintenant que vous m\u2019avez si bien enlevé ma cigarette, monsieur Grimson, permettez-moi de vous avouer qu\u2019elle était absolument inoffensive.Elle ne contenait pas le moindre dard.Je l\u2019avais mise entre mes lèvres à l\u2019envers, voilà tout, et le bout de carton doré qui l\u2019agrémentait d\u2019ordinaire se trouvait dirigé contre vous.C\u2019est ce qui m\u2019a si bien permis de réussir ma supercherie.Le bandit esquissa un geste de révolte, il voulut se lever, mais la voix rieuse de la jeune fille insista : \u2014 Soyez prudent, M, Grimson! Si la cigarette rose était inoffensive, il n\u2019en est certainement pas de même de ce Colt que vous avez eu l\u2019obligeance de me confier ! Vous devez savoir qu\u2019il se trouve soigneusement chargé.A la moindre résistance de votre part, je demeure plus décidée que jamais à vous brûler la cervelle, c\u2019est bien compris ?Grimson, cette fois, était devenu écarlate A la seule pensée qu\u2019il avait été si magistralement joué, le gangster sentait sourdre en lui une colère furieuse, mais le canon du revolver s\u2019attardait toujours contre lui.Le petit doigt de Diana caressait la détente, prêt à opérer une légère pression à la moindre tentative de résistance de sa part.Trois quarts d\u2019heure s\u2019écoulèrent ainsi, trois quarts d\u2019heure qui parurent plus longs qu'un siècle au gredin.A plusieurs reprises, les gangsters qui commençaient à s'impatienter et qui s\u2019étaient mis à jouer aux cartes dans le vestibule, interpellèrent leur chef.Le bandit, menacé de mort par sa courageuse voisine toujours en éveil, ne put leur répondre que par des paroles vagues.Et la conclusion que Grimson n\u2019avait pas prévue se produisit.Un fort contingent de policiers, venu de Pendleton, envahit la villa.Surpris, les bandits ne purent opposer qu\u2019une faible résistance à ces assaillants imprévus.Les uns après les autres, ils durent se rendre à merci.Quand le chef des constables, le sergent O\u2019Kelly, pénétra dans le bureau, une scène peu banale l\u2019attendait, celle de Diana maintenant toujours en respect le gangster déconfit.\u2014 Vite, demanda la jeune fille.Passez-lui les menottes.Je me sens tout engourdie à force de jouer au « tableau vivant » !.\u2014 By Jove 1 C\u2019est notre ami Grimson ! s\u2019exclama O\u2019Kelly en reconnaissant le gangster.Vous pouvez vous vanter d\u2019avoir accompli du bon travail, miss Arbell ! Vous avez gagné la prime promise pour la capture de ce forban !.Lorsque toute la bande fut mise dans l\u2019impossibilité de nuire, Diana raconta à la suite de quelles circonstances elle avait pu procéder à un aussi déconcertant changement de la situation.Son récit déchaîna l\u2019hilarité générale, hilarité qui se poursuivit quand Suzanna, que deux constables venaient de délivrer de son bâillon et de ses liens, apparut au milieu du vestibule, les cheveux ébouriffés, poussant des cris à fendre l\u2019âme.La jeune fille dut se fâcher pour la convaincre qu\u2019elle n\u2019avait plus rien à craindre.Retrouvé à la suite des aveux des bandits, Richard fut arraché à son tour à sa pénible situation et libéré.Quatre semaines après, il épousait Diana.L\u2019histoire de l\u2019arrestation de Grimson fit un bruit énorme dans les journaux, et l\u2019on parle encore dans l\u2019état de Washington, de l\u2019histoire du gangster insaisissable qu\u2019une simple petite cigarette rose permit de conduire au fauteuil électrique pour y subir le juste châtiment de ses crimes.Jean Voussac le marché ! Faut pas apprendre le même jour.Si le coeur vous en dit, ça sera pour un autre coup.\u2014 \u2019A eu tort de payer d\u2019avance, rica-cana in petto Lhôtelier, le mousse aux cheveux gris.Le père Thin, elle le connaît pas encore.Et un diable en jupons, la fin de tout ! La dame n\u2019insista point, comme si elle eût eu une idée de derrière la tête.Vivement intéressée, semblait-il, par ce sport si nouveau, elle se contenta de surveiller la manoeuvre.Dès qu\u2019on eut dépassé le lazaret de l\u2019île Tatihou, et le vent durcissait peu à peu, le patron arrêta le moteur, par souci d'économie, et hissa la voile, puis le foc et le tape-cul.Le picoteux, dont la course avait un 'brin molli et qui ne courait plus guère que sur son erre, se remit à fendre la lame d\u2019une étrave frémissante, en soulevant une double crête d\u2019écume que la lune argentait.On commençait à approcher des lieux de pêche, du côté de la pointe du Hom-met.Bien qu\u2019étrangère pays, la dame semblait s\u2019orienter parfaitement et s\u2019étonnait de la direction prise.\u2014 Dites, mon ami, nous filons vers le nord-ouest, si je ne m\u2019abuse ?Ce n\u2019est pas ce qui avait été convenu.Le père Thin tenait bon la barre, pour rester dans le vent.Il vérifia son cap.\u2014 On peut rien vous cacher, ma belle dame.V\u2019ia le feu de Jonville bâbord arrière, à c\u2019tte heure.\u2014 Il était pourtant entendu que vous pêcheriez le maquereau entre Tatihou et Saint-Marcouf, à la hauteur d\u2019Au-meville, et même plus au sud ?\u2014 C\u2019est tout ce qu\u2019il y a de vrai, à part que c\u2019est la rousette, vu que le maquereau ne se pêche que de jour.Mais, depuis à matin, les vents ont tourné, imaginez-vous.Au fond, ce qui vous intéresse c\u2019est de pêcher du poisson.On va filer les lignes, et vous allez en voir, je vous le promets.Et plus que vous n\u2019en mangerez jamais de votre vie, je l\u2019jure ! Mais l\u2019inconnue ne l\u2019entendait pas de cette oreille.Elle commença à élever la voix.\u2014 Et si ça me plaît, à moi, de voir pêcher la roussette où nous avions dit ?\u2014 En ce cas, fit placidement le père Thin, faudra vous mettre d'accord aussi avec le baromètre, vu qu\u2019il a viré de l\u2019eau au sec et que la roussette a aussitôt tourné de bord, comme de juste.Ça sera pour une autre fois, faut vous faire une raison.La dame s\u2019impatienta soudain et, avec un nuance de menace : \u2014 Chose convenue, chose due.Je n\u2019ai pas discuté votre prix pour embarquer.Aussi je vous conseille de respecter vos engagements sans plus tarder.Dans votre propre intérêt.Le bonhomme avait assujetti sa barre au double noeud et il filait déjà ses lignes, en compagnie de son aide.Il se retourna, avec un gros rire.\u2022\u2014C\u2019est-i\u2019 vous qui commandez l\u2019Espérance, des fois ?Ou bien.Il n\u2019acheva point, le rire cloué dans la gorge.Lâchant soudain ses lignes, il commençait à lever les bras en l\u2019air, imité tout de suite par son matelot, sans comprendre.Droit sur eux, le canon d\u2019une mitraillette luisait dans le bleu clair de la nuit.Une mitraillette que braquait fort gaillardement la dame.\u2014 Pour l\u2019instant, je crois que ça va être moi, déclara la passagère d\u2019une voix tranquille, sans dévier d\u2019un pouce son axe de tir.Elle s\u2019était dressée, debout, à l\u2019arrière, prête à arroser les deux hommes d\u2019une salve brutale.\u2014\tEt maintenant, veuillez exécuter mes ordres, avec exactitude.Demi-tour, moteur en marche, et direction des îles Saint-Marcouf, tout de suite ! Le père Thin parut hésiter.Pour le convaincre, l\u2019inconnue lâcha immédiatement un peu plus haut que sa tête, une rafale qui déchira l\u2019air comme une soie.\u2014\tVingt dieux ! gémit le bonhomme.En plein dans ma voilure ! Une toile toute neuve ! \u2014\tC\u2019est un avertissement.Le prochain coup, je tire dans le tas.Mais le patron avait compris.Une folle sûrement, une folle dangereuse, à laquelle il fallait pour le moment céder.Il se dépêcha d\u2019amener la voile, aidé par son marin qui n\u2019avait plus un poil de sec, puis de remettre le moteur en route.\u2014 Allumez la lampe de pont ! commanda la dame, qui tenait maintenant à y voir clair.Une vive lumière éclaira tout de suite la barque.Le vieux découvrit alors que sous le suroît, la dame s\u2019était masqué le visage d\u2019une sorte de cagoule, ce dont il ne s\u2019était pas aperçu au moment de l\u2019embarquement.Cela lui donna bien davantage à réfléchir que la mitraillette, en même temps que cela lui fit un peu peur.\u2014 Une femme gangster, pensa-t-il.Mes deux mille balles me coûtent cher.\u2014 A présent, montrez-moi comment on coupe le gaz et comment on met le moteur en marche.Le vieux marin s\u2019exécuta, sans discuter.\u2014 Bon ! Il ne vous reste plus qu\u2019à filer tous les deux par l\u2019écoutille et à faire les morts.Je vous préviens charitablement : le premier qui risque un oeil sur le pont, maintenant, je le brûle ! Les deux hommes s\u2019enfournèrent précipitamment par la trappe.\u2014 Et n\u2019essayez pas d\u2019attirer l\u2019attention de quiconque ! Au premier geste, au premier cri, je coule la barque, et vous avec ! Le démon ! C\u2019est le démon ! marmonna le père Thin.Ah ben, on m\u2019y reprendra à embarquer des inconnues ! A voix basse, assis sur un tas de toiles et de lignes qui encombraient l\u2019étroite combuse, le matelot ricana.\u2014 Je te l\u2019avais-t-i\u2019 pas dit, patron?Emmener une fumelle pour la pèche, c est pas du travail sérieux.Nous v\u2019ià ben, a c tte heure, avec c\u2019tte saprée gouine qui va nous coller au sec, ou nous couler comme des rats ! Le vieux réfléchissait.\u2014 J\u2019crois guère, parce qu\u2019elle y passerait aussi.Mais Dieu sait qu'elle peut avoir dans le tintouin, cette enragée ! Pour moi, estima Lhôtelier, je parie qu elle a voulu pirater ton picoteux.Elle va nous débarquer aux îles Saint-Marcouf, qui sont quasi désertes et, ni vu ni connu, les deux couillons sont embeurrés ! Voler mon picoteux ?Pour qui en faire ?Un yacht, à la rigueur, on comprendrait.Non.Elle doit avoir d'autres idées en tête.Mais Dieu sait quoi ! Du temps s\u2019écoula.On n\u2019entendait guère que le ronron régulier du moteur et les gifles de plus en plus brutales qu assenait la lame le long de la carène, au fur et à mesure que le bateau gagnait la haute mer.Dans leur route à rats, les deux hommes n\u2019étaient pas fiers. Le Samedi, Montréal, 12 août 1950 19 \u2014 Y aurait-il un moyen, dit Lhôte-lier après un long silence.Le tuyau à mazout qui alimente le moteur passe là derrière juste à la portée de la main, j\u2019vas l\u2019cisailler.\u2014 Avec tes ongles ?\u2014 Nenni.Avec c\u2019te pince, que je trachais depuis tantôt huit jours et que j\u2019avais oubliée ici, par providence.Alors, le moteur s\u2019arrête et, comme la coquine est incapable de naviguer à la voile, faudra bien qu\u2019elle nous fasse remonter sur le pont.A ce moment, tu détournes son attention, je l\u2019i saute dessus, vu que je suis le plus souple.Et je la fous à la mer ! Humilié par la double défaite, Lhô-telier en tenait pour les solutions brutales.Mais le père Thin bénéficiait d\u2019une plus solide pondération d\u2019esprit, comme d\u2019un sens plus aigu de la légalité.¦\u2014Jusqu\u2019à présent, ton programme, ça pourrait coller.Mais défense de toucher à un seul cheveu de la garce ! \u2014 Je me gênerai, peut-être ! \u2014 C\u2019est-i\u2019 toi qui commandes ?Ou moi ?\u2014 Ni l\u2019un ni l\u2019autre.C\u2019est le diable ! Ils s\u2019attelèrent à leur besogne, tâchant de dessouder le tube à mazout, tout au moint de le démancher.Ce n\u2019était guère facile de travailler dans cette soute, où ils devaient se tenir en croupetons.Au bout d\u2019un quart d\u2019heure d\u2019efforts, ils durent y renoncer : la mécanique tenait bon.Mais soudain, comme s\u2019il se fût associé à leurs angoisses, le moteur cala net.\u2014 Une panne, par chance.\u2014 A moins que la damnée fumelle n\u2019ait coupé l\u2019allumage.Dans ce bout de cale noire, où ne pénétrait nulle lumière, pas même la pâle clarté de la lune, ils ne savaient que penser.Ils entendirent d\u2019abord la vague qui déferlait sur un rivage inconnu.Au bruit dispersé des lames, le père Thin conclut qu\u2019on devait avoir accosté quelque havre.Puis des pas résonnèrent bientôt au-dessus de leurs têtes, sur le pont, des pas d\u2019hommes, solides et bien chaussés, mais sûrement point des pas de gens de mer.\u2014 Pas panne, constata le bonhomme qui gardait une ouïe fine.A c\u2019tte heure, v\u2019ià qu\u2019elle embarque ses gars.I\u2019s vont pas tarder à nous balancer au jus, dès qu\u2019on aura repris la mer et gagné le large.Cette fois, mon pauv\u2019 vieux, je crois bien qu\u2019on peut graisser nos bottes et dire le De profundis.Ni l\u2019un ni l\u2019autre n\u2019éprouvait exactement un sentiment de peur, bien sûr, de vieux marins qui bourlinguaient depuis toujours, et avaient écopé de pas mal de coups durs.Mais la mort misérable qui les menaçait à présent les frappait comme une déchéance.S être laissé jouer par une femme, le père Thin n\u2019en décolérait pas : \u2014 Saprée garce ! L\u2019emportera pas en paradis ! \u2014 Faudra prévenir saint Pierre dès qu\u2019on y débarquera, ce qui ne tardera guère.\u2014\u2019i ferai ta commission.Parce que toi, mauvais gars, t\u2019auras d\u2019abord quelques années de purgatoire à tirer.Ils plaisantaient, pour se donner mutuellement du courage, mais ils auraient payé cher pour être ailleurs.Soudain, une lueur brève mais fulgurante jaillit par les interstices de l\u2019écoutille.D\u2019instinct, les deux hommes courbèrent davantage encore le dos, attendant une détonation qui ne vint point.\u2014 On dirait un éclair de chaleur.I ne « câline » pourtant pas.\u2014 L\u2019temps n\u2019est pas à l\u2019orage.Les vents soufflaient d\u2019amont, quand on est parti.De nouvelles lueurs se succédèrent à court intervalle, flèches silencieuses, des éclairs blancs tout de suite vola- tilisés.Les deux hommes étaient rudement perplexes.\u2014 Qu\u2019est-ce qu\u2019ils peuvent bien f.là-haut ?s\u2019interrogeait le vieux mousse.-\u2014 Pourvu qu\u2019i\u2019s n\u2019collent pas le feu à la baraque ! On s\u2019rait rôti comme des rats.\u2014- C\u2019est tout de même pas l\u2019eau qui manquerait pour éteindre ! \u2014 Oui.S\u2019ils déverrouillaient l\u2019écoutille.Mais ça n\u2019a pas l\u2019air de faire partie du programme.Le père Thin, malgré tout lucide, tâchait de comprendre.\u2014 Pour moi, c\u2019est aux îles Saint-Marcouf qu\u2019on vient d\u2019atterrir, bien qu\u2019elle y ait mis du temps, la souris.\u2014 Des fois que la dame aurait décidé d\u2019y pêcher le homard ?\u2014 Ou d\u2019y prendre du tabac anglais de contrebande ?\u2014 Tu rêves, mon père Thin.La contrebande ça ne se pratique plus aux îles, mais dans l\u2019arrière-boutique des bistros.Mais quoi, alors ?\u2014 Une idée.Vois-tu que la femme serait en combine avec les danqué-cheunnes ?\u2014 Les Fritz des îles, les démineurs ?\u2014 Dame ! Tout boches qu\u2019ils sont, et même tout volontaires pour le déminage, c\u2019est tout de même des prisonniers.Et un prisonnier, ça ne pense censément qu\u2019à s\u2019évader.\u2014 Du coup, t\u2019as p\u2019êt\u2019 mis le doigt dessus, patron ! Plus le père Thin y réfléchissait, et plus l\u2019hypothèse lui paraissait des plus vraisemblables.-\u2014 Parbleu oui, ça doit être ça ! L\u2019étrangère, après tout, je l\u2019i jamais vu le portrait.Quand on a traité, c\u2019était déjà la tombée de la nuit, et elle portait voilette.Moi, vieille bête, je m\u2019intéressais plus à ses fafiots qu\u2019à sa goule.Mais t\u2019as remarqué les précautions qu\u2019elle a prises pour qu\u2019on la reconnaisse pas ?La pêche de nuit au clair de lune, c\u2019est pas une fantaisie de Parisienne, comme je l\u2019avais cru.C\u2019est un prêtes que.Un prétesque pour se faire conduire aux abords des îles.Le voilà, le but.Madame est en rapport avec les frisés.A c\u2019tte heure, les gars sont sur le pont, à se fiche de nous, sacrédié ! Elle va les débarquer dans un port au beau mitan de la nuit, et jouer la fille de l\u2019air avec eux ! Je commence à y voir clair.Arespirer mieux itou.Parce que, si c\u2019est ça, elle a dû verrouiller l\u2019écoutille par en dessus.On restera enfermée là-dedans comme serins en cage, jusqu\u2019au jour.Il ne nous manquera plus que d\u2019appeler les gars du quai pour qu\u2019ils nous délivrent.Le compagnon hocha la tête.\u2014 On aura l\u2019air fin, nous deux, à l\u2019ouverture.\u2014 Bien sûr, mais on aura gardé sa peau.Et le picoteux avec ! Ça vaut bien quelques sacrifices d\u2019amour-propre et ça ne sera jamais qu\u2019une marée de fichue.Mais Lhôtelier ne perdait pas le nord.\u2014 Pour toi.Moi, je suis que le matelot.J\u2019ai rien à voir là-dedans.Faudra bien que tu m\u2019indemnises de la marée ratée ! Le père Thin eut un haut-le-corps.__T\u2019es pas fou ?T\u2019indemniser ?Et puis quoi encore ?\u2014 Dame ! Tout ce qui arrive, c\u2019est ta faute ! C\u2019est pas moi qui l\u2019ai embarquée, ta marquise.Tu m\u2019as même pas demandé mon avis.Rappelle-toi, c\u2019est c\u2019ti-là qui casse les oeufs qui les paie.Ça, c\u2019était le bouquet ! Devant d\u2019aussi exorbitantes prétentions, le père Thin commença à faire feu des quatre fers et à élever la voix.Il ne pensait plus guère aux menaces de tantôt, à la mitraillette pointée vers sa poitrine, à la rafale lâchée dans la toile neuve, à la mort par immersion qu\u2019ils venaient d\u2019é- viter.Ce qui l\u2019exaspérait maintenant, c\u2019était cette absurde mise en demeure de son matelot qui voulait lui laisser sur les reins tous les frais de l\u2019expédition.\u2014 Ah mais, garçon, ça ne se passera pas comme ça ! J\u2019irons devant le tribunal de mer.Un inscrit s\u2019embarque toujours pour le meilleur et pour le pire.On a couru ces risques ensemble ; ensemble on les partagera.Le droit de mer, moi, je connais que ça ! Et je te le ferai bien voir si tu persistes ! Le ton de la discussion s\u2019éleva vite.Ils échangeaient à présent des jurons et des gros mots, prêts à se prendre aux cheveux, sans même s\u2019apercevoir que le moteur avait été depuis longtemps remis en marche et que le picoteux reprenait sa course vers une destination inconnue.Dans leur cambuse, guère plus grande qu\u2019un apprenti d\u2019ascolier, les deux marins faisaient du bruit comme quatre.Soudain, l\u2019écoutille s\u2019entr\u2019ouvrit et une voix rude leur tomba du ciel, une voix d\u2019homme, énergique et bien timbrée.\u2014 C\u2019est pas bientôt fini, ce chahut ?Où est-ce que vous vous croyez ?Une voix pas du tout allemande.Bien française, avec une pointe de gouaille presque parisienne.Le père Thin ne comprenait plus.Mais en même temps, il reprenait confiance, quoique l\u2019accent un brin faubourien de cette voix l\u2019exaspérait un peu, dans la mesure où les Normands n\u2019ont jamais aimé les hor-sains.\u2014 Où que c\u2019est qu\u2019on se croit ?reprit-il en écho.Mais chez moi, parbleu, sur mon bateau ! C\u2019est plutôt à moi de .vous demander ce que vous y faites, à c\u2019tte heure ! \u2014 Rien de plus facile, les amis.Sortez de là, si vous voulez qu\u2019on vous explique.Les deux marins ne se le firent pas dire deux fois.Un peu courbaturés, ils escaladèrent l\u2019échelle verticale, dont quelques barreaux seulement les séparaient du pont.Le jour s\u2019était déjà levé et, là-bas, le soleil émergeait de l\u2019horizon calme, comme une moitié d\u2019orange posée sur un plat de jade.Pas très rassurés, ils glissèrent un regard prudent autour d\u2019eux.Leur bateau, guidé d\u2019une main habile, celle de la dame inconnue, accostait précisément au bout de la jetée de Saint-Vaast, à l\u2019endroit même où ils avaient six heures plus tôt, embarqué l\u2019étrangère.Et la dame elle-même amarrait le navire à un gros anneau de fer rouillé, pas du tout maladroitement, ma foi.Elle était jolie, la mâtine, presque pimpante malgré la nuit blanche.Autour d\u2019elle, trois gentlemen, calmes et impassibles, surveillaient la manoeuvre et semblaient l\u2019arbitrer.Le père Thin les jaugea d\u2019un rapide coup d\u2019oeil en dessous.Pas du tout l\u2019air de gangsters, du moins tels qu\u2019on les représente à l\u2019écran, même pas des durs.D\u2019allure sportive, et plutôt l\u2019apparence de gens du monde, d\u2019après l\u2019idée que le vieux pêcheur s\u2019en faisait.En tout cas, rudement bien vêtus, de riches étoffes anglaises comme on n\u2019en voyait plus à Cherbourg, depuis trente-neuf.Un type immense d\u2019une quarantaine d\u2019années, maigre comme une cent de clous, rasé comme un clergyman, avec des lunettes en or, ma parole, les deux autres plus jeunes et drôlement trapus.Rien à faire pour tenter de leur allonger un coup de savate ou essayer une de ces prises de lutte enseignées jadis au quartier des fusiliers marins, au temps de son service.Et puis, deux vieux contre trois gaillards dans la force de l\u2019âge, le père Thin avait déjà compris l\u2019inutilité d\u2019un combat.\u2014 Je voudrais tout de même bien savoir de quoi il retourne ?fit-il en s\u2019efforçant de gonfler la voix après un [ Lire la suite page 26 ] PMmôz vos àievewc et cuir che/elu contre le Soleil deTé! lÉlr i L\u2019été abîme votre chevelure et votre cuir chevelu.Voilà pourquoi vous avez besoin de la protection supplémentaire de Vitalis et du \u201cTraitement de 60 secondes\u201d.Il suffit de 50 secondes de friction revivifiante pour (1) stimuler le cuir chevelu (2) prévenir le dessèchement (3) débarrasser des pellicules libres (4) aider à freiner la chute excessive des cheveux.Une belle chevelure .avive |&s Plaisirs dété! * Feignez pendant 10 secondes et admirez les résultats.Vos cheveux sont lustrés .et ils resteront en place.Pas d\u2019apparence \u201cpommadée\u201d car Vitalis ne contient que de fines huiles végétales.Procurez-vous Vitalis aujourd\u2019hui même.Conditionnez votre chevelure et cuir chevelu pour les mois d\u2019été.employez VHalis et le \u201ctraitement de 60 secondes\u2019\u2019 TROIS FORMATS 29j£ 54 i 99ff VITALIS l?lmilUrVXu»\t-| Un Produit Bristol-Myers\u2014Fabriqué au Canada 20 Le Samedi, Montréal, 12 août 1950 NOTRE FEUILLETON LA DUCHESSE INCONNUE par PAUL D\u2019AIGREMONT Depuis sa mort, mon fils a voulu le remplacer dans les soins qu\u2019il me prodiguait.Il a trouvé à s\u2019occuper ici, par certaines améliorations qu\u2019il a apportées dans nos étables, et dans la confection de nos fromages, qu\u2019il surveille lui-même chez les bu-ronniers d\u2019alentour ; ma belle-fille, de son côté, affirme, par dévouement sans doute, que cette vie lui plaît.\u2014-Vous paraissez fort heureuse, dit Jeannine de sa voix grave ; votre regard, votre physionomie me disent, d\u2019un autre côté, combien vous êtes bonne et loyale ; votre nature honnête, autant que le calme bonheur dont vous jouissez, doit certainement vous disposer à l\u2019indulgence vis-à-vis de ceux qui souffrent.Voulez-vous en donner une preuve à de pauvres désespérés qui viennent vous implorer comme leur suprême ressource ?La brave femme avait un peu pâli ; l\u2019accent profondément triste avec lequel Jeannine avait brusquement prononcé ces paroles l\u2019impressionna vivement.\u2014 Mon Dieu, balbutia-t-elle, madame, que puis-je faire ?.Mais, certainement.vous pouvez être sûre.enfin, de quoi s\u2019agit-il ?\u2014 D\u2019une chose fort insignifiante pour vous, et très grave pour nous.\u2014 Insignifiante ou non, qu\u2019importe ?Quand la mère Auréjac a un service à rendre, elle ne craint pas de se compromettre, chacun ici sait cela.\u2014 Oh ! merci, madame, merci ; si vous saviez quel bien vous me faites ! Voici de quoi il s\u2019agit : « Il y a une vingtaine d\u2019années de cela, vous receviez, dans votre hôtel de Paris, une femme du Midi, extrêmement belle et riche qui s\u2019appelait Mme de Lézignac.Mme Auréjac, assise vis-à-vis de Jeannine, sur un des grands fauteuils, écoutait, les mains appuyées sur ses genoux et les yeux fixés sur la jeune fille.Au nom que prononça celle-ci, elle fronça les sourcils.¦\u2014 Mme de Lézignac, reprit-elle, lentement, je ne me souviens pas !.Le coeur de Jeannine eut un battement capable de l\u2019étouffer.Elle ne se souvenait pas ! L\u2019infernale malchance qui poursuivait Margot ne se lasserait-elle donc jamais ?Mais Etienne, moins impressionnable que la tragédienne, avait eu subitement une idée.Eglantine, dont les aventures galantes devaient certainement être tout aussi nombreuses à Paris qu\u2019à Vio-laines, se faisait à coup sûr désigner en voyage par un nom qui n\u2019était pas le sien.\u2014 Madame, dit-il aussitôt, la personne dont nous vous parlons devait très bien, pour des raisons particulières, ne pas vouloir qu\u2019on sût qui elle était ; elle peut donc parfaitement avoir remplacé ce nom de Lézignac par un autre ; mais voici son portrait, et, en très peu Commencé dons l'édition du 10 juin 1950.Publié en vertu d'un traité avec la Société des Gens de Lettres.\u2014 Les noms de personnages et de lieux de nos romans, feuilletons, contes et nouvelles sont fictifs et choisis ou sasard.de mots, ce que nous attendons de vous.Et, comme l\u2019ancienne maîtresse d\u2019hôtel, les sourcils froncés et les yeux fixes, ne répondait pas, absorbée qu\u2019elle était par les efforts que tentait sa mémoire rebelle, un silence de quelques minutes se fit.Mais elle s\u2019aperçut, tout à coup, qu\u2019E-tienne, la croyant distraite, ne continuait pas.\u2014 Parlez, monsieur, lui dit-elle ; je cherche à soulever le voile que de longues années écoulées ont jeté sur cette partie de ma vie ; mais je vous écoute très attentivement quand même, et je vous jure que, si lorsque vous serez parvenu à raviver mes souvenirs, le but que vous poursuivez me paraît honnête, je vous aiderai de toutes mes forces.\u2014 Merci, madame, nous y comptons.Je vais tout simplement vous mettre au courant de la triste catastrophe qui nous a fait penser à vous, et les explications que nous vous donnerons vous feront en même temps connaître le résultat que nous désirons obtenir.« Cette Mme de Lézignac a rapporté d\u2019un de ses voyages une petite orpheline, qu\u2019elle a prétendu avoir adoptée par charité.« Mme de Lézignac, quoique mariée à un très honnête homme, avait une conduite si irrégulière que, dans le pays, personne n\u2019a voulu admettre sa version ; tout le monde, au contraire, a été persuadé que la petite étrangère était la propre fille, et non la protégée, de celle qui se disait simplement sa bienfaitrice.« On racontait cette chose tout haut, si haut même que l\u2019enfant, après l\u2019avoir entendue maintes et maintes fois, a grandi avec cette idée et s\u2019y est habituée au point qu\u2019aujourd\u2019hui elle n\u2019en veut pas démordre, alors que son honneur et peut-être sa vie dépendent de la conviction contraire.Les preuves les plus convaincantes, telles par exemple que la parole d\u2019honneur du docteur Donneau, ne peuvent ébranler sa conviction.Mais, à ce nom du docteur Donneau, Mme Auréjac avait vivement porté la main à son front.\u2014 Ah ! s\u2019écria-t-elle, le docteur Donneau.vous dites que le docteur Donneau soignait votre Mme de Lézignac ?.\u2014 Oui, affirma Jeannine, et cela pendant près de dix ans, au moins.\u2014 Attendez ! Attendez ! s\u2019écria l\u2019ancienne maîtresse d\u2019hôtel, je me souviens ! je me souviens ! .Mon pauvre mari avait déjà, à cette époque des crises de la maladie à laquelle il a succombé plus tard, et c\u2019est en voyant le docteur Donneau venir chez nous que j\u2019ai eu l\u2019idée de le consulter pour lui.Jeannine était toute palpitante.\u2014 C\u2019était une créature superbe, fit-elle pour aider au souvenir de l\u2019Auvergnate, grande, très grande même.\u2014 Avec un profil de médaille antique, ajouta Etienne, une noblesse, une tournure, une démarche qui impressionnaient tout le monde.\u2014\tOui, oui, je me la rappelle.Mais c\u2019est de la marquise dont vous me parlez-là !.\u2014\tLa marquise ?interrogea Jeanni-ne.\u2014 Eh oui ! fit Etienne, qui, connaissant la vieille histoire du pays, croyait qu\u2019Eglantine, en voyage, s\u2019était parée du titre qui appartenait jadis au nom qu\u2019elle portait ; la marquise de Lézignac.\u2014\tNon, ce n\u2019est pas de Lézignac, le nom était plus doux.\u2014\tPlavès, peut-être?\u2014\tC\u2019était plus doux.Etienne chercha de nouveau.\u2014\tNe serait-ce pas Candale ?inter-rogea-t-il, au bout de quelques secondes.Mme Auréjac répéta lentement, et à plusieurs reprises, ce dernier nom.\u2014\tCandale.faisait-elle, en scandant chaque syllabe.Candale.c\u2019est possible.oui, peut-être bien.« Cependant, je dois vous avouer que cette consonance ne me revient pas complètement.mais il y a si longtemps de cela ! \u2014 Oh ! madame ! fit Jeannine, en joignant les mains, je vous en supplie, cherchez, cherchez encore.Elle était belle, paraît-il, admirablement belle.\u2014 Oh ! ce n\u2019est pas ce qui manquait, chez nous, les femmes jolies et riches, car il en venait, à l\u2019hôtel, un peu de tous les pays ! \u2014 Mais cette marquise, dont vous parliez tout à l\u2019heure, que savez-vous ?\u2014 Des détails qui ne vous serviront à rien ; du reste, le souvenir que j\u2019ai d\u2019elle est extrêmement effacé ; je me rappelle surtout qu\u2019elle était malade, fort malade même, et que le docteur Donneau venait la soigner.La voix de Mme Auréjac maintenant était toute changée : elle hésitait, semblait chercher ses paroles.Ce n\u2019était plus la même femme qui parlait.Est-ce que le premier moment d\u2019expansion passé, la prudence, bien connue du paysan et du montagnard, reprenait le dessus ?C\u2019était à redouter ; et l\u2019Auvergnate, mise en défiance par l\u2019ignorance où étaient les jeunes gens du nom de celle dont ils s\u2019informaient, ne voulaient probablement plus rien confier dans ce momenf-là.Avec sa remarquable finesse, Jeannine pressentit l\u2019écueil.\u2014 Oh ! madame, recommença-t-elle, les mains jointes, ne nous refusez pas ! Faites un effort surhumain ! Forcez votre mémoire à s\u2019ouvrir devant ces souvenirs du passé.Du reste, comme je ne veux pas que vous puissiez soupçonner nos intentions, voici en quelques mots tous les détails de l\u2019affaire qui nous a conduits près de vous.« Mme de Lézignac se trouve accusée, dans ce moment-ci, d\u2019un horrible crime : l\u2019empoisonnement d\u2019une jeune femme, mariée avec un individu qui, pendant de fort longues années, et sans qu\u2019aucun doute soit possible à ce sujet, a été son protégé.« L\u2019enfant qu\u2019elle a autrefois adoptée est devenue une grande et belle jeune fille, qui a toutes les qualités et toutes les vertus, surtout celle du dévouement.« Mme de Lézignac, désignée par la justice comme la coupable, a eu 1 a-dresse de faire retomber une partie des soupçons sur l\u2019enfant qu\u2019elle dit avoir recueillie.Cette infamie ne l\u2019a pas disculpée ; mais, sa filleule a été accusée de complicité, et toutes deux, aujourd\u2019hui, sont en prison.« Elle pourrait en sortir, de cette prison, la pauvre petite ! Elle n\u2019a qu\u2019un mot à dire pour cela, nous en sommes tous persuadés ; mais, ce mot, elle ne veut pas le prononcer, parce que, se croyant la fille, et non pas la filleule de Mme de Lézignac, elle suppose que tout ce qui aggrave sa situation décharge d\u2019autant la coupable.\u2014\tC\u2019est très beau, fit Mme Auréjac, dont les traits quelque peu rigides jusque-là s'attendrissaient visiblement, c\u2019est très beau, mais comment vous intéressez-vous autant à cette jeune fille, madame, puis-je le savoir ?\u2014\tVolontiers; Mlle Marguerite est la fiancée de mon frère !.de mon frère qui est un artiste de grand talent, mais qui, dans ce moment-ci, en Amérique, ne peut défendre celle qui lui est chère ! Il reviendra néanmoins dans quelques mois, et je voudrais lui évit-ter ce désespoir de la voir prisonnière et accusée ! « Pour arracher Marguerite à sa prison, j\u2019ai déjà tenté l\u2019impossible.« M.Donneau a non seulement envoyé une déclaration écrite à la justice, mais il m\u2019a, à moi, donné sa parole d\u2019honnête homme que Mme de Lézignac, qui a été sa cliente pendant plus de dix ans, était atteinte d\u2019une maladie qui la condamnait à une stérilité absolue, et l\u2019empêchait matériellement d\u2019être la mère de Marguerite.« Mais cette déclaration ne suffit pas à ma pauvre petite amie ; elle prétend que la science peut se tromper, et, pour se décider à parler, elle exige que nous lui apportions le nom de sa mère véritable.Hélas ! hélas, où vais-je le trouver, ce nom ?« A Paris, la police avait été impuissante à donner sur vous la moindre indication ; en dépit de tous les obstacles, vous le voyez, je suis ici !.mais, quelle déception !.mon Dieu !.«Je croyais si fermement que vous nous donneriez un renseignement, un indice, un rien.qui pût nous mettre sur la voie des nouvelles démarches à tenter.Tout est inutile !.Ma pauvre petite amie est bien perdue, et mon frère Jacques, au retour, en mourra de chagrin !.\u2014 Eh bien ! non, interrompit Mme Auréjac, définitivement conquise, il ne sera pas dit que vos larmes me laisseront indifférente ; le peu dont je suis capable est à votre disposition.\u2014 Ah ! s\u2019écria Jeannine, vous savez quelque chose, nous sommes sauvés ! \u2014 Ne vous réjouissez pas encore, ce n est rien de bien extraordinaire.J\u2019ai tout s.mplement conservé, ici, ou plutôt mon pauvre mari a eu la manie de rapporter de Paris les livres de compte de notre gestion.« Nous allons consulter ces vieux registres ; peut-être y trouverons-nous les renseignements qui vous sont utiles ; peut-être, hélas ! aussi, ne renfermeront-ils rien du tout. Le Samedi, Montréal, 12 août 1950 21 Elle se leva tout aussitôt, et, ouvrant une des deux grandes portes qui se voyaient au fond de la pièce, elle appela : \u2014 Migotou ?Une vieille paysanne, du même âge à peu près que sa maîtresse apparut au bout de quelques secondes.\u2014 Va là-haut, lui ordonna Mme Au-réjac, fais-toi aider de Léonard, ou d\u2019un autre, et rapporte les livres de Paris.La paysanne disparut, et, moins d\u2019un quart d\u2019heure après, elle revenait, portant deux ou trois gros livres sous son bras.On les plaça sur la grande table du milieu, et Mme Auréjac en parcourut les pages, tandis qu\u2019Etienne et Jeannine, placés de chaque côté, suivaient anxieusement son travail des yeux et lisaient les noms en même temps qu\u2019elle.Subitement, un même cri s\u2019échappa des lèvres des deux jeunes gens, pendant que de son doigt fin et blanc Jeannine montrait ce mot : « Marquise de Montlezun.» « De Montlezun, redit Mme Auréjac, ah ! oui, maintenant, je me souviens ! Je la revois, en effet, comme si elle était devant mes yeux, et je me rappelle parfaitement qu\u2019elle est venue à cette époque-là avec une toute petite fille.\u2014 Une, ou deux ?\u2014 C\u2019est confus dans mon souvenir ; mais Mme de Montlezun était une fort grande dame, tellement habituée à se faire servir, que nous la prenions pour une créole .Tout le temps que duraient ses séjours à l\u2019hôtel, Migotou était spécialement attachée comme femme de chambre à sa personne ; car cette fille que vous venez de voir est ma soeur de lait, et elle ne m\u2019a jamais quittée.Elle a conservé une mémoire prodigieuse ; nous allons l\u2019interroger, peut-être se souviendra-t-elle ?.On appela de nouveau la paysanne.Ah ! oui, elle se souvenait, en effet.Une dame qui parlait très peu et était encore moins généreuse, tout en se faisant servir comme pas une ; mais, en revanche, elle recevait de fréquentes visites, et les gens qui venaient la voir ainsi ne marchandaient pas les pourboires.Tout cela intéressait peu Jeannine, qui coupa court aux racontars de la montagnarde.\u2014 Vous rappelez-vous, lui demanda-t-elle, en l\u2019interrompant vivement, si cette Mme de Montlezun est jamais venue à l\u2019hôtel avec deux petites filles, l\u2019une plus âgée que l\u2019autre ?\u2014 Oh ! oui, madame ; mais la marquise est d\u2019abord arrivée avec la petite demoiselle, l\u2019aînée, et même je me rappelle d\u2019une chose qui a beaucoup intrigué tous les gens de l\u2019hôtel : c\u2019est que cette enfant dormait toujours, même en marchant.« Madame est arrivée tard, a passé la nuit seulement, et est repartie le lendemain de fort bonne heure ; trois jours après, elle est revenue, mais la petite fille dormait plus que jamais.Mais, Madame, qui n\u2019était pas capable de se chausser ni de porter un paquet de sa chambre à la voiture, soutenait sur son cou une autre fillette, qui n\u2019avait certainement pas un an.Toutes ces choses ont paru drôles ; on en a longtemps parlé chez nous.On feuilleta le registre, et les souvenirs de Migotou se trouvèrent confirmés ; la marquise de Montlezun, en effet, arrivée de Bordeaux, avait couché à l\u2019hôtel, dans la chambre no 32, et elle était repartie le lendemain matin sans dire où elle allait.Trois jours après, elle était revenue, dans une voiture de place, portant le numéro 15,167.\u2014 D\u2019où venait-elle?demanda Jeannine.\u2014 Je ne le sais pas, déclara Migotou ; mais elle était toujours allée sur quelque navire, car l\u2019ainée des petites filles avait eu le mal de mer, et j'ai dû nettoyer ses vêtements, qui étaient tout souillés.\u2014 Et vous n\u2019avez rien entendu, interrogea encore Jeannine, les yeux brillants ; vous n\u2019avez rien compris ; sur aucune malle vous n\u2019avez vu nulle indication ?\u2014 La marquise n\u2019avait qu\u2019une petite valise, madame, et cette valise, elle l\u2019avait probablement conservée avec elle, car elle ne portait aucune mention de gare ou de pays.\u2014 Attendez, dit Mme Auréjac, nous allons peut-être en savoir davantage encore ; car, évidemment, Mme de Montlezun est partie tout exprès pour aller chercher cette enfant, et ne l\u2019a pas recueillie d\u2019une façon accidentelle sur son passage, comme elle a voulu le faire croire.« Retourne là-haut, continua-t-elle, en s\u2019adressant encore à la paysanne, et rapporte-moi le petit livre violet.Et comme Etienne, intrigué, dissimulait à peine sa curiosité : \u2014 Oui, continua l\u2019ancienne maîtresse d\u2019hôtel, il y a à Paris une manière d\u2019agir, des trucs, comme on les appelle, auxquels tous ceux qui sont dans les affaires doivent se soumettre.« Ainsi, chaque fois qu\u2019un cocher a-mène un voyageur dans un hôtel, on a l\u2019habitude de lui donner un pourboire, qui n\u2019est, en définitif, qu\u2019une sorte de prime, et il y a même des cochers qui finissent par faire presque partie d\u2019une maison.« A la fin de l\u2019année, outre le pourboire de chaque jour, on donne encore une récompense à ceux qui ont conduit le plus de clients à l\u2019hôtel.« Comme chez nous les choses se faisaient très honnêtement et en toute justice, nous avions l\u2019habitude d\u2019inscrire ces arrivées avec le numéro de la voiture et l\u2019indication de la gare où la personne avait été prise.Tous ces détails étaient fournis par le cocher lui-même.« A moins d\u2019extraordinaire complication, il est probable qu\u2019en feuilletant le petit livre des cochers nous saurons à quel endroit le numéro 15,167 avait pris la marquise de Montlezun.Jeannine joignit le mains : \u2014 O chère madame ! s\u2019écria-t-elle, après tant d\u2019épreuves, il me semble que le bonheur d\u2019avoir un renseignement certain ne va pas pouvoir nous arriver.\u2014 Pourquoi ?Les événements finissent toujours bien par obéir à ceux dont la volonté est assez puissante pour les diriger ; et vous me paraissez dans cette catégorie-là, madame.L\u2019artiste ne répondit pas.Migotou venait de déposer le livre sur la table, et Mme Auréjac s\u2019apprêtait à le parcourir comme elle venait de le faire pour les autres, Jeannine ferma les yeux.Dans sa tête, son sang bourdonnait, et il eût été possible de compter les battements de ses tempes ; les secondes lui paraissaient des siècles !.Enfin, la voix d\u2019Etienne s\u2019éleva : \u2014 Gare de l\u2019Ouest, dit-il.Jeannine se pencha anxieusement à son tour : \u2014 Et après, murmura-t-elle, après.n\u2019y a-t-il pas autre chose ?\u2014 Non, voyez vous-mêmes.\u2014 Ah! mon Dieu! c\u2019est tout!.c\u2019est tombant de toute la hauteur de son espérance.Que voulez-vous que nous devenions ?.C\u2019est si vague.Gare de l\u2019Ouest.\u2014 Et qu\u2019importe ?interrompit Etienne, c\u2019est peu de chose, soit ! mais nous savons toujours deux détails essentiels, deux choses que corroborent encore les souvenirs de la marquise de Blan-quefort, qui vous a dit, vous vous le rappelez, avoir vu beaucoup de navires.« Il y a vingt ans, Mme de Lézignac est allée, dans un court voyage de trois jours, dans une petite ville maritime, exprès pour chercher Margot ; cela ne peut plus laisser de dou'es.« Dans cette ville, on arrive par la gare de l\u2019Ouest ; eh bien ! avec ce peu d\u2019indications, quand nous devrions visiter l\u2019un après l\u2019autre tous les vil- lages du littoral de France d\u2019abord, tous ceux de la côte anglaise ensuite, est-ce que nous n\u2019arriverons pas à trouver le renseignement qu\u2019il nous faut ?« Debout, Jeannine, ayez du courage ; quelque chose me dit que nous réussirons et que Mlle Marguerite et Jacques Landry nous devront tous deux le bonheur, à vous comme à moi.La parole à la fois convaincue et vibrante du jeune homme avait non seulement relevé le courage de Jeannine, mais enthousiasmé Mme Auréjac, qui, ainsi que toutes les natures primitives, droites et expansives, était facile à remuer.\u2014 Que ne pouvons-nous partir ce soir même ! s\u2019écria Jeannine.Il y a tant de distance d\u2019ici au bord de la Manche ! Ah ! nous n\u2019y arriverons jamais ! \u2014 Si j\u2019étais plus jeune, répondit Mme Auréjac, je vous proposerais de partir avec vous ; les montagnards passent pour posséder une certaine dose de perspicacité, et je serais si heureuse de mettre la mienne au service d\u2019une cause aussi belle que la vôtre ! \u2014 Merci, madame, dit Jeannine, mais je vous assure que vous avez déjà fait beaucoup pour nous, en nous donnant l\u2019indication de jour et même de direction que nous avons maintenant.« Grâce à cela, nous réussirons peut-être !.\u2014 Ne voulez-vous pas passer deux ou trois jours avec moi ?demanda Mme Auréjac, après le dîner qu elle avait offert aux deux jeunes gens.\u2014 Non, répondit Jeannine, vous savez bien, n\u2019est-ce pas, que dans la prison de Violâmes, il y une jeune fille qui, follement, compromet son honneur et sa vie ?.Chaque minute qui s\u2019écoule, en augmentant le danger qu\u2019elle court, me semble comme une violation de mon devoir.Je vous en supplie, ne nous retenez pas ; plus tard, si jamais notre tâche est remplie, nous.nous.Elle s\u2019interrompit brusquement, et, la gorge un peu serrée, tandis que sa voix également était moins distincte, elle ajouta : \u2014 Je reviendrai, je vous le jure ! \u2014 Eh bien ! je n\u2019insiste pas, car je comprends votre délicatesse et vos scrupules ; mais alors, allez vous coucher tout de suite, vos chambres sont prêtes ; la vôtre, ma chère enfant, est à côté de la mienne, au premier étage ; vous devez être fatiguée, et vous avez encore une longue course à faire demain matin.Jeannine suivit Mme Auréjac, tandis que Migotou conduisait Etienne dans une chambre d\u2019amis, située au rez-de-chaussée, derrière le salon.Après avoir examiné si rien ne manquait à la jeune fille, discrètement l\u2019ancienne maîtresse d\u2019hôtel la quitta.Elle lui avait donné la pièce qu\u2019occupait sa belle-fille, lorsque celle-ci passait la belle saison au refuge.IV L\u2019avocat de Margot epuis la visite de Jeannine, la marquise de Blanquefort n\u2019était plus la même.Sa conscience, un instant troublée, avait repris toute son énergie et toute sa clairvoyance.Oui, Jeannine avait raison ; il fallait sauver Margot !.Là était le devoir ; mais il fallait la sauver en dépit d\u2019elle-même et sans avoir à se prononcer contre celle qui devait lui rester sacrée, malgré ses erreurs et peut-être ses crimes.Anne avait d\u2019ailleurs dans Gratien le plus généreux et le plus adorable de tous les amis.C\u2019était bien maintenant que le jeune homme tenait son serment; qu\u2019Anne était la chair de sa chair, et cela, mille fois plus encore dans le malheur qu\u2019elle ne l\u2019avait été dans la joie.Malgré l\u2019extraordinaire bouleversement de sa vie, la jeune femme avait trop de coeur et de délicatesse pour s\u2019y tromper un seul instant ; aussi, la visite de Jeannine lui avait montré le salut de Margot comme un but à atteindre, elle se jeta vers cette idée de toutes les forces de sa nature aussi ardente et aussi entière que celle de Gaëtan, malgré la couche d\u2019originalité et de froideur dont elle essayait de s\u2019envelopper, ainsi que son père l\u2019avait fait toute sa vie.Mme Dansaus lui fut d\u2019un précieux secours.La marquise avait la plus grande confiance dans le tact et l\u2019honnêteté de la mère d\u2019Etienne.\u2014 Non, lui dit un jour l\u2019excellente créature, Margot n\u2019est pas la fille de Mme de Lézignac ; j\u2019ai eu à mon service une femme de chambre qui était restée dans votre maison depuis la naissance de votre frère jusque bien longtemps après l\u2019arrivée de l\u2019orpheline.« Quelque habile qu\u2019ait été Mme de Lézignac, elle n\u2019aurait jamais pu cacher sa grossesse à cette fille, qui était, du reste, des plus intelligentes.«Vous avez entendu Mlle Noyelle.je vous garantis, moi, que les affirmations de cette Justine étaient tout aussi catégoriques que celles du docteur de Paris.« Donc, si cette pauvre petite n\u2019est pour Mme de Lézignac qu\u2019une fille d\u2019a- ir-\u2014- RESUME DES CHAPITRES PRECEDENTS Dans le premier chapitre, nous avons vu qu\u2019à la suite d\u2019une enquête, on a démontré que Lucie Lesparre a bel et bien été empoisonnée.On arrête donc Mme de Lézignac, femme séduisante et sans scrupule, de même que son ami Justin Lesparre, mari de la victime.Vient les rejoindre bientôt, Margot, fille adoptive de Mme de Lézignac qui, pour se défendre, a porté des accusations contre la première.Chemin faisant, l\u2019auteur nous fait assister, par une vue rétrospective, à une scène, où Laurent Berges et sa femme Véronique héritent du nom et die la fortune du marquis de Lézignac, qui, sur son lit de mort, craint que son nom ne lui survive, son unique fils l\u2019ayant renié et définitivement quitté pour l\u2019Amérique.Mais, il a pris bien soin de leur faire jurer, et de transmettre ce serment de génération en génération, si jamais un des descendants de son fils revenait en France et réclamait son nom et sa fortune, de les lui remettre, tout en gardant une partie de la fortune.Dans le troisième chapitre, en reprenant le fil de son récit, l\u2019auteur nous révèle que les amis de Margot, convaincus de son innocence, et craignant qu\u2019elle ne se sacrifie stupidement pour Mme de Lézignac, qu\u2019elle croit être sa mère, entreprennent de déchiffrer l\u2019énigme de sa naissance.Iff-\u2014- 22 Le Samedi, Montréal, 12 août 1950 DÉPRIMÉE?NERVEUSE?LYMPHATIQUE?DÉLAISSÉE?LISEZ ALORS CECI.Ne perdez pas courage car la vie peut très bien vous sourire encore ! La maigreur, les vertiges, les migraines, un teint dépourvu d\u2019éclat sont très souvent les caractéristiques d\u2019un sang alourdi, obstrué de toxines, cause très répandue de longs et ennuyeux désordres organiques.Le moyen tout indiqué pour y remédier est une cure naturelle de désintoxication.Or, les éléments concentrés qui sont à la base du merveilleux TRAITEMENT SANO \u201cA\u201d ont précisément pour fonction d\u2019éliminer ces poisons.Dès que la cure est commencée, on constate un développement, une fermeté nouvelle des chairs.Le teint se ranime et le charme séduisant de la jeunesse réapparaît.Un envoi de cinq sous suffit pour recevoir un échantillon de notre merveilleux produit SANO « A » Correspondance strictement confidentielle.LES PRODUITS SANO ENIM.Mme CLAIRE LUCE Ci-inclus 5 sous pour échantillon -du produit SANO « A ».(POUR LE CANADA SEULEMENT) Adresse - Ville .\u2014.-
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