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Titre :
Le samedi
Éditeur :
  • Montréal :Société de publication du "Samedi",1889-1963
Contenu spécifique :
samedi 9 août 1952
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque semaine
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  • Nouveau samedi
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Le samedi, 1952-08, Collections de BAnQ.

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[" '\u2022 ' \u2019 7W ¦,\t, '-7?i-.f.\t.Montréal, 9 août 1952 64p année, No 13 /^;/f .f-î *S1 v \u201e\t£ ' T^X ¦* VN/jirfunr§ro AGAZINE NATIONAL DES CANADIENS 10 cents ÆM xM»'\" ''HwS 'm?¦ SUIS -tv >y %\t% ¦ ., BU w \u2022 r\"*- ¦ sÉâNiilÉ * pp» m, V\t¦\t¦\t- ¦* ipSïïïjBKIWfcïkfi» «PSiT i@ïfj , ¦ üH ¦ Y .-¦\t.' ¦ ¦¦¦ Bgfr'SCE^r1 - y* , ¦ \u2022*'\t'.JL*\t' ï/z/'v/'/\ty//,\t- .felte» \u201e® '\u2022 '-*r:\t,\t'* ;* \u201c35m.Notre roman d\u2019amour :\tLA RIVALE INATTENDUE par JACÛUES DOMINIQUE POUR VOUS QUI A PROPOS DES PLANS Il est indéniable que les conseil d\u2019un expert peuvent rendre plus facile la tâche de choisir un plan de maison répondant aux exigences d\u2019une famille, tout en étant adapté à ses conditions financières.Mais même sans cette aide, il est possible de déterminer si un modèle de maison est approprié en dressant la liste des besoins actuels et futurs des membres de votre famille.Le coût élevé de la construction incite les gens à construire de petites maisons.Ceci a pour effet de donner plus d\u2019importance que jamais à la nécessité d\u2019obtenir un maximum d'espace habitable avec autant de confort et d\u2019avantages possibles, en faisant la division des pièces.Au nombre des principes généraux à suivre, nous devons souligner que les chambres à coucher doivent être groupées et séparées des autres pièces de la maison, que le vivoir doit avoir des dimensions suffisantes pour que toute la famille puisse s\u2019y rassembler et que la cuisine soit située d une façon pratique.La salle de bain doit toujours être la plus facile d\u2019accès de toutes les pièces de la maison.La question d\u2019une salle à manger séparée doit être décidée en pensant au budget aussi bien qu\u2019au goût de la famille.On doit, cependant, s\u2019assurer que tous les membres de la famille pourront prendre place à la table sans difficultés.Les dimensions de la cuisine, aussi bien que de plusieurs autres pièces, dépendront de l\u2019importance que l\u2019on attachera à chacune.On doit étudier sérieusement la circulation entre les pièces d\u2019une maison et attacher beaucoup d\u2019importance à la ventilation et à la lumière naturelle.On doit éviter autant que possible que le vivoir et la salle à manger servent pour la circulation.Une entrée de service, bien située à l\u2019arrière, est toujours très utile afin de maintenir l\u2019intérieur de la maison aussi propre que possible lorsqu\u2019il y a des enfants.Dans une maison de petites dimensions, il est toujours préférable de choisir un plan offrant quelques grandes pièces.Il est plus facile de l\u2019adapter aux besoins de plusieurs familles qu\u2019une maison avec un nombre de petites pièces.Il est toujours de première importance de prévoir amplement d\u2019espace pour l\u2019entreposage et un grand nombre de garde-robes et d\u2019armoires.CONSTRUISEZ PENSEZ A TOUTE LA FAMILLE La préparation d\u2019un plan de maison exige plus que les renseignements concernant les dimensions, le style et l\u2019emplacement.Pour constituer un véritable chez-soi, votre demeure doit pouvoir refléter vos goûts, vos intérêts et vos habitudes.Règle générale, le modèle de maison indique la façon dont la disposition des pièces et les élévations furent agencées pour répondre à vos exigences.Un plan bien proportionné offre non seulement une construction solide, mais fait preuve de bon goût.Une telle maison possédera sans aucun doute une bonne valeur de revente parce qu\u2019elle pourra s\u2019adapter aux exigences d\u2019un plus grand nombre de familles.Au nombre des item affectant la valeur d\u2019un bon modèle de maison, mentionnons la disposition des pièces, la proportion des lignes et l\u2019apparence intérieure et extérieure.Un plan de maison bien conçu offre toutes les commodités essentielles à la vie moderne.Même une petite maison, si elle est bien disposée, peut vous procurer amplement d\u2019espace et tout le confort nécessaire.Lorsqu\u2019on fait le choix d\u2019un modèle de maison, on doit se rappeler certains principes essentiels, tels qu un maximum d\u2019espace habitable, la séparation des chambres à coucher des autres pièces de la maison et une bonne circulation entre les différentes pièces et les sorties principales.En même temps, il faut éviter autant que possible les passages inutiles.On semble attiré de plus en plus, à choisir des plans offrant des pièces combinées pouvant servir à plusieurs fins.Dans ces maisons, il y a un minimum de divisions et l\u2019on s\u2019efforce de plus à unir l\u2019extérieur à l\u2019intérieur, en incluant de grandes superficies vitrées à l\u2019intérieur de votre demeure un peu de la beauté et de la grandeur de la nature.La proportion des lignes extérieures d\u2019une maison est bien importante.Il faut s\u2019efforcer de bénéficier de la topographie de l\u2019emplacement et d\u2019harmoniser le bâtiment avec l\u2019apparence naturelle du terrain.Avant d\u2019entreprendre la construction d\u2019une maison, il est toujours utile de faire un modèle à échelle des pièces.Ainsi, vous aurez une idée exacte de la disposition des meubles et de l\u2019espace disponible.liiteSj MES LECTRICES M'ECRIVENT Une lectrice nous écrit pour nous confier son embarras et demander notre avis Voici en quels termes, elle nous pose son problème : \u2014 « J\u2019ai une fille de dix-sept ans qui vient de terminer ses études.Elle a été cinq ans au pensionnat et je me réjouissais beaucoup de son retour à la maison.Je pensais qu\u2019elle serait pour moi une compagne et que, sous ma direction, elle se préparerait à être plus tard une bonne maîtresse de maison.Hélas ! rien ne se passe comme je Vavais prévu.Monique ne demande pas mieux que de m aider, elle se croit même capable de me remplacer.Seulement, elle travaille de la façon et aux heures qui lui conviennent.On croirait qu\u2019un cyclone a déferlé sur la maison : les meubles changent de place, les repas sont en retard, la batterie de cuisine et les appareils électriques abîmés, les emplettes chez les divers fournisseurs sont dictées par l\u2019impulsion du moment et les factures s\u2019en ressentent.Que dois-je faire ?Mon mari est d\u2019avis de patienter ; pour lui tout ce que sa fille fait est digne d'admiration.Moi, je vois avec inquiétude et, avouons-le, avec impatience, cet état de choses.» Madame, il semblé bien que le conseil de votre mari s\u2019inspire non seulement de son affection pour votre fille, mais aussi de la plus sage raison.Croyez-moi, ayez davantage confiance en votre enfant, soyez patiente, et tout ne tardera pas à s\u2019arranger.Les enfants grandissent et parfois les parents s\u2019en désolent.Impossible, cependant, d\u2019arrêter le cours du temps et mieux vaut s\u2019adapter au changement, qui parfois se révèle d\u2019une façon assez brusque Chez les jeunes filles, la première manifestation est peut-être la coquetterie.Elle s\u2019accompagne bientôt d\u2019une activité trépidante, d\u2019une assurance formidable, comme elles disent, qui les poussent à tout entreprendre, pour la simple raison qu\u2019elles se croient capables de tout accomplir.C\u2019est à la mère, qu\u2019il appartient de diriger \u2014 de loin, bien entendu \u2014 ces manifestations d\u2019activité.Si la jeune fille aime l\u2019étude et désire suivre des cours, ou si encore elle s\u2019intéresse aux bonnes oeuvres, la chose est relativement facile.Si tel n\u2019est pas le cas et qu'elle témoigne le désir de s\u2019initier à ses futurs devoirs de maîtresse de maison, d\u2019apprendre la couture et la cuisine, hâtez-vous de mettre à profit de si heureuses dispositions.Surtout, ne lui imposez pas de restrictions et permettez-lui de se servir de tous ces merveilleux appareils dont vous êtes si fière, et que vous manoeuvrez vous-même avec un soin jaloux : machine à coudre, balayeuse, malaxeur, lessiveuse, etc .Bien sûr que quand vous étiez jeune, vous ne les aviez pas à votre disposition et vos débuts de maîtresse de maison ont peut-être été ingrats, mais puisque maintenant votre travail s'accomplit avec moins de fatigue et plus de rapidité, il est tout naturel que votre fille souhaite procéder de la même façon.D'ailleurs, si vous lui avez donné, dès son jeune âge, l\u2019habitude de manier avec soin tout ce qui lui appartient et de le ranger quand elle a fini de s\u2019en servir, vous n\u2019avez rien à craindre et vos leçons porteront leurs fruits Quand une jeune fille désire s\u2019acheter de la lingerie, une blouse eu une simple petite toilette d\u2019été, l\u2019encourager à les tailler et coudre elle-même, en se servant d\u2019un patron.De même, si elle désire inviter des amies à goûter ou à un souper froid du dimanche soir, lui laisser composer et préparer elle-même le menu, et lui donner toute liberté de décorer la table comme bon lui semble.Si elle commet de légères erreurs \u2014 et cela ne peut manquer de lui arriver___ elle sera la première à s\u2019en apercevoir et la plus désireuse de mieux faire la prochaine fois.Geneviève LES PUBLICATIONS POIRIER, BESSETTE & CIE, LTEE Membres de l\u2019A.B.C.et de l\u2019Association des Magasines du Canada LE SAMEDI \u2014 LA REVUE POPULAIRE \u2014 LE FILM 975-985, rue de Bullion, Montréal 18, P.Q., Can._ Tél.: PL.9637-fc GEORGES POIRIER Président JEAN CHAUVIN\tCHARLES SAURIOL Dlrec,eur\tChef de la publicité Chef du tirage .ODILON RIENDEAU Chronique sportive .OSCAR MAJOR A B\tO N N E\tM E N T S\t Canada 1 an \t\t$3.50\tEtats-Unis\t$5.00 2.50 6 mois \t\t2.00\t\t AU\tNUMERO :\t10 CENTS\t Entered March 23rd 1908, at the Post Office of St-Albans, Vt.U.S.A.os second class matter under the Act of March 3rd 1879.Autorisé comme envoi postal de la deuxième classe, Ministère des Postes.Ottawa. Æî .¦?.' j&ti\t** V.r-® - Suzanne Cloutier, au milieu de ses compatriotes à Hollywood.De gauche à droite : R.P.Bernard Gingras, Louise Gilbert-Sauvage, correspondante à Hollywood, du Samedi, de La Revue Populaire et du Film, Suzanne Cloutier, l'acteur John Ireland et M.Paul S.Gingras, commissaire du trafic-voyageur du Pacifique Canadien.Burt Lancaster, vedette américaine, souhaite la bienvenue à la nouvelle étoile de Paramount, Suzanne Cloutier.Comme Ion sait.Suzanne Cloutier tourne actuellement \"Persian Gulf\", où elle tient le rôle d'une petite réfugiée européenne recueillie au cours de la guerre par des officiers américains.SUZANNE CLOUTIER TOURNE A par LOUISE G I L B E R T - S A U V A G E HOLLYWOOD (NOTRE CORRESPONDANTE A HOLLYWOOD) : ¦ \u2022:***?' ¦ \"** > '\u2022 rV -9, \u2022.,/ * wXty'*- \t IL Y A loin de la petite Suzanne que j\u2019allais interviewer, un jour de juin, il y a près de cinq ans, à la jeune actrice qui nous revient de France, précédée d\u2019une très belle renommée.C\u2019est au fameux « studio Club » de Hollywood, pension pour jeunes actrices recommandées, que nous avions fait connaissance.Aujourd\u2019hui, je la retrouve d\u2019abord au restaurant des studios Paramount, où nous déjeunons, presque en famille, puisque nous y sommes quatre Canadiens de langue française.Cependant, comme la conversation est générale, et l\u2019interview forcément incomplète, nous prenons rendez-vous pour un jour suivant.Plus tard, chez Suzanne, dans l\u2019appartement très moderne où de froides glaces murales bannissent toute idée d\u2019intimité, je suis pour un moment seule.Je me hâte d\u2019apercevoir les rayons d\u2019une bibliothèque où la maîtresse de céans a posé quelques livres.J\u2019y retrouve des noms familiers qui attiédissent en quelque sorte l\u2019atmosphère de la pièce.Racine, Molière, Marivaux, Ronsard, Verlaine, Dorchain, LaFontaine, Somerset Maugham etc., dont le génie parvient à réchauffer ce pied-à-terre que Suzanne désirerait plus familier.Mais ceci n\u2019est qu\u2019un détail auquel il sera facile de remédier.\u2014 Quel sera votre premier rôle d\u2019étoile, en Amérique ?\u2014 Il s\u2019agit d\u2019une romance assez bien construite, sous le titre de \u201cPersian Gulf\u201d.C\u2019est l\u2019histoire d\u2019une petite réfugiée européenne recueillie, au cours de la guerre, par des officiers américains qui la placent dans un couvent.Quelques années plus tard, ils la retrouvent.La chrysalide s\u2019est transformée en une belle jeune fille très à la page.L\u2019idylle qui se poursuit alors entre ses bienfaiteurs et leur jolie pupille fait la trame de l\u2019histoire.C\u2019est une pièce exquise où les émotions du coeur humain jouent un rôle prépondérant.Notre jeune artiste démontrera, tout à son aise, à ses déjà nombreux admirateurs, l\u2019étendue de son talent délicat.Suzanne Cloutier, qui garde au théâtre son nom véritable, est née à Ottawa.Elle est la fille de M.Edmond Cloutier, C.M.G., Imprimeur du Roi, et de Hélène Saint-Denis.Elle étudia aux Ursulines des Trois-Rivières, chez les Soeurs Grises d\u2019Ottawa, et au Collège Marguerite Bourgeois, à Montréal.Après ce stage, elle eut l\u2019idée de faire sa vie dans la métropole américaine.C\u2019est à New-York qu\u2019elle se fit remarquer, comme modèle de Conover, et reçut l\u2019invitation du directeur George Stevens de venir à Hollywood.Mais, dans la cité du cinéma américain, la jeune beauté canadienne ne se vit confier qu\u2019un rôle secondaire, aux côtés de Merle Oberon.Cependant, Suzanne Cloutier n\u2019est pas de celles qui se croisent les bras en attendant la chance.Très intelligente, elle saisit aux cheveux l\u2019occasion de faire partie de la troupe shakes- Suzanne Cloutier, en 1949, dans \"Au royaume des Cieux\", film tourné à Paris sous Duvivier avec Serge Reggiani.\u2014 Suzanne Cloutier dans le rôle de Desdé-mone d'Othello, avec Orson Welles en 1950.\u2014 A l'époque de \"Derby Day\", en 1951, où elle joua avec Michael Wilding et Anna Neagle.pearienne de Charles Laughton, au Coronet.Expérience magnifique qui devait lui être précieuse.Il y a trois ans, un producer français, de passage à Hollywood, lui fit signer un contrat pour un film devant être tourné en France.Ce film ne se fit pas.Sans perdre plus de temps, elle s\u2019engagea dans la troupe de Jean Dasté et joua un répertoire de classiques dans toutes les villes de France.Tour à tour elle fut la Marianne des « Caprices de Marianne » ; « Angélique » de Georges Dandin.Suivirent : «Le Bal-ladier du Monde Occidental », « Le Synge », etc.Duvivier qui cherchait un visage nouveau pour son film : « Le Royaume des Cieux » vit celui de notre compatriote qui lui plut.Il l\u2019engagea pour le rôle.Ensuite, elle fit des essais pour Orson Welles et devint la Desdémone de « Othello ».Après ce film qu\u2019elle tourna avec Welles en Italie et au Maroc, elle joua aux côtés de ce dernier, à Paris, au théâtre Edouard VII, une pièce satirique sur Hollywood.Elle tourna ensuite \u201cDerby Day\u201d, en Angleterre.Je l\u2019ai vue ici à Hollywood, dans un film de début dont le titre américain était \u201cThe Sinners\u201d.Elle y était magnifique.\u2014 Quels furent vos moments les plus embarrassants, au cours de vos expériences à travers l\u2019Europe ?\u2014 Mes finances !.Puis elle s\u2019empresse d\u2019ajouter: mais ma vie de voyageuse à travers les pays d\u2019Europe ne me laissaient pas le temps de songer à des embarras de ce genre.J\u2019adore voyager ; c\u2019est une très intéressante manière de s\u2019instruire.Ces trois années furent pour moi une nouveauté, une expérience continuelle.L\u2019étude dramatique, et celle des moeurs et coutumes des divers pays visités, me firent l\u2019effet d\u2019un véritable conte de fées.Pas une minute, ai-je eu le temps de m\u2019ennuyer, j\u2019étais toujours très occupée.« Et puis, j\u2019ai eu le bonheur d\u2019avoir ma mère avec moi, pendant plusieurs mois, à Paris.Plus tard, ma soeur vint étudier la peinture, à l\u2019Académie Julian.Elle est maintenant attachée au Herald Express en qualité d\u2019artiste.\u2014 Dites-moi, Suzanne, y avait-il longtemps que vous rêviez de théâtre ?\u2014 Je crois que ce sont surtout les circonstances, le hasard aidant, qui m\u2019ont poussée vers une carrière théâtrale.A ce moment, notre jeune compatriote évoque pour moi quelques souvenirs d\u2019enfance, anecdotes de sa vie de couventine.«Un jour», fait-elle, «une religieuse étant à peindre un tableau pour la chapelle, représentant Madeleine aux pieds du Christ, me prit comme modèle.Or, le modèle du Christ était un fort beau jeune homme que je devais contempler durant les séances de pose.Mon jeune coeur de quinze ans ne put supporter l\u2019épreuve, j\u2019en devins follement amoureuse.Ce fut d\u2019ailleurs mon premier chagrin d\u2019amour, car le beau modèle ne semblait même pas s\u2019apercevoir de ma présence.J\u2019ai appris depuis qu\u2019il était entré dans les ordres.» Au moment de prendre congé, elle me raconte combien le bel accueil dont elle fut l\u2019objet à son arrivée, à Montréal et à Ottawa, l\u2019a profondément touchée.« C\u2019est une des belles choses dont je me souviendrai toujours avec piaisir.» L.G.S. iWm S«*i Sf/.w 'v.; fm^soj» ttM SCAN rjRï aîKïj?* *¦*»*\u2022' / > -r \u2019ii.* »**- SB Ces \"nodosités\" sur les racines du soja attirent l'azote de l'air dans le sol, ce qui sert à l'améliorer.Une fois que les feuilles de la plante sont tom-\tVoici la plante complète du soja, telle qu elle se pré bée», les gousses restent attachées aux tiges qui\tsente au Jardin Botanique de Montréal.Elle réussit se prêtent ainsi au battage.\td°\"« '* k* ?.\u2022 > Vj !teç ¦ V* '->V Le Samedi, Montréal, 9 août 1952 13 LA RIVALE INATTENDUE i ,« \u201e\u201e,, \u2014\tIci, la clinique Saint-Charles, à Versailles.\u2014\tOui?dit Flora, attentive.La clinique Saint-Charles est cet établissement où son mari dirige les services de gynécologie.\u2014 Un message est arrivé tout de suite après le départ du docteur.Pouvons-nous le lui communiquer ?\u2014 Mais certainement, je vais le pren-\u2014 Voici.Mme Van Brantegaen .a téléphoné de Bruxelles pour dire qu\u2019elle avait manqué la micheline et qu\u2019elle arriverait seulement au train de dix heures trente.Mme Van Brantegaen.L\u2019énoncé de ces syllabes a produit un étrange effet sur Flora.Elle est devenu très pâle et elle regarde l\u2019appareil téléphonique de l\u2019air d\u2019une personne qui vient de découvrir un serpent à sonnettes alors qu\u2019elle cherchait des framboises dans les herbes.Il lui semble qu\u2019une main glacée lui étreint le coeur.\u2014 Avez-vous transcrit ?s\u2019informa sa correspondante.\u2014 Oui.En vérité, elle n\u2019a pas besoin de transcrire.La phrase qu\u2019elle vient d\u2019entendre s\u2019est imprimée dans son cerveau et dans son coeur, en lettres de feu.\u2014 Pouvez-vous transmettre immédiatement au docteur ?\u2014 C\u2019est à dire.Je.Etes-vous certaine que vous ne verrez pas le docteur ce soir ?, \u2014 A cette heure-ci ?Mais, bien sûr que non, répond la voix étonnée.Le docteur ne viendra pas à la clinique avant demain, neuf heures.\u2014 H n\u2019y avait pas une réunion ?insiste le timbre assourdi de Flora.\u2014 Une réunion ?.Jamais de la vie !.Mais qui parle ?L\u2019interlocutrice invisible a dû avoir soudain le sentiment d\u2019une gaffe, car sa voix a changé.Flora ne se perd point en explications.\u2014 Merci, dit-elle.Et elle raccroche.Et puis, elle est demeurée immobile, un long moment, à fixer le vide devant elle, avec des yeux sans expression.La colère, l\u2019amertume, l\u2019humiliation se disputent son âme ulcérée.Brigitte Van Brantegaen !.Ainsi c\u2019est pour aller la chercher à la station et passer la soirée avec elle, sans doute, que Marc lui a menti, qu\u2019il lui a joué cette odieuse comédie ?.Ses yeux vont à la pendule : il est maintenant neuf heure vingt.Il doit être à la gare, en train de faire le joli coeur.La micheline arrive à neuf heures quinze.Comme il ne sait pas que la voyageuse qu\u2019il attend a raté son rapide, il va se morfondre.Peut-être télé\u2014 phonera-t-il à la clinique et on lui transmettra le message.De toutes façons, il attendra sûrement le train de dix heures et demie.Avec un peu de chance, elle risque de les rejoindre à temps et de les surprendre.Une sombre et véhémente ardeur s\u2019empare d\u2019elle, la jette chancelante et maladroite vers l\u2019escalier.Mais au moment de franchir le seuil de la chambre, elle pense tout à coup à Trotty.Elle pousse fébrilement la porte de la petite pièce où son fils dort du sommeil des anges, ses menottes ouvertes derrière sa nuque bouclée.Elle ne peut pas laisser l\u2019enfant : Jane est au cinéma et rentrera fort tard.Elle s\u2019assied donc près du lit, dans l\u2019ombre.Elle n\u2019entend que la respiration égale du petit être : cela agit sur ses nerfs comme un bienfaisant caïman L\u2019oppression cède à sa gorge contractée et les larmes commencent à sourdre.Maintenant, elle pleure, silencieusement, tandis que sa pensée voyage vers la gare où vont se rejoindre tout à l\u2019heure le mari félon et l\u2019amie perfide.Les images se forment dans son cerveau qui exaspèrent sa jalousie, et la meurtrissent inexorablement.Brigitte Van Brantegaen.Le visage de cette amie de jeunesse de Marc en qui elle a toujours vaguement redouté une rivale possible passe et repasse, moqueur, provocant, dans son esprit.Elle ne peut le chasser.C\u2019est une obsession si forte, si douloureuse, qu\u2019elle la fait gémir.Elle la voit, cette trop belle rivale, sans cesse mêlée à sa vie, depuis que sa vie est devenue le corollaire de l\u2019existence de Marc.Flora a connu Brigitte et Marc en même temps.Brigitte portait encore son uniforme de la Royal Air Force où elle avait servi après la mort de son mari.Elle était crâne et savante : durant la guerre, elle s\u2019occupait d\u2019un service de radar, et pour cela, avait dû subir une formation très compliquée.Sa conversation s\u2019en ressentait : elle était précieuse et secrète, et toutes les fois qu\u2019elle se trouvait en sa présence, Flora avait conscience de son infériorité.Marc avait été l\u2019ami de ce Marcel Van Brantegaen qui avait épousé Brigitte et, après la mort de ce dernier, il était resté très lié avec la jeune veuve.Il lui trouvait toutes les qualités : courage, esprit de décision, de méthode, possession de soi, toutes choses qui manquaient un peu, à vrai dire, à sa petite épouse.Flora, elle, n\u2019avait su que lui plaire et lui donner un beau petit Trotty.Mais, sans doute, tout cela avait-il perdu tout charme à ses yeux puisque, maintenant, il délaissait sa jeune femme et son petit garçon pour se ménager des rendez-vous clandestins avec la séduisante Brigitte.Et soudain, Flora saisit toute l\u2019horreur de la situation.Elle comprit subitement pourquoi Marc avait tant insisté pour venir en France, abandon-# nant tout ce à quoi il se destinait jusqu\u2019à ce jour : la clientèle qui l\u2019attendait à Watermaël, où son père terminant une honorable carrière, le confortable appartement de l\u2019Avenue Louise où les parents de Flora leur avait si joliment meublé un nid, leurs relations, leurs habitudes, pour venir échouer au milieu de cette ville inconnue.A Bruxelles, ses entrevues avec Brigitte Van Brantegaen auraient fatalement été surprises et sévèrement commentées J ici, nul ne les connaissait et ils pourraient impunément se retrouver, sortir, aller danser, \u2014 Brigitte était folle de la danse, Marc le lui avait dit jadis\u2014.L\u2019image de leurs deux formes enlacées évoluant au rythme d\u2019un langoureux tango ou d\u2019une rumba, fit déferler une vague de rage et de désespoir chez la délaissée.Flora s\u2019était habituée à considérer Marc comme un cavalier dont elle se réservait l\u2019exclusivité, et le fait qu\u2019il 1 eût choisie comme épouse n\u2019avait fait que renforcer cette idée.Leur amour était lié à des refrains de tangos et à des airs de valses.Ils s\u2019étaient connus un été sur la plage, et ils s\u2019étaient fait des déclarations, tous les soirs au casino sur des refrains de jazz.Un orchestre argentin avait bercé leurs premiers serments et c\u2019est par la voix magique du violon, que Marc, pour la première fois, lui avait dit: «Je t\u2019aime s-.Hélas !.son bonheur avait été court.C\u2019était la fin.Déjà !.Peu à peu, d\u2019avoir évoqué tous ces souvenirs tendres des jours heureux, un étrange abattement s\u2019est installé dans le coeur de Flora, remplaçant la colère et la révolte.\\m VOLEZ vers l\u2019EUROPE par le superbe service touriste me y compris Venrôlée de liaison Londres-Paris repas a prix très modique.ALLER $285 ALLER-RETOUR $513 Survolez l\u2019Atlantique dans les célèbres Constellations! 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Et faut-il que cette créature l\u2019ait bien pris pour qu\u2019il se montre aussi peu clairvoyant.Afin de dérober son désarroi, Flora se hâte de filer vers sa chambre pour préparer ses valises.T .a voix de Marc, une voix calme, ma foi, presque naturelle, encore qu\u2019un peu insoucieuse, l\u2019arrête sur les premières marches de l\u2019escalier.\u2014 Quand penses-tu partir?Elle se retourne, ne réussit pas à dominer l\u2019âpreté de son ton : \u2014 Et toi ?Il a un sourire vague.\u2014 Eh bien.j\u2019ai l\u2019intention de téléphoner chez Cook et de retenir ma place pour demain soir.Une souffrance tord le coeur de Flora.Demain.déjà !.Mais il faut en finir.Après tout, c\u2019est mieux ainsi.Elle déclare : \u2014 Nous serons prêts demain matin.Trotty et moi.\u2014 Très bien, déclare Marc avec insouciance.Peu après, Flora l\u2019entend fourrager dans le bureau.Il l\u2019appelle à la canton-nade : \u2014 Sais-tu où l\u2019on a fourré le numéro de téléphone de Cook ?\u2014 Sur le carnet rouge, dans le secrétaire à droite.Tout en préparant, hors de la commode, les affaires de Trotty qu\u2019elle mettra dans les valises, Flora sent à nouveau l\u2019affolante jalousie déferler dans son coeur.Pas un mot de regret.pas une explication d\u2019étonnement.Et ce voyage, ce voyage qu\u2019ils ont dû projeter hier soir, en consommant du champagne dans quelque boîte de nuit.Sa décision de départ pour la Belgique ne pouvait tomber plus à propos.Elle a peine à cacher son trouble à son mari, quand celui-ci vient l\u2019embrasser, avant de monter dans sa voiture.Il a soulevé Trotty dans ses bras en le plaisantant comme d\u2019habitude.\u2014 Au revoir, mon gros.Tu en as de la chance de partir chez Grand\u2019Mère.Tu vas pouvoir te gaver de massepain et de croquignole et de ce bon chocolat qu\u2019on ne trouve que sur le boulevard Anspach ou dans la rue Neuve.Ouf ! ça y est ! Il est parti.Derrière le rideau à demi soulevé, les mains crispées à l\u2019appui de la fenêtre, son visage blanc collé au carreau, Flora l\u2019a regardé monter en voiture.Une immense désolation la submergeait.Et à mesure que chaque tour de roue éloignait l\u2019homme qu\u2019elle aimait, la chanson de leur jeune amour lui remontait aux lèvres : Loin de toi.Il n\u2019est plus rien qui m\u2019enchante.Loin de toi.Lorsque la Citroën eut disparu au tournant de l\u2019avenue, elle se précipita vers le téléphone.Un dernier lambeau d\u2019espoir accroché encore à sa crédulité ancienne essayait de la retenir sur le bord de cet abîme de tristesse où elle sombrait.Et si elle se trompait ?Si elle s\u2019était forgé des idées folles ?Si ce voyage en Suisse était vraiment un voyage d\u2019affaires ?Formulant mentalement toutes ces objections, elle sourit avec amertume, se moquant un peu d\u2019elle-même.Comme je suis lâche ! pensait-elle.Je voudrais nier l\u2019évidence.Néanmoins, elle appela d\u2019une voix résolue le bureau de Cook.Tandis qu\u2019elle attendait la réponse du préposé, ses lèvres tremblaient d\u2019angoisse.A la voix neutre qui l\u2019interpellait au bout du fil, elle expliqua, en essayant de maîtriser l\u2019émotion qui l\u2019agitait : \u2014 Monsieur, c\u2019est de la part du docteur Sylvère qui vous a téléphoné tout à l\u2019heure au sujet d\u2019une location dans l\u2019express de Bâle.\u2014 Un instant, Madame.F.lle attendit, mordant fébrilement ses doigts, dans son énervement.Enfin, une autre voix vint en ligne.\u2014 Allô.ici la location pour Tex-press de Bâle.C'est pour quelle date ?\u2014 Monsieur on vous a téléphoné il y a quelques minutes.C\u2019est pour demain.De la part du docteur Sylvère.\u2014 Le docteur Sylvère.En effet madame.Il y a deux places réservées.Flora s\u2019y attendait et pourtant le coup la frappa si rudement qu\u2019elle en éprouva une douleur physique.Un instant elle eut la respiration coupée.\u2014 Y a-t-il quelque chose de changé ?demandait la voix impersonnelle, nuancée d'une légère surprise.__Heu.c\u2019est-à-dire que Madame Van Brantegaen.c\u2019est bien ce nom-là, n\u2019est-ce pas ?\u2014 Attendez.oui c\u2019est bien le nom qui nous a été donné pour 1 un des billets.Péniblement Flora rattrapa son souffle.\u2014 Eh bien.cette dame.voulait s\u2019assurer quelle aurait bien une place dans le sens de la marche.\u2014 C'est ce que nous avons noté justement, Madame.Deux places dans le sens de la marche, dans un coin.\u2014 Merci, balbutia Flora en raccrochant.Deux places dans le sens de la marche.Comment Flora pourrait-elle fuir maintenant la vision de ces deux silhouettes rapprochées dans l\u2019intimité nocturne du wagon ?Sa bouche se serra convulsivement.\u2014 Le menteur!.L\u2019hypocrite!.Oh! je ne pourrai pas me retrouver en face de lui à présent.Une heure plus tard, de la gare du Nord, elle téléphonait à la clinique : \u2014 Marc, je suis désolée, mais toutes les places étant retenues pour demain, j\u2019ai pu avoir deux coins pour tout à l\u2019heure et je prends le train aujourd\u2019hui à midi quarante.Pour la forme, certainement, l\u2019hypocrite avait protesté : \u2014 Comment.tu pars sans que je te voie, comme ça ?.« Mais je vais sauter à la gare d\u2019un coup de volant ! je te rejoindrai avant le départ du train.\u2014 Inutile, tu n\u2019as plus le temps.\u2014 Sapristi ! comme c\u2019est contrariant ! J\u2019aurais tant voulu vous embrasser, Trotty et toi.\u2014 Excuse-moi, pressa-t-elle, car elle voyait le moment où elle allait éclater en sanglots au bout du fil, je suis obligée de raccrocher, j\u2019ai peur de manquer le train.Au revoir.\u2014 Alors, bon voyage, chérie !.\u2014 Bon voyage.toi aussi.répéta Flora d\u2019une voix qui se brisait.Ill LÀ disait Madame Derval en appuyant sur le visage boursouflé de sa fille, le regard satisfait de ses yeux bleus, clairs comme de la porcelaine, je l\u2019avais bien prévu ! Ton mari a voulu partir pour Paris, faire son chemin tout seul, comme il disait.envoyer promener «la sainte famille», éviter les conseils des parents.Et voilà comment ça tourne.Des disputes, de la brouille.Et il te trompe, par-dessus le marché.Car je suis sûre qu\u2019il y a une femme sous roche ?Enfouie dans le fauteuil où elle s\u2019était laissée tomber, tandis que la vieille Mélina emportait sa valise et Trotty déjà sommeillant vers sa chambre de jeune fille, Flora grelottait de fièvre, de tristesse, d\u2019esseulement.\u2014 Enfin, parle!.clamait Mme Derval qui tournait autour d\u2019elle comme une guêpe.Quel est le nom de ta rivale ?La voix lasse de Flora laissa tomber ! \u2014 Je n\u2019en sais rien.Comment tu n\u2019en sais rien ?Alors pourquoi es-tu partie ?Ah ! non, Flora connaissait trop Madame Mère pour lui livrer le nom de Brigitte.Le lendemain, toute la ville connaîtrait 1 étendue de son malheur.Et Flora gardait assez de dignité pour vouloir éviter d\u2019être plainte par leurs anciennes relations.Comment veux-tu que j\u2019intervienne ?renchérissait Mme Derval, si tu ne me donnes pas de détaüs sur ta mésaventure ?Ah ! ma petite fille, les hommes sont bien tous les mêmes, vois-tu.L\u2019HOROSCOPE DU \u2019\u2019SAMEDI\" ( Nouvelle série) 8\t3\t5\t2\t4\t6\t3\t7\t2\t4\t8\t3\t5\t2\t4\t6 B\tG\tS\tV\tU\tL\tR\tD\t0\tN\t0\t0\t0\tT\tE\t0 8\t2\t6\t4\t3\t5\t2\t7\t4\t6\t2\t8\t5\t3\t4\t7 N\tR\tN\tH\tS\tY\tE\tE\tE\tG\tA\tN\tE\tD\tU\tB 8\t4\t3\t5\t2\t6\t4\t3\t7\t2\t6\t4\t5\t2\t7\t3 E\tR\tE\tZ\tU\tU\tE\tP\tE\tD\tE\tU\tP\tA\tA\t0 8\t2\t6\t4\t3\t5\t7\t2\t6\t4\t3\t5\t2\t7\t4\t3 P\tC\tR\tS\tT\tL\tU\tE\tA\tE\tA\tU\tV\tX\tN\tL 7\t4\t6\t2\t5\t7\t3\t8\t4\t2\t5\t3\t6\t2\t7\t4 S\t0\tN\t0\tS\tU\tA\tE\tU\tU\tG\tB\tD\tS\tC\tV 8\t5\t2\t6\t4\t3\t7\t5\t2\t8\t3\t6\t4\t2\t5\t7 C\tA\tR\t0\tE\tA\tC\tL\tE\tH\tN\tN\tL\tU\tA\tE 4\t2\t6\t3\t5\t2\t7\t3\t6\t2\t8\t4\t5\t2\t6\t3 L\tS\tN\tQ\tN\tS\tS\tU\tE\tI\tE\tE\tT\tT\tE\tE Comptez les lettres de votre prénom.Si le nombre de lettres est de 6 ou plus, soustrayez 4.Si le nombre est moins de 6, ajoutez 3.Vous aurez alors votre chiffre-clef.En commençant au haut du rectangle pointez chaque chiffre-clef de.gauche à droite.Ceci fait, vous n\u2019aurez qu\u2019à lire votre horoscope donné par les mots que forme le pointage de votre chiffre-clef.Ainsi si votre prénom est Joseph, vous soustrayez 4 et vous aurez comme clef le chiffre 2.Tous les chiffres 2 du tableau ci-dessus représentent votre horoscope.Droits réservés 1945, par William J.Miller, King Features, Inc. Le Samedi, Montréal, 9 août 1.952 15 Mon petitfchampion\u2019 est un bébé Heinz, bien entendu! Flora connaissait l\u2019antienne pour l\u2019avoir entendue depuis qu\u2019elle était en âge de comprendre.Quant à intervenir, la jeune femme savait trop à quoi aboutissaient les désastreuses incursions de sa mère dans les domaines sentimentaux de ses amies, pour se prêter au jeu.A présent qu\u2019elle envisageait plus froidement la situation, elle commençait à regretter de s\u2019être ainsi laissée aller à des demi-confidences.Et pourtant, le moyen d\u2019agir autrement, seule et démunie de tout comme elle était ?Le foyer de ses parents était le seul où elle pût conduire Trotty.Elle n\u2019avait vu que cela tout d\u2019abord.Mais il n\u2019ignorait pas que Mme Derval n\u2019éprouvait à l\u2019endroit de son gendre, aucune particulière sympathie : c\u2019était même là une des raisons qui avaient poussé Marc à fuir le vieil et confortable hôtel* de l\u2019avenue Louise où la proximité de sa belle-mère et les prétentions de celle-ci à mener le jeune ménage de sa fille comme elle dirigeait le sien \u2014 « à la baguette » \u2014, avait fini par l\u2019exaspérer.\u2014 Tiens, ton père.si je ne l\u2019avais pas surveillé comme le lait sur le feu, \u2014 et Dieu sait qu\u2019il a regimbé bien des fois au début \u2014, mais il aurait été le mari le plus infidèle de la terre ! Ma vie eût été un enfer.Heureusement, j\u2019ai veillé au grain.Je ne l\u2019ai jamais laissé sortir sans moi, tu m\u2019entends ?Evidemment, je ne parle pas des dîners d\u2019affaires, mais je prenais soin, chaque fois, de téléphoner au restaurant pour m\u2019assurer qu\u2019Alphonse était bien à l\u2019endroit qu\u2019il m\u2019avait indiqué et, chaque fois, je m\u2019informais auprès du garçon du nombre de convives et de leur qualité.Pauvre papa, songeait Flora.si pacifique.si annihilé par la personnalité débordante de son orageuse épouse, c\u2019est son existence à lui qui n\u2019a rien eu d\u2019un paradis.\u2014 Mais tu as voulu épouser un médecin ?continuait la voix acerbe de Mme Derval.Tu paies cette fantaisie.Les médecins, tous des coureurs, ma fille ! Je t\u2019ai avertie.S\u2019il y avait une justice, ils devraient tous rester célibataires.\u2014 La vérité, coupa Flora qui commençait à sentir une migraine féroce lui serrer douloureusement les tempes, c\u2019est que Marc et moi, nous ne nous entendons pas du tout.\u2014 Comme ça ?Tout de go ?Tu penses bien qu\u2019il y a une raison.\u2014 En tout cas, abrégea la jeune femme, je préfère ne pas lui imposer ma présence plus longtemps.Il en arriverait à me détester.C\u2019est la raison de mon départ.Madame Derval réfléchissait.Un sou-piu souleva son corsage, étroitement ajusté par une émule de Lanvin, car malgré la cinquantaine, elle était restée mince et coquette.\u2014 Naturellement, convint-elle, pour elle-même, tout cela dérange un peu mes plans.J\u2019avais justement un tournoi de bridge avec Mme Sylvère comme partenaire.Je vais le contreman-der, non sans avoir dit à Raymonde Sylvère ce que je pense de son fils.Et il y a la villa du Zoute qu\u2019on avait louée en commun, les Sylvère et nous ! Ton père s\u2019en occupera.Il ne serait pas séant qu\u2019on nous voit ensemble maintenant.Flora commençait à être sérieusement effrayée par les initiatives de Madame Mère.\u2014 Ecoutez, maman, ne trouvez-vous pas que tout cela est prématuré et qu\u2019il vaudrait mieux éviter de rendre publics mes déboires conjugaux ?\u2014 Comment ?Mais je pense bien que tu ne vas pas te laisser faire par ton mari ?Que tu vas demander la séparation légale ?Je ne veux pas que ma fille mène une vie de martyre, ajouta-t-elle, dramatique.Et tant pis s\u2019il y a des ragots, commérages, scandale.Je braverai tout pour toi, mon enfant.Elle avait tout le feu d\u2019un prédicateur entraînant les fidèles à la croisade.\u2014Mais maman, je ne veux rien brusquer.Marc traverse peut-être une mauvaise crise, temporisa Flora dont les résolutions fondaient à mesure que montait l\u2019exaltation maternelle.Mme Derval leva les bras au ciel.\u2014 Une crise.Est-ce qu\u2019un mari sérieux se permet d\u2019avoir des crises de conscience ou de fidélité ?Non, non, ma fille, Marc Sylvère est un être cynique.Je l\u2019ai toujours prédit.Et tu n\u2019auras que des déboires avec lui.Et puis, reprit-elle, avec une récrudescence de force, as-tu pensé à Trotty ?Tu ne veux pas que cet enfant grandisse au milieu de vos querelles ?Qu\u2019il respire la tristesse.la mélancolie d\u2019un foyer malheureux ?\u2014 Justement.Je voulais vous demander de garder Trotty ?Le buste de Mme Derval se redressa comme déclenché par un ressort.\u2014 Garder Trotty ?.Et toi, alors ?\u2014 Moi.Je travaillerai.La stupéfaction de sa mère, en d\u2019autres temps, eût amusé Flora mais aujourd\u2019hui, elle était vraiment peu encline à la gaîté.\u2014 Travailler.Mais Dieu merci, nous n\u2019avons pas besoin que notre fille travaille.Que diraient les gens ?\u2014 Les gens n\u2019en sauront rien, parce que je vous demande de ne pas étudier notre séparation à Marc et à moi.En somme, rien n\u2019est définitif.Peut-être Marc me reviendra-t-il ?L\u2019indignation coupa la voix de Mme Derval.\u2014 Ah ! tu vois, tu lui pardonnerais encore folle que tu es.Et vous recommenceriez à mener une vie d\u2019enfer.\u2014 Il n\u2019est pas question de ça, décréta Flora qui commençait à trouver que sa mère exagérait.J\u2019ai malheureusement l\u2019impression que Marc sera ravi que je lui rende sa liberté.Si Dieu voulait que mon absence lui pèse tant soit peu, il viendra implorer mon pardon.Mme Derval hocha la tête avec une pitié méprisante.\u2014 Et naturellement tu ne demanderas qu\u2019à oublier ses torts ?\u2014 Cela c\u2019est mon affaire, maman.« Nous n\u2019en sommes pas encore là, souffla-t-elle tandis qu\u2019une expression de détresse contractait tous ses traits.\u2022 \u2014 Pas de télégramme pour moi, Jane ?¦\u2014Non, Monsieur.\u2014 Pas de coup de téléphone de Bruxelles, non plus ?\u2014¦ Absolument rien, Monsieur.\u2022La soubrette entendit son patron prononcer à voix basse : \u2014 C\u2019est bizarre.Elle partageait cette opinion et mourait de curiosité.Elle attendit un instant, tandis que Marc dépliait sa serviette devant la table de bridge où, pour éviter des complications de service, il s\u2019était fait servir son dîner.Tandis qu\u2019elle lui présentait un oeuf cocotté, elle ajouta, sans avoir l\u2019air d\u2019y toucher : \u2014-Je pense que Madame a dû partir pour un certain temps, car elle a emporté toutes ses robes.Les sourcils du docteur affectèrent la forme la plus aiguë de l\u2019accent circonflexe.\u2014 Toutes ses robes, vous dites, Jane ?\u2014 Enfin, toutes celles que Madame a l\u2019habitude de mettre.Evidemment son vestiaire complet n\u2019aurait pu tenir dans deux valises, d\u2019autant que la blanche était pleine des affaires de Trotty.\u2014 Et elle a aussi emporté toutes les affaires du petit ?\u2014-Oui Monsieur.Lainages et vêtements d\u2019été.Marc eut un sifflement de perplexité.\u2014 Ça, alors.Tant qu\u2019il y aura des bébés, il y aura des concours et des juges pour leur décerner des prix de beauté et de santé.Demandez à la maman d\u2019un de ces gagnants de quoi elle le nourrit.Presque invariablement elle répondra \"Heinz\u201d.Parmi les gagnants des concours, par tout le pays, la proportion de bébés nourris aux aliments Heinz est extraordinaire.Dans le plus im- portant des récents concours, 30 des 31 gagnants étaient des bébés Heinz.Quelle meilleure preuve de la qualité des aliments Heinz pour bébés! 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On n\u2019a jamais vu ça.Tu ne trouves pas qu\u2019elle exagère ?\u2014 Oh! maman!! il ne s\u2019agit pas de problèmes mondains, ni de préséances, mais de ma femme et de mon fils dont je suis sans nouvelles depuis huit jours, bientôt, qu\u2019ils sont partis.Voulez-vous vous informer directement et rapidement ?Je suis sérieusement inquiet.\u2014 Je crois bien, mon fils.Je fais le nécessaire immédiatement.Moins d\u2019une heure plus tard, la sonnerie du téléphone coupait net la promenade nerveuse qu\u2019accomplissait Marc autour du salon pour tromper son impatiente attente.La nouvelle que lui donnait sa mère avait de quoi le stupéfier : les Derval, qui s\u2019étaient réfugiés dans leur villa du Zoute, prétendaient avoir Trotty avec eux, mais ignorer tout de la résidence actuelle de Flora.\u2014 Et tu peux croire, ajouta la voix éplorée et indignée de Mme Sylvère, qu\u2019Henriette m\u2019en a raconté sur ton compte ! Il paraît que tu es un monstre, qui mérite d\u2019être condamné pour cruauté mentale !.Marc prit à peine le temps de raccrocher.Il médita une seconde : le dernier départ d\u2019avion avait eu lieu.Il en était de même du train rapide.Seul, restait le train qui quittait la gare du Nord à six heures.D recula devant toute cette nuit d\u2019insomnie passée à tourner dans sa tête un insoluble problème.Bon, il prendrait la voiture.Il aimait encore mieux conduire pendant trois cents kilomètres.Cela, au moins, l\u2019occuperait.Il laissa des instructions pour la clinique, affirma qu\u2019il serait de retour le lendemain soir.Puis, sous le regard perplexe de Jane ahurie et scandalisée de rester ainsi maîtresse du terrain sans avoir rien compris à ce qui advenait, il lança sa traction sur la route du Nord.IV Le brave père Derval s\u2019était réfugié peureusement sous la véranda vitrée et il regardait mélancoliquement les vagues battre la digue, tandis que se déchaînait l\u2019ouragan à l\u2019intérieur, entre sa femme et son gendre.Madame Mère, les lèvres pincées, sa silhouette se détachant sur le fond de la palissandre d\u2019un piano à queue de la bonne époque, foudroyait du regard un Marc complètement abruti par le voyage et par les reproches sanglants qui lui tombaient dessus comme grêle.\u2014 En vérité, Marc Sylvère, si ma fille m\u2019avait écoutée, vous ne l\u2019auriez jamais conduite à l\u2019autel.Des hommes comme vous sont une plaie sociale.\u2014 Mais enfin, Mère, qu\u2019est-ce que j\u2019ai fait ?Je voudrais bien savoir ce dont je suis accusé tout de même ! \u2014 Vous le savez mieux que moi, Monsieur.C\u2019était une des vérités les plus évidentes qu\u2019Henriette Derval eut proférées depuis le commencement de cet orageux entretien.Car le pire de l\u2019histoire était bien que cette entêtée de Flora n\u2019avait jamais consenti à lui dire pourquoi elle avait résolu de fuir, momentanément le domicile conjugal.Marc haussa les épaules.\u2014 Je ne sais rien du tout, sinon que Flora a une de ces lubies de femme qui mériteraient une bonne sanction et que je ne me ferai pas faute de le lui montrer, quand je l\u2019aurai retrouvée.Il n\u2019était pas content, Marc.et il commençait à s\u2019énerver sérieusement.Mme Derval eut un cri de louve menacée dans sa progéniture.Elle abandonna l\u2019appui du piano pour se précipiter vers son gendre, le visage enflammé par le courroux : \u2014 Ecoutez-moi, Marc Sylvère, si vous vous avisez jamais de toucher à un cheveu de ma fille, il vous en cuira, je vous l\u2019affirme.\u2014 Eh! Mère, mettez-vous à ma place.je.\u2014 Et d\u2019abord, ne m\u2019appelez plus « Mère », coupa IVIme Derval, indignée, en le toisant d\u2019un air dégoûté.Vous n\u2019avez plus droit à ce titre.Quant à me mettre à votre place, je n\u2019en, voudrais pas pour un empire.Vous n\u2019avez pas honte ?_Mais encore une fois, de quoi ?tonna la voix éclatante du toubib dont l\u2019exaspération débordait.Enfin, c est inouï.Je rentre de Suisse._De Suisse, dites-vous?.Attendez, attendez, attendez.Mais.je commence à comprendre, moi.Et pourquoi, s\u2019il vous plaît, y êtes-vous allé en Suisse ?Le cerveau de Mme Derval tournait fiévreusement.Comment Flora ne lui avait\u201celle donc pas mentionné ce voyage ?.B y avait anguille sous roche.Tel un chasseur sur la piste, elle se sentit des forces nouvelles, pour continuer la lutte.Une gêne avait passé sur le visage de Marc.\u2014\tCela, vous me permettrez de le garder pour moi.Ma femme elle-même s\u2019est montrée moins indiscrète que vous.Vous comprenez, un médecin est tenu au secret professionnel.\u2014\tAh ! vraiment.Le secret professionnel.Jolie excuse ! Et si tout venait justement de ce voyage ?Si Flora avait été éclairée sur vos agissements ?\u2014 Mes agissements ?Mais enfin, Mère, expliquez-vous ?Mme Derval jeta sur son gendre un regard glacé.\u2014\tJouez l\u2019innocent.Vous voudriez me faire croire peut-être que vous y êtes allé seul, en Suisse ?Marc ne répondit pas.Il se prit la tête à deux mains.Cette histoire et la tournure qu\u2019elle prenait commençait à lui échauffer les oreilles.En même temps, la réflexion de sa belle-mère lui ouvrait des horizons.\u2014 Ah! ah!.vous ne faites plus le matamore, docteur Sylvère ?Vous commencez à comprendre que ma pauvre petite fille a des armes contre vous.Marc se leva brusquement : \u2014 Ecoutez, Mère, en voilà assez.Je vous écoute depuis une bonne demi-heure et j\u2019ai montré assez de patience et de déférence.Oui ou non, voulez-vous me dire où est ma femme ?\u2014 Non, rugit Mme Derval, telle une lionne en furie.\u2014 Je vous préviens que je m\u2019adresserai aux tribunaux.Vous ne reculez pas devant le scandale ?\u2014 C\u2019est sur vous qu\u2019il retombera, le scandale.\u2014 Et sur mon fils malheureusement, murmura amèrement Marc.Vous savez bien que c\u2019est cela qui m\u2019arrête.mais je vous avertis que je retrouverai Flora, malgré vous et ce jour-là, s\u2019il arrive quelque chose, vous pourrez faire votre « mea culpa ».\u2014 Que.quoi.Qu'est-ce que vous ferez ?balbutia Henriette Derval, que les menaces, sourdement contenues dans la dernière phrase de Marc, venaient de glacer d\u2019effroi.Mais son gendre ne l'entendait plus.Il avait quitté la pièce et maintenant il descendait les escaliers de la villa, comme un fou.L appel angoissé de Mme Derval alerta « Alphonse » que les éclats de voix de sa moitié venaient de tirer de sa somnolence : \u2014 Tu ne penses pas qu\u2019il méditerait un malheur ?\u2014 Marc n\u2019est pas un garçon à coups de tête, décréta prudemment Alphonse Derval.Mais j\u2019ai l\u2019impression qu'au lieu d\u2019arranger les affaires de ta fille, tu les aurais plutôt aggravées.comme d\u2019habitude, soupira Derval, résigné.COUPABLE OU NON-COUPABLE ?CHRONIQUE JUDICIAIRE par ROBERT MILLET.B.A.Celui qui prend des bains de soleil, pratiquement nu, sur la galerie arrière de son logis, est-il, par le fait même, coupable d\u2019exposition indécente et publique ?Un individu profite du soleil qui baigne la galerie arrière de son logis.Il s\u2019y expose à peu près nu.Des gens le voient et, naturellement, crient au scandale.Prévenues, les Autorités interviennent et traduisent le fervent des bains de soleil devant le Tribunal.On l\u2019accuse de s\u2019être exposé en public de façon indécente.Mais l\u2019accusé ne l\u2019entend pas ainsi.Il nie l\u2019accusation portée contre lui.Son principal argument est à l\u2019effet que la galerie de sa maison n\u2019est pas un endroit public.Conséquemment on ne peut lui reprocher de s\u2019être exposé dans un endroit public.Ses accusateurs prétendent le contraire naturellement.Pour prouver que la galerie en question est bien un endroit public, ils font entendre plusieurs témoins qui affirment avoir vu le prévenu dans une tenue se rapprochant trop de celle d\u2019Adam dans l\u2019ancien Paradis.Ce disciple du soleil est-il COUPABLE ou NON de s\u2019être exposé en public ?NON-COUPABLE ! a décidé le Président du Tribunal, aux Sessions de la Paix, à Montréal, dans un jugement rendu le 2 mai 1952.La galerie d\u2019une maison n\u2019est pas un endroit public.Par conséquent on ne peut reprocher à une personne de s\u2019y exposer en public.Il faut dire cependant que telle exposition est illégale.Dans ce cas il faut accuser l\u2019exposant de s\u2019exposer de façon à insulter ou offenser les gens.Il y a une différence entre les deux cas. Le Samedi, Montréal, 9 août 1952 17 \u2014 Et voilà les hommes ! conclut Mme Mère, avec le geste découragé d\u2019une héroïne méconnue.\u2014 Je la retrouverai, avait déclaré Marc en quittant furieusement la maison de sa belle-mère.Néanmoins, le temps coulait inexorablement et il ne savait toujours rien de Flora.Toute cette histoire lui semblait si extravagante qu\u2019il se refusait à la prendre au sérieux.Flora allait rentier et elle lui expliquerait tout cet imbroglio.Mais sa femme ne revenait pas.Des questions matérielles se posaient, angoissantes.compliquant le désarroi moral dans lequel se trouvait le jeune toubib.Malheureusement, son service à la clinique ne lui laissait guère le loisir de s\u2019absenter et de s\u2019occuper de ses affaires familiales.Deux semaines passèrent, coupées de coups de téléphone à Bruxelles, tantôt au domicile de ses parents, tantôt à la villa du Zoute, de lettres, que Marc écrivait fiévreusement à la veillée, et qui lui revenaient intactes, avec la mention écrite de la main académique de sa belle-mère : retour à l\u2019envoyeur.Marc, désireux de ne pas aggraver cette ridicule situation, évitait de la rendre publique et il avait donné une explication plausible à l\u2019absence de sa femme.Ce jour-là, néanmoins, c\u2019était l\u2019anniversaire de leurs cinq ans de mariage.Excédé, Marc avait résolu de frapper un grand coup : il userait de ses droits de père pour reprendre Trotty, et, grâce à cela, il arriverait à faire sortir Flora de son silence.Jusqu\u2019ici, il avait répugné à ce moyen cruel mais aujourd\u2019hui, il était décidé à en finir.Il prit sa voiture et fila en direction du Nord.La route était longue et monotone et le paysage sans joie laissait au conducteur le loisir de ruminer ses mélancoliques pensées.Pour tromper l\u2019ennui de ce trajet interminable il tourna le bouton de la radio.La musique l\u2019accompagna, berçant sa tristesse.H en eut vite assez.Il allait fermer le poste, excédé, lorsqu'une voix annonça sur l\u2019antenne : « Nous allons vous donner quelques disques demandés par nos auditeurs.Voici le premier.Pour un cher anniversaire, de la part d\u2019une auditrice de Blankenberghe, qui signe «triste délaissée » : « Loin de toi s.- Marc avait tressailli.H écouta ardemment.Une auditrice de Blankenberghe.Pour un cher anniversaire.Tout de suite, il sut de qui émanait le message, et immédiatement, mit pleins gazs.La route passa vite sous les roues de la folle voiture lancée à tombeau ouvert, que le conducteur n\u2019eut plus le loisir de trouver le paysage monotone ou ennuyeux.Au surplus, une étrange émotion l\u2019habitait.« Loin de toi ».chantait la voix qui semblait le guider vers un but déterminé.Blankenberghe, la jolie station et ses villas coquettes, posées au bord du quai nordique.la mer glauque.et l\u2019Hôtel des Lucioles, avec son balcon de bois, son horloge rustique, ses fenêtres à petits carreaux ornées de mousseline empressée.Quand il entra en coup de vent et que dans la cage vitrée il la vit penchée sur le livre de caisse, puis, tour à tour rougissante et blême, dressee comme la statue même de l\u2019émoi, ses mains crispées cherchant derrière elle un point d\u2019appui, il remercia son instinct qui ne l\u2019avait pas trompé.Elle avait tant changé, avec un petit visage amaigri, des yeux cernés et trop grands, une bouche tremblante, que les phrases agressives qu\u2019il avait préparées moururent sur ses lèvres.\u2014 Flora.Pourquoi as-tu commis cette folie ?Qu\u2019est-ce qui arrive, ma petite fille ?Il l\u2019avait prise dans ses grands bras solides, malgré sa résistance et d\u2019un index autoritaire, il levait vers son visage le menton de la jeune femme.Les cheveux de Flora croulèrent sur ses épaules.Elle essaya de les retenir, maladroitement, tout en essayant de se défendre contre l\u2019étreinte impatueuse de Marc.\u2014 Pas de question, ma belle.Je te tiens.Je te garde.Il se pencha et l\u2019embrassa si fort qu\u2019elle en perdit le souffle.Elle céda et mollit, avec un gémissement, s\u2019affalant entre les bras qui l\u2019enserraient.\u2014 Tu vois bien que tu m\u2019aimes, chuchota, près de son oreille, la voix dont elle connaissait si bien le timbre un peu assourdi.Vilaine fille, qu\u2019est-ce qui t\u2019a pris ?Tu as failli me rendre fou.Mademoiselle Juniot apparut au seuil du réduit vitré.Ses yeux exprimèrent une heureuse satisfaction, en même temps qu\u2019un blâme discret.\u2014 Marc.Enfin, ce n\u2019est pas trop tôt.Marc détourna la tête.VOUS LIREZ dans notre PROCHAIN NUMERO \u2022\tNotre grande enquête : DANS LES COULISSES D'UN PAQUEBOT par Gérard Viot \u2022\tSILLERY LA PITTORESQUE par Damase Potvin \u2022\tEt comme d'habitude \u2022\tVous pénétrerez dans l'intimité d'une de nos vedettes canadiennes \u2022\tDes articles abondamment illustrés.\u2022\tNos nouvelles.\u2022\tNotre grand feuilleton d'amour et d'aventure.\u2022\tet les fameuses chroniques du \"SAMEDI\".__Bonjour, Marraine.C\u2019est donc vous qui aviez recueilli l\u2019enfant prodigue.J\u2019aurais dû y penser sur-le-champ.\u2014 L\u2019enfant prodigue que tu as meurtrie, sacripan.Mais vous feriez mieux, mes enfants, d\u2019aller vous expliquer ailleurs.Il peut venir des clients.Comme on ne connaît pas les liens qui vous unissent encore, heureusement, ma maison sera perdue de réputation.\u2014 Très juste, dit Marc.Il entraîna Flora sanglotante, accrochée à lui comme une noyée.C\u2019était le salon où ils avaient dansé leur premier tango, cette année où Flora était en vacances chez sa marraine.et Marc, cet été-là, avait brigué une prolongation de congé.Ils s\u2019en souvinrent tous deux en reconnaissant les fauteuils Louis XIV, le tapis à guipure sur la console, le pick-up et la discothèque et la cheminée que dominait un grand portrait de la défunte Reine Astrid.« Loin de toi ».Le refrain obsédant les entoura de ses roucoulantes arabesques.__Allons, ma chérie.Confessez-vous à votre vieux bonhomme de mari.Tu es tombée sur la tête ?Tu as eu des visions ?Tu as entendu des voix ?Qu\u2019est-ce qui a pu te pousser à une fugue aussi déraisonnable ?Il la regardait anxieux.Ses yeux avaient perdu leur sévérité.Elle releva son visage, tenta de sourire à travers ses larmes.\u2014 Oh ! Marc.J\u2019ai eu si mal.Je t\u2019aime tant ! \u2014 Et c\u2019est pour ça que tu es partie ?O logique féminine !.Tu te déplaisais donc si fort à Saint-Germain ?\u2014 Ce n\u2019est pas ça, Marc.mais.tu comprends.\u2014 Quoi ?Ta mère, je parie ?dit-il, les sourcils froncés.\u2014 Non, il ne s\u2019agit pas de maman.C\u2019est plus grave.\u2014 Alors, dis ?Perplexe, il l\u2019examinait.Elle baissa le nez, hésitante.Une grimace amère lui tordit la bouche.\u2014 Je voulais te laisser libre.\u2014 Mais libre de quoi, ma folle chérie ?\u2014 De vivre avec celle que tu aimes.\u2014 Celle que j\u2019aime?Il n\u2019y en a qu\u2019une que j\u2019aime, et c\u2019est toi, idiote.Jamais injure n\u2019avait rencontré regard plus reconnaissant car le ton de Marc était si tendre, si tendre en vérité, que toutes les préventions de Flora s\u2019évanouirent comme par magie.Elle voulut s\u2019insurger contre ce sortilège qui lui semblait une feinte de plus destinée à la convaincre.\u2014 Mais enfin, Marc, je n\u2019ai pas rêvé.Brigitte ?\u2014\tBrigitte ?Il avait l\u2019air incompréhensif, stupéfait, mais pas gêné le moins du monde ou c\u2019était un monstre d\u2019hypocrisie.ou.Elle commença à flairer une formidable méprise.\u2014\tEnfin, émit-elle, décontenancée.tu es bien allé en Suisse avec Brigitte ?.Même, j\u2019en ai eu confirmation par l\u2019Agence.Tu avais retenu une place pour Madame Van Brantegaen.Les yeux incompréhensifs de Marc se chargèrent soudain de gaîté.Son rire sonna clair, allègre, moqueur.Et il se livra à des contorsions si folles que Flora, ahurie, et soulagée de retrouver le Marc des anciens jours, se mit à rire de confiance.\u2014 Alors tu.tu ne l\u2019aimes donc pas ?Tu ne regrettes pas de ne pas l\u2019avoir épousée ?\u2014 Qui ça.Mme Van Brantegaen ?Mais elle a 73 ans, ma chérie.\u2014 Quoi ?Je.La bouche ouverte, Flora renonça à exprimer sa stupeur.\u2014 Voyons, bécassou.H ne s\u2019agit pas de Brigitte, qui est toujours au Congo.Mais de sa grand\u2019mère.La pauvre a une affection grave qu\u2019un grand spécialiste de Suisse traite, paraît-il.Elle ne voulait pas que sa famille soit au courant du traitement qu\u2019êlle allait tenter et m\u2019avait demandé le secret ; je suis allée la chercher à la gare et l\u2019ai escortée, le lendemain, jusqu\u2019à Zermat, avec la discrétion d\u2019usage.Non, en vérité, je n\u2019ai jamais regretté de ne pas l\u2019avoir épousée, achevait-il avec un grand sérieux.Elle porte une perruque et un râtelier.Je ne suis pas sensible à ce genre de séduction.Flora le regardait, médusée.Puis contrite et penaude, elle porta la main à sa bouche : \u2014 Oh! Marc, dire que j\u2019ai failli démolir notre bonheur pour cette stupidité.Il la considéra gravement.Ses yeux étaient brillants, comme s\u2019il refoulait quelques larmes, indignes d\u2019un docte praticien, chef de clinique.\u2014 Nous aurons du moins appris une chose, chuchota-t-il.Il lui baisa les lèvres, amoureusement.\u2014 C\u2019est que notre bonheur a la vie dure, Chérie.Jacques Dominique.ESI LA REVUE DU BEAU SEXE \u2022fcO Vous y trouverez : \u2022\tNos chroniques de mode et de cuisine.\u2022\tNombre de conseils qui vous faciliteront la tenue d'une maison et l'éducation de vos enfants.\u2022\tDes articles et de passionnants romans que vous aimerez à faire lire par toute la famille.\u2022\tDes rubriques qui vous tien dront au courant de l'activité artistique et littéraire à travers le monde.S'ABONNER C'EST S'ASSURER D'ETRE TOUJOURS A LA PAGE Notre roman du mois d\u2019août LA MADONE DU VITRAIL par ANNIE & PIERRE HOT O O o in rq m c c o a o o in m c c o o E o Z 3 ¦ » IA K SS pas de réplique.Albert, sans observation, se leva et disparut.Les deux amis restèrent seuls.\u2014 Tout de suite après le déjeuner, nous irons à Pierre-Pointue, déclara Mirecourt.Jusque là, accorde-moi une grâce.\u2014 Laquelle ?C\u2019est fait.\u2014 Sous aucun prétexte ne parle à ton gendre de notre fortune.\u2014 Pourquoi ?\u2014 Une idée que je n\u2019ai pas le temps de t\u2019expliquer.Il va revenir.« Mais quand je prendrai, tout à l\u2019heure, un prétexte pour demeurer seul avec toi, ne me contredis pas.\u2014 Seul?Même sans Cécile?\u2014 \u2014 Oui.Il le faut.Albert, en effet, revenait.Bernard n\u2019insista pas, mais il savait que Dominique lui obéirait.Presque en même temps, Cécile apparut également à la porte du salon et elle dit : \u2014 Le déjeuner est servi, mais vous serez très indulgents pour moi tous les deux.n\u2019est-ce pas, père, n\u2019est-ce pas Bernard ?.\u2014 Moi, dit Brésilia, ce sera facile ; je trouverai toujours parfait tout ce que tu feras, ma Zizie.Bernard ne répondit pas ; il se mit en arrière, tandis que Cécile, enlacée à soh père, le guidait vers la salle à manger.Albert, tout de suite, commença le rôle qu\u2019Arnold lui avait inspiré.H fut triste, mais savamment, par moments seulement, et comme si, de temps à autre, une pensée importune naissait en lui, s\u2019y installait, l\u2019envahis- sait malgré les efforts qu\u2019évidemment il faisait pour la chasser.Le repas, néanmoins, fut charmant.Brésilia en faisait tous les frais.Albert, habilement, essaya de mettre son beau-père sur le seul objet qui l\u2019intéressât : sa fortune.Dominique, heureusement prévenu par Lauris, répondit évasivement, et à Albert, qui s\u2019énervait dans ses questions, il finit par déclarer avec un sourire : \u2014Oui, nous avons eu une petite chance, M.de Mirecourt et moi, pas cependant comme on le dit ; tout cela se dénature tellement, en passant par un certain nombre de bouches, et prend si aisément un aspect de légende !.« Et puis, par le temps qui court, la fortune est une chose tellement approximative !.Ce qui est la richesse pour les uns est à peine l\u2019aisance pour les autres.Gaultier n\u2019osa pas insister, et Bernard fut enchanté de la manière adroite et intelligente dont son ami avait si évasivement répondu à son gendre.Comme deux heures sonnaient, le marquis se leva.\u2014 Vous me quittez déjà, grand ami?demanda Cécile, familière et charmante.Il répondit en souriant : \u2014 Vous oubliez, madame Zizie, que M.Monastier est prévenu de notre visite.« Que penserait-il, si je paraissais l\u2019oublier ?.\u2014 Je pars avec vous, monsieur le marquis, déclara Albert, qui espérait faire parler Bernard sur les fameux millions qui, seuls, l\u2019intéressaient.\u2014 Mais non, mais non, répondit Mirecourt.J\u2019emmène ton beau-père, c\u2019est assez.Tiens un instant compagnie à ta femme.Echangez vos impressions.« Elle a certainement, de son côté, une foule de choses à te dire.Je le vois à ses yeux.\u2014 Oui, fit Dominique, qui comprit le désir de Lauris.Je ne veux pas me mettre en tiers dans votre vie, mes jolis amoureux.Cécile m\u2019en voudrait trop ! « Dans les grandes comme dans les petites choses, mon bonheur ne sera jamais fait d\u2019une angoisse ou d\u2019une douleur pour vous, mes enfants.«Restez ensemble aujourd\u2019hui, restez.C\u2019est un beau jour.« M.Monastier le comprendra.« Et surtout, aimez-vous tant que vous le pourrez ! « C\u2019est si beau, l\u2019amour !.Il fut payé par le regard de tendresse et d\u2019inexprimable remerciement que lui envoya sa fille.Quelques minutes après, les deux amis, seuls, sans témoins, dans un sentier tracé aux premiers escarpements de la montagne, se dirigeaient vers le parc de Pierre-Pointue.X \u2014 Le pacte Au bout de quelques instants, et lorsque la solitude fut complète, Brésilia dit au jeune marquis : \u2014 Qu\u2019as-tu à me dire, Lauris?.Tu m\u2019as intrigué.et même un peu effrayé.\u2014 Il y a peut-être de quoi, répondit simplement l\u2019autre, préoccupé et soucieux.Dominique s\u2019arrêta net au milieu du chemin.\u2014 Ah ! fit-il, subitement très rouge.Parle.\u2014 Si tu éprouves de semblables émotions au premier mot, je me tais ; le moyen de parer à une situation difficile n\u2019est pas de perdre la tête.\u2014 J\u2019étais si heureux!.\u2014 C\u2019est pour garder ce bonheur que j\u2019ai le courage de te faire part de mes impressions.\u2014 Bien, je me contiendrai.Je me contiens déjà.Si M«*« .Ai// bo», «\"eloy'1 on o«« \"\" J d« con**'0\"*' oonnobe.^nc ,gnon l/y' ,\u201edv,iches.de sa' demi-PO'\" fait on \u2022rfmw Fait souffrir nombre d'enfants en voyage.Soulage; les avec le Un demi siècle de succès, chez enfantes et adultes* sur Terre et sur Met.¦jvamimim.j H£Af SEASICK PAR TOUT LE MONDE\tEgt St vous avez aux alentours de Montréal.\u201e a PROPRIÉTÉ, TERRE OU TERRAIN à vendre Adressez-vous à ROMÉO AUGER CR.9363\t7662, rue St-Deals.Montreal AVIS IMPORTANT POUR des raisons très IMPORTANTES nous tenons à rappeler à tous nos lecteurs et dépositaires que notre maison, la maison Poirier, Bessette & Cie, Limitée, ne possède et n'édite que TROIS MAGAZINES, qui sont : LE SAMEDI LA REVUE POPULAIRE LE FILM Nous n'avons donc aucun lien d'aucune sorte avec tout autre magazine, revue ou publication quelconque de la Province de Québec.POIRIER, BESSETTE & CIE, LIMITEE 975-985, rue de Bullion, Montréal 18 26 \u2014 A la bonne heure.Et puis, ne suis-je pas là, moi, pour te soutenir et te consoler au besoin?.\u2014 Me consoler?.Tu m\u2019effraies de plus en plus.\u2014 Tu n\u2019en auras pas besoin si tu m\u2019écoutes.\u2014 Je t\u2019écouterai.\u2014 Même si je te conseille de résister à ta fille ?-\u2014Je ne te comprends pas.\u2014 Je vais m\u2019expliquer.« Je connais Gauitier depuis l\u2019enfance.Je le connais bien.\u2014 Tu peux avoir des préventions contre lui.Je l\u2019admets.Cependant, il y a une chose contre laquelle tu ne peux aller : il a été d\u2019une générosité, d\u2019une grandeur d\u2019âme admirables vis-à-vis de Cécile, pauvre et sans ressources.« Bernard, je suis heureux, heureux et reconnaissant au-delà de toute expression.« Je paierai mon gendre en lui donnant la fortune et le luxe.Lauris ne répondit pas.Son visage seul exprimait une mélancolie profonde.Dominique, étonné, le regarda.\u2014 Qu\u2019as-tu?lui demanda-t-il vivement.\u2014 Rien.\u2014 Allons donc !.Je te connais trop profondément.A moi, il ne faut pas dire de ces ohoses.Ne suis-je donc plus ton «vieux», ton ami?.\u2014 Comme tu viens de me le dire, tu es trop heureux.R serait cruel, surtout aujourd\u2019hui, de porter atteinte à ce bonheur-là.\u2014 Tout à l\u2019heure, cependant, tu étais disposé à me dire certaines choses.\u2014 Oui, mais devant tes paroles, j\u2019ai pensé qu\u2019il valait mieux retarder mes explications.Ce sera pour plus tard.A l\u2019heure actuelle, je te demande une seule faveur.\u2014 Laquelle ?.\u2014 Comme je te l\u2019ai glissé rapidement ahez Cécile, ne dis pas un mot du chiffre de notre fortune en parlant à ton gendre ou à ta fille.Laisse-leur croire qu\u2019elle est modeste.\u2014 Ma fille?.La crois-tu donc intéressée ?.\u2014 Ah! Dieu non!.Au contraire!.Mais elle n\u2019a pas de secrets pour son mari, et elle subit absolument son empire.C\u2019est vite vu !.Brésilia saisit la main du marquis de Mirecourt.\u2014 Bernard, dit-il, explique-toi, sans cela tu vas me torturer et empoisonner tout mon bonheur.\u2014 Plus tard, pas en ce moment.\u2014 Tout de suite, je t\u2019en conjure ! Avec une singulière autorité, il ajouta : \u2014 Je le veux !.«As-tu donc oublié nos serments de là-bas ?« Tout nous sera commun », avons-fthüà juré.« Nous n'tVurons pas de secrets 1 un pour l\u2019autre.« Nous ne nous séparerons jamais!.» \u2014 Je ne veux pas te quitter.Mais tu as un secret.Je dois le Connaître.\u2014 Ce n\u2019est pas un secret C\u2019est une opinion, peut-être même une simple intuition.\u2014 N\u2019importe.parle! \u2014 Et tu ne m\u2019en voudras pas?.\u2014 E n\u2019y a pas de danger.Ta pensée a toujours été la mienne.«Peut-être, cette fois-ci, la combat-trai-je comme celles qui nous viennent malgré nous.« Mais peut-être, aussi, me servira-t-elle et me rendra-t-elle un signalé service.__Ah J je te retrouve, avec ton bon sens, ton intelligence, ta pondération ordinaires, surtout ta confiance en moi.Eh bien, pardonne-moi le coup que je vais te porter, mais la vérité vraie, sur mon âme, la voici : le mariage de Gaultier a été une machination de sa part ; il n\u2019aime pas ta fille.\u2014 Tu dis ?.\u2014 Qu\u2019il a appris ton existence.surtout celle de tes millions.\u2014 Comment ?.\u2014 Eh! le sais-je?.Mais je l\u2019ai connu gamin ; il est le fils d\u2019une Allemande qui, pendant la guerre, a vendu notre pays à ses compatriotes et, pour de l\u2019argent, était capable de tout.« Elle était ignoble, paraît-il, cette femme.« Mon oncle a élevé son fils, parce que le père, ouvrier à l\u2019usine, a été pris par une courroie qui allait saisir et entraîner Jean-Jacques Monastier.« L\u2019ouvrier est mort à sa place.Mon oncle ne pouvait pas l\u2019oublier.« Albert a été élevé au château et moi le voyant journellement.« D\u2019instinct, Claude et moi, nous le haïssions, nous le méprisions.« Sournois, souple, menteur, sans aucun sentiment pour personne, il détestait tout le monde, même mon oncle, qui avait pour lui une sollicitude qui jamais ne s\u2019est lassée ; il subordonnait tout à ses intérêts.« A mille petites faits, qu\u2019il serait trop long, surtout ici, de te raconter, nous avons toujours vu, Claude et moi, qu\u2019il avait une mauvaise, très mauvaise nature.Ce garçon-là, que je connais comme ma poche, n\u2019a pas changé, c\u2019est impossible.\u2014- Ah ! tu m\u2019épouvantes.J\u2019ai une si grande confiance en ta perspicacité !.« Sur quoi te bases-tu ?«Qu\u2019est-ce qui a éveillé tes soupçons ?.« Et puis, Albert a beau être ce que tu dis, \u2014 et je n\u2019en doute pas, \u2014 il aime Cécile.« Et l\u2019amour n\u2019est-il pas capable de tout transformer, de tout élever ?\u2014\tEvidemment.Mais il ne 1 aime pas.\u2014\tAh! Comment le sais-tu?.\u2014\tEh bien, à Loucelles, chez Philibert Moreau, surtout à la Délivrande, à quelques paroles échappées à Mme Marie des Anges, j\u2019avais eu des soupçons.« Es se sont singulièrement accrus chez la mère Caudebec.\u2022\u2014 Comment cela ?.\u2014 Tout de suite après le déjeuner, tu t'es endormi, cédant à la fatigue, surtout, probablement, à l\u2019énervement fou qui était le tien.\u2014 Je me souviens.Mais il me semble que je n\u2019ai pas dormi longtemps ?\u2014 Non, mais assez cependant pour me permettre de mettre à exécution un projet qui me hantait.\u2014 Lequel ?.\u2014 Celui de faire parler la Normande.Je suis descendu, pendant ton sommeil, et je lui ai alors demandé si elle connaissait le jeune homme avec lequel la petite orpheline s\u2019était mariée.«Oui, elle l\u2019avait vu tout le temps qu\u2019avaient duré les préparatifs du mariage.« \u2014 Et l\u2019année précédente, il était venu également ?lui ai-je demandé.« Elle a souri, avec cette expression si fine, habituelle en Normandie, et qui a la même signification que la fameuse locution :\t« Peut-être que oui, peut- être que non.» « Un ou deux louis ont immédiatement rassuré sa prudence.« \u2014 E n\u2019était jamais venu par ici.a-t-elle affirmé.C\u2019est des blagues, l\u2019histoire de la rencontre !.« \u2014 Ah! comment cela?ai-je insisté.« Alors, la bonne femme m\u2019a raconté qu\u2019un homme d\u2019équipe qu\u2019elle m\u2019a nommé, lui avait affirmé qu\u2019à son arrivée dans le pays, quelques semaines au- Le Samedi, Montréal 9 août 1952 paravant, le marié lui avait demandé s\u2019il y avait une auberge, dans le pays, et où était cette auberge.« \u2014 I] ne connaissait même pas le chemin du couvent, a-t-elle ajouté.« Or, a-t-elle fait, avec un certain orgueil, quand on vient à la Délivrande, ne serait-ce qu\u2019une fois, on connaît la mère Caudefoec et son auberge, et ses frichtis, et son cidre, et son bonnet de coton.» « Je n\u2019avais pas besoin d\u2019en savoir davantage.Du reste, tu étais éveillé et tu me cherchais.« Et puis, jusqu'à nouvel ordre, je ne voulais pas te donner des inquiétudes.« Connaissant Gaultier comme je le connaissais depuis si longtemps, je me suis dit alors : «Albert est resté le même chenapan que j\u2019ai fréquenté jadis ; il a fait un coup de maître, avec ce mariage.» \u2014 Mais s\u2019il aime Cécile ?.\u2014 Où l\u2019aurait-il connue, puisqu\u2019il n\u2019avait jamais mis les pieds à la Délivrande, malgré ses affirmations ?.Car je tiens pour intelligente, sérieuse et vraie l\u2019affirmation de la vieille aubergiste.\u2014 Mais depuis.Lauris, depuis.l\u2019amour peut être venu ?Ne trouves-tu donc pas que Cécile est capable de l\u2019inspirer ?.Bernard frémit de la tête aux pieds.Oh ! oui, mille fois oui, il le trouvait ! Mais il ne voulait pas que Dominique s'aperçût de l\u2019impression profonde qu\u2019elle lui avait produite.E en serait affaibli, presque impuissant à la protéger.II fit sur lui un effort extraordinaire et, sa volonté aidant, il put répondre, sincère, et avec des apparences d\u2019indifférence : \u2014 Certes.Mais il ne l\u2019aime pas ! \u2014 Ah!.Comment t\u2019en es-tu rendu compte ?.\u2014 J\u2019étais assis dans le salon, sur l\u2019appui de la fenêtre, un peu de biais, quand Gaultier est rentré de l\u2019usine.Tu m\u2019as peut-être vu ?\u2014 Oui.continue.\u2014 Albert, lui, ne pouvait m\u2019apercevoir que difficilement, car Cécile, dans ses bras, me cachait ; mais moi, je distinguais bien son visage et l\u2019expression qu\u2019il avait.« En voyant Cécile, en recevant ses naïves caresses, il a été tout d\u2019abord ennuyé, excédé, et il l\u2019a brutalement éloignée de lui.\u2014 C\u2019est vrai, cela, Lauris?.\u2014 Ai-je jamais menti?.\u2014 Ah ! le brigand ! \u2014 Calme-toi.A nous deux, nous le materons.\u2014 Oh ! oui.\u2014 Ceci pour les sentiments vrais du monsieur.Maintenant, une autre chanson, aussi grave, à mon sens : « Quand Cécile lui a dit que tu n\u2019étais pas mort, que tu étais là, la physionomie de Gaultier a aussitôt changé du tout au tout.Et.avant qu\u2019elle ait rien expliqué, le visage du gredin a rayonné et a pris une expression d\u2019indicible triomphe, bien en désaccord avec les paroles de doute qu\u2019il prononçait.« En effet, il lui disait : « \u2014 Mais tu n\u2019as pas de père, mon amour.» \u2014 Oui, inutile de répéter ses paroles, je les ai entendues.\u2014 .Alors, pendant qu\u2019il essayait de jouer l'étonnement, l\u2019éclair de ses yeux disait éloquemment : « Enfin !.» \u2014 C\u2019est que tu m\u2019impressionnes profondément, Lauris, et te crois.\u2014 Tu le peux !.Non seulement Gaultier te savait riche, mais il n\u2019ignorait pas que tu arrivais, et il t\u2019attendait.Ou je ne suis qu\u2019un niais ne sachant rien voir, rien comprendre, ou bien ce que je t\u2019exprime là est la vérité pure !.\u2014 Toi, un niais.Toi, au contraire, un prodige d\u2019observation, d\u2019intuition, de finesse suraiguë.Allons donc !.Je te LA VIE COURANTE.Par Georges Clark H3#L li»|UW»l llin Cl - in < f1 e îfc q __Deux sortes de clientes, celles qui viennent lire et celles qui ne font que rencontrer ici leurs omis.Je ne sais pas celles qui s'arment le mieux pour la vie. Le Samedi, Montréal, 9 août 1952 27 crois, je te crois comme je l\u2019ai toujours fait, mon cher petit.Mais, de quels sommets ne suis-je pas précipité!.Il se tordit les mains.Bernard lui pressa le bras.\u2014 Pardonne-moi, vieux, dit-il.D\u2019abord, tu as voulu connaître ma pensée.Ensuite, toi comme moi, ne sommes-nous pas des hommes d\u2019action ?.Et quand nous nous trouvons prévenus et instruits de certaines difficultés, de quels obstacles ne pouvons-nous pas avoir raison?.\u2014 Oui, de tous, Lauris, mais pas du coeur de ma fille, ou d\u2019une souffrance à lui infliger !.\u2014 Elle ne souffrira peut-être pas.«Mais, pour cela, connaissant Gaultier comme je le connais, il faut nous arranger pour rester son maître.«En effet, il aimera ou, du moins, ménagera Cécile, si elle représente pour lui ce veau d\u2019or qu\u2019il doit adorer à deux genoux, et devant lequel, même tout petit, il était capable, comme jadis sa mère, de tout sacrifier.« A nous de savoir le tenir par les intérêts et l\u2019amour du luxe.«Il doit, avec son orgueil, être extrêmement sensible à ces choses.«Je désire m\u2019être trompé.«Je ne le crois pas.Et, dans un moment d\u2019abnégation sublime, Bernard ajouta : \u2014 Du reste, le bonheur de ta fille me tient au coeur comme à toi-même, ma nounou chérie ; laisse-moi faire, ce sera bien le diable si nous ne l\u2019assurons pas.Malgré tous les efforts qu\u2019il faisait pour contenir son désespoir, pour être à la hauteur de la volonté et de l\u2019intelligence que le marquis de Mirecourt lui demandait de déployer, Brésilia avait reçu un coup profond au coeur.Il valait bien la peine, vraiment, d\u2019avoir eu tant d\u2019espoir, pour tomber de si haut !.Néanmoins, il dit à Bernard : \u2014 J\u2019ai en moi une grande douleur, Lauris.\u2014 Je le comprends.\u2014 Mais tout ce que tu me conseilleras de faire, je le ferai.\u2014 Bien ! C\u2019est du reste le seul moyen de tirer le meilleur parti possible d\u2019une situation mauvaise mais peut-être pas désespérée.\u2014 Alors, comment dois-je agir, aujourd\u2019hui ?\u2014 Avec mon oncle, devant ta fille ou derrière, dis simplement que nous sommes riches et que tu veux que Cécile le soit.Mais ne précise pas ce que tu feras pour elle.« De mon côté, quand ton gendre sera là, négligemment, afin de me faire supporter par lui, je déclarerai que je ne me marierai jamais, que je veux être le parrain de tes petits-enfants, que j\u2019adopterai plus particulièrement l\u2019un d\u2019eux.\u2014 Et ta famille, que dira-t-elle de cela ?\u2014 Ah! tu ne la connais pas.De l\u2019or pur, tous, mon oncle se soucie comme d\u2019une guigne de l\u2019immense fortune qui est la sienne, Jacqueline de même.\u2014 Et Claude ?\u2014 Il est personnellement très riche, lui aussi.De plus, il y a des millions, dans son admirable cervelle ; et son désintéressement est tout aussi grand, tout aussi vrai que celui des autres.\u2014 Des braves gens, alors ?\u2014 Oh ! oui, tu peux le dire.\u2014 Comme je vais les aimer!.\u2014 Ils te le rendront !.Ils te le rendent déjà.Puis, changeant brusquement de conversation, car Mirecourt ne voulait pas céder à l\u2019intense émotion qui le tenait, il continua : \u2014 Tu resteras ici pendant quelques jours, si cela te plaît.« Tu feras seulement grande attention à ton gendre, et tu seras constamment Les Mots Croisés du Samedi 1.2.3 4.6 7.a 9 IQ 12.13.14.15 ».\t2.3.4.\t5.\t6,\t7\t8, 9.10, II.12, 13.14, 15, Problème No 1076 J\"' \"¦ / \"\"\"¦ en éveil, à cause des pièges qu\u2019il te tendra tout le jour, pour connaître ta fortune.« Moi, pendant ce temps, je me rendrai pour notre organisation à Paris, car je la veux superbe.Puis, j\u2019irai demander chez certains banquiers américains combien nous valons, là-bas.«Peut-etre pourrons-nous dissimuler une partie de nos capitaux, ce qui serait excellent.Dans tous les cas, nous réfléchirons tous les deux, et lorsque nous nous retrouverons, nous déciderons entre nous quelle ligne de conduite nous devons tenir vis-à-vis de ce joli monsieur.On était arrivé à la limite du parc de Pierre-Pointue.Déjà, les grands arbres aux voûtes épaisses paraissaient, mettant sous le soleil ardent la fraîcheur délicieuse de leur ombre impénétrable.Les massifs tout proches, embaumaient ; quelques oiseaux, bravant la chaleur, chantaient encore.Au coin dès guérets, les perdreaux et les cailles rappelaient leurs couvées, qui maintenant s\u2019essaimaient.Brésilia s\u2019arrêta au milieu de l\u2019allée : \u2014 Bernard, dit-il tout à coup, je ne puis aller plus loin.« J\u2019ai en moi un trouble profond.J\u2019aime mieux rester seul pour me ressaisir.« Je ne suis pas en état de voir ton oncle maintenant.« Parle-lui.J\u2019irai plus tard, ce soir ou demain, par exemple.\u2014 Vieux, mon cher vieux, répondit Mirecourt, très ému, console-toi, apaise-toi, je veux ta fille heureuse.Sur tout ce que j\u2019ai de plus cher, de plus sacré, je te jure d\u2019employer tout ce que je possède de coeur, de volonté et d\u2019intelligence à atteindre ce but.Aie confiance en moi, ne souffre pas.Son accent si doux, si profond, bouleversa l\u2019ancien prospecteur.H prit la main que Bernard lui tendait et murmura : \u2014 Merci, mon petit, je te crois.Et puis Cécile est si bonne, si inoffensive, si droite !.-\u2014 Oui, c\u2019est une perfection.Et si honnête, en même temps, qu\u2019elle ne ' verra jamais les calculs odieux de son mari, pas plus qu\u2019elle ne croira à ses turpitudes.«Le bonheur de ces êtres privilégiés est facile.« Laissons-lui sa paix de paradis.«C\u2019est à nous, à toi comme à moi, à lutter pour qu\u2019aucune pierre ne vienne se mettre en travers de sa route.\u2014.Moi, c\u2019est naturel, je suis son père ; mais toi, mon petit, toi qui ne la connaissais pas il y a quelques jours, comment puis-je te demander et accepter les sacrifices que tu dois faire pour la protéger ?.\u2014 N\u2019es-tu pas mon meilleur ami ?.N\u2019as-tu pas, jadis, veillé sur mon père ?N\u2019avons-nous pas dormi côte à côte, là-bas, au milieu des dangers de toutes sortes ?Par-dessus tout, la sainte amitié ne nous lie-t-elle pas ?.« Va en paix, vieux.Par nous, Cécile sera heureuse.Comme il le faisait jadis pour son capitaine tant aimé, Dominique porta à ses lèvres la main de Mirecourt, et, sans pouvoir prononcer une parole, il s\u2019enfuit.Bernard demeura quelques instants à la même place, les yeux fixés vers la silhouette qui, peu à peu, s\u2019amincissait ; et, quand il ne la vit plus, portant, lui aussi, la main à ses yeux humides, il murmura : \u2014 Oui, contribuer à son bonheur avec un autre me sera dur, très dur, même.Mais mère Angèle me l\u2019a dit souvent : le plus grand, le plus pur des bonheurs est dans le sacrifice !.H porte avec lui, sous l\u2019amertume des premiers efforts, une douceur sans pareille ! Aujourd\u2019hui, je comprends cette parole qui, jadis, me semblait un paradoxe !.HORIZONTALEMENT 1\u2014\tVerso.\u2014 Jeune fille.\u2014 Sot.2\u2014\tTable de boucherie.\u2014 Machine hydraulique.\u2014 Rivière de France.3\u2014\tBouquet qui exprime une pensée.\u2014 Situé.\u2014 Embellir.4\u2014\tQui aspire aux mêmes avantages qu\u2019un autre.\u2014 Repas principal.5\u2014\tPetit oiseau.\u2014 Plans de sustentation d\u2019un avion.6\u2014\tPréfixe d\u2019abstraction.\u2014 Instruire.\u2014 De l\u2019alphabet grec.7\u2014\tPartie d\u2019une église.\u2014 Petit plancher élevé dans une chambre pour y placer un lit.\u2014 Mesure algérienne.8\u2014\tEn outre.\u2014 Gros et court.9\u2014\tRapporter textuellement.\u2014 Personnage de la féerie anglaise.\u2014 Genre de poissons acanthoptères de l\u2019océan Indien.10\u2014\tAffaibli.\u2014 Gagné par des flatteries.\u2014 Rivière de l\u2019Asie centrale.11\u2014\tArticle simple.\u2014 D\u2019une humeur fâcheuse.\u2014 Symbole chimique de l\u2019argent.12\u2014\tRoi de Juda.\u2014 Possessif.\u2014 Difficile à entamer.13\u2014\tGris brunâtre.\u2014 Romancier prussien, né à Berlin, qui épousa la correspondante de Goethe.14\u2014\tQui ne sait pas se taire.\u2014 Assembler des chiens courants pour la chasse.15\u2014\tOrateur grec qui tint à Athènes une école de déclamation.\u2014 Peu éclatant.\u2014 Prudent.VERTICALEMENT 1\u2014\tDepuis.\u2014 Epoque où Sirius se lève et se couche avec le soleil.\u2014 De l\u2019alphabet grec.2\u2014\tSe dépouiller de.\u2014 Défaut d\u2019intelligence.\u2014 Partie inférieure.3\u2014\tRendus impurs.\u2014 Solennité.\u2014 Exposé au bon air.4\u2014\tDélayée.\u2014 Moi.\u2014 Lieu de refuge.5\u2014\tRivière de France où le général Joffre s\u2019illustra.\u2014 Collier disposé autour d\u2019un mât pour y diminuer le frottement de la vergue.6\u2014\tUnité.\u2014 Tringle de bois servant d\u2019appui.\u2014 A moi.\u2014 Posséda.7\u2014\tIle du Dodécanèse italien.\u2014 Sans surcharge.\u2014 Mois.\u2014 Ile de l\u2019Atlantique.8\u2014\tAncien nom de l\u2019Irlande.\u2014 Se séparer en rayons.9\u2014\tFleur blanche.\u2014 Titre honorifique dans quelques pays musulmans.\u2014 Ophidiens.\u2014 Douze mois.10\u2014\tEn cet endroit.\u2014 Plat de résistance qu\u2019on trouve sur les tables à Noël.\u2014 Premier mot de l\u2019hymne de saint Jean-Baptiste.\u2014 Habitant.11\u2014\tHéros grec, roi des Locriens.\u2014 Ne pas profiter d\u2019une occasion.12\u2014\tParer.\u2014 Dans la gamme.\u2014 Esclave syrien, chef de la première guerre Servile.13\u2014 Houilles menues.\u2014 Morceaux chantés par un seul artiste.\u2014 Prénom féminin.14\u2014\tUn des fils de Jacob.\u2014 Grisette espagnole.\u2014 Préfixe d\u2019un million.15\u2014\tPour la troisième fois.\u2014 Char attelé de quatre chevaux de front.\u2014 Note.Solution du problème No 1075 28 Le Samedi, Montréal 9 août 1952 Bernard reprit sa marche.Les arbres centenaires si merveilleusement beaux, avec leurs branches entrelacées, les points de vue admirables aperçus dans les éclaircies savamment ménagées, l\u2019horizon bleu, aux confins duquel les croupes arrondies des Vosges profilaient leurs silhouettes d\u2019un vert si foncé, les massifs de fleurs semées de tous les côtés, et qui, dans cette magnifique journée d\u2019été, alanguies et subtiles, embaumaient, Mire-court ne voyait rien.Enfin il arriva dans la grande cour du château, celle au milieu de laquelle dans le grand bassin en granit des Vosges, les cygnes blancs plongeaient, leurs pattes noires battant l\u2019air.Il gravit les marches monumentales du perron, où maintenant les clématites et les roses grimpantes montaient, soignées jalousement par Jacqueline.H entra dans le hall superbe et, trouvant toutes les portes ouvertes, il se faufila jusqu\u2019au petit salon, où sa cousine, assise, lisait.Elle se leva à sa vue, et lui tendit son front.\u2014 Père et Claude n\u2019ont pu t\u2019attendre, dit-elle.Un acheteur important est à l\u2019usine, il a fallu l\u2019y rejoindre.Ils viendront aussitôt leurs affaires terminées.«As-tu le temps, mon grand?.\u2014 Oui, tout le temps.\u2014 Alors, assieds-toi et causons.Elle voyait qu\u2019une ombre était sur le front du marquis et elle espérait, dans une bonne causerie fraternelle, la dissiper.\u2014 Je croyais qu\u2019à ton premier voyage, Bernard, lui dit-elle, tu devais nous faire faire la connaissance de ton ami Brésilia ?\u2014 Je le ferai, évidemment.Mais, pour le quart d\u2019heure, Brésilia n\u2019est pas présentable.\u2014 Pourquoi donc ?.\u2014 A ma dernière visite ici, ma Line, je t\u2019ai raconté que le pauvre homme, parti il y a quinze ou seize ans de Paris, a été obligé, en s\u2019expatriant, forcé par la misère la plus noire, de laisser derrière lui une petite fille qu\u2019une voisine charitable s\u2019était chargée d\u2019élever ?\u2014 Oui, je me souviens ; cela m\u2019a même prodigieusement intéressée.La voisine charitable était morte, et personne ne savait ce que l\u2019enfant était devenue, n\u2019est-ce pas ?\u2014 Absolument, oui.\u2014 Ton ami était même resté à Paris pendant ton dernier séjour ici, occupé à retrouver les traces de sa fille ?\u2014 Et je l\u2019ai aidé après vous avoir quittés.Et à nous deux nous avons réussi.\u2014 Ah ! mon Dieu ! Bernard.mais c\u2019est un roman, cela.Ton ami a retrouvé sa fille ?\u2014 Parfaitement.\u2014 Quelle joie doit être la sienne ! \u2014 Incommensurable.Il y a malheureusement une ombre au tableau.Jacqueline pâlit un peu.Ses beaux yeux sombres eurent un éclair.Mais, se rassérénan.t aussitôt, elle murmura : \u2014 Je suis folle!.Plus haut, elle dit : __Oh ! le pauvre homme ! Vois-tu, Bernard, sans le connaître, je l\u2019aime pour tout le bien qu\u2019il t\u2019a fait.Raconte l\u2019ombre ?\u2014 Cette enfant, qui est une perfection, est mal mariée.\u2014 Ah! L\u2019éclair des yeux était revenu.__Quel âge a-t-elle ?demanda Mlle Monastier.\u2014 Vingt ans.\u2014 Et sympathique ?\u2014 Adorable.\u2014 Jolie ?\u2014 Une marquise des temps passés.\u2014 Une marquise ?.\u2014 Oui.absolument étonnant, je l\u2019avoue.Mais c\u2019est ainsi.«En cette fille d\u2019ouvrier, sortie entièrement du peuple, élevée par charité dans un orphelinat de province, il y a une élégance innée, une distinction de duchesse.Ce mot « orphelinat » avait fait tressaillir plus profondément encore Mlle Monastier.Mais Bernard, tout à la pensée de Cécile, ne voyait pas la préoccupation de sa cousine.Il continua, murmurant presque comme en extase, le coeur et les yeux embués d\u2019un regret navrant : \u2014 Et, avec cette distinction, quelle douceur, quelle grâce !.« De sa jeunesse maladive, elle a gardé une apparence de fleur brisée, une gracilité, une faiblesse qui prennent et retournent le coeur.«Et quelle sincérité loyale et pure dans ses beaux yeux de la couleur des eaux limpides, qui ne savent pas dissimuler leurs pensées.« Il faut que tu me promettes de l\u2019aimer, ma Line.Il s\u2019arrêta soudain, parlant d\u2019elle comme si Jacqueline ne la connaissait pas.et c\u2019était chez Mlle Monastier que Bernard avait vu Cécile pour la première fois.Tout à coup, il s\u2019écria : \u2014 Mais tu la connais, soeurette, et déjà tu l\u2019aimes, je le sais, je l\u2019ai vu.Alors Jacqueline, les yeux assombris, la bouche douloureuse, s\u2019écria : \u2014 Mais c\u2019est donc Cécile, cette fille de ton ami ?.Bernard inclina la tête sans répondre autrement ; ses yeux étaient pleins de larmes.\u2014 Ah ! le misérable ! s\u2019écria la fiancée de Claude, je m\u2019en doutais !.\u2014 De quoi te doutais-tu, Line?.\u2014 Eh bien ! c\u2019est père qui a servi de témoin à Gaultier pour son mariage.Quand il nous a appris comment et de quelle façon il se mariait, qu\u2019il nous eut raconté que sa fiancée était une pauvre petite orpheline sans parents, sans ressources, que sa faiblesse et son abandon avaient touché l\u2019individu, père a conçu un enthousiasme sans nom.H a comblé Albert de félicitations et de présents.\u2014 Après ?.Après ?.\u2014 Eh bien ! Claude, le premier, qui n\u2019aime pas le monsieur, a trouvé la chose bien belle pour avoir été conçue par le personnage.Il a eu des doutes et me les a naturellement communiqués.« H lui semblait que si Gaultier accomplissait une si belle action, c\u2019est qu\u2019il avait un intérêt majeur à le faire, un intérêt qui existait mais que personne ne pouvait soupçonner.\u2014 Ha pensé à cela, Claude ?.\u2014 Oh ! oui, tout de suite.\u2014 Et toi?.\u2014 J\u2019ai essayé de réagir contre cette impression et j\u2019ai voulu voir Chez Albert un mobile plus noble.Mais quand il nous eut conduit ici cette gentille et adorable Cécile, j\u2019ai été vite fixée.Non, cet individu n\u2019aimait pas celle qu\u2019il disait cependant adorer, au point d\u2019avoir passé par-dessus sa misère, son abandon, sa fragilité.« R était brusque, sévère, agressif, exigeant, surtout indifférent, avec elle.Un intérêt quelconque seul, évidemment, le faisait agir.«Quel intérêt?.Nous ne le savions pas.\u2014 Comme tu l\u2019as bien jugé, Jacqueline !.L\u2019intérêt, c\u2019était le beau-père et les millions, dont le hasard devait lui avoir révélé l\u2019existence.\u2014 Mais comment as-tu vu cela, toi aussi, Bernard ?.Il lui raconta son arrivée le matin, avec Brésilia dans la petite maison du bois, l\u2019entrevue si émouvante du père et de la fille, enfin l\u2019entrée d\u2019Albert dans sa brusquerie, son indifférence, et sa physionomie aussitôt changée, dès que Cécile lui avait appris la présence chez elle de son père.Puis, il parla également de toutes les observations qu\u2019avec son esprit subtil Mirecourt avait faites.__Et ce pauvre homme, se doute-t-il de ce que tu penses, Bernard ?insista Jacqueline.__Oui, j\u2019ai cru de mon devoir de le lui dire, je connais Gaultier comme toi, je sais son âpreté, sa cupidité même, et pour préserver la fortune de Dominique, je lui ai imposé un serment.\u2014 Lequel ?__Ne pas dire un mot du chiffre de cette fortune qui nous est commune, et à toi je puis l\u2019avouer, qui est fabuleuse.«Avec l\u2019amour qui est dans le coeur de Brésilia pour sa fille, il se serait laissé aller à lui donner tout ce que le misérable, par la bouche de Cécile, aurait demandé au père.\u2014 Tu as raison, il n\u2019y aurait plus de limites.__Tandis que, prévenu, Dominique m\u2019écoutera.Et par l\u2019intérêt nous tiendrons ce bandit.Il sera obligé alors de ménager sa femme.Avec une douceur et une tristesse qui remuèrent le coeur tendre de Mlle Monastier, le marquis ajouta : \u2014 Et ce sera certainement le meilleur moyen de rendre cette pauvre Cécile un peu heureuse- Jacqueline en savait assez.Elle venait de lire dans le coeur de son camarade d\u2019enfance, et le secret que Bernard lui-même ignorait encore, elle l\u2019avait deviné.\u2014 Pauvre Bernard!.murmura-t-elle doucement.Elle ajouta : \u2014Cécile m\u2019est déjà extrêmement sympathique.Sans rien connaître de son histoire, j\u2019avais deviné que cet être odieux avait fait une spéculation de sa misère et de son abandon ; je l\u2019aimais déjà.Pour toi, Bernard, je l\u2019aimerai encore plus.\u2014 Merci, ma Line.\u2014 Mais laisse-moi te donner un bon conseil, veux-tu ?.\u2014 Je ne demande pas mieux.\u2014 Quand présenteras-tu Brésilia à père ?\u2014 Je l\u2019eusse fait à deux heures, comme cela était convenu.« Mais le pauvre vieux, aux révélations que je lui ai communiquées sur son gendre, surtout aux soupçons dont je lui ai fait part, afin d\u2019obtenir de lui une grande prudence, a éprouvé un tel bouleversement qu\u2019il n\u2019a pu m\u2019accompagner.\u2014 Où est-il en ce moment ?\u2014 Il erre d'ans la montagne, essayant de se ressaisir.\u2014 Le fera-t-il?\u2014 Oui, car c\u2019est une âme d\u2019élite.Et puis, il a une si grande confiance en moi !.« Je lui ai juré de veiller sur le bonheur de Cécile, et il me croit.Jacqueline tendit sa main pure.\u2014 C\u2019est très bien, cela, Bernard, dit-elle.L\u2019être léger et égoïste que tu étais jadis a disparu.«Aujourd\u2019hui, tu es vraiment un homme de coeur et de devoir !.Je t\u2019adore.mon frère chéri.Il mit un baiser sur la main divine qui lui était tendue, et Jacqueline y sentit en même temps une larme.\u2014 Eh bien, dit-elle, mon conseil, le voici : « Avant de présenter ton ami à père, raconte à ce dernier tout ce que tu pressens de Gaultier.Tu me rendras service.Elle rapprocha ses fins sourcils si nets, si fermes, et ajouta au bout de quelques secondes : \u2014 Oh ! oui, un grand service.\u2014 Explique-toi.\u2014 Gaultier a voué à Claude une haine profonde, quoique dissimulée.« Il lui fera du mal, un jour ou 1 autre, je le sens, j\u2019en suis sûre.« C\u2019est un être maudit qui nous sera fstcll «Père, lui, ne le voit pas comme il est, et éprouve pour lui une singulière et aveugle indulgence, venue à coup sûr de ce que Jean Gaultier jadis est mort à sa place.«Mais si tu préviens père, si tu lui fais part de tes soupçons, peut-être l\u2019impressionneras-tu.« Tu es le seul dans tous les cas capable de le faire.«Tu as toujours eu, et aujourd hui plus que jamais, une si grande influence sur lui !.Instantanément, Bernard répondit : __Tu as raison, ma Line, et ce que tu me demandes, je vais le faire tout de suite.« Je me rends de ce pas à 1 usine, et aussitôt que mon oncle sera libre, je lui raconterai tout ce que je viens de te dire.«D\u2019abord, à lui seul, j\u2019ai eu l\u2019imprudence, l\u2019autre jour, de dire quel était le chiffre de notre fortune , je veux lui demander de n en pas souffler mot devant Gaultier.Aillons, adieu, Linette à ce soir.Comme l\u2019avait dit Jacqueline, Bernard était à coup sûr le seul être au monde capable, depuis la mort d\u2019Angèle, de faire renoncer Jean-Jacques à une idée ancrée en lui.Or, la conviction qu\u2019Albert Gaultier avait toutes les qualités était une de ces idées.\u2014 Un noble coeur, dit-il tout d abord à Mirecourt, quand celui-ci voulut lui parler des liens qui unissaient Cécile au richissime Brésilia.Oui, continua l\u2019ingénieur, Albert mérite bien, par son désintéressement et sa générosité, la chance inespérée qui lui arrive.\u2014 Désintéressement ?.répéta le marquis.Et sincèrement, comme il faisait toutes choses, brutalement même cette fois-ci, il raconta à Monastier tout ce qu\u2019il pressentait, tout ce qu\u2019il croyait.Jean-Jacques se révolta, cria, protesta.Bernard tenait à ses convictions, et avait surtout une singulière énergie pour les exprimer et les soutenir.Le soir, Monastier n\u2019était pas convaincu, mais il avait promis à Bernard de faire attention à son protégé, et de l\u2019observer avec soin.Quand ils quittèrent tous les deux l'usine pour revenir au château, Monastier était préoccupé.Bien plus qu\u2019il n\u2019avait voulu l\u2019avouer en effet, tout ce que lui avait dit son fils de prédilection l\u2019avait fortement impressionné.Il y avait en lui un bouleversement, contre lequel il n\u2019était pas capable de réagir.Ce bouleversement devait augmenter le soir même dans de notables proportions.En effet, quelques heures après, se trouvant seul avec Jean-Jacques, Claude et Jacqueline, \u2014 les hôtes de la petite maison n\u2019étant pas encore arrivés, \u2014 Bernard, devant son oncle, tira un petit écrin de sa poche.\u2014 Père, dit-il en s\u2019adressant à son ancien tuteur, es-tu content de moi ?.\u2014 Oh ! oui, répondit spontanément l\u2019industriel.Tu es un brave garçon, et la manière dont tu as réparé, par ton travail, les folies de ta jeunesse, me rend d\u2019autant plus heureux que ces folies étaient bien un peu causées par mon extraordinaire faiblesse vis-à-vis de toi.\u2014 C\u2019est sûr, répondit l\u2019autre simplement, et imperturbablement.Et, tout de suite, le marquis continua : \u2014 Alors, si tu es content, prouve-le-moi.[Lire la suite au prochain numéro} Le Samedi, Montréal, 9 août 1952 29 LA JEUNESSE EGYPTIENNE 1952 [S-fci.hw.5] à peine dépassée la vingtaine.Très jeune aussi, il se mariera et aura beaucoup d\u2019enfants, pour satisfaire à la parole du Sage :\t« Marie-toi jeune et aie beaucoup d\u2019enfants qui t\u2019honoreront dans ta vieillesse ».Gamal est arabe, dans la grande tradition de lucidité et de générosité, qui fait la fierté de sa race.Grapillant un peu partout ce qui peut enrichir son patrimoine spirituel, il le mettra ensuite au service de son pays, et de sa religion.C'est d\u2019ailleurs en Europe, en Angleterre ou en France que la plupart des hommes politiques et des diplomates égyptiens se sont formés.Est-ce à dire qu\u2019ils parviennent mieux ainsi, à comprendre l\u2019Occident ?On peut en douter.Rentrés dans leur pays, ce sont généralement eux, les plus farouches adversaires du « way of life » occidental.Cet important facteur de la sentimentalité, dont nous parlions plus haut, joue ici son grand rôle.C\u2019est sentimentalement aveuglée par une sincérité qui ne tient peut-être pas suffisamment compte de certaines contingences, que la jeunesse égyptienne s\u2019est lancée fougueusement dans la lutte pour son indépendance et le décrassement de siècles et de siècles de servitude.Les jeunes Egyptiens sont d'ailleurs en cela dans la pure ligne dialectique du Coran.« Un jour, Mahomet », rapporte l\u2019Histoire, « était dans sa caverne favorite ; Une voix lui dit : \u2014 « Prêche !» \u2014 « Prêcher quoi ?» \u2014 « Prêche ce que tu crois ! ».Après des décennies de vie tranquille et quiète l\u2019élément jeune de l\u2019Egypte d\u2019après-guerre s\u2019agite, et met toute sa bonne foi dans la poursuite de buts mal définis encore.Jusqu\u2019à présent, loin d\u2019avoir une quelconque influence sur la vie publique du pays, la jeunesse a bien plutôt été le jouet des politiciens qui jusqu\u2019à Nahas Pacha se succédèrent au pou* voir, en agitant chaque fois l\u2019étendard du fanatisme.D\u2019ailleurs le dilemme actuel égyptien, qui est, avant tout un problème social, sera insoluble, tant que les Egyptiens eux-mêmes ne s\u2019y intéresseront pas.Trop peu de Pachas reprennent, avec Mahomet : « Al Faqr fakhri » (je suis fier d\u2019être pauvre).C\u2019est l\u2019immobilisation de la fortune nationale, en quelques mains, qui voue à la misère, la masse des paysans et des travailleurs.Mahmoud, fils de fellah Car c\u2019est vraiment un honteux état de misère que connaîtra tout au long de son existence, Mahmoud, fils de fellah.Croupissant dans la vermine, il atteindra l\u2019âge de dix ans pour aller, comme son père et comme sa mère travailler le long du Nil.Chaque année, les immenses étendues de coton du pays sont menacées par les ravages du vers de coton.C\u2019est alors que, pour quelques sous par jour, une armée de jeunes fellahs, pénètre dans les cultures et sauve les milliards en péril, des Pachas du Caire ou d\u2019Alexandrie.Le tableau est assez noir.Nous ne parlerons pas des autres maux qui périodiquement s\u2019abattent sur les épaulés du jeune paysan de Haute-Egypte et du Delta : la famine, les débordements dévastateurs du Nil, les épidémies, la cécité.Toile de fond, que trop de jeunes propriétaires arabes, quoique généreux et bienveillants, s\u2019habituent à considérer comme faisant partie du décor local.Les Européens du Caire .Aussi, les quelques milliers de néo-Egyptiens qui se partagent entre Le Caire, Alexandrie, Port-Saïd et Is-maïlia, peuvent-ils apporter le plus grand bien au pays, en créant une sorte de classe moyenne de petits possédants, instruits et raffinés.Certes, les fils de commerçants, d\u2019hommes d\u2019affaires, de professeurs qui vinrent, il y a vingt ou trente ans, s\u2019établir au Caire, gardent les liens de leur race, de leur religion et de leur culture d\u2019origine.Mais ils ont su merveilleusement bien s\u2019adapter au pays.Ces jeunes gens qui possèdent la double nationalité, et dont le second passeport est français, italien, belge, grec ou allemand sont un peu le résultat du brassage qui donne les hommes les plus intelligents et les plus fins du monde.L\u2019élite arabe le sait bien, qui bénéficie ainsi de l\u2019apport latin et hellénique, auquel se mêle toute la souplesse et le délié d\u2019un Orient tout proche.Pour la grande part chrétienne, la jeunesse néo-égyptienne suit les cours des lycées français, d\u2019Alexandrie, du Caire ou d\u2019Héliopolis ; les jeunes filles, elles, ceux des écoles catholiques italiennes.Ce sont sans doute les néo-Egyp-tiens, qui parmi les jeunes, jouent le plus grand rôle dans la vie publique.Les résidents possèdent au Caire, de nombreux journaux qui sont en quelque sorte leur porte-parole et dont l\u2019influence est grandissante dans certains milieux.C\u2019est là un bien, car on peut penser que tout l\u2019avenir de l\u2019Egypte se trouve lié à une bonne entente avec l\u2019Occident, et surtout à une collaboration avec tous les pays européens ou asiatiques de l\u2019orbite méditerannéen.L\u2019Handicap égyptien est très grand : principalement créé par les ans qui s\u2019accumulent et qui ont consacré des plaies sociales, telles que la corruption à tous les étages, l\u2019usage de la drogue même chez le peuple, le fanatisme et l\u2019ignorance.La jeunesse de l\u2019Egypte 1952 saura-t-elle écarter les obstacles ?Est-ce à elle que reviendra le rôle de former l\u2019Egypte nouvelle ?Il n\u2019y a pas de raisons d\u2019en douter.Mais encore faudrait-il que cette jeunesse concrétise plus avant ses buts et qu\u2019elle ne se livre plus à des mouvements spasmodiques aussi regrettables que ce triste samedi 26 janvier, qui a vu flamber les plus beaux édifices du Caire.X.B.de L.C\u2019est le premier de l\u2019An, et, depuis le matin, les coups de sonnette succèdent aux coups de sonnette chez les Duval.\u2014 Flûte ! à la fin, je n\u2019y suis pour personne ! grogne monsieur.\u2014 Bien, dit madame, plus patiente de sa nature, je répondrai pour toi.Drelin ! din ! din ! Madame ouvre.Sur le palier, un digne « boueux ».\u2014 Pardon, excuse, je viens pour les étrennes, explique l\u2019homme en portant la main à sa casquette.C\u2019est moi qui vide la poubelle.\u2014 Ah ! bien, répond la dame ; et de son ton le plus aimable, avec sa plus gracieuse révérence et son plus charmant sourire, elle ajoute, en repoussant doucement la porte : c\u2019est moi qui la remplis ! mx .LES MOUSQUETAIRES DE L'ARMAGNAC par PIERRE BOURGET La France, on le sait, est le pays du bien-manger par excellence : d\u2019innombrables confréries gastronomiques \u2014 Tastevins do Bourgogne, Jurats du Bordelais, Chevaliers de la Poularde d'Ile-de-France, Sacavins de l\u2019Anjou \u2014 tiennent régulièrement des séances alimentaires dans les plus belles régions du pays, afin de rendre hommage aux produits de la terre et de la vigne.Une nouvelle association de « Becs fins » vient d\u2019être solennellement créée au cours d\u2019un somptueux banquet, qui s\u2019est récemment tenu dans la grande salle de l\u2019abbaye cistercienne de Flaran, construite au XlVe siècle, dans le département du Gers.Là au son de vieux chants gascons, le général Baston, Président d\u2019Hon-neur du Syndicat du Commerce de l\u2019Armagnac, a intronisé en grande pompe les membres de la Compagnie des « Mousquetaires de l\u2019Armagnac ».Les convives, au premier rang desquels l\u2019Ambassadeur de Norvège en France, Monsieur Rolph Andvord, le Ministre plénipotentiaire du Vénézuéla, Monsieur Hernandez-Ron et M.Manell, Directeur-adjoint au Service des Informations de l\u2019Ambassade des U.S.A.en France, ont reçu le Grand Cordon bleu azur des Mousquetaires et un diplôme parcheminé, par lequel ils s\u2019engagent à « bien servir l\u2019Armagnac, qui devra toujours être le témoin des testes et réjouissances de notre pays, de notre famille, de l\u2019amitié et de l'amour ».Mais 1 Armagnac, qu\u2019est-ce donc ?C est à la fois une vieille province de France \u2014 qui se trouve approximativement au centre d\u2019un triangle dont les som -mets seraient Toulouse, Bordeaux et Bayonne \u2014 et une des eaux-de-vie les plus toniques qu\u2019on connaisse.Les 220,000 Français qui habitent la province sont, plus ou moms, intéressés à la fabrication de l\u2019Armagnac : une moyenne de 60,000 hectolitres est produite chaque année.L\u2019Armagnac, dont le degré d\u2019alcool est moindre que celui du cognac, est particulièrement prisé par les connaisseurs : savoureux et léger, subtil et parfumé, il est le joyau de la Gascogne.Sa distillation est délicate, et il n\u2019existe que très peu d\u2019alambics qui peuvent donner une eau-de-vie d\u2019excellente qualité : aussi n\u2019est-il pas rare de voir en Armagnac des alambics ambulants, montés sur un chassis spécial .et tirés par des boeufs, se rendre de ferme en ferme pour brûler les vins récoltés par les producteurs.La vigne est la première richesse de la province, pleine par ailleurs de vieux souvenirs qui remontent à l\u2019époque romaine, de châteaux du moyen âge, ou de gentilhommières du temps de Louis XIII.Il suffit de s\u2019y promener, au printemps de préférence, pour buter a chaque instant, sur des sites ou des monuments d\u2019une rare beauté : le vieux pont sur la Baise à Nerac, 'e cloître de Condom à Nogaro qui possède encore son église et son cloître du Xle siècle, Auch, enfin, le chef-lieu du département du Gers, avec sa Tou*- des Armagnacs Le plus célèbre personnage de la province est, sans conteste le bon roi Henri IV, Henri de Navarre, Seigneur d\u2019Armagnac, qui monta sur le trône de France en 1589.««ns pms pupuiaue personnage de la region, c\u2019est d\u2019Artagnan, capitair des mousquetaires du Roi Louis XIV, le héros du livre le plus lu dans le mono du grand romancier français Alexandre Dumas, « Us Trois Mousquetaires » Cest en souvenir de d\u2019Artagnan, enfant du pays, qu\u2019a été créée la compagn des Mousquetaires et 1 Armagnac, qui l\u2019a pris pour parrain.Le moment le pli émouvant des cérémonies qui se dé roulèrent en Armagnac à propos de la création des cette confrérie fut constitué par la visite de ces mousquetaires du XXe siècle au château natal de d\u2019Artagnan, Castelmore.Derrière ses pierres rosies par le temps, d\u2019Artagnan passa les premières années de sa jeunesse : et son seul descendant vivant actuellement, le Marquis de Montesquiou, Duc de Fensensac, est, tout naturellement, le premier des Mousquetaires de l\u2019Armagnac .Après un plantureux repas, les Mousquetaires font une reconstitution d'un duel tel qu'il se déroulait sous Louis XIII (en haut).Le tout dans une cave, évidemment. 30 LE LEGUME LE PLUS MERVEILLEUX DU MONDE - [Suite de la page 4]\t\u2014 Quant à la plante, elle peut être utilisée de plusieurs manières.Comme pâturage, elle est plus profitable que la luzerne ou le trèfle, parce que dans le soja il y a plus de protéine que dans les deux autres.Le soja en pleine croissance peut être ensilé avec autant d\u2019avantages que la luzerne et le trèfle, mais il ne faut pas attendre qu\u2019il soit très avancé, car les tiges deviendraient trop ligneuses et coriaces, ce qui déplairait aux animaux.Il faudrait en dire autant du soja en foin.On recommande de le mélanger aux autres sortes de foin.Le foin de soja haché enrichit les concentrés donnés aux animaux : bovins, chevaux, moutons, et même aux volailles.En donner trop aux porcs à engraisser, leur fait produire du lard mou.Pour les porcs et les volailles, il faut ajouter au soja un mélange minéral, soit à la graine, soit à la farine du tourteau.Le fameux tourteau Nous avons dit que les Orientaux ont utilisé le soja comme nourriture depuis 5,000 ans.Les Occidentaux, les Américains surtout, recherchent le soja surtout comme source d\u2019huile.D\u2019ailleurs, c\u2019est la grande raison qui l\u2019a introduit aux Etats-Unis lors de la première grande guerre.Comme les Américains tentèrent de trouver une source d'huile végétale bon marché, on leur a indiqué le soja.Il est arrivé que tandis qu\u2019en 1914, les Etats-Unis cultivaient 14,000 carrés de soja, ils en cultivent aujourd'hui plus de 10,000,000 de milles carrés.Une fois que le soja a été soumis à 1 opération de l\u2019extraction de l\u2019huile, le résidu se présente sous forme de «tourteau».C\u2019est un genre de gâteau d\u2019une forte teneure de protéine, ce qui >e fait utiliser pour équilibrer la ration de moulée donnée à toutes les catégories de bestiaux.Utilisations industrielles On vient de voir que le soja peut être employé de plusieurs manières à \u2019\u2019avantage des animaux.Sur la table familiale, on peut le présenter comme « soupe aux pois », comme plat de résistance sous forme de « fèves au lard », comme salade, comme pain et biscuit.Un des sous-produits du soja est un fromage ; un autre est un beurre, et enfin un autre encore se boit en forme de lait, ou se mange sous forme de crème glacée ou de bonbon.On voit donc que le soja et ses sous-produits peuvent constituer cm repas complet.Mais que dire de ses utilisations dans l\u2019industrie ?Il y en a plus de soixante-quinze.Outre des douzaines d\u2019emplois comme nourriture des humains, ses sous-produits ou ses grains entiers sont employés comme café, patisseries, nourriture pour diabétiques, comme « liens » dans la saucisse, comme macaroni, avec les blancs d\u2019oeufs, comme succédané ; comme lécithine il est employé comme émulsif, comme anti-oxydant, comme glaçage pour gâteaux, comme tanin pour cuir, comme préservateur du bois, comme cosmétique et comme médicament .Mais nous ne finirions pas de faire la liste complète de tous les usages auxquels on peut employer les sous-pro-duits du soja; il faudrait encore parler de fertilisants, de colle, de matière à moulage, de \u201csizing\u201d pour papier-tenture, matière à peinture à froid, laine synthétique et plastique.Pour revenir à la cuisine, on peut parler de nouveau de \u201cshortening végétal, margarine, huile à salade, huile à frire, vernis, peintures émaux, matières à mettre à l\u2019épreuve de la pluie, matières à préparer les cuirs, substitut du caoutchouc, encres d\u2019imprimerie, enduit de graissage, lubrifiants et mastic.Il faudrait encore parler de la glycérine, des insecticides et des millions de livres d\u2019huiles utilisées dans la confection des savons.Pourquoi pas dans le Québec ?Depuis des années on nous objecte que le climat du Québec s\u2019oppose à la culture du soja.Or, voici une expérience personnelle : sur une ferme que des religieuses cultivent dans une île voisine de Montréal, une religieuse nous a montré du soja qui réussit dans cette île.Nous sommes allé aussi au nord du lac St-Jean, à une ferme cultivée par des moines.Un de ces moines nous montra aussi du soja qui réussit dans cette région.Nous disons donc que nous ne comprenons plus rien dans la prétention de ceux qui nous affirment que le climat du Québec ne permet pas la culture du soja, puisque ce légume réussit aux deux extrémités sud et nord de la province quand il est entre les mains de gens dont l\u2019honnêteté n\u2019est mise en doute par personne.Le Québec va-t-il cultiver le soja ?Il répugne de croire que dans la province de Québec le succès dans la culture du soja n\u2019est réservé qu\u2019à ceux qui sont au service de Dieu, tandis qu\u2019il est refusé à ceux qui sont au service du gouvernement sur les fermes expérimentales.Les faits, pourtant, semblent prouver cela.En Asie on cultive le soja depuis plus de 5,000 ans.En Mandchourie 70 pour cent de la population travaillent, directement ou indirectement au soja.La plupart des pays d\u2019Europe la cultivent.Aux Etats-Unis plus de 10,000,-000 d\u2019acres sont consacrés à sa culture.L\u2019Ontario a aussi des milliers d\u2019acres en culture, même bon nombre de meuneries en activité.Le soja vient bien au Jardin Botanique de Montréal, et nous avons eu les preuves qu\u2019il y a plusieurs variétés qui donnent un bon rendement aux deux extrémités sud et nord de la province.Le soja améliore la terre.C\u2019est un suraliment pour les animaux, une excellente nourriture pour les humains et la base de soixante-quinze industries des plus variées.Quand est-ce que la province de Québec va s\u2019aviser de mettre tous ces avantages à profit ?POIGNET La bande d\u2019étoffe, large ou étroite, empesée ou non, qui est fixée à l\u2019extrémité d\u2019une manche de chemise se nomme poignet.C\u2019est à tort qu\u2019on nomme « poignet » la manchette ou bande de toile empesée, amovible, qui se fixe par ornement aux poignets d\u2019une chemise.Au lieu de « stud », « bouton de poignet », on dit : bouton de manchette.Le Samedi, Montréal 9 août 1952 ILS ONT VINGT ANS.DE CINEMA [ Suite de la page 7 ] Viviane Romance a figuré dans VEpervier, un film de Marcel 1 Herbier, en 1931.Elle a tourné en tout trente-cinq films dont Maya et Passion.Le prochain serait la Femme et le Pantin, d\u2019après Pierre Louys.Maurice Chevalier débuta au cinema juste avant la guerre de 1914, dans le film muet : l\u2019Affaire de la rue de Lourcine.Son plus récent film venu à Montréal est Mo Pomme.Gary Cooper parut pour la première fois sur l\u2019écran aux côtés de Marlene Dietrich, en 1931, dans Coeurs brûlés.Il a depuis connu une belle carrière dramatique : The General Died at Dawn, The Adventures of Marco Polo, The Westerner, The Fountainhead, You\u2019re In The Navy Now.Ginger (Virginia) Rogers qui avait songé à devenir institutrice fut détournée de cette austère carrière par son goût de la danse.Cependant, ses débuts furent assez difficiles et le succès lent à venir.Ce n\u2019est que quand elle devint la partenaire de Fred Astaire dans Flying Down to Rio (1932), que sa réputation fut solidement établie.Son meilleur rôle, à date, est celui de Kitty Foyle qui lui valut une récompense de la Motion Picture Academy of Arts and Scienees.On ne saurait mieux conclure cette énumération qu\u2019en citant le grand artiste français que Hollywood est fier d\u2019avoir conquis : Charles Boyer.Il débuta en France, dès 1920, dans l\u2019Homme du large, de Marcel l\u2019Herbier et incarnait, quelques années plus tard, le Capitaine Fracasse.Après avoir été l\u2019amoureux le plus célèbre du cinéma américain, il nous est revenu, l\u2019an passé, en vieux médecin de chez nous, The 13th Letter, et en missionnaire jésuite, The First Legion.Marc Leblanc.GLANE POUR VOUS .\u2022\tLe paquebot Ferdinand-de-Lesseps, de 1,700 tonnes, a été lancé à Bordeaux le 21 juillet.La marraine de ce beau navire qui, dès octobre 1952, transportera ses 492 passagers entre la métropole et Madagascar, était la comtesse Françoise de la Bécas-sière, née Hélène de Lesseps, fille aînée du créateur du canal de Suez.\u2022\tCarlene Roberts, 37 ans, une diplômée de l\u2019université d\u2019Oklahoma, a été nommée récemment vice-présidente des American Air Lines à un salaire annuel de $25,000.C\u2019est la première femme à occuper une position aussi importante dans le domaine de l\u2019aviation.\u2022\tDe nos jours, le roi d\u2019Angleterre est le propriétaire de 600 des magnifiques cygnes qui voguent sur la Tamise.Les 200 autres sont divisés entre la Compagnie des Worship-full Dyers et celle des Vintners auxquelles la Couronne en avait fait don au XlVe siècle.LA VIE COURANTE.Par Georges Clark \u2014 Mauvais calcul, maman : il n\u2019y a jamais assez de dinde et toujours trop de carottes.l -t* Le Samedi, Montréal, 9 août 1952 RIEN DE Un jour, alors qu\u2019il était président du Transvaal, le paisible et simple Krüger reçut la visite d\u2019une haute personnalité anglaise.\u2014 Dites au président, ordonna le visiteur à l\u2019interprète, que je suis le duc rie X.Krüger se contenta d\u2019un salut correct.\u2014 Ajoutez, poursuivit le duc de X., que j\u2019ai été vice-roi et que je suis membre de la Chambre des Lords.L\u2019interprète ayant traduit ces divers titres, le président Krüger répliqua : \u2014 Dites au vice-roi, membre de la Chambre des Lords que je suis gardien de troupeaux.En chemin de fer, deux voyageurs causent ensemble.\u2014\tVous avez des enfants, monsieur?\u2014\tOui, j\u2019ai un fils.\u2014\tFume-t-il ?\u2014\tIl i'a, de sa vie, touché même une cigarette.\u2014\tC\u2019est très bien cela.Va-t-il au café ?\u2014\tJamais il n\u2019y a mis les pieds.\u2014\tMes compliments.Rentre - t - il tard ?\u2014\tIl se couche immédiatement après dîner.\u2014\tEh ! mais, c\u2019est cm garçon accompli.Quel âge a-t-il ?\u2014\tDeux mois et demi ! \u2014\tElle m\u2019a dit que vous lui aviez dit le secret que je vous avais dit de ne pas lui dire ! ! ! \u2014\tOh ! comment cela se fait-il, je lui avais pourtant bien dit de ne pas vous le dire ! \u2014\tEh bien, elle me l\u2019a dit.Mais comme je lui ai promis que je ne vous le dirais pas .ne lui dites pas ! SÉRIEUX \u2014\tIl m\u2019a offert sa main et sa fortune.\u2014\tEt tu as accepté ?\u2014 Non.L\u2019une était trop grosse et l\u2019autre trop petite.Une vieille dame déclare à ses amies \u2022 \u2014 Je viens de me faire construire un caveau au cimetière.« C\u2019est là que je serai enseveli si Dieu me prête vie.» \u2014 Monsieur le chef de bureau, nous pourrions peut-être brûler les vieilles archives, cela ferait de la place.\u2014 Entendu ! mais prenez-en un double !.\u2022 \u2014 Tiens, bonjour Victor.Comment va ?Comme tu as changé ! \u2014 Mais, monsieur, je m\u2019appelle Georges.\u2014 Tu as changé à ce point-là ?Lui.\u2014 Sa blessure n\u2019était pas grave pourtant ?Elle.\u2014 Oui, mais il s\u2019est déshabillé tellement de fois pour la faire voir à ses amis, qu\u2019il a attrapé une bronchite.Professeur X.\u2014 Tu as eu une fameuse bonne idée d\u2019envoyer ta femme à la campagne pour un repos.Professeur Y.\u2014 En effet, je t\u2019assure que j\u2019avais besoin réellement d\u2019un repos.\u2014 Il y a deux ans que je n\u2019ai parlé à ma femme, dit un mari.\u2014\tPourquoi ?lui demande-t-on.\u2014\tPour ne pas l'interrompre.Le Peintre.\u2014 Comment voulez-vous votre portrait ?Le Client.\u2014 Non ! non ! en buste seulement ! Les pieds, je n\u2019y tiens pas ! Le Peintre.\u2014 Vous avez tort ! C\u2019est ce que vous avez de mieux dans la figure ! \u2022 Le professeur de psychologie.\u2014 Nous avons constaté en psychiatrie que le fou pose toujours plus de questions que l\u2019homme sage peut y répondre.L\u2019étudiant.\u2014 Pardon, monsieur le professeur, voulez-vous m\u2019expliquer alors pourquoi tant de jeunes gens manquent leurs examens ?\u2022 L'Américain.\u2014 Les gratte-ciel de New-Ycrk sont la cause de bien des accidents ; tenez, moi qui vous parle, un de mes amis s\u2019est cassé le cou à cause de l\u2019un d\u2019eux.Un interrupteur.\u2014 Est-il tombé de haut ?L\u2019Américain.\u2014 Non, il était sur le trottoir et il a essayé de voir le dernier étage.\u2022 \u2014 Le gros monsieur riche, très riche, qui demeure pas loin d\u2019ici ; sais-tu comment ü a fait son argent, papa ?\u2014 Dieu le sait, mon enfant.\u2014 Je comprends alors pourquoi le monsieur a l\u2019air toujours inquiet.\u2022 Un notaire chassait.Une perdrix lui part entre les jambes, son fusil en fait autant entre ses mains.Cependant, la perdrix franchit une haie, sans paraître trop émue du coup de feu.Le notaire saute la haie, espérant n\u2019avoir plus qu\u2019à ramasser le butin.Plus de perdrix.Rien qu\u2019un paysan attelé à sa charrue.\u2014 Dites donc, vous n\u2019avez pas vu tomber une perdrix ?\u2014 Non.\u2014 C\u2019est singulier .j\u2019ai cependant vu voler de la plume.\u2014 Moi aussi, j\u2019ai vu voler de la plume.Elle volait même si bien, qu\u2019elle emportait la viande.La Vie Courante par Georges Clork f QMM \u2014 Maintenant que tu réalises combien c\u2019est meilleur marché de manger chez soi, peux-tu apprécier un peu plus la valeur de mon temps ?Louis XV visitant, un jour, le bureau du ministère de la Guerre, aperçut des lunettes sur une table.Il les prit en disant: «Voyons si elles sont bonnes.» En même temps, sa main se porta sur un papier qui paraissait négligemment laissé sur cette même table et qui n\u2019était autre chose qu\u2019un éloge pompeux du monarque.Après avoir lu les premières lignes, ü rejeta l\u2019écrit et les lunettes, et ajouta en riant: «Elles ne sont pas meilleures que les miennes.Elles grossissent trop les objets ».Un passant s\u2019arrête l\u2019autre jour devant un sourd-muet, sur la poitrine duquel une pancarte implore la charité, et, machinalement, en jetant son aumône dans la sébile, lui demande : \u2014\tY a-t-il longtemps que vous êtes sourd, mon pauvre ami ?La distraction est contagieuse.\u2014\tDepuis ma naissance, répond le pauvre homme.LA JOLIE VENDEUSE [ Suite de la page 10 ] Eberlué, Choulski ne disait mot.Lui non plus n\u2019était pas à l\u2019aise.Madame de Faverolle ne songeait-elle pas à retirer sa clientèle à Lucienne et Gaston ?Ne voulait-elle pas enlever la vendeuse au profit d\u2019une autre maison ?Les patrons avaient été idiots de ne pas faire signer un contrat !.Plus morte que vive, Jeanne s\u2019habillait.Pas besoin de se demander ce que méditait madame de Faverolle.Une mise en demeure, nette ! Des menaces, peut-être.Pendant ce temps-là, Christian l\u2019attendrait au coin de la rue Pierre Charron.Que penserait-il, en ne la voyant pas arriver ?La croirait-il malade ?Irait-il s\u2019informer à la maison de couture ?Ou courra-t-il chez elle ?Comment en douter ?C\u2019était l\u2019effondrement de son bonheur.Pas la fin de son amour ! Celui-ci ne mourrait pas.A gestes maladroits, elle s\u2019habillait avec lenteur.Elle avait envie de s\u2019asseoir, de s\u2019arrêter, de déclarer qu\u2019elle se sentait sans force, de demander qu\u2019on la reconduisît.Elle s\u2019efforçait de nouer des idées, mais son cerveau paraissait vidé de toute possibilité d\u2019invention.Hélas ! Elle n\u2019avait jamais su mentir.En arrangeant ses cheveux devant la glace, elle murmurait : \u2014 Je l\u2019aime, Christian !.Elle veut nous séparer ! Elle ignore donc ce que c\u2019est que la tendresse ?.Le besoin mutuel de la seule présence ?.\u2014 Je suis prête, madame, dit-elle.Madame de Faverolle la considéra froidement.\u2014 Etes-vous toujours si longue à vous habiller ?questionna-t-elle du bout des lèvres.\u2014 Pas toujours, madame.\u2014 Partons.Je ne vous retarderai pas beaucoup.Une jolie fille comme vous ne dispose guère de son temps, je suppose.L\u2019allusion était cinglante.Jeanne pâlit.Le prince Choulski souriait.Devinant de l\u2019animosité dans la voix de la marquise, U ne cherchait plus à comprendre mais il se rassurait.Madame de Faverolle ne voulait aucun bien à Jeanne Martelange.\u2014 Venez-vous, mademoiselle ?Jeanne descendit derrière elle, sans parler.Le trajet fut également silencieux.Madame de Faverolle clapotait doucement son sac à main.\u2014 Entrez donc.Je suis chez moi, dit ia marquise en la faisant passer devant elle.Elle ferma elle-même la porte du boudoir, indiqua une chaise, prit un fauteuil et, sans laisser à la jeune fille le temps de se reconnaître, elle lança : \u2014 Allons ! La vérité ! Ces mots eurent au moins le pouvoir de rendre à Jeanne son assurance.Qui pouvait lui adresser des reproches ?\u2014 La vérité, madame ?Sur quoi, s\u2019ü vous plaît.\u2014 Sur vous, et Christian, morbleu ! \u2014 Elle est simple, madame, répondit Jeanne en regardant son interlocutrice dans les yeux.J\u2019aime Christian.Je lui ai donné toute ma jeunesse.Sans regret, comme sans espoir.Madame de Faverolle eut un rire assez désagréable : \u2014 Comme sans espoir ?.En êtes-vous sûre ?\u2014 Je vous en donne ma parole, madame.\u2014 Pourtant vous n\u2019avez pas choisi un jeune homme de votre milieu, de votre situation sociale.de votre fortune.\u2014 Pourquoi m\u2019insulter, madame ?Car l\u2019insinuation ne m\u2019échappe pas.\u2014 Il y tant de jeunes gens sans fortune, mais avec l\u2019espoir d\u2019une situation ! Et vous prenez justement un marquis de Faverolle.\u2014\tL\u2019amour choisit-il ?questionna Jeanne avec de la fièvre dans la voix.Madame de Faverolle eut un sourire ambigu.\u2014\tVous l\u2019aimez donc?\u2014 De toute ma force d\u2019amour ! Oui.\u2014\tJusqu\u2019à vous sacrifier ?Elle regarda pâlir la jeune fille.La réponse tardait, mais elle ne s\u2019impatientait pas.\u2014\tJusqu\u2019au sacrifice, madame, murmura enfin Jeanne.\u2014\tSi je vous demande, pour l\u2019avenir de Christian, de ne plus le voir.Jeanne n\u2019hésita plus : \u2014\tSi son bonheur en dépend, ma- dame.si c\u2019est nécessaire pour qu\u2019il ne se brouille pas avec vous,.je ne le verrais plus.\u2014\tVous le jurez ?Jeanne étouffa un sanglot \u2014\tJe le jure.Mais comment pouvez vous condamner ainsi quelqu\u2019un que vous ne connaissez pas ?Madame de Faverolle se mit à rire.\u2014-Je vous connais parfaitement, ma petite ! Vous avez perdu votre mère, quand vous aviez cinq ans.Votre père était capitaine au long cours.H s\u2019est lancé dans la résistance.H a été déporté.Il est mort dans son camp, il y a deux ans et demi.\u2014 Et vous dites cela en riant, madame ! \u2014 J\u2019ajoute, que vous avez fait front au malheur, que vous vous êtes fait une situation.Oui, je ris, ma petite, parce que, hier soir, j\u2019ai longuement parlé de tout cela avec Christian.Et il riait, lui aussi, je vous le jure.Non, madame !.Il n\u2019en aurait pas eu le coeur ! cria la jeune fille en se cachant le visage dans ses mains.\u2014 Il riait, continua madame de Faverolle inexorable, parce qu\u2019il venait de me dire que sans vous il n\u2019y avait pas de bonheur possible pour lui, que je lui répondais que je savais ce que vous valiez, que le monde a marché, depuis cette guerre, et qu\u2019il vous voulait absolument.\u2014 Madame !.Jeanne sanglotait, et madame de Faverolle la tenait dans ses bras, en continuant à rire, sans aucune pitié.Edouard de Kkyser. 20,000 LIEUES SOUS LES MERS 1 par JULES VERNE Conte illustré du \"Samedi\" \u2014 Vingt-huitième épisode A MIDI, LE SOLEIL DOIT NOUS APPARAITRE PARTAGE EXACTEMENT EN DEUX PAR U' HORIZON !\t^ SOMMÉS-NOUS NOUS ALLONS LE SAVOIR MONSIEUR LE PROCESSEUR ! f.MA FOI, t COM-\\ MENÇÀIT A M FAIRE CHAUD QUE C EST AU PÔLE, CAPITAINE DANS CE SOUS-MARIN' > l ONZE MEURES TRENTE ET TOUJOURS PAS DE SOLEIL ! !UÜ l A l\u2019annonce que le Nautilus flotte de nouveau à l\u2019air libre, après avoir accompli un incroyable voyage sous la calotte glaciaire, le professeur Aronnax, suivi de Conseil et de Ned, se précipite sur le pont pour aspirer cet oxygène dont le manque se faisait cruellement sentir.A leur grande surprise, la température n\u2019est pas tellement basse.\u2014 C\u2019est probablement grâce à ce curieux phénomène de la nature que la mer n\u2019est pas recouverte de glace comme aux alentours du cercle polaire.D\u2019ailleurs, à quelques encablures, un îlot rocheux et aride s\u2019élève au milieu des flots.Seuls, quelques phoques animent ce paysage désolé.Est-ce là le Pôle ?\u2014Muni de ses instruments d\u2019observation astronomique, le capitaine Nemo accom- pagné de ses prisonniers, embarque à bord du canot, et, en quelques coups d a-viron, gagne la petite plage de sable qui borde l\u2019îlot.C\u2019est la première fois que nos amis voient l\u2019étrange capitaine fouler la terre ferme, mais il est vrai qu aucun homme n\u2019est jamais venu jusqu\u2019ici auparavant.\u2014 Il faut attendre midi pour faire le point exact, et savoir si, ainsi qu\u2019il l\u2019avait dit, le capitaine Nemo a atteint exactement le pôle Sud.Malheureusement, le soleil est encore caché par la brume et Aronnax n\u2019en peut plus d\u2019impatience.Il se voit déjà au Muséum, faisant une conférence sur son voyage au pôle Sud .P » mW\tV'i'/v/\u2019WZ-r MESSIEURS, NOUS SOMMES | fMW4 AU PÔLE! CE DIABLE m SE LEVERA JAMAIS \u2022 DEUX nous allons NOUS TAINE?yV;J>\\ï I1 vVm* Oubliant pour Nautilus, Aronnax, quelques instants leur situation de prisonniers à bord du Conseil et Ned Land s\u2019impatientent de voir le soleil se lever, car seule son observation permettra au capitaine Nemo de dire s\u2019il a atteint son but, et si nos amis se trouvent exactement au pôle Sud.\u2014 Quelques minutes avant midi, fort heureusement, une légère brise se met à souffler, et le brouillard se dissipe peu à peu.Sans émotion apparente, Nemo rive son oeil à l\u2019oculaire de sa lunette d\u2019observation : le grand moment est arrivé.\u2014 Longuement, attenti- JE PRENDS POSSESSION DE CE TER DITOIRE ,
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