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Titre :
Le samedi
Éditeur :
  • Montréal :Société de publication du "Samedi",1889-1963
Contenu spécifique :
samedi 15 octobre 1955
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque semaine
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Le samedi, 1955-10, Collections de BAnQ.

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[" Montréal, 15 octobre 1955 67e PER 5-ioo CON MAGAZINE NATIONAL DES CANADIENS 10 cents nnée, No 23 Lisez notre NOUVEAU FEUILLETON en page 18 UN MARIAGE SANS IMPORTANCE par ALIX ANDRE rJSflTf Sve Qordoti Equipez-vous MAINTENANT pour pouvoir \"démarrer en hiver LE CHANGEMENT D\u2019AUTOMNE est une bonne occasion pour faire poser des mm ÿ@§| M CH A M PION i® - ïft- ~ SRARK PLUS™ ^SUftrlCE^^ J CHAMPION Même au plus fort de l\u2019hiver .vous démarrerez, et démarrerez vite, avec des bougies Champion à 5 cannelures, dignes de confiance! L'isolant à 5 cannelures, exclusif aux Champion, offre jusqu'à 40% plus de résistance aux \"courts-circuits\u201d\u2014cause première des démarrages lents, surtout quand les bougies sont mouillées.C\u2019est une mesure de protection que les isolants lisses ordinaires ne peuvent offrir .et cette protection peut faire toute la différence par un matin froid et neigeux.Ne vous souciez plus de vos démarrages en hiver, quelle que soit la température.Le Changement d\u2019Automne est une BONNE occasion pour faire poser des Champion à 5 cannelures.CHAMPION SPARK PLUG COMPANY OF CANADA WINDSOR, ONTARIO LIMITED i l-HAMPlO* Les directeurs de la compagnie Télé-Rediffusion Victoria Inc.ont terminé la mise au point des antennes d\u2019Artha-baska et les essais ont été concluants.On installe maintenant les cables spéciaux qui doivent desservir les abonnés de ce district.Un Canadien fait parler de lui à Paris.Il s\u2019agit du Major Léopold Lamontagne, ancien directeur du Département de français du Collège Militaire Royal de Saint-Jean, qui a soutenu une thèse devant un jury de la Faculté des Lettres.Il a eu la mention « Très Honorable ».La compagnie Hill Packing, l\u2019une des plus grandes distributrices de viande de cheval aux Etats-Unis, va construire à Saint-Hyacinthe, un abattoir de 25,000 pieds.La viande chevaline sert surtout à l\u2019alimentation des animaux domestiques.50 à 60 ouvriers y trouveront de l\u2019emploi.\u2022 Un groupe de citoyens de Saint-Jean d\u2019Iberville vient de fonder une bibliothèque pour enfants.A cet effet un local situé au-dessus du garage Lasnier et Galipeau a été loué et réunit déjà 700 volumes.L\u2019inauguration officielle eut lieu en septembre.Le rapport financier soumis au Conseil Municipal de Coaticook indique un déficit de $27,502.75 pour le dernier exercice financier.Les 41 pages du rapport mentionnent que les déficits accumulés depuis les 5 dernières années se chiffrent à $60,000.\u2022 La mécanisation n\u2019aide pas tellement l\u2019homme.Selon les statistiques il appert que trois Canadiens sur cinq perdent du temps pour cause de maladie.Durant 1954, environ 58% de la population a dû s\u2019absenter de son travail durant une certaine période par maladie.Aux Quatre Coins du Québec par CLAUDE DERY L\u2019Association des Hôteliers de la province, qui groupe près de 1,000 membres, emboîte le pas résolument en faveur du français dans le Québec et demande aux organismes de civisme et de commerce de mousser la publicité touristique en établissant un bilan de nos richesses touristiques afin de les exploiter au maximum.\u2022 Un groupe de sportifs de Roberval entend fonder un club nautique afin de faire du lac Saint-Jean un centre pour les épreuves nautiques provinciales et même nationales.Comme attrait touristique, le projet est fort intéressant aussi.M.Donald Gordon, président du réseau du CNR, a remis à M.Joseph Tardif, originaire de Chicoutimi, et maintenant citoyen de Saint-Lambert, un laissez-passer sur tout le parcours du réseau ferroviaire en hommage à ses 50 ans de loyaux services à la compagnie.\u2022 Les industries de Saint-Hyacinthe, Acton-Vale, Saint-Pie de Bagot, Bel-oeil et Saint-Hilaire ont participé à une exposition industrielle tenue à Saint-Hyacinthe.L\u2019expérience heureuse amènera peut-être les organisateurs à répéter le geste chaque année.La Cie Val Richelieu Inc., a offert à la ville de Saint-Jean d\u2019Iberville un vaste terrain de 50,000 pieds devant constituer la moitié d\u2019un parc public à aménager.Par ailleurs on parle d\u2019exproprier plusieurs maisons afin d\u2019ériger le nouvel hôtel-de-ville.La Chambre de Commerce appuie hautement ce projet.\u2022 A Sherbrooke on dispose des ordures ménagères au moyen d\u2019une nouvelle méthode pratique.Un bélier mécanique ouvre une tranchée dans laquelle les camions déchargent les ordures qui sont ensuite recouvertes de terre.Plus d odeurs, plus de contamination et grand soulagement pour les voisins.\u2022 Le Conseil Municipal de Saint-Jérôme reconnaît le travail de ses fidèles serviteurs.Il a accordé un congé spécial de huit jours à M.Emile Martin, doyen des employés de l\u2019Hôtel de Ville, qui a complété ses 40 années de loyaux services.\u2022 Grâce à la bienveillance de l\u2019Alu-minum Co., de Saguenay Power et de leurs filiales, un musée saguenéen a ete aménagé a Jonquiere à l\u2019occasion de 1 exposition industrielle et commerciale.Une foule d\u2019objets utilisés par nos ancêtres étaient en montre.N\u2019allez pas croire que les Canadiens n\u2019aiment pas la télévision.En 1954, ils ont acheté 623,856 appareils contre 366,498 en 1953.Depuis 1949, l\u2019on a fabriqué et vendu au pays 1,500,000 appareils environ.r Le Samedi, Montréal, 15 octobre 1955 3 \u2022 \u2022 \u2022 Situation offerte Paul ne s\u2019en doute pas encore, mais il va obtenir la situation offerte.C\u2019est lui qui sera choisi.Chez un candidat, tout employeur recherche l\u2019esprit d\u2019initiative et la stabilité.L\u2019un des signes infaillibles de ces qualités est la possession d\u2019un compte en banque personnel.A cela, l\u2019employeur devine que le jeune homme a su administrer l\u2019argent qu\u2019il a pu gagner et qu\u2019il a su écono- miser, ce qui indique qu\u2019il appliquera les mêmes principes sérieux dans l\u2019exercice de son emploi et qu\u2019il saura faire preuve de sens pratique.Y a-t-il, dans votre famille, un enfant, un jeune homme ou une jeune fille qui soit prêt à ouvrir un compte de banque personnel?La Banque Royale l\u2019invite cordialement à le faire dans l\u2019une de ses nombreuses succursales.LA BANQUE ROYALE DU CANADA 4 Le Samedi.Montréal, 15 octobre 1955 MËmSl r\u2014Av.¦ VOUS POUVEZ DEVENIR AVIATRICE I.m ® mmi Vous êtes une jeune femme?Vous vous cherchez une tâche intéressante, sortant de l\u2019ordinaire?Un grand choix de tâches importantes peuvent être accomplies par des femmes dans l\u2019Aviation Royale Canadienne.Renseignez-vous aujourd\u2019hui même sur ce que l\u2019aviation vous offre.Le CARC vous formera à un travail pour lequel vous avez des aptitudes.Vous recevrez la même paye, vous serez au même rang et aurez les mêmes occasions d\u2019avancement que les aviateurs.A la satisfaction de servir son pays en occupant un poste important, s\u2019ajoute l\u2019agrément des voyages et de l\u2019aventure! Pour renseignements complets, allez causer avec l\u2019officier d\u2019orientation, au plus proche centre de recrutement du CARC\u2014ou postez ce coupon aujourd\u2019hui.55-22MFR Centres de recrutement du CARC 678 ouest, rue Ste-Catherine, Montréal P Q Tél.UN.6-2449 Edificedu Capitol, 146, rue St-Jean, Québec, P.Q.Tél.2-8527 239, rue Queen, Ottawa, Ont.Tél.3-4039 159 est, rue Mam, North Bay, Ont.Tél.3336 144, rue Union, St-Jean, N.-B.Tél.2-1443 Veuillez m\u2019envoyer, tans obligation de ma part, tous renseignements sur les conditions d\u2019enrôlement et les emplois actuellement disponibles dans le CARC .Nom.(lettres moulées)\t(de famille) (de baptême) Adresse.i Ville\tProv.Degré d'instruction (Année et Province).Âge CORPS D\u2019AVIATION ROYAL CANADIEN LUCIENNE DELYLE ET AIME BARELLI (Monsieur et Madame) ON a dit beaucoup de mal sur les méhages de vedettes.qu\u2019ils ne s\u2019entendaient pas .' qu\u2019ils étaient jaloux l\u2019un de l\u2019autre ., etc.Il existe pourtant, parmi ces couples d\u2019artistes, plusieurs vedettes dont l\u2019union est une merveilleuse réussite conjugale.La chanson française compte, dans le rang de ses interprètes, des duos matrimoniaux chez qui l\u2019harmonie n\u2019existe pas seulement en musique.Citons Rose Mania et Henri Le-ca, Jacqueline François et Henri Decker, Line Renaud et Loulou Gasté, Raymond Girerd et Lisette Jambel.Cependant, la plus belle union reste celle formée d\u2019une part par le chef d\u2019orchestre et compositeur Aimé Ba-relli et de l\u2019autre par la populaire chanteuse Lucienne Delyle.Formant équipe dans leur travail, les époux Barelli-Delyle ne sont pas de ces ménages tempétueux qui annoncent à grand fracas divorces sur remariages.Non, ils vivent leur .vie très calmement, très gentiment et disent comme dans beaucoup de leurs chansons « Ça marche », « Notre amour va bien ».Lucienne Delyle chante les chansons que compose son mari.Quant à Aimé Barelli, il a son propre orchestre et accompagne sa femme.Ils sont unis dans la vie, et la chanson constitue pour eux un lien supplémentaire.Empruntons donc les différents chemins qu\u2019ont suivis Lucienne et Aimé avant d\u2019en arriver à ce tournant qui les fit s\u2019engager sur une seule et même route.celle de l\u2019amour et du succès.C\u2019est en 1939, au Music-Hall des jeunes, que débuta Lucienne Delyle.Evidemment, pour un début, le moment était mal choisi.Elle continua cependant patiemment, vaillamment, une carrière qui eût pu être éclatante en d'autres temps ; elle passa dans les principaux music-halls de Paris.C'est alors qu\u2019elle n\u2019était qu\u2019une illustre inconnue qu\u2019elle rencontra Aimé Barelli.C\u2019était au Paramount, et les futurs époux étaient du même spectacle.Tous deux travaillaient d\u2019arrache-pied pour se faire un nom.Ils aimaient leur métier et comme tous ceux qui ont le feu sacré, leur désir était de réussir.Dans le mariage, ils oublièrent leurs déboires' de débutants.A la Libération, Lucienne Delyle entreprend la grande envolée; l\u2019Afrique du Nord l\u2019accueille, puis la Belgique, puis le Moyen-Orient.Fait curieux, c\u2019est au Brésil, où elle demeura trois ans au Copacabana de Rio qu\u2019elle connut le triomphe.Une fois de plus, le proverbe «nul n\u2019est prophète en son pays » venait de s\u2019avérer exact.La petite Française qui avait cherché le succès, l\u2019avait trouvé au Brésil.Mais elle se console en pensant que si elle a rencontré le succès à 1 etranger, son amour est issu d\u2019une rencontre bien parisienne.Il ne faut pas nier non plus que si Lucienne a été découverte par les Brésiliens, ce sont les siens qui l\u2019ont acclamée.La popularité dont elle jouit actuellement en est une preuve évidente.La semaine prochaine, nous verrons comment Aimé Barelli, lui, a fait son chemin avant de rencontrer Lucienne Delyle.Jac Duval.t Le Samedi.Montréal.15 octobre 1955 5 TORfc' éy *\u20192 V W iÉ&f.' m S 'XÜ*,!: THt> > ._ Ui'» * i jgg&fe Le premier magasin Woolworth, ouvert à Lancaster, Pennsylvanie, le 21 juin 1879.C est là que turent mises en oeuvre les pratiques commerciales qui firent la fortune des Woolworth.WOOLWORTH AU CANADA C\u2019est le 30 avril 1897 que s'ouvrit, à Toronto, le premier magasin Woolworth du Canada.Son gérant, E.P.Charlton, devint l\u2019un des fondateurs de l\u2019actuelle compagnie F.W.Woolworth Limitée du Canada, fondée en 1912.A cette date, on comptait 31 de ces bazars dans le pays.Aujourd\u2019hui, ils sont au nombre de 170, et l'on en trouve dans toutes les provinces, Terre-Neuve exceptée.Cette compagne fait partie intégrante de la compagnie américaine mais elle est entièrement administrée par des Canadiens et le personnel, à tous les échelons, est canadien.Tous les achats sont effectués au pays et la presque totalité des marchandises qu\u2019on y vend sont de fabrication canadienne.Les employés de la maison Woolworth du Canada jouissent des mêmes avantages que leurs confrères américains.La maison Woolworth est heureuse de jouer un rôle dans le développement du Canada.L\u2019un de ses dirigeants disait : \u201cNotre maison se réjouit de l\u2019importance croissante que prend le Canada dans le monde.Woolworth du Canada envisage, avec lui, l\u2019avenir avec confiance\u201d.La Fortune sou par sou ou l\u2019histoire des Woolworth Le premier Woolworth fut ouvert à Utica, dans l\u2019Etat de New-York, le 22 février 1879.La boutique mesurait 14 pieds sur 25, disposait d\u2019un stock de marchandises d\u2019une valeur de 315 dollars ; le premier jour, elle réalisa des ventes au montant de 50 dollars.C\u2019est de cette première tentative qu'est né l\u2019empire colossal des Woolworth, leurs 2,000 bazars, leurs transactions annuelles dépassant les 700,000,000 de dollars et un personnel s\u2019élevant à près de 100,000 personnes.Or l\u2019incroyable, c\u2019est que cette fortune se soit édifiée d\u2019abord sur la vente d\u2019articles qui n'excédaient jamais plus de 10 cents l\u2019unité au détail.Quelques principes sont à l\u2019origine de ce succès.En 1879, l\u2019usage était partout répandu de la vente derrière le comptoir.Les marchandises, disposées sur les étagères, n\u2019étaient accessibles au client que par l\u2019entremise du vendeur.Les menus articles étaient disposés dans des tiroirs.De plus, les prix des marchandises n\u2019étaient jamais fixes.Woolworth bouleversa toutes les habitudes.Il disposa les marchandises sur des comptoirs ouverts, où le client pouvait voir, toucher et choisir en toute liberté la marchandise.Il établit un prix minimum de vente : aucun article ne se vendait plus de 10 cents.Il n\u2019admit que le système de vente au comptant.Ces principes portèrent leurs fruits.Aujourd\u2019hui, le volume des ventes annuelles au Canada, aux Etats-Unis et à Cuba s\u2019élève à plus de 700,000,000 de dollars ; on y compte plus de 2,000 bazars.Les ventes dans les 800 bazars des Iles Britanniques et dans les cinquante autres d\u2019Allemagne font l\u2019objet d\u2019une comptabilité séparée.Ci-dessous, à gauche.Le principal magasin Woolworth à Edimbourg, capitale de l\u2019Ecosse.Comme on le voit, le style s'harmonise parfaitement avec le milieu environnant.\u2014 Au centre.Vue intérieure d'un des cinquante bazars Woolworth en Allemagne.Durant la dernière guerre, un grand nombre des magasins Woolworth furent endommagés.Ces magasins ont une administration entièrement allemande.\u2014 A droite.Voici le plus récent des magasins Woolworth à La Havane, à Cuba.Il fut construit en 1953.s?2?s&Æ aat w***» i> g?I tr*rrHÿii! Frank Winfield Woolworth, le fondateur de la maison du même nom, est né le 13 avril 1852 dans l'Etat de New-York.Sou par sou, il édifia une fortune considérable et établit un empire commercial inégalé.% > ^ 2ÉjÇ! ssrs - ¦ ¦ Le Samedi, Montréal, 15 octobre 1955 ¦JLïScûr' w r3h- Gérard Phîlipe Pour la quatrième fois en deux mois, un référendum vient de classer en tête de tous les acteurs français un garçon de 33 ans dont personne ne connaît le numéro de téléphone, qui parle à sa mère comme si elle était sa ravissante soeur cadette, qui adore se tirer les cartes, qui s\u2019appelait naguère Gérard Philip \u2014 il est d\u2019origine roumaine \u2014 et s\u2019appelle maintenant Gérard Philipe, en 13 lettres, parce qu\u2019il est terriblement superstitieux.Ce référendum no 4 était basé sur le nombre d\u2019entrées du public parisien dans les grandes salles d\u2019exclusivité de la capitale.Les tests no 1, 2 et 3 avaient, eux, consisté en de vastes sondages d\u2019opinions : successivement, furent interrogés les propriétaires de salles, les lecteurs de deux très importants magazines de cinéma, et les critiques.Chaque fois, le nom de Gérard Philipe arriva en premier.Ainsi se poursuit cet étonnant conte de fées qu\u2019est la carrière du héros de «Fanfan la Tulipe», du «Diable au corps », de « L\u2019Idiot », du « Cid », du « Prince de Homburg », de « Caligula » .Un conte de fées qui commence à Cannes, le 4 décembre 1922, et sur lequel plane malgré tout, depuis 1944, l\u2019ombre d\u2019un drame secret.Ce 4 décembre 1922, donc, la mairie de Cannes enregistrait la naissance d\u2019un bébé du sexe masculin, prénommé Gérard, fils de M.Philip, avocat à Antibes, et de sa femme, une belle jeune femme brune née à Bucarest et connue dans la famille sous le nom de « Minou ».Gérard a des souvenirs très anciens de son enfance cannoise.Il se rappelle qu\u2019à 2 ans, ses parents lui faisaient traverser toute la ville sur sa poussette et l\u2019emmenaient se baigner sur une petite plage déserte près du bois de la Croix des Gardes.Puis ce furent les études.Pendant de longues années, les petits Philip sont cloîtrés dans une boîte à bachot.« La nuit », m\u2019a raconté Gérard un soir de confidences, « mon frère aîné Jean et moi nous levions, sortions du dortoir par la fenêtre, allions déterrer dans le jardin une boîte de fer-blanc où nous enfermions des mégots, escaladions le grillage de la pension et partions nous promener pendant des heures dans la campagne .» En 1940, après une indigestion de latin, d\u2019anglais et de maths, Gérard passe son bachot.Il faut choisir un métier.Lequel ?Vraiment, il n\u2019en a aucune idée.Il voudrait que toutes ces questions de travail, d\u2019argent à gagner, d\u2019horaires à suivre soient réglées loin de lui, sans lui.A 12 ans, il s\u2019était découvert la vocation de médecin aux colonies.Mais l\u2019idée, depuis, s\u2019est envolée.M.Philip, qui a troqué son cabinet d\u2019avocat contre la gérance du « Parc-Palace » de Grasse, s\u2019inquiète.Il faut que Gérard fasse quelque cho- Ci-contre, deux photos de Gérard Philipe.Celle du haut nous révèle l'homme de tous les jours, son visage difficilement pénétrable mais prêt à incarner tous les rôles.\u2014 La photo du bas nous le montre dans le rôle de Julien Sorel, le héros du film \"Le rouge et le noir\", roman de Stendhal.se.« Ecoute », lui dit-il après les vacances, si tu n\u2019as pas de projet précis, fais comme moi : le Droit mène à tout.Tu choisiras plus tard ».Loyalement, la future vedette du Théâtre National Populaire essaie de se passionner pour les subtilités du Code.En vain.Que fait un étudiant en Droit qui s\u2019ennuie ?U va au cinéma.Gérard, bientôt, passe tout son temps dans les salles de Grasse, de Cannes, de Nice.Un jour, à table, il annonce à ses parents qu\u2019il veut devenir acteur.Réaction paternelle : « C\u2019est idiot ».Réaction maternelle : « Attends, je vais voir ce que disent les cartes ».Les cartes disent « oui ».Marcel Achard et Marc Allégret étaient des clients \u2014 et des amis \u2014 du « Parc-Palace ».Us virent soudain Gérard se lever de table, arriver vers eux tout pâle, tout raide, tout gauche et leur dire d\u2019une voix blanche : « Je veux faire du cinéma.Conseillez-moi ».La voix du jeune homme était blanche, mais le regard bleu était d\u2019une force presque insoutenable.Marc Allégret, grand découvreur de vedettes, jauge en quelques secondes le petit Gérard Philip.Achard, lui aussi, a été frappé par cet étrange mélange de douceur et de dureté.« Il faudra que tu travailles très dur », répond enfin Allégret.« Etre acteur, cela veut dire, avant tout, des années de perfectionnement acharné.Si cela te plaît, va voir à Nice l\u2019un de mes anciens assistants, Huette, avec ce petit mot de moi ».Une semaine plus tard, Huette voit se présenter devant lui un grand gaillard très mince, 50% farfelu, 50% illuminé, qui lui tend une carte de visite où Allégret a griffonné quelques lignes.«Parfait», dit Huette, «je vous écoute ».Alors, il assiste à quelque chose d\u2019extraordinaire : Gérard Philip lui joue une scène de « Britannicus » comme jamais on ne l\u2019avait jouée auparavant.Pour mieux exprimer les fureurs de Néron, l\u2019apprenti comédien brise une chaise, casse deux carreaux, se roule par terre et termine son audition avec un veston en lambeaux .Le brave Huette est stupéfait.Mais, comme Achard et comme AJlégret, il a su découvrir, sous cette fougue de jeune chien fou, les promesses du talent.En mai 1942, il apprend que Claude Dauphin cherche des débutants pour la Compagnie Théâtrale qu\u2019il est en train d\u2019organiser.Gérard y va.« Que sais-tu faire », demande Claude.\u2014 «Rien», répond Gérard.«Parfait», conclut Claude, «tu joueras Mick ».Mick était un personnage d\u2019« Une grande fille toute simple» qu\u2019un auteur inconnu, nommé André Roussin, vient de confier à Dauphin Au « Parc-Palace », Minou triomphe : les cartes qui promettaient le succès a Gerard n\u2019ont pas menti.Mais un petit problème se pose : comment va s appeler Gérard ?Il a le choix entre plusieurs combinaisons : Philippe Gérard, Gérard Philippe, ou Gérard X ou Philippe Y.Claude Dauphin m\u2019a dit depuis que Gérard avait signé son 1er contrat « Philippe Gérard » et qu'il avait changé six fois d\u2019avis, et de nom, avant la générale de «Une grande fille toute simple»! Il s\u2019osait pas me dire lui-meme quUl avait changé de pseu- 1 Le Samedi, Montréal, 15 octobre 1955 7 WW p i l'acteur français no 1 Couronné cette année quatre fois \u201c acteur français No 1 , Gérard Philipe est i artiste le plus sombre et le plus secret de Paris.Sous des apparences de bavardages mondains, on s'affronte âprement.An-tonella Lualdi, Jean Mercure et Gérard Philipe forment ici le triangle éternel dans le film \"Le Rouge et le Noir\" de Stendhal.donyme, poursuit Dauphin.Alors, il me télégraphiait.Cela a été charmant jusqu\u2019au jour où il a fallu que je donne le bon à tirer des affiches.J\u2019ai, à mon tour, envoyé un télégramme à mon jeune pensionnaire :\t« Inutile », lui disai-je, « de changer une fois de plus nom de théâtre.Ce sera Gérard Philipe.Amitiés.Dauphin ».Tout de suite, c\u2019est pour Gérard le grand départ.Il triomphe dans son petit rôle de Mick.Il triomphe en tournée dans le grand rôle de « Une jeune fille savait », créé à Paris par François Périer.Un matin de 1943, il débarque lui-même dans la capitale.L\u2019après-midi, il va rêver devant les affiches du Théâtre Hébertot, où l\u2019on commence à répéter la nouvelle pièce de Jean Giraudoux : « Sodome et Go-morrhe ».Une affiche merveilleuse, avec Edwige Feuillère en tête.Tout à coup, quelqu\u2019un lui tape l\u2019épaule.Il se retourne et éclate de rire : le monsieur, c\u2019est le metteur en scène Dou-king ; Douking qui avait prédit à Gérard qu\u2019il ferait une extraordinaire carrière ; Douking, qui met en scène « Sodome et Gomorrhe ».Le même soir, Gérard Philipe commence sur la scène d\u2019Hébertot le rôle du jardinier, un personnage qui n\u2019apparaît que deux fois dans la pièce et annonce la colère de Dieu.Il se passe une nouvelle fois quelque chose d\u2019extraordinaire : Gérard est trop bon ! A mi-voix, Giraudoux se penche vers Douking et dit : « Il faut que ce garçon joue l\u2019ange ! » L\u2019ange, c\u2019est le rôle no 1 de la pièce : celui qui a les grandes scènes avec Edwige Feuillère et mène, en costume blanc, le ballet de l\u2019amour, de la trahison, de la faute et de la tempête qu\u2019a orchestré Giraudoux.Depuis, Gérard n\u2019a jamais cessé de voir son nom imprimé tout en haut des affiches de théâtre et de cinéma.Après « Sodome », « Les petites du quai aux fleurs », « Au petit bonheur », « Caligula », « Les épiphanies », « KMX Labrador », « Federigo », « La chartreuse de Parme », « L\u2019Idiot », « Le figurant de la gaieté», «Le diable au corps», «Fan-fan la Tulipe », etc., ont fait de lui l\u2019un des monstres sacrés, ont fait de lui plus encore : l\u2019un de ces « types de jeune premier » qui marquent toute une époque.Gérard, cela a été en effet la revanche du style romantique fragile contre le style romantique athlétique qu\u2019avait imposé Jean Marais.Gérard a remis à la mode cette minceur fiévreuse que le public avait oubliée depuis longtemps.Il y eut l\u2019élégance dominée à la Henri Garat ; la distinction un peu lasse à la Pierre-Richard Willm, la gentillesse un peu folle à la Jean-Pierre Aumont ; le pathétique musclé à la Jean Marais.Il y y maintenant, incarnation 1955 du prince charmant, cette passion mi-collégien mi-démon, à la Gérard Philipe.Celui-ci raconte volontiers les principales étapes de sa jeune carrière.Mais dès qu\u2019on lui parle de sa vie privée, son visage se fige et devient muet.H y a 3 ans, il alla passer 2 mois en plein Sahara, au volant de son vieux cabriolet Ford bleu et blanc.A son retour, nous primes rendez-vous pour qu\u2019il me parle de ses étonnantes vacances.Il m\u2019en parla donc, et très bien.Gazelles blessées qu\u2019il avait soignées, fêtes masquées du Hoggar où l\u2019invité se sent soudain saisi par la peur, pistes jalonnées d\u2019ossements et de bouquets de roses de sables.tout fut pour lui l\u2019objet de fascinantes descriptions.Mais dès que je lui demandai : « Es-tu parti seul ?», il se leva et s\u2019en alla en claquant la porte.On a su depuis que sa compagne de voyage était la ravissante Nicole Fourcade, une jeune femme mince et blonde qui revenait d\u2019une exploration au Tibet et qu\u2019il épousa, en grand secret, le 30 novembre 1951.A part ce mariage, préparé dans un tel silence que les plus intimes amis de Gérard ne l\u2019apprirent qu\u2019en lisant les journaux, on n\u2019a jamais rien su sur l\u2019homme Gérard Philipe, en dehors du comédien Gérard Philipe.Il a longtemps vécu chez sa mère, dans un minuscule appartement du quartier du Parc Monceau encombré de tableaux japonais, de plateaux et de vases de cuivre roumains, de roses [ Lire la suite page 34 ] Danielle Darrieux et Gérard Philipe, le couple stendhalien de le Rouge et le Noir.\u2022 n\u2019y a plus de domestiques mais il reste toujours des esclaves .V ** lîïSS mm :3£&sm I5ÊSK ¦1^ w^axk- ifïnM.mm* k.-i \u2022 ¦.\u2022> ¦ v .¦i- SfK-if ^SSàM : \u2022>' Il y a encore des esclaves.Il y en a en Afrique, en Asie, en Russie, en Amérique.Il y en a parfois sous nos yeux mêmes.Au XXe siècle, l\u2019homme est encore une marchandise pour l\u2019homme.Dans une rue grouillante de La Mecque, le Souk-el-Abed, des nègres demi-nus, avachis et hagards, contemplent l\u2019incessant va-et-vient des gandhouras blanches.Accroupis au milieu des sacs de pois chiches et de semoule, ils somnolent, indifférents à l\u2019odeur des poivrons farcis et des rognons grillés, au chant des flûtes, à la poussière et aux mouches, à la soif, à la faim \u2014 indifférents à tout.Dans quelques jours, dans quelques instants, peut-être, ils seront vendus comme esclaves, marqués au fer, livrés à un maître cruel, contraints de suivre, en-cha nés, sa caravane à travers le désert brûlant.En stock.D\u2019où viennent-ils ?Pour la plupart des cotes d Afrique, éternelle réserve de « bois d\u2019ébène ».Des trafiquants avisés sont venus les chercher jusque sur les bords de leurs fleuves limoneux, et ils ont abandonné leurs pirogues pour le mirage de la haute mer.D\u2019antiques embarcations, toutes voiles gonflées, les ont conduits jusqu\u2019au Yémen, d\u2019où ils ont gagné La Mecque.Mais tous ne sont pas exposés sur la place publique.Certains sont mis en stock, comme de vulgaires ballots de coton, prêts à être répartis selon la demande.Dans ces affreux silos humains on trouve pêle-mêle des hommes, de jeunes garçons, des fillettes syriennes pas encore nubiles ou certaines femmes arabes d\u2019une beauté recherchée dont les pèlerins musulmans se servent comme travellers chèques.Où vont-ils ?Leur sort varie selon leur âge et leur sexe.On les destine au harem, à la terre ou au servage domestique.Ce n\u2019est que plus tard, beaucoup plus tard, qu\u2019on les retrouvera dans une de ces villes d\u2019Orient paradoxalement baptisées « saintes » où, vieillis et usés, ils s\u2019offriront encore à l\u2019encan.Eldon Rutter, spécialiste des questions arabes, raconte qu\u2019il a vu, dans les galeries de la Grande Mosquée de La Mecque, des hommes et des femmes très âgés, qui avaient l\u2019air de squelettes noircis.Ce sont des esclaves, affranchis par leurs maîtres parce qu\u2019ils n\u2019étaient plus bons à rien ; la mosquée est leur dernier refuge, l\u2019aumône leur maigre gagne-pain.Au mois de novembre 1954, deux conseillers de l\u2019Union Française, déposaient une proposition invitant le gouvernement « à rassembler d\u2019urgence tous les éléments d\u2019information et témoignages concernant le trafic d\u2019esclaves noirs dont, selon des publications et relations récentes, certains territoires de l\u2019Union Française seraient les lieux de passage, de regroupement et même de recrutement ».Le majestueux massif du Tibesti, en plein Sahara, serait une espèce de gare où aboutiraient des caravanes venant d\u2019Afrique occidentale espagnole, d\u2019Afrique occidentale française, du Sud marocain, de l\u2019Ouganda, du Cameroun ; les convois seraient ensuite dirigés à travers le Soudan égyptien et l\u2019Erythrée, vers le nord de la mer Rouge d\u2019où ils seraient embarqués en direction de l\u2019Arabie séoudite, par Port-Soudan, et du Yémen, par Mas-saoua, pour finalement alimenter un certain nombre de centres, véritables marchés humains : La Mecque, Médine, Djeddah.Témoignages.Ces informations de sources britannique et française, se trouvent confirmées, dans le détail, par des témoignages troublants.Celui-ci par exemple, recueilli par M.Jacques Alain de la bouche d\u2019un chasseur du Tindouf, dans 1 extrême Sud marocain : « Les chefs de transport déplacent leurs tentes continuellement dans les collines d\u2019Iguidi, afin d\u2019éviter les contrôles des autorités françaises.Pour se protéger du Simoun étouffant, ils font construire, par leurs victimes mêmes, de grandes zéribas, selon le modèle de celles que l\u2019on rencontre en Afrique.Ces zéribas se composent de huttes entourées de grosses haies de tamarin.Chez les marchands d\u2019esclaves, les haies sont d\u2019une importance particulière ; elles sont surmontées de quatre [ Lire la suite page 33 ] A gauche, en haut \u2014 Sont-ce là de futures victimes de la traite humaine ?C'est dans les villages reculés de la brousse qu'on opère les razzias fertiles en captures d hommes, de femmes et d'enfants.\u2014 Au centre.Mais toutes les populations africaines, loin de là, ne vivent pas sous la peur de l'esclavage.L'Afrique constitue maintenant une société assez fortement organisée où travail rémunéré et une vie digne sont la loi de l'homme.Cette photo nous fait voir un village noir qui respire l'ordre et le calme.\u2014 En bas.A Thies, en Afrique Occidentale Fronçai-se, l'église de la ville.Elle témoigne l'espoir d'une civilisation où tout esclavage serait aboli.\u2014 Ci-contre, à droite.Une jolie fille de race Cabinda, dans le Bas>Congo.il f 1- .iff/.5 s* Ni y j Voici des vaches marines, bêtes imposantes qui dans la faune équivalent à nos bisons de l'Ouest canadien.Ces bêtes sauvages des jones tropicales s'en prennent souvent au* clôtures ou au* souches dans des efforts visibles de recouvrer leur liberté.C'est un attrait du 100 de Granby T Ta y s.-s.gr /t y L'une des attractions les plus goûtées au zoo de Granby est sans contredit cet aquarium, unique en son genre dans la province et peut-être au pays, réalisé grâce à la courtoisie et à la coopération de plusieurs contrac-teurs locaux et du ministère de chasse et pêche de la province.¦'r.' - ' Il» ¦ -wi Parmi les représentants d'Afrique, le zoo de Granby offre comme attraction spéciale ce dromadaire, un don de MM.Avery et Doris Robert, deux hommes d\u2019affaires de la cité.On se rappellera que l'arrivée de ce spécimen avait été signalée par une parade de style arabe, une réunion des membres de l'Alambra et une soirée originale où chants et danses du Liban furent à l'honneur.LE ZOO DE GRANBY une oeuvre de civisme et une entreprise profitable par CLAUDE DERY Singes, poissons dorés, chameaux et mouglons, une oeuvre de civisme ?Il en est bien ainsi, en effet, à Granby, où le Jardin zoologique a été l\u2019oeuvre commune des citoyens de la ville tout en constituant un attrait puissant pour le tourisme.La générosité des citoyens de la ville a été remarquable.Il faut mentionner, à l\u2019origine de cette réalisation, la générosité de feu Monseigneur Ernest Bouvier, ancien curé de Notre-Dame, qui céda le vaste terrain sur lequel on aménagea le Jardin.Des pionniers.La fondation d\u2019une Société Zoologique a aussi créé une forte impression dans le public et chez les hommes d'affaires et les professionnels en particulier.On y alla d\u2019un don de 25 dollars pour devenir simple membre, ou de 50 à 100 dollars pour recevoir le titre de membre honoraire perpétuel du zoo.Mais la Société demande plus qu\u2019un don en argent ; elle exige des membres une présence effective à des assemblées nombreuses où l\u2019on étudie des foules de problèmes de tout genre.C\u2019est ainsi que plus de 60,000 dollars ont déjà été investis en 16 mois pour l\u2019aménagement du Jardin.Plusieurs bâtisses ont été construites pour loger les bêtes, des enclos ont été aménagés, des lacs artificiels creusés, des ponts de bois jetés sur le ruisseau.Le problème des vivres pour les bêtes n\u2019est pas une mince affaire.L\u2019hiver dernier, M.Ambroise Comeau fit montre d\u2019une belle générosité en souscrivant 6,000 dollars pour les nourrir.Cet argent fut d\u2019un grand secours à la Société qui, en hiver, ne peut jouir des revenus du tourisme.Il faut rendre aussi hommage à Charles Belval, restaurateur, Jérémie Duhamel, président du Marché public, Raymond Chaput, président actuel, J.A.Bourgault et Ambroise Comeau qui ont été des pionniers.Ils ont contribué soit à la construction des édifices, soit à l\u2019achat des vivres, cela très généreusement.C\u2019est aussi au dévouement de M.Aimé Ferland qu\u2019on doit le transport gratuit des bêtes du Parc Lafontaine de Montréal à la ville de Granby, le printemps dernier.L'aquarium.Il serait bon aussi de souligner le travail bénévole qui a été fourni en vue de la construction de l\u2019un des seuls aquariums en plein air que l\u2019on connaisse au Canada.Ce vaste bassin a été le fruit de la collaboration de M.Maheux, entrepreneur qui a construit la charpente, de la « Granby Scrap Iron », qui a donné le métal, de la « Grandmont Construction » qui a coulé le ciment et d\u2019une compagnie de plastique de la ville qui a parachevé l\u2019aquarium en un plastique solide.La plupart des animaux qui composent actuellement le zoo ont été donnés au maire Horace Boivin par des villes étrangères ou des citoyens du Québec, comme manifestation d\u2019amitié.Améliorations.Depuis le printemps, il s\u2019est fait plusieurs améliorations.La principale de celles-ci est sûrement la construction de l\u2019aquarium de plastique, spécialement construit par le Ministère de la Chasse et de la Pêche et dans lequel évoluent, pour la plus grande joie des amateurs et des visiteurs, plus de 150 espèces de poissons.On met aussi la dernière main à une grande volière.Parmi les autres nouveautés, mentionnons la Ferme Belval pour les enfants.On y admire la plupart des animaux domestiques de la ferme et les enfants y trouvent grand plaisir.Nouvelles acquisitions.Parmi les nouveaux animaux que l\u2019on peut aussi admirer cette année, mentionnons d\u2019abord le géant du pôle, l\u2019ours blanc, le chevreuil japonais, les agoutis, les blaireaux, ainsi qu\u2019un ocelot, espèce de chat-tigre d\u2019Amérique.Par ailleurs, les mouflons ont eu un rejeton et l\u2019un des couples de singes a un fils fort espiègle.Enfin, pour ce qui est de l\u2019aménagement des jardins, la Société Zoologique a fait paver une partie des chemins du zoo, elle a fait creuser de nouveaux lacs et ruisseaux sur lesquels de nouveaux ponceaux ont été jetés.Sur un îlot, surmonté de la « Tour d\u2019Orient », s\u2019amusent ferme plusieurs écureuils pour lesquels des jeux ont été aménagés.Enfin, le parc Tivoli, pour les enfants, a été agrandi et présente de nouveaux jeux mécaniques.A tout ceci s\u2019ajoutent des parterres, des arbustes et des plates-bandes fort jolis.Ci-contre, en haut : La plus grande réalisation de l'année au zoo de Granby est sans contredit l'aménagement de Centrée principale où allées en asphalte et plates-bandes de fleurs, haies de sapins et décorations multiples ont été ajoutées pour l'agrément du visiteur.Ce paysage cadre bien avec les lacs artificiels sur lesquels, canards, oies sauvages, flamands figurent à leur meilleur.\u2014 En bas : On se demande si Darwin n'a pas un peu raison 1 Le zoo de Granby présente une collection de singes qui suscite le plus vif intérêt.Cette guenon et son petit sont en particulier des points de mire car la maternelle protection de la guenon pour son rejeton est presque ill; j ' v j*;\t, m*- .\t1 »\u2022.», Ml F\u2019 V- ?\u2022 %*\u2022 SMI à 10 Le Samedi, Montréal, 15 octobre 1955 V > g® Sém ïvf >\u2022 >!-^P?S* I \"W\u2019SK- MH -T-**.Ancienne petite couturière, YVETTE LABROUSSE r/a Begum) épouse à 38 ans l\u2019homme le plus riche du monde La Begum, femme de l\u2019Aga Khan, laisse un chaton monter sur ses épaules, dans une boutique d'antiquaire, à Rome.Elle et son mari se rendaient en villégiature à Nice, en France.Une femme pieds nus, entièrement drapée dans le voile blanc qui confond sous son anonymat riches et pauvres, vient d\u2019accomplir, ces jours-ci, le pèlerinage de La Mecque.Elle a touché l\u2019angle sacré du temple construit par Abraham non loin de là, frotté son visage aux pierres de la Kaaba et bu l\u2019eau de la source miraculeuse qui efface les péchés des croyants.Personne ne l\u2019a remarquée au milieu de la foule des pèlerins, et pourtant ce costume uniforme dissimule une personnalité singulière, un être frappé d\u2019un destin fabuleux : celui d\u2019une petite Lyonnaise qui courut, enfant, dans les rues pauvres de la Croix-Rousse ; d\u2019une belle fille qui fut, à 23 ans, Miss France ; d\u2019une couturière qui, à force de travail, rassembla dans sa clientèle les élégantes des Brotteaux avant de devenir une des femmes les plus riches du monde, la Begum, la femme de l\u2019Aga Khan.Yvette Labrousse (que son mari appelle familièrement Yaki, et les Musulmans « Orne habiba \u2014 la mère du Bien-Aimé ») est née en 1906 à Lyon, dans un vieil appartement misérable du quartier des «canuts» (tisserands).Son père était conducteur de tramway.Sa mère, dans les moments difficiles, fait de la confection à domicile.Pas question pour l\u2019enfant de faire des études prolongées.A 14 ans, on la met en apprentissage dans un atelier de couture où elle prend ses grades lentement : petite main, ouvrière, première enfin.Elle est jolie, très jolie à 23 ans, lorsque l\u2019annonce d\u2019un concours de beauté (ils sont rares à l\u2019époque) met l\u2019atelier sens dessus-dessous.Ses camarades la pressent de se présenter.Elle s\u2019y décidera enfin et recevra sa première couronne : celle de Miss France.Il lui faudra quinze ans pour gagner la seconde : celle de princesse.Une morne soirée.Ce jour-là, elle est de passage à Lausanne.C\u2019est le début de l\u2019hiver 44.Et elle s\u2019ennuie dans le hall du grand hôtel où elle est descendue.Elle est maintenant une couturière cotée qui peut s\u2019offrir le luxe des palaces.Le temps est gris, froid, pluvieux, la soirée s\u2019annonce sinistre.Ramenant ses longues jambes sous la jupe courte de l\u2019époque, Yvette Labrousse, pour s\u2019occuper, feuillette distraitement les revues qui traînent sur une table proche, en sirotant son café.On voit ici la Begum Liaquat Ali Khan, ambassadrice du Pakistan aux Pays-Bas.passant en revue la garde d'honneur à La Haye, avant de présenter ses lettres de créance à la reine Juliana.L'Inde a aussi son ambassadrice, Mme Pandit Nehru, qui a représenté son pays à Moscou et à Washington, et qui fut présidente de l'Assemblée Générale des Nations-Unies.I Photos Canada Widel.A côté d\u2019elle, un monsieur âgé, aux fortes lèvres, au front bas en partie dissimulé sous de grosses lunettes d\u2019é-caille fait quelques réflexions à haute voix sur le temps, sur la ville, sur la France qu\u2019il a dû quitter pour fuir l\u2019occupation .La conversation s\u2019engage.L\u2019Aga Khan a 6S ans à l\u2019époque.C est un homme lourd, tassé dans ses costumes d\u2019une inimitable coupe anglaise.Il est triste aussi et solitaire.Il vient de se séparer définitivement d\u2019Andrée Caron, sa troisième femme : « la petite chocolatière » de Chambéry n\u2019a pu vivre loin de sa Savoie natale, ni s\u2019accoutumer à la vie mondai-ne, aux réceptions, encore moins au côté traditionnel et patriarcal qui do-mine la vie de cet Oriental qui semble, à première vue, si bien occidentalisé.A 38 ans, Yvette Labrousse est encore extrêmement jolie, d\u2019une beauté pleine et calme de femme qui croit avoir réalisé sa vie.L\u2019Aga Khan s\u2019amuse de sa simplicité et de sa franchise.Il la trouve « rassurante » aussi auprès de toutes les aventurières des deux mondes qui papillonnent généralement autour de lui.Il sent confusément que la nouvelle venue serait capable de tenir à ses côtés un vrai rôle.Pour Andrée Caron, il n'était que le vieux gentleman en haut-de-forme gris qui avait 400 chevaux de course dans ses écuries et aux côtés duquel on pouvait sortir en robe élégante et couverte de bijoux royaux.I] sent que cette inconnue pourrait bien être à la fois la femme de l\u2019Aga Khan et celle du « Dieu terrestre des Ismaïliens » avec tout ce que cela comporte de servitudes et d\u2019accomplissements généreux.Le mariage aura lieu peu de temps après.Le champagne se change en eau dans sa bouche.« Mon plus beau joyau, c\u2019est ma femme », a déclare 1 Aga Khan toujours galant, malgré ses 75 ans et ses 10 ans de mariage.Il avait d\u2019autant plus de mérite à le dire qu\u2019il venait de se voir dépouiller, sur la route de Cannes, de plusieurs centaines de millions de bijoux.En quelques années, Yvette Labrousse est effectivement devenue « Orne Habiba », admise à faire le pèlerinage de La Mecque et la meilleure collaboratrice de son mari.C\u2019est elle qui lui sert de chauffeur, l\u2019accompagne dans ses voyages, dans ses sorties, dans ses chasses et veille en gardien implacable sur sa santé.Quand il acheta au Canet la grande villa qui fut pour un temps le refuge du duc et de la duchesse de Windsor, il la baptisa «Yakimour», du diminutif familier de sa femme « Yaki » et du mot français « amour ».Mais c\u2019est elle qui a dessiné le jardin et veillé à l\u2019entretien des fleurs, qui a dessiné le plan des terrasses, des pièces d\u2019eau, qui a veillé aux modifications intérieures, à l\u2019ameublement de la maison et qui en dirige la bonne marche avec les qualités magistrales d une Française de province.Elle s\u2019occupe aussi de dresser personnellement les menus.A l\u2019âge de l\u2019Aga Khan, les plaisirs de la table ont maintenant pris le pas sur beaucoup d\u2019autres.Mais on trouverait difficilement une bouteille de vin ou d\u2019alcool dans la maison.Il ne s\u2019agit pas de se conformer aux règles du Coran.Les 20 millions de fidèles du « Dieu terrestre des Ismaïliens » se sont faits à l\u2019idée que celui-ci appréciait le vieux bourgogne et qu\u2019à l\u2019occasion il n\u2019hésitait pas, au cours d une soirée joyeuse, à vider quelques bouteilles de champa-§***-\u2022 Us ont confiance.L\u2019Aga Khan ne peut mal faire et même s\u2019il se laisse aller à goûter un peu de cet alcool proscrit par la loi mahométane, « celui-ci se change en eau dans la bouche de leur chef religieux ».Le véritable tyran ce n\u2019est pas Allah, ni les fanatiques de la secte, mais [ Lire la suite page 28 ] 1 Le Samedi, Montréal, 15 octobre 1955 11 \" LE SAMEDI \" présente en exclusivité : SURVENANT Un chapitre par semaine du grand roman de GERMAINE GUEVREMONT QUARANTE-QUATRIEME EPISODE Voici Joinville en route pour Sorel.Aussi fier des premiers dollars en sa possession que de la confiance que son père lui accorde, il part à la recherche du Survenant.Chemin faisant, il rencontre le père Didace, la tête basse, absorbé dans ses pensées.Après quelque hésitation, Joinville lui fait part de la mission dont son père l\u2019a chargé : ramener le Survenant au Chenal du Moine.Incrédule en premier lieu, le père Didace finit par indiquer à Joinville la maison où le Survenant peut se réfugier.Sans spécifier cependant le caractère de la maison et des gens qui l\u2019habitent : soit la pension des navigateurs.On ne sait trop quel accueil le jeune homme y reçut ni ce qui s\u2019y passa par la suite.Le lendemain matin, l\u2019anxiété règne chez les Provençal.Joinville n\u2019est pas rentré.Beau-Blanc, le premier, jette la lumière sur la disparition de Joinville.Il affirme à Gros-Gras qu\u2019il a reconnu le plus jeune des Provençal en compagnie du Survenant, dans la Petite-Rue, au marché à foin, à Sorel.Il se tord même de rire en décrivant en quel état les deux amis se trouvaient.Pierre-Côme se hâte de renvoyer le bavard ; mais il ne peut s\u2019empêcher d\u2019ajouter foi à ses propos.Le désespoir de Catherine réalisant que Joinville a découché, ainsi que l\u2019inquiétude mêlée de colère que lui causent les paroles de Beau-Blanc, décident Pierre-Côme à se rendre chez le père Didace.Il insiste mais en vain pour que ce dernier se rende à Sorel, à son tour, pour ramener le Survenant ainsi que Joinville.Au refus catégorique de Didace, Pierre-Côme répond par un serment : celui d\u2019en arriver à son but, coûte que coûte.Une rencontre inattendue.Si Pierre-Côme se fût douté de ce que Beau-Blanc appelait « le plus beau de toute l\u2019affaire », peut-être y eût-il plus volontiers prêté l\u2019oreille.Mais absorbé par l\u2019aventure de Joinville, il ne se préoccupait guère du reste.\u2014 J\u2019vous demande, Joinville .mon p\u2019tit garçon, aller m\u2019faire déshonneur à Sorel.Qui m\u2019aurait dit que ça serait mon plus jeune qui dérogerait ! Son renom étant en jeu, il ne songeait qu'au moyen d\u2019y redonner du lustre, au plus tôt, tout en tentant d\u2019associer le père Didace à ses calculs.Egoïste à souhait, se désintéressant des problèmes des autres, ce qu\u2019il mettait hypocritement sur le compte de la charité chrétienne, tel qu\u2019on le sait il refusait à Beau-Blanc de l\u2019écouter davantage du moment qu\u2019il ne se croyait pas en cause.Ni lui ni les siens.C\u2019est en vain que Beau-Blanc, tentait une dernière fois, sur le seuil, de dire.\u2014 J\u2019ai vu .J\u2019ai vu .Pierre-Côme lui fermait la porte au nez.Au fait, qu\u2019avait donc tant vu Beau-Blanc ?Après la rencontre qu\u2019il faisait du Survenant et de Joinville, comme Beau-Blanc s\u2019en retournait au marché, ne reconnaissait-il pas Angélina, oui Angélina, qui arpentait le trottoir, seule et regardant à droite et à gauche, en face du magasin de vêtements « L\u2019Ami du Navigateur ».Qui pouvait-elle attendre ?Sournois, et dérobé à l\u2019entrée d\u2019une porte voisine, Beau-Blanc prenait plaisir à observer la jeune fille qui faisait le pied de grue, sans se douter de la surveillance dont elle était l\u2019objet.Un journalier pelletait la neige molle près de l\u2019hôtel voisin.Elle se décida à lui adresser la parole.Beau-Blanc put même l\u2019entendre demander : \u2014 Vous auriez pas, par hasard, vu un grand gars, la tête frisée puis des belles dents blanches ?L\u2019homme, heureux de trouver un divertissement à son travail, s\u2019arrêta pour mieux regarder Angélina dans les yeux.Elle paraissait honnête.Elle n'appartenait pas aux phalanges des filles renommées «pour courir après les garçons ».Elle hésita avant de poursuivre : \u2014 Des fois, il aurait pu entrer à l\u2019hôtel, par affaire.¦\u2014 Pauvre demoiselle, répondit l\u2019homme, des gars, la tête frisée, y en a \u2014 il montra ses doigts gourds à force de pelleter \u2014 comme les doigts d\u2019là main.\u2014 Mais celui-là, dit doucement Angélina, il est ben reconnaissable.Il a la tête rouge, puis toujours un beau sourire aux lèvres.S\u2019il était entré à l\u2019hôtel, vous l\u2019auriez remarqué ?\u2014 Pas à ma connaissance, dit le journalier en chassant la neige mouillée vers le milieu de la chaussée.Angélina reprit sa marche.Quand elle repassa près de l\u2019homme, elle lui murmura, pour excuser sa conduite : \u2014 J\u2019ai dû me tromper d\u2019heure.Autrement il serait rendu icitte depuis longtemps.Mais elle ne se décidait pas à partir.Par ce jour ensoleillé, elle était arrivée, avec l\u2019angélus, fidèle au rendez-vous, plusieurs minutes avant l\u2019heure fixée par le Survenant.Connaissant son manque de ponctualité, elle ne s\u2019attendait pas à le trouver à « L\u2019Ami du Navigateur ».Mais il ne devrait pas retarder.Elle entra au magasin, et pour se donner bonne contenance, commença à palper les étoffes.Bientôt le Syrien la harcelait de ses offres.A l\u2019entendre, toutes ses marchandises étaient une aubaine pour la clientèle.Angélina commença par le remercier poliment.Puis elle prit le parti de sortir.Depuis, elle marchait, de plus en plus honteuse et de moins en moins certaine de voir paraître le Survenant, à mesure que le temps passait.Trois heures sonna à l\u2019horloge du bureau de poste.Y avait-il vraiment trois heures qu\u2019elle attendait ?Elle n\u2019en put douter.Le ciel s\u2019obscurcissait et la neige, de pailletée qu\u2019elle était sur l\u2019heure de midi, devenait grise et laide.Quel contraste avec la blancheur de la plaine, au Chenal du Moine ! Lorsqu\u2019elle repassa devant le journalier, pris de pitié pour elle, il lui dit : \u2014 De quoi c\u2019est que ça vous donne Pierre-Côme Provençal (Georges Tou-pin), aux dernières nouvelles, était encore maire de la municipalité du Chenal du Moine.Mais qu\u2019il se surveille ! Le père Didace, aidé du \"Survenant\" pourrait fort bien le battre aux prochaines élections.(Photo Jac-Guyl.de l\u2019attendre ?Allez-vous-en donc chez vous.Elle le regarda en face.Il était vieux.Ses yeux larmoyaient continuellement.\u2014 A votre place, j\u2019resterais à la chaleur.De quoi c\u2019est que ça vous donne de plusse ?Vous êtes toute frissonnante ! Lui-même grelottait.Devant cet homme âgé, forcé de travailler dehors par tous les temps, Angélina se sentit indigne d\u2019abuser ainsi des grâces que Dieu lui accordait.Elle possédait la sécurité.Puis, son père devait commencer à s\u2019inquiéter.Elle fit deux pas, revint vers l\u2019homme qui ne la quittait pas des yeux et se crut obligée de lui expliquer : \u2014 Il a dû lui arriver malheur.J\u2019vois rien d\u2019autre chose.Les larmes lui montèrent aux yeux : \u2014 J\u2019veux pas que vous pensiez que c\u2019est un mauvais larron que j\u2019attendais.Non.C\u2019est un bon coeur d\u2019homme.Le journalier ne trouva rien à lui répondre.Les passants commençaient à s\u2019espacer.Ce fut en vain qu\u2019Angélina chercha une dernière fois, à travers la buée qui embrouillait sa vue, à distinguer la silhouette du Survenant.\u2014 Il viendra pas m\u2019trouver, mon Dieu, se dit-elle, le coeur serré.Résolue à s\u2019en aller, cette fois, elle demanda au pelleteur : \u2014 Advenant qu\u2019il passerait par icitte, vous lui diriez pas qu\u2019il est attendu au Chenail du Moine ?\u2014 Ah ! j\u2019peux ben y dire, quant à moi.Au Chenail du Moine, hein ?Ce fut ce moment que Beau-Blanc choisit pour sortir de sa cachette.Il hâta le pas afin de rejoindre Angélina.\u2014 Hé, mamzelle Angélina ! A la voix de Beau-Blanc, l\u2019infirme eut l\u2019impression que tout son sang se retirait.Elle se sentit rapetissé e, amoindrie.Il fut bientôt près d\u2019elle et, avec son effronterie ordinaire, la reluquant sous le nez : \u2014 Vous avez ben le tour des yeux rouges, mamzelle Angélina ! ¦\u2014Va pas craire des choses semblables, Beau-Blanc.C\u2019est une poussière qui m'a r\u2019volé dans l\u2019oeil.Elle avait beau nier de son mieux, l\u2019innocent ne s\u2019y trompa pas.\u2014 Une poussière à c\u2019temps-citte de l\u2019année ! Aïe, mamzelle Angélina, vous y pensez pas ?Elle eut la présence d\u2019esprit de lui répondre, en se frottant l\u2019oeil.\u2014 D\u2019là suie de cheminée, d\u2019abord.\u2014 En tout cas, si c\u2019est le beau Survenant que vous attendez .\u2014 J\u2019attends personne, trancha Angélina.Sans se soucier de ce qu\u2019elle disait, Beau-Blanc poursuivit : \u2014 Si c\u2019est.lui, attendez-le pas.J\u2019viens de le voir .Angélina s\u2019aperçut que l\u2019homme qui lui avait parlé écoutait, le menton appuyé sur le manche de sa pelle.\u2014 Avance, Beau-Blanc, restons pas plantés de même au beau mitan du trottoir.Lorsqu\u2019ils se furent éloignés suffisamment pour être à l\u2019abri des oreilles indiscrètes, Angélina fut la première à questionner :\t[ Lire la suite page 39 ] V' ' cws m I m ¦ *V ; ¦\t- ¦ '\tV-.: ¦ .mim r.PT- : M ç* jfe -\u2022 ¦ k.' i «SSP»5 12 Le Samedi, Montréal, 15 octobre 1955 DANS LE MONDE PAR OSCAR MAJOR ,\ty ' : Sfiïii s-'\t-,\t¦\t; ARCHIE MOORE veut prendre quelques livres d'embonpoint afin de vaincre Rocky Marciano, dans un combat revanche, en Juillet 1956, alors qu'il aura 39 ans révolus.Pour atteindre son but, il entend savourer une dizaine de verres de lait malté.par jour, bouffer des pâtes alimentaires et des pâtisse- .Tba^\" à°200 livre\"!'* a'°Uter * \" régime QSSie\"e5 S°\u201cpe °U,< P°is' ^ veut ««Hier aisfe T lltue R ?\t9 \\ , COUr5eS\taUX SOUS har\"ais' *eS piqués du sport des rois de la p.ste de Blue Bonnets parieront la |olie somme de $15.000.000, si Madame Température reste souriante, bien entendu.Il arrive assez rarement que l'on assiste à une fin de course aussi corsée, â 300 pieds de la ligne cI arrivée.A voir cette photo, l'eau vient à la bouche de Jos, qui a perdu sa chemise à suivre un système de paris, qu'il croyait parfait !\tK\ta sulvre # *¦ -'ll:-.V' L-fc S 't'y'i /*\u201c* 'WM* ï®** SPORTIF Balle-assommoir ¦ Nous avons reçu, comme il fallait s\u2019y attendre, de nombreuses lettres à l\u2019occasion d\u2019une chronique, où nous revendiquions le droit des lanceurs de fronder, de temps à autre, la balle, à l\u2019intérieur du marbre, à la hauteur de la tête du frappeur, dans le but de l\u2019effrayer et non de l\u2019assommer.Lisons, à ce sujet, la récente déclaration du vétéran lanceur du White Sox de Chicago, Virgil Trucks, 36 ans : « La principale idée des artilleurs de lancer la balle près de la tête du cogneur n\u2019est pas de le blesser, de l\u2019assommer.Ils ont plutôt l\u2019intention de l\u2019effrayer, de le rendre nerveux, afin de leur servir, à l\u2019offrande suivante, une courbe sur le coin extérieur du marbre.Il est juste et raisonnable que les cogneurs respectent autant les lanceurs que ces derniers le font à l\u2019endroit des frappeurs.D\u2019ailleurs, ils devraient se glorifier du fait que les lanceurs font mer et monde pour les effrayer avec ces balles rapides et collées.C\u2019est une preuve évidente qu\u2019ils sont dangereux avec leurs bâtons cylindriques, surtout depuis qu\u2019on rapproche du marbre les clôtures, au détriment des artilleurs.De plus, je suis convaincu que si le lanceur n\u2019avait pas recours à une semblable stratégie pour faire peur au frappeur, ce dernier se moquerait de lui, en quelque sorte.Grâce à ce procédé, le cogneur a plus de difficultés à placer la balle en lieu sûr.Si j\u2019essayais d\u2019attraper à la tête le frappeur pour l\u2019assommer \u2014 ici, je me fais l\u2019interprète de la majorité des artilleurs \u2014 je souhaiterais qu on me raye des cadres du baseball organisé.Aussi, il faut qu\u2019un lanceur possède un excellent contrôle pour tenter de lancer cette sorte de balle.Je conseille aux lanceurs qui ne peuvent pas maîtriser ces lancers-surprises de les reléguer aux oubliettes ».Jeu coincé \u2014 Cours et frappe ¦ Nous traduisons assez aisément « squeeze-play », une phase du baseball, difficile d\u2019exécution, par le mot très français, jeu coincé, lors même qu\u2019il n\u2019existe pas dans l\u2019esprit des Académiciens.Pour ceux qui connaissent le baseball, ce terme correspond parfaitement à ce qui se passe, dans les circonstances : un coureur est niché au troisième but, vers la fin d\u2019une joute, connaissant un pointage de 3 à 3 ou 3 à 2.Alors, le gérant donne un signal conventionnel au frappeur, qui doit faire 1 impossible pour déposer sur le gazon, à l\u2019aide de son bâton, la première balle lancée, dans la direction du troisième but ou dans celle du premier but.En même temps, le coureur occupant e tioisième sac doit aussi saisir le même signal et se dniger vers le marbre, lorsque le lanceur a perdu la maîtrise de la pilule blanche.Ce même coureur se voit, donc, pris dans un coin, autrement dit coincé, si nous tenons à nous servir d\u2019un style imagé.Nous sommes d'autant plus à l\u2019aise, à propos de ce terme lrcar!ÇÏ?îS\u2019 que nous fûmes le premier chroniqueur sportif a 1 employer, il y a près de trente ans.D\u2019ailleurs comme joueur de baseball, nous l\u2019avons réussi une centaine de fois, en 40 ans, à la satisfaction de tous a 1 exception des joueurs ennemis, bien entendu ! Nous savons fort bien que l\u2019exécution de l\u2019un des plus beaux jeux du baseball, le hit and min, que nous traduisions par cours et frappe, n\u2019est pas des plus faciles.A tel point qu\u2019un grand nombre de gérants des ligues majeures et de la Ligue Internationale croient dur comme fer que peu nombreux sont les cogneurs pouvant réussir ce jeu.A leur avis, il n\u2019y en a pas deux douzaines dans les seize clubs de la grande tente.Tout au plus une dizaine dans les équipes de la Ligue Internationale.Au cours de notre longue carrière, nous avons connu un grand nombre d\u2019anciens joueurs locaux, assez habiles pour l\u2019essayer le nlus souvent Possible et le réussir assez souvent, notamment Arthur Duchesnil, Johnny Jacobs, Larry Carmel, Ray Cutter, Roland Gladu.Pamphile Yvon, Eddie Singher, Armand Laplante, Wilfrid Couillard, Charlie Culver, Jacques Monette, Robert Leblanc et plusieurs autres.Pour bien exécuter ce jeu, il faut d\u2019abord que les coureurs et les frappeurs puissent capter les signaux lancéeIantS\u2019 qU '1S S°ient caPables c,e frapper la balle Dans les classiques de 1955, les Yankees de New-ork ont utilise ce jeu plus souvent que les Dodgers 1 Le Samedi, Montréal, 15 octobre 1955 13 de Brooklyn, parce qu\u2019ils comptent, sur leur alignement, un moins grand nombre de cogneurs de coups de circuit, deux fois moins, croyons-nous.Coulisses de la boxe ¦ Quoique Jim Norris, président de l'International Boxing Club, magnat du hockey majeur, ne veuille point admettre que certaines personnes de la pègre gèrent quelques boxeurs américains, en sous-main, la Commission de Pennsylvanie pense autrement.Elle croit que les deux gérants du champion des poids-légers Jimmy Carter sont aussi gérants du boxeur Joey Giardello, aujourd\u2019hui en prison pour assaut grave.Ces deux gérants, Tony Ferrente et Carmen Grsziano seraient associés à des parieurs de profession, des preneurs aux livres et des gens louches sans moyens de subsistance.Si la Commission de Pennsylvanie réussit cette purge, un grand nombre de gérants seront rayés des cadres de la boxe, dans cet Etat, dont l\u2019exemple sera suivi par d\u2019autres.On se rappelle que plusieurs journaux de l\u2019Oncle Sam ont clamé à toüs les vents qu\u2019un très petit nombre de gérants de boxeurs n\u2019ont aucun lien avec un tas de parasites indésirables .Et Jim Norris continue de croire, honnêtement ou non, que le monde de la pègre américaine ne possède aucune influence néfaste, au sein de la boxe, aux Etats-Unis.Aussi longtemps que les choses iront systématiquement mal, les membres de la Commission de Pennsylvanie continueront systématiquement à dire qu\u2019elles ne sont pas bien, jusqu\u2019à ce qu\u2019ils aient réussi d\u2019enrayer l\u2019invasion de la pègre dans l\u2019art pugilistique.Ils ont donc commencé à tirer avec frénésie la sonnette d\u2019alarme, de concert avec les membres de la Commission de l\u2019Ohio, étant d\u2019avis qu\u2019on ne supprime les abus qu'en les traitant tous, avec la même sévérité, selon la même règle .Un non bien sucré vaut mieux qu\u2019un oui mal assaisonné ! En boxe, la raison finira-t-elle par avoir raison ?Tennis \u2014 Baseball \u2014 Saxophone ¦ Peut-on croire qu\u2019un joueur de tennis puisse être instructeur de tennis d\u2019un collège américain, alors qu\u2019il n\u2019a qu'un bras ?Pourtant, c\u2019est bien ce que fait le Dr.Milton Bush, de Nashville, Tennessee.Il est, de plus, professeur en pharmacie du collège Vanderbilt.Pour lancer la balle en l\u2019air, dans les services, il tient la pilule bianche entre le pouce et l\u2019index.D\u2019un seul coup, il la lance, puis il soulève la raquette pour frapper avec force la balle.Il perdit le bras gauche, à l\u2019âge de 12 ans, à la suite d\u2019une fracture .Burleigh Grimes, ancien lanceur des grandes ligues, ancien gérant du Montréal et du Toronto, fut le dernier des lanceurs de balles mouillées.Il favorise le retour de cette offrande, qui aiderait grandement ces pauvres artilleurs, à qui on enlève de plus en plus, les moyens d\u2019existence, en rapprochant les clôtures, en rendant chastes, comme les baisers de deux boules de billard, les balles qu\u2019ils lancent à leurs adversaires, de 130 à 150 fois par joute.Pour la première fois, nous abondons dans le sens du fougueux Burleigh Grimes.Jouer du saxophone \u2014 qui l\u2019eût cru ?\u2014 est un véritable sport d\u2019endurance.La preuve : il existe des records mondiaux, établis par les fervents de ce pipeau mo-dsrne.Ainsi, Jerry Mattler, de Chicago, a réussi à jouer du saxophone, durant 21 heures consécutives.Il battit l\u2019ancien record, détenu par un musicien italien, qui était de 19 heures.Pour votre bien B Quel est le but de la culture physique ?C\u2019est de préserver le corps, au moyen d\u2019une cuirasse de muscles souples, mais solides, formant une sorte de réseau de fils barbelés contre un certain nombre d\u2019ennemis : grippe sournoise, bronchite perfide, rhumatisme lancinant.De plus, la culture physique donne de la vigueur aux maigres et fait fondre la graisse des gens, ayant tendance à l\u2019embonpoint.Donc, elle a le droit d\u2019être considérée comme le premier des devoirs d\u2019hygiène.Faites-en l\u2019essai.Vous constaterez rapidement le changement salutaire, qui s\u2019effectuera en vous.S\u2019il vous est impossible de vous rendre, deux ou trois fois par semaine à la Palestre Nationale, où le professeur Yvan Cou-tu donne des cours, chez l\u2019expert Nick Kebedjy, ou au Y.M.C.A., faites des exercices de culture physique chez vous .Après un mois, vous qui vous sentiez courbatu, fatigué au moindre effort, qui éprouviez une lassitude rapide en marchant, en montant des escaliers, qui aspiriez sans cesse à vous asseoir pâmés, à vous reposer, vous aurez une sensation de bien-être, d\u2019énergie que vous ignoriez.Il existe une multitude de mouvements de culture physique.Vous vous levez au dernier moment.Vous n\u2019avez que cinq minutes à consacrer à votre entraînement quotidien, à votre cure de santé de chaque jour.Il vous faut trois ou quatre exercices, qui feront travailler, en même temps, tous vos muscles.Voici : étendu sur le dos, les bras dans le prolongement du corps, les pieds contre le bassin, les genoux joints, amenez les bras en avant, jusqu\u2019à deux ou trois pouces du sol, en élevant les épaules.Cela constituera un travail énergique, localisant l\u2019effort au droit de l\u2019abdomen.Pour assouplir la colonne vertébrale, partez de la position assise, bras étendus en avant, la tête droite et touchez la pointe des pieds avec vos doigts.Enfin, revenant à la position couchée, terminez le travail des muscles abdominaux, en vous mettant en équilibre sur le bassin et en soulevant, en même temps, les jambes bien tendues et le tronc, les bras étant dans le prolongement du corps, les mains à plat.O.M.Le soccer, implanté à Montréal depuis plusieurs années, connaît une vogue toujours grandissante, chez les jeunes athlètes canadiens-français.Les experts de ce sport, optimistes on ne peut plus, voient le jour, où plus de 15,000 personnes assisteront à des joutes des soccer, au Stadium de Montréal.Ce sport est très populaire à New-York.On voit, sur cette photo, à gauche, le joueur de l\u2019équipe Sochaux de France, RENE GARDIEN, dans une tentative de marquer un but à l\u2019aide de sa tête.Le joueur allemand JERRY KANTZ (3) empêche le joueur français de déjouer le gardien de buts allemand.Dans cette joute, l\u2019équipe française, qu\u2019on verra peut-être, à Montréal, avant la chute des feuilles, a vaincu le club allemand, au compte de 4 à 1.A ce jeu.les pointages élevés sont aussi rares que les millions de dollars dans nos goussets ! V*\u201d\t«1 Ces deux joueurs du White Sox de Chicago, de gauche à droite, le rapide voltigeur et solide cogneur, JIM RIVERA, et le grand lanceur droitier CONNIE JOHNSON, dont le départ de Toronto a fait perdre le championnat de la Ligue Internationale aux joueurs de Luke Sewell, auraient bien aimé déposer sur la tête de leur gérant Marty Marion la couronne dorée, représentant le championnat mondial.Les dieux l\u2019ont voulu autrement.Il faut se conformer aux rudes exigences de la destinée ! Ce sera partie remise à la saison prochaine, direz-vous ! Il n\u2019y a rien d\u2019assuré, à ce sujet, car la direction des Yankees de New-York, dans le but de rendre l\u2019équipe plus formidable \u2014 ne l\u2019est-elle pas assez ?\u2014 est prête à verser $100,000 dans les coffres du Chicago, pour acquérir ces deux étoiles de couleur.?-¦: ; : Mgm P* * - mm , : ' y* SMhH _ 14 sz/z-r ¦ jmsm pST ?T5*-s*ssWj \u2022«w Enigmes criminelles Tom Nulty par ALAIN ROBERT «Je suis calme.Je me suis familiarisé avec l\u2019idée de la mort, et je remercie les membres du cler'jé qui m\u2019ont tant aidé.J\u2019étais un aveugle.L\u2019amour avait distillé tout son mauvais venin dans mon coeur.C\u2019est alors que, n\u2019écoutant que ma folle passion, j\u2019ai sacrifié à mes mauvais instincts ceux que j\u2019avais de si chers, Elizabeth, Annie, Ellen et Patrick .Adieu, nous nous reverrons tous dans le Ciel ! » Extrait d\u2019une longue lettre que Tom Nulty, avant de monter sur l\u2019échafaud, avait dictée à M.l\u2019abbé Cléroux, son confesseur et celui dont le dévouement l\u2019avait préparé chrétiennement à la mort.Cette missive suprême était adressée aux survivants de la famille Nulty, à ceux que la hache de Tom avait épargnés.Amours désespérées.Thomas (qu\u2019on appelait toujours Tom) Nulty, 21 ans, était Taîné des fils Nulty.Le père, la mère et leurs six enfants non encore mariés vivaient ensemble sur une ferme, à une dizaine de milles de Rawdon.On était bien pauvre.La culture ne donnait pas beaucoup et il y avait tant de bouches à nourrir.Tom était amoureux.Ce n\u2019était pas un caprice.Il voulait absolument marier une autre pauvresse, Rosa L\u2019Heureux dit Lespérance.Depuis longtemps, il en parlait à ses parents.Mais cette union était impossible.En se mariant, Tom et son épouse devraient vivre sur la ferme Nulty.La maison était déjà trop petite pour abriter la famille.Comment y loger une autre personne ?Si le pain manquait parfois sur la table des huit membres de la famille Nulty, comment y convier une autre bouche ?Le père et la mère de Tom cherchaient à le raisonner chaque fois qu\u2019il parlait mariage.Mais le jeune homme était têtu.Il insistait de plus en plus, se fâchait, menaçait même.Telle était la situation, dans la famille Nulty, le 3 novembre 1897.Ce jour-là, Tom décida de tenter un grand coup pour en arriver finalement au mariage.Il rendit visite à sa soeur Marguerite.Celle-ci, plus âgée que lui, était déjà mariée à un Monsieur Poudrier et habitait une autre petite et humble maison de ferme à Waxford, à quelques milles de Chert-sey.Madame Poudrier écouta les doléances de son frère.Il avait espéré que le ménage Poudrier l\u2019accueillerait avec sa femme.Leur situation n\u2019était guère meilleure que celle des aînés Nulty.Marguerite expliqua son impuissance à Tom.Elle ne pouvait l\u2019accepter chez elle avec une femme.Bien plus, elle lui déconseilla le mariage, du moins pour le moment.Le jeune amoureux voyait s\u2019effondrer ses dernières espérances.Son chagrin en fut immense.Le désespoir le gagnait.Après avoir passé la nuit sous le toit de son beau-frère, il le quitta le 4 novembre avant-midi pour revenir à Rawdon.Son dernier adieu exprimait une résolution équivoque : « S il n\u2019y a pas de place, chez nous pour la femme que j\u2019aime, je vais lui en tailler une à coups de hache ! » Tom signifiait-il par là qu\u2019il était résolu à défricher sa propre terre et à se bâtir une maison à lui ?Ou fallait-il interpréter ses paroles à la lettre ?Le Samedi, Montréal, 15 octobre 1955 Le massacre des Innocents.Tom rentra chez lui vers l\u2019heure de midi.Ses parents étaient alors absents pour la journée.Depuis quelques jours, ils avaient décidé de se rendre à Sainte-Julienne, pour y vendre des produits de la ferme et acheter certains vêtements aux enfants.La dernière née, Judith, les accompagnaient.Elizabeth, Ellen, Annie et Patrick demeuraient à la maison, sous la surveillance d\u2019Elizabeth.La petite avait à peine onze ans, mais on pouvait déjà se reposer sur elle pour prendre soin des autres petits.Elizabeth allait soigner les animaux, à l\u2019écurie, quand Tom arriva.Sans prévenir de ses intentions, il s\u2019arma de sa hache et suivit sa petite soeur à l\u2019intérieur des bâtiments.Elle s\u2019était baissée pour prendre une brassée de foin, quand il lui assena un formidable coup sur la nuque.En sortant de la grange, Tom aperçut la petite Annie, qui venait à sa rencontre.Sous les yeux horrifiés de Patrick et d\u2019Ellen, qui l\u2019observaient de la maison, il abattit sa deuxième petite soeur.Et, malgré les pleurs et les supplications des deux autres, le fratricide acheva le quadruple meurtre.Plusieurs heures durant, Tom Nulty erra dans la forêt environnante.Le soir, il s\u2019en fut visiter celle qu\u2019il aimait désespérément.Et, pendant ce temps-là, le chien des Nulty aboyait lugubrement, errant sans comprendre autour des quatre cadavres.Arrestation.Les premiers soupçons avaient porté sur un mendiant inconnu, aperçu dans les parages le 4 novembre.Le détective McCaskill, chargé de l\u2019enquête, pensait autrement.Il questionna Tom Nulty à plusieurs reprises, lui faisant chaque fois raconter en détail l\u2019emploi de son temps au cours de la journée fatidique.Finalement, le 6 novembre, après les funérailles des quatre petites victimes et un dernier interrogatoire, le détective arrêta Tom, l\u2019accusant du quadruple meurtre.Le jeune homme commença par protester.Puis il avoua.Non pas quatre meurtres, mais deux seulement.Il admit avoir tué Elizabeth et Ellen, mais il affirma ne pas se souvenir de ce qu\u2019il avait fait ensuite.Cause désespérée.Le procès de Tom Nulty, devant un Jury des Assises à Joliette, débuta à la fin du mois de janvier 1898, pour se terminer le 4 février suivant.Il fut brillamment défendu par Me René de Salaberry.n/r n\t: 1\taeteeti McCaskill, meme sans tenir comp d un concours de circonstances déf vorables, établissaient les crimes désignaient leur auteur à la vindic legale.Me de Salaberry tenta de sai ver ia tête de son client en suggéra quil n\u2019était pas suffisamment sa d esprit pour porter la responsabili de ses actes.uneure seulement de délibérât turent unanimes à le trouver coût de meurtre.La pendaison fut fixé -0 mai suivant, à neuf heures matin.Evasion ratée.condamne a mort pouvait recevo tant de visiteurs qu\u2019il souhaitait surveillance naturellement, il al venait dans l\u2019enceinte de la pris Le Samedi, Montréal, 15 octobre 1955 15 C\u2019est ainsi que Tom Nulty accorda des interviews et posa pour des photographes et des dessinateurs, dans sa cellule de la prison de Joliette.Tous les jours à peu près, on lui permettait une promenade dans le préau.Il se rendait parfois jusqu\u2019aux hangars, où d\u2019autres prisonniers et des ouvriers exécutaient certains travaux.Tom Nulty abusa de sa liberté relative.Environ un mois avant son exécution, plus précisément le 13 avril 1898, une sensation inouïe jusque-là remua les esprits et les coeurs à la prison de Joliette.Le geôlier d\u2019alors avait nom Arthur Turcotte.Il habitait l\u2019immeuble avec sa femme et son père, Joseph.Ce jour-là, Venance Houle, un autre prisonnier, incarcéré dans la cellule voisine de celle de Tom Nulty, confia à Monsieur Turcotte que le condamné à mort projetait de le tuer, puis de s\u2019évader.On ne voulut pas tout d\u2019abord ajouter foi aux révélations de Houle.Mais il insista et décida Arthur Turcotte à pénétrer dans sa cellule à l\u2019insu de Nulty.Là et alors il engagea une conversation avec celui-ci.Sous prétexte qu\u2019il ne se souvenait plus exactement de leurs projets d\u2019évasion, il le pria de lui en répéter les détails.Tom Nulty ne flaira pas le piège.Il parla abondamment.A neuf heures, le même soir, quand le geôlier viendrait rendre sa dernière visite aux prisonniers, Nulty le tuerait à l\u2019aide d\u2019un pic caché dans sa cellule.Il courrait ensuite en finir avec Madame Turcotte et son beau-père.Il n\u2019aurait plus alors qu\u2019à libérer son voisin Houle et tous les deux prendraient la clef des champs.Si l\u2019affaire ne réussissait pas ce soir-là, le lendemain Tom Nulty mettrait le feu à sa paillassse et, à la faveur de la confusion inévitable, s\u2019évaderait, sans oublier son voisin, naturellement.Arthur Turcotte n\u2019en pouvait croire ses oreilles.Des hommes du shérif perquisitionnèrent sans retard dans la cellule de Nulty.Dans le bassin d\u2019aisance, ils trouvèrent effectivement un instrument de fer, acéré comme un poignard et mesurant 12 pouces de longueur par deux pouces d\u2019épaisseur.La surveillance du condamné fut resserrée.On lui enleva ses allumettes.Il n\u2019eut plus la permission de fumer.Fin paisible.Malgré l\u2019énormité de son crime, Tom Nulty avait eveille une certaine sympathie.Depuis la fin du procès, certaines gens s\u2019étaient occupées de lui.On avait même fait des démarches au-Pr-S du Ministre de la Justice, pour lui éviter la peine capitale et faire commuer la sentence de mort en emprisonnement à vie.Un revirement d\u2019opinion se produisit apres le 13 avril.On ne s\u2019intéressa plus à son sort.Les visiteurs se firent rares.On ne parla pratiquement plus de lui dans les journaux.Puis il fut touche de la grâce.Mgr Bruchési, alors archevêque de Montréal, vint le voir à la prison.C\u2019est à compter de cette visite que Tom Nulty accepta les secours et les consolations de la religion.Un professeur du Séminaire de Joliette, M.l\u2019abbé Cléroux, le visita quotidiennement.Son attitude changea rapidement.Il pria et se prépara à mourir chrétiennement.C\u2019est alors qu\u2019il dicta une longue lettre à ses parents pour implorer leur pardon.Dans cette lettre également il avoua ses quatre crimes en détails.Le Jour de la Mort.A cette époque, on pendait en public.Le matin du 20 mai 1893, deux cents personnes environ se pressaient autour de l\u2019échafaud, dressé dans l\u2019enceinte de la prison.Un train spécial en avait amené une bonne centaine de Montréal.Plus de trois cents autres spectateurs, perchés sur les murs ou sur les toits avoisinants, virent Tom Nulty gravir les degrés de l\u2019échafaud.C\u2019est le bourreau Radclive qui opérait dans ce temps-là.L\u2019exécution dura à peu près une minute.Alain Robert.L'HOROSCOPE DU \"SAMEDI\" (Nouvelle série) 4\t6\t2\t8\t3\t4\t6\t5\t2\t7\t3\t4\t7\t6\t2\t3 V\tS\tV\tU\tG\t0\t0\tL\t0\tA\tR\tT\tR\tY\tU\tA 8\t3\t7\t4\t6\t2\t8\t3\t7\t4\t8\t2\t5\t6\t4\t7 N\tN\tG\tR\tE\tS\tG\tD\tE\tE\tR\tE\t0\tZ\tA\tN 4\t7\t2\t6\t5\t4\t7\t3\t2\t6\t4\t8\t2\t7\t3\t6 U\tT\tT\tP\tN\tD\t0\tE\tE\tL\tA\t0\tS\tP\tF\tU 3\t8\t4\t6\t2\t3\t7\t4\t6\t5\t2\t3\t4\t6\t2\t8 E\tS\tC\tS\tT\tT\tP\tE\tP\tG\tR\tE\tV\tR\tE\tA 7\t2\t8\t6\t4\t3\t7\t2\t6\t5\t4\t3\t2\t6\t5\t4 0\tS\tC\tE\t0\tA\tR\tC\tV\tV\tU\tU\tH\t0\t0\tS 7\t5\t4\t6\t2\t3\t8\t4\t7\t2\t6\t3\t4\t7\t2\t8 T\tY\tR\tY\tA\tF\tH\tE\tU\tN\tA\t0\tU\tN\tC\tA 8\t2\t5\t4\t6\t3\t5\t4\t2\t6\t3\t4\t5\t2\t3\t4 T\tE\tA\tS\tN\tY\tG\tS\tU\tT\tÜI\tI\tE\tX\tR\tT Comptez les lettres de votre prénom.Si le nombre de lettres est de 6 ou plus, soustrayez 4.Si le nombre est moins de 6, ajoutez 3.Vous aurez alors votre chiffre-clef.En commençant au haut du rectangle pointez chaque chiffre-clef de gauche à droite.Ceci fait, vous n\u2019aurez qu\u2019à lire votre horoscope donné par les mots que forme le pointage de votre chiffre-clef.Ainsi, si votre prénom est Joseph, vous soustrayez 4 et vous aurez comme clef le chiffre 2.Tous les chiffres 2 du tableau ci-dessus représentent votre horoscope.Droits réservés 1945, par William J.Miller, King Features, Inc.\u2022«'-T',-.* A \t Pour un accueil cordial Vous ne pourriez pas mieux souhaiter la bienvenue à vos amis qu\u2019avec un verre de \u201cBlack & White\u2019\u2019.Le \u201cBlack & White\u201d mélange spécial des meilleurs whiskys d Ecosse, montre de façon remarquable combien un Scotch Whisky peut être bon.BUCHANANS \u2019BLACK&WHITE' SCOTCH WHISKY £e Secket hélule danA U Viciante Fournisseurs Brevetés de Sa Majesté la Reine Distillateurs de Scotch Whisky James Buchanan & Co.Ltd.Distillation, Mélange et Embouteillage faits en Ecosse En bouteilles de différentes grosseurs R B-424F 16 Le Samedi, Montréal, 15 octobre 1955 -E SAMEDI vous présente cette semaine: THE COBWEB Le film se déroule dans une clinique où les complications sentimentales et les rivalités mesquines tiennent autant de place que la maladie.On y voit Gloria Grahame, Lauren Bacall.Susan Strasberg, Adele Jergens, Richard Widmark.Charles Boyer et John Kerr.# LJ Le docteur Stewart Mc Iver (Richard Widmark) et Karen (Gloria Grahame), sa femme, sont souvent en désaccord.Celle-ci n\u2019est pas insensible aux compliments que lui prodiguent les patients de son mari et plus encore son collègue, s'Iaf/ 4 -m mmm le docteur Douglas Devanal (Charles Boyer).Prise de remords, Karen tente un rapprochement avec son mari et lui propose de s\u2019occuper davantage de la clinique.\u2014 Pour commencer, elle lui suggère d\u2019acheter de nouvelles draperies aux couleurs vives propres à plaire aux malades.Malheureusement, Meg Rinehart (Lauren Bacall), le bras droit du psychiatre, propose de faire dessiner les motifs de ces draperies par Steve Holte (John Kerr), un jeune artiste, patient du médecin.Ce dernier accepte.Karen poursuit ses projets et Sue Brett (Susan Strasberg), une autre malade, annonce à Steve qu\u2019il a tra- vaillé inutilement et que ses dessins ne seront pas acceptés.\u2014 Découragé, Steve s\u2019enfuit en direction de la rivière.Miss Cobb (Adele Jergens), la secrétaire du docteur Devanal, lui apprend l\u2019inquiétante nouvelle.Il s\u2019adresse des reproches parce qu\u2019il comprend qu\u2019il a une part de responsabilité dans cette lamentable affaire, et songe même à démissionner.\u2014 Heureusement, Steve s\u2019est ressaisi : il est revenu à l\u2019hôpital et le docteur Mc Iver le trouvé l\u2019attendant dans son bureau.Karen offre de l\u2019aider à prendre soin du jeune homme, et celui-ci devient le lien qui rapprochera les deux époux.'«Ml : If J'\u2014 Le Samedi.Montréal.15 octobre 1955 17 - - ¦lis Wr\u2019\u2019-'./'K v 6^ ,, lâaü >* .v, Il pensera à vous à chaque étincelle u/n(J\\cmAon.briquet à gaz Viking Ronson pour le fumeur de cigarettes et le fumeur de pipe $10.95* avec une Cartouche de Gaz Bu-Tank.Pour \"la flamme de votre vie,\u201d achetez un briquet qui lui fera toujours penser à vous .le Viking Ronson, le briquet à gaz, exclusif, de grande précision, avec la nouvelle flamme dirigée.Vous savez que c\u2019est un cadeau dont il se servira et qu\u2019il appréciera toute l\u2019année, chaque fois qu\u2019il allumera sa cigarette ou sa pipe.Il sera enchanté par les nouvelles caractéristiques exclusives à Viking\u2014 et charmé que vous ayez choisi un Ronson, le meilleur briquet au monde.Et un Viking n\u2019est qu\u2019un des briquets Ronson dont il y a un choix de plus de 50 dans tous les meilleurs magasins.Prix à partir de $5.50.* *Prix de détail suggéré Remplissage rapide, facile, 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la journée -\u2014 bien qu\u2019on fût seulement à la fin mai, cette chaleur avait été forte \u2014 demeurait suspendue au-dessus des flots en une sorte de brouillard que, peu à peu, l\u2019approche de la nuit dissipait.Mais le ciel, lui, restait, malgré l\u2019heure, très clair et encore lumineux.\u2014 J\u2019aime ce pays, murmura soudain Patrice Gramont en se tournant vers la pleine mer.Ses compagnons l\u2019imitèrent.La jeune femme avait souri avec indulgence.Elle interrogea, incrédule : \u2014 Vous aimez vraiment Cannes, vous, docteur ?Vous aimez cela ?Se retournant, d\u2019un geste vif, elle désignait les grands hôtels aux façades impersonnelles, aux terrasses pareillement ornées de tables fleuries, entre lesquelles serveurs en vestes blanches et maîtres d\u2019hôtel vêtus de noir circulaient.\u2014 Cela, madame, répondit Gramont, je ne le vois pas.Je n\u2019en ai pas le temps.Je garde les regards dont je puis disposer pour la mer et le ciel.Et je pense qu\u2019en nul autre point du monde ils ne peuvent offrir plus de beauté ni une telle variété de spectacle.La première partie de la phrase seule retint l\u2019attention de l\u2019ami qui se trouvait auprès du docteur.\u2014 Il est vrai, dit-il.Vous êtes l\u2019homme le plus occupé de cette ville.\u2014 Titre peu glorieux.Cannes abrite tant d\u2019oisifs ! \u2014 Je sais ce que je dis.Aussi vous sommes-nous, ma femme et moi, particulièrement reconnaissants de nous accompagner ce soir.Bien que, je le jurerais, vous jugiez ce dîner une ennuyeuse corvée.L\u2019accent était légèrement ironique.Gramont protesta : \u2014 Dieu me garde d\u2019être aussi ingrat envers vous et envers notre hôtesse.Mais ne croyez-vous pas qu\u2019il serait incorrect de la faire attendre ?Comme s\u2019il se rappelait lui-même au souci de l\u2019exactitude, Patrice Gramont abandonna la balustrade sur laquelle il s\u2019appuyait.Ensemble, les trois promeneurs reprirent leur marche, tandis que la jeune femme observait : Commencé dans l'édition du 18 juin 1955.Publié en vertu d'un traité avec la Société des Gens de Lettres.\u2014 Les noms des personnages et de lieux de nos romans, feuilletons, contes et nouvelles sont fictifs et choisis au hasard.\u2014 Nous ne ferons pas attendre Mlle Heybrand, docteur, soyez tranquille.Elle a gardé, de la colonie, l\u2019habitude de se mettre à table assez tard, et ne compte guère sur nous avant neuf heures.Ainsi rassuré, Gramont ralentit le pas, et le groupe continua à avancer, suivant, en flânant, le boulevard de la Croisette en direction du port des yachts.Le docteur Patrice Gramont venait à peine de dépasser la trentaine.C\u2019était un homme grand, droit, dont on devinait le corps musclé et nerveux.Bien qu\u2019il portât avec aisance un costume d\u2019une correction parfaite, on ressentait, à le voir, l\u2019impression vague que ce n\u2019était point là sa mise ordinaire, un peu de la même manière qu\u2019on devine un militaire dans un civil.Et pour qui l\u2019avait vu dans la tenue de chirurgien, en effet, cette impression s\u2019expliquait fort bien.La blouse, le tablier, le calot, n\u2019étaient point accessoires secondaires, mais faisaient partie de Patrice, s\u2019adaptaient à lui comme si cet uniforme lui eût été particulièrement destiné, comme s\u2019il n\u2019eût pu, en vérité, être autre chose qu\u2019un « homme en blanc ».De son métier, Gramont avait aussi le calme, un calme parfait, peut-être acquis bien plus que naturel, mais dont nul, en tout cas, n\u2019eût songé à chercher le secret dans la volonté du jeune homme.Son visage reflétait ce calme.Il était habituellement sérieux, presque grave, mais le sourire, sans doute à cause de sa rareté, pouvait le transformer absolument.Les rides légères du front, la contraction des sourcils, s\u2019effaçaient alors, et les yeux, bleus et froids, rayonnaient d\u2019une extraordinaire jeunesse.Les compagnons qui marchaient auprès du jeune homme offraient moins de personnalité que lui.Ils formaient un couple élégant comme on en rencontre tant sur la Côte d\u2019Azur : lui, décidé, légèrement corpulent, et portant bien son âge d\u2019homme mûr ; elle, mince, petite, non point jolie, mais charmante, et qui devait être au moins de quinze ans sa cadette.Georges Mériel qui avait beaucoup voyagé, et gagné sa fortune dans l\u2019importation des produits coloniaux, aimait Cannes et y séjournait durant un mois ou deux chaque printemps.Deux ans auparavant, le docteur Gramont, à peine installé, avait eu à opérer Clarisse Mériel d\u2019une appendicite aggravée de péritonite qui mettait la vie de la jeune femme en danger.L\u2019habileté du praticien, ses soins et, grâce à eux, la guérison de Mme Mériel, avaient attaché le couple au jeune homme.Si bien que les relations, une fois le danger passé, n\u2019étaient pas demeurées celles de docteur à client, mais avaient pris un caractère plus intime.L\u2019existence extrêmement occupée de Gramont, pourtant, dont les malades ab- sorbaient les jours et souvent les nuits, et aussi l\u2019éloignement que celui-ci é-prouvait pour les plaisirs mondains, faisaient rares ses sorties.Aussi com-prenait-on que Georges Mériel fût tout à la fois surpris et ravi de le voir, ce soir, marcher, libre et détendu, près de lui.Détendu ?Peut-être point tout à fait.Malgré son évidente satisfaction de longer cette mer qu\u2019il aimait, de voir tomber le soir d\u2019un ciel ineffable-ment doux, de respirer l\u2019air vif qui venait du large ; malgré tout ce bien-être qui le pénétrait, le jeune homme conservait, entre les sourcils, un pli profond \u2014 souci ou concentration \u2014 peut-être les deux à la fois.Après un instant de marche silencieuse, les grands hôtels, le Martinez, le Miramar, le Carlton dépassés, Georges Mériel interrogea : \u2014 Beaucoup de travail, aujourd\u2019hui, docteur ?\u2014 Oui, beaucoup trop.Je veux dire beaucoup trop pour la clinique, pas pour moi.Je suis de fer.Mais nous n\u2019avons pu accueillir tout le monde.Les derniers mots prononcés, le pli des sourcils s\u2019accentua.Le visage tout entier du jeune homme s\u2019était assombri.\u2014 Et les nouveaux bâtiments, interrogea Mériel, où en sont-ils ?\u2014 La construction est arrêtée.Manque de fonds.\u2014 Mais vous allez la poursuivre ?\u2014 Oui.un jour.\u2014 Je croyais que la ville, l\u2019Etat, faisaient quelque chose.\u2014 Ils font ! Ce n\u2019est pas assez.Imaginez que l\u2019on doit, maintenant, compter plus d\u2019un million par lit, et cela le plus modestement du monde.« Ah ! reprit Gramont, en s\u2019animant d\u2019une façon qui ne lui était pas habituelle et indiquait combien le sujet lui tenait au coeur, cet établissement serait pourtant si nécessaire ! Si vous saviez combien la vieille clinique est insuffisante, incommode, peu moderne.Il s\u2019interrompit et se tourna vers Clarisse Mériel.Mais vous le savez, vous, madame.Je sais surtout qu\u2019on y opère des miracles, répondit-elle en souriant.Et cela, je ne suis pas près de l\u2019oublier.Le docteur eut un geste qui semblait vouloir arrêter les paroles de gratitude de la jeune femme.Puis il secoua ses robustes épaules, comme pour chasser le souci qui, une fois de plus, venait de l\u2019assaillir.Mais il n\u2019ignorait point qu\u2019il en détournerait difficilement son esprit.La préoccupation majeure de sa vie venait de se faire plus harcelante encore pour avoir été évoquée.\u2014 Ce qu\u2019il vous faudrait, remarqua Mériel, ce serait un gros, un très gros commanditaire.Il se tut brusquement, comme si ses propres paroles venaient d\u2019éveiller en lui une idée.Et, tout à coup, d\u2019un accent plein d\u2019enthousiasme : \u2014 Un commanditaire ! Mais je vous en connais au moins un, Gramont, ou plutôt une.Pourquoi donc ne sonderiez-vous pas notre hôtesse à ce sujet ?\u2014 Mlle Heybrand ?Il ne me paraît pas particulièrement indiqué de quémander de l\u2019argent auprès d\u2019une personne chez qui Ton est reçu pour la première fois, et que, du reste, on ne connaît point.\u2014 Mais c\u2019est cela, les affaires, mon pauvre ami.Les repas n\u2019ont souvent d\u2019autre but que de réunir des gens aussi inconnus entre eux que vous l\u2019êtes, Mlle Heybrand et vous, et dont les uns ont besoin de l\u2019argent des autres.\u2014 C\u2019est possible.Mais je ne suis pas, hélas ! un homme d\u2019affaires.Sous son apparente banalité, la phrase rendait toute insistance impossible, et Georges Mériel le comprit.Il dit seulement, en soupirant : \u2014 Dommage ! Dix.vingt.trente-cinquante millions, qu\u2019est-ce que cela pour Gilda ! La jeune femme qui, depuis un instant, n\u2019avait pas pris part à la conversation, interrogea : \u2014 Elle est donc si riche que cela ?\u2014 Plus encore, mon amie.Une montagne d\u2019or, ou plutôt de cannes à sucre, de café, de bananes, de cacao, de coton.\u2014 Et elle dispose seule de cette fortune ?\u2014 Absolument.Mais ne vous ai-je pas déjà suffisamment parlé de Gilda Heybrand ?\u2014 A moi, oui.Mais peut-être le docteur aimerait-il aussi connaître quelque chose de cette personne chez laquelle vous le conduisez.\u2014 Pardon, rectifia Mériel, chez laquelle je le conduis, parce qu\u2019elle me Ta elle -même demandé.« Au demeurant, vous avez raison, ma ch _>re Mais Gramont est tellement insaisissable qu\u2019on ne trouve jamais le temps de lui dire grand-chose.\u2014 C\u2019est exact, affirma le jeune homme en souriant, aussi ne vous fais-je aucun grief de votre silence.\u2014 Qui va cesser, docteur.Donc, Gilda Heybrand est majeure, et, orpheline depuis de nombreuses années, se trouve à la tête d\u2019une formidable fortune.Ses parents ont péri dans Tune de ces effroyables tornades qui ravagent parfois certaines îles des Antilles.Ils possédaient là-bas une plantation, mais comme l\u2019ouragan arracha, pulvérisa, détruisit tout sur son passage, Gilda se retrouva non seulement orpheline, mais ruinée.« Préservée parce qu\u2019elle se trouvait, au moment de la catastrophe, chez son grand-oncle, un richissime planteur de la Martinique, l\u2019enfant \u2014 elle avait alors cinq ans \u2014 demeura chez ce parent.Une jeune cousine à peu pr=s de son âge, et dont la famille venait egalement de disparaître dans le ca- LISEZ EN PAGE 30, LA FIN DE NOTRE FEUILLETON : \"L'ASILE DU HASARD Le Samedi, Montréal, 15 octobre 1955 19 taclysme, fut aussi recueillie par M.Heybrand.Mais, de celle-là, je ne me souviens guère.Sans doute était-elle une fillette ordinaire.Tandis que Gil-da possédait un charme, une beauté, une personnalité que l\u2019on ne peut oublier.\u2014 Quel enthousiasme, mon ami ! interrompit Clarisse Mériel en souriant.\u2014 Il n\u2019est pas sans raisons, je vous l\u2019affirme.Dans un instant, vous en jugerez vous-même.\u2014 Parce que, interrompit Gramont, Mme Mériel ne connaît point notre hôtesse ?Mais non.Ma femme m\u2019accompagne rarement en voyage d\u2019affaires.Elle craint la mer.Je suis, chaque fois, allé seul aux Antilles, où, du reste, le vieux M.Heybrand me recevait toujours princièrement.Ainsi ai-je connu Gilda.Et elle a dû, elle-même, garder quelque souvenir de ma personne, puisque.cette invitation.\u2014 Un peu mystérieuse, Georges, a-vouez-le.\u2014 Pas le moins du monde.Qu\u2019allez-vous chercher ?\u2014 Je m\u2019exprime mal.Je voulais parler de ce qu\u2019il y a de surprenant dans le fait que Mlle Heybrand, aussitôt arrivée à Cannes, y ait connu notre présence.\u2014 Cela est, au contraire, tout simple.Gilda, pour me l\u2019avoir entendu dire autrefois, s\u2019est souvenue que nous passions toujours les mois de mai et juin dans cette ville.Son étonnante mémoire avait aussi dû garder le nom, probablement prononcé par moi, du Martinez où nous descendons.Elle s\u2019est fait annoncer, un jour, \u2014 celui justement où vous vous trouviez à Nice, \u2014 et sa visite, qui s\u2019est longuement prolongée, m\u2019a causé, je l\u2019avoue, un très grand plaisir.Lorsqu\u2019elle est repartie, elle emportait ma promesse de me rendre avec vous à bord, à une date dont nous devions convenir.Après quoi, est venu le billet que vous savez.Il disait à peu près ceci : « Mon ami, voulez-vous me faire le grand plaisir de dîner chez moi jeudi avec Mme Mériel, que je serai, vous le savez, infiniment heureuse de connaître.La Désirade est le dernier yacht ancré tout au bout de la jetée.Je vous y attendrai entre huit et neuf heures.» Et un post-scriptum ajoutait : «Puis-je demander au docteur Patrice Gramont de se joindre à vous ?Je crois que vos bonnes relations avec lui vous autorisent à lui transmettre cette invitation.» «Voilà à peu près ce qui me fut écrit, et à quoi j\u2019ai répondu par une acceptation.Y a-t-il là de quoi s\u2019étonner ?\u2014 On peut s\u2019étonner, tout au moins, de ce que Mlle Heybrand ait convié le docteur qu\u2019elle ne connaît pas.\u2014 Mais c\u2019est enfantin, voyons, Clarisse ! Sans aucun doute, ancré pour quelque temps à Cannes, Gilda a désiré y connaître un excellent médecin.\u2014 Précisément, M.Gramont n\u2019est pas médecin.\u2014 Et qu\u2019est-il donc, s\u2019il vous plaît ?\u2014 Chirurgien.Il y a quelques différences.\u2014 Vous jouez sur les mots.Eh bien! comme nous avions un chirurgien parmi nos amis, Mlle Heybrand a pensé qu\u2019il pourrait, au besoin, être docteur aussi.« C\u2019est bien ce que vous avez compris, n\u2019est-ce pas, Gramont ?interro-gea-t-il en se tournant vers le jeune homme.\u2014 C\u2019est ce que j\u2019ai compris, en effet.Sans cela, serais-je venu.Mériel hocha la tête avec satisfaction, tandis que sa femme reprenait : \u2014 Achevez donc l\u2019histoire de Mlle Heybrand.pour le docteur.\u2014 Elle est finie.Du moins, à peu de chose près.La dernière fois que je vis Gilda, à la Martinique, elle avait dix-sept ans et était déjà admirablement belle.Sa cousine venait d\u2019épouser un ami d\u2019enfance, un de leurs voisins, je crois, et la jeune fille demeurait seule auprès du vieux colon.Celui-ci mourut deux ans plus tard, et Gilda qui, je vous l\u2019ai dit, ne possédait rien, hérita de la plus grosse fortune de l\u2019île.«Je ne suis pas retourné là-bas, parce que l\u2019agent que j\u2019y possède s\u2019acquitte assez bien de mes achats pour m\u2019éviter le voyage.Par lui, venu il y a environ six mois en France, j\u2019ai su que Gilda Heybrand \u2014 elle a maintenant vingt-deux ans \u2014 n\u2019était pas mariée, et que, sur un yacht baptisé La Désirade, sans doute en souvenir de cette île des Antilles du même nom où elle est née, elle parcourait le monde dans la seule compagnie de son équipage, de sa femme de chambre, et d\u2019une vague demoiselle de compagnie.« Voilà, acheva Georges Mériel en se tournant vers sa femme, voilà ce que vous appelez l\u2019histoire de Gilda Heybrand terminée.Etes-vous satisfaite, Clarisse ?\u2014 Encore une fois, c\u2019est au docteur qu\u2019il faut poser cette question et non pas à moi.\u2014 Eh bien ! donc, Gramont, êtes-vous satisfait ?\u2022\u2014 Pleinement ! assura le jeune homme en riant.Les promeneurs venaient de passer devant la gare maritime et marchaient maintenant sur la jetée à l\u2019extrémité de laquelle s\u2019élève le monument simple et émouvant dédié à la grande navigatrice Virginie Hériot.A gauche, c\u2019était la mer, sur laquelle le soleil couchant allumait des scintillements et des lueurs.A droite, coursiers de race au repos, les yachts se balançaient dans le clapotis léger de l\u2019eau.Le dernier, dont la coque d\u2019acajou luisait comme celle d\u2019une châtaigne mûre hors de sa gangue, dont les mâts é-lancés s\u2019élevaient haut vers le ciel, portait à sa proue, en lettres de cuivre étincelantes, ces mots : La Désirade.Il était, de loin, le plus long, le plus beau, le plus élégant de tous les bateaux de plaisance mouillés dans le port.Au centre se trouvaient les appartements vitrés desquels on devait pouvoir jouir de la mer aussi bien que sur le pont.A l\u2019avant, une tente de toile rouge était aménagée, sous laquelle se groupaient une table, des sièges confortables, et un canapé-balançoire, fait aussi de toile rouge, que des chaînes fixaient à une barre de bois.Une haute cage, posée sur des pieds de fer dorés, emprisonnait plusieurs perruches au doux plumage bleu et or, que l\u2019approche de la nuit rendait immobiles et muettes.Tout autour de cette sorte de petit salon extérieur, des jardinières mêlaient leurs plantes vertes à de belles fleurs éclatantes.Précédant de quelques pas ses compagnons, Georges Mériel s\u2019était engagé sur la passerelle.Il se nomma au matelot qui venait d\u2019apparaître à la coupée, et celui-ci, probablement averti, pria les visiteurs de le suivre.Aussitôt entré dans l\u2019étroit couloir, l\u2019homme ouvrit la première des portes qui s\u2019offrait, sur la gauche, et introduisit les nouveaux venus dans le salon du bord.La pièce n\u2019avait rien d\u2019exigu.Elle semblait même, pour un yacht, assez vaste.Les murs étaient entièrement revêtus d'un magnifique bois exotique, blanc et satiné, et tous les meubles, d\u2019un modernisme luxueux et pratique, se trouvaient faits de ce même bois.Les fauteuils et le canapé étaient tendus de chintz rouge à ramages blancs, et le même tissu se retrouvait dans les rideaux encadrant chaque fenêtre.Un vase d\u2019exubérants oeillets pourpres occupait le centre d'une table ronde, à dessus de glace, Une protection pour votre auto PIECES ÎWENTIQ^ Dans tout le Canada, des milliers de vendeurs autorisés et de garagistes installent les pièces Ford authentiques pour donner meilleure satisfaction à leurs clients.Ils savent que les pièces Ford authentiques sont les meilleures parce qu\u2019elles sont fabriquées exclusivement pour les voitures construites par Ford.Pour toute réparation, arrêtez-vous à l\u2019enseigne bleu et blanc des pièces Ford authentiques.Fabriquées avec précision pour durer plus longtemps, les pièces 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forte, était admirablement dessinée, le nez droit et d\u2019une ligne très pure, les yeux sombres, profonds, sous les fins sourcils bruns.Une épaisse chevelure annelée, d\u2019un noir à reflets de cuivre, encadrait ce beau visage et descendait librement jusqu\u2019aux épaules de la jeune fille.A son cou, un collier très beau brillait doucement, un triple rang de perles, attaché par un scarabée de rubis.Et le reflet nacré du bijou, l'orient rosé de chaque perle, semblaient éclairer la peau, sous laquelle on devinait qu\u2019un sang généreux circulait.Gilda Heybrand était demeurée durant deux ou trois secondes immobile, un oeillet encore dans la main ; et le docteur eut l'impression que c\u2019était lui, et non point l\u2019un ou l\u2019autre de ses compagnons, que le regard lumineux avait cherché.Mais déjà la jeune fille s\u2019avançait en disant : \u2014 Vous voilà donc, «ami de France ».Vous souvenez-vous ?C\u2019est ainsi qu\u2019autrefois je vous appelais.Sa voix était à l\u2019image exacte de sa personne : grave, pleine, chaude, et sans nul accent martiniquais.\u2014 Oui, certes, je m\u2019en souviens, répondit Georges Mériel ; et j\u2019ai aimé, l\u2019autre jour, retrouver cette appellation sur vos lèvres.« Mais, reprit-il aussitôt, je ne puis penser tout à fait à la même chose ; je ne puis surtout vous dire: «Vous voilà, Gilda » ! car c\u2019est à peine si je vous reconnais.Vous étiez belle, déjà, là-bas.Mais, grand Dieu.Il s\u2019interrompit, incapable d\u2019exprimer autrement son admiration.La jeune fille eut un petit rire sans gaieté.\u2014 Je suis pourtant bien moi, je vous assure.J\u2019ai vieilli, voilà tout.Du temps a passé.Une intonation amère avait marqué la fin de la phrase, et ce fut soudain, dans la voix harmonieuse, comme une cassure.Mériel ne put protester.Après s\u2019être incliné sur la main de la jeune fille, \u2014 son titre d\u2019ami ancien autorisait ce geste, \u2014 il devait présenter sa femme à Gilda, qui se tournait vers elle.Puis vint le tour de Patrice Gramont.Et celui-ci fut certain, cette fois, que le regard de Mlle Heybrand, rapide cependant, s\u2019était appuyé sur lui avec une particulière attention.Gilda Heybrand invita ses hôtes à s\u2019asseoir.Le même matelot qui avait introduit les visiteurs venait de pénétrer dans la pièce, poussant une table roulante sur laquelle étaient réunis, autour du seau à glace, bouteilles d\u2019apéritifs, verres et shakers.Ce fut la femme de chambre de la jeune fille, une authentique Martiniquaise à amples jupes de couleurs vives et madras rouge, qui prépara les cocktails.\u2014 Madiana excelle aux mélanges de nos pays, dit Gilda.Ses dosages de poivre, de girofle, de muscade et de rhum sont parfaits.Notre maître d\u2019hôtel, que j\u2019ai laissé à la plantation à cause de l\u2019exiguïté de notre demeure, ne ferait pas mieurç, \u2014 L\u2019exiguïté de cette demeure !.ne put s\u2019empêcher de répéter Patrice Gramont en promenant un sourire amusé autour de lui.Elle jeta un bref regard au jeune homme.\u2014 La Désirade est, en effet, un grand et beau yacht.\u2014 Le plus beau de la côte, Gilda, interrompit Mériel.\u2014 Peut-être.Mais insuffisant à tenir le personnel tout entier de ma maison, vous en conviendrez.Du reste, cela eût été parfaitement inutile.Elle fit un geste pour rappeler la Martiniquaise qui s\u2019éloignait, et ordonna : \u2014 Va trouver Inès, qui doit être dans sa chambre, et demande-lui de venir nous rejoindre.Puis, se tournant vers Clarisse Mériel : \u2014 Mlle Arnaud est mon amie et l\u2019accompagnatrice de tous mes voyages, expliqua-t-elle.Depuis deux ans elle veut bien demeurer auprès de moi, et subir les fantaisies qui me font aborder tour à tour tel rivage, ou bien reprendre la mer.Elle représente ma seule famille.\u2014 Mais vous possédiez bien une jeune cousine avec laquelle vous aviez été élevée, n\u2019est-ce pas ?interrogea Mériel.Le regard sombre de Gilda se tourna vers celui qui l\u2019interrogeait.\u2014 Oui, répondit - elle brièvement.Elle est morte.Tandis que Georges Mériel exprimait son étonnement et ses regrets, la porte s ouvrit et une jeune femme s\u2019avança dans le salon.Elle était plus âgée que Gilda.De taille moyenne, jolie, vêtue avec élégance, elle ne représentait guere ce que Mériel avait appelé « une vague demoiselle de compagnie ».La couleur de ses yeux, surtout, étonnait au premier abord, et semblait étrange.Ses prunelles jaunes, d\u2019un jaune doré, paraissaient plus larges et plus brillantes à cause de la pâleur du visage.Des cheveux châtains, coupés court, dégageaient bien les traits nets, le front un peu trop large, les pommettes hautes.Mlle Arnaud ne portait point de bijoux ; et sa robe de soie bleue était d\u2019une coupe parfaite, mais très sobre.\u2014 Voici ma patiente et chère Inès, dit Gilda en entourant affectueusement de son bras les épaules de la jeune fille.Elle présenta, l\u2019un après l\u2019autre, Mme Mériel, M.Mériel, le docteur Patrice Gramont, et presque aussitôt le dîner fut annoncé.Dans la salle à manger aux murs pareillement revêtus de bois satiné, aux meubles blancs, le repas se prolongea dans une atmosphère amical! Un étranger pénétrant par hasard dans la Désirade n\u2019eût jamais pensé que la plupart des convives assis autour de la table chargée de fleurs fussent, une heure auparavant, inconnus les uns aux autres.Certes, les souvenirs communs que possédaient Gilda Heybrand et Mériel suffisaient à alimenter la conversation.Cependant ni l\u2019hôtesse ni son invité n\u2019en abusèrent.A plusieurs reprises il sembla même au docteur voir passer, dans les yeux de la jeune fille, une sorte de nuage, tandis que l\u2019importateur rappelait certains faits, disait certains noms d\u2019une époque révolue.Le repas terminé, Gilda Heybrand et ses hôtes revinrent dans le salon.Mlle Arnaud servit le café et les liqueurs, présenta les coffrets de cigares et de cigarettes.Elle était discrète, attentive, efficace, mais n\u2019avait rien d\u2019une personne s\u2019acquittant de son service.Sa grâce, sa distinction, l\u2019intelligence brillante qui émanait d'elle, en faisaient l\u2019égale de Gilda.Et le docteur ne s\u2019expliqua pas lui-même pourquoi il éprouvait une étrange impression de malaise chaque fois que le regard de la demoiselle de compagnie, vite détourné, du reste, croisait le sien.Il IL était tard lorsque Clarisse Mériel se leva pour se retirer.Tandis qu\u2019Inès Arnaud demeurait dans le salon, Mlle Heybrand précéda ses Le Samedi, Montréal, 15 octobre 1955 amis au-dehors et s\u2019arrêta un instant avec eux sur le pont.Elle serra leurs mains, accepta une invitation à d.ner pour un soir prochain.Puis, comme Patrice s\u2019inclinait devant elle, Gilda dit : \u2014 Je ne vous rends pas encore votre liberté, docteur.Et, tournée vers les Mériel, elle aj outa : \u2014 Si vous le permettez, naturellement.Bien que, dans la nuit, il fût à peu près impossible de distinguer l\u2019expression des visages, Mlle Heybrand dut « sentir » l\u2019étonnement, et peut-être la contrariété du jeune homme, car elle reprit avec ironie : \u2014 Et s\u2019il veut bien lui-même m\u2019accorder quelques minutes de son temps précieux.Patrice s\u2019était dominé.Il s\u2019inclina de nouveau.\u2014 Le temps que je passe sur la Désirade est précieux aussi, mademoiselle.Elle sourit et murmura : \u2014 Merci.Clarisse et Georges Mériel, sans manifester la moindre surprise, venaient de traverser la passerelle.Du quai ils échangèrent encore quelques paroles avec la jeune fille, debout sur le pont, puis ils s\u2019éloignèrent ; et le bruit de leurs pas sur la jetée décrût rapidement.Alors Gilda Heybrand revint vers le docteur.Il lui tendit son étui à cigarettes ouvert, alluma la cigarette qu\u2019elle y avait prise, et celle qu\u2019il venait lui-même de choisir.Puis tous deux s\u2019accoudèrent au bastingage et gardèrent un instant le silence.Maintenant leurs yeux accoutumés distinguaient mieux les objets.Du reste, la nuit était claire.Au ciel, d\u2019innombrables étoiles scintillaient, et d\u2019autres étoiles, points lumineux de la ville, plus proches, ceux-là, leur donnaient la réplique.Au bruit sourd de la mer, heurtant le rivage, se mêlait une musique lointaine, venue sans doute de quelque autre yacht.L\u2019air de la nuit qui l\u2019apportait était vif, pénétrant, acide, avec son goût d\u2019eau et de sel.Dans sa légère robe, Gilda Heybrand frissonna.A cet instant précis, Mlle Arnaud apparut à la coupée, tenant une cape de renards blancs qu\u2019elle vint poser sur les épaules de son amie.\u2014 Il fait frais, Gilda, dit-elle.Vous devriez rentrer.La jeune fille secoua la tête.\u2014 Merci, Inès ; mais je ne m\u2019attarderai pas, sois tranquille.\u2014 Cependant, l\u2019air nocturne est chargé d\u2019humidité.Cette insistance fit sourire Gilda, mais ne l\u2019irrita point.\u2014 Tu vas faire croire au docteur que je suis la créature la plus fragile de la terre, dit-elle.Dieu sait, pourtant, qu il n\u2019en est rien.Ne t\u2019inquiète pas, Inès, et va te coucher.Malgré ce conseil, la jeune fille demeura immobile, absolument comme si elle n\u2019avait pas entendu, et Gilda dut répéter : Ne m attends pas, Inès.Bonsoir.Alors Mlle Arnaud s\u2019éloigna lentement et, sembla-t-il au jeune homme, à regret.Lorsqu\u2019elle eut disparu dans le couloir du yacht, Gilda, qui l\u2019avait suivie des yeux, ramena son regard vers la mer et secoua pensivement, au-dessus de l\u2019eau, la cendre de sa cigarette.Patrice, lui, légèrement détourné, regardait se dresser, au-dessus des mâts, le Suquet illuminé de ses clartés orange et vertes.Chose étrange, cet instant dont il devait garder un si profond souvenir, ne lui paraissait, à la minute même, s\u2019accompagner d\u2019aucune gravité, avoir aucune importance.Jugeant sans doute qu'entre son QUE Q.\u2014 Que signijie jeter le gant ?R- \u2014 C\u2019est provoquer quelqu\u2019un, comme le faisaient les chevaliers antiques, en signe de défi.Q.\u2014 Que signifie « laver la tête à quelqu\u2019un » ?R \u2014Le réprimander sévèrement.Allusion à la façon de faire parfois pénible du coiffeur.Même sens : recevoir un savon.Q.\u2014 Qu\u2019est-ce qu\u2019un sphinx ?R- \u2014 C\u2019est un homme dont le caractère est mystérieux et incompréhensible.Q.\u2014 Qu\u2019entend-on par le chant du cygne ?R- \u2014 On croyait autrefois qu\u2019avant de mourir, les cygnes faisaient entendre leur plus beau chant.Allusion à l\u2019artiste qui, près de mourir, crée un chef-d\u2019oeuvre.Q.\t\u2014 Que signifie : le jeu n\u2019en vaut pas la chandelle ?R.\t\u2014 Cela ne vaut pas le mal qu\u2019on se donne.Jadis, les joueurs payaient la chandelle qui les éclairait.Q.\t\u2014 Que signifie : mettre quelqu\u2019un à pied ?R.\t\u2014 C\u2019est le priver de son emploi ou de son grade.A Rome, le chevalier coupable était privé de son cheval.Q.\t\u2014 Qu\u2019est-ce que tomber de Charybde en Scylla ?R.\t\u2014 C\u2019est tomber de mal en pis.Ce sont deux courants très redoutés des marins en Sicile.Si par chance on évitait Charybde, on était entraîné par Scylla (îles).Q.\t\u2014 Qui a inventé l\u2019ondulation Marcel ?R.\t\u2014 Un coiffeur français du nom de Marcel, qui observa la chevelure de sa mère et l\u2019imita avec le fer à friser. Le Lnmedi, Montréal, 15 octobre 1955 21 Ttzti 1WTT W M.èA 'jrsnwrfi?\u2022 ¦ aî.i ¦ ' 3Sjfg|g Quoi?il vous est impossible d'économiser/ C\u2019est beaucoup plus facile que vous l\u2019imaginez.N\u2019avez-vous donc jamais entendu parler des Obligations d\u2019Epargne du Canada?Chaque semaine ou chaque mois faites retenir \u201cautomatiquement\u201d un petit montant sur votre revenu.Autorisez votre employeur à faire la déduction sur votre paye ou demandez à votre banque de soustraire la somme de votre compte.Vous serez bientôt surpris de constater combien ces économies s\u2019accumulent rapidement.Et, n\u2019ayant pas l\u2019argent en main, vous ne pourrez tout simplement pas le dépenser.Il vous rapportera plutôt de bons intérêts.Au besoin, il vous servira à parer à l\u2019imprévu ou à profiter d\u2019une bonne occasion.Il sera toujours là, à votre disposition, puisque les Obligations d\u2019Epargne peuvent être encaissées en tout temps à leur prix d\u2019achat plus les intérêts.Grâce aux Obligations d\u2019Epargne, quiconque veut économiser le peut .facilement, régulièrement et sûrement.** ** Obligations d\u2019Epargne du Canada 10e émission 3V4% d\u2019intérêt ACHETEZ-EN AU COMPTANT ET PAR VERSEMENTS ¦ 22 Le Samedi, Montréal, 15 octobre 1955 MOBILIER NO 175 LA DÉCOUVERTE de ce fascinant mobilier en acajou véritable vous enchantera.Sa magnifique construction dénote un goût sobre, simple et élégant.L'ensemble \"Svelte\u201d vous révélera la traditionnelle exécution experte des artisans de Peppier.Vous pouvez obtenir le mobilier \"Svelte\u201d dans l\u2019un de ces deux ravissants finis: Muscade doux et chaud, ou Muscade et Ebène, deux tons subtils.Voyez les beaux meubles de Peppier, en vedette chez votre marchand dès maintenant.compagnon et elle-même le silence ne pouvait plus se prolonger, Gilda dit brusquement : \u2014 Tout d\u2019abord, docteur, je vous remercie d\u2019avoir répondu à mon invitation.Il eut un geste pour protester.Mais elle ne lui laissa pas le temps de le préciser par des mots.\u2014 Vous n\u2019aviez aucune raison particulière de m\u2019être agréable, puisque vous ne me connaissiez pas.\u2014 Je vous demande pardon, mademoiselle.Notre ami Georges Mériel, lui, vous connaît, et.\u2014.Et il vous a parlé de moi ?Je dois donc probablement lui rendre grâces de son indulgence.Patrice sourit.\u2014 A la vérité, nous ne nous trouvions plus très loin de votre yacht lorsque Georges Mériel s\u2019est décidé à me dire quelques mots au sujet de la Désirade et de sa propriétaire.L\u2019aurais-je souhaité, je ne pouvais plus, à ce moment-là, revenir en arrière.Gilda jeta, dans l\u2019ombre, un bref regard au jeune homme.\u2014 Voilà qui me paraît direct et sans détours, murmura-t-elle.Tant mieux.Elle se tut, réfléchit un instant, tout en remontant machinalement la somptueuse fourrure blanche sur ses épaules.-\u2014 Du reste, reprit Patrice, un médecin se rend toujours là où on le demande.\u2014 Il ne s\u2019agit point de médecin, répliqua Gilda avec quelque impatience.Mais aussitôt une sorte de sourire passa sur ses lèvres, comme si elle convenait avec elle-même que son hôte ne pouvait vraiment savoir de quoi il s\u2019agissait.Puis, avec décision, elle lui fit face et interrogea.__Etes-vous, monsieur G r a m o n t, homme à vous étonner, à vous scan- daliser, si l\u2019on vous conduit hors des sentiers battus, ou bien acceptez-vous facilement l\u2019imprévu, pour si déconcertant qu\u2019il soit ?La belle voix grave de Mlle Hey-brand était nette et sans hésitation.Celle de Patrice résonna, pareillement assurée, tandis qu\u2019il répondait : \u2014 Mon métier m\u2019a assez accoutumé à l\u2019imprévu et au calme qu\u2019il faut garder en face de lui, pour me permettre de vous entendre sans surprise, quoi que vous ayez à me dire.Gramont, pendant qu\u2019il parlait, ne quittait pas des yeux le visage de la jeune fille.Mais il n\u2019y surprit rien de particulier, sauf, peut-être, un bref durcissement des traits au moment où les lèvres bougèrent, libérant les paroles stupéfiantes : \u2014 Monsieur Gramont, voulez - vous m\u2019épouser ?Cette maîtrise de soi, que Patrice se vantait de posséder, était, en effet, bien réelle, car le jeune homme n\u2019eut point un tressaillement.Après être resté muet durant quelques secondes, il dit simplement : \u2014 Vous ne me tiendrez sans doute pas rigueur de ne point répondre immédiatement à votre question, n\u2019est-ce pas, mademoiselle ?\u2014 Pas le moins du monde.C\u2019est un sujet qui vaut qu\u2019on y réfléchisse et demande qu\u2019on lui apporte certaines explications.\u2014 Il me paraît nécessaire, en effet, de savoir, au moins, à quoi je dois l\u2019honneur que vous me faites.Gilda regarda brusquement le docteur.Ses fins sourcils s\u2019étaient contractés.Mais elle dut constater chez son compagnon une totale absence d\u2019ironie, car elle répondit : \u2014 Il ne s\u2019agit point d\u2019un honneur, mais, pour l\u2019un et l\u2019autre, d\u2019une affaire.D\u2019une affaire que je vais tenter de vous expliquer.Asseyons-nous, voulez-vous ?Elle lui désignait les fauteuils groupés autour de la petite table.Silencieusement, il en prit un.La cage à perruches avait été enlevée, et sans doute portée à l\u2019intérieur pendant le repas, et la toile de tente roulée, afin que l\u2019une et l\u2019autre fussent préservées de l\u2019humidité nocturne.Gilda s\u2019était assise sur le canapé-balançoire de toile rouge.Elle se trouvait ainsi éloignée de Gramont, qui ne pouvait apercevoir distinctement son visage.Mais il fut certain que la jeune fille n\u2019avait pas prémédité de lui dérober un embarras quelconque ou la plus fugitive émotion.Elle était absolument, parfaitement calme, et semblait, en effet, traiter une affaire, une affaire à laquelle elle n\u2019eût même point été beaucoup intéressée.\u2014 Avant toute chose, docteur Gramont, dit-elle, il faut que vous sachiez que je vous connais.Naturellement je vous ai vu ce soir pour la première fois.Mais, au moment où vous êtes monté à bord de la Désirade, je savais déjà qui vous étiez.« Oui, reprit-elle, après une brève pause, si notre ami Mériel vous avait peu parlé de moi, il m\u2019avait, en revanche, beaucoup parlé de vous, et avec enthousiasme.« Ne m\u2019interrompez pas, dit-elle froidement, comme Patrice élevait la main pour protester.Nous ne faisons pas ici assaut de mondanités, je vous demande de me croire.« Donc, le hasard ayant voulu que votre nom fût prononcé, au Martinez, dans la conversation, je connus, en peu de temps, beaucoup sur vous.Je sus votre intelligence, votre autorité, votre valeur.Je sus votre être tout entier donné au métier que vous avez choisi, et l\u2019inexistence de toute part senti- mentale dans votre vie.Je sus que vous n\u2019aviez pas le temps d\u2019aimer parce qu\u2019une seule passion vous possédait : celle de votre table d\u2019opération, de vos malades.Je sus que vous étiez indiffèrent, noble, exalté, droit, rigoureux, infatigable, désintéressé, volontaire.Cette fois, Gilda ne put empêcher Gramont de parler.\u2014 Je n\u2019eusse jamais cru que Mériel se fît, de ma modeste personne, un semblable portrait, remarqua-t-il ironiquement.Mais vous ne sauriez trop, mademoiselle, vous méfier des amis qui.\u2014 Je m\u2019en méfie, soyez tranquille.Seulement, plusieurs bizarres coïncidences me permirent de contrôler l\u2019opinion de celui-là.Ce fut, un jour, un ouvrier venu effectuer une réparation à bord ; il sortait de votre clinique où il avait été d\u2019autant mieux soigné qu\u2019il ne possédait pas un centime, et, je ne sais plus par le concours de quelles circonstances, ne pouvait revendiquer les avantages des assurés sociaux.Le lendemain, un docteur de Cannes, appelé auprès de ma femme de chambre qui avait un accès de fièvre, me parla de vous dans les mêmes termes.Je jugeai donc que vous ne deviez pas grand-chose à la complaisance de Georges Mériel.Cependant, je vous en dois l\u2019aveu, ce dernier ne m\u2019avait pas dit que du bien de vous.\u2014 Tant mieux, l\u2019unanimité dans l\u2019éloge est fort monotone.Comme si elle n\u2019avait pas entendu, Gilda poursuivit : \u2014 Mériel m\u2019avait aussi parlé des difficultés matérielles auxquelles vous vous heurtiez.A exercer, comme vous 1 entendez, la profession de chirurgien, on ne devient guère riche, monsieur Gramont.Il arrive même qu\u2019on s\u2019endette.Les sourcils du jeune homme se rap- Le Samedi, Montréal, 15 octobre 1955 23 prochèrent.Si l\u2019éloge l\u2019avait profondément gêné, la désapprobation qu\u2019il croyait deviner dans la voix de Gilda ne lui plaisait pas davantage.Le seul fait que cette étrangère connût les soucis d\u2019argent qui le harcelaient lui était désagréable.\u2014 Je constate que notre ami n\u2019a vraiment laissé dans l\u2019ombre aucun détail me concernant, observa-t-il.\u2014 S\u2019il l\u2019eût fait, nous en serions pas là, vous et moi, ce soir, répondit-elle avec tranquillité.Elle parlait toujours de cette voix profonde, qui ne semblait guère faite pour prononcer de banales paroles, et était cependant neutre et froide : « une véritable voix d\u2019affaires, en effet », songeait Patrice.Gilda, depuis un instant, se balançait doucement sur le canapé de toile.Et, bien que le mouvement imprimé par son pied au siège fût à peine perceptible, le docteur voyait, dans la nuit, bouger le point lumineux de sa cigarette.\u2014 Voici donc, reprit-elle avec la même assurance, comment nos destinées peuvent se rejoindre, monsieur.Je suis orpheline, libre, et je possède cette fortune qui vous fait défaut.Vous connaissez bien peu de chose sur moi, mais, naturellement, il vous serait possible de recueillir, à mon sujet, tous les renseignements que vous jugeriez nécessaires.Ne croyez surtout pas que ma décision de contracter un mariage cache quelque faute, quelque sombre et tortueux dessein (elle eut une sorte de rire contraint qui sonna bizarrement) .Il n\u2019en est rien ; et vous aurez, je le répète, tout le loisir de vous en assurer.La vérité est plus simple.La voici : comme je viens de vous le dire, je suis libre, certes ; mais, à mon goût, pas suffisamment.Une fille qui vit seule, court les océans, et n\u2019agit qu\u2019à sa guise, s\u2019offre aux critiques et risque sa réputation.Pour si étrange que cela puisse vous paraître, je crains les unes, et tiens à l\u2019autre.Je ne veux point seulement mener une existence nette, bien que sans entraves, je veux aussi en avoir les apparences.\u2014 Et, ces apparences, vous pensez -que le fait d\u2019être mariée vous les donnera ?\u2014 Je ne le pense pas, j\u2019en suis certaine.Dieu sait pourquoi, mais la respectabilité s\u2019attache plus volontiers aux jeunes femmes qu\u2019aux jeunes filles, dans la sorte de vie que j\u2019aime et que j\u2019ai choisie.\u2014 Parce que, interrompit le docteur, cette sorte de vie, vous n\u2019y changeriez rien ?Elle tourna la tête de son côté, et, malgré l\u2019ombre, il capta la surprise qu\u2019exprimait son visage.\u2014 Non, répondit-elle, naturellement.Je ne compte pas être un poids mort pour vous.Je séjournerai volontiers dans ce pays qui possède, à mes yeux, beaucoup de charme, mais je le quitterai aussi, souvent.Je reprendrai mon bateau et, durant des mois, je voyagerai.Je passerai quelque temps à la plantation, je reviendrai.pour repartir bientôt.En compensation de ces.arrangements, vous aurez à votre disposition une belle partie de ma fortune et pourrez terminer la construction de votre clinique.L\u2019offre brutale, et que les mots ne déguisaient plus, avait failli arracher un geste d\u2019irritation à Patrice.Mais aussitôt il se moqua de lui-même et de ce réflexe de susceptibilité.La question qui, en cet instant, s\u2019agitait entre Mlle Heybrand et lui-même, était-elle autre chose qu\u2019une question d\u2019argent ?Tout à son ironie intérieure, il gardait le silence.Gilda dit lentement : \u2014 Bien entendu, ma proposition ne vaut que si votre esprit et votre coeur sont libres.Le docteur se mit à rire.mmm.¦\u2018trî>?Ji3$ réduit Emmenez votre famille en Europe.à tarif à bord d'un luxueux Super Constellation d'AIR CANADA Service plus rapide .meilleur .et plus fréquent pour l'Europe Quelle merveilleuse idée! 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Elle avait arrêté son balancement, et jeté les mots avec une sorte de violence la tête redressée et les yeux brillants.Imperceptiblement le jeune homme haussa les épaules.Tant d\u2019orgueil lui déplaisait.\u2014 Personne ne peut, à l\u2019avance, savoir ce qu\u2019il sera, ressentira, désirera demain, dit-il.Pas plus vous que moi.Le principal est la certitude que l\u2019enjeu vaut le sacrifice.\u2014 Eh bien ! pour vous, le vaut-il ?\u2014 Oui, je crois, dit le docteur, après une brève réflexion.«Mais, ajouta-t-il aussitôt, je ne suis pas seul dans l\u2019aventure.\u2014 Je vous répète que j\u2019ai profondément réfléchi.\u2014 Il sera nécessaire de réfléchir encore.Cependant, avant de nous engager plus avant dans ce projet, puis-je vous poser une question ?\u2014 Je vous en prie.\u2014 Quelles raisons ont fait se porter votre choix sur moi?Car enfin, vous êtes de celles qui n\u2019ont qu\u2019à parler pour obtenir ce qu\u2019elles désirent, et 24 Le Samedi, Montréal, 15 octobre 1955 Gl 3 wtwM aittmc ! 9 11 14 16 LE HAUT-PARLEUR JUMELÉ DONNE UNE NOUVELLE ET RICHE TONALITÉ AU \"SONORAMIC\" WESTINGHOUSE Un délice à l\u2019oeil .un charme à l\u2019oreille, cette petite beauté convient à toute pièce de la maison .fait un cadeau idéal.Son nouveau et remarquable système de double haut-parleurs accordés ainsi que le châssis de 5 tubes procurent une performance exceptionnelle.Le coffret d\u2019une réalisation acoustique perfectionnée diffuse le son à Pleine Portée uniformément dans toute la pièce.Présenté en Finis luisants : Ivoire, Noyer, Vert Bosquet ou Sable du Sahara.12 M 5034F Le \u201c RINALDO \u201d créé pour sonorité, puissance et performance supérieures.Coffret en styrène luisant, compacte et moderne.Chiffres du cadran clairs et visibles.grand bouton repéreur en lucite transparent pour syntonisation précise et facile.En ivoire, rouge de Chine, blanc de cuisine, vert bosquet ou noyer.pou» plus ph sûr été.exigez Westinghouse COUPABLE ou NON-COUPABLE 7 CHRONIQUE JUDICIAIRE par ROBERT MILLET.B.A.Un chauffeur peut-il être excusable de ne pas avoir arrêté après un accident, tel que la loi le lui prescrit ?Cherchant à doubler une autre voiture, un automobiliste a mal calculé ses distances.Un accrochage résulte de la manoeuvre entreprise.La victime de l\u2019accident, sa voiture plutôt, est grandement endommagée.L\u2019auteur de l\u2019accident s\u2019est empressé de disparaître de la scène, toujours au volant de sa voiture.Des témoins cependant ont noté le numéro de son permis.La Police ne tarde donc pas à l\u2019appréhender.Traduit en Cour, sous l\u2019accusation de n\u2019avoir pas arrêté après avoir causé un accident, le présumé chauffard explique sa conduite.Il ne nie pas avoir fui, contrairement à ce que la loi prescrit en pareil cas, mais il prétend avoir une excuse.Elle est peu banale.Au moment de l\u2019accident, le prévenu conduisait sans permis à cet effet.Convaincu précédemment d\u2019un semblable délit, le prévenu s\u2019était alors vu enlever son permis de conduire pour une période de trois mois.Les trois mois n\u2019étant pas écoulés au moment du deuxième accident, le prévenu avait eu tellement peur d\u2019aggraver son cas qu\u2019il n\u2019avait pas voulu faire face aux autorités policières.Désireux, d\u2019autre part, de réparer le préjudice qu\u2019il avait causé, il avait noté le numéro du permis du véhicule endommagé, afin d\u2019en retracer le propriétaire et de payer ses dommages.Dans les circonstances, ce chauffeur est-il COUPABLE ou NON de l\u2019accusation portée contre lui ?COUPABLE ! a décidé le Président du Tribunal dans un jugement rendu le 24 août 1955 en Cour Municipale à Montréal.En considération des explications fournies, le coupable a été condamné au minimum de la peine prévue pour une semblable offense.rien de particulier ne me désignait à vous.De nouveau le canapé s\u2019immobilisa, et il sembla à Patrice qu\u2019une sorte de frémissement agitait Mlle Heybrand.Une main incertaine remonta la cape de renards sur les épaules nues.Mais ce que le jeune homme pouvait prendre pour une brève émotion ne dura guère.\u2014 Oui, dit-elle lentement, il est vrai.Si c\u2019est cela que vous voulez dire, j\u2019ai trouvé, de par le monde, des hommes qui aspiraient de toutes leurs forces à m\u2019épouser.On ne peut imaginer combien les mers sont petites, et combien, surtout, un bateau comme la Désirade y prend de l\u2019importance.On se croit ignoré sur les vagues, douces ou déchaînées, dans une immensité qui paraît infinie, et voici qu\u2019on est signalé, traqué, attendu par ceux dont la vie se passe à guetter des occasions semblables.On ne sait cela qu\u2019en touchant les ports, les ports fourmillant d\u2019aventuriers auxquels mille prétextes sont bons pour approcher une femme seule et riche.« Je n\u2019ai, pour ma part, abordé nulle terre sans que surgisse l\u2019un de ces personnages : forban, requin, homme du monde, ou fils de famille, qui eût, en effet, très volontiers, uni son destin au mien.A Venise ce fut un prince qui, secrètement, démantelait l\u2019intérieur de son palais pour en vendre les sculptures.A Alexandrie, un diplomate dont le père avait, paraît-il, intimement connu ma famille, bien que ce garçon s\u2019abstînt toujours avec prudence de détails trop précis concernant celle-ci.A Cadix, un jeune toréro prétendit offrir une course en mon honneur, et alla jusqu\u2019à se faire très légèrement blesser pour m\u2019intéresser à lui.A Bergen, un riche pêcheur de morues, auquel, cependant, des capitaux manquaient pour augmenter sa flottille, voulut me persuader que ma beauté s\u2019accommoderait mieux des climats froids, et ma santé de la vie pleine d\u2019intérêt et d\u2019émotions qu\u2019il m\u2019offrait.A Syracuse.Elle s\u2019interrompit.\u2014\tBah ! je vous fais grâce des autres.Ceux-là sont les plus récents.En prononçant les derniers mots, Gilda Heybrand s\u2019efforçait à l\u2019ironie, mais le docteur demeura frappé de l\u2019accent de mépris total, presque inexprimable, dont cette sorte de confession s\u2019était accompagnée.La jeune fille dit encore : \u2014\tVoilà donc ce que je veux fuir, monsieur Gramont, ce dont je désire me libérer.Si vous consentez, je pourrai librement mener la vie que j\u2019aime, sans être le gibier qu\u2019on pourchasse, et je vous en saurai un gré infini.Voulez-vous y réfléchir ?Ces mots semblaient terminer la longue conversation.Mais Patrice ne dut pas en juger ainsi, car, loin de donner l\u2019assurance que sa compagne semblait attendre, il remarqua : \u2014 Vous n\u2019avez pas répondu à ma question, mademoiselle.\u2014\tA votre question ?répéta-t-elle, comme si elle ne se souvenait point qu\u2019il l\u2019eût interrogée.\u2014\tOui.Je la répète donc, car ma modestie se refuse à admettre que mes seuls mérites m\u2019aient distingué à vos yeux : pourquoi.moi ?Gilda ne put retenir un mouvement d\u2019impatience, mais elle se reprit aussitôt ; et, peut-être pour se donner le temps de la réflexion, elle écrasa longuement sa cigarette dans le cendrier posé sur la table.Puis elle releva son front penché et, d\u2019une voix nette : \u2014 Je croyais vous l\u2019avoir suffisamment expliqué, monsieur Gramont.« Je vous choisis, vous, parce que j\u2019ai décidé de choisir quelqu\u2019un, mais ne puis me résoudre à ce que ce quelqu\u2019un ne soit pas un homme estima- ble.Je vous choisis, vous, parce que le prix de ma liberté sera employé à une oeuvre utile, et non point dispersé sur le tapis de tables de jeux.ou ailleurs.Je vous choisis, vous parce qu\u2019il me paraît que nos vies peuvent parfaitement se rejoindre, sans se mêler, et garder chacune son sens, sa direction, son indépendance absolue.Je vous choisis, vous, parce que vous n\u2019avez aucunement désiré être choisi, et que, pour cette raison, vous ne vous croirez jamais obligé de me faire croire à des sentiments.inéprouvés.Je vous choisis enfin.Elle repoussa le cendrier et s\u2019adossa de nouveau aux coussins du canapé en achevant : \u2014 Je vous choisis sans doute parce que vous vous êtes trouvé là au moment exact où j\u2019ai pris la décision de choisir.Plus tard seulement, après avoir bien des fois revécu en esprit cette soirée, en essayant de se rappeler les mots exacts employés, et le ton dont ces mots avaient été prononcés, le jeune homme devait déceler, dans la dernière phrase, une sorte de fléchissement.Pour l\u2019instant, rien de semblable ne le frappa.Il sourit.Voilà, en effet, de nombreuses et fort bonnes raisons, mademoiselle.Je vous remercie de me les avoir données aussi volontiers.Puis-je maintenant me retirer ?\u2014 Comme il vous plaira, docteur.Ils s\u2019étaient levés en même temps, et Patrice fut surpris de la voir si grande auprès de lui.La lune brillait toujours, éclairant la mer, les mâts dressés vers le ciel, les cordages, qui semblaient d\u2019argent fin.Mais le jeune homme essayait vainement de rencontrer le regard de Gilda, d\u2019apercevoir, même vaguement, l\u2019expression de ses traits.Durant deux ou trois secondes, pourtant, l\u2019attention de Patrice fut distraite.A l'une des vitres derrière lesquelles se trouvaient les appartements du yacht, un rideau de tulle venait de bouger.Il retomba du reste aussitôt, tandis que la main preste qui l\u2019avait soulevé disparaissait.Et Gramont ne put savoir à qui appartenait cette main.Lentement les jeunes gens se dirigeaient vers la passerelle.\u2014 Vous pourrez me porter ici même votre réponse, dit Gilda.Encore une fois il fut surpris de l\u2019aisance qu\u2019elle montrait dans une situation aussi étrange et imprévue.Mais, très vite, il convint que l\u2019imprévu était pour lui et non pour la jeune fille.\u2014 Je n\u2019y manquerai pas, mademoiselle, répondit-il.Comptez-vous rester longtemps encore à Cannes ?Elle se mit à rire, comme si cette question était ridicule, et le jeune homme s'avoua qu\u2019elle l\u2019était, en effet.\u2014 Eh bien! mais.je ne puis rien préciser, monsieur: huit jours ou de longs mois.Ma décision dépend de la vôtre.Il s\u2019inclina.\u2014 Je ne vous la ferai pas attendre.\u2014 Merci.La longue robe-sari de soie blanche frôlait la planche de bois qui reliait le yacht à la terre.Gilda s\u2019arrêta et tendit la main à son hôte.\u2014 Bonsoir, monsieur.\u2014 Bonsoir, mademoiselle.Voulez-vous me permettre de vous assurer que je garderai de cette soirée un souvenir.Inoubliable ?interrogea - t - elle, ironique.Le terme est un peu fort! Disons, si vous le voulez bien : particulier.Ce furent, en effet, des minutes surprenantes pour vous.et peut-être aussi pour moi.Elle se tut, puis répéta son bonsoir tandis que Patrice franchissait la passerelle.Un instant plus tard le jeune homme Le Samedi, Montréal, 15 octobre 1955 25 tournait le dos à la Désirade, tandis que Gilda Heybrand, immobile à la même place, écoutait le bruit net des pas qui s\u2019éloignent, et celui, doux et gémissant, de la mer.Ill Au sortir de l\u2019église, la nuit parut sombre à Gilda.Dans ses yeux, la jeune femme gardait encore l\u2019é-tincellement des lampes électriques du choeur, la flamme plus pâle mais cent fois multipliée des bougies ; et elle se réadaptait mal à l\u2019obscurité.Pourtant, à ses pieds, malgré l\u2019heure avancée, Cannes étincelait et, au-dessus d\u2019elle, un ciel d\u2019août brillant d\u2019étoiles offrait sa splendeur habituelle.Il faisait tiède et doux ; mais, dans son tailleur de soie, Gilda frissonna.Elle se tourna vers son mari : \u2014 Ces voûtes étaient glaciales, ne trouvez-vous pas ?\u2014 Ma foi, je ne l\u2019ai pas remarqué.Et, avec une indifférente politesse, il s\u2019enquit : \u2014 J\u2019espère que vous n\u2019avez pas eu froid ?\u2014 Tout de même pas.Merci.En silence, ils continuèrent à avancer.A l\u2019extrémité de l\u2019esplanade, deux voitures étaient arrêtées : une longue Chrysler blanche, semblable à une barque dont on aurait amené les voiles, et la confortable auto, pareillement de marque américaine, de Georges Mé-riel.L\u2019importateur, sa femme et Inès Arnaud marchaient à quelques pas derrière les jeunes gens.Le premier s\u2019arrêta un instant pour jeter les yeux autour de lui.\u2014 Clarisse, murmura-t-il à mi-voix, réveillez-moi ! La terre va céder sous nos pieds, le ciel tomber en miettes autour de nous comme dans les rêves les plus extraordinaires.En tout cas, ce mariage à minuit, en notre seule présence, n\u2019est pas réel, n\u2019est-ce pas ?\u2014- Tranquillisez-vous, monsieur Mé-riel, il l\u2019est, au contraire, et nul n\u2019en peut douter désormais.C\u2019était Inès Arnaud qui venait de répondre, et Clarisse ne put s\u2019empêcher de remarquer la sécheresse de son intonation.Mériel s\u2019était remis en marche.\u2014 C\u2019est pourtant vrai, convint-il, toujours à mi-voix ; il n\u2019y a qu\u2019un instant, nous venons de servir de témoins à Gilda et à Patrice, comme nous l\u2019avions déjà fait tout à l\u2019heure pour le mariage civil.Tout à l\u2019heure ?Hier ?.Je ne sais plus.\u2014 Hier, mon ami, précisa Clarisse, puisque une heure vient de sonner.Nous étions très exacts, aussi la bénédiction des anneaux a-t-elle eu lieu à minuit juste.« J\u2019essaye d\u2019aider vos souvenirs, reprit-elle en riant.Ils me paraissent assez flous.Rappelez-vous : mairie en fin d\u2019après-midi, repas chez le docteur, messe nuptiale, et maintenant retour au port puisque Gilda tient à sabler le champagne avec nous.Après quoi, nous quitterons le yacht qui lèvera l\u2019ancre et voguera, sans beaucoup s\u2019éloigner des côtes, pour.revenir ici demain.\u2014 Vous me direz ce que vous voudrez, remarqua Mériel en hochant la tête, Gramont eût pu s\u2019accorder plusieurs jours.Quelques heures de croisière, cela me paraît plutôt restreint comme voyage de noces.\u2014 Peut-être, mais il a ses malades, et ceux-ci passent avant tout, vous le savez.\u2014 Même avant sa femme ?Allons donc, Patrice n\u2019est pas un imbécile.Il se tut brusquement.D'un geste discret, Clarisse venait de désigner à son mari Inès Arnaud qui marchait à quelques pas devant eux.L\u2019importateur étouffa une légère toux embar- rassée, puis, s\u2019adressant à la jeune fille : \u2014 Restez-vous à bord, mademoiselle ?interrogea-t-il.Inès se retourna.Son visage était souriant, sa voix paisible.\u2014 Non, monsieur.Pour la première fois depuis bien longtemps, je quitterai Gilda.Ma chambre est préparée dans la maison du docteur.\u2014 Nous vous y déposerons donc, si vous le permettez, en regagnant nous-mêmes notre hôtel.\u2014 Je vous remercie.J\u2019aurais volontiers accepté si Gilda ne m\u2019avait demandé de prendre sa voiture.Le groupe venait d\u2019atteindre les autos devant lesquelles Patrice et Gilda se tenaient déjà.Cette dernière s\u2019adressa à son amie : \u2014 Monte avec moi, Inès.Elle ouvrit la portière et s\u2019installa au volant.Patrice attendit, pour prendre sa place, que Mlle Arnaud fût assise à l\u2019arrière, tandis que Mériel mettait en marche à son tour.Dans les rues, que l\u2019heure avancée ne rendait pourtant pas désertes, la longue Chrysler blanche fila sans bruit, son moteur puissant ronronnant avec la douceur d\u2019un jouet d\u2019enfant.La capote de toile bleue était baissée, et l\u2019air de la nuit frappait les jeunes gens au visage.Gilda en éprouvait une sorte de bien-être.Cette sensation de froid qui, durant la cérémonie, l\u2019avait saisie, était complètement dissipée.Elle se sentait lucide et détendue « comme on l\u2019est après les plus grandes folies », songea-t-elle.Ce mot la fit sourire.Elle le trouvait disproportionné à cette chose si simple qu\u2019avait été son mariage.Mon Dieu ! oui, si simple, en vérité.Choisir un être au milieu de la foule, non parce qu\u2019on le préfère, mais parce qu\u2019il paraît devoir, mieux que nul autre, jouer le rôle qu\u2019on lui destine, y a-t-il, à cela, grande difficulté ?.Elle n\u2019en avait, pour sa part, rencontré aucune.A croire que Patrice Gramont était tout aussi désireux de cette union qu\u2019elle l\u2019était elle-même.Pour la seconde fois, un sourire un peu méprisant passa sur les lèvres de Gilda.Très normal, au fond, cet accord immédiat qui s\u2019était établi entre eux.N\u2019apportait-elle pas au docteur ce qu\u2019il pouvait désirer le plus au monde : une fortune ?Une fortune qu\u2019il emploierait, certes, selon ses goûts, et ses goûts étaient ceux d\u2019un homme d\u2019études, de science, et même d\u2019un homme de bien ; mais, justement, une fortune qu\u2019il pouvait désirer autant et plus qu\u2019un autre la désire pour des fins moins utiles et moins nobles.Allons, ils étaient quittes, et Gramont devait en juger ainsi.Du reste, ne lui avait-il pas à peu près exprimé ce sentiment en venant lui apporter sa réponse affirmative, peu de jours après leur première rencontre ?Et, depuis, durant le temps qui devait s\u2019écouler dans l\u2019accomplissement des formalités nécessaires, jamais l\u2019attitude du docteur ne s\u2019était démentie.Patrice n\u2019offrait rien d\u2019un obligé.Il recevait, mais donnait aussi.II donnait cette liberté que la jeune fille jugeait nécessaire à son existence, et leurs droits à une gratitude réciproque étaient égaux.Comme Gilda arrivait à ce point de ses réflexions, une flamme étrange brilla dans ses yeux.« Il » le croit du moins ainsi, pensa-t-elle.Comment pourrait- « il » deviner que son acceptation était pour moi une question de vie ou de mort.en tout cas, de perte ou de salut ! Le volant tourna brusquement dans les mains de Gilda ; les phares en veilleuse venaient d\u2019éclairer un imprudent piéton qui, à quelques mètres, traversait la route.La voiture, lancée à grande vitesse, fit une embardée, frôla le trottoir, puis se redressa et continua sa course.Patrice observa avec tranquillité : \u2014 S\u2019il vous était donné, comme à moi, de voir de près les conséquences de certains accidents, vous seriez plus prudente.Elle haussa les épaules d\u2019un geste fataliste, et se contenta de répondre : -\u2014\u2022 Croyez-vous ! Elle ralentit, néanmoins, non par égard pour l\u2019observation, mais afin de passer le carrefour qui se trouve devant la gare maritime.Et, bientôt après, la Chrysler s\u2019arrêtait au bout de la jetée.Toujours amarré à la même place, le yacht se balançait doucement.A peine l\u2019intérieur était-il éclairé, et rien n\u2019y dénonçait des préparatifs quelconques.Comme pour expliquer cette absence de mouvement et de vie, Gilda se tourna vers son mari : \u2014 J\u2019avais donné à l\u2019équipage l\u2019ordre de se reposer jusqu\u2019à notre retour.Nous ne lèverons pas l\u2019ancre avant deux heures.Le salon de la Désirade, dans lequel la jeune femme pénétra la première, était abondamment fleuri.De belles roses, des orchidées, des glaïeuls, jaillissaient de grandes corbeilles posées à terre.Plusieurs pots d\u2019hortensias blancs garnissaient aussi la galerie d\u2019osier tressé qui courait devant les fenêtres.Auprès de la table roulante, Ma-diana se tenait, dans sa jupe bariolée, un foulard à larges raies croisé sur la poitrine, le madras jaune et rouge surmontant son visage brun, bracelets et colliers d\u2019or enroulés autour des poignets et du cou.La demoiselle de compagnie s\u2019approcha d\u2019elle et inspecta, d\u2019un bref regard, le plateau chargé de coupes de cristal et de deux seaux d\u2019argent desquels dépassaient les goulots dorés.\u2014 Vous pouvez aller vous coucher, Madiana, dit-elle.Avant d\u2019obéir, la Martiniquaise se tourna vers Gilda, comme si d\u2019elle seulement elle eût attendu l\u2019ordre.\u2014 Oui, tu peux, Na.Je n\u2019ai plus besoin de toi.Merci.Inès avait débarrassé la jeune femme de son sac à main, de ses gants, et du petit chapeau de taffetas qui la coiffait.Elle les emporta vers sa propre chambre, tandis que Clarisse Mériel acceptait le siège que lui offrait Gramont.\u2014 Mlle Arnaud est une amie précieuse, constata-t-elle en suivant du regard celle qui s\u2019éloignait.Va-t-elle retourner dans son pays, ou demeurer près de vous ?\u2014 Il n\u2019y a aucune raison pour qu\u2019I-nès me quitte, répondit Gilda avec vivacité ; et je ne pense pas qu\u2019elle le désire plus que moi.\u2014 Elle ne le désire nullement, en effet.C\u2019était le docteur que parlait, et Gilda crut discerner, dans sa voix, une certaine ironie.Elle se retourna brusquement ; ses fins sourcils se contractaient.Mais Patrice ne semblait guère avoir mis à ses paroles une intention désobligeante.Il allumait tranquillement son briquet, qu\u2019il tendit ensuite à Georges Mériel.La jeune femme le considéra un instant.Il semblait plus grand encore que d\u2019habitude, dans un costume de drap d\u2019un bleu presque noir, et son visage paisible, serein, ne reflétait qu\u2019une aimable satisfaction.A tout hasard, afin de bien marquer la prépondérance de ses désirs et de sa volonté, Gilda reprit : \u2014 Inès et moi nous connaissons depuis de nombreuses années, et n\u2019avons jamais cessé de vivre l\u2019une près de l\u2019autre.Mme Arnaud, qui est veuve, s\u2019occupait de tenir la maison de mon oncle.Elle se trouve, du reste, toujours là-bas.Mais, lorsque je décidai Lorsqu\u2019un travail ardu vous laisse les muscles raides et endoloris Voici un soulagement rapide ! \u2022 Vous êtes plus habitué au travail de bureau qu\u2019à la \u201ccorvée du bois\u201d?Facile à voir, puisque cet exercice inaccoutumé vous a raidi douloureusement les muscles! 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J\u2019ignorais absolument que ce garçon fût ainsi devenu votre cousin.Comment s\u2019appelait-il, au fait ?Il avait un nom.Attendez donc, un nom de Grand d\u2019Espagne, et qui lui allait bien ; José, d\u2019abord.Gilda, après avoir soigneusement replacé la rose dans son vase, se retourna.\u2014 Il était de vieille souche espagnole, en effet, et se nommait José Montresa de Santemayor.Ce fut à ce moment précis que la porte du salon s\u2019ouvrit devant Mlle Arnaud.Un long tressaillement agita la jeune fille, qui, durant deux ou trois secondes, s\u2019appuya, d\u2019une main, à l\u2019encadrement de bois.Puis elle repoussa lentement la porte derrière elle, et s\u2019avança vers la table.\u2014 Ah ! Inès, dit Gilda avec satisfaction.Que faisais-tu donc ?Veux-tu nous servir le champagne ?Ces mots ne contenaient nul reproche.Cependant, tandis qu\u2019elles saisissaient l\u2019une des bouteilles entourées de glace, les belles mains de la demoiselle de compagnie manquaient de fermeté.\u2014 Je m\u2019excuse, Gilda, murmura-t-elle.J\u2019ai rangé toutes vos affaires afin que vous n\u2019ayez pas à vous en occuper.Affectueusement, la jeune femme l\u2019interrompit : \u2014 Je sais bien que tu as fait pour le mieux, chérie.Dans les coupes de cristal taillé, le vin léger et doré moussait.Georges Mériel porta un toast aux nouveaux époux, et ne put manquer de se réjouir d\u2019avoir été, en quelque sorte, l\u2019artisan de cette union en présentant les jeunes gens l\u2019un à l\u2019autre.Ce sujet lui tenait beaucoup à coeur, et sans doute s\u2019y serait-il davantage étendu si Clarisse ne lui eût doucement touché le bras.\u2014 Il est tard, Georges, ou plutôt trop tôt.N\u2019oubliez pas que la Désirade lève l\u2019ancre à deux heures.\u2014 Je suis, avec mon capitaine et Dieu, maître à bord, protesta Gilda, et la Désirade appareillera quand je le jugerai bon.Elle parlait calmement, témoignait à ses hôtes une amabilité attentive, sincère, et Patrice admirait qu\u2019elle montrât en toute circonstance une aussi parfaite aisance.Depuis le premier soir, celui où Gilda lui avait fait l\u2019étrange proposition, le docteur ne s\u2019était jamais mépris sur le genre d\u2019union que la jeune fille désirait.Il ne comptait pas que cette nuit à bord le rapprocherait de sa femme, pas plus qu\u2019aucune des autres nuits qu\u2019ils pourraient passer sous le même toit.Et cette certitude de n\u2019avoir à jouer aucune comédie, à subir aucune contrainte, était pour une grande part dans sa satisfaction présente comme elle l\u2019avait été dans sa décision passée.Tantôt, en effet, la Désirade s\u2019éloignerait du rivage, et ceux qui viendraient de la quitter s\u2019imagineraient qu\u2019elle emportait des gens heureux.Dieu merci, il n\u2019en serait rien.Sans doute Gilda et lui-même resteraient-ils un instant sur le pont, chacun aspirant au repos, mais s\u2019astreignant à ne point trop vivement le montrer.Et puis, enfin, Patrice pourrait se retirer dans sa cabine et dormir.dormir, afin de rassembler tous ses moyens, toutes ses forces, pour le travail du lendemain.« Bien que nulle intervention ne soit prévue », songea-t-il avec quelque regret.Il évoqua la salle d\u2019opération nette, blanche, claire, et son aide habituelle, cette fille de vingt-six ans, intelligente, froide, précise, attentive, dont toutes les qualités d\u2019infirmière faisaient oublier qu\u2019elle était jolie.« Monique surveillera-t-elle de près la température du sept ?» se demanda-t-il encore.Mais aussitôt il sourit intérieurement de son inquiétude.La jeune fille n\u2019avait jamais, jusqu\u2019à ce jour, commis le moindre oubli, négligé la prescription la plus infime.Il pouvait être aussi tranquille que d\u2019habitude.\u2014 Mme Gramont nous permet de nous retirer, docteur.Aurez-vous la même complaisance ?Clarisse Mériel se tenait devant lui et lui tendait la main.Patrice fit un effort pour ramener son esprit dans le salon du yacht, auprès de ses invités.\u2014 Naturellement, madame, dit - il.Nous avons suffisamment abusé de votre amitié en vous retenant à une heure aussi tardive, pour ne point vous rendre votre liberté dès que vous en exprimez le désir.Le docteur et sa femme accompagnèrent leurs amis sur le pont.Inès Arnaud marchait derrière eux.A la suite des Mériel, elle franchit la passerelle, et bientôt les deux autos rangées devant la Désirade s\u2019éloignèrent sur la jetée vide, dans le calme de la nuit.Gilda était venue s\u2019asseoir sur l\u2019un des fauteuils groupés à l\u2019avant du bateau, et Gramont prit aussi un siège non loin de sa femme.« Tout se passe comrpe je l\u2019avais prévu », se dit-il, amusé.Le yacht allait quitter le port, et déjà son moteur, mis en marche, le faisait tressaillir.Comme le premier soir où les jeunes gens s\u2019étaient trouvés à cette même place, la mer étale, et presque silencieuse, n\u2019offrait que de légers frémissements.Nul bruit ne venait non plus de la terre.Cannes s é-tait enfin assoupie, et ses clartés seules dénonçaient sa présence le long de la plage frangée d\u2019argent.Nul bruit.?Le premier, Patrice tendit l\u2019oreille.Une auto venait de s\u2019engager sur la jetée, et le jeune homme crut d\u2019abord que l\u2019un des invités qui avait quitté le yacht un instant plus tôt revenait.Ce ne fut pourtant ni la somptueuse Chrysler blanche, ni la voiture des Mériel qui s\u2019arrêta à hauteur de la Désirade, mais une vieille petite auto, bien différente de celles-là.Une femme en descendit, mince silhouette incertaine, qui, après une hésitation, se dirigea vers la passerelle.Patrice, aussitôt debout, avait fait quelques pas au-devant de la nouvelle venue.\u2014 Qu\u2019y a-t-il, Monique ?La jeune fille s\u2019arrêta, gênée par l\u2019ombre, mais, semblait-il, soulagée aussi par cette entrée en matières rapide.\u2014 Ah ! docteur, je vous demande pardon.J\u2019ai cru bien faire en venant vous trouver.\u2014 Vous avez certainement bien fait, interrompit Patrice, de cette manière directe et dépourvue de mots inutiles qui était celle de leurs rapports quotidiens.De quoi s\u2019agit-il ?La voix était nette, assurée, tout à fait différente et « autre » de celle que Gilda connaissait.\u2014 On vient de nous amener un accidenté, docteur.\u2014 Grave ?\u2014\tTrès, colonne vertébrale brisée, je crois, et hémorragie interne.\u2014 Ne pouvait-on conduire le blessé dans la clinique du docteur Dupuy ?\u2014 Il n\u2019y serait pas arrivé vivant, docteur.J\u2019ai pris sur moi de le recevoir, et je pense.\u2014\tQu\u2019il faut opérer immédiatement ?Elle inclina affirmativement la tête.Patrice n\u2019hésita que quelques secondes.\u2014 Alors ne tardons pas.Je vous suis.Pendant que l\u2019infirmière, sans autres paroles, s\u2019éloignait, \u2014 il ne paraissait pas qu\u2019elle eût aperçu la jeune femme, assise un peu plus loin, \u2014 Gramont revint vers celle-ci.\u2014 Je suis désolé, Gilda.Voilà les sortes d\u2019appels auxquels un chirurgien ne se dérobe jamais.Il demeurait debout devant elle, conscient de ce que son départ avait de brusque, même d\u2019incorrect, mais n\u2019imaginant pas, cependant, qu\u2019il pût agir d\u2019une façon différente.La voix paisible le rassura.-\u2014Je l\u2019entends ainsi.Ne prenez pas la peine de m\u2019expliquer.Bonsoir, Patrice.Bonne chance.\u2014 Merci.Il se pencha sur sa main, qu\u2019il baisa, puis, rapidement, il quitta le bord.Et, de nouveau, ce fut le grondement d\u2019un moteur qui s\u2019éloigne, et s\u2019éteint, laissant plus profond le silence.Une fois seule, Gilda s\u2019était adossée aux coussins.Nulle contrariété n\u2019assombrissait son visage.Il était évident que Patrice Gramont faisait passer son métier avant tout, même avant l\u2019obligation de rester auprès de sa femme, au moins durant les premières heures de leur mariage.Mais cela ne fâchait nullement Gilda.Tout au contraire, n\u2019y avait-il pas, dans cette absolue liberté dont Gramont venait d\u2019user, une garantie du genre de vie sans entraves, ni contraintes, ni dépendance d\u2019aucune sorte l\u2019un vis-à-vis de l\u2019autre, qui allait être le leur.La joue dans le creux de sa main, la jeune femme demeura un long moment pensive.Elle était arrivée à réaliser ce quelle voulait, ce qui, depuis des mois et des mois, lui paraissait une nécessité impérieuse, sans quelle eût Le Samedi, Montréal, 15 octobre 1955 27 jamais rencontré l\u2019être dont la personnalité rendait l\u2019exécution de ses projets possible.Et puis, au hasard de son escale à Cannes, le destin, docile, cette fois, était venu au-devant d\u2019elle.Georges Mériel, qu\u2019elle connaissait un peu, lui avait parlé du docteur Gramont, et, tout de suite, elle s\u2019était dit que celui-ci serait peut-être l\u2019homme qu\u2019elle cherchait de par le monde.Il l\u2019avait été, en effet.Ce que, si ardemment, souhaitait Gilda Heybrand venait de se réaliser.Désormais, sans appréhensions ni inquiétudes, la jeune femme pouvait poursuivre son chemin.Une sorte de triomphe éclata sur les beaux traits purs, dans les yeux sombres.Puis Gilda passa lentement la main sur son front.Allons, puisque le but était atteint, le coeur allait enfin faire treve, le coeur avec son amertume, ses souvenirs cuisants, et même la douloureuse ivresse de sa victoire.D\u2019ailleurs, la nuit avait une telle douceur que toute agitation devait se dissoudre en elle, sombrer dans le calme du ciel, se disperser au souffle de la mer.Au souffle de la mer ?.Brusquement Gilda prit conscience de l\u2019immobilité du yacht.Probablement le départ de Gramont avait été remarqué par l\u2019équipage, qui attendait son retour.Sans quitter son siege, la jeune femme tourna la tete.Sur le pont, les pas d\u2019un matelot résonnaient.Elle reconnut l\u2019homme, l\u2019appela : \u2014 Sylvère, nous pouvons partir.\u2014 Tout de suite ?\u2014 Mais oui.\u2014 Bien, madame.Le mot, malhabilement prononcé, la fit sourire.Mais, presque immédiatement, la passer elle fut retirée, et la Désirade commença ses manoeuvres pour sortir du port.Gilda s\u2019était enveloppée d\u2019un manteau de grosse bure blanche, qu\u2019Inès avait déposé près d\u2019elle avant de quitter le bord.Mlle Arnaud savait combien les nuits d\u2019été, même les meilleures, sont fraîches sur l\u2019eau, et la jeune femme fut touchée par cette marque nouvelle d\u2019une sollicitude jamais en défaut.La terre, maintenant, s\u2019éloignait ; lumières perdaient de leur netteté ; mais, longtemps encore, elles demeurèrent perceptibles, sans cesse diminuées, rétrécies, jusqu\u2019au moment où l\u2019ombre les absorba.La noire masse des îles, devinée plutôt qu\u2019aperçue, s\u2019était estompée à son tour, et le bruit de la proue du yacht, fendant l\u2019eau calme, avait pris une sorte de régularité berceuse et monotone.Avant que l\u2019extraordinaire se produisît, Gilda se souvint de s\u2019être demandé quelle heure il pouvait bien être.Mais, aussitôt, elle convint avec elle-même que cette préoccupation du temps avait bien peu d\u2019importance.Elle ne ressentait ni fatigue ni sommeil.Seule entre la mer et le ciel, dans cette partie confortable de son bateau, la jeune femme s\u2019abandonnait à un bien-être qu\u2019elle n\u2019avait depuis longtemps éprouvé.Et soudain son nom, prononcé distinctement, bien qu\u2019à voix basse, la fit profondément tressaillir.L\u2019espace de quelques secondes, la jeune femme essaya de se leurrer :\t« Hallucination, également, étrange phénomène de ses sens trompés par l\u2019acuité d\u2019une pensée, voilà ce qui arrivait ! » Mais cet espoir d\u2019être le jouet d\u2019une illusion fut bref.Derrière elle, la même voix, plus distincte, eût-on dit, répéta : \u2014 Gilda, je vous en prie.m\u2019entendez-vous ?Toute autre, sans doute, à la place de la jeune femme, n\u2019eût pu s\u2019empêcher d\u2019extérioriser sa stupeur et son trouble ; toute autre, oui, mais point Gilda Heybrand.Sous les larges poignets de son manteau, ses mains join- tes se serrèrent convulsivement, tandis que son regard se tournait vers la silhouette d\u2019homme, immobile à quelques pas derrière elle.\u2014 Bonsoir, José Montresa, dit-elle, et sa voix s\u2019altérait à peine.Voilà une étrange surprise, en vérité.Je vous croyais à des milliers de kilomètres.Le jeune homme regardait autour de lui.\u2014 Etes-vous seule ?interrogea-t-il.Inès ?.\u2014 Je n\u2019ai aucune raison de répondre à vos questions, mais j\u2019exige que vous répondiez au moins à l\u2019une des miennes.De quel droit vous êtes-vous cru autorisé à jouer le rôle de passager clandestin ?Le calme, dont les paroles de Gilda témoignaient, surprit le jeune homme.Il répondit d\u2019abord vaguement : \u2014\tSi je vous l\u2019avais demandé, m\u2019auriez-vous reçu ?\u2014 Et pourquoi non ?\u2014 Pourquoi non ?répéta-t-il avec amertume.Parce que vous ne m\u2019avez permis de vous approcher aucune des autres fois où nos routes se sont croisées.Et elles se sont croisées souvent, depuis deux années.\u2014\tTrès souvent, en effet, acquiesça ironiquement la jeune femme.A croire que, dans le vaste monde, une étrange et persistante coïncidence nous faisait choisir les mêmes lieux.Plusieurs fois vous avez touché un port juste avant que j\u2019y aborde moi-même, ou peu d\u2019instants avant que je le quitte.A tel point que si je n\u2019eusse été absolument sûre de mon équipage, certains doutes sur sa discrétion et sa fidélité me fussent venus.Mais non.La plupart du temps mes marins ignoraient pour quelle destination exacte nous faisions route.Quant à vous accorder un entretien particulier, permettez-moi de trouver surprenante l\u2019obstination que \u201cGrâce à INoxzeina ma peau est devenue plus douce et plus claire,\u201d dit Mlle Maddy Rolland de Montréal.\u201cJe ne connais pas d\u2019autres crèmes qui laissent ma peau si fraîche.\u201d ^Wzema ( 'rearn Notti/eûtfJ!ûà de Bmiïè meilleur de 3 façons ________ o pour votre peau! Nettoie comme du savon .mais Noxzema n\u2019assèche pas l\u2019épiderme.Appliquez-en sur la peau et enlevez-la à l\u2019aide d\u2019une serviette mouillée! Elle est non-graisseuse et s\u2019enlève avec l\u2019eau.De plus, elle nettoie à fond .comme avec du savon, mais sans assécher la peau.Assouplit comme la crème .mais en plus, Noxzema est meilleure que les crèmes graisseuses parce qu\u2019elle ne bouche pas les pores.Elle aide à combattre la sécheresse de la peau comme seule une crème peut le faire, mais elle n\u2019est pas collante ni graisseuse.* Favorise le teint .parce qu\u2019elle est médicamentée.Cinq ingrédients médicinaux aident à cicatriser rapidement les marques cutanées.Le soin régulier avec Noxzema protège votre peau contre l\u2019acné .\"réveille\u201d un teint fade .et maintient votre peau resplendissante de vitalité! 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La voix de Gilda résonna, glaciale.Mais aussitôt la jeune femme se reprit : \u2014 Tout cela est sans importance.Sans importance aucune, insista-t-elle.Ce que je désire seulement savoir, c\u2019est comment vous vous trouvez ici, sur la Désirade.Comme pour lui répondre, il s\u2019avança vers elle.Brusquement Gilda quitta son fauteuil.\u2014 Cette conversation au clair de lune, pour si romanesque qu\u2019elle puisse sembler, est, en même temps, fort incommode, remarqua-t-elle.Voudriez-vous me suivre ?Sans attendre de réponse, elle passa devant lui, s\u2019engagea dans le couloir et ouvrit la porte du salon dans lequel, une heure plus tôt, ses amis se trouvaient réunis.Elle alluma le plafonnier, et, comme pour s\u2019habituer à la clarté, ses yeux errèrent d\u2019abord au hasard sur l\u2019élégant désordre de la pièce.Et puis, enfin, pour la première fois, ils « regardèrent » vraiment Montresa.C\u2019était un homme jeune, \u2014 vingt-sept ans au plus, \u2014 et, comme l\u2019avait dit Georges Mériel, très beau.De taille moyenne, mince, les attaches fines, il avait des traits de médaille antique, des yeux et des cheveux du même noir étincelant, une bouche éclatante dans la pâleur de la face.Cette pâleur si accusée frappa d\u2019abord Gilda, ainsi que la maigreur du jeune homme.Ses joues, surtout, avec leurs pommettes saillantes, et aussi les orbites sombres et creusées, donnaient à ce visage un aspect différent de celui que la jeune femme connaissait.Celle-ci s\u2019était détournée pour enlever son manteau et le jeter sur un meuble.Pendant qu\u2019elle accomplissait ces gestes, une sorte de désespoir ravagea ses traits.Mais, lorsque de nouveau elle fit face à Montresa, le jeune homme ne put capter autre chose qu\u2019une expression de froide indifférence.\u2014 Je vous demandais donc, dit-elle, par quel miracle vous vous trouviez à bord de la Désirade ce soir.Elle ne l\u2019avait pas prié de s\u2019asseoir, et demeurait elle-même debout comme pour signifier que l\u2019entretien serait de courte durée.\u2014 Qui vous a introduit ?interrogea-t-elle encore.José resta un instant muet, les yeux fixés sur la jeune femme.\u2014 Eh bien?jeta Gilda avec impatience.Il sembla faire un effort.\u2014 Qui m\u2019a introduit ?répéta-t-il.Personne.Je suis venu au yacht dans l\u2019après-midi, et je vous ai demandée.Vos marins m\u2019ont répondu que vous ne vous trouviez pas à bord.J\u2019ignorais s\u2019ils disaient vrai.Je nè me suis guère éloigné.La nuit venue, j\u2019ai tâché de me glisser dans la Désirade et de m\u2019y dissimuler pour vous rejoindre ou vous attendre.Ce fut facile.\u2014 Et c\u2019est seulement après que nous avons, depuis un instant, quitté la terre, que vous vous décidez à paraître ?reprit Gilda.Cela me semble assez.inélégant, et ne m\u2019obligera ANCIENNE PETITE .le coeur du vieil homme qui a donné des signaux d\u2019alerte ces temps derniers et exige qu\u2019il se contente, pour dîner, d\u2019une poire, de salade et d\u2019eau pure.La Begum a su s\u2019adapter non seulement à tout cela mais aux traditions millénaires qui règlent la vie commune.Perpétuellement vêtue d\u2019un sari, elle accomplit trois fois par jour les ablutions et ne boit son thé, conformément aux rites ismaïliens, que lorsque son maître y a trempé ses lèvres.Vêtue d\u2019un sari de soie blanche serti de 1,500 diamants, elle a assisté, dans Bombay surpeuplé, au dernier jubilé de son mari, et s\u2019est occupée, pour l\u2019occasion, du logement et du ravitaillement de milliers de fidèles.Si 75% des membres de la secte is-maïlienne savent, à l\u2019heure actuelle, lire et écrire (ce qui est rare aux Indes), c\u2019est en partie à elle qu\u2019ils le doivent.Et elle a aussi parcouru le pays, faisant des conférences sur l\u2019émancipation de la femme et obtenant, contre les vieux notables, la suppression de la « purnah », la réclusion des épouses.Un jubilé de 280 millions.Que pouvait bien penser, dans le fond de son coeur, l\u2019ancienne petite arpète lyonnaise lorsqu\u2019elle a assisté, en février dernier, au jubilé de platine de son seigneur et maître ?Elle avait été accueillie, à sa descente d\u2019avion, par une délégation de femmes hindoues qui les avaient, elle et son mari, couronnés de roses.Plus loin, à Meheld, entre Tihapa et Téhéran, berceau de la famille de l\u2019Aga Khan, 49e descendant de Mahomet, elle avait vu sacrifier sur leur passage, des centaines de chameaux, de boeufs, de moutons, victimes propitiatoires offertes aux pauvres de la région.Ils étaient finalement arrivés à Ka- [ Suite de la page 10 ] rachi, où devait avoir lieu la grande cérémonie du jubilé, dans une limousine étincelante.50,000 fidèles les attendaient en brandissant des palmes.Et des notables, couverts de soieries et de joyaux avaient aidé l\u2019Aga Khan à se hisser sur un trône, au bout d\u2019un escalier couvert des plus beaux tapis d\u2019Iran.L\u2019Aga avait revêtu, pour la circonstance, des pantalons de soie noire, une veste couleur de feu couverte de diamants et s\u2019était vu coiffé d'un haut chapeau de fourrure noire, insigne de ses fonctions.La Begum, elle, avait été installée dans une loge pavoisée, un peu en avant du corps diplomatique.La cérémonie du pesage devait avoir lieu après une longue lecture du Coran.On allait mettre dans la balance l\u2019équivalent de 230 livres en grains de platine, 800,000 dollars au total (280 millions de francs).Des machines à laver dans le désert.Le montant allait entièrement être affecté, comme pour les précédents jubilés, aux oeuvres ismaïliennes.Il allait servir, cette fois, à permettre aux membres de la secte de s\u2019établir ou d\u2019apprendre un métier qui leur permettrait d\u2019être indépendants.Dès le lendemain, la Begum enfilait son costume de cheval et, transformée, casque colonial sur la tête, caméra en mains, s\u2019envolait pour une grande chasse au lion.Une fois de plus, le faste oriental allait se mêler aux derniers raffinements de la science moderne.Pour cette expédition, 14 camions avaient été mobilisés pour conduire le couple à pied-d\u2019oeuvre.Le médecin personnel de l\u2019Aga Khan, son infirmière étaient à ses côtés accompagnés de 4 serviteurs blancs et de 60 indigènes, dont 6 cuisiniers et 6 blanchisseurs.d\u2019ailleurs pas à vous écouter, à moins que je n\u2019en aie envie.Elle fit quelques pas dans le salon, et, s\u2019appuyant à la grande table de verre qui en occupait le centre, se pencha vers le visiteur, la voix dure : \u2014 Allons, dites vite.Que voulez-vous ?Il la regardait toujours.Plus encore qu\u2019autrefois, du temps de leur adolescence au pays des manguiers et des vanilliers, dans la splendeur des journées étincelantes, des crépuscules parfumés par les vétuviers, des nuits frémissantes de chants et de danses, oui, cent fois plus, il la trouvait belle.\u2014 Je voudrais, dit-il d\u2019une voix sourde, je voudrais entre nous une réconciliation, Gilda.Elle se redressa un peu, feignit le plus grand étonnement.\u2014 Nous sommes donc fâchés, mon cousin ?interrogea-t-elle, appuyant intentionnellement sur le dernier mot.\u2014 Une réconciliation que j\u2019ai, depuis de longues semaines, ardemment désirée, reprit le jeune homme sans paraître entendre la question.Je viens d\u2019être malade, Gilda, très malade.De terribles fièvres m\u2019ont, pendant près de trois mois, terrassé, et je ne craignais rien tant que de mourir sans avoir obtenu votre pardon.Pendant que José parlait, la jeune femme avait soulevé et feuilletait une revue posée sur la table.Parce qu\u2019elle s\u2019aperçut que sa main tremblait, elle la laissa retomber, mais attendit un instant avant de lever la tête et d\u2019interroger : \u2014 Est-ce tout ce que vous aviez à me dire ?Et surtout, est-ce pour cela que, depuis deux années, je vous trouve sur mon chemin ?Les tentes ultra-modernes qui les attendaient étaient éclairées à l\u2019électricité et comportaient salle de bain avec eau courante chaude et froide.Le sol était recouvert de magnifiques tapis et le mobilier en était celui du plus luxueux palace.La Begum avait à sa disposition personnelle un boudoir garni d\u2019une coiffeuse aux accessoires d\u2019argent ciselé.Enfin, les blanchisseurs arrivés à l\u2019étape allaient trouver des machines à laver en état de marche, des fers électriques et des séchoirs.Tous les jours, un des avions particuliers de l\u2019Aga Khan apportait à Arusha le ravitaillement nécessaire au groupe, avec poulets, légumes et oeufs frais venant des hautes terres du Kenya et une piste d\u2019atterrissage avait été spécialement aménagée à son usage.Pas plus que son ex-belle-fille Rita Hayworth, la Begum ne goûte la chasse au lion.Mais elle adore les chasser avec sa caméra et son téléobjectif.Elle a pris, dans ses divers voyages, aussi bien au cours des grandes cérémonies hindoues, qu\u2019au cours des réceptions internationales et dans la brousse de quoi réaliser au moins quatre heures de projection, dont les images sont probablement uniques au monde.\u2014 Je n\u2019ai encore projeté les bobines que pour mon mari et quelques amis proches, assure-t-elle.Je lui ai ainsi révélé, prises sur le vif, des images qui, au milieu de ses obligations, étaient passées presque inaperçues à ses yeux.C\u2019est moi, en quelque sorte, qui lui ai révélé les Indes.Aux yeux de l\u2019Aga Khan, aux yeux de cet homme vieillissant et comblé, elle lui a surtout révélé le bonheur.Il l\u2019affirme avec force et il s\u2019y connaît.En bon Hindou, il avait été marié pour la première fois à 11 ans.Il a derrière lui ce record difficilement battu : une expérience conjugale vieille bientôt de 66 ans.Jean Rochère. Le Samedi, Montréal, 15 octobre 1955 29 exige de l'eau que Dure Plus Longtemps Aussi ! Vous démarrez toujours bien avec une batterie Auto-Lite \u201cSta-ful\u201d! Partout où vous allez, en n\u2019importe quelle saison, vous êtes assuré d\u2019avoir des démarrages rapides et sans trouble avec une batterie Auto-Lite \u201cSta-ful\u201d.La \u201cSta-ful\u201d demeure plus puissante, plus longtemps que toute autre batterie ordinaire grâce à sa construction spéciale.Sa réserve extra grande de liquide (3 fois autant que dans les batteries sans les caractéristiques de la \u201cSta-ful\u201d) maintient les plaques de la batterie \u201cSta-ful\u201d complètement recouvertes et protégées .ce qui rend la puissance à son plus haut degré.Renseignez-vous à fond au sujet de la batterie \u201cSta-ful\u201d Auto-Lite \u2014 la batterie qui n\u2019exige de l\u2019eau que 3 fois par année seulement dans une auto employée normalement et qui dure plus longtemps aussi.Voyez votre vendeur de batteries Auto-Lite aujourd\u2019hui même AUTO-LITE BATTERIES OF CANADA LIMITED, TORONTO 4, ONTARIO DANS UNE AUTO EMPLOYEE NORMALEMENT Void la raison .la \"Sta-ful\" Auto-Lite contient plus que 3 fois la réserve de liquide des batteries ordinaires .La réserve liquide d\u2019une \"Sta-ful\u201d Auto-Lite est plus de 1 4 onces.La réserve des bat-teries ordinaires est moins de 4 onces.Ami* APRÈS ÉVAPORATION ÉGALE VOICI CE OUI ARRIVE \t\t\t\t\t l\t\t\t\t\t R-f-\u2022\t\t\t\t\t \t\t\t\t\t \t\t\t\t\t Les plaques de la \u201cSta-ful\" sont complètement recouvertes et actives Les plaques de batteries ordinaires sont exposées et partiellement inactives.L\u2019isolant \"Fibre-gloss\u201d aide à maintenir l\u2019action d\u2019énergie dans le matériel des plaques et assure une plus longue durée.MANUFACTURIERS DE BATTERIES, BOUGIES D\u2019ALLUMAGE, CÂBLES ET FILS, ENSEMBLES DE PHARE SCELLÉ ET SYSTÈMES ÉLECTRIQUES \u2014 Oui, dit-il à voix basse, oui.c\u2019est pour cela.Elle éleva ses fins sourcils dans un mouvement de surprise moqueuse et le considéra curieusement.\u2014 Ces beaux sentiments vous sont venus tard, José.dès après la mort de votre femme, n\u2019est-ce pas ?ou plutôt dès après celle de mon oncle ?Il recula, comme frappé d\u2019un soufflet.\u2014 Que voulez-vous dire, Gilda ?Sa voix était sourde, mais assurée ; ses yeux, loin de fuir ceux de sa compagne, semblaient, plus encore que les mots, poser a Gilda une ardente interrogation.\u2014 Ne m\u2019obligez pas à des précisions, conseilla la jeune femme.Cela ne serait agréable ni pour l\u2019un ni pour l\u2019autre.Il secoua la tête.Je ne crains rien.J\u2019ai trop souffert de vous avoir perdue, pour souffrir davantage encore d\u2019apprendre que vous n\u2019avez pas compris pourquoi je vous perdais.Gilda mordit avec une telle violence sa lèvre inférieure, que du sang coula dans sa bouche.Ah ! Dieu ! cette voix musicale et douce comme les complaintes sous les étoiles qu\u2019elle écoutait, jadis, la main dans la main de José ! \u2014 Soyez assuré que je l\u2019ai fort bien compris, au contraire, dit-elle avec une impitoyable ironie.Véronique Heybrand était riche, puisque les plantations de ses parents n\u2019avaient pas, comme celles des miens, été détruites ; et je ne possédais strictement rien.Comment auriez-vous pu imaginer qu au lieu de faire deux parts égalés de sa fortune, mon grand-oncle me léguerait tous ses biens ! ^ Il ne parut pas s\u2019insurger contre l\u2019outrageante accusation, et eut seulement un sourire triste.\u2014 J\u2019ai mérité d\u2019entendre cela, murmura-t-il comme pour lui-même.Puis, à voix plus haute : \u2014 Véronique était malade, Gilda.Vous saviez, nous savions tous qu\u2019elle avait peu de temps à vivre.Renoncer au bonheur, à ce qu\u2019elle jugeait être le bonheur, l\u2019eût infailliblement brisée.Elle m\u2019aimait.\u2014 Et moi ! Les mots avaient jailli avec une si sourde, si passionnée violence, que le jeune homme tressaillit.Devant lui, Gilda se dressait, frémissante, tout son visage animé d\u2019une ardente flamme.\u2014 Et moi, répéta-t-elle, je ne vous aimais pas ! Elle se tut brusquement, et parut faire un effort pour retenir d\u2019autres paroles qui brûlaient ses lèvres.Et, ces paroles, ce fut sans doute Montresa qui les prononça.\u2014 Oui, Gilda, vous m\u2019aimiez, je le sais ; et ce souvenir, s\u2019il m\u2019est douloureux, me reste, aussi, infiniment doux.Notre enfance, nos jeux, avaient été les mêmes, dans l\u2019enchantement de l\u2019île heureuse, et notre adolescence s\u2019y é-panouit, plus étroitement unie, et plus merveilleuse encore.Dès que nos coeurs avaient pressenti ce qu\u2019est aimer, ils s\u2019étaient donnés l\u2019un à l\u2019autre.Nous nous étions fiancés un soir, dans cette fête de parfums, d\u2019harmonies et de mourantes clartés, qu\u2019apportait chaque nouveau crépuscule.Il y avait en nous tout l\u2019amour du monde, toute la sincérité, tout l\u2019enthousiasme ! Mais, en dehors de nous, entre nous, hélas ! il y avait la vie.Et la vie est passée, avec sa cruauté, ses devoirs, sa rigueur inhumaine.Elle est passée, tuant le beau bonheur, séparant, dévastant.Longtemps encore le jeune homme parla, et Gilda éprouvait l\u2019étrange impression d\u2019entendre cette voix de très loin, exactement comme une musique de la rue parvient jusqu\u2019à la cellule d\u2019une prison.« Ah ! bienheureuse prison, songea-t-elle.Loué soit Dieu, pour avoir permis que les verrous en fussent poussés sur moi avant.avant « cela ».« Cela », c\u2019était la voix persuasive, aux inflexions passionnées, la voix qui ressuscitait le passé, abolissait le temps, les rancunes, la douleur.C\u2019était la voix de l\u2019homme qu\u2019elle aimait, de l\u2019homme avec lequel elle pouvait, ce soir, s\u2019éloigner à jamais du rivage, et poursuivre sa route vers une autre existence ! Comme si elle craignait que son visage ne trahît ses pensées.Gilda s\u2019é- tait détournée.Debout devant l\u2019une des fenêtres du salon, elle écartait de ses deux mains le rideau et plongeait son regard dans l\u2019ombre.Montresa se tut, et, durant un instant, on n\u2019entendit que le bruit sourd de la mer.Puis, dans ce presque-silence, et bien que les pas de son compagnon, étouffés par l\u2019épais tapis, ne fussent pas perceptibles, la jeune femme sut que José se rapprochait d\u2019elle.\u2014 Gilda, murmura-t-il, Gilda, tout va recommencer.Cet amour est plus fort qu\u2019autrefois, et nulle puissance humaine ne pourra désormais y mettre obstacle.Dites-moi que vous le croyez, et surtout que vous le voulez.O mon amour, dites-moi.Brusquement Montresa se tut.Un violent éclat de rire avait retenti.Tournée d\u2019une brusque volte-face vers son compagnon, qui, interdit, recula, Gilda Gramont riait longuement, les yeux étincelants, la bouche tremblante.Et cette ironie, jetée au visage du jeune homme, était plus insultante, plus méprisante, plus cruelle, qu\u2019un coup de cravache.( A suivre au prochain numéro ) 30 Le Samedi, Montréal, 15 octobre 1955 -NOTRE FEU I LL ETON\u2014- L'ASILE DU HASARD -p ar MAXIME VILLEMER No 18 \u2014 FIN Alors, Jean serra follement la jeune fille dans ses bras ; et, l\u2019âme bouleversée, il rentra à l\u2019ermitage, tandis que Micheline et Rose-Marie reprenaient le chemin de Vertes-F euilles.Le soir même Jean reçut de Micheline une lettre lui racontant tout ce qui s\u2019était passé.« Daniel a sauvé Morgane de la cour d\u2019assises, pensa le colonel Bellanger ; si le fils n\u2019avait pas avoué le secret de sa mère, dès mon retour à Paris, je dénonçais la misérable ! » Quelques jours après, Micheline et Rose-Marie repartirent pour Plessis-Trévise.Plusieurs semaines s\u2019écoulèrent.En décembre fut célébré le mariage de Rose-Marie et d\u2019Hervé d\u2019Hérouville.La cérémonie eut lieu dans la petite chapelle de l\u2019Asile Dubreuil, ainsi que Micheline en avait témoigné le désir.Le secret de la naissance de la jeune fille n\u2019avait pas été dévoilé ; aussi pouvait-on lire à la mairie de Villiers, parmi les publications de mariage, l\u2019union de Gaétane de Kernoël et du major Hervé d\u2019Hérouville.A la cérémonie se pressaient toutes les notabilités parisiennes.Jean Bellanger, qui venait d\u2019être nommé général, conduisit la mariée à l\u2019autel.Et comme certains s\u2019en étonnaient, des amis de Micheline expliquèrent que le général étant un ami de la famille, Mme Dubreuil l\u2019avait prié de remplacer le comte de Kernoël, retenu en Cochinchine par une grave maladie.Le soir même les jeunes époux partirent pour un long voyage devant durer plusieurs semaines.XXV epuis un mois, Daniel a rejoint son régiment à Toulon.Il a imploré du ministre son envoi, soit en Cochinchine, soit au Sénégal, trouvant plus honorable de mourir en servant son pays que de se loger une balle dans la cervelle.11 était donc dans l\u2019attente de sa lettre de service, quand, un matin, en dépouillant son courrier, une petite enveloppe satinée attira plus particulièrement son attention.Après la scène tragique, la dernière qui eut lieu entre Daniel et sa mère, le jeune officier avait dit adieu à tout jamais à Morgane et s\u2019était contenté de lui écrire ces quelques mots laconiques : «Je partirai bientôt pour les colonies.vous ne me reverrez plus ! » Cette lettre, qu\u2019il tournait et retournait dans ses mains fiévreuses, n\u2019était donc point de la marquise de Presles ; Morgane, certainement, devait croire son fils parti depuis longtemps déjà.Très intrigué, il brisa l\u2019enveloppe.et voici ce qu\u2019il lut : Commencé dans l'édition du 18 juin 1955.Publié en vertu d'un traité avec la Société des Gens de Lettres.\u2014 Les noms des personnages et de lieux de nos romans, feuilletons, contes et nouvelles sont fictifs et choisis au hasard.« Je suis seule désormais, Daniel, \u2014 seule et retirée à tout jamais à Plogoff, dans ces vieilles ruines où une à une sombrent toutes mes illusions.« Mon père est en mer ; il accourt près de moi polir me consoler, me soutenir dans les luttes de la vie.« Ma mère, elle, est devenue folle ; \u2014 elle s\u2019est enfuie à Guénolé, dans la vieille masure du grand-père Le Garrec.Hier je suis allée la voir.elle ne m\u2019a pas reconnue ! « Quand elle m\u2019aperçut, elle se sauva, éperdue, sur la grève, et je la vis escalader des rocs, comme si quelque génie de l\u2019enfer l\u2019eût poursuivie.« Et je suis rentrée navrée à Plogoff ! « Oh ! Daniel, vous êtes toute ma famille maintenant.Gaétane elle-même me fuit ! Ce nom de Le Garrec est fatal ; il éloigne de moi tous ceux que j\u2019aime ! Et ce nom est dans mon sang, comme il est dans le vôtre ; nos mères l\u2019ont porté.nous sommes maudits tous deux ! « Daniel, me laisseriez-vous sans nouvelles de vous ?Daniel, vous êtes tout ce qui me reste au monde ! Blanche.» La lettre tomba des mains de Daniel.Puis il la ramassa et la relut encore, cette lettre où Blanche lui laissait voir tout son amour.Pauvre petite Blanche !.Pourouoi donc n\u2019irait-il pas la surprendre à Plogoff ?Ensemble, ils pourraient pleurer leur bonheur perdu, leurs illusions envolées.leur jeunesse brisée.Et pendant tout le jour, il songe à cette blonde exquise qui, dès la prend'-re entrevue, l\u2019a tant aimé.Il aimait alors Gaétane, lui ; \u2014 mais maintenant.maintenant il ne l\u2019aime plus ; c\u2019en est fini de cet amour.D\u2019ailleurs, depuis longtemps déjà \u2014 et même sans s\u2019en rendre compte \u2014- sa passion pour Gaétane s\u2019était progressivement affaiblie.La confiance qu\u2019elle lui fit à Plogoff de son amour pour Hervé l\u2019avait d\u2019abord affolé.et son coeur en avait ressenti un tel choc, une telle angoisse, que toutes les fibres en paraissaient à tout jamais brisées.Puis vint le drame, la lettre d\u2019Yvonne Kerven l\u2019appelant à Plogoff près de Gaétane mourante ; et il était resté sourd à l\u2019appel de la vieille Bretonne ! Il avait remis la lettre à Hervé en lui disant :\t« Tu es médecin ; pars pour Plogoff.et sauve Gaétane ! » Maintenant il se rappelait tous ces faits ayant bouleversé sa vie.mais il se les rappelait avec calme, et son coeur ne battait plus.Un vent d\u2019orage avait passé, emportant toutes ses illusions brisant ses plus doux espoirs.Et à cette heure, il se débattait au milieu de toutes ces ruines.Pourrait-il désormais édifier dans son coeur quelque autel nouveau \u2014 dont Blanche serait la divinité ?Il se rendit chez le colonel qui venait d\u2019être placé à la tête du régiment, en remplacement de Jean Bellanger promu général ; et ce chef de corps, aimable comme son prédécesseur, lui accorda aussitôt une permission de huit jours et lui apprit en même temps que, par une lettre reçue le matin même, le général Bellanger lui annonçait la nomination prochaine du lieutenant Bargemont à un poste en Tunisie.Daniel poussa un cri de joie.Ah ! il allait donc enfin s\u2019éloigner de la France, de ce pays qui maintenant ne pouvait lui rappeler que de douloureux souvenirs.Le jour même il partit pour Quimper ; et sitôt arrivé dans cette ville, sans prévenir Blanche, il prit le train pour Audierne.A la gare il trouva la vieille patache devant le conduire à Plogoff.L\u2019automne était froid, glacial ; en ces contrées le mois d\u2019octobre est un mois d\u2019hiver.Depuis longtemps déjà les bruyères et les fougères étaient fanées ; et les blés laissaient apercevoir de grandes plaines noires, sapées par la faux des moissonneurs, dénudées, de rocs.Un vent glacial soufflait, soulevant la poussière de la route silencieuse et déserte.Quelques vaches noires erraient dans la plaine, agitant doucement leurs clochettes, dont le bruit monotone n\u2019était interrompu que par le chant mélancolique des pâtres.Dans Plogoff, le lieutenant Barge-mont descendit de voiture.Sur la porte d\u2019un bureau de tabac, le vieux Kerven regardait s\u2019avancer le jeune homme, qu\u2019il ne reconnaissait pas encore.Daniel s\u2019approcha de lui.\u2014 Bonjour, Kerven.\u2014 Ah ! monsieur Daniel.c\u2019est vous ! \u2014 Quoi de nouveau au château.Kerven ?Le vieux Breton se signa.\u2014 Yvonne a été bien malade, fit-il, et moi, j\u2019ai failli mourir.Regardez-moi bien, monsieur Daniel.ne me trouvez-vous pas changé ?Nous avons eu tant de peine, tant de chagrin, dans cette maison ! « Un misérable s\u2019est rendu à Plogoff, dans ma vieille masure, uniquement pour me faire causer, pour me tirer les vers du nez \u2014 comme on dit vulgairement.« Il m\u2019a fait boire, ce coquin, il m\u2019a grisé.Qu\u2019ai-je bien pu lui dire dans mon _ ivresse.je ne me le rappelle plus ; mais il me semble, voyez-vous, que je suis un peu cause de tous nos malheurs.\u2014 Ce qui doit arriver arrive, Kerven ; on n\u2019échappe point à la destinée.\u2014 A la justice de Dieu ! fit le Breton en se signant pour la seconde fois.« Oh ! reprit-il en se tamponnant les yeux \u2014 car il pleurait.« Mme de Kernoël, elle, a payé sa dette.Elle est devenue folle ; elle est atteinte d\u2019une demence inguérissable.Sur les rocs, elle erre comme un mauvais génie ; et elle est tellement maigre aujourd\u2019hui, qu\u2019on croirait voir une sorcière sortir de l\u2019enfer.« Quant à l\u2019autre, sa soeur.Il n\u2019acheva pas ; il vit tant de douleur dans les yeux de Daniel qu\u2019il n\u2019osa compléter sa pensée.\u2014 Alors, reprit-il, vous allez voir Mlle Blanche, la dernière de la race ?En ce moment, elle est seule au châ- teau ; mais sous peu vous pourrez y rencontrer le comte de Kernoël ; il arrive demain soir.et sa fille est dans la joie.Daniel ne voulut pas en entendre davantage.A pied, il continua sa route et parvint enfin devant la petite porte basse du château de Plogoff.Cette porte n\u2019était pas fermée ; il la poussa et, sans rencontrer âme qui vive, traversa une pelouse jaunie où picoraient quelques poules rachitiques.La lourde porte de chêne de la vieille maison était également ouverte ; Daniel put donc, sans avoir à sonner, s\u2019engager dans le vaste corridor.Personne.un silence écrasant.C\u2019était l\u2019oubli, la solitude absolue.Et Blanche vivait là, seule avec le désespoir de sa vie perdue ; seule, et abandonnée de tous ceux qu\u2019elle avait tant aimés \u2014 car elle les avait aimés tous, elle ! Entre sa mère, sa soeur, son père, elle avait partagé son coeur d\u2019enfant jusqu\u2019au jour où, devenue jeune fille, Daniel s\u2019était glissé, lui aussi, dans ce coeur de femme.Tout à coup un cri s\u2019échappe de la gorge de Daniel.Blanche vient d\u2019apparaître ; toute pâle, elle regarde le jeune homme sans pouvoir prononcer une parole.Elle semble grandie dans ses vêtements de deuil \u2014 car elle porte le deuil de sa mère morte à jamais pour elle.puisqu\u2019elle ne la reverra plus.Ses lourds cheveux \u2014 de ce blond fauve si séduisant \u2014 encadrent son joli visage éclairé par de larges yeux bleus, aux reflets changeants.Elle tend la main à Daniel.\u2014 Oh ! vous êtes venu ! dit-elle, frémissante de joie, vous avez eu pitié de ma solitude.merci, Daniel.«Et comme un bonheur n\u2019arrive jamais seul, mon père sera ici demain, et cette fois pour ne plus me quitter jamais.Dans la sienne Daniel garde cette petite main un peu tremblante ; et doucement il entraîne la jeune fille vers un salon du rez-de-chaussée.Il la fait asseoir sur un fauteuil, tandis que lui reste immobile devant la vaste cheminée.Un lourd silence tombe entre eux.Ils paraissent gênés l\u2019un et l\u2019autre ; et cependant les mêmes pensées, les mêmes désirs, font battre délicieusement leurs coeurs.Elle demande enfin : \u2014 Et Gaétane ?\u2014 Gaétane est mariée ; ne le saviez-vous pas ?\u2014 Je ne sais rien, rien, fit-elle en passant la main sur son front, comme pour cacher les rides profondes qui s\u2019y creusaient.Je ne sais rien, rien.pour moi c\u2019est l\u2019oubli absolu ! \u2014 Gaétane est heureuse, car elle a retrouvé sa mère ; et moi, Blanche, j\u2019ai eu la joie d\u2019aider à ce bonheur.« Dans cette maison, voyez-vous, ma petite amie, des choses monstrueuses se sont passées dont nous sommes solidaires tous deux : \u2014 et Gaétane, je le crains, n oubliera jamais que nos Le Samedi, Montréal, 15 octobre 1955 31 mères l\u2019ont terriblement frappée dans ses affections les plus chères.\u2014 Oh! fit Blanche en joignant ses jolies petites mains, je sais bien, moi, que Gaétane me pardonnera.je connais son coeur ! Quand elle me reverra, elle me tendra les bras, m\u2019accueillera comme on accueille une soeur bien-aimée.\u2014 Votre soeur?.\u2014 Je l\u2019aime comme telle ; et mon père l\u2019adorera toujours comme l\u2019aînée des Kernoël.« Quant à l\u2019héritage qui lui est échu.rien ne sera changé aux dispositions testamentaires du duc de Fiers.Mon père me l\u2019a écrit, mon père ne veut pas dépouiller celle qui a tant souffert.\u2014 Les souffrances sont effacées et finies quand le bonheur est là, fit Daniel très grave ; et Gaétane est heureuse, car elle vient d\u2019épouser celui qu\u2019elle aimait.\u2014 Celui qu elle aimait, murmure Blanche d\u2019une voix basse, si basse qu\u2019on eût dit un souffle ; oh ! oui, é-pouser celui qu\u2019on aime.c\u2019est là le vrai, l\u2019unique bonheur ! Daniel entendit ces paroles ; et, très ému, il regarda cette jolie tête penchée, ce pur visage un peu pâle, ces é-paules graciles, mais bien faites.tout cet ensemble de grâce et de séduction.Blanche ne toussait presque plus.Une amélioration très grande s\u2019était produite dans ce tempérament si fragile autrefois, mais qui maintenant semblait pouvoir résister aux intempéries hivernales.Puis aussi Daniel se souvenait avoir entendu dire par le médecin de la famille que, si Blanche atteignait sa dix-huitième année, il répondait d\u2019elle, elle serait sauvée.Et Blanche aurait bientôt dix-neuf ans.Elle semblait avoir grandi ; son visage avait pris une gravité triste.\u2014 Oh ! reprit-elle, Gaétane aimait Hervé.et la Providence lui a donné pour époux celui qu\u2019elle aimait ! \u2014 Mais vous aussi vous vous marierez, Blanche.Elle secoua sa jolie tête blonde.\u2014 Non, dit-elle; \u2014 toujours je resterai à Plogoff avec mon père et je n\u2019aurai d\u2019autre souci que de secourir les pauvres.\u2014 Alors, quand votre père ne sera plus, car il faut tout prévoir dans cette vie si courte pour tous \u2014 vous resterez seule ?\u2014 J\u2019entrerai dans un cloître.si je vis jusque-là \u2014 qui sait ! Certains chagrins tuent, Daniel.\u2014 Pour tenir un tel langage, il faut que vous n\u2019ayez jamais aimé, fit Daniel avec beaucoup de douceur ; il faut que vous n\u2019ayez jamais senti battre votre coeur.Elle ne répondit point ; ses yeux s\u2019abaissèrent, et sous ses lourdes paupières des larmes apparurent.« Pleure ! pensait Daniel ; tombe, rosée d\u2019amour dont mon coeur est imprégné ! Ah ! je ne veux point les voir, ces larmes, car je sens que moi aussi j\u2019éclaterais en sanglots ! « Pleure, pauvre créature innocente, pauvre martyre ! Toi et moi, nous sommes liés par le sang à deux criminelles ! Les mêmes peines, les mêmes angoisses étreignent nos coeurs meurtris.et de cette communion de détresses est né en mon coeur l\u2019amour profond que je ressens pour toi ! » \u2014 Je t\u2019adore ! Regarde-moi, Blanche aimée \u2014 je t\u2019aime, je n\u2019aime que toi.et je te supplie de me pardonner de t\u2019avoir fait de la peine.« Bientôt, n\u2019est-ce pas, mon amour, nous nous marierons ; et nous partirons tous deux loin, bien loin.Nous traverserons la mer, et nous irons cacher notre bonheur dans quelque village de la côte africaine ! « Puis nous emmènerons avec nous le comte de Kernoël ; et à nous deux nous saurons bien le consoler.Elle ne peut répondre ; les paroles s\u2019étranglent dans sa gorge, un poids très lourd pèse sur son coeur défaillant.Et elle s\u2019évanouit dans les bras de Daniel \u2014 s\u2019évanouit de bonheur, de joie.Quand elle revient à elle, c\u2019est lui qu\u2019elle aperçoit, lui heureux et souriant de la voir sourire, elle aussi.Et de sa voix douce, elle murmure : \u2014 Je t\u2019aime.je t\u2019ai toujours aimé! Des jours se sont écoulés depuis cette visite de Daniel à Plogoff.Le comte de Kernoël est revenu dans son vieux domaine, près de sa fille Blanche, qu\u2019il eut peine à reconnaître tellement il la trouva changée.à son avantage.Maintenant, en effet, Blanche se portait à merveille ; en même temps que la joie était venue à son coeur, les fraîches couleurs étaient revenues sur son fin visage.Chaque matin elle recevait une lettre de Daniel.Un jour Daniel lui annonça \u2014 heureuse nouvelle \u2014 que sa demande en autorisation de mariage venait d\u2019être transmise au ministère.Or, pendant que le jeune homme se réjouissait de quitter bientôt la France avec Blanche, une nouvelle peine allait encore l\u2019atteindre.Dans le petit hôtel de Passy tout un remue-ménage régnait.Morgane, harcelée par ses nombreux créanciers, expulsée de l\u2019hôtel dont elle ne pouvait plus payer le loyer, se trouvait maintenant sans un sou en face de Victoire qui ricanait en faisant ses malles.\u2014 Moi, dans toute cette bagarre, je ne laisse pas la moindre plume, fit Victoire en fermant soigneusement un premier colis ; les huissiers, il est vrai, n\u2019avaient pas le droit de faire vendre mes nippes.mais néanmoins j\u2019ai eu une rude peur.\u2014 Moi, je ne possède plus rien, fit Morgane d\u2019une voix sourde ; et pour toute fortune il me reste cent francs-juste de quoi faire mon voyage.\u2014 Alors où coucherez-vous ce soir ?\u2014 Ce soir, je serai loin.\u2014 Et moi aussi; je vais aller planter mes choux dans le Midi.\u2014 Oh ! tu es riche, toi.\u2014 Cinq mille livres de rente.en bonnes valeurs sur l\u2019Etat.\u2014 L\u2019argent que tu m\u2019as volé ! fit Morgane d\u2019un ton calme.Ah ! comme vous m\u2019avez exploitée tous, jusqu\u2019à ce coquin de Julot Vaubaron.« A propos, qu\u2019est-il devenu, ce misérable ; le sais-tu ?\u2014 Madame n\u2019a donc pas lu les journaux ?\u2014 Non; les journaux ne m\u2019intéressent pas.\u2014 Et puis, hier, vous étiez dans les huissiers jusqu\u2019au cou ; mais moi, tout en prenant mon petit café noir, je me plongeais dans la lecture des faits divers.\u2014 Et qu\u2019as-tu appris au sujet de ce Vaubaron ?\u2014 Cet imbécile-là s\u2019est fait arrêter, avec un nommé Polyte Renard, pour avoir commis des faux, et aussi pour avoir dévalisé et tenté d\u2019étrangler une vieille dame des Batignolles.« Leur affaire est claire à tous deux.\u2014 Et Louisette ?\u2014 Louisette a été cueillie dans la même rafle ; c\u2019est elle qui, paraît-il, faisait le guet pendant que le beau Julot cherchait à étrangler la vieille rentière.\u2014\tVengée ! je suis vengée ! murmure Morgane, les dents serrées.\u2014\tVengée de quoi ?vengée de qui ?Une charmante étoile de la Radio et de la TV dit comment elle évite les succédanés lorsqu\u2019elle demande ASPIRIN.Voici ce que dit LISE ROY BAYER PRENEZ ASPIRIN POUR UN SOULAGEMENT RAPIDE DES MAUX DE TÊTE ET DES MALAISES DUS AU RHUME, À LA NÉVRITE, À LA NÉVRALGIE ET AU RHUMATISME.11 Quand je vois la Croix Bayer sur le paquet, je sais que j\u2019obtiens * Aspirin et rien d\u2019autre.\u201d Un Produit *MARQUE DÉPOSÉE L\u2019ALLEMAGNE vous offre Vaubaine touristique par excellence Pension complète à partir de 2 dollars Hôtels, cuisine, service impeccables et hospitaliers 300 centres de sports d'hiver 200 villes d'eaux élégantes Evénements innombrables Cathédrales et châteaux connus pour leur beauté \u2022 Considérez un voyage \"hors saison\" car saison est en toutes les saisons Consultez votre agent de voyage ou adressez-vous à L'OFFICE D'INFORMATIONS TOURISTIQUES POUR L'ALLEMAGNE 1176 ouest, rue Sherbrooke, Montréal, P.Q.Tel.: PLateau 9614 32 Le Samedi, Montréal, 15 octobre 1955 Ne manquez pas de lire, en page 18, la première tranche de notre nouveau roman - feuilleton : UN MARIAGE SANS IMPORTANCE par ALIX ANDRE Ah ! vraiment, vous me la baillez belle.Ce sont les autres qui sont vengés de ces crapules, mais pas vous \u2014 vous plus coupable à vous toute seule que tous les autres réunis ! Morgane ne protesta pas.\u2014 Puis aussi, reprit Victoire, vous ignorez sans doute que la vieille Céleste a été arrêtée à son tour.\u2014 Alors, elle est en prison, elle aussi ?\u2014 Non.De saisissement, elle est morte chez le commissaire de police.\u2014 Que diable ait son âme ! fit Morgane d\u2019une voix sourde.Elle se leva, s\u2019enveloppa d\u2019une longue mante garnie de fourrure \u2014 le seul vêtement chaud qui lui restât \u2014 et sans dire adieu à Victoire absorbée dans la confection de ses malien, elle quitta à tout jamais le petit hôtel de la rue de la Pompe.Sur leurs portes, les voisins regardaient passer cette belle femme qu\u2019ils avaient si souvent admirée ; et tous haussaient dédaigneusement les épaules.\u2014 En voilà encore une dans la purée, disaient les uns.\u2014 C\u2019est la punition de ces coquines-là, ajoutaient les autres.Insensible à toutes ces méchancetés, Morgane gagna une station de voitures et se fit conduire à la gare Montparnasse, où elle prit un billet pour Quimper.Arrivée à Quimper, elle ne sortit pas de la gare et attendit le départ du train se dirigeant sur Pont-l\u2019Abbé.Sitôt descendue de wagon, elle prit à pied le chemin de Penmarch et gagna Guénolé.Elle avait besoin de marcher, de lasser son corps, de tuer en son esprit le souvenir de toutes ses mauvaises actions, de tous ses forfaits.Mais déjà le remords assaillait sa conscience enfin réveillée, ne lui laissant aucun repos.Le ciel, d\u2019un gris de cendre, était sombre et triste ; et Morgane fuyait sous ce ciel sombre, sur cette route remplie d\u2019ornières.Elle marchait sans s\u2019arrêter, sans voir l\u2019attristant paysage se déroulant à ses yeux, sans apercevoir, tout là-bas, la mer houleuse s\u2019écrasant sur les rocs avec un bruit de foudre.Elle découvre enfin Guénolé, avec son petit port où se balancent des barques de pêche ; elle aperçoit, tout là-bas, les humbles maisonnettes closes.Elle avance toujours, marchant vite.Blotties dans les vieilles maisons, derrière les vitres brouillées par la pluie, des bégoudines regardent avec curiosité passer cette jolie femme, cette élégante dont les petits pieds s\u2019enfoncent dans la boue gluante.Et ricanant, se frottant les mains d\u2019aise, elles disent entre elles : « C\u2019est la soeur de la folle ; \u2014 ces Le Garrec n\u2019ont vraiment que ce qu\u2019elles méritent.» Et Morgane poursuit son chemin.Le vent soulève son chapeau, soulève sa lourde fourrure, sa jupe de soie sombre ; \u2014 mais peu lui importe ! Comme un fantôme emporté par la rafale, elle fuit, fuit toujours vers la demeure du père Le Garrec.Elle ignore que Coralie habite la maison familiale, la vieille masure é-branlée par les vents du large ; et plus elle s\u2019en rapproche, plus son coeur tremble d\u2019angoisse.Elle y parvient enfin.La porte est ouverte \u2014 Morgane entre.et devant un feu de bois mort, elle voit une femme accroupie \u2014 une femme parlant seule, marmottant des mots sans suite.Morgane reconnaît sa soeur.et vers elle, elle s\u2019avance chancelante, livide.\u2014 Coralie ?.La folle ne se retourne point ; elle continue à parler seule, prononçant souvent le nom de Blanche.Puis maintenant elle rit, elle frappe ses mains l\u2019une contre l\u2019autre.Alors Morgane enlève sa mante, son chapeau ; puis elle s\u2019approche de la cheminée et se penche vers la folle toujours accroupie, et qui ne se retourne point.\u2014 Coralie !.Coralie !.Pas de réponse.\u2014 Coralie ?.Coralie ?.\u2014 Connais pas, répond la folle qui cette fois se dresse sur ses jambes vacillantes.\u2014 C\u2019est moi.Morgane Le Garrec.ta soeur ! \u2014 Connais pas.connais pas.« Allons, tout est fini ! pense Morgane.Coralie est heureuse, elle : elle a perdu le souvenir des joies envolées, de la jeunesse finie ! « Maintenant, rien ne peut plus l\u2019atteindre ; elle vivra là, errante se con- tentant du peu que lui fera donner le comte de Kernoël.Et tristement, elle répète : \u2014 Coralie est bien heureuse, elle.Pendant une huitaine de jours Morgane reste enfermée avec sa soeur dans cette vieille masure ébranlée par les vents, vivant toutes deux de lait et de pain.Nul ne vint les voir, ne vint les secourir.Un matin le facteur entra dans la masure et remit à Morgane une lettre.C\u2019était une lettre de Victoire commençant ainsi : « Je pense que vous êtes retirée à Guénolé et c\u2019est là que j\u2019ai eu la pensée de vous écrire.» L\u2019enveloppe contenait en outre une coupure de journal qui frappa plus particulièrement l\u2019attention de Morgane.Elle prit cette coupure, la déplia.et voici ce qu\u2019elle lut : «Mme Dubreuil vient d\u2019être décorée de la Légion d\u2019honneur en récompense de l\u2019oeuvre philanthropique qu elle a créée au château des Saules ; une centaine de jeunes filles abandonnées sont actuellement recueillies à 1 Asile Dubreuil.« Nous annonçons en même temps son mariage avec le général Bellan-ger.» \u2014 Ah ! fit Morgane, les dents serrées, Micheline triomphe ; \u2014 je suis enfin vaincue ! « Daniel, lui, va épouser Blanche : je lui ai envoyé mon consentement avant de quitter Paris.« Qu\u2019ils soient tous heureux ! \u2014 et ils le seront.puisqu\u2019ils seront tous réunis ! « Oh ! reprend-elle en enfonçant ses doigts fuselés dans sa lourde chevelure noire, vaincue.je suis vaincue ! \u2014 Maintenant il ne me reste plus qu\u2019à mourir ! « Adieu, la vie ; \u2014 au fils que malgré tout j\u2019ai tant aimé, je fais le sacrifice de cette vie à jamais brisée !.« Moi morte, les tristesses de mon enfant s\u2019effaceront dans les bras de la femme aimée ; bientôt l\u2019obstacle à son bonheur n\u2019existera plus.Elle attend le soir ; puis elle prend la folle par le bras et l\u2019entraîne au-dehors.Coralie ne résiste pas ; elle suit doucement sa soeur.Lentement toutes deux gagnent le I petit port de Guénolé.Des barques, soulevées par les vagues, dansent, sautent, se heurtent les uns contre les autres.Morgane en détache une, y monte, prend les rames et dit à la folle qui la regarde sans la voir : \u2014 Allons.viens.Coralie saute dans la barque, rit, bat des mains ; et cette fois, elle prononce un nom.\u2014 Morgane.\u2014 Ah ! tu me reconnais donc ?Je t\u2019emporte au large, comprends-tu ! « Je t'emmène loin, très loin.La mer sera mauvaise cette nuit : la brume est tombée de bonne heure et les hurlements du vent annoncent une tem-; pête.« Nous sommes nées là toutes deux ; \u2014 eh bien, là, toutes deux, nous mourrons ensemble.la mer nous sera une belle t jmbe.La folle ricane.\u2014 Toi.reprend Morgane en saisissant le bras de Coralie, tu as été aussi criminelle que moi ; mais Dieu a eu pitié de toi : tu es devenue folle, tu as perdu la mémoire de ton crime, tu n\u2019as plus de conscience ! En toi rien ne vibre plus ; tu ris, tu chantes.inconsciente et calme ! « Moi, j\u2019ai gardé tous mes souvenirs, toutes mes haines ; moi, je vais à la mort.et je le sais, et je ne tremble point, et c\u2019est le sourire aux lèvres que je cours vers cette mort libératrice.La folle s\u2019est endormie.\u2014 Réveille - toi, réveille - toi donc ! crie Morgane.C\u2019est le vent du nord qui souffle ! N\u2019entends-tu pas ces mille bruits de la mer, la houle qui pleure dans les bas-fonds, les vagues qui mugissent, qui se bousculent sur les rochers.« Et tu peux dormir au milieu de tout ce vacarme, dans cette barque qui saute, s\u2019enfonce, rebondit.Mes mains sont meurtries par les rames.\u2014 Ah ! je ne peux plus.je ne peux plus ! Et les rames s\u2019échappent des mains de Morgane.Alors la barque, telle une épave, s\u2019en va à la dérive, ballottée, bousculée, comme une coquille de noix.Une vague vient, la soulève, la retourne.l'emporte au large.Un cri retentit.un seul.Coralie ne s\u2019est point éveillée.Maxitue Vii.lemkr Mes Recettes de Cuisine par Mme ROSE LACROIX Directrice de l\u2019Institut Ménager du SAMEDI et de LA REVUE POPULAIRE.Tapioca à l\u2019ananas V4 de tasse de tapioca pulvérisé (minute) Va de.c.à thé de sel Vu de tasse de sucre 1 tasse d\u2019eau 1 ]/2 c.à tb.de jus de citron 1\ttasse d\u2019ananas déchiqueté 1\tblanc d\u2019oeuf Mettre dans la partie supérieure d\u2019un bain-marie, le sucre et l\u2019eau.Cuire directement sur le feu jusqu\u2019à ce que le mélange bouille.A ce moment, mettre au bain-marie et brasser jusqu\u2019à ce que le tapioca soit transparent.Retirer du feu, ajouter le jus de citron, les ananas et cuire encore 5 minutes.Refroidir et quand le mélange commence à épaissir, y incorporer délicatement le blanc d\u2019oeuf battu en mousse ferme.Servir très froid avec de la crème simple ou fouettée.4 services.Crème meringuée aux pêches 3 jaunes d\u2019oeufs non battxis 2 c.à tb.de farine 2 c.à tb.de sucre t/a de c.à thé de sel 1 tasse de lait Vz c.à thé d\u2019essence d\u2019amande pêches en conserve 3 blancs d\u2019oeufs 6 c.à tb.de sucre Mettre au bain-marie les oeufs avec le sucre et le sel.Ajouter le lait, brasser et cuire jusqu\u2019à épaississement.Aromatiser et en mettre la moitié dans une assiette en pyrex.Refroidir, couvrir de demi-pêches, verser au-dessus le reste de la crème aux oeufs.Faire une meringue avec les 3 blancs d\u2019oeufs et 6 c.à tb.de sucre.Faire dorer à four modéré 350° F.15 minutes et servir froid.Tapioca aux fraises 2\toeufs séparés 2i/2 tasses de lait 2\tc.à tb.de tapioca minute 2 c.à tb.de sucre 4 c.à tb.de gelée aux fraises (Jello) Ve de c.à thé d\u2019essence d\u2019amande % c.à thé d\u2019essence de citron 2 c.à tb.de sucre Battre les jaunes d\u2019oeufs avec le lait, ajouter le tapioca et le sucre.Faire cuire au bain-marie jusqu\u2019à épaississement.Retirer du feu, y mettre la gélatine préparée aux fraises et bien brasser pour la dissoudre.Aromatiser.Battre les blancs d\u2019oeufs avec le sel, ajouter les 2 c.à tb.de sucre.Incorporer le premier mélange dans les blancs d\u2019oeufs.Servir très froid dans des coupes avec de la crème fouettée et des confitures aux fraises en garniture. Le Samedi, Montréal, 15 octobre 1955 33 IL N'Y A PLUS DE.tours de garde, où veillent des gardiens armés.Quiconque se trouve à l\u2019intérieur de ces enceintes n\u2019a aucune chance de s\u2019échapper.C\u2019est que les chasseurs d\u2019esclaves mènent leur « butin ».Ils savent exactement où le chasser.Ils assaillent les villages isolés et entraînent toute la population vers leurs camps de concentration en miniature.Lorsqu\u2019ils ont réuni une centaine de têtes, ils forment une caravane.Les hommes et les femmes, liés les uns aux autres par groupes de trois ou quatre, pieds nus, a peine vêtus.commencent la meurtrière traversée du désert sous l\u2019oeil implacable des chamelles armées ».Mais les marchés d\u2019hommes de la mystérieuse Arabie ne s\u2019alimentent pas seulement en Afrique.Le médecin missionnaire Paul Harrison a remarqué, en 1950, que beaucoup d\u2019esclaves venaient de la côte du Mekran, dans le Beloutchistan.Les tribus de cette région s\u2019arrachent l\u2019une à l\u2019autre leurs enfants et les vendent à des marchands arabes et persans qui les emmènent à Katar, ou ils les revendent à d\u2019autres trafiquants.Le colonel Gérard de Gau-ry signalait la même année que des fillettes syriennes, venant d\u2019Alep, étaient vendues en Arabie.La principale raison de cet effarant commerce est que l\u2019esclavage est une institution parfaitement établie en Arabie séoudite, avec le consentement de l\u2019opinion publique et la caution du pouvoir officiel.Dans les décrets promulgués peu avant la guerre par le roi Ibn Séoud figurait un article prévoyant la délivrance de licences officielles pour l\u2019exercice de la traite des esclaves.Depuis la guerre, les renseignements demandés par l\u2019ONU sont restés sans réponse.Emasculés.L\u2019un des phénomènes les plus odieux qui accompagne cet esclavage de type ancestral est la castration.La loi mu; sulmane exige, en effet, que certaines fonctions serviles, telles que la garde et le service des harems ou la police des mosquées, soient confiées à des eunuques.Ce sont des eunuques qui, à La Mecque, assurent la police intérieure de la mosquée.Au nombre d\u2019une cinquantaine, ils sont notamment chargés d\u2019éloigner des lieux saints les femmes qui se querellent.Aucun homme n\u2019a en effet le droit de toucher une femme, si elle n\u2019est pas son épouse ou sa proche parente.Les eunuques seuls, parce qu\u2019ils ne sont plus considérés comme des hommes, peuvent d\u2019une main ferme ramener la paix dans le sanctuaire.La castration est d\u2019ailleurs loin d\u2019être le seul abus que l\u2019on commet sur la personne des esclaves.Il arrive souvent que l\u2019on coupe un doigt ou une main à un voleur ou à un fugitif.Paul Harrison, qui a passé une trentaine d\u2019années en Arabie, affirme que les sévices pratiqués dans ce pays sont si atroces que les victimes en viennent à perdre la raison à la seule pensée du châtiment promis.« Lorsqu\u2019un des esclaves nègres se dresse comme s\u2019il était devenu subitement fou, écrit-il, le maître arabe le plus dur est si effrayé qu\u2019il hésite à infliger la punition qu\u2019il avait décrétée ».Quelquefois on assiste à des révoltes individuelles \u2014 vite réprimées.On cite le cas d\u2019une gamine de quatorze ans qui refusa de se plier aux exigences de son nouveau maître, dans le protectorat d\u2019Aden.Elle mordit, griffa, tomba finalement entre les mains d\u2019un valet chargé de la mater, le rendit à demi fou par ses révoltes fougueuses au point qu\u2019il la ploya bruta- [ Suite de la pane 8 ] lement sur son genou et lui trancha la gorge.En Ethiopie, bien que l\u2019esclavage ait été condamné par l\u2019empereur Hai-lé Sélassié, il n\u2019en subsiste pas moins.Dans certaines régions, les razzias effectuées par les tribus les unes contre les autres ou sur le territoire des pays avoisinants ont pour résultat la mise en esclavage des captifs.Les décrets pris en charge par le gouvernement sont restés, en grande partie, lettre morte.L\u2019esclavage ancestral, avec son cortège de déchéances et de cruautés, n\u2019est pas l\u2019apanage exclusif de l\u2019Arabie et de l\u2019Afrique.Avant la guerre, dans certaines régions reculées de l\u2019Inde, les trafiquants opéraient de véritables razzias, détruisaient des villages entiers et réduisaient leurs habitants en esclavage.Les récalcitrants étaient abominablement torturés.On les écorchait vifs, on leur arrachait le coeur par l\u2019épaule, on les étripait en enroulant leurs intestins autour d\u2019un bâton ou on les empalait.Il n\u2019est pas sûr que de telles pratiques aient complètement disparu, et l\u2019on pourrait en retrouver de similaires dans la brousse congolaise ou sud-américaine.Aux Etats-Unis en 1953 ! C\u2019est ainsi que, dans des rapports récemment parvenus à l\u2019ONU l\u2019Equateur a reconnu que, si l\u2019esclavage n\u2019existe pas officiellement dans le pays, il est difficile de se faire une idée des conditions de vie des tribus autochtones qui peuplent les régions les plus reculées du territoire national.Demi-aveu ?Et que penser de cette déclaration du gouvernement bolivien datée de juillet 1953, annonçant une réforme agraire dont l\u2019un des objectifs serait de « libérer de la servitude deux millions et demi de travailleurs agricoles ?» Une des formes les plus courantes de l\u2019esclavage est la servitude pour dettes.Elle se rencontre fréquemment dans les pays africains où elle est tantôt appelée « iwofa » et tantôt « kivi ».Le débiteur insolvable se livre à un membre d\u2019un autre clan à condition que celui-ci paye sa dette.Mais il n\u2019est pas besoin d\u2019aller si loin.Aux Etats-Unis, en 1953, le «Federal Grand Jury » (Chambre des mises en accusation) a traduit en justice sept fermiers blancs \u2014 six en Alabama et un au Mississipi \u2014 accusés d\u2019avoir réduit en esclavage des hommes de couleur et de les avoir maltraités.Ces fermiers avaient réglé des amendes dont les Noirs avaient été frappés en échange de quoi ils les maintenaient en servitude.Au Japon.Il faut compter partout avec la misère.C\u2019est elle, par exemple, qui a poussé mille cinq cents parents japonais (selon un rapport du Ministère du travail du Japon) à vendre entre juillet 1951 et juin 1952 autant de garçons et de filles.Et comment ne pas voir dans la prostitution une variété d\u2019esclavage ?Dans l\u2019Inde, il existe des « Ashram » ou foyers féminins d\u2019accueil qui doivent abriter, en principe, les femmes pauvres et les veuves.En fait certains de ces foyers ne sont que des chausse-trapes où se recrutent les victimes d\u2019une traite dont le trafic régulier passe par Rawain.On connaît aussi la pratique, courante en Asie, qui permet aux tenanciers de maisons closes de prendre en garde des fillettes, les CUISSON AU FOUR ET COMME À LA BROCHE grâce à ce R0T0-RÔTISSEUR AVEC ARROSAGE Automatique de la viande dans les poêles électriques Admirai F1EX-0\u201chcat* Le* roto-rolisseur géant Admirai permet la préparation des repas les plus appétissants qui soient .la viande y cuit comme à la broche, est arrosée automatiquement tout en tournant.Régulateurs FLEX-O-HEAT Contrairement aux poêles dont les éléments du dessus ne comportent que 5 ou 7 intensités, Admirai Flex-O-Heat vous offre mille-et-une variations de la chaleur sur chaque élément du dessus .vous pouvez choisir le degré précis de température voulu, depuis le mijotement le plus doux jusqu\u2019à l\u2019ébullition la plus rapide.Nouveaux éléments microtube, ultra-rapides sur le dessus.Répartition égale de la chaleur du four.Pendulette sentinelle automatique.Lampe fluorescente sur toute la largeur.Gril l\u2019infra-rouge.Tiroir pour casseroles.VOTRE FOYER MÉRITE LE MEILLEUR .et c\u2019est toujours un Modèle 3EH14C, 30\".illustré.Voyez les autres poêles électriques Admirai de 30\" et 40\" chez votre marchand Admirai.Prix â partir de $289.95.Vous vous sentirez MIEUX! 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