Le samedi, 1 octobre 1956, samedi 13 octobre 1956
[" V i i ' I I * % i t.n., » : eq»* ''¦tâMîii Le Magazine National des Canadiens DANS CE NUMERO : \u2022\tJames Cagney, le plus tendre des \"durs\", par MARCEL LAPIERRE \u2022\tUn marché aux esclaves à New-York, par P.DE ST-PIERRE ® Yves Montand, charles montais \u2022\tTélévision - Cinéma - Actualités - Sports 68e année, No 23 fra Montréal, 13 octobre 1956 fflOlj.'° 10 CENTS Le Samedi, Montréal, 13 octobre 1356 Série de luxe 2732 \u2014 21\" ;________\u2022 En haute mer là où la sécurité dépend du radar et de la radio fait confiance üü gSwssrT Série \"Custom1 3154 \u2014 21\" Marconi mm S.t., Série \"Award 3331 \u2014 21\" Tr»r»p>i Vous pouvez donc vous fier à MARCONI pour vous fournir un TÉLÉVISEUR PRÉ-AJUSTÉ qui soit veritable un iC hef-d\u2019oeuvre Les savants électroniciens de Marconi ont produit tics radars tic marine .tics appareils tic transmission et du matériel de studio pour les postes tic TV .tics systèmes et appareils électroniques de communications pour la police, l\u2019aviation et autres services publics .tous appareils renommés pour leur fonctionnement sûr et auxquels on peut se fier partout et en tout temps.Les mêmes spécialistes en électronique ont appliqué leur science et leur expérience à la fabrication des nouveaux appareils de TV Marconi.Il en est résulté de véritables chefs-d\u2019œuvre.Comparez les appareils \"pré-ajustés'' Marconi de haute précision avec tout autre modèle de n\u2019importe quel prix .et vous conviendrez qu\u2019il ne se fait rien de mieux que ces véritables chefs-d\u2019œuvre que sont les téléviseurs Marconi.Ils vous sont présentés en trois séries: de luxe, \"Custom\u201d et \u201cAward\u201d, et seront bientôt en montre chez votre marchand Marconi.CANADIAN MARCONI COMPANY MONTRÉAL .Modèle illustré avec base assortie Modèle illustré avec base assortie Littéralement, déjeuner, c\u2019est rompre le jeûne, un jeûne qui peut durer depuis près de quatorze heures.Le déjeuner devrait être un bon repas nourrissant, composé de jus de fruit, de céréales, d\u2019oeufs ou de bacon, de rôties et d\u2019un breuvage chaud.On a besoin, en général, de huit heures de sommeil par nuit.Il en faut plus à certaines personnes, moins à d\u2019autres.Chacun doit rechercher le nombre d\u2019heures de sommeil qui lui convient et, ensuite, s\u2019en tenir à ces heures.Les cours de natation qui se donnent l\u2019hiver aideront ceux qui ne savent pas nager à jouir de leurs vacances de l\u2019été prochain, en leur apprenant à se tirer d\u2019affaire dans l\u2019eau.Une trousse de secourisme devrait faire partie du bagage des chasseurs, des excursionnistes, des campeurs, des chauffeurs de camions ou de voitures.Il suffit de quelques minutes pour que surviennent des accidents, légers ou graves, et on ne trouve pas toujours de pharmacie juste au tournant du chemin.La coqueluche et la diphtérie peuvent être mortelles pour les enfants.Il est possible de les prévenir par l\u2019immunisation.On peut se faire immuniser gratuitement dans presque toutes les parties du Canada.Il n\u2019est pas sage de forcer les enfants à s\u2019habiller ou à se comporter d\u2019une manière différente de celle de leurs compagnons de classe.Un enfant qui est impopulaire ou qui se fait tourner en ridicule par d\u2019autres enfants peut, en grandissant, devenir timide et contraint.PETITS CONSEILS La maladie mentale ne doit pas être un sujet de honte.De même que le corps a ses maladies, l\u2019esprit a les siennes qui peuvent souvent se guérir.Ce qui importe le plus, c\u2019est un traitement hâtif.Quelques affections très graves apparaissent sans symptômes définis.Des examens médicaux subis périodiquement aident à découvrir la maladie à ses débuts.Après sa sortie du sanatorium, un tuberculeux doit vivre tranquillement pendant quelque temps et suivre fidèlement les ordonnances du médecin en ce qui regarde le régime, l\u2019activité et le sommeil.Tout Canadien qui veut aider à faire disparaître la tuberculose devrait se faire radiographier les poumons, quand l\u2019occasion s\u2019en présente.Les travailleurs industriels doivent choisir avec soin les ingrédients avec lesquels ils se nettoient les mains.Les abrasifs forts et les dissolvants puissants peuvent être la cause de maladies de la peau.La tuberculose, jadis la maladie la plus meurtrière au Canada, a baissé de rang dans la liste des maladies mortelles.Cela est dû en partie à la radiographie des poumons à laquelle se soumettent périodiquement des milliers de Canadiens.On devrait consulter un médecin ou un psychiatre aux premiers signes de trouble émotif, car la maladie mentale, tout comme la maladie physique, est plus facile à guérir quand on la prend à ses débuts.Il peut arriver que des personnes âgées trouvent qu\u2019il est plus facile de digérer quatre ou cinq repas légers que trois repas copieux.Il est plus hygiénique de suivre un régime rationnel que de se gaver de pilules vitaminiques pour essayer d\u2019améliorer l\u2019alimentation quotidienne.Exception faite de la vitamine D, vitamine indispensable pour les enfants qui grandissent, un régime approprié fournira tous les éléments nutritifs voulus.La défense civile enseigne le secourisme ainsi que beaucoup d\u2019autres connaissances qu\u2019il est utile de posséder en cas de nécessité.Il faut placer au froid, si l\u2019on veut les conserver pendant quelques heures après les avoir préparés, certains aliments comme les crèmes au lait, la volaille, les garnitures et les sauces à la crème.L\u2019eau du ruisseau limpide et bouillonnant qui coule là-bas dans la campagne peut souvent être polluée et il n\u2019est pas prudent cfe la boire.Il faut faire bouillir l\u2019eau des rivières et des lacs. Le Samedi, Montréal, 13 octobre 1956 3 1 DIX vases - * .\u2022\u2022 \u2022 ' *?' WM w -.J- ¦ ¦ K #V i-gfèi \u2022 ¦ ¦.L.-l-SA\u2019 r $6 idm s.étBb bSeï* ¦ A ¦:¦¦\u2022' ¦\t> 4.o! ¦ ./ / / V (Vi /\u2022 ,\t1 .On peut avoir trop d\u2019une chose .même de cadeaux de mariage! Mais il est bien rare qu\u2019un jeune ménage ait trop d\u2019argent liquide.Si vous comptez vous marier prochainement, ayez la sagesse d\u2019établir dès maintenant un plan d\u2019épargne, de façon à disposer des fonds nécessaires quand le \u201cgrand jour\u201d sera venu.La première chose à faire est de vous décider à déposer, chaque jour de paye, un montant déterminé à votre compte d\u2019épargne de la Banque Royale ou à un compte spécial de mariage qui restera intact jusqu\u2019à votre mariage.Plus tôt vous vous y déciderez, mieux ce sera.Notre succursale la plus proche sera heureuse de vous servir.Ne l\u2019oubliez pas.on est sûr de soi quand on a de l\u2019argent en banque.LA BANQUE ROYALE DU CANADA k 4 Le Samedi, Montréal, 13 octobre 1S56 LH TEiVLPS c'est de l'argent ¦ > 11 ii Le temps a toujours eu.à travers les âges, une très grande importance, lit ipi'on l\u2019ait mesuré avec le cadran solaire, le sablier ou les horloges de style antique ou moderne, on dit depuis toujours que le temps, c'est de l\u2019argent, lin réalité, l\u2019argent est indispensable à la réalisation du plus grand nombre de nos projets.Mais pour avoir de l\u2019argent, il faut en mettre tie côté.De nos jours, le moyen le plus sûr d\u2019économiser, c'est d\u2019acheter des Obligations d\u2019iipargne du Canada.Plus de 2,000.000 de Canadiens possèdent actuellement $2*/) milliards d'économies en Obligations d'iipargne du Canada.Les Obligations d\u2019iipargne du Canada de la lie émission rapportent en outre plus d\u2019intérêts que jamais.Le taux progressif des treize coupons d\u2019intérêt va de V/i'/o pour les deux premiers à 4Ç, pour les sept derniers.Personne ne peut en avoir à son nom pour plus de $5,000, mais chaque membre d\u2019une même famille peut en posséder jusqu\u2019à concurrence de ce montant.Comme toujours, les Obligations d\u2019iipargne peuvent être encaissées en tout temps, à leur prix d\u2019achat plus les intérêts.Achetez-en par retenues sur votre salaire ou, au comptant ou par versements, de votre banque, de votre courtier de placement, d'une société de prêts ou de fiducie.QbLIGATIONS d\u2019^PARGNE du Q enTqujand vous itez des Le temps vous rapporte Le Samedi, Montréal, 13 octobre J95fi 5 YVES MONTAND, l'homme fort et le politicien du tour de chant par CHARLES MONTAIS Quand Yves Montand prépare une chanson qui s\u2019appelle Battling Jo'è, et qui évoque l\u2019histoire d\u2019un boxeur, il fait de la boxe.Pour interpréter Le prestidigitateur, il répéta durant des mois avec l\u2019illusionniste Seldow les « passes » et les gestes habituels aux prestidigitateurs.Quand on lui proposa Le cireur noir de Harlem, il fit des claquettes, et Les Saltimbanques d\u2019Apollinaire lui demandèrent de longues semaines d\u2019exercices de danse classique : exercices à la barre, pirouettes, jetés battus, arabesques, acrobatie, y ajoutant la difficulté de s\u2019alourdir de souliers plus pesants que ceux qu\u2019il portera en scène.Il peine, il sue, il jure : le résultat sera cette surprenante légèreté, cette quasi-perfection d\u2019un tour de chant qui est en même temps de la danse et de la comédie, où tout paraît improvisé sans l\u2019être.Yves Montand traite la chanson en lutteur, en grand champion : \u2014 Chaque soir, c\u2019est un match nouveau à livrer.Pour le gagner, il m\u2019arrive de retarder d\u2019une ou deux saisons un nouveau tour de chant.Celui qui se veut l\u2019ouvrier de la chanson est bien arrivé à la force du biceps.Il chante avec ses bras, avec ses pieds, avec tout son corps.Mais il s\u2019est maintenu, il a progressé, avec des moyens plus subtils : l\u2019intelligence du bon comédien, qui place avec une précision mathématique une flexion du petit doigt ou un clin d\u2019oeil.Sans compter, au départ, d\u2019inestimables atouts : une voix prenante, grave, sensuelle et tendre, dont il exagère les inflexions jusqu\u2019aux limites de sa propre caricature, et le don de sympathie, qu\u2019il travaille, comme le reste, au maximum.Sa réussite est celle de l\u2019autodidacte.L\u2019exemple lui en a été donné par le professeur qu\u2019il a eu la chance d\u2019avoir dès ses débuts : Edith Piaf.Elle lui a appris l\u2019essentiel : se connaître jusque et surtout dans ses faiblesses, et savoir s\u2019exploiter au maximum.Yves Montand, qui s\u2019est affirmé, avec Le Salaire de la Peur et Les Sorcières de Salem comme l\u2019un de nos meilleurs acteurs de cinéma et de théâtre et qui peut donc se vanter d\u2019être l\u2019artiste le plus complet du monde du spectacle, sait au contraire qu\u2019il n\u2019est pas très doué.Mais il prépare, il travaille, il fignole, il polit avec un acharnement, une persévérance tels, que nul autre que lui ne peut le savoir.Tout est étudié en lui, jusqu\u2019à son débraillé, puisque, terminé son tour de chant, il quitte sa chemise d\u2019ouvrier pour son complet coupé à Londres.Jusqu\u2019à sa naïveté, qu\u2019il a perdue depuis belle lurette, et qu\u2019il retrouve en mêlant la faconde de ses origines italiennes à un faux accent canadien conservé de ses premières chansons de cow-boy et de rancher.Sa réussite n\u2019est que la juste récompense de son exceptionnelle conscience professionnelle.C\u2019est sous le nom d\u2019Yvo Livi qu\u2019il vint au monde en Italie dans une famille de paysans d\u2019origine toscane, transplantés en Vénétie, puis émigrés à Marseille, dans un quartier pauvre, envahi de fumées industrielles et d\u2019odeurs malodorantes.Yvo, devenu Yves, y fréquenta les bandes de gosses organisées qui hantaient les rues.C\u2019est de cette époque que date son orientation vers le socialisme.Un agent cy- cliste qui se complaisait devant les gamins du quartier dans de terrifiants récits de passages à tabac lui inspira pour l\u2019ordre public une solide aversion, et les dockers lui enseignèrent le reste.Sa première inspiration artistique, le western, date également de cette époque, de l\u2019ambiance pleine de shérifs, de saloons, et de gauchos qui régnait parmi les gosses de dix ans des faubourgs marseillais.Les gosses guettaient une occasion de s\u2019embarquer pour les Etats-Unis, mais chaque fois les bateaux partaient sans eux, et ils en étaient réduits à manger au bord des bassins les provisions qu\u2019ils avaient subtilisées en vue du voyage.A travers ces ruelles misérables et grouillantes de vie, remplies de types pittoresques et hauts en couleurs, le petit émigré italien regardait, apprenait.imitait, enregistrait.Plus tard, tout cela allait être utilisé et stylisé dans ses interprétations.Même son célèbre nom d\u2019aujourd\u2019hui lui vient de cette époque.Il date de ses débuts, à 17 ans.Pas dans une salle bien luxueuse ; et pas du tout dans une salle, d\u2019ailleurs, mais sur un terrain de boules de son quartier, devant dix spectateurs.C\u2019est un marchand de berlingots qui lui a « prêté » cet emplacement.que lui-même occupe depuis des années.\u2014\tTu t\u2019appelles 7 \u2014\tYvo Livi.\u2014\tC\u2019est pas un nom, ça.Yves se souvient alors des clameurs de sa mère, quand, il n\u2019y a pas si longtemps, il traînait avec les copains : \u2014 Yvo.monta.Yvo.monta.Son manager improvisé décide aussitôt qu\u2019Yves s\u2019appellera Montand.Il lui fait masquer le trou d\u2019une dent cassée la veille avec du chewing-gum.Mieux, il parvient à le pousser, un mois plus tax'd, jusqu\u2019à une vraie scène, celle de l\u2019Alcazar.Son répertoire d\u2019alors est emprunté à ceux de ses idoles : Charles Trenet et Maurice Chevalier.Mais après sa « sortie » réussie à l\u2019Alcazar, il fait la connaissance d\u2019un pianiste aveugle, Charles Hu-mcl, qui compose exprès pour ce jeune gars sympathique ses deux premiers succès exclusifs: Dans les plaines du Far-West et Ya du swing partout.Yves est en pleine recherche d\u2019un style vestimentaire.Comme ses moyens financiers sont plutôt limités, il oscille entre l\u2019allure Trenet, avec son unique complet et son feutre clairs, et l\u2019allu-re cow-boy, avec bottes courtes et chemise à carreaux.Il chantait totalement faux, mais déjà son allant, son sourire, et certaines inflexions lui attiraient l\u2019attention du public.Comme pour tous les chanteurs qui connurent le succès avec l'après-guer-re, l\u2019ouverture des hostilités signifia le temps mort, et la vache eni'agée.Il fut alors métallo aux chantiers de la Méditerranée, puis chômeur, et quelque temps docker.A partir de 1941, il se lance à nouveau dans la chanson, et connaît de petits succès à Marseille, mais sa véritable chance fut sa rencontre avec Edith Piaf.Elle n\u2019aime pas ses chansons américaines, et lui «passe» ses compositeur et pai'olier : Raymond Asso et Henri Contet.Au début, avec ce nouveau répertoire, ça marche on ne peut plus mal.Piaf s\u2019est attachée plus qu\u2019elle ne voudrait l\u2019avouer à ce débutant efflanqué, mais à présent elle doute de lui.Presque autant que cette bi'ave pianiste qui est son premier professeur de musique : \u2014 Vous n\u2019allez pas en mesure, vous chantez faux, vous n\u2019articulez pas, vous prenez trop haut .Mais, alors même qu\u2019il était le plus déprimé, le public commençait à l\u2019accepter.Il avait même trouvé son vrai costume de scène, un jour qu'il étouffait, et ôta tout en chantant, sans même s\u2019en l'endre compte, sa veste à grands carreaux, demeurant en chemise et pantalon marron.Ce jour-là, les spectateurs lui firent sa première véritable ovation.Sa iencontre avec Jacques Prévert et Kosma le fait obliquer vers un style de chansons plus intellectuel.Tendance qu\u2019accentuei'a celle qui devient sa compagne et sei'a un jour sa femme : la très peisonnelle Simone Signoret.Celle-ci parachève le tiavail d\u2019affinement entrepris par Edith Piaf.Elle lui fait dire des poèmes de Prévert, accentue ses tendances politiques, et entreprend vainement de le faire lire.Yves Montand est subjugué par cette jeune femme cultivée au beau regard de jeune fauve, au menton si volon-taii'e : \u2014 Elle est tellement plus intelligente que moi ! Cette influence est loin d\u2019être seulement salutaire.La cote de Montand sur le plan chanson est en baisse depuis deux ans \u2014 plus basse que celle d\u2019Eddie Constantine \u2014 à cause d\u2019un choix de chansons de plus en plus marqué politiquement, d\u2019un sombre ouvriérisme où même la mélodie et la poésie se peident.Certains attribuent à Simone ce genre d'opinions exprimées par Yves : \u2014 Je ciois fortement que la chanson doit être le reflet de l\u2019époque et, comme je l\u2019ai lu quelque part, «elle a souvent été le cri perçant de l\u2019actualité ».C\u2019est pourquoi j\u2019essaie de traduire les joies et les douleurs de notre temps et d\u2019agir sur la sensibilité du spectateur avec les moyens que la nature m\u2019a donnés.Ces moyens, il les a développés au point de pouvoir, seul, faire salle comble au Théâtre de l'Etoile pendant six mois.Il n\u2019existe qu\u2019une fausse note désormais, qu\u2019une contradiction dans l\u2019existence de Montand : celle qui existe en-tre ses idées socialisantes et ses besoins d\u2019un luxe considérable, même par rapport à celui des autres grandes vedettes.Mais quand on lui parle de son appartement de la Place Dauphine, meublé de précieux meubles an-[ Lire la suite page .'18 J \t\t 6 Le Samedi, Montréal, 13 octobre 1956 Cela commença à la fin de l\u2019année dernière lorsqu\u2019un avocat de San-Francisco, M.Paduck, révéla à Lloyd H.Burke, attorney du district de Yuba City, les conditions extraordinaires existant aux Halles.\u2014 Les Chinois qui y sont employés par les quatre concessionnaires, leurs frères de race, son liés par un contrat qui les réduit au rang de bêtes de somme.Non seulement ils travaillent dix heures par jour mais, l\u2019ouvrage fini, ils sont aussitôt parqués dans des casernements qu\u2019ils ne peuvent quitter et qui, à tout point de vue, sont une prison du type le plus primitif.Bien plus, ils touchent officiellement les salaires syndicaux californiens, mais ils en « restituent », sur-le-champ, la plus grande partie à leurs patrons.M.Paduck était connu comme un homme sérieux.Et il avait fourni cette déposition sous serment.Burke prescrivit au surplus des vérifications immédiates, et on constata ainsi que l\u2019avocat s\u2019en était tenu à la stricte vérité ; en quatre ans (de 1951 à 1954) les pauvres diables qu'il avait entrepris de défendre s\u2019étaient vu extraire par leurs exploiteurs l\u2019énorme somme de $265,000.Quel pouvait donc être le moyen de chantage utilisé pour les y contraindre ?L\u2019explication fut presque aussi dé- sim p 1 e s d\u2019esprit qu\u2019ils fussent, ils n\u2019avaient pas compris qu\u2019ils se trouvaient protégés par leur qualité de citoyens américains et cela non par simple naturalisation, mais par droit de naissance.Citoyens \"par dérivation\" Ce détail retint l\u2019attention de Burke.Et il en comprit mieux la raison d\u2019être quand, ayant fouillé plus profondément l\u2019état civil des intéressés, il découvrit que tous, sans exception, étaient des citoyens par dérivation.On appelle ainsi aux Etats-Unis un individu né à l\u2019étranger, mais dont l\u2019un ou l\u2019autre des parents est Américain.Or, avant la victoire communiste en Chine, nombre de riches Célestes établis aux Etats-Unis et en ayant acquis la nationalité n\u2019en gardaient pas moins dans leur pays natal une ou plusieurs épouses légitimes à qui ils rendaient régulièrement visite.Et grâce au système de la dérivation, si, à la suite de l\u2019une de ces réunions, une des épouses devenait mère, l\u2019enfant ainsi conçu (fût-il venu au monde au fin fond de la Chine) pouvait obtenir ses papiers de citoyen américain au moment où il les réclamait, quel que soit le délai écoulé depuis sa naissance.La seule condition était que le père reconnaisse sous serment devant tin représentant officiel du gouvernement Et naturellement, il n\u2019y avait eu aucune possibilité de contrôler le serment de celui qui se déclarait le père.En fait, on se trouvait devant la plus vaste entreprise de trafic de bétail humain qui ait été conçue depuis l\u2019abolition de la traite des Noirs.Un père vaut cinq mille dollars Les premiers bénéficiaires de la fraude avaient été assez nombreux pour alimenter à Hong-Kong cent vingt-quatre agences n\u2019ayant d\u2019autre activité que de procurer, à qui pouvait payer, un père en papier.Le courtier versait à ce dernier de mille à deux mille cinq cents dollars.Mais il facturait son intervention cinq mille dollars au client.L\u2019affaire, on le voit, était bonne pour tout le monde.L\u2019ennui était toutefois que, sur les quelque deux millions de réfugiés ayant reflué sur Hong-Kong, une petite proportion seulement avait les moyens de dépenser pareille somme.Les autres n\u2019avaient pour tout bien que leur personne et cela ne semblait pas une valeur aisément négociable.Quelqu\u2019un \u2014 on ne sait pas encore qui \u2014 décida pourtant un jour qu\u2019il y avait quelque chose à tirer de semblable situation.La nouvelle se répandit sous le manteau que d'opulents Chinois américains sur ce premier scandale une affaire de trafic de femmes.Du moins, on le crut jusqu\u2019au moment où un hasard fit découvrir que l\u2019un au moins des fraudeurs, quoique pourvu d\u2019un état civil masculin et déclaré par son importateur comme son fils, était en réalité une jeune fille.Cette nouvelle piste ainsi amorcée, il ne fallut pas longtemps pour acquérir la certitude que le cas en question était loin d\u2019être unique.Il s\u2019était même reproduit trop fréquemment pour que le seul objectif ait été de repeupler à vil prix le yamen de quelques Chinois américains.D\u2019ailleurs, si la totalité des esclaves mâles était restée répartie entre les deux villes chinoises annexes de San-Francisco et de New-York, les pistes féminines se dispersaient au contraire à travers l\u2019étendue des 48 Etats.Elles menèrent les enquêteurs à Chicago, à Reno, à la Nouvelle-Orléans, à Philadelphie.Quant aux occupations qui attendaient là les clandestines, il n\u2019est pas difficile de deviner leur qualité.Le racket des Chinoises rejoignait celui de la prostitution.Et les circonstances dans lesquelles s\u2019était établi ce record ne furent pas longues à établir.Un frère du célèbre Al Capone En 1950-51, à la suite de l\u2019incendie criminel du vapeur fluvial Québec dans La police américaine a démasqué le plus colossal marché aux esclaves depuis l'abolition de la traite des noirs par P.DE ST-PIERRE Au premier plan et sur tout le parcours de la rive de gauche, les Halles de New-York dont les conditions extraordinaires sont décrites dans notre article.Pfi rnM wm concertante que le fait lui-même.Ce qui contraignait les Chinois de Yuba City à la soumission, c\u2019était la crainte, s\u2019ils se révoltaient, de voir leurs tyrans obtenir des autorités leur refoulement vers la Chine communiste.Et l\u2019attitude de ceux qui firent cet aveu, montrait clairement qu\u2019ils préféraient .se résigner à la pire exploitation que de s\u2019exposer à pareille mesure.Seulement l\u2019étonnant était que, si américain que c\u2019était bien là son fils ou sa fille.Normalement pareille procédure n\u2019était employée que de façon très exceptionnelle.Mais après l\u2019établissement du régime communiste à Pékin, nombre de( Chinois réfugiés à Hong-Kong y ont eu recours, étant donné que cela leur permettait de s\u2019établir aux Etats-Unis sans avoir à rendre de compte aux services de l\u2019immigration.étaient disposés à servir gratuitement de Pères en Papier à un certain nombre de leurs compatriotes dans le malheur.Non seulement ces philanthropes ne demandaient pour cela aucune rétribution, mais ils se chargaient de régler personnellement la commission du courtier.Bien entendu, seuls des adolescents ou de très jeunes hommes profiteraient de cette munificence.Le respect de la vraisemblance l\u2019exigeait.En outre, une fois arrivés au U.S.A., ils se conduiraient comme si leur bienfaiteur était vraiment l\u2019auteur de leurs jours.et on sait que chez les Chinois, l\u2019autorité du chef de famille est restée presque aussi grande que celle dont jouissait le paterfamilias romain.Ils ne pouvaient pas deviner qu\u2019en acceptant la combinaison, ils se vendaient purement et simplement comme esclaves, sans pouvoir faire quoi que ce soit pour se libérer.Si, en effet, ils dénonçaient les faux pères aux tribunaux américains, ils les feraient sévèrement condamner .mais, du même coup, ils seraient eux aussi classés comme immigrants frauduleux et refoulés sur la Chine.Bref, le succès des marchands d\u2019hommes fut tel que, sur les quarante mille Chinois admis aux U.S.A.depuis la guerre au titre de citoyens dérivés, le F.B.I.a maintenant estimé que 84% avaient obtenu ce titre frauduleusement et que sur ce nombre les deux tiers au moins avaient connu le même sort que les manoeuvres forcés de Yuba City.Dans tout cela, le seul élément rassurant pour la police était que tous ces clandestins étaient du sexe mâle, ce qui écartait le risque de voir se greffer l\u2019estuaire du Saint-Laurent, les polices fédérales canadiennes et américaines avaient anéanti un vaste réseau dirigé par Ralph Capone \u2014 le frère du fameux Balafré \u2014 qui amenait aux U.S.A.par centaines, chaque année, des femmes européennes recrutées dans les camps de Personnes Déplacées.En 1953, d\u2019autre part, l\u2019affaire des call-girls avait provoqué une action décisive des autorités des U.S.A.contre les trafiquants de filles spécialisés dans le recrutement local.Les petites Célestes de contrebande étaient donc arrivées merveilleusement à point pour assurer la relève.Restait à savoir comment les nouvelles venues avaient pu s\u2019établir (et en changeant de sexe, par-dessus le marché, puisqu\u2019elles avaient d\u2019abord passé pour des garçons).A Chicago, par exemple, on découvrit que, pour l\u2019équivalent de 500 dollars, une Chinoise fraîchement arrivée de Hong-Kong était pourvue d\u2019un acte de naissance en bonne et due forme attestant qu\u2019elle avait vu le jour sur les rives du Lac Michigan.Dans le Nevada, il en coûtait 800 dollars mais, outre l\u2019acte de naissance, il y avait pour le prix un certificat médical soi-disant rédigé par le praticien « ayant mis l\u2019enfant au monde ».On retrouva la même combinaison jusque dans la hautaine et vertueuse Philadelphie.Le mérite des autorités américaines a été de s\u2019attaquer aussitôt ouvertement à sa liquidation, au lieu de chercher à l\u2019étouffer.Dès maintenant le racket des pères en papier à du plomb dans l\u2019aile. Le Samedi, Montréal, 13 octobre 1956 7 JAMES CAGNEY, le plus tendre des \"durs\u201d reçoit les félicitations d'Eisenhower Il est extrêmement rare qu'un artiste ayant fait presque toute sa carrière dans des rôles de truands soit félicité publiquement par un chef d'Etat pour sa bonne mentalité de citoyen.C'est pourtant ce qui est arrivé dernièrement à James Cagney.On l'avait fait venir à la Maison Blanche _ ce qui sortait déjà de la banalité \u2014 pour animer un spectacle à l'occasion d'un dîner offert aux journalistes étrangers.Le président Eisenhower présenta lui-même le présentateur en ces termes : \"C'est un grand acteur et l'un des coeurs les plus généreux de Hollywood\".Jimmy a mérité cette mention d'honneur.¦ âmes Cagney est un charmant gar-I çon, toujours en humeur de rendre J service.Son nom n\u2019a jamais été prononcé à propos d\u2019un quelconque scandale hollywoodien.Il n\u2019a jamais été mêlé à aucune des histoires sensationnelles dont se repaissent, au soleil de Californie, les chroniqueurs spécialisés.C\u2019est tout juste s\u2019il fut cité, en 1937, dans les listes dressées par les fanatiques de l\u2019anticommunisme, parmi les « bolchévisateurs » des studios.Attendu que la petite Shirley Temple était parallèlement mise en cause, ça ne tirait pas à conséquence.Un boy de l'East Side Cagney est marié depuis trente-trois ans et avec la même femme.Au pays du film, c\u2019est une originalité.N\u2019empêche que ce bon mari \u2014 dans la vie \u2014 s\u2019est mis en vedette (dans les fictions cinématographiques) en jouant le sale type qui tarabuste sa compagne.On cite quelques scènes du « Tombeur », l\u2019une de ses premières créations, comme des morceaux d\u2019anthologie.Prenant son petit déjeuner en compagnie de Mae Clark, il écrasait sur la figure de celle-ci une moitié de pamplemousse.Ensuite, il saisissait la malheureuse par les cheveux, la traînait jusqu\u2019à la porte et la flanquait dehors d\u2019un grand coup de pied aux fesses.On eut tout de suite l\u2019impression que l\u2019écran s\u2019était enrichi d\u2019un « dur » particulièrement coriace.Cagney arrivait d\u2019ailleurs \u2014 après maints détours \u2014 d\u2019un coin où le « dur » poussait à l\u2019état naturel.Il était né, en 1904, dans l\u2019East Side de New-York.Si vous avez vu des films comme « Rue sans issue » ou « l\u2019Ecole du crime », vous pouvez imaginer sans peine le milieu où s\u2019écoula son enfance.Son père, John Cagney, était un comptable, d\u2019origine irlandaise, qui s\u2019avisa de prendre un bar à son compte.Vous voyez d\u2019ici la clientèle.La maman Cagney empêchait ses gosses de trop traînailler avec des gouapes du quartier.Les petits Cagney étaient des mômes bien élevés.Commis de librairie, emballeur, boxeur Les deux aînés achevaient leurs études de médecine et Jimmy travaillait pour suivre leur exemple quand survint un coup dur : le père mourut et la mère resta avec cinq enfants à sa charge.James était celui du milieu.Les étudiants furent obligés de se livrer, en dehors des heures de cours, à des besognes lucratives.Pour son compte, notre futur artiste en essaya plusieurs : commis de librairie, garçon de bureau au service de publicité du New-York Sun, emballeur aux magasins Wanamaker, serveur dans un restaurant .Il trouvait encore le temps de s\u2019initier aux jeux délicats de la boxe, mais ayant ramassé quelques raclées sur un ring proche de l\u2019East River, il y renonça.Conseillé par son frère, Harry, qu\u2019un certain dilettantisme faisait graviter autour d\u2019un groupe de comédiens amateurs, il tâta du théâtre.Il joua un petit rôle dans les « Deux Orphelines », mais cela n\u2019eut pas de suites immédiates.Ses diverses tentatives lui laissant finalement peu de loisirs pour continuer ses études, il abandonna tout à fait l\u2019Université de Columbia.Un ami lui avait signalé un sûr moyen de gagner de l\u2019argent : figurer au music-hall.Pour cela il fallait savoir danser un peu, mais c\u2019était encore une chose que Jimmy avait apprise en s\u2019amusant.Il eut assez vite un engagement en vertu duquel on le déguisa en danseuse avec perruque, poitrine factice et autres accessoires.Il en fut dégoûté : « Si les copains me voyaient ».pensait-il.Il ne voulut pas risquer cette honte.Il s\u2019en alla, préférant prendre un petit emploi chez un agent de change.Là, il additionnait sans passion des colonnes de chiffres.Il avait l\u2019air de s\u2019y résigner quand une petite annonce vint troubler sa quiétude.Les ballets Pitter-Patter avaient besoin d\u2019un gam-billeur.Il se présenta à l\u2019adresse in- diquée et, pour une fois, où il fallait un danseur, ce fut le calculateur qui l\u2019obtint.Le comptable fut admis au nombre des chorus-boys qui secouaient leurs claquettes sur les planches sonores.La femme de sa vie Dans cette troupe, James Cagney fit la connaissance d\u2019Allen Jenkins, qui devint son grand camarade (et un bon acteur de cinéma) et d\u2019une chorus girl nommée Frances Willard Vernon.Elle ne dansait sans doute pas très bien mais elle était jolie et Jimmy, pour prouver à Jenkins qu\u2019il savait parler aux femmes, le lui dit.Frances accepta le compliment.Ils se fréquentèrent en bons amis et, à la suite d\u2019une tournée estivale et chorégraphique en Pennsylvanie, ils se marièrent.Us le sont encore.Durant longtemps, les menus du jeune ménage furent à base de vache enragée.On aurait dit que l\u2019industrie du music-hall avait attendu l\u2019union de Frances et de Jimmy pour piquer une de ses crises périodiques qui jettent sur le sable une masse de braves types.Les engagements étaient rares et peu payants.Les jeunes gens connurent les représentations minables dans des établissements invraisemblables ; les tournées organisées par des pirates qui les emmenaient dans le Sud ou dans le Middle-West et les laissaient en plan.Dans une ville où on leur avait réédité le coup de la famille abandonnée, James essaya de se renflouer en donnant des leçons de danse.Il perdit ses derniers fonds.Un personnage râleur et rouquin Le couple regagna péniblement New-York et Cagney chercha un emploi du côté du théâtre.Un directeur était en quête d\u2019un petit bonhomme décidé, capable de jouer une sorte de voyou dans une pièce de Maxwell Anderson «Outside Looking In».Jimmy alla le voir, un peu inquiet à cause de ses cheveux rouges d\u2019Irlandais qui, craignit-il, pouvaient ne pas être en harmonie avec le spectacle.On trouva au contraire qu\u2019ils étaient dans la note : un personnage râleur, et rouquin de surcroît, faisait exactement l'affaire.Notre homme fut très bien et les critiques estimèrent sa pantomime expressive.Lorsque les représentations se terminèrent, on parla d'emmener la pièce en Angleterre.Les époux Cagney s\u2019en réjouissaient, formaient des projets de virée supplémentaire à Dublin et bourraient des valises en conséquence.Au dernier moment ça ne marcha pas.Plus question de prendre le bateau.On restait à New-York .et on y restait sans emploi.Ecoeuré, Cagney envisagea de solliciter n\u2019importe quel travail dans n\u2019importe quel commerce.Le théâtre, il en avait plein le dos.Frances (Billie dans l\u2019intimité) lui remonta le moral.\u2014 Tu es un excellent danseur, lui rappela-t-elle.C\u2019était vrai.Il en convint et il demanda à la chorégraphie de lui assurer ce que la comédie lui refusait.Il dansa dans de vagues revues.Hollywood ! Cette activité le fit connaître et on le demanda pour interpréter des opérettes et des comédies.Avec une débutante qui s\u2019appelait Joan Blondell (un nom que l\u2019on a vu ultérieurement sur beaucoup d\u2019affiches) il joua dans « Maggie the Magnificent » et dans « Penny Arcade ».Us furent remarqués dans cette deuxième pièce par un « dénicheur de talents » de la Warner Bros, qui les expédia d\u2019autorité à Hollywood où ils tournèrent dans « Sinner\u2019s Holiday », l'adaptation cinématographique de la bienfaisante « Penny Arcade ».On signa à James et à Joan de solides contrats renouvelables et le sort en fut jeté.Deux nouvelles vedettes s\u2019inscrivirent sur le grand livre d\u2019or du monde cinématographique.Presque dès les débuts, James Cagney fut catalogué : une teigne.Un rouspéteur, bagarreur, gueuleur, impoli avec les da-[ Lire la suite page 38 ] \"mM ?.JèvFrx - ï* TmM: WM X .W* ¦1* 8 Le Samedi, Montréal, 13 octobre 1956 PLUSIEURS CENTAINES DE MEMBRES DE I.A .< FRATERNITÉ DU TEMPLE BLANC » Se SOIlt retirés dans les profondeurs d\u2019un des plus inaccessibles canyons de l\u2019énorme massif du Colorado, le Rocky Mountains, pour y attendre la fin du monde au son de la musique de jazz et en regardant les programmes de télévision.Leur grand-prêtre, le Docteur Doreal, les a totalement convaincus qu\u2019il n\u2019y a plus rien à espérer en ce monde et que « Armageddon ¦\u2022, le fatal dernier jour du monde, est proche.A cause de cela, la « Fraternité du Temple Blanc » a pris toutes mesures conservatrices en vue d\u2019échapper à la catastrophe et c\u2019est avec un optimisme non dissimulé qu\u2019elle attend, dans les villas luxueuses du Canyon du Colorado, la venue de ce fameux jour, pour le contempler de ce poste d\u2019observation.Le temple du nouveau prophète est situé exactement dans le Canyon Jarre, au pied d\u2019un piton qui s\u2019appelle le Devil\u2019s Head.Le Dr Doreal a baptisé cet édifice « Chambella Achratna », ce qui a, d\u2019après lui, un sens très particulier en sanscrit.Sur les portes a été gravée une inscription en anglais signifiant « Fraternité du Temple Blanc ».Au centre du temple a été édifié un autel où la croix traditionnelle est remplacée par une étoile à (i branches, sur laquelle se détache une figure faite de S) triangles.A côté du trône du Grand Prêtre se trouve une cloche bouddhiste que le Dr Doreal a ramenée du Tibet.Sur les tapis qui recouvrent le sol sont dessinées des têtes d\u2019indiens et d\u2019Américains blancs, vêtus à la manière des prêtres du Bouddhisme.«N\u2019est-ce pas, chers fidèles, qu\u2019il est vrai que personne ne pourra jamais nous atteindre ici, ni nous anéantir ?Telle est la question que le Grand Prêtre de l\u2019Atome pose solennellement à ses adeptes dans le temple secret.Les mystiques de la peur attendent la fin du monde au milieu d'un luxueux confort par JEAN RICHEMONT Non.personne ne pourra jamais arriver jusqu\u2019ici et nous anéantir» répondent en choeur les fidèles.Ce sont des adeptes de la secte des « mystiques de la Peur , pour la plupart des gens fort riches des deux Amériques, qui ont cherché asile dans les canyons du Colorado pour fuir la désintégration atomique.Ils ont entendu la voix de leur Grand Prêtre qui leur a transmis, au nom du haut clergé du Tibet, « l\u2019ordre sacré » rédigé en sanscrit.Les enseignements du Dr Doreal ne reposent pas uniquement sur les révélations mystiques qu\u2019il a recueillies au Tibet, il les a complétées par des interprétations des prophéties de Nostradamus, dont les textes font autorité dans le Canyon de Jarre, à l\u2019égal d\u2019un catéchisme.Tout ceci étant encore corroboré par des citations de l\u2019Ancien Testament et par des conclusions que le Grand Prêtre a tirées du calcul des mesures de la Grande Pyramide d\u2019Egypte ! Le Grand Prêtre n\u2019apparaît que devant ses fidèles dans le magnifique temple élevé dans le canyon même.Les installations dans le temple sont des plus modernes : des fauteuils confortables, l\u2019air conditionné et une lumière bleuâtre éclairant l\u2019intérieur de l\u2019édifice.C\u2019est avec beaucoup de dignité que le Grand Prêtre, vêtu d\u2019une robe pleine de dorures, prend place sur son trône doré, à côté duquel sont placés trois grands gongs au moyen desquels il signale les moments où il faut se lever ou s\u2019incliner.Deux jeunes filles, en robes blanches, se tiennent près de lui, et donnent avec beaucoup de grâce des coups d\u2019encensoirs.On tient en évidence dans le temple, les derniers messages de la Grande Loge Blanche destinés aux fidèles du Canyon de Jarre : la grande destruction atomique pourrait déjà commencer le 10 mars 1957 et si elle n\u2019a pas lieu à cette date, elle pourrait être reportée au 10 août.Si, enfin, la catastrophe ne se produisait lias alors non plus, il faudrait s\u2019y attendre en septembre.« Nous suivons de près les préparatifs en vue du grand événement », déclare avec beaucoup de sérieux le Dr Doreal.Les habitants de cette région sont extrêmement méfiants vis-à-vis de tous ceux qui, n\u2019appartenant pas à la « Fraternité du Temple Blanc >, viennent visiter leur canyon.En ce cas, ils se retirent immédiatement dans leurs villas qu\u2019ils ne veulent quitter à aucun prix.La plus jolie villa appartient évidemment au Grand Prêtre.C\u2019est un vrai palais, à deux étages ; une superbe blonde, âgée de 25 ans, une véritable pin-up à la Hollywood, fait fonction de maîtresse de maison ; c\u2019est Mrs Doreal, la seule personne autorisée à entretenir des rapports avec le monde extérieur quand l\u2019occasion s\u2019en présente.Quand les journalistes se font insistants, Mrs Doreal les éconduit en leur expliquant que « le Grand Prêtre ne peut recevoir personne parce qu\u2019il doit rester en rapports continuels avec la Grande Loge Blanche qui veille sur notre sécurité ».Seul, un journaliste a pourtant réussi, en feignant d\u2019être un adepte, à pénétrer dans les mystères du Canyon Jarre.A lui, le Dr Doreal a déclaré : « C\u2019est ici le centre d\u2019où l\u2019on communique au monde les grands mystères ».« Tous les mystiques de la peur doivent se réfugier dans mon temple, car je suis en contact permanent avec la Grande Loge Blanche qui m\u2019avertira du jour où le monde entrera dans l\u2019anéantissement ».D\u2019après la prédiction peu encourageante du Dr Doreal tout l\u2019univers sera bientôt anéanti à l\u2019exception de deux oasis de salut : le Tibet et le Colorado.Pour nous consoler, il est vrai, ce prophète nous promet, qu\u2019après la destruction atomique de l\u2019univers, son groupe du Colorado et le groupe central du Tibet réorganiseront le monde qui entrera dans un nouvel «âge d\u2019or»! 11 n\u2019y aura plus de chômage ni de misère, ni de lutte pour la vie : au contraire, chacun jouira du bonheur, éprouvera la joie du travail, et il y aura un grand besoin d\u2019hommes appelés à de hautes fonctions.Les partisans du Dr Doreal ont déjà acheté pour plus d\u2019un million de dollars le canyon Jarre et y ont construit des habitations qui, sous la protection du Grand Prêtre, demeureront à l\u2019abri des effets de la radioactivité.Comme la destruction atomique du monde (à l\u2019exception, bien entendu, des oasis du Tibet et du Colorado) anéantira les réserves de nourriture et de chauffage, les membres de la Fraternité du Temple Blanc ont déjà commencé à entasser dans les cavernes d\u2019innombrables quantités de conserves et environ un million de bidons d\u2019essence qui permettront au Dr Doreal et à ses fidèles de parcourir dans de luxueuses automobiles toutes les ruines du monde.\t[Lire In unite paç/e 381 | 1 1 SUIVEZ ACTIVITES SW La reine Elisabeth et le duc d\u2019Edimbourg défilent entre deux haies de chevaliers après l\u2019intronisation de nouveaux membres dans l\u2019Ordre de la Jarretière.Un village pas «Les Cigales», voilà un nom qui évoque la Méditerranée heureuse et la chaude Provence.C'est cependant celui que porte un des chalets d\u2019un village alpin, en Suisse, non loin de Saint-Gall.Douze familles seulement habitent ce village.Mais chacune d\u2019elles compte de seize à dix-huit enfants.Deux familles sont françaises, deux italiennes, deux grecques, deux anglaises.Une est allemande, une autrichienne.une finlandaise ; une, enfin, est suisse.Ce village exceptionnel est le villuge de Pestalozzi.Il fête, cette année, le dixième anniversaire de sa création.En 1944, paraissait dans une revue suisse, un article qui était tin appel.Il avait pour titre r; i 12 Le Samedi, Montréal, 13 octobre 1956 UNE PETITE FLAMANDE DODUE: LINE RENAUD par CHARLES MONTAIS UNE PETITE CHANTEUSE inconnue aux Parisiens faisait ses premières armes dans la capitale.Elle croyait fermement que « c\u2019était arrivé ».Ne s\u2019était-elle pas acquis une certaine renommée dans le Nord ?Ne chantait-elle pas à présent à Paris?Pas encore à l'A.B.C., bien sûr : aux Fo-lies-Bellcville.Dans sa robe longue de satin et de dentelle noire, faite par une petite couturière de Lille, identique à celle des choristes du grand orchestre classique, elle poussait sans complexes quelques romances sentimentales, dont plusieurs de Loulou Gaslé.Châtain, boulotte, avec des pommettes irrégulières, un sourire frais que déparaient des dents supérieures trop longues, de beaux yeux très bleus, une jolie voix qu\u2019elle forçait un peu au hasard, elle ne doutait pas de son brillant avenir.Depuis son arrivée à Paris, son plus vif désir était de faire la connaissance de Loulou Gasté, dont elle chantait chez elle les chansons depuis l\u2019âge de 14 ans.Elle l\u2019imaginait comme un charmant vieux monsieur, affable, galant, qui la complimenterait d\u2019avoir composé son répertoire avec ses créations, qui se proposerait peut-être à l\u2019aider dans sa carrière .Elle demanda à Josette Daydé, l\u2019étoile du spectacle, si elle connaissait Loulou Gasté.Celle-ci prêta une robe blanche de grand couturier à la débutante, et l\u2019emmena chez le compositeur-éditeur.Dans les bureaux des Editions Micro, rue Washington, Jacqueline Ray attendit avec sa mère et Josette Daydé dans une petite pièce meublée d\u2019un seul piano.La porte s\u2019ouvrit en coup de vent.Un jeune homme mince en pull à col roulé s\u2019avançait vers elles, l\u2019air pressé.\u2014 Bonjour, Josette.C\u2019est d\u2019elle qu\u2019il s\u2019agit?Et c\u2019est avec une touche pareille qu\u2019elle veut réussir à Paris ?Jacqueline et sa mère, venue assiste]' au triomphe de sa fille, se regardent, le souffle coupé.Beau début ! \u2014 Je vous ai entendue à Belleville, poursuit, imperturbable, l\u2019exécuteur de Jacqueline.Vous n\u2019avez vraiment pas de quoi être fière de vous.Une allure impossible, un répertoire grotesque \u2014 ne me regardez pas comme ça, toutes mes chansons que vous avez choisies ne vous vont pas du tout \u2014 une mimique ridicule.Vous ne savez ni vous coiffer, ni poser votre voix, ni vous maquiller, ni marcher, ni vous présenter .Et puis qu\u2019est-ce que ce nom?Jacqueline Ray.A quoi bon ce faux petit air américain alors qu\u2019il n\u2019y a pas plus Française que vous?Avant de fondre en larmes, Jacqueline a encore la force de protester : \u2014 Mais je commence à être connue ! Un rire énorme, surprenant chez cet homme fluet, lui porte le dernier coup.Elle n\u2019ouvre plus la bouche.C\u2019est le moment qu\u2019attendait Loulou Gasté.Il ouvre la porte, appelle son associé, et s\u2019adresse à la mère de Jacqueline, une solide femme du Nord, à laquelle il accorde plus de bon sens qu\u2019à sa pseudo-étoile de fille : \u2014 Votre fille a une voix sensationnelle.une voix à faire retenir son haleine à un public de mille personnes.Elle chante juste, bien qu\u2019elle ignore tout des demi-tons, et elle a une bonne diction.Ceci mis à part, je maintiens tout ce que j\u2019ai dit tout à l\u2019heure.Jugez s\u2019il y a du travail.Mais j\u2019aime le sport, et en cinq ans, je crois pouvoir en faire une vedette.Mais je vous préviens, ce sera très pénible, car chez elle tout est à bâtir ou à refaire.Et pour commencer, je ne la prends en mains que si elle me fiche à la poubelle ce nom idiot de Jacqueline Ray.Pourquoi ne s\u2019appellerait-elle pas Line Renaud ?Oui, Line Renaud.La mère de Jacqueline et Josette Daydé se sont rassérénées, elles ont compris la chance considérable de la débutante : avoir suffisamment attiré l'attention de ce compositeur à succès, de cet éditeur prospère, pour qu\u2019il veuille prendre en mains la carrière de Jacqueline.Mais pour celle-ci, le choc a été trop rude.Elle n\u2019avait jamais manqué de confiance en elle-même, elle n\u2019avait même jamais connu le trac, et voici que cet homme la démolit totalement, ou presque.Elle ne se laissera pas faire ! Elle saura lui prouver que Jacqueline Ray est capable, toute seule, de devenir une grande vedette de la chanson ! Et malgré les objurgations de sa mère, Jacqueline repart pour le Nord, où elle a déjà fait ses preuves, où elle s\u2019est gagné un public.Mais elle éprouve un sentiment de constant malaise.Les mots de Gasté tournent malgré elle dans sa tête.Elle ne peut s\u2019empêcher de se critiquer, à présent.Et s\u2019il avait raison, ce garçon jeune .et si sympathique, en dépit de tout ce qu\u2019il lui a dit, l\u2019air rogue, mais avec des yeux souriant de malice .Et comme à cette époque sa mère divorce et se remarie, Jacqueline, un peu désemparée, prend la grande décision.Le lendemain, elle débarque à Paris, et sonne à nouveau à la porte des éditions de la rue Washington.On eût dit qu\u2019il l\u2019attendait.Loulou Gasté lui fait un contrat de cinq ans d\u2019après lequel il sera son manager exclusif.Avant la signature, il la prévient encore que ce sera très dur.Jacqueline, devenue Line, ne proteste plus, désormais résignée à tout.Au fond, sa douceur, sa féminité naturelles sont inconsciemment satisfaites d\u2019être ainsi déchargées des responsabilités, de la lutte.Soins de beauté ; coupe de cheveux, décoloration, limage des dents, traitement de la peau, qui n\u2019avait pas alors cette qualité limpide qu\u2019elle possède aujourd\u2019hui, amaigrissement au régime de trois heures de danse par jour chez Balachova, qui lui apprend du même coup à se tenir en scène.Travail intensif : technique, jeux de scène, étude d\u2019un nouveau répertoire fait de chansons roses et bleues, pour elle qui se croyait une future Edith Piaf.Peu à peu, Line s\u2019aperçoit que Loulou Gasté n\u2019est pas un ogre, mais un garçon qui connaît à fond toutes les branches, tous les ressorts de sa profession.Elle est bien tombée : sur l\u2019unique spécimen à Paris qui cumule un poétique esprit de création, un sens plus qu\u2019avisé des affaires, et un coeur profondément humain.Line habite à cette époque avec une amie, une jeune secrétaire, dans une soupente sans confort.Un jour, avec des prodiges d\u2019économie, toutes deux invitent Loulou Gasté à déjeuner.\u2014 C\u2019est ici que tu habites ?s\u2019écrie-t-il.Allez, pas d\u2019histoires ! Tu viens habiter chez moi.Mais non, je ne suis pas seul, et tu devrais comprendre que ce n\u2019est pas la femme qui m\u2019intéresse en toi.Gasté habite en bohème avec son père, un artiste peintre, toujours perdu dans ses rêves.En effet, il ne croit pas s\u2019intéresser à la femme en Line.Mais le jour où la jeune femme doit être opérée d\u2019urgence, il réalise soudain combien sa petite Galatée était déjà devenue désirable, et, bouleversé, la demanda en mariage.C\u2019était là une décision qu\u2019il s\u2019était juré de ne plus reprendre, après la douloureuse rupture d\u2019un premier mariage.Ce couple fut dès avant le départ, et demeure aujourd\u2019hui, la plus belle réussite de la chanson.Une réussite encore toute neuve, puisque Jacqueline est née il y a seulement vingt-six ans à Armentières.A l\u2019école, elle ne faisait pas grand-chose, bien que ses parents eussent désiré la voir institutrice.Jacqueline avait sa petite idée derrière la tête, et chantait devant les clients de l\u2019estaminet-épicerie maternel, même pendant la guerre, alors que son père, chauffeur, était prisonnier.Un jour, elle obtient une audition au théâtre de Lille.Toutes les concurrentes, à l\u2019exception de Jacqueline, chantent les plus classiques arias.Elle, plus inconsciente qu\u2019habile, lance J\u2019ai vendu mon âme au diable, de Loulou Gasté, .et c\u2019est elle seulement qui est remarquée et que l\u2019on veut diriger vers le Conservatoire.Mais le Conservatoire, cela sonne trop sérieux pour Jacqueline.Encouragée par cette preuve de son « talent », elle se dirige aussitôt vers le cabaret.Elle commence à se faire un nom dans les villes du Nord et de la Belgique lorsque la radio de Lille l\u2019envoie à Paris.Là, elle traîne quelques jours sans recevoir de réponse après une audition devant cinq réalisateurs d\u2019émissions.Elle s\u2019apprête à repartir, la mort dans l\u2019âme, quand on l'engage pour douze émissions : les divers réalisateurs se disputaient sa participation à leur propre émission.Puis c\u2019est sa rencontre avec Gasté.Celui-ci a su exploiter au maximum des dons certains, mais que nul n\u2019aurait sans doute remarqué sans cette savante mise en valeur.Bien des gens ne peuvent supporter le son si spécial de la voix de Line, cet étrange miaulement de chatte amoureuse, de fille qui bâille, alanguie.Beaucoup trouvent les paroles de ses chansons idiotes.Mais les airs en sont si entraînants, et Line les interprète avec une si charmante belle humeur, que même la salle composée de critiques de ses débuts à l\u2019A.B.C.se montra chaleureuse.Line a le don de se faire aimer.Les journalistes l\u2019adorent tous : combien de vedettes peuvent en dire autant ?Gasté a su utiliser cette gentillesse, cette simplicité, qui, jointes au physique de Line, font d\u2019elle le type parfait de la petite femme que chaque homme voudrait avoir à ses côtés tous les jours de l\u2019année, le type auquel toutes les midinettes françaises peuvent s\u2019identifier.[ Lire la mite page 38 ] Le Samedi, Montréal.Ill octobre 1U5H 13 Bras vV \u2019 > .'¦%» * \u2022' Sm ÿïLW.MICHEL NORMANDIN, à gauche, l'excellent commentateur sportif et JEAN-PIERRE ROY.ancien lanceur des Royaux de Montréal, ont su trouver, dans notre langue, des mots français pour exprimer ce qu'il voulait dire, au cours des joutes de football et de baseball qu'ils ont commentées à la radio.Certains rédacteurs de France devraient les imiter, bien que ce serait peut-être un peu ,.humiliant, n'est-ce pas ?L'un de nos amis français nous écrivait, il y a quelque temps : \"Eh bien ! la plupart de vos commentateurs sportifs ont compris avant nous qu\u2019il y avait des mots français, qui étaient les équivalents des termes anglais.Et l'exemple est d'autant plus joli qu'il émane d'une partie d'un peuple, placé sous la domination anglaise, depuis plus de 160 ans\".Le nez des joueurs de hockey est une soupape de sfireté En sport, comme ailleurs, il faut respirer à l\u2019aise.Donc, comment faut-il respirer ?Comment les athlètes doivent-ils respirer ?Il arrive rarement qu\u2019on apprenne aux enfants, même aux adultes, à bien respirer.Depuis plusieurs années, les Américains font de la propagande, par la radio et la télévision, en faveur de la respiration.Au cours des exercices d\u2019entraînement des recrues du club de hockey Canadien, à l\u2019Aréna de Verdun, nous avons remarqué qu\u2019un certain nombre de jeunes joueurs de hockey, rapides, robustes, désireux de bien faire, avaient de la misère à respirer du nez.On peut rester de longs jours, sans manger.On peut rester quelques jours, sans boire.Avec le meilleur entraînement du monde, il est impossible de rester plus de cinq à neuf minutes, sans respirer.Passé ce délai, d\u2019après ce que nous avons lu, depuis plus de 40 ans, c\u2019est le passage de vie à trépas.Alors, le sujet vaut la peine que l\u2019on s\u2019y intéresse.Conséquemment, pour bien se porter, il faut savoir bien respirer.Le meilleur moyen est de faire usage du nez.Chez les joueurs de hockey, sport des plus rapides et des plus exténuants, c\u2019est très important de respirer par le nez.Autrement, s\u2019ils ont une cloison d\u2019une fosse nasale bloquée, les contraignant de respirer par la bouche, ils ne vont pas très loin.Le nez est à deux fins, la respiration et l\u2019odorat.N\u2019allez pas croire que le nez est spécialement fait pour sentir le bouquet d\u2019un vieux vin, l\u2019air ambiant de certaines boîtes de nuit, les parfums et les odeurs de la petite et de la grosse lutte libre ! Le nez est un organe, dont le rôle principal sert à la respiration.Les petits poils, en tapissant l\u2019intérieur, ne sont pas là pour rien, certes.Ils tamisent les poussières.Au besoin, ils arrêtent le passage des petits insectes qui, par hasard, viennent s\u2019y égarer.Ils remplacent un expressions anglaises: penalty, round, challenger, manager, speaker, sparring-partner.Des mots bien anglais, à la place de pénalité, ronde ou reprise, aspirant logique, gérant, annonceur, partenaire.Et comment comparer la beauté et la douceur du mot étoile à la dureté, pour les oreilles latines, du mot star qui, au surplus, n\u2019est pas éloigné de l'allemand stern.Et puis, il y a sex-appeal, mots qui signifient tout bonnement : attirance sexuelle.Quel engouement, quel abus a provoqué cette expression, dans nos parages français.Les Anglais sont les premiers surpris de l\u2019usage intempestif et.peu discret que plusieurs sont arrivés à en faire.Et voici une faute encore plus universelle, dont la constante répétition finit par être bien exaspérante, pour ceux qui possèdent quelques notions de la langue de Winston Churchill.Il s\u2019agit du mot shakehand, qui est également une invention purement française cl qui est censé vouloir dire : poignée de main.Il est parfaitement exact que se serrer les mains se dit : to shake hands.Mais le substantif shakehand est une fantaisie, au point de vue linguistique.Une poignée de main se dit en anglais : a handshake.Nous entendons ici certaines personnes : handshake, shakehand, c\u2019est un peu bonnet blanc, blanc bonnet.Pourtant, si quelqu\u2019un, voulant nous parler du passe-montagne de notre tante Dada, nous entretenait d\u2019un montagne-passe, nous serions bien en droit de dire : Qu\u2019est-ce que c\u2019est que ce charabia ?Peut-être même ne comprendrions-nous en rien ce que notre interlocuteur\t[Lire la suite pane 38] rôle assez semblable aux fils de fer barbelés en grand usage, durant la première Grande Guerre de 1914-18.Nous empruntons un style imagé.Derrière les fils barbelés, il y a les mitrailleuses pour détruire l\u2019ennemi, dès qu\u2019il sort pour l\u2019attaque.Il en est de même pour le nez.A l\u2019intérieur, la muqueuse est épaisse.Elle fournit à l\u2019air inspiré l\u2019eau nécessaire.En même temps, elle livre passage à une quantité fantastique de globules blancs du sang, dont le rôle consiste à dévorer les microbes de l\u2019air, qui passent par le nez dans l\u2019acte de la respiration.Tout comme les cartouches des mitrailleuses servent à abattre l\u2019ennemi, dès qu'il se montre le nez !.Donc, il y a grand intérêt à respirer par le nez.Si, au contraire, on respire par la bouche, comme il n\u2019y a pas de mitrailleuse à cet endroit, nous voulons dire les globules blancs pour détruire l\u2019ennemi, les microbes entrent et se logent dans les poumons.Nous avons connu plusieurs athlètes, qui furent contraints de s\u2019éloigner de la patinoire ou du losange, à 25 ou 30 ans, devant la peur d\u2019une opération au nez.Avez-vous observé les chevaux de course ?Us ne respirent que par les naseaux.Après une course, par temps sec, sur un terrain poussiéreux, aussitôt l\u2019effort accompli, vous entendez ces braves bêtes du Parc Richelieu souffler bruyamment et fréquemment par les naseaux.Pourquoi ?Pour les débarrasser de toutes les impuretés, introduites dans les fosses nasales, durant le travail de la respiration.Donc, tous les athlètes, même les adeptes de la culture physique où tous les mouvements sont rois, doivent s\u2019appliquer à respirer uniquement par le nez.Si vous faites de la course à pied, ralentissez votre allure, dès que vous éprouverez le besoin de respirer par la bouche.Alors, si vous ne le faites pas, vous minez votre santé.Bref, le nez est une soupape de sûreté.En sport, sus aux expressions anglaises à la radio ou à la télévision française ! De tout temps, les efforts faits par quiconque pour s\u2019exprimer dans une langue autre que la sienne ont éveillé le sourire des familiers de cette autre langue.Un petit nombre d\u2019annonceurs et de commentateurs sportifs de la radio et de la télévision emploient fréquemment certaines DANS LE MONDE SPORTIF par OSCAR MAJOR 14 Le Samedi, Montréal, 13 octobre 1956 LE CHEVALIER ERRANT 4.- No 1 Notre roman d'amour par ALIX ANDRE t * Mahina, princesse héritière de Vol-nie, travaillait.Douces et légères, vigoureuses et pressées dans leur mouvement créateur de beauté, ses mains avaient déjà ébauché un visage dans le bloc de cire couleur d\u2019ambre qu\u2019elles modelaient.Debout devant la tablette sur laquelle son oeuvre, tantôt matière informe, paraissait, de minute en minute, s\u2019animer, la jeune fille accordait à celle-ci ce que, d'ailleurs, il semblait qu\u2019elle dût, dans la vie, accorder à toute chose : une ardeur passionnée.Parfois, incertains, ses doigts hésitaient.Marina, alors, s\u2019interrompait, quittait des yeux la cire pour interroger sa propre image qu\u2019une précieuse glace de Venise, accrochée nu mur, lui renvoyait.La tête un peu penchée, comme sous le poids de la trop lourde chevelure sombre, le front plus proche du miroir, elle demeurait ainsi, les traits immobiles, les mains toujours appuyées à l\u2019ébauche.Puis, sans qu\u2019un battement de cil traduisît sa tension nerveuse, ou sa fatigue, elle inclinait de nouveau son visage vers l\u2019autre visage, et, de toute la victorieuse puissance de son art, continuait à lui pétrir une âme.Dans la grande pièce paisible, nul bruit autre que le crépitement des flammes dans la cheminée et, parfois, le froissement d\u2019un feuillet de livre tourné d\u2019une main légère.Djin, le chien familier, dormait, le corps délicieusement enfoui dans la peau d\u2019ours blanc posée devant le foyer, le nez contre les bottes du lecteur.A l\u2019immense baie vitrée qui, sur toute la largeur de la pièce, remplaçait presque entièrement le mur, un soir tourmenté d\u2019automne écrasait ses rafales de vent, ses poignées de feuilles rousses, et toutes les menues branches arrachées aux arbres de la forêt.Marina avait laissé retomber ses bras et reculait de quelques pas.\u2014 Pierre, pria-t-elle, sans quitter des yeux son oeuvre, voulez-vous me dire si « cela vient s> ?Le comte Winsky abandonna aussitôt le fauteuil qu\u2019il occupait, entre la haute cheminée de marbre et la table roulante sur laquelle, une heure auparavant, le thé avait été servi.Puis il s\u2019avança vers Marina.C\u2019était un homme d\u2019une trentaine d\u2019années, d\u2019apparence robuste, mince, pourtant, et dont la démarche avait, sans que cela déplût, une sorte de raideur.Son visage long, aux traits accusés, si profondément imprimés qu\u2019ils devaient, semblait-il, épouser l\u2019âme, offrait une beauté un peu rude, éclairée par l\u2019expression du regard et la pénétrante douceur du sourire.Ses gestes sobres, sa voix assurée, la manière nette qu'il avait de s\u2019exprimer, dénotaient l\u2019homme habitué à obéir aussi bien qu\u2019à commander, et assez maître de lui-même pour le demeurer presque toujours des événements.Winsky avait rejoint Marina.Durant quelques secondes il regarda, muet, la cire blonde, où, déjà, les doigts habiles avaient modelé un front, une bouche, arrondi les pommettes, ébauché un nez fin et droit.Puis, il hocha la tête, et comme pour lui-même : Commencé dans l'édition du 13 octobre 1956.Publié en vertu d'un traité avec la Société des Gens de Lettres.\u2014 Les noms de personnages et de lieux de nos romans, feuilletons, contes et nouvelles sont fictifs et choisis au hasard.\u2014\tMagnifique ! murmura-t-il presque douloureusement.Votre Altesse possède tous les dons.La jeune fille eut un rire clair.\u2014\tMon Altesse vous autorise à l'irrespect, comte Winsky.Mais elle vous défend, par contre, de vous attrister.Marina ne s\u2019était pas tournée vers le jeune homme ; mais, appuyant les yeux à la glace, face à laquelle, tantôt, elle modelait son propre visage, elle lui souriait.Puis son regard revint vers la tablette.\u2014 En voici assez pour aujourd\u2019hui, dit-elle.Du reste j\u2019ai suffisamment de temps devant moi pour terminer ce buste, sans y consacrer les heures que je dois à l\u2019amitié.Tout en parlant, la princesse s\u2019était rapprochée de l\u2019ébauche, la recouvrait d\u2019une gaze.Elle ôta la blouse blanche qui préservait sa robe, et vint s\u2019asseoir à la place occupée l\u2019instant précédent par Pierre Winsky.Debout, adossé à la monumentale cheminée dont quatre cariatides de marbre blanc soutenaient l\u2019entablement, le comte, les bras croisés, n\u2019avait pas quitté la jeune fille du regard.Une fois de plus son regard s\u2019émouvait de cette longue et fine silhouette qu\u2019une âme passionnée, trahie par les moindres gestes, habitait, de ce visage à la pâleur lumineuse où la bouche, violemment rouge, de larges yeux sombres, et la chevelure annelée d\u2019une gitane, jetaient une étrange flamme sur la grave et noble douceur de la race.Avec un mouchoir de soie Marina essuyait ses belles mains sans bagues, que le jeu des muscles faisait expressives comme un visage.Puis elle s\u2019enfonça au creux du grand fauteuil recouvert de fourrure, et se mit à jouer distraitement avec le collier de perles, seul bijou qui égayait la simplicité de sa robe.\u2014 Mon buste est destiné à Stéphane, expliqua-t-elle, et doit, le jour anniversaire de sa naissance, dédommager mon frère d\u2019une.exceptionnelle docilité.Le jeune homme sourit.\u2014 Stéphane sera fier d\u2019une telle distinction.\u2014 Il la mérite, Pierre.Ses efforts pour modérer une violence naturelle, cette ardeur aveugle qui, parfois, m'épouvante, et l\u2019emportement d\u2019un caractère à peu près indomptable, sont réels.Pensivement, la jeune fille regardait s\u2019étirer, dans la large cheminée à plaque frappée d\u2019un dragon, les flammes roses et bleues échappées au fourreau noir de la bûche.Son compagnon interrogea : \u2014 Stéphane vous donne-t-il vraiment tant de mal ?\u2014 Vraiment, Pierre, et plus que je ne le laisse deviner.Tous les dons d\u2019intelligence et de coeur sont en lui à un degré que l\u2019on rencontre rarement, mais, à côté de cela, tant de fougue orgueilleuse, d\u2019impétuosité intraitable, d\u2019indiscipline, d\u2019emportement ! \u2014 Peut-être exigez-vous de ses dix-huit ans trop de calme ?Pourquoi s\u2019effrayer.\u2014 Pourquoi ?Avec un petit rire sans gaieté Marina venait de se redresser.Elle prit à deux mains la tête hirsute du grand chien gris, à poils épais, qui venait de s\u2019approcher d\u2019elle, et quêtait ses caresses.Puis, levant les yeux vers Winsky : \u2014 Pourquoi ?reprit-elle.Mais parce que je suis ainsi, mon ami ; parce que je connais son mal au mien, son coeur au mien, et tous les défauts de sa cuirasse aux mailles brisées de la mienne ! Parce que j\u2019éprouve ses sourdes révoltes, ses ardentes soifs, ses folles indépendances que je châtie.Parce que nous sommes du même sang, enfin, un sang qui briserait nos artères, tant il a de force, et dont, tous les jours, j\u2019endigue la violence sur sa vie et la mienne, Dieu sait au prix de quels efforts ! La princesse se tut.En dépit de son calme apparent, de sa voix, dont le timbre harmonieux ne s\u2019était pas élevé, le comte avait deviné en elle un profond bouleversement.Assis maintenant dans un second fauteuil, face à Marina, il avança ses mains vers les mains que la jeune fille avait posées sur la tête du chien.\u2014 Vous avez une âme merveilleusement droite, Altesse, dit-il avec douceur ; et ils pourront être fiers de vous ceux sur qui vous régnerez.Elle eut, à l\u2019adresse du jeune homme, son beau sourire.\u2014 Vos yeux me voient avec tant d\u2019affection, mon ami ! \u2014 Non, Marina; avec tant d\u2019amour! La voix sourde avait étrangement résonné dans la pièce.Marina retira ses mains, et se laissa de nouveau aller au dossier du fauteuil.\u2014 Donnez-moi une cigarette, Winsky, ordo^na-t-elle, brièvement.Le comte se leva aussitôt, vint offrir son étui d\u2019écaille cerclé d\u2019or à la jeune fille, et fit jouer le briquet devant le visage un peu contracté.Puis il reprit sa place de l\u2019autre côté de la cheminée, tandis qu\u2019un long silence, comme un ange aux ailes traînantes traversait la pièce.\u2014 Savez-vous que le précepteur de mes frères arrive demain ?questionna enfin Marina, reprenant, sans émoi apparent, la conversation interrompue.J\u2019attends beaucoup de lui, et du bien qu\u2019on m\u2019en a dit.Il m\u2019est recommandé par un membre du conseil de la couronne : le docteur Pétrow.Le jeune homme fronça légèrement les sourcils.\u2014 Cela vous paraît une insuffisante garantie, Pierre ?interrogea Marina.\u2014 A vous dire vrai, non seulement insuffisante mais détestable, Altesse.Ce M.Pétrow.\u2014 Est tout dévoué à ma famille.\u2022\u2014 Aux hommes de votre famille, Marina.Ce n\u2019est point la même chose.\u2014 Je ne vois pas.\u2014 Mais si.Il se trouve, je crois, parmi ceux qui déplorent les dispositions testamentaires de votre père, et certaines « erreurs » de la constitution.Le fait que votre frère Mirko, de par son infirmité, se trouve hors d\u2019état de régner, est, certes, incontestable.Mais que vous-même, Marina, montiez sur le trône, voilà ce dont Pétrow et beaucoup d\u2019autres se consolent mal.\u2014 Rien n\u2019est plus juste cependant.En Volnie, les hommes et les femmes régnent indifféremment, et les unes ne le firent jamais avec moins de noblesse que les autres.Or, c\u2019est moi, qui, par le droit de l\u2019âge, doit remplacer Mirko, et non point Stéphane.Elle parlait tranquillement, levant sur le comte de larges yeux sombres, étonnée que l\u2019on pût mettre en doute ses droits.Winsky ne répondit pas.Eût-il pu révéler, en effet, qu\u2019ils ne pensaient pas tous au prince Stéphane, ceux dont l\u2019immixtion dans la vie de Marina l\u2019effrayait ?\u2014\tQuoi qu\u2019il en soit, reprit-il, je n\u2019aime guère voir ce Pétrow mêlé aux affaires intimes de votre maison.D\u2019un geste léger de son index, la jeune fille frappa sa cigarette dont la cendre alla tomber dans le foyer.\u2014 Alors, mon ami, gronda-t-elle doucement, toujours vos craintes de conspiration, vos soupçons de complot, votre hantise des intrigues et de l\u2019insécurité.\u2014 Toujours, Altesse, et Pétrow.\u2014 Pétrow a la confiance du régent, mon cousin.Cela suffit pour que je lui accorde la mienne.Les mots étaient dits sans rudesse, mais avec une fermeté qui devait convaincre Winsky.Néanmoins, celui-ci poursuivit ; \u2014 Il est aussi un ami personnel de mon frère, dont la nature ardente, les idées et les conceptions de novateur s\u2019apparentent bien aux siennes.A ce titre, surtout, je l\u2019ai rencontré parfois.Le jeune homme s\u2019interrompit à peine et acheva : \u2014 Vous savez combien souvent j\u2019ai regretté que mon frère ne fût point un des serviteurs du trône.Marina inclina la tête.Le comte reprit : \u2014\t.Une intelligence remarquable, la passion de ce qui est sincère et beau, une âme où toutes les exaltations s\u2019allument, où flambent tous les enthousiasmes, un coeur droit et lucide, et tout cela si vainement employé ! Pensivement, Winsky regardait l\u2019énorme bûche d\u2019où s\u2019élançaient les flammes.Son visage avait pris une expression de tristesse et de regret.\u2014 Où donc se trouve maintenant le comte de Lhoven ?interrogea Marina.Dans un geste d\u2019ignorance, Winsky souleva et laissa retomber les épaules.\u2014 Qu\u2019en sais-je?.Le mois dernier il se trouvait dans son château de Tzerna.Aujourd\u2019hui il escalade peut-être les Pyramides, chasse le phoque en Laponie, ou monte des « bronchos » au Texas.\u2014 Ses talents sont donc bien divers ?sourit Marina.Combien je regrette de ne le point connaître.\u2014 C\u2019est un être exquis, reprit Winsky, sans paraître remarquer ce qu\u2019avait de doucement ironique la réflexion de sa compagne ; et je ne pense pas qu\u2019il puisse exister, entre deux frères véritables, une affection supérieure à celle qui nous unit.Il se tut, rejeta son bras en dehors du fauteuil pour caresser la tête velue de Djin, qui passait à sa portée, tandis que la princesse disait : \u2014 Pourtant, Pierre, ce que je sais de l\u2019existence du comte de Lhoven ne m\u2019incline pas à le croire affectueusement attaché à sa famille.Il court tous les pays du monde, reste de longs mois sans donner de ses nouvelles, et ne fait halte en Volnie que pour se retirer dans sa terre de Tzerna, loin de tous et loin de vous.Pardonnez-moi, mais nul de ces traits ne me paraît l\u2019indice d\u2019une âme particulièrement sensible et tendre.Sans cesser de flatter le chien, Winsky releva la tête.\u2014 Il n\u2019est point sensible et tendre, dit-il avec lenteur, mais profondément, ardemment attaché à ma mère, qui ne l\u2019aime pas, et à moi. Le Samedi, Montréal, 13 octobre 1956 15 Il s\u2019interrompit, ramena son bras sur l\u2019accoudoir de fourrure, et reprit : \u2014 Lorsque ma mère se remaria, j\u2019avais quatre ans.Rodolphe naquit deux ans plus tard, et déjà la comtesse de Lhoven était irrémédiablement malheureuse.Aussi n\u2019aima-t-elle guère cet enfant, dont, chaque année, la ressemblance avec son mari s\u2019affirmait.Non contente de trembler devant une perfection physique, cause de ses plus grands tourments, elle crut retrouver l\u2019entêtement du comte dans la fermeté de son fils, sa légèreté, ses incartades, dans une tournure d\u2019esprit originale et diverse, son égoïsme dans une légitime soif d\u2019indépendance, sa sécheresse dans l\u2019empire sur soi-même que Rodolphe ne perdit jamais.« Il y a eu, entre eux, ce qui, souvent, existe entre les époux : incompatibilité totale, et totale incompréhension.« Combien mon frère en souffrit, je pense être le seul à le savoir, et aussi qu\u2019il reporta sur moi un besoin violent de tendresse, la farouche ardeur d\u2019un coeur dédaigné.Nous nous aimâmes comme si nous eussions été seuls au monde, et, sous des apparences plus calmes, cela demeure vrai encore aujourd\u2019hui.« Le comte mourut, et, dès lors, rien ne put retenir Rodolphe à notre foyer.Libre de disposer d\u2019une immense fortune, certain, d\u2019autre part, que son absence n\u2019affligerait point ma mère dont l\u2019indifférence s\u2019était accrue, avec les années, il commença à voyager.Depuis, et bien que chacun de nos devoirs lui apportât, aussi bien qu\u2019à moi, une joie profonde, jamais Rodolphe ne voulut s\u2019arrêter longuement dans notre maison.Il demeure l\u2019hôte imprévu qui arrive quand on ne l\u2019attend point, repart alors qu\u2019on s\u2019habituait à lui, et vous laisse une étrange sensation de regret parce que l\u2019on devine combien lui-même est insatisfait de sa vie.Winsky se tut, conserva un instant son immobilité, puis, relevant les yeux vers la princesse avec un sourire assez triste : \u2014 Vous êtes la première à qui je conte ces amertumes, Marina.En guise de réponse elle tendit sa main que le comte pressa doucement.Comme il la conservait un instant entre ses doigts, la jeune fille demanda : \u2014 Votre frère sait-il que vous m\u2019aimez, Pierre ?Winsky parut n\u2019éprouver aucune surprise de ce qu\u2019après son brusque mouvement elle fût la première à parler de nouveau d\u2019amour.Il inclina la tête.\u2014 Oui, dit-il.\u2014 Et \u2014 la voix de Marina, imperceptiblement, hésita \u2014 sait-il que je vous aime ?\u2014 Il le sait, Marina.Un silence.Puis la jeune fille interrogea : \u2014 Que dit-il ?Dans un geste las, qui contrastait avec son habituelle décision, Winsky leva et abaissa les épaules.\u2014 Rodolphe nous plaint, dit-il à voix lente, tandis que ses yeux erraient des lourds chenêts de cuivre ouvragés aux bûches flambantes.Il sait que votre accession au trône exige l\u2019union avec un prince de maison régnante, et mesure ce que nous aurons à souffrir.\u2014 Naturellement, il me déteste ?demanda Marina à voix basse.Un tison, roulant hors du foyer, et que, de l\u2019extrémité de sa botte, Winsky rejeta vivement, dispensa celui-ci de répondre.Il resta debout, le dos appuyé à l\u2019une des cariatides de marbre, en murmurant comme pour lui seul : \u2014 Si Mirko avait régné, pourtant, tout eût été changé.Elle parut ne pas avoir entendu.Ce n\u2019était point la première fois que tous deux s\u2019épuisaient en vaines luttes, et nulle parole ne restait à dire qui pût alléger leur mal, ou faire, pour eux, se lever un espoir.Du reste un domestique venait de pénétrer dans la pièce.Il ferma les volets, fit jouer le long des vitres un rideau de soie pourpre, et alluma les lampes.Comme il allait se retirer la jeune fille questionna : \u2014\tLe prince Stéphane est-il rentré de sa promenade ?Sur une réponse négative Marina se leva fiévreusement, comme incapable de demeurer à la même place, et se rapprocha du comte.\u2014\tVous voyez, Pierre, dit-elle, dès que, la porte refermée, elle se retrouva seule avec son compagnon ; vous voyez combien Stéphane est difficile à conduire.Avec indulgence Winsky sourit.\u2014 Parce qu\u2019il prolonge quelque peu sa sortie ?Il n\u2019y a pas là, vraiment, de quoi s\u2019inquiéter.\u2014 Pas encore, en effet, interrompit Marina.Mais l'automne s\u2019achève, les loups vont descendre des montagnes, et vous savez qu\u2019alors le pays sera peu sûr.« Ah ! poursuivit-elle en rejetant nerveusement, d\u2019un geste qui lui était familier, ses abondants cheveux noirs loin de ses tempes, pourquoi faut-il que la santé de Mirko nous oblige à passer l\u2019hiver ici ! Elle s\u2019était inclinée vers le foyer, auquel elle présentait frileusement ses mains.\u2014 Comme votre Altesse est nerveuse, remarqua Winsky avec douceur.Je ne la reconnais plus.Elle si maîtresse de ses impressions, si vaillante ! Nul sourire ne vint éclairer les traits de Marina.\u2014 C\u2019est vrai, Pierre ! Oh ! j\u2019ignore ce qui m\u2019étreint, ce soir, mais je n\u2019avais jamais été pareillement à bout de courage.Et puis cette oppression, tout à coup, comme si un malheur était sur moi, était en marche vers moi ! Elle se leva et, les deux mains appuyées à la cheminée : \u2014 Vous, Pierre, poursuivit-elle en s\u2019animant, vous ne savez pas ce qu\u2019est ma vie.Vous arrivez.vous êtes bon.vous peuplez mes heures.et puis vous repartez, et je reste seule.Car je suis seule, voyez-vous ; seule avec l'avenir qui m\u2019effraye, et ces deux enfants auxquels je tiens lieu de tout.Le comte allait parler.Marina poursuivit : \u2014\tEt puis, Pierre, j\u2019ai peur.Oui, j\u2019ai peur, parfois.Ce sombre château n\u2019était pas fait pour notre enfance.Je crois que vivre depuis des années dans son ombre m\u2019a marquée de tristesse pour jamais.La jeune fille s\u2019était tue et demeurait debout, le visage contracté, les yeux à terre.Winsky voulut parler, aller vers elle ; d\u2019un geste de sa main levée Marina lui fit signe d\u2019attendre encore un instant.Presque aussitôt, d\u2019ailleurs, elle releva le front et s\u2019avança vers le comte.\u2014\tC\u2019est fini, assura-t-elle avec un sourire.Comme mon ami doit me trouver faible, ce soir.Il hocha la tête, et, malgré l\u2019assurance de la princesse, malgré l\u2019enjouement de sa voix, demeura inquiet.Etait-ce donc la perspective d\u2019un nouvel hiver passé dans la solitude de ce château perdu, qui brisait le courage de Marina ?La jeune fille s\u2019était de nouveau enfoncée dans l\u2019un des fauteuils et, distraitement, caressait la grosse tête velue que Djin posait sur ses genoux.Une lampe de porcelaine ancienne, allumée sur l\u2019entablement de la cheminée, éclairait son visage pensif, ses cheveux sombres, dont les lourdes boucles paraissaient peser à sa nuque, et ses mains glissant sur la toison de l\u2019animal, mal.Winsky était venu s\u2019asseoir sur l\u2019un des accoudoirs du fauteuil.Il avait, à la dérobée, consulté sa montre de poignet, et put dire à la princesse : \u2014 Il est temps pour moi de vous quitter, Marina.Elle leva son regard vers lui.\u2014 Déjà ?\u2014 Déjà.Il y a, d\u2019ici à la capitale, deux heures de voiture.La nuit est sombre, et la tempête ne s\u2019apaise pas.Durant quelques secondes tous deux écoutèrent silencieusement la voix du vent s\u2019enfler dans la forêt voisine et venir s\u2019écraser, en un rauque et furieux souffle, contre les murs épais du château.Puis Marina parla.\u2014\tQuand vous reverrai-je, Pierre ?.Naturellement vous passez les fêtes de fin d\u2019année à Poldrina, près de nous.Le jeune homme ne répondit pas tout de suite.Il replaçait, avec soin, sur un guéridon, le petit cendrier qu\u2019il avait, un long instant, tenu posé sur son genou.\u2014\tJe ne pourrai revenir à Owemberg avant le printemps, Altesse, dit-il enfin.Marina se redressa, toute son attitude exprimant un si intense étonnement que le comte sourit.Violente, elle interrogea : \u2014\tPourquoi ?Avec cette bonté enveloppante, qui semblait être sa plus grande force, Winsky vint à la jeune fille, et, se penchant vers elle : \u2014\tVotre gouvernement m\u2019envoie en mission particulière, Marina.Oui, en France.Cela durera à peine quelques mois.Je suis attaché d\u2019ambassade, je dois obéir.Elle avait rejeté la tête en arrière, et le regardait avec une sorte de violence désespérée.Mais elle dit seulement : \u2014\tVoilà! Je suis donc encore un peu plus seule, désormais ! Le comte protesta : \u2014\tMon absence aura une si courte durée, Marina.Quelques mois, quelques semaines, devrais-je dire.Et même durant cet éloignement je saurai tout ce qui vous adviendra et ne cesserai de me tenir en pensée à vos côtés.De toute sa teqdresse il essayait de réchauffer, d\u2019encourager la jeune fille, déchiré lui-même par cette séparation dont il avait, jusqu\u2019à l\u2019extrême limite, retardé l\u2019aveu.\u2014\tPourquoi maintenant ?reprenait-elle avec entêtement, et non plus tard lorsque ce temps de noviciat qui me conduit au trône sera révolu ?J\u2019ai tant besoin de courage pour arriver jusqu\u2019au but.Avec patience il expliquait que les nécessités n\u2019attendaient point, qui déterminaient le Régent à envoyer une mission en pays étranger.Et il essayait de persuader Marina de l\u2019appui efficace qu\u2019il pourrait lui apporter hors de la Volnie.La jeune fille ne se révoltait plus.Elle écoulait, silencieuse et secrète.Lorsque Winsky se tut, elle murmura : \u2014\tVous avez sans doute raison, Pierre.Mais pourquoi faut-il que ce soit vous dont je perde l\u2019appui ?Il vit qu\u2019elle n\u2019était point convaincue, mais dominait sa déception avec cette terrible volonté d\u2019être digne de régner par tous les sacrifices, et la libre acceptation des épreuves.Et il se félicita de n\u2019avoir point attristé leurs dernières heures d\u2019intimité par l\u2019annonce trop hâtive de son départ.Une deuxième fois le jeune homme consulta sa montre.Marina comprit.Se levant, elle appuya sur une sonnerie et donna l\u2019ordre à un domestique d'apporter la pelisse du comte.Sans échanger d\u2019autres paroles les jeunes gens traversèrent la pièce et se rapprochèrent de la porte.Lorsque Winsky, ayant endossé son vêtement et enroulé autour de son cou un foulard de soie, se trouva prêt, la princesse lui sourit.Avec émotion, il éleva jusqu\u2019à ses lèvres, et baisa l'une après l\u2019autre, les mains de la jeune fille.\u2014 Au revoir, Marina.\u2014 Au revoir, Pierre.Et les yeux sur ceux du comte elle interrogea : \u2014 Vous quittez la capitale ?\u2014 Après-demain.\u2014 Et vous serez de retour pour.pour la cérémonie de cet été, n\u2019est-ce pas ?L\u2019HOROSCOPE DU \u2019\u2019SAMEDI\u2019\u2019 (Nouvelle série) 5\t2\t6\t4\t3\t8\t2\t6\t4\t3\t7\t2\t6\t5\t4\t7 A\tP\tL\tV\tU\tU\tA\tE\t0\tN\tS\tR\tG\tG\tU\t0 7\t4\t6\t5\t2\t8\t3\t6\t4\t2\t7\t5\t3\t6\t2\t4 Y\tS\tE\tR\tT\tN\tE\tR\tE\tA\tE\tE\tC\tE\tG\tT 7\t4\t2\t6\t5\t3\t8\t4\t2\t7\t5\t3\t6\t2\t4\t7 Z\tE\tE\tD\tA\tH\tE\tS\tZ\tM\tB\tA\tE\tV\tT\t0 7\t4\t6\t2\t8\t5\t3\t7\t4\t6\t2\t5\t3\t8\t4\t2 I\tR\tC\t0\tC\tL\tN\tN\t0\tE\tT\tE\tC\t0\tP\tR 8\t5\t2\t6\t4\t3\t7\t2\t8\t5\t3\t6\t2\t7\t4\t8 N\tS\tE\tP\tC\tE\tS\tB\tQ\tU\tU\tT\t0\tF\t0\tU 4\t6\t5\t7\t2\t8\t4\t3\t6\t5\t8\t2\t7\t4\t3\t5 L\tI\tR\tI\tN\tE\tE\tN\t0\tP\tT\tH\tE\tR\tI\tR 3\t5\t2\t4\t7\t3\t5\t4\t2\t8\t5\t3\t6\t2\t7\t4 Q\tI\tE\tE\tR\tU\tS\tU\tU\tE\tE\tE\tN\tR\tE\tX Comptez les lettres de votre prénom.Si le nombre de lettres est de 6 ou plus, soustrayez 4.Si le nombre est moins de 6, ajoutez 3.Vous aurez alors votre chiffre-clef.En commençant au haut du rectangle pointez chaque chiffre-clef de gauche à droite.Ceci fait, vous n\u2019aurez qu\u2019à lire votre horoscope donné par les mots que forme le pointage de votre chiffre-clef.Ainsi, si votre prénom est Joseph, vous soustrayez 4 et vous aurez comme clef le chiffre 2.Tous les chiffres 2 du tableau ci-dessus représentent votre horoscope.Droits réservés 1945, par William J.Miller, Kiny Featxires, Inc. 16 Le Samedi, Montréal, 13 octobre 1956 Oui.Lorsque vous monterez sur le trône de Volnie, je serai là, Altesse.Elle laissa son regard errer un instant dans la pièce, puis, le rapportant sur son ami : Et si.quelque événement imprévu m\u2019enlevait, pourtant, cette couronne?\u2014 Si cela arrive jamais, dit le comte gravement, j\u2019ai votre promesse et vous avez la mienne.Vous deviendrez ma femme, Marina.Dans un dernier élan de tendresse il étreignit les épaules de la jeune fille, puis, très vite, se détourna.A peine quelques minutes plus tard une rumeur, point celle du vent, monta vers la pièce close.C\u2019était le bruit sourd d\u2019une auto qui, à vive allure, quittait Owemberg.Alors Marina, princesse héritière de Volnie, revint lentement auprès de la cheminée, s\u2019assit dans l\u2019un des profonds fauteuils de fourrure, et, la joue posée sur la tête de son chien, pleura.Il Dans le chemin forestier, assez large, cependant, qui, de la route nationale, montait vers les hauteurs dominant Owemberg, deux hommes venaient de s\u2019engager.Ils avaient abandonné, à la lisière du bois, une auto puissante à long capot, aux nickels étincelants, et.de l\u2019allure tranquille de touristes que rien ne presse, ils s\u2019enfoncaient vers le coeur de la forêt.La douceur d\u2019un bel automne était autour d\u2019eux.Un soleil sans chaleur, mais encore lumineux, perçait à travers les branches à peine moins fournies, jetant, sur le sentier, des taches d\u2019or, que la brise faisait dansantes comme des flammes de cierge.La même brise charriait par les bois des senteurs mêlées de bruyère et de mousse, et, au passage, transformait en castagnettes les premières feuilles parcheminées.Assez loin, dans les bois, un oiseau modulait non pas un chant mais une sorte d\u2019appel régulier et mélancolique, sur lequel semblait se rythmer la marche des promeneurs.Le premier voyageur, tête nue, s'avançait avec une apparente nonchalance.Il avait, au passage, cassé d\u2019un coup sec une branche de noisetier, qu\u2019il balançait d\u2019une main distraite, tandis que son autre main soutenait une légère valise.Il était de taille élevée et possédait une remarquable aisance, une élégance faite à la lois de force et de distinction.Son visage avait cette beauté virile qui procède aussi bien de l\u2019expression que des traits.Ceux-ci en étaient fins, avec quelque chose de tourmenté dans les contours du menton et de la bouche volontaire.Un large front, au-delà duquel les cheveux châtains, abondants, étaient rejetés, des yeux d\u2019acier, qui, parfois \u2014 rarement \u2014 pouvaient bleuir et se fondre en une douceur caressante, renforçaient encore ce masque d\u2019énergie.Auprès de cette perfection physique, le compagnon du jeune homme paraissait sans élégance.Beaucoup plus âgé.du reste, ce second personnage.De taille moyenne, les cheveux grisonnants.le visage rond et les yeux vifs derrière une énorme paire de lunettes cerclées d\u2019écaille, il offrait, dans toute sa personne, un air d\u2019intelligence et de finesse.Comme le chemin, d\u2019une montée assez rapide, devenait une dure côte, le voyageur aux lunettes proposa : .\u2014 Sandorf, reposons-nous, voulez-vous ?\u2014 Dans un instant, répondit le jeune homme.Nous voici, je crois, au bout de nos peines.En effet, quelques mètres seulement séparaient les promeneurs du faîte de la colline où, sur un rocher moussu, en saillie au-dessus de la vallée, ils s\u2019assirent.Durant de longues minutes tous deux contemplèrent silencieusement le paysage que l\u2019ascension leur révélait.Puis Sandorf dit : \u2014 Ainsi voilà où, désormais, je dois vivre ?Le second promeneur acquiesça.\u2014 Voilà, Sandorf.Et, avec un demi-sourire : < L'endroit n\u2019est pas très gai, n\u2019est-ce pas ?Le jeune homme haussa légèrement les épaules.\u2014 Aucune importance.pour si peu de temps.Ensemble ils reportèrent leurs regards sur la vaste étendue qu\u2019ils dominaient, et se turent de nouveau.Le mont, au sommet duquel les deux voyageurs venaient de s\u2019arrêter, était l\u2019un des moins hauts parmi ceux qui, en une ronde ininterrompue, encerclaient une profonde vallée.Autour de celle-ci ils formaient une gigantesque barrière, lourde et serrée, dont une seule issue permettait la libre communication avec le reste du pays.D'abondantes forêts, aux inextricables taillis, habillaient les pentes d'arbres exubérants qui semblaient descendre vers la vallée comme coule l\u2019eau d'un fleuve.Mais parfois, dans cette trame verte, dans cette harmonieuse tapisserie, faite de cent vers différents, une déchirure se produisait.Venu d\u2019on ne savait quel profond bouleversement, des rocs noirs et rouilles avaient glissé, crevé la terre, labouré la forêt, tué les arbres ; et il fallait bien haut lever la tête pour apercevoir la paroi rocheuse dont ils s\u2019étaient détachés.Ils se dressaient, dangereux comme un inexplicable cataclysme, laids comme une inguérissable plaie, ajoutant à l\u2019austérité du lieu une note sauvage, presque effrayante.Cependant, sous le soleil léger et caressant, le visage de ce coin retiré de la Volnie semblait adouci.Au loin, coupant la vallée, une rivière, de son ruban d\u2019argent, nouait entre eux le farouche bouquet de monts.Elle enserrait une massive construction aux murs sombres, aux fenêtres étroites, et qui paraissait le génie enchaîné, autour duquel d\u2019autres mauvais génies pétrifiés montaient la garde.\u2014 Je comprends mal, murmura le plus âgé des voyageurs, après avoir longuement promené son regard sur le lointain château, je comprends mal que les souverains de Volnie aient choisi ce fond de vallée pour y construire une résidence.Quant à moi, la seule pensée d\u2019un hiver dans cette solitude me glace jusqu\u2019aux moelles.Vous êtes héroïque, Sandorf.Le jeune homme ne détourna pas les yeux de la sombre construction, tassée par l\u2019éloignement, et, de cette voix chaude et calme, riche en inflexions profondes, qui ajoutait encore à son charme, répondit : \u2014 Tous les souverains de Volnie ont eu, je crois, comme passion non point principale mais à peu près unique, la chasse.Or, quel plus merveilleux terrain, quelle réserve plus riche en loups, ours, sangliers et daims, que cette immense cuvette, alimentée par une douzaine de forêts 1 Quant à l\u2019agrément d\u2019un hiver en ces lieux, je vous accorde qu\u2019il sera mince.Tout en parlant le jeune homme venait de quitter sa place et, debout, le visage tendu, il semblait écouter un bruit perceptible à lui seul.Un instant plus tard il se tournait vers son compagnon.\u2014 N\u2019entendez-vous rien, Pétrow ?\u2014 Rien du tout, mon ami.\u2014 Mais si.Venez près de moi.Ecoutez.Le docteur Pétrow obéit.Debout, auprès de Sandorf, il distingua bientôt, en effet, le bruit calme et régulier de rudes sabots heurtant le sol.Mais, avant qu\u2019il eût parlé, le jeune voyageur tendit le doigt.\u2014 Trois cavaliers.Tenez, bien au-dessous de nous, dans le chemin que je prendrai tantôt pour descendre vers Owemberg.Le docteur Pétrow se pencha.A flanc de coteau, en effet, trois cavaliers, montant de beaux chevaux magyars à robe noire, apparaissaient et disparaissaient suivant l\u2019épaisseur dit bois.Un instant le voyageur attentif suivit des yeux le groupe encore lointain.Puis, sans bouger, il annonça : \u2014 La princesse Marina et ses deux frères.Sandorf.Vivement le jeune homme se pencha un peu plus.\u2014 Voulez-vous les voir de très près ?\u2014 Certainement.\u2014 Alors, suivez-moi.Docilement, Sandorf obéit, et s\u2019engagea, après son ami, dans le chemin qui conduisait à Owemberg.Après avoir parcouru peu de distance, d\u2019ailleurs, tous deux s\u2019arrêtèrent à un carrefour dont le centre s\u2019ornait d\u2019une icône de bois, rustique chapelle fréquente en Orient, où quatre routes différentes aboutissaient.\u2014 Dans quelque direction qu'aillent les princes ils passeront ici, affirma Pétrow, et le fourré est assez épais pour nous dissimuler.Avec décision les deux voyageurs traversèrent le rond-point et entrèrent dans le taillis.Les branches, un instant écartées, se rapprochèrent ; les massifs frôlés reprirent leur immobilité première, et rien ne sembla devoir trahir aucune présence.\u2014 Je n\u2019aime guère ce que nous faisons.murmura Sandorf avec une légère grimace.Le docteur lui imposa silence, et son doigt levé dans la direction du rond-point indiqua l\u2019approche des cavaliers.De l\u2019ombre de l\u2019allée ceux-ci émergèrent bientôt, avançant au pas de leurs chevaux dans le plein jour de la clairière.La princesse Marina venait la première, et, de loin, rien ne l\u2019eût distinguée de ses frères, car sa veste de coupe masculine, en drap marine, ses culottes de cheval, et ses hautes bottes de cuir fauve, ne faisaient point différer sa tenue de celle que portaient les princes.Comme eux, elle était tête nue, ses abondants cheveux noirs, emmêlés par la brise, tombant jusqu\u2019au col de son vêtement.Elle montait, avec une remarquable aisance, une bête de taille moyenne, comme tous les chevaux magyars, mais dont la crinière mouvante, l\u2019oeil brillant, et les mouvements prompts, indiquaient l\u2019impétuosité.Derrière la monture de la jeune fille allaient, étrier contre étrier, Mirko et Stéphane de Volnie.Le premier très pâle, avec un fin visage brûlant, un regard lumineux et triste, semblait ne se maintenir parfaitement droit en selle que par un effort de volonté.Le second, dont les traits étaient l\u2019exacte réplique des traits de Marina, portait en lui, dans tout son corps d\u2019adolescent magnifiquement campé, dans ses mains impatientes, dans ses regards jetés vers les êtres et les choses, une exubérance de forces vives, l'éclat d\u2019une vie intense.le don précieux et actif de la santé.Lentement les promeneurs passèrent devant les deux hommes, et, les frôlant presque, s\u2019engagèrent dans l\u2019un des chemins qui suivait la crête du mont.A peine les pas des chevaux se furent-ils éloignés que Sandorf abandonna le fourré.Il se débarrassa avec soin des feuilles mortes accrochées à son costume, secoua de ses épaules quelques fragments de ronces tenaces, puis, avançant dans le rond-point, il demeura immobile, les yeux attachés au sentier que les jeunes gens avaient pris.Lorsque le deuxième voyageur eut, à son tour, effacé de sa personne toute trace d'un étroit contact avec la forêt, il rejoignit Sandorf qui, alors seulement, se retourna.\u2014 Elle est très belle, dit-il d\u2019une voix dure.\u2014 Oui.acquiesça paisiblement Pétrow.Toutes les femmes de sa race l\u2019ont été.Le docteur s\u2019interrompit à peine et, levant sur son compagnon un regard brillant d\u2019ironie, derrière les verres de ses lunettes : \u2014 Cette constatation modifierait-elle en quelque manière que ce soit vos projets, Sandorf ?Un bref sourire fut la seule réponse que le jeune homme accorda à cette boutade.Il dirigea une fois encore ses yeux vers le chemin dans lequel, tantôt, avaient disparu les cavaliers, et reprit : \u2014 Le prince Mirko monte donc ?Pétrow inclina affirmativement la tête.\u2014 Oui, mais cet exercice le fatigue, et, seule, une tenace volonté lui permet de persister.La promenade terminée, d\u2019ailleurs, le prince reprend ses béquilles, et cesse de donner cette illusion d\u2019un être normal qui vous a tantôt surpris.\u2014 Quel âge, exactement ?\u2014 Vingt-trois ans.La princesse, elle, en aura vingt et un au prochain mois d\u2019août.Aussi son couronnement a-t-il été fixé à la fin de l\u2019été.Les voyageurs venaient, sans hâte, de reprendre leur marche.Pétrow continua : \u2014 Outre la princesse et ses frères, vous trouverez à Owemberg la comtesse Astianof, demoiselle d\u2019honneur de son Altesse, mais attachée à la famille princière beaucoup moins à titre utilitaire qu\u2019affectueux.« Il existe à Poldrina une comtesse Astianof, mère de celle-ci, et veuve, dont vous n\u2019entendrez guère parler car elle mène une vie assez dissipée.La demoiselle d\u2019honneur passe auprès de cette personne un mois ou deux palan.Le reste du temps elle demeure à Owemberg, auprès de la princesse Marina qui lui témoigne une grande tendresse.« Le Régent vient rarement au château.Il s\u2019y ennuie.Cependant le souci des apparences l'amène parfois à donner quelques jours à ses cousins.En somme votre service ne sera point compliqué par l\u2019étiquette, et telle maison bourgeoise de Poldrina eût bien davantage absorbé votre temps.Le docteur se tut, et les deux voyageurs continuèrent quelque temps encore leur promenade en silence.Puis, extériorisant une pensée qui l\u2019occupait depuis sa rencontre avec les jeunes gens, Sandorf remarqua : \u2014 Le prince Mirko seul paraît affligé d\u2019une santé précaire.Rien n\u2019indique chez son frère, et pas davantage chez la princesse, cette dégénérescence de race que le peuple de Volnie redoute.Pétrow secoua la tête.\u2014 Ne vous y trompez pas.Leur mère est morte très jeune, et, s\u2019ils sont toujours demeurés éloignés de la cour, c\u2019est que le climat rude mais sain d\u2019Owem-berg convenait seul à des organismes mal défendus.Sandorf ne répliqua point.Le visage pensif, il continua son chemin jusqu\u2019au moment où Pétrow, s\u2019arrêtant brusquement, posa une main sur son bras.\u2014 Je crois que je dois vous laisser, Sandorf.Vous voici assez près du but, et j\u2019ai, moi, pour retrouver l\u2019auto, une bonne heure de marche à accomplir.Sur l\u2019invitation du docteur, Sandorf venait de s\u2019arrêter.\u2014 C'est juste.Je m\u2019excuse de l\u2019égoïsme qui m\u2019a fait vous entraîner aussi loin.J'imaginais, ajouta-t-il, que nous avions encore beaucoup à nous dire.Pétrow secoua la tête.\u2014 Non.Ah! cependant, inutile de me nommer à propos de votre arrivée au château.Un ami qui venait dans la Le Samedi, Montréal, 13 octobre l'JSti vallée vous aura laissé près d\u2019Owem-berg.\u2014\tNaturellement.\u2014\tQuant à vos bagages, je crois qu'une auto du palais devait les prendre chez moi.\u2014\tOui, ce soir.Du reste, cette voiture était envoyée pour me ramener au château.« Son Altesse, conclut Sandorf d\u2019un ton léger, ne s\u2019offensera point, je l\u2019espère, de ce que je n\u2019en ai pas usé.Les promeneurs venaient de s\u2019arrêter au bord du chemin, qui, taillé en pleine forêt, s\u2019encaissait entre de hauts arbres.Ils n\u2019apercevaient plus la vallée, et point davantage les cimes proches des montagnes.Seul, le ciel pâlissant, qu\u2019effleurait le crépuscule, mettait son couvercle d\u2019ombre sur les sapins ; et ce fut sa lividité, annonciatrice de la nuit, et soudain aperçue, qui hâta les adieux des voyageurs.\u2014 Bonne chance, mon cher, murmura le docteur, en serrant vigoureusement la main tendue.Et prêt à revenir sur ses pas, il répéta encore : \u2014 Nous comptons sur vous.Bonne chance.S\u2019éloignant déjà sur le chemin, le jeune homme fit, sans se retourner, un dernier signe amical.Puis, toujours chargé de son léger bagage, il accéléra son allure et disparut bientôt aux yeux du docteur.Quelque temps encore Sandorf avança dans un fourreau d\u2019ombre où le soir traînait des pans de brouillard.Mais la pente du terrain décrit, les arbres s'espacèrent, et, après un brusque tournant, il découvrit la vallée.Sans qu\u2019il s\u2019en aperçût, sa descente l'avait exactement conduit, le chemin forestier, suivi depuis près d\u2019une heure, aboutissant à une route plus large dont l\u2019apparence était de desservir Owem-berg.Un instant, à la lisière du bois, Sandorf s\u2019arrêta, et, moins pour s\u2019orienter qu\u2019afin de satisfaire sa curiosité de voyageur solitaire, regarda longuement autour de lui.Très vite, la nuit venait.L\u2019échine bosselée des monts dentelait étrangement un ciel lourd de soie violette.Le long des forêts, des traînées de cuivre et d\u2019or, coulées par l\u2019automne, retenaient encore la lumière, mais, plus bas, la vallée avec ses prairies, ses rares maisons, sa rivière et ses bouquets de sapins, s\u2019enfonçaient dans l\u2019ouate du crépuscule, doucement.Assez loin, sur la droite du jeune homme, une lumière naquit, puis une seconde, et bientôt, trahie par chacune de ses ouvertures, une façade tout entière se devina.C\u2019était, devançant quelque peu l\u2019heure des lampes, le château d\u2019Owemberg qui s\u2019allumait.Sandorf avait quitté le couvert des arbres et avançait maintenant sur une large route bien entretenue.Chaque pas le rapprochait de la massive construction, sans aucune espèce de beauté architecturale, qu\u2019était la résidence princière, et lui permettait de mieux découvrir son visage farouche et inhospitalier de logis solitaire.Owemberg, construit dans la vallée du même nom par un souverain de Volnie passionné de chasse, n\u2019était entouré ni de parc ni de jardins.Sa première destination, celle d\u2019un rendez-vous, d\u2019où une société nombreuse pût se disperser, même courir le cerf ou le loup, l\u2019avait fait placer au coeur même des bois.Et si, par la suite, de nombreux arbres avaient, alentour, été abattus, afin d\u2019aérer l\u2019édifice, il n\u2019en demeurait pas moins que les premiers fourrés se trouvaient seulement à une portée de fusil de celui-ci.Par ailleurs, des murs épais, afin d'isoler les appartements du terrible froid des hivers, des ouvertures étroites, donnant peu de prise aux intempéries, un toit incliné, pour que ne séjourne point la neige, tel était Owem- berg.Presque aussi large que long, carré et trapu comme un rocher tombé des proches montagnes, le château offrait de spacieuses dimensions, peu en rapport, semblait-il, avec sa destination première.Un examen plus attentif découvrait d\u2019ailleurs bientôt que la demeure, agrandie et remaniée, avait, avec les années, et sans doute plusieurs fois, changé d\u2019aspect.De face elle présentait une triple rangée de fenêtres.Celles des étages étaient régulièrement percées aux endroits convenables.Mais, au rez-de-chaussée, très surélevé, les ouvertures, à deux mètres du sol, évoquaient le temps où l\u2019on devait se garder des bandes de loups affamés qui parfois, la nuit, acéraient leurs griffes aux volets mal clos.Ce souci d\u2019éviter certaines surprises qui, la chasse terminée, eussent été importunes, avait aussi présidé à la mise en place d\u2019une épaisse porte de chêne clouté, que nulle intempérie n\u2019avait entamée.Un perron d'une vingtaine de larges marches y conduisait, et Sandorf s\u2019apprêtait à le gravir lorsqu\u2019un lointain galop, ébranlant le sol, le fit brusquement se retourner.Sur la route qu\u2019il venait de parcourir, un cheval éperonné par son cavalier arrivait à fond de train.Il allait, rapide comme une flèche lancée droit à son but, et Sandorf craignit un instant qu\u2019il ne se fût emporté.Déjà le jeune homme avait jeté sa valise à terre, et s\u2019apprêtait à intervenir.Mais, à quelques mètres à peine du perron, la bête fut arrêtée d\u2019une vigoureuse secousse de rênes.Un instant cabrée, hennissante, elle parut lutter avec l\u2019homme et, de tout son obscur et sauvage instinct, chercher à se débarrasser de lui.Mais, très vite, ses fins jarrets se détendirent, et.domptée, elle retomba sur ses pattes, le poitrail couvert d\u2019écume, les membres encore agités de tressaillements.Au lourd bruit de grêle des sabots heurtant le sol un domestique était accouru.Le cavalier, maintenant à terre, lui jeta les rênes.Le visage animé et ravi il regarda autour de lui, et, apercevant le jeune homme, fit vivement quelques pas.\u2014 Etes-vous Monsieur Sandorf ?\u2014 Oui, répondit le voyageur.Et, tandis que les yeux sombres du cavalier l\u2019examinaient avec curiosité, il ajouta : \u2014 Vous possédez de remarquables talents équestres, prince Stéphane.Le prince se mit à rire gaiement.Mais Sandorf continuait : \u2014 Cependant votre nouveau précepteur se verra contraint d\u2019interdire des exercices aussi violents.Un passager étonnement traversa les prunelles du jeune homme, mais son visage enjoué ne s\u2019altéra point.Il tendit la main à Sandorf.Ensemble les jeunes gens gravirent l\u2019escalier, pénétrèrent dans le château, et Stéphane pria son compagnon d\u2019abandonner aux mains d\u2019un valet de chambre la valise qu\u2019il portait.Ils traversèrent ensuite un vaste hall auquel le plafond à poutres apparentes, les murs lambrissés de chêne à hauteur d\u2019homme, et le large escalier de bois bruni, donnaient une apparence rustique qui ne manquait pas de caractère.Accolé à l\u2019un des lambris, et sur plusieurs mètres de longueur courait un banc de pierre dont la blancheur, contrastant avec le fond des boiseries, mettait une note lumineuse.Plusieurs chaises espagnoles du XVIe siècle lui faisaient face et s\u2019espaçaient le long du deuxième mur.Enfin, placées au-dessus des lambris, et à peu de distance les unes des autres, d\u2019innombrables têtes naturalisées : ours, sangliers, daims et loups, rappelaient aux hôtes d\u2019Owemberg les miraculeuses chasses des temps révolus.Stéphane avait atteint l\u2019extrémité du Ça coule cher de fabriquet une bonne gazofrne «& HL La qualité de la gazoline a fait, en quelques années, de formidables progrès.Deux gallons d'aujourd'hui ont le même rendement que trois gallons d'il y a 30 ans.Il a fallu beaucoup d'argent pour découvrir et mettre au point les techniques et l'outillage requis à la fabrication de ces gazolines supérieures.LABORA to|Re J L'Impérial Oil, dont les laboratoires de recherches sur le pefrole sont les plus importants du Canada, a dépense, depuis 10 ans, *20 millions en recherches scientifiques.Pendant la même période, le perfectionnement de ses gazolines a coûté *65 millions à l'Imperial Oil.Ça coûte de plus en plus cher de fabriquer les gazolines qu'exigent des autos de plus en plus puissantes.IMPERIAL OlLUMfïtD 18 Le Samedi, Montréal, 13 octobre 1956 hall.Il poussa une porte, celle de la grande pièce qui était l'atelier de Marina, priant Sandorf d\u2019y attendre le retour de la princesse en sa compagnie.-\u2014Ceci est le domaine de ma soeur, dit-il.Comme elle voudra vous voir dès son arrivée, nous ferons, je crois, aussi bien, de demeurer ici.Il désigna ui\\, fauteuil à Sandorf, puis vint à la cheminée, où le feu mourait, pour rapprocher l\u2019un de l\u2019autre deux tisons.Discrètement les yeux du voyageur parcoururent la pièce.Les grands rideaux de soie pourpre avaient été tirés, et leurs plis harmonieux dissimulaient la large baie vitrée qui s\u2019étendait sur l\u2019un des murs de l\u2019atelier.Les autres murs disparaissaient sous les tapisseries, les châles, les broderies bulgares, dans une symphonie de teintes douces ou chatoyantes, vives ou effacées, mais toujours heureuses.Jonchant un tapis du même rouge violent que les riderux, plusieurs peaux d\u2019ours étaient jetées, dont l\u2019une, très grande, et très blanche, s\u2019étendait devant le foyer.Différentes tables aux belles sculptures, supportant livres et revues, plusieurs fauteuils profonds, recouverts de fourrure, des coussins, des tabourets bas, étaient dispersés au hasard.Contre l\u2019un des murs, et sous l\u2019étincelante guirlande de verre d\u2019une glace de Venise, s\u2019adossait un coffre magnifiquement enluminé.Enfin, dans une encoignure, ainsi que, la veille, celle-ci l\u2019avait laissé, se trouvait, sur le haut guéridon, et recouvert de gaze, le buste de Marina.Assis, maintenant, Sandorf regardait le jeune prince.Mieux qu\u2019il ne l'avait fait dans la forêt il admirait cet adolescent aux traits purs, au corps vigoureux, dont chaque geste trahissait une surabondance de vie, et l\u2019exubérance d\u2019une véhémente jeunesse.Après avoir assuré les bûches dans le foyer, Stéphane s\u2019approcha de son précepteur.\u2014 Par quels moyens êtes-vous arrivé jusqu'ici, Monsieur ?questionna-t-il.Le jeune homme allait faire la réponse convenue entre lui-même et Pétrow, lorsqu\u2019un bruit de voix, dans le hall, accompagné de pas rapides, se dirigeant vers la porte de l\u2019atelier, l\u2019en dispensa.Cette porte, du reste, s\u2019ouvrit aussitôt, et, dans son encadrement, apparut la princesse Marina.Elle descendait de cheval, et portait la tenue masculine que Sandorf lui avait déjà vue : culotte et veste de drap sombre sur un chemisier de toile blanche.Son visage, que l\u2019air de la course avait fouetté, se durcissait sous l\u2019effet d\u2019une contrariété violente, et les beaux yeux noirs brillants avaient perdu toute douceur.Elle ne vit point, tout d\u2019abord, le voyageur, mais seulement Stéphane, debout près de la cheminée, et dit froidement : \u2014 Mes compliments ! Tu es arrivé au château un grand quart d\u2019heure avant nous.Le prince avait légèrement rougi.Il balbutia : \u2014 Je ne pouvais plus supporter une allure aussi égale.Mon cheval s\u2019énervait.J\u2019ai dû lui rendre la main.\u2014 Et sans doute aussi le lancer à travers bois à une si folle allure que tu eusses pu vingt fois te rompre les os ?.Stéphane allait protester, mais un mouvement qu'il fit découvrit son compagnon, et les yeux de la princesse se posèrent avec surprise sur cet inconnu.Le jeune homme s\u2019était écarté.Monsieur Sandorf, dit-il, à Owem-berg depuis quelques instants, attendait ta venue en ma compagnie.L\u2019étonnement s\u2019accentua que traduisait le Visage de Marina.Elle enveloppa toute la personne du précepteur d\u2019un regard incertain, puis, sans hâte, tendit la main.\u2014 Soyez le bienvenu, Monsieur Sandorf, dit-elle d\u2019une voix égale.Je vous remercie de bien vouloir entreprendre une tâche devant laquelle de hautes capacités, et des expériences affermies par les années, se sont récusées.Une sorte de demi-sourire entrouvrit les lèvres de Sandorf.Comment lui faire mieux comprendre que, dans l\u2019attente d\u2019un professeur à cheveux gris, au dos courbé par l\u2019étude, sa jeunesse ne paraissait pas offrir toutes les nécessaires garanties.\u2014 A mon tour je vous remercie, Altesse, dit-il.Elle l\u2019interrompit.\u2014 Pas Altesse Mademoiselle.Ici, à Owemberg, l\u2019étiquette n\u2019existe point.Elle se détourna, et, s\u2019adressant à son frère, d\u2019une voix glaciale.\u2014 Tu peux nous laisser, Stéphane.Ah ! j\u2019y pense, tu préviendras les écuries que ton cheval étant trop nerveux pour que tu puisses t\u2019en servir, l\u2019un des hommes devra le prendre et le fatiguer pendant huit jours.Un sursaut d\u2019orgueil cabra le jeune homme.Ce blâme devant le nouveau venu, cette interdiction de monter, châtiment cruel de sa faute, le bouleversait de colère.Il serra les dents.\u2014 Je ne veux pas.\u2014 Et moi, je veux ! reprit Marina sans élever la voix, mais son regard fermement appuyé au regard du prince.Va ! Monsieur Sandorf t\u2019excuse.Quelques secondes encore Stéphane parut hésiter, et, sur son visage défait, l\u2019irritation, l'emportement, la révolte, surgirent et tour à tour se chassèrent.Puis, avec brusquerie, il tourna le dos aux jeunes gens et traversa précipitamment la pièce dont la porte se referma derrière lui.Lorsque, sur les dalles de pierre du vestibule, les pas du prince eurent décru, Marina attira à elle un fauteuil.Elle s\u2019enfonça profondément dans les coussins, croisa ses jambes guêtrées de cuir, et tenant sur son genou la cravache à pommeau de vermeil dont elle ne s\u2019était point séparée, appuya sa tête au dossier.\u2014 Vous voyez, Monsieur Sandorf, murmura-t-elle avec lassitude, quelle dure tâche vous est départie.Le précepteur avait pris le siège qu\u2019on lui désignait.\u2014 Je n\u2019en suis point effrayé, dit-il, en souriant.Et, comme pour lui-même, il acheva : \u2014 Ce n\u2019est point l\u2019espoir d\u2019heures égales et paisibles qui m\u2019a conduit à Owemberg.Elle le regarda silencieusement, mal habituée encore à l\u2019aspect du jeune homme, si différent de ce qu\u2019elle avait imaginé.Puis, elle interrogea : \u2014 M.Pétrow vous a dit quel serait votre rôle ?Sandorf inclina affirmativement la tête.\u2014 Monsieur Pétrow m\u2019a mis au fait de ce que votre Altesse attend de moi.Marina fronça les sourcils.Le précepteur se reprit : \u2014\tExcusez-moi, Mademoiselle.« Je sais, continua-t-il après une interruption de quelques secondes, que je dois consacrer tout mon temps aux princes, les accompagner dans leurs promenades, les aider dans leur travail, et doubler, s\u2019il le faut, les professeurs venus de Poldrina pour leur instruction.\u2014\tC\u2019est cela même.J\u2019ajoute \u2014 et après ce qu\u2019il vous a été donné de voir vous ne mettrez pas ma parole en doute \u2014 que le caractère extrêmement indépendant du prince Stéphane nécessitera une fermeté particulière.\u2014\tVous pouvez compter sur moi, Mademoiselle.Marina avait baissé les yeux vers le foyer.Distraitement elle tordait entre ses doigts sa cravache.D\u2019une voix amollie, elle reprit : \u2014\tLe prince Mirko, lui, ne vous donnera aucun mal.C\u2019est un être exquis et une intelligence d\u2019élite.Elle s\u2019interrompit encore, puis, relevant les yeux vers Sandorf, acheva : \u2014\tVous savez qu\u2019il est infirme ?\u2014\tJe le sais, Mademoiselle, murmura le précepteur.\u2014\tVous ne redoutez donc pas de vivre auprès d\u2019un être diminué, et auquel il faut le cacher ?Son visage s\u2019angoissait un peu dans l\u2019humiliation de l\u2019aveu, et, bien qu\u2019elle eût parlé fermement, Sandorf crut voir trembler les coins de sa bouche.Avec gravité, il affirma.\u2014\tS\u2019il dépend de moi, le prince Mirko ne se sentira jamais en état d\u2019infériorité envers qui que ce soit, Mademoiselle.\u2014 Merci, murmura la jeune fille en tendant spontanément la main.Puis, comme si elle regrettait cette minute d\u2019abandon et de faiblesse, elle se leva, et, sur un tout autre ton : \u2014 Je suis coupable de vous retenir aussi longtemps, Monsieur Sandorf.J\u2019aurais dû, d\u2019abord, vous faire conduire à votre appartement.Voulez-vous, en attendant l\u2019heure du repas, en prendre possession ?Déjà elle appuyait sur une sonnerie.Un valet de chambre parut.\u2014 Conduisez Monsieur Sandorf chez lui, ordonna-t-elle, et veuillez dire à l\u2019intendant qu\u2019il s\u2019occupe des détails de son installation.« J\u2019espère, Monsieur, ajouta-t-elle en manière de congé, que vous vous plairez à Owemberg.Avant de répondre, Sandorf s'inclina.\u2014 J\u2019en suis certain, Altesse, dit-il.Puis, il quitta l\u2019atelier, et, à la suite de son guide, gagna le hall et s\u2019engagea dans l\u2019escalier.Ill L\u2019atelier de la princesse Marina était la première pièce d\u2019une enfilade qui occupait, au rez-de-chaussée, la façade sud du château.Les pièces, toutes communicantes entre elles, constituaient l\u2019appartement particulier de la jeune fille et de ses frères, les chambres elles-mêmes de ces derniers s\u2019y trouvant comprises afin que fût évitée à Mirko la montée pénible d\u2019un étage.Aussi les jeunes gens vivaient-ils dans la plus complète intimité.Il suffisait à la princesse de traverser le salon contigu à son atelier, et d\u2019en pousser la porte, pour se trouver dans la vaste bibliothèque dont les princes avaient fait leur salle d\u2019étude.Et ceux-ci, leurs travaux terminés, pouvaient, sans emprunter le moindre couloir, venir terminer la soirée auprès de Marina et de la comtesse Astianof.De taille moyenne, mais admirablement proportionnée, le visage régulier sous une chevelure châtain-roux, et les yeux d'un vert changeant, la comtesse Nadiège occupait une grande place au château.Fidèlement attachée à Marina, bien que de deux ans plus âgée, elle remplissait auprès de la princesse les fonctions de demoiselle d\u2019honneur.Mais son rôle était, surtout, celui d\u2019une amie très chère, et sa présence affectueuse, toujours empressée, contribuait à rendre moins lourde à la jeune fille la solitude d\u2019un hiver à Owemberg.Dans le salon aux murs tendus de soie, aux tapis clairs, aux sièges recouverts de tapisseries au petit point, Nadiège achevait de servir le café.Toute la tiède douceur d\u2019une après-midi ensoleillée franchissait les vitres des fenêtres, caressait les portraits aux lourds cadres dorés, le grand lustre en cristal de Bohême, les vieux saxes disséminés sur les meubles.Cette lumière délicate, tamisée par de légers nuages, s\u2019accrochait, tenace, à la jeune [ Lire la suite page 22 ] j ÿS'.\u2019l \\ÿspl\u2018.\u2018.è Uj.JS'l'rfi ,'yV LIGNES HARDIMENT FUTURISTES Jusqu\u2019à quel point la Meteor \u201957 est-elle nouvelle?A tous points de vue! Souplesse .Robustesse .Dynamisme .Elégance ., Autant de qualités qui détruisent tous les préjugés qu\u2019on entretient encore pour la catégorie des voitures à prix modique.Elle est vraiment une voiture de grande classe: d\u2019abord par la puissance qui caractérise les 24 modèles des cinq séries Meteor, par le confort que procurent ses nouvelles banquettes surbaissées entre les longerons du cadre .et naturellement, par l\u2019élégance incomparable de sa basse silhouette .ce qui en fait une véritable voiture de luxe, toute fière de sa fabrication entièrement canadienne et bien digne du nom Meteor.Allez voir la magnifique Meteor \u201957 aux lignes hardiment futuristes.Un seul coup d\u2019oeil vous fera mesurer sa hauteur .son toit est à quatre pieds et trois quarts du sol! Prenez place derrière le nouveau volant de sécurité à moyeu en retrait et abandonnez-vous un instant à une douce rêverie! Il en coûte si peu pour que cette voiture soit vôtre! 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