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Titre :
Le samedi
Éditeur :
  • Montréal :Société de publication du "Samedi",1889-1963
Contenu spécifique :
samedi 20 juillet 1957
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque semaine
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[" No 11 Montréal, 20 juillet 1957 annee LE MAGAZINE NATIONAL DES CANADIENS 10 cents £>1ÇSSSSS MANOIR.MpN REPOS imn gWMBflJ ÈSSSTl MANOIR MON REPOS\" L\ti\tà\t \t¦ i p-\t Dans la montagne .dans la plaine .dans toute l'immensité de notre pays.les automobilistes se guident par ces points de repère.C'est grâce à ces enseignes que nous suivons la route sûrement, en toute confiance.Et quand l'aiguille au cadran indique un réservoir presque vide, ou que des dillicultés inattendues arrivent, l'Etoile Rouge avec \u201cT\u201d nous fait signe et nous promet du service et des produits de haute qualité.Seule, Texaco Sky Chief est \u201cextra-chargée\u201d de Petrox \u2014un élément à base de pétrolequi lui est exclusif; elle réduit l'usure du moteur et les frais d'entretien.Elle vous donne plus de milles au dollar.Vous pouvez maintenant tirer de votre moteur le maximum de puissance et de souplesse sans cognements \u2014 grâce à la Sky Chief à indice d\u2019octane plus élevé que jamais.La prochaine fois, faites le plein avec la Sky Chief additionnée de Petrox\u2014et vous sentirez une différence.VOYEZ VOTRE ACCUEILLANT R TEXACO C\u2019EST UN DÉTAILLANT DE McCOLL-FRONTEN AC OIL COMPANY LIMITED Fabricants et distributeurs au Canada des produits pétroliers Texaco TEXAC ¦ \t\t \ty y\t \t\t .% Le Samedi, Montréal, 20 juillet 1957 3 ! Ml > à Lorsqu'il n'y seconde à perdre a pas une Le fer à vapeur GE émet la vapeur en l'espace de secondes.repasse tout avec facilité ! Pour les repassages à la hâte de votre garde-robe, de fait pour tous les repassages de la famille, le fer à vapeur G-E n\u2019a pas son pareil ! Si facile à utiliser, si rapide, il se transforme instantanément pour le repassage de votre choix, à sec ou à la vapeur .des épais lainages et cotons aux délicates soieries et rayonnes, même les velours.Le fer à vapeur G-E est complètement automatique, émet rapidement la vapeur, sûrement une goutte à la fois.Au simple toucher d\u2019un bouton il devient un fer idéal pour les repassage à sec.Voyez le fer à vapeur à toutes fins General Electric en vente chez votre marchand G-E local.CANADIAN GENERAL ELECTRIC FER À VAPEUR GENERAL ELECTRIC COMPANY LIMITED 4 Le Samedi, Montréal, 20 juillet 1957 Quel rapport existe-t-il entre les girafes et l\u2019hypertension?Dans sis ki cm rciii s afin d'obtenir de nouvelles connaissances à propos de maladies étranges, la science médicale prend quelquefois de curieux détours.Par exemple, les médecins ont traqué des girafes et les ont gardées en captivité afin de mesurer leur pression sanguine.Ils ont découvert qu\u2019une pression extraordinairement élevée est nécessaire pour pomper le sang du coeur au cerveau d'une girafe \u2014 une distance de 14 à 15 pieds.Cependant, le cœur et les vaisseaux sanguins de la girafe ne sont pas tendus.Les médecins essayent de mieux comprendre ce phénomène, dans l'espoir d'obtenir ainsi de nouvelles connaissances sur la haute pression sanguine ou hypertension, cette maladie dont souffrent quelque cinq cent mille Canadiens.Dans les cas d'hypertension, certaines artérioles se resserrent de sorte que le cœur doit travailler plus fort afin de maintenir le Ilot du sang par tout le corps.Heureusement, la plupart des cas d'hypertension peuvent être traités grâce à des soins appropriés.On peut souvent maîtriser cet état en évitant l'inquiétude, la tension et le surcroît de travail, qui font augmenter la pression sanguine et tendent à la maintenir excessivement élevée.Si sous soulTrez d\u2019hypertension, votre médecin peut vous recommander un mode de vie spécialement adapté à vos besoins.I titre autres, il vous donnera probablement les conseils suivants: 1.\tPrenez assez de repos, sans oublier un petit somme chaque jour, et de S à 9 heures de sommeil chaque nuit, étant donné que la pression sanguine diminue ordinairement durant le repos.2.\tlévite/, la fatigue.Si vous vous arrêtez avant d\u2019être fatigué, vous pouvez ordinairement faire plus de travail, à la longue, et vous pouvez éviter la tension et l'irritabilité qui résultent de la fatigue.3.\tSurveillez votre .Voilà un facteur important dans le traitement et même dans la prévention de l\u2019hypertension.Au fait, l'hypertension est quatre fois plus répandue chez les hommes obèses que chez ceux qui sont trop maigres.N'oubliez pas que l'on pèse ordinairement trop parce que l'on mange trop.atteint l'âge mûr, ceux qui sont obèses ou ceux dont le père ou la mère ou les proches parents ont une pression sanguine élevée devraient prendre encore plus de précaution.Celui qui fait de l'hypertension devrait voir son médecin régulièrement.On peut alors prévenir des complications, les retarder ou les traiter promptement si elles surviennent.Si des changements dans votre mode de vie ne vous permettent pas de maîtriser l'hypertension, votre médecin aura peut-être recours à d\u2019autres traitements, y compris des médicaments, un régime alimentaire approprié ou la chirurgie.Ordinairement, il est plus facile de maîtriser l\u2019hypertension quand on la découvre de bonne heure.Aussi importe-t-il hautement que chacun se fasse examiner périodiquement.Ceux qui ont COYTBIGHT CANADA, 1B57\u2014METIONOLITAN LIAI IN3UBANCE COMPANY Metropolitan Life Insurance Company (COMPAGNIE À FORME MUTUELLE) Mais ceux qui souffrent d\u2019hypertension et qui ont la sagesse de ralentir leur train de vie et d'éviter les inquiétudes ont de bonnes perspectives de vie longue et utile.La brochure de la Metropolitan inhalée \"Votre Cœur\u201d contient d'autres enseignements utiles et intéressants à topos de l\u2019hypertension.Servez-vous ii coupon ci-dessous pour commander otre exemplaire gratuit.Metropolitan Lifo Insurance Co.Direction Générale au Canada (Dépt.H.VV.) Ottawa 4, Can.Veuillez m\u2019envoyer un exemplaire gratuit île votre brochure intitulée \"l'ture Coeur' 77-S.La Siège Social: New-York\tNom Direction Générale au Canada: Ottawa Rue.Ville .Prov.CONNAIS-TOI TOI-MEME Characters par criture \u2014 par RÀNY réponse à Rita B.ISte-Rose) Vous êtes d\u2019une délicatesse vraiment féminine et votre docilité se confond toujours avec le plus grand dévouement.Il vous arrive de temps à autre d\u2019exprimer une fantaisie, mais vous osez si peu souvent que l\u2019on ne vous prend jamais au sérieux.Alors, vous vous retirez aussi vite avec le plus beau sourire quelque peu nostalgique et vous continuez de ne jamais penser à vous.Vos ambitions majeures sont plutôt d\u2019ordre spirituel, mais même dans ce domaine, il n\u2019y a aucune précision, vous errez toujours, vous n\u2019avez trouvé, selon vous, aucune formule concrète pour les satisfaire.Vos activités sont silencieuses, mais débordantes, les tâches ingrates ne vous effraient jamais.Il vous arrive cependant des moments d\u2019énervement de sorte que vous croyez perdre tout contrôle, mais non, il vous reste encore assez de souffle pour vous ressaisir.Ne renouvelez pas l\u2019expérience trop de fois, vous pourriez vous heurter bien fort, un jour.Si vous aviez des loisirs plus dégourdissants, vous donneriez à toute votre personne une allure un peu plus dynamique et ce serait épatant, n\u2019est-ce pas ?réponse à Jane G.Ne vous excusez pas de la longueur de votre lettre, c\u2019est tout à fait ce que je désire.A votre fige, l\u2019on peut vraiment aimer, mais perdent la moitié de leur vertu.Vous voulez toujours aller de l\u2019avant, vous ne regardez jamais en arrière, l\u2019expérience ne vous profite jamais.Pour vous, la vie est un éternel recommencement, il faut suivre son cours tel qu\u2019il se présente.Bon voyage alors ! réponse à Gisèle de Drummondville La taquinerie est vraiment un de mes points faibles.Elle me serf admirablement bien, surtout lorsqu\u2019il me faut éviter le ton ambigu.Quant à vous, il est toujours préférable d\u2019employer le langage direct, je crois, même si votre esprit bien éveillé s'amuse de toutes subtilités.Il ne faut jamais vous conter des blagues, vous prenez trop à la lettre tout ce que l'on vous raconte.Lorsque vous réalisez ce manège, vous devenez furieuse, mais pour un seul instant, car presque aussitôt vous êtes prête pour un autre piège.Tout le monde s'amuse bien en votre compagnie, .vous êtes si impulsive.Vous prônez des principes bien rigides, mais vous dépensez plus d'énergie à les défendre qu'à les mettre en pratique.Comme le texte est insuffisant, je ne puis continuer plus loin.Revenez-moi donc au plus vite.réponse à Ti-Zeb Vous n\u2019êtes pas « impossible », comme vous le dites, mais vous bougez constamment.Vous avez toujours été si débordée de travail que Ecrivez à Rony, à l'encre, sur papier non ligné, format 8V2\" x 11\", un texte de votre composition, en signant de votre nom réel ou fictif.Rony analysera gratuitement votre écriture et en fera paraître les résultats dans cette chronique.Les personnes qui désireraient recevoir une réponse personnelle plus complète n'ont qu\u2019à le mentionner en ajoutant une enveloppe affranchie et Rony leur fera connaître ses conditions.On écrit à RANY, Magazine \"LE SAMEDI\u201d.975.rue De Bullion, Montréal 18, Qué.\t' c\u2019est tout de même un peu trop jeune pour se mettre les responsabilités d'une famille sur les épaules, pas vrai ?Je vois que vous avez beaucoup de courage et que votre coeur est plus grand que le monde.Aussi, vos élans de générosité ne se font jamais attendre, mais attention, vous ne pouvez encore contrôler au maximum vos émotions et il serait néfaste de vous torturer outre mesure pour des motifs non encore valables, du moins selon toute apparence.Votre sens des responsabilités est fort développé pour une si jeune demoiselle, vous comprenez ce que signifie la collaboration.Vous auriez donc intérêt à utiliser davantage vos capacités intellectuelles.En effet, votre esprit d\u2019observation saisit toujours à temps le trait piquant de toute situation, votre facilité à comprendre le point de vue de l\u2019autre est étonnante.Pourquoi alors ne prépareriez-vous pas les voyages en perspective par la lecture ?Votre optimisme n\u2019est pas tapageur, mais il n\u2019en est pas pour cela moins résistant.Patientez alors, mais ne vous ennuyez pas trop.réponse à Raymonde (Québec) Je ne suis pas tout à fait de votre avis, chère Raymonde, il vous en reste une dernière illusion, c'est justement celle de croire les avoir perdues toutes.A travers votre désespoir, et votre fatigue générale, il y a un élan de confiance vers l'avenir.Vous manquez souvent de souffle, vous faites des pauses prolongées, mais vous avancez envers et contre tout.Il semble y avoir un conflit à la base de votre éducation, vous êtes attirée par deux courants à peu près opposés, votre nature émotive supporte mal les règlements, les sévissements, mais vos tendances le plus souvent peu modérées et votre silence obstiné provoquent des réactions très vives.Ce qui fait qu'aujourd'hui vous vous présentez comme une jeune fille qui ne s'est pas vraiment trouvée, qui s'analyse sans cesse, qui se retire de plus en plus de la circulation mais qui a un besoin constant d'autrui.Au fait, il vous faut toujours une justification de vos opinions et de vos comportements.Pourquoi donc ces hésitations ?Votre originalité fait de vous une personne fort agréable lorsque vous consentez à sortir de votre retraite.Le soleil est pourtant bien invitant à cette période de l\u2019année.réponse à Rousse Certes, vous ne devez pas manquer d\u2019attraits physiques, et puis vous ne devez jamais les ! négliger.Malgré tout votre succès, vous en-j tretenez un certain mécontentement général J vis-à-vis de vous-même.Vous faites souvent | l\u2019enfant à ce propos.Tout ce qui vous contrarie, vous essayez de l\u2019éviter, au détriment | de tous et chacun, excepté de vous-même, bien entendu.C\u2019est bien surprenant, votre ! éducation semble d'un fini assez durable.Mais, « chassez le naturel et il revient au 1 galop ».Malgré tout, vous savez vous imposer cer-; taines disciplines à la condition qu\u2019elles vous conduisent assez immédiatement à un but précis à très courte échéance.Sans cela, il est.à peu près impossible de vous faire prêter j main-forte à qui que ce soit en dehors de votre routine.Il vous arrive des élans de i générosité subits, mais ils sont si rares qu\u2019ils vous ne vous êtes jamais arrêtée bien longtemps sur toutes sortes de détails de moindre importance.Vous avez tellement l\u2019habitude de vous dépécher que tout mouvement au ralenti vous fatigue, vous énerve.Il est vrai que vous jouissez d\u2019une vitalité extraordinaire.Vous aimez rire et chanter, mais vous ne recherchez jamais les distractions les plus dispendieuses et les plus extravagantes.Vous vous contentez du présent agréable, vous oubliez la journée fatigante d\u2019hier et vous ne vous tourmentez pas trop pour demain.Pourtant vous brassez plus d\u2019une chose à la fois.C\u2019est le cas de le dire, le travail ne tue pas.Si vous aviez dépensé la même énergie à m\u2019écrire, j\u2019aurais eu plus d\u2019un chapitre, mais vous vous êtes contentée d'une introduction.A quand le reste ?réponse à « Sans la foie » Je ne sais trop où vous dissimulez votre pessimisme, mais je n'en découvre aucune trace.Vous êtes simplement nostalgique et puis vous êtes portée à exagérer tout ce qui vous arrive, autant les joies que les peines.Lorsque vous pleurez, vous le faites à chaudes larmes, et vous voyez tout en noir, lorsque vous êtes dans la joie, tout de suite la crainte s\u2019empare de vous, tellement votre joie est immense.Si vous étiez pessimiste, vous accepteriez tout avec un fatalisme oriental, vous garderiez vos plus profonds désirs pour vous-même ef vous trouveriez une raison de vertu à votre entière soumission.Mais il n'y a rien de tout ceci.Vous n\u2019êtes pas du tout rebelle, mais votre philosophie est loin d'être négative, vous parlez tout haut quand il le faut.L'on peut vous émouvoir facilement, mais vous pouvez vous affirmer en temps opportun.Vous devez croire au pouvoir magique du sourire pour faire oublier les pires désastres.Donc sans la joie, à votre visage, l'on ne vous reconnaîtrait plus.Pas vrai ?réponse à Perle d'Ambre En effet, plus d\u2019une contradiction se rencontrent dans votre graphisme.Vous connaissez bien le cycle des quatre saisons, autant que celui de la lune.Au fond, vous n\u2019êtes pas compliquée du tout, c\u2019est à vous que vous avez joué le plus de tours, vous n\u2019avez jamais voulu vous avouer vos petites faiblesses et vous avez toujours montré le côte extravagant de votre personnalité.Ce n\u2019est pas par non-franchise, c\u2019est par absence de confiance en vous-même.Aujourd\u2019hui vous voulez vous affirmer, car vous avez des idées, du bon sens et du dynamisme.mais comme vous n\u2019avez pas d'entraînement.il y a plus de coups de feu que de victimes.Vous me paraissez bien jeune, d'ailleurs, et les événements se chargeront bien de vous faire vieillir assez vite.Seulement vous souffrirez la première de votre comportement, votre orgueil ne vous permet jamais de vous montrer telle que vous êtes, ou bien vos excès de simplicité font de vous une personne inconséquente.Ouvrez grands vos yeux et puis jugez.réponse à Andréanne ISt-Honorél Tout de suite je me rends compte que vous devez accomplir toutes les tâches confiées l Suite à la page 42/ 4 Le Samedi, Montréal, 2(1 juillet 1957 5 par Odette OLIGNY Ala télévision, les programmes-questionnaires, les « quizz » comme on dit plus couramment, atteignent-ils toujours leur objectif, qui est double, savoir : distribuer des prix aux gagnants et instruire le grand public, tout en l\u2019amusant ?Il en est d\u2019excellents, d\u2019autres un peu moins et les téléspectateurs n\u2019ont pas besoin de guide pour franchir la ligne de démarcation.S\u2019imagine-t-on tout ce que c\u2019est, comme travail, la mise en mouvement d\u2019un programme-questionnaire ?Et tout le travail préliminaire que cela demande ?Pour en avoir le coeur net, je me suis adressée à la personne qui en a eu l\u2019idée et qui fait, après maintes recherches, (il ne s\u2019agit pas de se tromper) les questions et réponses, les premières étant posées aux concurrents, les secondes restant, jusqu\u2019au moment stratégique, le secret du maître de cérémonies \u2014 meneur de jeu.Trouver le moyen d\u2019interviewer Laurette Auger n\u2019est pas tout à fait une sinécure.Cela se comprend.Elle travaille tant qu\u2019elle a peu de minutes à consacrer au supplice de la question.Tout de même, juste au moment où elle prenait la route pour la fin de semaine, j\u2019ai pu passer avec elle un agréable quart d\u2019heure.Si Laurette Auger ne parle pas tellement volontiers d\u2019elle, il est relativement facile d\u2019en obtenir qu\u2019elle nous entretienne des activités de Jean Des- prez, son alter ego, comme chacun sait.\u2014 Vous avez pris ce pseudonyme dès le tout début de votre carrière de scriptrice pour la radio, Madame Auger.Y avait-il une raison majeure ?Elle sourit à de lointains souvenirs et répond : \u2014 Je crois bien.Lorsqu\u2019il y a quelque dix-sept ans, je commençai d\u2019écrire « Jeunesse Dorée », et « C\u2019est la Vie », où je faisais évoluer divers personnages à « La Bergerie », les commanditaires éventuels commencèrent par refuser d\u2019emblée (voyons, était-ce possible, était-ce réalisable ?) le programme de radio, le roman-fleuve écrit par une femme.Je le remaniai légèrement, je pris le pseudo masculin de Jean Des-prèz et ces messieurs, absolument convaincus de la qualité des textes soumis et évidemment sortis d\u2019un cerveau masculin, les acceptèrent sans les discuter.\u2014 Il n\u2019y a que la foi qui sauve!.Mais qu\u2019ont-ils dit lorsqu\u2019il leur a bien fallu, devant le succès des programmes, rencontrer l\u2019auteur ?\u2014 Ils n\u2019ont rien dit, je crois qu\u2019ils étaient convaincus, ce qui fait que, par la suite, d\u2019autres commanditaires ont eu plus de confiance en l\u2019esprit des femmes et leurs capacités de rédaction.\u2014 En somme, vous avez montré le chemin à plusieurs des scriptrices d\u2019aujourd\u2019hui.\u2014 Je le crois.Il y fallait un certain courage, mais cela.\u2014 Cela, personne n\u2019a jamais douté du vôtre.Jean Desprèz est avant tout une grande travailleuse.On l\u2019aime ou on ne l\u2019aime pas, comme auteur aussi bien que comme individu, comme être humain : nul ne peut tout de même lui enlever cette qualité : elle travaille à elle seule comme six autres.Imaginez ce qu\u2019elle mène de front: «Jeunesse Dorée », depuis 14 ans, « Docteur Claudine » qui va avoir sept ans, sans parler du journalisme hebdomadaire, de la participation intermittente à quelques programmes de radio ou de T.V.et enfin, les recherches pour «Faites vos jeux».Il faut avoir un peu d\u2019expérience dans l\u2019un ou l\u2019autre domaine pour se rendre bien compte.Les programmes n\u2019attendent pas et nulle excuse n\u2019est valable aux yeux d\u2019un réalisateur, responsable devant des milliers d\u2019auditeurs.\u2014 J\u2019ai aussi beaucoup aimé, reprend Jean Desprèz, la série «Je me souviens ».Ce fut, pendant 2G semaines, un programme basé sur l\u2019histoire du Canada.Des faits authentiques, plus ou moins romancés, mais vrais en leur essence.Et il n\u2019en manque pas.\u2014 La «petite histoire» est toujours plus intéressante et pittoresque que la grande, et ceci, dans tous les pays du monde.Mais dites-moi, Jean Desprèz comment vous est venue l\u2019idée du dernier en date de vos programmes ?\u2014 Il y a longtemps que je cherchais une formule de programme-questionnaire qui sorte un peu de la routine, du train-train ordinaire, qui soit télégénique, et qui ait, à la fois, les qualités du «S.V.P.» du regretté Louis Francoeur et de « Match-Inter-Cité ».Un programme qui serait instructif sans tomber dans l\u2019excès, amusant sans être burlesque, intéressant sans être prétentieux, bref, un programme qui amuse, tout en instruisant ou, si vous aimez mieux, en rappelant des choses qu\u2019on a sues, mais oubliées.\u2014 Et vous en êtes contente ?\u2014 Je ne crois pas que ça ait tellement mal débuté.Certes, il y avait quelques scories, que les programmes subséquents ont éliminées.Je puis dire que « Faites vos jeux » est très bien réalisé par Philippe Fiset et son assistante, Suzanne Lapierre.Ils me font tous deux du travail intelligent et vous savez qu\u2019en somme, dans un programme, quel qu'il soit, la réalisation ne peut être médiocre sans que le tout n\u2019en subisse le choc en retour.\u2014 Et Jacques Normand ?\u2014 Il m\u2019a surprise.Il fait preuve de bien plus de discipline qu\u2019il n\u2019en a jamais montré par le passé.Au début, il était un peu nerveux, mais je crois qu\u2019il prend toutes ses responsabilités et qu\u2019il aime ce qu\u2019il fait.J'ai une envie folle de quitter Jean Desprez pour poser des questions à Laurette Auger sur sa fille Jacqueline, qu\u2019elle adore, comme chacun sait.L\u2019auteur radio-télégénique disparaît à l\u2019instant et il n\u2019y a plus devant moi qu\u2019une maman très fière, qui parle de sa fille, de son grand amour.\u2014 Jacqueline va avoir IG ans, dit\u2014 C\u2019est ici, dans ce vaste cabinet de travail, que naissent les programmes radio et T.V.signés Jean Desprez.Elle tape directement à la machine et ne dicte pas.Devant elle son épagneul blond, fidèle ami, et au mur, la photo de Jacqueline, sa fille, en robe de première communion.clic.C\u2019est une jeune fille maintenant.\u2014 Et qu'a-t-elle l\u2019intention de faire dans la vie ?C\u2019est une question qu\u2019on ne posait autrefois qu\u2019aux mamans de fils, mais de nos jours, il faut armer aussi bien les jeunes filles que leurs frères.\u2014 Elle a fait des études variées, le chant, tout d\u2019abord, (elle est soprano) un peu de musique (piano).Mais en ce moment, c\u2019est aux Beaux-Arts qu\u2019elle se consacre.Elle a commencé la peinture à l\u2019Institut Pédagogique.\u2014Elle ne doit donc pas faire de peinture non figurative.\u2014-Tout de même, elle fait du moderne.Ce n\u2019est pas croyable comme les religieuses enseignantes comprennent les aspirations des jeunes à elles confiées.Elles leur laissent exprimer leurs idées et leur enseignent la technique sans nuire à leur tempérament.\u2014 Jacqueline veut donc devenir peintre ?¦\u2014C\u2019est-à-dire que ce qui l\u2019intéresse surtout, et ce qu\u2019elle réalisera probablement, ses cinq ans de Beaux-Arts terminés, c\u2019est le décor de théâtre, les costumes, peut-être la mise en scène et assez d\u2019architecture pour faire les décors après les avoir imaginés.\u2014 Elle a de qui tenir si elle aime le théâtre.Vous-même avez eu une carrière de comédienne, tant à Hull (votre ville natale si j\u2019ai bonne mémoire) qu\u2019à Montréal ?\u2014 J\u2019ai moins joué sur scène que professé ; la diction, l\u2019éloquence, même sacrée, l\u2019art dramatique.Oh ! sans doute en ma prime jeunesse, j\u2019étais la jeune première, à Ottawa, qui faisait alors pas mal de théâtre.\u2014 Vous avez remporté plusieurs trophées ?\u2014 J\u2019ai reçu le premier Trophée Bess-borough, puis le Prix Lenormand, à Ottawa, pour la production et la mise en scène.\u2014 Et le cinéma?Je crois que là aussi vous avez été la pionnière ?\u2014 Oui, avec « Le Père Chopin », qui marche encore d\u2019ailleurs.On le voit de temps en temps, dans les cinémas de villages.J\u2019ai «aussi été la première à donner, à la radio (puisque la T.V.n\u2019existait pas encore), les adaptations des grands classiques français.\u2014 Nous nous en souvenons tous.Peu de gens, du moins dans le grand public, connaissaient les Corneille, les Racine, les Molière.Aujourd\u2019hui, les jeunes en sont pénétrés.Nous bavardons depuis tantôt vingt minutes et Jean Desprez doit partir, dans la voiture de Laurette Auger.\u2014 Chaque fin de semaine, dit-elle, je vais ainsi à Hull, enfin, aux environs, où j\u2019ai une maison de campagne et où je vais aussi voir mon vieux papa, qui a 75 ans et se porte comme un charme.Jacqueline y vient aussi, si bien que nous vivons la vraie vie de famille. Le Smnedi, Montréal, 20 juillet 1957 S PLEINS FEUX SUR Le Duc de Windsor sera-t-il exilé à vie ?Ies Londoniens pouvaient voir ces derniers temps un homme heureux parcourir les rues de leur ville, sortir même d\u2019un magasin de chapeaux de la rue St.James.Il semblait si heureux d\u2019avoir acheté un chapeau, d\u2019être dans cette rue merveilleuse de Londres,.d\u2019être en Angleterre.C\u2019était le duc de Windsor.Il essayait de voir le maximum de Londres qu\u2019il aime tant, pour mieux supporter une longue et nouvelle période d'exil.Le séjour du duc et de la duchesse dans la capitale britannique a été de courte durée : trois jours.C\u2019est peu pour un homme qui préférerait vivre en Angleterre plutôt que partout ailleurs.Pourquoi ne peut-il rester dans le pays qu\u2019il aime par-dessus tout ?Son exil était certainement indispensable, il y a vingt ans, au moment de l\u2019abdica- ' i « IB lion.En outie, si la Duchesse avait eu un fils, ce dernier aurait pu gêner le Prince Charles.Mais, maintenant, la présence du Duc pourrait-elle nuire en quelque façon à la famille royale ?Ce n\u2019est certainement pas la Reine Elisabeth qui désire punir son oncle en l\u2019exilant.Ce n\u2019est pas elle qui a demandé au Duc et à la Duchesse de partir en Amérique durant son dernier séjour en France.Ils ont sans doute préféré être loin de la France plutôt que d\u2019être les seuls citoyens britanniques de Paris à n\u2019être pas invités à la soirée organisée par l\u2019Ambassade de Grande-Bretagne.Si le Duc de Windsor pouvait vivre tranquille en Angleterre, sa présence ne nuirait certes à personne.Pourquoi ne le lui permet-on pas ?Jeunesse américaine monogame La jeunesse actuelle des collèges américains est scandalisée par les coutumes de leurs parents.Trois anciens d\u2019un collège questionnaient, il y a peu de temps, un représentant de la génération incriminée : \u2014 Comment rencontriez-vous une jeune fille ?\u2014 A un bal, parce qu\u2019elle dansait bien, qu\u2019elle était spirituelle, ou simplement qu\u2019elle était « bien faite ».Si on s\u2019entendait bien, on se revoyait ou, sinon, on en rencontrait d\u2019autres.\u2014 Mais alors, si un de vos amis amenait une jeune fille, voulez-vous dire que vous demandiez un rendez-vous le jour même ?\u2014 Mais, bien sûr, répondit-il, c\u2019est ainsi qu\u2019on fait des connaissances.Aujourd\u2019hui, un garçon qui cherche à prendre les amies de ses camarades est considéré d\u2019un très mauvais oeil.Il y a quelque temps, un membre d\u2019un club de jeunes rencontra, à une soirée, une jeune fille amenée par un autre membre.Ce fut immédiatement le «oup de foudre.Quand le fait fut connu de tous, on songea à expulser le coupable du club.11 fut toutefois acquitté, car on découvrit par la suite qu\u2019il ne s\u2019agissait pas d\u2019un véritable « vol \u2022>, car la jeune fille n\u2019était sortie qu\u2019une fois avec la « victime ».Aux Etats-Unis, si une jeune fille a accepté de sortir six fois avec un camarade, il est entendu qu\u2019ils sont « liés » de part et d\u2019autre : ils sortiront ensemble et pourront désormais compter l\u2019un sur l\u2019autre pour n\u2019importe quelle sortie.Le garçon ne sortira plus avec une autre jeune fille et vice-versa.La jeunesse américaine d\u2019aujourd\u2019hui est agressivement monogame et bien convaincue d\u2019être dans le droit chemin.Quelle que soit la raison de cette nouvelle attitude, recherche de sécurité ou réaction contre les trop nombreux divorces, cette monogamie avant le mariage est un phénomène particulièrement important de notre époque.Dernières volontés d\u2019un Arménien Il y a deux ans mourait à Lisbonne un Arménien exilé, M.Calouste Gul-berkian.Longtemps avant sa mort, toutes ses pensées étaient retournées vers son pays natal, et c\u2019est ainsi qu\u2019il avait exprimé l\u2019idée de faire restaurer la cathédrale d\u2019Echmiadzin, lieu sacré connu de tous les Arméniens.Il comptait consacrer une somme de 300,000 à 400.000 dollars pour restaurer le monument.Toutefois, « les travaux ne pourraient commencer », avait-il dit, « que si les autorités soviétiques \u2014 car Echmiadzin est sur leur territoire \u2014 promettaient d\u2019utiliser le leg dans ce seul but.» Les affaires étaient restées longtemps au point mort, mais il semble que les négociations soient sur le point d\u2019aboutir.De Moscou, on annonce que le Ministre des Affaires Etrangères est disposé à prendre le cas en main.D\u2019autre part, la fondation Gulben-kian a fait savoir qu\u2019une délégation devait partir en U.R.S.S.pour discuter le projet avec les autorités soviétiques, avec l\u2019appui du suprême Catholicos, chef de l\u2019église arménienne, dont la résidence se trouve à Echmiadzin.On aurait même déjà commencé à restaurer le monument du IVe siècle.Les legs étaient faits en la mémoire de la Famille Gulbenkian.On parle actuellement d\u2019un curieux épisode de la colonisation canadienne Il y a quelque soixante ans, une secte religieuse, les Doukhobors, quittait la Russie pour émigrer vers le Canada.On peut encore rencontrer dans les hameaux montagneux de Krestova quelques vieillards qui évoquent avec nostalgie « la grande traversée d\u2019un mois et deux jours >.L\u2019origine de cette secte remonte à l\u2019époque du grand schisme de l\u2019Eglise russe (il y a 250 ans).Les vastes espaces du Saskatchewan semblaient la terre promise.Ils y vinrent dans l\u2019espoir d\u2019une ère de liberté.Malheureusement, le Nouveau-Monde a quand même ses lois, et on insista pour enregistrer l\u2019état civil et contrôler les propriétés des émigrants.Quelques-uns d\u2019entre eux estimant les intérêts religieux primordiaux, se soumirent et devinrent indépendants.Les autres, déçus, émigrèrent dans les montagnes de la Colombie Britannique.La secte des Doukhobors était organisée de telle façon qu\u2019elle refusait toute autorité extérieure.Son aménagement intérieur était soumis, par contre, au despotisme absolu d\u2019après un système économique à forme communiste.Us maintinrent un certain temps leur autonomie, mais la mort de leur premier chef canadien, Peter Virigin, hâta la désagrégation de la communauté, car ils n\u2019en retrouvèrent plus d\u2019une telle valeur.Ils s\u2019assimilèrent pour la plupart aux Canadiens ; toutefois certains Doukhobors restés Orthodoxes rêvent encore d\u2019une terre promise où ils pourraient librement vivre leur idéal.Ils songent à la Russie et font actuellement parler d\u2019eux en Colombie Britannique.On se demande toutefois qui voudrait les accepter et se montrer plus tolérant à leur égard que la Police montée canadienne.Le procès d\u2019Arthur Miller, sujet brûlant L\u2019écrivain Arthur Miller, auteur des Sorcières de Salem et mari de Marilyn Monroe, a comparu le 14 mai devant un tribunal, sous l\u2019inculpation d\u2019outrage au Congrès.On l\u2019accusa d\u2019avoir refusé de répondre, pour des raisons de conscience, aux questions de la commission de la Chambre enquêtant sur les activités anti-américaines.Les deux questions auraient été : lo.Arnaud Dussard présidait-il la réunion d\u2019écrivains communistes à laquelle vous avez assisté en 1947 ?2o.Pouvez-vous nous dire qui assistait à cette réunion ?D\u2019autre part, on sait que l\u2019auteur aurait demandé, au cours de cette même réunion, que les écrivains communistes jouissent d\u2019une plus grande liberté dans leur travail.De telles accusations, d\u2019après un principe plus ou moins établi, seraient passibles d\u2019une peine de prison de 1 an et d\u2019une amende de 1,000 dollars.Outre le fait que M.Miller soit un écrivain connu, le sujet est particulièrement brûlant.Un cas presque semblable s\u2019étant présenté à l\u2019égard d\u2019un certain John Watkins, Labour organizer.L\u2019opinion semble s\u2019émouvoir du fait que l\u2019on puisse exiger d\u2019un témoin la citation des noms.Ce procédé semble, en effet, une porte ouverte à toutes sortes d\u2019abus.On parle d\u2019un vent plus libéral qui souffle actuellement aux Etats-Unis, et 1 on souhaite que la Cour suprême révise ce cas.Cette nouvelle attitude pourrait être déterminante dans le cas d\u2019Arthur Miller.John Huston, la \"terreur des Producteurs\" Le producteur doit être au metteur en scène ce qu\u2019est le chef d\u2019orchestre au premier violon.C\u2019est pour cette raison qu\u2019à Cine-citta où l\u2019on tourne actuellement : A farewell to arms (l\u2019adieu aux armes), d\u2019après le roman de Hemingway, John Huston, metteur en scène indépendant et anticonformiste, vient de céder sa place à Charles Vidor.David O\u2019Selznick, le producteur, entendait bien diriger les opérations, mais Huston n\u2019a jamais eu l\u2019intention de tenir la place de premier violon, et c\u2019est ainsi qu\u2019ils se sont séparés.John Huston a une réputation de rebelle parmi les « piliers » de Hollywood.En 1951, il réalisa avec la M.G.M.: L\u2019épreuve du feu, inspiré du roman de Stephen Crane : The Red Badge of Courage (La conquête du courage).Il s\u2019agit de l\u2019histoire d\u2019un jeune soldat qui reçoit le baptême du feu.Le scénario était passionnant mais ne laissait pas de place pour le moindre personnage féminin ; les producteurs protestèrent : « Cela ne rapportera pas un sou.» Huston obtint tout de même gain de cause, mais le film, anticom-mercial, ne fut projeté que dans quelques salles privilégiées.Moby Dick, dernier film de Huston, présente les mêmes caractéristiques : c\u2019est un film d\u2019aventures où la sentimentalité n\u2019a pas de place.De la même manière, Asphalt Jungle et le Trésor de la Sierra Madré manquent complètement de personnages féminins, ou d\u2019épisodes comiques ou brillants.« Le sentiment est une bonne chose, la vulgarité en est une autre ».Gelsomina sur \"la route aux étoiles\" Giuletta Massina est invitée à partir en septembre prochain pour les Etats-Unis.La jeune vedette est déjà connue du grand public comme la « Gelsomina » de la Strada et l\u2019épouse de Frederico Fellini.Celui-ci a déclaré : \u2014 Pour les Américains, Gelsomina est quelque chose qui se situe entre Pinnochio et sainte Marguerite.Son séjour aux Etats-Unis est préparé dans un double but : tourner un autre film et lancer celui qu\u2019elle présente au Festival, qui retient déjà toutes les attentions, et dont on parle comme un indice de « Renaissance du cinéma italien ».Toutefois, l\u2019actrice préfère perfectionner son anglais avant de donner une réponse définitive.Gloria Swanson ne désarme pas Gloria Swanson, l\u2019une des plus grandes gloires du cinéma muet, est revenue une fois de plus à Rome, et fiancée une nouvelle fois : la vingt-septième.Elle a déjà été mariée sept fois, le premier de cette longue série ayant été le célèbre acteur Wallace Berry.Le trait le plus piquant réside dans , cette manie qu\u2019a Gloria Swanson ^ d\u2019adopter sur-le-champ la profession de son nouvel élu, et ce qui est plus grave, de contraindre toutes ses relations à en faire autant.C\u2019est ainsi que, le fiancé de l\u2019an dernier étant un jeune peintre et sculp- Le Samedi, Montréal, 20 juillet 1957 7 LL'ACTU ALITÉ AVANT TOUT UN COLLEGE |- fl M r f * * m 4 #« 3 n* m teur italien, Gloria tenait chaque dimanche dans son appartement romain des séances de « peinture collective ».C\u2019est-à-dire que tous les invités étaient contraints de faire le portrait de l\u2019un des leurs, obligé de servir de modèle.La tyrannique hôtesse, en pantalon et veston de rapin, distribuait conseils et critiques, récompensant les auteurs des meilleures productions.en leur offrant des photos des oeuvres de son fiancé.Quand Tôt se montrait un peu moins empressé à son égard, elle lui parlait d\u2019un ancien soupirant d\u2019Amérique, toujours très épris.Le fiancé riait de cette menace qu\u2019il croyait pure bravade.Un jour, le soupirant débarqua pour de bon, avec une Rolls Royce et un collier d\u2019émeraudes de Van Cleef et Arpels, qu\u2019il venait déposer en hommage aux pieds de sa belle.Le digne colonel Braden avait attendu de réunir toutes ses confortables économies pour venir montrer aux jeunes artistes romains comment il faut vraiment parler aux femmes ! Gloria, tout au moins, comprenait si bien ce langage qu\u2019elle partit aussitôt pour Capri.dans la Rolls du colonel, le collier d\u2019émeraudes au cou.Mais elle se lassa vite des discussions militaires.Son dernier « fiancé » lui permet de donner libre cours à ses goûts éclectiques.Mi-américain du nord et mi-argentin, il fait de la peinture et de la poésie, l\u2019une et l\u2019autre abstraite, et chante en arabe et en hébreu dans les cabarets romains .Histoires de mégots Une journaliste britannique risque de voir freinée pour longtemps sa carrière de grand reporter.Envoyée par le Daily Express à Rome, pour y effectuer un reportage pittoresque sur la vie quotidienne dans la capitale italienne, elle s\u2019attendait à découvrir une cité remplie de sciuscias et de vieux mendiants accroupis.Son attente d\u2019un pittoresque à l\u2019orientale fut vivement déçu.Depuis quelques années une loi très stricte interdit formellement la mendicité dans toute la péninsule.Il peut arriver que l\u2019on rencontre des mendiants, mais ce sera toujours dans quelque ruelle écartée où ne risque guère d\u2019apparaître l\u2019uniforme d\u2019un agent de l\u2019autorité.Cela ne convenait pas à notre journaliste, qui tenait à photographier pour ses lecteurs la célèbre Via Veneto, les Champs-Elysées romains, tout en l\u2019agrémentant de « pittoresque humain » (le Daily Express est travailliste).Elle proposa donc une intéressante rétribution à un vieux retraité, afin qu\u2019il accepte de jouer devant son objectif les rôles de mendiant et de ramasseur de mégots.La scène eut des témoins intéressés.Si intéressés que, les photos prises, ils embarquèrent la journaliste, le faux mendiant et l\u2019appareil photographique, contenant la preuve du délit.Inculpée d\u2019iucitntiou à la mendicité, le reporter en jupons médite aujourd\u2019hui sur les ennuis du pittoresque.\"La nouvelle Grace Kelly\" The Wrong Mau (Le faux coupable), dernier film d\u2019Alfred Hitchcock, nous révèle, aux côtés d\u2019Henry Fonda, une nouvelle star, Vera Miles.A 14 ans, elle ne connaissait de la vie que les difficultés.Elle avait faim, était pauvre et triste ; et, quant à se plaindre, il n\u2019en était pas question, « c\u2019était lâche et inutile ».Elle quitta la maison pour travailler : d\u2019abord serveuse dans un restaurant de Wichita, elle devint standardiste de nuit à la Western Union.Un beau jour, un ami fit paraître sa photo dans un concours de beauté, « Miss bus girl du mois ».Elle gagna et cela lui donna l\u2019idée de concourir pour le prix de Miss Wichita, quoique sûre de n\u2019avoir aucun talent.Elle gagna encore.De fil en aiguille, elle se présenta au concours de Miss Kansas, et gagna encore.En 1948, elle fut troisième prix au concours de Miss America, et eut la surprise d\u2019obtenir un contrat de Howard Hughes.Mais, au bout d\u2019un an, le contrat expirait et elle n\u2019avait jamais joué.Elle allait, désespérée, se contentant de petits rôles dans quelques westerns de seconde qualité où il fallait montrer ses jambes : on regardait ses jambes mais on ne pensait pas à leur propriétaire.A cette époque, elle épousa Robert J.Miles, mais les soucis d\u2019argent ne la quittèrent pas.Sans argent, ni expérience il est presque impossible de réussir à Hollywood.Mère de deux petites filles, elle divorça.Elle rencontra Gordon Scott, Tarzan à l\u2019écran ; ils jouèrent ensemble : Tarzan\u2019s hidden jungle.\u2014 Il m\u2019a tant de fois sauvée dans le film, dit Vera, que j\u2019ai pensé qu\u2019il le ferait aussi dans la vie.Elle l\u2019épousa.La chance ne l\u2019abandonnait toujours pas puisque John Ford la remarqua à la TV.Son physique et son caractère lui plurent.Elle joua dans le western : The Searchers ; elle n\u2019avait pas encore fini de tourner le film qu\u2019elle obtint un rôle dans un autre programme de TV : Medic.Quand Hitchcock la vie, il hurla : Quand Hitchcock la vit, il hurla : Le jour suivant, elle fut engagée.Désormais star, Vera jouera dans trois films par an pendant cinq ans.\u2014 Je sais ce que je veux, dit-il, je sais ce que j\u2019ai trouvé.Vera, elle non plus, n\u2019a pas hésité à saisir la chance.Ce qu'il faut à Sept-lles par Jacques SAURIOL UN observateur désintéressé, dont le seul métier est de voir la réalité, et de chercher à la dire, chose encore plus délicate, s\u2019est fait répondre (une réponse est toujours flatteuse) : « Bon.vous trouvez que le social est en retard dans les nouvelles villes de colonisation industrielle.Alors, qu\u2019est-ce que vous suggérez 7 » Excellente question, à laquelle il faut s\u2019efforcer de répondre avec la même franchisé.D\u2019abord, chers compatriotes des pays nouveaux, si vous eu croyez des amis qui admirent sincèrement votre superbe progrès matériel, vous ne laisserez pas abîmer ce progrès par des querelles stériles.Avez-vous lu «Jean Rivard » ?«Jean Rivard » devrait être dans toutes les mains.A Sept-Isles.la lecture de «Jean Rivard » réglerait beaucoup de problèmes.On y lit des choses surprenantes.Ainsi, qu\u2019une ville dont les maisons sont peintes en blanc, est une ville plus jolie que les autres.Comme le blanc (qui chasse les rayons gamma) est la meilleure défense permanente contre les cendres atomiques, vous voyez que «Jean Rivard » n\u2019est pas démodé.Mais «Jean Rivard » a aussi dit bien autre chose.Par exemple, on sait que « Jean Rivard », c\u2019est un roman canadien de colonisation, qui date déjà d'assez longtemps.Le premier livre, «Jean Rivard, le Défricheur», raconte la colonisation de « Rivardville », dans les Cantons de VEst, il y a un siècle environ.Le second livre.«Jean Rivard l\u2019Economiste », c\u2019est l\u2019histoire du fondateur, qui finira député à Québec, et qui, chose rare, sera plus « politique et plus social surtout, que « politicien ».Le premier «Jean Rivard » est animé par la gracieuse silhouette de Louise, jeune femme distinguée dans laquelle toute jeune fille d\u2019aujourd\u2019hui se reconnaîtra, jusqu'au chignon, Le second «Jean Rivard » est traversé da page en page, par un fléau: ce fléau est un homme, un chieaneau de village, un mauvais coucheur, un empêcheur de progrès: Gendreau le plaideux ! C\u2019est surtout sur une affaire d\u2019école, que Gendreau le plaideux se déchaîne.Il faut toute l'autorité de Jean Rivard et l\u2019appui de son ancien «engagé», un brave bûcheron devenu colon à son tour, pour faire taire Gendreau le plaideux.Rude leçon d'actualité, dont on devrait faire un film.A Sept-Isles, par exemple, la dernière dispute s\u2019est élevée sur une affaire de collège.Des financiers auraient été disposés à faire une grosse souscription pour bâtir un collège.Us l\u2019auraient souhaité mixte, et commercial, avec un couronnement technique, pour faire plus simple.Bien entendu, ce projet aurait comporté des aménagements.Dans la Province de Québec, l\u2019école, le collège, tout ce qui touche l\u2019éducation, garde, et doit garder, un caractère confessionnel bien défini.Car ou n\u2019enseigne pas seulement la langue et les arts au collège : Dieu merci, c\u2019est le cas de le dire, on y enseigne aussi la religion, et c\u2019est essentiel.Mais pourquoi avoir fait de ce projet, soumis par des gens de bonne volonté, un brandon de discorde \u2019> N\u2019y avait-il pas moyen, dans le même édifice qu\u2019offrait de bâtir la compagnie, d\u2019organiser deux écoles, la catholique et la pro testante 7 Garçons et filles ensemble 7 Au fait, pourquoi pas 7 II en est ainsi depuis Jean Talon, dans la plupart de nos écoles rurales.Et l\u2019excellent Docteur Meilleur, fort heureusement d'ailleurs, n\u2019y a rien changé.Des cours de science en commun 7 Encore une fois, pourquoi pas 7 Il existe à Montréal, depuis une cinquantaine d\u2019années, toute une galerie de collèges commerciaux.Toute la jeunesse des bureaux, tout le corps nombreux des gratte-papier d\u2019aujourd\u2019hui, ont étudié dans ces « business-colleges ».Arrêtez dix personnes, rue Ste-Catherine ou rue St-Jacques, et vous en trouverez neuf qui ont appris, dans ces institutions mixes, la dactylo, la sténo et la comptabilité.Personne n\u2019y a perdu, tous y ont gagné.Aujourd\u2019hui, bien sûr, nos jeunes ont plus besoin d\u2019électronique, de chimie, et aussi d\u2019histoire et de géographie, pour avoir une vue sociale, une vue humaine, une vue réaliste et pratique, du monde et de leur pays.Mais en quoi tout cela serait-il gêné, encore moins compromis, par un collège conçu pour Sept-Isles, selon des conditions qu\u2019impose le caractère mixte et encore étroit du lieu 7 Une belle occasion a été manquée là.parce qu\u2019on s\u2019attache à des formalités, au lieu d\u2019adapter toutes les solutions qui s\u2019offrent aux besoins vrais de nos familles, qui tiennent à la nature des choses.Un excellent collège classique existe déjà à Haute-Rive, plus en amont sur la Côte.Il est temps que Sept-Isles possède son collège scientifique, ear les jeunes garçons et filles nés là depuis la fin de la guerre ont maintenant dix ou douze ans, et doivent apprendre encore quelque chose, après l\u2019école primaire.Si l\u2019on ne s\u2019en avise pas à temps, ces jeunes gens iront gagner vite, quelques dollars faciles.Puis ils deviendront des « chômeurs prématurés ».Et Sept-Isles, au lieu d\u2019un problème résolu avec intelligence comptera, dans dix ans, une jeune population imparfaitement pourvue d'instruction pour son avenir; c\u2019est-à-dire, un problème insoluble de plus.Mais heureusement Sept-Isles est jeune.Et il n\u2019est jamais trop tard potir bien faire. 8 Le Samedi, Montréal, 20 juillet 1957 Cinéma canadien L'Office national du film présente CAPITALE DE L'OR premier prix du festival de Cannes Lu passionnante histoire des hommes fascinés par l\u2019or, l\u2019Office national du film la raconte dans son récent film Capitale de l\u2019or, qui a mérité le premier prix du documentaire au récent Festival de Cannes.Mais de cette folle aventure de la fin du siècle est née aussi une ville qui demeure et qui vit, et le film la fait voir : Dawson.Elle naquit à l\u2019hiver de 181)7 quand, à mille milles de toute civilisation, du fond des montagnes, fut poussé le cri de l\u2019or ! Dans l\u2019univers entier, un million de personnes firent alors des préparatifs de départ.En réalité, cent mille seulement se déplacèrent dont la moitié firent demi-tour devant les obstacles impérieux du Grand-Nord.Les mineurs de métier furent rares parmi cette foule lancée à la conquête de l\u2019or.La plupart étaient de petits employés.Le 15 juin 181)8, à la fonte des glaces, 1 extraordinaire armada arrivait a Dawson.Rien ne pouvait plus, semble-t-il, retarder l\u2019accès des conquérants aux fabuleuses mines d\u2019or.Mais justement, c\u2019est la que devait s\u2019évanouir l\u2019illusion.Presque tout était déjà pris, borné, exploité.A Eldorado Creek seulement, 1 endroit le plus riche en or, trente et une concessions avaient été accordées ! Toutes étaient allées à des hommes battant le pays depuis dix-huit mois.Près d\u2019un demi-milliard de dollars gisaient sous les mousses du Klondykc, mais cette fortune fabuleuse était déjà conquise.Malgré le drame, la ville de Dawson s\u2019éleva et ce fut La Mecque, durant l\u2019espace d\u2019un bref et fol été.Trois ans de travail 11 a fallu trois ans de recherches et de travail pour réaliser Capitale de l'or.Ce documentaire a été fait en grande partie avec des photographies d\u2019époque, recueillies aux Archives nationales du Canada, de même qu\u2019au musée de Seattle, aux Etats-Unis.Ces clichés de verre, dont plusieurs ont également été trouvés dans des boutiques désaffectées de Dawson, sont d\u2019une qualité et d\u2019une précision étonnantes.Datant tous d\u2019avant 1900, ces documents sont les plus authentiques témoins de la fameuse ruée vers l\u2019or qui inspira l\u2019un des meilleurs films muets de Chaplin.La musique qui accompagne les images est l\u2019oeuvre d\u2019Eldon Rathburn, compositeur attaché a l\u2019Office national du film.C\u2019est une sorte de concerto de v honky-tonk » où un thème revient constamment tel un leitmotiv.Cette musique de bastringue, typiquement américaine, constituait à l\u2019époque l\u2019accessoire indispensable de tous les débits de boisson.Elle conserve dans ses mélodies échevelées et baroques l\u2019atmosphère heureuse des années qui furent le prélude du vingtième siècle.Après \" Le Champion \" auquel Kirk DOUGLAS donna tout son talent, \" Nous avons gagné ce soir\" et \" Plus dure sera la chute\", scénario qui fut inspiré par la carrière \" factice \" de Primo Camera, le cinéma vient de nous donner son dernier film sur la boxe : \" Marqué par la haine \" ou : la vie mouvementée de Rocky GRAZIANO.par Philippe MELCHIOR ON doit reconnaître que le cinéma américain excelle dans ses productions sur la boxe qui sont dans l\u2019ensemble des réussites.Le dernier film qu\u2019il vient de consacrer au noble art vaut les précédents.Toutefois, il est totalement différent en ce sens, qu\u2019ici, la boxe a vraiment servi de thème alors qu\u2019elle avait toujours été prise pour cible.Il ne s\u2019agit pas non plus d\u2019un scénario fabriqué relatant la vie romancée d\u2019un boxeur, mais plutôt d'un document qui retrace toute la vie et la carrière d\u2019exception du petit voyou de VEast End qui aurait sans doute terminé sa vie sur la chaise électrique si la boxe ne l'avait sauvé en le hissant à son sommet.Voler ou Boxer Rocky Graziano ftit ce petit voyou ; ce chef d\u2019un gang juvénile qui, lancé sur le pavé des quartiers, était à l\u2019affût de tout ce qu\u2019il y avait à prendre.C\u2019est ainsi que le petit Rocco, son prénom véritable, fut amené à passer six ans dans une maison de correction.Un matin, après une nuit de rapines, un policier le ramena chez sa grand'mère après lui avoir copieusement «frotté les oreilles».« Voyez-vous, Madame, regardez bien dans les yeux de ce gamin, vous y verrez le diable en personne.Dans peu de temps il se retrouvera à Sing-Sing, quartier des condamnés à mort ».Lorsque Rocco dut satisfaire à ses obligations militaires, il ne savait absolument rien faire de ses dix doigts.La stricte discipline de l\u2019armée ne vint pas à bout de ce tempérament brutal et presque primitif.Il goûta évidemment de la prison militaire où il eut le loisir de décider ce que serait sa vie future.Il choisit de boxer ou de voler, mais comme il ne put attendre que ses poings devinssent payants, il mit à exécution la seconde partie de son projet, ce qui le conduisit tout droit dans une solide prison, civile cette fois.Il en sortit et il eut la chance de participer aux championnats de New-York de boxe amateur où il gagna le titre des « welters » ainsi qu\u2019une médaille d\u2019or qu\u2019il s\u2019empressa de revendre d\u2019ailleurs pour quelques dollars.Boxeur sans classe, mais un démolisseur Il n\u2019avait pas vingt ans lorsqu\u2019il entreprit sa carrière professionnelle.On n\u2019essaya pas de lui apprendre à boxer, on se contenta de lancer cette « bête fauve » entre les douze cordes du ring, avec toute sa fureur et son désir de « démolir », le désir de tuer comme il le dit lui-même.Car c\u2019était là le seul atotit de Rocky Graziano ; il avait le « punch » mais n'a jamais su ce qu\u2019était une esquive, une parade intelligente et pourtant il fut champion du monde des « moyens » au cours de sa courte carrière marquée surtout par la lutte farouche en quatre épisodes qu\u2019il livra à Tony Zale.En 1947, après un combat d\u2019une âpreté extraordinaire, contre Zale, il se coiffait de la cotironne mondiale des moyens, mais, ignorant aussi que la boxe est un sport de défense, il avait reçu tellement de coups que son visage n\u2019était plus qu\u2019une plaie sanglante ; il fallut faire appel à la chirurgie esthétique pour « recoudre les morceaux ».Un an plxLS tard, le 10 juin 1948, il devait perdre son titre devant le même adversaire au cours d\u2019un combat qui dépassa en fureur tous les autres.On dit que Tony Zale ne se remit jamais complètement de cette explication inhumaine et que ce fut en partie la rai- son de sa défaite face à Marcel Cerdan, à qui il abandonna son titre.Rocky Graziano essaya bien de reprendre ce titre perdu, mais lorsqu\u2019il en eut l\u2019occasion, une nouvelle fois, c\u2019est Ray Robinson, alors champion du monde, qui lui donna la réplique et l\u2019on sait que le Robinson de cette époque était invincible.Il fut mis K.O.comme beaucoup d\u2019autres.Il essaya bien de remonter la pente mais, vaincu par Davey, un second plan, il arrêta là cette carrière tumultueuse, faite de violence et de sang, et se retrouva avec très peu de ressources après avoir été un des boxeurs les plus fortunés de sa génération.Le destin lui propose une 3ème solution Pour lui, l\u2019heure du choix sonnait une fois de plus.La boxe ne pouvant plus l\u2019employer, il lui restait la solution de reprendre la vie de sa jeunesse en dehors du cadre légal de la société.Mais le destin, son destin émaillé de contradictions lui donna une vraie chance.Ayant participé à une émission télévisée, un producteur eut l\u2019idée d\u2019en faire une de ses vedettes.Il en fit un comique, un amuseur de foule, un « gagman », rôle dans lequel il se montre excellent.Il chante (mal), il danse (c\u2019est beaucoup dire), il joue la comédie (à sa façon) mais, quoi qu\u2019il en soit, il plait et, à trente-quatre ans, il a acquis une position très solide à la T.V.américaine où il ne cesse de ¦.s'élever socialement.Rocky Graziano est donc entièrement satisfait de son sort actuel.Il semble heureux de sa vie, celle de tout le monde.honnête, mais ce qui lui procure le plus de plaisir c\u2019est d\u2019être salué bien poliment, lorsqu\u2019il sort des studios.par le policier de service.Qffe/^ifeâ scenes du film Dans un décor qui rappelle celui des «saloons » du Far-West, voici quelques spécimens de la race fabuleuse des chercheurs d\u2019or.L'espace d'un bref ef fol été, Dawson City fut La Mecque des chercheurs d'or.4 juillet 1900.Célébration de I*In dépendance américaine.Le tintamarre fut tel que les chiens désertèren1 la ville . Le Samedi, Montréal, 20 juillet 1957 Indiens contre Cow-boys La lutte était ardente et noire.Ils avaient l\u2019avantage et presque la victoire .« Ils », c\u2019étaient les Indiens, des Indiens de tous poils et de toutes les nations.Unis pour une fois, ayant oublié leurs querelles ancestrales, Pieds-Noirs et Comanches, Iroquois et Hu-rons, Longs-Couteaux et Plats-Côtés de Chiens luttaient coude à coude contre l\u2019ennemi héréditaire : le visage pâle, Davy Crocket et ses successeurs, les cow-boys.L\u2019affaire avait pour théâtre, non pas le Far-West, ni la Prairie, mais les rues d\u2019un quartier de Tolcio.« Peaux-Rouges » et « Visages Pâles » avaient uniformément, pour cette fois, la peau jaune et les yeux bridés.On aura compris qu\u2019il s\u2019agissait d\u2019un jeu : les gosses du quartier, arborant les panoplies du Jour de l\u2019An, se livraient une farouche bataille et l\u2019histoire ne vaudrait pas d\u2019être contée si, comme vous le verrez, elle n\u2019avait eu un dénouement parfaitement inattendu.Donc, Indiens et Cow-Boys se livraient combat et les premiers avaient l\u2019avantage grâce à la supériorité de leur armement.Comment \u2014 direz-vous, \u2014 l\u2019arc et les flèches sauvages seraient-ils supérieurs aux carabines et pistolets des représentants de la civilisation ?Parfaitement, et l\u2019on s\u2019en explique : Carabines et pistolets appartenaient à la catégorie très particulière des carabines à amorces pour les premières, des pistolets à bouchon pour les seconds.Les arcs tiraient de vraies flèches \u2014 vraies jusqu\u2019à un certain point, puisque la pointe meurtrière était remplacée par une ventouse de caoutchouc.Mais lorsque cette ventouse violemment propulsée par la corde de l\u2019arc venait prendre contact avec une joue, un mollet ou une fesse (au moment d\u2019un mouvement stratégique vers l\u2019arrière), la victime avait l'impression de recevoir une gifle cinglante.Profitant de leur supériorité en armement, les Indiens pressaient vivement les cow-boys malgré la vive et inoffensive fusillade par laquelle ceux-ci répondaient.Les Visages Pâles furent finalement acculés contre un grand bâtiment.\u2014 Rendez-vous, braves guerriers ! cria le chef des Indiens.\u2014 La garde meurt mais ne se rend 9 BELLA, poétesse de 20 ans, que le parti accuse de nihilisme parce qu'elle ose écrire : \" Nous allons les mains mortes \" S\u2019ils n\u2019ont pas encore leur Minou Drouet, les Russes possèdent désormais leur Françoise Sagan.Ce n\u2019est pas une romancière, mais une poétesse de 20 ans qui répond à l\u2019aimable prénom de Bella et au nom \u2014 un peu plus compliqué \u2014 d\u2019Aehmadulina.Ses poèmes lyriques, publiés dans une revue littéraire, ont eu un grand retentissement en U.R.S.S., le journal officiel des Jeunesses communistes \u201cKomsomolskaïa Pravda \u201d les ayant violemment critiqués peu après leur parution.Les poèmes de Bella \u2014 étudiante à l\u2019Institut Gorki de Littérature à Moscou \u2014 sont en effet loin de refléter l\u2019optimisme officiel.Dans son oeuvre la plus célèbre figure ce passage : « Nous allons, fatigués, les mains froides « Et sommes vieux comme les mages.« Personne ne peut rien faire de nous ici.« Nous sommes de trop dans la jeune forêt ».Autour de moi des hommes de fer Ce dernier vers évoque curieusement l\u2019un des thèmes familiers de l\u2019oeuvre de Jean-Paul Sartre dont les héros, eux aussi, se sentent « de trop » dans le monde.La « Komsomolskaïa Pravda » a durement critiqué ce poème, en même temps que les « erreurs » de plusieurs auteurs soviétiques.Ces écrivains, vivement attaqués lors du récent congrès des Ecrivains soviétiques, expriment en général dans leurs oeuvres la révolte de l\u2019homme solitaire dans un monde où il ne trouve pas sa place.La jeune poétesse est particulièrement visée.« On n\u2019écrit pas qu\u2019on va fatigué et les mains froides quand on vit en Union Soviétique », déclare la « Komsomolskaïa Pravda ».Les derniers vers surtout du poème de Bella Achmadulina ont choqué les critiques : « Les mains mortes, «Je me tairai pour toujours, essayant d\u2019oublier «que j\u2019étais un être humain.« Il est inutile de pousser un cri.« Autour de moi, il n\u2019y a rien à voir, et « Les hommes sont terribles.« Des hommes de fer, des cerveaux épais, « Toute seule, je fais face « A leur foule innombrable ».Organe de l\u2019Union des Ecrivains, la « Litératour-naia Gazeta » a commenté ce poème en constatant que, pour les jeunes, le nihilisme est devenu le signe du talent littéraire.«On a commencé par critiquer le culte de la personnalité et maintenant on attaque la vie soviétique tout entière en partant de points de détail », écrit le journal.Attention, nuit opaque Ces « points de détail » se résument dans la question posée par plusieurs romanciers et poètes soviétiques : « Que devient l\u2019homme dans la collectivité ?».Dans son poème, « Une Conversation difficile », le poète Sewak définit le problème en ces termes : «La collectivité a-t-elle le droit de juger la vie privée de ses membres et de vouloir décider à sa place dans des situations aussi délicates que le mariage ou l\u2019amour ?» \u2014 Non, répond Sewak, qui se trouve aussitôt critiqué dans le « Kommunistë », la revue idéologique russe.Autre écrivain « nihiliste », le poète Rojdestven-ski.La « Literatournaïa Gazeta » flétrit son dernier poème où il déclare : « C\u2019est maintenant seulement que se lève l\u2019aube, jusqu\u2019ici une nuit opaque dominait notre vie », attaque allégorique contre les pas ! répondit altièrement le chef des Visages Pâles, traduisant ainsi en japonais le fameux mot qui, à Waterloo, fit son entrée dans l\u2019Histoire.Là-dessus, le général des Peaux-Rouges réunit son Etat-Major pour mettre au point la tactique à suivre.Enfer et damnation ! Lorsque ce conseil de guerre fut terminé, les cow-boys avaient disparu ! On ne tarda guère à savoir comment ils avaient pu se volatiliser ainsi : le ciel retentit bientôt de «Woo Pee ! » et de « You.ou.ou » stentoréens.Profitant d\u2019une porte ouverte, les Visages Pâles avaient pénétré dans l\u2019immeuble aux murs duquel ils s\u2019étaient adossés ; ils en couronnaient maintenant la terrasse.Ce retournement de situation rendait indispensable un nouveau conseil de guerre, qui fut tenu sur-le-champ.\u2014 Péripétie classique ! proclama un chef secondaire.Et parade elle aussi classique : on les enfume et on les grille avec des flèches enflammées ! On acclama ce chef secondaire qui, en fait de stratégie, se révélait de première.Puis on chercha comment on pourrait bien confectionner des flèches enflammées.\u2014 Eurêka! clama bientôt (en japonais) un des membres du conseil.Vous prenez des poignées de coton hydrophile, vous les imprégnez d\u2019essence, vous entourez la pointe de vos flèches, vous allumez et vous tirez ! Aussitôt dit, aussitôt fait.Et c\u2019est ainsi qu\u2019une grêle de flèches incendiaires tombèrent bientôt sur le toit d\u2019une annexe du Ministère de la Justice.Car c\u2019est au faîte de ce bâtiment que les assiégés s\u2019étaient retranchés.Lesdites flèches remplirent parfaitement leur office : un incendie se déclara.Hululant de toutes leurs sirènes, dix voitures de pompiers et dix cars de police accoururent.L\u2019incendie fut éteint par les belligérants ramassés, de sorte que l\u2019aventure se termina au commissariat de police.Peaux Rouges et Visages Pâles furent vertement sermonnés ; leurs parents durent payer les frais de déplacement des pompiers.La rumeur publique affirme que les pères, eux, se « payèrent sur la bête » et que les échos de Tokyo retentirent de bruyantes fessées.Ils arrivèrent, mais quelle décep* tion ! Presque tout était déjà pris, borné, exploité .Le célèbre col de Chilkoot.Cet hiver-là, il tomba 70 pieds de neige, et le froid fut rigoureux .Devant ce chercheur d'or épuisé, comment ne pas évoquer le « Dormeur du Val », de Rimbaud .A la lisière d\u2019un marais gelé, non loin du cercle polaire, cette ville étrange s'élevait .Dans it L'Allée du Paradis \u2022> les noms des demoiselles de petite vertu étaient agressivement affichés.lour faire une déclaration enflammée sous le règne de la fameuse souveraine d\u2019Egypte.Marita était visiblement à bout de nerfs.On n\u2019en finissait pas de travailler sur le quatrième acte.La jeune femme, étrangement belle, cachant ses cheveux blonds sous la perruque sombre de la reine, semblait à l\u2019éclat des projecteurs, incarner de façon hallucinante celle qui eut une si étrange influence sur l\u2019histoire du monde.\u2014 Vous êtes parfaite, chère amie, ne vous énervez pas, assura Lormeuil, qui voyait l\u2019état d\u2019exaspération de sa belle amie.Merci, Pierre.Mais nous avons encore le cinq a voir.Aurons-nous le temps ?\u2014 Il faudra le prendre, cria Montez.Nous n allons tout de même pas passer ce soir sans avoir répété encore une fois le dernier acte.\u2014 Après tout, ce n\u2019est que peu de chose, le cinq.Un tableau plus spectaculaire qu un autre .La confidente de la reine lui amène, dans un panier de fruits, 1 aspic dont la morsure causera sa mort.Voilà tout ! \u2014 Il faut le répéter, c\u2019est le plus important, vociféra Montez.\u2014 Patron, lança Rouquier, le comique de la troupe, faut aller chercher une flûte ?\u2014 Quoi ?s\u2019effara le metteur-en-scè-ne, lançant un regard soupçonneux au pince-sans-rire, qu\u2019il connaissait assez.\u2014 Dame, si vous voulez faire répéter votre serpent, il faudra bien le charmer tout d\u2019abord ! Toute la troupe éclata de rire, ce qui leur fit du bien.Ils étaient « à cran ».On terminait le quatrième acte sous les vociférations de Montez qui assurait que c\u2019était une catastrophe, une partie perdue d\u2019avance.\u2014 Ah ! je vous en prie, dit Marita, nous sommes assez affligés comme ça ! \u2014 Bon ! Eh bien, un quart d\u2019heure d\u2019entracte.Nous répéterons le cinq ensuite.Puis vous irez tous manger un morceau.N\u2019oubliez pas que nous passons à huit heures et demie.Il y eut un soupir de soulagement général.La troupe se dispersa à travers le théâtre.Montez était entouré de son état-major : régisseurs, électriciens, machinistes, chef de figuration.Artistes et figurants s\u2019égaillaient vers les loges et les couloirs.Mais, si certains groupes se formaient, si des conversations amicales s\u2019échangeaient, il était aisé de constater des animosités, des jalousies.Sans être grand clerc, un étranger au Théâtre Moderne eût noté l\u2019attitude de Corinne Dorney.Corinne, très jolie fille mince, au visage allongé, aux grands yeux un peu trop creux, mais très beaux, interprétait le rôle de Charmion, confidente de Cléopâtre.Bien que déjà cotée au point de vue artistique, elle avait dû se contenter de ce rôle de second plan, tout en « doublant » Marita, la vedette du spectacle.On chuchotait que Montez avait hésité entre Marita et Corinne pour le rôle de Cléopâtre.Mais Lormeuil, auteur de la pièce, et ami de Marita, avait tout naturellement demandé le rôle pour elle.D\u2019ailleurs, les deux hommes avaient une autre raison de ne pas confier cet emploi écrasant à la belle comédienne.Corinne passait pour toxicomane et le théâtre peut avoir à souffrir de ces artistes qui, au moment d\u2019entrer en scène, sont sous l\u2019influence de la drogue et ne jouent que médiocrement, quand ils ne sont pas totalement incapables d\u2019interpréter leur rôle.Cependant, un contrat de longue durée liait Corinne au Théâtre Moderne.Lormeuil et Montez avaient consolé Mlle Dorney.Si elle ne jouait qu\u2019un rôle secondaire, elle doublerait Marita et, peut-être, au cours de la saison, aurait-elle l\u2019occasion d\u2019être Cléopâtre à son tour.Marita se dirigeait vers sa loge, drapée dans l\u2019ample manteau de la reine d\u2019Egypte.Lormeuil l\u2019accompagnait.R s ne se parlaient pas, mais séparés du plateau et de la foule des artistes par un pan de décor, ils cessaient d\u2019être un auteur et une comédienne pour redevenir eux-mêmes.Un même pli soucieux creusait leurs fronts, une semblable expression d\u2019inquiétude passait sur leurs visages.Lormeuil serrait doucement la main de son amie, quêtant un sourire qui ne venait pas.n y eut un moment de silence.Brusquement, Marita tressaillit et Lormeuil eut un regard furieux en fixant un intrus qui venait vers eux.Mais ses traits s\u2019éclairèrent en le reconnaissant.C\u2019était un simple figurant.Un nommé Verdier, engagé par le régisseur pour faire nombre parmi les soldats.Délibérément, ce modeste satellite du Théâtre Moderne avançait vers le grand auteur et sa vedette.\u2014\tAlors ?demanda-t-il, rien de nouveau.\u2014 Rien, assura Lormeuil.Notice amie s\u2019inquiète bien à tort.Je le lui ai dit mille fois.Nous vous avons dérangé pour rien, M.Verano.\u2014\tJe vous en prie, coupa Marita.Je suis raisonnable.Et c\u2019est justement parce que je le suis que je crains.Je ne sais quoi.Mais je suis follement inquiète.Corinne me hait ! \u2014 Est-ce la première fois qu\u2019une rivalité vous sépare de votre doublure.Déjà, quand vous jouiez Les Rivales avec Cora Miroir.\u2014\tCora et moi nous nous détestions, c\u2019est entendu.Mais Cora était une femme normale.Pas une intoxiquée comme Corinne.Je vous le répète, Pierre.Si je vous ai supplié de me faire protéger par un détective, c\u2019est qu\u2019à tout moment, je me sens en danger.Lormeuil sourit, et avec une pointe de malice reprit : \u2014 Chère Marita.Et pour parer à ces craintes.imaginaires, je le souhaite, nous avons prié Teddy Verano de venir au théâtre.Si bien que ce cher détective privé est devenu figurant.Teddy Verano intervint : \u2014 N\u2019était-ce pas le meilleur moyen de pénétrer dans votre milieu sans éveiller les soupçons ?.Ainsi je fais partie du personnel.Je donne un coup de main aux machinistes, je blague avec les électriciens.J\u2019ai même un mal fou pour donner satisfaction à Montez, qui hurle après ses figurants, et ce afin de me concilier ses bonnes grâces.Tout ceci pour pouvoir circuler à l\u2019aise dans la maison.Il souriait.Au cours de sa carrière déjà longue, malgré son jeune âge (le policier avait une trentaine d\u2019années) il avait fait un certain nombre de métiers d\u2019emprunt.Mais il devenait, pour la première fois, artiste, ou tout au moins, pour employer l\u2019expression moderne, artiste de complément.\u2014 Bon, dit Pierre Lormeuil, je vois que vous êtes un habile homme.Et Mlle Marita pourra vivre en toute quiétude.Il s\u2019inclina sur la jolie main de Cléopâtre qui s\u2019efforça de lui sourire, au fond peu convaincue.Une crainte morbide l\u2019avait saisie, sans qu\u2019elle pût s\u2019en expliquer les raisons.Certes, elle se méfiait de Corinne Dorney, femme névrosée, capable de tous les excès.Mais, outre cela, Marita, d\u2019une sensibilité extrême comme beaucoup d\u2019artistes, « sentait » la menace qui rôdait.Le seul espoir pour Corinne de reprendre le rôle de Cléopâtre était qu\u2019il arrivât, sinon un accident, tout au moins un malaise à Marita.Pierre Lormeuil avait tout d\u2019abord haussé les épaules.Pareille crainte était sottise.Corinne était une intoxiquée, peut-être.De là au crime, il y a une marge.C\u2019était bien l\u2019avis de Teddy Verano.Mais il ne lui déplaisait pas de passer quelque temps au théâtre, dans une ambiance qui l\u2019amusait particulière- ment.Les deux hommes rassuraient Marita depuis le début des répétitions.Ses craintes semblaient apaisées, en dépit de certains regards sombres de Corinne, qui souffrait visiblement d\u2019être ravalée au rang de servante de sa rivale, du moins devant le public.Mais ce soir, à l\u2019approche de la grande première, Marita énervée retrouvait toute son angoisse.\u2014\tAllons dans votre loge, dit Lormeuil, vous vous reposerez un peu avant de répéter le cinq.Vous nous suivez, M.Verano ?\u2014\tIl est inutile que nous nous rencontrions trop souvent, répondit le détective.Nul n\u2019a besoin de deviner ici mon véritable rôle, puisque vous deux seuls le connaissez.Je vais.Il s\u2019interrompit.Ils étaient tous trois près de la loge de la vedette.Et de l\u2019intérieur, un cri aigu leur parvenait.Marita pâlit affreusement, sous la perruque sombre qui accusait sa beauté.Lormeuil pinça étrangement le nez.Teddy Verano, d\u2019un bond, ouvrit la porte de la loge et pénétra à l\u2019intérieur, suivi de près par l\u2019auteur et son amie.Louison, l\u2019habilleuse de Marita, écroulée sur une chaise devant la table à maquillage, geignait doucement, tenant devant elle une main tremblante, et creusée d\u2019un sillon rouge.Un vaporisateur gisait sur le plancher.Le visage de l\u2019habilleuse reflétait une douleur cruelle.\u2014 Personne n\u2019a entendu, sauf nous trois, dit Teddy Verano.Bien ! Fermons la porte ! Ils s\u2019enfermèrent dans la loge, se penchèrent sur l\u2019habilleuse : \u2014 Que t\u2019arrive-t-il, Louison ?.Allons, parle ! \u2014 Expliquez-vous, gronda le détective.Mais la malheureuse femme pleurait et se plaignait, avançant toujours sa main meurtrie.Teddy Verano l\u2019examina : Diable.Quelle plaie !.Un coup ! Une déchirure ?Non.On dirait.Il jeta un regard autour de lui, aperçut le vaporisateur sur le plancher et le ramassa.Quand elle vit l\u2019objet, Louison se mit à hurler de plus belle.\u2014 Du calme, mon petit, dit le détective.On ne vous fera plus de mal, c\u2019est promis.Louison parut se rasséréner un peu : mais un mouvement qu\u2019elle fit ranima la douleur de sa main et elle gémit encore.Pierre Lormeuil, surpris, voulut prendre le vaporisateur des mains du détective pour l\u2019examiner plus à l\u2019aise ; mais Teddy Verano arrêta vivement ce geste : \u2014 Prenez garde ! Quoi ?s ecria l\u2019auteur dramatique, me ferez-vous croire que ce vaporisateur est ensorcelé ?\u2014 Monsieur Verano, dit Marita, je vous en supplie, expliquez-vous.\u2014 C\u2019est fort simple, reprit froidement le détective.Je pense maintenant qu\u2019il y a, ici, une puissance néfaste qui ne reculera devant rien pour arriver à ses fins.Examinez la main de cette pauvre femme. Le Samedi, Montréal, 20 juillet 1957 19 Il prit doucement Louison par le poignet.Elle se laissait faire, abrutie de souffrance, continuant cependant à pleurer sourdement.Lormeuil et Marita se penchaient sur la main atteinte.\u2014 Ni une blessure, ni une ecchymose, ni une brûlure, n\u2019est-ce pas ?expliquait Teddy Verano.Mais l\u2019épiderme est rongé, littéralement.La chair apparaît à nu.Comprenez-vous maintenant ?\u2014 Un acide! s\u2019écria Lormeuil.\u2014 Oui, dit sombrement Teddy Verano.Le ou les monstres ont remplacé par un acide, vitriol ou autre, le parfum qui se trouvait dans le vaporisateur de Mlle Marita.Ah ! c\u2019était bien calculé.Si, par malheur, vous aviez usé du vapo.Il s\u2019interrompit.Marita tombait sur le divan de sa loge, en proie à une eflroyable crise de nerfs.Au-dehors, un certain bruit éclatait.Le personnel du théâtre, attiré par les sanglots de Louison et les cris nerveux de Marita, commençait à s\u2019attrouper.Dans le brouhaha, on distinguait l\u2019organe cocasse de Rouquier, qui lançait des plaisanteries, lesquelles demeuraient sans écho.Montez arrivait et sa voix puissante dominait tous les bruits.On frappa à la porte.Louison, assommée de douleur, ne réagit pas \u2022 mais Marita se calma et cessa de déchirer son mouchoir.Teddy Verano venait de lui jeter à la figure un peu d\u2019eau puisée au lavabo.Pierre Lormeuil lança au détective un regard interrogateur : \u2014 N\u2019ébruitons pas l\u2019affaire, dit Teddy Verano.Inutile de créer une panique au théâtre un jour de première.Louison s\u2019est brûlé la main en préparant le fer à friser de Mlle Marita, c\u2019est tout ! Lormeuil et son amie approuvèrent de la tête, On ouvrit.Montez se précipita, suivi de la foule des comédiens, des machinistes, des figurants.Le directeur gesticulait et hurlait : \u2014 Marita.Que se passe-t-il ?Pierre Lormeuil, les bras en croix, arrêta net la tempête : \u2014 Peu de chose.Louison a eu un petit accident.Rapidement, il narra l\u2019affaire à sa manière, suivant les directives de Teddy Verano.Montez, rassuré, s\u2019épongea le front.Marita rajustait sa toilette.Tout à coup le directeur aperçut le soi-disant Verdier : \u2014 Qu\u2019est-ce que tu f.là, toi, dans la loge de Mlle Marita ?\u2014 Laissez-le donc, Montez, il a été gentil, il a entendu Louison crier et il s\u2019est précipité.Moi, je suis tellement énervée.Je n\u2019ai pu maîtriser mes nerfs.\u2014 Bon ! Bon ! Je vous en prie, chère amie.Remettez-vous ! On va appeler un médecin pour Louison.Déjà, le détective avait enveloppé la main rongée dans une serviette pour dissimuler la véritable nature de la plaie.Lui-même avait fait disparaître sous son vêtement égyptien le vaporisateur fatal.\u2014 Reposez-vous cinq minutes, Marita, disait encore Montez, et puis, de grâce, descendez sur le plateau.Il faut que nous répétions le cinq ! \u2014 C\u2019est là qu\u2019on se fait siffler, lança Rouquier, d\u2019un air calme.\u2014 Quoi, rugirent le directeur et l\u2019auteur.\u2014 Dame, riposta le fantaisiste, à la mort de Cléopâtre, c\u2019est là qu\u2019apparaît le serpent.Et un serpent, ça sif-rie !.Il y eut un éclat de rire général, ce qui termina l\u2019incident, du moins poulie personnel du théâtre.Verano et Lormeuil avaient constaté que la blessure de Louison était certes cruelle, mais sans danger.On la fit emmener pour un pansement et Montez mit une autre habilleuse à la disposition de la vedette.Marita demeura seule avec Lormeuil et le détective qui s\u2019était écarté de l\u2019assistance pour pouvoir rester encore un moment avec eux.Dès que la porte de la loge fut refermée derrière le directeur du Théâtre Moderne et sa troupe, la jeune femme se leva, tremblante : \u2014 Pierre.Monsieur Verano.C\u2019est affreux ! \u2014\tDu courage, ma chère amie, vous êtes sauvée.\u2014\tSauvée ?Pour cette fois.Mais elle va recommencer ! \u2014 Elle! Qui accusez-vous donc si formellement ?\u2014\tAh ! Il n\u2019y a pas d\u2019erreur.C\u2019est Corinne.Corinne jalouse, qui veut le rôle, qui prétend que ma carrière gêne la sienne et qui veut m\u2019évincer.C\u2019est ce monstre qui a rempli mon vaporisateur de vitriol.Songez donc.Sans cet incident.J\u2019arrivais, j\u2019avais chaud et, pour me rafraîchir, tout naturellement, je promenais sur mon visage le jet subtil du vapo.et alors.Elle s\u2019interrompit, se cacha le visage dans les mains.Pierre Lormeuil la cajola doucement.\u2014\tIl faut avouer, dit Teddy Verano, que ce crime abominable était bien préparé.Pauvre Louison ! Il est heureux que la coquetterie de cette femme se soit bornée à se mettre quelques gouttes de parfum sur la main.Si elle avait pris le vapo.de sa maîtresse pour s\u2019asperger le visage.Il n\u2019osait continuer.Mais Marita, levant la tête, s\u2019écriait : Dites tout ! Dites tout, monsieur Verano.Louison serait défigurée, ou aveugle si elle avait reçu l\u2019acide dans les yeux.Ce qui me serait arrivé, à moi, ce qui devait m\u2019arriver.Ah ! la misérable ! Teddy Verano se mordit les lèvres : \u2014 Il me semble, Mlle Marita, que vous accusez bien inconsidérément Mlle Dorney.Rien ne prouve qu\u2019elle soit coupable.\u2014\tJe suis de cet avis, reprit Pierre Lormeuil.Pourquoi charger Corinne avec tant de haine.Laissons agir le détective ! On frappa a la porte.Une voix cria : \u2014\tMlle Marita ! M.Montez vous demande pour la répétition ! \u2014\tJe descends! dit Marita.Elle sécha ses yeux, se poudra rapidement.Teddy Verano, redevenant Verdier le figurant, s\u2019éclipsa pour rejoindre la répétition non sans avoir dit encore : Du courage ! Tant que vous serez au théâtre, méfiez-vous de tout et de tous.Ne prenez pas de champagne dans votre loge.Evitez de respirer les fleurs que vos admirateurs ne manqueront pas de vous envoyer, et surtout ne vous piquez pas à leurs épines.Mais je serai là.Je veillerai ! Espérons que vous trouverez le vrai coupable, sourit Lormeuil.\u2014 J\u2019essayerai! fit Teddy Verano qui disparut ensuite.Il \u2014 Sous la mâchoire de fer 11.était deux heures du matin.La première représentation de La Mort de Cléopâtre avait été un triomphe.En dépit des inquiétudes de Montez et des angoisses de Marita, malgré le trac bien normal de Lormeuil et l\u2019ombre jetee sur le theatre par l\u2019accident de Louison, la représentation s\u2019était déroulée de façon aussi satisfaisante que possible.Du plateau et de la salle, on n avait pas été sans remarquer Corinne Dorney.La jeune comédienne remplissait le rôle de la confidente avec conscience, mais son trouble était évident.A plusieurs reprises, bien que ses répliques fussent de peu d\u2019importance, elle avait dû avoir recours aux bons offices du souffleur.Si le public moyen attribuait ce détail au trac de l\u2019artiste ou à une insuffisance de répétitions, les gens bien informés chuchotaient que la belle Corinne, une fois encore, s\u2019était adonnée à son poison favori.Quant à Marita, qui, bien entendu, avait, elle aussi, remarqué la déficience de Corinne, elle en parla à Lormeuil, après la chute du rideau, dès qu'il l'eut rejointe dans sa loge : \u2014 Avez-vous vu, Pierre?.Son crime l\u2019égare.Ah ! que n\u2019ai-je la preuve.la preuve que c'est elle.\u2014 Quoi?Vous voudriez la livrer à la justice ?Votre animosité m\u2019effraie un peu, Marita.\u2014 Que m\u2019importe ce qui adviendra d\u2019elle.Je voudrais que Montez puisse la chasser.ne plus jamais la revoir.Se jetant dans les bras de son ami, elle cria : \u2014 Oh! Pierre! C\u2019est affreux.Comprends-moi! Tant que je jouerai avec Corinne, je vivrai dans la crainte ! Cette fille me fait peur ! Il la consola doucement, lui assurant que Teddy Verano, de toute façon, montait une garde vigilante et que lui-même était prêt à tout.Il continuait à penser, comme le détective, qu\u2019il ne fallait pas ébruiter I affaire, en raison du scandale que cela occasionnerait.Marita, d\u2019ailleurs, craignait également que les journaux ne lui fissent une publicité tapageuse, qui l\u2019eût plutôt desservie que flattée.Elle refusa de recevoir quiconque, quitta le théâtre très vite après la représentation, accompagnée de Pierre Lormeuil qui la reconduisit à sa porte.Comme il faisait mine de monter, elle eut un sourire las : \u2014 Mon chéri.Pardonnez-moi.Pas ce soir.Je suis si lasse! 11 n\u2019insista pas, s\u2019inclinant devant cette excuse plausible.\u2014 Je vous laisse, Marita.Vous m\u2019avez donné ce soir la plus belle des voluptés, un inoubliable enivrement, en incarnant ma Cléopâtre telle que je l\u2019ai rêvée, telle d\u2019ailleurs qu\u2019elle s'unit à vous en ma pensée !.Marita sourit : \u2014 Mon cher Pierre.Je suis méchante.Mais je voudrais tant être seule! Il baisa sa petite main : \u2014 Bonne nuit, Cléopâtre.A demain ! Il fait doux, je rentre à pied ! Elle vit s\u2019éloigner, dans la nuit, la haute silhouette de l\u2019écrivain dont le frac impeccable était enveloppé d\u2019une cape aux plis flottants.A peu près au même moment, dans le magasin des costumes du Théâtre Moderne, un profond soupir résonnait.\u2014 Bigre, songeait celui qui exhalait ainsi son ennui, quelle nuit ! Depuis plus d\u2019une heure, plus personne dans toute la boîte.Personne, sauf moi, bien entendu.Et dans ces loges poussiéreuses, c\u2019est gai ! D\u2019autant qu\u2019il a beau ne pas faire très froid, c\u2019est, comme tous les théâtres, une vraie boîte à courants d\u2019air.Ah ! quel fichu métier ! Teddy Verano, car c\u2019était lui, soliloquait pour passer le temps, mais il n\u2019était pas sincère avec lui-même.Si on lui eût proposé de renoncer à son métier, il n\u2019eût jamais accepté pareille chose.Il aimait cette chasse au crime, cette lutte contre les forces du mal.Tout d\u2019abord, dans les craintes de Marita, il n\u2019avait vu qu\u2019une occasion d\u2019exercer une de ces surveillances sans grand intérêt auxquelles la plupart des détectives privés usent leur tempérament.Mais l\u2019affaire du vaporisateur avait éveillé son intérêt.Ainsi, c\u2019était vrai, quelqu\u2019un haïssait Marita et était prêt à aller jusqu\u2019au crime le plus monstrueux pour se débarrasser d\u2019elle.Corinne Dorney ?C\u2019était certes, possible.Mais il avait déjà mené une petite enquête ; jamais la rivale de la vedette ne s\u2019introduisait dans la loge L'HOROSCOPE DU \"SAMEDI\u2019' (Même Horoscope que Le Samedi 29 juin \u2014 ovec corrections) 3\t4\t2\t8\t5\t4\t3\t6\t2\t7\t4\t3\t5\t6\t2\t4 S\tL\tA\tT\tU\tA\t0\tV\tY\tC\tR\tY\tN\t0\tE\tG 8\t4\t3\t6\t5\t2\t4\t8\t3\t6\t4\t2\t5\t6\t3\t8 R\tE\tE\tU\tB\tZ\tN\tA\tZ\tS\tT\tD\tE\tR\tP\tV 8\t4\t6\t2\t7\t4\t3\t5\t6\t2\t8\t3\t4\t6\t2\t5 A\tN\tE\tE\t0\tE\tL\tA\tU\tL\tI\tU\tS\tS\tA\tU 8\t4\t3\t6\t5\t4\t2\t7\t6\t3\t8\t4\t2\t5\t6\t4 L\tT\tS\tS\tP\tP\tG\tN\tI\tC\tR\tA\tR\tR\tR\tS 4\t8\t6\t2\t4\t7\t5\t3\t4\t6\t2\t7\t4\t3\t5\t6 L\tE\tE\tA\tE\tQ\t0\t0\tS\tZ\tT\tU\tS\tU\tJ\tB 8\t4\t3\t6\t5\t4\t2\t6\t3\t8\t5\t4\t2\t6\t3\t7 U\tE\tR\tI\tE\tN\tI\tE\tA\tS\tT\tT\tT\tN\tG\tE 4\t6\t2\t7\t6\t3\t8\t4\t2\t6\t3\t7\t4\t2\t8\t3 I\tT\tU\tT\t0\tE\tS\tE\tD\tT\tU\tE\tL\tE\tI\tX Comptez les lettres de votre prénom.Si le nombre de lettres est de 6 ou plus, soustrayez 4.Si le nombre est moins de G, ajoutez 3.Vous aurez alors votre chiffre-clef.En commençant au haut du rectangle pointez chaque chiffre-clef de gauche à droite.Ceci fait, vous n\u2019aurez qu\u2019à lire votre horoscope donné par les mots que forme le pointage de votre chiffre-clef.Ainsi, si votre prénom est Joseph, vous soustrayez 4 et vous aurez comme clef le chiffre 2.Tous les chiffres 2 du tableau ci-dessus représentent votre horoscope.Droits réservés, 1945, par William J.Miller, King Features, lue. 20 Le Samedi, Montréal, 20 juillet 1957 JLLcs histoires d Ovila Légaré Musicien malgré lui La charmante Nicole Germain avait gagné un cinq cloches au « ralliement du rire » avec l\u2019histoire que voici : C\u2019était un grand virtuose du violoncelle.Il donnait des récitals un peu partout, et sa renommée s\u2019étendit jusqu\u2019en Angleterre où il fut engagé pour jouer devant le roi et la reine.Le choix de ses morceaux était superbe ; il jouait comme un maître, et réussit à émerveiller le roi qui demanda à le voir après le concert.« Vous êtes un véritable virtuose, monsieur », dit le roi.« La reine et moi n\u2019avons jamais entendu de la si belle musique ! Cependant, je vous observais pendant que vous exécutiez, et je n\u2019hésite pas à vous faire part d\u2019un tic qui m\u2019a frappé.Pourquoi faites-vous toujours la grimace quand vous attaquez un nouveau morceau ?» Alors le musicien, respectueux, répondit au roi : «Qu\u2019est-ce que vous voulez, Majesté, j\u2019aime pas ça la musique, moi ! » Gargantua Un gros mangeur s\u2019était engagé dans un cirque pour faire un numéro extraordinaire : il mangeait, successivement 5 livres de spaghetti, 3 livres de riz bouilli, deux poulets, un quart de patates et deux gros pains.Le directeur du cirque était émerveillé.Il lui dit : « Je vas vous donner $500 par semaine, vous allez faire une représentation à 4 heures de l\u2019après-midi, une autre à 8 heures et une dernière à 10 heures du soir, tous les jours.«Notre homme accepta.Tout alla pour le mieux la première semaine ; la foule s\u2019entassait dans la baraque pour voir cet homme extraordinaire ; on refusait du monde.Si bien que le directeur dit à ce gargantua :\t« Ecoutez, je vais faire un marché avec vous : je vais vous donner $100 de plus si vous pouvez faire 4 représentations par jour ; une à 4 heures, une à 6 heures, et les deux autres à 8 et 10 heures.» L\u2019autre fit signe que non.«Non, dit-il, je suis pas capable.Si je fais une représentation à 6 heures, je pourrai pas souper avec cette affaire-là ! » Slow bu# sure Mon excellent ami Eugène Dai-gneault nous racontait qu\u2019un type qu\u2019il connaissait, et que nous allons appeler Dieudonné pour les besoins de la cause, s\u2019était engagé chez un boucher.Dieudonné, c\u2019était pas les gros chars, comme on dit ; mais il était fiable, et le boucher lui faisait confiance.Un soir, vers six heures, le patron dit à Dieudonné : « Je m\u2019en vas à la maison me changer, je vas au théâtre avec ma femme.Tu fermeras la boucherie à 7 heures, comme d\u2019habitude, tu balayeras le bran de scie et tu écureras les blocs.N\u2019oublie pas surtout de rentrer toute la viande dans la glacière et de l\u2019accrocher.» \u2014 « Soyez tranquille, monsieur-, je vas toute l\u2019accrocher la viande.» Le boucher part confiant.A la fin de la veillée, vers minuit moins quart, avant de rentrer se coucher, il lui prend l\u2019idée d\u2019aller voir à son étal.Quelle ne fut pas sa surprise d\u2019y voir encore de la lumière ! Il entre et trouve mon Dieudonné en train de mettre son gilet.« Mais dis-moi donc, Dieudonné, ça t\u2019a ben pris du temns ?» \u2014 « Je viens de finir, que dit Dieudonné, je m\u2019en allais justement.» \u2014 « Mais, répond le boucher, ça prend pas tant de temps que ça faire le travail que je t\u2019ai donné ?T\u2019as frotté les blocs comme il faut, je vois ça .t\u2019as tout enlevé le hran de scie ; t\u2019as rentré toute la viande et tu l'as accrochée, j'espère, mais ça t'a ben pris du temps?» Alors Dieudonné lui dit, candidement: «Oui, j\u2019ai accroché toute la viande, mais j\u2019ai eu assez de misère avec la viande hachée ! » Employé zélé Mon ami Marcel Gamache a toujours eu beaucoup de succès avec l\u2019histoire suivante : Un grand niai-seux se présente à une petite gare du chemin de fer Canadien National et dit au chef de gare : « Monsieur, mon cousin vient d\u2019être nommé député, puis il m\u2019envoie pour avoir une job.» Le chef de gare, surpris, lui dit qu\u2019il est seul et qu\u2019il n\u2019a pas besoin d\u2019un autre employé dans une petite gare comme celle-là.Mais notre homme, qui semble pas mal niaiseux, reste assis, et lui dit : « Je décollerai pas d\u2019icite tant que vous m\u2019aurez pas donné une job.» Le chef de gare n\u2019en fait plus de cas.Le soir, il est obligé de fermer la station sur le nez du niaiseux.Le lendemain, à l\u2019ouverture de la gare, mon type est encore là qui demande une job.Alors, pour s\u2019en débarrasser, le chef de gare lui donne trois ou quatre morceaux de papier sablé et lui dit :\t« Tenez, d\u2019abord que vous voulez absolument travailler, allez sabler les tracks.» Mon type part, à quatre pattes en frottant les rails, et il disparaît.Une semaine se passe ; pas de nouvelles du gars.Deux semaines se passent ; pas de nouvelles.Le chef de gare commençait à se frotter les mains, en se disant que son stratagème l\u2019avait débarrassé à jamais de ce gêneur, lorsque tout à coup, il reçoit un appel téléphonique : c\u2019était notre niaiseux qui lui dit, à l\u2019appareil : «Qu\u2019est-ce que je vas faire?Je suis rendu à Vancouver, puis j\u2019ai plus de papier ! » de cette dernière.Louison, d\u2019ailleurs, y était dûment stylée sur ce chapitre et s\u2019y fût formellement opposée.Si l\u2019habilleuse quittait la pièce, elle la fermait à clé.En conséquence, il paraissait évident que si Corinne avait joué un rôle dans cette histoire de vitriol, ce n\u2019était pas elle qui avait versé le liquide dans le vaporisateur.D\u2019ailleurs, toute toxicomane qu\u2019elle fût, la doublure de Marita passait pour être fort intelligente et Teddy Verano pensait fort justement que Corinne Dor-ney ne se fût pas glissée chez Marita pour accomplir son abominable forfait, risquant d\u2019être surprise.Une fois encore, il soupira.Il avait froid, il respirait de la poussière.Il s\u2019ennuyait ferme.A l\u2019issue de la représentation, il s\u2019était glissé de la loge commune des figurants, sous prétexte d\u2019aller se démaquiller au lavabo, et n\u2019en était pas revenu.Il avait filé au magasin des costumes, endroit idéal, repéré par lui pour se cacher.Il désirait passer une nuit dans l'enceinte du Théâtre Moderne.Seuls, les concierges restaient dans l\u2019immeuble.Encore, leur loge, à l\u2019entrée des artistes située sur une rue latérale, était-elle fort loin des coulisses.\u2014 Le triomphe de ce soir \u2014 si c'est une jalousie \u2014 va exciter encore le criminel à récidiver.Marita-Cléopâtre sera mille fois plus haïe après cette superbe première.La foule va se ruer au Théâtre Moderne.L\u2019ennemi le sait assurément.Il ne pouvait pas ne pas être là ce soir.Il guettait de quelque fauteuil ou de quelque baignoire, attendant le moment où un régisseur affolé eût couru devant le rideau, annoncer au public qu\u2019un accident, ou une indisposition subite, interdisait à Mlle Marita de jouer.que la représentation était remise.Alors, c\u2019eût été pour lui le signal du succès, car il en aurait déduit que sa hideuse machination avait réussi, qu\u2019on emportait Marita, défigurée ou aveugle.Il frissonna.C\u2019était vraiment atroce.La coquetterie de la pauvre Louison avait fait avorter le monstrueux projet.Par bonheur, l\u2019habilleuse n\u2019avait qu\u2019une main atteinte.Teddy Verano songeait encore : \u2014 Représentation annulée.Ou alors, selon la coutume du théâtre, on passait le rôle à la doublure.En l\u2019espèce Corinne Dorney.Et c\u2019est elle qui aurait joué Cléopâtre, conduit la pièce au succès, partagé avec Lormeuil et Montez les vivats de cette salle enthousiaste.C\u2019était fort justement raisonné, et très en défaveur de Corinne.Mais la comédienne était-elle capable d\u2019un tel calcul, et de jouir des bravos en songeant que sa rivale, à la même heure, eût été étendue dans quelque clinique, livrée à des médecins qui se seraient penchés avec un hochement de tête sur ce visage si beau, devenu celui d\u2019un monstre.Un craquement fit tressaillir le faux Verdier.On marchait dans l\u2019enceinte du Théâtre Moderne.Il retint sa respiration.Qui était là ?\u2014 Peut-être le concierge faisait-il une ronde, « because » les incendies toujours possibles.Il attendit un moment, situa le circuit de l\u2019inconnu.Le magasin aux costumes était à l\u2019étage supérieur, sous les combles, à hauteur des cintres.Il était vraisemblable que l\u2019inconnu, si c\u2019était un malfaiteur, ne viendrait pas jusque-là.\u2014 Le concierge ?songea encore Teddy.Non ! Car il n\u2019aurait aucun motif d\u2019étouffer le bruit de ses pas.C\u2019était pourtant bien ce qui caractérisait la manoeuvre de l\u2019inconnu.Teddy Verano se décida à sortir du magasin.Il passa sur le palier supé- rieur du théâtre.Il y avait, sous lui, trois étages de loges d\u2019artistes.Une vague clarté, tombant d\u2019un vasistas, éclairait la cage de l\u2019escalier.En bas, venant du plateau, il aperçut une ombre : \u2014 Et pas de lumière.Donc.Pour lui, c\u2019était une preuve.Penché sur la rampe de l\u2019escalier, retenant son souffle, il épia l\u2019individu.Il l\u2019entendit monter l'escalier, s\u2019arrêter au premier étage, s\u2019enfoncer dans le couloir latéral.Il frémit : à cet étage, de ce côté, il n\u2019y avait qu\u2019une seule loge, celle de la vedette (en l\u2019occurrence Marita).Le bureau directorial occupait l\u2019autre partie du palier.\u2014 Il va chez Marita ! Teddy était toujours habillé en Egyptien.Il avait gardé ce costume en cas d\u2019une visite intempestive dans le magasin aux accessoires ! Ainsi, conservant l\u2019immobilité, il eût pu se confondre dans l\u2019alignement des oripeaux exécutés pour les représentations de la Mort de Cléopâtre.Cependant, sous le vêtement, il avait placé un browning et une lampe électrique.Ces deux accessoires ne le quittaient guère au cours de ses enquêtes.Il leur adjoignait parfois une petite matraque en caoutchouc.Maintenant, le détective avait quitté le palier supérieur.Avec de minutieuses précautions, il descendait vers le premier étage.Il était rompu à ce genre de randonnées nocturnes.Combien de fois, au cours de ses aventures, n\u2019avait-il pas eu à filer ainsi quelque dangereux criminel, profitant des ombres de la nuit pour préparer ses forfaits ou essayer d\u2019échapper à la justice des hommes ?Aussi, le soi-disant figurant, toujours habillé en Egyptien, passa-t-il au palier du second sans faire plus de bruit qu\u2019un fantôme.De temps à autre, il prêtait l\u2019oreille.Un léger cliquetis parvenait jusqu\u2019à lui ! \u2014 Parbleu !.Il est en train d\u2019essayer de fracturer la loge de Marita.Il a donc l\u2019intention de recommencer le coup du vaporisateur ?Ce serait bien maladroit.Non ! Il veut arranger autre chose.Du second, il se dirigeait vers le premier en redoublant de précautions.Dans le silence impressionnant et gênant du théâtre vide, Teddy Verano entendait toujours le grincement de l\u2019instrument avec lequel le mystérieux personnage s\u2019attaquait à la loge de Marita.Il devait s\u2019énerver, sans pouvoir parvenir à ses fins car, à un certain moment, le détective l\u2019entendit in-terjecter un « ah ! » impatient.Teddy, qui n\u2019était plus qu\u2019à quelques degrés du palier du premier, se tint coi contre le mur de l\u2019escalier.L\u2019autre, craignant sans doute d\u2019avoir exhalé sa mauvaise humeur, avait cessé son travail.Il s\u2019écoula un moment angoissant.Dans l\u2019ombre, perdus dans cette vaste enceinte que le silence rendait d\u2019autant plus impressionnante qu\u2019elle venait d\u2019être remplie par une foule joyeuse et enthousiaste, deux hommes retenaient leur souffle, poursuivant chacun un dessein bien différent.Enfin, l\u2019inconnu pensa que ses craintes étaient erronées, que nul n\u2019avait pu l\u2019entendre, et il se remit à l\u2019ouvrage.\u2014 Il est bien maladroit, ce cambrioleur, songea Teddy.Pour lui, c\u2019était un indice.L\u2019homme n\u2019etait pas un professionnel, mais un malfaiteur d\u2019occasion.L\u2019ennemi de Marita, agissant ou non pour le compte de Corinne Dorney, était un individu dévoyé pour la circonstance, inexpert dans le maniement des instruments habituels des malfaiteurs.Teddy hésita encore un moment.Le laisser finir ?Pénétrer dans la loge ?C\u2019était du temps perdu ! De toute fa- Le Samedi, Montréal, 20 juillet 1957 21 Avez-vous fait vos projets pour le jour ¦¦¦¦¦¦ ùs&Ékki tâé£*LL±^i ¦¦¦BBBHHHflHHH ^ *55*838 HH ou vous cesserez de travailler?™, - I.1-\t3 Voici une façon de l\u2019envisager: Prendre sa retraite d'un coeur gai, veut dire pouvoir maintenir le standard de vie que vous avez mis tant d'années à établir.Le PLAN DE SECURITE de la Mutual Life of Canada vous assure un revenu adéquat quand vous aurez cessé de travailler.Entretemps, c\u2019est une protection pour votre famille ad-venant votre décès avant l\u2019âge de votre retraite.Même si le jour de la retraite vous semble loin, vous y gagnerez beaucoup en y pourvoyant dès maintenant.Plus vous êtes jeune lorsque vous prenez une police, plus le taux de la prime est bas et plus élevés sont les dividendes accumulés.Le représentant de la Mutual Life of Canada de votre district est celui dont les conseils sont aussi précieux pour votre avenir que ceux de votre médecin pour votre santé.Ne tardez plus \u2014deinandez-lui de vous expliquer aujourd\u2019hui même le plan de Sécurité.La Mutual Life of Camilla assure la vie des Canadiens depuis IS69 \u2014 en plusieurs cas, les membres d'une même famille depuis plusieurs générations.Son champ d'action ne couvre que le Canada et elle fut la première compagnie à hase \u201cmutuelle'\u2019, c\u2019est-à-dire celle dont les détenteurs de polices en sont les seuls actionnaires.Les S7 années de dividendes versés par la Mutual Life sont un record sans précédent.Pour la quatrième année consécutive, l'éclielle des dividendes aux détenteurs de polices a été augmentée.giMUTUALIIFE OF CANADA Fondée en 1869 SIEGE SOCIAL: Waterloo, Ont.çon, le flagrant délit était évident.Il s\u2019avança.L\u2019autre, qui s\u2019acharnait sur la serrure, eut l\u2019intuition d\u2019une présence.Il se retourna brusquement, aperçut, sur le palier une silhouette à la fois impressionnante et cocasse, celle d\u2019un personnage de l\u2019antique Egypte, baigné d\u2019un rayon de lune.Un moment il demeura interdit : \u2014 Eh bien?demanda le détective, on n\u2019en vient pas à bout de cette porte ?Une fraction de seconde, les deux hommes se considérèrent, autant que la faible clarté qui régnait dans les coulisses le leur permettait.Teddy Verano fouillait dans sa poche pour prendre sa lampe électrique.Il souhaitait braquer le halo lumineux sur l\u2019ennemi afin de reconnaître la silhouette, diffuse dans l\u2019obscurité et, voir si possible, le visage.Mais l\u2019autre ne lui en laissa pas le temps.Brusquement, il se détendit, comme mû par un ressort, et franchit d\u2019un seul bond les deux mètres qui le séparaient de Teddy.Le détective attendait le choc, mais l\u2019autre était d\u2019une force peu commune et rompu aux sports.Abandonnant la recherche de sa lampe électrique, il para le choc, aussi bien qu\u2019il le put, mais fut renversé.Du moins, roula-t-il à terre en entraînant son ennemi auquel il se cramponnait avec vigueur.Un instant, ils luttèrent, étroitement enlacés.Teddy, assez mal à l\u2019aise dans son costume de figurant, essayait de prendre son antagoniste à la gorge, manoeuvre décisive en cas de réussite.Malheureusement, son plan semblait déjà avoir été éventé.L\u2019autre étant tombé sur lui, avait l\u2019avantage et le policier sentait le genou de son adversaire qui pesait terriblement sur sa poitrine.Il savait déjà qu\u2019il avait affaire à un homme, que Corinne Dorney n\u2019était nullement le criminel.Ce qui, jusqu\u2019à nouvel ordre, n\u2019excluait pas la culpabilité de la comédienne.Le visage du monstre demeurait invisible et Teddy devina, malgré l\u2019obscurité, le loup qui voilait ses traits.L\u2019homme prenait des précautions.Toutefois, Teddy ne s\u2019avouait pas vaincu.Il résistait de toutes ses forces à l\u2019étreinte, cependant redoutable.Mais déjà il sentait des doigts vigoureux qui se refermaient sur son cou.Ainsi, l\u2019autre faisait ce que lui-même avait cherché à faire.Mais si Teddy avait essayé de serrer la gorge de son ennemi, c\u2019était uniquement pour le maîtriser, tandis qu\u2019il devinait avec une effrayante lucidité, que l\u2019autre cherchait à l\u2019étrangler.Teddy, suffoquant, vit la mort, la mort la plus hideuse, qui se manifestait sous la forme de cet inconnu au visage anonyme, et qui allait avoir raison de lui dans ce théâtre vide, au milieu de cet océan de silence.Il voulut crier, mais le larynx affreusement serré refusa d\u2019exhaler le moindre son.Teddy frôlait le moment terrible où l\u2019individu s\u2019abandonne, renonce à lutter.Il songea qu\u2019il aurait donné sa vie pour la lutte contre le crime, après l\u2019avoir consacrée à traquer les misérables qui détruisent la société.A ce moment précis, l\u2019étreinte se desserra.Il sentit que les mains qui l\u2019étranglaient étaient agitées d\u2019un tremblement convulsif, irrésistible, consécutif à quelque raison qui échappait à la victime.En même temps que les mains d\u2019ailleurs, c\u2019était l\u2019homme tout entier qui frémissait.Il sembla à Teddy qu\u2019il l\u2019entendait claquer des dents.Profitant du répit qui lui était accordé, il banda ses muscles et, d\u2019un effort, se libéra de l\u2019étreinte de façon définitive.L\u2019autre exhala une sorte de cri, ou plutôt de râle nerveux, qui fit fris- sonner Teddy Verano.Pourtant le détective se trouva debout, avança sur l\u2019ennemi, gronda, en braquant son browning : \u2014 Assez de comédie ! Haut les mains ! L\u2019autre reculait contre la cage de l\u2019escalier.Teddy entendait toujours nettement ses dents qui s\u2019entrechoquaient et, bien qu\u2019il ne pût voir clair, distinguait qu\u2019il tremblait toujours.L\u2019étrange crise de son adversaire lui avait sauvé la vie.\u2014 Rends-toi ! gronda Teddy une fois encore.Rends-toi ou je te descends ! Il l\u2019eût fait, sans aucune pitié ; mais l\u2019attitude de son ennemi le surprenait.Quelle était cette fièvre subite ?L\u2019homme était-il atteint d\u2019une de ces maladies coloniales qui, brusquement, terrassent l\u2019individu le plus fort et le plus sain en apparence ?Ou était-il dépassé lui-même par l\u2019horreur du crime qu\u2019il n\u2019avait pas eu l\u2019abominable courage de perpétrer jusqu\u2019au bout?Ces réflexions firent perdre quelques instants à Teddy Verano.Instants rapides, mais décisifs.Tout à coup, l\u2019autre bondit vers l\u2019escalier et commença à grimper.Teddy fit feu et le coup de revolver résonna lugubrement à travers le théâtre, éveillant les échos de la scène et de la salle.Il avait manqué son gibier.D\u2019ailleurs, il n\u2019eût pas souhaité le tuer, tant il désirait le prendre vivant.Retroussant sa tunique, qui le mettait dans une position ridicule, il s\u2019élança sur les traces de son ennemi.Ils gagnèrent ainsi le palier du deuxième, où étaient situées les loges des principaux artistes, puis celui du troisième : \u2014 Loge des figurants ?Magasins aux accessoires, aux costumes ?Où va-t-il ?Il a l'air de connaître parfaitement les lieux.Il pensait encore que le change- 22 Le Samedi.Montréal.20 juillet 1957 ment d\u2019attitude de son ennemi indiquait que la crise avait disparu aussi vite qu\u2019elle s\u2019ôtait manifestée.Mais que signifiait ce cri déchirant, exhalé par le criminel ?Etait-ce un symptôme de maladie?Ou plus simplement de dérangement cérébral ?Teddy arrivait au troisième.L'homme ne pouvait guère lui échapper que par les toits, soit en passant par une fenêtre d\u2019un des magasins, ou en gagnant le vasistas qui surplombait l\u2019escalier.Mais tout cela ne devait pas faire l\u2019affaire du mystérieux criminel car, tournant délibérément le dos au palier, il bondit dans la direction opposée, c\u2019est-à-dire vers les cintres du théâtre, \u2014 Diable ! songea Teddy.S\u2019il s\u2019engage sur la passerelle, ça va être gai !.A nous le vertige ! Il songeait aux passerelles volantes qtd, à quinze mètres au-dessus du plateau du théâtre, font le tour des cintres et permettent la disposition haute des décors.De toute façon, il n\u2019y avait pas d\u2019erreur, l\u2019homme connaissait les aî-tres.\u2014 Arrête! Arrête! cria Teddy Ve-rano.Peine perdue.L\u2019homme franchissait une porte, passait dans les cintres proprement dits.Quand Teddy fut à cette même place, son adversaire s\u2019engagea sur la passerelle.C\u2019était la plus grande, celle qui surplombait la herse.Large d\u2019une douzaine de mètres, elle donnait accès à l\u2019autre côté du théâtre et, à quinze mètres au-dessus de la scène, pour employer l\u2019argot spécial des comédiens, permettait d\u2019aller du côté cour au côté jardin.Teddy, à son tour, s\u2019engagea sur cette fragile passerelle qui, suspendue par des câbles, tremblait sous ses pas.Une affreuse sensation de vertige le saisit.Il n\u2019osait regarder en bas.Le théâtre, vu ainsi, dans la nuit, devait avoir un aspect affreux.Toute la masse immense de la scène, vide de décors, emplie de ténèbres, n\u2019était plus qu\u2019un gouffre, un abîme d\u2019ombres menaçantes.Mais, comme Teddy atteignait le « côté jardin », il ne vit plus son ennemi.Où était-il ?S\u2019était-il tapi derrière quelque portant, sous des amas de vieux décors, derrière des toiles roulées qui, en tas, formaient une masse imprécise ?Il n\u2019était pas loin, car le bruit de ses pas n\u2019avait pas annoncé une fuite.Le détective, avec précaution, quitta la passerelle, reprit pied sur la plate-forme qui entourait le théâtre, sauf du côté de la salle.Il fit deux ou trois pas, le browning à la main.Personne.Et pourtant, l\u2019autre était là, tapi dans l\u2019ombre, prêt à frapper.Le détective savait nettement qu\u2019il n\u2019avait aucune pitié à attendre de son antagoniste.Cette crise étrange et providentielle lui avait sauvé la vie une première fois, mais si, par malheur, il retombait sous la coupe de son ennemi, il ne fallait pas compter sur un auxiliaire aussi original.Il fit jouer sa lampe électrique pour percer le secret de ces ténèbres, commença à fouiller la masse d\u2019obscurité.Le choc fut terrible.Teddy comprit, mais trop tard, que son ennemi lui avait tendu un piège et qu\u2019il venait d\u2019y tomber comme un écolier.L\u2019autre attendait cela, précisément, que le détective se manifestât d\u2019une façon ou d\u2019une autre pour le renseigner sur sa position, car ils s\u2019étaient mutuellement perdus de vue dans l\u2019obscurité des cintres.Le point lumineux de la lampe électrique avait été le repère.Teddy reçut, à la tête, un formidable choc.L\u2019ennemi venait de lui assener sur la tête ses deux poings serrés.Le détective chancela, lâchant à la fois le browning et la lampe électrique.Mais, quoique étourdi, il reprit conscience et voulut lutter encore, marchant à tâtons, cherchant un point d\u2019appui.L\u2019autre, debout devant lui, la respiration sifflante, avançait les mains comme pour le saisir, l\u2019étrangler mais, de nouveau, il claquait des dents, tremblait convulsivement, râlait : \u2014 Non!.Non!.je ne peux pas.je ne peux pas.L\u2019effort qu\u2019il avait fait pour assommer le policier avait déterminé chez lui une nouvelle crise.Teddy eut conscience de cela, de façon très vague, comme un homme abruti.Mais il y eut presque aussitôt un double choc, et les échos s\u2019en répercutèrent à la fois dans la masse creuse du théâtre et dans celle de la salle, car le rideau demeurait ouvert et les deux masses vides n\u2019en faisaient qu\u2019une.Teddy comprit nettement que les deux chocs simultanés provenaient de son revolver et de sa lampe qui, tombant dans le vide de quinze mètres de haut, heurtaient rudement les planches de la scène.Il tituba, tourna sur lui-même, aspira une gorgée d\u2019air pour essayer de reprendre son souffle.Devant lui, il aperçut l\u2019ennemi, tremblant, incapable de bouger à nouveau.C\u2019est à ce moment qu\u2019il perdit pied.Horrible sensation ! Entre la plateforme et la passerelle volante, Teddy Verano s\u2019enfonçait dans le vide.Ses mains crispées agrippèrent un câble.Instinctivement, il s\u2019y cramponna, mais il n\u2019avait pas assez de résistance pour se retenir.Il se laissa glisser, souhaitant que le câble fût assez long pour lui permettre d\u2019atteindre la scène.Il l\u2019était, et le détective atteignit le plateau en quelques secondes.Mais, à peine y posait-il le pied qu\u2019il s\u2019évanouit, à bout de forces.Là-haut, le monstre, penché sur le vide, guettait sa proie.Il faisait trop noir pour qu\u2019il puisse nettement se rendre compte de ce qui se passait.La crise se poursuivait et le misérable avançait ses mains tremblantes dans le vide, vers Teddy Verano, qu\u2019il devinait quinze mètres au-dessous de lui.N\u2019entendant plus rien, il se leva, contourna la plate-forme et, rejoignant le palier, descendit vers le plateau.Quelques minutes plus tard, le démon du Théâtre Moderne traversait la scène avec précaution et apercevait enfin le corps étendu de Teddy Verano.Il se pencha sur lui.Visiblement, il avait encore le désir de l\u2019étrangler, mais ses forces le trahissaient.Frissonnant, le misérable chercha autour de lui, par quel moyen il pourrait se débarrasser du détective.Soudain, il leva la tête, et un rire moqueur, cruel, nerveux comme sa fièvre subite, résonna dans le cube d\u2019ombre de la scène.Il examina les cintres, le proscenium et frotta convulsivement ses mains tremblantes.Il fit quelques pas, trouva un de ces câbles qui traînent toujours dans les coulisses, revint vers Teddy et le ligota, non sans effort.Mais Teddy Verano ne revenait toujours pas à lui.Le monstre traîna son adversaire vers la rampe, à hau- teur du manteau d\u2019arlequin où il l\u2019abandonna.Puis, il se dirigea vers la cabine de l\u2019électricien, y fit la lumière, chercha sur le plateau, parmi les manettes.Enfin, il trouva ce qu\u2019il désirait.Sous le masque noir, ses dents apparurent en un rire de loup.Il actionna une commande.Un ronronnement sourd, continu, commença à résonner dans le théâtre.Après un dernier regard au détective inerte, le misérable disparut définitivement dans l\u2019ombre.Le ronronnement continuait, quelque chose bougeait dans le cadre de la scène.Enfin, Teddy Verano ouvrit les yeux.Il soupira profondément.Son crâne lui faisait mal, après le terrible et double coup de poing de l\u2019ennemi.Il ne réalisait pas très bien ce qui lui arrivait.Ce ne fut qu\u2019en essayant de remuer qu\u2019il s\u2019aperçut qu\u2019il était ligoté.Il ne comprit pas très bien pourquoi, mais la lumière revint rapidement en son esprit.Il crut que ses oreilles bourdonnaient.Mais non, dans le calme imposant du théâtre vide, quelque chose fonctionnait, de façon lente, immuable.Teddy se tourna sur place, non sans geindre, car il était perclus de douleurs, et au-dessus de sa tête, aperçut quelque chose de sombre, d\u2019immense, comme une aile noire qui s\u2019abaissait lentement, sans heurts, glissant entre les deux côtés du cadre de scène.Tout d\u2019abord, il ne réalisa pas, mais le ronronnement du moteur lui fit comprendre sa situation.Un hurlement d\u2019épouvante jaillit de ses lèvres : \u2014 Ah !.Ah !.Au secours !.Il se débattait dans ses liens, se tordait, essayait de ramper, de s\u2019éloigner du proscenium où l\u2019avait étendu son ennemi.Mais le filin résistait.Avec horreur, Teddy, vit que l\u2019autre avait tout prévu et que ses liens étaient fixés à un portant qui traînait sur scène, si bien que tout mouvement lui était interdit.Une angoisse, indescriptible s\u2019emparait de son être.Le monstre désespérant d\u2019en finir, se sentant sans doute incapable de l\u2019étrangler, parce que saisi chaque fois par des tremblements anormaux, avait imaginé cet horrible moyen.Il avait attaché Teddy Verano sur le proscenium et, manoeuvrant le rideau de fer qui sépare la scène de la salle, préparait l\u2019écrasement fatal, d\u2019une lenteur menaçante, mais dont Tissue n\u2019était pas douteuse.Suant d\u2019angoisse, tordu dans ses liens, l\u2019écume aux lèvres, les yeux exorbités, Teddy Verano vit le rideau à cinq mètres, à trois mètres, à deux mètres, il appelait au secours.\u2014 Eh bien ?Quoi ?Qu\u2019est-ce qui se passe ?Qui a fait marcher le rideau de fer.Ah ! malheur ! Ahuri, le gardien du théâtre aperçut, à la lueur d\u2019une lanterne, cet individu qui se tortillait tandis que la masse formidable glissait toujours sur lui.Il comprit enfin, grogna un juron et s\u2019élança dans la cabine de l\u2019électricien.Malgré le ronron du moteur le malheureux entendait le concierge qui tripotait les boutons et les manettes.\u2014 Nous vous enseignons ici, dit le directeur de l\u2019école commerciale, la sténodactylographie.C\u2019est ainsi que nous vous inculquerons les principes de l\u2019ordre et de la promptitude.¦\u2014 Et pour la vitesse '! demande une élève.\u2014 Là aussi, nous sommes imbattables, dit le directeur.De notre dernier cours.IG dames ont épousé leur elle/ trois mois apres nous avoir quittés.Le rideau était à moins d\u2019un mètre de lui.Il avait l\u2019impression de sentir peser sur lui une main incommensurable qui cherchait à le broyer.Un déclic, enfin ! Le rideau s\u2019arrête, dix secondes après que le bruit du moteur a cessé.\u2014 Mc direz-vous enfin ce que vous faites là ?Mais le concierge ne put encore avoir une explication.Une fois de plus, Teddy perdit connaissance.Ill \u2014 L\u2019homme qui tremble llons.du calme.Nous commençons dans dix minutes !.Le régisseur du Théâtre Moderne, en manches de chemise, passait à travers les groupes que formaient, dans les coulisses, artistes et figurants.C\u2019était le lendemain soir et la représentation se préparait, la deuxième représentation de la Mort de Cléopâtre.Dans la journée, la troupe s\u2019était trouvée réunie au théâtre, pour faire quelques raccords, mettre au point différents petits détails qui « clochaient » encore et auxquels Montez avait voulu remédier, de ces détails qui échappent à l\u2019oeil le plus averti durant les répétitions et qui n\u2019apparaissent qu\u2019à la première représentation, souvent aux rires du public.Une fièvre ardente passait sur le théâtre.Outre l\u2019ambiance particulière du monde théâtral, toujours plus fiévreuse lors du début de la carrière d\u2019une nouvelle pièce, on chuchotait que la vaste enceinte durant la nuit, avait abrité de singuliers événements.Pourtant Teddy Verano avait fait l\u2019impossible pour obtenir le silence.Le concierge, stupéfait de la présence de ce figurant ligoté sur lequel descendait le fatal rideau de fer, avant la fin de son évanouissement, avait alerté la police.Naturellement, le détective était assez connu des services de la Sûreté pour justifier sa présence au théâtre à une heure aussi indue.Il s\u2019était expliqué et il avait été convenu que rien ne transpirerait de sa déposition.Le concierge, impressionné par la présence des inspecteurs, avait promis de faire silence, même auprès du patron.Malheureusement, le drame de la nuit avait laissé des traces et les premiers membres du personnel du Théâtre Moderne, revenant dès le matin, les avaient promptement relevées.Dans l\u2019escalier, la peinture fraîchement appliquée avait été écaillée par le choc d\u2019un projectile, probablement une balle de browning 6,35.Les machinistes assuraient que des inconnus avaient touchés à leurs câbles (à leurs fils, dans l\u2019argot théâtral, qui interdit de prononcer sous peine d\u2019amende les mots : câble, corde et ficelle).L\u2019électricien avait été pris d\u2019une colère bleue en constatant que des mains sacrilèges s\u2019etaient permis de manoeuvrer les commandes de sa cabine.Montez était furieux, car on lui avait rendu compte de ces différents incidents.Le concierge, cependant, jurait ses grands dieux qu\u2019il ne savait rien, qu\u2019il n\u2019avait rien vu, rien entendu.Le patron l\u2019interrogea en vain.Le brave homme, conscient d\u2019être dans les confidences de la police qui agissait il ne savait trop pourquoi, se débattit comme un beau diable, jura sa fidélité au Théâtre Moderne.Montez insista et 1 homme allait infailliblement perdre pied, quand un figurant lui lança, en passant, un coup d\u2019oeil complice ; il avait reconnu son homme de la nuit précédente.Encouragé par cette présence, il reprit son aplomb et assura Montez de sa bonne foi.Comme celui-ci avait autre chose à faire, il abandonna provisoirement l\u2019interrogatoire.[ Lire la suite page 27 ] 33 vr- -jr L'endroit: le YACHT CLUB La cigarette: MATINÉE Les fumeurs au goût délicat trouvent dans l\u2019élégante Matinée tous les raffinements qu\u2019ils recherchent dans une cigarette .qualité, douceur, arôme subtil.Son filtre d\u2019un blanc pur ne nuit en rien à l\u2019aspiration.LA CIGARETTE POURVUE DU FILTRE SORTIE 33RTI/I3 SriMU J*r.\\ «*» 'æRîÏ 1 I llll 1 ticmüsi fiaiTw
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