Le samedi, 1 décembre 1958, samedi 27 décembre 1958
[" ïsglfc ¦Zap?- \u2018man*f f 70e année, No 34r Montrai, 47 u^JWire 1958 LE MAGAZINE NATIONAL DES CANADIENS \u2022\tHenri Norbert,\tpar Odette oligny \u2022\tUn roman sentimental LE COEUR MASQUE, par XAVIER DALTOUR \u2022\tLa chronique astrologique de JACQUES COMPOSTEUE cents Un conte pour enfants : LES ECUS DU SORCIER î)+& r Le Samedi, Mot.Récit d'atmosphère Chez les \"Packers\u201d En entrant dans un des bâtiments de Durham, Jokubas et ses amis trouvèrent un grand nombre d\u2019autres visiteurs qui attendaient ; peu de temps après, un guide vint les conduire à travers la fabrique.Ils grimpèrent cinq ou six étages, jusqu\u2019au sommet du bâtiment, par un escalier extérieur.Là, ils trouvèrent la < chute » avec sa multitude de porcs qui montaient patiemment et péniblement.Puis, il y avait un endroit où ils se reposaient pour se refraîchir ; ensuite, par un autre passage, ils pénétraient dans la salle d'où aucun porc ne revient jamais.C\u2019était une longue salle étroite avec une galerie tout du long pour les visiteurs.A l'extrémité, il y avait une grande roue de fer, d\u2019à peu près vingt pieds de circonférence, avec des anneaux de distance en distance le long de ses bords.De chaque côté de cette loue, un espace étroit était ménagé dans lequel les porcs arrivaient à la fin de leur voyage ; au milieu d\u2019eux se On entendait toute la gamme des hurlements : aigus, graves et douloureux ; de temps en temps une accalmie se produisait ; puis, de nouveau, ils éclataient avec plus de force et s\u2019élevaient comme des vagues jusqu\u2019à devenir assourdissants.C\u2019en était trop pour quelques-uns des visiteurs ; les hommes se regardaient en riant nerveusement, les femmes crispaient leurs mains, rougissaient et des larmes jaillissaient de leurs yeux.En attendant, sans s\u2019occuper de ces choses, les hommes continuaient leur travail.Ni les hurlements des porcs, ni les larmes des visiteurs ne les troublaient.Une à une, ils accrochaient les bêtes et d\u2019un coup rapide, tranchaient les gorges.Il y avait une longue ligne de porcs dont les cris et le sang s\u2019épuisaient à la fois jusqu\u2019à ce qu\u2019en un dernier spasme ils disparussent en plongeant dans une immense cuve d\u2019eau bouillante.Tout cela se faisait si méthodique- i m s ; '¦ ».\u2019ij La chanson canadienne WOUP! FARLATIN E! -i \u2014 Version nouvelle et harmonisation de Lionel Daunais \u2014 5 \u2014 M\u2019en va t\u2019à la remise ] Pour étriller la grise\tbis J\u2019ai voulu la flatter Elle se mit à ruer Refrain J\u2019ai dit: Wo up! Farlatine ! Tique Tinque Tinque Tine.Range-toi catin Fais ]ias ta folle à matin.\u2014 2 \u2014 Elle a rué si fort\t] Qn'elV m\u2019a jeté dehors j bis J\u2019allais me ramasser Ma femme est arrivée Au Refrain \u2014\t3 \u2014 Elle prend un p\u2019tit bâton ) « Get up » à la maison \\ bis M\u2019a donné du bouillon Ça m\u2019tombe sur les rognons Au Refrain \u2014\t4 \u2014 L\u2019automne est arrivé j Çù s\u2019met à ben aller\tbis Arriv\u2019 le Jour de l\u2019An Y\u2019m\u2019 prend un mal de dents Au Refrain J\u2019ai pris un p\u2019tit flacon ) Me v\u2019ià sur le piton bis Mêm\u2019 que les créatures Vantaient mon entournure Au Refrain \u2014 G \u2014 Rendu au mois d\u2019avril\t) Dans ni p\u2019tit bal à l\u2019huile , bis Je m\u2019sul» trop fait aller \\ V\u2019ià que çà n\u2019a r\u2019poipné Au k?fr jlin - I 5 Ma femme me dit: «ben bou.\u2019»j Fallait faire attention\tj bis Achèt\u2019 toi des béquilles Au lieu d\u2019faire danser les filles Au Refrain \u2014 8 \u2014 A la St-Valentin\t) J\u2019ai vu le médecin\t, bis Y\u2019m\u2019 dit : Vous êtes pu; fort Çà coûte cinq «pi ass » et quart Refrain Final J'ai dit: «Woup Farlatine » Tique tinque tinque tine Rang' toi Catin J\u2019te paiera ça l\u2019an pro.nain ! Tigiddap tigiddap\t) Woup Farlatine !\t, bis (Reproduction autorisée par la Maison Edmond Archambault.500 est.rue Sainte-Catherine, Montréal) J tenait un grand et vigoureux nègre, la poitrine et les bras nus.Pour le moment, il se reposait, car la roue était arrêtée : des ouvriers la nettoyaient.Cependant, au bout d\u2019une minute ou deux, elle commença à tourner lentement, puis les hommes de chaque côté d\u2019elle s\u2019élancèrent au travail.Ils avaient des chaînes avec lesquelles ils attachaient par une jambe le porc le plus près d\u2019eux, puis ils accrochaient l\u2019autre bout de la chaîne dans un des anneaux de la roue.Quand celle-ci tournait, un porc était soudain soulevé et emporté en l\u2019air.Au même instant un terrible cri se faisait entendre ; les visiteurs tressaillaient d\u2019effroi, les femmes devenaient pâles et se reculaient.Ce hurlement était suivi d\u2019un autre plus fort et plus affreux, car une fois parti pour ce voyage, le porc ne revenait plus jamais.Quand la roue arrivait au sommet de sa course, elle je passait à un trolley, et il partait comme flottant à travers la salle.Dans l\u2019intervalle, un autre porc avait été accroché et suspendu, suivi de beaucoup d\u2019autres, jusqu\u2019à ce qu\u2019il y en eût une ligne double, chacun d\u2019eux suspendu par un pied, tous regimbant et hurlant.Le tumulte était effrayant, on en avait les oreilles rompues, il semblait que la salle ne serait jamais assez grande pour contenir de tels bruits et l\u2019on tremblait que les murs ou le plafond ne cédassent sous l\u2019effort.ment que le spectateur en était fasciné.C\u2019était la préparation du porc à la machine, la charcuterie par les mathématiques appliquées.Et cependant, les personnes les plus terre à terre ne pouvaient s\u2019empêcher de penser aux pauvres bêtes.Elles étaient si innocentes.Elles venaient avec tant de confiance, elles étaient si humaines dans leurs protestations et elles avaient si parfaitement raison ! Elles n\u2019avaient rien fait pour mériter une telle fin ; c\u2019était insulter à la douleur que de les suspendre ainsi avec ce sang-froid, sans même une excuse feinte, sans l\u2019hommage d\u2019une larme.De temps en temps un visiteur pleurait, sans doute ; mais cette machine à tuer continuait sa besogne qu\u2019il y eût ou non des visiteurs.On ne pouvait contempler longtemps cette scène sans être porté à philosopher, sans y trouver des symboles et des similitudes, sans entendre le cri universel de la nation porcine ! Etait-il possible de croire qu\u2019il n\u2019y eût nulle part sur la terre ou au-dessus de la terre, un paradis pour les porcs, où ils seraient récompensés pour toutes leurs souffrances ?Chacune des bêtes était une créature par elle-même.Il y en avait de blanches, de noires, de brunes, de tachetées, de vieilles et de jeunes ; les unes étaient longues et maigres, les autres, monstrueuses ; et chacune d\u2019elles avait une individualité, une volonté, un espoir, un désir ; chacune d\u2019elles était pleine de confiance, d\u2019importance et de dignité.Confiante et forte dans sa foi, elle avait accompli sa mission tandis qu\u2019une ombre noire la menaçait et qu'un horrible sort l\u2019attendait au passage.Soudain il s\u2019était élancé sur elle et l\u2019avait saisie par le pied ; inexorable, sans remords, sans tenir compte de ses protestations et de ses cris, il avait exercé sur elle sa cruelle volonté, comme si ses désirs, ses sentiments n\u2019existaient pas.Il lui avait tranché la gorge et lui avait fait exhaler son dernier souffle de vie.Le cadavre du porc fut enlevé de la cuve par une machine, et, de là, tomba au second étage.En tombant, il passa à travers un merveilleux appareil, muni de râpes nombreuses, qui, s\u2019adaptant exactement à la forme et à la taille de l\u2019animal, l\u2019expédièrent à l\u2019autre extrémité, débarrassé de presque toutes ses soies.De là, il fut de nouveau suspendu mécaniquement et partit pour un autre voyage en trolley.Cette fois, il passa entre deux lignes d\u2019ouvriers, assis sur une plateforme élevée, dont chacun exécutait sur le corps une opération différente, à mesure qu'il passait devant lui.L\u2019un grattait le dessus d\u2019une cuisse, un autre le dessous.Un ouvrier, d\u2019une fente rapide tranchait la gorge ; un autre, de deux coups de couteau séparait la tête, qui tombait sur le plancher et disparaissait dans un trou.Un ouvrier fendait le corps tout du long, un autre ouvrit plus largement la fente ; un troisième, avec une scie, coupait le sternum, un quatrième détachait les entrailles, un cinquième les retirait.Elles aussi glissaient par un trou du plancher.Des ouvriers grattaient les deux côtés et d'autres le dos ; puis d\u2019autres encore nettoyaient l\u2019intérieur du cadavre, le paraient et le lavaient.En regardant le long de cette salle, on voyait s\u2019avancer lentement une ligne de porcs suspendus, de 300 pieds de long.A chaque verge, il y avait un homme travaillant comme s\u2019il était poursuivi par un démon.A la fin de ce pèlerinage du porc, chaque pouce de sa carcasse avait été revu plusieurs fois ; puis on le roulait dans le frigorifique, où il restait pendant vingt-quatre heures et où un étranger aurait pu se perdre dans une forêt de porcs gelés.Avant que la carcasse n\u2019y fût admise, cependant, elle devait passer devant un inspecteur du gouvernement, qui, assis sur le seuil, tâtait les glandes du cou pour s\u2019assurer que la bête n\u2019était pas tuberculeuse.Cet inspecteur ne donnait pas l\u2019idée d\u2019un homme surmené ; apparemment il n\u2019était pas hanté par la crainte que le porc pût passer devant lui avant qu\u2019il n\u2019eût terminé son examen.Si vous étiez une personne sociable, il entrait volontiers en conversation avec vous.[ Lire la suite page 34 | A la Comédie Canadienne, Henri Norbert, qui avait tenu pour le T.N.M.le râle de Tartuffe, jouait celui d'Orgon, Tartuffe étant le comédien français Fernand Ledoux.¦' : S-IèS 3 Dans \"l\u2019Alouette\" qui fut donnée à la Comédie Canadienne également, Henri Norbert, à droite, tenait le râle du promoteur.IPhotos Edward Rémy) HENRI NORBERT, par ODETTE OLIGNY monsieur \u2022 * « Bien sûr, il est Français de France.Et non seulement il est né à Agen, dans le Lot-et-Garonne, c'est-à-dire en pleine Gascogne, mais Henri Norbert, qui a pris pour nom de théâtre ses deux prénoms, appartient à la vieille noblesse française.Il porte un titre nobiliaire, qui paraît d'ailleurs sur son papier à lettres ; un heaume de comte, surmontant la devise de sa famille (dont il ne veut pas dire le nom), et qui est : Dieu et l'honneur avant la loi.Henri Norbert est donc, non seulement un vrai cadet de Gascogne, mais, à la lettre, Monsieur de.Il a ses quartiers.Respectons donc cet anonymat et tenons-nous-en à la carrière de co comédien français-canadien.Henri Norbert fit ses études dans son Agen natal et à Bordeaux, grande ville universitaire.Un jour, alors qu'il était encore étudiant, il fit la connaissance de Paul Bernard, qui passait justement ses vacances à Villeneuve-sur-Lot.Pendant les mois de détente, Paul Bernard organisait des concerts, des soirées pour les habitants de la région, assez sevrés de spectacles, la radio étant relativement rare et la télévision, bien entendu, inexistante à ce moment.Henri Norbert, bon élève, prenait part à toutes les « séances » de son collège.Un jour, il dit La Brouette, d'Edmond Rostand, à un des spectacles de Paul Bernard et ce dernier, qui l'entendit, en fut charmé.Mais le plus drôle, c'est que l'on peut presque dire que c'est à un bon curé que Henri Norbert doit le point de départ de sa carrière.Il y avait, dans son village, l'aumônier des Annonciades, cet- te communauté de femmes fondée par Jeanne de France, récemment canonisée et qui fut, de son vivant, au XVe siècle, la fille de Louis XI et la première femme de Louis XII, qui la répudia lorsqu'il monta sur le trône de France et épousa, par la suite, la veuve de son prédécesseur Charles VIII, la duchesse de Bretagne, Anne, la duchesse « avec ses sabots ».Tant il y a que ce brave curé connaissait très bien Sylvain, et c'est lui qui recommanda au grand homme de théâtre le jeune Henri Norbert.Evidemment, pour suivre les cours de Sylvain, il fallait « monter à Paris ».La famille du jeune homme consentit, d'autant plus qu'Henri avait promis à son père de mener de front l'étude du droit et les cours d'art dramatique.Arrivé à Paris, il fut donc l'élève, non seulement de Sylvain, mais de Siblot et de Raphaël Du-flos.Ses débuts professionnels eurent lieu au Théâtre Fémina, à Paris.Il tenait le rôle de Pierrot dans L'Arlequin de Maurice Ma-gre.Henri Norbert avait auditionné devant LeBargy qui ne plaisantait pas avec les rôles, surtout avec ceux qu'il avait créés et à quoi il avait imprimé le cachet de son étincelante personnalité.Henri Norbert fut, un matin, convoqué par le Maître, qui lui fit faire assez longuement antichambre (mais est-ce que ça comptait, pour un jeune pareillement mordu).Et sa patience fut largement récompensée puisque LeBargy lui-même annonça au débutant qu'il allait jouer le rôle de l'Abbé Daniel, dans Le Duel, avec Annie Ducaux, Samson Fainsilber et Jean Marchât.La première répétition devait avoir lieu huit jours plus tard et Henri Norbert, fou de joie, télégraphia à ses parents « Duel avec LeBargy stop Suis fou de joie ».Vous pensez l'effet que fit au manoir de Monsieur de.pareille dépêche.Un duel et un jeune homme fou de joie !.Il y avait tout de même de quoi s'inquéter et sa famille n'y manqua pas.Heureusement, tout s'expliqua.Mais tout ne tourna pas nécessairement rond sur la scène entre les jeunes et le Maître.Annie Ducaux avait, à son chapeau, une voilette qui, plus de vingt fois lui retomba sur le nez, quoi qu'elle pût faire pour la relever.Jean Marchât fit un lapsus et au lieu de dire \u2014« On prétend que je suis un aliéniste distingué » déclara : « On prétend que je suis un ALIENE distingué ».Nuance.Samson Fainsilber se prit les pieds dans la soutane de Monseigneur Bolène, qu'il incarnait, faillit tomber et, de justesse, se raccrocha au plus sonore des mots de Cambronne et resta debout.Quant à Henri Norbert, il faisait avec majesté tant de gestes impériaux qu'il balayait tout ce qui se trouvait à sa portée, sur le bureau.LeBargy était trop homme de théâtre pour ne pas comprendre tout cela et comme il eut raison ! Tout se passa d'ailleurs fort bien.Le public lui aussi est parfois assez drôle, quand il s'en mêle.A une représentation de Sodome et Gomorrhe un jeune couple se creusait la tête pour démêler, dans la foule des acteurs, celui qui était Sodome de celle qui était Gomorrhe.Comme son mari ne pouvait la renseigner, la jeune femme était bien ennuyée.Finalement à l'entrée en scène de Lucien Nat, elle demanda de nouveau : « Dis, Jules, c'est lui, Sodome ?» Et d'un air portecteur, son seigneur et maître répondit : « Mais non cruche.Sodome, c'est la femme.C'est Edwige Feuillère ».\u2014 Et, ajoute Henri Norbert, qui cette fois, était dans le public, ma voisine de droite s'enfonçait son mouchoir dans la bouche pour ne pas éclater.Bons souvenirs qui le menèrent, comme nous l'avons dit, [ Lire la suite page 29 ] A la télévision, Henri Norbert tut Maigret. * 4\tLe Samedi, Montréal, 27 décembre 1958 r M > r\tm L A\tSUR TOUTES LES SCENES par FRANCINE MONTPETIT-POIRIER \t/ , o- * \u2022\u2019: ««; \u2019¦ -\tTELEVISION - RADIO - THEATRE « Je ne préfère pas mes pièces à mes romans.Venu au théâtre trop tard, j\u2019ai le sentiment de n\u2019y avoir pas donné ma mesure.Mais il est vrai que ce qui me plaît dans Les Mal Aimés, par exemple, c\u2019est que ce drame soit dépouillé de toutes les facilités, de toutes les épices du récit romanesque.Ma conception du théâtre allait à contre-courant de ce que l\u2019on attend aujourd\u2019hui du théâtre et de ce tpie souhaitent les metteurs en scène qui y régnent ».(François Mauriac) François Mauriac admirablement servi « L\u2019oeuvre de François Mauriac est empreinte d\u2019un profond sentiment religieux.11 est un des témoins les plus authentiques du renouveau catholique et du renouveau du spiritualisme dans la littérature française contemporaine.11 est aussi un de ceux qui ont le plus contribué à détrôner le naturalisme.« Le vrai naturalisme », a-t-il écrit quelque part, « le naturalisme total doit être, si j\u2019ose dire, un surnaturalisme ».Profondément chrétien, Mauriac incline pourtant vers une certaine forme de jansénisme.11 est fort impressionné par le rôle du péché dans le monde.Cela s\u2019explique d\u2019ailleurs par son caractère austère, par sa vie de tourments intérieurs, qu\u2019il raconta dans Commencements d\u2019une Vie.La plupart des personnages de Mauriac sont des êtres exceptionnels, anormaux.Ce sont des brutes qui s\u2019ignorent ou se découvrent.Tous aussi sont très complexes ; et le mal chez eux s\u2019accompagne presque toujours d\u2019une hantise vers le bien.Le fond du drame mauriacicn consiste à la fois dans la crainte du péché et dans sa hantise continuelle.Tout dans celte oeuvre clame l\u2019impuissance de l'homme, sa déchéance, sa faiblesse devant le mal.Si Mauriac est catholique, c\u2019est qu\u2019il a constaté la misère de l\u2019homme sans Dieu, le besoin irrésistible que l\u2019homme éprouve de chercher un palliatif à l\u2019irrémédiable tristesse de ce monde.Ses grands romans se font remarquer par une maîtrise toute racinienne dans la composition, par une force, une âpreté, une conclusion, une chaleur remarquables dans le style.On peut reprocher tout au plus à ces oeuvres très parfaites et très soignées une certaine austérité, une absence totale d\u2019humour et de gaîté, un manque de joie qui est vraiment surprenant chez un chrétien aussi convaincu ; cette lacune n\u2019est pas sans une certaine gravité.Fresque autant qu\u2019un romancier et un homme de théâtre, François Mauriac est un moraliste.Cependant, malgré son souci évident de moralité, voire de moralisation, il avoue lui-même que son oeuvre peut être dangereuse pour les jeunes.Il montre la vie sous un aspect tellement amer et déprimant, qu\u2019il risque de détourner de l\u2019action et même de la vie elle-même des esprits insuffisamment préparés à l\u2019assimilation d\u2019une oeuvre aussi âpre ».(Encyclopédie Crolier) On se rend parfaitement compte en lisant ces lignes que Le Feu sur la Terre présenté au Téléthéâtre dans une réalisation de Louis-Georges Carrier, a rendu avec une rigoureuse exactitude l\u2019esprit et le sens profond de l\u2019oeuvre de François Mauriac.Même si l\u2019auteur prétend avoir plus ou moins bien servi l'art théâtral, cette considération reste entièrement subjective et personne n\u2019est à blâmer de l\u2019apprécier autant comme romancier que comme auteur dramatique.Nous avons rarement eu I occasion de goûter une émission à ce point.et si j\u2019osais, je prononcerais le mot perfection.Perfection dans l\u2019interprétation et dans la présentation, dans l\u2019éclairage, dans la mise en place ; perfection dans les images qui «collaient» au texte et rendaient vivants le moindre silence, le plus petit soupir.Perfection dans la distribution.Dyne Mousso fut sublime.l\u2019expression n\u2019est pas trop forte.Elle a atteint les sommets de ses possibilités qui en ont toujours fait une de nos meilleures comédiennes.Dure, tendre, violente, passionnée, elle a mêlé, juxtaposé les multiples facettes du caractère de Laure pour créer un être rejoignant l\u2019invraisemblable : attachant et repoussant à la fois.Benoît Girard a joué son meilleur rôle.Il a tout d\u2019ailleurs du personnage inauria-cien : l\u2019âpreté, la sévérité physique, l\u2019attitude, la réaction.Les mots me manquent pour décrire son emballement.Nathalie Naubert, Andrée Lachapelle, Henri Norbert, Tania Fedor, François Tassé, Margot Campbell ont tous vécu le jeu avec une intensité, une conscience remarquables.Le Feu sur la Terre marquera une date dans l\u2019histoire de notre télévision.Petites nouvelles et commentaires Après Le Gibet, une comédie de Jacques Languirand, Gratien Gélinas présentera une autre création : Un Couple Farjait, comédie dramatique d\u2019Eugène Cloutier.Pour mettre ce spectacle en scène, le directeur de la Comédie Canadienne a choisi monsieur J an Doat.La première aura lieu le dix janvier.Du dix au vingt décembre, ce théâtre recevra les Canadian Flayers qui présenteront deux pièces de Shakespeare : As you like it et Romeo ami Juliet.Egalement à l\u2019affiche : The Devil\u2019s Disciple et Fygrnalion de Bernard Shaw.Il accueillera en outre, du 31 décembre au 4 janvier, la troupe du grand comédien yiddish Morris Schwartz qui jouera A Hole in the Head, comédie de Arnold Chulman.* * * Jean Coutu, la chose est officielle, est devenu chanteur.Avec Dominique Michel comme partenaire, il a enregistré deux compositions de Guy Béart, Qu\u2019on est bien et L\u2019Eau Vive ainsi qu\u2019une chansonnette sous forme de conversation téléphonique : Allô mon coeur.« Pour le nouveau chanteur qu\u2019est Jean Coutu », précise Jac Duval, « ces refrains ne demandent pas de très grandes capacités ».On aura tout vu ! \u2022 * » PT ,%* 'Y \u2019 \u2022 ' i JANINE MiaHOLCT Le ténor canadien Jean-Paul Ja-nolle donnera un récital au Théâtre Orpheum, le dimanche 15 février à huit heures trente p.m.Il sera accompagné au piano par Jeanne Landry et son programme comprendra des oeuvres classiques et contemporaines.* * * Mercredi le 26 novembre dernier, j\u2019ai connu une très grande joie : entendre Elisabetli Schwarzkopf.Sa carrière est à coup sûr l\u2019une des plus authentiques réussites qu\u2019il ait été donné aux mélomanes d\u2019apprécier depuis plusieurs décades.A ses débuts à l\u2019Opéra de Berlin, la jeune cantatrice, après plusieurs succès, se fit remarquer de Maria Ivogun qui lui révéla les possibilités parfaites du lied.Et c\u2019est à Vienne, en 1942, que la jeune soprano donne son premier récital ; le triomphe qu\u2019elle obtient n\u2019est qu\u2019une avant-première des triomphes à venir : Convent Garden, Saltzbourg.Venise, Beyrouth ; les festivals les mieux cotés la réclament à grands cris.Partout la maîtrise vocale et la chaude sensibilité de son art, son sens nuancé de l\u2019interprétation, l\u2019assurent d\u2019une renommée extraordinaire.Mais elle ne délaisse pas pour autant l\u2019opéra ; elle chante régulièrement à la Scala de Milna et à Vienne ; les plus rands opéras l\u2019invitent : San Francisco et Los Angeles se souviennent de sa Marschal-lin.Car elle vient en effet en Amé-traordinaire.\u2022 * * Voici une nouvelle stupéfiante : Le secrétariat du Concours des Jeunes Auteurs vient de découvrir que le gagnant du Grand Prix, attribué à la meilleure oeuvre dramatique de trente minutes, ne s\u2019est pas conformé De par nature, Janine Migno-let n'est pas une personnalité effacée en ce sens quelle sait s'affirmer en toutes circonstances.Vive, gaie, enjouée, souvent spirituelle, elle a le verbe facile, la phrase abondante.Selon l\u2019expression courante, « elle n'a pas la langue dans sa poche ».Franche et spontanée, incapable de cacher ses premières impressions, elle vous dit tout ce quelle .telle qu'elle est à tous les règlements du Concours.En effet, le prix devait couronner un texte original et inédit.Or Le Renvoi est une adaptation d\u2019un roman de Fernand Génie, Miracle du Coeur, publié aux Editions Spes, à Pa ris, en 1923.Radio-Canada se voit dans l\u2019obligation de retitrer à son récipiendaire le prix de $500.qui lui a été remis le 7 juin 1958, lors du Gala des Jeunes Auteurs ».Triste et navrante découverte.En plus de mettre l\u2019honnêteté de l\u2019auteur, elle nous fait perdre un espoir : celui d\u2019avoir trouvé un futur bon écrivain.Jusqu\u2019à quel point les dialogues du Renvoi sont-ils de lui ?* * * La Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal vient de décerner le Prix littéraire Duvernay pour 1958 à Mademoiselle Anne Hébert.Ce prix est attribué annuellement à l\u2019un de nos Janine Mignolet. Le Samedi, Montréal, 27 décembre 1958 écrivains canadiens-français qui a bien servi les intérêts supérieurs de notre nationalité.* * * La distribution du Dialogue des Carmélites est complétée dans les grandes lignes : on y verra Tania Fedor, Lucie deVienne Blanc, Yvette Brind\u2019Amour, Paul Gury, Gérard Poirier, Denise Dubreuil, Marc Cot-tel.et probablement Sita Riddez dans un rcotur à la scène.La mise-en-scène sera signée Jean Dalmain, les décors et les costumes seront de Robert Prévost.*\t*\t* Pour tourner Le Roman de la Science, Niagara Films loue les costumes de Monique Lepage.C\u2019est ainsi que certaines robes des Trois Mousquetaires ont servi à découvrir deux\théroïnes\tde\tl\u2019époque\tLouis XIII à l\u2019émission de Fernand Seguin.*\t*\t* Jeanne Demons n\u2019est plus.Nous perdons une amie, une conseillère.Cette\tfemme\tétait\texquise\tdans\tle sens propre du terme.Toujours aimable et souriante, elle aimait les jeunes et préférait leur compagnie à celle de ses camarades plus âgés.Elle ignorait l\u2019amertume et racontait ses souvenirs avec esprit et bonne humeur.On l\u2019avait surnommée « le rayon de soleil ».Née en France, dans une famille de comédiens, Jeanne Demons avait épousé un Canadien, monsieur Maurice Pelletier.Elle vint au Canada pense.En plus superficiel, le tempérament de Rita Toulouse colle à celui de son interprète.Trop souvent oubliée, trop souvent méconnue, Janine Migno-let mériterait de par son talent et ses possibilités une place plus enviable dans notre milieu artistique.Elle est prête à tous les sacrifices pour monter sur une scène ; les directeurs, malgré cela, négligent cette jeune première comique au minois frais et rieur qu'une expérience de dix ans rend capable d\u2019attaquer des rôles importants .Mariée à Georges Delanoë, ex-réalisateur de « 14, rue de Galais », elle est maman d'une petite tille.en 1912.Son père avait été direc-\t;; teur d\u2019opérettes.Toute jeune, elle\tI; monta sur les planches et fit ses dé-\til buts au Théâtre Montparnasse.Elle\t; joua avec Madeleine Roch, de la Co-\t; ; médie-Française et ensuite au Thcâ-tre Antoine.Ingénue tout d\u2019abord,\tj! elle devint ensuite jeune première\tp pour passer à des rôles de compo-\t!; sition.A Montréal, on la vit sur les\t!| scènes du Canadien, du National, du\to Chantecler et du Stella, et ce, dans toutes les pièces du répertoire de\t1; l\u2019époque.En 1920, elle fonda sa propre troupe avec Maurice Pelletier p et Palmieri comme metteurs en scène.Ensuite, elle fut choisie mem-\tp bre du bureau de direction du Stella.\t* Fred Barry est le seul des sept à sur-\t?vivre.Madame Demons fit égale-\t> ment du cinéma, des continuités à la\ti radio et quelques apparitions à la\t?télévision.\t5 5 Duke Ellington \u2022 Vv par DENIS MORELLAN Dans le monde dn jazz, il n\u2019existe qu\u2019un duc : Duke, le grand, l\u2019unique Duke Ellington.A 60 «ns, il est pratiquement le seul, avec Louis Armstrong, à demeurer un dieu dans cette profession où les dieux ont des pieds d\u2019argile : il faut généralement beaucoup moins de dix ans pour que l\u2019épuisement, l\u2019alcool, la drogue, ou l\u2019oubli abattent une à une les idoles d\u2019hier.Le « duc » tient peut-être sa noblesse du fait qu\u2019il a toujours refusé de se laisser enfermer dans l\u2019une des coteries qui périodiquement bouleversent le monde du jazz.Depuis qu\u2019il a atteint la gloire, deux générations de jazzmen se sont déjà succédées, dont la plupart des grands noms n\u2019éveillent plus aujourd\u2019hui qu\u2019une légère nostalgie chez les amoureux du jazz.Duke, lui, demeure un maître respecté.Peut-être parce qu\u2019il a toujours incarné l\u2019excès en toutes choses.Excès dont il porte lourdement les marques sous ses yeux.Quand il travaille, c\u2019est un bourreau de tra-gantua : et il mange plusieurs fois Quand il mange, c\u2019est un vrai Gargantua : et il mange plusieurs fois par jour.Pour supporter le poids de tout cela, sa silhouette s\u2019est faite massive, et il se flatte d\u2019avoir les plus grosses poches sous les yeux du monde du spectacle.On lui doit près de deux mille mélodies de jazz, et en dépit de son âge il demeure fidèle au a jazz itinérant », continuant à parcourir les Etats-Unis dans tous les sens.Mais tout cela n\u2019aurait que peu de valeur si ses créations et sa formation orchestrale d\u2019aujourd\u2019hui n\u2019étaient presque aussi remarquables qu\u2019aux heures de sa plus grande gloire.Il arrive avec son orchestre, ses 60 complets, ses 70 chemises de soie, ses 25 paires de souliers, dont s\u2019occupe partout son fidèle valet de chambre.Et s'il n\u2019a pas de secrétaire, il ne saurait se séparer de son barbier personnel, également chargé de veiller à l\u2019impeccable ordonnance d\u2019une toujours luxuriante chevelure noire, noire sans doute grâce à l\u2019art du barbier.Attx Etats-Unis, les professionnels du jazz ne l\u2019appellent que « le duc d\u2019Ellington ».Quand il est allé le mois dernier en Angleterre, après vingt-cinq ans d\u2019absence, il n\u2019y avait pour l\u2019accueillir qu\u2019une douzaine de personnes, presque toutes âgées, alors qu\u2019un mièvre Liberace avait, quelques mois plus tôt, drainé une foule hurlante de jeunes hys- tériques.Mais dès le lendemain soir, et pendant trois semaines, chaque soir la magie du « duc » aitis-sait comme par le passé, balayant sans peine les médiocres idoles d\u2019aujourd\u2019hui.Il marche d\u2019ailleurs avec son temps, et le devance même, comme tous les grands artistes dont la jeunesse ne cesse qu\u2019avec la mort.Son prochain album aura pour titre : Les Hommes de l\u2019Espace, et sa nouvelle formation de chanteurs s\u2019appelle Les Chanteurs cosmiques.La carrière de Duke Ellington s'étend donc de la pré-histoire du jazz à l\u2019ère interplanétaire.On a tendance, tout naturellement, à situer sa naissance à la Nouvelle-Orléans, le berceau du jazz.C\u2019est une erreur.71 a vu le jour à Washington.Une certaine Mrs.Klinkscale lui apprit à jouer au piano de la manière la plus classique \u2014 et la plus ennuyeuse.Mais dès l\u2019âge de quinze ans, il avait découvert les maîtres locaux du jazz naissant, et écrit sa première composition.Si le « duc » est tellement respecté de ses confrères noirs et blancs, c'est aussi parce qu\u2019il constitue une exception : il s\u2019est formé seul, en dehors des grands foyers du jazz, la Nouvelle-Orléans et Chicago, et même de Harlem, où les meilleures formations émigrèrent plus tard, en quête \u2019de gros gains.Ce n\u2019est toutefois ni à l\u2019état-civil ni à sa position d\u2019aristocrate du jazz qu\u2019Edgar Kennedy Ellington doit ce surnom de Duke qui est devenu son prénom.Mais aux belles manières apprises de son père, majordome dans une grande famille de Washington.Il avait huit ans quand ses camarades de classe se mirent à l\u2019appeler ainsi, avec une nuance de dérision.Mais lui se montra d\u2019emblée très fier de ce surnom.Duke faillit faire un mauvais départ, car pour faire plaisir à son père qui voulait lui assurer « une belle carrière d\u2019avenir », il suivit des cours de dessin publicitaire.Mais après les cours, il retrouvait ses amis musiciens.Puis ceux-ci commencèrent à s\u2019en aller les uns après les autres.Les Etats-Unis venaient d\u2019entrer dans la première guerre mondiale.Le « duc » découvrit alors que les orchestres de danse de Washington recherchaient désespérément l e s musiciens.Il commença par assurer des remplacements à travers toute la ville, puis il se mit à former des musiciens parmi les jeunes gens non encore mobilisables.Plusieurs de ceux-ci allaient devenir plus tard des étoiles des grandes formations de Duke Ellington.Mais le succès ne vint vraiment qu\u2019après le « déménagement » de Duke et de ses musiciens à New-York.Un an plus tard, au Cotton Club de Harlem, l\u2019orchestre Duke Ellington était déjà reconnu comme le meilleur orchestre de jazz du monde, et son chef le plus grand compositeur de jazz.En 1932, alors que l'argent rentrait à flot et que le public lui dispensait tous les soirs un enthousiasme hystérique, Duke sentit soudain peser sur lui l\u2019ennui de la gloire.Il fit à l'époque sa première tournée en Europe.L\u2019accueil qu\u2019il y reçut ne fut pas moins délirant.L\u2019écrivain Biaise Cendrars alla jusqu\u2019à écrire : « Une telle musique n\u2019est pas seulement une nouvelle forme d\u2019art, mais une nouvelle raison de vivre ¦*.Plus réaliste, l\u2019un des musiciens du « duc » répondit à un critique qui lui demandait si son patron était un génie : \u2014 C\u2019est un génie, d\u2019accord, mais grands dieux, ce qu\u2019il peut manger.Duke Ellington, avec sa formation classique et sa bonne éducation, ne fut jamais un génie explosif comme Louis Armstrong, qui avait derrière lui toute la tradition pittoresque de la Nouvelle-Orléans.Il n\u2019est même vas un pianiste exceptionnel.Mais on a pu dire de lui qu\u2019il a recréé le jazz.Il l\u2019a orchestré, discipliné, enrichi.Il l\u2019a élevé au rang de grande musique.Jusqu\u2019alors, les grands musiciens de jazz avaient improvisé.Il fut le premier à vraiment composer.Irving Mills, qui devait devenir le manager de Duke, se souvient que la première fois qu\u2019il l\u2019entendit jouer, il lui demanda le nom du morceau.\u2014 C\u2019est Saint Louis Blues, lui répondit Duke.Mills n\u2019avait pas reconnu l\u2019air célèbre, tant Duke l\u2019avait transformé.Mais il reconnut ce soir-là qu\u2019il venait de rencontrer un grand créateur, « le premier compositeur américain à avoir mis dans sa musique le véritable esprit du jazz ».Duke Ellington n\u2019a jamais improvisé.Chaque trouvaille était longuement travaillée jusqu\u2019à la perfection.Si un musicien de l\u2019orchestre avait une idée, le « duc » la développait, un antre musicien ajoutait ou modifiait un motif, au long de laborieuses répétitions.Et cette gestation consciente créait un nou-(Lire la suite page 31 ) 6 Le Samedi, Montréal, 27 décembre 1958 Le fils de Conan Doyle : \"JE VAIS RESSUSCITER SHERLOCK HOLMES ET EN FAIRE UN HOPALONG CASSIDY\" t Je passe le plus clair de mon temps à m'occuper des droits d'auteur de mon père.Il faudrait une armée de détectives pour surveiller toils les pays du monde, les réimpressions, les films et les plagiats », gémit Adrian Conan Doyle, fils du créateur de Sherlock Holmes.Il vient d\u2019ailleurs d\u2019intenter un j procès à l\u2019U.R.S.S., qui a publié sans l'en informer ni verser de droits, les oeuvres de ïir Arthur Conan Doyle, auteur considéré comme un des principaux best-sellers de Russie soviétique.Des trois enfants de l\u2019illustre écrivain, Adrian, 48 ans, est celui qui a assumé la lourde tâche d\u2019être l\u2019héritier spirituel de son père, et le protecteur des biens de la famille.A Genève, où il s'est fixé, il a engagé \u2014 à défaut de détectives \u2014 une armée d\u2019avocats pour veiller au règlement des droits d'auteur avec les pays étrangers.Il organise, dans le monde entier, des expositions Conan Doyle et Sherlock Holmes.Désireux de continuer l\u2019oeuvre de son père, il décrit les nouvelles aventures de Sherlock Holmes.Il a remarqué que dans les ouvrages du dit Arthur Conan Doyle, il est souvent fait allusion à des cas que le narrateur ne développe pas : le rat géant de Sumatra, la singulière affaire de la béquille d\u2019aluminium, etc.Il y a là matière à des aventures inédites.Adrian a entrepris de les décrire, avec la collaboration d'un célèbre auteur de romans policiers, John Dickson Carr.Son ambition est de faire de Sherlock Holmes un personnage populaire dans le genre de Hopalong Cassidy.Adrian Conan Doyle est, en effet, lui-même écrivain, et auteur de plusieurs romans \u2014 non policiers \u2014 à succès.Il est, de plus, explorateur : c\u2019est lui qui, en 1951, a découvert dans un archipel de l\u2019Océan Indien un palais attribué à la Reine de Saba.Quant à la fille de sir Arthur, Jean, qui a 45 ans, c\u2019est la * colonelle » Jean Conan Doyle qui diri'e le centre de la Royal Air Force de Hawkings.Elle est la seule femme, dans l\u2019armée anglaise, à commander de jeunes recrues masculins.«Je ne suis pas, quant à moi, une admiratrice enthousiaste de Sherlock Holmes», avoue-t-elle.«Je préfère.de beaucoup, les romans historiques de mon père ».Si celui qui a créé le personnage de Sherlock Holmes était vivant aujourd'hui, il méditerait avec dépit et avec une pointe d'exaspération sur l'état florissant du culte voué à son héros.Il est bien connu que Conan Doyle désirait se débarrasser de Holmes, lui en en voulait de la popularité dont il jouissait et ne put jamais comprendre l'ascendant qu'il avait pris sur l'imagination du public.Les amis de Sherlock Holmes se rappellent avec horreur que peu de mois seulement après l'apparition de Holmes dans les colonnes du Strand Magazine, son créateur annonça son intention de le tuer pour de bon et que deux ans après il mit sa menace à exécution.Le fait que Holmes et Watson aient pu se glisser dans le monde de façon presque inaperçue demeure un des petits mystères de la littérature.Il n'y eut pas de manifestations bruyantes devant les libraires au moment où l'Almanach de Noël (Beeton) de 1887 publia la première aventure de Holmes.Une étude de Bouge.Personne, semble-t-il, ne se rendait compte qu'un événement d'une importance capitale venait de se produire.Il est vrai qu'une deuxième nouvelle fut commandée au jeune auteur médecin, mais lorsque le Chiffre Quatre parut en 1890, dans l'édition anglaise et américaine du Lippin-cott's Magazine, il ne provoqua pas de réaction.Ces nouvelles n'eurent pas plus d'effet quand elles furent publiées sous forme de livre.Ce fut au cours de l'été de 1891 que le charme commença à se faire sentir, quand Un Scandale en Bohême fut imprimé dans le Strand Magazine avec des dessins de Sidney Paget qui rendaient à la perfection l'atmosphère et le cadre de l'histoire.Cette nouvelle avait été proposée au Strand Magazine par un agent littéraire.L'astucieux rédacteur-en-chef en réclama promptement cinq autres, nombre que Conan Doyle n'avait pas l'intention de dépasser.De mois en mois la popularité des aventures de Holmes grandissait et le Strand Magazine pressa leur auteur d'en poursuivre la série.Il avait reçu en moyenne $140.par conte; pour une autre série de six, il fixa ce qu'il pensait être un prix exorbitant :\t$200.par conte, quelle qu'en serait la longueur.Ce fut pour lui un véritable choc quand sa demande fut immédiatement acceptée.Les Aventures continuèrent à triompher jusqu'en 1892 et furent ensuite publiées sous forme de livre.Encore une fois, le Strand Magazine en réclama d'autres.Déjà fatigué de Holmes (« Il m'empêche de penser à des choses plus importantes ») Conan LE CULTE DE Doyle exigea des conditions encore plus favorables : $4,000 pour 12 contes.Une personne sensée ne paierait jamais un tel prix ».se disait-il.Il se trompait encore une fois.Avec un sentiment de résignation, et laissant de côté les projets de romans historiques que vraiment il désirait écrire, il se mit à travailler aux contes qui parurent plus tard sous le titre de Mémoires.Il avait décidé que Sherlock Holmes arrivait à la fin de ses aventures et lorsque le Strand Magazine d'octobre 1893 fut mis en vente chez les marchands de journaux, ses lecteurs furent atterrés d'apprendre qu'il avait fait remarquable lui parvint d'Amérique : 5,000 dollars par conte pour une série de six ou pour autant qu'il voudrait écrire.Il semble avoir reconnu alors qu'il était battu.Il envoya une carte postale avec un message laconique « D'accord.A.C.D.».La mort de Holmes fut expliquée tant bien que mal dans le premier conte d'une nouvelle série La Maison Vide, et quand l'oeuvre parut dans le Strand Magazine d'octobre 1903, les foules qui assiégèrent les librairies purent se comparer à celles dans les magasins à l'époque des grandes soldes.A partir de ce moment, Conan Doyle sut que Holmes L«t appartements de Sherlock Holmes A 221B Baker Street, Londres.V *'!\u2022> J V ! læüP disparaître Holmes au cours d'une lutte à mort avec son ennemi mortel, le professeur Moriarty sur les bords d'une cataracte suisse.La réaction du public fut violente.Un correspondant dépité s'emporta jusqu'à lui écrire en le traitant de « brute ».Pendant 10 ans, le Dr Watson et le public vécurent dans l'illusion (partagée par Conan Doyle) que Sherlock Holmes avait péri dans les chutes de Reichenbach.Puis, au cours de l'été de 1901, une rumeur se répandit d'après laquelle Holmes allait reparaître dans un conte « à donner la chair de poule » dont l'action se déroulerait dans le cadre de Dartmoor.Il réapparut effectivement ; mais Conan Doyle prit soin de présenter le Chien des Baskervilles comme une de ses premières aventures.Il n'était toujours pas question de le ressusciter.Son retour cependant, ne fut pas longtemps retardé, William Gillette, l'acteur amén-ain avait remporté de grands succès dans le rôle de Sherlock Holmes sur la scène, et Conan Doyle avait été impressionné par son extraordinaire ressemblance avec le personnage dessiné par Sydney Paget.Au début de 1903, une offre Joachim Jop.sten révèle : LES DESSOUS D'UNE PUISSANTE ORGANISATION CRIMINELLE AUX ETATS-UNIS LA MAFIA VIII - Eve et les Gangsters Le Samedi, Montréal, 27 décembre 1958 SHERLOCK avait pris place parmi les immortels.Il accepta la chose avec philosophie, et pendant un quart de siècle; continua à ajouter de nouveaux épisodes à l'épopée de Holmes.Dans sa première phase, Holmes ne fut pas un personnage entièrement sympathique.Le début du Chittre Quatre, où il était révélé qu'il s'adonnait aux stupéfiants, fait encore froncer les sourcils aux «Sherlockiens».Mais à mesure que le temps a passé, Conan Doyle semble avoir changé sa conception de Holmes.Dans une sorte de transfert de sympathie, Conan Doyle en est venu à souligner ce qu'il y avait de meilleur en Holmes et en est arrivé aussi, peut-être inconsciemment, à s'identifier à son « ombre ».Le résultat de tout cela est qu'à l'heure actuelle Holmes est vénéré comme personnifiant les vertus anglo-saxonnes.Il est devenu un héros de légende.Dans une des lettres, présentée à l'Exposition Sherlock Holmes de Baker Street, Londres, qui attire des foules nombreuses, un admirateur américain parle de son « caractère profondément démocrate, son amour de l'aventure, sa bonté et son raffinement innés, l'intérêt qu'il porte aux opprimés et aux malheureux, son sens moral très élevé, son esprit de « sportsman », sa foi en un Dieu bienveillant Après la mort de Conan Doyle en 1930, le culte prit des formes nouvelles.En 1934, les Baker Street Irregulars de New-York et 7 HOLMES la Société de Sherlock Holmes de Londres organisèrent des dîners.Puis, ce fut des séries de monographies, de livres, de brochures, sur tous les aspects de Holmes.Le nombre des sociétés se multiplia.A l'heure actuelle il y en a entre 50 et 60 aux Etats-Unis ; une nouvelle société qui vient de se former a Londres a pour président le directeur d'un des collèges de l'Université de Cambridge.mE L'EPOPEE DU RAIL S'ACHEVE TRISTEMENT Tout cela, bien entendu, est une amusante plaisanterie intellectuelle.Cependant, cette plaisanterie a quelque chose d'un peu plus profond; elle fournit en effet un excellent prétexte pour retourner et s'attarder dans le monde Sherlockien.Ce monde, du passé maintenant peut-être un peu lointain, devient encore plus attirant , au fur et à mesure que le vingtième siècle s'avance.Il n'est pas ici de problème dont la solution ne sera pas trouvée en fin de compte.Il y a de la violence, des morts brutales, mais il y a aussi une gaieté de coeur que le monde d'aujourd'hui semble avoir perdue, une gaieté presque du style Wodehouse ; « Mon cher Watson, quand j'aurai exterminé ce quatrième oeuf je serais prêt à vous mettre au courant de la situation sous tous ses aspects.Je ne dis pas que nous ayons découvert le pot aux roses, mais une fois que nous aurons trouvé (l'haltère) manquant ».Tout cela a maintenant un charme d'époque, les conversations, les costumes, les cadres \u2014 surtout les cadres.AUX ETATS-UNIS Sept cent vingt-trois millions de dollars, tel est le montant global du déficit des chemins de fer américains au cours des douze derniers mois.Quatre cent onze millions de billets seulement ont été vendus aux voyageurs pendant cette même période : le total le plus faible depuis 1890.Et l\u2019ensemble du trafic est en baisse de 7% par rapport à 1957.Ce déclin des chemins de fer aux Etats-Unis se manifestait depuis plusieurs années, mais la «crise du rail» devient alarmante.Un inspecteur de la commission du Commerce, représentant les quarante-neuf Etats américains, Howard Hosmer, estime que d\u2019ici 1965, il n\u2019y aura plus de wagons-lits ni de grands trains transcontinentaux avec salons wagon-restaurant, couchette de luxe et cabinets de travail.Et en 1970, les trains de voyageurs seront supprimés sur les grandes lignes : seuls subsisteraient les trains de banlieue amenant dans le centre des villes les hommes et les femmes allant au travail.Raisons de ce déclin : l\u2019augmentation en flèche des frais d\u2019exploitation depuis la guerre, la concurrence des lignes aériennes, l\u2019extension du réseau d\u2019autoroutes, l\u2019attribution aux compagnies aériennes et aux firmes de travaux publics de subventions gouvernementales.«A moins d\u2019un miracle, d\u2019une stabilisation soudaine du trafic ferroviaire », dit Hosmer, « les grands trains américains disparaîtront sous peu ! » Si Eros est généralement considéré comme un dieu créateur et comme l\u2019inspirateur d\u2019une grande partie des actions humaines, il n\u2019est pas l\u2019objet d\u2019un culte particulier de la part des gangsters.La plupart d\u2019entre eux \u2014 à quelques exceptions près \u2014 n\u2019accordent, en effet, aux femmes qui gravitent dans leur trouble univers que le rôle d\u2019un joli accessoire ou d\u2019un passe-temps piquant.Pourtant, Virginia Hill, à laquelle son charme valut le gracieux surnom de « Rose de la Mafia » est reine incontestée parmi le troupeau de jolies femmes qui s\u2019offrent aux délassements des « Grands » de l\u2019organisation secrète.Elle a réussi le tour de force de s\u2019imposer à ces messieurs, et même de leur en imposer, non seulement par son étrange minois de chatte, mais aussi par une vive intelligence, nuancée et fine, et par une perversité savamment calculatrice.Virginia Hill, à qui la malignité publique prêta de nombreuses aventures, a été la maîtresse reconnue d\u2019au moins trois « Grands » de la Mafia : Charles Fischetti, Joë Adonis et Benjamin Siegel.Frank Costello et Lucky Luciano ont été également parmi ses familiers, mais un doute subsiste sur la nature exacte des relations qu\u2019elle a eues avec eux.La jolie fille fut tentée un moment par la carrière cinématographique.Elle rêva d\u2019afficher où s\u2019étalereit son extra- ordinaire sex-appeal.Elle se serait sans doute révélée une excellente comédienne, si Hollywood, inexplicablement, ne l\u2019avait dédaignée.Faute de pouvoir faire valoir ses dons sur les plateaux des studios, elle devint une actrice de classe .dans la vie.Fort rusée, elle réussit tout d\u2019abord à créer une légende autour d\u2019elle-même.La société américaine, crédule, admit dans ses rangs, en qualité d\u2019héritière de riches magnats sud-américains du pétrole, celle qui, autrefois, avait été une petite fille affamée en quête d\u2019un maigre sandwich .Une fille au geste large .,, Pendant fort longtemps, personne, à Broadway, ne se douta que l\u2019argent que « l\u2019héritière du pétrole » laissait couler à flots de ses petites mains ne provenait pas des bénéfices réalisés par ses riches parents mais des portefeuilles de quelques gangsters de ses amis.Les directeurs des palaces et des boîtes de nuit les plus select gardent le souvenir, teinté de mélancolie, de la « fille de l\u2019or noir » dont l\u2019étourdissant gaspillage contribuait à augmenter très sensiblement leurs revenus.Quand Virginia commandait un cocktail de 50 cents, elle tendait au barman un billet de cinq dollars, et levant vers lui son minois triangulaire, murmurait dans un sourire : « Gardez tout ! » De même, le maître d\u2019hôtel d\u2019une boîte de nuit en vogue savait, qu\u2019au pe- tit matin, un billet de 100 dollars lui serait discrètement glissé dans la main par sa belle cliente.Les garçons de course, les femmes de chambre, les portiers et jusqu\u2019aux grooms n\u2019étaient pas, non plus, oubliés par la généreuse Virginia.En général, le fait d\u2019avoir dépensé en une seule soirée 10 ou 20,000 dollars, dans une « boite », était le moindre de ses soucis.Pourtant, dans les dernières années, Virginia ne fit plus mystère de la source, inépuisable, semblait-il, d\u2019où venait son argent.Toutefois, il faut lui rendre cette justice : si elle acceptait volontiers de somptueux cadeaux de ses admirateurs, elle ne s\u2019est jamais fait entretenir au sens propre du mot.Elle avait un sens personnel de son honnêteté et elle ne se résolut jamais à vendre ses charmes aux plus offrants de messieurs les gangsters.et au coeur prodigue .Bien au contraire, ses amis \u2014 aussi bien d\u2019ailleurs que ses ennemis \u2014 ont toujours reconnu qu\u2019elle n\u2019accordait ses faveurs qu\u2019aux hommes pour lesquels elle éprouvait, ne fut-ce que momentanément, une attirance certaine.De leur côté, les gangsters qui dépensèrent pour elle des centaines de milliers de dollars ne voyaient pas en elle qu\u2019une jolie femme dont les faveurs devaient se payer cher.Virginia avait, en effet, à son actif, les innombrables services rendus à la Mafia.Son charme provocant, son intelligence brillante et rusée, son enjouement, sa gentillesse, permettaient aux dirigeants de l\u2019organisation secrète de s\u2019introduire en toute sécurité dans tous les milieux mondains ou d\u2019affaires où ils désiraient obtenir des renseignements.Si le fait d\u2019être femme, et celui de n\u2019avoir pas une seule goutte de sang italien dans les veines, lui interdisaient d\u2019être comptée officiellement au nombre des caïds de la Mafia, elle servait néanmoins officieusement ou secrètement, mais avec un dévouement total, l\u2019organisation criminelle.De la \"petite chatte\" à la \"Rose de la Mafia\" Virginia était née à Lipscomb, petite ville perdue de l\u2019Etat d\u2019Alabama.Dans son enfance, elle connut la faim, car ses parents étaient véritablement indigents.C\u2019était une petite fille dont la silhouette chétive ne retenait pas l\u2019attention.Rien, à cette époque, ne pouvait laisser prévoir que les angles aigus de son corps épouseraient un jour des courbes sinueuses et ondulantes.Toutefois, son petit visage étroit et triangulaire, casqué de cheveux noirs et brillants, éclairé par la lumière de ses yeux verts, lui avait déjà valu, à l\u2019école, le surnom de « Tabby » (petite chatte).Peu après que, nantie d\u2019un mince bagage, en dépit d\u2019une intelligence qui s\u2019affirmait déjà, elle eut abandonné les bancs de l\u2019école, pour l\u2019école de la vie, Le Samedi, Montréal, 27 décembre 1958 PÊLE-MÊLE PiCHON PARAI?lüfj Au Salon de l'Automobile tenu à Paris, il y eut un double attrait publicitaire.D'abord les voitures elles-mêmes, puis en numéro extraordinaire, la femme-oiseau Sidonie Paquin, ballerine réputée, que l'on avait invitée à exécuter ses pas de danse sur les modèles en montre.Un mendiant moderne ?\tAu Times Square, à New-York, on peut voir aujourd'hui un mendiant qui sérénade la foule, non pas avec la guitare coutumière ou l'accordéon comme on faisait autrefois, mais avec un petit appareil moderne de radio à transitors.Et les affaires sont bonnes ! Tentez votre chance ?\tLa Croix-Rouge canadienne de la jeunesse est actuellement en quête d'une chanson originale qui sera lancée, en août prochain, au Centre d'étude international.Les conditions de ce concours, qui est ouvert aux élèves des écoles primaires supérieures ou secondaires et aux associations ou mouvements scolaires du Canada, ont été annoncées récemment.Les jeunes musiciens et paroliers sont invités à soumettre leurs compositions avant le premier mars.Une Allemande à l'honneur ?\t« Je ne suis qu'une femme sans importance qui a suivi l'impulsion de son coeur », a déclaré Mme Anna Stadler, lorsque le Consul Général de France à Munich, M.Robert de Nercial, épingla sur le revers de son tailleur la Croix de la Légion d'Honneur.Cette modeste sexagénaire, la première Allemande titulaire de cette décoration, a sauvé pendant la guerre 8 prisonniers français détenus au camp annexe de Dachau.Mme Stadler faisait parvenir des vivres aux détenus et s'occupait particulièrement d'un prisonnier devenu aveugle et d'un ecclésiastique, l'abbé David, qui avait eu les jambes coupées par les roues d'un wagon.A son retour de captivité, ce prêtre devait rendre hommage à sa bienfaitrice dans un livre intitulé : Du Bagne français au Bagne nazi.Apprenant aux derniers jours des hostilités que les détenus allaient être ramenés à Dachau pour y être conduits à la chambre à gaz, Mme Stadler les avertit par un message, ce qui leur permit de s'évader et d'être sauvés par les troupes américaines.Fine ouie ?\tUn savant professeur du Royal Veterinary College, expert en chants d'oiseaux, a déclaré que les pinsons anglais prennent l'accent américain chaque fois qu'ils sont amenés à vivre aux Etats-Unis mais qu'au bout de quelques jours, l'accent anglais reprend invinciblement le dessus.Dans une pilule ?\tUn savant allemand, Manfred von Ardenne, aurait mis au point un émetteur radio en plastique si petit qu'il pourrait être enfermé dans une pilule qu'avalerait un malade ; et cet appareil minuscule émettrait des indications précises sur l'état du tube digestif, renseignant ainsi le médecin.Patriotisme ?\tApprenant que la dette de son pays atteignait 250 milliards de dollars, un contribuable américain a envoyé au gouvernement un chèque de 100 dollars « pour alléger la charge de l'Etat ».L'administration lui a renvoyé son chèque, accompagné du commentaire suivant : « Le gouvernement ne peut accepter pour son compte les dons des citoyens ».Tout arrive ?\tMme Bradley est une Anglaise qui jouit d'une flatteuse réputation parmi les grands chasseurs de fauves.Elle peut par exemple s'enorgueillir d'avoir, à son tableau de chasse, plus de 20 lions tués de sa main.De plus elle n'a jamais été blessée au cours de ses dangereuses expéditions.Ou, plus exactement, elle n'avait jamais été blessée.Car un lion, il y a quelques semaines, vient de venger, d'un coup, tous ses frères malheureux : Mme Bradley a eu l'épaule démise par une tête de lion empaillée qui s'est brusquement décrochée du mur de son salon ! Bruyant ?\tAccusé par des voisins d'avoir fait du tapage sur un balcon en jouant aux cartes avec des amis, un habitant de Tel-Aviv, capitale d'Israël, a comparu devant un tribunal.Il a été acquitté, « attendu qu'il n'existe aucune loi limitant la quantité de bruit que l'on peut faire sur son propre balcon ».Vin d'oranges ?\tUn Allemand installé en Afrique du Sud va fabriquer du vin avec .des oranges.Il a sollicité et obtenu une licence en bonne et due forme.Vous pensez que la boisson du sieur Heinrich Roochter aura goût d'orange ?Pas du tout.Elle ressemblera, paraît-il, au champagne .la gamine acide se métamorphosa en une splendide adolescente.En même temps qu\u2019elle découvrait sa beauté, Virginia se rendit compte qu\u2019elle s\u2019enliserait pour toujours si elle persistait à vivre dans la monotone -petite ville.Aussi lorsqu\u2019on 1933, elle eut dix-sept ans, elle s\u2019échappa de la maison paternelle pour chercher fortune à Chicago.Peu de temps après son arrivée, alors qu\u2019elle errait, tout aussi affamée que dans sa monotone petite ville, dans la « Cité Merveilleuse », elle fit la connaissance d\u2019un riche propriétaire de chevaux de course, Joë Epstein, lequel, par ailleurs, avait d\u2019autres occupations d\u2019un ordre entièrement différent.L\u2019amoureux de 35 ans, subjugué parla ravissante fille du Sud, la combla de cadeaux princiers.Pour accentuer le caractère exotique de sa beauté, elle transforma sa chevelure de nuit en une somptueuse toison d\u2019or.C\u2019est ainsi que la petite compagnar-de, parée par les soins de son amoureux toujours aussi fervent, devint l\u2019une des femmes les plus élégantes et les plus remarquées de l\u2019immense «Reine de l\u2019Ouest ».Bien qu\u2019Epstein n\u2019appartint pas officiellement à la Mafia, il entretenait certaines relations d\u2019affaires avec ses dirigeants.Il introduisit donc tout naturellement Virginia parmi eux sans se douter un seul instant qu\u2019elle allait bientôt lui échapper, conquise par l\u2019un des plus puissants chefs de l\u2019organisation secrète, Joë Adonis .La bel Adonis Adonis, incontestablement, faisait honneur à son patronyme.Beau comme un jeune dieu, il avait, en outre, l\u2019élégance d\u2019un lord anglais.Joë Adonis et Virginia Hill vécurent bientôt le grand amour.Mais le prestigieux gangster, marié et père de famille, n\u2019allait pas tarder à entourer, autant qu\u2019il le pouvait, sa liaison de mystère.Car Adonis, qui était à l\u2019époque la terreur de New-Jersey et de Brooklyn, ne l\u2019était pas du tout pour son épouse, devant laquelle il tremblait et que les âmes bien intentionnées, n\u2019avaient pas manqué de mettre au courant de l\u2019idylle Joë-Vir-ginia.Les scènes et les menaces de Mme Adonis eurent raison, du moins temporairement, des liens passionnés du jeune couple, et le jour arriva, peu après la fin de la guerre, où Virginia dut se résoudre, sur le conseil de ses amis, à quitter New-York.Le chef de la Mafia l\u2019installa lui-même dans un avion à destination de Los Angeles.Toutefois leur « roman » ne s\u2019acheva pas immédiatement.Adonis, poussé par l\u2019impérieux désir de revoir Virginia qui, depuis son arrivée à Los Angeles, s\u2019était installée dans le quartier des palaces, Beverley Hills, trouva de temps à autre de bonnes raisons d\u2019affaires pour s\u2019y rendre.Virginia fut conquise par Hollywood.C\u2019est à ce moment qu\u2019elle se laisse tenter par la gloire cinématographique.Mais les premières difficultés la rebutèrent et comme elle n\u2019avait, d\u2019une part, aucun besoin d\u2019argent, et qu\u2019elle faisait usage, d\u2019autre part, avec virtuosité de ses qualités de comédienne dans la vie quotidienne, elle renonça à son projet.Un jeune journaliste, dont elle avait fait la connaissance dans la capitale du film, la demanda en mariage.Elle le repoussa.Virginia, déjà un peu lassée de sa liaison avec Adonis, pour qui elle ne serait jamais que la «seconde», se sentait prête à se laisser embraser par une nouvelle passion.Celle-ci eut nom : Benjamin Siegel.Bugsy et Virginia Benjamin, surnommé « Buggsy » (petite punaise) fut longtemps l\u2019un des gangsters les plus connus et les plus redoutés de la filiale new-yorkaise de l\u2019organisation secrète.Avec un comparse de non moindre envergure, Mey-er-Lansky, il avait créé à 20 ans, l\u2019une des bandes les plus actives de Brooklyn.Cette première tentative l\u2019ayant fait apprécier des dirigeants de la Mafia, ceux-ci l\u2019envoyèrent, à trente ans, sur la côte ouest des Etats-Unis afin d\u2019y « organiser » l\u2019industrie cinématographique.En un temps record, il y mit sur pied une filiale du redoutable syndicat du crime.Il devint rapidement le familier des producteurs, des directeurs de sociétés cinématographiques et des stars.Des acteurs célèbres dans le monde entier faisaient partie de son cercle intime.Mais peu persévérant, il vendit dès qu\u2019il rencontra des difficultés dans ses manoeuvres d\u2019extorsion de fonds aux producteurs, son entreprise de « protection » à un autre.Puis, il se fit consentir par certains de ses amis des prêts importants qui lui permirent de se lancer dans le trafic de la drogue.Buggsy et Virgie devinrent le couple-type d\u2019amants cher à Hollywood.On pouvait les voir, chaque soir, faire de longues promenades romantiques le long de la grève, promenades ponctuées de baisers passionnés.Pour Virgie, Buggsy délaissa jusqu\u2019à ses affaires.Le climat enivrant de sa liaison, le succès qui avait jusque-là couronné ses entreprises contribuèrent à développer en lui une confiance et des illusions dont il devait finalement être la victime.Un jour qu\u2019un de ses admirateurs lui demandait s\u2019il n\u2019avait pas l\u2019intention de se présenter aux élections du Congrès, Benjamin Siegel répondit imprudemment : « Pourquoi voudriez-vous que je m\u2019occupe de politique ?Moi et mes amis, n\u2019en avons pas besoin.Quand il s\u2019avère indispensable que des politiciens entrent dans notre jeu, eh bien, c\u2019est simple, nous les achetons ! Nous Le Samedi, Montréal, 27 décembre 1958 9 M AG AZ Orchestre à instrument unique ?Un instrument musical, capable de reproduire tous les sons d'un orchestre et qu'on a appelé Electone a été exposé à la septième Foire audiophonique tenue au lapon par ses inventeurs, la Nippon Musical Instruments Manufacturing Co.de Tokio.Utilisant 2000 transitors et 15 amplificateurs de sons microphoniques, l'électone peut produire 24 genres de percussion, cuivres, bois et instruments à cordes, y compris le violon, le piano, la flute et le xylophone.Fonctionnant tout comme un orgue, l'électone a 184 clés, 32 pédales, 8 boutons et 4 pédales pour le rythme.¦¦¦ m i - Le célèbre \"Trio Raisner\" fêtait récemment son dixième anniversaire dans les locaux mêmes du Collège Colbert à Paris où Albert Raisner et ses deux compagnons, André et Sirio, furent élèves.A cette occasion, les fameux harmonicistes offrirent un concert aux élèves.Les collégiens bénéficièrent de surcroît d'une distribution de chocolat auquel on avait symboliquement donné la forme d'harmonicas géants.I N E Civisme ?\tUn règlement vient d\u2019être édité à Moscou.Il est destiné à donner à la ville un aspect plus net et plus coquet.Une amende frappera désormais les ménagères qui secoueront leurs tapis par la fenêtre et les personnes qui abandonneront des déchets sur les trottoirs.Mieux encore, cette loi décide que les automobilistes seront tenus, sous peine de contravention, de nettoyer régulièrement leurs véhicules ! Instincts maternels ?\tTrois lions ont choisi la liberté, il y a quelques semaines, à Cantu, près de Milan.Profitant d'un instant d'inattention de leur gardien, les trois fauves se sont lancés dans les rues, semant la panique.Les hommes du cirque, aidés des pompiers et des policiers, réussirent à reprendre assez facilement deux des lions.Le troisième, le plus vieux, King, pour échapper à ses poursuivants, s'engouffra dans un immeuble et monta lestement trois étages.Trouvant une porte ouverte, l'animal pénétra dans l'appartement.Tremblant de tous ses membres, une mère de famille rassembla ses cinq enfants et dévala rapidement les marches.Mais, dans sa frayeur, elle avait oublié Vincenzo, le dernier-né, qui dormait paisiblement dans son berceau.Après avoir erré dans l'appartement.King s'approcha du bébé et s'allongea tranquillement au pied du berceau, semblant surveiller le sommeil de l'enfant.Quelques minutes plus tard, son gardien venait reprendre le lion.Chacun sa responsabilité ?\tA Long Beach, en Californie, une voiture a provoqué sur son passage l'éclosion de milliers de sourires.Elle n'avait rien en soi de particulier.Un homme en tenait le volant avec sa femme à ses côtés.Mais on pouvait lire sur une des ailes complètement défoncée du véhicule, l'inscription suivante : « Ce n'est pas moi, c'est elle ! » Tenue réglementaire ?\tUn grenadier anglais, Stewart Dean, avait monté la garde devant le palais de Buckingham avec un début de barbe assez prometteur.Il a été invité par une commission disciplinaire à donner sa démission.On lui reproche d'avoir pris sa faction « dans une tenue négligée ».Dean avait catégoriquement refusé de se raser, soutenant (ce qui est vrai) qu'aucun règlement ne lui interdisait de porter la barbe.A la verge ?\tUne agence de voyage de Tokio a délivré à l'un de ses clients un billet mesurant 22 pieds de long ! Ce voyageur devait se rendre, grâce à ce billet, de Tokio aux Etats-Unis, en passant par soixante-quatorze villes d'Asie, d'Australie, d'Afrique du Sud et d'Europe.Apprenant la chose, une agence de voyage de Sydney (Australie) a prétendu détenir le record dans ce domaine.Un de ses clients, en effet, a effectué dernièrement un voyage au cours duquel il a emprunté 29 lignes aériennes et visité 105 villes et 33 pays.Le billet délivré par l'agence atteignait la longueur respectable de 28 pieds.Doléances ?\tVoici quatre extraits de lettres reçues par un médecin britannique : « Depuis que vous avez opéré mon nez, je sens très bon ! » \u2014 « Vous m'avez conseillé un régime non salé.Croyez-vous qu'il serait mauvais pour moi au bord de la mer de respirer profondément ?» \u2014 « Je suis ennuyée à cause de moi, parce qu'il croit que je suis ennuyée à cause de lui ».\u2014 « Cher docteur, je ne me sens pas bien du tout.Qu'est-ce qu'il y a de neuf actuellement en matière de maladie ?» Deux conscrits qui se complètent ?\tA Turenne, petite ville de la Corrèze, deux conscrits qu'on pourrait dire « complémentaires » se sont présentés au conseil de révision : l'un pesait 74 livres, l'autre 226.On a prié le premier de repasser dans un an.bénéficions ainsi des appuis politiques indispensables à la bonne marche de nos affaires sans éprouver nous-mêmes les difficultés d\u2019une carrière politique .» Les déclarations de l\u2019imprudent « Buggsy » firent le tour des cercles de la Mafia et arrivèrent finalement aux oreilles des dirigeants de l\u2019organisation.Ceux-ci, trouvant que la « grande gueule de Los Angeles » commençait à hausser dangereusement le ton, et à gaffer, froncèrent les sourcils.Leur mécontentement se changea en courroux lorsqu\u2019ils apprirent que Siegel avait, en outre, gaspillé quelques millions de dollars, dont la plus grande partie appartenait à Costello et à Meyer-Lansky, pour la construction et l\u2019aménagement d\u2019un somptueux tripot dont le rapport s\u2019avérait nul.Un château de cartes dans le désert En effet, décidé à voir surgir des sables un caravansérail des Mille et Une Nuits, Siegel avait choisi de bâtir l\u2019édifice de ses rêves en plein désert, près de Las Vegas, qui depuis devint l\u2019Eldorado du jeu clandestin, la capitale du mariage et du divorce ultra-rapides, la métropole des plaisirs faciles et des joies garanties, même si elles sont frelatées.« Petite Punaise » engloutit dans cette affaire 6 millions 1k de dollars, beaucoup plus qu\u2019il n\u2019en avait à sa disposition.11 essaya alors d\u2019intéresser à l\u2019affaire les gangsters qui tenaient le haut du pavé de Chicago et de New-York.Ceux-ci acceptèrent de venir à son secours.Charles Fischetti, pour sa part, lui fit tenir télégraphiquement 300,000 dollars.Mais en même temps, ils donnèrent l\u2019ordre au racketeer d'abandonner la direction du « Flamingo » au profit du tout puissant Syndicat du Crime.Benjamin Siegel, fier de lui, refusa.Ses correspondants le bombardèrent de messages téléphoniques de plus en plus impérieux.Le racketeer s\u2019entêta et, croyant, à tort, les tenir sous sa coupe, il les menaça de faire d\u2019intéressantes «révélations».On ne pouvait agir plus imprudemment ni plus follement.Les gangsters, devenus ses irréductibles ennemis, en référèrent à leurs chefs suprêmes.Ceux-ci, décidés à châtier le « dissident », se réunirent chez Luciano, à Cuba, en conseil de guerre extraordinaire.Costello, Adonis et Meycr-Lansky, venus de New-York, Fischetti, de Chicago, Moretti de New Jersey, y assistaient.Siegel fut, à l\u2019unanimité, condamné à mort.Il semble bien toutefois qu\u2019un sursis lui ait été accordé pour s\u2019amender.Mais l\u2019entêté ne tint compte ni de sa condamnation, ni de la chance qui lui avait été offerte de survivre en se rachetant aux yeux de ses juges.(Lire la suite page 31) Le mois dernier, Marcel Bardiaux, le \"navigateur solitaire\", terminait, près du Pont de la Concorde à Paris, sa prodigieuse aventure.Parti de cet endroit il y a huit ans, Bardiaux a accompli au cours de son périple un exploit de la navigation à voile, notamment en doublant le Cap Horn en plein hiver sur son cotre \"Les 4 Vents\u201d.Le voici photographié de retour de son voyage autour du monde.»! i SbWmtr V * ', rr y mamz S'-JU tri ni 10 Le Samedi, Montréal, 27 décembre 1958 DANS LE MONDE SPORTIF par OSCAR MAJOR ® Contrairement à ce que nous croyions, il y a deux mois, les nouveaux règlements du repêchage sont en vigueur depuis près de trois mois.Le prix du repêchage est de $25,000, depuis cette période de temps.Comme l\u2019écrit notre confrère Gcrry Gosselin, « il n\u2019est plus possible, pour les clubs majeurs de pa-queter une équipe pour se soustraire mondial des boxeurs poids-moyen (160 livres), chanteur de genre et danseur à ses heures, accrochera ses gants de boxe, après son combat contre Carmen Basilio, l\u2019été prochain, au Stade des Yankees de New-York.Cette bataille lui rapportera près de $150,000.11 se tient continuellement en excellent état physique, quoiqu\u2019il considère inhumain le sport de la boxe professionnelle.Tous les jours, il fait de longues marches.Quand il lui faut rendre une visite à une personne, dont le bureau d\u2019affaires est au 15e étage, il n\u2019hésite pas à escalader à pieds 300 à 400 mar- Choses et autres qui mettent en relief un grand nombre de vérités aux lois inexorables du repêchage.Il est déjà arrivé aux Dodgers, par exemple, de réunir pour l\u2019hiver, à peu près tous les meilleurs joueurs de calibre mineur, dans l\u2019alignement des Boyaux.Quand arrivait le repêchage, comme les autres clubs majeurs ne pouvaient réclamer qu\u2019UN joueur par club, les Dodgers s\u2019assuraient de ne pas se faire enlever leurs meilleurs joueurs d\u2019avenir.Le repêchage est désormais illimité, du moment qu\u2019un joueur a quatre ans d\u2019expérience dans le baseball mineur.Ce qui voudrait dire que les Royaux peuvent perdre plus qu\u2019un joueur, et comme question de fait, autant de joueurs que les autres clubs majeurs désirent en réclamer, du moment qu\u2019ils ont quatre années d\u2019expérience.» ® Sugar Ray Robinson, champion ches.Avec Ray, les fabricants d\u2019ascenseurs vivraient maigres !.® Max Baer, ancien champion mondial des boxeurs poids-lourds de troisième classe, a toujours conseillé à son fils de ne pas faire une carrière de la boxe.Le fiston Max Baer junior, 6 pieds 6 pouces, étudie le droit à Santa Clara, Californie.Toutefois, il entre dans ses intentions de devenir acteur de cinéma, à Hollywood.Pourra-t-il à la fois défendre les veuves et les orphelins et charmer les veuves et les orphelins sur l\u2019écran ?Son père a failli à cette tâche, il y a près d\u2019un quart de siècle.On dit que le jeune Max est de beaucoup plus sérieux que ne l\u2019était son boxeur de père.¦ liai Patterson, le timide, l\u2019un des meilleurs joueurs de football du continent, prendra sûrement sa place sur l\u2019alignement des Alouettes en 1959, en dépit d\u2019un tas de rumeurs contraires : son genou le fera toujours souffrir, son aine de la cuisse droite rend le médecin perplexe, sa jeune épouse et ses bons parents désirent ardemment qu\u2019il abandonne le gridiron.A notre avis, du moins, notre jeune et talentueux confrère Louis Chantigny, du Petit Journal, a offert un magnifique tableau.Au XVIIIe siècle, on en eût fait une fable ou un roman moralisateur.Et le plus habile assembleur n\u2019eût pas mieux réussi à réunir toutes les conditions pour que les deux images fussent parlantes et parfaites.C\u2019est un touchant tableau du sport, école de vertu et source du progrès où l\u2019argent mène le bal.Lisons ensemble, si vous le voulez bien : « Mme Patterson fait de plus en plus pression auprès de son mari pour qu\u2019il abandonne le football, évoquant -\u2014- voilà bien la sentimentalité féminine \u2014 qu\u2019elle préfère à un illustre infirme un époux bien portant.« Rumeur et bouillie pour 1 es chats ! s\u2019exclament les uns.Mais quand on connaît d\u2019une part l\u2019influence, pour ne pas dire le despotisme des chères épouses américaines, et quand d\u2019autre part on connaît le caractère bon enfant d\u2019Hal Patterson, il y a peut-être raison de s\u2019inquiéter.« L\u2019épouse américaine est peut-être un tantinet (!) dominatrice, et plus encline à brandir le fanion dt- ses « droits « que le balai de la ménagère, mais elle entend bien aussi draper sa petite importance dans du vi- son, et cette charmante bête, voyez-vous, s\u2019accroche davantage au ballon que capte au vol son mari qu\u2019aux tracteurs qu\u2019il conduit durant la saison morte.La femme étant ce qu\u2019elle est, tout espoir n\u2019est donc point perdu.» ® Le robuste joueur de défense des Bruins de Boston, Fern Flaman, est plutôt rude pour ses ennemis sur la patinoire.Durant la saison morte, d\u2019avril à septembre, il devient le plus doux des agneaux, car il dessine des poupées « teddy bear » portant des costumes des clubs de la N.H.L.Le fameux Palais des Sports de Paris, qui fut le théâtre de nombreux combats de boxe, de joules de hockey, etc.depuis près de 40 ans, sera détruit, le printemps prochain.Nos Yvon Robert, Frank Valois, Larry Moquin, Edouard Carpentier, nos Gaudette, Moussette, Eaframboise, Ramsay, Morin et autres anciens joueurs de hockey professionnels y sont passés.¦ Lors de sa dernière visite à Montréal, Bill Durnan, ancien gardien de buts du Canadien qui remporta le trophée Vézina quatre fois d\u2019affilée et six fois en sept saisons, se prêta aimablement à une question, qui nous tient à coeur, depuis longtemps.\u2014 Bill, conseillerais-tu à un jeune joueur de hockey de 18 à 20 ans de poursuivre sa carrière chez les professionnels ?\u2014 Certainement.Mais à une condition.C\u2019est qu\u2019il acquière une bonne instruction, qu\u2019il soit aussi bien éduqué.Au point de vue finance, les joueurs de hockey professionnels YVON ROBERT (à jauche), le diplomate, l'ancien champion mondial de la lutte libre, ne s'apprête pas à tirer sur aucun membre de la Commission Athlétique.Il nettoie son fusil en vue d'une prochaine partie de chasse au gros gibier.A droite, on voit le fameux athlète en face de sa magnifique maison de la rue Balfour, ville Mont-Royal.Récemment, nous lui posions deux ques-tions : \"Est-ce que le fiston s\u2019adonne à la lutte libre professionnelle 7\" Voici sa réponse : \"Le sport professionnel n\u2019arrange pas tout.Il n'est pas de secret, de formule qui arrange tout.Le grand garçon se lancera dans la lutte professionnelle, s'il le désire et s'il en est capable, seulement lorsqu'il uura terminé ses études au Mont St-Louis.Je préfère le voir dans le génie civil que sur un matelas de lutte, sport brutal, trop brutal parfois.\" Notre seconde question : \"Quel est le lutteur le plus riche présentement 7\" La réponse ne se fit pas attendre : \"Mon ami Argentina Rocca, 33 ans ans bientôt, 227 livres en pleine forme, le plus rapide et le plus rusé de tous.Croyoz-le ou non, plus d'un million de dollars font les délices de sa petite famille italienne.Ceux qui s'ennuient pas avec ce boute-en-train sont plutôt rares.\" Est-ce que la fortune tombe dans les goussets de ceux qui luttent, oui ou non 7 b/« 1 \u2022T-* \"r~'i ¦ j;V % jSgg \u2022At-\u2019* 11,1,1.1.14.1,1.1.P JS) 'mtsgi JBË wm **&#*?¦ W^uiiWÊit,s- Le Samedi, Montréal, 27 décembre 1S58 11 GUSTAV SCHOLZ, / lare h joxettr presque malcjre Nouveau champion d'Europe, le boxeur allemand tourne les yeux vers les Etats-Unis où il pourrait rencontrer le champion du monde, Ray Robinson.lit ne sont pas tous des Richard, Ilowe, Lindsay, Harvey, Bouchard.Ils n\u2019ont pas tous la chance de devenir gérants, tel Toe Blake, Milt Schmidt, Phil Watson, Sid Abel, les frères Patrick, etc.Une bonne carrière dans le hockey professionnel donne un bon départ, d\u2019excellentes occasions pour l\u2019avenir, s\u2019il possède l\u2019instruction nécessaire.Quant à moi, sans vantardise, je n\u2019ai jamais raté un examen.Mais j\u2019ai abandonné mes études, à la fin de la deuxième année aux Hautes-Etudes Commerciales, parce que je ne croyais pas alors qu\u2019il était essentiel de m\u2019instruire davantage.Je pense autrement, aujourd\u2019hui.J\u2019aurais dû terminer le cours entier, soit deux autres années.Enfin, j\u2019ajoute qu\u2019un jeune joueur de hockey, s\u2019il veut embrasser sérieusement la carrière professionnelle, doit bien se mettre dans la tête qu\u2019il lui faut s\u2019éloigner, le plus possible, de certains lieux et amis.Le hockey professionnel demande un grand nombre de sacrifices, voilà ! Léger essai sur la psychologie des spectateurs ¦ Dans les épreuves sportives, quelles qu\u2019elles soient, en dehors du spectacle lui-même, il est intéressant d\u2019observer la masse des spectateurs.Nous le faisons depuis plus de 40 ans.Le spectateur du football et de la boxe, en général, fait preuve d\u2019une incompétence notoire.Dans ces deux sports, où il lui est souvent difficile de savoir quel athlète ou quelle équipe a l\u2019avantage, il arrive fréquemment à se faire une idée complètement fausse de la physionomie de la partie.Même au baseball et au hockey (il connaît mieux ce dernier), il fait la plupart du temps son favori de celui qui ne le mérite pas.Pourquoi ?Parce que l\u2019autre n\u2019a pas répondu à ce qu\u2019il attendait de lui.Parce que, involontairement parfois, il a commis une infraction aux règles.Parce que, tout simplement, il est le plus faible.Le spectateur fait son favori d\u2019un homme ou d\u2019une équipe très supérieure qu\u2019il veut à tout prix voir gagner.Et, si celui-ci se trouve en danger, il tremble, car dans ce cas le spectateur n\u2019est pas venu assister à une lutte pour la victoire, mais uniquement pour voir triompher son favori ou une équipe favorite, pour laquelle il a parié et perdu de cinq à dix dollars, parfois beaucoup plus.En sport, on n\u2019a pas besoin de cabales pour déchaîner les mouvements de la foule.Nombre de spectateurs ont besoin, pour être heureux, de crier.Ils le font sous le moindre prétexte.Si une raison légitime leur est fournie, ils se livrent alors à la joie de tout dominer par leur tonnerre.Ils s\u2019enivrent du plaisir de faire du bruit.Passe encore.Mais les lanceurs d\u2019objets de toutes sortes devraient être punis sévèrement, un court séjour à l\u2019ombre, par exemple.D\u2019aucuns ont préconisé qu\u2019il fallait faire l\u2019éducation du public.Nous croyons qu\u2019il y a là une chose impossible à réaliser.Car tant qu\u2019il y aura des adversaires opposés l\u2019un à l\u2019autre, il y aura toujours une majorité de spectateurs favorables à l\u2019un [ Lire la suite page 30 ] Une nouvelle étoile chez les poids-moyens Gustav Scholz vient d\u2019inscrire son nom sur la liste des « grands » de la boxe mondiale.S\u2019emparant du titre de champion d\u2019Europe en battant dernièrement Charles Humez, titre que le Français détenait depuis 1955, Scholz prend place officiellement sur le plan international et voit s\u2019ouvrir ainsi la porte, bien difficile à franchir, du championnat du monde.Il a, d\u2019ailleurs, les plus grandes chances d\u2019arriver à ses fins, il possède les qualités requises pour mener à bien une semblable entreprise.Scholz n\u2019est pas un tout jeune boxeur, il a vingt-huit ans.Il est vrai que Ray Robinson, Archie Moore et Joe Louis, entre autres, sont ou étaient encore en pleine gloire, ayant dépassé largement la trentaine.Toutefois ce sont là des exceptions.En général l'âge moyen de retraite pour un boxeur se situe vers trente ans ; c\u2019est pourquoi nous considérons Scholz déjà comme un vétéran.Mais pourquoi ne serait-il pas, lui aussi, un phénomène ou plus exactement un boxeur hors-série ?Son palmarès nous indique que sur 69 combats, il en a remporté 64, perdu 1 et fait 4 fois match nul.Ceci est assez élogieux pour celui que Von appelle « l\u2019intellectuel du ring », parce qu\u2019il est un des rares boxeurs qui considèrent encore la boxe comme une science et qu\u2019il pense intensément ses combats.Boxeur sans vocation Gustav Scholz que l\u2019on surnomme aussi « Bubi » n\u2019avait pas un goût très prononcé pour la boxe.Il aimait le sport en général et particulièrement le football.Il devint boxeur professionnel en 1948 sans avoir disputé un seul combat chez les amateurs, ce qui est assez particulier.Il boxa d\u2019abord dans la catégorie « welters ».Ce n\u2019est qu\u2019en 1951 qu\u2019il enleva le titre de champion d\u2019Allemagne de cette catégorie puis ensuite se tailla quelques succès relativement faciles sur les rings européens.Mais, avec l\u2019âge, Scholz prenait du poids et c\u2019est aux poids moyens qu\u2019il s\u2019attaqua.Bien conseillé par le manager Fritz Gretzshell, il commença à se faire une solide réputation de pugiliste scientifique et de puncheur redouté.C\u2019est en 1954 qu\u2019il tenta l\u2019aventure aux Etats-Unis où à New-York il battit l\u2019excellent Al Andrews.Il revient au football.De retour des Etats-Unis, on s\u2019attendait à le voir s\u2019imposer définitivement en Europe.Hélas, pour sa carrière de boxeur, il fut repris par sa passion du football.Alors qu\u2019il avait par JEAN BEAUFRET été sollicité pour disputer un match, il prit froid, fut frappé de pleurésie et dut passer un an dans un sanatorium.Nullement découragé, plus fort que jamais, il remontait sur le ring à la fin de l'année 1956.Littéralement transformé, n\u2019ayant jamais paru si fort, il battit sans discussion au cours de 1957 tous les adversaires qui lui furent pré- sentés.Ce qui lui valut le 10 mars 1958, à Paris, de rencontrer une première fois Charles Humez, titre européen des « moyens » en jeu.Il ne put vaincre le boxeur français et ce combat lui coûta une côte fracturée.Après une nouvelle interruption, il obtint une revanche contre Humez et, le 4 octobre dernier, dans le fameux stade olympique de Berlin, il devenait champion d\u2019Europe.Etant donné la valeur de Humez, cette victoire vient de le projeter au premier plan des poids moyens mondiaux.Les observateurs furent unanimes pour déclarer que d\u2019après ce combat on pouvait estimer que Scholz pouvait maintenant affronter les meilleurs de sa catégorie, y compris Ray Robinson, le champion du monde.Les propositions pleuvent .Les organisateurs américains qui sont en quête de vedettes étrangères pour relancer l\u2019intérêt de la boxe aux U.S.A., qui a fortement diminué ces dernières années, firent immédiatement des propositions au nouveau champion d\u2019Europe.L\u2019une émane de Los Angeles et propose un combat contre Joe Giardello.Le manager de Scholz n\u2019est pas hostile à ce combat mais à condition qu\u2019il soit considéré comme une phase éliminatoire qui permettrait à son poulain, s\u2019il gagnait, de devenir challenger No 1 de Robinson.On parle aussi d\u2019une atitre offre d\u2019un organisateur de Milwaukee qui se fait fort d\u2019opposer Scholz à Robinson, titre en jeu, avec une garantie de 100,000 dollars.Toutefois, cette dernière proposition parait un peu fantaisiste, surtout quand on sait que Robinson n\u2019a pas du tout l\u2019intention pour le moment de monter sur le ring et ceci pour deux raisons : 1°) Le « Grand Sugar » s\u2019apprête à tourner un film à Hollywood.2° Le champion du monde a confirmé son intention de ne plus boxer avant 1959 pour des raisons fiscales.Néanmoins, ce qui parait de bon augure pour Scholz c\u2019est qu\u2019il ait reçu une invitation de l\u2019I.B.C.pour se rendre aux Etats-Unis.Or, on sait que cet organisme tient Robinson sous contrat.Quant à nous, nous pensons que si le boxeur allemand n\u2019est pas trop pressé et s\u2019il consent à rencontrer aux E.-U.quelques adversaires choisis, avant d\u2019accéder au championnat du monde, il peut obtenir sa chance et combattre pour la couronne mondiale.S\u2019il manque son but, il se fera facilement une raison.Scholz n\u2019a pas besoin de la boxe pour vivre ; il possède à Berlin un salon de coiffure et deux parfumeries qui le mettent à l\u2019abri du besoin, lui et sa femme.Gustav Scholz de par sa personnalité n\u2019est vraiment pas un boxeur comme les autres.Gustav Scholz se montra impitoyable pour le champion d'Europe Charles Humez. 12 Le Samedi, Montréal, 27 décembre 1958 Les grandes biographies du SAMEDI MAMA SCHELL, le monstre par MICHEL ANDRIEUX sacré au visage d\u2019ange I - Son public l'adore, ses partenaires la détestent Il y u deux ans, dans l\u2019avion qui la ramenait de son triomphe à la Biennale de Venise, Maria Schell, radieuse, confiait ses projets : un film à Hollywood, une pièce à Paris,.et beaucoup d'enfants.Le film américain a été présenté au Festival de Cannes : c\u2019est l\u2019adaptation des «Frères Karamazov», de Dostoievsky.Maria Schell y tient le rôle qui fut au long de sa carrière le rêve secret puis avoué de Marilyn Monroe : celui de Grouchenka.Si elle n\u2019a pas encore joué une pièce à Paris \u2014 mais si c\u2019est au nombre de ses projets, cela viendra sûrement \u2014, elle a par contre tourné deux films en France, l\u2019un et l\u2019autre également extraits de grandes oeuvres littéraires, l\u2019un et l\u2019autre réalisés par de grands metteurs en scène : «Gervaise», d\u2019après Zola, sous la direction de René Clément, et « Une Vie », d\u2019après Mau-passant, sous la direction d\u2019Alexandre Astruc.Mais elle n\u2019a pas encore pu avoir un enfant.Et l\u2019on peut se demander si elle en aura jamais.C'est l\u2019écrivain français Steve Passeur qui, envoyé spécial d\u2019un journal parisien, l\u2019interrogeait à son retour de Venise.Il pouvait se permettre une familiarité plus grande que celle de la plupart des journalistes, impressionnés par la réserve naturelle de cette vedette « pas comme les autres ».Aussi lui dit-il en riant : \u2014 Mais si vous voulez une tripotée d\u2019enfants, vous allez enterrer votre carrière fantastique ?\u2014 Eh bien, tant pis pour ma carrière fantastique, répondit Maria Schell.Mais.\u2014 Mais ?\u2014 Mais l\u2019idéal ce serait de réussir les deux carrières, comme .Ludmilla Pi-toëff.C\u2019est la seconde réponse qui était sincère.Maria Schell n\u2019ose pas toujours dévoiler à son entourage toute l\u2019ampleur de ses ambitions.Toute sa personnalité est bâtie sur ce grand rêve des petites filles exigeantes : tout posséder, tout faire à la fois.Etre la plus belle, la plus riche, la plus accomplie, la plus heureuse.Celle qui a le plus beau, le plus intelligent, le plus remarquable mari, le plus gentil aussi.Colle qui a les enfants les plus réussis .Généralement, l\u2019existence fait bien vite rabattre aux jeunes filles de leurs rêves démesurés.Mais Maria Schell est de ces natures exceptionnelles qui parviennent à réaliser presque tout ce qu\u2019elles se sont promis.Aujourd\u2019hui, elle ne doit admettre qu\u2019un échec : elle n\u2019a pu avoir d'enfant.Mias elle est si jeune et volontaire qu'elle peut un jour réaliser même ce désir-là.Pour l\u2019instant, elle ne semble pas résignée à sacrifier sa carrière à la maternité, à faire ce choix qu\u2019au fond d'elle-même elle n\u2019admet pas.Mais son physique Ta trahie.Elle se croyait une santé d\u2019acier, mais celle-ci a cédé devant un surcroît d\u2019effort.Or, ni « Les Frères Karamazov » ni « Une vie » n\u2019ont été accueillis par la critique avec un enthousiasme délirant.Dans l\u2019un et l\u2019autre film, Maria Schell a été jugée égale à elle-même, mais non pas supérieure.Certains même trouvent qu\u2019elle s\u2019y montre trop égale à elle-même, ce qui tient à sa volonté d\u2019imposer son jeu à ses metteurs en scène.La critique n\u2019a surtout pas admis l\u2019idéalisation du personnage de Grouchenka, la fille facile, la courtisane, devenue dans le film une aubergiste débordante de tendresse, d\u2019effusions doucereuses à la Hollywood.Si Maria Schell sauve son épingle de ce jeu difficile, elle le doit à toute son adresse, à sa féminité et à son célèbre sourire.Le jeu valait-il donc la chandelle ?Seule Maria pourrait répondre.C'est l\u2019automne dernier que s\u2019est produit l\u2019accident.Toute l\u2019équipe de « Une Vie » l\u2019attendait depuis trois semaines.Elle achevait « Les Frères Karamazov » à Hollywood.Alexandre Astruc voyait le temps se gâcher chaque jour davantage, et se demandait comment il allait pouvoir tourner les extérieurs de son film.A Binic, petit port de pêche de la côte bretonne, tous ces gens de cinéma devenaient enragés à force de s\u2019ennuyer.Les producteurs voyaient une fortune se perdre.On envisageait de remettre le tournage au printemps, ce qui eût été une véritable catastrophe.Quand Maria Schell arriva enfin, ayant tourné à Hollywood jusqu\u2019à la dernière minute, Alexandre Astruc voulut tout de même qu\u2019elle pût se reposer pendant trois jours.Elle refusa.\u2014 Pas question de repos, dit-elle.On commence demain ! Les acteurs prennent généralement un mois de repos entre chaque film.Toute l\u2019équipe fut impressionnée de voir Maria Schell passer ainsi sans transition d\u2019un tournage en anglais d\u2019une adaptation de Dostoievsky par les Américains, à un film français, adapté de Maupassant.Mais le lendemain soir, après la première journée de travail, il fallut d'urgence transporter Maria Schell dans une clinique de Saint-Brieue.Elle criait son désespoir, et son mari, le metteur en scène allemand Horst Hoe-chler, ne parvenait pas à la consoler.Maria Schell venait de perdre l\u2019espoir d\u2019avoir l\u2019enfant qu\u2019elle attendait.Il venait de lui arriver exactement le même malheur qu\u2019à Marilyn Monroe, à qui elle avait enlevé le rôle de Grouchenka.Marilyn payait aussi, à Londres, en tournant « Le Prince et la Danseuse », un surcroît de voyages et de travail.Cette fois, toute la troupe était certaine d'être arrêtée jusqu\u2019au printemps.On s\u2019apprêtait à rentrer à Paris, mais Maria Schell demanda quelques jours de délai.Et huit jours plus tard, ce fut le miracle.Huit jours plus tard, elle prenait sa place dans le film.Et quelle place ! Par son autorité, sa fièvre au travail, ses contradictions, ses objections, ses remarques, ses exigences, elle menait tout le monde à la baguette, tandis que Alexandre Astruc, d\u2019abord médusé, finissait par se disputer violemment avec sa principale interprète, comme en sont réduits à le faire tous les metteurs en scène de Maria.Elle est ainsi.Les manuscrits qu\u2019on lui confie pour les étudier sont couverts de notes, de remarques, de questions, de rectifications, souvent plus que ceux du metteur en scène lui-même.Par contrat, elle exige depuis deux ans d\u2019avoir droit de regard sur le scénario, le choix des acteurs, des décors et des costumes.Et elle ne s\u2019en prive pas.On la compare pour cela à Sarah Bernhardt, qui faisait de même, et elle se compare d\u2019ailleurs aussi à Sarah \u2014 par le talent.Un talent que lui reconnaissent tous les réalisateurs qui ont tourné avec elle, tout en jurant qu\u2019on ne les y reprendra plus à travailler avec une actrice aussi dominatrice.Seul René Clair se montre rétif aux dons de Maria.Comme on comparait une jeune actrice russe à Maria Schell, il s\u2019écria : \u2014 Vous trouvez qu\u2019il ne suffft pas d\u2019une seule ?C\u2019est un phénomène étrange : Maria Schell, adorée par le public, considérée comme l\u2019image même de la douceur et de la tendresse féminines, comme l\u2019incarnation idéale de l\u2019épouse, de la soeur, de la fille que Ton aimerait avoir, est détestée dans le monde du cinéma.On l\u2019y juge rapace, peu féminine, autoritaire, égoïste à l\u2019extrême.Son merveilleux sourire est qualifié de professionnel, si ce n\u2019est carrément d\u2019hypocrite.Et il est bien difficile de faire dans tout cela la part du vrai, celle de la jalousie, et peut-être aussi celle d'une légère xénophobie.Mais il est certain que Maria est tout le contraire d'un caractère facile.Monstre sacré et bourreau de travail, elle n\u2019hésite pas à « voler » des effets à ses partenaires («délit» majeur entre comédiens), à donner des ordres à ses metteurs en scène, à terroriser ses producteurs.Elle ne veut pas pour l\u2019instant sacrifier quelques années ni même quelques mois de cette période de pleine gloire.\u2014 Si je ne suis plus actrice, je ne suis plus femme, et vice-versa, dit-elle.Je ne peux pas séparer ma vie et mon métier, mon amour pour Horst et ma passion du cinéma.C\u2019est pour cela qu\u2019en un an de mariage, elle n\u2019a guère passé que trois mois avec son mari.Horst Hoechler ne veut pas devenir « M.Maria Schell », et il tourne de son côté en Allemagne.Certes, la solution serait que Maria tournât avec lui.Mais voilà .D\u2019une part, Hoechler n\u2019est pas encore considéré comme un metteur en scène de classe internationale, et ceux-ci accablent Maria Schell de propositions fantastiques.D\u2019autre part, sachant l\u2019interprète difficile qu\u2019est sa femme, peut-être estime-t-il plus sage de ne pas compromettre la bonne entente conjugale par des disputes professionnelles.Très épris, il a offert à Maria, pour leur premier anniversaire de mariage, le 27 avril dernier, tous ses films réduits en 16 mm, afin qu'elle puisse se les faire projeter dans leur maison de la banlieue de Munich.Comme Greta Garbo, Maria Schell adore se voir sur l\u2019écran.\u2014 J\u2019aime mon succès comme on respire des fleurs, dit-elle.Depuis ma toute petite enfance, je suis ainsi.Si Maria est ainsi, elle le doit assurément à ses origines.Elle est issue de Tune des plus célèbres familles d\u2019acteurs de langue germanique.Elle est montée pour la première fois sur les planches à l\u2019âge de trois ans, alors que ses parents jouaient et qu\u2019elle traversa le plateau, prise de curiosité.Elle ne devait jamais oublier les rires et les L'OREILLE FINE Monté sur une chaise pour attraper ma bouche bleue, j'accroche soudain la glace.Ses clous usés cèdent.Elle se renverse et pousse la pendule qui entraîne avec elle les chandeliers, le pot à tabac et les deux grands vases vides.Tout s'écroule et se brise.J'ai peut-être démoli la cheminée et je reste longtemps frappé de stupeur, comme si je regardais à mes pieds un tonnerre éclaté.Le chien aboie dans la cour.De la chambre voisine, grand-père, malade et couché m'appelle : \u2014 Il me semble que j'ai entendu un bruit, petit, qu est-ce donc ?\u2014 Hi en, grand-père, dis-je, sans savoir ce que je dis, j'ai laissé tomber mon porte-plume.\u2014 Ton porte-plume, petit! ton porte-plume ! Grand-père n'en revient pas ; il se soulève sur un coude, montre une bonne ligure contente, et me tapotant la joue : \u2014 Hein ! petit, moi qu'on croyait déjà sourd, comme j'ai encore l'oreille fine ! Jules Renard Le Samedi, Montréal, 27 décembre 1958 13 applaudissements qui l\u2019accueillirent alors.Puis, dès qu\u2019elle entra à l\u2019école, elle joua la comédie dans la troupe enfantine.A toutes les fêtes de fin d\u2019année elle était la vedette.Un jour qu\u2019elle arriva avec quelques minutes de retard à une distribution des prix (elle avait six ans), la salle était déjà si remplie qu\u2019elle ne pouvait passer.Alors elle donna des coups de poing de tous côtés en criant : \u2014 Laissez-moi passer! Je suis l\u2019héroïne de la pièce ! Alors tout le monde s\u2019écarta, en souriant.Elle passa, très droite, adressant à gauche et à droite des sourires déjà enjôleurs.Horst Hoechler, comme tous ceux qui l\u2019approchent, avait été conquis d\u2019emblée par la douceur extraordinaire de ce visage de princesse de conte de fées allemand, par ces yeux clairs et changeants dont le regard semble toute compréhension et soumission.\u2014 Elle a des yeux qui matent la bête, devait-il dire d\u2019elle, des yeux qui soulèvent les hommes au-dessus d\u2019eux-mêmes.Un vrai visage de madone ! Ce que son partenaire des «Frères Karamazov», Yul Brynner, exprima presque de la même manière, au début du tournage du film.\u2014 Si on est son partenaire, disait-il, on croit devenir un autre, on a le sentiment d\u2019être meilleur, capable de toutes les bontés, de tous les sacrifices.Mais ce même Yul Brynner est devenu l\u2019ennemi juré de Maria Schell.Celle-ci, à la veille du Festival de Cannes, Il-Elle a décidé toute seule de chaque étape de sa Maria Schell n\u2019aime pas qu\u2019on la désigne comme une vedette allemande : \u2014 En réalité, je suis Européenne, dit-elle.En effet, elle est née à Vienne d\u2019un père autrichien et d\u2019une mère suisse, et l\u2019un de ses grands-pères, du côté maternel, était français.Mais il est vrai qu\u2019elle est devenue Allemande par son mariage.Cela lui permet de parler aujourd\u2019hui couramment quatre langues : l\u2019allemand, le français, l\u2019italien, et l\u2019anglais.Elle fut élevée en partie à Vienne et en partie à Berne, dans un milieu assez cosmopolite.Son père était professeur de philosophie et auteur dramatique, mais il in- terprétait souvent le principal personnage masculin de ses pièces.Sa mère était l\u2019une des meilleures actrices de théâtre de langue allemande.Ses parents dotèrent la fillette à la fois d\u2019une profonde culture et d'une excellente éducation.Très tôt, ainsi d\u2019ailleurs que sa soeur et ses deux frères, tous aujourd\u2019hui comédiens de théâtre, elle commença à tenir de petits rôles dans les pièces où jouaient ses parents.En 1938, elle quittait l\u2019Autriche pour s\u2019installer avec sa famille en Suisse où elle finit ses études, après avoir suivi pendant un an des cours dans un collège de Colmar (où elle apprit le français).Maria estime que deux faits ont formé sa personnalité : une gifle et un livre.La gifle lui fut administrée sur scène, à Zurich, par son père qui jouait.le rôle de son père.\u2014 Pourquoi ?Parce que pendant qu\u2019il parlait, moi dans le fond de la scène je faisais des mines, je trouvais des choses, je gesticulais tant et tant que les spectateurs ne regardaient que moi.J\u2019ai su plus tard que cela s\u2019appelait « tirer la couverture » : mais ce n\u2019était pas ça, seulement le plaisir de jouer la comédie totalement.Maria, dont l\u2019objectivité n\u2019est pas la plus grande qualité, ne reconnaissait pas, déjà, ce défaut dont ses partenaires lui font aujourd\u2019hui le plus grief.Elle continue à voler une scène après l\u2019autre, et lorsqu\u2019on lui en fait reproche, elle parle de son « exubérance naturelle ».Comme le père de l\u2019actrice, un acteur eut un jour recours à la gifle, lors des débuts de Maria dans le théâtre allemand.Il devait la gifler légèrement, pour les besoins du rôle.\u2014 Il me frappa si fort, raconte Maria, qu\u2019il me renversa presque.Mais cela ne servit à rien.J\u2019eus de vraies larmes de douleur et semblais si sincèrement blessée que les spectateurs se levèrent et applaudirent.D\u2019ailleurs la gifle de mon père avait été pour moi l\u2019occasion d\u2019un autre effet.mon visage stupéfait eut une expression si spontanée qu\u2019il déclencha les applaudissements.Telle est Maria, indomptable et utilisant toutes les circonstances à son profit.\u2014 Le livre, poursuit-elle, le livre qui a tant influé sur ma carrière, c\u2019est celui de Stanislawsky, le grand théoricien russe de théâtre, qui est certainement avec Jacques Copeau l\u2019homme qui domine l\u2019art dramatique contemporain.Ce qui confirme le fait que l\u2019école de Stanislawsky, aujourd\u2019hui appliquée en Amérique par l\u2019Actor\u2019s Studio, est la véritable pépinière des nouvelles générations de grands acteurs.Maria Schell livre ainsi l\u2019une des clés de son immense succès : elle a été formée à la même école que Marlon Brando, James Dean, Joanne Woodward, que tous les authentiques talents du cinéma américain.Marilyn Monroe suit depuis deux ans les cours de l\u2019Actor\u2019s Studio, mais elle s\u2019y est pris trop tard pour obtenir le rôle de Grouchenka dans « Les Frères Karamazov », rôle dont elle possédait toutefois la personnalité physique, bien plus que Maria Schell.Son premier amour, Maria Schell le connut à quatorze ou quinze ans.Elle l\u2019a avoué un jour, en tournant à Munich «Rose Bernd», avec Raf Vallone pour partenaire.Comme Raf, au cours d\u2019une pause, rappelait une scène du « Jour se lève », le célèbre film de Carné, qui l\u2019avait particulièrement frappé, et comme il se tournait vers Maria pour la prendre à témoin, elle reconnut : \u2022'A t*\"'.mm avait passé un ultimatum à la Metro-Goldwyn-Mayer : \u2014 J\u2019irai à Cannes à la condition que Yul Brynner ne vienne pas.Mais cette fois, la Metro-Goldwyn-Mayer, d\u2019ailleurs exaspérée par les exigences de Maria pendant le tournage, n\u2019a pas cédé.Elle a choisi le «crâne» Et Horst s\u2019effraie parfois de découvrir chez sa femme une si indomptable volonté, celle-là même pourtant qui lui a permis de devenir un monstre sacré.carrière \u2014 Je n\u2019ai jamais vu ce film.Parce que j\u2019étais très, très jeune et que je vivais mon premier amour .Tout le monde la regarda étonné, car l\u2019on ne comprenait pas bien le rapport qu\u2019il pouvait y avoir entre ce premier amour et « Le Jour se lève ».\u2014 A l\u2019époque, poursuivit-elle, j\u2019étais follement amoureuse d\u2019un grand acteur de théâtre.C\u2019était une grande passion secrète : il ne connaissait pas même mon existence.Pour moi il représentait tout.Il était mon idole.D\u2019ailleurs il était très beau et toutes les jeunes filles étaient amoureuses de lui, Il aimait beaucoup le café et, pendant la guerre, le café était rationné.Alors j\u2019ai volé à la maison des coupons de café pour lui faire plaisir.Cela devait ainsi me donner un jour une raison de le rencontrer.Je l\u2019ai attendu devant le théâtre et je lui ai dit que j\u2019allais avoir des coupons de café pour lui, mais que je ne les avais pas encore.Je pus ainsi avoir un nouveau rendez-vous : pour lui remettre les coupons dont je lui avais parlé.Je veillais avec amour suites petits coupons que j\u2019avais volés.« Mais je ne les lui apportai pas tout de suite.Je l\u2019attendis à nouveau pour lui dire que je les aurais le lendemain.Puis j\u2019eus un rendez-vous pour lui dire que je les avais et enfin un autre pour les lui apporter.Mais, pour avoir une occasion de le revoir, je ne les lui ai pas tous apportés en une fois.Je crois bien qu\u2019alors, il a compris.«Un jour, je l\u2019aperçus à la plage.Je lui annonçai que j\u2019aurais encore des coupons et je lui demandai si je devais l\u2019attendre à la sortie du théâtre pour les lui remettre.Je lui plaisais peut-être parce qu\u2019il m\u2019a demandé tout d\u2019un coup si je voulais l\u2019accompagner au cinéma.J\u2019ai dit « oui », tout de suite.Nous sommes allés le soir au cinéma ensemble.J\u2019ai vu une affiche en entrant : on jouait « Le Jour se lève », mais je ne pourrais vous raconter l\u2019histoire ; je n\u2019ai pas vu le film, parce que, pendant toute la séance, il m\u2019a tenu la main.» Déjà, dans cette charmante histoire, on découvre la Maria Schell que connaît à présent le monde du spectacle : pleine d\u2019ingéniosité pour parvenir à ses fins, ne se laissant arrêter par aucun obstacle, calculant son action, la réalisant avec une extraordinaire minutie, entêtée, charmeuse, acharnée .A quinze ans, elle supplia son père de la laisser étudier la comédie.Il avait accepté de la laisser jouer des rôles d\u2019enfant dans ses pièces, mais cette fois il refusa : il la trouvait trop jeune et trop exaltée.Maria ne répondit rien, s\u2019inscrivit à un cours de dactylographie, mais continua à étudier en secret le métier de ses rêves.Un an plus tard, à seize ans, elle était star de cinéma.Elle avait saisi la première occasion.Un ami de sa mère était à la recherche d\u2019une jeune fille pour jouer un petit rôle dans un film qu\u2019il tournait.Maria, présente, l\u2019écoutait en le dévorant de ses grands yeux. 14 Le Samedi, Montréal, 27 décembre 1958 Fasciné, le metteur en scène demanda a Maria de lui lire quelque chose.Quand il l\u2019eut entendue, il lui offrit sans hésiter le premier rôle du film.Cette fois, M, Schell n'osa s\u2019opposer.Le film fut un succès, et Maria quitta joyeusement la machine à écrire sur laquelle elle tapotait mollement pour s\u2019inscrire à l\u2019Ecole des Arts du Théâtre de Zurich.Elle y travailla avec un acharnement tel qu\u2019au bout de quelques mois elle en savait plus que ses professeurs, et souvent n\u2019hésitait pas à le leur montrer.Quelques mois plus tard, elle tenait le premier rôle de la version théâtrale du film qu\u2019elle avait tourné.Les critiques furent enthousiastes, les spectateurs bouleversés, et, déjà, ses partenaires enragés de la voir «tirer toute la couverture à elle».Les journalistes allemands la baptisèrent « le regard d\u2019or».Depuis, elle n'a cessé d\u2019éblouir des audiences toujours plus vastes.Le metteur en scène Joseph von Baky a dit d\u2019elle depuis : \u2014 Elle possédait tout à dix-sept ans : la formidable intensité d'émotion et l\u2019ambition, le rayonnement et le regard d\u2019innocence sentimentale, la personnalité spécifiquement Schell.Les metteurs en scène allemands s\u2019entendent beaucoup mieux avec Maria Schell que les metteurs en scène français, américains et italiens.Ils comprennent son acharnement au travail, son goût du détail et de la précision, ses scrupules, ses idées arrêtées, son âpreté.En outre, ils sont fiers d\u2019elle, qu'ils considèrent comme leur plus grande artiste.Ill - Son Ce qui étonne le plus les techniciens ayant travaillé avec Maria Schell, c\u2019est sa méthode de travail.On a pu dire d\u2019elle qu\u2019elle « possède » ses rôles comme les auteurs possèdent leur oeuvre et les metteurs en scène leur réalisation.Le personnage qu\u2019elle incarne devient vraiment le sien, elle s'en imprègne, elle le modèle à son image, elle s\u2019y adapte.C\u2019est pour elle un long et minutieux travail préalable au tournage, alors que la presque totalité des acteurs ne préparent qu\u2019à peine \u2014 ou pas du tout \u2014 leur interprétation avant le tournage, laissant au metteur en scène le soin de tout décider pour eux.La méthode de Maria Schell facilite et complique à la fois le travail du réalisateur.Car s\u2019il n\u2019a pas besoin de lui donner d\u2019explication, il se trouve face à une personne qui a sur le rôle \u2014 et même sur l\u2019ensemble du film \u2014 des idées aussi arrêtées que lui-même.Mais en général à l\u2019opposé de ses propres conceptions.Avant de tourner Pour les metteurs en scène étrangers, par contre, ce sourire d\u2019ange fait femme cache des « crocs de loup ».Ils voudraient bien ne plus tourner avec elle, mais le public, comme il en avait été avec Greta Garbo, également difficile comme interprète, réclame sa douceur, sa blondeur lumineuse, sa spiritualité.Elle bénéficia d\u2019ailleurs un certain temps, dans le monde du cinéma, d\u2019une réputation de simplicité et de douceur.Les journalistes qui l\u2019interviewaient étaient unanimes à louer son charme sans apprêt.C\u2019est « Le Dernier Pont » qui l\u2019a révélée aux pays latins.C\u2019est pendant le tournage de ce film qu\u2019elle connut Horst Hoechler, qui était alors l\u2019assistant du metteur en scène Helmut Kaut-ner, en même temps qu\u2019il jouait un rôle secondaire dans le film.Les deux jeunes gens tombèrent tout de suite amoureux.Leurs fiançailles allaient pourtant durer quatre ans, car la gloire commençait pour Maria.Une gloire qui allait la partager entre plusieurs pays.Dans « Le Dernier Pont », où elle incarnait une doctoresse allemande mêlée malgré elle à l\u2019action des résistants yougoslaves pendant la dernière guerre, elle était déjà telle que nous l\u2019aimons aujourd\u2019hui : frémissante et humaine, avec pourtant une étonnante volonté dans le ferme dessin de la bouche, lorsque celle-ci ne sourit pas.Cela se passait en 1953, dans les montagnes les plus désolées de la Yougoslavie.Maria était heureuse, parce qu\u2019elle sentait qu\u2019elle avait enfin échappé au théâtre, quelle jugeait un avenir une scène au sujet de laquelle elle n\u2019est pas d\u2019accord avec son metteur en scène, Maria essaiera toujours de conquérir celui-ci à son point de vue.Créer un personnage est pour elle plus qu\u2019un travail et une passion, c\u2019est une sorte de mission très importante .\u2014 Je crois, dit-elle, que cela se passe en trois temps : je lis mon rôle et je le subis, avec mon coeur, je le vis, je pleure avec lui, je suis en même temps son meilleur public et lui-même, je le laisse me prendre sans me défendre .Mais je ne saurais le jouer à ce stade.Ce serait probablement très mauvais ! Non, après cela, je regarde ce personnage ébauché de façon si totalement sentimentale.Je le discute, je le critique, je le refabrique intellectuellement.Je le dose selon les lois du métier.«Puis j\u2019oublie jusqu\u2019à cette construction, j\u2019oublie aussi mes premières réactions.Je me lance et je joue alors comme si les deux premiers stades n\u2019avaient pas existé.» On conçoit qu\u2019avec un système aussi élaboré, Maria Schell ne pourrait jouer dans un film de Hitchcock, qui considère les acteurs comme de simples instruments de la création du metteur en scène, qui ne leur demande que d\u2019être souples et passifs sous ses ordres.C\u2019est pour cela sans doute que René Clair, créateur total, comme Hitchcock, et comme lui imprimant d\u2019une manière indélébile sa marque à ses films, ne peut souffrir Maria Schell en tant qu\u2019interprète.C\u2019est de sa mère que Maria apprit le code d\u2019honneur du métier.\u2014 Un jour, voyant mon nom en grand sur le théâtre où je jouais à mes débuts, j\u2019ai compris la responsabilité de l\u2019acteur qui n\u2019est plus celui qui défend sa chance pour se faire connaître, mais celui que l\u2019on vient voir et qui est responsable.Les répétitions marchèrent moins bien, j\u2019ai eu peur, je ne voulais plus jouer et ma mère m\u2019a dit : « Tu ne seras vraiment comé- trop limité pour elle, et surtout aux dizaines de navets allemands, des mélodrames larmoyants, qu\u2019elle tournait en chaîne depuis 1950.Ces rôles d\u2019« ange souffrant » l\u2019avaient rendue populaire dans les cinémas de quartier d\u2019Allemagne.Mais elle n\u2019attendait que l\u2019instant de s\u2019en échapper.Elle avait déjà vingt-cinq ans, et enrageait de gaspiller ainsi sa jeunesse.Alors elle alla trouver Hellmut Kautner, qu\u2019elle admirait, et, agissant une fois de plus toute seule sur son destin, elle le supplia de la sortir des dienne que lorsque tu seras capable d\u2019être mauvaise, mais jamais défaillante .» Capable d\u2019être mauvaise !.c\u2019est vrai, c\u2019est aussi une règle du métier.Jusqu\u2019à présent, Maria Schell n\u2019a jamais été mauvaise, mais jamais non plus défaillante.Le grave accident qui l\u2019a frappée au plus profond d\u2019elle-mê-me l\u2019automne dernier ne l\u2019a fait s\u2019absenter que huit jours.Son mari voulait qu\u2019elle renonce à tourner « Une Vie », mais elle répondit : \u2014 C\u2019est impossible, Horst.Je me suis engagée à tourner ce film .et j\u2019en ai tellement envie ! Aucune fatigue n\u2019entame son rayonnement qui possède toujours celui de l\u2019adolescence plutôt que celui d\u2019une jeune femme aux environs de la trentaine.Jamais elle ne se plaint de sa fatigue ou de malaises divers, comme tant d\u2019autres stars.Même en sortant de la clinique de Saint-Brieue, où, en la seule présence de son mari, elle s\u2019était laissée aller à une terrible crise de désespoir, elle n\u2019eut pas un mot de regret, elle arbora partout son beau sourire rayonnant, à peine voilé quand ses yeux se posaient sur un enfant.L\u2019une des premières scènes qu\u2019elle eut alors était pourtant celle d\u2019une noyade, dans la mer déjà froide de l\u2019automne breton .Elle refusa obstinément d\u2019être doublée pour cette scène, comme le lui proposait Alexandre As-truc.C\u2019est un courage semblable qui lui avait conquis à jamais le coeur de Horst Hoechler, alors qu\u2019ils tournaient « Le Dernier Pont ».C\u2019était à Horst, assistant du film, à décider des doublages pour les scènes trop dangereuses.Elle lui avait demandé de l\u2019autoriser à descendre elle-même un pic vertigineux.Horst l\u2019avait regardée au fond des yeux, songeur, puis il lui avait dit : \u2014 C\u2019est risqué, Maria, c\u2019est même très dangereux.Je ne devrais pas te niaiseries sentimentales.Il accepta avec joie.Ce film apporta à Maria la gloire et l\u2019amour.A la fin des quatre mois de tournage, Horst, qui n\u2019avait pas osé la courtiser tant elle l\u2019impressionnait par son air de jeune fille sage, vint lui apporter un bouquet de campanules bleues.\u2014 Ces fleurs signifient : « Nous nous reverrons », lui dit-il simplement.Ils ne pourraient se revoir avant de longs mois.laisser faire cela.Mais je te comprends trop bien.On ne triche pas plus avec un personnage qu'avec soi-même.Raf Vallone est l\u2019un de ses rares partenaires qui ait gardé un excellent souvenir d\u2019elle.On dit qu\u2019il fut même un peu amoureux de la ravissante interprète de « Rose Bernd », et que celle-ci ne fut pas entièrement insensible au charme du séducteur italien.Mais jamais elle ne se fût laissée aller à un sentiment pour un homme marié.Très pieuse, elle est l\u2019une des quelques vedettes que le scandale n\u2019a jamais effleurées.Raf Vallone lui a décerné ce bel éloge : \u2014 Maria Schell est peut-être la plus grande comédienne que j\u2019aie rencontrée, non seulement dans ma carrière d\u2019acteur, mais dans ma vie de spectateur.C\u2019est une femme née pour ce métier ; pour elle, être actrice, c\u2019est l\u2019accomplissement d\u2019une vocation.Ce qui est merveilleux, c\u2019est qu\u2019elle a remporté deux grands prix internationaux, a Cannes et à Venise, par ses qualités intérieures.Elle est l\u2019interprète idéale ; il y a mille femmes en elle.R y a d\u2019abord « la » femme, c\u2019est-à-dire ce caractère universel de la femme dans son intuition et sa sincérité.Elle entre dans chaque personnage qu\u2019elle joue avec une sincérité étonnante.Elle ne fait aucun effort intellectuel pour arriver à son personnage ; c\u2019est son prodigieux instinct d\u2019actrice qui la guide, un instinct aigu, subtil et profond.Mais, cet instinct, elle ne le laisse pas tel ; elle lui donne une architecture et une forme cohérente.Elle a, dans son sourire, une grâce quasi surnaturelle qui enchante le spectateur.Son charme touche tout le monde, à une époque de plus en plus privée de la grâce.Dans le monde actuel, son sourire dit qu\u2019il faut quand même espérer, quand même vivre, qu\u2019il ne faut pas se laisser griser par la civilisation moderne.C\u2019est le sourire de [ Lire la suite page 31 ] rêve : dicter ses conceptions aux metteurs en scène Ml» Le Samedi, Montréal, 27 décembre 1958 15 Un conte pour les enfants ., LES ÉCUS DU SORCIER par JEAN FEYRIN Il y a bien longtemps de cela vivait, dans Paris, un artisan tailleur qui était père d\u2019une fille vraiment mal servie par la nature.Cette personne était d'une laideur monstrueuse et, par surcroît, son dos était affligé d\u2019une bosse énorme.Comme la bossue était à l\u2019âge où les femmes prennent mari, le pauvre tailleur se lamentait en pensant qu\u2019il ne pourrait jamais établir une pareille fille.Or, il advint qu\u2019un jour le sorcier du roi se rendit dans la boutique de l\u2019artisan pour commander un habit.Il n\u2019était pas coutume qu\u2019un sorcier de cour s\u2019habillât chez un modeste tailleur de ruelle, mais ce sorcier-là n\u2019aimait ni la soie, ni le drap fin du grand faiseur royal, il préférait se vêtir d étoffe grossièrement tissée et sentir contre sa peau tannée, le contact d\u2019un rêche tissu.Il commanda donc un habit et, quelque temps après, le tailleur s en fut au palais livrer sa marchandise.Un valet introduisit l'artisan dans l\u2019appartement du sorcier.« Ah ! te voilà, mon brave, s'écria ce dernier en l\u2019apercevant.J'espère que tu as bien travaillé.» Là-dessus, il s\u2019empressa d\u2019essayer le vêtement.Ah ! mes enfants c'était de la « belle ouvrage », du fini, ça collait comme un gant ! Aussi, le sorcier fut enchanté.« Brave homme, demanda-t-il, combien te dois-je ?» Timidement, le tailleur fit connaître son prix.«Bagatelle! reprit l\u2019étrange client.Ton chef-d\u2019oeuvre vaut bien davantage » et, plongeant deux doigts crochus dans son escarcelle, il en retira trois beaux écus qu\u2019il tendit au bonhomme.\u2014 C\u2019est trop, beaucoup trop! balbutia celui-ci.\u2014 Ce n\u2019est rien, affirma le sorcier.Je veux faire mieux, tu le mérites.Tiens, continua-t-il, je sais que tu es soucieux pour ta fille.Eh bien ! je vais t\u2019aider à la marier.A cette fin, je t\u2019offre deux moyens.Primo, si tu y consens, je peux la guérir de sa disgrâce physique.Seulement, je te préviens, si ta fille devient belle, toi, tu resteras pauvre jusqu\u2019à ta mort.Secundo, si tu le désires, je peux l\u2019enrichir immédiatement.Les deux moyens ont du bon.Une jolie fille trouve toujours chaussure à son pied.Une riche héritière ne manque jamais de prétendants.A toi de choisir : La beauté pour ta fille ou la richesse pour le restant de tes jours.» Les paroles du sorcier laissèrent notre homme perplexe.Son premier élan fut d\u2019accepter la première proposition, puis, à la réflexion, il jugea la deuxième alléchante.La fortune était bien tentante ! Sa conscience, pourtant, l\u2019avertissait: « Attention ! l\u2019argent ne fait pas le bonheur.et songe avant tout, à ton en- fant.» «Bah! lui répliquait-il, belle dot vaut bien belle fille ! » « Allons, pressa le sorcier, tu te décides, l\u2019ami ?» La cupidité l\u2019emporta : \u2014 Va pour la richesse! répondit le tailleur, étouffant ses scrupules.\u2014 Bravissimo ! répondit l\u2019autre.Ton choix est raisonnable.Rarement beauté remplace fortune dorée.Au même instant, l\u2019artisan constata que sa bourse s'alourdissait ; il y porta la main ; elle était gonflée de pièces d\u2019or à en craquer ! Le pauvre artisan n\u2019en revenait pas ! Vous pensez si le sorcier rit aux éclats en voyant l\u2019ahurissement de son protégé.« Tu pourras y puiser largement, lui dit-il.Ta bourse, désormais, sera toujours pleine.» Nanti de sa bourse magique, le nouveau riche rentra chez lui, le coeur en joie.« Ma fille, annonça-t-il, nous allons enfin être heureux ! Je possède un trésor inépuisable.» Pour bien prouver que cela était, il versa le contenu de sa bourse sur une table.Les pièces ruisselèrent et le sac se remplit aussitôt.Il répéta l'expérience, le même phénomène se produisit.La fille du tailleur fut éblouie : « Père ! Père ! s\u2019exclama-t-elle, qu'allons-nous faire de tout cet or ?\u2014 Nous achèterons un hôtel, ma fille.Nous aurons de nombreux serviteurs, nous roulerons carrosse et je te donnerai une dot considérable, capable de me procurer un gendre des plus huppés.» Ainsi fut fait.Le simple tailleur de ruelle eut demeure princière et grand train de maison, il fréquenta la haute société, se lança dans les fêtes et les bals.Cependant, bien que la demoiselle fût atournée des plus luxueuses robes et des plus riches bijoux, les prétendants ne se montraient pas.Alors, le tailleur jeta l\u2019argent par les fenêtres, il s\u2019aboucha avec des marieuses, leur promettant une fortune si elles découvraient un mari pour sa fille.Malgré tous leurs efforts, les marieuses ne dénichèrent personne.On aurait, volontiers, épousé l\u2019or, mais pas la bosse.Le laideron se morfondit.De se voir laissée pour compte, elle conçut un dépit extrême et se vengea sur son entourage.Elle rudoya ses domestiques, battit ses servantes.Elle se rendait si désagréable que tout le monde, petit à petit, la fuyait.« Ah ! soupirait l\u2019artisan, dévoré maintenant par le remords, le ciel me punit ! J\u2019ai fait le malheur de mon enfant ! » La fille pleurait, trépignait, maudissait son père.De rage, elle aurait épousé le dernier des manants, mais le dernier des rustres, lui-même, n\u2019eût pas voulu de ce monstre ! Et puis, un beau jour, lasse de tout, la bossue se noya dans la mer.L\u2019ancien tailleur, affolé, courut chez le sorcier du roi.En chemin, il se répétait : « Qu\u2019il me rende ma fille et qu'il reprenne ses écus ! » Hélas ! il arriva trop tard, le sorcier du roi était mort la veille, rappelé par Satan.L'artisan resta seul, avec cet or du diable et son immense chagrin.La douleur finit par détraquer sa pauvre cervelle.Il s\u2019enferma dans sa chambre ; jour et nuit, il se mit à empiler, sans arrêt, les écus qu'il tirait de sa bourse.Le manège l\u2019amusait.L\u2019or s\u2019amoncelait dans la pièce, en piles, en monticules, en montagnes et le malheureux se débattait au milieu de son fabuleux trésor.Il empilait, il empilait sans cesse.Tellement bien qu\u2019une avalanche de pièces l\u2019écrasa comme un puceron.Et, chose curieuse, ses domestiques effarés, le découvrirent gisant sous un tas de cailloux.Plus d'écus, mes petits amis.Tout l\u2019or magique s'était transformé en monceaux de pierres.Jean Feyrin Le serpent est dieu au Népal V.¦\" \u2022 .I ':) ' § ;1\tmiq j *¦»««* ¦mMSSMJsk A Kathmandou, capitale du Népal, une gigantesque effigie du dieu-serpent \"Basuki\" a été érigée sur la place principale de la ville.Chaque jour, les Népalais viennent adorer le Serpent et le prier de ramener la santé dans leur vallée éprouvée par une épidémie de choléra. 16 Le Samedi, Montréal, 27 décembre 1958 NOTRE ROMAN SENTIMENTAL UN COEUR MASQUÉ par Xavier Daltour SI vous voulez me permettre, mademoiselle, de descendre votre vnlise.Elle a l\u2019air bien lourde.Pouvais-je faire mieux que de remercier mon aimable vis-à-vis ?Le train reparti, il n\u2019eut garde de laisser échapper l\u2019occasion de m'empêcher de dormir.Je ne me fis d\u2019ailleurs pas prier.Il m\u2019amusait, cet excellent homme, avec su façon maligne de regarder comme à travers ses cils.Je suis absolument convaincue qu\u2019il ne m\u2019importunera pas.Je crois bien même, qu\u2019il doit être assez spirituel.\u2014 Vous allez à Paris, mademoiselle ?\u2014 Mais oui, monsieur.\u2014 Moi aussi justement.Vous êtes Parisienne, peut-être ?\u2014 Oh ! non, monsieur.C\u2019est la première fois que je mets les pieds en France.Je suis native de Lausanne.\u2014 Ah ! tiens, tiens ! Très agréable ville.Je connais parfaitement.Suis-je indiscret en vous demandant pour quel motif vous vous rendez ainsi à Paris toute seule ?\u2014 Mais non, monsieur.J\u2019ai une place qui m\u2019attend là-bas, dans la couture.Oui, monsieur.Je suis très émue, vous savez, à la pensée que je vais vivre à Paris, dans cette grande cité où je me sens par avance perdue.« A Paris, tous les deux ! » chantonne mon voisin en riant.Décidément il est d\u2019humeur joyeuse.« Tous les deux », reprend-il avec une petite grimace, c\u2019est une façon de parler, puisque vous êtes toute seule.Je ne voudrais pas que vous supposiez que je faisais là la moindre allusion à outre rencontre.A cette simple idée, voilà que je me mets à rire de bon coeur.11 n\u2019a pas l\u2019air vexé le moins du monde et me pose encore quelques questions.La couture a l\u2019air de l\u2019intéresser.Quand je lui nomme la maison Christine et Christine, je vois ses sourcils sc lever en accents circonflexes, comme si celle raison sociale lui disait quelque chose.\u2014 N\u2019est-ce pas rue Auber ?questionne-t-il.\u2014 Mais oui, vous connaissez?\u2014 Oh !.euh ! c\u2019est-à-dire, je passe souvent par là, n\u2019est-ce pas, alors j\u2019ai remarqué le nom.Fl immédiatement, les sourcils s\u2019abaissent et le visage épanoui prend un petit air d\u2019indifférence.Suis-je, dis-je à mon tour, aussi peu indiscrète que vous-même, mon-ictir, en vous demandant quelles son! vos occupations ?Je n\u2019en reviens pas de mon audace.Qu\u2019est-ce que cela peut bien me faire, ce à quoi ce brave inconnu passe son temps et son âge mûr ?Oh ! mademoiselle, répondit-il, je.je.enfin c\u2019est-à-dire que je suis liés occupé.Malgré tout, je me ré- serve quelques loisirs et je les passe à voyager.Sinon professionnellement, du moins par goût, je suis un peu amateur.Nous bavardons sur mille choses tics passionnantes.Est-ce qu\u2019à l'aube il ne m\u2019a pas parlé philosophie ! Je ne puis dire que j\u2019ai absolument compris tout ce qu\u2019il m\u2019a raconté, mais ce que j\u2019ai saisi le mieux du monde, c\u2019est que la morale aimable, la psychologie avisée et la logique déconcertante de mon vis-à-vis m\u2019ont amenée à entrevoir tout en rose les lendemains que je redoutais, perdue si seule dans ce grand Paris inconnu.\u2014 Je crois, mademoiselle, que nous arrivons, fit-il en se penchant les cheveux en bataille, à la portière du couloir.Quand nous aurons traversé suffisamment de petits coins banlieusards dans le genre de celui-ci \u2014 tenez, nous brûlons Villeneuve-Saint-Georges ! \u2014 eh bien ! ce sera Paris.Tout le monde descend ! Au fait, mademoiselle, je m\u2019aperçois avec mon étourderie bien connue, que je viens d\u2019être avec vous, depuis hier soir, d\u2019une incorrection impardonnable.J\u2019ai oublié de me présenter.Et le voilà, tirant de la poche intérieure de son veston un volumineux portefeuille, bourré à craquer, dont il sort une fort mince carte de visite où je lis : Amédée Ouvrard, architecte de la Ville de Paris.\u2014 Eh bien ! moi, monsieur, dis-je, comme je ne veux pas rester en retard avec vous, mais que je n\u2019ai pas de carton, je vous avoue tout de suite que je m\u2019appelle : Germaine Lauzon, (sur un mur j\u2019aperçois : Paris 3 kilomètres) et je n\u2019ai malheureusement aucune référence universitaire ou autre, ce qui ne m\u2019empêche pas d\u2019avoir pris un très vif intérêt à tout ce que vous m\u2019avez raconté cette nuit.Il pouffe, salue comiquement et tout à coup devient grave.\u2014 Ecoutez-moi.Si jamais, à Paris, sait-on ce qui peut advenir ?vous vous trouvez dans un embarras quelconque, ou même simplement si vous vous trouvez trop isolée, ne perdez pas ma carte, regardez mon adresse et faites-moi une petite visite : je serai toujours très heureux de vous recevoir.11 m\u2019a porté ma valise jusqu\u2019au contrôle des billets.C\u2019est lui qui m\u2019a hélé un taxi et, retirant son chapeau à la portière avec une galanterie très ancien régime, il a attendu que l\u2019auto démarre.C\u2019est alors que je me suis sentie vraiment seule.Il VOICI un mois révolu que je fais partie de la maison Christine et Christine.Je passe sur les détails de mon entrée dans ladite mai- son.ils n\u2019ont aucun intérêt.Tout s\u2019est passé le plus normalement du monde.La directrice est très gentille.Elle m\u2019a mise comme elle dit à l'instruction au premier étage.C\u2019est moi qui dois présenter les mannequins.Ce n\u2019est pas plus désagréable qu\u2019autre chose.Tous les mercredis, j\u2019ai remarqué dans un coin du salon de présentation un singulier garçon, pas mal du tout mais l\u2019air très original, qui « croque » les modèles et compare ce qu\u2019il vient d\u2019exécuter avec.sans doute d\u2019autres dessins, je ne me rends pas très bien compte.11 ne doit pas avoir beaucoup plus de vingt-cinq ans, il porte les cheveux très collés \u2014 artificiellement d\u2019ailleurs, car il a toujours deux ou trois mèches folles qui se refusent à toute discipline.Il ne dit pas un mot et a l\u2019air de ne pas faire la moindre attention ni aux mannequins, ni aux belles madames qui viennent retenir La Nuit.Place Pi-galle.Demain Jour d\u2019Espoir ou L'Amour en somme.Je remarque que si ses vestons sont bien coupés, ils ne doivent pas être très nombreux dans sa garde-robe, car ils ne sont pas toujours de première fraîcheur.Seulement, voilà, il a quelque chose de décidé et de désinvolte qui m\u2019amuse énormém'ent.Il faudra que je demande qui il est.\u2022 Il est entré comme un coup de vent.De ces coups de vent qui ouvrent les portes.J\u2019étais occupée, ce matin-là dans le petit salon du premier oii se tient en général Mlle Brigitte, la grande première.Il faisait un beau soleil de novembre, juste ce qu\u2019il faut pour que la nostalgie du mois soit souriante malgré tout.Devant moi il y avait au moins cinquante robes alignées comme les dépouilles des femmes de Barbe-Bleue.\u2014 Oh ! pardon, mademoiselle.C\u2019est mon dessinateur du mercredi.Il a l\u2019air tellement ébahi de se trouver nez à nez devant moi qu\u2019il reste un instant comme pétrifié.\u2014 Je ne m\u2019attendais pas à.excu-sez-moi.Ce n\u2019est tout de même pas une raison parce qu\u2019il s\u2019attendait à rencontrer Mlle Brigitte, pour montrer un tel étonnement.Ce jeune homme est certainement un grand nerveux.N\u2019empêche qu\u2019avec mon grand calme, je me suis enfoncé une aiguille dans le doigt tant j\u2019ai sursauté en entendant ouvrir la porte.Cela met de mauvaise humeur.\u2014 Aie ! Oh ! monsieur, vraiment vous ne devriez pas arriver comme ça sans crier gare.Je n\u2019en puis dire davantage, je crois même que la fin de ma phrase dut être tout à fait incompréhensible, car j\u2019avais déjà mon doigt où perlait une goutte de sang, dans la bouche.\u2014O h ! je suis une brute, made- moiselle.Tenez, si vous voulez me permettre.Et le voilà qui se précipite sur ce qu\u2019il croit être un chiffon pour me panser.\u2014 Mais non, arrêtez, c\u2019est une bande de satin qui appartient à Folle passion.\u2014 Ah ! oui.où ai-je la tête ?Là, voici mon mouchoir.Il n\u2019est pas fou de passion, mais enfin il est immaculé.Je ne puis m\u2019empêcher de rire, encore que je n\u2019en ai guère envie.\u2014 Voilà.Je crois que ce ne sera rien du tout, vous savez.Vous voudriez peut-être que je vous dise que c\u2019est très grave ?Il y a des femmes comme ça, j\u2019en connais.Si c\u2019est si grave que cela, je me jette par la fenêtre de désespoir !.\u2014- Savez-vous, monsieur, que vous êtes très impertinent ! Mais il n\u2019est plus ému du tout, le brave garçon.Il a immédiatement compris, rien qu\u2019à regarder le bout de mon nez, que nous sommes déjà de vieilles connaissances.\u2014 Vous vouliez voir Mlle Brigitte ?\u2014 Oui, en effet, mademoiselle, je voulais en effet.Seulement, maintenant, je n\u2019y tiens plus du tout.D\u2019abord pace qu\u2019elle est beaucoup moins jolie que vous, Mlle Brigitte, ensuite parce que ce que j\u2019avais à lui dire souffre parfaitement une heure de retard, voire une après-midi complète.Non, sérieusement, cela ne saigne plus ?\u2014 Non, non, fais-je, le doigt en l\u2019air comme un saint austère dans sa niche de cathédrale.\u2014 Vous permettez que je m\u2019asseye ?Je m\u2019appelle Jacques Dorsel, je suis dessinateur pour la maison Christine et Christine et pour une autre.Deux en tout, c\u2019est affreusement maigre ! \u2014 Je vous ai remarqué, monsieur, vous venez le mercredi.\u2014 Vraiment ?mais oui, c\u2019est exact.Savez-vous, mademoiselle, que je vais devenir prétentieux ?Il a l\u2019air ravi.\u2014 Vous ne prenez pas au sérieux cette boutade, j\u2019espère ?s\u2019inquiète-t-il.C\u2019est inouï ce qu\u2019un homme peut dire de sottises lorsqu\u2019il se trouve devant une femme.Vous allez me trouver complètement idiot.Eh bien, je vais vous avouer une chose.Dès le premier jour où je vous ai vue, dans le grand salon, pendant la présentation des modèles, vous m\u2019avez.enfin, je vous ai remarquée, moi aussi.Et figurez-vous qu\u2019avec mon imagination coutumière, je me suis raconté une petite histoire.Elle n\u2019engage à rien comme vous allez voir.Oui, je faisais connaissance avec vous, et d\u2019une manière tout à fait comment dirai-je ?.romanesque, je vous faisais l\u2019effet d\u2019un jeune homme extrêmement sé- Le Samedi, Montréal, 27 décembre 1958 17 rieux, même un peu triste.J\u2019étais triste ce jour-là.Et vous, vous cherchiez à me consoler, vous vous intéressiez à moi.Voilà, c\u2019est absurde.Je ne sais pourquoi ce qu\u2019il me dit là ne me fait pas sourire.Oui, ce matin même, une idée semblable m\u2019avait traversée, et c\u2019est pourquoi je restai une seconde les yeux perdus et les mains ouvertes.\u2014 Vous ne me dites rien ?Je sursaute, cl je le regarde, et lui poursuit : \u2014 Que c\u2019est gentil de ne pas vous moquer de moi ! Voyez-vous, je me figurais que vous alliez hausser les épaules.Vous ne sauriez croire comme j 'eusse été choqué si vous n\u2019aviez pris suffisamment au sérieux ma petite phrase stupide ?Je dis « suffi- samment », bien sûr, car enfin je pense bien que vous ne devez tout de même pas me trouver bien intelligent de vous débiter de pareilles à ner ies.Ah ! mais que va-t-il croire à présent ?suis-je sotte avec mes rêves ! aussi, pourquoi fallut-il que ce matin justement je me sois ainsi surprise à dormir éveillée.Je fais mine de sortir d\u2019une mé- gère à la conversation.\u2014 Que dites-vous?fais-je.Je vous demande pardon, je suis un peu distraite.Mine désappointée de mon auditeur.- Ah !.vous.ne m\u2019écoutiez pas ?Ça y est.Je sens mon nez qui remue, et j\u2019ai des fourmis dans les pieds.Si j\u2019insiste, je sens très bien que mon visiteur va se douter que j\u2019écoutais parfaitement et le résultat sera pire encore.11 se croira autorisé à me faire la cour, et je ne pourrai plus jamais m\u2019en débarrasser.N\u2019empêche que si brusquement il s\u2019en allait, je serais navrée.Heureusement qu\u2019il a l\u2019excellente idée de combler le petit silence qui plane soudain autour de nous, car je crois bien que je serais restée encore quelques minutes sans dire un mot, et je lui aurais paru bien sotte.\u2014 Cela fait bien un mois, mademoiselle, que vous faites partie de la maison.\u2014 l\u2019reque exactement, cher monsieur.\u2014- El vous êtes Parisienne ?\u2014 Ah ! non.Je ne suis même pas Française.Je suis d\u2019un pays où l\u2019on dit septante au lieu de soixante-dix et nouante au lieu de quatre-vingt-dix.\u2014 Vous êtes Belge ?\u2014 Non, je suis Suissesse, ou Suisse, comme vous voudrez.\u2014 Oh ! quelle chance ! \u2014 Pourquoi donc ?\u2014 Parce que justement je connais fort bien la Suisse, nous allons pouvoir causer de votre pays, cela fait toujours plaisir, pas vrai ?Dites-moi, ce ne serait pas par hasard \u2014 excusez-moi si je suis indiscret \u2014 à la suite d\u2019un malheur quelconque que vous êtes venue à Paris pour travailler ?\u2014 Pas le moins du monde.En voilà une idée ! Pourquoi voulez-vous qu\u2019il me soit arrivé un malheur ?Est-ce que par hasard, vous me trouveriez une tête d\u2019enterrement ?\u2014 Oh ! non, mademoiselle, pas du tout.Mais enfin tout de même, c\u2019est dommage.« Je dis « dommage », continue-t-il, parce que je me sens tout à coup des velléités extraordinaires de consolation.Eh bien ! moi, mademoiselle, si je fais le métier que vous me voyez faire, c\u2019est parce que je ne suis pas tout seul dans la vie, sans quoi je préférerais me priver davantage encore et me consacrer entièrement à de la peinture plus sérieuse, mais j\u2019ai perdu mon père de bonne heure, et ma mère est de santé délicate.Elle m\u2019aide un peu, enfin, nous nous aidons, elle donne des leçons de machine à écrire ; cela n'enrichit pas énormément.Seulement, elle tient à avoir son petit appartement à elle ; moi j\u2019habite un atelier.Alors je ne veux pas que ma mère soit privée en quoi (pic ce soit, vous comprenez.\u2014 C\u2019est infiniment s\te ce que vous me dites là, monsieur Dorsel.Voilà que la porte s\u2019ouvre aussi brusquement que tout à l\u2019heure.\u2014 Ah ! vous êtes là, monsieur Dorsel.Je vous cherchais partout.Qu\u2019est-ce que vous faites donc ?voulez-vous être assez aimable pour me rejoindre dans mon bureau.J\u2019y serai dans trois minutes, exactement.Et la porte se referme.C\u2019est Mme « Christine ».Elle n\u2019a pas l\u2019air commode ce matin.* Jacques Dorsel me jette un regard désespéré.Ecoutez, mademoiselle, vous voyez, il faut que je me sauve et que j\u2019aille où mes dessins, Mme Christine et mon devoir m\u2019appellent.Vou-lez-vous que nous continuions cette passionnante conversation ce soir ?Vous sortez à six heures et demie.Si vous me rejoigniez au Café de la Paix à sept heures moins le quart, je ne saurais vous dire combien d\u2019années de reconnaissance je vous consacrerai dans ma vie à venir.Je n\u2019ai même pas eu le temps de répondre qu\u2019il est déjà parti.J\u2019entends ses pas (pii se précipitent dans l\u2019escalier.Non, mais c\u2019est insensé.Il ne doute de rien, cc jeune '\t.Voilà qu\u2019il me fixe un rendez-vous d\u2019autorité à présent ! C\u2019est de ma faute.Je suis d\u2019une étourderie déconcertante, il suffit que le premier venu me parle pour que je favorise la conversation.Si ma pauvre soeur me voyait ! Le mois dernier, c\u2019était dans le train, avec le gros monsieur jovial \u2014 I tout de même je ne suis pas allée le voir, comme il m\u2019y invitait.C\u2019eût été le comble ! ) \u2014 et aujourd\u2019hui, c\u2019est le dessinateur de la maison où je travaille.Je vais me faire une jolie réputation.Qu\u2019il ne se figure pas surtout que.Ah ! voici Mlle Brigitte.\u2014 Mais non, mademoiselle, je n\u2019ai pas encore eu le temps de classer les modèles, excusez-moi.Je me suis piqué le doigt, assez profondément, et le dessinateur, M.Dorsel, est venu me demander quelques renseignements.11 vous a demandée, je vous ai cherché au premier, à l\u2019entresol et au second, bref j\u2019ai été dérangée tout le temps.\u2014 Eh bien, mademoiselle Germaine, vous n\u2019avez plus une minute à perdre, vous irez déjeuner une demi-heure plus tard, voilà tout.Ill A LOBS, le soir, j\u2019étais tout de même au Café de la Paix, à sept heures moins cinq.Et \u2014 ô honte ! \u2014 j'y suis arrivée la première.Pas de beaucoup, je n\u2019étais pas plutôt assise et fort embarrassée du choix de ma consommation (manque d\u2019habitude sans doute), que j\u2019aperçois dans la glace mon « flirt » ipii me cherche avec une mine très inquiète.Je crois bien qu\u2019il ne.s\u2019attend pas trop à me trouver à son rendez-vous.Mais dès qu\u2019il me voit, il prend tout à coup une expression très assurée et me rejoint dans mon coin.-C\u2019est gentil à vous d\u2019être venue, dit-il simplement.Je me demandais tout à l\u2019heure s\u2019il n\u2019allait pas régner une certaine gêne autour de notre nouvelle rencontre.J\u2019étais un peu intimidée.Eh bien ! pas du tout.Immédiatement la conversation s\u2019est engagée comme si nous en avions eu l\u2019un et l\u2019autre l\u2019habitude de plusieurs mois.\u2014 Vous ne m\u2019en voulez pas un peu, soyez franc, demandai-je, d\u2019être venue aussi facilement ?\u2014 Moi ?Quelle idée ! \u2014 D\u2019ailleurs, répliquai-je vivement, c\u2019eût été enfreindre ies règles de la bonne camaraderie, et nous semblons déjà de bons camarades.Autrement vous auriez pu croire à de la coquetterie de ma part.ttMMVk ¦[> uis vous assurer qu\u2019elle sera examinée avec une bienveillance égale à celle qui a accueilli ses concurrents.\u2014 Oh vous feriez cela ?C\u2019est vrai ?.Comme je vous remercie ! \u2014 Mais, moi, je ne ferai rien du tout, mon petit, je me contente de vous soumettre cette proposition, c\u2019est la réussite assurée pour lui.La réussite ! Il me semble voir Jacques au travail dans cet atelier qu\u2019il aimait tant et qui est aujourd\u2019hui loué par un autre.\u2014 Tenez, voici l\u2019adresse où votre cousin n\u2019aura qu\u2019à envoyer son projet.Et Amédce Ouvrard me tend une carte recouverte de sa grosse écriture décidée.\u2014 Et maintenant, ajoute-t-il, si nous parlions un peu de vous.C\u2019est vous après tout qui m\u2019intéressez, mademoiselle la voyageuse.Voyons, que vous arrive-t-il ?Tenez, prenez donc ce verre de Banyuls avec moi, cela ne vous fera pas de mal.Il me semble que vous n\u2019ayez pas une mine extraordinaire.Nous voilà repartis à bavarder tous les deux à la bonne franquette, DIS-MOI TON NOM.ie te dirai \\\tqui tu es LEOPOLD Les Léopold ont une intelligence ample et bien ordonnée dont ils savent se servir pour réussir dans la vie.Ils y emploient aussi une volonté tenace et d'autant plus efficiente qu\u2019elle ne va pas au-devant des heurts et se cache sous une apparente souplesse.Quant à leur sensibilité, elle ferait facilement des siennes, mais là encore, le souci de leurs véritables intérêts guide avant tout les Léopold.LILIANE Un charmant diminutif, gracieux, léger, moderne, mais rien de plus.Ne demandez pas aux Liliane d\u2019être de « maîtresses femmes ».Elles se contentent d\u2019être de charmants papillons, toujours prêts à accrocher le moindre rayon de soleil pour le refléter autour d\u2019elles et y semer l\u2019insouciance, la joie de vivre.LOUIS Ce prénom a été si souvent donné, et avec une telle persistance au cours des siècles, qu\u2019il est très complexe et que les Louis ne sont pas tous calqués sur le même modèle ; rien que dans les rois de France, voyez la différence entre la roublardise froidement calculatrice d\u2019un Louis XI et la bonhomie naïve et imprudente d\u2019un Louis XVI, entre la rigidité d'un Louis XIII et le goût du plaisir d\u2019un Louis XV .Ce que l\u2019on peut dire de tous les Louis, c\u2019est qu\u2019ils sont intelligents et ont surtout le talent d\u2019utiliser les compétences.On les dit versatiles, certains du moins ; ils sont, en tout cas, très souples et leur attitude varie selon les « circonstances », qui jouent un grand rôle dans leur vie et auxquelles ils ne savent guère résister.Avec cela et peut-être pour dissimuler cette faiblesse, ils prennent parfois un air raide et plastronnent à l\u2019occasion.Rochetal, dans son ouvrage sur le « Caractère d\u2019après les prénoms » nous fait part d'une réflexion curieuse, due à ses observations : « De deux frères dont l\u2019un s\u2019appelle Louis, dit-il, c\u2019est toujours l\u2019autre qui a l\u2019esprit d\u2019initiative et va de l\u2019avant ».Que cela soit ou non à l\u2019avantage des Louis, le fait est exact ; tantôt, c\u2019est le Louis, homme pondéré et calme qui doit refréner les excès de « l\u2019autre » ; tantôt, c\u2019est « l\u2019autre » qui doit assumer les responsabilités, par suite de la veulerie du Louis.Très brillants en société, les Louis plaisent ; ils sont si aimables, si courtois, si facilement « donneurs d\u2019eau bénite ».Chez quelques-uns, ce n\u2019est là qu\u2019une attitude commode ; chez la plupart, heureusement, il y a bonté vraie, courageuse, généreuse et dévouement sincère (Pasteur, Braille .).Là encore, tôt ou tard, les « circonstances » interviennent qui les mettent à l\u2019épreuve et permettent de les juger. Le Samedi, Montréal, 27 décembre 1958 21 comme l\u2019autre mois dans le train.Je ne suis plus intimidée du tout.\u2014 Mais c\u2019est épouvantable, mon pauvre petit ! s\u2019exclame-t-il sitôt que je lui ai raconté mon odyssée à travers Paris, dans le chimérique espoir de trouver une place quelconque.Vous avez joliment bien fait de venir me trouver.Il y a déjà longtemps que vous auriez dû le faire.« Evidemment, à première vue, je ne vois rien pour vous, mais en cherchant, peut-être que.Certainement, même.Il faudra retrouver ce beau sourire confiant que je vous ai connu lors de notre première rencontre.« Vous partiez, pleine d\u2019espérance, je me souviens.Ah ! mais, je veux que ces jolis yeux-là redeviennent contents et rieurs.D\u2019abord j\u2019ai horreur des personnes tristes.Je ne l\u2019ai jamais été, moi, pourtant ma vie n\u2019a pas toujours été rose.La femme de chambre frappe à la porte.Quelqu\u2019un attend au salon.\u2014 Je suis désolé, mon petit, je vais être obligé de vous quitter.Une visite urgente.Mais revenez très bientôt, c\u2019est promis, n\u2019est-ce pas.Nous dînerons ensemble.Et tout de suite, je vais m\u2019occuper de vous sérieusement.Merci d\u2019être venue, dit-il encore, avec un si bon sourire que je m\u2019en souviendrai toute ma vie.Il ne faut pas non plus que vous restiez ainsi démunie en attendant.Et en même temps, je me retrouve à la porte d\u2019entrée avec la large main de mon sauveur dans ma main droite et, dans ma main gauche, quelque chose qu\u2019il vient d\u2019y glisser et que je n\u2019ai même pas eu le temps de refuser, au moins pour la forme, car la large main s\u2019est aussitôt séparée de la mienne et la grande porte s\u2019est refermée sur un nouveau bon sourire, aussi adorablement bon que celui dont je viens de parler.Dans la rue, il pleut toujours.Cela m\u2019est égal.J\u2019ai du soleil plein l\u2019imagination.Je suis sûre que Jacques va enlever tous les prix de la création qu\u2019il va devenir un grand peintre.Il sera fou de bonheur, de gloire, de richesse, mon pauvre cher grand ami Jacques.En traversant le Parc Monceau, je m\u2019avise seulement de regarder ce que je tiens toujours dans ma main crispée.\u2014 Par exemple.Oh ! cela, c\u2019est trop ! Oh ! mais je ne puis vraiment accepter.je rembourserai, bien entendu, mais.Il est gros, il est énorme, il est tout bleu et blanc, c\u2019est bien mille francs.il n\u2019y a pas d\u2019erreur possible.IX SANS plus tarder, j\u2019ai mis une magnifique plume neuve au bout de mon porte-plume et j\u2019ai écrit à Jacques.C\u2019est d\u2019abord plus délicat que cela n\u2019en a l\u2019air au premier abord.Premièrement, parce que nous nous écrivons peu.Secondement, parce que je me demande bien comment je puis être au courant de ce fameux concours et s\u2019il me prendra au sérieux.Dire la vérité ! Encore plus difficile ; fier comme il est, il supposerait immédiatement qu\u2019il s\u2019agit d\u2019une combinaison par laquelle je serais parvenue, Dieu sait com- ment, à l\u2019introduire dans une affaire toute préparée.Ah ! mon Dieu ! Je ne vais même pas lui dire tout de suite que je ne suis plus chez Christine et Christine, et puis.ah ! oui c\u2019est cela, très bien \u2014 que j\u2019ai lu sur un journal d\u2019annonce de ce concours et que.des amis rencontrés à qui j\u2019en ai parlé, m\u2019ont assuré qu\u2019il s\u2019agissait de quelque chose de tout à fait sérieux.Nous verrons bien.Donc.Mon cher Jacques.Et je profite (run moment où il ne pleut plus pour glisser ma missive dans la plus proche boîte du quartier.Deux jours plus tard, le garçon passa sous ma porte une grande enveloppe blanche.Ce n\u2019est pas déjà une réponse de Jacques ?Non.Ce n\u2019est pas ma soeur non plus.Suis-je sotte ?C\u2019est mon vieil ami l\u2019architecte.Mon coeur bat terriblement.Que va contenir cette enveloppe ?cupé et distrait.La vérité, c\u2019est qu\u2019à Paris, il travaille ferme.Singulier homme : bourru à certains moments, d\u2019une délicatesse exquise à d\u2019autres.Décidément, je l\u2019aime bien.Jamais je n\u2019ai trouvé si gaie ma pauvre chambre d\u2019hôtel.Je vais pouvoir vivre même l\u2019atmosphère dont Jacques me parlait tant, je serai bien payée et je passerai mes journées dans un immeuble magnifique.Ceci se passe un samedi ; le lundi j\u2019inaugure mes nouvelles fonctions.X Uf* H BIEN, mon enfant, vous plaisez-vous ici ?Vous ne re-la grettez pas trop la maison Christine et Christine ?« \u2014 Oh ! vraiment, monsieur, pas du tout.Et je vous suis sincèrement reconnaissante.\u2014 Ne parlons pas de cela, coupe M.Ouvrard avec un petit geste de la main droite.J\u2019ai dû penser à cette même secon- II y a de l\u2019émotion dans le timbre de sa voix.Je l\u2019écoute sans broncher.Je le plains un peu.\u2014 Tenez, mademoiselle, voulez-vous me passer la maquette No 7 ?\u2014 Voici, monsieur.\u2014 Merci.Mon coeur bal parce que j\u2019ai reçu un mot de Jacques me remerciant et annonçant le départ de son projet.Ce soir, peut-être demain, M.Ouvrard me dira : « Passez-moi donc le numéro tel ! » Et ce sera celui de mon ami Jacques.Comment va le trouver mon autre ami, le tout puissant, le célèbre ?\u2014 .Tandis que vous, continue M.Ouvrard, comme s\u2019il ne s\u2019était pas interrompu, ce n\u2019est pas du tout la même chose, vous avez l\u2019avenir.Voyez-vous ce qu\u2019il y a de terrible lorsqu\u2019on arrive à un certain âge, c\u2019est de se dire : J'ai encore des jours et des jours à vivre devant moi, mais ils ne peuvent plus guère m\u2019apporter quelque chose de vraiment nouveau.Autrement dit, le véritable imprévu, Michèle Morgan, fausse laide?Il y a un mystère au sujet du personnage incarné par Michèle Morgan dans Le Miroir à deux faces, celui d\u2019une femme laide qui devient belle grâce à la chirurgie esthétique.En effet, une jeune femme de Saint-Ouen, Simone Bichet, affirme que c\u2019est elle qui aurait tenu le rôle de la femme laide, et que la production n\u2019a pas tenu ses engagements entiers elle, à savoir une opération de chirurgie esthétique gratuite et des rôles dans des films à venir.Bien entendu, Michèle Morgan et la production du film affirment n\u2019avoir jamais connu Mlle Simone Bichet.Mais l\u2019histoire n\u2019en est pas moins troublante.En effet, avant le tournage, on avait effectivement parlé d\u2019une jeune femme au physique ingrat qui tiendrait le rôle de la « laide » et serait récompensée de sa participation nu film par une opération gratuite pratiquée par un grand chirurgien esthétique, ainsi que par de futurs rôles.Puis, par la suite, toute la publicité du film tourna autour de l'enlaidissement de Michèle Morgan, enlaidissement dont le secret fut spectaculairement gardé pendant tout le tournage.Le studio était barricadé et la vedette ne circulait que masquée et entourée par deux solides gardes du corps, dans une voiture aux rideaux noirs.Un journaliste qui pénétra néanmoins sur le plateau, ne reconnut pas la star.Où se cache la vérité derrière ce miroir à deux faces ?C\u2019est un petit mot très court.mais qui en dit long.Chère mademoiselle.Depuis voire charmante visite si spontanée de l\u2019autre jour, j\u2019ai beaucoup pensé à vous et à votre situation.J\u2019ai cherché autour (le moi comment je pourrais vous venir en aide et n\u2019ai rien trouvé.J\u2019ai donc pensé à une chose bien simple.Encore que je n\u2019aie pas besoin absolument d\u2019une secrétaire particulière, je vous engage toute de suite comme telle.Mettons que cela soit par sympathie.Vous m\u2019aiderez au classement des projets du concours et dans différents travaux dont vous vous acquitterez j\u2019en suis sûr, à merveille.Venez donc me voir le plut tôt possible et croyez-moi, chère mademoiselle, votre tout dévoué, Amédée Ouvrard.J\u2019en ai pleuré, je crois, des larmes de béatitude.Il me restait trois francs en poche, toutes mes dettes payées, il est vrai.Cela ne me déplaît pas, d\u2019ailleurs, de travailler avec M.Ouvrard.C\u2019est un homme charmant.Mais comme il ressemble peu chez lui au monsieur du train ! Je songe que ses voyages doivent être de petites escapades.Il n\u2019est pas fâché au fond de passer pour un gentilhomme inoc- de, du moins je crois, je ne m\u2019en souviens pas absolument, à quelque chose de plus merveilleux encore, une chambre sans feu par exemple, mais où je serais avec Jacques, car j\u2019ai poussé sans motif apparent un immense, un colossal, un absurde soupir.Amédée Ouvrard, qui était pii train de compulser des dossiers s\u2019est retourné : \u2014 Oui.évidemment, dit-il en hochant la tête, tandis que je sens monter en moi une étrange confusion.Je ne vous dis pas, bien sûr, que ce soit le paradis.Mais croyez-vous que ma situation soit beaucoup plus enviable que la vôtre ?Je ne me plains pas, remarquez bien, d\u2019abord parce que c\u2019est inutile, ensuite parce que c\u2019est ennuyeux.Mais enfin, tout bien pesé, et malgré quelques apparences qui peuvent me faire passer pour un riche personnage qui n\u2019a plus trop rien à désirer, mon existence est assez terne.Je vois beaucoup de monde, mais je ne regarde jamais personne, et « personne » me le rend bien.Le soir je suis tout seul, je vais au cinéma, au théâtre.Oui, mais seul.Je rentre seul aussi.Au milieu de tous mes confrères, dans quelque dîner officiel, je suis seul.La solitude, c\u2019est ma compagnie de tous les jours.celui qui bouleverse toute une existence, l\u2019imprévu sentimental, par exemple, est banni de ma destinée.\u2014 Pourquoi ?fais-je étourdiment.Vous pouvez parfaitement, monsieur Ouvrard, susciter encore un grand amour.Vous êtes très chic, vous savez.Et puisque vous pensez à ces choses avec cette nuance de mélancolie, c\u2019est sans doute que vous trouvez parfaitement susceptible d\u2019aimer encore de votre côté.Ouvrard sourit sans cesser de regarder les maquettes.Je perçois seulement un léger battement de ses paupières qui décèle (pie mes paroles lui ont fait du bien.\u2014 Au fait, j\u2019ai reçu ce matin, dix minutes avant que vous n\u2019arriviez, la maquette de votre cousin Dorsel.C\u2019est à moi qu\u2019elle a échu, vous savez que nous sommes cinq à juger.Chacun donnera sa voix.La mienne aura un certain poids, étant celle de l\u2019architecte de l\u2019église.Ma main droite qui était en train de remettre un papier de soie sur un grand carton manque de le déchirer.Ouvrard fait-il exprès de ne pas me donner tout de suite son opinion ?Est-ce parce qu\u2019elle n\u2019est pas fameuse ?Est-ce par manière de plaisanterie ? 22 Le Samedi, Montréal, 27 décembre 1958 Ouvrard «enchaîne», comme on dit au théâtre : \u2014 Quelles sont vos idées, à vous ?Je ne voudrais pas être indiscret le moins du monde, mais enfin une confidence en vaut une autre.Peut-être pourrais-je connaître ce qui se passe derrière ce petit front pensif que j\u2019ai là devant moi ?Je ne vois pas beaucoup mieux (pie vous, monsieur Ouvrard encore que je sois jeune, je n\u2019ai pas de grandes espérances.Pourtant, lorsqu\u2019il m\u2019est arrivé de songer à ce que j\u2019eusse souhaité dans la vie, comme les enfants récapitulent les jouets qu\u2019ils désirent la veille de Noël, parce que quelques-uns d\u2019entre eux les trouveront peut-être dans la cheminée le lendemain, j\u2019ai vu une petite maison coquette, claire, avec un jardin tout autour où pousseraient toutes sortes d\u2019arbres et de plantes.L\u2019hiver, je me voyais dans un appartement, à Paris ou ailleurs, un appartement quelconque mais dans un endroit comme dans l\u2019autre, il y avait un homme que j\u2019aimais et qui était mon mari, peut-être aussi des enfants et des oiseaux.j\u2019adore les oiseaux.Je sens le regard d\u2019Amédée Ouvrard peser sur moi.Et tout à coup, l\u2019image de Jacques Dorsel traverse ma pensée, et, en même temps qu\u2019elle, j\u2019entends ses paroles désabusées du « Châlct normand » et quelque chose me pousse à ajouter : \u2014 C\u2019est un rêve un peu simple, n\u2019est-ce pas ?Au fond, m\u2019en contenterais-je vraiment ?Si la situation de notre ménage n\u2019était pas suffisante, mon mari me verrait occupée aux mille ouvrages matériels de l\u2019existence courante, je n\u2019aurais pas toujours à lui offrir ce visage et ses mains désoeuvrées (pie rêvent tant d\u2019artistes pour qui ne comptent pas les nécessités, mais seulement la représentation de leurs rêveries imaginatives.\u2014 Comme vous parlez bien !.interrompit Amédée Ouvrard d\u2019une voix tranquille.Ah ! ce n\u2019est guère moi qui parle si bien.J\u2019ai bien envie de tout avouer en ce moment, et que moi, je ne suis pas si compliquée que cela, et toute notre histoire à Jacques et à moi, et que je l\u2019aime.Oh ! quel poids ce serait en moins dans mon être ! Naturellement je ne peux pas.Je risquerais de tout compromettre.Puisque j\u2019ai commencé à mentir, il faut continuer ou plutôt me taire.D\u2019ailleurs à quoi cela servirait-il ?Cela donnerait-il tout à coup à Jacques un amour.enfin un amour tel (pie je le désirerais ?Jacques «\u2019appartient qu'à son art.Sans doute a-t-il raison.C\u2019est déjà si beau d\u2019avoir été la grande, l\u2019exceptionnelle amie d'un garçon tel (pie lui ! \u2014 Dites-moi, me demande mon « patron », avec un petit air indifférent.vous connaissez la _ e de votre cousin ?- J\u2019en connais certaine partie, oui.\u2014 Savez-vous que c\u2019est excellent ! Vraiment très original, très personnel et en même temps se rattachant à la grande décoration byzantine.Cela nie plaît beaucoup.Vous qui le connaissez depuis toujours, m\u2019avez-vous dit, pourriez-vous m\u2019expliquer quel est son caractère, je veux dire : Que pensez-vous qu\u2019il fera s\u2019il gagne le prix ?\u2014 Il sera célèbre, n\u2019est-ce pas ?demandai-je, et en somme, riche ?\u2014 Naturellement.\u2014 Alors, je pense qu\u2019il travaillera d\u2019arrache-pied, qu\u2019il décorera d\u2019autres églises, peut-être des palais et que son nom deviendra de plus en plus connu.\u2014 Il ne pense tout de même pas qu\u2019à la notoriété, votre cousin ?reprend Amédée Ouvrard avec une nuance d\u2019énervement dans la voix.Et moi je réponds, un peu démontée : \u2014 Oh ! non.Du moins, il est possible qu\u2019il ne songe pas absolument qu\u2019à cela.Peut-être tombera-t-il amoureux d\u2019une femme qui pourra l\u2019aider dans sa carrière, par ses relations ou qui sera très belle, très intelligente.Mon Dieu, voilà ce que je vois.Cette fois-ci, mon grand architecte a l\u2019air tout à fait de mauvaise humeur.Il a une façon de me regarder à la dérobée qui m\u2019intimide.Que peut-il penser en ce moment ?Est-ce qu\u2019il ne me demandera pas tout à coup si j\u2019ai quelquefois l\u2019habitude de mentir ?Je ne comprends absolument plus rien.Je crois que je deviens un peu folle.Bien que toujours bienveillant au fond, Amédée Ouvrard m\u2019a laissé partir pour déjeuner, avec un petit air tout à fait impatienté.XI DEPUIS cette matinée mémorable, je n\u2019ai plus tout à fait retrouvé le premier, ni le second Amédée Ouvrard que j ai connu.Le troisième paraît moins paternel, [dus réservé et en même temps plus affectueux, avec une nuance de je ne sais quelle tendresse.Je crois bien que c\u2019est ma deuxième hypothèse qui est la bonne.A force de vivre tous les jours avec moi, de me parler de sa vie.de la mienne, il est devenu amoureux de ma chétive petite personne.Oh ! un amoureux très discret.Ce (jui m\u2019inquiète, ce sont ses allusions répétées à Jacques Dorsel.Il me semble bien que ce n\u2019est pas seulement le peintre qui l\u2019intéresse.De mon côté, j\u2019ai pour mon bienfaiteur énormément de sympathie, une infinie reconnaissance qui va même jusqu\u2019à l\u2019affection.Sa bonté pour moi m\u2019a émue.Il ne s\u2019agit pas d\u2019amour au sens où je l\u2019entends, mais je crois que si mon coeur était tout à fait libre, j\u2019envisagerais sans déplaisir un pareil mariage.Il a suffi pourtant que tout à l\u2019heure M.Ouvrard me reparle de Jacques pour que je me sois sentie brusquement une envie terrible d\u2019éclater en sanglots.Il est arrivé du dehors en m\u2019annonçant : \u2014 Vous savez, une grande nouvelle, mon enfant ?.M.Dorsel est parmi les trois favorisés qui ont été retenus par l\u2019ensemble du jury dans l\u2019avant-dernier classement.La lutte sera chaude.D\u2019ici huit jours, il faut que le gagnant sorte du rang, le prix sera décerné.XII ACQUES a obtenu le prix.Moi, je le sais depuis ce matin, mais la nouvelle n\u2019est officielle que ce soir.Je me précipite vers la sixième édition de l\u2019Intransigeant pour pouvoir en rassasier mes yeux.Mon patron m\u2019a donné congé tout l\u2019après-midi pour fêter cette bonne nouvelle.Je lui ai dit que j\u2019allais en profiter pour faire quelques achats, mais en réalité, je n\u2019ai pu que rester enfermée dans ma chambre à me répéter toute la journée que j\u2019étais heureuse.Cette nuit, j\u2019ai dormi d'un trait, j'étais harassée, courbaturée comme si l\u2019on m\u2019avait battue.Et ce matin de très bonne heure.je n'oublierai jamais ce qui s\u2019est passé.Je viens à peine de terminer ma toilette, qu\u2019on frappe à ma porte, trois grands coups pressés.J'ouvre, et je me trouve nez à nez avec Jacques.Il se jette contre moi et nous nous embrassons spontanément.\u2014 Je vois, dit-il, que vous connaissez comme moi l\u2019inouïe, la non pareille chance qui vient de m\u2019échoir.\u2014 Si je sais que., fais-je, étourdie.(C\u2019est vrai, je ne lui ai jamais écrit ce que je suis devenue depuis son départ) Oui, Jacques, je sais, depuis.hier soir.Que j\u2019ai été heureuse, moi aussi, en découvrant cela dans le journal.Je ne doutais pas, savez-vous, avec le talent que vous aviez, que vous ne remportiez ce prix.Ainsi donc, vous voilà célèbre.\u2014 Je pense bien, s\u2019exclama Jacques, irradiant de joie.Toutes les bonnes nouvelles en même temps ma mère va beaucoup mieux et la chance qui nous favorise achèvera certainement de la remettre.Et moi ! J\u2019ai appris cela par une dépêche du Comité.J\u2019ai pris le train immédiatement.Je n\u2019en revenais pas.J\u2019ai voulu, ajouta-t-il en me regardant dans les yeux, que vous soyez la première personne que je rencontre à mon arrivée à Paris.\u2014 Mon petit Jacques ! La première fièvre est tombée.Il s\u2019est assis en face de moi et, tout à coup, il me prend les deux mains avec-gravité : \u2014 Enfin, vous, vous devant moi ! dit-il.Ce que je ne pouvais, je ne voulais pas, surtout vous exprimer par lettre, je puis vous le dire aujourd\u2019hui, Germaine.Tout est changé ce matin.C\u2019est une vie nouvelle qui s\u2019offre à moi.Vous souvenez-vous de notre dernière promenade au Louvre ?Il faisait si froid dans ces grandes salles ! C\u2019est là que je vous ai annoncé mon départ.Nous avons reparlé pour la dernière fois de notre grande amitié.Rappelez-vous.C\u2019étaient d\u2019autres mots que j\u2019aurais voulu prononcer.Il se tait un instant.Je sens ses mains me serrer davantage.Ah ! je n\u2019ose comprendre.\u2014 Je vous ai dit à l\u2019instant, mur-mura-t-il ô toutes les bonnes nouvelles à la fois.Il en est une surtout qui m\u2019est chère, à quoi je me suis empêché de penser pendant tant de temps parce que je l\u2019estimais irréalisable.Aujourd\u2019hui elle devient plus que possible, sans doute certaine, et si lumineuse ! Germaine, imaginons-nous que nous sommes toujours dans la grande salle des Antiques, nous n\u2019avons fait que rêver tout le temps écoulé depuis.On vient d\u2019éteindre, je suis tout contre vous.\u2014 Jacques, fais-je haletante, qu\u2019allez-vous me dire ?\u2014 Et je suis riche, continue-t-il, c\u2019est même à vous que je le dois.\u2014 Mais, Jacques.\u2014 Souvenez-vous.Et je vous dis : ina petite Germaine, si votre grande amitié s\u2019est transformée comme la mienne jusqu\u2019à devenir un sentiment plus intime encore, plus tendre, voulez-vous devenir ma.Je ne le laisse pas achever.Je comprends comme si un voile venait d\u2019être tiré brusquement et je me sens devenir affreusement pâle.Mon Dieu ! lui, lui que je n\u2019ai jamais oublié, il me demande aujourd\u2019hui d\u2019être sa femme ! Je ne puis plus P accepter, après y avoir osngé comme un paradis impossible.\u2014 Mais, qu\u2019avez-vous, Germaine?\u2014 Rien.rien.je ne m\u2019attendais pas.je.Il me considère un moment ainsi bouleversée, plus tremblante (pie la feuille morte son visage se rembrunit \u2014 Je comprends, dit-il d\u2019une voix blanche.\u2014 Jacques.que comprenez-vous ?\u2014 Oh ! ce n\u2019est guère difficile, Germaine.Je comprends que j\u2019ai fait le rêve tout seul vous, non, vous ne m\u2019aimez pas.\u2014 Ah ! Jacques, je vous défends.[ Lire la suite page 30 ] -45 American Lesion Masazin* \u2014 C\u2019ait sa première sortie.4434 Le Samedi, Montréal, 21 décembre 1958 23 fa feuilleton du Samedi\t LE CHÂTEAU C\t)E KERLOR No 2\tpar Henri Germain Louis Mareuil, riche industriel dans la cinquantaine, et son associé Jules Devarenne, d\u2019une quinzaine d\u2019années son cadet, sont acculés à la ruine.Mareuil demande le secours de sa femme Madeleine, qui est riche, mais celle-ci refuse.Jean de Blesmes, secrétaire particulier de l\u2019industriel, est amoureux de leur fille Thérèse, sollicite sa \u2022main et, si sa demande est agréée, offre de verser sa modeste fortune de 200,000 francs dans la caisse de la maison.Jean ignore la situation financière de son patron et Mareuil demande réflexion.Enfin, il releva la tête, souriant et devenu tout à fait maître de soi.\u2014 Mon cher cousin, dit-il.Vous avez eu, je le crois, une heureuse inspiration en venant me confier votre fortune.« Elle sera certainement en bonnes mains.Ma situation, vous le savez, est très brillante, parfaitement solide et garantie contre tous revers possibles.« Si j\u2019accepte de placer vos capitaux dans mes affaires, ce sera donc uniquement pour vous être agréable et par considération particulière, puisque nous sommes proches parents.« Quant à votre chère et charmante fille, elle sera, n\u2019en doutez pas, pourvue de tous les soins nécessaires et même superflus.« Nous veillerons de près à son instruction, à son éducation, comme si elle était notre enfant.\u2014 Ainsi, vous voulez bien accepter cette charge ?fit Pierre de Kerlor, d\u2019un accent empreint de gratitude anticipée.\u2014 Oui, en principe, je n\u2019y vois pas d\u2019inconvénient.\u2014 Merci de tout coeur ! Tenez, voici les espèces et les valeurs, voulez-vous vérifier ?En achevant, l\u2019ingénieur tendit à l\u2019industriel les liasses de billets de banque, les titres et les récépissés.Puis les titres de propriété du château.Mareuil compta le tout minutieusement, se leva, enfouit la fortune de son cousin dans son coffre-fort, presque vide, y joignit les titres de propriété, puis revint s\u2019asseoir à son bureau.Immédiatement, il rédigea un reçu de neuf cent mille francs, le signa et le tendit à son parent.\u2014 Quant à la question des intérêts, dit-il, nous en causerons à dîner, car j\u2019espère bien que vous nous ferez l\u2019honneur et le plaisir d\u2019être notre hôte ce soir.Pierre de Kerlor allait répondre affirmativement, lorsque la porte du cabinet s\u2019ouvrit brusquement.Une jeune fille blonde, assez jolie, de mise fort élégante, un peu trop même, se précipita dans la pièce, l\u2019air boule versé.C\u2019était Thérèse Mareuil.\u2014 La petite Kerlor est malade ! cria-t-elle.Où est son père ?\u2014 Dolorès, malade ?jeta l\u2019ingénieur en se levant précipitamment.Vite, con-duisez-moi près d'elle.En même temps il sortit, très ému,, sur les pas de la jeune fille.Mareuil le suivit, troublé et désireux de témoigner sa sollicitude, pourtant si récente.La porte du cabinet demeure en-tr\u2019ouverte.A ce moment, Jean de Blesmes parut, en quête d\u2019un renseignement auprès de son patron.Il pénétra dans la pièce, s\u2019étonna un peu de la trouver déserte et, lentement, s\u2019avança vers le bureau, décidé à attendre.Il regarda machinalement les papiers épars sur le meuble.Soudain, une curiosité le saisit : Commencé dans l'édition du 20 décembre 1958.Publié en vertu d'un traité avec ta Société des Gens de Lettres.\u2014 Les noms des personnages et de lieux de nos romans, feuilletons, contes et nouvelles sont fictifs et choisis au hasard.Devant lui s'étalaient le testament de Pierre de Kerlor, puis le reçu des neuf cent mille francs, oubliés par l'ingénieur troublé, et, enfin, les instructions relatives au fameux trésor.Jean de Blesmes parcourut tout cela rapidement d\u2019abord, puis lut avec plus d\u2019attention, et parut peu à peu frappé.Obéissant tout à coup à une sorte d\u2019intuition puissante, il sortit de sa poche un minuscule calepin, prit à la hâte quelques notes, sans réfléchir à l\u2019indiscrétion de son acte spontané.Cependant, ses scrupules habituels réapparurent par degrés, vainquirent sa curiosité, dont il sentit l\u2019indélicatesse.Il s\u2019écarta du bureau, s\u2019assit sur un siège, à distance, attendant toujours son patron, tout en songeant à ses découvertes.Enfin, après dix minutes de cette attente vaine, il sortit du cabinet comme il y était entré, laissant la porte entr\u2019ouverte.De pressantes interrogations naissaient en son esprit étonné.Qui était ce Pierre Kerlor ?Pourquoi ce reçu, ce testament ?.Et que signifiait cette histoire de trésor ?.Rentré dans son propre bureau, il demeura méditatif, profondément troublé par ce qu\u2019il venait d\u2019apprendre.Il \u2014 Le pacte Dolorès, ma petite fille ! » jeta Pierre de Kerlor d\u2019un accent angoissé, en pénétrant sur les pas de Thérèse Mareuil dans le salon somptueux et vaste de l\u2019industriel.En même temps, il se précipita vers le canapé où la jeune fille avait été étendue par les soins de Mme Mareuil, secondée par sa femme de chambre.Il se mit à genoux devant l\u2019adorable enfant, toute pâle encore, et dont les longues paupières se relevaient à peine.Il lui prit les mains, les lui tapota doucement, les pressa comme pour faire passer en elle toute la chaleur de son sang généreux et le baume de sa tendresse.Son regard, empreint d\u2019un puissant amour paternel, se rivait ardent sur les brunes prunelles à l\u2019expression lan- guissante.Enfin, un long soupir s\u2019exhala de la poitrine oppressée de Dolorès, elle se releva un peu sur un coude, et d\u2019une voix éteinte, elle dit : \u2014 Oh ! papa chéri, j\u2019ai cru que j\u2019allais mourir.\u2014 Mon enfant, mon trésor, ne dis pas cela, je t\u2019en conjure ! Ce n\u2019est rien ; c\u2019est un malaise seulement.Mais tu te sens mieux, n\u2019est-ce pas ?\u2014\tOui, père, un peu mieux.Et puis tu es là ! Un peu rassuré, Pierre de Kerlor se releva, prit sa fille dans ses bras robustes, la souleva doucement, l'aida de toute sa sollicitude à se rasseoir.Et ses yeux, ses lèvres, lui souriaient.Il déposa sur son front un long baiser fervent.\u2014 Ah! chère mignonne, dit-il, ne me fais plus de ces peurs-là ! Puis il se tourna vers Mme Mareuil.\u2014 Ma chère cousine, toutes mes excuses pour ne vous avoir point saluée d\u2019abord.Mais.ma fille.vous comprenez ?.Et, plus bas, il ajouta : \u2014 Affection cardiaque ! je m\u2019en effraie parfois.\u2014 Ce n\u2019est peut-être pas grave, fit Mme Mareuil avec intérêt.Mais enfin, mon cher Pierre, je vous comprends et vous excuse de grand coeur.«J\u2019eus agi de même pour Thérèse en un cas semblable, aussi vous ai-je envoyé chercher tout de suite.\u2014 Merci, ma chère cousine.Durant cette courte scène, Thérèse Mareuil, demeurée debout près de son père, fixait sur Dolorès un regard empreint tout à la fois de curiosité et d\u2019une sorte de jalousie féminine intuitive.Avec la finesse innée de son sexe, elle détaillait les traits et les formes de sa jeune cousine, formes encore graciles, mais pures de lignes et prometteuses d\u2019une remarquable beauté physique.Et, bien qu\u2019à l\u2019instar de presque toutes les jeunes filles, Thérèse se trouvât jolie elle-même, beaucoup plus qu\u2019elle ne l\u2019était en réalité, l'incontestable supériorité physique de cette jeune parente, jusqu\u2019à ce jour inconnue, la frappait immédiatement d'étonnement et d\u2019envie.D\u2019avance, elle lui était hostile.Cependant, Pierre de Kerlor, assis près de sa fille, causait maintenant familièrement avec Mareuil et sa femme.R expliquait à celle-ci sa situation et comment il était entré en arrangement avec l\u2019industriel.\u2014\tAinsi, fit Mme Mareuil, s\u2019efforçant de dissimuler une surprise teintée de vague inquiétude, vous allez nous confier cette chère petite ?\u2014 Oui, ma cousine.« Puisque votre mari veut bien accepter cette mission affectueuse, j\u2019ose espérer obtenir aussi votre assentiment.« D\u2019ailleurs, je compte beaucoup sur votre sollicitude maternelle en l\u2019occurrence.Je connais votre sage bonté, votre prévoyance et je suis certain de remettre Dolorès en excellentes mains si vous voulez bien vous charger de sa petite personne.\u2014 Je ferai tout le possible, mon cher L'HOROSCOPE DU \"SAMEDI\" (Noavslla séria) 4\t8\t2\t5\t7\t3\t6\t8\t5\t4\t7\t2\t6\t7\t3\t5 P\tD\tP\tR\tS\tV\tS\tE\tE\tR\t0\tR\tE\tY\t0\tN 7\t5\t3\t6\t4\t7\t2\t8\t5\t6\t3\t8\t4\t7\t2\t5 E\tC\tY\tM\t0\tZ\t0\tL\t0\tA\tA\tA\tJ\tP\tG\tN 6\t4\t2\t5\t7\t6\t3\t8\t7\t2\t5\t4\t6\t5\t3\t7 I\tE\tR\tT\tL\tN\tG\tC\tU\tE\tR\tT\tE\tE\tE\tS 6\t3\t5\t7\t2\t6\t4\t5\t8\t7\t3\t6\t2\t5\t4\t6 I\tA\tS\tC\tS\tN\tS\tI\tH\t0\tG\tT\tN\tN\tD\tE 6\t5\t2\t7\t4\t6\t3\t8\t5\t7\t2\t8\t4\t6\t3\t5 R\tA\t0\tN\tE\tE\tR\tA\tT\tF\tT\tN\tV\tS\tE\tT 4\t8\t3\t5\t7\t6\t2\t8\t4\t5\t3\t7\t6\t2\t5\t4 0\tC\tA\tE\tI\tS\tA\tE\tY\tN\tB\tA\tA\tB\tD\tA 4\t5\t2\t6\t7\t3\t5\t4\t2\t7\t6\t3\t5\t4\t2\t6 G\tU\tL\tN\tN\tL\tE\tE\tE\tT\tT\tE\tS\tS\tS\tE Comptez les lettres de votre prénom.Si le nombre de lettres est de 6 ou plus, soustrayez 4.Si le nombre est moins de 6, ajoutez 3.Vous aurez alors votre chiffre-clef.En commençant au haut du rectangle pointez chaque chiffre-clef de gauche à droite.Ceci fait, vous n\u2019aurez qu\u2019à lire votre horoscope donné par les mots que forme le pointage de votre chiffre-clef.Ainsi, si votre prénom est Joseph, vous soustrayez 4 et vous aurez comme clef le chiffre 2.Tous les chiffres 2 du tableau ci-dessus représentent votre horoscope.Droits réservés 1945, par William J.Miller, King Features, Inc. 24 Le Samedi, Montréal, 27 décembre 1958 ÆiS _ ¦: GATEAU AUX CANNEBERGES 3 tasses de farine fine à gâteau 2\tc.à thé de poudre à pâte à double action 1 tasse de beurre % c.à thé de sel 1% tasse de sucre 3\toeufs, non battus 1 jaune d\u2019oeuf, non battu % tasse de lait 1 c.à thé d\u2019essence d\u2019orange % tasse de canneberges crus, hachés (environ 1 tasse entiers) % tasse de noix finement hachées (à volonté) Glace à l\u2019orange Mesurer la jarine tamisée, ajouter la poudre à pâte et le sel et tamiser de nouveau trois fois.Crèmer le beurre, ajouter graduellement le sucre, et crèmer ensemble jusqu\u2019à ce que léger.Ajouter les oeufs et battre complètement.Alors, ajouter la jarine alternativement avec le lait, un peu à !a fois, battant bien après chaque addition.Ajouter l\u2019essence, les canneberges et les note.Verser la pâte dans un moule cheminée graissé et légèrement enfariné.Cuire dans un four modéré (215° F.) environ 1 heure.Refroidir 10 minutes avant de le démouler.Refroidir complètement avant de le glacer.Verser la glace à l\u2019orange sur le gâteau et laisser couler sur les côtés.Glace à l\u2019orange : Mesurer 1 tasse de sucre à glacer, y ajouter 1 à 2 c.à table de jus do\u2019range en brassant pour mêler.Pierre, pour vous remplacer auprès de cette belle enfant, je vous le promets.« Quand partez-vous ?\u2014\tAprès-demain.Je dois être à Saint-Nazaire le 15 juin, pour m\u2019y embarquer.Or, nous sommes aujourd\u2019hui le 10, je partirai donc le 12, sans rémission.\u2014\tIl me vient tout à coup une idée, mon cher Kerlor, dit vivement Mareuil ; elle pourrait, je crois, vous être agréable.« Vous déplairait-il de vous rendre à Saint-Nazaire en automobile ?\u2014 Certes, non; mais pourquoi cette question, mon cousin ?\u2014 Parce que j\u2019ai moi-même affaire dans cette ville.J\u2019avais l\u2019intention de m\u2019y rendre avec mon associé, dans une huitaine de jours environ.Mais nous pouvons fort bien avancer notre voyage si ma proposition vous sourit.< Dans ce cas, nous vous emmènerions dans notre voiture.\u2014 Volontiers ! \u2014 Avez-vous des bagages ?\u2014 Simplement une valise.J\u2019ai expédié mes malles dès hier.\u2014 C\u2019est parfait.Donc, si cela vous plaît, je suis à votre disposition.\u2014 J\u2019accepte avec grand plaisir; ce voyage ne peut qu'être agréable, en effet, surtout en votre compagnie.\u2014 Très bien, voilà une chose convenue.Encore un mot avant de vous laisser avec ma femme et ma fille.Vous m\u2019excuserez, mais les affaires me réclament impérieusement.\u2014 Je comprends cela.\u2014 Faites-nous l\u2019honneur et le plaisir de dîner avec nous ce soir.\u2014 Je ne refuse pas, je serai heureux de connaître M.Devarenne.\u2014 Alors, entendu, et à ce soir, mon cher cousin.Et Mareuil s'esquiva du salon, après avoir serré avec une affection hypocrite la main de l\u2019ingénieur devenu si riche tout à coup.Celui-ci demeura quelques instants encore avec Mme Mareuil et Thérèse.Il leur fit certaines recommandations relatives à la santé de sa fille, puis il prit congé, emmenant la jolie enfant, tout à fait remise à présent.Pierre de Kerlor s\u2019en allait ravi de l'excellent accueil reçu et tout à fait tranquillisé sur l'avenir de Dolorès.N\u2019allait-il pas la laisser seule durant plusieurs années, sans doute ?Or, il importait qu'elle fut guidée, soignée, que son éducation s\u2019achevât.Et, vraiment, elle ne pouvait avoir de meilleur guide que la bonne et digne Mme Mareuil.Et puis, elle aurait probablement en Thérèse une amie presque de son âge.Enfin, elle avait une famille ! Décidément, la chance était pour lui, maintenant.Tout lui réussissait, l\u2019avenir lui apparaissait radieux et sûr.Cependant, Mareuil venait de réintégrer son cabinet, la tête basse, les sour- cils froncés, la physionomie tendue par une contention d\u2019esprit toute nouvelle.D'étranges idées étaient écloses dans son cerveau depuis une heure ; elles s\u2019y développaient en obsession tenace ; s\u2019y cristallisaient.Il s\u2019assit sur son bureau.Au même instant, Devarenne parut.\u2014 Mon cher, dit ce dernier sans préambule, Meyer ne veut accorder aucun délai.Si nous n\u2019avons pas acquitté sa traite ce soir, il déclanche la catastrophe.\u2014 Bast ! rien du tout, répliqua Mareuil avec un sourire énigmatique, nous allons payer cet enragé immédiatement.\u2014 Avec quoi ?s\u2019écria Devarenne, surpris et incrédule.\u2014 Avec de bonnes espèces liquides.\u2014 Où les prendrez-vous?\u2014 Ici même.En achevant, l\u2019industriel vint à son coffre-fort, en sortit des liasses de billets de banque, compta trois cent mille francs et les plaça devant son associé.\u2014 Où avez-vous pris ça ?demanda celui-ci stupéfait et dont les yeux semblaient agrandis.\u2014 Je vais vous le dire, mon cher.Un instant de patience avant cela.¦i Laissez-moi ranger certaines paperasses très importantes, que j\u2019ai oubliées là tout à l\u2019heure, peut-être imprudemment.En même temps, l\u2019industriel montrait le testament de l\u2019ingénieur, les instructions relatives au trésor de Kerlor.Il plia soigneusement le tout et le plaça devant lui, sous ses larges mains, comme s\u2019il redoutait que ces documents lui fussent pris.\u2014 Maintenant, reprit-il d\u2019une voix contenue, causons sérieusement, ou plutôt écoutez-moi de toute votre attention.Puis, en quelques phrases concises, il expliqua comment un hasard providentiel venait de sauver la situation si critique.Il énonça le chiffre de la fortune de Pierre de Kerlor, les revenus des propriétés, les espérances mirifiques basées sur l\u2019existence possible du fameux trésor familial.Devarenne le fixait d\u2019un regard un peu halluciné, comme s\u2019il ne pouvait en croire ses oreilles.Mareuil termina enfin par la lecture du testament du trop confiant ingénieur.\u2014 Eh bien, acheva-t-il, en dardant sur son associé ses prunelles grises empreintes de finesse narquoise, avez-vous toujours l'intention de me lâcher ?\u2014 Je ne sais pas encore, mon cher, répliqua Devarenne.Certes, la nouvelle situation subitement remontée par votre naïf cousin me rassure pleinement.C\u2019est merveilleux et stupéfiant, je l\u2019avoue.« Cependant, je ne puis souscrire au renouvellement de notre contrat sans vous soumettre et obtenir de vous certaines conditions spéciales dont je voulais vous entretenir ce matin.\u2014\tLesquelles ?\u2014\tJ\u2019irai tout droit au but, en commençant par la plus importante à mes yeux.Entre nous, les finasseries seraient inutiles, nous sommes de la même force, nous nous valons.\u2014 Peut-être, j\u2019en jugerai bientôt.\u2014 Mon cher Mareuil, si je reste avec vous, je veux être votre gendre ; en cinq mots : je désire épouser votre fille.\u2014 Hein ! s\u2019écria l\u2019industriel avec un sursaut de profond étonnement.Thérèse, vous.son mari ?.\u2014 Cela vous surprend ?\u2014 On le serait à moins.Vous, Devarenne, mon gendre !.\u2014 Pourquoi pas ?Ne suis-je pas assez bien pour Mlle Mareuil ?Ne suis-je plus assez jeune ?Ma situation n\u2019est-elle pas en rapport avec la dot que vous lui donnerez ?\u2014 A combien estimez-vous cet apport dotal ?\u2014 Un petit million, pas davantage.\u2014 Bigre ! vous êtes exigeant, Devarenne.\u2014 Vos moyens vous permettront cela.D'ailleurs, je n\u2019exigerai pas le versement immédiat.Un million payable en cinq ans, à condition que ce capital soit placé en dehors de nos affaires communes.\u2014 Oh ! vous avez peur ?\u2014 Non, mais je suis prudent.Je désire conserver une poire pour la soif.\u2014 Eh bien, j\u2019admets le chiffre demandé.Mais parlons un peu de Thérèse, avant d\u2019aller plus loin.Il faudra bien la consulter, n\u2019est-ce pas ?\u2014 Sans doute, pour la forme.Mais je compte sur votre influence paternelle, sur votre volonté même pour lui dicter une décision conforme à nos communs désirs.« Au surplus, ne croyez pas, Mareuil, qu\u2019en souhaitant devenir votre gendre, j\u2019obéisse seulement à des mobiles d\u2019intérêts.C\u2019est, au contraire, la dernière des raisons sur lesquelles j\u2019appuie ma demande.\u2014 Euh ! quelles sont donc les autres ?\u2014 Je souhaite devenir le mari de Thérèse parce que je l\u2019aime depuis longtemps déjà, elle me plaît beaucoup, physiquement surtout.\u2014 Vous n\u2019avez pas mauvais goût, mon cher Devarenne, repartit Mareuil, touché dans son orgueil paternel.Ma fille est bien tournée, très élégante et.presque jolie.\u2014 Assez pour ma satisfaction.Quant au moral, je l\u2019ai étudiée d\u2019assez près.Je connais les défauts de cette belle enfant.Elle est un peu trop coquette, vaniteuse aussi.Elle est obsédée du besoin d\u2019être remarquée, d\u2019éclipser les autres femmes.Mais ces défauts même me serviront peut-être ; je les canali- serai pour les exploiter à notre profit commun.D\u2019autre part, elle est fine.comme vous, mon cher, et non dépourvue de l\u2019esprit d\u2019intrigue nécessaire pour arriver.\u2014 A quoi ?\u2014 A la grande fortune, à une très haute situation.\u2014 Vous êtes ambitieux ?\u2014 Beaucoup plus que vous ne le pensez.\u2014 Vous êtes un peu dure pour ma fille.\u2014 Je suis franc, voilà tout.Contrairement à l\u2019axiome connu, l\u2019amour ne m\u2019aveugle point.\u2014 Alors, ce n\u2019est pas folle passion.C\u2019est plutôt un amour de financier, un amour qui calcule en escomptant, railla Mareuil.\u2014 Et pourtant, je l\u2019aime sincèrement, riposta Devarenne, je vous le jure ! \u2014 Bizarre! Mais la vie est faite de contradictions.Enfin, je ne dis pas non, mon cher ami, je vous le répète, il faut voir Thérèse, la sonder.Nous pourrions nous heurter à certaines aspirations secrètes, à un sentiment déjà né et assez puissant pour appuyer une véritable résistance.« Les jeunes filles ou les femmes ont toujours des replis d\u2019âme et d\u2019esprit où elles cachent soigneusement ces chers secrets.En disant cela, l\u2019industriel pensait à la demande récente de Jean de Bles-mes, à l\u2019affirmation de celui-ci, assurant que Thérèse partageait ses sentiments et ses espérances.Cependant, il tenait à conserver Devarenne avec lui, à se l\u2019attacher plus étroitement, surtout depuis le changement apporté dans la situation par le bénévole Pierre de Kerlor, et aussi depuis l\u2019éclosion des projets étranges dont son esprit était obsédé.Il demeura muet un instant, comme s\u2019il hésitait encore à formuler ces projets.\u2014 Soit, dit-il enfin.En principe, je donne mon consentement à votre union avec Thérèse.Venez dîner avec nous ce soir ; nous commencerons immédiatement le siège du coeur et de l\u2019esprit de cette chère fille.« En même temps, vous étudierez mon cher cousin de Kerlor, dont nous allons nous entretenir tout à fait confidentiellement.\u2014 Je vous écoute, repartit Devarenne surpris de nouveau, en rapprochant son fauteuil de celui de son associé.Ce dernier baissa la voix et ne craignit pas de dévoiler à son futur gendre, non sans quelques circonlocutions prudentes, la combinaison mystérieuse conçut par son esprit retors, sans que sa conscience peu scrupuleuse manifestât la moindre révolte.Jules Devarenne parut vouloir se cabrer d\u2019abord et même reculer devant l\u2019exécution de ce plan, hardi et très dangereux.Mais les arguments de Ma- Le Satnedi, Montréal, 27 décembre 1958 25 reuil, arguments ponctués par- des miroitements de millions, calmèrent ses appréhensions et le convainquirent peu à peu.\u2014\tC\u2019est peut-être jouer gros jeu, déclara-t-il pourtant, mais l\u2019enjeu en vaut la peine, je l\u2019avoue.\u2014\tQui ne risque rien n\u2019a rien, riposta Mareuil, sentencieux.Presque tous les atouts sont dans notre main, nous devons gagner sûrement.Et ce serait une première satisfaction accordée à votre grande ambition.\u2014\tAléa jacta est ! jeta Devarenne, tout à coup, en se levant.C\u2019est entendu, nous irons à Saint-Nazaire dans deux jours.« Maintenant, je retourne chez Meyer, afin de nous dégager.A ce soir, beau-père.\u2014\tEt a toujours! mon gendre, conclut Mareuil, en serrant fortement la main de son associé, peut-être de son complice.Quelle combinaison infernale et ténébreuse venait de s\u2019élaborer entre ces deux hommes dont le vouloir exacerbé de posséder des millions oblitérait les consciences ?\u2014 C'est trop fort pour toi, m'mon I Attends le retour de Popa .C\u2019était là le secret de leurs esprits retors et si peu scrupuleux, que rien ne devait les arrêter désormais dans l\u2019accomplissement de leurs desseins criminels.L\u2019or, métal précieux et funeste, dieu méprisable et adoré, les asservissait à son culte et les gangrenait jusqu\u2019aux moelles, comme tant d\u2019autres ! Jules Devarenne, en se rendant chez Meyer, supputait des chiffres où les millions se multipliaient, dansaient aux yeux de son esprit une sarabande grisante, éblouissante.Si le plan de Mareuil réussissait et qu\u2019il amenât la réalisation des espérances conçues, tous deux seraient un jour les rois de Paris.Ils étonneraient les foules de leurs élégances, de leur luxe princier, de leurs fêtes.Ils auraient, à leurs pieds, les hommes et les femmes.Tout s\u2019achète ; ils posséderaient tout ! Quel rêve prestigieux !.Quand le soir vînt, les convives invités au dîner de Mareuil se réunirent à sa table étincelante de cristaux et de riche vaisselle.Le menu fin et copieux, les vins d\u2019excellents crus, animèrent heureusement les convives.Pierre de Kerlor se montra causeur érudit, Devarenne parut spirituel, Mme Mareuil un peu plus gaie que de coutume.Thérèse Mareuil, placée près de l\u2019associé de son père, fut l\u2019objet de toutes les attentions de celui-ci.Elle ne put se défendre de remarquer cet empressement marqué et plaça deux ou trois observations assez fines, révélant son étonnement.Le dessert achevé et les domestiques momentanément retirés, Mareuil parut devenir grave tout à coup.Il se tourna vers sa femme, puis regarda longue- ment sa fille, comme pour fixer leur attention.\u2014 Ma chère Madeleine, dit-il, et toi, ma jolie Thérèse, veuillez m\u2019écouter sérieusement.Je vais profiter de notre petite réunion familiale pour vous faire part d\u2019un projet intéressant, mûrement réfléchi et conçu d\u2019abord par mon excellent ami et associé, Jules Devarenne.« Je m\u2019empresse d\u2019ajouter que j\u2019ai donné à ce projet mon assentiment sans réserves.Il s\u2019agit de l\u2019avenir de Thérèse.A ces mots, la jeune fille riva, tour à tour, sur son père et sur Jules Devarenne, un regard profondément scrutateur.L\u2019industriel poursuivit : \u2014 Mon fidèle associé n\u2019a pas craint de me dévoiler, aujourd\u2019hui, le troublant et ardent secret de son coeur.« Désireux de s\u2019unir à nous par des liens indissolubles, il a sollicité de mon amitié mon consentement à son union possible avec Thérèse.La jeune fille, stupéfaite, fut sur le point de protester avec véhémence.Cependant, elle réussit à se contraindre momentanément, braquant seulement sur Jules Devarenne un regard empreint d\u2019une sorte de dédain ironique.Mareuil, sans paraître remarquer cette manifestation hostile, poursuivit, imperturbable : \u2014 Je n\u2019ai point à faire ici l\u2019éloge de Devarenne, je craindrais d\u2019émouvoir sa modestie.Il me suffira, je pense, de dire que j\u2019ai considéré son âge, son physique, son intelligence et sa brillante situation pour me convaincre qu\u2019il ferait, sans aucun doute, un excellent et très agréable mari.» J\u2019ajoute, ce qu\u2019il n\u2019oserait peut-être pas avouer lui-même, qu\u2019il est très sincèrement épris de toi, ma chère Thérèse.\u2014 Je suis extrêmement flattée, repartit la jeune fille, s\u2019efforçant de conserver son calme, mais aussi profondément troublée.Cette demande et cette révélation sont si brusques, si imprévues, que je ne puis répondre comme il conviendrait à tant d\u2019honneur.«Vous me permettrez, mon père, et vous, monsieur Devarenne, de réfléchir à cette grave proposition.\u2014 Oh ! certainement, mademoiselle, répliquait l\u2019associé de Mareuil, bien que de votre consentement à mon voeu le plus cher dussent dépendre de très importantes conséquences pour votre père et moi-même.\u2014 Alors, c\u2019est un ultimatum ?interrogea soudain Mme Mareuil.\u2014 Non, non ! fit l\u2019industriel.Cependant, comme l\u2019affirme Devarenne, la décision désirée revêt un certain caractère d\u2019urgence.« D\u2019ailleurs, je ne sache pas que Thérèse ait pu concevoir jusqu\u2019ici des espérances particulières dont nous ne serions pas informés, vous au moins, ma chère Madeleine.\u2014\tPardon, mon père, n\u2019avez-vous pas eu ce matin même un entretien particulier avec M.Jean de Blesmes ?\u2014\tJe l'avoue, mon enfant.Mais ce fut un entretien sans importance ; pour moi, du moins.\u2014\tMais non pour nous, jeta vivement Thérèse, dont le calme décroissait rapidement.Ce que M.de Blesmes a dû vous dire de lui et de moi est exact.\u2014\tComment, tu as pu songer sérieusement à ce petit secrétaire presque sans fortune?.s\u2019écria Mareuil dont l\u2019irritation naissait.\u2014\tOui, mon père, je l\u2019avoue sans détours.Mme Mareuil interrompit sa fille.Elle prit la parole avec un accent d\u2019autorité tranquille dont Mareuil et Devarenne s\u2019étonnèrent.\u2014\tThérèse a raison, dit-elle, d\u2019avouer courageusement le sentiment qui l\u2019anime.Le mariage est chose grave ! et quelles que soient les considérations d\u2019obéissance et de respect dûs aux parents par une fille bien élevée, l\u2019intéressée doit toujours avoir le droit imprescriptible de choisir elle-même celui dont elle veut devenir la compagne.11 s\u2019agit de toute une existence.Et c\u2019est si long parfois ! \u2014\tAinsi, s\u2019écria Mareuil d\u2019une voix âpre, vous aussi, Madeleine, vous allez encourager la résistance de Thérèse ; l\u2019inciter à méconnaître mes droits de père et de chef de famille, c\u2019est inimaginable ! « Si, comme vous le dites justement, le mariage est chose grave, il appartient précisément aux parents de guider leur fille dans le choix du fiancé.Ils ont l\u2019expérience de la vie, la sagesse et, n\u2019étant plus jeunes, ils ne peuvent être aveuglés par le sentiment.« Ils observent avec justesse, pèsent toutes les considérations d\u2019avenir, de fortune, de caractères.Tout cela est si évident que les législateurs ont subordonné le mariage à leur consentement préalable.\u2014 Mais non indispensable en cas de conflit moral, riposta Mme Mareuil d\u2019un ton à la fois tranquille et ferme.\u2014\tDécidément, c\u2019est une véritable révolte contre mon autorité, contre mes droits paternels ! jeta l\u2019industriel, contenant difficilement sa colère.< Eh bien ! restons-en là pour ce soir, vous réfléchirez toutes deux.Je tiens à vous affirmer, cependant, qu\u2019en ce qui concerne mon secrétaire Jean de Blesmes, je ne consentirai jamais à lui accorder la main de Thérèse.Ma résolution à cet égard est irrévocable.Sur cette déclaration nette et brutale, un silence lourd et pénible s\u2019établit.Jules Devarenne, gêné et surtout froissé dans son orgueil masculin, prit une attitude glaciale.Pierre de Kerdor et sa fille se jetaient à la dérobée des regards éton- nés et empreints d\u2019une sorte de pitié.Thérèse se leva, très pâle, les lèvres serrées, les yeux embués de larmes prêtes à couler.Et sans que son père, mécontent et troublé, essayât de la retenir, elle quitta lentement, la salle à manger, d\u2019ailleurs aussitôt imitée par sa mère.Les trois hommes restèrent en présence, un instant silencieux et fort impressionnés, bien que différemment.Ils regardèrent tour à tour la jeune Dolorès de Kerlor, dont la contenance, tranquille en apparence, semblait indiquer que la jeune fille, en sa charmante innocence, s\u2019intéressait fort peu jusqu\u2019alors au pénible différend familial qui venait de surgir.La présence de cette jolie enfant, la certitude de sa pureté absolue les gênait pour exprimer leurs opinions respectives au sujet du mariage.Mareuil dit seulement à Devarenne : \u2014 Ce premier choc était inévitable ; je vous en avais prévenu, mon cher.« Mais, patience, cette résistance ne tiendra pas devant mon opiniâtreté, soyez-en persuadé.« Maintenant, parlons d\u2019autre chose, de notre prochain voyage, par exemple.En achevant, l\u2019industriel eut pour son associé un regard expressif semblant lui rappeler leurs conventions secrètes.Puis, il se fit très aimable pour Pierre de Kerlor, d\u2019ailleurs aussitôt imité par Jules Devarenne.Pendant ce temps, Thérèse Mareuil s\u2019était retirée dans sa chambre.Et là, presque dans les bras de sa mère, elle exhalait son chagrin d\u2019amour, elle pleurait la perte de ses douces et premières espérances si cruellement brisées.Mme Mareuil s\u2019efforçait de consoler sa fille, de la calmer à l\u2019aide de ces raisons purement affectueuses dont toutes les mères ont le secret.K{KïaK!S£Sj£SS!KiSîa£«a:«£!Ka£^iKSiî«e!Kta:!K«!R«K»asi£»:sKSi£«ïK«R.COUPON CADEAU - Offre Spéciale ABONNEZ-LES AUX TROIS GRANDS MAGAZINES LE SAMEDI - LA REVUE POPULAIRE - LE FILM (Pour 12 mol*) \u2014-OU A VOTRE CHOIX ?\tLE SAMEDI (hedbomadaire)__________________ ?\tLA REVUE POPULAIRE (mensuel) ____________ G LE FILM (mensuel)___________________________ Remplissez ce bulletin à votre Veuillez trouver ci-incluse la somme de $ .pour l'abonnement indiqué d'un ( X ).\t\u2014 IMPORTANT : Marquez d'une croix O s'il s'agit d'un renouvellement.(1) NOM DU DESTINATAIRE .ADRESSE .VILLE .PROV.ou ETAT (2) NOM DU DESTINATAIRE ADRESSE .VILLE .PROV.ou ETAT i » « * Canada $5.50\t\tEtats-Unis $8.00 \t3.50\t5.00 \t1.50\t2.00 \t1.00\t1.00 choix.\t\t .\t;\tt\t;\t(\t « § i § » « i § a I 1\t\u201e POIRIER, BESSETTE 8, CIE, LIMITEE\tJi K 975-985, rue de Bullion,\tMontréal 18 ii it\t» V Xt T»S Ti S=ÿ JS Ti Ti » Ti ?» Ti ?» » ST æ SS Si SS M 3=S K 7S » JS JS JS JS fi » ?ÿ SS JS »? 26 Le Samedi, Montréal, 27 décembre 1958 LA PAUSE.cfe L ovine humeur *\\ Un marchand de bonbons engage une jeune fille pour distribuer des échantillons de ses produits aux passants, devant la porte de son magasin.La jeune fille rencontre une de ses amies qui lui demande : \u2014 Est-ce vrai que tu te maries bientôt ?\u2014 Qui, répond-elle, le mois prochain.\u2014 Magnifique ! s\u2019écrie l\u2019amie.Et que fais-tu en attendant cet heureux jour ?\u2014 Pas grand\u2019chose, soupire la jeune fille, je donne des échantillons gratuits.*\t*\t* Un psychiatre vient de se marier.Avec qui ?Au grand étonnement de ses amis, avec une dame exceptionnellement laide.Son meilleur ami, le rencontrant enfin en tête-à-tête, prend son courage à deux mains et lui demande la raison de son choix.\u2014 Oui, je sais \u2014 répondit le psychiatre, \u2014 elle n\u2019est pas belle.Elle n\u2019est ni intelligente, ni riche, et puis, elle boite légèrement.Mais si tu savais les merveilleux cauchemars qu\u2019elle a ! *\t*\t* Un médecin reçoit en même temps trois dames.Il examine la première et conclut : ¦\u2014 Pas d\u2019erreur, vous êtes enceinte.Il examine la deuxième et arrive à la même conclusion : \u2014 Vous êtes aussi enceinte.Et se tournant vers la troisième : \u2014 Hâtez-vous de vous déshabiller, madame, je suis pressé.Alors, la troisième dame, avec un gentil sourire : \u2014 Docteur, ce n\u2019est vraiment pas la peine, mes amies et moi étions à la même surprise-party.*\t*\t\u2022 Le maître explique à ses élèves ce que c\u2019est que le vol : \u2014 Voyons, mes enfants.Je suis chez moi, occupé à lire le journal, une main se glisse doucement dans ma poche et, délicatement, en retire mon portefeuille.Qui est-ce ?\u2014 D\u2019une seule voix, la classe répond : \u2014 Votre femme, m\u2019sieur ! \u2022\t\u2022\t\u2022 Dans le tramivay plein à craquer, M.Bazinet est collé tout contre une jolie femme.Lui sourit, elle sourit.Mais madame Bazinet n\u2019aime pas du tout cette situation et ses yeux le disent bien.Rue Sainte-Catherine, la jolie femme s\u2019apprête à descendre.Soudain, elle se retourne et donne à Monsieur Bazinet une gifle magistrale.\u2014 Voilà qui vous apprendra A pincer les femmes.M.Bazinet, ahuri, encaisse, puis furieux, prend à témoin sa femme.\u2014 Mais enfin, je ne pouvais pas la pincer, j\u2019ai les mains dans les poches de mon pardessus.Alors Mme Bazinet, avec son plus doux sourire : \u2014 Bien sûr, puisque c\u2019est moi qui l\u2019ai pincée.\u2022 * \u2022 Un célèbre médecin ayant écrit à ses confrères britanniques pour les informer qu\u2019il avait été nommé médecin du roi, reçut par retour du courrier ce simple mot : \"God Save The\tKing !\u2019\u2019 *\t\u2022\t\u2022 Deux Indiens roulent à plus de 100 à l\u2019heure dans une somptueuse Cadillac.Premier Indien : Nous approchons de la Réserve.Deuxième Indien : Pourquoi ?Premier Indien : Nous écrasons de plus en plus d\u2019indiens.\u2022\t\u2022\t* Un blessé, qui vient de subir l\u2019amputation d\u2019un bras, pousse des cris enragés.\u2014 Allons ! dit le chirurgien, allons ! prenez votre courage à deux mains.\u2022\t*\t» Un médecin athée soutenait que l\u2019homme n\u2019a pas d\u2019âme immortelle.La démonstration était brillante.Soudain, un de ses interlocuteurs, qui en avait assez de ces propos, réplique : \u2014 Savez-vous, docteur, que dans ces conditions, vous n\u2019êtes qu\u2019un simple vétérinaire ?\u2022\t*\t* La cartomancienne consulte les cartes avec un air grave, douloureux.Puis elle annonce à la cliente, d'une noix d\u2019outre-tombe : \u2014 Je vois.Elle berçait sa douleur de toute la puissance de son excellent coeur et l\u2019endormait peu à peu.Thérèse ne pleurait déjà plus.En même temps, la noble femme réfléchissait activement.Elle comprenait que Mareuil, en préconisant le mariage de Thérèse avec Jules Devarenne, devait obéir à des mobiles d\u2019intérêts impérieux à peu près inéluctables.Peut-être l\u2019associé de son mari était-il seul capable de sauver la maison Mareuil et Devarenne de la catastrophe imminente dont elle était menacée.En sa parfaite et intransigeante intégrité, Mme Mareuil ne pouvait soupçonner, en effet, que son mari se servît impudemment des capitaux de Pierre de Kerlor pour conjurer le terrible danger auquel il était acculé.Cet argent ne pouvait, ne devait pas entrer en ligne de compte.Quelle erreur d\u2019honnêteté !.Certes, elle connaissait, hélas ! l\u2019immoralité conjugale de Mareuil, mais elle ignorait encore l\u2019élasticité de sa conscience d'homme d\u2019affaires.Elle le croyait assez scrupuleux pour ne point compromettre dans ses opérations présentes une fortune qui ne lui appartenait pas.Etrange aberration qui résultait de l\u2019éloignement des rapports de ces deux époux et des nombreuses réserves mentales de Mareuil.Aussi, comme conséquence de ses multiples et pénibles réflexions, la noble femme en vint-elle à se rallier en partie aux idées et au projet de son mari.\u2014 Ma chère petite Thérèse, disait-elle, je te plains très sincèrement, tu n\u2019en peux douter, mais n\u2019exagères-tu pas la profondeur du sentiment que tu nourris pour M.de Blesmes ?« Pour la première fois, ton coeur fut troublé, s\u2019éprit d\u2019un homme d\u2019ailleurs charmant, je le reconnais.Mais il y a là ce que l\u2019on nomme la surprise de l\u2019amour, l\u2019emprise des premières et douces sensations éprouvées à ton âge.« Hélas ! ces inclinations ne sont pas toujours durables.La raison veut que l\u2019on y regarde à deux fois avant d\u2019engager toute sa vie sur des espérances conçues hâtivement, par innocence, mais combien fragiles ! « Lorsque ton père parle de l\u2019expérience des parents, de leur sagesse à guider leurs enfants, il n\u2019a pas tort.«Il invoque justement, d\u2019autre part, le respect et l\u2019obéissance que tu lui dois et lui devras toujours.Sans ces traditions précieuses, la famille disparaîtrait tout à fait.Déjà, l\u2019institution est ébranlée par trop d\u2019indépendance morale.«Et puis, entre nous, M.de Blesmes n\u2019a pas une fortune suffisante pour t\u2019assurer l\u2019existence très large à laquelle tu es habituée.Tu pourrais regretter bientôt une médiocrité presque certaine.Tu aimes le luxe, la toilette.Réfléchis, mon enfant ! M.Devarenne est riche.\u2014 Certainement, ma chère maman, mais n\u2019aurais-je pas une dot ?\u2014 Sans aucun doute ; cependant son importance peut varier en raison de la situation de ton père, un peu compromise en ce moment, je dois te l\u2019avouer.«Je ne puis m\u2019expliquer plus longuement aujourd\u2019hui sur ce sujet, mais sois bien persuadée que ton père n\u2019a pas agité une si grave question et manifesté si rudement sa volonté sans de graves motifs.« Si tu voulais en croire mon affection, ma chère petite fille, tu te dégagerais envers M.de Blesmes, afin de ne point compliquer, au moins pour le moment, une situation difficile et déjà très pénible pour nous tous.«Au surplus, tu seras bientôt majeure, et si vraiment tes désirs et tes sentiments devaient subsister, tu pourrais peut-être modifier plus tard l'opinion paternelle.« Le temps arrange bien des choses : c\u2019est un puissant niveleur, il te viendra certainement en aide, si tu persistes dans ta résolution.« Mais je te le répète, il convient de prendre certaines précautions éventuelles.Ecris à M.de Blesmes, ne fut-ce que pour le soumettre à une épreuve concluante pour ton coeur.\u2014 C\u2019est bien, répliqua seulement Thérèse, dont la physionomie, subitement fermée, frappa Mme Moreuil.Et, s\u2019asseyant aussitôt à son secrétaire, la jeune fille traça d\u2019une grande écriture, un peu nerveuse, ce court billet : A monsieur Jean de Blesmes, Rue de Paris, 34, à Colombes.Monsieur, Mes parents m\u2019ont communiqué ce soir certain projet relatif à mon établissement futur ; projet conçu à la suite de votre démarche auprès de mon père.Il en résulte que nos espérances communes ne peuvent se réaliser ; mon obéissance et mon respect filiaux m\u2019imposent le triste devoir de vous en informer, et aussi de la considération particulière et de l\u2019attachement sincère que j\u2019éprouvais pour vous.Oubliez-moi comme j\u2019essaierai de vous oublier moi-même.Hélas ! tous les rêves ne se réalisent point ! Il faut se soumettre à la destinée.Veuillez pourtant croire toujours à ma profonde estime et à mes regrets.Thérèse Mareuil Cette lettre de rupture achevée et mise sous enveloppe, Thérèse la tendit à sa mère.Et comme sa mère se retirait, emportant la cruelle missive, la jeune fille s\u2019affaissa dans le fauteuil où elle était assise, laissant librement couler ses larmes et prostrée dans son désespoir.Ill \u2014 Le crime Bien qu\u2019il fût devenu riche depuis quelques semaines seulement, Pierre de Kerlor n\u2019avait pas été grisé par la possession de cette fortune soudaine.Sur l'héritage de sa tante, dont le montant total était exactement de neuf cent douze mille francs en espèces ou titres, il avait prélevé juste douze mille francs pour ses besoins personnels.Aucun désir de gaspiller l\u2019argent ne le sollicitait.Il s\u2019était logé dans un hôtel assez modeste du boulevard Bonne-Nouvelle, où il occupait l\u2019indispensable ; une chambre pour lui, l\u2019autre pour sa fille Do-lorès.C\u2019était un sage et un prévoyant.Ce matin-là, il achevait ses préparatifs de départ pour Saint-Nazaire et venait de boucler une valise contenant un trousseau de voyage.Dolorès, elle aussi, achevait d\u2019emplir une malle élégante contenant ses effets de jeune fille.\u2014 Ma chère enfant, dit l'ingénieur, je ne crois pas nécessaire de te laisser beaucoup d\u2019argent personnel, puisque notre bonne cousine Mareuil doit pourvoir à tous tes besoins et même ton superflu, dans une mesure raisonnable.\u2014 Je sais, mon cher papa, je me souviens de tes explications d\u2019hier soir, à cet égard.Et sois tranquille, va, père chéri, je n\u2019aurai pas de besoins excessifs.\u2014 J\u2019en suis convaincu.Je ne t\u2019ai pas habituée, hélas ! au grand luxe et aux toilettes coûteuses.Je vais te remettre pour ta poche une centaine de francs.\u2014 Oh ! c\u2019est beaucoup.\u2014 Non, mon enfant, ce n\u2019est pas trop.Il ne convient pas que tu sois sans argent pour des petits frais imprévus.Tiens ! voici deux coupures de cinquante francs. Le Samedi, Montréal, 27 décembre 1958 27 En même temps, Pierre de Kerlor tendit à sa fille deux billets de la Banque de France.Lorsque Dolorès les eut mis en sûreté dans un coquet porte-billets, l\u2019ingénieur prit un pli cacheté, préparé à l\u2019avance, sur un meuble.\u2014 A présent, reprit-il, fais très attention à ce que je vais te dire relativement à cette enveloppe.« Elle contient deux papiers d\u2019une importance extrême pour ton avenir.Tu la conserveras précieusement, tu la porteras toujours sur toi, en toutes circonstances.« Mais tu ne devras pas prendre connaissance du contenu avant d\u2019avoir atteint ta majorité, à vingt et un ans révolus.A moins, cependant, qu\u2019il ne m\u2019arrive un accident avant cette époque.\u2014 Un accident ?questionna Dolorès, subitement inquiète et surprise.\u2014 Ma chérie, sur le point de m\u2019expatrier au Chili, si loin de toi et de la France, je dois tout prévoir.Je pourrais être atteint, là-bas, de maladie grave et même y mourir.\u2014 Oh ! père, ne dis point cela ! tu m\u2019effraies ! \u2014 Pourquoi, mon enfant ?tu n\u2019es déjà plus une petite fille ; il faut t\u2019habituer dès maintenant à considérer la vie telle qu\u2019elle est pour tous, avec les aléas nombreux et inévitables qu\u2019elle comporte.\u2014 Oui, je comprends.\u2014 Ainsi, je te donne mes instructions paternelles en sage prévision d\u2019un malheur possible.« Si cela m\u2019arrivait, avant que tu sois majeure, alors seulement tu pourrais, tu devrais même ouvrir ce pli, méditer sur les conseils que mon devoir et mon amour paternels m\u2019ont dictés pour toi, et devenir enfin, lorsque tu seras une femme, la maîtresse de ta destinée.\u2014 J\u2019espère bien n\u2019avoir pas besoin de cela, mon cher papa.Et l\u2019adorable jeune fille, venant se blottir, pour ainsi dire, entre les bras de Pierre de Kerlor, assis sur un petit canapé, le prit câlinement par le cou et poursuivit : \u2014 Et, d\u2019abord, pourquoi t\u2019en vas-tu si loin de ta petite fille qui t\u2019aime tant, méchant papa ?Ne pourrais-tu pas rester en France, avec moi ?\u2014 Non, mon enfant, j\u2019ai contracté des engagements, je dois les tenir.C\u2019est une question de conscience et d\u2019honneur.« D\u2019ailleurs, si je vais là-bas, c\u2019est avec l\u2019espoir presque certain d\u2019y réaliser, en peu d\u2019années, une véritable fortune.Je veux que tu sois très riche un jour, je veux pouvoir te donner toutes les satisfactions matérielles que la vie réserve à ceux dont les coffres sont pleins.« Ma petite Dolorès chérie, je t\u2019aime de toute la puissance de mon coeur et de toute la tendresse dont ta chère mère, ravie si prématurément à mon amour, aurait enveloppé ta belle jeunesse.\u2014 Moi aussi, père, repartit la jeune fille d\u2019un accent empreint de soudaine gravité émue ; moi aussi, je t\u2019aime de tout mon coeur, à la fois comme mon papa et comme une maman.« Tu as toujours été si doux, si bon pour moi ! \u2014 Parce que, je te le répète, mon enfant, toutes mes facultés affectives se sont réunies sur ta petite personne, sur ta tête chérie.Tu es tout pour moi, tu es mon seul bien, ma seule amie, ma seule joie, mon seul but et mon unique trésor !.«En un mot, ma fille adorée, tu es toute ma raison de vivre ! De toi naissent tous mes soucis, mes chagrins et mes joies ! Tout en parlant ainsi, d\u2019une voix profondément attendrie, l\u2019ingénieur ca- ressait doucement la soyeuse toison brune de Dolorès.Enfin, il attira tout à fait à lui la jolie tête de l\u2019enfant, la baisa longuement au front, à plusieurs reprises.\u2014 Tiens, mignonne chérie, dit-il, fasse que la trace de ces baisers paternels ne S\u2019efface pas.Et ne m\u2019oublie jamais.Parle-moi tous les jours en ton coeur, et, de loin, je t\u2019entendrai par les voix mystérieuses de l\u2019âme.\u2014 Oh ! père bien-aimé, sois sûr que je prierai tous les jours pour ton existence et ton bonheur, pour te revoir le plus vite possible.Je serai si seule, sans toi, mon papa chéri !.En achevant, la belle jeune fille étreignit son père de ses deux mains enlacées à son cou et, ardente, émue, elle couvrait de chastes baisers ses joues et son front.Une larme perla bientôt aux paupières de Pierre de Kerlor.Il se dégagea doucement de l\u2019étreinte passionnément affectueuse de sa fille, lui sourit, l\u2019enveloppa d\u2019un long regard où passait toute son âme profondément remuée.\u2014 Je t\u2019adore, mon enfant, ma chère petite fille ! s\u2019exclama-t-il en l\u2019embrassant encore.« Maintenant, ressaisissons-nous, et n\u2019oublions pas que nos cousins nous attendent pour le départ.\u2014 Ah ! oui, oui, c\u2019est vrai ! l\u2019heure cruelle de la séparation approche, soupira Dolorès en s\u2019écartant.Mais je serai forte, mon cher père.« Allons, je mets mon chapeau.Es-tu prêt, papa ?\u2014 Oui, mon enfant.Je vais faire porter ta malle et ma valise dans un taxi ; nous allons partir dans un instant.En effet, Pierre de Kerlor sonna, fit prendre, par un garçon de l\u2019hôtel, les bagages, puis descendit bientôt avec sa fille.Un quart d\u2019heure plus tard, tous deux pénétraient dans le somptueux intérieur de Mareuil.L\u2019ingénieur remarqua au passage la grande limousine de route stationnée devant l\u2019immeuble et l\u2019apprécia en connaisseur.Mme Mareuil et Thérèse reçurent les arrivants au salon, se montrèrent très affables ; Mareuil et Devarenne, en tenue de voyage, parurent un instant après, souriants et amènes.Pierre de Kerlor fit encore quelques recommandations nouvelles à ses cousins concernant sa chère Dolorès, puis il les assura chaleureusement de toute sa reconnaissance anticipée.Enfin, de nouveau, il embrassa passionnément son enfant, puis descendit sur les pas de l\u2019industriel et de son associé.Cinq minutes plus tard, la puissante voiture démarrait et filait dans la direction de la barrière d'Orléans, où elle allait prendre la route de Tours.Ils pénétrèrent bientôt dans cette grande et belle ville, puis descendirent dans l\u2019un des meilleurs hôtels, non loin de la gare.Ils firent un excellent déjeuner, copieusement arrosé de vins blancs généreux.Mareuil et Devarenne, affectant une gaieté de bon aloi, semblaient s'ingénier à faire boire Pierre de Kerlor.Mais l\u2019ingénieur, très sobre par habitude et désireux en outre de conserver toute sa lucidité d\u2019esprit, satisfit modestement à leurs invites, pourtant instantes et répétées.Après le déjeuner, la dégustation du café et des liqueurs se prolongeant visiblement, Pierre de Kerlor remarqua : \u2014 Il me semble que nous nous attardons un peu.\u2014 Baste ! ne vous inquiétez pas, mon cher cousin, repartit Mareuil, ma voi- ture est bonne marcheuse, nous arriverons à Saint-Nazaire pour dîner.En même temps, il lançait un rapide coup d'oeil expressif à son associé.\u2014 Nous y serons même avant, amplifia celui-ci.D\u2019ailleurs, nous allons nous remettre en route dans un instant, n\u2019est-ce pas, Mareuil ?\u2014 Certainement, mais, j\u2019y songe, émit subitement l\u2019industriel, tenez-vous absolument, mon cher de Kerlor, à coucher ce soir à Saint-Nazaire ?Ne vous suffirait-il pas d\u2019y arriver demain dans la matinée, de bonne heure ?\u2014 Pourquoi cette question ?interrogea l\u2019ingénieur, fort étonné.\u2014\tParce que je me souviens tout à coup d\u2019une affaire pour laquelle ma présence à Angers serait utile.« Or, dans ce cas où cela ne vous déplairait, ni ne vous gênerait, nous pourrions aller dîner dans cette dernière ville, y coucher, puis en repartir demain de bon matin ?\u2014\tJe n\u2019y vois pas grand inconvénient, repartit Pierre de Kerlor, désireux d\u2019être agréable à l\u2019industriel, qui allait devenir le tuteur de sa fille.Il me restera toute la journée devant moi, et je n\u2019ai pas grand\u2019chose à faire.\u2014 Parfait et merci, voilà une chose convenue ; ceci nous donne plus de temps ; je traiterai mon affaire ce soir, après le dîner.Jules Devarenne reprit la parole à son tour, d\u2019un ton tout à fait engageant.\u2014 Si M.de Kerlor, dit-il, ne connaît pas les bords de la Loire, nous pourrions, mon cher Mareuil, passer par Langeais, puis suivre le fleuve jusqu\u2019à la Daguenière, par Saumur, Saint-Mar-tin-de-la-Place, les Rusions, la Ménitré, Saint-Mathurin, etc., puisque nous ne sommes plus aussi pressés.\u2014 Volontiers, acquiesça de nouveau l\u2019ingénieur, si cela ne doit pas retarder notre arrivée à Angers ?\u2014 Oh! si peu.Vous aurez ainsi, cher monsieur, le plaisir de voir des paysages charmants et d\u2019ailleurs réputés.\u2014 J\u2019en serai ravi, j\u2019en ai beaucoup entendu parler, en effet.Je ne serai pas fâché de les connaître.\u2014 Alors, c\u2019est entendu, conclut Mareuil, en lançant à son associé un nouveau coup d\u2019oeil.Nous allons partir dans quelques minutes et marcher lentement, comme des touristes.Un instant plus tard, en effet, les trois voyageurs remontaient dans la confortable limousine.Mareuil prit aussitôt la direction de la Loire, il était environ quatre heures de l\u2019après-midi.La puissante voiture roulait à moyenne allure ; les trois hommes causaient amicalement, avec une certaine animation.Mareuil tenait le volant, Pierre de Kerlor, placé près de lui, l\u2019interrogeait incessamment sur les sites traversés.Devarenne, placé à l\u2019arrière, se penchait souvent en avant pour suivre la conversation.Il paraissait écouter, avec grand intérêt, son associé.Celui-ci, connaissant parfaitement la région, donnait à Pierre de Kerlor des explications détaillées fort exactes.Saumur avait été dépassé, non sans que Pierre de Kerlor eût remarqué son ancien château pittoresquement érigé au faîte du coteau, puis on vit Saint-Lambert, Saint - Martin - de - la-Place.Les voyageurs approchaient de Saint-Clémcnt-des-Levées, lorsque soudain l\u2019automobile stoppa, sans cause apparente.Le bruit du moteur en marche cessa subitement.Mareuil parut surpris et même inquiet.\u2014 Sapristi ! s\u2019écria-t-il, une panne ! En même temps, il lançait en arrière, à Devarenne, un coup d\u2019oeil fugace.\u2014 Allons-nous être obligés de rester là ?interrogea celui-ci d\u2019un accent d\u2019anxiété parfaitement joué.\u2014 Je ne sais pas, mon cher ami.J\u2019espère même le contraire.Je ne comprends rien du tout à cet arrêt subit.Voulez-vous descendre, mon cher de Kerlor, et vous aussi, Devarenne ; je vais examiner le mécanisme.\u2014 Vous vous y connaissez?demanda l\u2019ingénieur, avec un intérêt marqué.\u2014 Oh ! oui, suffisamment pour remettre ma voiture en marche, si toutefois il n\u2019y a rien de grave.\u2014 Si mes connaissances techniques peuvent vous être utiles, je suis prêt à vous seconder.\u2014 Non, non, merci! riposta vivement l\u2019industriel.J\u2019espère bien n\u2019en avoir pas pour longtemps.« Tenez, Devarenne, un conseil : allez donc à pied, tout doucement, avec mon cousin de Kerlor, jusqu\u2019à Saint-Clément.Vous m\u2019y attendrez près de l\u2019église, en dégustant une vieille bouteille de vin blanc du pays.La promenade vous dégourdira les jambes et vous vous rafraîchirez.\u2014 Excellente idée ! approuva l\u2019ingénieur.Il ne pouvait soupçonner un seul instant que cette panne subite de l\u2019automobile, comme la promenade par les bords de la Loire et l\u2019arrêt proposé à Angers constituaient le commencement CIC MU KRMWMT 1-/6 McNauyht Syndicate, Inc.\u2014© Looli \u2014 Ne ieraIt-11 pas grand temps que tu rentres les meubles de jardin ? 28 Le Samedi, Montréal, 27 décembre 1958 d\u2019exécution d\u2019un plan où tout avait été prévu et arrêté entre les deux associés.Il s\u2019achemina donc à pas lents, en compagnie de Jules Devarenne, vers Saint-Clément-des-Levées, petit pays tout proche.Les deux hommes pénétrèrent bientôt dans le premier café aperçu sur la place même de l'église.Ils s\u2019y attablèrent, se firent servir une vieille bouteille de Layon, cru renommé dans la région, et se mirent à causer fort amicalement.Cependant, le temps passait sans que Mareuil et sa voiture reparussent.Déjà le soleil baissait à l\u2019horizon, dans sa gloire de pourpre.Ses derniers rayons doraient le large fleuve dont les eaux limpides, peu ensablées encore, coulaient dans une sorte de majesté calme au sein d\u2019un paysage très boisé.Sur la rive gauche, s\u2019élevaient de verts coteaux d'où émergeait un château d\u2019aspect imposant.Pierre de Kerlor, étonné d\u2019attendre si longtemps, s\u2019efforçait pourtant de dissimuler une certaine inquiétude naissante.Au contraire, Jules Devarenne manifestait hautement son impatience et même une sorte d\u2019anxiété avec une vivacité qui eût paru certainement affectée à un homme méfiant.Mais de Kerlor était trop honnête pour n\u2019être pas entièrement confiant.Enfin, Devarenne affirma ne plus pouvoir demeurer aussi longtemps dans l\u2019incertitude.\u2014 Il faut retourner près de Mareuil, dit-il, et savoir si, oui ou non, nous pourrons continuer notre route avec la voiture.Le jour baisse déjà, il serait grand temps de partir, si nous voulons arriver à Angers avant la nuit.\u2014 Combien de temps faut-il encore ?interrogea l\u2019ingénieur.\u2014 Une grande heure.Mais, rassurez-vous, poursuivit Devarenne pour tranquilliser son compagnon, dont l\u2019anxiété devenait visible.En cas d\u2019avarie sérieuse, vous auriez toujours la ressource du chemin de fer.« De toutes façons, vous serez à Saint-Nazaire demain matin, je vous l\u2019affirme.\u2014 Alors, tout ira bien, repartit Pierre de Kerlor plus rassuré.Puis, Devarenne ayant réglé la consommation, les deux hommes retournèrent en se hâtant vers l\u2019endroit où ils avaient laissé Mareuil et sa voiture.Ils aperçurent bientôt l\u2019industriel.Celui-ci achevait de revêtir son pare-pousière.Lorsqu\u2019il vit les deux hommes, il leur cria : \u2014 Dépêchez-vous ! tout est réparé ; nous allons rouler.\u2014 Etait-ce un accident grave ?demanda Pierre de Kerlor.\u2014 Pas positivement, une question d\u2019écrous.J\u2019ai dû pourtant, à mon grand regret, vous faire attendre durant près de trois heures ; je m\u2019en excuse bien sincèrement.Mais tout va bien, maintenant ; nous dînerons un peu tard, voilà tout, car nous n\u2019arriverons pas avant la nuit, ce serait impossible.* Allons, montez.Devarenne, ne perdons plus de temps ! L\u2019associé de Mareuil obéit sans répondre.Depuis un instant sa face avait pâli ; il serrait les lèvres nerveusement et toute sa physionomie, subitement durcie, révélait une profonde préoccupation, ou, mieux, une sorte d\u2019angoisse.Mareuil, lui aussi, semblait être devenu grave tout à coup.Il prit place au volant, fit monter l\u2019ingénieur près de lui, et lança le véhicule en avant.Bientôt, les voyageurs dépassèrent Saint-Clément, traversèrent les Rosiers.Mareuil fit remarquer au passage l\u2019élégance du grand pont suspendu qui relie cette commune à celle de Gannes, puis, de nouveau, le silence régna.Cependant, Mareuil parut redevenir bavard, soudainement, comme s\u2019il éprouvait l\u2019impérieur besoin de s\u2019étourdir ou de retenir l\u2019attention de Pierre de Kerlor.Il désigna d\u2019un geste large le village des Sablous, la ferme du Cadran.Il montra de loin, sur la rive gauche du fleuve, le coteau boisé de Thoureil, très sombre à cette heure tardive ; l\u2019ancien couvent de Saint-Maur, autrefois habité par des Fcuil-lantins, et enfin, à l\u2019horizon, Saint-Mathurin, dont le clocher dressait sa noire silhouette à peine visible encore.Pierre de Kerlor, intéressé, écoutait avec une extrême attention son cousin, devenu prolixe, et regardait de tous ses yeux.Derrière lui, Jules Devarenne venait de se dresser sans bruit.Il fouillait ses poches avec des précautions étranges en sortait de minuscules objets qu\u2019il cachait dans le creux de ses mains.Lui aussi, semblait examiner le site avec une attention particulière.Mais ses regards, au lieu de se fixer sur les détails indiqués, semblaient plutôt examiner et fouiller autour de lui la campagne et la route qui suit la levée.Devarenne toussa fortement, afin d\u2019attirer l\u2019attention de Mareuil, puis, étendant tout à coup les mains en avant, il saisit brusquement la tête de Pierre de Kerlor et lui appliqua fortement sur les narines un tampon de ouate largement imbibé de chloroforme.L\u2019ingénieur, surpris, esquissa vaguement un geste de défense, très vite réprimé, d\u2019ailleurs, par Mareuil, qui venait d\u2019arrêter sa voiture et lui saisissait les deux poignets, les lui broyant dans l\u2019étau de ses mains vigoureuses.L\u2019effet du soporifique fut presque immédiat.La victime des deux misérables associés cessa vite toute résistance ; ses membres s\u2019amollirent, toutes ses facultés s\u2019abolirent en son cerveau paralysé par le chloroforme.Il s\u2019endormit d'un profond sommeil, laissant rouler sa tête inerte sur le dossier de la banquette.Mareuil l'enveloppa d\u2019un regard indéfinissable, puis remit doucement sa voiture en marche, l\u2019amena à un tournant brusque de la route, au débouché d\u2019une cale qui descend en pente raide jusque dans la Loire, bordant un talus abrupt dont la base s\u2019appuie sur d\u2019é- normes pierres gisant en chaos.Devarenne scrutait toujours d\u2019un oeil un peu hagard les alentours.\u2014\tPersonne ! lança-t-il à voix basse ; dépêchons-nous, Mareuil ! Aussitôt, ce dernier commença de fouiller les poches de l\u2019ingénieur.Il lui enleva tous ses papiers, son portefeuille, sa montre, son portemonnaie même, ne lui laissant absolument rien sur lui qui pût le faire reconnaître.En commettant ce vol odieux, ses mains ne tremblaient pas, mais sa face était devenue livide ; ses mâchoires, fortement serrées, saillaient ; ses prunelles grises luisaient avec des reflets d\u2019acier très durs.A mesure qu\u2019il atteignait des objets nouveaux, il les passait à Devarenne.Celui-ci les enfouissait rapidement dans la valise de l\u2019ingénieur, dont il venait de faire sauter la petite serrure.\u2014 C\u2019est tout ! glissa enfin Mareuil, en se redressant un instant.\u2014\tAlors, finissons-en rapidement, jeta Devarenne, dont l\u2019air égaré, l\u2019anxiété et la peur croissaient visiblement.\u2014 Poule mouillée, va ! maugréa l\u2019in- dustriel, d\u2019un accent de mépris.Puis, il mena sa limousine à l\u2019entrée de la cale, dirigeant les roues d\u2019avant vers le talus.Ensuite, il arrêta le moteur, serra le frein à mains et mit le levier de vitesse au point mort.Il accomplit tous ces actes indispensables à l\u2019exécution du plan infâme qu\u2019il avait conçu avec une hâte fébrile, sans même regarder une seule fois son associé, devenu frémissant de peur.\u2014 Descendons ! ordonna-t-il durement entre ses dents serrées.Devarenne prit machinalement la valise, se jeta, plutôt qu\u2019il ne descendit, hors de l\u2019automobile engagée sur la pente de la cale, puis s\u2019écarta, tremblant sur ses jambes.Enfin, Mareuil demeura debout, à droite de la voiture, se pencha vivement, retira brusquement son levier de frein et se recula de côté d\u2019un bond rapide.La puissante limousine, entraînée par la pente et par son propre poids, commença de descendre vers le fleuve, sa vitesse s\u2019accélérant à mesure.Mareuil et Devarenne tressaillirent, échangèrent un regard fou.Soudain, le train avant du véhicule perdit le sol.L\u2019équilibre, brusquement rompu, jeta la voiture sur les talus.Elle fit panache et fut précipitée dans la Loire, avec un fracas très court mais effroyable et qui se répercuta en échos sinistres.Le malheureux Pierre de Kerlor fut projeté violemment sur les pierres, où son corps demeura sanglant, inerte et rigide, à moitié submergé sous les eaux du fleuve, déjà noircies par les ombres traîtresses de la nuit.En quelques minutes, sous l\u2019empire de leur soif exacerbée de l\u2019or, Mareuil et Devarenne étaient devenus d\u2019ignobles criminels ! IV \u2014 Mère et fils Le jour même ou Mareuil et Devarenne étaient partis pour Saint-Nazaire avec l\u2019infortuné Pierre de Kerlor, Jean de Blesmes, en arrivant au boulevard Haussmann, apprit l\u2019absence de ses patrons.Ce fut Mme Mareuil qui le prévint en venant le trouver dans son petit bureau.Secrètement désireuse d\u2019éviter tout contact entre lui et sa fille Thérèse, et se doutant bien que le jeune homme n\u2019avait pas encore reçu la lettre de celle-ci, elle prit sur elle de lui octroyer une sorte de congé.\u2014\tCher monsieur, lui dit-elle, mon mari et son associé ne seront pas de retour avant trois ou quatre jours.S\u2019il vous plaît de faire profiter Mme votre mère de cette absence, vous pourrez partir dès le dépouillement du courrier terminé.\u2014\tJe vous remercie infiniment de cette autorisation gracieuse, chère madame ; j\u2019en userai certainement et ma mère sera bien heureuse.« Mais voulez-vous me permettre, avant cela, de vous adresser une question toute personnelle ?\u2014\tCertes.\u2014 Eh bien, M.Mareuil, avant son départ, ne vous a-t-il point informée de certaine démarche relative à des espérances dont j\u2019ai osé vous entretenir déjà ?\u2014 Non, cher monsieur, je ne sais rien encore à cet égard.Et comme Jean de Blesmes, interdit et désappointé, baissait la tête, sans oser parler de façon plus précise, la femme LA PRINCESSE-POUPEE / L\u2019Italie n\u2019avait jamais pris au sérieux celle qu\u2019elle appelait « la princesse-poupée » : Dawn Addams, épouse du prince Mnssimo di Roccasecca.Son entrée dans l\u2019aristocratie n\u2019avait en rien changé sa nature fantasque de starlette déséquilibrée.Le jour même de son mariage, elle menaça le prince de son refus au cas où il se refuserait de vendre sur-le-champ sa Ferrari (la passion du prince Masimo pour les voitures de courses la terrorisait).\u2014 Je la savais capable de mettre sa menace à exécution, dit le prince.Je cherchai donc aussitôt un vendeur, et le trouvai, mais ma hâte me fit réaliser une mauvaise affaire.Aujourd\u2019hui, le prince Massimo pense sans doute qu\u2019il eût fait une meilleure affaire en gardant la voiture de préférence à Dawn.Car celle-ci vient de clore une union orageuse par une rupture sans explications, annoncée à son époux par la voie de la presse.A Rome, nul n\u2019ignorait que le couple, toujours si souriant devant les photographes, ne cessait de se disputer dans le privé.Sur tous les sujets possibles.On vit rarement pareille incompatibilité d\u2019humeur.Le prince, gentleman farmer, se passionnait pour la culture et souhaitait voir sa femme mener une vie paisible à ses côtés, loin du cinéma.Dawn ne rêvait que de films et de galas.Leur propriété est même demeurée à moitié meublée, car l\u2019achat de chaque pièce de mobilier engendrait un désaccord.Mais le plus grave de tous commence à présent : les époux désunis se disputent avec une rare âpreté le malheureux petit Stefano, trois ans. Le Samedi, Montréal, 27 décembre 1958 29 de l\u2019industriel en profita pour se retirer.Le secrétaire de Mareuil s\u2019assit tout songeur à son bureau, un peu étonné de la froideur et de la réserve inaccoutumée de Mme Mareuil.Et, lentement, faisant effort pour chasser ses préoccupations personnelles, il accomplit sa besogne journalière.Une heure plus tard, il partait sans avoir revu ni Mme Mareuil ni sa fille.Il prit aussitôt la direction de la porte Maillot, et, muni de sa carte d'abonné, sauta dans le premier train partant pour Colombes, où il habitait, avec sa mère, une jolie villa assez écartée des autres habitations.Le pavillon, spacieux et fort bien aménagé, s\u2019érigeait entre un coquet jardin agréablement ombragé et un vaste potager, situé derrière l\u2019immeuble.Près de la grille d\u2019entrée, un petit rez-de-chaussée où logeait le gardien jardinier.Celui-ci était un brave et joyeux garçon de vingt-six ans environ, nommé Gaspard, frère de lait de Jean de Blesmes, orphelin depuis une dizaine d\u2019années, et entièrement dévoué à Mme de Blesmes et à son fils.[ Lire la suite la semaine prochaine ] HENRI NORBERT, MONSIEUR .de la jusqu'au jour où il fallut endosser l'uniforme.Son service militaire, Henri Norbert le fit au Maroc.Il était cantonné à Marrakech et c'est en cette ville, où régnait le pacha si francophile connu sous le nom du Glaoui, que Henri Norbert eut l'occasion de prendre part à des représentations données au palais du pacha.Les officiers étaient aussi très souvent les hôtes du grand seigneur.Un jour Henri Norbert et une camarade dirent devant le Glaoui, La nuit d'octobre.Naturellement, ladite « camarade » qui, à l'occasion, donnait la réplique aux comédiens était une femme d'officier, l'armée n'avait pas encore de bataillons féminins.Le service militaire fini, Henri Norbert rentra en France et prit, à Paris, la direction du Théâtre Antoine.Il créa Les Montparnos de Michel Georges-Michel, L'inconnu de Louis Verneuil, et une pièce de lui-même :L'Esclave, une réplique à la pièce de Bourdet La prisonnière.Un peu plus tard, il prit la direction du Théâtre de la Potiniè-re, avec Marie Valzamacki comme co-directrice.C'est à cette scène qu'il reprit L'Esclave puis créa Le renard bleu et J'ai deux amours dont il était l'auteur.Il créa aussi, à la Potinière, Marie Gazelle.Henri Norbert a joué avec les principales vedettes féminines.Par exemple, il créa, au Théâtre de l'Avenue, La Rouille, avec Falconetti, dont personne n'a oublié la remarquable, la bouleversante Jeanne d'Arc, encore qu'elle fût cinématographique.Avec elle aussi, il donna en création Les Jardins de Murcie et reprit L'Otage de Claudel.Au Théâtre des Arts, devenu plus tard le Théâtre Hébertot, il joua avec Eve Francis, puis, chez Dullin La matrone d'Ephèse de Paul Morand, Les mouches de Jean-Paul Sartre, Mamouret, avec Marcelle Géniat ; le rôle de Va-lère dans L'Avare et enfin, le commissaire dans Le gendarme est sans pitié.Il fut aussi le premier médecin dans M.de Pour-ceaugnac et l'avocat dans Crain-quebille.Avec Marguerite Jamois, qui vient de nous visiter, il joua (en création) Le roi pécheur de Grack, de l'Académie Goncourt.Il avait comme partenaires Lucien Nat et Maria Casarès.Henri Norbert a fait beaucoup de théâtre, mais très peu de cinéma.Pour tout dire, il n'y tâchait pas.Tout de même, il prit part à un film : La main de l'homme dont la vedette était Pierre Fres-nay, avec Lucien Nat et Gaby Morlay.Il était (une fois de plus) un avocat véreux.C'est en 1949 qu'Henri Norbert arriva au Canada.En principe, c'était pour trois mois.France-Film avait engagé, à Paris, une troupe composite, pour une série de représentations qui ont eu lieu au Théâtre Arcade.Celui qui organisait la tournée, Anthony, acteur chez Dullin, sollicita Henri Norbert qui, en premeir, hésita.C'est Jean Cocteau et Valentine Tessier qui le décidèrent.Jean Cocteau lui dit : \u2014 Tu as la gueule de Renoir et son talent.Vas-y, mon vieux.Le fait est qu'il est exact qu'Henri Norbert ressemble à Pierre Renoir, de regretté mémoire.La troupe arriva donc à Montréal et remplit son engagement et son programme.Elle donna Le pêcheur d'ombres, L'histoire de rire.J'ai 17 ans, Jupiter, etc.Et je pose à Henri Norbert l'inéluctable question :\t« Pourquoi, étant l'artiste coté que vous étiez à Paris, avez-vous préféré rester à Montréal ?» Henri Norbert sourit : \u2014 Pour deux raisons, dit-il.La première, pour céder à l'amitié de quelques jeunes qui m'avaient adoptés, Denyse Saint-Pierre, son mari, Paul Colbert, d'autres encore, à qui j'avais commencé de donner des leçons et qui me prouvèrent que je leur étais nécessaire.Puis encore, parce qu'il est dans mes principes de ne jamais céder devant les petites « vacheries » qu'on a tendance à faire aux nouveaux venus.J'ai été en butte à tant de tracasseries, petites et grandes, que j'ai voulu prouver que je pouvais m'élever au-dessus de cela.\u2014 Je me suis donc établi comme professeur (et il le fallait bien car pendant près de deux ans la scène comme la radio m'ont boudé) et j'ai eu rapidement des élèves.J'en citerai seulement quelques-uns : Monique Lepage, Ginette Letondal, Béatrice Picard, Edgar Fruitier, qui et qui ?.\u2014 Mais, travaillant aussi ssidû-ment que vous le faites, à quel moment donnez-vous vos leçons ?\u2014 Ça dépend, répond Monsieur de.Parfois à 9 heures du matin, parfois à minuit.Mes élè-[ Lire la suite page suivante ] .et le Ciel t'aidera par JEAN COMPOSTELLE Prévisions astrologiques générales pour la semaine du 20 au 27 décembre pour vous qui êtes né sous le signe : DU BELIER (21 mars - 20 avril) Vous vous sentirez nettement mieux, plus A même de résister physiquement et moralement aux luttes quotidiennes.Après le milieu de la semaine, vous pourrez neter, autour de vous, un heureux et appréciable changement d\u2019atmosphère.DU TAUREAU (21 avril - 20 mai) ms Semaine importante, en ce sens qu\u2019elle donne davantage conscience de ses responsabilités, surtout en ce qui concerne les enfants et le domaine affectif.Une succession de petites satisfactions peut être espérée.DES GEMEAUX (21 mai - 21 juin) Semaine qui commencera mal mais qui finira bien.Belle chance en amour et vos affaires de coeur dépasseront vos espérances.Vcus devrez seulement vous défier d\u2019un excès de générosité et de naïveté qui pourrait vous desservir.DU CANCER (22 juin - 23 juillet) Des tâches urgentes vous attendent.Vous auriez intérêt à régler d\u2019avance votre emploi du temps afin de simplifier vos occupations.Vers la fin de la semaine vous aurez affaire â une personne peu agréable.DU LION (24 juillet - 23 août) Ne prenez pas de risques financiers et contrôlez strictement vos achats, sinon vous aurez de sévères déceptions.A la fin de la semaine, vous aurez l\u2019occasion de faire apprécier votre serviabilité.Mais soyez discret.DE LA VIERGE (24 août - 23 septembre) fs» Une difficulté s'opposera à la réalisation d\u2019un projet que vous Jugez important.Toutefois, si vous ne cédez ni au découragement ni à l'impatience, vous réussirez â avoir gain de cause.Quelqu\u2019un vous donnera son amour.DE LA BALANCE (24 septembre - 22 octobre) Si vous travaillez dans le domaine artistique ou publicitaire, vous y apporterez une note originale qui vous vaudra la considération de votre entourage et surtout de vos employeurs.Quant â votre santé, amélioration en vue.DU SCORPION (23 octobre - 22 novembre) Dans un milieu qui vous est nouveau et où l\u2019on vous introduira, vous pourrez recevoir un accueil encourageant et un soutien efficace.Mais â condition que vous sachiez laisser percer vos sentiments au lieu de les contenir.DU SAGITTAIRE (23 novembre - 21 décembre) mm Encore une benne semaine dans l\u2019ensemble.La première moitié surtout marquera un regain d\u2019activité.Vous travaillerez avec sang-froid et prévoyance, en faisant montre d\u2019un remarquable sens de l\u2019organisation.DU CAPRICORNE (22 décembre - 20 janvier) Vous devrez un certain nombre de succès et de satisfactions à l\u2019estime qu\u2019on vous porte.Des personnes âgées auront sur votre vie et sur vos travaux une heureuse influence ; elles sauront vous encourager dans vos recherches.DU VERSEAU (21 janvier - 29 février) Cupldon sera, cette semaine, volontiers câlin, mais la passion violente ne sera pas votre affaire.Vous préférerez à celle-ci une vie amoureuse fnite de mille petits attraits charmants.Prenez garde à l\u2019extrême nervosité.DES POISSONS (20 février - 20 mars) Votre vitalité ne sera pas dans une de ses meilleures périodes pendant cette semaine.Il importera donc ( ue vous ménagiez vos forces et que vous évitiez tout ce qui pourrait troubler votre état de santé.Sobriété surtout. 30 Le Samedi, Montréal, 27 décembre 1958 ves le savent et ils n'ignorent pas non plus que dans notre métier, ce qui compte, c'est la compréhension et le sens du devoir.La question d\u2019heure n'existe pas.Le théâtre n'est pas une blague, une plaisanterie.On ne fait de progrès que lorsqu'on s'y donne corps et âme.La carrière canadienne d'Henri Norbert n'a pas été moins féconde que celle qu'il avait faite en France.Il a joué, avec le T.N.M.La nuit du 16 janvier, Tartuffe (rôle-titre) Le Maître de Santiago et Les Trois Farces.Dernièrement, avec Fernand Ledoux (Tartuffe) il jouait Orgon.Avec le Théâtre-Club de Monique Lepage, il joua Témoin à charge et avec le Rideau Vert, d'Yvette Brind'amour, cette Anastasia qui fut si contestée.Et aussi, quand Henri Poitras avait son Théâtre du Rire, Henri Norbert joua, avec Juliette Béliveau et Olivette Thibeault La Heur d'oranger et /'y suis, j'y ou à l\u2019autre.Et plus le spectateur a de tempérament, plus il y aura d\u2019incidents, qui peuvent être graves, si les autorités n\u2019y voient pas de près.Il y a aussi les gens très bien qui planent au-dessus des contingences, discutent avec sang-froid et impartialité, quand les joueurs ne sont pas sur le terrain.Ces gens très bien ne se possèdent plus dès que la partie est commencée et que leur équipe favorite a le dessus.Et ce monsieur des sièges près de l\u2019arène à la lutte.Il n\u2019a pourtant pas l\u2019habitude, hors de l\u2019enceinte sportive, d\u2019interpeller une personne qu\u2019il ne connaît pas.L\u2019autre soir, tout en gesticulant, il se mit à protester, le feu aux yeux, d\u2019une voix trop faible pour que l\u2019arbitre l\u2019entendît.Mais sa compagne criait d\u2019une voix aiguë, ce qui sembla le soulager toujours un peu.A plusieurs séances de boxe, un grand nombre de spectateurs veulent de la bagarre et du sang, quoi qu\u2019il puisse advenir à celui qui est frappé.Si l\u2019arbitre interrompt judicieusement un combat devenu trop inégal, c\u2019est-à-dire si l\u2019un des deux combattants ne peut plus se défendre et, conséquemment, peut être vie- Cela a été un cri, et je me suis abattue contre lui, toute secouée de gros sanglots enfantins.\u2014 Oh ! si, Jacques, je vous aime.Je n\u2019ai jamais cessé de vous aimer, presque depuis nos premières rencontres.Si vous saviez comme j\u2019ai souffert de notre brutale séparation.Seulement j\u2019avais cru, n\u2019est-ce pas, que vous, vous ne m\u2019aimiez pas peut-être autant que je l\u2019aurais voulu.Voilà qu\u2019aujourd\u2019hui vous revenez et votre premier mot c\u2019est : « Je vous aime, Germaine, voulez-vous être ma femme ?» Vous me dites que vous n\u2019avez jamais cessé, vous non plus, de penser à moi, que vous viviez dans l\u2019espoir de me retrouver pour que nous poursuivions notre existence ensemble.A présent je comprends tout, reste, ainsi que Le tampon du ca-piston.A la radio, il fut d'à peu près tous les romans-savons : Francine Louvain, Rue Principale, Maman Jeanne, Docteur Claudine, Vie de femmes, etc., et, à la télévision, il fut un des protagonistes de San g et Or.Et bien entendu, il prit part à un grand nombre (trop grand pour en donner le décompte) de téléthéâtres et autres grands programmes dramatiques.Quand je l'ai interviewé.Henri s'apprêtait à répéter Le père Jules pour En Première sous la direction de René Verne.Il prendra part aussi au téléthéâtre Le Bossu, réalisation Florient Forget.Henri Norbert est retourné quelques fois en France, pour son plaisir, pour revoir sa famille.Il est fidèlement revenu au Canada devenu sa seconde patrie.Il s'y plaît.Il y a ses élèves, qui sont comme ses enfants, ses amis, bref, il a su s'y faire une place, et ce n'est pas nous qui nous en plaindrons.\tO.O.time d\u2019un accident grave à la suite d\u2019un coup de poing, un groupe important de spectateurs lancent une bordée d\u2019injures à son adresse.Il faut bien le dire, ces gens ignorent presque tout de la boxe et de ses règlements.A peu près tous les sports déchaînent les mêmes réactions.Du moment qu\u2019il y a contrôle, décisions rendues par les arbitres, les mêmes erreurs produisent les mêmes effets.Quelques circonstances seules sont différentes.Au football, on devrait mieux renseigner le public.Ce dernier donnerait moins libre cours à son indignation, si l\u2019on donnait au microphone les raisons pour lesquelles les arbitres ont rendu leurs décisions de telle ou telle manière, dans les moments critiques en particulier.Nos suggestions n\u2019ont pas la prétention d\u2019être parfaites, tant s\u2019en faut.Leur seul dessein est d\u2019attirer l\u2019attention de nos dirigeants et de les inviter à faire quelque chose dans ce sens.Alors, il y aurait moins de protestations à tort et à travers.Et aussi moins de provocations.et je suis si bouleversée, Jacques, et si heureuse, heureuse.Jacques m\u2019a assise dans le grand fauteuil qui trône au milieu de la chambre.D\u2019une voix très douce, il me dit : \u2014 Mais vous, Germaine, qu\u2019êtes-vous devenue ?Jamais vous ne me parliez de votre situation dans vos lettres.Je suis restée interdite.C\u2019est vrai, il ne sait pas.Comment lui raconter tout cela ?Pourvu qu\u2019il ne prenne pas ombrage de l\u2019amitié d\u2019Amédée Ouvrard, ou qu\u2019il n\u2019aille pas supposer que l\u2019obtention de son prix n\u2019est pas dû qu\u2019à son seul mérite, mais à des influences omnipotentes ! Avec d\u2019infinies précautions, je lui raconte tout, depuis le début, com- ment je m\u2019étais trouvée sans situation, ma visite à celui qui devait devenir mon patron, sans oublier l\u2019histoire du train de Lausanne, principe de ce qui se passa par la suite.Je me contente de passer sous silence le sentiment que je suis certaine d\u2019avoir deviné chez Amédée Ouvrard et j\u2019escamote le plus que je peux de nos longues conversation au sujet de son concours.L\u2019histoire du faux cousin aussi fait partie de ce que je garde pour moi.Jacques m\u2019écoute.Tout se passe parfaitement.Mais voici que tout à coup il me déclare qu\u2019il lui faut rendre visite aux membres du jury, à Amédée Ouvrard tout le premier.Il a l\u2019intention d\u2019y aller cet après-midi même pour le remercier et lui demander conseil.Me voilà affolée, d\u2019autant plus que dans sa joie, Jacques m\u2019explique qu\u2019il va lui faire part lui-même de nos fiançailles et le remercier à ce titre de tout ce qu\u2019il a fait pour lui.Et moi qui ai menti à l\u2019excellent M.Ouvrard, et Jacques qui va le savoir ! et mon patron qui a été sur le point de me demander en mariage.C\u2019est affreux ! Il a beau être la bonté même, je risque qu\u2019il m\u2019en veuille affreusement et que sa colère se tourne contre Jacques et sa carrière qu\u2019il peut, s\u2019il le veut, protéger et rendre plus rapide.\u2014 Nous allons déjeuner ensemble, Germaine chérie, dit Jacques, et après nous irons ensemble chez M.Ouvrard.C\u2019est assez naturel, puisque vous travaillez avec lui.C\u2019est dans ces moments-là qu\u2019il faut que l\u2019esprit soit rapidement inventif.\u2014 Mon petit Jacques, dis-je, déjeuner ensemble, aller rue de Courcelles ensemble, c\u2019est entendu.Mais je ne vous attendais pas ce matin, j\u2019ai.des obligations professionnelles et des rendez-vous pour mon patron d\u2019ici onze heures.\u2014 Mais je vous en prie, mon petit.Je vous attendrai ici dans ce cadre qui a été le vôtre tant de mois et que je ne connaissais pas.C\u2019est égal, ajoute-t-il avec malice, quelle petite cachottière vous faites.Si je me doutais que vous travailliez chez un architecte.Et quel architecte ! Je l\u2019embrasse.Je mets mon chapeau en hâte, pas trop rassurée sur ce qui va se passer dans un quart d\u2019heure.Dehors, je hèle un taxi.Me voici.Me voici arrivée.Je grimpe les étages comme une démente, je sonne, j\u2019entre.XIII T je me trouve nez à nez avec Amédée Ouvrard, debout, qui me reçoit les bras ouverts.\u2014 Ma petite fille, qu\u2019arrive-t-il?Ce qu\u2019il y a de plus simple dans la vie, c\u2019est encore la vérité.Je n\u2019ai pu.devant mon bienfaiteur, que me confesser, humblement, comme une toute petite fille.Un sourire voilé passa sur le visage de l\u2019excellent homme.\u2014 Je m\u2019étais toujours bien un peu douté, dit-il très doucement, que ce fameux cousin Jacques n\u2019était votre cousin que de très loin .Je voudrais être à cent pieds sous terre.Je crois bien que je n\u2019oserai jamais continuer ma confession jusqu\u2019à mes récentes fiançailles.Heureusement, c\u2019est lui qui vient à mon secours.\u2014 Seulement, quand on n\u2019est pas de la famille, dit-il avec un rien de malice, on peut parfois le devenir.Qu\u2019en pensez-vous, ma petite amie Germaine ?Mais ne baissez pas le nez comme cela.C\u2019est très gentil, mon petit.Voyons, venez ici près de moi.Vous l\u2019aimez, n\u2019est-ce pas, votre grand artiste ?Si vous vous êtes tant dépensée pour lui, ce n\u2019est pas uniquement par sympathie.Parbleu ! Et il ajouta comme pour lui-même: \u2014 C\u2019est tellement naturel ! C\u2019est la première idée qui m\u2019était venue lorsque vous m\u2019en avez parlé la première fois.Après.je me suis mis à douter un peu.mais aujourd\u2019hui, j\u2019en suis bien sûr ! Une telle bienveillance se lit dans ce regard d\u2019homme que je me sens émue à pleurer Je réponds oui, avec la tête.Il y eut une minute de silence qui me parut un siècle.Je sentis plus que je ne vis, Amédée Ouvrard haussant les épaules, puis faire quelques pas.Je ne savais pas du tout si j\u2019allais lui sauter au cou ou fondre en larmes.Je l\u2019entendis murmurer : \u2014 Quels enfants nous sommes.quels incorrigibles enfants ! Un voile passa devant ses yeux comme si un combat intérieur se livrait en lui et je l\u2019aperçois qui se dirige d\u2019un pas vif vers le téléphone, décroche le récepteur : \u2014 Allô! Opéra 40-15.Oui, le monsieur qui doit attendre Mlle Lau-zun est-il là ?Comment ?Oui ?.Bien.Voudriez-vous lui dire que sa fiancée, Mlle Lauzun.Que va-t-il dire ?\u2014.l\u2019attend au No 47, de l\u2019avenue de Courcelles, chez M.Ouvrard.Oui, s\u2019il vous plait.Merci.A Ce qui devait arriver par la suite je le revois comme on se souvient d\u2019une belle histoire.A peine Jacques, plus intimidé qu\u2019il voulait bien le laisser paraître, fut-il introduit, qu\u2019Amédée Ouvrard alla au-devant de lui : \u2014 Je suis heureux, jeune homme, dit-il, de faire votre connaissance et de féliciter le très beau talent à qui le jury a décerné, à l\u2019unanimité, le prix de la Ville de Paris.Mlle Lauzun, qui fut ma très précieuse collaboratrice, m\u2019a annoncé ses fiançailles à l\u2019instant.Elle vous aime, monsieur, on pouvait plus mal choisir.Je ne puis que vous en féliciter.Il s\u2019arrêta, puis reprit, presque bas : \u2014 Vous êtes si jeunes, tous les deux ! si admirablement jeunes ! « Alors, si vous ne trouvez pas cela, comment dirai-je, par trop solennel, continue-t-il, je vous dirai de tout mon coeur que je n\u2019ai pas en ce moment de plus cher désir que de vous donner ma bénédiction en vous souhaitant à l\u2019un et à l\u2019autre, un long bonheur stable et de belles années de réussite.Je ne saurai répéter les paroles de reconnaissance qui sont sorties de mes lèvres ni celles que Jacques dut prononcer lui aussi.Mais ce que mes oreilles entendent toujours, c\u2019est la voix du grand brave homme devant nos deux êtres extasiés, progressivement rapprochés l\u2019un de l\u2019autre.\u2014 Eh bien ! dit-il, la gorge serrée, embrassez-vous, mes enfants ! Xavter Daltour DANS LE MONDE SPORTIF [Suite de la page 11 ] LE COEUR MASQUE [Suite de la page 22] Le Samedi, Montréal, 27 décembre 1958 31 MARIA SCHELL, LE MONSTRE.[ Suite de la page 14 ] l\u2019humain dans un monde mécanisé jusqu\u2019à l\u2019âme.Pour donner au monde cette douceur et cette illusion.Maria Schell a sacrifié en bonne partie sa vie et son bonheur personnels.Les moments passés avec son mari n\u2019ont été que de très brèves vacances pour elle.Ils n'ont pas même eu de voyage de noces.Son plus beau souvenir reste donc le jour de son mariage, parce qu\u2019il fut aussi peu cinéma que possible : pas d\u2019invités au mariage civil, pas de photographes pendant la cérémonie, qui se déroula dans la maison des parents de Maria, à Monaco de Bavière, afin d\u2019assurer une totale intimité à la cérémonie.Quelques photographes et journalistes protestèrent.\u2014 Je ne suis pas Grace Kelly, leur dit sèchement Maria Schell, et mon mariage n\u2019est pas votre affaire.Le jour du mariage religieux dans sa longue robe d\u2019organdi blanc, toute simple, ne se distinguant en rien de celle d\u2019une petite bourgeoise, elle semblait une charmante « Gretchen » entamant une paisible existence vouée toute entière au foyer et aux enfants.Quand Horst Hoechler lui enfila l\u2019anneau au doigt, elle eut un geste ravissant : se b a i s s a n t, elle embrassa furtivement la main qui venait de la lier pour le meilleur et pour le pire.Elle respectait, ce faisant, une charmante coutume locale.La cérémonie religieuse fut forcément moins intime que la cérémonie civile.Des centaines d\u2019amis étaient venus de Munich, de Salzbourg, de Vienne, de Paris et de Londres, s\u2019entasser dans la vieille église baroque de Staingaden, aux environs de Munich.Bien que cette fois encore le jeune couple eût choisi cette petite église discrète, et non pas l\u2019une des églises où se déroulent les grands mariages de Munich, il fut impossible d\u2019éviter l\u2019afflux des photographes et des reporters.Elle était encore à peine connue en Europe, grâce à la consécration de son interprétation du « Dernier Pont », au Festival de Cannes, et totalement inconnue en Amérique.Mais déjà René Clément la réclamait, pour tourner « Gervaise », dont le sujet l\u2019enthousiasma.Pendant les semaines qui suivirent son mariage, elle travailla autant son français qu\u2019une étudiante se préparant à un important examen.Dès le début du tournage, les choses se gâtèrent.Maria, habituée à discuter veau style.Elle a assuré aussi l\u2019extraordinaire continuité de l\u2019inspiration et de l\u2019interprétation de Duke Ellington, et sa place dominante dans le jazz américain.Dès le début, il fut un maître dans l\u2019art de choisir ses musiciens et de leur infuser ses propres idées sur le jazz, ce qui lui a permis de faire de son orchestre un tout harmonieux, très éloigné de la sainte pagaie régnant dans d\u2019autres formations de talent.Mais en même temps il veillait à conserver à chacun toute sa personnalité.Au point que, contrairement à ce qui se passe dans d\u2019autres orchestres, il a toujours tenu à ce que chaque musicien possède ses propres instruments.A son arrivée en Angleterre, le mois dern\u2019er.l\u2019officier des douanes lui demanda : \u2014 Et tous ces instruments ?\u2014 Ils appartiennent aux musiciens, répondit « le duc ».Mes gar- minutieusement chaque plan avec les metteurs en scène allemands, et à les voir souvent céder devant ses propres conceptions, fut désarçonnée par ce jeune réalisateur qui ne prenait conseil que de lui-même, et dont les conceptions artistiques, toutes latines et très personnelles, étaient radicalement à l\u2019opposé des siennes.\u2014 Je n\u2019ai jamais autant pleuré que pendant le tournage de ce film, a-t-elle avoué depuis.Et cela n\u2019avait rien à voir avec le scénario.Car, loin de se montrer docile devant une volonté supérieure, elle se « braquait » et durcissait ses positions.Souvent, elle n\u2019en fit qu\u2019à sa tête.Le résultat fut que Maria, une fois de plus, sut se mettre en valeur au maximum, et obtint le grand prix d\u2019interprétation à la Biennale de Venise, mais que René Clément l\u2019accusa sans ambages d\u2019avoir édulcoré le personnage de Gervaise, ce qui dénaturait toute sa conception de l\u2019oeuvre.Emile Zola eût sans doute été de son avis.Puis il y eut l\u2019histoire du doublage.Maria Schell avait fait de remarquables progrès dans la prononciation française, langue qu\u2019elle connaissait déjà de longue date.Mais son accent n\u2019en restait pas moins très germanique.Quand Clément lui dit qu\u2019il allait la doubler, elle entra dans une rage folle.\u2014 Je vous demande six mois pour perdre mon accent ! dit-elle.\u2014 Vous êtes folle ! s\u2019insurgea Clément.Vous ne pouvez arrêter une production pendant six mois pour vous offrir cette satisfaction personnelle, d\u2019autant que vous ne perdrez jamais complètement votre accent.\u2014 C\u2019est ce que nous verrons, rétorqua Maria.Si vous ne l\u2019acceptez pas, je vous y contraindrai par voie de justice.René Clément crut d\u2019abord qu\u2019elle plaisantait.Il ne réalisa la situation qu\u2019en recevant les premiers papiers bleus.Selon les termes du contrat qu\u2019il n\u2019avait pas assez attentivement étudié, Maria Schell était en effet en droit d\u2019exiger de se doubler elle-même.A force de volonté, elle parvint à transformer son accent germanique en accent méridional, et enregistra six mois plus tard, comme elle l\u2019avait décidé, la bande sonore du film, au milieu de l\u2019hostilité des techniciens.Quand le film put enfin être présenté, au Festival de Venise, elle récolta la récompense de son acharnement, Michel Andrieux.çons, voyez-vous, sont de grands individualistes.\u2014 C\u2019est que, répondit rudement le douanier, bien des chefs d\u2019orchestre américains qui viennent jouer ici apportent des instruments qu\u2019ils revendent aux musiciens des orchestres anglais.Cela est interdit.\u2014 Je le pense bien! s\u2019exclama le « duc ».Comment peut-on revendre ses propres instruments ?L\u2019orchestre de Duke n\u2019a cessé de s\u2019agrandir, ce qui a quelque peu diminué sa qualité depuis son époque d\u2019or, les années 1939-1941.Il y a une raison à cela.C\u2019est que le « duc » est un patron si gentil que ses musiciens ne le quittent jamais.et qu\u2019il n\u2019a jamais le coeur de se séparer d\u2019eux.Comme l\u2019a dit l\u2019un de ses musiciens : \u2014 Duke joue au piano, mais son véritable instrument, c\u2019est son orchestre.LA MAFIA Bugsy est rayé du nombre des vivants Les juges de Siegel firent dresser, par les exécuteurs qu\u2019ils désignèrent, le plan de sa mise à mort.Au début de juin 1947, Virgie reçut de Paris une invitation à venir visiter la France.Buggsy, auquel elle s\u2019en ouvrit aussitôt déclara : « Tu resteras ici ! » Virginia, bien que fortement contrariée, obéit.Quarante-huit heures plus tard, deux hommes de la bande d\u2019Al Capone prirent l\u2019avion pour Los Angeles.Buggsy et Virginia habitaient alors au « Flamingo ».Or, un soir, une jeune femme blonde, qui vendait des cigarettes dans la salle du restaurant, fit à haute voix une remarque désagréable sur l\u2019ex-héritière de l\u2019or noir.Celle-ci, furieuse, bondit sur l\u2019insolente et lui administra une magistrale paire de claques.Buggsy, craignant sans doute que la dispute ne dégénérât en bagarre générale, s\u2019interposa et s\u2019adressant à Virginia lui ordonna : « Sors immédiatement de la salle ! Une dame ne se conduit pas ainsi.» Virginia quitta la salle, Buggsy la suivit et lorsqu\u2019ils furent loin des regards curieux, il la gifla brutalement à son tour.La belle fille, rongeant son frein, attendit une occasion favorable pour se venger.Celle-ci lui fut fournie dès le lendemain matin.Quand elle descendit comme à l\u2019accoutumée pour le petit déjeuner, elle trouva Buggsy déjà installé à son bureau, chiffrant son déficit de la veille.Virginia lui jeta un regard méprisant, et lui lança : \u2014 Ta chemise est sale.Si tu veux que je déjeune avec toi, va en mettre une autre ! Siegel qui, comme tous les gangsters, possédait des douzaines de chemises, fut surpris par son apostrophe et il le dit sans détours à Virginia.Une violente querelle éclata.Virginia, au comble de la fureur, s\u2019enfuit dan3 sa chambre et empila rapidement quelques vêtements dans une valise.Quelques minutes après, elle quittait le « Flamingo » sans esprit de retour.Deux jours plus tard, l\u2019avion dans lequel elle s\u2019était embarquée atterrissait à Orly.Les événements continuèrent de s\u2019enchaîner curieusement.Siegel, dès que Virginia se fut enfuie, retourna à Los Angeles.Quarante-huit heures plus tard, il invita à dîner, dans un restaurant voisin de la mer, deux de ses bons amis : Charlie, le frère de Virginia, et Al Smiley, son propre secrétaire, ainsi qu\u2019une jeune femme qui servait de secrétaire à Virginia.Le dîner achevé, tous quatre rentrèrent dans la magnifique villa que Buggsy avait louée à Beverley Hills pour Virginia, et où ils habitaient lorsqu\u2019ils n\u2019étaient pas au s Flamingo ».Charlie et la secrétaire de Virginia se retirèrent dans leur chambre et Buggsy resta seul avec Al Smiley.Us s\u2019installèrent pour continuer à bavarder dans le salon de Virginia.Assis sur un divan, chacun d\u2019un côté de la grande baie, ils humaient avec délices le parfum d\u2019un immense parterre de roses que Ben avait fait édifier en contrebas.C\u2019est au moment où un long silence venait de s\u2019installer entre les deux hommes que brusquement une rafale de coups de feu s\u2019abattit du jardin.Elle fit voler en éclats les vitres de la porte-fenêtre.Neuf balles de revolver atteignirent Buggsy à la tête.Tout un côté DUKE ELLINGTON\t[ Suite de la page 5 ] [ Suite de la page 9 ] de son visage fut emporté.Dans son coin, Smiley n\u2019essuya pas une égrati-gnure.Qui était l\u2019assassin \u2014 ou les assassins \u2014 posté dans le jardin ?Mystère.Le motif de l'exécution ?Incontestablement, les vantardises du racketeer et 1 habitude qu\u2019il avait prise do s\u2019adresser à ses « associés » et à ses supérieurs sur un ton qu\u2019ils n\u2019admettaient pas.Incontestablement aussi, le fait qu\u2019il ne montrait pas d\u2019empressement à payer ses dettes.Quelques heures plus tard, un journaliste américain transmettait à Virginia la nouvelle de l\u2019attentat dont Buggsy avait été victime.Tout d\u2019abord, elle refusa de croire à la mort de son < Ben » bien-aimé.Puis elle s'effondra en larmes, répétant inlassablement : \u2014 Ben était le seul homme que j\u2019aie jamais aimé .Pourquoi, pourquoi, ne suis-je pas morte à ses côtés ?Mais dans les milieux t mafistes », les larmes de Virginia furent accueillies avec le plus grand scepticisme.De même, d\u2019ailleurs, que par les membres de la Commission Kefauver.On se demandait si la « Rose de la Mafia » n\u2019avait pas été prévenue du sort qui attendait son amant et si la scène des gifles n\u2019avait pas été préparée à l\u2019avance ?Et son départ pour Paris, était-ce seulement une curieuse coïncidence ?Le testament \"épouvantail\u201d La comparution de Virginia devant la Commission Kefauver, qui se déroula d'ailleurs sans incidents, et dont il ne sortit pratiquement rien d\u2019intéressant, semble bien avoir été le « chant du cygne » de la « Rose de la Mafia ».Un curieux silence s\u2019établit autour d\u2019elle peu après.Un jour, pourtant, elle fut surprise par des reporters, dans la résidence napolitaine de Lucky Luciano.Elle voyageait en compagnie du fidèle Epstein.De temps à autre, les échos des journaux dépeignent Virginia comme lasse de la vie.Ils lui attribuèrent même quelques tentatives de suicide par l\u2019absorption de doses massives de narcotiques.Mais personne ne semble attacher foi à ces racontars, et l\u2019un des familiers de Virginia, qui semble bien connaître la psychologie troublante de la «Rose de la Mafia», disait récemment: \u2014 La fine mouche a, depuis fort longtemps déjà, rédigé son testament.Elle l\u2019a fait établir en trois exemplaires, déposés par ses soins dans trois banques différentes.Or, ce testament contient des précisions susceptibles d\u2019envoyer à la chaise électrique les vingt plus puissants personnages de la Mafia.Les intéressés ne l\u2019ignorent pas.Ils n\u2019ignorent pas non plus que Virginia a donné l\u2019ordre aux banques d\u2019ouvrir son testament aussitôt après sa mort.Aussi, toutes les fois que la rusée Virgie a des embarras d\u2019argent, elle absorbe quelques tablettes de somnifère, juste la quantité nécessaire pour la plonger dans un sommeil un peu prolongé.La presse s\u2019emparant de chacune de ses tentatives de suicide la déclare dans un état désespéré.Les puissants chefs de la Mafia, alertés par les échos des journaux s\u2019ils ne l\u2019ont déjà été secrètement, savent ce qu\u2019il leur reste à faire.Une pluie de mandats télégraphiques s\u2019abat aussitôt sur le lit de la clinique, où la belle fille, en réalité, ne dort que d\u2019un oeil.Le tour, une fois de plus, est joué.Et l\u2019ingénieuse « Rose de la Mafia » le renouvellera aussi longtemps qu\u2019elle aura de pressants besoins d\u2019argent.(Copyright Opera Mnndi) 32 Le Samedi, Montréal, 27 décembre 1958 ARSÈNE LUPIN tL ewian-cciwibrioieur h fiole d'après l'oeuvre de MAURICE LEBLANC o a O ?OI 3oaoi lonoc I0E30E IODOE IOE30I 30C30E 30E30E 3QBOE CONTE ILLUSTRE DU \"SAMEDI\u201d \u2014 CENT-UNIEME EPISODE B LENDEMAIN.DANS LE 7 BUREAU DE M.LENORMAND, LE CHEF DE LA SURETE^ \u2018 chef! vous avez VU LES JOURNAUX ?HUM .UNE LETTRE OUVERT! D'ARSENE LUPIN QUI M'EST PRESSEE ET QUI VOUS COMPLIMENTE P' AVOIR DEVINÉ QU'IL N' ÉTAIT PAS 'ASSASSIN KESSELBACH 401 C»t>yntkt opera mundi - Hachette -Claude Mblanc Bk5R£ ! LUPIN me propose PE M'ASSISTER DANS LA POURSUITE PU VÉRITABLE ASSASSIN DE KESSELBACH «.ARSÈNE LUPIN, ALUÉ DE LA POLICE, N'EST-CE PAS IMPRÉVU?A SUIVRE PERSONNELLE -\t- MENT.era mundi \u2022 Hachette - Claude Lebkmc Copyright op sjOt LISEZ ENCORE CECI.CWEF*.LUPIN DIF \"L'AFFAIRE KESSELBACH EST SI INTERESSANTE ET SI DI6NE DE NON ATTENTION QUE JE SORS DE MA RETRAITE POUR \u2018EN OCCUPER MERCI ENCORE, CHER M.LENORMAND, D'AVOIR PROUVEQO'ARéÊNELUPIN NB TUE PAS-JE TIENS ESSENTIELLEMENT À VOTRE ESTIME ET A' CELLE DE MES CONTEMPORAINS-\u2019tf ' asueyk: -ET UN POST-SCRIPTUM ?COMME IL EST INCONVENANT QUE LE SIEUR MARCO POURRISSE SUR LA PAILLE, HUMIDE DE VOS CACHOTS, JE VOUS PREVIENS LOYALEMENT QUE DANS 3 SEMAINES EXACTEMENT, JE LE FERAI ÉVADER END AN T CE TEMPS, DEUX FEMMES SE PROMENENT DANS UN PARC VERDOYANT, PRES DE G ARCH ES.VOYONS,MADAME KESSELBACH IL FAUT REPRENDRE GOÛT A lA VIE* C i,pynghi opcfo mundi Hachent.Claude teblan VOUS ETES JEUNE ET JOUeTTjE SUIS SI NE PENSE2 PAS _____LASSE, MA toujours a' Æmnr/ ghêpe LA MORT DE\tGENEVIÈVE,.VOTRE /ÊÊWÊtT WÉW PAUVRE JËWê&r t MARI-\t/ L' 'T;, ce SONT EUES.c'est UNE CHANCE QUE M*6 KESSELBACH AIT CHOISI CET ENDROIT POUR SE REPOSER,SUR LA FOI D'UN SIMPLE A PROSPECTUS.Ia suivre mi MbS-y FRÉDO-.ET TACHE DE BIEN v JOUER TON COLE.A OH! QUI ETES-VOUS\u2019 /SIMPLEMENT CETTE QUE VOULEZ-VOUS* /BOURSE QUE VOUS -^^^sVportez au bras' ictte - Claude Copyright opéra gutndi \u2022 Had A'/JE m±
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