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Titre :
Le samedi
Éditeur :
  • Montréal :Société de publication du "Samedi",1889-1963
Contenu spécifique :
samedi 24 octobre 1959
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque semaine
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Le samedi, 1959-10, Collections de BAnQ.

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[" i «1* 71 e année.No 13, Montréal, 24 octobre 1959 LE MAGAZINE NATIONAL DES CANADIENS \u2022\tCes sept surhommes vont conquérir l\u2019espace *\tLes nouvelles en bref du Samedi-Express Muta IBM W \u2022 iVr r \\ .V / pw nrnwua» ium\t.s\t1\t\t\t» \u2019 .\tMMMi : \u2022 A MÉ!\tCK»*®***\tH\tp*** ^¦1\ts \t\tv ¦.-\t\t \tÇp*\t\t» jc&v\tÜ® jy\t^\t\t\u2022 ^ ^\t1-r\tif?\t\t1 \t\t\t \t\t\t¦m y .v' ¦-¦'¦\u2022 iV\t \t\t\t\t¦ V \u2022 lB 2 Le Samedi, Montréal, 24 octobre J959 XÀn film Jy\tUniversal - international \"TH\tIIS EARTH IS MINE\" DOROTHY McGUIRE et ROCK HUDSON dans une scène du film.,çJSIj Philippe Rambeau (Claude Rains) possède dans la vallée de la Californie, à l'époque de la prohibition, le plus grand vignoble au monde.Dans le but d'agrandir encore son empire agricole, il fait venir d'Angleterre sa petite-fille, Elizabeth (Jean Simmons) à qui il veut faire épouser André Swann (Francis Bethencourt), l'héritier d\u2019un autre important domaine vinicole.Mais Elizabeth devient amoureuse de John Rambeau, le petit-fils de Philippe.C'est une nature rebelle, emportée.Mais bien des événements surviendront susceptibles d'empêcher l'aboutissement normal de ces amours difficiles.L'aïeul Philippe Rambeau, mourra, à la suite de quoi le domaine familial sera subdivisé.Un groupe de spéculateurs de New-York tentera de s'emparer de toute la vallée.John, pour sa part, sera blessé et restera longtemps infirme.Tous ces rebondissements de l'intrigue, survenant dans le cadre idéal de la Californie, font de ce film un succès de la production hollywoodienne.Dans la distribution : Claude Rains, Jean Simmons, Rock Hudson, Kent Smith, Dorothy McGuire, Anna Lee.iSStSS&Sm [«s K4r'J' WM* SSISR slip; Le Samedi, Montréal, 24 octobre 1959 3 Le Samedi 24 octobre 1959 -S< ommairc 2 Un film : This Earth Is Mine 4\tEditorial : La République des Femmes 5\tA Miami, les animaux aquatiques tiennent la vedette 6\tTélévision : Premier Plan 7\tLe nouveau premier ministre : L'Hon.Paul Sauvé 8\tPar la conquête des grands espaces, se prépare le monde de demain 10 Les véhicules de l'avenir 10\tNe laissez pas vos enfants jouer avec les fusées 11\tLa machine à écrire existe depuis deux siècles 14 Autos-Nouvelles du monde entier.16\tL'arme secrète des Russes : L'éducation de la jeunesse 17\tUn roman d'amour complet : La Croisière de l'Espérance, par Philippe Mouret 20 Horoscope 22 Dis-moi ton nom .24\t.et le Ciel t'aidera 28 Sur toutes les scènes 31 Jeu 35\tDe-ci, de-là 36\tEnigme criminelle : Le secret de la mine 40 Estes Kefauver : Le crime aux Etats-Unis 42 Notre roman-feuilleton : Liée par un serment, par Vayre et Florigni 48\tLes mots croisés géants du Samedi 49\tNotre nouveau roman-feuilleton : La Visiteuse inattendue, par Claude Virmonne 51 Jeu Bédacteur-en-chef : CHARLES LAFRENIERE LES PUBLICATIONS POIRIER, BESSETTE & CIE, LTEE Membres de l'A.B.C., et de l'Association des Magazines du Canada LE SAMEDI \u2014 LA REVUE POPULAIRE \u2014 LE FILM 975 - 985, rue de Bullion, Montréal 18, P.Ç., Can.\u2014 Tel.: UN - 1 - 5757* GEORGES POIRIER Président ODILON RIENDEAU Chef du tirage GEORGES POIRIER, fils Vice-président CHARLES SAURIOL Chef de la publicité Pour tarifs d\u2019abonnements, voir notre coupon dans ce numéro.Published Bi-monthly at Montreal, P.Q.Second-class postage paid at St.Albans, Vermont.Autorisé comme envoi postal de la deuxième classe, Ministère des Postes, Ottawa.^ *\\\t,-^j ¦¦¦ Na» KM .^r' : Kpji Bttm i«0» l Le Monde Merveilleux.des enfants de 6 à 8 ans \u2022C\u2019est un monde affairé et merveilleux que celui des enfants de 6 à 8 ans .et ils feront un pas de plus dans ce monde quand ils \u201cquitteront\u201d le foyer et devront se tirer d\u2019affaire eux-mêmes dans les classes élémentaires.II est d\u2019importance capitale que le père et la mère s'intéressent vivement au travail scolaire de l\u2019enfant.Prenez le temps d\u2019écouter, de louangcr et d'encourager votre enfant; c'est un excellent moyen de lui assurer le succès.Le passage de la maison à l\u2019école.période où l\u2019enfant rencontre de nouveaux amis et apprend à faire face à de nouveaux problèmes.est marqué de quelques-uns des moments les plus délicieux de l\u2019enfance.Toutefois, le monde plus grand dans lequel entrent les enfants de 6 à 8 ans n\u2019est pas toujours un monde paisible .et les conseils sympathiques et rassurants que maman et papa donneront à leur enfant peuvent être aussi indispensables que lorsqu\u2019il était tout petit.Les premières années à l\u2019ccole, par exemple, sont souvent difficiles.L\u2019enfant peut devenir timide ou inquiet.Quand votre enfant se comporte ainsi, c\u2019est le temps de le rassurer .au lieu de lui dire qu\u2019il doit apprendre à faire son propre chemin, et d'exiger de lui plus d\u2019effort.S'il peut compter sur l\u2019appui des siens, tant à la maison qu'à l\u2019école, ordinairement, le jeune enfant s\u2019adapte bien, puis son courage et sa confiance s\u2019accroissent.Même si votre enfant respire la santé, ne négligez pas de le faire examiner régulièrement par le médecin et le dentiste.Ne manquez pas de demander à votre médecin de donner à vos enfants les injections de renforcement dont ils pourraient avoir besoin contre la poliomyélite, le tétanos, la diphtérie et les autres maladies.Puisque votre enfant échappera à votre surveillance de plus en plus, rappelcz-lui de nouveau l\u2019importance d'être prudent.Ne manquez pas de lui montrer où traverser la rue et faites-lui bien comprendre qu\u2019il ne doit la traverser que lorsque le feu est vert.S\u2019il advenait que votre enfant ait des difficultés particulières dans ses études, vous devriez lui faire examiner les yeux et les oreilles.Les défauts de la vue et de l\u2019ouïe, qui pourraient être corrigés, sont souvent la cause d\u2019un progrès médiocre qui peut porter l\u2019enfant à ne pas aimer l'école.\t_____ COLLER CE COUPON SUR UNE CARTE POSTALE COPTRIGHT CANADA 1959 \u2014METROPOLITAN LIFE INSURANCE COUPANT Metropolitan Life Insurance Company (COMPAGNIE À FORME MUTUELLE) Siège Social : New-York Direction Générale au Canada: Ottawa Metropolitan Life Insuranco Co., Direction Guneralo au Canada, (Dopt.H.W.) Ottawa 4, Ce nada.Veuillez m\u2019expédier, par la poste un exemplaire de votre brochure in,i»ulee \"0 n A'\u2014 Années de tin min11 >\" 1C9S.Ruo Ville J 4 Le Samedi, Montréal, 24 octobre 1959 Editorial La République des Femmes Depuis pas mal de décades, l'année présente était allée rejoindre les autres dans le royaume des vieilles lunes, et le progrès avait continué de répandre la pluie de ses bienfaits sur la planète à tel point qu'elle en était presque inondée.Successivement, et parfois en même temps, la boule terrestre avait été mise à la sauce de tous les régimes ; elle avait essayé de l'absolutisme et du probabilisme, de l'individualisme et du socialisme, du scepticisme et de l'idéalisme, du crétinisme et du machiavélisme, du fanatisme, du cynisme, du parasitisme, du charlatanisme et d'un tas d'autres choses en isme, y compris une dose assez généreuse de cataclysmes.Tout ça concernait son état de santé morale ; côté physique, la bonne vieille boule avait eu comme depuis toujours sa fièvre intermittente accompagnée de tremblements, éruptions, coups de chaleur et refroidissements ; de temps à autre le mal de mer au cours duquel crachotait un petit raz-de-marée par ci par là.Bref elle était dans son état normal.C'est du moins ce qu'affirmaient les gens sérieux, lesquels trouvaient que tout allait pour le mieux dans ce qui n'est pourtant pas le meilleur des mondes.Pour trouver notre boule habitable il faut en effet s'imprégner de philosophie souriante et regarder les choses avec des lunettes à double effet qui grossissent les joies et rapetissent les embêtements.Donc en cette année imprécise comme date à venir la terre était habitée par ce que les pessimistes actuels appellent les dégénérations futures ; pour moi, je crois qu'elle était beaucoup plus jolie à regarder parce que les femmes y étaient encore un peu plus coquettes.Plus coquettement pomponnées, si vous préférez.A leur grâce naturelle s'était ajouté un chic jusqu'alors inconnu permis par de nouvelles et merveilleuses inventions en matière de crèmes, cosmétiques, poudres, pommades et autres accessoires indispensables de toilette féminine.Jamais les verres de lunettes des hommes n'avaient été si bien frottés.Or il est ici-bas une implacable loi d'enchaînement qui s'applique aux événements comme aux pensées, et forme ce qu'on appelle le jeu de conséquences.La femme étant plus belle se sentit plus puissante et, se voyant plus puissante devint tout naturellement plus indépendante de l'homme.Il est en effet notoire que, depuis le père Adam, les hommes sont en état d'infériorité manifeste sous le rapport de la beauté ainsi que des moyens de l'entretenir et de la perfectionner.Ceux qui, par malheur, ont de temps à autre la funeste idée de se maquiller le faciès et de se passer les babines au rouge pouvant tout au plus prétendre à se transformer en caricatures.Il advint donc ceci, que la femme indépendante et puissante voulut s'affranchir définitivement de ce qu'elle appelait la tutelle masculine.Trop sage pour espérer cet idéal d'une épidémie libératrice fauchant uniquement mais complètement toute l'espèce masculine, elle décida d'organiser un pays qui serait son domaine exclusif, une nation nouveau modèle dont l'accès serait rigoureusement interdit aux hommes.Les femmes allèrent donc s'installer sur une île déserte des mers du Sud où régnait un printemps perpétuel sous le plus poétique ciel d'azur ; des récifs de corail comme fortifications marines, des fleurs comme ailleurs on n'en peut voir qu'en rêve, des arbres, des sources, des oiseaux et, sur le tout, une atmosphère de félicité vraiment paradisiaque, voilà où s'installèrent les charmantes androphobes des environs de l'an deux mille.Et c'est ainsi que fut fondée la république des femmes.Vous dire la joie reposante et le bonheur sans la moindre ride qui planèrent sur la république pendant les premiers temps serait chose impossible, parce qu'il faudrait être tout en même temps Virgile, Horace, Lamartine et Victor Hugo, et que quatre poètes, fussent-ils de premier ordre, ne pourront jamais se mettre au diapason d'une seule âme féminine quand cette âme chante le bonheur de jouer un bon tour aux hommes.\u2014 Quel vide a dû faire notre disparition ! disait l'une.\u2014 Et quelle grimace doivent faire les hommes ! ajoutait une autre.\u2014 Oh ! complétait une troisième, cette grimace ne peut faire que les rendre plus beaux, tellement ils sont laids et nature ! Les propos allaient ainsi leur train dès l'aurore quand les oiseaux \u2014 j'allais dire les autres oiseaux \u2014 commençaient à gazouiller et le soleil avait depuis longtemps déjà plongé son disque d'or à l'horizon dans l'océan que fusaient encore de tous côtés les rires joyeux des républicaines vraiment indépendantes de l'île de corail.Pas une d'elles ne regrettait le passé ; il est vrai qu'elles eurent fort à faire pour aménager leur île et donner figure élégante à la répu- blique ; les journées ensoleillées passèrent ainsi comme un rêve, mais le résultat fut admirable.C'est incroyable, en effet, ce que peuvent faire de faibles femmes quand elles s'y mettent ; nous avons déjà la preuve de leur extraordinaire résistance en les voyant se promener en bas de nylon par quarante degrés de froid l'hiver, puis s'emmitoufler de fourrures au mois d'août, pas un homme n'y résisterait.Ce ne sera donc pas fausser la vérité que de dire qu'en trois mois elles firent, dans leur île, des travaux d'architecture et d'embellissement qui auraient demandé trente ans à des hommes.Et trente milliards au bas mot, sans compter les taxes, surtaxes et sur-surtaxes.Bien que la perfection ne soit pas de ce monde, il vient tout de même un temps où l'amélioration devient à peu près impossible, et c'est ce qui arriva dans la république des femmes.D'autre part, comme on avait à peu près tout dit sur le compte des hommes, les conversations se firent languissantes.L'ennui qui s'était sauvé bien loin de la république revint se mettre en embuscade derrière les récifs de corail ; timidement d'abord puis, chaque jour, il s'enhardit un peu plus jusqu'à faire des rapides incursions parmi les groupes de jolies indépendantes.Un jour, l'une d'elles se mit à bâiller, et l'on sait combien le bâillement est communicatif ; dix, cent, mille républicaines en firent autant avec un ensemble touchant.Ce fut un véritable désastre et l'une d'elles exprima la pensée générale en disant tout haut : Ça devient embêtant ici ! Pas une, cependant n'osa demander pourquoi mais toutes le savaient bien.A quoi bon édifier tant de belles choses si les ouvrières sont seules à les apprécier ! à quoi sert d'avoir la beauté, le coeur jeune et les lèvres merveilles si ces lèvres doivent toujours ignorer la griserie des baisers ! A dater de ce jour on bâilla beaucoup dans la république des femmes et le soleil y sembla moins réchauffant.Timidement l'une d'elles dit que les hommes devaient s'embêter bien davantage encore de l'autre côté de l'océan ; un silence suivit puis une autre exprima la conviction que les hommes devaient même être tous morts d'ennui et que la république des femmes pouvait en conséquence prendre possession de la terre entière.Un murmure d'approbation courut dans l'assemblée, et le lendemain la république entière fit voile pour le continent.Hélas ! les hommes n'étaient pas morts et n'en avaient même pas du tout envie, mais les femmes les traitèrent comme tels et conservèrent le pouvoir puisqu'elles avaient appris la manière de s'en servir.Et cela n'a rien changé à l'histoire du monde depuis le déluge et même auparavant.Louis Roland. Le Samedi, Montréal, 24 octobre 195!) 5 A ïftlidm X'S animaux aquatiques tiennent la vedette Les promoteurs du Seaquarium de Miami, eu Floride, ont réussi la gageure d\u2019étaler aux yeux du grand public la vie du monde aquatique t de faire des habitants de ces lieux des vedettes à l\u2019égal de celles du cirque.En fait, le Seaquarium, c\u2019est un cirque construit à trois milles de la terre ferme, en plein océan, à la jonction de l\u2019Atlantique et de la mer des Antilles.Il a fallu plusieurs millions\tde dollars pour le concevoir\tet l\u2019ériger.Quelques chiffres : il s\u2019étend sur une superficie de\t55\tacres ; 2,000,000 de gallons\td\u2019eau\tsont nécessaires aux différentes espèces d\u2019animaux exposés ; il faut filtrer 6,000 gallons d\u2019eau à la minute, soit la quantité requise pour approvisionner une ville de 110,000 habitants.Mais ces aspects techniques ne sont pourtant pas ce qui retient l\u2019attention des millions de visiteurs qui\tse\tpressent au Seaquarium.Ce\tdevant\tquoi ils restent béats, c\u2019est devant les performances\tde\tbêtes comme le marsouin ou\tle\tae qu\u2019illustrent nos photos.Ces animaux exécutent des numéros qui révèlent une docilité et une intelligence digne des plus grandes vedettes des cirques terrestres.Puisque des chiens et des chevaux l'ont tait, pourquoi pas un marsouin.Et c'est ainsi que les entraîneurs du Seaquarium en vinrent à '.'aire exécuter au marsouin la traversée du cerceau avec une précision et un entrain qui arrachent les bravos des spectateurs.jMMMp igggsgeæg 00®.¦ - : ' .! \"I SEAQUARIUM N M Hl y-'.«JïSBk &lir'**' CORKY le marsouin a plus d'un truc dans son sac.C\u2019est ainsi qu'il a appris à venir prendre, dans la bouche de son instructeur, la cigarette que celui-ci est à fumer.Et avec le plus de grâce possible.Voici TOMMY, le bébé phoque, qui est en ce moment l'un des favoris du public.Pourtant, jusqu'ici, il ne fait rien d'autre que d'exister, manger et dormir car il est trop jeune encore pour que commence son entraînement.Mais son allure de gros bébé joufflu lui a valu la sympathie spontanée de tous les visiteurs du Seaquarium.34 6 Le Samedi, Montréal, 24 octobre 1959 ^JêL evision PREMIER PLAN par Gabriel Langlais Nikila Khrouchtchev rendait V visite au premier ministre ca-nadien, cet événement serait d\u2019une importance assez grande pour (pie nous tentions d\u2019inviter le premier ministre russe à Premier Plan ».Alors.Premier Plan se soucie peu de ce qu'on a convenu d\u2019appeler la barrière du langage.Dans un cas semblable il vous faudrait recourir aux services d'un interprète ?Oui.tout comme ce fut le cas, ipiand Nixon et Monsieur « K » parurent au petit écran russe, lors du voyage du vice-président des Etats-I nis en Russie.Mais il faut que la personnalité soit très importante pour que nous l\u2019invitions à Premier Plan, car nous savons comme tout le monde, que l\u2019interprétation simultanée enlève toujours de I intérêt ».C\u2019est en ces termes que m\u2019accueillait Marcel Blouin, coordonnateur des émissions Premier Plan, Carrefour et Pays et Merveilles, au Service des Emissions éducatives et d\u2019affaires publiques de Radio-Canada.i\u2019our me servir d\u2019une expression devenue de plus en plus populaire, M.lilouin.disons que je n\u2019ai jamais entendu parler de Premier Plan et que vous me décrivez ce programme.Il me semble impossible de vous donner une définition précise de Premier Plan, parce que c\u2019est une émission aux formules nombreuses.Les Anglais ont un mot qui en interprète bien le sens, c\u2019est le mot feature (pie je n ai du reste jamais pu traduire.Mais je m\u2019expliquerai et me ferai comprendre en exposant les éléments du programme.Il importe de dire au début qu'il s\u2019agit d\u2019une émission éducative.La formule est variée, je viens de vous le dire.Nous aurons, par exemple, de grandes entrevues d\u2019une demi-heure avec des personnages de marque qui nous permettront de mieux connaître leur activité et leur personnalité.Nous aborderons tous les domaines, celui de la littérature, de la politique, des arts et de la science ».-Je sais que vous avez déjà accueilli à Premier Plan des gens de la trempe de Han Suyin et de Hans Selyé, pourriez-vous me dire les noms de ceux que vous projetez d\u2019y interviewer prochainement ?\u2014 Au moment où paraîtra votre article, nous aurons vu et entendu Georges Simenon, le célèbre auteur de romans policiers ; Albert Schweitzer, philosophe alsacien, médecin et organiste qui consacre sa vie à la I MARCEL BLOUIN, directeur de l'émission Premier Plan.I Photo Henri Pauli cause des lépreux ; Oppenheimer, grand physicien nucléaire américain et le Président Duvallier de Haïti.\u2014 Si vous nous parliez des autres aspects du programme ?\u2014 Nous nous intéresserons à l\u2019élude des grands problèmes sociaux de notre époque.Ainsi, au moment où aura paru cet article, nous aurons consacré une émission à l\u2019étude des maladies mentales.Nous toucherons également au problème de la pauvreté.Enfin, nous conduirons des enquêtes sociales en invitant des gens d\u2019expérience à nous déterminer les causes des plaies sociales contemporaines et à nous en suggérer les remèdes.\u2014 Vous inspirerez-vous également d\u2019anniversaires historiques pour faire le point ?\u2014 Oui, nous profiterons d\u2019anniversaires significatifs comme celui de la Bataille des Plaines (l\u2019Abraham, ou encore celui de la Deuxième Guerre Mondiale, pour remonter le temps et analyser avec l\u2019aide d\u2019experts et à la lumière du recul historique, les conséquences de ces événements.Enfin, à l\u2019occasion d\u2019événements d un très grand intérêt, nous monterons des émissions spéciales qui en souligneront l\u2019importance.\u2014 Vous m\u2019avez parlé de faits accomplis et de projets, si vous m\u2019expliquiez maintenant comment fonctionne la machine de Premier Plan.\u2014 Jusqu\u2019ici, je devrais dire jusqu au 4 octobre, qui en marquera la reprise, Premier Plan, a tenu l\u2019affiche le jeudi soir à 8 h.30.Du 10 septembre au 4 octobre, nous suspendons les émissions pour nous per- Une télémission d'envergure comme Premier Plan exige de longs et patients préparatifs.Et la mappemonde sert de point de repère.Les grands responsables de Premier Plan doivent se réunir souvent pour coordonner leurs efforts et mettre la machine en marche.On remarque de gauche à droite : CLAUDE SYLVESTRE, réalisateur; MARCEL BLOUIN, coordonnateur; GERARD CHAPDELEINE et ROBERT SECUIN, également réalisateurs.IPhoto André LeCozl Au nombre des animateurs qui participent à Premier Plan, on remarque RENE LEVESQUE.Les autres sont JUDITH JASMIN et WILFRID LEMOINE.On voit ici.RENE LEVESQUE discutant les détails d'un Premier Plan, avec l'un de ses trois réalisateurs, CLAUDE SYLVESTRE.IPhoto André LeCozl -4.,A> éW 1* \u2022zza*** Le Samedi, Montréal, 24 octobre 1959 7 mettre de souffler un peu.El le 4 octobre, donc au moment où on lira ccs lignes, Premier Plan, passera sur le réseau français de Radio-Canada, le dimanche soir à 10 h.30.Le programme durera une demi-heure ou une heure, selon l\u2019importance du sujet abordé.Mais ce travail ne s\u2019accomplit pas sans peine.L\u2019équipe qui l\u2019accomplit peut tout aussi bien mettre une heure qu\u2019un mois et demi à monter une émission.Tout dépend du sujet et de la facilité d\u2019établir le contact avec les personnalités qui y figurent ».\u2014 Vous venez de faire allusion à une équipe .\u2014 Oui, il y a une équipe qui accomplit une tâche merveilleuse.Il y a tous les techniciens habituels, ceux qui travaillent dans l\u2019ombre, et il y a l\u2019équipe des réalisateurs et des animateurs.Nos réalisateurs, vous les connaissez, sont Claude Sylvestre, Gérard Chapdeleine et Robert Séguin.Et nous avons recruté nos animateurs parmi des experts de l\u2019interview : René Lévesque, Judith Jasmin et Wilfrid Lemoine.\u2014 On me dit que vous partez pour l\u2019Europe.Vous y allez, j imagine, au sujet de Premier Plan ?\u2014 Vous avez deviné.Mon séjour d\u2019un mois et demi en Europe, et plus particulièrement à Paris, servira à préparer le terrain à de futures émissions de Premier Plan, à établir de nouveaux contacts, a pressentir de nouvelles personnalités.\u2014 Vous me disiez au début de cet entretien que dans le cas d\u2019une actualité pressante, vous consacreriez une de vos émissions à ect événement, que se produirait-il alors, si a ce moment, vous en aviez une toute prête à présenter aux téléspectateurs ?\u2014 Nous la mettrions tout simplement sur la glace, pour donner la priorité à l\u2019actualité.Vous comprenez comme moi, que si par exemple la crise de Berlin se dénouait tout a coup d\u2019une façon spectaculaire, nous n\u2019hésiterions pas un instant à lui consacrer un Premier Plan.\u2014 Une dernière question et je vous souhaite bon voyage : quand vous allez à l\u2019étranger enregistrer une entrevue, ou des commentaires, comment se fait l\u2019enregistrement, sur kiné ou sur film ?\u2014 Sur film de préférence, car sa qualité est toujours supérieure, mais à défaut de film, sur kiné, comme nous l\u2019avons fait récemment dans un studio de télévision de New-York.Gabriel Lanqlais le hcuûeau premier ministre * L\u2019HONORABLE PAUL SAUVÉ C\u2019est le 24 mars 1907 que l\u2019hon.Paul Sauvé naquit dans l\u2019historique village de Saint-Benoît.Il a grandi dans une atmosphère de patriotisme, au sein même d\u2019une région qui fut l\u2019un des plus ardents foyers des «Troubles» de 1837-38.Son père l\u2019encouragea, dès sa prime jeunesse, à étudier l\u2019histoire pathétique du comté, lui racontant les mémorables batailles de Saint-Eus-tache et de Saint-Benoît, lui rappelant les tragiques souvenirs que perpétuent les noms imagés du Grand-Brûlé et du Petit-Brûlé.Déjà, il recevait de son père les vertus d\u2019amour et de vénération de la petite patrie grâce auxquelles il est devenu le symbole vivant des Deux-Montagnes.Le jeune Paul Sauvé reçut les rudiments de l\u2019instruction à l\u2019humble école de son village natal.Il poursuivit ses études au Séminaire de Sainte-Thérèse, puis au Collège Sainte-Marie, à Montréal.Inscrit plus tard à l\u2019Université de la métropole, il fut reçu avocat en 1930.Peu après, il allait être choisi comme candidat conservateur officiel à l\u2019élection complémentaire du 4 novembre 1930, succédant ainsi à son père qui avait représenté le comté des Deux-Montagnes à Québec pendant 22 ans.En 1936, l\u2019hon.Paul Sauvé épousait Mlle Luce Pelland, fille de M.Zéphirin Pelland, cultivateur du comté de Jo-liette.C\u2019est à l\u2019occasion de son mariage qu\u2019il acquit à Saint-Eustache la maison de son père.Fait intéressant à noter, cette élégante demeure recèle encore dans ses fondations une partie du solage de la maison qu\u2019habitèrent le Dr Jean-Olivier Chénier, le héros du 14 décembre 1837, et son beau-père, le Dr Jacques La-brie, comme le rappelle une plaque érigée sur place par la Commission des Monuments Historiques.L\u2019hon.Paul Sauvé était dans l\u2019armée de réserve depuis 1931 lorsque la guerre éclata.De lieutenant, il fut promu capitaine en 1940 lors de l\u2019organisation du 2e bataillon des Fusiliers Mont-Royal, puis nommé la même année commandant de compagnie au Centre de Sorel.En 1941, on lui confiait, avec le major Francoeur, l\u2019organisation de l\u2019Ecole d\u2019officiers et de sous-officiers de Saint-Hyacinthe puis, l\u2019année suivante, il contribuait à la mise sur pied du Centre d\u2019instruction avancé de Farnham.Deux mois plus tard, il était promu major, second en commandement et instructeur-chef à Farnham .S\u2019étant qualifié comme officier d\u2019état-major à Kingston en 1943, il partit pour l\u2019Angleterre où il obtint d\u2019être attaché aux Fusiliers Mont-Royal.Promu second en com- mandement en février 1944, il prenait le commandement du régiment quelques mois plus tard, avec le grade de lieutenant-colonel, pendant les combats de la forêt de la Londe, en Normandie.Pendant son absence du Canada, l\u2019hon.Paul Sauvé fut l'objet de l\u2019une des plus touchantes marques d\u2019admiration de la part de la population de son comté.L\u2019élection de 1944 survint pendant les journées les plus meurtrières de la bataille de Normandie.Rentré de la guerre, l\u2019hon.Paul Sauvé s\u2019empressa de reprendre son siège à l\u2019Assemblée législative.Peu de temps après, le 18 septembre 1946, le premier ministre de la Pro- vince lui offrait le portefeuille du nouveau ministère du Bien-Etre social et de la Jeunesse, le premier département du genre constitué par un gouvernement sur le continent nord-américain.Ce ministère se voyait confier des tâches de grande importance : celle d\u2019aider la génération montante à préparer son avenir en lui permettant, au moyen de l\u2019enseignement spécialisé, d\u2019accéder aux différents paliers de la vie industrielle par l'apprentissage des techniques et des métiers ; celle de rééduquer la jeunesse délinquante ou en danger moral pour lui donner l\u2019occasion de reprendre dans la société la place qui lui revient ; enfin, celle d\u2019administrer les grandes mesures sociales : pensions aux vieillards, aux mères nécessiteuses et aux aveugles.Aux pensions de vieillesse devaient être substituées les allocations d\u2019assistance-vieillesse : une nouvelle mesure, les pensions aux invalides, vint bientôt s'ajouter aux précédentes.Enfin, le 1er avril 1957, l\u2019hon.Paul Sauvé acceptait une responsabilité additionnelle : l\u2019administration de toutes les prestations d'Assistancc publique, sauf celles se rapportant à l\u2019hospitalisation ou ayant un caractère médical.Enfin, il a quelques mois, le ministère du Bien-Etre social et de la Jeunesse était divisé en deux entités administratives distinctes, et l\u2019hon.Paul Sauvé assumait les deux portefeuilles.Il est l\u2019artisan de ce réseau d\u2019instituts et d\u2019écoles spécialisés qui a ouvert à la jeunesse les portes de l\u2019industrie et lui a permis non seulement de participer à l\u2019essor de la Province, mais également d\u2019en bénéficier.La population du Québec, et plus particulièrement des Deux- Montagnes souhaitait depuis longtemps dire toute sa gratitude à l\u2019hon.Paul Sauvé en dehors des périodes électorales.Cette occasion s\u2019est présentée le 14 août 1955, à l\u2019occasion de son 25e anniversaire de vie publique.Seule la pinède d\u2019Oka était assez vaste pour accueillir la foule.Ainsi que l\u2019écrivait un journaliste, « l\u2019unité de cette foule se faisait dans le nom de Paul Sauvé, et s\u2019il y avait dix mille visages, il n\u2019y avait qu\u2019un seul coeur.» Le regretté premier ministre, l\u2019hon.Maurice-L.Duplessis, avait tenu à exprimer personnellement un témoignage d\u2019amitié à l\u2019égard de son collègue.Les paroles qu\u2019il prononça alors prenent aujourd\u2019hui une signification toute particulière : «En 1930, dit-il, il y eut une élection partielle dans Deux-Montagnes, et c\u2019est moi qui ai présidé la réunion au cours de laquelle les électeurs ont donné un appui unanime à Paul Sauvé.A ce moment-là, je connaissais un peu Paul.Je l\u2019ai connu très bien depuis, et c\u2019est avec plaisir que je dis, avec l\u2019expérience que je possède, qui est déjà considérable, que jamais un jeune député à la Législature du Québec n\u2019a remporté des succès aussi nombreux ni aussi salides.Et lorsqu\u2019en 1946, il fallut donner un coup de barre pour sortir la jeunesse de la stagnation dans laquelle elle croupissait depuis tant d\u2019années, lorsqu\u2019il fallut choisir un homme capable d\u2019accomplir cette tâche gigantesque, nous avons institué le ministère de la Jeunesse et nous l\u2019avons confié à Paul Sauvé, probablement l\u2019homme qui possède le plus de talent de toute sa génération ! » (Photo Gabyl km 8 Le Samedi, Montréal, 24 octobre 1959 PAR LA CONQUETE DES GRANDS ESPACES Intelligents comme des génies, entraînés à subir des épreuves physiques voisines de la torture .CES SEPT SURHOMMES VONT Ils sont sept.Rien ne les distingue en apparence des autres Américains de leur âge.Ils ont les cheveux courts, la mine joviale, des complets bien coupés.On les prendrait pour des médecins ou de jeunes hommes d\u2019affaires florissants.Ils sont sortis vainqueurs d'un terrifiant labyrinthe de tortures scientifiques.Sur 175 millions d\u2019Américains, ces éprouves les ont désignés aptes à prendre place dans le premier satellite pour passagers, les plus aptes à revenir d'un voyage de 15,000 milles-heure et 130 milles d\u2019altitude.Quand l\u2019hiver dernier, l\u2019administration américaine décida d\u2019accélérer le programme de satellites habités, on sélectionna les cent dix pilotes d\u2019essai les plus doués des Etats-Unis.Une série de tests médicaux pousses permit d\u2019éliminer soixante-dix-huit candidats.Les trente-deux finalistes furent envoyés au laboratoire d\u2019aéromédecine de la base aérienne VVright-1 atterson, a Dayton.Pendant quinze jours ils vécurent des épreuves que Dante aurait pu faire figurer dans son enfer.Ils affrontèrent d\u2019abord de grandes accélérations sur une centrifugeuse : une cabine placée au bout d\u2019un arbre métallique tourne comme dans un manège.Lancée a près de soixante milles-heure, la centrifugeuse soumet son passager a une force d\u2019accélération qui multiplie son poids par huit ou neuf, puis freine brusquement, repart, freine de nouveau, imprimant à la carcasse humaine de terribles tensions.L\u2019examen continua par un séjour «I une heure dans des «caissons à altitude » simulant les conditions de pression à GO,000 pieds de hauteur et par un séjour de deux heures dans des «caissons thermiques» portés à une température d\u2019enfer.Après vint l\u2019épreuve des bruits.Les .12 volontaires furent bombardés par une cacophonie de sifflements perçants, de décharges tonitruantes et de sons à' très haute fréquence.Dans le satellite habité le moindre choc, le moindre frôlement seront amplifiés de façon terrifiante.Prêt à se faire couper le bras Observant le sain principe de L douche écossaise, les médecins de la base de Dayton enfermèrent ensuite leurs sujets dans les « chambres du néant ».Des parois hérissés de lames en matière plastique et fibre de verre absorbent tous les bruits.La chambre est plongée dans l\u2019obscurité.Assis dans un fauteuil, le cobaye n\u2019entend absolument rien, ne voit rien.Il connaît l\u2019iso- Wm ¦¦¦iyt !¦*.\u2018¦vy-i lement absolu pendant trois heures au cours desquelles on mesure étroitement ses réactions.A la sortie, une série de tests établissent sa « résistance au néant ».Sans relâche pendant deux semaines, les trente-deux furent soumis par les médecins et les psychologues aux examens les plus détaillés qui aient jamais été effectués.Au bout de deux semaines, les sept meilleurs furent présentés à la presse et à la télévision comme les champions d\u2019une équipe de baseball.Tous sont mariés et ont un ou plusieurs enfants.Ce sont des hommes équilibrés et qui ont fait preuve de leur adaptation à la vie sociale.Aucun ne s\u2019est porté volontaire pour échapper à sa femme ou à sa famille.Ce sont de superbes spécimens physiques, d\u2019une taille cependant moyenne : autour des 5 pieds 9 pouces.Un homme plus grand ne serait pas à son aise dans la capsule spatiale.Les sept sont également doués d\u2019une intelligence supérieure.Leurs « quotient intellectuel » se situe entre 135 et 147 : le niveau de génie.Ce ne sont pas seulement des pilotes, mais aussi des spécialistes en physique et en mécanique.L\u2019énorme rôle qu\u2019ils vont jouer dans la conquête de l\u2019espace les passionne.«Je suis prêt à me faire couper le bras pour être le premier à partir », a proclamé Donald Slayton.Mais le premier sera tiré au sort.Comme le condamné à mort, il apprendra le verdict le jour du départ seulement.« Comme cela il n\u2019aura pas le temps de s\u2019énerver ou de faire des préparatifs spéciaux », a déclaré le chef du « projet Mercure », nom donné au programme de lancement d\u2019un homme dans l\u2019espace.Qu\u2019est-ce que verra, sentira, entendra le premier homme lancé en satellite autour de la Terre ?L\u2019un des médecins qui a sélectionné les sept premiers, le capitaine Barr, qui est également un vétéran de l\u2019aviation, vient de décrire dans une conférence prononcée à San Francisco, ce premier voyage dans l\u2019espace tel qu\u2019on peut se le représenter aujourd\u2019hui.« Les difficultés commenceront avec le lancement de la fusée.L\u2019accélération égalé à 8 «g.» (huit fois la force de l'attraction terrestre) rendra la respiration difficile.Les muscles respiratoires du passager devront surmonter une force écrasante, et sa respiration deviendra irrégulière.Son coeur battra deux fois plus vite.Devant ses yeux, les instruments s\u2019évanouiront dans un brouillard.Il lui sera difficile de soulever ses pieds ou ses mains, qui pèseront huit fois leur poids normal.La conscience embrumée, il attendra dans une lourde et silencieuse oppression.Enfin la fusée se consume, la capsule est devenue satellite.Le corps de l\u2019astronaute deviendra soudain léger, et il commencera sa chute autour de la Terre, qui continuera pendant quatre heures et demie.Il tournera dans un monde immobile et sans poids.Il ne sentira aucun mouvement.Il ne balancera ni oscillera.Il sera libéré de la pesanteur.S\u2019il bouge l\u2019une de ses extrémités, il découvrira qu\u2019elle reste là où il l\u2019a placée.Il trouvera reposant d\u2019étendre son bras d\u2019un côté et de l\u2019y laisser.Peu après son entrée dans la non-pesanteur, il retrouvera sa vue, sa respiration deviendra régulière et lente.Des taches brillantes de soleil dessineront la forme des hublots sur le mur et le plancher de la cabine.Mais en dehors de ces taches de lumière, la cabine sera obscure.S\u2019il sort sa main du rayon de lumière, l\u2019ombre la rendra invisible.Dans l\u2019espace, il existe une brusque démarcation entre la lumière et l\u2019obscurité.En regardant à travers le voile laiteux des nuages de la Terre, il reconnaîtra des continents et des océans, et pourra même distinguer des objets ayant plus de 600 pieds de long ou de large.Il entendra battre son coeur Bientôt le satellite quittera la zone du jour et plongera dans l\u2019obscurité totale.Il n\u2019y a pas de crépuscule dans l\u2019espace \u2014 seulement la lumière et l\u2019obscurité.Tout autour de Taéronaute, ce sera le vide et le noir.Les petits bruits dans la carlingue seront décuplés.La friction de ses vêtements, lorsqu\u2019il bouge, fera autant de bruit que de l\u2019étoffe qu\u2019on déchire.Il sera seul à un degré sans précédent, dans un isolement inimaginable et dans un état de solitude angoissante, où ses perceptions s\u2019écarteront de toute son expérience passée.Puis, aussi vite qu\u2019elle était partie, l\u2019étrange lumière du jour spéciale à l\u2019espace reviendra.De nouveau, il n\u2019y aura pas d\u2019aurore, simplement l\u2019obscurité, puis la lumière dans la cabine.Juste avant que l\u2019astronaute termine sa première orbite, une question lui par-vien«lra de la terre : est-ce que l\u2019état de l\u2019engin et l\u2019état physiologique du passager permettent d\u2019effectuer une autre orbite ou peut-être deux ?Il faudra qu\u2019il interroge le satellite, son corps et son ame pour répondre.Sans doute, toutes les indications prouveront que l\u2019engin se comporte bien.Il ne saura pas grand-chose sur son propre état physique.Il entendra son coeur qui battra fort dans son oreille.A terre, on en saura plus que lui sur son état physique.Les réactions de son corps sont enregistrées au sol.Des médecins écoutent le bruit de son coeur, de sa respiration, étudient l\u2019activité électrique de son coeur et de ses muscles, prennent sa température et sa tension, tout cela par liaison radio.Il se sentira Les désagréables aventures d'un futur \"space man\" américain pat Vie i?cntanc Le Samedi, Montréal, 24 octobre 1959 SE PREPARE LE MONDE DE DEMAIN Autres préparatifs CONQUERIR peut-être moins sûr de son état psychologique.Le doigt du destin l\u2019a désigné pour être précipité dans l\u2019espace pour être soumis au test suprême qui permettra de savoir si l\u2019homme est capable de survivre au voyage spatial.Il a été choisi comme un échantillon parmi les deux milliards d\u2019êtres humains qui peuplent la terre afin que l\u2019on sache pour la première fois si l\u2019homme peut aller parmi les étoiles ! Faillir à cette expérience, ce serait faillir à toute l\u2019humanité.Oui \u2014 il continuera à tourner encore et encore.Les deux orbites suivantes ressembleront beaucoup à la première pour leur forme géométrique, mais l\u2019astronaute, lui, aura changé.Il deviendra plus expérimenté.Il ne se fera plus autant de souci pour sa sécurité.Il observera avec plus d\u2019acuité, il sera plus conscient du degré et de la signification de ses perceptions.Le tremblement et le timbre aigu de sa voix disparaîtront.Des inquiétudes persisteront, mais il sera capable de les considérer avec une objectivité presque totale.Enfin, lorsque la dernière orbite sera terminée, un signal viendra de la terre pour déterminer si l\u2019engin est bien dirigé comme il doit l\u2019être, l\u2019arrière en avant, afin que l\u2019astronaute revienne avec le dos tourné vers la force d\u2019accélération.Un autre signal venu du sol déclenchera des petites fusées arrière, \u2022\tLes singes apprennent a donner de leurs nouvelles \u2022\tLes savants russes s'initient au yoga L'ESP A CE réduisant la vitesse et faisant plonger l\u2019engin.Il tombera dans l\u2019atmosphîre de la Terre comme une pierre dans l\u2019eau, créant un choc soudain pour l\u2019engin comme pour l\u2019homme.Tandis que la vitesse sera réduite par la friction de l\u2019air, un petit parachute se déploiera ; ensuite viendra un parachute plus grand qui freinera la capsule.Lentement, elle descendra à environ 27 pieds à la seconde jusqu\u2019à ce qu\u2019elle tombe, en douceur, dans les eaux du golfe du Mexique.Là, l\u2019astronaute sera repêché et réconforté, avant d\u2019affronter l\u2019accueil triomphal de l\u2019humanité entière.Le 10 mai dernier, l\u2019entraînement des sept pilotes commençait à la base de Langley, en Virginie.Plus tard, la préparation au vol même sera faite aux laboratoires d\u2019aéromédecine de Dayton.Attaché sur un matelas Les conditions du vol dans l\u2019espace seront reproduites, de façon aussi approchante que possible, au sol, dans des avions ou dans des ballons.Le projet Mercure prévoit quatorze capsules.Ces capsules n\u2019ont pas encore quitté la planche des épures.Néanmoins, on sait déjà comment sera ins- [ Lire la suite pâge 39 j Les singes rhésus, qui doivent prendre place dans les prochains vaisseaux interplanétaires américains, seront assis dans un fauteuil profond et d\u2019une inclination spécialement calculée pour leur confort.Au-dessus d\u2019eux, une petite lampe rouge.Dès qu\u2019elle s\u2019allumera, le singe doit tirer un levier (reflexe conditionné qui leur a été inculqué longuement dans les laboratoires du docteur Clark, à Randolph (Texas).Ce levier le met en communication avec la Terre.Les instruments de mesure transmettent alors toute une série d\u2019informations concernant l\u2019état de santé de l\u2019animal.Si le singe oubliait de tirer le levier, une légère décharge électrique le rappellerait à l\u2019ordre.Des caméras spéciales enregistreront chaque mouvement du voyageur, ses bras seront liés, car 1 expérience a montré que les adroits rhésus, pour tromper le temps, démontent volontiers les pièces essentielles de leur cabine.On a d\u2019ailleurs pensé à les distraire : la combinaison spatiale laissera leurs orteils libres afin qu\u2019ils puissent s\u2019accrocher à l\u2019une des trois barres disposées à cet effet.Les mains seront également dégagées pour permettre l\u2019usage du levier, à droite, et du distributeur de nourriture, à gauche.Ce distributeur est conçu sur le principe des sucriers qui ne déversent qu\u2019une certaine quantité de sucre à la fois, ceci afin d\u2019éviter les indigestions.Les provisions sont prévues pour cinq jours : trois jours pour le voyage dans l\u2019espace plus deux jours prévus pour la recherche de l\u2019engin après son retour sur la terre.Toutes ces précisions viennent d\u2019être fournies par l\u2019Ecole d\u2019Aviation médicale de Randolph (Texas) qui prépare actuellement les futurs voyageurs de l\u2019espace.Les premières à prendre le départ seront des souris installées dans des satellites capables d\u2019emporter, au plus, 14 livres de charge utile, instruments compris.Elles partiront par groupes de quatre, enfermées chacune dans une cage grillagée.On les a choisies noires, afin de pouvoir constater, le cas échéant, l\u2019effet des rayons cosmiques sur leur pelage.Elles porteront une sorte de petit sac à dos muni d\u2019un instrument destiné à mesurer leur rythme cardiaque, leur pouls et leur température, Leur « cabine » sera climatisée et insonorisée, le seul bruit du lancement risquant de les tuer.Alors que l\u2019entraînement des souris et des rhésus est aujourd\u2019hui achevé, celui des chimpanzés, qui prendront le départ en dernier, commence seulement.Réunis par groupe de trois, ils apprennent lout d\u2019abord à se contenter de la nourriture « interplanétaire » : pommes, oranges, bananes, pamplemousses, oeufs, lait condensé et farine pour nourrissons.Quant aux savants soviétiques, tout en préparant, eux aussi, des animaux aux voyages dans l\u2019espace, ils se penchent longuement sur le problème de l\u2019homme.L\u2019une des principales difficultés est le choc produit par le lancement.Pour y résister, estiment-ils, le mieux serait peut-être d\u2019initier les futurs voyageurs aux secrets du yoga.Comme les yogis indiens, les passagers retiendraient leur respiration durant la période critique de l\u2019accélération, contrôleraient la circulation de leur sang et se mettraient « en transes ».Désireux d\u2019étudier les possibilités du yoga, les savants soviétiques se sont rendus en mission aux Indes et ont invité à Moscou l\u2019un des plus célèbres yogis locaux : Sri Ramanada, capable de rester un mois au fond d\u2019un caveau sans boire ni manger.'«¦w'-WCÎSC \u2022%» \u2022\" ¦I r Ci 2 Voilà l\u2019étrange aventure de Ralph Cokeley, un des hommes que les généraux américains se proposent d\u2019envoyer dans l\u2019espace.Après avoir subi volontairement bien des tortures dans la « centrifugeuse humaine » et dans le fameux « caisson d\u2019altitude », il arriva à l\u2019Ecole de Médecine Spatiale de Randolph Field au Texas.Sa chambre : un cylindre de 4 pieds et demi de haut, bourré de fils muti-colores, de boutons, de leviers, de cadrans.Avant de l\u2019enfermer là-dedans, le lieutenant colonel Steinkamp tint à lui exposer les phases de l\u2019expérience : \u2014 A partir de 15,000 pieds, vous autres, pilotes, portez un inhalateur débiteur d\u2019oxygène pour éviter les douloureux symptômes de l\u2019altitude.A 27,000 pieds, si cet oxygène cessait d\u2019arriver, vous auriez 60 secondes de grâce.A 45,000 pieds, cette « réserve de temps » ne serait plus que de 15 secondes et pratiquement nulle à 57,000 pieds.C\u2019est pourquoi au-dessus de 45,000 pieds, le port d\u2019un vêtement pressurisé « antivide » est nécessaire tandis qu\u2019un scaphandre étanche maintient la tête dans une atmosphère d\u2019oxygène.\u2014 Je sais, fit machinalement Cokeley.\u2014 A partir de 57,000 pieds, il est né- cessaire de pressuriser la cabine, car la pression extérieure est alors de 47 mm de mercure, justement celle où les fluides du corps se mettraient à bouillir.\u2014\tPas folichon ! \u2014\tNon.Au-dessus de 75,000 pieds, seule une cabine étanche peut être utilisée.Le caisson hermétique était là.Le sergent chef Samuel Karst aida Cokeley à vérifier son équipement pressurisé.Pour nourriture : des boites de conserves Cokeley s\u2019installa sur un siège rembourré de plastique au fond du caisson de métal.Il se trouva en compagnie de caméras et d\u2019une provision de nourriture constituée surtout par des boîtes de conserves et des vitamines.Karst relia une douzaine d\u2019électrodes en contact direct avec le corps de Cokeley à des instruments aussi variés que bizarres.\u2014\tNe vous inquiétez de rien, fit Karst.Cette cabine est à l\u2019image de celle que nous préparons pour l\u2019espace.L\u2019insonorisation est totale.De la chaux sodée absorbe le gaz carbonique.L\u2019air est constamment renouvelé, mais à certains moments, il sera volontairement sursaturé d\u2019oxyde de carbone.Cokeley fit la grimace.Cela fil sourire Karst qui continua : \u2014 Pour vos petits besoins, vous utiliserez ce sac de plastique.J'oubliais : c\u2019est le lieutenant-colonel Steinkamp qui s\u2019occujrcra de vous.D\u2019ailleurs, le voilà ! Steinkamp, maigre et très aristocratique, serra la main de Cokeley : \u2014 Tâchez de tenir de 8 à 10 jours là-dedans, lui dit-il, et de ne pas trop prendre de crises de colère.\u2014 Emploi du temps ?\u2014 Quatre heures de « distraction », quatre heures de « liberté », and so on.\u2014 Les « distractions » ?\u2014 Sur cet écran passeront des problèmes que vous devrez résoudre avec ces boutons et ces manettes.\u2014 O.K.\u2014 Je peux fermer ?\u2014 Verrouillez le coffre-fort ! plaisanta Cokeley.\u2014 O.K.A la semaine prochaine, Monsieur Cokeley.Steinkamp regarda Karst fermer le caisson et lui dit : \u2014 Vous lui avez dit que la température pourra varier de moins 40° à plus de 110° ?\u2014 J\u2019ai oublié, dit Karst, mais il doit bien s\u2019en douter.Avant d\u2019entrer là- | Lire la suite paye 39 ] 10 Le Samedi, Montréal, 24 octobre 1959 hwr hr/\u2014« sus* 2Sëm ¦.\u2022¦¦¦ L'automobile, l\u2019avion, le chemin de fer, le navire sont tous menacés par une formidable révolution.Déjà apparaissent des engins étonnants annonçant des véhicules qui seront tout à la fois automobile de grand sport, canot ultra-rapide, camionnette légère, et hélicoptère individuel.Et cela avec des avantages d\u2019économie et surtout de maniabilité qui bouleverseront toutes les habitudes.Sans roues, sans ailes, « glissant », sans toucher le sol ou l\u2019eau, sur une couche d\u2019air engendrée au dessous de lui, ce véhicule de l\u2019avenir peut passer à peu près partout.Plus besoin de routes, ni de rails : l\u2019engin file à des vitesses pouvant rivaliser avec l\u2019avion, à travers les champs, les fleuves, les rivières, les marécages, le sable, la mer, la neige, la glace, et plus besoin non plus d\u2019aérodromes ou de ports ; n\u2019importe quel endroit plus ou moins plat : pré, rue, plage, plan d\u2019eau lui suffit pour décoller ou atterrir.Fantastique ?Pas tant que cela.Et en tout cas pas le moins du monde imaginaire ; il en existe déjà des modèles expérimentaux qui ne sont pas des « modèles réduits » mais bel et bien des engins de taille respectable, emportant au moins un pilote à bord, sinon des passagers.Les \" glisseurs aériens \" L\u2019idée de « glisser » sur l\u2019air comprimé n\u2019est pas nouvelle ; elle est utilisée dans les paliers sans frottement, notamment dans les gyrocompas d\u2019aviation.Elle est également utilisée dans un nouveau type d\u2019aspirateur « flottant » (Hoover Constellation).L\u2019air soufflé par celui-ci au dessous de lui le fait littéralement « flotter » au dessus de la surface (plancher, tapis), exactement comme la balle de celluloïd qui « flotte » sur un jet d\u2019eau dans les tirs forains.Il faut regarder de près pour constater l\u2019écart, mais l\u2019aspirateur ne touche pas le sol ; il n\u2019y a donc aucun frottement et le plus minime effort suffit pour l\u2019entraîner et le promener sur la surface à nettoyer.Les engins glisseurs aériens utilisent le même principe, mais d\u2019une manière naturellement beaucoup plus puissante et plus spectaculaire.Ils «glissent» sur un coussin d\u2019air comprimé engendré au-dessous d\u2019eux par le souffle d\u2019une hélice agissant un peu comme un « ventilateur » horizontal.On dit qu\u2019ils utilisent l\u2019effet de terrain \u2014 l\u2019accroissement de portance dont bénéficie un avion quand il approche du sol.Ainsi maintenue à une petite distance de la surface, ils glissent pratiquement sans frottement sensible sur la couche d\u2019air comprimé et peuvent donc, pour une puissance relativement faible, atteindre de très grandes vitesses, avec un grosse capacité de transport, aussi bien « sur » l\u2019eau que « sur » terre.En effet, la vitesse n\u2019intervient pas, pour les engins « glisseurs » comme pour l\u2019avion puisque contrairement à ce qui se passe pour celui-ci, ce n\u2019est pas à leur avancement qu\u2019ils doivent leur sustentation.Ils échappent ainsi aux inconvénients de l\u2019avion dont la charge est limitée par la puissance considérable qu\u2019exige son avancement à vitesse nécessairement élevée.Et aussi à ceux du navire à qui, s\u2019il peut transporter une très grosse charge, la résistance de l\u2019eau ne permet pas de vitesse élevée.« glisseur aérien » tombe dans la direction voulue.Le système le plus simple est celui de Ford.L\u2019engin possède à sa partie inférieure des sortes de « flotteurs » plats, ayant chacun un trou au centre d\u2019où sort un jet d\u2019air à haute pression, créant sous les « flotteurs » une mince couche d\u2019air comprimé qui maintient l\u2019engin au-dessus de la surface.Mais pour un poids raisonnable et une fourniture raisonnable d\u2019air éjecté, l\u2019écart est très petit : de l\u2019ordre du millimètre, ce qui demande évidemment une surface très lisse.L\u2019ingénieur Andrew Kücher envisage d\u2019ailleurs l\u2019utilisation de son système pour un train à réaction.Il glisserait sur la mince couche d\u2019air comprimé engendrée sous les « patins » coiffant les rails classiques.L\u2019hovercraft anglais réaliserait.On a pu voir récemment aux actualités cinématographiques et télévisées, les essais impressionnants du « hovercraft » anglais.Construit par la firme d\u2019aviation Saunders-Roe, cet engin biplace a une coque ovale, comme un plat long retourné avec, au centre, une grosse « cheminée » dans laquelle est logée un moteur de 435 CV actionnant une hélice-ventilateur à quatre pales.Le souffle d\u2019air est envoyé dans deux conduits à la périphérie de l\u2019engin d\u2019où il est éjecté vers le bas par de nombreux évents dirigés vers l\u2019intérieur, créant ainsi sous l\u2019engin un coussin JVe L aisscz HT S « Encore des victimes de la Fièvre de la Fusée murmurèrent tristement les médecins d\u2019un hôpital de New-Jersey en y admettant d\u2019urgence trois jeunes garçons d\u2019une quinzaine d\u2019années si horriblement brûlés aux mains, aux bras et au visage que d\u2019eux d\u2019entre eux durent immédiatement être dirigés vers la salle d\u2019opération.C\u2019est en efjet en construisant une fusée de leur conception : un engin composé d\u2019un cylindre d\u2019aluminium de près de six pieds de long, dressé sur un trépied, que ces trois jeunes gens ont été ainsi brûlés.A la suite de l\u2019explosion du « combustible » amassé dans le tube en question, sous forme de rien moins que 10,000 têtes d\u2019alumettes qu\u2019ils avaient mis dix-huit mois à acheter, boite par boîte, avec leurs économies.Mais ils avaient complètement oublié que les allumettes prennent jeu par frottement, ce qui arriva lorsque l\u2019un d\u2019entre eux \u2014 celui qui a été le plus grièvement brûlé, entreprit de les tasser dans le « réservoir à carburant » à l\u2019aide d\u2019une tige de fer énergiquement maniée.Une souris lancée à 2,700 pieds d'altitude let retombée vivanteI par des gosses de 12 à 16 ans Si l\u2019incident de New-Jersey est le plus gral'e des plus récents accidents de ce genre, la fréquence avec C\u2019est le 11 juin dernier que la soucoupe volante Hovercraft, un engin de fabrication anglaise, fit sa première grande envolée au-dessus de la mer.Le succès de l\u2019expérience fut concluant.En créant au-dessous de lui une couche d\u2019air sous pression, l\u2019appareil peut se maintenir dans les airs et voler avec une parfaite agilité.Il pèse quatre tonnes.modèle réduit, à peu de frais ; il suffit d\u2019un couvercle bombé \u2014 genre couvercle de lessiveuse \u2014 en aluminium, d\u2019un micro-moteur avec son hélice, d\u2019un peu de balsa en planche et de quelque ingéniosité.C\u2019est pourquoi on ne peut pas à vrai dire parler d\u2019invention ou d\u2019inventeur.Toutefois les recherches d\u2019un savant d\u2019origine allemande : Uwe von Glahn, travaillant pour la N.A.S.A.Glahn que d\u2019autres savants ne peuvent dire au juste pourquoi ! Il en existe de plusieurs types, les uns à deux moteurs, l\u2019un assurant la sustentation, l\u2019autre la propulsion, d\u2019autres qui n\u2019ont qu\u2019un moteur avec des sortes de tuyères, partageant le souffle d\u2019air de l\u2019hélice pour la sustentation et pour la propulsion, d\u2019autres encore qui déséquilibrent le coussin d\u2019air porteur de telle façon que le A titre de comparaison, pour transporter le même tonnage à la même distance, et au même prix un « glisseur aérien » de taille comparable, irait cinq fois plus vite ! Un principe d\u2019une simplicité enfantine Et le principe est si enfantin que n\u2019importe qui peut construire un de ces engins.Il est facile d\u2019en faire un (National Aeronautics and Space Administration), notamment ses calculs résultant de ses essais statiques, sont à la base des réalisations actuelles et ont été utilisées par la plupart de leurs constructeurs.Mais en fait, ce ne sont que des constatations quasi-empiriques, et si l\u2019on peut construire des glisseurs aériens qui « marchent », pas plus von LES VÉHICULES DE L'AVENIR Le Samedi, Montréal, 24 octobre 1959 11 d\u2019air comprimé sur lequel il est soulevé.La propulsion avant ou arrière est obtenue par la diversion d\u2019une partie du courant d\u2019air de l\u2019hélice dans des tuyères horizontales agissant par réaction.Au premier esai à Cowes, dans l\u2019île de Wight, l\u2019engin, manoeuvré avec aisance par le pilote d\u2019essai Peter Lamb au moyen d\u2019un classique manche à balai, s\u2019est élevé à 35cm de la piste en ciment et l\u2019on a pu voir son « père », l\u2019ingénieur Christopher Cockrell, le pousser à la main sans aucune peine, pour démontrer l\u2019absence de frottement.Mis a l\u2019eau, l\u2019Hovercraft s\u2019est soulevé dans un nuage d\u2019eau pulvérisée, et on l\u2019a vu se mouvoir docilement parmi les yachts et les navires.110 milles à l'heure au ras des vagues Les constructeurs envisagent des Hovercraft de 40 tonnes pour la traversée de la Manche, emportant 80 passagers à 110 milles à l\u2019heure.Ces engins n\u2019exigeraient que le quart de la puissance d\u2019un avion du même poids et transporteraient une charge deux fois plus forte.Les glisscurs aériens ont \u2014 il faut bien le dire \u2014 de vastes possibilités militaires.Quelques-uns pourraient transporter rapidement une division à travers une mer sans risque de débarquement hasardeux \u2014 pas besoin de port.Des modèles plus petits fourniraient des plate-formes idéales pour l\u2019artillerie d\u2019assaut ou les engins guidés anti-chars, ou pourraient encore servir aux reconnaissances, aux opérations de commandos, aux transports de ravitaillement, et de munitions, etc., etc.Aussi les Etats-Majors s\u2019y intéressent-ils trop partout dans le monde pour que les recherches en cours ne L'inventeur de la soucoupe volante est M.C.S.Cockerell.Son appareil, mu par un moteur de 435 CV, se meut à la vitesse de 20 milles à l'heure et vole à 15 pouces du sol, se maintenant en mouvement grâce à l'action d'un moteur qui comprime fortement l'air au-dessus du sol ou du niveau de l'eau.résolvent rapidement les quelques petits détails qui font difficulté.Et nous verrons peut-être des glis-seurs aériens franchir l\u2019Atlantique à 180 milles à l\u2019heure au ras des vagues, des trains glisseurs n\u2019effleurant pas les rails et capables de concurrencer l\u2019avion, ou des engins de « tourisme » qui, en permettant de filer à travers champs, nous libéreront de la hantise des routes encombrées.Geoges Gai let.vos en feints jouer avec les fusé ces laquelle ou en signale depuis quelques mois un peu partout à travers le territoire commence à inquiéter les autorités tant fédérales que des divers Etats.D\u2019autant plus que les victimes ne sont pas seulement les constructeurs imprudents ou malhabiles de ecs dangereux engins, mais parfois aussi de simples passants.Tel ce jeune homme de vingt-quatre ans, Allan Lozier d Omaha dans le Nebraska, qui eut la poitrine défoncée par une fusée de « fabrication maison » mais singulièrement lourde et puissante qui, après avoir été lancée faitorable-ment par un groupe d\u2019enfants dans un champ voisin se retourna sur elle-même et fonça brusquement sur lui.Il est cependant juste d\u2019ajouter que les jeunes gens qui fabriquent ces engins semblent dotés non seulement de beaucoup d\u2019imagination, mais même de connaissances techniques beaucoup plus grandes qu\u2019on pourrait le supposer pour leur âge.C\u2019est ainsi qu\u2019un « groupe d\u2019études et de recherches » formé par cinq écoliers de douze à seize ans à L umbertou dans la Caroline du Nord est arrivé à envoyer A une altitude de 2,700 pieds une fusée longue de sept pieds contenant une souris blanche du nom d\u2019Oscar.Chose surprenante, le parachute destiné à sauver la vie d\u2019Oscar lorsque la fusée retomberait à terre fonctionne parfaitement et la sou- ris blanche, premier passager survivant d'un vol-fusée amateur, atterrit saine et sauve.Enfin, des mesures de police Souvent, d\u2019ailleurs les engins ainsi fabriqués par les écoliers américains procèdent d\u2019un esprit aigu de mystification.Ayant aperçu à moitié enfoncé dans un jardin un engin mystérieux \u2014 eu forme de « soucoupe volante » qui, quand on s\u2019en approcha était un signal lumineux très vif, beaucoup de citoyens sérieux de la petite ville de Pocatello dans l\u2019idalio ne purent s\u2019empêcher de croire qu\u2019il s\u2019agissait là d\u2019un véhicule spécial extra-terrestre et allèrent confier leur émotion au journal local Finalement, l\u2019engin interplanétaire déterré s\u2019avéra n\u2019être qu\u2019un simple disque d\u2019aluminium pourvu d\u2019un dispositif d'allumage de magnésium télé-commandé.Et les auteurs de cette mystification : deux gamins de quatorze et quinze ans qui déclarèrent avoir voulu se livrer à «une expérience psychologique ».La fièvre de la fusée qui a saisi une partie de la population juvénile américaine présente cependant tant de dangers que l\u2019Etat d\u2019iowa a d\u2019ores et déjà pris des mesures sévères.Le lancement de fusées interplanétaires » ou non y sera désormais soumis à la réglementation [ Lire la suite page 38 | La machine à écrire existe depuis deux siècles Sans prétendre jouer au prophète, on peut prévoir que d\u2019ici quelque;, dizaines d années, la machine à écrire aura cessé d\u2019être exclusivement l'instru-inent de ceux qui écrivent par métier ou par profession.Elle sera dans toutes tes lamifiés, comme n\u2019importe quel appareil ménager, et personne n\u2019écrira plus de lettres a la main.Avant un siècle les enfants allant à l\u2019école auront dans leur cartable une machine légère et économique et la leçon de dactylographie remplacera tout naturellement celle de calligraphie.On peut déjà imaginer le tenijjs ou 1 écriture manuscrite sera complètement abandonnée et où les notes qu.l faudra bien continuer à prendre à la main se griffonneront en une sténographie élémentaire.p°US ,sa .to,\u2019me pratique, la machine à écrire a environ cent ans.Il est bien difficile de dire qui fut son véritable inventeur, car celle que nous connaissons est le total de multiples découvertes et perfectionnements, ce (pii permet a plusieurs pays de revendiquer le mérite d\u2019avoir été le berceau de cet indispensable auxiliaire.Prix d'un brevet \"historique\": 12,000 dollars Parmi les précurseurs, on doit mentionner l\u2019Anglais Mills, dont quelques textes tapés en caractères d\u2019alïiche sont conservés à Londres, mais dont la machine à écrire construite en 1714 a dispaiu : Pelligrino Turi, qui inventa en 180li une machine pour distraire une petite aveugle; le baron de Drais (1832) créateur aussi d\u2019un célèbre vélocipède en bois; Progin, de Marseille (1833), Thurber (1843), Leavite (1845), Foucault (1849), Beach (1857), l\u2019Italien Giuseppe Ravizza, qui prit un brevet en 1858, exposa ses machines à Londres, à Turin et a Milan où il fut copié, puis Cooper et llarger ; le Tyrolien Mittc.r-hofer (1804) qui passe pour l\u2019inventeur de l'articulation des leviers de louches, et dont le modèle acheté par Guillaume 1er pour le Musée des Arts et Métiers de Berlin lut repris par les Américains Glidden, Soule et Christopher Latham Sholcs.A tort ou à raison, ce dernier est souvent cité comme le créateur de I; machine à écrire moderne.En tout cas Sholes, journaliste et impiimeur de Milwaukee, sut tirer parti des idées de tous ses devanciers.Son breve : fut payé douze mille dollars par la fabrique d\u2019armes Remington Rien d'étonnant si cette première machine faisait un bruit de mitrailleuse ! Miss Lilian Sholes, fille de l\u2019inventeur, lut assurément la première dactylographe de l\u2019histoire.A ce titre elle devint célèbre aux Etats-Unis.Préjugés contre l'écriture machine Pour de multiples raisons, en particulier à cause de son prix élevé, la machine à écrire tarda à s\u2019imposer.Elle lut longtemps la victime d\u2019un ostracisme qui frappa plus récemment le stylo à bille.On lui reprochait d\u2019être anonyme.Dans maints pays, sous prétexte que l\u2019écriture à la machine ne semblait pas devoir résister à l\u2019action du temps et qu\u2019elle pouvait être trop facilement effacée ou falsifiée, on exigea que les documents administratifs, les actes notariés, les contrats, les testaments, etc.fussent écrits à la main.Encore à la fin du siècle dernier, il y a une soixantaine d\u2019années, la machine à écrire était une rareté en Europe.Quelques grandes banques, un petit nombre d\u2019importantes maisons de commerce, un ou deux consulats l'utilisaient déjà, mais elle était absolument inconnue dans les administrations publiques et aucun notaire qui se respectait \u2014 et quoi de plus respectable qu'un notaire n\u2019aurait imaginé sans frémir de signer un acte qui n\u2019eût pas été bellement calligraphié.Aux Etats-Unis, en revanche, la machine à écrire était déjà d\u2019un usage très répandu.A tel point que le Hatidelsbueh de la ville libre de Hambourg pour l\u2019année 1890 recommandait vivement aux commerçants allemands d\u2019adopter le «type writer» pour leur correspondance avec les Etats-Unis, car, prétendait ce manuel, «les lettres manuscrites lestent fréquemment sans réponse, les hommes d\u2019affaires américains ne se donnant le plus souvent pas la peine de les lire ».\" La profession de dactylographe devrait être interdite aux femmes \" Vers 1870, quand les premières écoles de dactylographie s\u2019ouvrirent aux Etats-Unis avec une publicité s\u2019adressant aux jeunes filles, les associations féminines et féministes s\u2019insurgèrent de toute leur puissance contre cette innovation.Il y eut des meetings, des démonstrations bruyantes, de solennelles déclarations de médecins connus attestant que la profession de dactylographes avait été interdite aux femmes, car un travail de cette nature ne tarderait pas à ruiner les nerfs et la santé de celle qui s\u2019y astreindraient.Il est vrai qu'en ce temps-là, la machine était encore si lourde à manoeuvrer le chariot était propulsé par des pédales, comme une machine à coudre\tque les alarmes qu\u2019elle provoquait étaient dans une certaine mesure justifiée.Cela explique aussi que les premiers opérateurs aient été des hommes, et plus particulièrement des employés au télégraphe qui, connaissant l\u2019écriture mécanique, allaient dans des maisons de commerce faire des heures supplémentaires qui leur étaient payées très cher.En 1875, quand une grande entreprise américaine offrit par la voie de la presse un brillant poste de secrétaire, trois cents candidates se présentèrent.Celle qui fut choisie, Miss Mary Saunders, était la seule à connaître la dactylographie, elle tapait soixante mots à la minute, ce qui lui valut d\u2019avoir son portrait dans les journaux ! [ Lire la suite page 41 j nouveau .pour la Pontiac en 1960 La supreme élégance de proportions idéales ! Le roulement plus doux de la suspension souple! La sécurité additionnelle d une tenue de route impeccable! Le confort unique d\u2019une insonorité quasi absolue! L\u2019impétuosité de puissants moteurs! Comme vous vous y attendiez, les fabricants de la Pontiac présentent pour 1960 une autre de leurs créations imbattables! Pt cette création marque un nouveau départ dans le domaine de l\u2019automobile.Ils ont créé une nouvelle voiture où la perfection des formes n\u2019a d\u2019ég aies que leur harmonie et leur unité.A un roulement plus doux, rendu possible par une suspension souple améliorée, ils ont allié la sécurité additionnelle d\u2019une tenue de route impeccable.De plus, ils ont virtuellement élimine tout bruit ennuyeux «race à une ingénieuse application des principes d\u2019insonorisation.L\u2019acoustique est d\u2019une perfection quasi absolue.( hiel que soit le moteur que nous choisissiez, il sera marqué au coin de l\u2019efficacité Pontiac.Vous aurez le choix d'impétueux VS ou d\u2019un six-eylind res frugal parfaitement adapté à l\u2019essence ordinaire.Ne nous contentez plus d'être un admirateur de la Pontiac.I960 est sans contredit I année où vous vous devez de goûter tout l\u2019agrément de conduire une Pontiac, où ce plaisir atteint son plus haut degré .où la Pontiac marque vraiment un nouveau départ.Venez la voir, l\u2019admirer, l\u2019essayer dès aujourd\u2019hui UNE VALEUR GENERAL MOTORS 14 Le Samedi, Montréal, 24 octobre 1 Oô'J AUTOS-NOUVELLES.?\tNathaniel Downey, portier d'une banque de New-York, quitta l'outre matin sa villa de banlieue pour se mettre au volant de sa Cadillac 1958, qu'il avait payé 6,800 dollars.Elle se refusait à partir.Au cours de la nuit, des voleurs avaient démonté et emporté le moteur et la batterie .Témoignage d'un agent de police contre un avocat de San Antonio, A.Seman, accusé d'ivresse au volant : « Cet homme avait l'oeil vitreux lorsque je l'examinai ».\t« Exact », ré- pliqua l'accusé, « car j'ai un oeil de verre ».Aussitôt acquitté.?\tMartha Fay Tyler venait, pour ses 15 ans, de remporter le titre de « la plus prudente conductrice d'automobile (adolescente) de l'Alabama et fièrement elle se mit au volant de la voiture grand-sport, le premier prix.6 heures plus tard, elle eut son premier accident et fut transportée à l'hôpital.**- Mme Miller dit à son mari : « Chéri, nous avons absolument besoin d'une nouvelle voiture ».\u2014 « Comment ?Nous en possédons déjà deux pour nous, plus trois autres pour les enfants, une cinquième pour la cuisinière et son mari, \u2014 toutes des modèles récents ».\u2014 « Mais les couleurs, as-tu vu les couleurs des carrosseries, chéri ?» \u2014 « Elles te plaisaient tant, chérie, tu aimes tant le citron, le violet et le rose ».\u2014 « C'est vrai, chéri, mais tu es vraiment indifférent, \u2014 ces couleurs ne s'accordent plus avec celle de mon nouveau chapeau ».?\tUn jugement vient do faire sensation du Pacifique à l'Atlantique : un automobiliste qui avait traversé une agglomération à « plus de 110 milles-heures» a été condamné à passer trois mois dans une salle d'aliénés du Connecticut.Il n'avait heureusement causé aucun accident.?\tA Saint-Louis, les chauffeurs et receveurs des autobus ont été remplacés par des « chauffeuses » et receveuses coiffées et habillées comme des mannequins.La receveuse joue également le rôle d'hôtesse et «11-» ^~:t di\"» à chaque arrêt : « Une glace gratuite à chaque voyageur, voiture climatisée et fraîche ».?\tSuspense routier : à Greensboro, Caroline du Nord, un policier noir stoppe un taxi, et il demande au conducteur, également un noir, de le conduire à une station d'essence près de laquelle il avait son petit bureau-cabine.Au moment où l'agent s'asseoit pour écrire la feuille d'amende pour excès de vitesse, le chauffeur, Joseph Gerring, sort son revolver et décharge ses 6 balles dans le corps du policier.Pour son excuse, il a dit simplement : « La voiture m'a rendu fou, \u2014 18 heures par jour au volant, en moyenne, vous comprenez ».?Slogan de sûreté suspendu aux entrées et sorties d'une ville américaine : « Chaque voiture est une convertible : elle peut être convertie en cercueil ».fc- Mary Rushton a travaillé 30 ans au fameux restaurant d'Hollywood, Le Gourmet.Elle vient de dire : « J'en ai assez de commencer à travailler pour un nouveau patron, le 30ème.Aussi ai-je acheté Le Gourmet ».f- Le maire de la ville d'Accident, en Maryland, a déclaré fièrement que, dans sa ville, aucun accident de roulage mortel s'était produit depuis cinq ans ».?\tEtats-Unis : Apré le « motel », les Américains viennent de créer le « boatel » ou motel pour les pratiquants du yachting.L'un d'eux, à peine inauguré sur File Fire Island (Ile du Feu) a été détruit par le feu, parce que File du Feu n'a pus de pompiers.Le joli « boatel » avait coûté tout juste 100,000 dollars.A propos de « boatels » et de « yachtels » américains, ils offrent aux passagers des embarcations de plaisance, d'élégantes et luxueuses installations d'amarrage qui ont reçu le joli nom de « marinas » et dont la construction coûte parfois plusieurs millions de dollars.Les navigateurs y trouvent tout ce qu'il leur faut : l'eau potable raccordée au bateau, raccordement au réseau électrique, au téléphone, des cabarets de nuit, des magasins, des terrains de jeux, des piscines, l'inévitable cinéma et la T-V.?\tDes savants américains viennent d'affirmer, dans un rapport commun, que la vue d'un conducteur d'automobile est influencée par le mouvement et que sa « vue dynamique », lorsque sa voiture roule vite, n'est pas la même que sa « vue statique » lorsqu'il est au repos ou au travail.Le rapport établit aussi que l'oeil du conducteur transmet au cer- v*-_u J js milliers de « perceptions visu eh., » d'objets qu'il a effleurés mais que la vitesse ne lui a pas permis de « voir » réellement.Ce sont ces innombrables « distractions » qui sont dangereuses et les conducteurs qui doivent faire de longs trajets à grande vitesse doivent, pour leur sécurité, suivre des leçons de « concentration ».?Les barrages établis par la police routière, dont un membre au mois était généralement armé d'une mitraillette, sur les autoroutes et grand-routes de la Floride, notamment aux approches de Miami, la plage de grand-luxe, avaient suscité la colère du maire de Miami, Abe Aronwitz, qui a cité la police en justice.Le juge a tout simplement déclaré ces « barrages et autres pratiques » illégaux.^ Un automobiliste de Chesterfield, (G.-B.), Joseph Holis, fut arrêté par deux policiers qui lui dirent : « Vous êtes ivre ».L'homme proteste, mais il doit se soumettre à la prise de sang et à l'examen du sang.Le médecin qui vérifia le test le lendemain constata que le rapport indiquait que le sang de l'inculpé contenait une dose d'alcool double de la dose .mortelle.Et l'avocat de l'automobiliste de déclarer au juge : « Selon ce document, mon client est donc mort ».Le juge : « Il n'est pas mort, mais innocent ».Et de l'acquitter.Après quoi, ce conducteur, heureux de n'être pas condamné, n'avait plus qu'à payer .DU MONDE ENTIER \u2014 Un beau félin?Certes, à n\u2019en pas douter.Shirli Scott James est à la fois mannequin et peintre et elle a reproduit, sur les murs de son appartement, des têtes de son animal préféré, le chat.Notre photo en montre un joli modèle et l'on dit que leurs deux caractères s'entendent à merveille.les frais élevés que lui a causés cette histoire .?La G-M anglaise, autrement dit Vauxhall, demande à son personnel d'aider la compagnie dans sa lutte contre l'espionnage industriel et de s'abstenir, même en famille, de toute remarque concernant les projets et les travaux à l'usine.« Il est déjà arrivé que nos concurrents ont réalisé nos projets d'amélioration .avant nous ».Le personnel a reçu une brochure qui commence et se termine par la fameuse formule de guerre : « Des oreilles ennemies nous écoutent ».Pour ceux dont la voiture roule dans l'eau .un professeur de Dinant, (Belgique), vient de donner une précieuse leçon.Il s\u2019est lancé volontairement avec sa voiture dans Ju Meuse, pour prouver aux automobilistes qu'un tel accident n'est pas nécessairement mortel.Quelques minutes ap ès son plongeon téméraire, le professetur réapparut à la surface de l'eau et nageait vers la rive.Voici son secret : baissez lentement les vitres, de façon à ce que l'eau monde votre voiture sans la défoncer : cela vous permettra d'ouvrir facilement la portière et de remonter.Chrysler Jr., le fabricant d'automobiles, a fait vendre quelques-uns des tableaux de Fé-cole française moderne, ch\"z Sotheby à Londres, des Cézanne, Braque, R noir Picasso, en I Lire la suite page 50 J Le Samedi, Montréal, 24 octobre 1959 RH I & i\tI re=73l k Voici les nouvelles OBLIGATIONS D\u2019ÉPARGNE DU CANADA Plus profitables que jamais! ENCAISSABLES EN TOUT TEMPS A LEUR PLEINE VALEUR PLUS L\u2019INTÉRÊT COURU \u2014\tLes Obligations d\u2019Epargne du Canada sont à la fois un moyen facile d\u2019économiser et un placement sûr, avantageux à plusieurs points de vue.Si vous avez besoin d\u2019argent, vous pouvez les encaisser en tout temps à leur pleine valeur plus l\u2019intérêt couru.Ce sont comme des billets de banque avec des coupons d\u2019intérêt.RENDEMENT PLUS ÉLEVÉ QUE JAMAIS \u2014\tIntérêt: 1ère année, 4%; deuxième année, 4h%; troisième année, 4K%; les six années suivantes, 5% plus une prime de 3% à l\u2019échéance finale.Soit un rendement moyen de 4.98% par année si elles sont conservées jusqu\u2019à l\u2019échéance.EN 5 COUPURES APPROPRIÉES À TOUT PROGRAMME D\u2019ÉPARGNE\u2014Elles sont offertes en coupures de $50, $100, $500, $1,000 et $5,000.NOUVELLE LIMITE D\u2019ACHAT: $20,000 PAR PERSONNE OU SUCCESSION DE PERSONNE DÉCÉDÉE\u2014$20,000 par personne ou succession de personne décédée, telle est la limito d\u2019achat de cette nouvelle émission.Chaque membre d\u2019une famille peut en acheter pour ce montant.ACHAT AU COMPTANT ET PAR VERSEMENTS FACILES\u2014Avec le mode d\u2019épargne mensuelle, vous payez 5% comptant et le solde par versements faciles.Avec le mode d\u2019épargne sur le salaire, vous achetez vos obligations par retenues régulières sur votre salaire.ACHETEZ-LES DE VOTRE EMPLOYEUR PAR LE MODE D\u2019ÉPARGNE SUR LE SALAIRE, OU DE VOTRE BANQUE, COURTIER DE PLACEMENT, AGENT DE CHANGE, SOCIÉTÉ DE FIDUCIE, CAISSE POPULAIRE. 16 Le Samedi, Montréal, 24 octobre 1959 ieA grande téciU du Çamdi L arme secrète des Russes: L'ÉDUCA TION DE LA JEUNESSE par U 2br Jliilt on je.S, cnn Directeur du Centre d'Etudes de l'Enfance à l'Université de Yale Il - La soif de science De quelque côté qu'on se trouve il y a des gens qui lisent L\u2019une des premières personnes que j\u2019ai rencontrées a Moscou était un jeune Russe que je ne suis pas près d\u2019oublier.Ses cheveux noirs et désordre lui retombaient su' le front.Il portait un costume luisant d\u2019âge, sa chemise avait d\u2019affreux carreaux et ne s\u2019ornait d\u2019aucune cravate.Ii n\u2019avait vraiment rien de sensationnel .jusqu\u2019au moment où l\u2019on remarquait le feu de son regard Ce jeune homme était chargé de la présentation d\u2019une exposition de travaux exécutés dans des écoles techniques soviétiques.Celles-ci sont l\u2019équivalent de nos écoles professionnelles.Les garçons y entrent à partir de quatorze ans pour apprendre à devenir constructeurs, radio-techniciens, imprimeurs, cheminots.L\u2019exposition dans une petite rue de Moscou, convenait toutes sortes de modèles mécaniques et électriques du plus haut intérêt.Mais surtout il y avait ce jeune homme plein de fougue.11 avait vingt-six ans.Son père, journaliste, avait été tué au cours de la Seconde Guerre Mondiale.Fils unique, il était devenu l\u2019unique soutien de sa mère avant d'atteindre quatorze ans.L\u2019organisation de l\u2019enseignement professionnel en Russie l\u2019avait tiré d\u2019affaire.Il avait été payé pour aller à l\u2019école et en deux ans il était devenu mécanicien, ce qui lui permettait de gagner un bon salaire.Pour ce jeune homme, les écoles techniques étaient ce qu\u2019il y avait de meilleur au monde.Les moindres écrous, goupilles et fils de fer le remplissaient d\u2019une joie orgueilleuse.Il exhibait les modèles réduits de trains et de tracteurs comme un collectionneur présentant des oeuvres d\u2019art sans prix.Les explications jaillissaient de sa bouche en un flot tel que notre interprète renonça à essayer de nous les traduire.On rencontre beaucoup d\u2019enthousiastes de son espèce dans l'Union Soviétique d\u2019aujourd\u2019hui.Sa grande ambition est d\u2019enseigner.11 veut aider les autres jeunes à s\u2019élever.Toujours célibataire, toujours entretenant sa mère, il travaille le jour dans une usine et suit des cours du soir pour rattraper la culture de base qui lui manque.Il espère pouvoir entrer dans un établissement d\u2019enseignement supérieur et obtenir un diplôme qui le mettra à même d\u2019enseigner la mécanique dans une école technique comme celle où il est allé.11 nous parle de tout cela avec des Soviétiques tant de verve oratoire et de grands gestes que deux femmes qui se trouvaient dans les parages hochèrent la tête et sourirent, comme si son enthousiasme dépassait les bornes même pour des Russes avertis.Partout des gens qui lisent Le fait qu\u2019il avait déjà vingt-six ans et aurait encore beaucoup de chemin à parcourir avant de voir se , éaliser son rêve ne le troublait nullement.L\u2019Union Soviétique est maintenant une nation de vieux écoliers.Quiconque réunit les qualifications néceosaires pour y entrer peut aller à l\u2019école de son choix et ce jusqu\u2019à l\u2019âge de trente-cinq ans, en étant presque toujours payé pour le faire.Les Russes ont non seulement des cours du soir pour adultes, mais aussi des cours du jour réservés aux travailleurs ambitieux qui font partie d'équipes de nuit.Mais qu\u2019ils suivent ou non des cours, les Russes semblent partout dévorés du désir de s\u2019instruire.Il y a des librairies et des kiosques constamment assiégés dans toutes les grandes villes.A la fin de l\u2019après-midi, quand la journée de travail est achevée, il y a de longues queues pour acheter les journaux et les dernières revues.De quelque côté qu\u2019on se tourne, il y a des gens qui lisent.Les liftiers lisent entre chaque voyage.Les chauffeurs de taxi lisent entre deux courses.Sur les bancs du métro de Moscou qui est frais, propre et silencieux, sauf quand les trains entrent en gare, nous avons vu des gens qui paraissaient installés là pour passer l\u2019après-midi à lire.Le soir, il n\u2019y a pas une place libre à l\u2019Opéra ou aux ballets.Les billets se vendent même au marché noir.Un soir mon compagnon de voyage et moi, nous avons arrêté une femme dans la rue pour lui demander le chemin de notre théâtre ; nous lui avons montré nos tickets pour qu\u2019elle puisse lire le nom.Elle a fouillé aussitôt dans son sac à la recherche de roubles, espérant que nous allions les lui vendre.Au célèbre Théâtre Bolchoï de Moscou, il y avait un public choisi, des étrangers et des notabilités.Dans les théâtres moins importants, que préfèrent de beaucoup les jeunes intellectuels, une représentation d\u2019opéra même médiocre obtient jusqu\u2019à vingt minutes de rappels.Les théâtres prospèrent dans toute l'Union Soviétique et les dramaturges sont parmi les personnages les plus riches du pays, car une pièce peut être jouée le même jour dans cinquante théâtres à la fois.Les cinémas sont également très fréquentés et présentent pour la plupart des oeuvres sérieuses.L\u2019arme secrète la plus efficace que possèdent les Russes est certainement leur soif de science.Il y a quarante ans, la majorité des Russes était illettrée ; à l'heure présente, la grande ambition de la majorité est de devenir des intellectuels.Ils ne négligent rien pour en donner la chance à leurs enfants.Pratiquement tous ceux qui en ont le désir et la capacité peuvent atteindre un niveau d\u2019instruction supérieure.Des sommes importantes sont consacrées à la formation de maîtres et au tournage de films éducationnels.La question que nous devons nous poser est: quelle est la valeur de l\u2019enseignement russe ?Quel bénéfice peut-il nous apporter, que nous réservent les jeunes générations soviétiques formées par ce système ; et, si c\u2019est nécessaire, que devons-nous faire pour ne pas nous laisser dépasser ?Surprise au lycée No 330 de Moscou J\u2019avais l\u2019impression, partagée par bien d'autres probablement, que les écoliers étaient organisés en armée soumise à une stricte discipline et orientée vers des buts purement nationalistes.Le lycée No 330 de Moscou me fut une surprise.Le principal, M.Mostovoi, était un homme aimable aux cheveux gris et aux yeux bleus, en complet brun confortable, sinon d\u2019une suprême élégance, chemise bleue et cravate rouge dont le noeud ne touchait pas tout à fait le col.Il était assis devant un bureau recouvert d\u2019une plaque de verre sous l\u2019inévitable portrait de Lénine \u2014 toutes les pièces de Moscou ont l\u2019air de s\u2019orner du portrait de Lénine ou de Staline sinon des deux.Le soleil matinal se déversait par des fenêtres qui étaient abondamment garnies de hautes plantes en pot.C\u2019était une pièce verte, ensoleillée, agréable, qui ne ressemblait en rien à une salle de caserne.Pas de discipline de fer Nul doute que le lycée No 330 soit l\u2019une des meilleures écoles de Moscou, et M.Mostovoi l\u2019un des administrateurs du système scolaire les plus aimables et les plus compétents.Les étrangers qui demandent à visiter une école sont généralement conduits à ce lycée ce qui implique que les Russes \u2014 qui aiment toujours se présenter sous leur meilleur jour \u2014 le considèrent comme < l'objet de démonstration-type » Mais il serait impossible de former professeurs et élèves, surtout ceux de huit et sept ans, de telle sorte qu\u2019ils abandonnent leurs habitudes et adoptent une attitude spéciale pour les visites relativement rares d\u2019étrangers.Ce que j\u2019ai vu au lycée No 330 est peut-être d\u2019un niveau supérieur à la moyenne, mais n\u2019a rien d\u2019une organisation aux seules fins de propagande.Je n\u2019ai pas vu trace de la discipline de fer à laquelle je m\u2019attendais.Les couloirs étaient pleins de bruit et de rires entre les cours.Même pendant la classe, il y avait pas mal de bavardages.Les élèves qui commettaient des erreurs \u2014 ce qui se produisit fréquemment \u2014 ne succombaient pas sous l\u2019ire du maître.Au contraire, ils étaient traités avec ce qui me parut une mansuétude et une compréhension rares.La plupart des professeurs semblaient dans les meilleures termes avec leurs élèves.Après un cours d\u2019histoire naturelle \u2014 dans une autre salle ensoleillée exposée au sud, ornée de plantes à la fenêtre et de nombreux oiseaux et autres betes empaillées \u2014 quatre ou cinq garçons se précipitèrent vers le bureau du professeur pour lui montrer les nouvelles acquisitions de leur collection de timbres.Bien qu\u2019elle eût l\u2019air très lasse, elle les acueillit avec cordialité.Les enfants craignent leurs camarades plus que leurs maîtres En dépit de cette atmosphère bon enfant, tout marchait rondement au lycée No 330.Les Russes ont une méthode très efficace de faire respecter la discipline : la désapprobation du groupe.Comme ils mènent une vie communautaire depuis leur plus tendre enfance, l\u2019approbation de leurs pairs a une importance capitale pour les Russes.Dès que l\u2019un d\u2019eux s\u2019écarte de la ligne admise, c\u2019est le mécontentement du groupe qu\u2019il redoute le plus.On nous a dit que les enfants russes avaient un penchant naturel à l\u2019étude et au travail parce qu\u2019ils « avaient constaté dès leur plus jeune âge que leurs parents étaient industrieux ».Us auraient honte de décevoir leurs parents travailleurs et ambitieux ou leurs maîtres également acharnés au travail, qui s\u2019efforceront tous d\u2019obtenir les récompenses données par l\u2019Académie de Pédagogie.Si un enfant a démérité, il comparaît devant un comité de ses camarades qui exprime sa désapprobation sans ambages.Ce genre de discipline par le groupe est appliquée partout en Union Soviétique non seulement parmi les étudiants, mais aussi chez les professionnels.On nous a parlé d\u2019un médecin [ Lire la suite page 25 ] Le Samedi, Montréal, 24 octobre 1959 17 ROMANS - NOUVELLES POLICIERES ET SENTIMENTALES - CONTES Un A roman a amour complet Ut LA CROISIÈRE DE L'ESPÉRANCE par Philippe lHeuret Tante Simone cherchait un prétexte pour éloigner la petite bonne lorsque celle-ci, comme si elle devinait son voeu secret, lui avait demandé la permission de s\u2019absenter pour voir une parente de passage.Tante Simone avait soupiré de soulagement.Ce jour-là, elle ne pouvait supporter aucune présence étrangère.Maintenant elle achevait elle-même de mettre le couvert, lentement, sans se presser, puis elle continuait à tourner autour de la table, en quête d\u2019une occupation.De temps en temps, elle soupirait encore et soulevait le rideau pour regarder par la fenêtre.Non, ce n\u2019était pas Etienne, cette silhouette lasse et voûtée.Il avait gardé fière allure en dépit de son chagrin passé et de ses angoisses actuelles.Mon Dieu, que c\u2019était long, cette consultation.Elle aurait dû insister pour l\u2019accompagner chez Maucombe.Dans sa chambre tapissée de livres, Dominique étudiait des résumés de droit.Pourtant son esprit était ailleurs.Ses mains abandonnaient souvent les feuillets polycopiés pour se croiser sous son menton, en un geste qui lui était familier.Ses yeux allaient, sans les lire, aux titres de la bibliothèque.Parfois elle interrogeait sa montre.Elle aussi la trouvait bien longue, cette visite chez le cardiologue.Elle s\u2019efforça de se persuader que le retard de son oncle Etienne n\u2019était pas de mauvais augure.Un médecin appelé à se prononcer sur le cas d\u2019un de ses confrères parle souvent de tout autre chose que de la maladie soumise à son jugement.Le docteur Etienne Barry et le professeur Paul Maucombe avaient été de bons camarades de faculté.Sans doute avaient-ils trouvé mille sujets de bavardage.Non, décidément, le travail était impossible.Elle repoussa ses papiers, se leva et alla rejoindre sa tante dans la salle à manger.\u2014 Veux-tu que je t\u2019aide, tante Simone ?\u2014 Merci, mon petit.Tu vois, tout est prêt.Leurs regards évitèrent de se croiser.A défaut d\u2019un labeur manuel qui eût distrait leur commune préoccupation, elles s\u2019avouaient aussi désoeuvrées l\u2019une que l\u2019autre.Tandis que la tante se rendait dans la cuisine pour tourner machinalement une sauce déjà parfaitement liée, Dominique retourna dans sa chambre et, s\u2019approchant de la fenêtre, se mit à tambouriner sur les vitres.\u2014 Le déjeuner va être archi-cuit, gémit Simone Barry comme si tel eût été son unique souci.\u2014 Il va pleuvoir dans un instant, murmura Dominique en suivant des yeux un nuage menaçant.Oncle Etienne n\u2019a pas son imperméable.Enfin l\u2019ascenseur s\u2019arrêta à l\u2019étage et un pas connu martela le palier.Une clé tourna dans la serrure.Dominique frissonna mais ne bougea pas.Elle préférait les laisser seuls.Cependant, elle se tint aux aguets, immobile et entendit : \u2014\tAlors, Etienne ?\u2014\tAlors, Simone, j\u2019ai vu ce cher vieux Maucombe.Quel magnifique appartement ! Quel goût dans la décoration ! Quel personnel! Ah! je suis bien heureux qu\u2019il ait réussi.Il le méritait.C\u2019est vraiment un as.Physiquement, il n\u2019a pas tellement changé, sauf du côté des cheveux.Figure-toi que, de sa tignasse rousse, il ne lui reste plus que.\u2014\tEtienne, je t\u2019en supplie, parle sérieusement.Que t\u2019a-t-il dit ?\u2014\tAh ! Simone, que c\u2019est bon d\u2019évoquer ses années de jeunesse avec un ami d\u2019autrefois ! Il m\u2019a présenté à sa femme qui est d\u2019ailleurs très gracieuse.Son fils aîné s\u2019est marié.Sa fille.Elle cria presque : \u2014\tEtienne, ton coeur ! Tu ne vois donc pas dans quel état je suis ?Avec quelle hâte je t\u2019attendais ?La voix de l\u2019oncle Etienne descendit de plusieurs tons.Dominique dut se rapprocher du couloir pour percevoir ce qu\u2019il disait : \u2014\tEh bien ! mon coeur, en vérité.Ce n\u2019est pas tellement fameux.Oh ! pas de danger immédiat.Maucombe m\u2019a affirmé, non seulement en médecin mais en confrère et en homme, que je pouvais vivre encore de longues années.Mais à une condition absolue, malheureusement : cesser désormais tout travail.Un silence suivit.Puis Simone interrogea d\u2019une voix presque apaisée : \u2014\tIl a affirmé que tu pouvais vivre des années ?C\u2019est bien vrai ?Il ne t\u2019a pas menti et tu ne me mens pas ?\u2014\tNotre existence à tous est entre les mains de Dieu, ma bonne chérie.Mais, autant qu\u2019un médecin puisse détenir une vérité, je suis convaincu que Maucombe a été sincère.Elle poussa un profond soupir de soulagement.Pourtant, quelques instants plus tard, Dominique saisit le mot de « catastrophe ».Délivrée du plus obsédant de ses tourments, Tante Simone, comme il était naturel, songeait à la « condition absolue » que son mari venait de mentionner.\u2014\tUne catastrophe dit celui-ci n\u2019exagérons rien, Simone.J\u2019aurai la retraite des médecins.Que cette retraite existe, c\u2019est encore une chance pour nous.\u2014 Avec tout ce que nous avons à payer ! La voix de Simone s\u2019était brisée.C\u2019était là le drame de leur existence.Cinq ans plus tôt leur fils unique, Jean-François, une tête brûlée, avait, à l\u2019insu de son père, roulé à toute vitesse au volant d\u2019une voiture non assurée.La voiture avait accroché un cycliste, le blessant grièvement et le mutilant pour la vie.Jean-François avait été condamné à payer une somme énorme à cet homme.Tout ce que possédaient les Barry, \u2014 leur économies \u2014 avait servi à indemniser le blessé.Ce n\u2019avait pas été suffisant, il avait fallu emprunter.En finirait-on jamais de rembourser ?C\u2019était fini, en tout cas, pour Jean-François lui-même qui, décidément incorrigible, était allé s\u2019écraser contre un platane, sur une route du Midi, à l\u2019issue d\u2019une trop bonne soirée passée avec quelques autres fous de son espèce.Toute la charge restait au malheureux père.Lourde charge, charge écrasante pour le budget d\u2019un médecin de quartier désormais réduit à l\u2019inaction.\u2014\tNous vivons si modestement, ma pauvre amie ! remarqua Etienne.\u2014\tJe sais.Nous vivions déjà modestement avant l\u2019histoire de Jean-François.Nous n\u2019avons jamais fait de folies.Enfin, je vais donner son congé à la bonne puisqu\u2019on n\u2019aura plus besoin d\u2019ouvrir la porte aux clients.Mais la vie est chère, de plus en plus chère.Comment y arriverons-nous ?\u2014\tNous allons réfléchir.Surtout, ne t\u2019affole pas.Au fond, les médecins exagèrent parfois.Maucombe est peut-être pessimiste.Si je continuais à travailler.\u2014\tNon! non! surtout pas cela! Je veillerai moi-même à ton traitement, à ton repos.Tu ne feras pas la moindre imprudence.Il eut un petit rire forcé.\u2014\tVoilà bien les femmes! Elles envoient souvent leur mari à tous les diables, mais quand elles le sentent menacé, elles s\u2019aperçoivent qu\u2019elles tiennent à lui.Embrasse-moi, Simone.Dominique est là ?\u2014\tOui, elle est rentrée de son cours depuis longtemps.Nous allons nous mettre à table.Dominique ! La jeune fille, avant de répondre à cet appel, prit le temps de s\u2019essuyer les yeux.Peine perdue.Elle recommença à pleurer quand Etienne la prit dans ses bras.\u2014\tMa chérie ! \u2014 Mon petit oncle ! \u2014 Oh ! la vilaine ! Ces larmes me prouvent que tu es curieuse, comme toutes les filles, et que tu as écouté aux portes.Allons, pas d\u2019attendrissement.Retraité ou non, je meurs de faim.C\u2019est d\u2019ailleurs ce qu\u2019il y a d\u2019ennuyeux dans l\u2019histoire : il faut manger deux fois par jour, même si l\u2019on a le coeur malade.Tu as bien travaillé, ce matin ?\u2014 Oui, oncle Etienne.Mais je n\u2019ai pas fait que cela.J\u2019ai réfléchi et je me suis renseignée.Simone, qui s\u2019était éclipsée, revint avec les hors-d\u2019ocuvre.Son visage avait cessé d\u2019être douloureux pour devenir sec et crispé.Elle lança vers sa nièce un regard presque hostile.\u2014 Dominique, il faut en venir à cette solution que ton oncle avait reculée jusqu\u2019à présent.Tu dois chercher une situation.\u2014 Je le sais, tante, dit la jeune fille avec douceur.J\u2019étais justement en train de dire à mon oncle que non seulement j\u2019y suis décidée, mais que j\u2019ai déjà noté des adresses.\u2014 Allons, allons, mon enfant, dit Etienne Barry dont le teint pâle se colora, pas de hâte inutile.Tu as ta licence en droit et tu commenceras ton doctorat.Tu ne vas pas tout gâcher, maintenant, à cause de moi.\u2014\tEtienne ! interrompit Mme Barry, mets-toi en face des réalités.Tu seras toujours le même, prêt à faire du sentiment quand il s\u2019agit d\u2019une nécessité.Domi elle-même le comprend très bien, n\u2019est-ce pas, Domi ?Et c\u2019est toi qui la décourages avant qu\u2019elle ait commencé.\u2014\tMais non, je ne la décourage pas.Au contraire, je voudrais qu\u2019elle aille encore plus loin pour prétendre à une plus belle situation.Je dis simplement qu\u2019il serait peut-être plus raisonnable qu\u2019elle n\u2019abandonne pas des études qui lui ont coûté bien des efforts.\u2014 Et qui nous ont coûté bien de l\u2019argent.\u2014 Tu as des mots malheureux, Simone.Cette petite ne nous a donné que des satisfactions et elle est toute notre famille.\u2014 Enfin, suis-je chez moi, oui ou non ?J\u2019ai le droit de parler.Dominique baissait les yeux sur son assiette.Elle se fût bien gardée de dire un mot qui eût envenimé la discussion.Elle n\u2019en voulait pas à sa tante qu\u2019elle savait meurtrie et aigrie.N\u2019osant même pas regarder son oncle dont elle devinait la gêne, partagée entre les deux êtres qui lui étaient le plus chers au monde, elle garda le silence.Le docteur Barry soupira et se tut.Simone essuya ses larmes, se moucha et mangea d\u2019un air désabusé la viande qui avait refroidi dans son assiette. 18 Ils achevèrent le repas sans parler.Chacun d'eux songeait à l\u2019avenir chargé de nuages et se reportait tout naturellement vers un passé qui avait été souvent cruel et parfois doux.Il IL y avait vingt-deux ans de cela.Françoise, la jeune soeur d\u2019Etienne, élevée comme les jeunes filles d\u2019autrefois, très sévèrement, sans connaître rien de la vie, s\u2019était éprise du premier danseur qui lui avait fait la cour.André Gervais était un garçon doué d\u2019un joli physique, gai, brillant, superficiel, qui tournait la tête de toutes les jeunes filles, voire de certaines femmes mariées, et affolait les gens sérieux.Dans la petite ville de province qu\u2019habitait la famille Barry, l\u2019amour de Françoise pour André, dont elle ne pouvait se cacher, avait pris la mesure d\u2019un scandale.Le jeune homme n\u2019était certes pas pressé de se marier, préférant les conquêtes faciles aux responsabilités d\u2019un ménage et d\u2019un foyer.Mais Françoise avait tenu bon.Il en fallait peu.en ce temps-là, pour compromettre une jeune fille : une danse un peu trop alanguie, une conversation prolongée au jardin ou à la patinoire.Bref, Françoise s\u2019était compromise.De guerre lasse, ses parents avaient fini par céder et André s\u2019était résigné à porter à la main gauche le poids écrasant d\u2019une alliance.Lorsque, pour la première fois, elle le sut infidèle, la jeune femme pleura beaucoup, puis pardonna.La seconde fois, elle le menaça de s\u2019éloigner pour toujours.Elle n\u2019en fit rien, bien entendu, mais sa gaieté s'éteignit.Peu après, naquit Dominique.Françoise, profondément blessée dans son amour conjugal, allait essayer de vivre pour le seul amour de sa petite fille.Toutefois, la troisième fois que son mari la trahit, Françoise n\u2019eut plus à menacer ni à pardonner.La nouvelle conquête était exclusive.Pleine d\u2019illusions, elle voulait André pour elle seule.Ils avaient fui ensemble, vers Paris, disait-on.Vers des terres beaucoup plus lointaines, révéla l\u2019enquête ultérieure.Françoise attendit son mari pendant des mois, toute prête à la miséricorde.Il ne reparut jamais et ne donna point de ses nouvelles.Quelques années plus tard, chez ses parents où elle avait réintégré bien tristement sa chambre de jeune fille, une mauvaise bronchite la terrassa.Elle mit deux mois à mourir, sans se défendre.Les parents d\u2019Etienne et de Françoise étaient âgés.Le père presque aveugle, ne pouvait guère se passer de l\u2019assistance de sa femme.La petite fille eût mené chez eux une existence solitaire et dépourvue de toute joie.Le coeur sensible du docteur Barry s\u2019en alarma.Déçu par son fils unique, Jean-François, adolescent paresseux et indiscipliné que les meilleures pensions religieuses ne parvenaient pas à dompter, il se désespérait de n\u2019aveir pas d\u2019autre enfant.Sa femme, Simone, guettée par la neurasthénie, ne savait comment employer les trésors enfouis dans son coeur de mère.Elle devenait susceptible, irritable, jalouse, et rendait la vie impossible à son mari qu\u2019elle aimait pourtant de toutes ses forces.Etienne lui proposa alors de se charger de sa petite nièce orpheline.Ne pouvait-on vraiment la considérer comme telle, puisque sa mère était morte et son père émigré au-delà des océans ?Simone commença par protester.Elle avait un fils à elle.Bien qu\u2019il ne fût presque jamais là, il n'était pas question qu\u2019une petite « étrangère » prît sa place.Et puis les enfants étaient tous des monstres d\u2019ingratitude, ils n\u2019étaient capables de procurer que des chagrins.Etienne insista et fit appel à sa piété.Avait-elle le droit de laisser cette petite âme neuve s\u2019étioler entre deux vieillards ?Non, elle avait une belle oeuvre à accomplir.Chez eux, Dominique connaîtrait une vie normale et confortable.Ils avaient une bonne situation, de l\u2019argent en réserve, une belle santé et une longue vie en perspective.La charité n\u2019est-elle pas une obligation ?.Le coeur des femmes, même ulcéré par une déception maternelle, n\u2019est jamais sourd à la voix de la sollicitude ; Simone finit par accepter que son mari allât chercher la petite fille.Semblable à presque tous les hommes, le docteur Barry avait souhaité que son fils embrassât la même profession que lui.Il lui fallut de très bonne heure déchanter : Jean-François ne ferait jamais sa médecine.Il ne ferait jamais rien, que des sottises plus ou moins lourdes de conséquence.Heureusement que Dominique, elle, était douée pour les études.Etienne regretta qu\u2019elle choisît le droit plutôt que la médecine.Enfin, c\u2019était ainsi et on n\u2019a pas le droit de forcer une vocation.Quand arrivèrent « les malheurs », c\u2019est-à-dire le premier accident de Jean-François, bientôt suivi de sa propre mort, la jeune fille joua naturellement auprès de ses parents adoptifs le rôle de consolatrice.Ce fut sans doute grâce à elle, à sa douceur, à sa patience, à l\u2019intelligence de ses soins, que Simone ne perdit pas la raison.Quant à Etienne, il aima plus que jamais sa nièce, reportant sur elle toute l\u2019affection qu\u2019il avait pu conserver à son misérable fils.Dominique attendit l\u2019heure paisible du café et de la cigarette pour confier avec tranquillité à son oncle : \u2014 Je ne voulais pas être prise au dépourvu, petit oncle.Pour te dire toute la vérité ; je crois que j\u2019ai déjà trouvé quelque chose.C\u2019est une vraie chance ! \u2014 Allons donc ! On ne déniche pas une situation de cette façon, du jour au lendemain.\u2014 Mais il y a des jours et des jours que je m\u2019informe ! Depuis que tu as eu cette faiblesse cardiaque en donnant une consultation, et que tu as été inquiet, et que tu as pris rendez-vous avec le professeur de Maucom-be.Je pensais bien qu\u2019il allait t\u2019ordonner de te reposer.\u2014 Mon pauvre petit ! Moi qui avais cru, en t\u2019adoptant, t\u2019assurer une vie sans heurts.\u2014 Ne me plains pas, tout ira bien.Ecoute, une de mes amies du droit fait partie du cabinet de Chanclos, tu sais, le célèbre avocat.Il a toute une équipe de collaborateurs.Or, elle est sur le point de se marier avec un des stagiaires de ce cabinet et son fiancé ne veut pas qu\u2019elle continue à travailler.Elle a déjà posé ma candidature auprès de son patron et il n\u2019y a aucune raison pour qu\u2019il me refuse.Je devrai seulement m\u2019inscrire au barreau le plus vite possible.\u2014 Domi, en robe d\u2019avocate, c\u2019est trop drôle ! Le Samedi, Montréal, 24 octobre 1959 \u2014 La robe d\u2019avocate m\u2019ira bien.\u2014 Je n\u2019en doute pas, ma chérie, tout te va.Mais je dois d\u2019abord me renseigner moi-même.Il faut que je sache si cet homme a une bonne réputation, s\u2019il est sérieux.\u2014 Oh ! mon oncle, un grand avocat ! \u2014 Ce n\u2019est pas une référence suffisante ! \u2014 Il a même été député ! \u2014 La belle affaire ! Tu es jeune, mon enfant.Chanclos, attends un peu.Chanclos.Mais oui, c\u2019est cela, j\u2019y suis.Un très bel homme d\u2019une quarantaine d\u2019années, un grand talent, une voix superbe.Etienne Barry fronça les sourcils : \u2014 Je crois que c\u2019est un homme à succès.Je n\u2019aime pas cela pour toi, petite.Dominique éclata de rire.\u2014 Oncle Etienne, cela ne tient pas debout, ce que tu dis ! Raoul Chanclos est marié ! \u2014 Et alors ?\u2014 Et alors, il n\u2019y a plus de problème.Une jeune fille qui serait amoureuse d\u2019un homme marié, tu vois cela ?Un homme marié n\u2019existe plus, il est fichu, annulé, enterré.Imagines-tu, par hasard, qu\u2019on puisse être amoureuse de toi ?\u2014 Hé ! Hé ! fit le docteur Barry qui sourit avec finesse.Cela prouverait, en tout cas, que les femmes n\u2019ont pas mauvais goût.Simone Barry haussa les épaules.Elle avait horreur de ce genre de plaisanterie.Ill Sortie de l\u2019ascenseur, elle sonna d\u2019un doigt tremblant.Un domestique en veste blanche vint lui ouvrir.Monsieur n\u2019était pas rentré du Palais.Si elle désirait être reçue par l\u2019un ou l\u2019autre de ses collaborateurs.Me Luciani, par exemple, ou Me Jeanine Dupré ?Elle secoua la tête.C\u2019était avec lui-même qu\u2019elle avait rendez-vous.Elle n\u2019était pas une cliente.Le domestique consulta un bloc-notes.\u2014 Mademoiselle Gervais ?En effet.Je vois : 7 heures.Dans ce cas, entrez et veuillez vous asseoir.Comme il la précédait dans la vaste galerie qui conduisait au salon, un gros garçon assez jeune, au visage hilare, sortit d\u2019une autre pièce en courant et la heurta presque.Il s\u2019excusa avec gentillesse et familiarité \u2022 \u2014 Oh! pardon! Je ne vous ai pas fait mal ?.C\u2019est Maître Chanclos que vous attendez?.Et bien, il ne va sûrement pas tarder nous étions sûrs de l\u2019acquittement.Un autre personnage passait dans la galerie, des documents sous le bras, puis ce fut une jeune femme brune, très affairée.On sonna.Le valet de chambre prit le temps de désigner un fauteuil à Dominique et, avec une lenteur pleine de majesté, referma la porte du salon et alla ouvrir.Comme personne ne fut introduit dans le salon, la jeune fille en conclut qu\u2019il s\u2019agissait d\u2019un client de second ordre à qui suffisaient les offices de l\u2019un ou l\u2019autre collaborateur du grand patron.Elle rêva.Quelle atmosphère de luxe, de réussite, de fortune ! Et aussi quelle ambiance de travail fiévreux ! Des sonneries de téléphone retentissaient de tous côtés à la fois.C\u2019était une ruche, un atelier en pleine activité à l\u2019heure où se ferment la plupart des bureaux.Cela ne lui déplaisait pas.Peut-être un jour, dans quelques années, si elle savait le mériter, aurait-elle aussi ses clients à elle.Me Dominique Gervais.Pourquoi pas?.Raoul Chanclos tardait.Elle se demanda si celui qu\u2019il défendait aujourd\u2019hui serait réellement acquitté.Elle verrait cela le lendemain dans les jour- Entre amis \u2014 Le seul moyen peur un homme de bien connaître les femmes, c\u2019est de se marier.\u2014 Et d\u2019observer sa femme ?\u2014 Non.D\u2019observer ce qu\u2019elle dit des autres femmes.Au Cirque Il est quatre heures du matin et le farouche dompteur va regagner sa roulotte après avoir terminé la soirée avec des amis.Mais il réfléchit soudain que son irascible épouse le recevra très mal et, faisant demi-tour, s\u2019en va coucher dans la cage du terrible lion : Néron.Le matin, sa femme retrouve son mari près de la roulotte.\u2014 Où as-tu passé la nuit ?\u2014 Ma chérie, réplique le dompteur, à mon retour j\u2019ai pensé que tu dormais et que je pourrais te réveiller.Pour ne pas te déranger, je suis allé m\u2019installer dans la cage de Néron.Alors, la « chérie » méprisante : -\u2014 Ah ! le lâche 1 Entre père et fils \u2014 Papa, demande le petit garçon, un bigame, c\u2019est un homme qui a une femme de trop, n\u2019est-ce pas ?\u2014 Pas nécessairement, répond le père avec un soupir.Un homme peut avoir une femme de trop sans être bigame.Chez le chausseur \u2014 Non, vraiment, ces chaussures sont trop étroites et trop pointues ! \u2014 Mais, Monsieur, la mode, cette année, veut que l\u2019on porte les chaussures en pointes et très étroites .\u2014 C\u2019est possible.Mais voyez-vous, moi, malheureusement, je porte toujours mes pieds de Tannée dernière ! Enfant terrible Tante Berthe cherche à guérir sa nièce d\u2019un vilain défaut.\u2014 Quand j\u2019étais petite, dit-elle, ma maman me disait toujours que si je faisais des grimaces je resterais laide toute ma vie.\u2014 Eh bien ! tu ne pourras pas dire qu\u2019on ne t\u2019avait pas prévenu ! rétorque posément la fillette.Au Texas Un cow-boy s\u2019installe à la table d\u2019un « saloon» avec sa femme et son gosse de six ans.\u2014 Deux doubles whiskies secs! commande-t-il.Sur quoi, le mioche : \u2014 Alors, qu\u2019est-ce que c\u2019est ?Maman ne boit pas ? Le Samedi, Montréal, 24 octobre 1959 naux.En attendant, elle examina le salon.De magnifiques boiseries, des tapis profonds, quelques meubles de grande qualité et un ensemble de fauteuils Louis XV tapissés de brocart blanc.Aux murs, une superbe toile impressionniste et une peinture abstraite qui la laissa perplexe.Et puis, au centre d'un petit panneau spécialement bien éclairé, le portrait d\u2019une femme blonde, assez belle, en robe du soir.Une minute plus tard, la porte s\u2019ouvrait brusquement, comme par mégar-de.Devant Dominique se dressait le modèle du portrait et la jeune fille put constater que celui-ci devait dater de plusieurs années.Mme Chanclos, en chair et en os, avait été fort embellie par le peintre.En réalité, elle offrait un physique agréable, sans plus, mais sa coiffure et sa toilette étaient d\u2019une sobriété raffinée, d\u2019une élégance très sûre.\u2014 Excusez-moi, dit-elle, je venais chercher un livre.Je croyais qu\u2019il n\u2019y avait personne dans le salon.Vous attendez.mon mari ?\u2014 En effet, madame, dit Dominique qui s\u2019était levée.Je viens de la part de Jacqueline Ganderie, son ancienne secrétaire.\u2014 Très bien, je suis au courant.Il n\u2019y avait pas le moindre livre dans le salon.D\u2019ailleurs, la femme de l\u2019avocat semblait avoir tout à fait oublié ce qu\u2019elle était venue chercher.Elle examinait la jeune fille avec une attention aiguë, presque douloureuse.Et, aussi rapidement qu\u2019elle était entrée, elle s\u2019en alla.Juste à ce moment, Dominique entendait un double coup de sonnette, impatient et impératif, un pas masculin et la voix joyeuse du gros homme qui avait failli la bousculer.\u2014 Alors, vous les avez eus, les jurés ?\u2014 Comme d\u2019habitude.Je suis éreinté, Luciani.Dites-moi, personne ne m\u2019attend ?\u2014 Mais si, maître, une jeune fille.Elle est dans le salon depuis un bon moment.Raoul Chanclos grommela quelque chose que Dominique ne comprit pas.Il était cependant vraisemblable qu\u2019il l\u2019envoyait à tous les diables, elle, son rendez-vous, ses ambitions, son espérance.Elle fut prise d\u2019une soudaine envie de disparaître.Mais comment faire, dans cette maison, pour fuir sans être répérée ?Si on la rattrapait, de quoi aurait-elle l\u2019air ?Une porte s\u2019ouvrit.Ce n\u2019était ni celle par où elle était entrée tout à l\u2019heure, ni celle par laquelle Mme Chanclos avait surgi.Elle devina que cette porte donnait directement accès au bureau de « l\u2019enchanteur ».Et, en effet, il parut.\u2014 Mademoiselle Gervais ?Veuillez passer dans mon bureau.Je m\u2019excuse d\u2019avoir été en retard.Elle le suivit, le coeur battant, en proie au plus abominable « trac » qu\u2019elle eût jamais éprouvé.Il s\u2019assit dans son fauteuil Empire, devant sa magnifique table de travail ornée de cuivres ouvragés.Il lui désigna un autre siège en face de lui.Il était grand et large d\u2019épaules, le physique que Ton attribue volontiers aux tribuns.Avant que Dominique ait pu ouvrir la bouche, il dut répondre à un coup de téléphone et elle vit qu\u2019il avait les traits réguliers, les cheveux à peine grisonnants, le regard noir et très vif.L\u2019appareil raccroché, il se mit à l\u2019interroger posément, d\u2019une belle voix vibrante, cette voix mille fois célébrée et vantée.Deux ou trois fois, de nouveau, des coups de téléphone l\u2019interrompirent.Il s\u2019excusait alors auprès d\u2019elle avec courtoisie.Peut-être était-il difficile dans le travail, mais son aspect n\u2019était pas antipathique, au contraire.Enfin, il fixa les conditions tandis que la jeune fille devenait écar- 19 \u2014 Allons, tu ne te plaindras plus à l'avenir de n'avoir pas suffisamment d'espace de rangement.late.C\u2019était la première fois de sa vie qu\u2019elle traitait de questions d\u2019argent.Il parut ne pas remarquer sa confusion.\u2014 Pouvez-vous commencer dès demain, mademoiselle ?Ah ! je dois vous prévenir que, chez moi, les heures n\u2019existent pas.Ne comptez pas non plus sur les samedis : je plaide le samedi comme les autres jours.Quant aux dimanches.Il m\u2019arrivera parfois d\u2019avoir besoin de vous, de vous emmener dans ma propriété des environs de Fontainebleau ou dans mes chasses de Sologne.Je ne puis mobiliser Luciani qui a déjà de nombreuses affaires personnelles, ni madame Dupré qui est mère de famille, ni Auffages dont le mariage a lieu ces jours-ci, précisément avec votre amie Jacqueline Ganderie, ni de simples dactylographes.Ceci dit, sommes-nous d\u2019accord ?\u2014 Tout à fait, maître.A partir d\u2019aujourd\u2019hui, mon temps vous appartient.Il sembla satisfait, alluma une cigarette à l\u2019aide d\u2019un briquet en or et, pour la première fois, regarda la jeune fille autrement que comme une banale interlocutrice.Elle se levait pour partir.\u2014 Vous n\u2019avez encore jamais travaillé ?demanda-t-il avec une ombre de sourire.\u2014 Non, maître, mais j\u2019espère m\u2019adapter rapidement, ne pas vous sembler trop novice, trop maladroite.\u2014 Et vous vous intéressez aux maquis de la Justice ?\u2014 Disons que je m\u2019intéresse à la Justice elle-même.L\u2019ombre de sourire s\u2019accentua.\u2014 Je vois.Vous avez de la foi, de l\u2019enthousiasme, de la conscience.Nous sommes faits pour nous entendre.Il la conduisait à la porte quand le valet de chambre se dressa devant eux, impressionnant de dignité : \u2014 Madame fait dire à Monsieur que le smoking de Monsieur est préparé pour le dîner de Monsieur et de Madame chez Monsieur le Bâtonnier.Madame fait aussi dire à Monsieur que Monsieur va être en retard.Madame est déjà habillée.\u2014 Nom d\u2019un chien ! s\u2019écria l\u2019avocat.Et moi qui l\u2019avais complètement oublié, ce maudit dîner ! Et moi qui voulais me reposer, dormir, enfin, dormir ! Est-ce vraiment impossible ?L\u2019accès de colère était si subit, si imprévu, que Dominique se fit toute petite et, comme on ne s\u2019occupait plus d\u2019elle, s\u2019éclipsa sans dire au revoir.IV ^ ominique, dit une voix masculine I à côté d\u2019elle, ai-je donc telle- U ment changé depuis la semaine dernière ?De l\u2019autre côté de l\u2019avenue, je vous adressais des sourires et de grands gestes.Rien, pas de réaction, vous regardiez sans voir.Allô, allô, mademoiselle Dominique Gervais?.Ici c\u2019est Alain de Kergilles qui vous parle ! Dois-je raccrocher ?» Elle commença par le dévisager avec un ahurissement si sincère qu\u2019il éclata franchement de rire et qu\u2019elle ne tarda pas elle-même à l\u2019imiter.\u2014 Excusez-moi, Alain.Vraiment, je suis stupide.Je ne sais pas où j\u2019ai la tête.Ou plutôt, si, je le sais, mais.Voilà, je vais vous expliquer.\u2014 Dans l\u2019autobus, Domi, si vous le voulez bien.Je suppose que c\u2019cst pour le prendre que vous êtes arrêtée ici, un numéro à la main.Alors mieux vaut ne pas le manquer, par cette douce température.Moi, je vais tout près de chez vous, boulevard Raspali, où je dîne avec des amis.Nous allons faire route ensemble et vous me direz la raison de votre air « entre ciel et terre ».Alain de Kergilles était l\u2019un des meilleurs camarades de Dominique.Son père était médecin dans une petite ville balnéaire de Bretagne où les Barry et leur nièce, plusieurs années de suite, avaient passé leurs vacances.Installé à Paris pour toute la durée de ses études, il logeait chez de vieux amis de ses parents, gens fort austères.Un peu isolé, privé de sa famille, il appréciait l'accueil intime que lui réservaient l\u2019oncle et la tante de Dominique chaque fois que, par un coup de téléphone, il annonçait sa vite.Il était le danseur préféré de Dominique, précisément parce que ni l\u2019un ni l\u2019autre n\u2019aimait fanatiquement la danse.Habituellement, dans les soirées, ils étaient préposés aux disques.Us bavardaient inlassab'emcnt, échangeant leurs idées sur la musique de jazz, les livres ou le cinéma, sans oublier les mérites comparés du droit et de la médecine.Souvent, un peu trop souvent pour que ce fût un pur hasard, Alain « passait dans le quartier » à l\u2019heure où la jeune fille sortait de la faculté.Ils descendaient alors ensemble la rue Soufflot et le boulevard Saint-Michel et U reconduisait Dominique jusqu\u2019à l\u2019appartement de son oncle, rue du Bac.\u2014 Vous avez « séché » des cours, ces jours-ci, dit Alain en affectant de froncer des sourcils trop blonds pour paraître sévères.Deux ou trois fois, comme je.je passais dans le quartier, je vous ai attendue à la porte.Ni vu ni connu.Pas de Dominique.Ses yeux bleus souriaient malgré lui.Il paraissait à peine ses vingt-six ans malgré sa silhouette athlétique et la ligne presque invisible de moustache qu\u2019il laissait pousser afin de se donner l\u2019air sérieux.\u2014 C\u2019est justement ce que je veux vous expliquer, dit la jeune fille qui avait hâte de placer enfin son histoire.Inutile désormais d\u2019aller me chercher à la faculté.Je n\u2019irai plus Alain.J\u2019ai pris une situation.\u2014 Comment ?Ce n\u2019est pas possible ! \u2014 C\u2019est comme cela, pourtant.Brièvement, elle lui exposa les circonstances qui avaient déterminé cette brusque décision, mais elle garda pour la fin ce qu\u2019elle considérait comme un coup de théâtre, propre à lui assurer la considération du jeune homme ébloui.\u2014 Telle que vous me voyez, je sors de chez Chanclos.\u2014\tAlors.je ne vous verrai plus ?Elle le regarda dans les yeux, surprise plus que flattée de son intonation.Alain n\u2019était qu'un ami.Il n\u2019était pas le seul à lui dire qu\u2019elle était jolie, que sa « queue de cheval » d\u2019un brun sombre nuancé de mordoré ressemblait à un écheveau de soie, que des paillettes luisantes pétillaient dans ses yeux noirs, que ses mains, ses chevilles, sa taille.Bref, elle savait quelle lui plaisait comme elle plaisait aussi à d\u2019autres.Mais, pas plus pour lui que pour d\u2019autres, le coeur de Dominique n\u2019avait encore battu.\u2014 Je ne vous verrai plus, reprit-il.Et vous m\u2019annoncez cela froidement, comme s\u2019il s\u2019agissait d\u2019une chose toute naturelle ?Mais.Domi, je vais vous faire un aveu : ce n\u2019était pas oar hasard que je passais devant la faculté.\u2014\tFigurez-vous, dit-elle avec un petit rire, que je m\u2019en doutais un peu.Eh bien, vous aurez davantage de temps pour travailler.Vous en serez récompensé au moment de votre concours.\u2014\tSeriez-vous vraiment méchante?.Je vais me sentir tellement seul ! Elle eut honte de sa dureté et dit en se penchant un peu : \u2014\tN\u2019exagérons rien, Alain, il ne faut pas m\u2019en vouloir.Comprenez-moi, je suis fière de me rendre utile.Je suis sous le coup de cette fierté et tout le reste disparaît.Plus tard, peut-être.\u2014 Plus tard, mais quand?.Dans toutes les professions du monde, il y a des jours de liberté.\u2014 Je crains fort d\u2019en avoir peu, je vous l\u2019ai dit.L\u2019autobus avait atteint le carrefour Bac\u2014Saint-Germain.Domi se prépara à descendre et le jeune homme la suivit.\u2014 C\u2019est ici que vous descendez, vous aussi ?\u2014 Oui, je monterai à pied le boulevard Raspali.Je vais vous déposer devant votre porte, comme je l\u2019ai fait si souvent.Vous permettez ?\u2014 Bien entendu.Dominique était joyeuse mais, en la quittant, Alain de Kergilles ne riait pas.Il la regarda disparaître sous sa porte.Comme s\u2019il ne pouvait se décider à rompre brutalement avec ce qui avait été une période de sa vie dont il découvrait seulement l\u2019exquise 20 saveur évanouie, il fit les cent pas dans la rue, sans se soucier d\u2019être en retard chez les amis qui l\u2019attpndaient.«Je suis un idiot, pensait-il, j\u2019aurais dû me déclarer plus tôt.Mais c\u2019est que je n\u2019étais pas absolument sûr de l\u2019aimer à ce point-là ! Je croyais tenir à ma liberté, à mes privilèges de célibataire.Quelle sottise ! » Alain finit par s\u2019éloigner à regret, les mains dans les poches de son gros manteau.Il n\u2019avait pas la moindre envie d\u2019assister à ce dîner.Il y aurait des femmes, étudiantes en médecine.Elles parleraient d\u2019anatomie, de maladies, d\u2019opérations.Et, surtout, elles ne seraient pas Dominique, ce qui était leur pire défaut.Il les en détestait d\u2019avance.V Üne vie de chien, c\u2019était le mot juste.Raoul Chanclos était un bourreau de travail, bourreau pour lui-même comme pour les autres.Dans la pièce qui lui avait été affectée et qu\u2019elle partageait avec deux dactylographes, Dominique s\u2019asseyait à neuf heures du matin et se penchait sur un dossier.Quelques minutes plus tard, on l'appelait chez « le patron ».Il était là, frais, détendu, bien que la présence sur son bureau d\u2019une immense cafetière vide et d\u2019un cendrier empli de mégots de cigarettes révélât clairement qu\u2019il travaillait depuis l\u2019aube.Déjà harcelé de coups de téléphone, c\u2019était cependant pour lui le meilleur moment de la journée, celui où on le considérait comme abordable.La jeune fille en profitait pour obtenir de lui d\u2019une façon précise toutes les instructions dont elle avait besoin.Ensuite le défilé des clients commençait.On ne verrait plus le grand maître qu\u2019entre deux portes, le visage crispé, la voix irritée.Et rien n\u2019impressionnait davantage Dominique que ¦es brusques éclats de voix, ces colères pas toujours motivées, ces bordées de jurons qui transformaient instantanément l\u2019homme du monde en débardeur.Le dimanche amenait une détente relative.Tant que durait la saison des chasses, Chanclos se rendait en Solo- gne où il possédait un luxueux pavillon.Sa femme l\u2019accompagnait en voiture et, le plus souvent, Dominique.Mme Chanclos conduisait, silencieuse, tandis que le maître, assis à l\u2019arrière avec la jeune fille, compulsait des dossiers, dictait des notes et toute une correspondance.Au pavillon, envahi d\u2019amis dès le matin, Dominique devait donner des séries de coups de téléphone, après quoi elle avait le droit de se reposer, c\u2019est-à-dire d\u2019aider Mme Chanclos à faire les honneurs du logis.Elle côtoyait ainsi les personnages les plus notoires, avocats, magistrats, écrivains, industriels, banquiers ou artistes.Rentrant tard dans la soirée, elle marchait sur la pointe des pieds pour ne pas éveiller son oncle mais, toujours, l\u2019ayant entendue, il sortait de sa chambre en tapinois, enveloppé dans une grosse robe de chambre et chaussé de pantoufles fourrées, lui faisait signe de se taire et de se rendre dans le salon.Là il s\u2019asseyait dans un fauteuil et allumait une cigarette : \u2014 J\u2019en profite pour fumer en cachette de ta tante.Domi, raconte-moi ta journée.\u2014 Oh ! oncle Etienne, si l\u2019un de tes clients t\u2019avait ainsi désobéi.-\u2014 C\u2019est ce que je parviens difficilement à me mettre dans la peau d\u2019un « client ».Une pauvre petite cigarette ne me fera pas de mal.Alors, qui as-tu vu?.Qu\u2019as-tu fait ?.Elle donnait son emploi du temps et citait des noms illustres.Etienne Barry hochait la tête.\u2014 Ne te laisse pas éblouir, Domi, ce n\u2019est pas un milieu pour toi.Beaucoup de ces gens ont une vie irrégulière, un passé trouble.Leur réussite même est un mauvais exemple.Ah ! je n\u2019aime pas cela, je n\u2019aime pas du tout cela.\u2014 Mais, petit oncle, ils sont amusants, pittoresques.Leur conversation est intéressante.Ils ont tout vu, tout connu.Le temps file si vite, en les écoutant ! \u2014 Je serais très peu rassuré si je ne savais que tu es là-bas sous la protection de madame Chanclos qui a la réputation d\u2019une femme très convenable.Comment se comporte-t-elle à ton égard ?\u2014 Elle est glaciale, avec moi comme avec les autres.Un vrai réfrigérateur.Si on ne comptait que sur elle pour mettre de l\u2019entrain ! Heureusement que son mari s\u2019en charge à lui tout seul.Aujourd\u2019hui il a été particulièrement brillant.Il a une façon à lui de raconter l\u2019affaire Brusson, tu sais, Berthe Brusson qui a empoisonné six personnes.Figure-toi qu\u2019il a refait sa plaidoirie comme s\u2019il était partie civile, c\u2019est-à dire dans un sens diamétralement opposé à celle qu\u2019il a prononcée en faveur de la coupable.Eh bien ! la pauvre, heureusement qu\u2019elle l\u2019a eu pour elle et non contre elle ! Elle aurait été condamnée six fois à avoir la tête coupée ! \u2014 Rien de tout cela n\u2019est moral, Domi.Je me suis toujours demandé comment un avocat pouvait montrer tant de conviction plaidant contre sa pensée.Cela tient de l\u2019art du comédien Etienne Barry soupirait, sceptique.Avant de retourner se coucher, il donnait de l\u2019air dans la pièce et jetait par la fenêtre le mégot de sa cigarette.VI A voiture roulait lentement, à cause des virages et du brouillard épais, sur la route qui domine la Seine ¦¦ et, des Andelys, vient à Paris.Raoul Chanclos ne disait rien, ayant assez parlé pendant toute la journée.Son front et ses joues se creusaient des stigmates de la fatigue.Le matin, ayant déjà reçu plusieurs personnes, il s\u2019était rendu à Rouen, accompagné de Dominique.Ils y avaient déjeuné rapidement avec un groupe de journalistes.A une heure, ils étaient au Palais de Justice et, pour la première fois vêtue de la robe noire, la jeune fille s\u2019était assise près de lui au banc de la défense.Durant les débats, le rôle de Dominique consistait à préparer pour son patron les pièces des dossiers dont il avait besoin et à les lui tendre au moment voulu.L\u2019affaire était ardue, complexe.Pour ce pauvre individu qui ne disposait pas d\u2019un centime pour lui payer ses honoraires, pour ce déchet d\u2019humanité, intoxiqué d\u2019un alcoolisme héréditaire, il avait plaidé superbement avec fougue, avec une générosité communicative.A l\u2019évocation de l\u2019enfance du malheureux, deux jurés s\u2019étaient essuyé les yeux, la seule femme que comptât le jury avait pleuré, sans se cacher, dans son mouchoir.Le vrai coupable, selon Chanclos, n\u2019était autre que la Société qui laisse parvenir ses enfants à ce dernier degré de détresse.C\u2019était moi, vous et tout le monde.Dans le fond de la salle, on avait applaudi.Après une brève délibération, la Cour était revenue avec un verdict de pitié : cinq ans de prison avec sursis.La route du retour qui s\u2019allongeait au-dessus des méandres du fleuve, semblait ne devoir jamais finir.Les mains de Chanclos se crispaient sur le volant et Dominique, de profil, voyait que sa bouche se pinçait.De temps en temps, il lui demandait : \u2014 Allumez-moi une cigarette, je vous prie.Elle obéissait, se taisant à son exemple.Il eût mieux valu qu\u2019elle parlât pour l\u2019empêcher de s\u2019endormir mais, pour cela, elle était trop intimidée.Brusquement la voiture obliqua à gauche, rétablit sa position et stoppa.Raoul Chanclos, la tête renversée, semblait respirer avec peine.Ses paupières étaient baissées.La cigarette qu\u2019il fumait était tombée à ses pieds.Dominique, en hâte, ouvrit une vitre et posa l\u2019une de ses mains fraîches sur le front de l\u2019avocat.\u2014 Oh ! maître, que puis-je faire pour vous ?Le Samedi, Montréal, 24 octobre 1959 Elle se souvint qu\u2019il ne voyageait jamais sans emporter un thermos de café chaud.Vite elle lui en versa un gobelet.Machinalement, il avala quelques gorgées.Il ouvrit les yeux et promena autour de lui un regard égaré.\u2014\tC\u2019est absurde.absurde.dit-il d\u2019une voix blanche tout en continuant à boire du café.\u2014\tMaître, vous allez mieux, vous reprenez un peu de couleurs.Voulez-vous encore un gobelet ?Ce fut d\u2019une voix plus assurée qu\u2019il protesta : \u2014\tQuoi?Vous êtes folle, ma petite ! Imaginez-vous que j\u2019ai absorbé plus d\u2019un litre de café depuis mon réveil.Je m\u2019endors au volant mais, quand je serai couché, il faudra que je prenne deux ou trois comprimés de gardénal pour arriver à m\u2019assoupir.\u2014 Tout cela est très mauvais, murmura Dominique.Vous devriez.\u2014 Bon sang de bon sang ! C\u2019est la première fois que m\u2019advient une telle défaillance.Heureusement que j\u2019ai encore de bons réflexes.J\u2019ai freiné juste au moment où je me sentais partir.m\u2019évanouir bêtement, comme une quelconque Dame aux Camélias.Un peu plus, nous étions tous les deux précipités dans la Seine.Vilaine fin pour un homme qui a fait la guerre ! Et pour vous, pauvre petite.Allumez-moi une cigarette, je me repose quelques minutes.\u2014 Vous travaillez trop, maître.\u2014 Eh parbleu, je le sais bien! Mais que voulez-vous que je fasse d\u2019autre ?Au fond, c\u2019est tout ce qui m\u2019intéresse.Je l\u2019ai payée assez cher, la situation que j\u2019occupe.Toute mon enfance, toute ma jeunesse, je les ai offertes en holocauste aux succès de mon âge mûr.D\u2019ailleurs je ne travaille pas seulement pour moi, mais pour mon usine, comme disent ceux qui sont polis ou mon écurie, comme disent les autres.Oui, je travaille comme une brute alors qu\u2019on m\u2019accuse surtout de faire travailler mes collaborateurs.Qu\u2019en pensez-vous, vous, petite fille, depuis un mois que vous êtes chez moi ?Doucement elle corrigea : \u2014 Presque deux mois déjà, maître.\u2014 Vraiment?U y a si longtemps que cela ?Je ne l\u2019aurais jamais cru.Cela prouve que les semaines m\u2019ont semblé courtes en votre souriante compagnie.C\u2019était la première fois qu\u2019il lui disait une amabilité de ce genre.Elle bénit la nuit qui voilait la brusque rougeur de ses joues.\u2014 Allons, donnez-moi tout de même ce qui reste de café.A moins que vous ne désiriez le boire vous-même.\u2014 Merci, je n\u2019en prends jamais le soir.Mon oncle ne m\u2019y autoriserait pas.A la pensée de son oncle, une inquiétude lui vint qu\u2019elle exprima aussitôt : \u2014 Votre coeur n\u2019est pas malade, au moins, maître ?Vous savez, il faut le surveiller.On va, on va, et puis un jour.\u2014 Rassurez-vous, dit-il, j\u2019ai un coeur excellent.Si mes nerfs se comportaient aussi bien.Alors, ce café.Cette fois, il saisit lui-même le gobelet pour le porter à ses lèvres \u2014 Maître, dit Dominique d\u2019un ton consterné, votre main tremble.Il est imprudent que vous repartiez tout de suite.Reposez-vous, détendez-vous.Pourquoi ne dormiriez-vous pas quelques instants ?\u2014 Non, mon petit, il est tard.Votre oncle et votre tante seraient affolés.J\u2019ai failli vous tuer, tout à l\u2019heure.C\u2019est suffisant pour aujourd\u2019hui.\u2014 Mon oncle et ma tante commencent à s\u2019accoutumer à mes horaires fantaisistes.Ne vous tourmentez ni pour eux ni pour moi.Il s\u2019essuya le front et lissa ses cheveux.Sa pâleur le faisait paraître L'HOROSCOPE DU \"SAMEDI (Nouvelle série) 4\t6\t2\t5\t7\t3\t8\t4\t2\t6\t5\t3\t7\t2\t4\t8 V\tV\tV\tI\tU\tV\tP\t0\t0\t0\tL\t0\tN\tT\tU\tE 8\t4\t3\t7\t5\t2\t6\t4\t3\t8\t5\t2\t6\t4\t3\t7 R\tS\tU\tR\tY\tR\tU\tN\tS\tS\tA\tE\tS\tE\tV\tE 7\t4\t2\t8\t6\t5\t3\t4\t2\t7\t4\t3\t5\t2\t4\t7 G\tG\tE\tE\tF\tD\t0\tL\tT\tI\tI\tU\tE\t0\tG\tM 7\t4\t3\t8\t2\t6\t4\t7\t3\t5\t6\t2\t4\t7\t3\t8 E\tE\tS\tV\tI\tU\tZ\tV\tA\tL\tM\tL\tV\t0\tN\tE 7\t4\t2\t6\t5\t7\t3\t4\t2\t8\t5\t3\t6\t2\t4\t7 U\t0\tE\tE\tE\tS\tK\tT\tB\tR\tS\tY\tZ\tR\tR\tA 7\t4\t3\t6\t5\t7\t2\t4\t8\t6\t3\t7\t4\t5\t7\t2 I\tE\tL\tT\tP\tD\tI\tS\tE\tR\t0\tE\tA\t0\tR\tL 7\t4\t3\t5\t6\t2\t7\t4\t3\t8\t6\t4\t2\t5\t3\t7 A\tN\tS\tI\t0\tL\tI\tT\tE\tZ\tP\tE\tE\tR\tZ\tT Comptez les lettres de votre prénom.Si le nombre de lettres est de 6 ou plus, soustrayez 4.Si le nombre est moins de 6, ajoutez 3.Vous aurez alors votre chiffre-clef.En commençant au haut du rectangle pointez chaque chiffre-clef de gauche à droite.Ceci fait, vous n\u2019aurez qu\u2019à lire votre horoscope donné par les mots que forme le pointage de votre chiffre-clef.Ainsi, si votre prénom est Joseph, vous soustrayez 4 et vous aurez comme clef le chiffre 2.Tous les chiffres 2 du tableau ci-dessus représentent votre horoscope.Droits réservés 1945, par William J.Miller, King Features, Inc. Le Samedi, Montré al, Zi octobre 1959 21 plus jeune.Dominique se pencha sur lui en ara geste plein de sollicitude, presque maternel.\u2014 Il y aurait bien une solution, maître.Je sais conduire, j\u2019ai mon permis.Mon oncle n\u2019a plus de voiture, et puis.Enfin, il se méfie, il a des raisons pour cela, le pauvre.Mais j\u2019ai eu l\u2019occasion, pendant les dernières vacances, de conduire la même voiture que la vôtre, une « Comète », qui appartenait à des amis.Oseriez-vous vous fier à moi ?J\u2019irai tout doucement.Si je fais des sottises, vous reprendrez le volant.Il la regarda avec une inquiétude dont ils rirent tous les deux.Elle ne l\u2019avait jamais entendu rire ailleurs que dans le pavillon de chasse, lors de dîners qui réunissaient vingt personnes.Finalement il accepta.Ils changèrent de place et elle démarra, aussi appliquée qu\u2019une enfant qui « se colle » à ses devoirs.Il commença par la surveiller de très près puis, rassuré, se laissa aller au sommeil.VII Quand par hasard Chanclos ne plaidait pas et se trouvait chez lui vers cinq heures, il se faisait servir le thé dans son cabinet et s\u2019arrangeait, à ce moment-là, pour y convoquer Dominique.Négligemment, il sonnait le valet de chambre : \u2014 Vous donnerez une seconde tasse, s\u2019il vous plaît.Il y a bien quelques petits gâteaux, dans la maison ?Une fois ou deux, il décréta « qu\u2019il n\u2019y était pour personne », fit brancher toutes les communications sur l\u2019appareil de Luciani, quitta son fauteuil imposant et vint s\u2019installer en face de Dominique auprès de la table à thé.\u2014 Il y a des limites à tout, déclara-t-il en s\u2019étirant.Parlez-moi de n\u2019importe quoi pendant une demi-heure, sauf de fripouilles, de divorces ou de chicane.Avec vous, je prends un bain de jeunesse et de pureté.Racontez-moi votre enfance.Elle parlait et, à mesure qu\u2019il l\u2019écoutait, les rides paraissaient s\u2019effacer sur le front de l\u2019avocat.Il s\u2019attendrissait sur les malheurs d\u2019Etienne Barry.\u2014 Je voudrais bien le connaître un jour, ce petit oncle.Tel que vous me le décrivez, avoir eu un fils pareil ! Et se trouver ruiné à cause d\u2019un grand crétin qui ne savait pas conduire ! Dommage qu\u2019il ne m\u2019aît pas pris pour avocat, à l\u2019époque.Je lui aurais obtenu des conditions moins draconiennes.Et la tante Simone, comment est-elle ?.Pas drôle tous les jours ?Oui, je vois cela.Ils ont de la chance de vous avoir, petit oiseau.Ce fut dans les mêmes circonstances qu\u2019il évoqua sa propre enfance, sa propre jeunesse et le récit fut conforme à ce qu\u2019en avait rapporté Luciani.\u2014 Une chemise seule et unique à me mettre sur le dos.Quand je les entends grogner, les jeunes, parce quils nont pas encore leur voiture à vingt-cinq ans.Et quand on me jalouse, quand on me brocarde, quand on me déteste à cause de mon train de maison, de mes chasses, de mes réceptions ! Ai-je acheté le droit, oui ou non, de faire tout ce que je veux ?Il reprit un peu plus bas : \u2014 Cest une façon de parler.Il y a des droits qui ne s\u2019achètent pas.Il faisait rarement allusion à son mariage.Dominique savait cependant, par une phrase de Jeanine Dupré, que celui-ci ne devait guère remonter à plus d\u2019une douzaine d\u2019années.Raoul s\u2019était marié, relativement tard, déjà « arrivé », à une femme qui, elle aussi, avait dépassé la trentaine.On la disait même un peu plus âgée que lui.Mme Chanclos, d\u2019ailleurs, était à peu près invisible, sauf quand elle paraissait au palais à l\u2019occasion des grandes plaidoiries de son mari.Elle sortait beaucoup, se rendait à des bridges, des thés, des cocktails, des conférences.Elle était une sorte de publicité mondaine de son mari.Son élégance était célèbre.\u2014\tMa femme est aussi sociable que je le suis peu, dit-il un jour.Moi, je ne suis qu\u2019un ours.Je désire de toute mon âme le bonheur de mes semblables, à condition de les fréquenter le moins possible.Naturellement, quand je me trouve au milieu d\u2019eux, je m\u2019efforce de leur faire bonne figure.Ils sont là pour m\u2019entendre parler.Alors, je parle, je parle comme un clown fait son numéro.Et, comme le clown, j\u2019amuse les autres, mais pas moi.Un grand dîner, une réception officielle étaient pour lui une corvée.\u2014\tC\u2019est le côté le plus noir du métier, disait-il.J\u2019envie les gens, qui, après le bureau, ont la possibilité de rentrer chez eux, de chausser leurs pantoufles et de fumer leur pipe.Ils ne connaissaient pas leur bonheur.Un soir quil venait de se mettre en habit pour aller dîner à l\u2019Elysée, il fit irruption dans son cabinet où Dominique s\u2019attardait pour classer une correspondance.Sa cravate blanche pendait sur son plastron empesé et il tempêtait furieusement : \u2014 Bon sang de bon sang ! Encore toute une soirée à faire le joli-coeur alors que je prends demain matin le train pour Clermont-Ferrand.Je vais être obligé d\u2019éplucher le dossier toute la nuit, et dans le train.Luciani ! Où est Luciani ?\u2014\tMaître, vous savez bien qu\u2019il plaide à Lille l\u2019affaire Rougière.\u2014\tParbleu, cest vrai ! Et Dupré ?\u2014\tElle est partie.Il est huit heures.Ses enfants ont la coqueluche.\u2014\tEt les autres ?Auffages ?Benoît ?Rodriguez ?\u2014\tJe crois bien qu\u2019il ne reste que moi qui allais partir aussi.\u2014\tVous, naturellement.Ah! si je ne vous avais pas ! Dites-moi, mon petit, savez-vous nouer une cravate d\u2019habit ?C\u2019est le plus urgent pour l\u2019instant.Ma femme s\u2019habille et mobilise tout le personnel pour sa toilette.Elle vient d\u2019envoyer le valet de chambre lui acheter des orchidées ou je ne sais quoi.Ren-dez-moi ce service et ne m\u2019étranglez pas.Il leva la tête et elle noua la cravate avec un art tout instinctif car l\u2019oncle Etienne, s\u2019il sortait le soir se mettait en smoking avec une cravate toute faite.L\u2019opération terminée, elle recula d\u2019un pas et le contempla.\u2014 Comme vous êtes beau, maître ! dit-elle en souriant.La Présidente va certainement être éblouie.Pour la remercier, il lui baisa la main.\u2014 Si seulement je pouvais vous emmener ! Ce serait plus gai.Désormais il lui arrivait plus souvent de rire, de plaisanter avec elle Parfois il lui disait qu\u2019elle avait assez travaillé, qu\u2019elle était pâle, qu\u2019il la libérait sans attendre.Un autre se chargerait de son travail.Ils étaient assez nombreux, dans la maison.Mais elle ne voulait pas de passe-droit, déjà ulcérée par les regards sournois des secrétaires ou ironiques des collaborateurs masculins.Et puis, auprès de lui, pour lui, aucune fatigue ne la rebutait.Elle eût veillé des nuits entières.Elle refusait : \u2014 C\u2019est mon teint habituel, je n\u2019ai pas de couleurs quand je ne me maquille pas.Je vous assure que je vais très bien.Mais ce qui l\u2019emplissait de joie, c\u2019était de l\u2019entendre lui dire : \u2014 Dominique, j\u2019ai besoin de vous ce soir.J\u2019ai besoin de vous dimanche.Ces mots :\t« J\u2019ai besoin de vous », même s\u2019ils s\u2019appliquaient à des tâches fastidieuses, la rendaient heureuse et fière.Elle était encore persuadée, après des mois de collaboration, qu\u2019elle l\u2019admirait, simplement.Malheureusement personne, autour d\u2019elle, ne s\u2019y trompait.VIII Nul ne sait comme un amoureux jaloux prononcer le mot qu\u2019il ne faut pas dire, éveiller le sentiment qui ne demande qu\u2019à dormir.Ce fut donc Alain de Kergilles qui, le premier, obligea Dominique à regarder en elle-même.Ce n\u2019avait certes pas été son intention.Il devait ensuite maudire sa maladresse.Ils s\u2019étaient rendus ensemble au théâtre.Pendant les entractes, la jeune fille n\u2019avait pas cessé de faire l\u2019éloge de son patron.Son talent, son prestige, son éloquence, sa gentillesse quand on le connaissait bien, son coeur qui se cachait sous des aspects de rudesse.Le jeune homme, à la fin, ne put réprimer un accès de mauvaise humeur.\u2014 Oh ! votre Chanclos, vous ne respirez plus que par lui ! Vous ne voyez plus que par ses yeux.Elle rougit et se fâcha tandis qu\u2019ils regagnaient leurs fauteuils de balcon.\u2014 Vous êtes stupide, Alain.Quand on passe la majeure partie de son temps avec un homme de cette valeur, il est normal qu\u2019on subisse son influence.Je ne m\u2019en défends pas et je ne vois pas en quoi cela peut vous choquer.\u2014 Cela ne me choque pas mais.Eh bien, oui, cela me fait de la peine.Enfin, Domi, comprenez-moi.Mes sentiments sont-ils pour vous un mvstère ?Etes-vous aveugle, ou sourde, ou sotte ?Non, n\u2019est-ce pas ?Alors disons que vous ne voulez ni voir, ni entendre, ni comprendre.Et tout cela parce que.Le rideau s\u2019était relevé et les voisins proféraient des « chut ! » impérieux.Dominique fit alliance avec eux en imposant, elle aussi, le silence à son compagnon.Pourtant, elle saisit mal la signification des scènes finales.Les paroles d\u2019Alain l\u2019avaient piquée au vif.A la sortie, une pluie de printemps, fine et tiède, se transforma vite en averse compacte.Alain, son imperméable trempé, se débattait pour obtenir un taxi.Quand il l\u2019eut enfin trouvé, il lui vint encore aux lèvres une parole d\u2019amertume : \u2014 Je regrette de n\u2019avoir pas une « Comète » à vous proposer.Moi.je n\u2019ai pas un garage avec trois voitures.\u2014 Qu\u2019est-ce que cela signifie ?\u2014 Cela signifie que j\u2019aurai fini ma médecine l\u2019année prochaine, si tout va bien, et que mon père a tout juste de quoi financer mon installation en province.Il m\u2019achètera une «4 cv », c\u2019est prévu dans les frais de démarrage.Vous savez bien, ces nobles Bretons un peu fauchés ?Eh bien, j\u2019en suis.Celle qui sera ma femme devra se contenter de peu, dans les débuts.\u2014 Pourquoi me dites-vous cela ?\u2014 Pour rien, par hasard.Je ne serai jamais célèbre.Je ne ferai jamais fortune.On ne parlera jamais de moi dans les journaux.\u2014\tEt alors ?\u2014\tJe voulais vous prévenir, Dominique, au cas où vous ne vous seriez pas aperçue toute seule de mon infériorité.Lorsqu\u2019ils se quittèrent, rue du Bac, elle en voulut à Alain de son visage taciturne.« Il devient vraiment impossible », se dit-elle.Rien ne semble plus importun que le chagrin qu\u2019on a créé.Alain jaloux de Raoul ! Jamais elle n\u2019avait, jusqu\u2019alors, établi un rapport quelconque entre les deux hommes.Le fait qu\u2019Alain l\u2019aimât ne la surprenait pas.En y réfléchissant bien, elle découvrait que, depuis longtemps, cet amour lui était précieux, tout comme un objet d\u2019usage courant auquel on ne pense guère et qui s\u2019avère indispensable.Alain n\u2019avait jamais parlé aussi nettement que ce soir parce que, dans cette génération, on se dérobe devant les grandes phrases.Il y a des détails d\u2019études, d\u2019examens, de situations.On se montre réaliste ou, tout au moins, on s\u2019en donne l\u2019air.Avant de dire : « Je vous aime », on commence par prononcer avec désinvolture :\t« Vous me plaisez ».Le fait est qu\u2019on n\u2019en pense pas moins.Que serait-il arrivé si oncle Etienne n\u2019avait pas été obligé de prendre une retraite anticipée, si Dominique ne 22 Le Samedi, Montréal, 24 octobre 1959 y##»#########»###########»»»»»### DIS-MOI TON NOM.ie tedirai \\\tqui tu es ULYSSE Que faut-il croire ?L\u2019étymologie qui nous donnerait un Ulysse ayant le caractère ordiairement attribué au « bouillant Achille », ou la légende grecque qui nous montre un Ulysse prudent, rusé, souple ?Peut-être ni l\u2019une ni l\u2019autre.Les Ulysse sont trop rares aujourd\u2019hui pour que l\u2019on puisse se faire une idée juste de leur caractère.URBAIN Urbain, est-ce « l\u2019habitant de la ville », le bourgeois, ou l\u2019homme rempli « d\u2019urbanité », c\u2019est-à-dire de bienveillance et d\u2019aménité ?Il est vrai que ce peut être les deux à la fois.En fait, les Urbain, qu\u2019ils soient villageois ou citadins, se signalent par leur grande sociabilité dans les petites choses et au dévouement dans les grandes.URSULE Pas si « ourses » que cela, malgré l\u2019étymologie peu gracieuse de leur prénom.Pas non plus extrêmement sociables, ou plutôt, pas mondaines, très indépendantes, très originales ; assez adroites et débrouillardes pour faire réussir les projets en apparence les plus extravagants.Très bonnes, mais d\u2019une bonté un peu bourrue qui ne cherche pas les compliments et les remerciements.VALENTIN - VALENTINE Que leur prénom ne soit pas menteur et ce sera un grand point pour les Valentin.Est-ce parce qu\u2019ils escomptent cette tenace bonne santé qu\u2019ils sont, en général, plutôt optimistes, gais, mais non pas insouciants, car ce sont, malgré tout, gens prudents, qui ont souci de leurs intérêts et savent les sauvegarder, au besoin, par un travail acharné.Coeur émotif, mais non pas passionné.s\u2019était pas mise à travailler, et précisément chez Chanclos ?N\u2019aurait-elle pas, peu à peu, considéré Alain comme un fiancé officieux ?N\u2019aurait-elle pas été touchée par son amour ?Ne se serait-elle pas mise à l\u2019aimer, simplement ?Mais tout avait été changé et, malgré cela, Alain avait rompu le silence.Il était jaloux, il souffrait.Oui, son visage, tout à l\u2019heure, n\u2019était pas maussade mais bouleversé.Dominique, étendue dans l\u2019obscurité, cherchant le sommeil qui ne venait pas, se livrait à un tardif examen de conscience.Faire souffrir, cela devient grave.Il ne s\u2019agit plus d\u2019un jeu.Au moins cette souffrance d\u2019Alain, sa jalousie surtout, avait-elle des motifs ?On ne prend pas ombrage d\u2019un patron quelconque, mais d\u2019un être admiré, aimé.Brusquement elle se demanda ce qu\u2019elle éprouvait exactement à l\u2019égard de Raoul Chanclos.Une sorte de vertige se creusa en elle.Elle eut peur.IX a semaine de Pâques fut marquée par plusieurs événements.Dominique reçut une lettre d\u2019Alain.Le jeune homme n\u2019avait pas paru rue du Bac, n\u2019avait même pas téléphoné depuis la soirée théâtrale qui avait fini pour lui de façon si décevante.Dominique se disait simplement qu\u2019il boudait.Il saurait bien se manifester quand il en aurait envie.Et voilà qu\u2019il se manifestait, non pour annoncer sa visite ou solliciter une entrevue, mais pour déclarer qu\u2019i' abdiquait.Sa lettre était encore plus triste qu\u2019amère.Il allait jusqu\u2019à s\u2019excuser d\u2019avoir été désagréable.« Chère Domi, disait-il, j\u2019ai conscience d'avoir été l\u2019autre soir à la fois ridicule et odieux.En tout cas, c'est ainsi que vous m\u2019avez jugé.Je vous demande pardon, Domi.« Mais, croyez-moi, ce n\u2019est pas ma faute.Le moment est certainement mal choisi pour vous écrire une déclaration en bonne et due forme.Tant pis pour moi, j\u2019aurais dû m\u2019y prendre plus tût et avec plus d\u2019habileté.Maintenant il est trop tard et j\u2019en suis bien malheureux.« Seulement, comme je me sens tout à fait incapable de continuer à vous voir sans vous dire que je vous aime, sans vous ennuyer de mes sentiments et, surtout, sans vous faire des scènes de jalousie, je crois qu\u2019il vaut mieux pour nous deux que nous cessions de nous rencontrer.«Je suis certain que vous avez de l\u2019amitié pour moi.Je n\u2019ai jamais vu en vous ni une égoïste ni une coquette.Je suis exigeant, Domi, parce que je suis amoureux.Alors l\u2019amitié ne me suffit pas.Tout ou rien.Plutôt que des sentiments tièdes, je préfère rien.« Ne me re'pondez pas, je vous en prie.Vous seriez trop embarrassée.Je ne veux pas d\u2019une lettre de consolation.On ne peut pas consoler un chagrin dont on est l\u2019auteur, sauf en en supprimant la cause.En cela je n\u2019ai pas assez de prétentions pour l\u2019espérer.« Si, un jour pourtant, vous aviez « réellement » envie ou besoin de me voir, j\u2019arriverais au premier mot, au premier coup de téléphone.« Adieu, chère, chère Domi.Je nais essayer de vous oublier, mais je crains que ce ne soit pas commode.« Votre dévoué, \u20ac Alain.» Elle décida de ne pas montrer la lettre à son oncle et de ne pas lui dire un mot de ses différends avec Alain.La pensée d\u2019avoir tant de secrets pour celui qui était pour elle un père et le meilleur des amis la désolait.Elle se sentait coupable, l\u2019âme chargée de fautes confuses impossibles à exprimer, plongée jusqu\u2019au cou dans cette atmosphère équivoque qu\u2019elle supportait si mal.Toutefois il était nécessaire plus que jamais d\u2019établir autour du docteur Barry une zone de calme et de paix.Etienne avait revu Maucombe qui l\u2019avait affectueusement gourmandé.Une retraite, cela ne signifie pas seulement un arrêt de travail, mais un changement de décor, un climat plus sain que celui de Paris, des arbres, de l\u2019herbe, de courtes promenades à pied dans les bois et une chaise-longue sur une terrasse ensoleillée.C\u2019était à ce prix seulement que le coeur cesserait de battre la chamade.« Voyons, mon cher, la campagne ! La campagne, il n\u2019y a que cela ! Laissez tout tomber et allez-vous en !.» \u2014 Facile à dire, grognait Etienne.Ils sont bien gentils, les médecins.Moi aussi, j\u2019ai dit cela à des malades il n\u2019y a pas si longtemps.Et ils en faisaient une tête, ceux qui n\u2019avaient ni maison, ni ressources suffisantes pour aller se mettre au vert ! Je les comprends mieux, maintenant, les pauvres ! Au moment du drame déclenché par Jean-François, Etienne avait dû vendre, comme tout le reste, la modeste demeure provinciale qu\u2019il tenait de ses parents.Simone était sans fortune.Où se retirer, dans ce pays ?N\u2019importe quelle bicoque louée aux environs de Paris coûterait encore trop cher puisqu\u2019il fallait, pour Domi, conserver l\u2019appartement.\u2014 Il y aurait bien une solution, suggéra Simone.La maison religieuse dont ma soeur est Supérieure, près de Blois, reçoit des pensionnaires à l\u2019année, ou même définitivement pour un nrix extrêmement modique C\u2019est un ancien château entouré d\u2019un très beau parc.Nous y serions tranquilles et parfaitement soignés.Quel calme, F.tienne ! Plus de soucis.Ni, pour moi, de tâches ménagères.Pense à ton coeur, mon ami.Puisque Maucombe a dit que c\u2019était indispensable.Il ne répondit ni oui, ni non hocha la tête et tourna les yeux vers Dominique.La jeune fille comprit que, s\u2019il restait à Paris, c\u2019était pour elle, à cause d\u2019elle, pour ne pas la laisser seule.Quand elle voulut prendre la parole, il lui imposa silence, d\u2019un geste ferme.\u2014 Je n\u2019ai aucune envie de mourir, assura-t-il, et j\u2019obéirai à Maucombe.Mais pas tout de suite.J\u2019ai des affaires à régler.Nous verrons cela pour l\u2019été.En ce moment, je suis trop las pour me transplanter où que ce soit.\u2014 Je me demande de quelles affaires tu veux parler, murmura Simone avec scepticisme.\u2014 Tu auras peut-être une surprise.Et moi aussi.La surprise fut si belle qu\u2019Etienne faillit en mourir.En lisant dans son journal, deux jours plus tôt, la rubrique financière, il avait été frappé par un nom qu\u2019il n\u2019avait plus l\u2019espoir d\u2019y rencontrer depuis une vingtaine d\u2019années.Il s\u2019agissait d\u2019actions d\u2019un chemin de fer sud-africain dont il possédait toute une liasse.Or, quand il avait tout vendu pour désintéresser la victime de son fils, aucune banque n\u2019avait voulu de ces actions.C\u2019est tout juste si on ne lui avait pas conseillé de s\u2019en servir pour allumer le feu.Et voilà que le fameux chemin de fer sud-africain paraissait en pleine prospérité.Les actions recommençaient à être cotées en Bourse et montaient d\u2019un jour à l\u2019autre ! Etienne, en grand mystère, consulta un agent de change qui se chargea de la vente.Il fallait se hâter, la hausse étant factice et l\u2019entreprise sans grand avenir.C\u2019est ainsi que, certain soir, le petit oncle étala sur la table du dîner, sous les yeux de sa femme et de sa nièce ahuries, un impressionnant paquet de billets de dix mille francs.\u2014 Etienne ! s\u2019écria Simone avec angoisse.Que signifie ?.Tu n\u2019as pas ?.Tu as ?.Explique-toi, voyons \u2014 Je n\u2019ai rien à te cacher, ma bonne amie, dit Etienne avec le plus grand naturel.Tel que tu me vois, j\u2019ai cambriolé un grand bureau de poste.Un magnifique hold-up, mitraillette à la main.Tu n\u2019aurais jamais cru cela de moi, n\u2019est-ce pas ?\u2014 Cesse de plaisanter, Etienne.\u2014 Je ne plaisante pas.Le coup terminé, je me suis rendu dans un tripot et, en quelques minutes, j\u2019ai doublé ma mise.Tu vois, c\u2019est extrêmement simple.Si l\u2019on me découvre, Chanclos me défendra.Ou Domi elle-même, pourquoi pas, en somme ?Il se mit à rire de la mine perplexe des deux femmes.Il rit tant et si bien que, tout d\u2019un coup, son rire se transforma en grimace.Il porta la main à son coeur, se plia en deux et glissa sur le tapis.Les deux femmes durent le relever et le tramer jusqu\u2019à sa chambre où elle l\u2019étendirent sur son lit.Ce fut seulement beaucoup plus tard dans la soirée, le malaise étant dissipé, qu\u2019il eut la force de leur conter en quelques mots l\u2019heureuse aventure qui venait de lui advenir.C\u2019était la fin des difficultés les plus graves.Sur cette importante somme, seraient prélevées les centaines de mille francs que les Barry devaient encore.Plus de dettes, quel soulagement ! Le ciel s\u2019était éclairci, on pourrait dormir sans cauchemars.Oui, mais le reste, qu\u2019en ferait-on ?.C\u2019était, au chevet d\u2019Etienne qui garderait le lit pendant une semaine, un sujet d\u2019inlassables discussions et de projets sans fin.\u2014 Il n\u2019y a pas assez pour acheter une maison, disait Etienne.Aller chez les religieuses est beaucoup plus raisonnable.\u2014 C\u2019est bien, j\u2019écris à ma soeur.\u2014 Je n\u2019ai pas dit que c\u2019était pour tout de suite.\u2014 Tu ne sais pas ce que tu veux.Si nous devions rester ici, j\u2019emploierais cet argent à transformer la cuisine.Tu sais, une belle cuisine moderne, avec un évier à double bec inoxydable, un frigidaire, un gros appareil électrique.Non, peut-être au gaz.Non, électrique, je préfère.Avec des éléments superposés, tout blancs, à poignées chromées.J\u2019y suis souvent, dans la cuisine, et je la voudrais plus confortable.\u2014 Mais puis que nous partons, Simone ! C\u2019est toi qui ne sais pas ce que tu veux.\u2014\tNous partons, nous partons.Avant que tu sois décidé.\u2014 Et toi, petit, qu\u2019en penses-tu ?demanda Etienne à Dominique.\u2014 Oh ! moi, je pense que le plus important est tout de même de soigner ton coeur.\u2014\tMais si tu avais de l\u2019argent, toi, qu\u2019en ferais-tu ?Elle réfléchit en souriant.Un sourire mélancolique.Ses désirs, si imprécis, ne s\u2019achetaient pas avec de l\u2019argent.Ce fut donc un peu au hasard qu\u2019elle prononça : \u2014\tJe crois que je ferais avant tout un beau voyage.Par exemple une croisière en Méditerranée.J\u2019aimerais connaître la Grèce et la Turquie, et aussi.Elle s\u2019interrompit brusquement, car il lui semblait voir projeté devant elle, en couleurs et sur grand écran, sa propre silhouette auprès de celle de Chanclos, tous deux appuyés à un bastingage de navire et contemplant le Le Samedi, Montréal, 24 octobre 1959 23 coucher de soleil sur des couooles de mosquées.Une obsession, décidément.Elle se secoua avec un rire de petite fille.\u2014 C\u2019est un peu bête, ce que je dis là.Avant que j\u2019aie le moyen de m\u2019offrir un tel voyage, il coulera de l\u2019eau dans la Corne d\u2019Or.\u2014 Sait-on jamais ?dit Etienne en la regardant du coin de l\u2019oeil.Un voyage, ce n\u2019est jamais bête.Un dépaysement total.Il avait fermé les yeux.Elles le laissèrent se reposer.X L\u2019oncle Etienne allait mieux, mais Simone s\u2019impatientait.Le couvent où régnait sa soeur ne pourrait pas les recevoir avant le mois de septembre.Pourvu que le coeur d\u2019Etienne n\u2019eût pas d\u2019accroc jusque-là ! Elle le surveillait plus que jamais, ne parlait plus de cuisine moderne et suggérait que Dominique se cherchât une chambre meublée pour la rentrée.\u2014 Dominique est avocate, répliquait Etienne.Il ne lui faut pas une chambre, mais un appartement.Simone haussait les épaules : \u2014 Avocate! Avocate!.Elle se mariera comme les autres, et tant pis pour le barreau.\u2014 Elle ne va tout de même pas, pour le plaisir d\u2019évacuer cet appartement, épouser le premier freluquet venu.Elle mérite mieux.Je souhaite qu\u2019elle se marie avec qui lui plaira.\u2014 Tu ne trouveras jamais qu\u2019un homme soit assez merveilleux pour elle.\u2014 Ma foi, c\u2019est vrai ! \u2014 Si Chanclos n\u2019était pas marié, je suis sûre que tu ne la trouveras pas indigne de lui ! Une énorme situation, un grand avenir.Et cela m\u2019étonnerait beaucoup qu\u2019il ne refît pas de politique.Ta Dominique, femme de ministre ! Il te faudrait au moins cela.Etienne fronça les sourcils et porta la main à son coeur.C\u2019était le moyen le plus péremptoire d\u2019indiquer à sa femme qu\u2019elle devait se taire.I,ui aussi détestait certain genre de plaisanterie.Cependant la jeune fille s\u2019étourdissait de travail.Lorsqu\u2019elle rentrait de chez son patron ou du Palais, ou de la ville de province où elle l'avait accompagné, elle se précipitait sur ses livres et étudiait avec acharnement.Elle pourrait affronter sans péril, au mois de juin, son premier examen de doctorat.Mais ses pensées s\u2019adaptaient mal à un tel changement de direction.Travailler pour son compte personnel ne lui apportait aucune joie.Il fallait aussi tenir compte de la limite de ses forces.Souvent son esprit flottait, absent, refusant de s\u2019astreindre à une aussi sévère, discipline.Elle abusait des remèdes toniques ou soporifiques suivant les heures.\u2014 Tu es folle, disait l\u2019oncle Etienne, folle à lier.Tu ferais mieux de prendre de l\u2019exercice ou d\u2019aller danser.La vie que tu mènes n\u2019est pas de ton âge.Puisque mes affaires sont arrangées, tu n\u2019as plus aucune raison de te tuer de travail.\u2014 As-tu fait autre chose toute ta vie, oncle Etienne ?\u2014 Ah ! tu peux m\u2019invoquer en exemple ! Le résultat est joli ! Donc c\u2019est à cela que tu tiens, tomber malade ?Ma chérie, tu vas devenir pâle, maigre et laide.Ton vieil oncle sera obligé de mettre des annonces dans les journaux : « On demande un mari pour une jeune fille disgraciée par la nature, mais possédant de solides qualités morales ».Naturellement, personne ne répondra, car les hommes, ces imbéciles, accordent beaucoup plus d\u2019importance à un museau frais et gracieux qu\u2019à toutes les vertus du monde.\u2014 Eh bien, je resterai vieille fille, mon petit oncle, et je serai une célèbre avocate à lunettes.\u2014 C\u2019est cela, parce que tu auras usé tes yeux.Sérieusement, ma chérie, fais attention à toi.La tante Simone elle-même trouvait que Dominique « en faisait trop ».\u2014 Je vais aller le voir, moi, ce monsieur Chanclos, et lui dire qu\u2019il exagère.On n\u2019a pas idée de cela.Une jeune fille de vingt et un ans n\u2019est pas un boeuf.Imaginant sa tante Simone faisant irruption chez Chanclos et le menaçant de son face-à-main, Dominique avait froid dans le dos.\u2014 Je t\u2019en supplie, tante Simone, n\u2019en fais rien.Si quelqu\u2019un doit lui parler de ma santé, je préfère que ce soit moi.C\u2019était l\u2019oncle Etienne, désormais, qui lui demandait d\u2019un air timide et implorant : \u2014 On ne voit plus du tout Alain, depuis quelque temps.Y a-t-il eu quelque chose entre vous ?Il me semble que tu le négliges.Peut-être est-il occupé par son concours.C\u2019est dommage, il est bien sympathique, ce garçon.Le plus sympathique de tous ceux qui tournent autour de toi avant que tu ne sois si absorbée.Je suis sûr qu\u2019il fera un bon médecin, consciencieux et réconfortant pour ses malades.Et puis, Domi, il t\u2019aime bien.Naturellement, il se passa ce que les personnes raisonnables avaient prévu.Quoi qu\u2019en pense la jeunesse, elles ont quelquefois raison.Ayant refusé de soigner un simple rhume, Dominique se trouva tout à coup la proie d\u2019une mauvaise grippe qui dégénéra en bronchite.Il fallut tout l\u2019arsenal des sirops, gouttes dans le nez, sinapismes, ventouses et autres accessoires indiqués en pareil cas pour éviter une congestion pulmonaire.La fièvre la cloua dans son lit pendant trois semaines et elle se retrouva chancelante, terriblement faible, sans volonté ni ressort.Un magnifique hortensia, envoyé par Raoul Chanclos avec une boîte de chocolats, voisinait dans sa chambre avec une modeste gerbe de lilas qu\u2019Alain de Kergilles, informé par une amie commune, avait fait déposer sans indication d\u2019origine.Malgré cela, Dominique n\u2019avait pas mis en doute l\u2019identité du donateur.« Il faudra que je lui écrive, dès que j\u2019irai mieux.Mais que lui dire ?.» Un soir, on sonna à la porte.Tante Simone alla ouvrir, fit entrer le visiteur dans le salon et revint, très excitée, dans la chambre où Dominique essayait ses premiers pas sous l\u2019oeil attentif de son oncle.\u2014\tC\u2019est maître Raoul Chanclos, an-nonça-t-elle avec respect.Je le trouve tout de même bien correct, cet homme-là.Se déranger pour voir Domi quand il a tellement de travail ! C\u2019est bien, c\u2019est très bien.Il doit être charitable.Il y a des gens qui gagnent à se faire connaître.Dominique frissonna dans sa longue robe d\u2019intérieur en laine blanche qui la rendait semblable à une jeune novice.Elle n\u2019hésita pas une seconde à suivre sa famille dans le salon.Des forces, tout d\u2019un coup, lui étaient revenues.Ses joues pâles s\u2019étaient colorées.En passant devant une glace, elle vérifia la courbe harmonieuse de ses cheveux qui flottaient librement et couvraient ses épaules.\u2014\tJe suis heureux de vous connaître, docteur, dit Chanclos en saluant Etienne.J\u2019ai tellement entendu parler de vous par votre nièce, et avec tant d\u2019affection ! Vous aussi, madame, elle vous aime beaucoup.Puis, se tournant vers Dominique comme s\u2019il avait voulu, jusqu\u2019à cet instant, reculer une émotion trop visible : \u2014\tJe suis venu prendre de vos nou- velles, ma pauvre enfant.Vous semblez encore bien lasse, mais je vois que vous remontez la pente, grâce aux excellents soins de votre oncle.Il s\u2019assit sur le plus beau fauteuil de la pièce, que Simone Barry lui désignait avec une considération marquée, et s\u2019adressa de nouveau à Etienne.\u2014 C\u2019est incontestablement ma faute si votre nièce est malade.Je plaide coupable.Mais comme j\u2019ai besoin, moi aussi, d\u2019un peu de repos, j\u2019ai décidé de profiter de la Pentecôte pour m\u2019accorder quelques jours de vacances avec ma femme dans notre propriété de Fontainebleau.Que mademoiselle Dominique nous accompagne, beaucoup plus comme une amie que comme une collaboratrice.Un séjour en forêt achèvera sa convalescence.Etienne et Simone se regardèrent, perplexes.Les sourcils de Simone se froncèrent.Pour un monsieur d'un certain âge, Chanclos avait l\u2019aspect très jeune.Enfin, si sa femme était là, il n\u2019y aurait rien d\u2019inconvénient dans ce séjour.\u2014 Je ne lui demanderai chaque jour, reprit Chanclos, et encore si cela ne la fatigue pas, que de me taper quelques lettres.Vous connaissez la machine à écrire, n\u2019est-ce pas Dom.mademoiselle ?\u2014 Un peu.Je tape avec trois doigts.\u2014 C\u2019est largement suffisant.Je vous répète, docteur, que je ne la surmènerai pas.Elle fera surtout de la chaise-longue, et des promenades quand elle se sentira plus forte.Cet intermède durera une dizaine de jours.Nous partirons vendredi soir.Est-ce possible ?\u2014 Pour ma part, dit Etienne Barry, je n\u2019y vois pas d\u2019inconvénient.Je vous remercie, maître, de votre sollicitude.Es-tu d\u2019accord, Simone?.Et toi, petite ?Toute frêle, le visage rose et tendu, Dominique protesta pour la forme : \u2014 Maître, je ne sais si je dois accepter.Vous êtes beaucoup trop aimable.Si je ne puis que si peu vous aider, il n\u2019y a pas de raison.Alors il n\u2019eut qu\u2019à prononcer les mots qui avaient le don de la bouleverser, les mots qui suscitaient en elle un inexprimable enthousiasme : \u2014 Mais si, Dominique, il y a une raison.Je crois que j\u2019aurai besoin de vous.\u2014 Merci, maître, répondit-elle seulement.Même si l\u2019oncle Etienne et la tante Simone se fussent, de toutes leurs forces, opposés à son départ, même si elle avait encore eu 40° de fièvre même si ses jambes avaient refusé de la soutenir, rien n\u2019eut été capable de l\u2019empêcher de le suivre alors qu\u2019il avait besoin d\u2019elle.Dès le lendemain, elle commença à préparer ses affaires, laver ses blouses de printemps, choisir les robes et chandails qu\u2019elle emporterait à Fontainebleau.Elle se donna un shampooing et soigna sa mise en plis.\u2014 Dominique va beaucoup mieux, disait tante Simone.Regarde, Etienne, ses joues sont déjà moins creuses.\u2014 Oui, je trouve même qu\u2019elle va trop bien, gronda l\u2019oncle à l\u2019abri de son journal déplié.XI Le vendredi soir, Raoul Chanclos vint chercher Dominique en voiture.Il emmenait aussi Luciani avec lequel il devait travailler toute la journée du lendemain, mais qui repartirait chez lui le samedi soir.Etienne Barry poussa un soupir de soulagement en apercevant cette seconde silhouette d\u2019homme à l\u2019arrière de la « Comète ».m là] Samedi 20 sous l'exemplaire 20 sous l\u2019exemplaire 15 sous l\u2019exemplaire OFFRE SPECIALE LE SAMEDI - LA REVUE POPULAIRE - LE FILM (Pour 12 mois) Canada\tEtats-Unis ?CES TROIS MAGAZINES.\t$5.50\t$8.00 - OU A VOTRE CHOIX - ?\tLE SAMEDI (bi-mensuel) .3.50\t5.00 ?\tLA REVUE POPULAIRE (mensuel).\t1.50\t2.00 ?\tLE FILM (mensuel) .1.50\t1.50 IMPORTANT : \u2014 Marquez d'une voix s'il s'agit d'un renouvellement.?Nom Adresse Localité .Prev/nce .POIRIER, BESSETTE & CIE, LIMITEE \u2014 975-985, rue de Bullion.Montréal 18 24 Le Samedi, Montréal, 24 octobre 1959 .et le Ciel t'aidera par JEAN COMPOSTELLE Prévisions astrologiques générales pour la quinzaine du 70 au 24 octobre 1959 pour vous qui êtes nés sous le signe : DU BELIER (21 mars - 20 avril) Rapports cordiaux avec votre entourage, auprès duquel vous trouverez beaucoup de compréhension.Mais quelques complications sans gravité proviendront des enfants.DU TAUREAU (21 avril - 20 mai) Quand il le faut votre esprit est fertile en ressources.Vous aurez l\u2019occasion de vous en servir à la maison pour faire face à des complications dues à l\u2019imagination dos vAt.rps.DES GEMEAUX (21 mal - 21 juin) Votre ciel sentimental sera au beau fixe, ce qui pour vous doit être assez rare.N\u2019en cherchez pas les raisons, contentez-vous d\u2019en profiter sans discuter la bienveillance des astres.DU CANCER (22 juin ¦ 23 juillet) Bonnes perspectives sentimentales.Vous renouerez une idylle déjà, ancienne et presque oubliée, mais sans les motifs d\u2019incompréhension qui jadis vous avaient fait l\u2019abandonner.DU LION (24 juillet - 23 août) mm mm Durant la première moitié de la quinzaine, attendez-vous à des heurts conjugaux ou des difficultés d'associations.Ennuis et soucis peuvent venir d'une imprudence.DE LA VIERGE (24 août - 23 septembre) Excellente quinzaine pour l\u2019amour et pour l\u2019amitié.Dans les relations sentimentales, on saura faire plaisir.Du reste, la plupart des amoureux seront très optimistes.DE LA BALANCE (24 septembre - 22 octobre) / : v .*¦ \u2022»*; « \u2022 \\ Des complications interviendront dans votre vie privée.Toutefois, celles d'entre vous qui se fieront à leurs intuitions pourrez éliminer ou atténuer ces préoccupations désagréables.DU SCORPION (23 octobre - 22 novembre) Ceux qui sauront faire valoir leur charme ou leur beauté au cours de cette quinzaine remporteront des succès qui réjouiront très sensiblement leur coeur et leur amour-propre.DU SAGITTAIRE (23 novembre - 21 décembre) On devra se méfier des mirages de l\u2019imagination, sous peine de se préparer des déceptions.En outre, les arguments qu'on emploiera pour tenter de convaincre autrui auront peu de succès.DU CAPRICORNE (22 décembre \u2022 20 janvier) p Cette quinzaine, vos liens se consolident.Qu\u2019ils appartiennent au passé ou qu'ils soient récents, ils sont en vous si fortement ancrés que, seule, une profonde fissure à la base pourrait les rompre.DU VERSEAU (27 janvier-19 février) Vous serez sujets à des sautes d\u2019humeurs, surtout dans votre vie professionnelle.Vous aurez tendance à exagérer de menues contrariétés.Gardez-vous des décisions hâtives.DES POISSONS (20 février - 20 mars) Bonne quinzaine pour les rapports familiaux qui s amélioreront nettement.Vous serez plus tolérante vis-à-vis d'autrui.Possibilité d'amélioration dans votre vie matérielle.Depuis des heures, il se demandait s\u2019il n\u2019avait pas le devoir d\u2019empêcher ce voyage.Sa femme l\u2019avait plusieurs fois entendu murmurer en marchant de long en large : « Cette enfant ne se rend pas compte.Elle ne comprend sûrement pas.» \u2014 Etienne, avait-elle dit, ne t\u2019agite pas ainsi.Je ne sais ce qui t\u2019inquiète au sujet de Dominique.D\u2019abord, elle n\u2019est plus une enfant.Elle est majeure.Assieds-toi et ne fatigue pas ton coeur.Tu me donnes le mal de mer Il l\u2019avait regardée dans les yeux, immobilisé soudain et le visage contracté : \u2014 Simone, n\u2019as-tu pas l\u2019impression.que Dominique a un petit sentiment à l\u2019égard de son patron ?\u2014 Tu es fou ! Evidemment, c\u2019est un bel homme et je reconnais qu\u2019il a du charme.Mais un homme marié, Etienne ! Pense aux principes que nous avons inculqués à Dominique.Il n\u2019osa pas répondre qu\u2019à leur fils également, ils avaient essayé d'inculquer de bons principes.A quoi bon rouvrir une plaie toujours prête à saigner ?Et puis quel rapport y avait-il entre Jean-François et Domi ?Jean-François avait été un accident comme il s\u2019en produit de temps à autre dans les familles les plus honnêtes, les plus droites.Domi avait un coeur vulnérable, c\u2019était tout.\u2014 Un petit sentiment, Dominique !.Je te demande un peu !.\u2014 Tu as raison, hélas, soupira-t-il en reprenant sa marche fébrile.J : le crois incapable de petits sentiments et c\u2019est bien ce qui me tourmente.Enfin, nous verrons au retour.Mme Chanclos accueillit la jeune fille avec beaucoup de gentillesse.La maison de Fontainebleau était située en dehors de la ville, déjà en pleine zone forestière.Toute couverte de vigne-vierge, elle présentait un aspect vétuste obtenu grâce à l\u2019art de l\u2019architecte.L\u2019intérieur était décoré et meublé dans un style de cottage anglais, avec tout le confort désirable, d\u2019immenses et profonds fauteuils, des tables basses, une vaste cheminée où, quand les soirées étaient fraîches, on brûlait d\u2019énormes branches.A la campagne, la femme de l\u2019avocat se dépouillait totalement de sa « mondanité ».Elle se vêtait de robes simples, ne se maquillait pas, lisait, brodait des services de table destinés à des ventes de charité.Elle recommanda à la jeune fille de rester couchée toute la matinée, lui prêta des livres et lui offrit des confiseries.L\u2019après-midi, la brève formalité du courrier étant expédiée, elle l\u2019emmenait faire de brèves courses en forêt.Jamais Dominique ne l\u2019avait autant vue.Dans le pavillion de Sologne, on recevait chaque semaine des foules d\u2019invités.A Fontainebleau, c\u2019était le calme, l\u2019intimité, le vrai repos.Mme Chanclos apparut à Dominique comme une femme intelligente, affable et cultivée sans pédanterie.Elle avait connu beaucoup de monde et sa conversation était intéressante En outre, elle était très bonne, s\u2019intéressait à toutes les misères humaines et particulièrement à l\u2019enfance malheureuse.Son regret non dissimulé était de n\u2019avoir jamais eu d\u2019enfant.Parfois, elles parlaient de Raoul, mais, dans ce cas, le visage de Mme Chanclos se fermait, devenait impénétrable.Elle disait les qualités d\u2019esprit de son mari, son talent, sa puissance de travail mais jamais une parole ne lui échappait concernant leur vie intime.Trop peu instruite de l\u2019existence pour se dire qu\u2019il y avait là précisément un mystère psychologique et pour se demander si là ne résidait pas la grande douleur cachée de son interlocutrice, le secret de sa froideur et de sa réserve excessive, Dominique concluait un peu légèrement que M.et Mme Chanclos ne cons- tituaient qu\u2019un ménage de parade, associé par une ambition commune à l\u2019exception de tout sentiment humain.Raoul n\u2019avait-il pas parlé dans ce sens sur la route des Andelys ?Elle le croyait d\u2019autant plus que nous aimons assez à croire ce qui correspond à nos désirs.Or, depuis sa bronchite et de plus en plus, la jeune fille se laissait vivre hors du temps et de la réalité.Ce qui lui donnait l\u2019impression de ne pas reposer sur terre, de se mouvoir sur fond de nuage.Elle ne savait pas si c\u2019était une faiblesse physique ou un état d\u2019espérance confuse et inavouée.Mme Chanclos, comme la plus anonyme promeneuse de la forêt, n\u2019était qu\u2019une figurante.Elle n\u2019existait pas.Il n\u2019y avait pour acteurs principaux de cette comédie qui pouvait devenir un drame, que Raoul Chanclos et Dominique Ger-vais.Le séjour touchait à sa fin et, bien que Dominique se portât parfaitement, les heures prenaient ce goût de cendre des vacances presque achevées.Un matin, à la table au petit déjeuner servi dehors sur la terrasse \u2014 car Dominique avait cessé de faire la grasse matinée \u2014 la femme de chambre tendit à Mme Chanclos un télégramme.Celui-ci, à peine ouvert, trembla dans la main de celle qui le lisait.Mme Chanclos demeura longtemps silencieuse puis tendit le papier bleu à son mari.' \u2014 Alors, que faites-vous ?demanda-t-il d\u2019une voix très douce.\u2014 Je pars, bien entendu, dit-elle.Je prends l\u2019Aronde.Dominique, se sentant de trop avala en hâte son café et disparut.Quelques instants plus tard, par la fenêtre de sa chambre, elle vit Mme Chanclos démarrer, au volant de sa voiture personnelle.Elle était en costume de voyage très sombre.L\u2019Aronde guidée sans doute par des mains trop nerveuses, manqua le visage de sortie et faillit heurter la grille.La jeune fille n\u2019osait plus descendre de sa chambre.Où Mme Chanclos était-elle allée ?Serait-elle absente longtemps ?L\u2019idée de rester seule avec Raoul la faisait frissonner de la tête aux pieds.Elle finit par se raisonner.C\u2019était une solitude très relative, en compagnie d\u2019une cuisinière, d\u2019une femme de chambre et d\u2019un jardinier.Elle ne se décida pourtant à remettre le nez dehors que lorsqu\u2019elle entendit claquer la porte du bureau de Raoul situé au premier étage.Elle descendit l\u2019escalier sur la pointe des pieds, prit un livre et alla s\u2019allonger sur un des transatlantiques de la terrasse, en plein soleil.Le temps était magnifique, un temps de plein été.Elle ferma les yeux sous ses lunettes noires et s\u2019abandonna aux rayons ardents.Elle s\u2019était endormie.La voix de Raoul, tout auprès d\u2019elle, la réveilla.\u2014 Faites attention, disait-1.!.Pour l\u2019instant, vous avez le teint de la même couleur que les roses du jardin, mais, en vous attardant, vous risquez de devenir aussi rouge que les pivoines.Le soleil de printemps est traître, Dominique.Elle sursauta et s\u2019assit, ne trouvant pas un mot à dire.\u2014 Enlevez vos lunettes, reprit-il.Je deteste ne pas voir les yeux d\u2019une personne qui me regarde.C\u2019est déloyal.Elle ôta ses lunettes machinalement, sans discuter, et se frotta les yeux, éblouie par la clarté.Elle posa une question qui, aussitôt, lui parut très sotte : \u2014\tMadame Chanclos est partie ?\u2014\tOui, dit Raoul en allumant une cigarette.Une personne de sa famille est au plus mal.Elle reviendra dès demain.Peut-être même cette nuit.Elle n\u2019est allée qu\u2019à Dijon, ce n\u2019est pas loin.[ Lire la suite page 29 ] Le Samedi, Montréal, 24 octobre 1951) 25 BLAUPUNKT vous offre le choix le plus complet de modèles pour tous les goûts en appareils de radio à haute fidélité, AM-FM de table, depuis $99.50, jusqu'aux consoles stéréophoniques à haute fidélité à $959.00.Ces appareils s'obtiennent en différents bois et finitions.Prix légèrement plus élevés dans l'Ouest du Canada et les Maritimes.Les appareils BLAUPUNKT, secondés par un service d\u2019entretien sûr, sont exposés chez des vendeurs qualifiés à travers tout le pays, et sont garantis par ROBERT BOSCH (CANADA) LIMITED, également distributeurs de changeurs de disques portatifs et stéréophoniques à haute fidélité PERPETUUM-EBNER, et des enregistreurs à ruban stéréophoniques à haute fidélité UHER.Blaupunkt La perfection absolue n\u2019existe probablement pas .mais il y a des moments où une impression de rare satisfaction vous dit que vous vous trouvez en face d'une réalisation l'approchant de très près .comme, par exemple, lorsque vous voyez et entendez le nouvel appareil stéréophonique BLAUPUNKT \"ST.LAWRENCE\" à haute fidélité AM-FM.En effet, cet appareil comprend l'art des ébénistes canadiens et l\u2019habileté consommée d'ingénieurs européens en électronique afin de créer un chef-d'oeuvre mémorable.Le \"ST.LAWRENCE\" s'obtient en deux bois magnifiques.Noyer suédois et teck, et comporte un système de réglage sonore Variocoustic avec commande séparée des basses et des hautes et un adaptateur de pièce à bouton-poussoir à quatre positions.4 gammes d'ondes de la radio.Six haut-parleurs 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de treize ans a environ deux heures et demie de travail à faire à la maison.Dans les classes terminales, 'es plus assidus peuvent y consacrer chaque soir cinq heures ou plus.Le « bûcheur » n\u2019est jamais un objet de moquerie.« Réussir dans ses études n\u2019a rien de déshonorant », m\u2019a dit un Russe.Décrocher des bonnes notes est, en effet, une entreprise qui en vaut la peine, puisque l\u2019étudiant qui a obtenu la médaille d\u2019or a la possibilité de fréquenter l\u2019université de son choix sans obligation d\u2019examen d\u2019entrée et avec une bourse dont le montant égal souvent bien des salaires dans l\u2019industrie.Au moment des examens il arrive que des élèves surmenés s\u2019évanouissent de fatigue.Ranimés, ils continuent les épreuves avec obstination.Des carnets de notes sont envoyés aux parents chaque trimestre pour être signés par eux.Les notes données sont 5 (excellent), 4 (bien), 3 (moyen) et 2 (mauvais).1 équivaut à très mauvais.Les élèves qui ont du mal à suivre sont pris en main et ont des cours de -attrapage, car en Russie l\u2019échec est souvent considéré comme plus grave de la part du maître que de celle de l\u2019élève.Classes par roulement L\u2019Union Soviétique a connu une énorme expansion de population après la Seconde Guerre Mondiale, et les écoles sont bondées.Les Russes ont résolu le problème en établissant un roulement de classes de vingt-cinq à trente élèves.Au lycée No 330, les élèves des quatre premières classes arrivent à huit heures et demie et restent jusqu\u2019à une ou deux heures.Les élèves des classes supérieures vont au cours de deux heures et quart à cinq heures et demie.Grands et petits utilisent les mêmes pupitres \u2014 ce qui aboutit à quelques situations pénibles \u2014 mais ont des professeurs différents.Le lycée No 330 avait trente-six professeurs femmes et quatorze professeurs hommes, ceux-ci chargés pour la plupart des classes teiminales.Les plus jeunes élèves étudient surtout la lecture, l\u2019écriture et le calcul, faisant par-dessus le marché un peu de chant, de dessin et de culture physique.Apprendre à lire ne semble présenter aucune difficulté majeure.J\u2019ai constaté un nombre qui m\u2019a paru étonnant de défauts de prononciation, bégaiement ou bredouillement, mais aucun enfant n\u2019éprouvait d\u2019empêchement majeur à lire correctement.En fait, bon nombre d\u2019entre eux savent déjà lire avant d\u2019aller en classes.Peut-être est-ce parce que les mots russes se prononcent exactement comme ils s\u2019écrivent : le russe est une langue phonétique qui se prête aux anciennes méthodes d\u2019enseignement phonétique.Du moins en partie en est aussi responsable l\u2019attitude de la famille et des maîtres.Personne ne met de point d\u2019honneur à ce que l\u2019enfant sache lire à tel âge, et celui-ci a tout son temps devant lui pour apprendre.En avance sur les contemporains américains Dans les classes supérieures, la tâche se complique : les élèves apprennent l\u2019algèbre, la géométrie, la trigonométrie, la physique, l\u2019électricité, la chimie l\u2019histoire, la géographie économique et des matières techniques comme le dessin et la construction d\u2019automobiles.Vers quatorze ans (en 5e ou 4e), ils apprennent une langue étrangère, anglais ou allemand.Ils passent une benne partie de leur temps à lire la littérature tant russe qu\u2019étrangère.La liste de livres traduits de l\u2019anglais en russe qu\u2019ils doivent obligatoirement avoir lus est imposante et comprend des titres tels que Tom Sawyer, Huckleberry Finn, Tile au Trésor, les Voyages de Gulliver, Ivanhoe, Olivier Twist, la Foire aux Vanités, la case de l\u2019Oncle Torn et les oeuvres de Shakespeare.Quand ils terminent leurs études, les jeunes Russes ont probablement lu plus de classiques anglais et américains que la plupart des Américains de leur âge.A première vue, les élèves de là-bas semblent en avance sur leurs contemporains américains.On a cité le cas d\u2019une fillette qui ayant fait sa quatrième en Russie vint aux Etats-Unis.Après examen, les autorités du collège décidèrent de la faire entrer en première.Malgré ses difficultés avec l\u2019anglais, elle suivit très bien.C\u2019était une élève exceptionnellement douée et il serait injuste de conclure de son exemple que tous les Russes prêts à entrer en troisième vident r.os élèves de première.Mais il semble exact que la scolarité russe secondaire équivaut à la scolarité secondaire plus une année de collège ici.C'est en partie une question de répartition d\u2019heures : comme tout en Russie, les écoles marchent sur la semaine de six jours.Les Russes passent en classe dix ans, alors que les Américains en passent douze.Les écoles russes ont un défaut évident.On y apprend » par coeur » \u2014 comme un catéchisme, à telle question, [ Lire la suite paye 37 ] ^ voici,pour la toute première fois.lelégance alliée à l\u2019économie L WL K .Confié ifiort Im/uilu, l'une des U) nouvelles Chevrolet I960 offertes a votre choix.¦ ».* ZW1 , \" xîrnâ \u2019 , ¦¦¦ pL'&'r / / \u2022W2&, rSm.UNE VALEUR GENERAL MOTORS a p| j 'mj m | 1 W i %/ 11 Ë t %\t/ m fl ||\t1\t* | CHEVROLET \u201960 \\ oici une voiture d\u2019une beauté vraiment exceptionnelle.Une voiture vaste et confortable, mue par un moteur robuste et plein de fougue, et pourtant remarquablement économique et silencieux.Perfectionnements modernes, construction de qualité .la Chevrolet \u201960 est la voiture qu'il vous faut: Attendez jusqu\u2019au moment de la voir.Tout en la Chevrolet 00 \u2014 la moindre \u201cde ses lignes, chaque caractéristique mécanique atteint une perfection qu\u2019on aurait cru impossible dans une voilure de ce prix.La Chevrolet allie îles qualités pratiques et économiques (grâce à un nouv eau Vil à faible consommation) au confort et au silence qu\u2019on ne trouve habituellement que dans des voitures de prix elle est vraiment incomparable dans sa catc élevé.Voici la Chevrolet 1960: sobre élégance, lignes nouvelles et hardies, vaste intérieur olfrant des sièges larges et profonds, et tout l'espace qui permet à des occupants de grande taille de voyager à l'aise, en particulier sur le siège avant.En un mot, voici la voiture familiale rêvée.Il faut examiner en détail cette voiture pour en apprécier la beauté, la qualité de fabrication.11 faut aussi l\u2019essayer pour se rendre compte de 1 étonnante douceur de son roulement silencieux et exempt de v ibrations.Une fois que vous serez passé chez votre concessionnaire Chevrolet, vous comprendrez notre enthousiasme, et nul doute que vous le partagerez.C/ir, il n'est rien comme une voilure neuve, et il n'y a jamais eu de voilure neuve comme cette Chevrolet '60.Voyez et essayez une Chevrolet aujourd\u2019hui même.LA VOITURE A PRIX POPULAIRE LA PLUS PROCHE DE LA PERFECTION! 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exclusivité, (dire suffisamment d\u2019espace pour 6\toccupants de lorte taille.Grâce au montage à l\u2019arrière du moteur, le plancher est pratiquement plat, de l\u2019avant à l\u2019arrière, en sorte qu\u2019il y a suffisamment d\u2019espace pour les jambes de chacun des occupants.La direction est douce, sans qu\u2019il soit besoin de servo-mécanismes.Le poids du moteur étant reporté à l\u2019arrière, la conduite est plus facile, le freinage est plus efficace.De plus, grace à ses I roues indépendantes, la Corvair a une suspension plus moelleuse que bien des voilures plus coûteuses.ht cons apprécierez son prix.Aussi remarquables, aussi pratiques que puissent être tous ces avan- tages.il en est un que vous apprécierez par-dessus tout: c\u2019est son lias prix.i\\e manquez pas de passer chez le concessionnaire Chevrolet aussitôt que possible.Voyez celle merveille de mécanique, la Corvair .la première voilure canadienne vraiment \"compacte\u201d cl qui vous est offerte pour un prix vraiment modique.LE PLANCHER EST PRATIQUEMENT PLAT, laissant le maximum d'espace pour les jambes.Le réservoir d'essence est à l'avant.On peut obtenir un siège arrière pliant (moyennant léger supplément) qui laisse un plus vaste espace encore pour les bagages.Le moteur léger monté à l'arrière forme bloc avec la boite de vitesses et la transmission.C'est le premier moteur à 6 cylindres horizontaux opposés jamais fabriqué en série.Il développe une puissance ultra-douce.Et pour \"habiller\" cet ensemble, une carrosserie aux lignes sobres, simples, modernes.IL N\u2019Y A RIEN COMME UNE VOITURE NEUVE .ET IL N'Y A AUCUNE VOITURE COMPACTE COMME LA CORVAIR CHEVROLET 28 Le Samedi, Montréal, 24 octobre 1959 SUR TOUTES LES SCÈNES pat J tanche ÏHen tpetit-Pcitiet REHABILITATION DU PUBLIC -\t« Or donc, vous vous flattez (l\u2019atteindre le succès sans la moindre concession aux exigences vulgaires du public 't » -\t« Je n\u2019ai jamais vu pour ma part que le public eût des exigences vulgaires.Mais j\u2019ai observé qu\u2019il témoignait sa reconnaissance à ceux qui lui marquent du respect ».Cette réponse admirable appartient à Jacques Copeau.Idle est extraite de L'Impromptu du l\u2019ieu.x-Colomlàer, publié à New-York en L917.Rappelons tout d abord à nos lecteurs (pie Copeau a été l'instigateur génial du renouveau théâtral en France.C\u2019est lui précisément qui a soulevé le grand vent purificateur qui a nettoyé les scènes parisiennes de ses immondices.Jusque-là, le public s\u2019abêtissait au spectacle de pseudo drames psychologiques.véhicules de 1 adultère, de l\u2019inceste et de la vulgarité.Copeau a rappelé à ses contemporains oublieux que la dramaturgie française comptait aussi dans scs rangs Molière, Racine, Marivaux et Musset ; (|ii il existait en France des inconnus nommés Claudel et Giraudoux et qu'il fallait à tout prix exterminer la laideur pour ressusciter la poésie.C est lui.Copeau, qui a formé les prestigieux disciples (pii ont perpétué la noble tradition.Dulin, Jouvcl.Rarruult.Vilar.Rarsacq et combien d\u2019autres se réclament tous du grand Maître.Le public, ébloui de retrouver tant de fraîcheur, de jeunesse cl de propreté, a suivi le mouvement.Il oublia très vite les affligeantes soirées d\u2019antan pour retourner aux sources intarissables de la beauté.J ai cru devoir expliquer brièvement «l\u2019expérience » Copeau avant de plonger dans ma petite apologie personnelle.On soutient généralement dans nos milieux intellectuels (pie le public canadien-français, par trop primaire, n'a pas pu suivre l\u2019évolution théâtrale des cimpianle dernières années ; que sa capacité d absorption ne dépasse pas le niveau des émotions superficielles du Maître de Forges ou les facéties burlesques de notre revuiste national ; qu\u2019en conséquence.il luut, pour réussir à draîner la foule dans nos theatres, flatter sa propension au pathos mélodramatique ou satisfaire aux exigences de scs bas instincts.Cette ipinion \u2014 je le confesse \u2014 j\u2019ai été tentée de la partager : en constatant l\u2019inutilité des efforts déployés par nos directeurs de troupes pour ramoner les gens à apprécier le beau théâtre.Ce que j\u2019oubliais, dans mon ardeur de néophyte, c\u2019est qu'une évolution est affaire de patience et de ténacité.Songe-t-on qu\u2019il y a vingt-cinq ans, Molière était inconnu du grand public ici ?Aujourd\u2019hui, il fait salle comble.Et Claudel aussi.Et Montherlant.Demain.Audiberti et Synge ne seront plus des étrangers pour nous.Songe-t-on qu\u2019il y a dix ans la magnifique salle de la Comédie Canadienne abritait les évolutions douteuses des « strip-teaseuses » de I époque ?Cela démontre assez, il me semble, que le public canadien-français aime se divertir ailleurs que chez La Poune.(Elle a dû plier bagages faute de clientèle).Non.le spectateur normal n a pas d\u2019exigences vulgaires.Son premier élan le porte d\u2019emblée vers l\u2019authentique, le vrai, la «belle ouvrage».Il arrive que des faiseurs a la mode, soucieux dt dollars et de célébrités, déforment ce goût initial au profit de la bassesse et de la stupidité.Le théâtre est une vaste école.Les élèves qui le fréquentent se modèlent sur les enseignements de leurs maîtres.Mais je soutiens et je répète que le spectateur, comme le nouvel élève, est disposé à enregistrer ce qu on lui offrira.Et cela, sans idées préconçues.La prétendue vulgarité du public a été fabriquée de toutes pièces par ceux qui avaient intérêt à ce que pareille légende subsiste.Je résiste à la tentation méchante de la nommer.Ils sont trop près de nous et certains d\u2019entre eux jouissent encore d\u2019une estime et d\u2019une considération inexplicables.L\u2019oubli les recouvrira bien vite, fort heureusement.Où est le bon théâtre ?Tout cela est bel et bon, me dites-vous, mais comment reconnaître le bon théâtre ?A nous, qui sommes des spectateurs moyens et non des spécialistes de la question, qui pourra nous apprendre à discerner la bonne pièce de la mauvaise fabrication ?Cette préoccupation inquiète une de mes lectrices, madame Yvonne G., des Trois-Rivières.Elle spécifie (pie : « son budget ne lui permet pas de voir tout ce que l\u2019on présente ».et qu\u2019elle aimerait « réserver ses sorties pour des spectacles de qualité ».Cette recherche vous honore, chère madame, et confirme ce que j\u2019affirmais plus haut sur les dispositions naturelles du grand public.Il n\u2019existe pas de règles absolues pour guider un spectateur dans une salle de spectacle plutôt que dans un autre.C\u2019est votre goût naturel, votre culture et votre jugement qui vous guideront, plus sûrement que n\u2019importe quelle recette.L\u2019important est de savoir analyser pourquoi on a aimé un spectacle et pourquoi on en a détesté un autre.Je vous propose, en guise de réponse, un AXIOME de Théodore de Banville qui me semble résumer et concrétiser tout ce qu\u2019on pourrait écrire sur la question : Toute représentation dramatique est une oeuvre qui se fait en commun entre railleur, le comédien et le public Il faut que l\u2019émotion de l\u2019auteur, transmise par le comédien au spectateur, retourne du spectateur au comédien, de façon à ce que ces trois âmes n\u2019en forment qu\u2019une : si la chaîne électrique vibrante qui les relie est un instant brisée, il n\u2019y a plus que le malentendu.C\u2019est le néant, la nuit noire, des passants devant qui on parle de choses qui leur sont étrangères et qui ne sauraient les intéresser.donc en fait de théâtre est bon et profitable tout ce qui amène une communion durable entre le comédien et le spectateur.M VI VAIS ET MORTEL TOUT CE OUI FAIT OBSTACLE A CETTE COMMUNION Les amateurs de références pourront retrouver cet axiome dans un article du National paru le 20 décembre l!!7ô.Cours d'art dramatique « Mon enfant semble manifester un joli talent en déclamation.Ses professeurs m\u2019encouragent à le confier â une école de diction.Où dois-je m\u2019adresser ?» « Ma jeune fille de seize ans rêve de devenir actrice.Devant son insistance, j\u2019ai décidé de l\u2019envoyer suivre des cours d\u2019art dramatique.Connaissez-vous de bons professeurs ?» Qu\u2019on se rassure.Mon intention n\u2019est pas de publier une rubrique de toutes ces écoles, en jugeant des mérites respectifs de leurs professeurs.Je me permettrai seulement quelques petits conseils inspirés du bon sens et de la mesure.Je ne découragerais pas une maman de vouloir parfaire la culture de son enfant par la fréquentation des cours de diction et d\u2019art dramatique.Ce ne sera pas du temps perdu de toutes façons, pourvu toutefois que ce désir ne réponde pas à un sentiment de vanité chez les parents et que ces études ne détruisent pas le naturel chez l\u2019enfant.Le mot clé est lancé : le NATUREL.L\u2019art de bien dire et de bien jouer se trouve dans la vérité.Gare donc aux charlatans qui exploitent parfois l\u2019engouement des jeunes pour le métier de comédien.Se rappeler qu\u2019il n\u2019y a pas d\u2019art et de beauté que dans la simplicité et le vrai.La diction, affirmons-le sans crainte de nous tromper, n\u2019est pas une science.Il existe quantité de méthodes pour apprendre à dire, mais apprennent-elles à bien dire ?Les règles de la diction ressemblent aux règles de tous les autres arts.Elles prennent leur source dans la nature et s\u2019adressent avant tout à l\u2019observation et au jugement.Méfions-nous des maîtres pédants qui prétendent détenir les secrets d une méthode absolue.Ils oublient que I art est I art et qu\u2019on ne saurait tracer de limites à la perfection.De quoi s\u2019agil-il, en définitive ?D\u2019apprendre aux élèves à bien lire et à bien dire un texte, de leur montrer l\u2019utilité du langage correct et de leur faire sentir cl goûter les beautés de la littérature d\u2019expression française.Le maître ne doit pas transformer ses élèves en phonographes ambulants qui vont, répétant n\u2019importe quoi sans réfléchir â ce (pi ils disent, tout en respectant scrupuleusement les intonations du professeur.Ce faux enseignement du « dites comme moi » est dangereux.Il s\u2019adresse uniquement à l\u2019oreille et néglige le cerveau, Reconnaissons toutefois que cette méthode du perroquet est, au début, la seule rationnelle et pratique.Il faut d\u2019abord copier servilement.Encore faut-il que le professeur soit lui-même un bon modèle et qu il comprenne et fasse comprendre que cet enseignement n\u2019est qu\u2019un prélude, un moyen vers l\u2019imitation de la nature.Il y a d\u2019ailleurs deux façons d\u2019imposer le « dites comme moi » à ses élèves.L\u2019une qui consiste a ex er le texte, à montrer les mots de valeur, a indiquer la ponctuation parlée, à signaler les changements de ton.C\u2019est celle qui dit le POURQUOI et c\u2019est celle qui doit être recommandée.L\u2019autre, qui consite à réciter la tirade de l\u2019élève et a taire répéter celui-ci sans lui donner une explication.C\u2019est celle-là que nous signalions comme étant dangereuse.Quant a la recherche du professeur d\u2019art dramatique, il faut dire son importance primordiale pour qui entend faire carrière au théâtre.Son in- [ Lire la suite page 50 | 95 Le Samedi, Montréal, 24 octobre 1959 [ Suite de la page 24 ] \u2014\tPourquoi ne l\u2019avez-vous pas accompagnée ?\u2014\tCe n\u2019était pas très indiqué.Il n\u2019ajouta rien et elle eut l\u2019impression d\u2019avoir été très indiscrète.Ce départ avait quelque chose de mystérieux, de troublant.Raoul, assis en face d\u2019elle sur un fauteuil de toile jaune, jouait avec des graviers.Il ne cessait de la regarder.\u2014\tQue vous arrive-t-il, Dominique ?Vous paraissez inquiète, ou ennuyée.Je suis sûr que vous avez pris un coup de soleil.Vous ne vous sentez pas bien ?\u2014 Je vais très bien, grâce à vous et à votre hospitalité.Je crois que, maintenant, je pourrais rentrer à Paris.\u2014 Il n\u2019en est pas question.Je ne vous lâche pas.Votre convalescence n\u2019est pas terminée.Je veux vous rendre à votre oncle absolument rétablie.Et un peu plus bronzée que vous ne l\u2019êtes.Une petite dose de soleil chaque jour, mais sans abus.Leurs yeux se sourirent et ce fût simplement qu\u2019il ajouta : \u2014 Vous êtes très belle.Il avait dit cela comme on constate une évidence-, comme on dit, en toute innocence : «Votre robe vous va bien >, ou « vous avez changé de coiffure ».Elle s\u2019aperçut que, sur une petite table pliante, le couvert avait été mis pour deux personnes avec un bouquet de roses sauvages.La femme de chambre apportait les hors-d\u2019oeuvre.Ils s\u2019attablèrent et déjeunèrent presque en silence.Dominique se demandait quelles étaient les heures des cars.Si elle rentrait à Paris, ce serait sans solliciter aucun avis.Il y avait très peu de courrier ce jour-là.Les doigts de Dominique tapaient tout de travers.Raoul était à court d\u2019idées et réfléchissait interminablement entre les phrases comme un mauvais écolier.Tout d\u2019un coup, il jeta les papiers sur son bureau.\u2014 Au diable tout cela ! s\u2019écria-t-il.J\u2019en ai assez.Préférez-vous vous reposer ou faire un tour dans la forêt ?Moi, j\u2019aimerais plutôt me promener, il fait si beau ! Nous avons bien le temps d\u2019être enfermés, la semaine prochaine, et de retrouver les turpitudes de nos clients.\u2014 Je préfère me reposer, dit Dominique qui songeait à la protection tout illusoire des domestiques.\u2014 C\u2019est cela, allons nous promener, dit Raoul en se levant.Je ne prends pas la voiture.Pour une fois que j\u2019ai le loisir d\u2019aller à pied ! Elle se leva, légère et souple dans sa robe blanche.XII Dans la forêt, d\u2019un commun acord, ils évitèrent les rendez-vous des promeneurs, les files d\u2019autos, les groupes de campeurs affairés et ceux qui affrontent les rochers de Fontainebleau avec autant de gravité et de matériel que s\u2019ils tentaient l\u2019ascension des aiguilles du Mont-Blanc.Chanclos connaissait par coeur la forêt.Ils s\u2019engagèrent dans un sentier qui les mena vers une clairière, véritable décor dantesque en miniature.L\u2019herbe était fraîche autour des blocs de pierre.Raoul enleva sa veste et l\u2019étendit sur l\u2019herbe.\u2014 Asseyez-vous, Domonique, vous êtes fatiguée peut-être.Je vous ai emmenée trop loin pour vos forces.Il l\u2019aida à s\u2019installer et, à son tour, s\u2019assit près d\u2019elle.\u2014 Je vous ai emmenée trop loin, n\u2019est-ce pas vrai ?La voix, la voix célèbre, avait tellement changé qu\u2019elle ne la reconnut pas.Dans aucune de ses plaidoiries, même quand il avait le dessein de faire pleurer les jurés, il n\u2019avait apporté autant d\u2019émotion profonde.Une émotion qui n\u2019était pas voulue, pas étudiée, pas orchestrée mais qui venait du fond du coeur.\u2014\tDominique, pardonnez-moi.mais je ne peux plus me taire.Je le devrais, car je sais à qui je m\u2019adresse.Ne prenez pas mes paroles pour un manque de respect.Je me débats contre moi-même depuis des semaines.\u2014\tTaisez-vous, dit-elle d\u2019une voix étouffée.Je vous en supplie, maître, continuez à vous taire.\u2014 Je viens de vous dire que cela ne m\u2019était plus possible.Et pourtant tout nous sépare.Vous avez vingt et un ans et, moi, j\u2019en ai plus du double.Vous êtes une jeune fille et je suis marié.Je suis chargé d\u2019expérience et d\u2019illusions déçues, on m\u2019a fait la réputation d\u2019un cynique.Vous, vous êtes une page blanche.En dépit de tout cela, je ne pense plus qu\u2019à vous, Dominique.Elle voulut parler de nouveau.\u2014 Ne dites rien, ne dites rien encore.Tout à l\u2019heure, si vous le voulez, vous pourrez me déclarer que je suis ridicule, que j\u2019aurais l\u2019âge d\u2019être votre père, que vous trouvez mes déclarations révoltantes ou que vous en aimez un autre.Taisez-vous.Laissez-moi, quelques instants, l\u2019illusion que vous m\u2019écoutez avec un coeur attentif, un coeur ami.Je n\u2019en demande pas plus.Ne bougez pas, restez près de moi comme le soir \u2014 vous souvenez-vous ?\u2014 où je me suis évanoui dans la voiture et où vous avez posé votre main fraîche sur mon front.Votre main, Dominique, il m\u2019a semblé qu\u2019elle me rappelait à la vie.Ce soir-là, vous m\u2019avez appris ce que c\u2019était que la douceur.Elle ne songeait plus ni à parler ni à bouger, ni à s\u2019enfuir.Les yeux mi-clos, elle jouait avec des brindilles d\u2019herbe comme Raoul, tout à l\u2019heure, avec les graviers de la terrasse.Cette nuit de la vallée de la Seine.Elle se rappelait, elle aussi.Alors, tout avait commencée Et, maintenant, tout allait finir, parce que c\u2019était un amour défendu, un amour impossible.Un amour ! Elle n\u2019avait pas voulu admettre ce mot-là.En cette heure, elle ne pouvait plus ne pas le lire, inscrit en lettre de soleil sur le ciel bleu, les branches, les pierres, l\u2019herbe, la mousse et les bruyères.\u2014 Il faut que je vous raconte.Je n\u2019ai vraiment jamais aimé.Jamais une jeune fille, jamais un être de douceur et de pureté.Autrefois, dans ma jeunesse, j\u2019ai été attiré par des femmes, j\u2019ai cru même que je les aimais.Entre cela et l\u2019amour, il y a une différence dont je me suis aperçu bien vite.Ce que j\u2019espérais, ce que je voulais, le destin me l\u2019aura fait attendre bien des années et je crains qu\u2019il ne soit trop tard.Et puis le travail m\u2019a pris tout entier, et une ambition farouche.Je me suis jeté à corps perdu dans ce tourbillon qu\u2019on appelle ma carrière, ma réussite, ou même ma gloire, si vous voulez, peut-être pour me venger de n\u2019avoir jamais senti de main fraîche sur mon front.J\u2019avais même désappris le désir et l\u2019espérance d\u2019une caresse de ce genre, la plus douce caresse du monde.Elle se tenait toujours immobile et sa souffrance était intense.Renoncer à tout cela.\u2014 J\u2019avais plus de trente-cinq ans lorsque j\u2019ai connu Hélène.La jeune fille eut un mouvement frileux.Elle savait qu\u2019il allait lui parler de sa femme et elle le redoutait.Comme pour la réchauffer, il lui mit une main sur l\u2019épaule puis, après ce bref contact, poursuivit : \u2014 C\u2019est un épisode qui n\u2019est pas à mon honneur.J\u2019ai fait preuve d\u2019égoïsme, ma pauvre petite fille, et je veux que vous me connaissiez tel que je suis.Hélène était une femme.parfaite.Parfaitement adaptée à ce dont j\u2019avais besoin.Je vous ai dit mon ori- gine et tout Paris la connaît.Je possédais une notoriété grandissante et l\u2019avenir s\u2019ouvrait pour moi lourd de promesses, mais je n\u2019avais pas l\u2019usage du monde, je l\u2019ignorais même totalement.Hélène, fille de sénateur, femme d\u2019officier, n\u2019était pas seulement belle et intelligente mais suprêmement distinguée.Entre nous, il n\u2019y eut d\u2019abord que de l\u2019amitié.Avec un tact infini, elle m\u2019enseigna ces mille détails qui composent l\u2019homme du monde.J\u2019étais en extase devant la sûreté de son goût, je la consultais à tout instant.Ce fut elle qui choisit mon appartement et constitua mon mobilier.Peu à peu, lorsque je me mis à recevoir, elle joua chez moi le rôle de maîtresse de maison.Elle venait m\u2019écouter plaider et m\u2019introduisait dans des milieux où jamais je n\u2019aurais pénétré sans elle.« Malheureusement cette situation ne pouvait se prolonger sans susciter des bavardages.Dès qu\u2019elle se vit soupçonnée, elle décida brusquement de rompre nos relations II était trop tard.Son mari se jugeait outragé sans remède.H demanda le divorce et n\u2019eut pas de mal à l\u2019obtenir.Toutes les apparences se dressaient contre Hélène.Pouvais-je l\u2019abandonner après l\u2019avoir compromise, après avoir brisé sa vie?.Tout s\u2019étant passé sans heurt, sans scandale, nous nous sommes mariés entre deux témoins.Ce ne fut une grande fête ni pour l\u2019un ni pour l\u2019autre.Dominique avait relevé la tête.L\u2019idée « diabolique » reprenait de la force.Raoul, marié sans passer par l\u2019Eglise.\u2014 Elle m\u2019a rendu d\u2019immenses services.Nous éprouvons l\u2019un pour l\u2019autre une estime, une amitié à toute épreuve.Jamais, à aucun moment de notre vie, nous ne nous sommes joué la comédie de l\u2019amour.Nous sommes deux étrangers qui existent côte à côte.Peut-on vivre ainsi, Dominique, à toutes les minutes de sa vie ?D\u2019autres hommes auraient couru les aventures Moi, j\u2019étais trop occupé, et puis, j\u2019avais soif d\u2019absolu.Les intrigues éphémères ne m\u2019intéressent pas.On m\u2019en a prêté, pourtant, et de nombreuses.Dix fois, vingt fois, j\u2019ai été tenté de me rapprocher de ma femme.Il me semblait qu\u2019Hélène pouvait avoir un coeur, que nous pourrions connaître ensemble une vraie tendresse à défaut de cette passion que je n\u2019espérais plus.Au moment où j\u2019allais parler, je la voyais si lointaine, tourmentée d\u2019obscurs regrets.Je savais pourtant que son premier mariage, imposé par ses parents alors qu\u2019elle était très jeune, ne lui avait pas apporté le vrai bonheur.Quels mots trouver pour émouvoir une créature insensible ?.J\u2019ai connu de jolies femmes, des mondaines sans cervelle, des avocates ambitieuses, des secrétaires arrivistes.J\u2019ai connu des sourires et des coquetteries qui ne s\u2019adressaient qu\u2019à ma situation, à mon nom.Il se recueillit avant d\u2019achever sa confession.\u2014 Et puis, vous êtes venue et j\u2019ai su ce que c\u2019était qu\u2019une jeune fille.La jeune fille des romans bleus, toute fraîcheur et toute clarté, avec son regard direct, son beau sourire, son teint qui rougit ou pâlit au gré de ses émotions, son coeur prompt à s\u2019émouvoir.Je ne le connais pas, votre coeur, Dominique.Je ne sais s\u2019il a déjà parlé, ou s\u2019il pourrait parler pour moi mais, souvent, je l\u2019ai senti bien proche, comme s\u2019il s\u2019engageait entre nous un dialogue silencieux.Sans doute ai-je eu tort de vous confier toutes ces choses.Je ferais mieux de vous crier : « Dominique, allez-vous en 1 » Ou de fuir moi-même comme devant un trop grand bonheur interdit.Et je viens vous dire, au contraire : « Je ne sais pas très bien, Dominique, à qui je ne serais pas capable de renoncer pour vous.Si vous disiez un mot, demain je serais libre ».Comprenez-vous ?.Pardonnez-vous ?.Etes-vous bien cetraine que je vous 29 respecte autant que je vous aime ?.Ai-je dit une parole ou ai-je fait un geste qui ait pu vous choquer ?Elle laisse tomber sa tête entre ses mains.Toujours ce vertige, ce soleil dansant.Il vit couler des larmes à travers les doigts joints.Très doucement, il l\u2019attira contre lui.Elle sentit sa chaleur, sa respiration haletante, son coeur qui battait à grands coups.\u2014 Petite fille, chère petite fille de mon âme.Quoi qu\u2019il advienne, merci pour tout ce que vous m\u2019avez donné.Petite fille que j\u2019aime, petite fille de mon espoir et de mon désespoir.Mais elle s\u2019arracha brusquement à la tendre litanie.Elle se leva et se força à le regarder en face.D\u2019un bond, il fut à nouveau près d\u2019elle : \u2014 Je vous ai fait de la peine?Vous êtes fâchée contre moi ?Elle murmura : \u2014 Non, non.Je ne vous en veux pas.Si j\u2019en veux à quelqu\u2019un, c\u2019est à moi-même.J\u2019ai trop pensé à vous, j\u2019ai été fascinée.J\u2019aurais dû pressentir le danger et m\u2019y dérober tout de suite.Au contraire, j\u2019ai nié l\u2019évidence, je me suis endormie dans une sorte de sécurité trompeuse, dans une périlleuse confiance en moi.Et maintenant, il va falloir nous séparer, nous arracher l\u2019un à l\u2019autre.Oh ! ne croyez pas que je n\u2019aie pas foi en votre parole.Je sais bien que vous ne voudriez jamais vous jouer de moi.Mais entre nous deux, il existerait toujours trop de fantômes, trop de remords.La femme dont vous avez une première fois brisé la vie, pensez-vous à elle, Raoul ?Sera-t-elle donc éternellement votre victime ?.Soyez humain, ayez pitié.Une jeune fille, comme vous le disiez tout à l\u2019heure, c\u2019est quelque chose de très fragile.Tout votre passé, Raoul.Je n\u2019aurais jamais l\u2019impression que vous êtes tout à fait à moi.\u2014 Mais je vous appartiens, je vous l\u2019ai dit, dans le présent comme dans l\u2019avenir ! \u2014 Vous ne m\u2019appartiendrez jamais dans le passé et je viens de m\u2019apercevoir que j\u2019en souffrirais toute ma vie.Nous avons le devoir d\u2019oublier, même si cela nous meurtrit.Moi, j\u2019y parviendrai parce que je suis jeune, et vous parce que vous êtes fort.La vie passera, il faut qu\u2019elle passe.\u2014 Dominique, ma chérie, vous n\u2019allez pas me quitter ?La haute taille de Raoul la dominait.Une fois de plus, elle se sentait faible et prisonnière.\u2014 Je ne sais pas.Je ne sais si j\u2019aurai le courage de tout briser, ne plus vous revoir jamais.Oh ! Raoul, de moi aussi vous devriez avoir pitié.Vous voyez bien que je suis lâche et que deux souffrances me déchirent.Ni avec vous, ni sans vous.Tout ce que je pourrai vous dire, je le regretterai dans la minute qui suivra.Ne restons pas ici.J\u2019ai peur de vous, j\u2019ai peur de moi.Ne soyons pas seuls, Raoul.Elle l\u2019entraînait et il suivait.Comme ils se rapprochaient d\u2019Apremont peuplé de touristes, saisissant leur dernier instant de tête-à-tête, il l\u2019immobilisa, la regarda au fond des yeux et ne put résister à la tentation de ses lèvres Ce fut à peine un effleurement, une chaste rencontre de leurs souffles.Elle poussa un gémissement léger.Cet instant, ne l\u2019attendait-elle pas depuis la nuit des Andelys ?Ce fut lui qui s\u2019éloigna d\u2019elle.Ils marchèrent en silence, au hasard de la forêt.Le soir, à l\u2019heure du dîner, comme Raoul descendait de son bureau et cherchait vainement la jeune fille, on lui apprit que « Mademoiselle Gervais avait été obligée brusquement de partir.Elle avait dû prendre le car.Elle avait dit que ce n\u2019était pas la peine de déranger monsieur qui était en train de travailler.Oui, elle avait laissé un mot.» Il faisait brusquement presque froid. 30 Le Samedi, Montréal, 24 octobre 1959 Raoul Chanclos ordonna qu\u2019on allumât du feu dans la grande cheminée II dîna seul, face aux flammes crépitantes.Il songeait avec amertume à cette phrase prononcée si souvent à son sujet : « Oh ! Chanclos, toutes les femmes sont prêtes à tomber dans ses bras ! » \u2014 Dominique, murmurait-il, toi seule, ma chérie, mon cher petit oiseau.Le souvenir du baiser qu\u2019ils avaient échangé, à peine une ombre de baiser, le premier et le dernier, noyait son coeur d\u2019une tendresse désespérée.XIII ||JE voilà déjà?s'étonna tante Simone.Je croyais que tu devais passer encore deux ou trois jours à Fontainebleau.» \u2014 Tout a été changé, expliqua Domi-minique avec volubilité.Madame Chanclos a été appelée d\u2019urgence à Dijon pour entrer, je crois, quelqu\u2019un de sa famille.\u2014 Ah ! la pauvre ! Qui a-t-elle perdu ?.\u2014 Je ne sais pas.\u2014 Comment, tu ne sais pas ?On ne t\u2019en a pas parlé ?Tu ne l\u2019as pas demandé ?\u2014 Ma foi, cela s\u2019est passé très vite.Son mari est allé l\u2019accompagner.Ils sont partis en voiture tous les deux.Je n\u2019avais plus aucune raison de rester là-bas, seule avec les domestiques.D\u2019ailleurs je vais tout à fait bien.N\u2019est-ce pas que j\u2019ai bonne mine ?\u2014 En effet, tu es même bronzée, dit tante Simone.Nous aussi, à Paris, nous avons eu beau temps L\u2019oncle Etienne ne disait rien.Il examinait Dominique, ses yeux qui avaient certainement pleuré, le coin de sa lèvre qui tremblait, cette fébrilité qui l\u2019animait.Dominique n\u2019avait jamais su mentir, même toute petite, et il était sûr qu\u2019ells mentait.En quoi ?Il souhaitait le savoir pour pouvoir la consoler.La sonnerie du téléphone retentit et Etienne alla répondre.\u2014 Dominique, on te téléphone de Fontainebleau.C\u2019est curieux, on dirait la voix de ton patron.Je croyais qu\u2019il se trouvait à Dijon avec sa femme ?Il n\u2019y est pas resté longtemps, probablement.Allons, qu\u2019attends-tu, Domi ?La jeune fille se dirigea vers le bureau de son oncle où se trouvait l\u2019appareil téléphonique.Elle ferma soigneusement la porte.Elle revint cinq minutes plus tard avec une histoire improvisée pour les besoins immédiats de la cause : \u2014 Ce n\u2019était que le valet de chambre.Il croyait que j\u2019avais oublié une \u2018rousse de toilette dans ma chambre.Je lui ai dit que j\u2019avais emporté la mienne L\u2019autre doit appartenir à madame Chanclos.Elle se força ensuite à dîner, à parler, insistant sur ses promenades avec la femme de l\u2019avocat.En réalité, elle ne cessait pas d\u2019entendre, comme tout à l\u2019heure au bout du fil, la voix angoissée de Raoul : « Vous êtes partie, vous m\u2019avez quitté, avec un petit mot griffonné, sans âme, sans rien livrer de vous-même.C\u2019est ma faute si je n\u2019ai pas su vous convaincre.Vous n\u2019avez pas cru à ma sincérité.Je vous en supplie, Dominique, ne m\u2019abandonnez pas totalement.Continuez au moins à travailler auprès de moi.Je rentre à Paris dans deux jours et je pars pour Lyon, une semaine entière.Vous aurez le temps de voir clair en vous-même, et peut-être, de réussir à me comprendre.» Elle n\u2019avait trouvé que des réponses vagues :\t« Je ne sais pas, Raoul, laissez-moi réfléchir.J\u2019ai besoin de solitude, de ne pas nous voir ni vous entendre, de vivre sans vous ».Vivre sans lui ! En réalité, elle regrettait déjà son mouvement de fuite.A cette même heure, elle aurait été dans son ombre.Ils auraient dîné face à face, sur la terrasse, comme s\u2019ils étaient mari et femme.Il lui aurait parlé d\u2019amour.Et puis, le lendemain, ils auraient travaillé ensemble dans la confiance, dans l\u2019allégresse d\u2019un couple heureux.Et cela, si elle le voulait, pouvait être le programme quotidien de sa vie.Prend-on la fuite devant le bonheur ?Elle avait été insensée ! Elle aurait dû tendre les bras, se blottir contre sa poitrine, se laisser chérir, se consumer pour lui d\u2019admiration et de tendresse.Etait-il trop tard ?Tôt ou tard, il l\u2019attendrait.Ce soir, demain, elle pouvait courir le retrouver.De loin il la verrait venir et il la recevrait sur son coeur palpitant en mumurant :\t« Ma petite fille !.» Et les autres ?Qu\u2019importaient les autres ! Ce ne serait même pas un péché puisqu\u2019ils pourraient se marier devant Dieu comme devant les hommes.Sacrifie-t-on son bonheur pour une femme indifférente qui se console facilement avec des distractions mondaines ?Hélène avait quitté son premier mari.Eh bien ! elle renoncerait au second et en trouverait même sans doute un troisième.L\u2019oncle Etienne, la tante Simone ?Ils crieraient d\u2019abord au scandale, puis seraient heureux du bonheur de leur enfant adoptive.Quoi encore ?Alain.Oh ! Alain, il n\u2019existait plus pour elle.Elle n\u2019avait même pas répondu à son envoi de lilas.Non, rien, rien n\u2019existait plus.De bonne heure, elle se retira dans sa chambre.Là elle s\u2019accouda devant sa table de travail.Finis, les livres.Elle se consacrait désormais à son grand homme.Non, au fait, mieux valait terminer ce doctorat.Elle serait plus près de lui si elle continuait à l\u2019aider.Et puis, il serait fier d\u2019elle.Elle ajouterait son nom au sien.Me Chanclos-Gervais.Ou Gervais-Chanclos.Lequel valait le mieux ?.D\u2019ailleurs, cela lui était bien égal qu\u2019il s\u2019appelât Chanclos ou Durand, qu\u2019il fût un jour bâtonnier, de nouveau député, ministre, garde des Sceaux, Président de la République ou le plus obscur des citoyens.Elle l\u2019aimait parce qu\u2019il était lui, Raoul.Elle continuerait à l\u2019aimer quand il serait devenu vieux et qu\u2019elle serait encore une jeune femme.Il la montrerait à tout le monde, orgueilleusement.Ils formeraient un couple étonnant.On envierait cette harmonie.Quelques coups frappés à la porte coupèrent court à l\u2019élan de son imagination.Elle fit semblant de feuilleter un livre.\u2014\tC\u2019est moi, ma chérie.Puis-je entrer ?\u2014\tBien sûr, petit oncle.Il entra et prit place dans ie grand fauteuil où si souvent il s\u2019était assis pour lui expliquer une version latine ou un épisode de l\u2019Histoire.D\u2019abord il demeura silencieux et, brusquement, elle s\u2019effraya : \u2014 Il n\u2019y a rien de nouveau, petit oncle ?Tu ne te sens pas plus malade ?Il secoua la tête négativement Alors elle devina qu\u2019il était venu pour elle, pour lui parler, et elle trembla qu\u2019il lui posât les questions qu\u2019elle redoutait.\u2014 Alors, qu\u2019y a-t-il ?Tu parais inquiet.\u2014 Je le suis, Domi.Je le suis.Et, laissant errer sur les murs son regard de myope, doux et candide, perpétuellement étonné, il prononça enfin cette phrase imprévue : \u2014 Je suis venu pour te dire quelques mots à propos d\u2019une femme qui s\u2019appelle Laure Gillou.XIV UN jour, dans une exposition de peinture où elle accompagnait son oncle, Dominique avait remarqué une très jolie femme, vê*ue avec élégance et à laquelle des cheveux prématurément blanchis communiquaient un charme discret et captivant.C\u2019était Dominique qui avait donné l\u2019alerte : \u2014 Oncle Etienne, on dirait que cette dame te connaît.En effet, l\u2019inconnue, qui tenait par la main un enfant d\u2019une dizaine d\u2019années, souriait dans la direction du docteur.Celui-ci tourna les yeux vers elle et il apparut à Dominique que, d\u2019instinct, il se redressait.Les plis de son front s\u2019effaçaient comme par miracle.Il fit quelques pas et s\u2019inclina respectueusement.\u2014\tChère Madame- Mais elle lui tendait la main le plus simplement du monde.\u2014\tEtienne ! Comme je suis heureuse de vous rencontrer ! Il y a si longtemps que nous ne nous sommes vus ! Je n\u2019ose plus compter.C\u2019était avant la naissance de mon petit Claude.Vous ne le connaissez pas, mon fils.Regardez comme il est beau.Etienne présenta Dominique et l\u2019inconnu s\u2019extasia : \u2014\tJe vous avais vue toute petite, mademoiselle ! Vous étiez déjà charmante.Mais maintenant ! Vous devez être pour votre oncle une véritable amie.Je le pensais tout à l\u2019heure en vous voyant ensemble contempler ces peintures.Etienne mérite qu\u2019on l\u2019aime beaucoup, c\u2019est un homme exceptionnel.Oh ! ne protestez pas, Etienne.Vous avez toujours été trop modeste.Mais moi, je sais ce que vous valez.Ils avaient fait tous les quatre le tour de l\u2019exposition.Etienne se mettait en frais pour parler des tableaux, de leurs auteurs, de leurs modèles.Ensuite, ils étaient allés prendre le thé dans une pâtisserie.Après quoi on avait pris congé, sans parler de se revoir autrement qu\u2019en phrases évasives.Lorsque Madame Gillou eut disparu avec son fils au creux d\u2019une station de métro, Etienne avait perdu cet aspect de jeunesse qui, pendant plus d\u2019une heure, l\u2019avait transfiguré.Avant de remonter chez lui, il avait dit à Dominique : \u2014 Peut-être serait-il préférable que tu ne fasses pas allusion à cette rencontre devant ta tante.Je crois me souvenir qu\u2019elle n\u2019éprouvait pas de sympathie à l\u2019égard de madame Gillou au temps où elles se fréquentaient.\u2014 Est-ce possible ?Cette dame si aimable, si douce, si souriante ! Comment peut-on ne pas l\u2019aimer ?\u2014 Oh ! tu sais, les femmes ont parfois de ces idées.Ils n\u2019en avaient plus parlé.Trois années s\u2019étaient écoulées depuis et Dominique n\u2019avait pas eu le temps de penser de nouveau à cette Laure Gillou.\u2014.Peut-être ce nom ne te rappelle-t-il rien, reprit Etienne.Souviens-toi : le Petit-Palais, l\u2019Exposition des Paysagistes Français, une femme encore jeune avec des cheveux blancs.Elle fit signe qu\u2019elle se souvenait.Il poursuivit : \u2014 Laure était la jeune soeur d\u2019une amie de Simone et je l\u2019avais soignée longuement pour une tendance persistante à la migraine Elle était mariée, sans enfant, pas très heureuse.Son mari avait été mal élevé, il ne pensait qu\u2019à l\u2019argent et ne savait pas la comprendre.Dans ce temps-là \u2014 le croirais-tu ?\u2014 je m\u2019amusais à faire des vers.J\u2019avais même publié deux plaquettes de poésies.Laure aimait tout ce qui l\u2019arrachait à une vie très prosaïque dans un milieu de gens d\u2019affaires qui ne partageaient ni son idéal ni ses goûts.Je l\u2019avais aimée à première vue.Je lui dédiais des poèmes qu\u2019elle avait la bonne grâce de trouver assez bons.Peu à peu nous prîmes l\u2019habitude de nous rencontrer parfois sous les arbres des Tuileries ou sur les quais, toujours dans des lieux publics.Je n\u2019ai jamais été un don Juan, Domi.Je suis.même affreusement timide.Mais je l\u2019aimais avec une tendresse si ardente qu\u2019elle finit aussi par s\u2019éprendre de moi.Oui, de moi ! Cela t\u2019étonne.Elle eut un tremblant sourire.\u2014\tCher petit oncle je ne suis plus la gamine sotte et bornée qui vous déclarait, il n\u2019y a pas si longtemps encore : « Un homme marié, c\u2019est ridicule !.Imagines-tu qu\u2019on puisse être amoureuse de toi ?» Depuis, j\u2019ai vu la vie de plus près.\u2014 Que n\u2019es-tu toujours cette gamine intransigeante !.Donc, Domi, Laure m\u2019adopta pour confident de ses déceptions.Je la plaignais, j\u2019aurais voulu la rendre heureuse, lui faire don de toute mon existence J\u2019étais même prêt à sacrifier ma pauvre Simone qui connaissait par notre fils si peu de joies et pour qui j\u2019étais tout au monde.On est égoïste, quand on aime.Cependant, Simone était inquiète.Elle sentait un danger.« Tu es loin d\u2019ici, disait-elle souvent.Où es-tu ?A quoi penses-tu, ou à qui ?» Tout naturellement ses soupçons se portèrent sur la plus jeune et la plus jolie de nos relations, cette Laure Gillou, charmante et nostalgique, incapable de dissimuler ses impressions parce qu\u2019elle possédait une âme de cristal et qui, elle aussi depuis quelque temps, semblait vivre dans un songe éveillé.La nervosité de Simone augmentait, et aussi l\u2019impatience de Laure de rompre une union qui lui devenait insupportable.Il me fallait prendre une décision.C\u2019est parfois douloureux, Domi.Plus que douloureux : cruel.La jeune fille ne bougeait pas, son menton reposant dans le creux de sa main, ses paupières baissées sur le livre refermé.\u2014\tNous avions pris rendez-vous, Laure et moi, dans un petit salon de thé discret, très capitonné, des environs de la Madeleine.Il y avait de profonds fauteuils et une grande cheminée où flambait un feu de bois.Nous étions seuls.Les serveurs, ayant apporté le thé, ne s\u2019occupaient plus de nous.Je pouvais prendre les mains de Laure.Je pouvais même l\u2019embrasser.Les paroles définitives allaient être prononcées.L\u2019atmosphère se faisait complice de notre amour.Tout entrait chns notre jeu.Son mari était absent de Paris pour quelque temps.Nous pouvions nous rencontrer librement et sans témoins.Alors, Domi, c\u2019est incroyable, sais-tu ce qui s\u2019est passé ?Nous avons été pris tous deux d\u2019un trac absurde, d\u2019un trac horrible, d\u2019une timidité enfantine.Nous ne trouvions plus rien à nous dire, aussi gênés et maladroits l\u2019un que l\u2019autre.L\u2019impression d\u2019être « en faute », comprends-tu, ma chérie ?Comme un collégien et une écolière qui se seraient rencontrés en cachette de leurs parents.Je ne sais plus quel prétexte elle m\u2019a donné pour s\u2019en aller prestement.Moi, je ne l\u2019ai pas retenue.Bien entendu, le soir eême, je regrettais ce que j\u2019appelais notre lâcheté.Je me promettais, dès le lendemain, d\u2019être plus hardi, d\u2019insister de la convaincre Ce n\u2019eut pas été difficle.C\u2019est alors que ma femme s\u2019est mise à pleurer Etienne s\u2019arrêta un instant II regarda Dominique et vit que les yeux de la jeune fille s\u2019étaient emplis de larmes qu\u2019elle n\u2019essuyait pas.\u2014 Ce n\u2019était pas la première fois que je voyais pleurer Simone.Jean-François se chargeait de la désespérer en se faisant renvoyer de toutes les pensions.Mais, ce soir-là, je savais qu\u2019elle pleurait pour moi, à cause de moi, et qu\u2019il était en mon pouvoir de la rendre heureuse ou de la meurtrir.Cette idée m\u2019apparut soudain dans toute sa force et ce fut littéralement insoutenable.Je la pris dans mes bras et me mis à la -onsoler du mal que je lui avais fait.Nulle puissance humaine, désormais, \u2022 ût-ce celle du plus violent amour, Le Samedi, Montréal, 24 octobre 1959 n\u2019eût été capable de m\u2019éloigner d\u2019elle.Je ne l\u2019ai pas quittée, Domi.Si j\u2019ai eu des regrets, je les préfère aux remords.\u2014 Et.Laure ?\u2014 Je la vis une dernière fois et lui expliquai les raisons de ma conduite à son égard.Elle comprenait.Elle ne disait rien, mais faisait : « Oui, oui » de ia tête, comme une enfant.Nous avions tous deux le coeur déchiré.Elle ne m\u2019adressa pas de reproches et je crois qu\u2019elle fut, elle-même, soulagée.Elle était si exquise, si droite ! Nous eûmes le courage de respecter notre consigne de silence et de séparation complète.Quelques mois plus tard, j\u2019appris qu\u2019elle cttendait un enfant et que cette future naissance avait resserré les liens entre son mari et elle.Un autre enfant vint ensuite.Ils partirent pour l\u2019étranger où elle connut une existence large et facile.Ce n\u2019est peut-être pas un mé-nege très tendre mais c\u2019est tout de même ce qu\u2019on appelle un bon ménage.Tu l\u2019as vue, elle paraît heureuse.Le passé, notre brève aventure sentimentale, n\u2019est plus pour elle qu\u2019un joli souvenir qui s\u2019estompe.J\u2019ai bien ùdt, n\u2019est-ce pas, Dominique ?J\u2019avais presque vingt ans de plus qu\u2019elle, j\u2019ai refusé le don de sa jeunesse, j\u2019ai refusé de faire souffrir ma pauvre Simone.Tout est bien ainsi, n\u2019est-ce pas ?XV Dominique s\u2019aperçut enfin que ses larmes coulaient Elle se tamponna le visage avec le petit mouchoir froissé qui lui avait déjà servi, quelques heures plus tôt, avant de prendre le car.Elle tenta de mentir encore et balbutia affectueusement : \u2014 Tu vois, ton histoire m\u2019a émue.Je pleure, c\u2019est bête.Oui, je te remercie de me l\u2019avoir racontée.N\u2019était-il pas extraordinaire, intimes comme nous le sommes, toi et moi, que j\u2019aie ignoré jusqu\u2019à présent le grand drame de ton coeur ?Maintenant je te connais mieux et je t\u2019aimerai encore davantage.\u2014 Il y a plus extraordinaire, ma petite enfant.C\u2019est que tu n\u2019aies jamais eu le courage de m\u2019avouer que tu étais amoureuse de Raoul Chanclos.Confidence pour confidence.Ouvre ton coeur, ma petite Domi.Tu me le dois.Un sanglot lui répondit.La jeune fille, écroulée sur sa table, enfouissait sa tête dans ses bras repliés.Il laissa ce désespoir s\u2019épancher, puis s\u2019apaiser.\u2014 Allons, petite, aie confiance ! Qui te consolera si ce n\u2019est moi ?Tu ne peux pas rester seule avec ce gros chagrin.Elle releva la tête et il fondit de pitié devant ce jeune visage ravagé par les larmes.\u2014 Oh! petit oncle, si tu savais!.Je ne vois plus clair sur ma route.J\u2019hésite, je me contredis, je change d\u2019avis à tout moment.C\u2019est toi qui vas me guider, je t\u2019en prie.Je t\u2019obéirai.Tu es si bon et tu m\u2019aimes tant ! \u2014 Raconte-moi exactement ce qui s\u2019est passé.Elle n\u2019omit aucun détail et se confessa à lui en toute loyauté.Elle lui dit ses tentations, ses reculs.Elle parla d\u2019Hélène Chanclos.Il caressa longue- ment la jeune tête éplorée aux longs cheveux dénoués.\u2014 Tu n\u2019es pas aussi égarée que tu le prétends, Dominique.Tu as pris le parti de fuir, c\u2019est ton instinct qui a pris ta main pour te conduire.Crois-tu que je me sois mépris sur ta soi-disant bonne mine?Je savais que tu venais de vivre le premier drame de ta vie.Le dénouement a été ce qu\u2019il devait être.\u2014 Mais, oncle Etienne, il m'aime ! Il a besoin de moi ! Il est prêt à tout sacrifier pour m\u2019épouser.\u2014 Sacrifier les autres, c\u2019est facile.Cela signifierait pour toi quelques mois de bonheur égoïste.Est-ce suffisant ! \u2014 Sa femme ne l\u2019aime pas ! Moi je l\u2019aime ! \u2014 Je n\u2019en suis pas si sûr que toi.Tu l\u2019admires, tu es flattée, tu subis une sorte d\u2019envoûtement.Tu es éprise de sa célébrité comme lui l\u2019est de ta jeunesse.Pour toi, il est le grand homme.Pour lui, tu es la jeune fille.Chacun de vous deux est amoureux d\u2019un personnage de roman.Ce n\u2019est pas cela, le mariage.Ta vie, tu l\u2019ofriras un jour à un homme jeune qui t\u2019apportera une âme neuve, un visage sans rides, un espoir intact, et avec qui tu fondras un vrai foyer.Voilà le bonheur que je veux pour toi, mu chérie.Elle eut un pâle sourire et se frotta les yeux.Au plus profond d\u2019elle-même, elle savait qu\u2019il disait vrai.Ces paroles, pour elle, n\u2019étaient pas nouvelles.Qui donc lui avait déjà parlé dans ce sens ?Peut-être sa propre raison, peut-être Alain.31 \u2014\tJe vais essayer d\u2019être courageuse, je te le promets.J\u2019ai dit que je t'obéirais.Que faut-il faire ?\u2014\tNe pas retourner chez Chanclos.Passer seulement tes examens.Elle secoua la tête : \u2014\tCe n\u2019est pas possible.Les dossiers qui me sont confiés depuis des mois, je ne peux pas les laisser en panne.\u2014\tIl comprendra.Il les passera à quelqu\u2019un d\u2019autre.Il y a assez de monde chez lui.\u2014 Il va être absent plus de huit jours.J\u2019en profiterai pour liquider la situation.Je m\u2019arrangerai avec Lu-ciani.\u2014 J\u2019accepte cette combinaison, mais c\u2019est tout juste.Je crains pour toi que tu ne sois reprise par l\u2019atmosphère de cette maison.Raidis-toi, Dominique.Sois forte.Pense à l\u2019avenir.Veux-tu qu\u2019on dise un jour de toi : « Vous savez, c\u2019est la petite avocate qui a fait divorcer Chanclos.En voilà une oui n\u2019est pas sotte.Elle a bien su se débrouiller.» \u2014 Oh ! l\u2019opinion publique, je m\u2019en moque ! \u2014 Tu ne t\u2019en moqueras pas toujours.Je te connais.Tu es trop pure pour les eaux troubles.Sais-tu que je connais quelqu\u2019un qui serait rudement content si tu ne retournais pas.dans tes bureaux de l\u2019avenue Kléber ?\u2014 Qui, petit oncle ?\u2014 Ce soir, Domi je ne prononcerai aucun nom.Tu as eu trop mal.Ah ! si, je voulais pourtant t\u2019entretenir d\u2019un vague projet.Tu m\u2019avais bien dit, il y a quelques jours, quand j\u2019ai rapporté UN PEU DE REFLEXION Voici un petit test de réflexion !.Regardez bien les figures de ce dessin avant de répondre aux questions suivantes : 1° : Quelle est la partie du croissant qui n\u2019est recouverte par aucune autre figure ?2\u201d : Quelle est la partie formée seulement par la superposition du rectangle et du triangle rectangle à l\u2019exception de toute autre figure ?3° : Quelle est la partie formée par la superposition, à la fois : du rectangle, du grand cercle, du triangle rectangle et du croissant ?4° : Quelle est le numéro de la partie de l\u2019ove qui se trouve en dehors du grand cercle ?5° : Est-ce que la partie du coeur recouverte par le rectangle est plus grande que la partie de l\u2019ove située hors du triangle rectangle ?Solution : 'VZ ajl-iEd R[ anb sapjad snjd juos \u2018ajquiasua ç ja g saipied sa[ \u2018jajja ug ; ajijad snjd jsa ajja \u2018uofj : oç apjao pueu3 a[ jed jjaAnoaaj juaiuajajduioo jsa baoj anbsmd sed ua X,u u : 02 oaauinu atpred eq : og oaaumu apjed 'X oaauinu aijjed Bq : ax 32 Le Samedi, Montréal, 24 octobre 1959 cet argent à la maison, que tu aimerais faire un beau voyage, une croisière.Eh bien, j\u2019ai reçu un prospectus.Croisière médicale en Méditerranée.Il n\u2019y aura que des médecins et leur famille.Les prix sont extrêmement tentants et l\u2019itinéraire merveilleux.Pendant que tu étais.à la campagne, nous en avons beaucoup parlé avec ta tante.Rhodes, la Crête Athènes, l\u2019Archipel, Istanbul, cela ne te dirait rien pour le mois de juillet ?Il faudrait que je retienne tout de suite nos cabines.\u2014\tOncle Etienne, c\u2019est de la folie ! \u2014 Pourquoi ?Simone a dit comme toi, et puis elle a été séduite.Tel que tu me vois, je suis à peu près décidé.\u2014 Cela doit tout de même coûter cher ?\u2014\tHum !.Pas tellement, tout est relatif.Puisque nous n\u2019avons plus de dettes et que, bientôt, nous vivrons de la façon la plus économique dans notre couvent de Touraine, il faut bien s\u2019accorder un peu de distraction.Ce n\u2019est pas ton avis, Domi ?\u2014 Et l\u2019avis de Maucombe, quel est-il ?¦\u2014 Que les croisières, pour le coeur, ont un effet sédatif.Il les recommande à ses malades, à condition qu'ils ne dansent pas toutes les nuits, ne boivent pas tout le whisky du bar et ne passent pas de la visite de l\u2019Acropole à une compétition olympique.Je crois que je suis à l\u2019abri de ces tentations.Athènes, l\u2019Acropole, Istanbul.De quoi tout à coup parlait-on ?La jeune fille renversa la tête tout étourdie.C\u2019était trop d\u2019émotions pour une même journée.-\u2014Nous y reviendrons demain, dit Etienne.Je laisse le dépliant sur ta table.Maintenant, ma petite fille, tu ne vas plus penser à rien.Tu vas te coucher et dormir.Tu es si fatiguée, ma chérie ! XVI L\u2019oncle Etienne avait eu raison en redoutant pour Dominique l\u2019emprise du climat qu\u2019elle aimait.A peine avait-elle pénétré dans son bureau, deux jours plus tard, qu\u2019il lui sembla respirer l\u2019haleine même de son amour.Tout allait, une fois de plus, être remis en question.Les deux dactylographes lui adressèrent un bonjour encore plus sournois que d\u2019habitude.L\u2019une d\u2019elles la complimenta sur son hâle.\u2014 Il faisait bon, à Fontainebleau?Il paraît que le patron, là-bas, ne se met jamais en colère.D\u2019ailleurs, avec vous, il n\u2019y a pas de risques.Jeanine Dupré entra en trombe.\u2014 Ah ! Gervais, quelle séance ! Le patron n\u2019a fait qu\u2019une apparition ici hier soir, revenant de Fontainebleau et repartant pour Lyon.Ma chère, il était comme un crin, pas à prendre avec des pincettes.Pour son retour, j\u2019ai une commission désagréable à lui faire de la part du juge d\u2019instruction Sarbanac.Eh bien ! c\u2019est vous que j\u2019en chargerai.Vous, au moins, il vous écoutera sans éclater.Dominique, plus gênée que flattée, sortit pour aller trouver Luciani à qui elle avait à parler.Dans la galerie, visiblement en attente de son passage, elle eut la surprise plus embarrassante encore de se trouver face à face avec la femme de l\u2019avocat.Celle-ci lui tendit la main et lui dit à voix contenue : \u2014 Dominique, venez dans ma chambre.Je désire avoir avec vous quelques instants de conversation.La jeune fille la suivit, très pâle, les jambes molles.Seigneur, qu\u2019allait-elle être, cette conversation ! Quelle situation était la sienne, tout d\u2019un coup ! Elle désira être morte, ou tout au moins bien loin de là.Quoi qu\u2019il en fût, elle ne pouvait s\u2019empêcher d\u2019admirer le tact de Mme Chanclos qui n\u2019avait pas voulu la faire appeler dans son bu- reau en suscitant des commentaires malveillants.\u2014\tAsseyez-vous, Dominique, dit Hélène Chanclos aussi pâle que son interlocutrice.N\u2019ayez pas cette mine effarée.Vous n\u2019êtes pas sur le banc des accusés, ma pauvre enfant, bien que vous sachiez parfaitement de quoi je m\u2019apprête à vous parler.Dominique redressa la tête.Au fait, elle n\u2019était pas coupable.Elle allait savoir se défendre.\u2014\tTout d\u2019abord, dit Mme Chanclos, mon mari vous a-t-il dit ce que j\u2019allais faire à Dijon ?\u2014\tNon, madame, murmura Dominique.Il m\u2019a seulement dit qu\u2019un malade.\u2014\tCe malade, cet agonisant, c\u2019était mon premier mari.Il tenait, avant de mourir, à me voir, à me dire adieu, à me pardonner.Et aussi à me demander mon pardon pour n\u2019avoir pas voulu me garder près de lui.C\u2019était un homme d\u2019autrefois, très strict sur tout ce qui regarde l\u2019honneur.Nous avons eu des torts mutuels et nous nous en sommes fait l\u2019aveu.C\u2019est un chapitre de ma vie qui s\u2019est achevé.Maintenant, je vais pouvoir devenir la vraie femme de Raoul Chanclos, comprenez-vous ?Elle s\u2019exprimait en termes nets, d\u2019une voix précise, sans quitter du regard la jeune fille qui tremblait.\u2014 Oui, je sais que vous comprenez.Nous avons reçu, vous et moi, à bien des années de distance, la même éducation morale et religieuse.Comme j\u2019ai sur vous le triste privilège de l\u2019expérience, je vous dit : Dominique, rien de tout cela ne s\u2019oublie.Vous garderez le sceau de cette éducation.En dehors de ses lignes, vous serez malheureuse.Comme je l\u2019ai été moi-même, affreusement, depuis dix ans, alors que j\u2019étais une des femmes les plus enviées de tout Paris.Sa voix faiblit brusquement et elle sembla parler pour elle-même plus que pour Dominique.\u2014 Je n\u2019aimais pas mon mari J\u2019avais cédé à la pression de ma famille.Alors, quand j\u2019ai connu Raoul.Oh ! je ne voulais pas me l\u2019avouer, trop attachée à mes devoirs, des devoirs sans compensation sentimentale.J\u2019ai voulu tricher avec mon foyer, avec le monde, avec moi-même.Quand on triche, on gagne peut-être, mais on ne peut plus se respecter.Ce que j\u2019ai gagné, c\u2019est une vie à la façade brillante derrière laquelle il y avait beaucoup de remords et de larmes.J\u2019aimais Raoul de toutes mes forces et, malgré moi, je lui paraissais presque hostile.Mon vrai mari demeurait l\u2019autre, celui que que je n\u2019avais pas aimé.Raoul ignorait tout de cette complexité.Il n\u2019aurait pas compris mes douloureux scrupules.Pas plus qu\u2019il ne conçoit les vôtres, et votre fuite.C\u2019est un homme devant qui tout a toujours plié.Dieu lui-même n\u2019a pas le droit de se mettre en travers de son chemin.Dominique avait tressailli en s\u2019entendant directement mettre en cause.Elle n\u2019essaya pas de ruser avec cette femme qui ne la traitait pas en ennemie.\u2014 Vous savez donc, madame, pourquoi je suis partie ?\u2014 La femme de chambre m\u2019a, le plus naturellement du monde, mise au courant, à mon retour, de votre brusque départ.« Mademoiselle a laissé un mot que j\u2019ai remis à Monsieur.» C\u2019est tout.Comme vous n\u2019aviez pas l\u2019habitude, surtout dans une maison de vacances, de correspondre par écrit avec Raoul, j\u2019en ai conclu ce qu\u2019il y avait à conclure.Je ne me trompe pas?Vous êtes partie parce que vous avez eu peur ?Dominique baissa la tête.\u2014 Moi aussi, dès le premier jour, j\u2019avais eu très peur de vous.Vous êtes si jeune, si jolie ! Et puis je m\u2019étais rassurée.Vous n\u2019étiez pas une intrigante.Et, en effet, il n\u2019y a pas eu d\u2019intrigue.Seulement l\u2019amour, Dominique.\u2014\tIl m\u2019oubliera, dit la jeune fille dans un murmure.\u2014\tVoulez-vous dire que vous partez.réellement ?\u2014\tJe n\u2019avais l\u2019intention, en revenant ici, que de mettre mes dossiers en ordre.Ma décision a été prise, chez moi, en toute fermeté, avant même que je ne vous entende.Mais, madame, je veux que vous le sachiez, si je n\u2019avais pas été décidée, je le serais en cet instant, je vous promets.Hélène Chanclos se leva.Dominique lui vit soudainement un visage tout différent de celui qu\u2019elle connaissait.Les joues mates s\u2019étaient colorées, les yeux froids s\u2019animaient, les lèvres frémissaient.Une plainte rauque lui échappa : \u2014 Ah! que j\u2019ai souffert, Dominique! Déjà meurtrie et solitaire, gardant pour moi mes amertumes, j\u2019ai été jalouse de vous.Imaginez-vous le voyage que j\u2019ai fait, les mains crispées sur mon volant, courant vers celui qui allait mourir et à qui j\u2019avais donné la moitié de ma vie de femme, tandis que je laissais derrière moi celui qui avait tout mon amour, seul avec vous, votre jeunesse, votre beauté .Dominique, vous allez partir.Dites-le moi, promet-tez-le encore.Permettez-moi de goû- ter enfin le tardif bonheur qui m\u2019attend, s\u2019il vous oublie, s\u2019il est sensible à ma tendresse.Rien ne sera plus pareil, désormais.J\u2019irai vers lui de toute mon âme, de toute ma jeunesse retrouvée, de toute ma foi.\u2014 Je vous jure, madame, prononça Dominique lorsque son émotion lui permit de parler, que je m\u2019écarterai de sa route.Elle reprit son souffle avec peine et ajouta de façon à peine perceptible : \u2014 Pour toujours.Hélène Chanclos lui tendit les deux mains.Toutes deux se regardèrent avec - une loyauté et une confiance totales.\u2014 Qu\u2019allez-vous faire, Dominique ?\u2014 Dire à Luciani que je me retire pour des raisons de santé.Avec ma bronchite c\u2019est très vraisemblable.Prendre peut-être un emploi à mi-temps, jusqu\u2019aux vacances, et passer mon examen de doctorat.En juillet, je ferai une croisière avec mon oncle et ma tante.Ensuite j\u2019irai à la campagne, chez une amie.Et puis.Et puis, je ne sais pas.Voir plus loin m\u2019est impossible.Il ne faut pas trop m\u2019en demander.Je suis brisée.Excusez-moi.Voyez, je me croyais très forte et je ne suis.et je ne suis qu\u2019une petite fille.Elle défaillait.Hélène Chanclos la secourut, l\u2019étendit sur un divan.Elle lui caressa les cheveux avec douceur comme elle eut fait à l\u2019enfant qu\u2019elle J AMtX 9 Le Samedi, Montréal, 24 octobre 1959 n\u2019avait pas eu.Puis elle appela la femme de chambre : \u2014 Apportez-nous du thé, dit-elle.Voyez, mademoiselle Gervais s\u2019est évanouie dans la galerie tout à l\u2019heure.Heureusement que je passais par là.Je l\u2019ai amenée dans ma chambre pour qu\u2019elle s\u2019y repose un peu.Dites à Me Luciani qu\u2019il vienne.Pauvre enfant, elle s\u2019est surmenée.Elle va être obligée de se soigner sérieusement.Dès qu\u2019elle pourra tenir debout, je la reconduirai chez elle en voiture.Les apparences étaient sauves.Il n\u2019y aurait pas de scandale sentimental dans « l\u2019usine » de Raoul Chanclos.XVII L\u2019Espérance , majestueusement, quittait le port de Marseille.Tout le monde était sur le pont et l\u2019orchestre du bord jouait le Chant des Adieux.A terre comme sur son bateau, des mains, des mouchoirs, des foulards de couleur vive s\u2019agitaient.\u2014 Je descends dans ma cabine, prononça Mme Barry d\u2019une voix mal assurée.\u2014 Tu ne te sens pas bien, Simone ?interrogea son mari.Ah ! ah ! serait-ce déjà le mal de mer ?\u2014 Non.c\u2019est-à-dire.Un peu de nervosité, simplement.Tu sais, je n\u2019ai jamais fait de traversée jusqu\u2019à présent, excepté celle de Marseille au Château d\u2019If, ou de Paimpol à Bréhat.Je suis un peu émue, cela se comprend, c\u2019est nouveau pour moi.En tout cas, il faut bien que j\u2019aille défaire nos bagages.\u2014 Je t\u2019accompagne, dit Etienne.Tu pourrais tout de même ressentir les effets du mal de mer.Cela n\u2019a rien de déshonorant.Dominique leur adressa un sourire affectueux et demeura sur le pont.Elle avait déjà rangé ses affaires dans la cabine de seconde classe qu\u2019elle partageait avec une très grosse dame, dentiste à Périgueux, non loin de celle qu\u2019occupaient son oncle et sa tante.Elle ne redoutait point la Méditerranée car, en Bretagne, dans le petit bateau d\u2019Alain, elle avait souvent vogué sur des eaux autrement plus tumultueuses.Ici tout était calme et bleu, d\u2019un bleu intense où seul le sillage du paquebot creusait une mousseuse traînée blanche.L\u2019orchestre s\u2019était tu.Les passagers se dispersaient, car la silhouette de Marseille n\u2019était plus qu\u2019une ligne dans le lointain.Le bar faisait connaissance avec ses premiers clients.Dominique regardait cette terre de France qu\u2019elle quittait et où elle laissait tant de souvenirs vivants.Où était Raoul, en cette heure ?Elle évitait, dans les journaux, de lire les chroniques judiciaires qui, si souvent, citaient son nom.En juillet, il devait avoir l\u2019affaire Ludre, l\u2019instruction du crime du Perreux, le divorce Van Holden.La princesse de Rocco-Selva venait aussi de le choisir pour défenseur dans le procès qu\u2019elle intentait aux héritiers de feu son mari.Après son dramatique dialogue avec Hélène, la jeune fille avait scrupuleusement tenu sa promesse, prenant exemple sur la conduite de son oncle et de Laure Gillou.Elle avait seulement cédé à la tentation d\u2019écrire un petit mot d\u2019adieu à son patron.Personne ne pourrait lui en faire un reproche, car c\u2019était un adieu douloureux mais définitif.Ensuite, ayant soigné ses nerfs exténués, elle avait trouvé facilement un emploi chez un avoué le matin.Quand on sortait de chez Lanclos, on était accueillie partout.Le reste du temps, elle avait travaillé son droit et l\u2019examen avait couronné ses efforts.Peu après, sur la prière de son oncle, elle s\u2019était départie de sa sauvagerie, recommençant à voir des amis, à sortir.Chose bizarre elle ne voulait pas entendre parler d\u2019Alain.« Il ne pourra faire autrement que de me rabâcher son amour.Cela je ne puis le supporter.Je ne veux fréquenter que des camarades, des gens inoffensifs, au besoin un peu bêtes.J\u2019ai soif d\u2019un repos d\u2019esprit complet.» D\u2019ailleurs Alain se calfeutrait, sans aucun doute, absorbé par la préparation de son concours d\u2019internat.Et c\u2019était très bien ainsi.Ce qui lui plaisait peut-être le plus, dans cette croisière, c\u2019était de n\u2019avoir à côtoyer, durant trois semaines, que des silhouettes inconnues.Inconnues d\u2019elle, tout au moins, car, au cours de l\u2019embarquement, le docteur Barry avait déjà serré les mains d\u2019une bonne douzaine de confrères.\u2014 Temps splendide, dit une voix auprès d\u2019elle.Peut-être plus encore qu\u2019on ne le souhaiterait.Il ne fera pas frais, dans le Golfe de Tripoli, ni dans la Mer de Marmara, ni sur l\u2019Acropole dans quinze jours.Dominique connaissait cette voix, celle d\u2019un camarade d\u2019Alain.Elle tourna la tête.Seigneur ! C\u2019était à Alain lui-même que Jean Raunois s\u2019adressait ! En ce moment, il tournait le dos mais il eut été stupide d\u2019essayer de lui échapper dans les limites de cette petite ville flottante.D\u2019ailleurs Jean Raunois l\u2019avait vue.Ce fut au tour d\u2019Alain de se retourner et, après une brève illumination de tout le visage, de ne savoir quelle contenance prendre, Dominique adopta le parti de sourire et d\u2019aller vers lui.\u2014 Alain ! Vous faites partie de cette expédition ?\u2014 Comme vous le voyez.C\u2019est un cadeau que me fait mon père pour me récompenser d\u2019avoir passé le concours.\u2014 Oh! c\u2019est réussi?Je suis bien contente.Vous avez énormément travaillé.\u2014 Oui, je n\u2019avais rien de mieux à faire.Ils demeurèrent l\u2019un en face de l\u2019autre, embarrassés et ne sachant plus quoi se dire.Le camarade d\u2019Alain s\u2019éloigna.Dominique éprouvait un certain étonnement à n\u2019être pas tellement fâchée.« Au fond, pensa-t-elle, je l\u2019aime bien.J\u2019ai été injuste envers lui, et ingrate, et presque méchante.J\u2019ai des torts à racheter » \u2014 Que vous le vouliez ou non, reprit-il, nous allons passer trois semaines ensemble.C\u2019est-à-dire que.si cela vous semble exagérément insupportable, je pourrai rester dans un coin, ne jamais faire partie de votre groupe aux escales, vous laisser une paix royale.Dites-moi si vous l\u2019exigez.Elle s» mit à rire, non sans attendrissement.\u2014 Vous n\u2019avez pas changé, Alain.\u2014 Pas du tout changé, Domi.Je tiens à vous en prévenir précisément.\u2014 Eh bien, je me ferai une raison.Quant à ovus ordonner l\u2019exil, non Alain, je ne suis pas un monstre.J\u2019espère que nous nous verrons souvent, au contraire.Tout d\u2019un coup, elle eut un soupçon qu\u2019elle énonça en fronçant les sourcils.\u2014 Vous saviez que je prenais part à cette croisière ?\u2014 Non, non, Domi, ne croyez pas à un complot, ni à une préméditation.Mon père a reçu le prospectus, comme sans doute votre oncle lui-même, et il m\u2019a proposé ce voyage que j\u2019ai accepté avec enthousiasme.J\u2019avais un peu besoin de m\u2019aérer les idées.\u2014 Et voilà que vous tombez nez à nez avec cette mauvaise Domi que vous souhaitiez oublier.\u2014 Comme vous, je me ferai une raison.Ils allèrent s\u2019accouder au bastingage.La France n\u2019était plus visible nimbée d\u2019une masse de brume.Sans bien comprendre pourquoi, la jeune fille éprou- va le besoin d\u2019indiquer son changement de vie.\u2014 J\u2019ai quitté l\u2019avenue Kléber, dit-elle en gardant son regard fixé au loin.\u2014 Vous n\u2019y retournerez pas à la rentrée ?\u2014 Ni à la rentrée ni jamais.\u2014 Vraiment?dit seulement Alain sans la regarder non plus.Elle lui fut reconnaissante de ne pas épiloguer ni poser de questions.Qu\u2019avait-il compris ?Sans doute tout ce qu\u2019il y avait à comprendre puisqu\u2019il faisait preuve d\u2019une telle délicatesse.De longs instants s\u2019écoulèrent avant qu\u2019il ne lui prît le bras.\u2014 Que diriez-vous d\u2019une orangeade ?\u2014 Le plus grand bien.Ils allèrent s\u2019asseoir au bar.Ce fut là qu\u2019Eticnne les trouva au bout d\u2019une heure, bavardant comme les vieux amis qu\u2019ils étaient.\u2014 Alain ! Par exemple ! Quelle surprise ! Que faites-vous sur ce bateau ?\u2014 La même chose que vous, cher docteur, dit le jeune homme avec gaieté.Je finirai par être vexé que l\u2019on s\u2019étonne de me voir participer à une croisière médicale.Suis-je désormais votre confrère, oui ou non ?On pourrait plutôt s\u2019offusquer de la présence de Domi, cette demoiselle de la Basoche ! \u2014 Ma foi, je suis bien content de vous voir.Oh ! bien content ! \u2014 Comment va tante Simone ?interrogea Dominique \u2014 Je lui ai donné des cachets et elle pourra monter dîner.N\u2019ayez surtout pas l\u2019air de vous apercevoir qu\u2019el'e souffre du mal de mer car elle s\u2019en défend furieusement.Cette crois\u2019ère représente pour elle une joie immense.La pauvre, elle en rêvait depuis sa tendre enfance.Elle a fini par me l\u2019avouer après m\u2019avoir amèrement reproché cette « folie ».Toute la soirée, il y eut bal sur le pont des premières.On ne faisait guère de différence entre les classes, pour le plus grand plaisir des jeunes qui voyageaient presque tous, comme Alain et son camarade, en classe « touriste ».Danser sur le pont d\u2019un bateau, sous les étoiles ! Cela était si séduisant que Dominique fit comme les autres et, comme les autres, s\u2019en réjouit.Le lendemain matin, Alain se précipita vers elle comme elle débarquait dans le port de Gênes avec son oncle et sa tante.Ils firent tous les quatre la visite de la ville.Simone Barry était heureuse de ce dépaysement, et surtout de sentir ses pieds sur la terre ferme.Elle s\u2019appuyait tendrement au bras de son mari tandis que celui-ci l\u2019observait en souriant.\u2014 Dites donc, murmura Alain à l\u2019oreille de la jeune fille, ce sont deux tourtereaux que vous accompagnez.Ils ont l\u2019air de faire leur voyage de noces.Vous semblez être leur duègne.\u2014 Ils ont eu tant de tristesses dans leur vie ! soupira-t-elle C\u2019est le dernier feu de leur jeunesse avant une retraite qui sera mélancolique \u2014 Laissez-les roucouler en paix, dit-il en la retenant à quelques mètres derrière eux.On va les « semer », Domi.Hélas ! à peine l'Espérance avait-il quitté le port de Gênes pour piquer en pleine mer en direction de l\u2019Afrique que Simone dut, de nouveau, aller s\u2019étendre sur sa couchette, veillée par le plus attentif des infirmiers.Tard dans la soirée, entre deux danses, Dominique vit son oncle dans les environs du bar qui absorbait solitairement une tasse d\u2019infusion.\u2014 Toujours la même chose?ques-tionna-t-elle.Tante Simone n\u2019a pas besoin de moi ?\u2014 Elle va déjà mieux, dit-il.Je pense qu\u2019elle s\u2019habituera.Tout à l\u2019heure, entre deux nausées, elle riait comme une petite folle en me disant : « C\u2019est merveilleux ! Oh ! Etienne, je suis si contente ! » 33 XVIII jjElous nous trouvons, expliquait le AI guide, dans les ruines d\u2019une de ces «Villes d\u2019Or » qui, sur la côte d\u2019Afrique, prolongent le souvenir de la puissance romaine.Vcilà Sabratha dont les thermes, le forum et le théâtre sont parmi les mieux conservés de toute la Tripolitaine.Nous verrons ensuite le Musée qui.\u2014 Dominique, si nous plaquions la caravane ?glissa irrévérencieusement Alain dans l\u2019oreille de la jeune fille.Ce qui est magnifique, c\u2019est la vue d\u2019ensemble.Les laïus, nous les avons lus d\u2019avance.Allons plutôt nous baigner, nous avons le temps.Avec la chaleur et la poussière, ce ne serait pas du luxe.Elle prit la main qu\u2019il lui tendait et ils partirent tous les deux en courant vers la plage de sable, étroite et dorée qui s\u2019étendait au-delà des ruines.Un parcours de quatre-vingt kilomètres en auto-car, de Tripoli jusqu\u2019à l\u2019oasis de Sabratha, sous un soleil écrasant, leur avait donné, en effet, l\u2019envie irrésistible de se jeter à la mer.Tous deux, sous leur blouse et leur short, étaient en costume de bain.Ils nagèrent énergiquement, en direction du large.\u2014\tMaintenant retournez-vous, Dominique, et regardez! A-t-on besoin d\u2019un guide pour goûter ce*te splendeur ?C\u2019était un véritable ruissellement de lumière sur les colonnes d\u2019or qui bordaient le rivage.Rien que de l\u2019or et du bleu.La jeune fille en eut les larmes aux yeux.Elle se sentait tout d\u2019un coup étrangement jeune, étrangement avide de vivre, comme si une chape de plomb avait cessé de l\u2019écraser.Elle se laissa doucement porter par les vagues tièdes et molles.Que la vie était belle et bonne ?Que le vaste monde était magnifique ! Comment y avait-il des êtres qui désespéraient, qui mouraient de désespoir ! Ils vinrent se sécher sur le sable brûlant, étendus l\u2019un près de l\u2019autre.Les cheveux mouillés de Dominique se tordaient sur ses épaules brunes comme des bijoux barbares.\u2014 Les ruines ne sont des choses mortes, dit Alain, que si on les considère seulement avec des yeux de vieux savant, selon leur étiquette et leur date de naissance.Pour moi, les ruines de Sabratha seront à tout jamais vivantes, parce qu\u2019elles ont été le merveilleux décor d\u2019une journée que je n\u2019oublierai pas.Il sourit en déchiffrant sur le visage de Domi une muette supplication.Il ne fallait pas parler d\u2019amour.Non, pas encore.\u2014\tMettons que j\u2019aie pris en présence de ces ruines le meilleur bain de mon existence.Vous ne direz pas le contraire ?\u2014\tIl est certain que nous sommes loin de notre vieille petite plage familiale des Côtes-du-Nord.\u2014\tNous sommes loin de tout.Dominique, sauf de ce qui habite en nous.Oh ! mais les voilà qui repartent avec les voitures.Ils ont tous l\u2019air épuisé alors que nous sommes délicieusement rafraîchis par ce bain.\u2014\tDépêchons-nous de nous rhabiller.\u2014\tAu fait, pourquoi?Ce serait exquis de rester ici, seuls tous les deux.Nous irions camper dans les ruines du théâtre en nous nourrissant de pastèques et d\u2019inscriptions latines.\u2014 C\u2019est cela.Et en buvant les limonades tièdes que l\u2019on vend à la buvette entre deux colonnes corinthiennes.Je préfère les bons repas de l'Espérance, ses boissons glacées et ses couchettes dans des cabines climatisées.\u2014\tComme vous êtes terre à terre ! \u2014\tC\u2019est vrai que j\u2019a; beaucoup vieilli, depuis quelques mois.Mais je sens que je fais une cure de rajeunissement.Ils remirent leurs vêtements et coururent retrouver le gros de la troupe. 34 Le Samedi, Montréal, 24 octobre 1959 Etienne Barry éventait sa femme à l\u2019aide d\u2019un petit éventail de paille acheté à Tripoli dans les souks, tout en évoquant avec un de ses confrères, chirurgien, le souvenir d\u2019un magnifique ulcère de l\u2019estomac, le plus beau de leur carrière.\u2014 Comment as-tu trouvé le Musée ?demanda-t-il à sa nièce.Les mosaïques sont admirables, n\u2019est-ce pas ?\u2014 Admirables, petit oncle, admirables ! s\u2019écria-t-elle en riant aux éclats.D\u2019ailleurs, à mesure que l\u2019Espérance poursuivait sa route à travers la Mer Egée, elle était soulevée d\u2019un enthousiasme grandissant En Crête, elle éprouva comme un frisson sacré en posant pour la première fois le pied au sol de la Grèce.Dans les méandres du Labyrinthe, sous les cyprès, au sein d\u2019un paysage ponctué d\u2019oliviers qui embaumait la menthe sauvage.Alain osa lui murmurer qu\u2019elle était Ariane ressuscitée et que l\u2019amour, selon le symbole mythologique, était le fil mystérieux qui se joue de tous les obstacles.Elle l\u2019écouta sans protester, sans s\u2019attrister.Si loin de France, de Paris et de Fontainebleau, aucune parole d\u2019amour ne résonnait à la manière d\u2019un sacrilège.Il lui semblait que, d\u2019un proche passé, toutes les portes se fermaient silencieusement.Une chanson montait en elle suave comme un choeur de bergers antiques, qui était la tentation de la joie.Au hasard de la visite les médecins et leurs épouses se pressaient autour des guides.Elle était seule avec Alain.La vérité du paysage, sa signification vivante, c\u2019était eux qui la détenaient, jeunes et beaux comme les héros de l\u2019Odyssée.Jamais elle n\u2019avait remarqué jusqu\u2019à ce jour à quel point Alain était blond.Ses yeux bleus, dans sa peau bronzée, s\u2019ouvraient comme deux fenêtres de lumière.Le soir, à bord, ils ne dansèrent presque pas.Fuyant les flonflons de l\u2019orchestre et les rumeurs des conversations, ils s\u2019en allèrent à l\u2019avant du beau navire et, le visage offert au vent, harmonieuses figures de proue, s enivrèrent d\u2019air pur et d\u2019étoiles.Admirable, surtout, l\u2019île enchantée de Rhodes dont ils visitèrent sagement toute la cité médiévale envahie de buissons de roses.La « rose » de Rhodes, c\u2019est l\u2019hibiscus dont la fleur rouge éclate et s\u2019épanouit, les lauriers roses, les opulents rhododendrons lui font escorte et rendent semblable toute l\u2019île à un paradis terrestre.Après la visite en groupe, selon l\u2019habitude qu\u2019ils avaient désormais Dominique et Alain allèrent « se perdre dans la nature », c\u2019est-à-dire qu\u2019ils prirent un taxi qui les conduisit dans cette «Vallée des Papillons» où des centaines de milliers d\u2019insectes aux ailes diaprées butinent des centaines de milliers de fleurs odorantes, composant un spectacle digne des contes de fées.Et, négligeant le déjeuner, ils allèrent se baigner sur une rive écartée.Ils buvaient un verre de vin de Samos sous les arcades d\u2019un café situé juste devant le port lorsque Dominique regarda l\u2019heure et poussa un cri d\u2019alarme.La dernière vedette embarquait les derniers pasagers pour 'les reconduire à l\u2019Espérance.Alain n\u2019eut que le temps de payer et de la rejoindre en courant.\u2014 Cette fois, dit-elle, nous avons bien failli exaucer votre voeu de Sabratha et rester en détresse à Rhodes.Eh bien ! je me demande si vous n\u2019aviez pas raison.S\u2019exiler volontairement, tout oublier, et puis tout recommencer sous un autre climat.\u2014 A condition que vous soyez avec moi, je suis prêt à vivre n\u2019importe où, et même à la façon de ce vieux Robinson de notre enfance.Puis-je cesser de plaisanter, Domi ?Quand m\u2019y autoriserez-vous ?Elle s\u2019attendait depuis le départ de Marseille à une déclaration de ce genre.Depuis Sabratha, elle y songeait sans hostilité.Depuis la Crête, avec une certaine complaisance.Maintenant, elle gardait les yeux fixés sur le sillage de la vedette et se contentait d\u2019un sourire énigmatique.\u2014 Il y a du progrès, Alain.Voyez, je puis vous entendre.Vous répondre, c\u2019est plus difficile.Si vous aviez un peu de patience, vous me permettriez de respirer, de réfléchir.\u2014\tDomi ! Ai-je manqué de patience ?Je vous aime depuis si longtemps ! Je vous demande simplement quand j\u2019aurai le droit de vous le dire.Est-ce de l\u2019abus ?Est-ce de la brusquerie ?A ces trois mots: «je vous aime», elle avait ressenti cette douleur lancinante dont elle connaissait trop bien le nom.Pourtant la délicatesse d\u2019Alain la touchait, lui était douce.Elle soupira : \u2014\tNon, Alain, je n\u2019ai aucun reproche à vous adresser.J\u2019aurais mauvaise grâce à le faire.Mais vous avez compris, n\u2019est-ce pas ?Il faut respecter dans mon coeur un souvenir, une blessure qui se cicatrise peu à peu.Alain, je ne vous apporterais pas un coeur tout neuf.Il lui prit les deux mains et les serra de toutes ses forces.\u2014 Je vous aimerai comme vous désirez être aimée.J\u2019accepterai avec reconnaissance tout ce qui me viendra de vous.J\u2019ai confiance en vous, Domi.Je sais que vous êtes de ces êtres surnaturels qui passent à travers la flamme sans se brûler.Elle le remercia d\u2019un regard ému.Puis, arrivant au bateau, comme il gardait fixé sur elle un regard qui quêtait une promesse, elle se détentit par une plaisanterie : \u2014 L\u2019affaire est à l\u2019instruction, dit-elle avec un rire léger.L\u2019intéressée prend bonne note de tous les rapports favorables et rendra sa réponse.voyons.sur l\u2019Acropole.\u2014 Quel langage ! C\u2019est bien celui d\u2019un clerc d\u2019avoué, mais ayant quarante ans de présence dans l\u2019étude et méritant la médaille des vieux serviteurs.Et bien, j\u2019attends votre « estimée » pour donner suite au projet.Mais je ne dormirai plus une minute jusqu\u2019à Athènes.\u2014 Moi non plus, de toute façon, car la sympathique dame dentiste qui partage ma cabine a l\u2019inconvénient de ronfler comme un grenadier de l\u2019Empire.Quand elle descendit dans cette cabine afin de s\u2019habiller pour le soir, elle y trouva plusieurs petits « souvenirs » achetés par son oncle : une grosse éponge de Candie et d\u2019originales faïences de Rhodes.Mais il y avait aussi un grand pot d\u2019hibiscus qu\u2019Alnin avait acheté clandestinement chez un fleuriste de l\u2019île et fait apporter au bateau.Trois fleurs rouges étaient écloses, ces fleurs qui s\u2019épanouissent à l\u2019aube et meurent au soleil couchant.Dominique songea à Raoul, à l\u2019amour qu\u2019elle lui avait voué et qu\u2019elle avait cru éternel.Tel l\u2019hibiscus, n\u2019était-il né que pour un jour ?.XIX Une fois de plus, tout le monde était sur le pont, car l\u2019Espérance, ayant visité plusieurs îles grecques et traversé la Mer de Marmara, approchait de Constantinople, aujourd\u2019hui nommé Istamboul.Déjà, sous la lumière encore brumeuse du matin, on apercevait les coupoles des mosquées avec leurs minarets élancés.Un passager qui connaissait la « Ville des Villes » désignait le bras tendu \u2022 \u2014 Sainte-Sophie, la Mosquée de Soliman, celle du Sultan Ahmed qu\u2019on appelle la Mosquée Bleue.Le paquebot avançait avec une lenteur impressionnante pour qu\u2019on ne perdît rien de cette vision de rêve.Epaule contre épaule, Dominique et Alain regardaient de toute leur âme \u2014 Chérie, imagine-t-on de plus beau décor pour un amour ?Il prononçait encore « un amour » au lieu de « notre amour » et sur un ton de supplication comme s\u2019il adjurait la jeune fille de ne pas le détromper, mais Domi n\u2019en était plus là.Le matin même, en toute sérénité d\u2019esprit, elle s\u2019était surprise à sourire devant son miroir en essayant une coiffure qui, sans doute, plairait à Alain.Une phrase entendue dans un groupe l\u2019avait pénétrée de fierté : « Le plus beau garçon du bord, c\u2019est sûrement Alain de Ker-gilles, mais il est furieusement en mains.Il n\u2019a d\u2019yeux que pour sa belle brune ».Elle se répétait sans cesse : « Il est à moi, il n\u2019aime que moi.Rien ne nous sépare.J\u2019ai pleinement le droit de l\u2019aimer, d\u2019être sa femme.Dieu ! qu\u2019une telle évidence peut être reposante !.» \u2014 Voici le port de Galata, poursuivait le passager, et les quartiers modernes de Péra.Et voici la Corne d\u2019Or avec, là-bas, le cimetière d\u2019Eyoub où se trouve la tombe d\u2019Aziyade, où Pierre Loti, en cachette, amenait ses Désenchantées, voilées des pieds à la tête, où il fumait son narghilé dans un tout petit café turc qui ne doit point avoir changé.L\u2019âme de Loti est toujours là, bien que les hommes aient l\u2019interdiction de porter le fez que les femmes s\u2019habillent en tailleurs de confection.L\u2019Espérance, avant de faire escale à Istanbul, s\u2019engagea dans le Bosphore et y croisa jusqu\u2019à la mer Noire.Là, il reviendrait sur ses pas et aborderait enfin au port de Galata.Sur la rive d\u2019Europe, les plages bordées de villas se succédaient parmi une végétation souriante.A tribord, sur la rive d\u2019Asie, le paysage était plus aride, plus sauvage.\u2014 A quoi pensez-vous?dit Alain.\u2014 A rien.Je contemple.Que peut-on faire d\u2019autre ?En réalité, pendant un instant, elle avait imaginé la silhouette de Raoul à la place de celle du jeune homme.Cette pensée ne lui avait apporté qu\u2019un bref frisson et elle l\u2019avait tout de suite rejetée.Il fallait qu\u2019elle s\u2019obstinât à gravir cette route montante de renaissance où Alain la soutenait de toute la force de son amour.Elle venait de cadenasser l\u2019une des dernières portes du passé.La Dominique de l\u2019hiver et du printemps s\u2019effaçait devant la passagère du beau voyage.Ils passèrent trois journées entières à Istanbul, parcoururent musées et mosquées, flânèrent dans le Grand Bazar, burent du café turc dans l\u2019ombre des minarets, parmi des envols de pigeons et, du haut du cimetière d\u2019Eyoub, virent le soleil se coucher au-dessus de la Corne d\u2019Or, puis la lune, croissant d\u2019argent, se lever au-dessus des coupoles.Cependant Etienne Barry effectuait de son côté les mêmes promenades avec sa femme, toujours suspendue à son bras et rajeunie de dix ans lorsqu\u2019elle était à terre.Chaque soir, Dominique trouvait sa cabine encombrée d\u2019une touchante pacotille, cigarettes orientales qu\u2019elle ne pouvait souffrir, boîtes de rahat-loukoum, et menus bijoux de filigrane.Et enfin l\u2019Espérance aborda au Pirée d\u2019où une route de seize kilomètres conduit à Athènes qui domine l\u2019Acropole.C\u2019était là le rendez-vous prestigieux que Dominique avait fixé à son destin.Pour atteindre la colline sacrée, elle ne se trouvait pas dans la même voiture qu\u2019Alain.Elle bénit ce hasard qui lui laissait le temps d\u2019un dernier recueillement.De loin, elle vit la silhouette de la plus célèbre ruine du monde et ressentit un choc profond.Ainsi donc, c\u2019était ce haut lieu dont rêvèrent et rêveront toujours les artistes et les savants de tous les temps,et simplement ceux qui ont le culte de la beauté.Elle allait gravir, elle, Dominique Gervais, ces hautes marches de marbre blanc usées par les pas de tant de pèlerins passionnés.Et, sous les colonnes vieilles de vingt-cinq siècles, elle allait engager sa vie.Quelque regret s\u2019attardait-il encore en elle ?Elle s\u2019interrogea sincèrement et ne trouva que de très lointaines images.Les contours en étaient précis, mais elles se situaient en-dehors de ce temps, comme dans un rêve qu\u2019elle aurait fait bien des nuits auparavant et auquel on ne pouvait prêter plus de gravité que n\u2019en méritent les rêves.Si magnifique, si lumineuse, si inespérée que fût l\u2019heure présente, c\u2019étai elle qui était la réalité.Une exaltation merveilleuse la transportait.Comment hésiter désormais ?Comment ne pas reconnaître là un signe mystérieux et fatal ?Ce n\u2019était point un destin médiocre que celui qui s\u2019inscrivait entre les lignes pures de ces colonnes.Elle avait hâte d\u2019être au sommet et de s\u2019avancer vers Alain comme une fiancée des premiers âges de l\u2019Histoire.Elle le vit, très grand et vêtu de blanc, sur les marches des Propylées.Elle vit ses yeux clairs chargés d\u2019angoisse et son jeune visage caressé par la lumière d\u2019un matin d\u2019or.On eut dit qu\u2019il l\u2019attendait là depuis la naissance du monde.Elle lui tendit ses deux mains.Il l\u2019entraîna sans rien dire, fuyant les guides et la foule, jusqu\u2019au sommet de la colline, à l\u2019ombre auguste du Par-thénon.Là, il s\u2019écarta d\u2019elle et dit seulement : \u2014\tDomi.Elle parcourut lentement les deux pas qui les séparaient.\u2014\tAlain, dit-elle, je suis à vous.Je serai votre femme.Je ne pourrais plus me passer de vous.J\u2019ai le droit de vous aimer.Je vous aime.Quelques minutes plus tard, les passagers de l\u2019Espérance au grand complet, suivant le guide comme des moutons, ses médecins, ses chirurgiens, ses dentistes, ses pharmaciens, ses professeur de biologie, ses grands patrons et le moindre de ses étudiants, pouvaient voir, au pied d\u2019une colonne dorique, « la petite Barry », comme on l\u2019appelait sur le bateau, ne connaissant que le nom de son oncle, tendrement enlacée par le plus beau garçon de la croisière, un jeune Breton nommé Alain de Kergilles, nouvellement promu interne des hôpitaux, qui l\u2019embrassait éperdument et sans songer le moins du monde à Périclès ni à Phidias.\u2014\tQuelle mauvaise tenue ! dit une personne d\u2019âge mûr.S\u2019embrasser dans un pareil cadre ! Il faut n\u2019avoir aucun sentiment artistique.Ce n\u2019est pas la peine de venir aussi loin pour s\u2019embrasser.Ils seraient aussi bien dans le métro.\u2014\tJe n\u2019ai aucun souvenir, dit son mari, de vous avoir jamais embrassée dans le métro, ma chère amie.Ceux qui les entouraient éclatèrent de rire, à l\u2019exception de tante Simone qui était extrêmement vexée, mais que son mari rassura d\u2019un sourire rayonnant.Ah ! ce n\u2019était certes pas lui que ce spectacle pouvait choquer ! Il le trouvait, tout au contraire, fort adapté au paysage.Pouvait-on avoir sous les yeux une plus radieuse image de la jeunesse et de l\u2019amour ?Les deux jeunes gens, enfin sortis de leur extase, se sentirent un peu gênés d\u2019être la cible de tant de regards.Etienne avait entraîné sa femme du côté de l\u2019Erechthéion.\u2014 Il faut absolument que je parle à mon oncle, dit Dominique.Sans quoi ma réputation sur le bateau et dans le milieu médical est ruinée, aussi ruinée Le Samedi, Montréal, 24 octobre 1959 35 que le plus endommagé des temples grecs.Le lendemain soir, après le départ, on but le champagne.Le commandant était de la fête.Soudain il désigna dans la nuit claire un rocher lointain aride, sûrement le plus inhospitalier de l\u2019archipel.\u2014 Regardez cette île, mademoiselle, c\u2019est Cythère ! Les poètes et les peintres en ont fait l\u2019île des amoureux.Elle est pourtant bien décevante, comme souvent l\u2019amour.Pas le vôtre, bien entendu.Ne sachant plus comment manifester sa joie de vivre, Alain venait d\u2019inviter à danser celle qui serait, en somme, sa belle-mère, la tante Simone.Celle-ci accepta, rougissante comme une jeune fille.« J\u2019étais une bonne valseuse autrefois », dit-elle fièrement.Etienne Barry saisit la main de Dominique et l\u2019attira à l\u2019écart.Ils contemplèrent ensemble la tache noire de Cythère au loin des flots argentés.\u2014 Petite fille, es-tu heureuse?de-manda-t-il.\u2014 Je suis heureuse, mon petit oncle.A toi, je ne mentirais pas.\u2014 Merci, mon petit, merci.Rien ne peut être meilleur à mon coeur, au propre comme au figuré.Maintenant, comme je ne peux pas, moi non plus, te faire de mensonges, je dois t\u2019avouer une petite ruse.Peut-être l\u2019as-tu soupçonnée ?Elle le regarda du coin de 1 oeil et en riant.\u2014 Tu étais d\u2019accord avec Alain?.C\u2019est un complot entre vous?.Il m\u2019a affirmé le contraire.\u2014 Avec lui, non.Avec son père.C\u2019est moi qui ai transmis au docteur de Kergilles le prospectus de la croisière.Il avait reçu les confidences de son fils et souffrait de le voir malheureux.Nous avons échangé toute une correspondance où il était question de toi.J\u2019ai eu assez de mal, Domi, à mettre tout cela sur pied.Cela m\u2019a donné bien du travail et causé bien des soucis.Alors, je voudrais être certain.Elle sauta à son cou et l\u2019embrassa si fort qu\u2019elle risqua de lui casser ses lunettes.\u2014 Sois certain, petit oncle, sois certain ! Tu vois, je te pardonne même tes cachotteries.Mais que ce soit la dernière fois ! C\u2019est aujourd\u2019hui que la vie commence.Ou, plutôt, c\u2019était hier, sous les colonnes du Parthénon.XX Raoul Chanclos tenait des deux mains étalée sur son bureau, la lettre qu\u2019il venait de recevoir de Dominique et qui lui annonçait ses fiançailles.Il l\u2019avait déjà lue dix fois et la connaissait par coeur.Pourtant il continuait à suivre les courbes harmonieuses de l\u2019écriture comme s\u2019il y retrouverait les traits du charmant visage qu\u2019il avait aimé.Absorbé dans sa contemplation, il n\u2019entendit pas entrer sa femme.Hélène s\u2019avança jusqu\u2019à lui.Enfin il leva la tête \u2014 Hélène, vous étiez là.Elle lui laissa le temps de replier la lettre, puis elle passa derrière lui et se pencha au-dessus de son épaule.\u2014 Oui, reconnut-il d\u2019une voix sourde, c\u2019est une lettre de Dominique.Elle m\u2019annonce qu\u2019elle se marie.Oh ! vous pouvez lire vous-même.\u2014 Je n\u2019y songe pas.Qui épouse-t-elle ?\u2014 Un interne des hôpitaux, Alain de Kergilles.Il doit être très jeune.Elle a raison, Hélène.Rien n\u2019est plus beau que la jeunesse.Son oncle et sa tante se retirent à la campagne.Elle gardera l\u2019appartement quelque temps avec son mari.Ensuite ils se fixeront dans une ville de Bretagne, sans doute à Rennes où le beau-père achètera une clientèle pour son fils.Elle s\u2019inscrira au barreau local et espère y faire une carrière grâce aux excellents enseignements qu\u2019elle a reçu du maître prestigieux que je suis.Vous voyez que tout est gentil, très normal.Je souhaite qu\u2019elle soit heureuse.\u2014 Je le souhaite aussi, elle le mérite.Hélène Chanclos lissa du bout des doigts les cheveux grisonnants du grand maître.\u2014 Raoul, connaissez-vous le poème d\u2019Oscar Wilde: «La douleur est une blessure qui saigne lorsque toute autre main que celle de l\u2019amour la touche.» Vous avez été blessé, vous venez de l\u2019être encore.Alors, laissez-moi vous soigner.Il prit la main fine aux ongles laqués, la caressa et la baisa.\u2014 Hélène, je sais maintenant Je sais aussi que vous êtes bonne et généreuse.Tant de choses ont changé entre nous, depuis ces jours de la Pentecôte ! J\u2019ai compris que, près de moi, vous aviez vécu un drame.Le ciel s\u2019est éclairci, depuis.J\u2019ai appris à être moins égoïste.Nous avons cessé de vivre comme deux étrangers sous le même toit.Mais, ce matin, cette lettre.Me pardonnerez-vous, Hélène, si je laisse voir que cela me fait un peu mal ?\u2014\tJe n\u2019ai plus rien à vous pardonner, Raoul.Je ne puis vous tenir pour coupable si vous souffrez.Mon rôle consiste à apaiser votre souffrance et, peu à peu, si je le puis, à vous la faire oublier.\u2014 Hélène, vous êtes une femme exquise, infinement digne d\u2019être aimée.\u2014\tJe suis «votre» femme désormais.Ne n\u2019ouoliez pas, mon chéri.Savez-vous que je vais devenir très exigeante ?Ainsi je ne veux plus d\u2019une vie tout extérieure, ni de sorties chaque soir, ni d\u2019amis plus ou moins authentiques plein la maison, ni de soi-disant vacances dans des palaces qui ne sont que la continuation de notre existence parisienne.Votre situation est solidement établie, votre notoriété ne court aucun risque et vous plus besoin de publicité mondaine.Nous allons vivre un peu pour nous.Nous nous connaîtrons mieux, Raoul, nous nous aimerons davantage.Ce soir, j\u2019avais des invités pour le dîner.Je les décommande.Nous dînerons seuls, vous et moi, dans un petit restaurant de quartier.Il faudra reviser nos projets de vacances.Ce que je voudrais, dès demain si vous le pouvez, c\u2019est partir pour un coin tranquille où personne ne vous connaîtrait.Un peu plus tard.Ah ! tenez, j\u2019ai reçu le dépliant d\u2019une croisière en Méditerranée qui se déroule du 15 août aux premiers jours de septembre.Il reste en première classe quelques cabines disponibles.Le bateau s\u2019appelle l\u2019Espérance.Le nom me plaît.La sonnerie du téléphone retentit.\u2014 Je vous laisse travailler, dit-elle.Que dites-vous de mon idée de croisière ?\u2014 Retenez tout de suite les places Mais, avant qu\u2019elle ne s\u2019éloignât, il lui prit la main qu\u2019il baisa timidement.\u2014 J\u2019ai besoin de vous, Hélènt, dit-il d\u2019une voix émue.Elle sortit en souriant, mais ses yeux se voilaient de larmes.Larmes pleurant le temps perdu, la première jeunesse envolée, larmes déplorant les fautes passées et se souvenant d\u2019années cruelles.Larmes de grand espoir aussi, et de confiance farouche.Raoul la regarda partir, puis il prit la lettre de Dominique et l\u2019enfouit dans le tiroir où dormaient déjà quelques souvenirs de son enfance, une photographie de ses parents, ses citations de guerre et le premier article de journal où on avait cité son nom.Il y avait deux autres billets de Dominique, celui qu\u2019elle lui avait fait remettre à Fontainebleau et le mot par lequel elle lui disait adieu.Ces trois feuilles de papier, c\u2019était tout ce qui lui restait d'elle.Il referma à clé le tiroir et soupira.Alors seulement il décrocha le téléphone.Sa voix avait repris ses intonations énergiques.Il était prêt à toutes les luttes.Philippe Mouret De-ci, de-là, \u2022\tLes propriétaires d\u2019immeubles ont la réputation de ne pas aimer les enfants, à cause des dégâts qu\u2019ils peuvent causer.Mais Torn Hipper, propriétaire d\u2019immeubles millionnaire de Chicago, adore littéralement les enfants ; il accorde 8% de réduction de loyer aux parents de 3 enfants, 10% à ceux qui en ont 5 et 15% pour 7 enfants.Et il gâte les enfants autant qu\u2019il le peut.\u2022\tDeux cambrioleurs avaient pénétré de nuit dans un magasin de New-York.Au rayon des jouets mécaniques, ils montèrent un train électrique.que le personnel trouva toujours en circulation le lendemain matin.Aucun vol n\u2019avait été commis.\u2022\tUne jeune épouse d'Oakland avait déclaré la grève totale des travaux du ménage parce que son mari refusait de lui remettre le moindre argent de poche.Le juge: «5 dollars par semaine au minimum, pour les distractions méritées de votre femme.ou le divorce, Monsieur.Et Monsieur opta pour l\u2019argent de poche.\u2022\tUne firme anglaise de produits de beauté a ouvert à Londres, Manchester, Birmingham, Liverpool et d\u2019autres villes des salons de beauté pour les « teenagers ».Les jeunes clientes s\u2019y sentent parfaitement à l\u2019aise car elles sont servies par des coiffeuses et des esthéticiennes de leur âge.On appelle ces charmantes boutiques beauty bar, bar-de-beauté.Tout les conseils y sont gratuits et chaque jour, des dizaines de jeunes filles âgées de 13 à 18 ans s\u2019y font expliquer les secrets et la technique du maquillage, et notamment le maquillage savant autour des yeux ; tous les teenagers qui ont des taches de rousseur et des « points » (noirs, bruns, rouges) veulent les faire enlever et très souvent, les jeunes conseillères leur déconseillent de le faire.\u2022\tPeu après que la famille anglaise eut emménagé dans un pavillon neuf d\u2019une cité municipale, à Wednesfield, Staffordshire, les plafonds et les murs se fissèrent, les papiers se déchirèrent sur les murs, les portes ne se fermèrent plus, la maison, construite sur du terrain mouvant, s\u2019enfonçait.La famille Plant dut émigrer à nouveau et, selon Mme Plant, c\u2019est «parce qu\u2019ils étaient arrivés un vendredi 13 et que la mai-sont portait le numéro 13 » \u2022\tDeux jeunes anglaises, Berry Sim-monds et Jean Van Dyke, 23 et 24 ans, sont allées en « auto-stop » de Londres aux Indes pour y étudier les religions orientales.\u2022\tLes laiteries anglaises qui fournissent des millions de bouteilles de lait aux écoles ont dû engager des spécialistes pour enlever des bouteilles vides, les pailles d\u2019aspiration et mille autres objets que les enfants y introduisaient.\u2022\tAu lieu de chewing-gum (gomme à mâcher) la jolie blonde Jill Wales, dactylo de 19 ans de Folkestone, mâche de la chaux ; c\u2019est merveilleux pour les dents, selon elle.\u2022\tLe Roi de Suède a refusé à la Princesse Brigitte, soeur cadette de la Princesse Margaretha, dont on se rappelle l\u2019idylle avec un pianiste anglais, l\u2019autorisation de se rendre dans Tile d\u2019Oakland, pour y explorer la Grotte de la Vierge Bleue en compagnie du moniteur de culture physique Johan-ssen (28 ans), qui est l\u2019idole de la jeunesse sportive suédoise.Interdiction qui a alimenté de nouveau les rumeurs d\u2019une idylle entre la princesse et le champion de gymnastique et de hockey sur glace.\u2022\tIl ressort d\u2019une statistique du Syndicat des Hôteliers allemands qu\u2019envi-ron 35% des hommes et 22% des femmes adultes se sont rendus seuls en voyage de vacances.De ces isolés, la moitié était mariés, mais trouvaient plus reposant de se séparer pendant le congé annuel et de confier les enfants à des pensions ou camps pour enfants.Le fait le plus étonnant, c\u2019est que 18% des époux ont.permis à leur femme de se rendre en vacances et sont restés chez eux, pour « surveiller la maison ou les enfants ».\u2022\tDe nouveaux séchoirs électriques pour les cheveux sont utilisés à Paris : ils sont ultra-rapides et sèchent les cheveux en 10 minutes.Un système de ventilation spécial permet de sécher par en dessous les mèches de la nuque très rapidement.\u2022\tUne certaine Madame Clément met en marche un appareil enregistreur dès que son mari commence une dispute.« Ecoute pendant deux minutes », lui dit-elle, « et tu verras que tu m\u2019as raconté tout cela la dernière fois ».\u2022\tLes casseroles et les poêles incolores sont hors de mode aux Etats-Unis : 95% de ces articles sont désormais offertes dans toutes les couleurs, mais les tons pastels ont la préférence des ménagères. 36 Le Samedi, Montréal, 24 octobre 1959 Cnigme criminelle Le secret de la mine par Dans certains pays étrangers, il y a des grottes ou des cavernes mystérieuses.Des légendes y sont attachées.On y voit, ou on croit y voir, des êtres fantastiques.On entend des bruits étranges.Certaines d\u2019entre elles ont été, dans le passé, le refuge de contrebandiers ou de bandits célèbres.Vision d'horreur Quand les gens trouvèrent la victime, elle était inconsciente.Il s\u2019agissait de Madame Régina Morel-Loranger.Son mari, Joseph Victor Loranger, était alors absent.Mais leurs sept enfants : Aline, Pauline, Françoise, Réal, Huguette, Monique et Jacqueline, éplorés, se pressaient les uns contre les autres, cherchant ainsi à repousser l\u2019horreur du spectacle.Le plus jeune avait un an à peine.Le plus vieux, douze.Madame Morel-Loranger gisait sur le parquet de sa chambre à coucher.Les plaies et des contusions lui déformaient toute la tête.Son sang avait coulé en abondance.Il s\u2019échappait encore de maintes plaies.Déjà fixés sur l\u2019éternité, scs yeux vitreux ne communiquaient plus de message.Elle respirait encore toutefois.Des voisins et des parents se chargèrent des petits.La victime fut transportée à l\u2019Hôpital Notre-Dame, à Montréal.C\u2019est là qu\u2019elle expira, le 22 octobre 1951.Elle n\u2019avait pas recouvré sa connaissance un seul instant.Elle n\u2019avait donc pu fournir la moindre indication sur le draine horrible qui lui coûtait la vie.Il s\u2019agissait d\u2019un crime, c\u2019était évident.Jamais cette femme n\u2019aurait pu s\u2019infliger de telles blessures.Il avait fallu une force considérable pour porter de tels coups.Et d\u2019ailleurs l\u2019instrument fatal n\u2019était pas dans la chambre macabre, ni ailleurs dans la maison.Le ou les meurtriers l\u2019avaient fait disparaître.Le théâtre de la tragédie C\u2019est le 13 septembre 1951 qu\u2019on trouva ainsi Madame Morel-Loranger mortellement blessée.Mariée depuis plusieurs années, elle habitait dans une maison de ferme, près d\u2019Acton Vale, avec ses enfants et son mari, au moment de la tragédie.Joseph Victor Loranger avait alors 37 ans, sa femme également.Non loin de la maison de ferme tragique, il y avait une vieille mine de cuivre, qu\u2019on n\u2019exploite plus depuis plusieurs années.Alors que la mine était en opération, on avait percé, profondément sous terre, de nombreuses et longues galeries.Depuis que la mine est abandonnée, l\u2019eau a envahi les galeries de plus en plus.Aujourd\u2019hui elles sont pratiquement toutes submergées.Disparition compromettante Victor Looranger n\u2019était pas chez lui, quand on y trouva sa femme blessée à mort.On ne le vit pas de la journée.Il n\u2019était pas là quand des gens charitables se partagèrent les sept petits.Il n\u2019était pas là quand sa femme fut déposée dans la voiture d\u2019ambulance, qui la transporta à l\u2019IIôpital Notre-Dame.Il en fut de même les jours suivants.Comme question de fait, Victor Loranger n\u2019a pas été revu depuis la veille de la tragédie.Sa disparition concentra donc autour de lui principalement les activités de la police.Des centaines de personnes furent questionnées à Acton Vale même et dans les environs.On chercha partout, dans la province.Des détectives furent même dépêchés aux Etats-Unis.Jusqu\u2019à date les résultats sont négatifs.Les recherches Dès le mois de septembre 1951, le Coroner a émis un mandat de recherches contre Loranger, à titre de témoin essentiel pour l\u2019enquête.Le 24 octobre 1951, Monsieur Hilaire Beauregard, Directeur-adjoint à la Sûreté provinciale, lançait une circulaire à travers le pays et les Etats-Unis.Le portrait de Victor Loranger apparaissait sur la circulaire.Elle indiquait de plus sa date de naissance : 7 avril 1914 ; sa taille : cinq pieds et sept pouces ; son poids : 165 livres.Le disparu est de forte corpulence.Il a les cheveux blonds et les yeux bleus.L'homme de Springfield, Mass .Outre les services de police, canadiens et étrangers, les journaux reproduisirent circulaire et photographie.Comme il arrive infailliblement en pareil cas, plusieurs personnes informèrent la Sûreté provinciale qu\u2019elles avaient vu le disparu.Aucune indication ne fut dédaignée.Aucune piste qui n\u2019ait été fouillée à fond.Chaque fois cependant les détectives lancés à la poursuite du fugitif revinrent bredouille.Au printemps de 1952, le détective Gaston Archambault, spécialement chargé de relancer Victor Loranger, accomplissait le voyage de Springfield, Mass., dans les Etats-Unis.Grâce aux photographies publiées dans les journaux, on avait cru reconnaître Loranger dans la personne d\u2019un individu suspect.La taille et la description générale concordaient.C\u2019était un Canadien-français entré illégalement aux Etats-Unis.Cette circonstance permit aux Autorités américaines de le détenir en attendant l\u2019arrivée du limier québécois.Mieux informé, le détective Archambault réalisa bientôt qu\u2019il ne s\u2019agissait pas de son homme.Une fois de plus, on avait espéré en vain mettre la main au collet de Joseph Victor Loranger.Un parent Victor Loranger est né à Acton Vale.Il y a pratiquement toujours vécu.C\u2019est dire qu\u2019il y était fort bien connu.Il y comptait des amis et des parents.Nombre d\u2019entre eux y sont encore.Un proche parent du fugitif \u2014 nous préférons taire son nom, car ce serait attirer inutilement sur lui une publicité qu\u2019il ne cherche pas \u2014 déclarait, vers la fin de l\u2019année 1952, que Joseph Victor vivait encore.Et ce n\u2019était pas une simple opinion.Ce proche parent affirma avoir vu Victor à plusieurs reprises depuis le 13 septembre 1951.Il faut pourtant ajouter que ces dernières informations manquaient de précisions.D\u2019après ce parent, Joseph Victor se trouve encore dans les Cantons de l\u2019Est.II ne reste pas longtemps au même endroit cependant.Afin de dépister ses poursuivants, il change continuellement de cachette.Faut-il attacher beaucoup d\u2019importance à ces dires ?Chaque détail connu a été soigneusement vérifié.Toujours sans résultat.Est-ce habileté de la part du fugitif ?N\u2019y aurait-il pas plutôt exagération dans les révélations du proche parent ?Disons, à l\u2019honneur de notre Police provinciale, qu\u2019elle est trop bien organisée et dirigée pour qu\u2019un Victor Loranger ait pu séjourner dans la province de Québec pendant des années sans tomber dans ses filets.La mine a-t-elle un secret.?Des personnes dignes de foi, demeurant à Acton Vale ou dans les environs, offrent une toute autre explication à la mystérieuse absence de Victor Loranger.D\u2019après elles, le suspect serait mort.Il se serait jeté dans un puits de la mine de cuivre abandonnée et son cadavre serait couvert par des tonnes d\u2019eau.Cette opinion est basée sur des déclarations même de Loranger.A différentes reprises, il aurait avoué à des voisins et à des amis qu\u2019il était résolu à se suicider.Quand on le questionnait à ce sujet, il indiquait la mine comme son futur tombeau.Quand les détectives enquêteurs connurent ce détail, ils tentèrent d\u2019explorer la fameuse mine.Mais il y avait tellement d\u2019eau que toute recherche s\u2019avéra impossible.Pour lui arracher son secret, il faudrait la vider complètement.Est-ce possible ?Le fera-t-on ?On n\u2019a pas encore répondu à ces questions.Dans notre opinion cependant, il est probable qu\u2019on ne tente jamais d\u2019assécher la mine.Cette opération coûterait tellement cher qu\u2019elle s\u2019avère prohibitive.En effet, quelques années avant la tragédie, une puissante compagnie minière a voulu examiner la mine.Cette compagnie était disposée à en faire l\u2019acquisition, si elle y découvrait des possibilités intéressantes.Pour s\u2019en faire une idée, la compagnie entreprit de pomper l\u2019eau des puits et des galeries souterraines.L\u2019opération dura deux années.Elle coûta une fortune.Si la mine d\u2019Acton Vale est devenue le tombeau de Joseph Victor Loranger, nous sommes convaincus qu\u2019elle gardera son cadavre pendant de longues années encore. 37 Chaleureux accueil! Comme vos invités seront contents si vous leur offrez ce fameux Scotch Whisky\u2014\u2018Black & White\u2019! Le secret de son goût exquis réside dans le mélange! Des spécialistes choisissent et mélangent les meilleurs Scotch Whiskys pour oflrir le 'Black & White\u2019.Distillation, mélange et embouteillage faits en Ecosse.En bouteilles de différentes grosseurs.Le secret réside dans le mélange Fournisseurs attitrés\tJames Buchanan & Co.ltd.de Sa Majesté\tDistillateurs de Scotch Whisky BLACK& WHITE SCOTCH WHISKY \"BUCHANAN'S\u201d B-9QMf Le Samedi, Montréal, 24 octobre 1959 [ Suite de la page 25 ] telle réponse.L\u2019accent est mis sur la somme de savoir emmagasiné plutôt que sur la faculté d\u2019élucider un problème.La jeune Russe dont j\u2019ai parlé plus haut fut complètement désorientée la première fois qu\u2019on lui demanda d\u2019écrire ce qu\u2019elle pensait d\u2019un livre qu\u2019elle avait lu.Jamais auparavant on ne lui avait fait faire autre chose que de résumer avec obéissance ce qu\u2019on lui avait enseigné.Les filles et les garçons russes en savent peut-être donc plus que les jeunes Américains de leur âge, mais ils sont probablement en retard par rapport à eux au point de vue ingéniosité, imagination et esprit de ressource pour affronter des situations inhabituelles.Nous pourrions nous inspirer un peu de l\u2019esprit méthodique des Russes, mais eux, en retour, feraient bien de prendre une bonne dose de notre talent d\u2019improvisation.L\u2019esprit des \" Jeunes Pionniers \" a changé La jeunesse soviétique ne reçoit des établissements scolaires qu\u2019une partie de son éducation.Le reste lui vient d\u2019une organisation nommée les Jeunes Pionniers.L\u2019art sous diverses formes, la culture physique, des jeux et autres activités, avec beaucoup de flonflons nationalistes, de patriotisme et d\u2019endoctrinement communiste sont dispensés dans ce groupement administré par des professionnels subventionnés et des volontaires.C\u2019est chez les Jeunes Pionniers que les adolescents peuvent apprendre à conduire, à jouer d\u2019un instrument de musique, à chanter dans une chorale, à jouer aux échecs, à fabriquer des modèles réduits d\u2019avion, à faire de la danse classique, à jouer la comédie et fonder des clubs « d\u2019amitié internationale » \u2014 dont l\u2019activité consiste surtout à correspondre avec des enfants des pays satellites et de la Chine Les Jeunes Pionniers disposent de moyens impressionnants.L\u2019une des sections que nous avons vue à Moscou était installée dans une somptueuse demeure édifiée pour sa maîtresse par le propriétaire du champ de courses de Moscou d\u2019avant la révolution.La plus grande des Maisons de Pionniers, à Léningrad, est un ancien palais royal fait de plusieurs corps de bâtiment totalisant trois cents pièces.On y trouve les jouets les plus compliqués, des laboratoires scientifiques, des ateliers de charpente et de mécanique, ainsi que des ateliers où nous avons vu des volontaires adultes fabriquer des costumes et des masques compliqués pour des représentations enfantines Il serait très facile à une organisation comme les Jeunes Pionniers de tourner au fanatisme comme le mouvement « la force par la joie» qu\u2019Adcl-phe Hitler répandit parmi les jeunes Allemands.En fait, c\u2019était bien le propos initial des Jeunes Pionniers Bien des Russes d\u2019un certain âge se rappellent encore les jours ardents et sauvages où les Jeunes Pionniers parcouraient le pays détruisant les images religieuses et s\u2019efforçant d\u2019enseigner aux vieux paysans illettrés à s\u2019émanciper en leur apprenant à lire et à écrire.Par contraste, les Pionniers d\u2019aujourd\u2019hui sont très rangés.Comme le disait une Russe : \u2014 « Nous avons coutume de dire que si une mouche entrait dans une Maison de Pionniers, elle mourrait d\u2019ennui.» Si l\u2019association des Jeunes Pionniers a eu une origine révolutionnaire, il n\u2019en reste plus rien aujourd\u2019hui, du moins dans les Maisons qu\u2019il nous fut donné de visiter, où l\u2019atmosphère était paisible pour :ne pas dire bourgeoise.Le directeur d\u2019une Maison du Pionnier de Moscou, par exemple, nous montra une liste de conférences qui avaient été faites aux parents.Elles portaient des titres familiers pour nous : « Comment élever un enfant sain », « L\u2019amitié et la camaraderie», «Former la volonté et la force de caractère », « Comment aider ses enfants dans leurs études » et « La grippe et les moyens de la combattre ».\" Paix et amitié \" Nous avons eu un exemple de la propagande des Jeunes Pionniers en des circonstances assez particulières, au lycée No 330 de Moscou, où l\u2019une de nos visites coïncida avec le jour de la Victoire.A cette occasion, que les Russes fêtent gaiement comme étant leur Jour de la Victoire dans la « Grande Guerre Patriotique », les Jeunes Pionniers avaient organisé une réunion à l\u2019heure du déjeuner.L\u2019orateur était un dignitaire communiste du voisinage.Il s\u2019exprimait avec ardeur, ponctuant son flot d\u2019éloquence d\u2019une foule de gestes.Il débitait manifestement tous les poncifs sur la bravoure qu\u2019avait déployée pendant la guerre la Russie Communiste en dépit de la supériorité écrasante de l\u2019ennemi.Il faisait de son mieux pour enflammer son auditoire.Les Jeunes Pionniers réagirent comme tous les enfants du monde obligés de subir un discours verbeux.Ils s\u2019ennuyaient à mourir.Ils commencèrent à s\u2019agiter, puis à chuchoter.Le principal, M.Mostovoi, assis à côté de l\u2019orateur, se souleva et leur fit les gros yeux.Au bout d\u2019un moment, ils recommencèrent de plus belle.Le principal se redressa de nouveau.Le discours s\u2019acheva enfin.Les enfants applaudirent, sans chaleur Puis se déroula un interlude préparé par le principal et que mon compagnon, M.Havemann et moi nous n\u2019oublierons pas de sitôt.M.Mostovoi nous présenta à l\u2019auditoire.Pendant qu\u2019il parlait, deux ravissantes petites filles surgirent du fond de la salle avec une gerbe de lilas chacune.Elles nous les offrirent en souriant timidement et épinglèrent sur notre revers un insigne «Paix et Amitié».Les Jeunes Pionniers applaudirent avec beaucoup plus de chaleur et de sincérité pour nous, Américains, que pour leur orateur.Nous avons été très touchés A ce moment-là, nous considérions d\u2019un oeil très optimiste l\u2019avenir du monde.Les intellectuels sont mieux payés L\u2019Université de Moscou, logée presque entièrement dans un gratte-ciel sur une colline dominant la ville, est une véritable ruche.Elle compte vingt-quatre mille étudiants, dont six mille habitent dans le gratte-ciel, chacun dans une espèce de cellule qui a à peu près les dimensions d\u2019un compartiment Pullman.Le bâtiment est plein de salles de récréation, de bibliothèques, de restaurants et de cafétérias, sans compter des cuisines où les étudiants peuvent préparer leur repas.Nous nous sommes trouvés un jour à l\u2019université vers cinq heures et demie du soir.Toutes les salles de bibliothèque étaient bondées d\u2019étudiants absorbés par leur travail.La plupart des salles étaient mal éclairées (nous avons remarqué partout que les Russes sont très économes en matière d\u2019électricité).Mais les étudiants se penchaient sur leurs livres sans se plaindre.Un grand nombre d\u2019entre eux étaient Chinois.Les cafétérias servaient les premiers dîneurs, et il était curieux de voir, dans ce pays collectivisé, le nombre imposant d\u2019étudiants qui mangeaient en solitaires.Quelques-uns lisaient, mais la plupart avaient le regard perdu dans le vague.A quoi pensaient-ils ?nous sommes-nous demandé.Qu\u2019adviendra- t-il de l\u2019Union Soviétique si un certain nombre de Russes commencent à s\u2019isoler dans un coin pour réfléchir par eux-mêmes ?La plupart des étudiants russes travaillent très dur.Une des raisons en est que dans l\u2019état communiste, bien qu\u2019en principe dictature de travail-leunrs, ce sont les intellectuels qui gagnent le plus d\u2019argent et jouissent le plus de prestige.En Amérique où les Communistes se plaisent à dire que les ouvriers sont tellement brimés, bien des plombiers et des représentants de commerce gagnent plus que des professeurs de faculté.En Union Soviétique, les profesesurs de faculté touchent un salaire qui n\u2019est surpassé que par celui des chefs politiques et militaires et des artistes, et qui atteint un chiffre bien supérieur à celui qu\u2019obtient quiconque travaille de ses mains.C\u2019est un fructueux honneur, chez les Russes, que d\u2019étudier à l\u2019université et de faire une carrière dans les sciences ou l\u2019enseignement, et aucun étudiant ne veut manquer cette chance.Pas de psychanalistes en U.R.S.S.Si amoureux de l\u2019étude que soient les Russes, on peut se demander quel est le degré de science de l\u2019étudiant qui décroche son diplôme.Les Russes ont acquis une maîtrise indéniable dans l\u2019art des ingénieurs et des sciences physiques, mais sur des sujets comme la littérature, la sociologie et l\u2019économie politique qui ne sont enseignés qu\u2019à travers un crible de dogme communiste, ils peuvent difficilement être objectifs.Et dans un certain domaine, où je fus témoin de recherches appro- fondies, celui de la psycho-physiologie, ils avaient un net parti de pris.La science de la psychologie telle que la conçoit l\u2019Occident n\u2019existe pas en Union Soviétique.Comme je l\u2019ai dit dans mon précédent article, les recherches entreprises au cours des deux dernières décades ont été influencées par les théories de Pavlov, qui pratique la fameuse expérience démontrant le conditionnement des réflexes.Etranges applications du Pavlovisme Les savants russes à qui j\u2019ai parlé estimaient, ou avaient reçu l\u2019ordre de croire, que les mystères de la personnalité ou de l\u2019esprit humain peuvent tous s\u2019expliquer comme étant une série de réflexes conditionnés.Un de ces chercheurs me décrivit avec enthousiasme une expérience de conditionnement où il était parvenu à provoquer le réflexe de salivation chez des enfants à l\u2019énoncé du nombre dix en leur mettant des cerises dans la bouche chaque fois qu\u2019ils entendaient ce chiffre.Puis il leur faisait faire une addition du type « Combien fait quatre plus six ?».Dès que les enfants formulaient la réponse dix, ils commençaient à saliver.Il estimait que c\u2019était la plus grande découverte de sa vie.Elle lui paraissait prouver que toute pensée abstraite est un réflexe conditionné.Un autre chercheur me montra une série d\u2019encéphalogrammes de bébés de trois mois.Les graphiques, dit-il, démontraient que le tracé changeait chaque fois qu\u2019un nouveau réflexe conditionné était mis en place.Sa découverte était importune en ce quelle 38 Le Samedi, Montréal, 24 octobre 1959 iLWR-MltlËl [C'AWA\u2019glilNiNËl ROYAL 22e REGIMENT LA CITADELLE Le soldat qui monte la garde à la Citadelle est en quelque sorte le symbole de la tâche que l\u2019Armée doit accomplir aujourd'hui.Il poursuit, en effet, l\u2019œuvre de ses ancêtres en protégeant nos nobles traditions, en sauvegardant nos libertés.Le Royal 22e Régiment occupe une place d'honneur dans l\u2019Armée: c\u2019est un des six régiments d\u2019élite dont l\u2019Infanterie s\u2019enorgueillit à juste litre.Ceux qui en font partie ont été choisis avec soin; leur formation ne laisse rien à désirer et on prend toutes les mesures nécessaires pour les maintenir bien en forme.Ils sont toujours prêts à répondre à l\u2019appel.Il est donc naturel que leur belle allure martiale suscite I admiration de tous ceux qui ont l'occasion de les voir monter la garde aux portes de la Citadelle.Avez-vous déjà songé à la possibilité de vous mériter, vous aussi, le respect des vôtres en entrant dans l'Armée ?Consultez un recruteur de l\u2019Armée, qui se fera un plaisir de vous renseigner sur les nombreux avantages d\u2019une carrière militaire.F59-12 SE prouvait que déjà à trois mois les bébés avaient un cerveau fonctionnant parfaitement.Je fus tenté de lui rappeler que des bébés de six semaines apprenaient à imiter le sourire qu\u2019ils voyaient sur le visage d\u2019autres gens \u2014 ce qu\u2019ils auraient difficilement pu faire sans utiliser leur cerveau \u2014 mais je craignais qu\u2019il n\u2019ajoutât pas foi à une constatation clinique aussi évidente.Un autre chercheur encore me montra avec orgueil une collection d\u2019oscil-lographies produites par les vibrations de voix d\u2019enfants qu\u2019il avait enregistrées.Il avait fait l\u2019expérience avec des enfants d\u2019un an, deux ans et trois ans et était ravi de me présenter noir sur blanc les différences des tracés.Ce qu\u2019il avait prouvé avec toutes ces belles expériences, pour autant que i\u2019aie pu en juger, c\u2019est que les enfants de trois ans parlaient plus nettement que ceux d\u2019un an.Il n\u2019y a pas de psychanalystes en Union Soviétique.La théorie freudienne est considérée comme incompatible avec la doctrine communiste et ne doit même pas être mentionnée.(Encore qu\u2019un jeune et brillant médecin, avec qui nous avons pu parler en privé pendant quelques minutes, ait exprimé une profonde admiration secrète pour Freud).Les psychiatres russes utilisent très peu la psychothérapie.Les pensionnaires des hospices d\u2019aliénés sont traités à l\u2019hydrothérapie \u2014 bains et eaux minérales \u2014 par des vitamines, de l\u2019exercice physique, quelouefois de l\u2019insuline et ce que les Russes appellent « le reconditionnement des reflexes » ; si cela ne dome pas de résultat, les malades sont placés dans le service des incurables.Typologie contre psychologie Les Russes n\u2019aiment d\u2019ailleurs pas reconnaître que leurs compatriotes peuvent devenir fous.J\u2019ai eu grand mal à faire admettre aux gens qu\u2019il existait des hôpitaux psychiatriques en Union Soviétique, et plus de mal encore à m\u2019en faire montrer un.En toute probabilité, il y a un grand nombre de gens en Union Soviétique qui continuent à mener une vie à peu près normale, alors qu\u2019en Amérique ils auraient été internés depuis longtemps.Comme bien des Russes, surtout dans les villages, travaillent pendant de longues heures à des tâches très simples souvent dans l\u2019isolement, quelqu\u2019un à l\u2019esprit dérangé peut très bien continuer à vivre parmi les autres, comme cela se produisait chez nous en des temps plus primitifs et moins surpeuplés.Nous avons largement développé la science des tests psychologiques.En plus des tests d\u2019intelligence, nous avons de nombreux moyens d\u2019évaluer les aptitudes sur le plan mécanique et occupationnel.Un psychologue bien entraîné en orientation professionnelle définit avec une précision assez remarquable quelles chances de succès peut avoir un jeune en choisissant telle ou telle occupation.Nous utilisons ;es méthodes non seulement lans la vie civile, mais aussi dans la vie militaire pour sélectionner qui sera canonnier, pilote d\u2019avion ou opérateur radio.Les Russes mettent surtout l\u2019accent sur la typologie, tombée maintenant en discrédit chez les Occidentaux.Pres- NE LAISSEZ PAS VOS.[ Suite de la page 11 ] courante des jeux d\u2019artijices.Ait-cun engin ne pourra être lancé sans permission spéciale et inspection préalable sous peine d\u2019une grosse amende et d'un emprisonnement de trois mot .Expériences à déconseiller L Iowa ce faisant a été le premier à répondre à l\u2019appel lancé en l\u2019absence d\u2019une action fédérale à tous les Etats de l\u2019Union par un organisme aussi sérieux et compétent gue L\u2019Association Nationale pour la Protection contre les Incendies qui a longuement discuté de la question au cours de ses dernières réunions.Les experts de l\u2019association ont conclu que la fabrication et le lancement de tels engins ne devaient pas être encouragés.Même si leurs jeunes constructeurs étaient enca- drés par leurs professeurs.Comme c\u2019est par exemple le cas des inventeurs du Mousenik construit par la Société des Fusées de Austin, c\u2019est-à-dire par un groupe de jeunes filles, élèves de l\u2019Ecole Supérieure catholique de cette ville du Minnesota sous la direction de leur professeur de chimie et de physique, Soeur Dune Scotus.En effet, estime L\u2019Association Nationale contre l\u2019Incendie, plus les connaissances des jeunes constructeurs augmentent, plus les engins qu\u2019ils fabriquent deviennent dangereux.D\u2019autant plus que la plupart d\u2019entre eux sont propulsés par des substances faciles à se procurer comme par exemple par un mélange de poussière de zinc et de souffre, hautement inflammable et d\u2019un maniement extrêmement délicat.Pamela Marsh.que tous les psycho-physiologues auxquels j\u2019ai parlé semblaient fermement convaincus que les êtres humains pouvaient être classés presque dès la naissance en types distincts \u2014 sanguin, mélancolique, flegmatique.Un savant m\u2019a dit qu\u2019il pouvait faire cette différenciation à l\u2019aide d\u2019encéphalogrammes, un autre qu\u2019il mesurait le temps nécessaire aux réflexes conditionnées pour se déclencher.Les savants russes m\u2019ont paru étudier la nature humaine sous un angle très mécanisateur.Ils semblent constamment vouloir prouver que les individus ne sont guère différents de machines perfectionnées \u2014 dont on peut prévoir et contrôler les réactions une fois qu\u2019on en a discerné le mécanisme.Les miracles de la rééducation Les Russes se préoccupent également de la récupération des citoyens handicapés, et leurs réalisations dans ce domaine sont impressionnantes, comme j\u2019en fis la constatation en visitant l\u2019Institut de Rééducation.J\u2019y ai vu une fillette de douze ans, nommée Julia, qui est une version russe d\u2019Hélène Keller.Elle était devenue sourde, muette et aveugle à l\u2019âge de deux ans à la suite d\u2019une méningite, mais on lui avait appris à lire et à écrire et elle faisait preuve d\u2019un talent de sculpteur.Il y a vingt-six autres Julia en Union Soviétique, qui reçoivent toutes une éducation coûteuse.L\u2019une d\u2019elle, une femme d\u2019une quarantaine d\u2019années, a été rééduquée au point qu\u2019elle arrive maintenant à faire d\u2019importants travaux scientifiques et à écrire de la poésie.Les savants nazis exterminaient les gens en cet état, considérés comme des parasites.Les savants Russes font de leur mieux pour les transformer en êtres utiles.L\u2019existence en Russie de gens comme Julia est le témoignage d\u2019une situation dont nous devons prendre conscience.Par tous les moyens, les Russes s\u2019efforcent avec un zèle presque fanatique de tirer le maximum de leurs ressources humaines.Presque personne n\u2019est trop handicapé pour être d\u2019une utilité quelconque à l\u2019état.Plus un Russe possède de dons et d\u2019intelligence, plus il reçoit d\u2019encouragement à développer ses qualités, étant entendu, évidemment, qu\u2019il le fasse selon les normes communistes.Si nous nous endormons et fuyons l\u2019étude .En Amérique, je le crains, l\u2019intelligence et la curiosité d\u2019esprit sont devenues des qualités quelque peu négligées.Trop d\u2019enfants grandissent avec le mépris de l\u2019instruction, parce qu on leur a inculqué l\u2019idée qu\u2019une bonne présentation et une réputation de bon golfeur permettent de vendre plus de polices d\u2019assurances que la connaissance du calcul infinitésimal.Dans trop d\u2019écoles, le garçon ou la fille avides de s\u2019instruire sont baptisés « \u2019e chouchou du prof » quand ils ne sont pas traités de bûcheurs abrutis, tandis que la popularité va aux athlètes et aux bons danseurs.Dans les universités on recherche plus souvent les meilleurs joueurs de football que les étudiants les plus brillants.J\u2019ai connu bon nombre de jeunes qui avaient abandonné leurs études simplement parce qu\u2019ils avaient la paresse de continuer \u2014 et parce qu\u2019ils estimaient pouvoir gagner tout autant en aidant papa à faire marcher son agence automobile.J\u2019ai vu une quantité d\u2019étudiants chercher les emplois les plus faciles à remplir, ceux qui demandaient le moins d\u2019effort physique et mental.Ces derniers temps en Amérique, j\u2019ai vu bien peu de jeunes gens \u2014 pour ne pas dire aucun \u2014 qui aient l\u2019ambition et l\u2019enthousiasme du jeune homme dont j\u2019ai parlé au début de cet article.Il passerait pour « un type imbuvable » auprès d\u2019une trop grande majorité de jeunes de chez nous.Dans cette ère de satellites et de révoltes coloniales, alors que des hommes tentent d\u2019aller dans la lune et que d.\u2019autres moins fortunés réclament pour leurs nations sous-développées la même portion des biens de ce monde que celle dont jouissent des pays fortunés comme le nôtre, nous, aux Etats-Unis, nous aurons besoin de toutes nos ressources humaines si nous voulons conserver notre rôle de chef de file.Si nous nous laissons endormir dans les délices de Capoue, si nous nous refusons à réfléchir, si nous fuyons l\u2019étude et recherchons les emplois faciles, si nous méprisons les jeunes gens comme notre guide de l\u2019école technique russe, alors les Russes nous arracheront à coup sûr la prééminence mondiale.Et ce sera notre faute, car nous aurons eu suffisamment d\u2019avertissements. Le Samedi, Montréal, 24 octobre 1959 39 LES DESAGREABLES.\t[ Suile de la page 9] dedans, il bavardait avec Balke qui lui racontait ses joies au Purgatoire.\u2014 Oh alors! vous sommes tranquilles.La colère de Cokeley Dans le caisson spatial Ralph Cokeley supporta toutes les tortures, les chaleurs extrêmes qui le faisaient transpirer à groses gouttes sous son vêtement pressurisé, la sursaturation d'oxyde de carbone qui lui donnait l\u2019impression d\u2019être ivre, les pressions intimes qui resserraient l\u2019étau de la combinaison antivide.Pour corser le menu, on lui offrit même à trois reprises une décompression explosive simulant un accident dans l\u2019espace.La première fois, il tenait un verre d\u2019eau à la main : le liquide éclata comme s\u2019il avait été porté brusquement à l'cbullition.Le septième jour, vers le soir, Cokeley prit une violente crise de colère.Il faillit bien tout abandonner, lança tons les mots orduriers qu\u2019il connaissait.Le colonel Stcinkamp assistait à la scène sur son écran de télévision.Il lança au bout d\u2019un moment dans le micro: \u2014 Alors.Monsieur Cokeley.quelque chose ne va pas ?Voulez-vous sortir ?Sortir de là !.Cokeley en avait une envie folle, mais ii savait bien que s\u2019il sortait de là, il était perdu pour l\u2019espace.Il répondit très calmement : \u2014 Ça va très bien, colonel.Ce petit moment de colère va passer.Vous voyez, c\u2019est déjà passé.C\u2019était pour me détendre un peu les nerfs.\u2014 O.K.le vous laisse.N\u2019oubliez pas que vous avez des romans policiers dans le petit placard à votre gauche.\u2014 Merci, colonel ! Cokeley ne sortit que le dixième jour à 14 heures de sa prison d\u2019acier.Il avait gagné.Les psychiatres s\u2019emparèrent de lui.Une fois de plus, il fut déclaré « bon pour l\u2019espace ».Le calorimètre humain Mais avant de quitter la base de Randolph, il dut passer au « calorimètre humain».Toujours équipé comme un Martien, il s\u2019installa sons une voûte métallique encombrée de tubes infrarouges.à l'intérieur d\u2019un habitacle.D\u2019autres docteurs mesurèrent Veffet des hautes températures sur son organisme.On l\u2019habitua encore à résister aux crampes.On le dirigea ensuite sur la Base de Wright, autre centre où VU.S.Air-Force étudie les possibilités de l\u2019homme en fonction des voyages interplanétaires de l\u2019avenir.Là.il retrouva Bill Becker.On leur laissa la paix quelque temps.Ralph en profita pour fêter dignement son trente-troisième anniversaire, sans doute un des derniers qu\u2019il passerait sur la terre.Des leçons quotidiennes de culture physique les maintenaient dans une forme parfaite.Elles avaient lieu tous les matins de S à 9 heures.Le soir, des conférences faites par des spécialistes les renseignaient sur toutes les choses de l'espace, les résultats recueillis par les satellites, les projets des ingénieurs pour aller sur la Lune, Vénus ou Mars.Le Dyna-Soar Puis mi jour, on leur présenta des maquettes.Il y avait là les Discover», la «capsule spatiale» logée dans le nez de la fusée Atlas, un satellite de 9 tonnes et divers engins tous plus étonnants les uns que les autres.Mais Cokeley se passionna surtout pour un appareil étrange, ressemblant à la flèche que lance les écoliers facétieux lorsque le professeur a le dos tourné.\u2014 Qui fabrique ça ?demanda-t-il.\u2014 La compagnie Boeing.\u2014 Destination ?\u2014 La banlieue terrestre.Avec son nez triangulaire et ses fusées multiples, cet engin doit être satellisé autour de la terre à 20.000 milles à l\u2019heure, mais il sera capable de revenir par ses propres moyens.\u2014 Son nom?\u2014 Le «Dyna-Soar», du grec Dyna (force) et de la racine anglo-saxonne Soar (essor).\u2014 Je me vois très bien là-dedans.\u2014 L\u2019équipage prévu est de deux hommes.\u2014 E/i bien, c\u2019est parfait.Bill Becker viendra avec moi.Voilà comment Bill Becker et Ralph Cokeley firent leur début dans l'espace.En 1901, ils piloteront pour la première fois leur « Dyna Soar » qui tout en étant un satellite habité, est considéré par l\u2019Amérique comme le bombardier de l\u2019avenir.Cokeley depuis se passionne pour tout ce qui touche à l\u2019Astronautique.Il a commencé par revoir d\u2019un peu plus près les exploits des premiers satellites.\u2014 «Pour mémoire », a-t-il fait.Cependant, le premier «homme de l\u2019espace » soviétique s\u2019entraîne aussi.Il se nomme Ivan Igorski.Pour fortifier ses poumons, on lui apprend à rester sous Veau sans masque pendant plusieurs minutes.Selon le professeur Blagonzavov, il « été également instruit sur la façon de ramener au sol une fusée interplanétaire.CES SEPT SURHOMMES .\tv^9\\ tallé l\u2019homme qui les habitera pour son vol spatial.Il sera allongé et attaché à une sorte île matelas solidement accroché à la paroi de la capsule.Celle-ci, en forme de champignon, sera double pour protéger son habitant contre le froid ou la chaleur, et très résistante pour ne pas être crevé par le bombardement des météorites qu\u2019elle rencontrera pendant son voyage.La première capsule sera lancée par une fusée Redstone pour un « vol d\u2019essai » qui emmènera son voyageur faire un court ricochet dans l\u2019espace entre Cap Carnaveral et les îles de l\u2019Ascension, dans l\u2019Atlantique-Sud.Une autre la suivra peut-être si le premier lancement n\u2019est pas concluant.Après cela, si tout va bien, ce sera le grand départ au bout d\u2019une fusée intercontinentale Atlas (celle qui va armer les bases américaines).Cependant avant d\u2019en arriver là, vingt-six lancements à vide de la capsule ont été prévus.Les premiers commenceront à la fin de l\u2019année.Puis des singes, des porcs et peut-être même des ours seront lancés dans l\u2019espace et ramenés à la terre.Fin 1960, ou début 1961, une série de huit essais avec une fusée Redstone est prévue.Pour la première fois la capsule aura un passager humain, mais il ne s\u2019agira que d\u2019un vol de 120 milles environ à 3,500 milles à l\u2019heure à travers l\u2019atmosphère destiné à habituer l\u2019astronaute à son nouveau véhicule et à observer comment il a réagi à l\u2019accélération cl à la décélération subites.Faites sauter le bouchon d\u2019une bouteille de Du Barry, le nouveau vin rosé mousseux de Bright, et voyez ccs bulles qui jaillissent joyeusement.Puis savourez ce délicat et pétillant vin canadien.Léger et moelleux, c\u2019est un vin gai dont le goût délicieux vous enchantera.11 sera le couronnement de vos dîners, l\u2019esprit pétillant des réunions d\u2019amis.Essayez bientôt cet exquis vin rosé mousseux que vous paierez moins cher qu\u2019on pourrait le croire ! UN VIN QUI Du Harry //h ¦ //ut/ CHANTE! 6mzé ovrtd cxmacfc&rzJ DEPUIS J 874 VOUS PARAITREZ MIEUX! Vous vous sentirez MIEUX! Toutes les femmes doivent être belles, en santé et vigoureuses.Les Pilules MYRRIAM DUBREUIL améliorent l'état général, vous aidant ainsi à paraître MIEUX et à vous sentir MIEUX.Les Pilules Myrriam Dubreuil sont un reconstituant et un excellent tonique qui améliore le sang, stimule l\u2019appétit, soulage l\u2019épuisement nerveux quand celui-ci s\u2019insinue dans l\u2019organisme et, conséquemment, aide à reprendre le poids perdu.Les Pilules Myrriam Dubreuil constituent un produit d\u2019heureux résultats.Sa formule pharmaceutique a été établie, il y a de nombreuses années, après des recherches sérieuses, par des chimistes qualifiés.Expédiées franco par malle, sur réception du\tPOUR LE CANADA prix de $2.la boîte ou 3 boîtes pour $5.plus\tSEUL E MENT taxe de vente applicable dans votre localité.MYRRIAM DUBREUIL CASE POSTALE 1391 PLACE D\u2019ARMES, MONTREAL 40 Le Samedi, Montréal, 24 octobre 1951) AUX ÉTATS-UNIS ZJteJ fiefauüer LE CRIME XI \u2014 Région de Saint-Louis ou le jeu considéré comme une grosse industrie .II.n\u2019y a vraiment pas de meilleure expression pour dépeindre e crime dans la région de Saint-Louis : une grosse industrie ! Cette région englobe dV'lleurs non seulement la grande cité de Saint-Louis (Missouri) mais les counties limitrophes de l\u2019Illinois.L\u2019essentiel de cette florissante industrie est évidemment le jeu.Mais non plus cette innocente « nécessité biologique.qui donne une substance à nos rêves éve'llés », selon la définition donnée devant le Comité par l\u2019impudent bookmaker James Joseph Carroll, auquel cette prétendue nécessité biologique rapportait plusieurs millions de dollars par an.Car en vingt ans, il y a eu dans la région soixante-quatre meurtres restés impunis que l\u2019on peut attribuer sans crainte de se 'romper aux gangs de Saint-Louis.Il y en a eu vingt-cinq depuis 1940 et, d\u2019après l\u2019identité des victimes, il est facile de constater que ces meurtres on représenté la mise en oeuvre d\u2019un plan d\u2019élimination systématique destiné à rassembler dans les mêmes mains la totalité de l\u2019industrie du jeu.Or, durant cette période il existait à Saint-Louis cinq gangs prinr\u2019paux : le gang Hogan les Egan Rats, le gang Cuckoo, les Green Dagoes, composé surtout de Siciliens, enfin un gang d\u2019Américains d\u2019origine italienne.Les Cuckoos, d\u2019origine syrienne, s\u2019allièrent aux Italiens durant la guerre d\u2019élimination contre les Green Dagoes.Un rameau dissident des Siciliens était le gang à.l\u2019oreiller, ainsi nommé parce que son chef, Carmelo Fresina, reçut un jour une balle dans les fesses et prit l\u2019habitude par la suite de transporter partout avec lui un coussin.Fresina ne tarda d\u2019ailleurs pas à être expédié r.d patres par deux ba1 es dans la tête, ce qui du même coup rendit l\u2019usage du coussin inutile.Dans l\u2019Illinois du Centre et du Sud opéraient deux gangs principaux : le Shelton gang et le Birger gang.Un des lieutenants du Shelton fut le fameux gangster Framv Wortman, dit Buster, dont le Comité examina en détail les activités.Le Comité trouva à Saint-Louis, deux officiers de la force pubhque qui filent beaucoup pour refréner les activités criminelles.Le premier étai\u2018 le colonel Holzhausen, président du comité de la police de Saint-Louis, dont l\u2019intransigeance causa tant d\u2019ennuis à Binaggio, comme nous l\u2019avons vu au chapitre précédent.Le second était J.E.Taylor, dit Buck, attorney général du Missouri, qui lutta durement contre la Pioneer News, distributeur à Saint-Louis de Continental Press.Pour avoir une idée de l\u2019ampleur des opérations de bookmaking voyons la déposition faite par J.J.Carroll, déjà nommé.C\u2019était un homme de seixante-quatre ans.Depuis l\u2019âge de douze ans, il jouait aux courses.Son o'ganisa-tion de book, la « Carroll-Mooney », possédait à Saint-Louis (Missouri) et à East Saint-Louis (Illinois) de vastes salles de dépêches.En fait, n.t-il, la société n aurait pas dû porter son nom car elle était dirigée exclusivement par ses associés John Mooney et Michael Grady.Il finit par reconnaître que le chiffre de paris qui lui passaient entre les mains dépassait 20 millions de dollars par an.Ces paris étaient surtout composés des mises laissées par les books professionnels qui ne voulaient pas risquer des pertes trop extravagantes.Les bénéfices se montaient à environ 750,000 dollars dont 110,000 allaient à Carroll.En dépit de l\u2019énormité de ce revenu, Carroll trouva le moyen de discuter avec le sénateur Wiley et avec moi, lorsque nous déclarâmes que par conséquent, il avait un « intérêi » dans l\u2019affaire.« Le not est impropre, sénateur », s\u2019écria Carroll, « à mon avis.ce a\u2019est pas un intérêt.» Wiley.\u2014 Que faites-vous pour le gagner ?Carroll.\u2014 Oh, eh bien, je donne des conseils, je finance.Wiley.\u2014 Et vous empochez les bénéfices ?Carroll.\u2014 Exact.Le Comité éprouva un profond mépris pour ce M.Carroll.Psychologiquement il avait une caractéristique commune avec Costello.Celui-ci voulait poser au businessman et Carroll se parait du titre de « Commissaire en paris ».Mais malgré ce désir de respectabilité, le Comité ne vit en Carroll qu\u2019un « vulgaire bookmaker exerçant clandestinement à l\u2019abri de poites fermées à clé qu\u2019il fallut, d\u2019ailleurs, abattre pour entrer.Carroll fut le premier témoin à refuser de déposer sous les feux de la télévision.Il sortit de la saî'e d\u2019audience en déclarant que ces procédés offensaient son « sens des convenances ».Je fis plus tard remarquer à M.Carroll que des ministres avaient déjà déposé dans les mêmes conditions et ne s\u2019en étaient pas plaints.Quant à moi j\u2019étais disposé à user de toutes mes forces pour qu\u2019il soit poursuivi pour outrage à la Cour.Pour éviter cela Car-roll se décida plus tard à venu à ses frais, déposer à Washington.O tte fois nous eûmes les mêmes ennuis avec lui.Pour en finir, les caméras ne furent pas braquées directement sur son visage.Entre temps nous avions dû faire la même concession à Costello à l\u2019audience de New-York qui avait eu lieu entre celles de Saint-Louis et de Washington.A Washington, Carroll eut le front de déclarer sans broncher au conseiller adjoint lohn Burling : Carroll.\u2014 .Voilà, vous avez introduit dans les débats le facteur peur.Burling.\u2014 Le quoi?Carroll.\u2014 Le facteur P-e-«-r.Burling.\u2014 En d\u2019autres termes, vous avez peur en ce moment ?Carroll.\u2014 Parfaitement, Monsieur.je suis sans voix.Le phénomène de peur de la lumière et de peur du micro.J\u2019y suis sujet et je reste sans voix.Carroll, bien entendu, affirma qu\u2019il était à «la retraite».Le capitaine Joseph A.Wren qui dirige courageusement la brigade des jeux de Saint-Louis et qui est redouté des gangsters, déclara cependant que deux jours avant l\u2019arrivée du Comité il avait lr.it une rafle dans un des nouveaux é'.ablisse-ments de Carroll.« Mais je croyais qu\u2019il étui, à la retraite ?» s écria le conseiller.Wren répondit sèchement qu\u2019après une rafle les joueurs professionnels déclarent toujours qu ils vont se retirer des affaires.«Deux jours plus tard on les voit réapparaître ! » Cette réponse eut le don de déchaîner l\u2019hilarité de l\u2019assistance, joueurs compris.Autre énorme organisation de Sair.t-Louis, la C.J.Rich & Compagnie.Celle-ci opérait sous couvert d une compagnie de bronzage.Elle était dirigée par deux associés.Charles J.Rich (Kewpie) et Sidney Wiman.Ce dernier était un homme robuste et replet, au poil noir qui fronçait férocement les sourcils en feignant d\u2019interrogei sa mémoire détaillante.Rich, de son vrai nom Reich, immigra aux Etats-Unis à l\u2019âge de sept ans.Il avait un air misérable devant le Comité, avec sa tête ronde comme une lune.Ni l\u2019un ni l\u2019autre ne voulut admettre qu i! dirigeait une affaire de jeu.Le Comité fit donc un compromis en appelant l\u2019affaire « Opération X ».La compagnie a cependant moins peur des mots lorsque ses directeurs ne déposent pas devant un comité sénatorial.En effet nous découvrons une circulaire distribuée ouvertement par les soin.- de la « Rich et Co.» et qui disait : « Mous ne limitons pas nos transactions aux courses de chevaux.Nous acceptons volontiers de nous charger de vos paris sur les autres événements sportifs tels que baseball, football, boxe et élections.» Wyman déclara d\u2019abord qu\u2019 « Opération X » faisait un chiffre de 000.000 de dollars par an, mais après avoir quitté la barre il nous fit parvenir un mot par l\u2019intermédiaire de son avocat, déclarant qu\u2019il s\u2019était trompé et que le chiffre était de 4 à 5 millions de dollars.Rich, lui, reconnut que la compagnie faisait entre 3.500,000 et 4,000,000 de dollars par an.Je demandai à Rich, qui paraissait bien plus que ses quarante-six ans, pourquoi il n\u2019était jamais devenu citoyen américain.Il me répondit qu\u2019il avait essayé à plusieurs reprises mais que chaque fois sa demande avait été rejetée.Je lui demandai alois pourquoi et il répondit d\u2019un air malheureux : « A cause du travail que je faisais.» Le Président \u2014 .Préférez-vous faire ce travail ou devenir citoyen américain ?Rich.\u2014 Devenir citoyen américain.Le Président .\u2014 Alors qu\u2019 it endez-vous ?Rich.\u2014 C\u2019est ce que je vais laire.Un trait commun aux deux organisations de paris donna au Comité une inquiétude particulière.Il s\u2019agit des relations avouées dans ces opérations d\u2019une moralité douteuse avec \u2019a Western Union.Ce grand organisme, d\u2019une importance vitale, paraît malheureusement profondément engagé dons ces opérations de répartition des nouvelles des courses, comme nous l\u2019avons déjà vu au chapitre III consacré à la Continental.Nous avions déjà eu l\u2019occv.sion de voir une carte index, saisie au cours d\u2019une rafle dans les locaux de la compagnie « Rich et Co.» et qui fui apportée au Comité par le procu.eur de Saint-Louis, Stanley Wallach.sur cette carte figuraient cent cinquante noms d\u2019agents de la Western, répartis dans tout le pays et qui, secrètement, ramassaient les paris pour le compte: de la Rich.Il est donc probable que la Western servait d\u2019intermédiaire 'our les bookmakers dans les Etats-Unis (out entiers.Les agents recevaient r-n contre-partie des pots-de-vin et dans certains cas allaient même jusqu'à solliciter les paris.Quand ils ne tout hait nt pas directement une commissio' sur le chiffre réalisé par eux.A Waterville, Maine, on découvrit une lettre adressée au directe jr de la Western uans laquelle on pouvab lire : «Nous avons l\u2019avantage de vjDs faire la proposition suivante qui, nui s l\u2019espérons, vous agréera : chaque mois nous vous verserons 25% des bénéfices, déductions faite des frais de télé-giammes et de formulaires.» La littérature distribuée par la Ruch Co.laissait d\u2019ailleurs clairement entendre que les clients pouvaient déposer leurs paris par l\u2019intermédiaire de la Western Union.Le directeur local de cette compagnie à Saint-Louis, Harry E.-'ermil-lion, reconnut sans difficulté one certains employés recevaient des cadeaux tels que whisky, parfums, etc .de la firme de bcokmaking.Après la rafle effectuée chez Rich et Weyman, Vermillion alla voir ts deux associés et apprit ainsi que s lixante-et-onze employés de la Western Union touchaient des pots-de-vin.La compagnie télégraphique maniait une moyenne de 250,000 dollars pour la Kich Co.qui possédait un compte ouvert et un dépôt de 25,000 dollars en garantie de paiement.En bref la Western servait donc d\u2019une part d\u2019organe de transmission de paris et d\u2019autre part de caisse de paiement pour les parieurs Lignants.Par exemple, Western Union transmit un total de 3,275,000 dollars à la Carroll-Mooney Co., et paya $832,000 aux parieurs pour le compte de cette firme.Il va de soi que pour la grande agence télégraphique, ce commerce représente des rentrées fort lucratives car Rich et Co.à eux seuls envoyaient de 500 à 1,000 télégrammes par jour et rien qu\u2019en mai 1950 leur note s\u2019éleva à 26,700 dollars.L\u2019année 1950 i apporta à Western Union, 77.749 dollars de la firme Carroll Mooney.Nous n\u2019avons aucune preuve permettant d\u2019aflirmer que les grand- directeurs de ia Western approuvèrent ces pratiques, mais il est quand même effrayant de penser qu\u2019un service public Le Samedi, Montréal, 24 octobre 1959 41 appelé journellement à manipuler des milliers de messages souvent des plus secrets, soit commerciaux, soit privés, soit même ayant trait à la sécurité nationale, puisse être littéralement infesté d\u2019agents capables d\u2019accej ter des pots-de-/in ou des commissions de la part de joueurs professionnels ou de les solliciter avidement.J\u2019approuve donc très fortement les conclusions suivantes adoptées à l\u2019unanimité par le Comité : « Il est clair que, dans les opérations de la Compagnie C.J.Rich, k Western Union a favorisé la violation des lois sur le jeu, parce q\u2019elle er.tirait profit.Il fallut une rafle, en juin 1950, pour que la Western se décidât à faire cesser sa participation à ce bookmaking clandestin.On peut se demander si ce mépris de ses responsabilités vis-à-vis du public ne provient pas du fait qu\u2019un des plus puissants actionnaires de cette compagnie est un joueur notoire de Saint-Louis nommé William Molasky.» Le Comité apprit pas mal d - choses sur ce W.Molasky.Directeur de Messageries, millionnaire ; il n\u2019existait pas de bonne affaire où l\u2019on ne retrouvât sa trace.Il avait commencé mr vendre des journaux dans la rue, avant de devenir le bras droit de L.Annonberg qui, on s\u2019en souvient, fut le premier propriétaire de la grande agence de nouvelles des courses qui devau devenir la Continental.En 1941, Molasky attrapa 10,000 dollars d\u2019amende et dix-huit mois de prison pour fraude tv-cale.A l\u2019heure actuelle, il possède, entre autres choses, 35% des actions de la Pioneer News.La famille Molasky détient en outre 18,050 actions de la Western Union, représentant une valeur de 783,000 dollars.Et la Western fournit à Molasky ses télétypes et ses autres services pour la Pioneer News.Molasky, cependant, protesta av\u2019c véhémence que ce n\u2019était pas une r i-son pour en déduire que les d\u201e-ux af faires étaient liées.Il fit remarquer d\u2019autre part qu\u2019il avait investi son argent dans la Western Union à l ie époque où celle-ci ne faisait encore aucun bénéfice, simplement à la suite d\u2019une visite qu\u2019il avait faite aux installation., de la Compagnie à New-York sous la conduite du président.Cettr visite l\u2019avait si favorablement impressionné qu\u2019il avait décidé de participer financièrement à l\u2019affaire.A la Pioneer, Molasky fut d\u2019abord l\u2019associé d\u2019Annenberg Lorsque celui-ci fut envoyé en prison, il vendit 22% d\u2019actions à Molasky Ces actions valaient alors 45,000 dollars.Molasky prétendit qu\u2019il ne faisait p.us rien à la Pioneer depuis fort longtemps.Il en est cependant le vice-prosid mt et se contente, dit-il.de « contresigner les chèques ».Et pour ce peti tra /ail il touchait en 1949 ur salaire dr 26,090 dollars, agrémentés de 40,000 dolbrs de dividendes ! Lorsque Molasky comparut devant nous, tant à Saint-Louis qu\u2019à Yv ¦ashing-ton, il était assisté d\u2019un avocat du n\"m de Morris A.Shenker qui était pour le Comité une figure familière car il avait déjà assisté bon nombre de- membres de la confrérie du jeu. «Et puis, elles sont parties.« J\u2019ai su, le soir, par le concierge, que Mlle Claude lui avait remis cent francs pour l\u2019avoir inutilemen1 dérangée.«Le lendemain, j\u2019ai été rue rortuny, chez ces demoiselles.« J\u2019ai vu Mlle Claude, qui m\u2019a remis cinq cents francs en me disant : « J\u2019avais envie de ce coupe-papier.Dites qu\u2019il a été perdu.» Elle s\u2019arrêta.\u2014 Et puis ?continua Suzy, impassible.\u2014 Et puis\u2014 c\u2019est tout.\u2014 Non, ce n\u2019est pas tout.Pourquoi à la cour d\u2019assises, n\u2019avez-vous pas révélé ce détail aux jurés ?Pourquoi, vous qui pouviez m\u2019innocenter m\u2019avez-vous chargée ?.Vous savez bien que j\u2019étais innocente de ce crime.Vous saviez que c\u2019était Claude Aimery qui avait frappé sa soeur.«Veux-tu répondre, misérable fille! \u2014 Réponds! dit Joao, mettant sa lourde main sur l\u2019épaule de Mariette, qui jeta un cri d\u2019effroi.\u2014 Grâce ! grâce ! Je ne suis pour rien dans cet assassinat, je vous le jure.C\u2019est Mlle Claude qu\\ a tué toute seule.Moi, je ne savais rien-Je n\u2019ai compris qu\u2019après.Et Mlle Claude est venue me voir, m\u2019a suppliée Le Samedi, Montréal, 24 octobre 1959 45 de me taire, m\u2019a promis de me faire riche.Ce jour-là, elle m\u2019a donné dix mille francs.puis, plus tard cinquante mille francs, puis cent mille lorsqu\u2019elle s\u2019est mariée.Alors.j\u2019ai dit ce qu\u2019elle a voulu devant le tribunal.\u2014 Gredine ! gronda Jean 3ardier.Vipère !.Suzy Percy ne manifestait aucune émotion.\u2014 Je crois que tu as dit la vérité.\u2014 Oh! ça, madame je vous Je jure.\u2014 Eh bien ! ce que tu as dit, tu vas l\u2019écrire.\u2014 Moi, que je.\u2014 Tu vas écrire cet aveu.\u2014 Jamais.jamais.\u2014 Tu vas l\u2019écrire, rugit Joao la prenant par le bras et la tournant vers la petite table sur laquelle il avait disposé de quoi écrire d\u2019après l\u2019ordre de Suzy.\u2014 J\u2019écrirai ! consentit Mariette, que son compagnon venait de faire asseoir brutalement.\u2014 Ce n\u2019est pas tout, dit Suzy.Tu écriras ensuite que tu as accusé faussement Jean Bardier du meurtre de Gaston, alors que tu savais qu\u2019n n\u2019était pas coupable.\u2014 Je.je le croyais.\u2014 Tu mens.le coupable ne serait-il pas l\u2019homme avec qui tu vis en ce moment ?Suzy parlait au hasard.Or, elle avait deviné juste.Mariette, affolée, crut que son expatronne connaissait la vérité sur le sieur Georges, elle bégaya : \u2014Je vous jure que je ne savais pas.Je n\u2019ai su qu\u2019après lorsque j\u2019ai rencontré de nouveau Georges.que j\u2019avais connu autrefois du temps de.\u2014 Et de Jean Bardier! ricana Jean.Ah ! la gueuse.« Ah ! c\u2019est le nommé Georges qui a tué.C\u2019est bien.son compte est bon.\u2014 Tais-toi, ordonna Suzy.«J\u2019ai promis la vie sauve à Mariette si elle m\u2019obéit.Cet homme aussi aura la vie sauve.Tais-toi.\u2014 Veux-tu écrire, Mariette sauver ta vie et celle de cet homme.ie temps passe.Dans quelques minutes, il sera trop tard.\u2014 Oui.Oui.dit précipitamment Mariette, je vais écrire.mais vous me promettez.Mariette prit un porte-plume, le trempa en tremblant dans l\u2019encrier : \u2014 Je dicte : « Moi Maria Guilleret, je reconnais avoir reçu de l\u2019argent de Mlle Claude Aimery pour lui avoir vendu le coupe-papier-poignard de mon ancienne maîtresse, Suzy Percy.C\u2019est avec cette arme que Mlle Claude Aimery a tué sa soeur, dont elle était jalouse parce qu\u2019elle épousait M.de Vilaret.Je reconnais avoir reçu à plusieurs reprises des sommes d\u2019argent importantes de Mlle Claude Aimery pour ne pas révéler ce que j\u2019avais deviné.» La sueur au front, lentement, Mariette écrivait.Par-dessus son épaule, Jean Bardier lisait, et elle sentait sur sa nuque le souffle puissant du coltineur \u2014 J\u2019ai écrit, murmura Mariette.\u2014 Ce n\u2019est pas tout.Ajoute ceci : « Sur mon âme et conscience je jure que l\u2019assassin de mon ancien ami Gaston n\u2019est pas, comme on l\u2019accuse et comme j\u2019ai aidé la justice à le croire, Jean Bardier, condamné, pour ce crime dont il était innocent aux travaux forcés.L\u2019assassin de Gaston est mon ami actuel, le nommé Georges.\u2014\tOh ! jamais.jamais je n\u2019écrirai cela ! s\u2019écria Mariette, révoltée.Georges me tuerait.\u2014\tPréfères-tu que ce soit moi qui \u2022\u2019étrangle, gredine ! hurla Jean Bardier, lui prenant le poignet.«Ecris.Ecris le nom et signe.Son visage était si bestial, si effrayant, que Mariette, en gémissant, mit le nom, signa.\u2014 La date.la date ! ordonna Jean Bardier.Mariette obéit.La malheureuse était sur le point de s\u2019évanouir.Entre Suzy, froide, implacable, et Jean Bardier, déchaîné, Mariette se sentait irrémédiablement perdue, incapable de réagir.\u2014 Donne le papier, Joao, et garde Mariette, que tu introduiras près de moi lorsque je sonnerai.\u2014 Je.je ne suis donc pas libre, hasarda timidement Mariette, vous m\u2019aviez promis.\u2014 Tout à l\u2019heure.Je tiens à te présenter à quelqu\u2019un que tu connais bien et qui vient d\u2019arriver, conduit par Mercédès « Un peu de patience.« Cette formalité accomplie, tu pourras te retirer librement, comme tu es venue.\u2014 Et ma vengeance à moi ?\u2014 Elle aura lieu.pas par toi.ni par moi ! dit Suzy.« Laisse-moi faire.Obéis, toi aussi.« Maria Guilleret a ma parole.Ne lui fais aucun mal- Mariette, un peu rassurée alla se blottir dans un fauteuil, loin de Jean Bardier.Mercédès annonça : -\u2014 M.de Vilaret vient d\u2019arriver, madame.\u2014 C\u2019est bien.j\u2019y vais.Elle sortit lentement.Mercédès resta auprès de Joao et de Mariette.VII \u2014 De l'amour à la haine Henri de Vilaret, mis avec une suprême élégance une fleur à la boutonnière, l\u2019oeil joyeux, examinait distraitement le mobilier du salon où il se trouvait.\u2022\u2014 Bonjour, Henri 1 entendit-il soudain.Henri de Vilaret saisi, se retourna.\u2014 Oh ! fit-il.pâle de saisissement.Vous.Toi.ce n\u2019est pas possible, je deviens fou.\u2014 Bonjour Henri' articula une seconde fois Suzy de sa voix la p!us caressante.« Suis-je à ce point changée que tu ne me reconnais plus.Henri de Vilaret l\u2019oeil ardent, haletant, regardait cette apparition C\u2019était le passé sortant de sa tombe.C\u2019était l\u2019amour défunt.C\u2019était Suzy ! C\u2019était Suzy et aussi.oui.oui.c\u2019était Rosario.Les deux n\u2019étaient qu\u2019une.Et cette constatation, au lieu de ranimer Henri, le fit chanceler.Derrière ce sourire glacé, figé sur les lèvres de Suzy, il entrevit les morsures aiguës de la haine.Derrière l\u2019image charmante évoquée de l\u2019ancienne Suzy, tant aimée, il sentit une femme impitoyable dont le coeur était désormais inaccessible à toute pitié.Il bégaya : \u2014 Vous êtes la baronne Rosario da Costa, n\u2019est-ce pas ?\u2014 Je suis Suzy Percy.\u2014 Non.non.dit le malheureux, se débattant contre l\u2019évidence.ce n\u2019est pas possible.Un moment, j\u2019ai cru en effet voir Suzy.mais ma raison rejette une telle absurdité.Suzy Percy est morte.Vous la connaissiez.vous savez que je l\u2019ai aimée et vous avez pris son apparence.ce qui est facile, puisque vous lui ressemblez.Ses cheveux ne sont pas les vôtres.Vous avez des cheveux d\u2019or.Vous êtes la baronne Rosario.\u2014 Je suis Suzy Percy ! Henri.« Pour te convaincre, dois-je te rappeler des choses que seuls savent Suzy et Henri ?« Eaut-il éveiller les ombres si délicieuses et si tristes de nos premières journées d\u2019amour ?« Henri, regarde-moi bien.regarde et lis au fond de mes yeux.« Lis jusqu\u2019à mon coeur.ce coeur que, le premier, tu fis battre.\u2014 Mais.Mais Suzy est morte, voyons.tout le monde le sait.\u2014 Tout le monde l\u2019a cru et tout le monde s\u2019est trompé.Celle qu\u2019on a prise pour moi est une pauvre suicidée que i'avais revêtue de ma robe et dont le corps fut horriblement écrasé ensuite par l\u2019automobile d\u2019Antonio da Costa, mon mari.« Qui a jamais vu les traits de cette pauvre morte ! Son visage était réduit en bouillie, son corps déchiqueté, brisé.« Pour l\u2019identifier, il n\u2019y eut que des vêtements, les miens.Henri de Vilaret avait avidement écouté ces paroles.Oui, cela devait être ; oui, c\u2019était la vérité.Suzy.crue morte pai tous, avait vécu, épousé ce riche Brésilien.Sa première pensée était donc vraie : Suzy et Rosario était une seule et même personne.Et ceia expliquait tout ! Suzy, sous le nom de Rosario, voulait faire sa fortune à lui, Henri de Vilaret, qu\u2019elle n\u2019avait cessé d\u2019aimer.Elle voulait, par là, racheter son.crime.le meurtre odieux de cette pauvre Simone, tuée dans une crise de jalousie.Ce fut infâme, mais l\u2019amour excuse bien des gestes criminels.Pouvait-il lui tenir rancune encore de cet affreux acte ?Suzy ! Oui, c\u2019était elle.Plus belle peut-être qu\u2019autrefois.L\u2019angoisse avait disparu du visage de Henri et, revenu de sa surprise, il était prêt à s\u2019égayer de cette extraordinaire aventure qui avait fait de Suzy Percy, la grande actrice criminelle par amour, la femme du richissime Brésilien dont les millions allaient le tirer d\u2019embarras.Affectant un air dégagé, Henri demanda : \u2014 Voyons.de quel nom vous plaît-il que je vous appelle.Que devez-vous être pour moi, la baronne Rosario ou Suzy Percy ?\u2014 Suzy Percy ! dit Suzy lugubre.« C\u2019est à Suzy Percy que, ce soir, vous allez rendre des comptes, monsieur de Vilaret.\u2014 Que voulez-vous dire ?\u2014 Suzy Percy a été soupçonnée par vous, presque accusée d\u2019un crime.\u2014 Je vous en prie, Suzy.\u2014 Laissez-moi parler.Vous m\u2019avez quittée pour épouser Simone Aimery.Votre fiancée morte, vous m\u2019avez cru coupable, parce que la victime avait été frappée par un coupe-papier m\u2019appartenant.\u2014 Suzy.\u2014 Vous allez voir la preuve que je suis innocente.« Une question, auparavant.« Votre femme, Claude, vous aimait, n\u2019est-ce pas, lorsque mourut sa soeur ?\u2014 Elle m\u2019aimait comme un frère.Mais pourquoi cette question?« Quel rapport.\u2014 Claude, interrompit Suzy, vous aimait et elle détestait sa soeur, qui devait vous épouser.Claude voulait être votre femme.« Commencez-vous à comprendre ?\u2014\tPas du tout.\u2014\tVous avez toujours été d\u2019une intelligence moyenne, lança Suzy, méprisante.« Je vais donc mettre sous vos yeux, brutalement, des preuves irréfutables, que votre femme ne pourra démentir lorsque, ce soir, elle rentrera en votre logis, brisée d\u2019amour.\u2014\tMadame.\u2014\tAyant passé auprès de mon frère les heures que vous passez auprès de moi.IMPORTÉE D\u2019ANGLETERRE Chaussette Pure Laine On ne fait pas mieux! Irrétrécissable.Indéformable.Mi-chaussette $1.50.Chaussette montante $1.75.En vente dans les meilleurs magasins pour hommes.Distribution par Caulfeild, Burns & Gibson Ltd., Toronto.(bel tout bon (oibonmei Henri de Vilaret bondit : \u2014 Une accusation aussi infâme.\u2014 N\u2019est rien à côté de celle que vous allez lire.«Préparez-vous à juger la vertueuse Claude, dont l\u2019amour vous fit oublier Simone, qui m\u2019avait remplacée dans votre coeur.Elle sonna.Mercédès parut.\u2014 Faites venir cette fille! dit-elle.Henri de Vilaret, interdit, mais pâle de colère, regardait Suzy.\u2014 Vous allez revoir quelqu un que vous connaissez bien dit-elle, et dont le témoignage vous ouvrira peut-être les yeux.Mariette, poussée par Mercédès, entra.\u2014 Monsieur le comte ! s\u2019nxclama-t-elle.\u2014 Mariette ! fit Henri.que signifie.\u2014 Mariette, dites à M.le comte de quelle façon mon eoupe-papiei sortit de chez moi pour se placer dans les mains de l\u2019assassin.« Allons, parlez.Mariette aurait bien voulu se taire.Mais Suzy sortit de son corsage le papier accusateur, l\u2019aveu qu\u2019elle avait signé, et, Mariette, la sueur au front, bégaya : \u2014 Le coupe-papier a été vole à Madame par Mlle Claude.\u2014\tQue dites-vous ?s\u2019écria Henri.\u2014\tContinuez, Mariette.Dites la vérité.toute la vérité. 46 Le Samedi, Montréal, 24 octobre 1959 La tôle basse, et en phrases entrecoupées, Mariette refit son récit Henri, livide, écrasé, écoutait.Il entrevoyait la tragique vér\u2019té, mais si sa raison admettait le récit de Mariette, son coeur se refusait à y croire, repoussant avec indignation le monstrueux soupçon.Il se débattait contre l\u2019odieuse accusation.\u2014 Non.non.protesta-t-il.Cela n'est pas.Vous mentez.vous avez été payée par Suzy pour faire re mensonge infâme.« Je ne vous crois pas.\u2014 Je jure à Monsieur le comte que j\u2019ai dit la vérité .\u2014 Relevez-vous, Mariette, vous êtes libre.« Joao, Mercédès, laissez sorti, librement cette femme.« Allez-vous-en.Mariette ne se fit pas répéter l\u2019invitation, ne perdit pas son temps en remerciements.Comme une couleuvre, elle se glissa entre Joao et Mercédès, courut vers la porte, s\u2019éloigna en courant.Suzy et Henri étaient seuls.Henri de Vilaret, debout, prononça : \u2014 Tout ceci n\u2019est que mensonge.Le coupe-papier a pu être volé par Claude.Et après?.L\u2019assassin lui aura volé cette arme, et cet assassin, c\u2019est vous.\u2014 Lisez, dit Suzy, tendant à Henri l\u2019aveu de Mariette.Il lut avidement, fiévreusement.Un tremblement nerveux s\u2019empara de ses mains.Suzy lui reprit le papier, ,e glissa dans son corsage.\u2014 Commencez-vous à croire, monsieur de Vilaret, que Suzy Percy est étrangère au meurtre de Mlle Simone Aimery ?\u2014 Oh ! mon Dieu.mon Dieu .gémit Henri.serait-il possible?.Mais non, non.je ne puis admettre cela.Une soeur ne tue pas sa soeur.\u2014 L\u2019amour ne fait-il pas commettre les plus grands crimes?Est-ce que vous ne m\u2019avez pas crue coupable d\u2019avoir tué par amour pour vous, par jalousie ?Ce que moi je n\u2019au' ais jamais fait, Claude l\u2019a osé.poussée par son amour pour vous par haine de sa soeur.Henri n\u2019écoutait pas.Sous l\u2019afflux de pensées violentes les plus contradictoires, il sentait sa raison chanceler, s\u2019éga rcr.Suzy Percy, implacable, s\u2019approcha.\u2014 Voilà la femme qui m\u2019a remplacée dans votre coeur.« C\u2019est pour elle que vous «vez oublié votre fiancée, après avoir dédaigné mon amour.«Cela, j\u2019aurais pu vous le pardonner.« Mais ce que je n\u2019ai pas pardonné, ce que je n\u2019ai pu oublier, c\u2019cst que, m\u2019ayant aimée, vous vous soyez mis au nombre de mes ennemis.C est que, lâchement, devant le juge, devant les jurés, vous ayez dit les paroles accusatrices qui ont décidé de mon sold.« Pas une fois votre voix ne s\u2019est élevée pour me défendre.« Même si j\u2019étais coupable, vous auriez dû prendre ma défense, implorer la pitié de mes juges, dire ce que fut mon amour pour vous.« Vous ne l\u2019avez pas fait.«Votre conduite a révolté même ceux qui étaient convaincus de ma culpabilité.«Et, votre fiancée morte, l'oubliant comme vous m\u2019aviez oubliée, vous avez couru à d\u2019autres amours.« Les bras de Claude se sont refermés sur vous et les baisers de cette créature ont achevé d\u2019avilir le pauvre être que vous étiez sans volonté, sans énergie, qui se laissa mener par l\u2019astuce d\u2019une femme indigne.« Eh bien, suis-je vengée, à présent, de votre dédaigneux oubli, de votre mépris ?.« Vous avez épousé Claude Aimery.«Vous avez cru trouver près d\u2019elle le bonheur.« Mais vous comptiez sans Suzy Percy, dont le fantôme n\u2019avait jamais troublé vos amoureux duos.« Suzy Percy était morte, et, lorsque vous pensiez à elle.\u2014 si toutefois vous avez daigné y penser, \u2014 c\u2019était pour hausser les épaules et vous réiouir que sa mort vous eût débarrassé d\u2019un souvenir fâcheux.Et voici que Suzy est ressuscitée.« Elle vient pour mettre un \u2018erme à votre coupable bonheur.« Assez d\u2019amour, assez de caresses à celle qui a tué.« Le sang de la morte crie vengeance contre la soeur meurtrière.« Abel dit à Caïn : « A ton tour de souffrir et d\u2019expier.« J\u2019en ai les preuves, Henri de Vilaret.« Si tu ne fais pas justice, à tous, je crie l\u2019infamie de ta femme et la tienne, car on te croira son complice.«Pour l\u2019honneur des Vilaret, punis toi-même la coupable.Il était convaincu à présent.Il croyait.Claude était bien la coupable ! Mais comment aurait-il pu soupçonner chose pareille ?Claude n\u2019avait jamais eu l\u2019ombre d\u2019un remords.Il l\u2019avait vue toujours sounante et caressante à ses côtés, l\u2019entourant de ses bras, lui prodiguant les plus tendres caresses, l\u2019enveloppant d\u2019une affection toujours grandissante.Et lorsqu\u2019elle parlait de sa soeur, sa voix avait des inflexions mélancoliques, apitoyées.Elle la plaignait, étant morte, de n\u2019avoir pas connu l\u2019amour de Henri.Quel monstre de perfidie et de perversité ! Et voici que la vérité se faisait jour, qu\u2019un scandale sans nom menaçait le nom sans tache des Vilaret! La comtesse Claude, meurtrière, si elle n\u2019était pas retranchée du nombre des vivants, monterait à l\u2019échafaud, portant le voile noir sans doute, comme les parricides, et tout le monde se détournerait avec horreur de son mari, qu\u2019on accuserait peut-être d\u2019avoir été le complice ou l\u2019instigateur de ce crime horrible.\u2014 Comte de Vilaret, dit Suzv, d\u2019une voix sourde, vous pouvez vous retirer.« Suzy Percy est morte pour tous \u2014 surtout pour vous.« Que votre faiblesse ne la tasse pas sortir de sa tombe ! Eperdu le visage baigné de larmes, Henri de Vilaret tomba à genoux, et, tendant ses mains suppliantes vers elle, il cria : \u2014 Grâce.Suzy.Pitié pour moi.pour Claude.\u2014 Lâche ! jeta Suzy, méprisante.« Et dire que je l\u2019ai aimé ! \u2014 Suzy, au nom du ciel, écoutez-moi.Je chasserai Claude.je divorcerai.Suzy n\u2019était plus devant lui Hébété de se trouver seul, les idées vacillantes, Henri se leva.La menace de Suzy le fit fr'ssonner.\u2014 Oh ! murmura-t-il, elle n\u2019a donc pas de coeur ?Elle songe à me déshonorer Et, avec uns inconscience navrante, égoïste et puérile, il ajouta : « Comment peut-elle oublier que je l\u2019ai aimée ?» Paroles bien dignes d'un fantoche et qui justifiaient le regret amer de Suzy lorsqu\u2019elle songeait qu\u2019elle avait aimé un tel être, le parant de toutes les qualités qu\u2019il n'avait jamais eues.«Je veux voir Claude, dit-il enfin, .\u2019interroger, et, si elle est coupable.Mais non.non.ce n\u2019est pas possible.Elle a été victime d\u2019apnarences trompeuses, de circonstances, d\u2019événe- ments qui tendent à la faire croire coupable.Elle n\u2019a jamais fait cela.» Soudain, son coeur se serra.« Oui, mais si ce que Suzy a dit est vrai.si Claude est en ce moment auprès de ce Joachim.Si elle l\u2019aime.Oh ! me tromper.Elle aurait fait cela ! Allons donc.mensonge.mensonge.Claude est chez moi.Je vais la retrouver.Elle se justifiera.» Et Henri, relevant la tête d\u2019un air de défi, sortit d\u2019un pas saccadé.Il jeta un regard courroucé sur l\u2019auto de Suzy, se rendit dans le garage voisin où son chauffeur avait remisé l\u2019auto \u2014 Pierre, dit Henri, nous rentrons en vitesse.Quelques minutes après, l\u2019auto, à toute allure, filait vers Paris Dans sa chambre, Suzy, à bout de forces, pleurait.La justicière se retrouvait femme et son coeur meurtri, souffrait.mais c\u2019était pour la dernière fois.VIII \u2014 Les événements se précipitent Clauds de Vilaret n\u2019avait repris ses sens que longtemps après le départ de Joachim.Il lui fallut de longues minutes pour se rendre compte de sa situation, de ce qu: s\u2019était passé.De la conversation précédente, elle ne retenait qu\u2019une chose, c\u2019est qu\u2019on savait que c\u2019était elle la meurtrière de Simone et que Suzy vivante, par on ne sait quel miracle, était en possession de ce terrible secret.Mais si son mari était un être faible, inapte à réagir, à se défendre, il n\u2019en était pas de même de Claude.« Je nierai tout ! dit-elle froidement.Où sont les preuves ?Le témoignage de cette Mariette.Je dirai qu\u2019il a été payé par Suzy Percy, qui veut reprendre mon mari.«Est-il parti avec elle?Non, le Joachim a menti.Il me disait cela dans l\u2019espoir que, par vengeance, je céderais à son amour, et j\u2019ai failli tom-oer dans le piège.« Peu s\u2019en est fallu que l\u2019inévitable s\u2019acomplît.« C\u2019est lui-même oui m\u2019a repoussée lorsque, la tête perdue, folle de colère, je suis tombée dans ses bras.« Alors ! Je ne comprends plus.« Pourquoi a-t-il choisi ce moment pour ma parler de Simone, de ma soeur ?.« Mais, d\u2019abord, Suzy n\u2019avait pas de frère que je sache ?«Ce Joachim serait-il donc pour Suzy Percy autre chose que son frère ?«Mais oui, c\u2019est cela.Il est son amant et elle l\u2019emploie à seconder ses projets.» Elle ricana : « Bien joué, ma foi, Joach.m, sur l\u2019ordre de Suzy, m\u2019a fait la cour pour me perdre dans l\u2019esprit de Henri, qui, naturellement, sera informé de ma visite chez ce jeune homme.« En même temps, Joachim, adroitement, m\u2019a tiré les vers du nez, a su, par ses brusques questions, provoquer mon trouble, m\u2019arracher un aveu.» Elle réfléchit : « Cela, je peux le nier aussi.Je dirai qu\u2019il se venge, parce que je me suis refusée à lui.Oui, mais mon mari le croira-t-il ?« Il faut qu\u2019il le croie.« Il n\u2019est pas sans reproche, puisqu\u2019il est auprès, de cette fausse baronne, qui, en ce moment, sans doute, déploie toutes ses séductions.« Pourvu qu\u2019il ne cède pas à cette dangereuse sirène.« Malheur à lui, s\u2019il m\u2019a trompée ! Cela, je ne le pardonnerai pas Après tout ce que j\u2019ai fait pour l\u2019avoir.» Ses sourcils se froncèrent : « Pour lui, j\u2019ai tué.et jamais je n\u2019ai regretté mon geste.Jamais le fantô- me de Simone n\u2019est venu troubler mon sommeil.« Lorsque, parfois, son souvenir m\u2019effleurait, je me jetais dans les bras de Henri et, redoublant de tendresse, j\u2019oubliais vite ce souvenir importun Pourquoi, aujourd\u2019hui, me vient-il comme un regret de mon crime ?« En pensant à ma pauvre soeur, \u2019\u2019éprouve comme un remords.« Allons.allons.ce n\u2019est pas le moment d\u2019évoquer le passé.« Il faut défendre le présenr assurer l\u2019avenir.J\u2019ai commis un crime pour épouser Henri, j\u2019en commettrai un autre s\u2019il le faut, pour le garder tout à moi.A nous deux, Suzy Percy.» Elle mit en hâte son manteau, son chapeau, sortit précipitamment de la garçonnière.Devant la Trinité elle héla un taxi, se fit conduire rue Michel-Bizot.Elle dîna rapidement, congédia sa femme de chambre et, soucieuse, s\u2019installa dans le salon, un livre ouvert sur les genoux, attendant avec impatience le retour de son mari.C\u2019était la première bataille à livrer.Il fallait que ce fût une victoire.Elle venait d\u2019entendre rouler dans la cour l\u2019auto de son mari.« Déjà, murmura-t-elle, vaguement inquiète.Que s\u2019est-il passé ?» Quelques minutes et Henri de Vilaret parut.La lividité de Henri, son air égaré la clouèrent sur place.\u2014 Qu\u2019as-tu, balbutia-t-elle.Serais-tu souffrant ?.\u2014 Comment se porte M.Joachim ?ricana Henri- Claude.d\u2019abord interloquée riposta du tac au tac : \u2014 Est-ce que je te demande des nouvelles de Suzy Percy ?Henri chancela sous ce coup direct.\u2014 Nous parlerons d\u2019elle tout à l\u2019heure ! dit-il.« Réponds d\u2019abord à mes q lestions.Est-ce vrai que tu as été chez Joachim ?\u2014 Est-il vrai, répliqua Claude, ironique, que tu viens de chez Suzy Percy ?\u2014 Trêve de railleries, Claude gronda-t-il, ce n\u2019est pas le moment de plaisanter, car l\u2019heure est grave.« Ton refus de me répondre prouve que Suzy a dit vrai.« Tu as été chez ce Joachim tu es sa maîtresse.\u2014 C\u2019est faux, protesta Claude avec violence.Loin d\u2019avoir été la maîtresse de ce monsieur, je l\u2019ai repoussé et avec une telle indignation que ce jeune misérable m\u2019a quittée en jurant de se venger de ma résistance.« Tu ne me crois pas.« C\u2019est la vérité, Henri.Je n\u2019ai pas été sa maîtresse.je te le jure, je te le jure sur.\u2014 Sur la tête de Simone ! jeta Henri, la regardant fixement.Claude se troubla.\u2014 Si tu veux ! dit-elle en détournant les yeux.\u2014 Misérable ! \u2014 Henri ! \u2014 Misérable ! tu oserais prendre à témoin de ton mensonge celle que tu as assassinée.\u2014 C\u2019est faux ! c\u2019est faux ! C\u2019est Suzy Percy qui a inventé cette abomination pour te prendre à moi.\u2014 Et l\u2019aveu écrit de Mariette, ta complice.Est-ce faux aussi ?.« Lorsque tu iras en cour d\u2019assises et que cette femme racontera de quelle façon tu t\u2019es procuré l\u2019arme du crime, diras-tu aussi que c\u2019est faux ?« Nieras-tu avoir attiré Mariette chez toi, lui avoir donné de l\u2019argent à plusieurs reprises ?.« As-tu pensé à cela ?« As-tu pensé qu\u2019il me faudra comparaître comme témoin, ainsi que je le Le Samedi, Montréal, 24 octobre 1959 iis pour Suzy Percy, qui va demander la revision de son procès?.« Ah ! rie nie pas !.ne nie nas ! J\u2019ai voulu douter.je t\u2019aime tant malgré ton crime.mais ton attitude achève de me convaincre.4 Oh ! Claude.Claude.pourquoi as-tu fait cela ?Claude assommée, courba la tête.Niei toutes ces évidences était chose impossible.Elle serait accablée sous les preuves.Elle devait chercher ailleurs son salut, dans l\u2019amour de son mari pour elle.\u2014 C\u2019est moi.dit-elle dans an souffle, j\u2019ai fait cela.J\u2019avoue.« Je t\u2019aimais.Je t\u2019ai aimé dès que je t\u2019ai vu et, lorsque j\u2019ai compris que tu me préférais Simone, en moi s\u2019est élevée contre elle une haine sauvage.« J\u2019ai souhaité sa mort.«Lorsque j\u2019ai vu que le mariage était inévitable, j\u2019ai perdu la tête.« J\u2019ai pensé :\t« Puisqu\u2019il aime ma soeur et non moi, il n\u2019aura pas celle qu\u2019il me préfère i> « Je l\u2019ai tuée parce que j\u2019étais folle d\u2019amour pour toi.« Que tout le monde me condamne.Toi seul tu n\u2019as pas le droit de me juger.puisque tu as accepté cet amour né dans le sang et la haine.\u2014 Pouvais-je prévoir ton geste fratricide, malheureuse ! « Si j\u2019avais su.je t\u2019aurais repoussée avec horreur.\u2014 Et je me serais tuée à tes pieds.«Ton amour aurait fait une nouvelle victime.« Henri, j\u2019ai été bien coupable et je suis bien punie, puisque tu me méprises.Qu\u2019exiges-tu de moi?.Henri retira sa main, alla s\u2019asseoir dans un fauteuil.\u2014 Claude, j\u2019ai besoin de savoir.Je ne t\u2019excuse pas.mais je te plains.\u2014 Tu m\u2019aimes toujours, je Je sais, je le sens.« Nous pourrons encore être heu-reux.« Fuyons ce pays.\u2014 Claude, j\u2019ignore la décision que je prendrai « Peut-être existe-t-il un moyen de te sauve'r de nous sauver.« Dis-moi la vérité tout entière.je jugerai après.\u2014 La vérité! \u2014 Oui.Comment le crime a-t-il été commis ?.Ah ! je le veux, je i\u2019exige.\u2014 Soit, dit-elle.Tu sauras tout.Sa voix sonnait, âpre et dédaigneuse.\u2014 Tu sais de quelle façon je m\u2019étais procuré le coupe-papier de Suzy Percy.Je cachai soigneusement cette arme dans ma chambre et j\u2019attendis le moment propice où je pourrais tuer ma rivale sans crainte d\u2019être soupçonnée.« L\u2019occasion se présenta.« Un soir, ma mère, ma soeur et moi, nous étions allées au théâtre.« Le chauffeur était malade, nous étions revenues en taxi.« En rentrant dans l\u2019hôtel, maman me remit les clefs de la porte, me demanda f,e fermer tandis qu\u2019elle montait, suivie de Simone.«Je jugeai que c\u2019était l\u2019occasion favorable, inespérée.« Avec grand bruit, je tournai la clef dans la serrure et la retournai.Je poussai isolément le verrou, que je tirai ensuite doucement, et j\u2019entrebâillai la porte, que j\u2019avais d\u2019abord poussée avec fracas.« C\u2019est par là que l\u2019assasin devait s\u2019être enfui.l\u2019assassin que l\u2019on crut plus tard s\u2019être caché durant le jour dans l\u2019hôtel.« Je rejoignis ma mère et ma soeur, qui, fatiguées, gagnèrent aussitôt leurs chambres et se dévêtirent elles-mêmes, la femme de chambre ne nous attendant jamais lorsque nous allions au théâtre.« Simone était déjà couchée eue j\u2019errais encore à travers ma chambre.« J\u2019entrouvris sa porte, la vit qui se disposait à dormir.« Elle me jeta un bref bonsoir et tourna le commutateur.«Alors, je me dirigeai vers la commode et pris sous une pile de linge le coupe-papier.« Je pris l\u2019arme dans ma main droite, et pieds nus, à pas de loup, je me glissai vers le lit de ma soeur.« J\u2019avais éteint l\u2019électricité.« Si je manquais mon coup, s; Simone, seulement blessée, s\u2019éveillait et criait, à la faveur de l\u2019obscurité, je pouvais regagner ma chambre et me glisser dans mon lit.« Qui donc oserait m\u2019accuser ?.« Et puis cette arme ce coupe-papier, n\u2019appartenait-il pas à Suzy Percy, la femme délaissée ?« C\u2019est à elle que l\u2019on penserait tout d\u2019abord.«La haine est plus prévoyante que l'amour, et je haïssais terriblement ma soeur.« Ma main gauche étendue rencontra le lit.«Je me penchai et.doucement, j\u2019effleurai le corps de Simone, qui ne s\u2019éveilla pas.«Je sentis sous mes doigts battre son coeur.« Ma main droite, lentement, s abaissa, vint rejoindre ma main gauche.J\u2019appuyai la pointe sur le coeur et, saisissant la poignée à deux mains, j\u2019enfonçai de toutes mes forces jusqu\u2019à la garde et fis un bond en arrière.« J\u2019entendis un faible gémissement, le mouvement convulsif d\u2019un corps et ce fut tout.« Alors, mon courage m\u2019abandonna.« Défaillante, je regagnai ma chambre, fermai la porte et me glissai dans mon lit.« Pendant près d\u2019une heure, je restai là, claquant des dents, la fièvre aux tempes, agitée de tremblements nerveux, l\u2019oreille aux aguets.« Etait-elle bien morte ?«Enfin, je m\u2019armai de courage et je m\u2019en fus réveiller ma mère.« Tu sais la suite .« Tu sais aussi quelle fut ensuite mon attitude envers toi, et avec quelle patience, quelle douceur, cicatrisant la blessure faite à ton amour, j\u2019arrivai peu à peu à remplacer dans ton esprit celle qui n\u2019était plus, à me faite aimer de toi.«Ah! ce jour-là, vois-tu, j\u2019ai été payée de toutes mes tortures et j\u2019ai bien cru mourir de bonheur.« Enfin, tu étais à moi ! « Avoir tué ma soeur ne m\u2019apparaissait plus comme un crime.« Ah ! qu\u2019on fasse de moi ce qu\u2019on voudra.Je ne regrette rien.«Un amour comme celui qui me dominait échappe à l\u2019intelligence de tous.« J\u2019ai été sa proie et j\u2019ai obéi aveuglément à ce qu\u2019il me conseillait.«Pour toi, pour t\u2019avoir, Henri, pour devenir ta femme, sache qu\u2019autun crime ne m\u2019aurait effrayée, et hier ma soeur ne fut pas un crime à mei yeux : c\u2019était supprimer une rivale, une ennemie.Pendant ce long discours, Henri de Vilaret avait gardé une étrange attitude.Elle vit à ses lèvres une mousse blanchâtre tandis que son regard vitreux semblait privé d\u2019expression et que ses yeux mornes paraissaient regarder sans voir.Elle s\u2019étonna d\u2019abord, puis s\u2019alarma.\u2014 Henri! Henri!.que te pTend-il?Tu m\u2019as entendue.C\u2019est toi qui as exigé cette confession.Je savais bien qu\u2019elle te ferait de la peine.mias tu l\u2019as voulu.Voyons regarde-moi.Elle le prit par le bras- Henri nocha doucement la tête, bégaya : \u2014\tNe faites pas de bruit, Mariette.ne réveillez pas Madame.Elle doit être fatiguée.Cette représentation s\u2019est prolongée fort tard.Ah ! ah ! ce coupe-papier te plaît.C\u2019est un vieux poignard de mes aïeux qui n\u2019était point destiné à cet usage.\u2014\tHenri t Henri ! \u2014\tEmbrasse-moi, Suzy.Tu sais bien que je t\u2019adore.Quand nous marions-nous ?.\u2014\tSeigneur ! s\u2019exclama Claude.il a perdu la raison.\u2014\tOh! oh! quelle est cede belle fille qui crie?.Je ne la connais pas.Ah ! oui.c\u2019est une ennemie de Suzy, une envoyée du Guépéou, una émissaire de ces damnés bolcheviks.Ah ! tu viens ici pour asassiner Suzy, misérable ! Et tu crois que je te .aisserai faire ?Henri de Vilaret, le sang aux yeux, écumant, se jeta sur Claude, terrifiée, la prit à la gorge.\u2014 Tu vas mourir, chienne.je vais t\u2019immoler au chevet de Suzy que tu as poignardée, scélérate !.C\u2019est en vain que Claude se débattit.Il serrait encore que Claude n\u2019était déjà plus qu\u2019un cadavre entre ses mains furieuses.Et toujours il secouait ce corps pantelant, haletant à présent de t jutes ses forces, appelant à l\u2019aide, criant qu\u2019il fallait venger Suzy.Les serviteurs, éveilés en sursaut, accoururent : la femme de chambre, la cuisinière le chauffeur.A leur vue, Henri se calma, jeta à terre le corps inanimé et dit froidement : \u2014 Elle voulait tuer Suzy.J\u2019ai fait justice.Dites à Claude que nous nous marierons dans quinze jours et que Simone sera sa demoiselle d\u2019honneur.Puis, sans que rien pût faire prévoir ce nouveau geste dément, Henri de Vilaret, allant à la fenêtre, l\u2019ouvrit toute grande, jeta vers le ciel une clameur insensée et, enjambant le balcon, se précipita dans le vide, en disant : \u2014 Me voici, Simone.allons vite à l\u2019église.Sur le trottoir, avec un bru\u2019t sourd, s\u2019écrasa le corps.Lorsqu\u2019on accourut, on constata que le comte de Vilaret était mort, le crâne fracassé.IX \u2014 Suiy Percy renonce trop tard à sa vengeance Dans l\u2019hôtel de la rue Fortuny, à cette même minute Suzy causait avec Antonio.\u2014 Oui, mon cher mari nous quitterons Paris dès demain, puis la France.« Vous savez tout ce que j\u2019ai fait et vous m\u2019approuvez., « Mais moi, je me blâme.« En revenant de Colombes ici, j\u2019ai réfléchi.« M.de Vilaret m\u2019a fait pitié et je regrette d\u2019avoir exercé ma vengeance contre lui.« Il a dû rentrer chez lui, se quereller avec sa femme et finalement pardonner.« Eh bien ! toute réflexion faite, moi aussi, je pardonne.« L\u2019écoeurement et le mépris ont étouffé en moi toute pensée de vengeance.« Que M.de Vilaret vive avec sa femme.« Qu\u2019ils oublient que leur bonheur est dû à un crime et qu\u2019ils continuent leur lamentable existence.\u2014 Et votre réhabilitation, Rosario?\u2014 En ai-je besoin à vos yeux.Antonio ?.\u2014 Vous savez bien que moi j ai cru tout de suite et toujours à votre innocence.Mais pour vos amis.\u2014 Me du Gange sait à quoi s\u2019en tenir 47 et aussi ce mystérieux M.Patin qui.le premier, me mit sur les traces de la criminelle.« Que me fait l\u2019opinion des autres.« Nous allons retourner au Brésil, Antonio, et mon unique but désormais, sera de vous rendre heuteux.\u2014 Ma chère Rosario, je suis pénétré de joie et je ferai vos volontés, mais re croyez-vous pas que la misérable oui a tué sa soeur ne mérite î.n châtiment ?\u2014 Henri de Vilaret est désormais seul .uge.Elle prit l\u2019aveu de Mariette, déchira c papier en mille morceaux.\u2014\tQue faites-vous, Rosario?.Cet aveu prouve votre innocence.\u2014\tEt la culpabilité de Claude de Vilaret, je sais.Mais comme je n\u2019ai pas l\u2019intention de me servir de ceUe arme, je juge mutile de la laisser traîner.Ce papier pourrait s\u2019égarer, être lu.et il en résulterait des ennuis pour tout le monde.« En le détruisant, c\u2019est le passé que j\u2019anéantis avec tous ses souvenirs douloureux.Elle tendit ses deux mains à son mari, qui l\u2019attira contre lui et la prit dans ses bras.\u2014 Oui, ma Rosario bien-aimée.Vous avez raison de bannir de votre mémoire ces tristes souvenirs.Votre grand ami vous aidera à oub\u2019 ir totalement et son amour veillera désormais sur vous.\u2014 Mon cher Antonio.Us s\u2019embrassèrent longuement ; puis, le premier, Antonio Gomez aborda une question qu\u2019ils avaient négligée.-\u2014Et cette Mariette, lui faites-vous grâce aussi ?«Joao m\u2019a paru de furieuse humeur ce soir et peu disposé à partager votre clémence.« Il serait bon de partir au phis vite, de crainte que ce brave garçon ne commette quelque sottise.\u2014 Il n\u2019en aura pas le loisir.Mariette ne tardera pas à expier ses trahisons.\u2014 Comment cela ?\u2014 Elle va être obligée de dire la vérité su.ce qui s\u2019est passé à Colombes à l\u2019homme qui est son protecteur actuel.Elle sera contrainte d\u2019avouer qu\u2019elle a signé ce terrible papier dans lequel elle accuse formellement de meurtre son protecteur.\u2014 Oh ! oh ! cela va en effet amener de la brouille dans le ménage \u2014 Ou l\u2019homme se débarrassera immédiatement de Mariette sous la poussée d\u2019une colère furieuse, ou il pardonnera, et tous deux quitteront à l\u2019instant Paris et sans doute la France.«Jean Bardier, vous le voyez, ne pourra se venger de Maria Guilleret.« C\u2019est l\u2019autre qui le vengera .\u2014 Oui, mais sa réhabilitation ?\u2014 Il partira avec nous, et les beaux yeux de Mercédès se chargeront de lui faire oublier, et sa réhabilitation, et ses projets de vengeance.«J\u2019ai dit à Mercédès que, le jour de ses noces avec Joao vous lui feriez don d\u2019une de vos fermes du Brésil.\u2014 Certes, avec joie.Et pour Joao, que ferons-nous ?\u2014 Joao n\u2019accepterait rien.Il sera du reste trop heureux d\u2019épouser Mercédès.« Sur ce, mon cher Antonio, comme il se fait tard.\u2014 Oh ! c\u2019est vrai, vous devez être fatiguée, ma chère Rosario, je vais vous laisser gagner votre chambre.\u2014 Notre chambre n\u2019est-ce pas, An-
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