La nouvelle barre du jour, 1 janvier 1978, Janvier
[" copay an Fey ov dal Yer à Tu 0 .= a x RTE 17 \u2014 ack Se pre > ee Cr CAE Naren irr x Si an Ans re « pe Serre po) sr Aras nS ST Ne 2 a re 4 Tg FED cr 2 ph SAMS I> Sr Ip Ws Am A In Mpls en Pa mate fe pacte ce a Ty = Ce Fe LS zy FES Sgt gi ~ pot Le ae Fa EE Se) pages = a > , = Pens YS pire, EAS am at ee ve Lu oe Py ER WPT CIO NNN a pus RON he RI Lu VF = miseries apres SA Sai Rams.x CS: SS en sexe criteres cer eZ arr = x Be prt ras ame £33 a apps =r at EE rer paras es ce a re oe hd goo Tees ora mate = Cm Eta \u2014 nt Ra zr rc Nea pr rca qi M es a I Ni ras pots v.Re) Pa mer eo tery pee Fest La tr = \u2014 : ee en pc, > > * a Bibli NS & ES .- + ps 1e \u201cN gs oth ~ Ê 24 & ar Fe Né 4 bg A= D 7 pou Z i 4 Be 5 8 que at , iq ¥ ie l ET R rte eu te _ \u2018Lie Sle Coy iE ea R ee = ce 7 ct >t % Lx =?fe 4 it onale du Que wo\u201d Lis be Ha ess \u2014 \u2014_\u2014 eee, nos a EE rar mar et \u2014 +.geome = ter ee be Eres say Bl Bais i pes ME Se J._- = me _- \u2014 - LEE SET iS Cp 3 rage oye RR e NI 8 a rr.2e a PRIOR Ren SL POP _ JANVIER 1978 en SR aa : : ; : | : AIL So : \u2019 em RETR prope Ty ES ETI a ENR ETS = ee reg size a.EÉ Sea 2 te Fah = et po SET Ta oe Per sea Xo a era] aE x =e =.= \u20ac ENS 3 x raie RIVES pen hb Re ERE __ ao ZY ES Ta Ey \u2014 EOC: x = = pre no - it = ELE Eau Bitar at) x pere Les a pro = - Lo Er Rare pce peter rt REE SI Ro roe fr 7.= scene asp a oe x BR - \u2014\u2014\u2014 \u2014\u2014 ee bt la nouvelle barre du jour : it tt la pensée { textes accompagnés d\u2019encres de Michèle Deraiche LA NOUVELLE BARRE DU JOUR NUMÉRO 62 JANVIER 1978 Secrétaire de la rédaction : Jean Yves Collette Collectif : Nicole Brossard Michel Gay Jean Yves Collette Conseil graphique : Michèle Devlin Commentateurs: Michel Beaulieu Normand de Bellefeuille Claude Beausoleil Hugues Corriveau Nicole Deschamps Pierre Nepveu Jean Royer France Théoret Distribution exclusive : Diffusion Dimédia Inc.539, boul.Lebeau, Saint-Laurent, Qué.(514) 336-3941 Toute correspondance doit être adressée à : La Nouvelle Barre du Jour, C.P.131, Succ.Outremont, Outremont, Qué.H2V 4M8 Les auteurs sont priés de n\u2019envoyer qu\u2019une copie de leur oeuvre, les documents n\u2019étant pas retournés.Les auteurs des textes que nous publions sont seuls responsables des opinions qu\u2019ils émettent.La reproduction des textes et des illustrations paraissant dans la Nouvelle Barre du Jour est strictement interdite.Dépôt légal \u2014 Premier trimestre 1978 Bibliothèque nationale du Québec ISSN 0005-6057 21 30 41 51 71 76 99 105 111 SOMMAIRE Le fond des lacs Jean-Pierre Guay Terre de feu Michel Morin Claude Bertrand Faux du cerveau réséqué\u2026 Mario Campo Guy Lafleur pense et compte Michel Beaulieu Un nerf d\u2019aller Michel Gay La conscience Louis-Philippe Hébert Une pensée lointaine Adèle B.La Pensée à Réticunrr de Gur Jérôme Elie Le souffle coupé Nicole Brossard Messages sur un état d\u2019esprit Pierre Nepveu Saccades, Saccages, enfermement Michel Gay CET TRAY, As Jean-Pierre Guay À a AJ à SN = oy Ce a at An Bo # STAN Le fond des lacs sued ey NF C0) Là Ne a p< NY = = =.= = = \u2014æ\u2014 = \u2014- \u2014 \u2014 \u2014 oo co WR Au premier lac Tu en sors le corps débarbouillé.Il vente.Quelques minutes auparavant nous discutions de l'effet de la chaleur sur la solitude.Nous étions à peu près d'accord pour dire que la chaleur rendait la solitude plus supportable, en particulier les soirs d'été.Maintenant, tu ne dis plus rien, tu as vu le fond du lac et l'envie t'est venue d'échouer dans le sable.Au deuxième lac Les mots nous semblent tout à coup superflus.Il s'est mis à pleuvoir, nous écoutons la pluie tomber sur le toit de la cabane.Quelque chose de presque indicible commence à se produire, mais il est trop tôt pour en parler.Au troisième lac La hauteur des montagnes nous émeut beaucoup.Ici, la terre est plutôt sablonneuse.Je voudrais savoir à quoi tu penses, ou encore s'il te vient des idées comme ce fut le cas le jour où nous nous étions assis sur les rochers au bord de la rivière.Mais te voilà de nouveau en train de nager sous l'eau, je ne te vois plus. Au quatrième lac Tu parles d'un long voyage sur | un autre continent.Je ne sais pas s\u2019il s\u2019agit d'un voyage qui est déjà fait ou qui reste à faire.Peu importe: le goût d'un dépaysement profond nous gagne petit à petit, il faudrait partir, nous en aller d'ici.Au cinquieme lac Les truites sont grosses.Nous attendrons qu'il cesse de pleuvoir pour les manger.En discutant, dans l'auto, on s\u2019est rendu compte qu'il nous importait assez peu d'avoir des opinions sur tout et sur rien.Mais alors?Au sixième lac C'est a la fois en deca et au dela des mots que tout se passe.Il faudrait nous taire le plus longtemps possible.Puis nous nous retrouvons de l'autre côté du lac: rencontre fortuite et échange de points de vue.ÿ Les mots reprennent leur sens, nous nous sommes bernés nous-mêmes.Que .i , i Situation tendue.Si on n'a rien à | i, se dire, aussi bien s'en retourner chacun de son côté.I n'en est pourtant pas question, quelque chose nous tient rivés l'un a l'autre, il s'agit de trouver quoi.Au septième lac: Den ie Hi itp 6 Au huitième lac La conscience partagée d'un certain bien-être.Il y a un quai de bois sur pilotis qui s'avance au milieu du lac.En quelques pas nous y sommes.Tout devient fragile entre nous, un mot de trop pourrait tout briser.Au neuvième lac Au bord de l'autoroute.On ne s'est rien dit d'important.La journée tire à sa fin, il va faire nuit dans moins d'une heure.Six mois plus tard C'est l'hiver.Je ne sais plus ce que tu deviens.Aujourd'hui je me suis rappelé qu'en sortant du premier lac.ce jour- làd, tu m'as dit que tu ne savais plus quoi penser de la vie et que, de toute façon, le mieux était de n'en rien penser.À quelques nuances près j'étais de ton avis et je le suis resté.Mais semble-t-il que ça ne se dit pas. h - [ated Liki > = < n \\ Terre de feu 8 x ; Michel Morin Claude Bertrand A= «Claire dans la nuit, autour de la terre errante, lumière d\u2019ailleurs.» Parménide, fragment XIV [ Al - AY PN 7\u2019 at = 3 § D dl d Ju I Se le i dik 7, Terre de feu, ainsi nomme-t-on cette pointe extrême de l\u2019Amérique du Sud qui marque le seuil de la zone antarctique.Là s\u2019achève un continent, revenant presqu\u2019entièrement sur lui-même.L'extrémité la plus méridionale, en ce point paradoxal, rejoint presque l\u2019extrémité la plus septentrionale, comme si le feu tropical à son degré le plus élevé d\u2019incandescence sous l'effet de quelqu\u2019étrange transmutation irradiait soudain en un éclair glacial.Extréme chaleur, extréme froideur, pôle sud, pôle nord, fusion glaciale des extrêmes.Infaillible alchimie d\u2019où jaillit la pensée, claire et pure.La terre tourne et revient sans cesse sur elle- même.Comment dire où commence et finit ce perpétuel devenir?Comment dire surtout vers où, vers quoi il devient ainsi, puisqu'aussi bien nous aussi devenons, nous aussi sans fin venons et revenons, naissons et mourons et naissons à nouveau?Tous tant que nous sommes.À cette vérité nul n'échappe.Voilà peut-être le savoir le plus commun, mais qui l'entend ainsi?Tous et personne à la fois.Tous, en ce que chacun sent son destin lié à celui de la terre à laquelle il appartient et à celui de l\u2019autre qui y appartient aussi: suprême égalité.Et personne, en ce que peu d'individus poussent jusqu\u2019à la connaissance, jusqu'au savoir, ce sentiment aujourd\u2019hui si commun.Aussi est-ce confusément et contradictoirement que les hommes d\u2019aujourd\u2019hui sentent que chacun d'entre eux est en même temps tous les autres, et qu\u2019au regard d\u2019une telle 9 justice, chacun vaut autant que tous les autres, l\u2019exception étant ici la règle.Le cycle des révolutions dans lequel nous sommes entrés depuis la révolution de 1789 correspond à l\u2019émergence parmi les hommes de ce sentiment de profonde solidarité à la fois générique et tellurique, dans le droit reconnu à chacun de se voir considérer ainsi que l'aboutissement, c\u2019est-à- dire le représentant suprême de l'espèce tout entière.C\u2019est à cette nouvelle conscience de l'espèce que peut être lié le caractère révolutionnaire de notre époque.Aussi l'expansion de l\u2019idée révolutionnaire depuis le début du XIXe siècle n'est-elle pas d'abord relative à des circonstances historiques ou à des conditions matérielles.Si l\u2019on peut admettre leur intervention, c\u2019est à un niveau où rien de décisif ne saurait advenir, soit celui de l\u2019histoire dont Hegel acheva la représentation en une vaste récapitulation.À ce niveau, qui est à proprement parler celui des apparences, l'événement révolutionnaire ne fait jamais que mettre en scène , en en modifiant les décors, les accessoires et les personnages, la même représentation dont pourtant, depuis Hegel, le dénouement est toujours déjà connu.À travers la succession ininterrompue des apparences, toujours nouvellement mises en scène par l\u2019histoire, passe un mouvement, se décèle un rythme.La rétrospection hégélienne met à jour ce mouvement et dévoile son rythme dans la scansion ternaire de la dialectique qui, à travers la médiation ou l\u2019auto-négation de l\u2019immédiateté, 10 permet à celle-ci de revenir enrichie à elle-même.Le rythme n\u2019est jamais ainsi que celui d'un retour, dont le détour n\u2019est qu\u2019un moment, comme si l\u2019un qui indéfiniment se divise en deux n'avait d'autre désir que de revenir à lui-même, mais d\u2019y revenir, et cela n'est pas sans importance, autre et autrement.Mais si le rythme est bien celui d'un retour, si tout revient ainsi, comment assigner sur la courbe de ce cercle le lieu de l\u2019autre, soit le lieu proprement dit de l\u2019enrichissement, de ce qu'en termes plus modernes on pourrait appeler le progrès, à moins que l\u2019autre ne soit que l\u2019Idée pure du cercle à elle-même révélée dans le Savoir absolu, ce qui peut-être signifierait la rupture du cercle et le saut au-delà?Que la terre tourne et qu'ainsi tout éternellement revienne, nous le savons depuis Héraclite.Mais qu'elle tourne en s'enrichissant, devenant toujours plus qu\u2019elle-méme, toujours autre a ses propres yeux, voila ce que nous ignorions.La philosophie de Hegel, comprenant le mouvement, le devenir ainsi que la vérité de toutes choses, s\u2019approchait de la conscience briilante du retour éternel du même.Mais s\u2019il fallait à cette philosophie que le même soit en même temps l\u2019autre, que l'Idée ne se soutienne que de sa médiation, de son aliénation, s\u2019il lui fallait ainsi toujours enchaîner l\u2019un à l\u2019autre, c'était peut-être que la conscience de la circularité de l\u2019Être et de la fatalité de son retour ne pouvait advenir sans inscrire subrepticement ce cercle sur une droite commençant en un point et finissant en un autre.11 Pourtant, au VIe siècle avant le début de notre ere, Héraclite n\u2019écrivait-il pas: «Cet univers identique pour tous n\u2019a été créé par aucun dieu, ni par aucun homme, mais il fut toujours, est et sera un feu éternellement vivant, s\u2019allumant avec mesure et s'éteignant avec mesure.« (fragment 30)?Or c\u2019est bien de notre ère, marquée du signe de la démesure, de notre ère datée du début du christianisme, que Hegel achève la conscience.C\u2019est donc bien de la conscience chrétienne qu\u2019il referme le cercle, tentant même d'\u2019y faire collaborer la philosophie des Grecs d'avant Socrate.Achevant cette conscience, Hegel inscrivait sur un cercle ce qui justement s\u2019était constitué de son déni, puisque le christianisme s\u2019était évertué à briser la courbe, la faisant chuter vers le bas, de l\u2019au-delà à l\u2019ici-bas, enserrant le devenir des hommes entre deux points par on ne sait quel miracle soustraits au devenir.Comment dès lors le cercle de Hegel pouvait-il ne pas ressembler étrangement à une droite?Or l\u2019achèvement du christianisme, sa culmination paradoxale dans la circularité depuis toujours déniée, ouvrait à la fois l\u2019ère des reprises laïques, c\u2019est-à-dire historiques, du christianisme, ainsi que celle du retour du cercle infernal du devenir dont Héraclite nous avait livré au tout début de la pensée occidentale la fulgurante intuition.A l\u2019aube de notre ère, Hegel se divise donc en deux.D'un côté, Marx allait profiter avec une vigueur étonnante du sursis qu'\u2019offrait à l\u2019histoire chrétienne de l'homme occidental la ligne droite 12 subtilement réintroduite par Hegel.Alors que, dans ses premiers écrits, le communisme n\u2019est encore que le mouvement dans et par lequel la conscience cherche à coïncider avec l'être générique, dans ses écrits postérieurs, le communisme se verra investi de toute la réalité d\u2019un but assigné à l'humanité dans son devenir historique.L'histoire va donc culminer dans ce qui se trouvait dès lors désigné comme sa fin.Peu importait à Marx que tout puisse continuer de venir et revenir une fois le but déclaré atteint, peu lui importait qu\u2019une fois instaurée la société communiste puissent continuer de revenir les souffrances et les défaillances des hommes, et qu'avec elles puissent encore faire retour conflits et guerres, suivis de paix fragiles, puisqu'aussi bien n\u2019était-il question un fois de plus que de faire miroiter aux yeux des hommes les plus souffrants la perspective d\u2019un salut.Non, affirme Marx, tout ne fait pas ainsi incessamment retour, Sisyphe n\u2019est pas rivé à sa pierre, puisque Prométhée s\u2019est emparé du feu et qu'il attend son heure pour enfin l\u2019apporter aux hommes et en faire ainsi les maîtres du feu, c\u2019est- à-dire de la terre elle-même.Au christianisme Marx apportait donc plus qu\u2019un complément, une suite à nouveau à l'usage du peuple ainsi qu\u2019au temps ancien de l'empire romain, au delà du détournement au profit d\u2019une culture de plus en plus raffinée qui s\u2019était perpétré au cours des siècles.13 Or toute révolution, füt-elle tendue vers un but, est nécessairement renversement, c\u2019est-à-dire fléchissement, recourbement de la ligne droite.Toute révolution fait tourner la roue: c\u2019est la réalité du mouvement, la circularité de son devenir, qui soudain s'empare des hommes et leur révèle en un instant la fatalité de leur condition d'êtres indépassablement rivés à la roue.C'est ainsi la vérité de la servitude essentielle qui les lie à la terre, à ses révolutions incessantes, et les lie les uns aux autres dans la reconnaissance muette et consternée de cette vérité, qui fait retour alors dans la conscience des hommes.Mus par cette conscience toujours neuve, les hommes partent alors, massivement et collectivement, à la conquête de ce feu tellurique qui les tient en sa dépendance, comme si ce qui les emportait ainsi allait leur permettre de briser, d'interrompre enfin une fois pour toutes l'infernal mouvement.Mais incapables d\u2019y parvenir, ils s\u2019y trouveront plus encore que jamais enchaînés.La projetant, l\u2019exilant alors loin au dessus d'eux en un symbole vide ainsi qu'un astre mort, en un concept exsangue et tautologique, ils se mettront à vénérer la roue, à la craindre, possédés , dominés par cela même qu\u2019ils avaient cru pouvoir soumettre.Si toute révolution fait ainsi revenir la roue, l\u2019implacable vérité qui s'impose alors est tout aussitôt rejetée.Marx l'avait compris qui, liant la conscience à l'acte, l\u2019enchaînait du même coup à son retour éternel.Aussi dut-il, par un véritable arrêté de la raison, dépasser en un saut périlleux cette fatalité, instituant l\u2019acte unique de la révolution en norme indépassable et intangible de tous les 14 actes.Ce que certains ont identifié chez Marx comme décision de scientificité n\u2019est ainsi que l\u2019effet d\u2019un sursaut horrifié de la conscience marxienne devant ce qu\u2019elle avait jusque là mis en marche, ce qu\u2019elle avait commencé de faire tourner, la roue de la révolution perpétuelle qui, telle un fatalité, aurait enchaîné les hommes à leurs actes ainsi que Sisyphe à sa pierre.Au delà de l\u2019horreur le sursaut de Marx allait se dissimuler sous cette fallacieuse décision de scientificité qui, pour mieux protéger les hommes du spectre de la roue, allait lier leur destin à une science de la révolution, comme s\u2019il était possible d'appeler à la scientificité, de promouvoir à la science, ce qui, en sa nature même, met toute science au défi de se constituer.La tromperie consistait à faire croire qu\u2019une science de la roue pouvait en enrayer la conscience.De son côté, Nietzsche allait se rendre pieds et poings liés au supplice, fasciné par l'éclat du feu, et sacrifier sa raison à l'éternel retour du même.Vouloir le plus intensément chaque instant qui vient, dans chaque instant qui vient vouloir l\u2019instant qui revient.Vouloir la vie, dans sa tension la plus exaltée, mais vouloir aussi la mort dans sa fatalité la plus inéluctable.D\u2019un côté l'inspiration, l\u2019extase, l'attrait des cimes élevées, Sils-Maria.D'un autre côté, la fatigue, la maladie, la déréliction sur les rives désertées d\u2019une Méditerrannée morte.D'un côté le souffle qui emporte, de l\u2019autre la terre ancestrale qui retient.D'un côté la suprême maîtrise, le maître défiant la mort et sur- 15 montant la terre, traversant le pont qui mène au surnomme, de l\u2019autre l'esclavage, l\u2019esclave rivé à sa peur de la mort, cherchant dans le travail une voie de salut, mais n\u2019y trouvant que la solidarité décevante des enfants de la terre et de la misère.Nietzsche errant, poursuivi par les fantômes de sa propre puissance exacerbée, cherchait en quelque Grèce, depuis longtemps hélas ensevelie, la pureté d'un nouveau classicisme, la mesure et l\u2019équilibre des formes apolliniennes.Là où Marx s\u2019était ressaisi dans l'instauration d'une science de la fin du monde, Nietzsche allait se laisser emporter, incapable de résister à l\u2019attraction de ce qu\u2019il tentait pourtant d'apprivoiser.Vouloir ce qui vient n\u2019est jamais que vouloir ce qui revient.Vouloir la maîtrise, c\u2019est toujours aussi vouloir l'esclavage.Dans son refus du socialisme et de la démocratie, Nietzsche ira jusqu'à vouloir paradoxalement leur extension la plus complète, leur réalisation la plus totale, afin de mettre en place les conditions les plus propices à l'émergence d\u2019une nouvelle maîtrise.Dialectique diabolique s\u2019il en fut, proche en son fond de celle de Marx, à cela près, qui fait toute la différence, que Nietzsche allait avouer et faire éclater à la conscience ce que Marx s\u2019était évertué à lui faire refouler, ne craignant même pas de s\u2019avancer sous la figure à peine voilée de Zarathoustra ainsi que ce nouveau maître attendu par l\u2019humanité.Mais Nietzsche mort, sa raison éclatée, l\u2019ombre du grand maître allait continuer de hanter certains esprits désireux de s'approprier ainsi qu'un secret depuis trop longtemps tenu caché, la folle vérité qu\u2019il avait dévoilée et à laquelle il avait sacrifié sa raison.16 La vérité de la roue qui, pour Nietzsche, ne se dévoilait encore qu\u2019en se voilant, allait se voir partout arborée et proclamée sous la forme d\u2019une croix brisée, la blanche croix de Malte tordue, presqu\u2019incurvée de manière à figurer le svastika.Un petit soldat autrichien, en mal de restauration de la grande Allemagne, dans la conscience retrouvée de son destin de domination de la terre entière, avait compris la force tellurique de ce qui n\u2019émergeait encore chez Nietzsche qu'à travers la force symbolique de l\u2019oeuvre poétique.Ce que révélait la poésie à travers l\u2019héraclitéisme exaspéré de Nietzsche, la politique allait en faire le symbole, le sceau d\u2019un Etat voué à l\u2019instauration d\u2019une race de maîtres sur la base de l\u2019asservissement de tous les peuples, mais aussi de l\u2019expulsion, de l\u2019extermination du peuple juif, peuple du Livre, devenu porteur en ce monde germanique d\u2019une trop étrange intellectualité.Les camps de la mort sont les camps du devenir exilé à l\u2019ombre de la roue, figure d\u2019un destin inexorable.Ce que l\u2019invocation de la dialectique marxiste et de sa trompeuse scientificité allait permettre de dissimuler sous des dehors humanitaires et philantropiques, la dialectique exacerbée de Nietzsche allait le faire apparaître à travers sa caricature trop réaliste: car le supplice et la torture sont la vérité de la roue.En ce sens, si Nietzsche va plus loin que Marx dans l'audace de son délire, Hitler, dans la systématisation avouée de la torture, va plus loin que Staline: il ne craint pas de proclamer nécessaire ce que Staline cherchait à dissimuler à travers sa justification dialectique.De manière à échapper à 17 la révélation, à la reconnaissance en pleine lumière de cette vérité indépassable de la roue, l\u2019Occident «libre»allait se lier, en s\u2019alliant avec la Russie contre l'Allemagne, avec ce système qui n\u2019avait comme seul avantage sur l\u2019autre que d\u2019'apporter la caution de la liberté à la torture instituée sous le signe de la roue.Ouvrant la voie au socialisme par une telle alliance, l'Occident ouvrait la voie à ces camps de l'esprit qui allaient se développer en son sein, pour mieux empêcher, bloquer l\u2019aveu d\u2019une vérité qui le faisait reculer d'horreur.L\u2019ennemi maintenant est dans la place, il ne peut être contourné ni évité.Le combattre revient à le renforcer.L'attaquer lui permet de reprendre ses forces.Le critiquer fait depuis toujours son jeu.Il nous faut donc sauter au-delà, refaire le saut périlleux de Marx, mais cette fois en toute connaissance de cause, ne laissant jamais la roue du regard, la fixant au contraire ainsi que cela même qu'il faut surmonter, non pas «dialectiquement», mais en un éclair, d'un coup, naturellement et souverainement.Si la terre tourne, et si tout vient et revient sans cesse depuis toujours, la vérité de l'homme consiste d\u2019abord à prendre part à ce devenir, à retrouver son appartenance et sa solidarité telluriques; mais elle consiste en même temps à sauter au-delà de la terre, du côté de ce que Hegel appelait déjà le royaume de l'Esprit, l\u2019Idée absolue.Seule l\u2019affirmation de l'Esprit en ce qu\u2019il a d\u2019éternel et d\u2019absolu peut permettre, sans le nier ni le déconsidérer, de dépasser l'instant, non plus en l\u2019assumant ni en l\u2019intégrant, mais en sautant au-delà, sans effort, dans ce domaine de la décision pure 18 où l\u2019être se démarque radicalement et sans transaction du non-être, pour affirmer que ce que la Raison affirme dans l'instant où elle l\u2019affirme est suprême et indépassable, soustrait au devenir, à la succession des instants et à la multiplicité des phénomènes.L'histoire alors ne saurait plus avoir cours.La révélation du cercle fait éclater sa ligne droite, en dévoile la supercherie.Seul désormais s'ouvre le champ, le domaine intangible de l\u2019anhistoire.À distinguer avec netteté et intransigeance de toute dérive mystique qui toujours plus livre et abandonne les hommes à la roue à travers métempsychoses et métempsomatoses indéfinies, comme si l'espèce n\u2019avait pas la possibilité d'échapper à l\u2019irrationalité du devenir.Plutôt, oui plutôt, par le concept affirmer la réalité de cet autre monde de l\u2019Esprit où l\u2019être humain peut parvenir à l\u2019inébranlable certitude de 1'Etre, au-delà de toute symbolisation, de toute représentation, de toute historicité, de tout sens humain: car le sens advient dans le pur éclat du concept logique, ontologique.Cet éclat de la raison que Hegel avait vu briller, il l\u2019avait tout de même lié, livré au devenir, bien que toujours tenté de le rendre à sa vérité, à sa nature propre.C\u2019est que Dieu, le Dieu chrétien, le hantait toujours.Mais comment nous maintenant pourrions-nous encore y croire?Comment nous maintenant, à l'extrémité de l\u2019histoire, pourrions-nous encore croire?Il s\u2019agit de penser et non de croire: or il n\u2019est point de pensée qui ne soit transie de Raison.19 Suffisamment d'hommes aujourd'hui, croyant à la roue, ont cru devoir s\u2019y sacrifier pour qu\u2019éclate sa vérité.Mais cette vérité devait être établie et démontrée.C'est celle-là qu'il nous faut aujourd\u2019hui définir, en retrouvant la simplicité primordiale de la formule parménidienne: «Ce m'est tout un par où je commence, car là même à nouveau je viendrai en retour.» (fragment V).Ainsi, tant que tournera la terre, tant que la parcourra le feu inextinguible qui en elle n'a de cesse de s\u2019allumer et de s\u2019éteindre, elle reviendra en ce point où soudain manque la terre à l'extrémité d'un continent, où soudain le feu, dirait-on, s\u2019étant éteint, tarde à se rallumer pour jaillir tout d\u2019un coup au large, à mi-chemin des deux pôles, en une flamme étrangement plus claire que toutes les autres, ainsi que l'étoile polaire dans le champ des étoiles, une flamme glaciale, une irradiation froide, un iceberg immobile ainsi que la sphère de Parménide, pur domaine de la vérité incorruptible: «Nécessaire est ceci: dire et penser de l\u2019étant l'être; il est en effet être, le néant au contraire n\u2019est pas: voila ce que je t\u2019enjoins de considérer.» (fragment VI).Terre de feu, pure blancheur de I\u2019 Antarctique. Faux du cerveau réséqué mais d\u2019un pas de course se laisse supposer \u2014_\u2014\u2014y [Por Ey Mario Campo Ss Ey Ty 7 | ea \u2014 7 0 1 à ; NN, LEH j Xe [3 - 7 NY LING WN 1/ NN /] S oN I | =i) A SNE 3 EIEN EU] be, iy A RY | $ c % % \u2018> «Ce qu\u2019il y a d\u2019encombrant dans la morale, c\u2019est que c\u2019est toujours la morale des autres.» Léo Ferré mot de jeux se devant d\u2019être enjeu, la pensée cette erreur ce contenu quelconque, certitude enrobée donc sans le savoir donc le non-sens détresse improviste s\u2019il gît rigide extravagant pour la première fois pour éviter réellement pour accomplir s\u2019il s'agit d'un changement contact paralytique.se constituant certains matins nous internaient en majuscule bibliothèque avant déjà.au même endroit à la même heure, suicimentés comme seule tentative dont devenir donc les mythes clichés chronologiques.lilas fondus focus en caméra cadre dispersif, entrouvert, à nouveau la dernière heure pendant partout possible.arrêt de vie pas précisément attitude plutôt gravement. signer chaque détail de la mort, peut- être plutôt c\u2019est-à-dire déséquilibre plus libre insupportable sur ses pieds.départ encore plus près d\u2019hier réanimé, traits du visage approuvés certifiés; au- jourd'hui parapluies-souvenirs d'alarme l\u2019arme sur la véranda, quoique chaque temps en sa chose chaque feuille morte tombée pour elle.reviendra-t-elle?fenêtre opale puisqu'elle y a longtemps, cinq heures et silence pavé même décor, y avait-on une chanson sur l\u2019asphalte, une histoire de rue?seuls à seuls soudain sans cesse décimaux chaque mot ou mille images.notre reflet ensemble tente de dormir le matin plafonné vaste à maintenir, couleurs qui suent.23 DE RARE EEE SEE PE l\u2019herbe haute jaune comme égarement, loi zoo indirectement l'oiseau car il nocturne dans le même masque, lumen hors-contexte céans vraisemblable mais inexplicable.ne plus être les seuls en règle générale l'un et (ou) l\u2019autre aucun n'importe quel même l\u2019un sans l\u2019autre.paupière foliaire très anciennement, même nitrure nixe n'importe qui n'importe quoi, des lambeaux-microbes aléaques cachés pour faire bonne figure, presqu\u2019ou crispés au désespoir au non-couleur r\u2019étoile récurée.se tenir en garde théoriquement, est-ce le héros posture?surtout remplir le rôle, douce rage endormie devenue menace, lèvre de part et d\u2019autre privée de douleur, vêtement sans corps sourire sans prévenir.24 puisqu'il comme il le faut faux pas, rentrer , nerfs d'acier dire tout sans suite.inoxydose intrans- gressable avec mes mon moi dans le dos tant miroités qu\u2019ils n'en valent plus la peine, sauf une phrase sur le mur: /a terre ne tient que par la tige d'une fleur.tard le matin absente mais siamoise, vocalises visées «nuits blanches en velours noirs», t\u2019ouïr tant toi temps de mourir d\u2019enfanter, toi sourire, se détester apprendre à s'aimer.limbée d'automne à travers le parc, depuis que nos vies antérieures se correspondent femme-larme sans toije.25 no woman s land, pendant que les ordinateurs rêvent je les cache entre les pages.je deviens clitorimane pour l\u2019ir- raréfiable.demain les maîtres pris à leur sale jeu au moment où te franchir de (hors) dimorphes, s\u2019éveiller enfin à l\u2019époque-époque noircir le blanc blanchir le noir.dix neuf huit sept six cinq quatre trois deux ( ) coexistence quiz autobus qui n'attend personne, encore comme décor.scène de rupture, les veines coupant le contact (a pensée ici action irrémédiable), sans oublier les photos d'arbres stationnés, sans importance, comme les enfants décongelés trop approximatifs.26 lorsqu'il s\u2019agit lorsqu'elle s'agite, la pensée cette aube prélude ce couchant interne, interné avec les signes échos avant- coureurs, fièvre folle frappe comme une traîtresse maîtresse, guillotine le sursis.sentir encore le sérum de vérité vnéthédrine» tentant l\u2019envoûtement d\u2019arracher un aveu du cri-abîme entre le coeur et le cerveau.heureux-triste nelli-gauvrose, force des choses lorsqu\u2019elles n'en sont plus.sang cerné poing virgule excentration entre (parenthèses) interrogation point.fausse folie entre des murs qui n'existent pas redoublement d\u2019impersonnalité imaginer l\u2019impensable la vraie vie (surréaliste) rue aylmer, chambre cohen \u2014«perdu dans les foules du métro, je cherche tes yeux.» provoquer le doute duel tétoimoignage, évoquer l\u2019arbre mort par la fenêtre de poésie.il était pourtant plus que vivant.aucune feuille n\u2019y poussait parce qu'il n\u2019était plus d'aucune saison.il pensait. seringue épointée en conclusion du manque de temps avant le lever du soleil pointe d'idée fixe classée plus tard à l\u2019admission.pensée qui rend l\u2019être mortel, matière illusion vacuum qu\u2019est la mort demain aura toujours été hier.écumer au bord du jour maitre de métal viole la veine agresse le cerveau fou braque, braquer le couteau sur la gorge de la peur.(évanouissement) mains du sommeil l\u2019une dans l\u2019autre somnambules synoptiques.baillement baillonné les rideaux déchirés, seul indice de réalité pensée préhensile se défile occulte hostile ausculte espoir au-delà c\u2019est-à-dire de l\u2019autre côté de la toile (représentant une allée, bordée d\u2019arbres hauts et étranges qui se perdaient à l'horizon.) 28 syndrome emprisonné dans mes cellules doute ouvrable l'oreille sous le froc l\u2019évider d\u2019évidence, confession sans doute lorsque la pression saccade bombe le coeur.astatique au même instant ailleurs les larmes cachent son visage, ne pouvant supporter mon ubiquité dans la maison vide.peur maculée de rouge de superstition parachute qui ne s'ouvrira pas, impact qui n\u2019aura pas lieu le réveil-matin ou difficulté technique d'être, fin inconnue sans doute étrangère.n\u2019alphadir omzéganith décrocher réellement silence des barbelés, total et secret, franchir la grille de sortie, pensée délivrée, allumer une cigarette et voir comme d'habitude I'autobus arriver.\u2014 Hopital St-Jean-de-Dieu, Pavillon St-Dominique Août 1973 \u2014 Montréal, Octobre 1977 Guy Lafleur pense et compte Michel Beaulieu Incredible as it may seem, it is a well known fact that those bastards have produced some of the world\u2019s finest hockey players.(Lord Durham, 1838) I was born in Boston but I decided to live in Montreal when it became obvious that in the long run the Bruins would never beat the Canadiens.(Carol Dunlop, 1968) Rien ne me semble aussi pénible à l'homme, quel que soit son sexe, que la conscience de n'avoir aucune prise sur son destin si ce n'est la conscience en quoi il est différencié des «animaux»: celle de sa propre mort.Il est déjà assez pénible de savoir que tôt ou tard la vie nous échappera sans avoir à la subir en plus quand elle nous tient.Par la force des choses, aucun humain, aucune créature vivante, n\u2019a jamais demandé à naître et, bien que certaines de ces créatures appellent sur elles l\u2019anéantissement , qu\u2019elles se suicident ou qu\u2019elles soient «suicidées» par leur contexte cellulaire, d\u2019abord familial puis socio-politico- économique (celui-ci d'ailleurs influant sur les premiers rapports qui s\u2019établissent avec le nouvel arrivant dès son entrée dans la cellule, d'autres aimeraient sans doute mieux la vie dans un contexte différent.Dès le départ.nous sommes infléchis, hors de toute «nature».Je n'inventerais rien non plus en affirmant que, dès le départ, nous sommes situés dans une perspective de pouvoir.Les traces que laisse notre premier entourage nous poursuivront, quand elles ne nous hanteront pas, jusqu'à notre dernière seconde de vie, consciemment ou pas, que nous le voulions ou pas, quoi que nous fassions de notre vie et quel que soit le point de ré-éducation où nous serons parvenus.Pour changer l'homme et ses rapports avec le monde, il faut partir de si loin que cette entreprise me semble relever de l'utopie.D'ailleurs, dans quel sens faut-il qu'il change et au nom de quoi quiconque peut-il se targuer de détenir quelque «vérité» que ce soit sinon dans ses intuitions). RE EEE D'abord: il m'arrivera, comme on l\u2019a remarqué dès les premières pages de ce texte, d'utiliser un vocabulaire pré-existant que les sciences dites de l'homme ont récupéré et dont le sens peut varier selon la science à laquelle il s\u2019applique aussi bien qu\u2019à l\u2019intérieur de chacune de ces sciences selon l\u2019école de pensée qu\u2019il détermine.Je n'appartiens à aucune école et les rapports interpersonnels me semblent aussi riches de significations que la lutte des classes dont on nous rabat les oreilles depuis plus d\u2019un siècle.Les églises, qu\u2019elles soient chrétistes ou marxiennes, ont toujours eu le don de fuir.Ce qui ne m\u2019empéche pas, loin de là, de voir qu\u2019il y a un problème à l\u2019échelle de la planète et que ce problème repose justement sur les antagonismes de classes ou, plus précisément, sur l\u2019application des mécanismes de pouvoir.Ensuite: cet article est un fourre-tout, une valise.Durant un temps , je me suis refusé au je puis j'y suis revenu.Celui qui écrit transmet une organisation du monde: la sienne.Mais nourrie de tout ce qui l'entoure.Il faut avoir l'oeil ouvert.Le mercredi 29 novembre 1977, en compagnie de Catherine H., j'ai assisté à la partie de hockey qui mettait aux prises les Canadiens de Montréal et les Penguins (faites l\u2019expérience suivante: téléphonez aux bureaux de la Ligne Nationale de Hockey, situés dans l\u2019édifice de la Sun Life qui trône sur le square Dominion de la «deuxième 32 ville française du monde» dont l\u2019équipe à remporté sa vingtaine de coupes Stanley depuis 1917 et demandez quels sont les titres, en français, des administrateurs de ladite Ligue; on vous répondra comme on m'a répondu que la Ligue est unilingue, ce qui signifie anglophone) de Pittsburgh.Tout peuple a besoin de héros.Non pas de ceux qu\u2019il mérite, comme on l\u2019a déjà dit, mais de ceux que l'Histoire lui prête.Les Patriotes de 1837-38, de même qu\u2019hélas la Conquête, font partie de l'inconscient collectif du Québécois, de la même façon que Maurice Richard ou Guy Lafleur.Nos héros sont des vaincus, des laissés pour compte qui se reprennent en maniant avec une exemplaire dextérité rondelles et bâtons.Les vaincus de l'Histoire se rangent derrière les vainqueurs.C'est pourquoi Maurice Duplessis a tenu si longtemps; c\u2019est aussi pourquoi les Canadiens ne peuvent pas perdre.On m'a dit que les Molson ont vendu l\u2019équipe non pas parce que celle-ci n'ayant pas remporté la Coupe Stanley durant trois saisons ses partisans la désertaient, mais parce que tout en la désertant ils cessaient aussi d'acheter les produits de cette famille de brasseurs.À la limite, être partisan permet de remporter la victoire ou de subir la défaite par personnes interposées.Une partie nulle a un effet dévastateur sauf si vous êtes partisan d\u2019une équipe perdante.Aux yeux de ses partisans, une équipe ne peut pas perdre ou si elle le fait, les raisons de la défaite rendent après coup celle-ci 33 ee HA LORE inévitable.Une équipe gagnante doit avoir en son sein des boucs émissaires, pas nécessairement toujours les mêmes, sur qui reposera le cas échéant l\u2019odieux de la défaite.Maurice Richard, par exemple, a toujours été le bouc émissaire par excellence des Canadiens non pas parce que son équipe subissait la défaite à cause de ses erreurs, mais parce que son désir de vaincre était tel qu'il assumait la responsabilité après avoir tout donné de n'avoir pas donné davantage.L'année 1960 a été marquée au Québec de deux événements d\u2019une importance capitale: cette année-là, en effet, a vu le début de la Révolution tranquille (mais je ne suis pas de ceux qui condamnent irrémédiablement Maurice Duplessis aux poubelles de l'Histoire) et la retraite de Maurice Richard.Ceux qui n'ont pas 30 ans ne peuvent imaginer ce que représentait le phénomène Maurice Richard.Adulé des foules, celui-ci accomplissait aux yeux du monde souvent l\u2019impossible.Sans le savoir peut-être, \u2014Àà ma connaissance, il ne s\u2019est jamais vraiment expliqué sur cette question \u2014, sans en être conscient, il portait sur ses épaules le destin d\u2019un peuple.À sa façon, il a contribué à remettre ce peuple sur le chemin de l'Histoire.À l\u2019époque quand même pas tellement lointaine où le numéro 9 des Canadiens coupait le souffle à ses partisans, les Québécois ne pouvaient pas reconnaître le rôle que Richard jouait dans leur inconscient collectif.Il n'est pas en effet nécessaire pour le héros de reconnaître le sens de son action pas plus que pour le peuple de 34 savoir qu'il en a été fécondé au moment où il en était le témoin.Mais une fois ce rôle reconnu, une fois que cette action a porté ses fruits, il me semble inimaginable (et pourtant tristement vrai) qu\u2019il ne bénéficie pas autrement d'un repos qu\u2019il a bien mérité.Les spectateurs plus jeunes lui réservent des ovations même s\u2019ils ne l\u2019ont jamais vu jouer (comme d'ailleurs les foules du Yankee Stadium en réservent à Joe DiMaggio, pourtant retiré depuis 1951, et sans doute pour de toutes autres raisons bien qu'on trouve chez les deux athlètes au moins deux caractéristiques communes: leur silence et leur capacité de faire sortir leur équipe de l\u2019impasse).La plupart des joueurs qui ont fait les beaux jours de la Nationale, voire des Canadiens, sont aujourd\u2019hui presque complètement oubliés s\u2019ils ne le sont pas tout à fait.Pourquoi pas Maurice Richard?Un joueur comme Gordie Howe, par exemple, aura compté presque deux fois plus de buts au cours de sa carrière que Maurice Richard ne l\u2019a fait.Mais il n\u2019a jamais transporté les foules comme Maurice Richard pouvait le faire d'un seul coup de patin.Volcanique, explosif et violent, supérieurement doué, celui-ci réglait ses comptes lui-même sur la glace et à coup de poings s\u2019il le fallait.Il a joué, ce qui est significatif, durant les 16 années de la grande noirceur, de 1944 à 1960, après deux saisons où les blessures l\u2019ont tenu au rancart.À une époque donc où les Québécois ne comptaient guère sinon quand même à leurs propres yeux.Quand il a eu fini de nous venger sur la glace de nos frustrations, la Révolution tranquille pouvait commencer: nous étions entrés dans l\u2019âge de la pensée.35 Ouvrons une parenthèse, la plus large possible: j'ai toujours été fasciné par les ressources de cette machine qu\u2019est le corps humain et non pas tellement par les prouesses sexuelles dont la publicité, si souvent subliminale, nous vante les mérites.Les ressources dont je parle, curieusement, sont celles que permettent d'\u2019entrevoir les agrandissements photographiques publiés à certains moments par des revues telles que Life.Il y a 38 ans, cette revue, défiant les codes alors en vigueur aux Etats-Unis, avait publié une série de photographies tout à fait innocentes à nos yeux d'aujourd'hui sur le phénomène de la naissance et avait ainsi suscité de très vives réactions de tout ce que notre voisin comportait de censeurs.Il s\u2019agissait pourtant d\u2019une donnée de base à laquelle aucun de nous n'échappe: nous sommes nés et, pour naître, il a bien fallu que nos parents fassent ensemble ce qu'il est convenu d'appeler l\u2019amour.Quand, pourtant, cette même revue a publié, au milieu des années '60, des photographies de parties du corps humain telles que le cuir chevelu, les pores de la peau, le fond de l'oeil ou le conduit auditif, des photographies toutes plus innocentes les unes que les autres, il n\u2019y a pas eu que je sache de protestations; au contraire, les gens étaient tout à fait fascinés.C\u2019est pourtant là que réside le vrai scandale, si tant est que nous devions nous scandaliser de quoi que ce soit de cet ordre de valeurs: dans ce qui nous est le plus propre et le plus exclusif, nous ne sommes pas ce que nous croyons être.Si un botaniste a pu affirmer péremptoirement, quand on lui a demandé d'identifier le 36 cuir chevelu agrandi, qu\u2019il s'agissait évidemment d\u2019une forêt dont je ne me souviens plus quelle variété d'arbre, c\u2019est que nous ne percevons la plupart du temps que les évidences et non pas ce qui les sous-tend.Les détenteurs du savoir, c\u2019est- a-dire du pouvoir, n'ont aucun intérêt à ce que la masse soit au courant, bien que pour flatter sa bonne conscience elle en laisse de temps en temps échapper des bribes.Ces bribes ne servent d'ailleurs à rien si on n\u2019en a pas les clés.Des bribes de savoir lancés hors de leur contexte ne permettent pas de recréer le contexte dont elles sont issues.Il serait, par exemple, facile de dire que j'écris pour quelques personnes.Si c\u2019était vrai, je me contenterais sans doute de montrer mes textes à ces quelques personnes et les détruirais une fois lus.Pourquoi vouloir en effet laisser des traces?Je n'ai pas encore trouvé à cette question de réponse qui me satisfasse pleinement.Je pourrais toujours prétendre écrire pour le peuple, ce bouc émissaire de la mauvaise conscience, et m\u2019en laver les mains.Mais le peuple ne me lit pas et je doute fort qu'il le fasse jamais, et surtout pas si je persiste à écrire des poèmes.J'ignore vraiment ce qui me pousse à faire acte public et suis toujours sceptique quand je lis les raisons que d'autres écrivains découvrent sous leur travail.Une fois de plus je laisse en suspens. Prenons le contrepied de Descartes: je suis pensé, donc je ne suis pas.On me planifie, on vit ma vie pour moi ailleurs; dans la vie, je ne suis pas celui que je suis réellement.Ilyaloin dela coupe aux lèvres: nous sommes vécus par autrui; nous vivons pour correspondre à l\u2019image que d\u2019autres se font de nous; nous sommes en perpétuelle représentation.Tout en me donnant en représentation, j'écrirais donc pour être, mais être quoi?Et: qu'est-ce qui nous fait agir?L'acteur ne peut pas jouer avec la charge émotive qu'il véhiculerait dans la situation réelle puisque tout en tentant de, comme on dit, se mettre dans la peau du personnage il sait pertinemment qu'il n'y arrive que par transposition.Il est vrai dans la mesure où il est faux c\u2019est-à-dire dans la mesure où il joue.L'acteur ne peut s\u2019approcher de son personnage au point de s'identifier complètement à lui; s\u2019il s'en approche au point d'en être investi hors-scène, il quitte l\u2019aire du jeu et transgresse ainsi son propre mensonge.Revenons donc au hockey: ses liens avec le théâtre sont à la fois ténus et fermes.Le premier se donne pour un jeu alors qu'il n\u2019en est pas un; le second en est un, fondamentalement.Dans l\u2019un et l\u2019autre cas, les participants se donnent en spectacle à des gens qui, ayant payé leur place, le 38 veulent le meilleur possible.Le théâtre prétend souvent à une fonction sociale qu'il n'a pas toujours alors que le hockey, sans y prétendre, en a une, de toute évidence, ne serait-ce que par le nombre de spectateurs et de téléspectateurs qu'il retient et par le nombre de conversations qu'il alimente.Au total, on peut affirmer que la meilleure pièce de Michel Tremblay, par exemple, a été vue dans la totalité de ses représentations par moins de spectateurs que la moindre partie de hockey du samedi soir et ce, même quand les Canadiens ne jouent pas.Quand les Canadiens ne jouent pas: vous voyez bien.On demande contre qui les Canadiens jouent ce soir alors qu'on devrait demander contre qui ils travaillent.puisque c'est ce dont il s\u2019agit.On n'imagine pourtant guère un ouvrier d'usine taillant ses pièces devant des milliers de spectateurs.C\u2019est que son travail ne revêt pas les apparences du jeu.A partir de telles données, n\u2019importe qui dont la perspicacité n'a pas été complètement étouffée par la publicité et les pages sportives des journaux peut tirer les conclusions qui s'imposent.Pour ma part, j'aime le hockey depuis très longtemps.Je fais même partie de ces partisans irréductibles pour qui un joueur est une parfaite nouille s'il ne joue pas pour les Canadiens.Le mercredi 29 novembre 1977, ce qui m'amusait, c\u2019est de voir qu\u2019ayant fait l'acquisition d'une 39 ei A Bi 4 a D BE nouille du nom de Pierre Larouche, celui-ci devenait ipso facto un excellent joueur du fait même qu\u2019il revête l\u2019uniforme 28 de l\u2019équipe mon- tréalaise.Il serait sans doute fascinant de savoir exactement ce qui se trame dans les coulisses.Les joueurs de hockey pensent-ils?Et, s'ils pensent, en ont-ils le temps?Quand Guy Lafleur fonce vers le territoire ennemi, choisit-il entre plusieurs possibilités dont il aura élucidé les tenants et les aboutissants la feinte qui déroutera l'adversaire?Alors quoi?Le jeu se joue en dehors de la patinoire: je déteste les bons joueurs des autres équipes à tel point que je ne leur reconnais des qualités que du bout des lèvres.Les ordinateurs penseront-ils un jour pour nous; nous penseront-ils?Ne nous pen- sent-ils pas déjà?Et ne sommes-nous pas de plus en plus un poids mort à leurs yeux?Quand il joue, Guy Lafleur pense-t-il par ensembles ou par détails?Ce que le sport a de fascinant, c\u2019est qu'à partir de règles somme toute simples il crée des variations presque infinies.Et: où tout cela nous ménera-t-il? i Un nerf d\u2019aller 3 Michel Gay > by! it jit i su 2) i ER TR ee i if 4 fi | peau comme une définition de de tionnaire.MATIÈRE.«nf.(1175; materia, d'abord «bois de construction») LI, substance qui constitue les corps, est objet d\u2019intuition dans l\u2019espace et possède une masse mécanique», (P.Robert) > | d\u2019elle à nous (si nous sommes plusieurs) creusée parcourue de ses yeux vue de si près sillonnée (si nous y sommes toujours) la surface signée signée chiffrée du cerveau trace le pointillé de son apparence et pénètre dès lors dans le cône d\u2019ombre qu\u2019elle-même projette.ne se laissant ni voir ni inimaginée?absolument tissue de ce qu'après tout se tapit en elle même mince mais cependant mise en jeu en geste la poésie par exemple ou tout autre mouvement de la matiére apparemment maniée la chevauchée du cerveau dévier la pensée la déverser (cour.l\u2019eau se déverse je-sais-je- sais) dans le plus ou moins répandu / considérable / écoulement / torrent / abondant / trop / et cetera / mais à flot de quelle eau GLACE?G A Z 7?et Biol.de constitution, de circulation, de réserve?ou le trait tiré étiré de la nuit sur chute.ici soudain s'ouvrant le ventre transparent car sans définition en plein dans le vide (vers lui) déjà allé et ne mâchant même plus ses mots.le ramassis d\u2019un certain nombre d\u2019idées, quand réellement il pourrait les allonger sur une page, en supposant surtout qu\u2019il puisse une fois de plus le désirer, désert, désemparé, au bout du sillage suivi, poursuivi, à bout de celui-ci D> ce livre qu\u2019est ce trait dans la nuit blanche barrée ses yeux retournés en dedans d\u2019elle, elle avale a froid, a gorgées mal répétées, des roulés de rires qui ne goûtent vraiment plus rien.que le bruit déconcertant, quand même, d\u2019un roulis de dés lancés comme une locomotive du fond du siècle dernier 1 8 9 7 dans quelles circonstances, quel abîme, ici rejailli, bondi d\u2019où, peut-être d\u2019elle-même à la queue leu leu d\u2019une telle constellation t r a 1 n é e d s e n t rr a 1 n é e d e s en s 43 tirant à blanc dans la nuit 44 SON SILENCE traversée ébruitée le quoi définitif de cette question étant qui accolée à l'eau écoulée par peut-être accélération dérivation déviation déferlement ou simplement: son sinon silence sauf écho bruit d\u2019averse et LORS LE LONG en creux coulisse des lors le long de la pensée produite en parties soulève dérive d\u2019abord Pleine la bouche lèvres dévorent hissent/\u201d/ halent la renverse du sens ramenant à la surface 45 C1 coulée de quelle envie traverse la tête où ça circule écoule cale / douce C2 caresse on dirait un oeuf \u2014 on l'aurait dit en effet si on avait pu rouvrir la main \u2014 C3 commissures du cerveau (?) mais le regard tourné vers qui croyant cela \u2014 sa cigarette éteinte \u2014 il jette sa dernière idée par la fenêtre calcule quoi au juste 0 cassure suit le cours de l'encéphale idée faite l\u2019une de l'autre \u2014 la même, l'amène \u2014 en l'extrême courbe crevasse «profonde à la surface» profonde fois à la fin braquant une révolution sur la tempe © + e .+ + + + + + s + # + + + + + + + + + # + + » 8 e = + » + + = »s + 6 + = + horizontal jouxtant la déroute raison camisole de farce transmise de qui à quand \u2014Oon n'en sortira donc jamais d'où le goût irrépressible de se traverser la tête \u2014 quoi sauf enfin: sain que le lent sifflement d'y sauter pour de bond « 5 + 8 + + + #5 + 5 + + + + 6 6 + + + + 6 s 6 6 \u20ac + + + + + + = » + se a = me traverser la tête est une sortie que je me paierai bien un de ces beaux matins Se «=: eo + « « \u20ac = \u2026 + \u20ac » + » s » + + + + + » s «= + » + + + » + +: + + # + .47 yr A H 1 i i D i= A à 2! 4; A 1 3.\" la chevauchant.étant donné la matiére, masse, mouvement, puis entropie et mort, étant donné aussi le s.ralenti que ceci suppose (supposera), exquise courbe que supprime la coupure.interruption du gaz.coupement de tout cours.les feux de circulation au coin des idées, celles qui défilent - sans se -, des idées déjà vues entendues déjà, brülent d\u2019une pâle envie de ne plus rien laisser passer.le rouge brille d\u2019une blancheur inespérée à faire sombrer dans le désespoir: 1.le capteur d'images puisqu'il n'aura, quand enfin il paraîtra, lui ou tel autre allez-y-voir, ni la patience ni l\u2019impatience suffisamment développées; avaleur de lames allumées, il ne s\u2019expose pas longtemps à pareille pâleur; le froid dans ses yeux, son regard glacé quand il se retourne pour s\u2019éloigner.2.le capteur d'épreuves puisqu\u2019on ne lui aura pas signalé cette intersection à temps fondant en larmes.3.le capteur de figures figé.4.le capteur de silence tellement bouche bée et 5.le capteur d\u2019images alors tout à fait refroidi se dévisageant dans la glace ce qui restera de cette cavalcade un peu triste à travers les débris mal débridés de l\u2019épars, jonché du débordement de la mort.mais restant, toujours sinon très longtemps, des joueurs.livrés à la faillite du moindre.sursaut de la machine.tressaillement tressautement sous l\u2019effet.l\u2019infime où fureter la folie: feuillage./e cortex sillonné en tous sens.48 séquences.en réalités les dernières séquelles de l'esprit.sinueuses, ces courbures qui arquent la trajectoire désiran- te, tout ce qui restera peut-être en plan.jusque là gesticule, déniant, insinue (ce semble) insiste sur sa propre déroute sans savoir, s\u2019insère dans petit à petit ce sable émouvant: la pensée qui le quitte.effleure de (son) sang, sa peau maintenant l'illusion, pour toujours?, sa propre absence: en s imaginant, ce silence.l\u2019arrachement à la vue de: vide \u2014 vite: produit une série de lésions désordonnées dont il paraît impossible de déterminer avec exactitude la trace.devant lui, la pièce (du jeu) se déplace sur la table à la vitesse du regard, de ses yeux creux presque déjà révulsés.il n\u2019en croit pas et cetera.où s\u2019attarder devient de plus en plus difficile à décider et avant qu\u2019une seule cicatrice n\u2019ait pu refermer la fente, qu'il sache alors où, il s\u2019en tirera de plus belle dans la cervelle.jusque là gesticule continu, il la fera sauter sur ses genoux comme un joujou.à la fin, de puissantes foulées de rires l\u2019emporteront; vaincront puisqu'il se sera agi de combattre le sort, mais en ce sens, aussi, l\u2019éloigneront passablement des voies de services, puis de secours, engorgées; le commun des mortels s\u2019y précipite et à quelle allure! au fond, ce qui finira par les distinguer \u2014 tout à fait \u2014 n\u2019est pas, comme on peut le croire en certain milieu, sa folie, ni d\u2019ailleurs la leur.49 l\u2019objet du cerveau sa masse mais se coagule laissant fragment particule sur la blancheur hachée suffisamment effiloché le sens par où l\u2019air en train de: s'ouvrir (la porte) s\u2019assouvir (de la sorte) compose la face terriblement effacée du bonheur faire figure d\u2019apostrophe par définition puis s\u2019écoulant le long tissu très près hémisphère lequel désespère d\u2019enfin déraper définitivement (cependant qu\u2019) glisse vers l\u2019autre glotte haute comme si tout se passe de bouche à bouche mélée cette matière d\u2019elle-même un mélange de morceau et d'éclisse retenir qu'écluse lâche l'eau bois de quoi?la substance dont il s\u2019agit pleinement la peau.après coup caresser un tel cadavre qu'importe.la trajectoire toujours sifflante qui relie / relève la pensée de sa propre projection non avenue jusqu\u2019à sa perte.cette trajectoire remplit dans l\u2019espace le temps du tir une fraction sur laquelle en ce qui I\u2019 concerne il ne faut pas compter 50 3a Pe \u2018 poe: ge a == pu i ERT Le a lippe Hébert in i + 1 Les Dr EET dn pe re ee 2 SRE i 7 Te a rc > meee Tia bsp ay |Z a ER ane 0 ere ee ay fn apni 0 pe La conscience Tu 0s SEE TT Pre Pe RE ea DES x pe rp] eT EE St Sama a pme = == be pe as a SR \u2014 ray mc ee, Louis-Ph aptes a es = ps sr ES Sn a = Se 2 la pelure Je ne sais pas si je suis fou, mais j'ai l\u2019impression de vivre dans un monde trop serré.Quand je passe près des grands hangards où sont logées des dizaines et des dizaines de copies de la clinique, j'ai un haut-le-coeur; quelque chose m'\u2019étrangle.Sans doute l\u2019idée que, soigneusement repliés et vidés de leur air comme des baudruches, sont empilés là des êtres qui me ressemblent en tout, des poupées gonflables à mon effigie, mais des êtres dépourvus d'épaisseur, incroyablement minces, si faciles à déchirer.Mais pire encore le fait qu\u2019a la clinique, dans le placard de ma chambre, il y a plusieurs fois ma chambre, et moi dedans.Quel malheur de se retrouver temporairement affecté de déséquilibres nerveux au moment même de cette importante découverte! Quel malheur et quelle coïncidence étonnante\u2026 «C\u2019est une maladie de la matière, il ne faut pas vous en faire; nous sommes à mettre au point l\u2019antidote.Techniquement vous n\u2019\u20actes pas touchés! Patience.» Les médecins qui nous soignent tachent de réconforter leurs patients, mais nous savons ce qu\u2019ils attendent de nous: que nous continuions de prélever chaque matin et chaque soir une nouvelle pelure.«Pas plus d\u2019une paire de draps par lit, pas plus d\u2019un vêtement sur le corps; de la propreté, s\u2019il vous plaît.» S\u2019il fallait que nous décidions de laisser les pelures s\u2019ac- 52 cumuler, la clinique serait bientôt tellement étroite qu\u2019il faudrait la condamner.Les infirmières nous tapotent sur l'épaule, elles nous chuchotent des propos rassurants, mais les nouveaux venus racontent les histoires les plus terrifiantes.Des enfants, entrés par mégarde dans un réfrigérateur abandonné, qui ont suffoqué par multiplication; des chats et des chiens errants, pesant trois cents livres, qui s\u2019arrachent la peau en se grattant avec les pattes de derrière jusqu\u2019à épuisement.Je sais cependant qu'il ne faut pas les écouter sans discernement.Par définition, la personne qui parle et la personne qui écoute sont toutes deux susceptibles d'aberration.Grâce à une série de confidences analogues, j'ai appris que cette maladie était de nature épidémique, et qu'il n\u2019y a pas que quelques cas isolés comme nous le disent les médecins.La progression est constante; la contagion impossible à éviter; certains légumes en seraient les vecteurs (c\u2019est une opinion qui court parmi la population hospitalisée).Mais peut-on arrêter l'humanité entière de manger?Toute la chaîne alimentaire est contaminée.Ce qui contredit, je le sais, la version des gardes: nous ne sommes pas les seuls atteints.Mais eux, pour conserver leur emploi, ils font semblant de rien, ils évitent toute allusion, et ils emplissent les conteneurs-poubelles de tout ce qu'ils peuvent ramasser.Ils portent maintenant des vêtements très serrés pour empêcher l\u2019épiderme de s'étendre ou bien parce qu\u2019ils ont gonflé dans les vêtements qui nous apparaissaient amples autrefois?53 Si vraiment il n\u2019y a rien à craindre, pourquoi entretiennent-ils avec autant de soin leurs personnes, leurs maisons, les rues et les endroits publics?Ils lavent tout, ils dépoussièrent fébrilement (car la poussière aussi se dédouble) et ils lancent des campagnes de propreté à leurs frais (ils ont un système par lequel on retient les dépenses sur leur salaire).Ici, on suppose que nous n\u2019en savons rien: il n\u2019y pas de journaux (de toute manière, je sais pertinemment que l\u2019on ne parle pas de cela dans les journaux) et les sorties sont interdites, sauf pour les «vides»: la contagion.Pourtant peuvent-ils nous cacher quelque chose?Chaque soir, peu après que l\u2019on ait prélevé une couche de moi-même quoique ce soit une couche superficielle, je passe avec mes confrères vides dans la rue qui mène à la sortie de la ville, et je peux voir sous la bâche du camion, quand je suis bien placé, à quel point ils s\u2019occupent de tout nettoyer.Quand j'arrive en face du hangar loué par la clinique pour y entreposer les «résidus», je suis pris par la nausée: je vais bientôt me retrouver, aussi bien plié qu'un drap malgré mes irrégularités, sur d\u2019autres exemplaires de moi- même.Des exemplaires aussi fidèles et aussi inutiles que l'original.La pile s'élève, l\u2019argument de la maladie est bon, et on en profite pour nous les voler, pour nous priver de nos réalités.«Une maladie de la matière: sur chaque objet (en- tendons-nous) sur chaque être en tant qu\u2019objet, se forme une autre version de lui-même, légèrement plus grande; une sorte d\u2019enveloppe ajustée; une insolation sans cloques; une maladie des surfaces; des formes.Il faut quotidiennement peler cette fine pellicule et en disposer.» (Ce pourrait 54 être écrit sur du papier de soie.) Voilà le diagnostic officiel et l'ordonnance.Une pile de feuilles entrelardée de papier carbone.J'en avais assez de me laver, de laver les planchers et les murs, de laver les verres et les vitres.D\u2019arracher les tapisseries par erreur.J'en avais assez de travailler à prévenir toute attaque contre le réel.Qui est-ce qui nous dit que ce n'est pas justement le réel dont on le prive?Qui a décidé que les poids et les mesures devaient rester stables?Qui lutte avec un espoir semblable à la sottise, contre un phénomène universel, et pour préserver quoi?Ces accusations ne vous semblent pas fondées?Je connais la réponse, inutile de la répéter: soyons prudents, évitons les querelles de frontières et les conflits d'horaires; c\u2019est bien cela.Et si la matière (comme vous dites) était en train de se suicider?Vous n\u2019avez jamais pensé à une transformation chrysalidienne?Quelle naïveté déplorable! «Implosion-explosion simultanées.» Et vous êtes des milliers à ratisser, à dépeinturer, à décoller, puis à charger dans des camions, des cargos, des navettes spatiales, les éléments d\u2019un univers qui se remplit, des éléments que vous ne pouvez que déplacer temporairement, des boîtes que vous ne faites que changer d'\u2019étagères.C\u2019est sous ce prétexte que vous m'avez pris, vous m'avez embarqué, puis vous m'avez assis sur ce banc, en camisole, les manches nouées, face au placard.55 «Allons-y par élimination», c\u2019est le mot d\u2019ordre: les dépotoirs\u2019 et les cliniques en sont les preuves immédiates.Mais l\u2019anti-usine où nous nous trouvons ne durera pas longtemps; déjà la rumeur court qu'il ne reste que des oignons dans la cuisine.la pratique de l\u2019auto-lobotomie Le docteur dit à l\u2019élève (l\u2019Ecole de médecine ne voyait aucune différence entre un patient et un futur médecin: il était généralement admis que les personnes guéries, en signe de reconnaissance, s'engagent à soigner les autres): «Comme vous pourrez l'observer à loisir, nous avons beaucoup simplifié la clinique.Vous ne trouverez que très peu d'éléments immergeant (comme des niches, des fenêtres, des abreuvoirs incorporés au mur, des bouches d'incinérateur avec des portes de fonte ou des puits pour y glisser le bras \u2014 cette restriction ne s'applique pas au tunnel), et très peu d'éléments émergeant (je vous fais noter que tout objet le permettant a été construit de sorte à pouvoir glisser sur lui-même selon un principe télescopique; au moment voulu, on en réduit les volumes en les aplatissant et on élimine ainsi les reliefs).Ces dispositions pourront en outre vous rappeler que toutes les composantes de notre monde s\u2019emboîtent.Durant les périodes de crise, car cette maladie de la matière semble passer par des périodes d'incubation relativement calmes, 56 marquées occasionnellement par une sorte de développement excessif qui semble l\u2019épuiser (ne l\u2019oubliez jamais: plus la crise est violente, plus la période post-critique est reposante \u2014 cette pensée pourra vous réconforter dans des circontances mouvementées), le prélévement des pelures en est de beaucoup facilité et les surfaces visibles sont atteintes.Vous ne me semblez pas trés réceptif.Vous savez quoi?l\u2019Ecole de médecine a tort de confondre ignorance et désir d'apprendre; je n'ai pas peur de dire.Où en étions-nous?La formation des «vides».Prenons un exemple pres de nous.Votre corps fera l\u2019affaire.Eh bien, votre corps se dédouble.Il produit son sosie, mais ce sosie n\u2019a pas d\u2019entrailles: c\u2019est une sorte de ballon qui sort par votre bouche et vos narines au fur et à mesure que vous respirez, et qui se retourne à la manière d\u2019un gant; heureusement d'ailleurs qu'il se retourne puisqu'il est votre reflet intérieur et non votre reflet extérieur comme beaucoup le croient au début.Si vous n\u2019y faites rien, votre double qui forme avec vous un angle de 90°, cherchera à se refermer comme la lame du canif n\u2019attend qu\u2019une légère pression sur le côté non tranchant pour rentrer dans le manche.Il faut sectionner le tendon comme pour une huitre: il faut éviter à tout prix que le double et l'original ne se referment hermétiquement.Sinon vous porterez votre négligence comme un ostracisme; les gens n'aiment pas rencontrer des sosies, comme ils n'aiment pas s'engager dans des lieux dédoublés.Ce qu\u2019ils veulent c\u2019est l\u2019original seulement et ils désapprouvent toute copie, même s\u2019il s\u2019agit d\u2019une copie acceptable.Vous n'avez jamais songé au 57 sens profond de l'expression: «être exemplaire», et de l'horreur qu\u2019elle inspire?Voyons, vous-même avouerez bien que ce personnage qui vous pend du nez et qui vous imite (ou est-ce vous qui l'imitez?voilà la question) a quelque chose de grossier; une caricature, voilà tout.Ne cherchez pas plus loin, votre éducation a consisté en un long apprentissage du rejet: fabrication de faux et usage de faux sont punissables par la loi.Jusqu\u2019à hier, tout allait bien; vous étiez propre et peu encombrant; aujourd\u2019hui, la maladie.Pour être franc, je ne crois pas vraiment qu\u2019il soit utile au malade de connaître les origines et les caractéristiques de sa maladie.La vie et la conscience sont deux entités tout à fait distinctes.Je sais que c\u2019est une «monstruosité» ce que je vous dis là, je ne vous en fais part qu\u2019en raison d\u2019un événement étrange qui s\u2019est produit, la nuit dernière, pendant que je dormais profondément, un sosie s\u2019est développé à un rythme très rapide et il a réussi à m\u2019englober sans me réveiller.Comment en être certain?Je suis des vôtres maintenant; je vous demande de ne pas le répéter.Comme vous l'avez deviné, dans cette clinique, la plupart des membres du personnel sont très atteints, parfois plus que ceux qu\u2019ils soignent.Mais eux, ils ont la volonté en plus! Alors que des gens comme vous profitent d\u2019un jour ou deux d\u2019inattention pour se doter d'un nouvel épiderme.La tentation est forte.L'effet de démultiplication est tellement sidérant, la réflexivité tellement améliorée par la prolifération des angles; la présence du double par-dessus ou à côté se révèle tellement invitante et, surtout, gratifiante, 1'im- 58 pression d\u2019une objectivité plus exacte que le cynisme, comme si je voyais les choses à deux\u2026 Je présume que, possédant quatre de ces copies, vous disposez proportionnellement de plus larges perspectives intellectuelles (si je peux me permettre d'utiliser une expression aussi vieillotte).Evidemment.Ne vous inquiétez pas, je ne chercherai pas à convaincre mes collègues qui éprouvent sans doute eux aussi cette même attirance et qui la refoulent; maintenant que j'ai mon faux, je ne pourrai jamais plus savoir moi- même si j'ai raison.De toute manière, avoir raison ne me séduit plus.Tout ce que je désire c\u2019est la guérison; la partie «patient» de moi-même veut vivre, un point c\u2019est tout.Autre chose s\u2019y intéresse parfois, et cette autre chose c'est ma conscience.Ma partie «docteur» est à mon chevet.Elle pourrait, comme la vôtre, dédaigner le traitement parce qu\u2019elle est déjà préoccupée ou parce qu\u2019elle est passée du côté de la maladie.De toute façon, ça ne la regarde pas.Son choix est tellement vaste.La conscience est mobile; elle entre partout.Je vois bien qu\u2019elle entre de préférence dans les sosies.Mais enfin, si elle trouve dans un sosie un hôte convenable (et qu'est-ce qu\u2019un sosie?), elle peut habiter n'importe quoi.Comme elle décide tout à coup de se détacher d\u2019un cerveau endommagé pour se loger ailleurs.En général, elle ne quitte que ce qui ne fonctionne pas bien.Elle s'en va.On dit, dans la langue populaire, qu\u2019elle «déménage».Elle s\u2019installe où elle veut; un sosie débranché, c\u2019est un niveau de conscience en moins pour le dédoublé.Mais la conscience ne peut se perdre.Un chat est con- 59 taminé; il commence à grossir.Vous comprenez ce qui arrive.Mon sosie travaille à me convaincre: il prépare la place à d\u2019autres sosies.Il essaie de me séduire en me faisant dire que c\u2019est pour mon bien que des fragments de conscience viennent se greffer sur moi.La différence entre vous et moi, c\u2019est que moi j'ai appris à résister.Autrefois, on parlait d'un acte de possession (du démon!); tout ce que l'on sait de plus, aujourd\u2019hui, c\u2019est qu\u2019il n\u2019y a qu\u2019un exorcisme et que cet exorcisme doit être pratiqué avant que le sosie n\u2019ait eu le temps de s\u2019ajuster à vos contours.Il faut sectionner le tendon qui relie le double à l'original.Vous ne semblez pas beaucoup vous passionner pour la théorie; approchez, je vais vous montrer comment faire.» Il se saisit alors d\u2019un petit couteau, comme celui dont on se sert à la cuisine pour éplucher les pommes de terre, et il me prit par une poignée de cheveux, me plia la tête sur la poitrine (Il parla tout le temps que dura l'opération: «Vous voudriez être des canifs suisses, toutes lames au clair, et regarder la réalité, rayonnant comme si vous étiez des soleils\u2026», il s'empara de ma main gauche à l'aide de sa main libre et il me fit tater un endroit précis sur ma nuque («nerveux», pen- sai-je); il reposa ma main sur ma hanche.Lächant la tête qui ne chercha pas à se relever, il entreprit le même manège avec ma main droite; cette fois, ma main couvrait la sienne qui serrait le couteau.D'un geste sec, l'opérateur fit décrire un cercle à la lame.L'élève, quant à lui, pensa entendre une 60 tasse se briser sur les dalles.Je me sentais étrangement libre.«Comme si on vous avait enlevé un madrier que vous portiez sur l'épaule», commenta-t-il sans enthousiasme.Devant moi, sur le sol, avec des gestes mous, je me recroquevillais comme un ballon qui se dégonfle.«Voilà, vous ferez ainsi», dit-il en me confiant le couteau.Puis il plia soigneusement la fine pellicule où fuyaient encore quelques bulles d'air que ses doigts coinçaient et expulsaient.«Je vous comprends; ce m'est pénible à moi aussi, mais c\u2019est une question d'hygiène.» L'entretien était terminé.En partant, je vis la table me dire adieu.le harnais de corps «Comme un mystère, lança mon compagnon, tout à fait comme un mystère.» Il attendait de moi que je nuance sa pensée.Je n'écoutais pas.Il me prit le bras et le secoua (en prenant garde de ne pas remuer le reste du corps).«Vous rendez-vous compte que nous planons, au moins?» \u2014 Non, je ne m'en étais pas aperçu, répondis- je en pensant à autre chose, mécaniquement.Sur le coup, je n\u2019avais pas attaché d\u2019importance à certains signes, mais maintenant cela me frappait de plein fouet.Plus l'objectif de la caméra s\u2019éloignait de nous, plus notre situation 61 me paraissait claire (technique du recul, passage d'un gros plan \u2014 de mon compagnon, puis de nous deux \u2014 à un plan d'ensemble, par zoom out).Je me rendais à l'évidence.Nous étions assis au-dessus d\u2019une plate-forme transparente à environ cent métres du sol, habillés (pourquoi pas déguisés?) en clowns.Enfin qui d\u2019autre que les clowns porte une hélice sur le bout du nez?Il faut tout expliquer.Nous vivions le long d'un miroir mais un miroir «sans inversion» , plutôt le long d'un effet de miroir, puisqu\u2019il n'y avait pas de surfaces réverbérantes proprement dites.Un dispositif chimique et mécanique (une caméra, j'en ai parlé plus haut) suivait chacun de nos mouvements, les enregistrait, puis l'appareil se dédoublait en projecteur pour susciter notre image sur un immense écran.Cet écran marquait la moitié de notre univers, une moitié à jamais inaccessible (étant donné la nature même de l\u2019appareillage sans doute relié à nos corps par une sorte de harnais mais, certainement, reposant ou se maintenant en place grâce à d\u2019autres appuis puisque le tout nous semblait très léger, d\u2019un poids imperceptible), une moitié qui nous fuyait au moment même où nous pouvions croire, marchant dans sa direction, qu'elle allait s'approcher de nous et que, simultanément, nous allions nous approcher d'elle, une moitié insaisissable mais sans rien d'inconnu.Non pas ce qui se trouve derrière l\u2019écran (que l\u2019on peut toujours écarter tant que l\u2019on respecte les règles de sécurité les plus élémentaires), mais sur l\u2019écran.Quelquefois, 62 la caméra ralentissait (son fonctionnement était très sensible, et le mécanisme malgré une capote en ratine restait mal protégé des intempéries et des chocs \u2014 les obstacles sont nombreux quand on traîne un tel attirail) ou le projecteur (la partie projecteur de la caméra) s\u2019emballait, ou l'inverse, de sorte que nous étions ou bien en avance ou bien en retard sur notre propre projection et sur son horaire.Il fallait patienter, supporter la lumière blanche éclatante puis, littéralement, se réem- barquer comme on monte dans un véhicule (la plupart du temps un autobus) déjà en marche.Inévitablement, l\u2019accélération des deux autres (de ce côté-ci, le nôtre, nous perçus subjectivement; de l\u2019autre, le leur, nous objectivement \u2014 nous avions tendance à dire «eux» ou «les autres») menait à leur éclipse éblouissante.Par contre, leur ralentissement entravait nos mouvements.Nous agaçait.Il arrivait aussi que le dispositif servant de chambre noire fasse défaut; des bobines étaient échangées, ou la pellicile s\u2019emmélait, bloquait les engrenages, ou se rembobinait d\u2019elle- méme confondant le début et la fin, le recto et le verso.Enfants, rien ne nous faisait plus rire que de voir les chevaux courir a reculons (nous ne parlons pas ici du phénoméne de stroboscopie par lequel on voyait les roues des charettes tourner en sens inverse de leur évolution).En fait, il existait des milliers de maniéres de distinguer la réalité (a gauche) de son illustration (a droite).Ai- je laissé entendre que le dispositif cinématographique se trouvait toujours à notre droite?Non, pas vraiment (je parlais au niveau occasionnel) et j'en suis fier.Je n\u2019ai pas encore 63 perdu toute notion de l'organisation de notre univers.L'écran est à notre droite parce que nous le voulons; nous pourrions en venir à un accord sur sa relocalisation.Il nous suffirait alors de pivoter sur nous-mêmes assez rapidement, dans le sens des aiguilles d'une montre, pour que l\u2019écran se place en face de nous (nous avons conservé une position frontale durant toute notre adolescence, toute vous dis-je, comme nous étions mystifiés!).Il est à droite aujourd\u2019hui parce qu\u2019il s\u2019est révélé plus pratique à droite qu\u2019à gauche.Mon compagnon et moi avons beaucoup discuté d\u2019un emplacement idéal pour l\u2019écran et pour nous.Nous avons parlé d\u2019angles et de distances, bien que, d\u2019après moi, ces deux facteurs nous échappent.Mon compagnon a même suggéré que cet emplacement idéal puisse se trouver sous nos pieds.Je n'ai jamais réussi à l\u2019en dissuader complètement; suivre cette intuition, quelle erreur monumentale ce serait: nous resterions en suspens au-dessus de notre image dans une perpétuelle contre-plongée comme la tortue renversée sur sa carapace et qui ne peut se redresser.Nous serions morts de faim si nous avions tenté cette sinistre expérience, ou nous aurions été dévorés par un ennemi \u2014 un animal, bien sûr.Mon compagnon est connu pour ses drôles d'idées, connu par moi en tous cas.Ainsi il aime me regarder en face mais sur l'écran.Il dit en riant que je me suis plus ressemblant sur l\u2019écran.Il prétend aussi que c\u2019est lui qui manipule la caméra.Mais ça lui passe.Surtout quand je 64 revendique les mêmes prérogatives et que j'insiste, j'insiste jusqu\u2019à ce que le doute le fasse céder et se jeter sur moi en pleurant (il est retenu par le corset qui le relie, lui aussi, à la structure d'acier tubulaire: il ne peut me toucher sans un effort surhumain).Il n\u2019y a ni caméraman ni projectionniste.Ce serait trop beau que nous ayons du personnel! Des domestiques un peu au fait pourraient corriger les défauts techniques, rétablir la situation quand surviennent des incidents, qui sait?peut-être même les prévenir.Car, de tous les indices cinématographiques qui départagent notre vie en vrai et en faux, le plus pénible est celui des imperfections au niveau de l\u2019éclairage et de l\u2019_émulsion des pellicules (je ne parlerai pas des prises de vue hors-foyer).Tout est toujours trop sombre sur l\u2019écran; plus ténébreux qu\u2019au naturel.Même la pensée s\u2019y obscurcit (dirait-on).Et là il n\u2019y a pas trois dimensions.Se peut-il vraiment qu'une moitié de l\u2019univers soit parfaitement plate et l\u2019autre en profondeur?Si la deuxième et la troisième dimension cohabitent, la quatrième et la cinquième suivent-elles le même principe?Et la première, qu'est-ce qui l\u2019accompagne?Mon compagnon rit de moi.«Nous sommes quatre, nous sommes quatre», chan- tonnent-ils tous les trois.Je soupçonnais ce voyage en avion d\u2019être une ruse, un stratagème.Lorsque nous sommes montés à bord de l'appareil, j'ai bien pensé que la vitesse et l'altitude nuiraient à notre bagage.Déjà, pour arriver à temps, il nous avait fallu 65 courir dans les couloirs de l'aérogare, nous accrochant partout.Maintenant nous volons, nous volons perpétuellement mon compagnon et moi, en dehors de toute considération d'ordre logique ou purement matériel.Nous n\u2019arrêtons pas de voler.Atterrir a été biffé.Et ce que je crains le plus au monde, c\u2019est d'ouvrir les yeux et de découvrir que nous sommes tous les deux sur une balançoire.Ou de ne pas apercevoir l\u2019écran devant moi (pourtant, en première classe, nous avons droit à une séance de cinéma), ni à mes côtés, mais en-dessous, sous mes pieds.D'une voix mécanique : «Nous sommes assis sur le harnais.» la ceinture collimatrice La ceinture est ce que je connais le moins de mon «attelage» comme je me plais à l'appeler.Pourtant, du système, la ceinture seule entre en contact avec ma peau, et je sens souvent la froideur du cerceau d'acier contre mon ventre.Car la ceinture est formée d\u2019une première bande métallique dont les bords sont repliés et arrondis en compartiments; cette bande n\u2019a été sectionnée à aucun endroit (elle a été coulée sous sa forme de bague) et ne le sera jamais.Sa principale caractéristique est la permanence; il faudrait être 66 | fou pour imaginer qu\u2019on puisse vivre sans ce cerceau.Une seconde bande métallique vient coiffer la bande qui touche au corps; nous sommes donc ceinturés par un anneau lui-même ceinturé par un anneau: une bague extérieure /une bague intérieure (à l\u2019infini?).Une bande métallique d'un diamètre plus grand et moulée selon le modèle inverse couronne la bande qui nous encercle, elle- même réplique inversée de notre anatomie et des milliers (des milliards) de sphères petites, vertes et dures comme de la kryptonite, que notre corps contient.Car, entre les deux parties creuses qui se font face, la ceinture compte un troisième élément: des billes luisantes, presque lumineuses, d\u2019une extraordinaire couleur verte, tantôt comme si elles baignaient dans une huile d\u2019un vert pâle et transparent, tantôt comme si elles sécrétaient elles-mêmes cette couleur.Cette dernière proposition aurait l'avantage d'expliquer que, malgré l\u2019interstice (que nous appelons aussi «le jour») entre ces deux formes parfaitement symétriques quoique opposées et de taille différente, interstice par lequel on peut apercevoir les billes, malgré cet espace entre les anneaux À et B, il y a en permanence un liquide verdâtre sur les billes et sur les parois intérieures des anneaux.On n\u2019a qu\u2019à pencher la tête et jeter un coup d'oeil.Ce roulement à billes, même s\u2019il se produit a lair libre, reste d\u2019une merveilleuse douceur.Sans cette fluidité des mouvements, sans cette souplesse, quel supplice ce serait d\u2019être partie d\u2019une sorte de roue en tant que moyeu, la ceinture immédiate jante, et la ceinture adjacente chambre à air ou pneu.Combien lourd nous paraîtrait ce har- 67 nachement à une armature, même bien balancée, si elle n\u2019était pas obéissante comme celle-ci.Nous faisons, à hauteur des hanches, contrepoids à tout un dispositif en commençant par la fourche qui rejoint la ceinture en deux points (pôles) et qui la tient par des essieux comme on tient une bague entre le pouce et l\u2019index; cette fourche étant suffisamment ovoide, il est possible de faire passer le matériel cinématographique par-dessus nos tétes.La fourche de mon compagnon et la mienne sont reliées suivant le même principe à une autre fourche beaucoup plus allongée et pouvant pivoter sur son axe qui est la queue d\u2019une structure formée de quatre tubes parallèles et d\u2019une quantité maximale de liens obliques; cette structure s\u2019évase légèrement pour aboutir à un plateau, le plateau qui supporte la caméra-projecteur à développement instantané (dont le révélateur n\u2019est pas au point, vous en souvenez-vous?).De l\u2019autre côté du plateau, la structure tubulaire s'ouvre plus sensiblement, ses composantes s\u2019écartant pour aller | se perdre aux quatre coins de l'écran qu\u2019elles tien- | nent en place.Le tout évoque une immense masse | de métal; pour continuer cette analogie, nous : serions l\u2019appât dont l\u2019image est capturée.Je dois avouer que c\u2019est une parade intellectuelle; en ce | qui a trait à l\u2019écran et aux extrémités qui le sous- Ç tendent, ces propos sont purement hypothétiques.i Comment se fait-il que la partie qui contient le faisceau du projecteur ne nous cache jamais l\u2019écran?La structure devient-elle invisible ou est- ; ce la force de ce projecteur que de pouvoir faire ; oublier au spectateur ce qui obstrue sa vue?Il est Ë : , ; possible que par une série de coudes le spectateur ; | dl 68 puisse se placer entre le projecteur et l'écran mais sous le faisceau.C\u2019est l'explication que je donne en général.Elle n\u2019est pas satisfaisante.En fait, je ne crois pas plus à la petite explication qu'à la grande qui contient la petite.J'y ai réflichi souvent, je me la suis représentée dans ses moindres détails, j'ai essayé mille et une ramifications nouvelles (dont une série de joints universels, rotules fonctionnant dans tous les sens, cardans judicieusement placés): cette explication ne fonctionne pas.Le système proposé ne tient pas compte du fait que mon compagnon et moi pouvons modifier à l\u2019infini nos positions l\u2019un vis-à-vis de l\u2019autre, et tous deux face à l\u2019écran.Nous pouvons agir à volonté sur la distance qui nous sépare mais jamais sur celle de l'écran (et: nous pouvons tous deux, simultanément, nous interposer entre l\u2019écran et notre compagnon mais nous ne pouvons être séparés l\u2019un de l\u2019autre par l'écran).Le système proposé ne tient pas compte de notre liberté de mouvements (relative, 1l est vrai).De plus, on n\u2019a qu\u2019à se représenter ce système dans sa version la plus simple et la plus réaliste en le concevant comme ces cabines de simulation de vol tournant en tous sens au bout d'un bras mécanique (des cabines semblables, plus rapides, servent à l'entraînement des cosmonautes en état d'apesanteur), ou encore ces centrifugeuses amusantes que l\u2019on retrouve dans les fêtes foraines, et on doit se rendre à l\u2019évidence: cet appareil, tel que nous croyons le connaître, serait terriblement encombrant; on ne pourrait se déplacer que sur de grandes surface libres et uniformes.Pavées.Des pistes d'atterrissage ou 69 des terrains d'aviation au complet.Ce qui n\u2019est pas le cas, apparemment.Le seul élément dont je suis certain, ce sont les billes; la ceinture n\u2019est peut-être que le fruit d\u2019une habile déduction mais fausse.Les billes existent.Les billes vertes dont s'écoule un liquide crémeux et qui font le tour du corps, les billes vertes grâce auxquelles nous arrivons, par petites poussées, à faire varier la position de l'écran.-70 Li © Une pensée ; lointaine a $ Adèle B.Li ns ; u RE se À = AX Ses Se Se 5 A Nsw 3 ss Se = es NS = @ietoretsaint = = se SF SY A NN oN A = A oy © S NN < = se $ ç th se $ 2 2 se ; LS SNe | eu S = ae RN So RN 4 A ns y, Ng RN SAR = ON A HR A so SS $ = = S .Se, ess = { Fous , Ne = = Ne o S = TC =.5 = = Sk SB = S ; ES =.À i N S 4 Rn = SN $ .S + pr + = 3 » A $ § A hs = S 2 = sa i : | = SN RV = Jaga Ty =, 3 X oY = a AF A § A = = Ry = = Rh ie var, | Re i 2 XX N AD N % on A Gas 5 A H = oh = = % \u20ac, = = = Sa Ne 5 , 2 es À = = Sn Ne Se so = > + % : N x.2 id 5 = © Si S > > 2 x A a | ; 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SU HA = = sx hy 2 4 ~ SEN = ; = = = a X 5 5 = 5 .= © .S vi $ 5 = À i 5 ve oe SHIRES WROTE TTI } Opdte l\u2019ostaie - Postxaite ŸWeli tpostverein \u2014 Union postale universelle Fe Postale \u2014 Levelezé Lap \u2014 Post card Korrespondenzkarte \u2014 Karta korespondencyjna YKgtespondenchi isteck \u2014 Briefkaart -\u2014 Dopisnice $ {by jkort \u2014 Brev-Kort \u2014 Wateja wehstule 23 ee 002 AMerexedk dou.S Lin orisha on ve pone foray Vi «toi, tomme d'indi 2 Juan CA conta.best - compa! Hott bani 4 qe D 7 Lares tm te normand, A ta boca y dame laquetle ja Lex te do constants nm ares La + Garde lis 7 WwW xe foo my | nos tet emily comme Soul rm fotos fo do pu ad, ar indinarml lo Jeeps bol al & nie shetiomhe, re Yo ou La c cathaoh at és Ce Vos wy gull ovr co Soo chur elie #20 tan 2 29-08-1906 une pensée lointaine Monsieur Georges Ambroise 17 rue Taine 17 Paris mercredi soir Cher correspondant Une pensée pour vous ce soir comme l\u2019indique si bien cette carte n\u2019est-ce pas?Il est tard, il sonne 11 heures en ce moment, à la cathédrale de Lau- zanne, dans laquelle a lieu ce soir, un grand concert donné par la Garde Républicaine; je n\u2019ai pas put (sic) m\u2019y rendre, mais cependant comme tout est tranquille plus ou moins en ce moment, je jouit, (sic) par intervalle, de quelques sons qui arrivent jusqu\u2019à ma chambre; j'entends même le public applaudir et cependant je ne demeure pas très près de la cathédrale.Allons je vais vous quitté (sic) pour ce soir cher correspondant, peut-être 74 que vous n\u2019étes pas encore de retour, si oui j\u2019espère que vous aurez fait un bon voyage, je n\u2019ai ; pas eu le temps de vous le souhaiter avant, mais ; vous savez bien quel était mon souhait sans que je E vous l\u2019écrive.Ë Agréez cher correspondant mes salutations ami- E cales et sincères | Votre amie et correspondante E Adèle a A.B.| 75 È Elie A : \u2019 crome Réticunrr de Gur J a Bramaboule M nd As A Jk hikadns I \u2014\u2014\u2014 «Leur teint était dit «bridé» parce que de la peau de leur visage se détachaient, ici et là, de courtes lanières de chair qui s\u2019arquaient légèrement au-dessus de la surface du visage, formant des sortes de ponts sous lesquels on pouvait aisément glisser tantôt la main entière, tantôt juste deux doigts.«Visage en poignées de valise», disaient certains, cruellement.«Visages en brides de chevab, disaient les autres.L\u2019expression est restée.Et leurs yeux étaient jaunes, naturellement.» «Le vent ébranlait les molaires de la statue d\u2019os qui se tenait, haute et blanche, au milieu de la place et d\u2019où rayonnaient vers la campagne et vers le désert, d\u2019innombrables pistes.Pistes de la chasse, pistes de la cueillette, pistes de la rencontre avec les esprits et une piste, une seule, la plus effacée, la plus humble, la moins racontée de toutes les histoires de pistes, la piste de la rencontre avec rien.Personne ne se risquait à en parler, n\u2019osait en parler clairement, en parler joliment, de la rencontre avec rien.Tous les jours il y avait des nouvelles sur les autres pistes.Pas un colon de Réticunrr qui ne connût des histoires de pistes femelles et de pistes mâles.On cherchait de l\u2019égrillard, on en trouvait sans peine.Mais les Nirvaps s\u2019en moquaient, ils ne songeaient à protéger qu\u2019une piste, celle dont on ne parlait pas.Hurlupapuf Agni, Phobos Recalls acer 0175 Se rte a as 7 PE oO DROLE RR TEE RO 3 RO HO RA A PA TE 78 Les statues de deux dieux, Inattention et Plus-Effrayant, flanquaient l\u2019entrée de la piste de la rencontre avec rien.Inattention avait la tête d\u2019un tarsier, Plus-Effrayant, celle d\u2019un renard noir.Lorsqu'on s\u2019arrêtait devant elles, le rythme vous entrait dans l'oreille et dans le corps tout entier.Le rythme du voyage, le rythme de la désenveloppe, le rythme de l\u2019instant, de la lenteur du plus petit point de temps, du noir complet, du blanc complet.Comme la mer, menant très loin.On peut en revenir, on peut ne pas.On peut y perdre la raison, la vie.La vie, on la perd toujours, mais c\u2019est une chose particulière de la perdre pour s\u2019être tenu immobile devant Inattention et Plus- Effrayant et c\u2019en est une autre de s\u2019engager ensuite sur la piste, après s\u2019être délesté de fout, et d'aller à la rencontre DE CE QU\u2019ON N\u2019ATTEND PAS.» Hurlupapuf Agni, La Pensée a Réticunrr «Selon toute vraisemblance, je me trouve en ce moment à Lincolngrad, retenu prisonnier dans le sous-sol d\u2019une base clandestine des Proxiens.Jignore ce que mes geôliers ont l'intention de faire de moi mais j'ai un avantage sur eux: depuis quelques minutes je suis en train de devenir télépathe, et même mieux que cela.Jacques Vaché, qui n\u2019était pas Proxien, proposait qu'on orthographie umour au lieu d'humour.Dans le même ordre d\u2019idées, il faudrait écrire au lieu de pensée car la pensée telle qu'on la connaît va cesser d\u2019exister.Les Proxiens et la Force qui les dirige sont loin de se douter que les humains risposteront à leur invasion non seulement avec les armes traditionnelles mais en faisant appel aux ressources insoupçonnées d\u2019une espèce de magie qui est aussi une science.Je n'aime pas ici le mot magie car ce n'en est pas, ce n\u2019est pas de la science non plus.Ce serait plutôt une sorte de sport.Mais ce n\u2019est rien.C\u2019est le vide.C\u2019est la peur du vide.C\u2019est notre degré de familiarité avec l'inconnu.Rappelons-nous: depuis l'enfance nos hantises les plus redoutables, les plus enfouies, sont faites de deux mouvements contraires, d\u2019un côté les disparitions: la mort, le néant, le «plus rien du tout», et de l\u2019autre, les apparitions, c\u2019est-à-dire les fantômes.Tous les enfants sont le jouet de ces forces contraires qui circulent en eux avec leur cortège d'images, de stupeurs, de beautés, de paniques.La pensée de l'enfant c\u2019est du super-javanais.Mais l\u2019éducation veille et fournit au petit, à la petite, les moyens de tenir en respect cet ensorcellement, lui permet de ne plus avoir peur dans le noir, oblitérant du 79 i pi \"3 M \u2018i i BE: même coup ce qu\u2019il y a de double, d\u2019illimité en lui, fixant à la place le sceau de l'identité.C\u2019est la naissance de la raison mécanique qui joue un rôle nécessaire dans nombre d\u2019activités du corps adulte comme le labourage, le tartinage, le martèlement des .pièces ou l'application de la justice populaire, mais qui usurpe ses droits quand elle cache à la conscience le trou dans la raison, le trou des disparitions et des apparitions.J'en aurais long à dire sur ce sujet mais je préfère m'\u2019abstenir.Je finirais sûrement par vous conseiller de vous y jeter dans ce trou et je n\u2019en ai ni le droit, ni la compétence, moi qui n\u2019ai jamais eu le courage de passer mes épreuves de parachutisme, même au moment où l\u2019Interstel m'engagea comme pilote d\u2019astronef commercial.En temps normal ma peur du vide aurait été fatale et j'aurais dû trouver un autre boulot mais comme l\u2019Interstel avait un besoin urgent de recrues, on m\u2019enrôla malgré tout, le rond-de-cuir de service allant jusqu\u2019à me refiler obligeamment l'adresse du faussaire qui fabriqua le certificat.Pas de quoi se vanter.Pendant des années, donc, cloîtré dans la cabine confortable du vaisseau, cerné par les tableaux de bord, les écrans, les machines à bouffe, la double couchette, la niche à cyborg, le sauna, les chiottes et les éléments de la biblio- sono-vidéothèque, j'ai souffert comme les autres des longues périodes de solitude qui communiquent aux travailleurs de l\u2019espace la démar- 80 che lente et désenchantée qui les caractérise.Je connus, au gré des escales, de grandes amours éprouvantes, de petites amour trépidantes, je connus les attentes et les séparations, je perdis progressivement toute ambition mais demeurai sensuel, trop sensuel; mauvaises racines d\u2019ici-bas.À l\u2019époque qui nous intéresse, je me trouvais sur Prox-24, à trois mois de distance de la terre.J'avais quelques jours de liberté à tirer, le temps qu\u2019on arrime mon vaisseau de toute une panoplie de bricoles éléctroniques qui entrent dans la construction des appareils à contrôler les cyborgs ainsi que l\u2019ensemble du lumpen cybernétique de l'empire terrien.Mais Prox-24 est une planète terne, pluvieuse, avare de paysages pittoresques et de traditions rigolotes.Ses coteaux ne donnent pas de vin mais une rhubarbe jaunâtre dont les autochtones raffolent mais que les visiteurs terriens ne se risquent plus à consommer depuis qu\u2019ils ont découvert qu\u2019elle leur refile le cancer, un cancer immédiat et généralisé.Par contre les bouges de la capitale réservent à leurs clients pas mal d'émotions fortes mais à l\u2019heure dont je vous parle, j'en avais soupé des émotions, des stimulations, des simulations et des émulations.Assez des odeurs rances de sueur-foutre de leurs trois bordels, des convulsions de leurs putes sans tête et sans cou, de leurs putes à dos de chameau, de leurs putes noires, blanches ou rouges chan- creuses sur les cuisses et dans le cul, et tout autant assez de leurs cocottes et de leurs maquerelles timbrées.Quand on redescendait au bar, toujours saoul comme de raison, c\u2019était pour entendre le rire béat des voyous ruminants de Sub, ceux avec un museau de girafe et des oreilles d\u2019épagneul qui glissaient des pièces dans le distributeur de chair, façonnant toute sortes d\u2019horreurs vivantes qu'ils envoyaient rouler sous les tables, et ras le bol de ce jeu stupide qui consiste à essayer de réveiller au moyen de son sexe une poule et un coq de Jupiter gavés de mouches tsé-tsé, le gagnant ayant droit à autant de tournées gratuites qu\u2019il y a de participants.Non.Je préférais les ballades nocturnes dans Lincolngrad, avec deux ou trois verres et un gros joint dans le corps, à brasser des souvenirs, à dénicher parfois des camarades point trop camés, encore solides et capables de rire de leur propre ratage.Cela faisait longtemps que je faisais la navette entre la terre et Prox-24, j'avais par conséquent eu l\u2019occasion, faute de mieux, de contracter des habitudes sérieuses.C\u2019est ainsi que j'allais souvent à l\u2019université recueillir des échos des grands débats qui agitaient l\u2019empire.J\u2019essayais de m'\u2019intéresser à des recherches, je lisais, je vadrouillais.Une nuit, après la fermeture de la bibliothèque, nous étions une trentaine à chercher la sortie à travers le dédale des couloirs lorsque soudain une tête hirsute et des bras immenses se dressèrent devant nous pour nous barrer le passage.Je reconnus la silhouette impressionnante du professeur Gideon Hazanavicius, le célébre biologiste.Sur un ton alarmé et alarmant qui coupait court d\u2019avance a nos éventuelles protestations, il nous invita, nous poussa plutôt, dans son laboratoire.«Asseyez- vous, mes petits amis, assis, 1a.voila.» Autour de 82 moi, tout le monde était mal à l\u2019aise et pétrifié.«Mes chers amis, continua le professeur, en allant se poster devant la porte à double battant du fond, le hasard vous a désignés pour être les premiers à prendre connaissance du danger incommensurable qui nous menace tous, hé! hé!» Ce petit hé! hé! sarcastique, incompatible avec le sérieux affiché par ailleurs, explique bien à lui tout seul pourquoi on n\u2019a jamais pris le professeur Hazanavicius au sérieux.Il passa dans la pièce à côté et revint poussant devant lui une table à dissection sur laquelle gisait le cadavre d\u2019un homme assez corpulent mais dont la peau du ventre s\u2019affaissait curieusement comme un parachute au sol.Le professeur avait en effet retiré les entrailles pour recoudre ensuite le sac à merde avec du fil de pêche.Quand on y regardait d\u2019un peu près, on pouvait voir comme une boule malléable qui allait et venait dans le ventre du type, distendant l\u2019épiderme, écartant les fils de suture.«Regardez bien, mes amis.» À l\u2019aide d\u2019un ciseau de chirurgien, il coupa les fils et plongea la main l\u2019intérieur du corps, cherchant de toute évidence à attraper la chose balladeuse.Le bras dégoulinant de sang et de fiel, il en sortit, l\u2019air triomphant et presque guilleret, un petit mammifère de la taille d\u2019un gros rat dont les yeux noirs et rouges nous lorgnaient d\u2019une drôle de façon.Puis l\u2019animal s\u2019_échappa des mains du professeur en exécutant un bond prodigieux, et nous eûmes toutes les peines du monde à le rattraper.J'ai fait un petit dessin: | 1 sete | tu Los | at fe vas lf (f d L qui se Al hy ~ rn fe Here (A, Na w À cf | 7 Que \u201c- Ÿ 7 % CS Le * NN 1 lu 7 y \\ 4% I A \\ v Ï § J $ êl | d J df \u2014 \u2014\u2014 0 Jd Ê or fe  La plupart d\u2019entre nous, décontenancés par cette situation saugrenue, battaient en retraite et je me doutais bien que les flics, les psychiatres et les infirmiers du coin n\u2019allaient pas tarder à rappliquer.Nous étions dans un siècle à fous et les épisodes psychotiques étaient choses courantes chez les citoyens de l\u2019empire.Avant de les mettre à mon tour, j'attendais d'en apprendre davantage.Le professeur Hazanavicius fit un geste rapide, histoire de nous signifier que cette défection massive n\u2019avait strictement aucune importance.Et, ce faisant, il se curait le nez avec désinvolture.«Mes chers amis, voyez cet animal.Il ne s'agit pas, comme on pourrait le croire à première vue, d\u2019un tarsier de Mélanaisie.C\u2019est un tarsier, certes, mais d\u2019un autre lieu et d'une autre époque.Ce spécimen est notre lointain parent, c\u2019est un pro- lémurien, un pro-pro-simien, un pro-pro-pro- anthropoïde.Il nous arrive en droite ligne du mésozoïque, c\u2019est donc dire qu\u2019il a soixante millions d\u2019années! L'homme se reconnaît volontiers des liens avec les grands singes mais le tarsier, son lointain cousin l\u2019indiffère.Grave erreur! Songez que ce tarsier, il y a quelque jours à peine, grignottait tranquillement ses lézards et ses insectes quand brusquement il fut projeté en avant et happé par une force inconnue qui le dispersa, le décomposa et lui redonna son corps à l\u2019intérieur d\u2019un autre corps, celui en l'occurence de notre ami qui repose sur cette table et dont j'ai dû, à mon grand regret, abréger les jours.Voilà ce que j'ai découvert: le tarsier est un véhicule emprunté par une entité supérieure.Cette entité, cette chose rampante que les métaphysiciens russes 85 de la dissidence appellent «le Clown», galope derrière nous et cherche à nous rattraper.Il revient changer la réalité, elle revient reprendre le matériel génétique ou je ne sais quoi.Je ne sais rien mais j'ai des faits! On l\u2019a aperçu coelacanthe il y a quelques années au Mermont Hotel de Calypso.On l\u2019a vu ptérodactyle s\u2019ébrouant dans un bénitier de St-Pierre de Rome, sur terre.Et voilà aujourd\u2019hui cette espèce de primate ahuri.Allez-vous donc attendre que surgisse parmi nous quelque Léviathan ubiquiste, ubi-cuite, féroce et goguenard comme celui que nous imaginons dieu, rien, ou pire, c\u2019est lui! C\u2019est elle! C\u2019est cela qu\u2019il faut repousser: l\u2019auteur de la grande Surboum, le farceur forceur sur la dose, le suranneur métaphysique, le rétropédaleur, l\u2019âme tordue qui est dans la langouste, le lapin, l\u2019arbre, les allées, le château, les fleuves, les sentiments, les débandades, les cuisses, la limonade\u2026.» Trois d\u2019entre nous, voyant l\u2019écume qui s\u2019échappait des lèvres du professeur, s\u2019étaient levés pour le calmer.Mais plus prompt que nous, il se hissa sur la table de dissection et brandit une lourde canne de goulume: «Je n\u2019ai pas terminé, l\u2019heure du renfermement, des chocs et des anesthésies n\u2019a pas encore sonné.Laissez-moi vous prouver que j'ai raison, vous déssiller les yeux et vous verrez alors de bien étranges choses que les autres ne verront pas, et vous serez placés devant ce terrible dilemme soit dire la vérité et passer pour fous, soit vous taire et devenir fous de toute manière.Je vous propose de devenir fous tout de suite, de vous apprendre à vivre avec votre folie et ensuite d\u2019AGIR pour débarrasser le cosmos de son principal 86 Hit dites naufrageur et de ses alliés.Parlons-en de ses alliés.Sachez que les Proxiens, sous leurs dehors avenants et soumis, préparent en secret l\u2019extermination de l\u2019espèce humaine.Il ne fut sans doute pas difficile de les convaincre que la disparition de l'humanité était indispensable au nouvel ordre des dieux, à leur place, nous qui nous vomissons nous-mêmes, aurions fait pareil.Mais n\u2019allons pas pour autant nous laisser convaincre et capituler d'avance.N'attendez pas que les prophètes envahissent nos écrans de télévision et que les foules, prises de panique, se ruent à leur suite sur le Kremlin, le Pourdjok, Malive ou Zan- tapocom.Augmentez votre vitalité et dormez moins.» Je me dirigeai vers la porte.«Eh! Vous là-bas, l\u2019homme aux yeux jaunes et au teint bridé! Dérouté, mes lanières de gauche passant au rouge vif, je tournai la tête dans la direction du professeur qui éclata de rire et se lança dans une autre harangue qui ne m'était pas vraiment destinée, ne servant qu\u2019à donner le change aux autres pendant que ses yeux me perçaient intensément et me plongeaient dans une irrésistible transe hypnotique.Le monde devint méconnaissable, il se segmenta en séries de plans précipités pour lesquels je n'ai pas de nom car cela n\u2019est pas du domaine de ce que l\u2019on voit, de ce que l\u2019on entend.Tout s\u2019écroulait pêle-mêle et tout reprenait sa place l'instant d\u2019après, sauf moi, écho basculant de ma connivence avec quelquechose, un hyper-quelquechose.Cela ne dura que dix secondes mais cette nuit-là je ne pus trouver le sommeil.Depuis lors je compatis aux malheurs des fous.Le lendemain, deux heures en- 87 viron avant de monter à bord, un des types qui étaient avec moi dans le laboratoire du professeur Hazanavicius, me confia, mais il n'avait pas l\u2019air dans son état normal, qu\u2019après l'arrestation du professeur, survenue quelques minutes À peine après mon départ, il était retourné au laboratoire et avait mis la main sur le tarsier qui s\u2019était réfugié au fond d\u2019un placard.\u2018\u2018J\u2019ai fait quelques recherches, mon vieux, et Hazanavicius a peut- être raison finalement car cet animal n'appartient pas à l\u2019espèce connue qui vit actuellement sur terre.» Par le hublot de gauche, je voyais Prox-24 s\u2019éloigner de moi et par celui de droite grandir la nuit étoilée.Je contemplai quelques instants la très belle nébuleuse Harmonie puis me tournai vers Olaf, un hybride Réticunrr qui voyageait avec moi, lui dis que c\u2019était d'accord, que je mettrais le cap sur sa planète même si pour cela je devais m\u2019écarter de mon plan de vol et risquer de m\u2019attirer des tas d\u2019ennuis.Réticunrr est une petite planète du système de Gur placée sous juridiction terrienne.Un seul de ses deux continents est habité et les trois populations qui y vivent ne sont pas près de faire bon ménage.La colonie terrienne, comprenant le gouverneur et sa clique de technocrates, a les pleins pouvoirs et dispose à sa guise aussi bien des cyborgs, cantonnés dans un camp de travail à une dizaine de kms de la capitale que des Nirvaps, les indigènes, les seuls vrais habitants de Réticunrr qui sont humains 88 _\u2014 \u2014 comme nous, à quelques petits détails près.Les femmes de Réticunrr sont parmi les plus belles, les plus intelligentes et les plus tendres de la galaxie mais les terriens sont trop bornés et trop racistes pour le reconnaître et n\u2019ont d\u2019yeux que pour leurs mochetées poussives qui passent leurs journées à jouer au tennis et à boire des dry martinis.Les baroudeurs de l\u2019espace n\u2019ont pas cette sale mentalité et quand nous faisons escale sur cette planète, plutôt que d\u2019aller trinquer au «Réticunrr Country Club», on court se refugier dans la fraîcheur des huttes.Rien de tel pour vous retaper que deux ou trois jours à partager l\u2019existence de ces paysans supérieurs.Il y a plein de choses à faire là-bas mais moi ce que j'aimais c\u2019était chasser le zlip à trois pattes en compagnie des jeunes Nirvaps et partir, un peu avant le crépuscule, avec toute la tribu cueillir ces fleurs aux pétales violacés qui font de si belles taches aux flancs des montagnes grises, ces fleurs que nous appelons «pensées».Les pensées de Réticunrr ne dépareraient pas nos jardins mais elles diffèrent cependant de la variété terrestre en ce qu'elles ont de très singulières propriétés hallucinogènes.Elle occupent de ce fait une place centrale dans la culture des Nirvaps.Elles sont offertes aux agonisants, aux amoureux, on la fume après les récoltes, son motif orne les couteaux, les vestes, les jouets.Soit dit en passant, le produit connu sur terre sous le nom de «schnaff» n\u2019est qu\u2019un médiocre succédané qui n\u2019a que de très lointains rapports avec la pensée pure qui est consommée sur Réticunrr.Le schnaff, comme chacun sait, donne des visions alors que la poudre 89 de pensée, elle, retire les visions et fait le vide, un vide mouvant.Si pour les habitants de Réticunrr la pensée est une manière de s\u2019accorder à l\u2019univers, elle est un poison de l\u2019esprit pour le terrien non initié.Il n\u2019est pas étonnant que les colons craignent comme la peste ces femmes qui ne débitent pas les inanités coutumières, qui ne se soumettent pas au plus con ou à la plus conne et qui font sans cesse, sur un pied d\u2019égalité avec les hommes, l\u2019expérience des limites, de la musique des limites et dont l\u2019image, quand on les fixe un peu longuement, semble se couder comme un bâton dans l\u2019eau.Par contre les pilotes et les mécaniciens de l\u2019Inter se sont souvent unis à ces beautés.Unions parfois fécondes.Mais à cause de certaines disparités génétiques, les enfants nés d\u2019un humain et d\u2019une Nirvap forment une race à part; ce sont des hybrides, stériles, aux traits irréguliers, qui ont de grandes paluches à six doigts (ils sont pour cette raison d\u2019excellents musiciens) et dont le front est couronné d\u2019une douzaine de petites protubérances osseuses disposées en forme de huit couché.Quoique taciturnes ils ont le sens de l'humour et sont paresseux juste comme il faut savoir l\u2019être.Celui que j'ai rencontré sur Prox-24 était encore un adolescent et il venait de passer deux ans à se traîner dans toutes sortes de mondes.Nous avons sympathisé.J\u2019ignore ce qu\u2019il me trouvait mais moi, par faiblesse sentimentale, je m'étais dit qu\u2019il était peut-être mon fils, ce qui était bien possible après tout, et bientôt je me pris à le chérir comme tel.Mais à présent il avait le mal du pays et voulait retourner chez sa mère sur Réticunrr.- 90 Gagan Mes instructions me commandaient de me rendre directement sur terre mais j'avais deux bonnes raisons de faire un détour par Réticunrr: refaire ma provision de schnaff et déposer mon jeune ami.Il fallait donc trouver un prétexte qui contenterait l\u2019Interstel.Ce que j'avais trouvé de mieux était de bousiller le système d\u2019évacuation des toilettes de manière à laisser une tenace odeur de caca envahir l\u2019astronef et, dès mon arrivée sur Réticunrr, demander à un inspecteur de l\u2019In- terstel de faire un constat et attendre qu\u2019on répare.Ce que j'étais en train de mettre au point, farfouillant dans la tuyauterie et me demandant si nous ammeénerions la cyborg ou si je la laisserais dans sa niche.A vrai dire, et c\u2019est là que résidait le problème, je ne la considérais plus comme une cyborg mais comme une personne.Les psychologues de l\u2019Inter m\u2019auraient jeté un drôle de regard si je leur avais avoué pareille perversion.Une cyborg est une femme, oui, une belle femme mais c\u2019est avant tout une machine électrochimique que la compagnie nous prête en même temps que le reste du matériel.Possibilité d\u2019en changer à volonté: grande rousse, petite brune, blonde boulotte, toute la gamme des identifications croupionnes terrestres.Se nettoie toute seule .Parle (H=85,14 bits).Sait rire en réponse à certains faisceaux de stimuli.Les modèles américains adorent le champagne.Capable de jouer aux échecs, de jouir, de piloter un vaisseau, de réaliser toutes les opérations d\u2019une bonne calculatrice de poche.Se branche et se débranche par simple pression sur le coccyx.Inutile de préciser que la cyborg est une marchandise de 91 pin luxe, d\u2019où cet avertissement à l\u2019utilisateur: interdiction de l\u2019abîmer, de la fouetter, de l\u2019amputer, quoiqu'il soit sans doute moins répréhensible de rendre une cyborg couverte de bleus et d\u2019écorchures que de vouloir la garder par attachement sentimental, le moins tolérable des fétichismes.Parce que de fil en aiguille ça risquerait d\u2019en conduire quelques-uns à prendre fait et cause pour les cyborgs et si jamais un baroudeur se mettait à lutter pour la libération d'iceux, ce serait mauvais pour l\u2019empire.Que faire?L'idée d\u2019avoir à la rendre à l\u2019Inter pour la vérification annuelle ne me souriait guère: ils allaient la modifier, fatalement.Effacer sa mémoire récente.Ce ne serait plus elle.Nous enfuir et rejoindre les bandes de guerrilleborgs?Impossible.Restait une dernière solution, mais avec peu de chance de réussite: lui faire ingérer de la poudre de pensée et espérer que sous le choc elle se mette à avoir des émotions, des imprévisibilités, des initiatives.Dès lors, l\u2019Inter, conformément à la loi, serait forcée de la libérer.Je remis le projet à plus tard.Le coeur léger, Olaf et moi traversions le hall du spatioport.Tout au fond, sur la droite, il y avait beaucoup d'animation autour d\u2019une tribune officielle: fanfare, majorettes de Rigo (ces filles marrantes dont la peau se met à peler quand on leur crie «espace»), cordons rouges brodés d\u2019or qui séparaient le gang des officiels de la foule des curieux à laquelle nous nous mélâmes en suçotant, moi une glace à la vanille, Olaf une glace au 92 schnaff.«Bon sang, lui dis-je, regarde la bestiole que le gouverneur tient en laisse!» Il ne mit pas de temps à me répondre: «Ça ressemble drôlement au tarsier de ton dessin.» «Oui, bon , eh bien filons, tous ces paranos me rendent malade.» «Es- tu bien sûr que le parano c\u2019est pas toi?» «M\u2019en fous, ça m\u2019donne les jetons, j'te dis.» «D'accord, allons-nous en\u2026 Au fait, sais-tu qui ils attendent?Le président de Prox-24, je l\u2019ai entendu aux nouvelles.» Pétais en train de réfléchir à tout cela quand soudain je perdis connaissance.Je rouvris les yeux dans une grande salle blanche.Lumière crue.Deux types qui me regardaient sans avoir l\u2019air de se rendre compte que je les regardais aussi.Puis je constatai que j'étais incapable de bouger, même les yeux.Figé, sec, neutre.Mais les canaux sensoriels en position de réception.Derrière eux, accroché au mur, un écran où défilaient CES MEMES MOTS QUE JECRIS MAINTENANT.À côté, un autre écran avec d\u2019autres mots: «À 10001101010110, retournez là-bas, retournez sur Réticunrr.Vous reviendrez ici quand vous serez prêt à entendre la vérité, l\u2019aucune -vérité, que seuls ceux qui sont sans être peuvent supporter.Fermez les yeux, vous le pouvez maintenant, laissez-vous aller, laissez- vous porter, rien n\u2019a jamais commencé, rien n\u2019a jamais fini, oubliez ce lieu qui est le lieu de votre programme.Quand vous serez prêt à revenir ici pour de bon, votre tâche consistera à aider ces hommes à partir.Car ils ne savent pas encore 93 comment passer de l\u2019autre côté, et vous-même ne soupçonnez pas qu'ici est votre autre côté.» Un des hommes dit: «Patron\u2026 vous croyez qu\u2019il pense encore «analogique»?«Bien sûr, répondit l\u2019autre.Quand il pensera «exact» ça se verra.Ou bien ses circuits sauteront, comme c\u2019est probable, ou bien il verra qui il est, où il est et alors ses mots disparaîtront de l\u2019écran.Il aura fini de se raconter des histoires, fini de représenter comme il le fait ce qui se passe réellement en lui et autour de lui.Il n\u2019aura plus besoin d'histoires.» «Et nous, patron, est-ce qu'on n\u2019est pas sa dernière histoire?» «Sam, tu sais bien qu'il n\u2019y a pas de réponse à \u2026» Sans transition, je vis Olaf penché au-dessus de moi qui s'efforçait de me faire boire un peu d\u2019eau.«Que s'est-il passé?» «J\u2019en sais rien, répon- dit-il, mais je connais quelqu'un au village qui sait.» Ce quelqu'un était un sorcier d\u2019une de leurs tribus qui baragouinait vaguement le français, ce qui était déjà assez étonnant quand on songe que la seule langue étrangère parlée dans le système de Gur est le sarish, langue à tons, à raclements et à blurps.Le sorcier était âgé d\u2019à peine vingt ans et il avait la même moustache que le Zorro de mon grand-père.«Toi inquiet, vraiment.Je vois.Toi un peu bousillé là-dedans.Parce que toi vivre dans zone dangereuse de la galaxie.Et toi exposé a l\u2019éclaboussement de l\u2019Autre Côté.Nirvaps avoir 94 plus de savoir sur ça que vous terriens yeux jaunes, yeux bruns, yeux bleus.Mais pas d'accord entre nous.Certains penser que Proxiens alliés de Force de l\u2019Autre Côté, certains dire que Proxiens être baisés d\u2019avance et manipulés pour provoquer le panique comme pour professeur Hazanavicius que nous connaître aussi.Ce que lui appelle monstre génétique, vieux cons de la tribu dire «Panoplie de les origines».(Il sourit de toutes ses dents) Ça histoire, ça pas réalité vraie.Réalité vraie pas faite pour réfléchir mais pour envoler le corps.Toi comprendre?oui?Non, toi pas pouvoir comprendre.Moi pas pouvoir comprendre.Nous seulement préparés à tout.Prépares à avoir araignée dans plafond, ça Hazan avoir eu raison sur ce point.Toi juste savoir qu\u2019il y a pression de réalité pas connue sur réalité connue.Hommes et femmes Nirvaps avoir disparu dans contact avec ça.D'autres mourir par eux-mêmes ou dépérir volontairement.D\u2019autres avoir très dure expérience et revenir très paisible , se foutre de ce qui va arriver à eux, simplement être compatissants pour autrui mais veulent pas raconter ce que savoir, dire toujours que important est d\u2019apprendre à garder immobilité de grenouille, immobilité de serpent, immobilité de rocher.Car rocher ressemble à eau qui coule.Mais homme qui ne sait pas faire différence entre les choses et les images des choses n\u2019est pas bon.Sauf que maintenant peut- Être anciennes choses se mettre avoir l\u2019air images et anciennes images avoir l\u2019air choses.Et un jour, mais il ne faut pas être triste, je découvrirai que toi n\u2019existe pas et toi découvrir que moi n\u2019existe pas.Quand sentir cela approcher nous mourir la 95 plupart du temps mais Nirvaps courageux pas mourir à cause de cela.Car Nirvap calme comme rocher.» Tout cela n'avait guère de sens à mes yeux.Bavardage de sorcier curé qui avait trop bouffé de poudre de oum, de poudre «je suis partout», de poudre de pensée.«En voilà un autre qui a perdu les pédales», pensais-je.Tout au long de cette journée que je passai chez le sorcier, je fus le jouet d\u2019autres bouffées de délire.Ces hommes dans la salle blanche qui attendaient une réaction de ma part.À tout instant, vertiges.Mots sortant du haut-parleur: « projections des capacités narratives de A 10001101010110: la fin des structurations narratives surviendra deux secondes avant l'émergence.Ces deux secondes peuvent être fatales.Le Centre a autorisé le recours au régulateur thalamique Xerox-600 qui déterminera lui-même l\u2019état de bien-être - «naturel» max.du sujet.Pour plus de sûreté, retirer de Xérox-600 inputs sédatifs et hallucinogènes ainsi que les programmes correspondants.Le Centre recommande enfin de mettre À 10001101010110 en présence de la féminine À 00010.Fin du programme.Éteignez les deux écrans.» 96 Je traînais autour de la hutte du sorcier Zorro, hagard, vomissant.Voyais les chiens, les lézards, les perroquets s'approcher et me regarder d\u2019un air affolé.Ils ne sentaient que l'animal en moi.Et moi je les sentais pour la première fois.Etre animal parmi les animaux change le monde.Mais je ne voulais pas que change le monde et je luttais de toutes mes forces pour penser comme avant, penser normalement.J'aurais donné n\u2019importe quoi pour me confondre avec les habitués du «Réticunrr Country Club» Ah! Mener la vie tranquille sur terre! Mais il était trop tard pour cela.J\u2019étais entré dans l\u2019inconnu, je percevais des modifications à l\u2019intéreur de mon corps.Mouvement des organes poussés par, tassés par.Le monde ne change pas.Que la perception.Pas de monde.La réalité?Ca n\u2019allait plus du tout.NE PLUS ÊTRE SOI.L'air devenu soleils.Torsions d'innombrables moments en un.Constatant mon délabrement nerveux, sorcier Zorro me parla longuement, me massa longuement de ses mains expertes.Je revenais.Il me dit que ce n\u2019était qu'un répit, qu\u2019il y aurait d\u2019autres vagues plus fortes.Il m\u2019ordonna d\u2019aller m\u2019asseoir une heure dans sa hutte et de garder les yeux fixés sur une feuille de papier blanc posée à terre devant moi.Je m\u2019exécutai sans succès d\u2019abord.Au bout de dix minutes, je ne pouvais plus tenir en place.Marre de forcer mes yeux à ne regarder que le bout de rectangle blanc.Mal dans le cou.Envie de boire.Envie d'aller pisser.De ficher le camp en ville.Puis, progressivement, je me détendis.Vagues d\u2019ennui, vagues paisibles, vagues de lent plaisir.Lorsque je me sentis vraiment bien, bercé 97 iain ais par la tranquillité heureuse, pouf: j'étais assis contre le mur métallique d\u2019une cellule blanche, très haute de plafond.La porte était immense: debout, sur la pointe des pieds et le bras tendu, je ne parvenais pas à rejoindre la poignée.Je retournai m\u2019adosser au mur.J'avais quitté la zone de calme, la tempête allait se soulever, je le sentais.Seul recours: travailler à garder mon calme.Masser le diaphragme par la pensée.Arracher sans effort les racines du désir.Boudha! Son nom sur l\u2019écran de droite.Son rayonnement pulsant de l'écran de gauche.J'ai donc changé de lieu.Cette cellule, cette porte si haute?Disparues.Ils entrèrent, précédés de la cyborg.Mais ce n\u2019était pas elle.La grande peur s'abattit sur ma grande faiblesse.Boule d'angoisse dans l\u2019estomac.Boule mouvante et avide dans l'estomac.Roulettes de métal sur le carrelage.Et derrière eux, le profil hilare de l'homme-tarsier.J\u2019étais arrivé au bout de ma route et il n\u2019y aurait pas de faux certificat, cette fois, pas même de parachute.Plus moyen d\u2019y couper.Le corps allait devoir sauter, et la pensée avec».98 Le souffle c coupé \u201cNicole Brossard EP PS v Ÿ = ; 4 | er Ee) His a Pour que la chaleur de l\u2019épiderme ne puisse être niée alimentant ainsi la forme inconnue: je veille près du feu à proximité des mains visibles \u2014 je pense.les mains sans issues retenues dans le tissu de la pensée lisse lisse qui tisse \u2014 maintenant que tu l\u2019avoues de tout ton corps que les mains ne se comparent à rien, quelle hypothèse émettre au cours de cet épisode sinon que: l\u2019appétit réel Cet appétit qui étonne dans le froid et qui parvient à produire du sens: là.«tu rends l\u2019impossible inévitable» M.Blan- chot.100 i; al di M imagine l\u2019impossible autour de ton corps souligné essayant de reprendre ce souffle coupé pendant qu\u2019au galop la poitrine s\u2019enfuit.Les apparences figées dans la durée: la corde bleue des guitares versatiles.Cela ne peut suffire car il en va de l\u2019efficacité de toute institution y compris celle du sexe apparemment enraciné avec rigueur \u2014 peut-on l\u2019associer à la pensée, le rallier ou reviser le texte et tous ces personnages qui se lamentent au masculin, sauf erreur.imagine l\u2019impossible vautour selon la durée de ton corps.Il en va du personnage que la pensée puisse infiltrer tous les éléments de biographie et les y surprendre en vue d\u2019un dénouement fictif.On ne peut savoir vraiment ce qui produit l\u2019espace, soudain, dans la page du journal intime.Toujours pensant à écrire ce texte sur la pensée (être dans les nuages) entourée de formes \u2014 parfois hallucine étrangement avec des bras dans l\u2019oeil qui se meuvent mais ce sont des signes alors qu\u2019intérieurement c\u2019est le parcours: dissidente et attroupée le regard assidu composant au-dessus de l\u2019eau le fleuve d\u2019ici.101 La pensée, on n\u2019a pas idée.Le relief, le relire.Je tiens le crayon bravement pour voir jusqu\u2019ou cela peut me mener entre les rives, l\u2019amas, le traquenard.Des touffes d\u2019arbre se sont resserrées autour de la comtesse de Ségur, la Sophie y règne menaçante mais menacée comme une mauvaise pensée qui s\u2019achève et qui se meut dans la vallée de la Matapédia.La pensée est pleine d\u2019allusions: qu\u2019est-ce qui me prend de vouloir l\u2019entreprendre à même le visage clos de l\u2019autre qui me suit comme un miroir fragment par fragment mille techniques signifiant toujours le renvoi à l\u2019origine, au fin fond de la forêt carnavalesque des tableaux anciens où les ruses ne se firent de guerre jamais attendre.Tel que si éblouie par le lent matin.il fallait attendre dans les gorges secrètes au goût de citron et tout alors manquait de souplesse pour parvenir à la pensée, pour y circuler stratégiquement \u2014 cet astronef dans le bleu sévère._102 Rictus les grimaces cumulées dans les cumulus, ce sont des voix, dit-elle en plein vol, qui me trahissent alors que je cherche le champ propice où me poser à toute allure avec mes mains moites dans l\u2019épreuve à bien y penser.Tout cela coïncide l\u2019isolement et la sensation même d\u2019y participer comme d\u2019une volonté très physique de garder la réalité en soi, contact et choses de la vie.La réalité de la pensée: me souvenir brièvement Un reflet séquentiel avant que d\u2019atterrir.Mal à l\u2019aise et pourtant incluse dans cette histoire de la pensée givrée \u2014 ce luxe d\u2019y pourvoir \u2014 ou de la pensée comme l\u2019on dit de l\u2019autre le besoin, remontant les grands réseaux, le grand courant des accidents passagers mais le roc dans la vallée.Elle dit: \u201cLa pensée qui n\u2019est pas cette idée fixe que j'ai de moi, qui pulvérise les constats (les mots ne pourront pas longtemps tenir mon rôle, ce rôle plutôt facile de vivre en mots, sorte d\u2019accoutumance a la fébrilité).\u201d Je conçois que l\u2019on puisse y séjourner, cruciale et ardente, d\u2019une question à l\u2019autre, tournoyant, ne troublant que ce qui peut l\u2019être selon le climat.103 Attend-on de la pensée formelle un nouvel engagement?Une rixe rituelle.Toute réflexion faite, je me sens ramenée à la surface des eaux: ce qui affecte ma conscience.À vouloir oser les événements à proximité de la fracture, par vagues successives de pensée par- vient-on à ce qqchose qui, agrandi démesurément de l\u2019intérieur, prend la forme nerveuse de l\u2019interrogation ou celle du point de vue, en échange de quoi pris la forme d\u2019une bonne raison sexiste.La pensée qui dans mes veines.On ne peut alors ne pas songer que tout tranchant l\u2019abolit de même que la libère.104 ras gs LL ae RI rea Far oe SA spots EN atid per = pe HEE | % Vira ir AR £0 Y yg.Ik ECS NS à nd 7 W Ce PN NI f) ' ve Pierre Nepveu WN J 2% AO pad pe À 0 .pk) a.) 7 A NT ee LY PF 7} Ed hs = = ZT Messages sur un état Eboulis d\u2019événements.La traversée, logique du vivant, de savantes pâmoisons, et trous d\u2019amour au ventre, dans l\u2019air d\u2019harmonica d\u2019un évanouissement, et les carambolages d\u2019intentions qui arrivent, parfois, à mi- désir.Les gestes criards, peu clairvoyants, dans l\u2019anti-chambre de l\u2019épreuve finale: l\u2019identification.QUI ES-TU?Mes empreintes mentales ne suffisent pas, ni la convulsion des lèvres au terme d\u2019une phrase à longueur de vie.Le cerveau vaque aux faits divers, trémolos des aveux, bouches papillons.Principes d'incertitude.106 Où tournoient les mobiles d\u2019amour et les déraisons de vivre, les images démarrent sur des paroles souffleuses d\u2019impasses et d\u2019angoisses en plein air, dans la scansion printanière des besoins de brise et des voisinages de désirs.L'enfant vacille dans la nuit capitonnée, les camions sonores franchissent les couches superposées de rêves, et les nuages d'herbe fantôme qui flânent parfois en rase ville pour que battent les portes et clignent au matin les fenêtres de tendresse.107 3.La pensée dévergondée: roman rouge et noir de la vie au long cours, comédie de la soif sur les tréteaux d\u2019un rêve à dormir debout.De longue date, parodiée, mise à profit pour les chasses aux fantômes et la comptabilité du bonheur de vivre.Plutôt rire, chanter, descendre à tout corps dans les questions délinquantes de l\u2019angoisse-passion.- Scénario nécessaire: l\u2019accident.Tôt ou tard, le fracas solaire des vitrines, les volées de têtes rouges à l\u2019intersection de l\u2019émeute et de l\u2019aube, en plein chant d\u2019oiseaux accrochés aux derniers murs de chaleur.Ou ailleurs: l\u2019amoureuse vue de dos, s\u2019éloignant dans le vertige fluorescent d\u2019un couloir, évasion sauvage quand s\u2019ouvre, aux poumons, la brèche froide du soupçon.L\u2019exception a force de loi, I'impossible tient boutique.Ignorants, arriérés, bagnards des utopies et des fictions d\u2019allégresse, balayeurs de civilités: tant que nous sommes.Quoique, a vrai dire, agrippés au premier chuchotement, soufflé, matinal, dans la cuisine rituelle.108 Le paysage démoli: fer rouge des motos, arbres brasseurs d\u2019oiseaux, enfants et chats: avant le déluge de la raison ardente, hors nos corps fabriquant l\u2019amour, surdité provoquée, cathédrale engloutie des phrases chanteuses, des épithètes caressantes; cette fois encore, le dialogue porté au point de non-retour, à l\u2019intransigeance de toucher et de boire.A QUOI TU PENSES?La question a-t-elle un sens, ou ne récite que l\u2019empreinte rêvée d\u2019une voix sur un corps, d\u2019une musique intime sur les fuites d'images et les regards irrepérables d\u2019une vie dissipée\u2026 c\u2019est-à-dire: OÙ ES-TU, en quels quartiers périphériques, zones grises où survivent, sur l\u2019erre d\u2019aller du temps, tes personnages inachevés, fillette des feuillages, manitou des peines de coeur.Le paysage démoli.109 Le trop-plein, depuis la moelle, se dispose selon les champs magnétiques de deux têtes fascinées, à distance brülante, par l\u2019aimant noir au fond du regard, selon le plan de développement, tacite, d'aventures au galop de l\u2019effroi, prenant mal au piège un paysage rétif, que heurte le boulet rouge d\u2019un soleil d'orange.Les passions quotidiennes, comme autant de particules fantômes, ou cases vides à peupler de plantes et d\u2019enfants, avides de légendes et multiples symboles différant le cri.L'intervalle des corps, comme un passage de pigeons, très bas, entre les façades.| Les impressions d'harmonie se creusent de voyages entre les membres, les accessoires de vivre et d\u2019aimer inclinent au coup d\u2019éclat; un disque tourne au fond de caresses inapaisables.110 Saccades, saccages, _enfermement .; : Michel Gay vacille, fonctionne comme motricité.Accéléré ce débordement, à la vue d\u2019une \u2014 autre \u2014 projection en avant, lancé plus loin peut-être qu\u2019elle ne l'aurait souhaité, le jet trajet d\u2019une telle résistance mais d\u2019une résistance à quoi.Mue vite depuis l'admission du mélange gazeux (l\u2019admission accrue augmentant la vitesse).Faire s\u2019accommoder un certain nombre d\u2019éléments d\u2019abord mal disposés, peut-être épars, peut-être épris, très précisément pris de passion pour ce genre d\u2019inflexion, singulière \u2014 en géométrie et parlant d\u2019une courbe: endroit où elle change de sens \u2014 déviation; ainsi d\u2019un projectile: son écart du plan de tir.Le débordement sur, bien sûr, la gauche lui ferme la gueule, la parole découpée et, pleine d\u2019injures, suffisantes certes à l\u2019avancement de la cause; mais ce n\u2019est pas, pour le moment, ce qui réussira à l\u2019émouvoir.Le stockage de certains sujets a beau ne pas déplaire à cette sorte d\u2019esprit, elle n\u2019ignore pas qu\u2019un renfoncement définitif la guette, guette sa sortie, surtout si elle ne semble pas seule.Le développement de la solitude dans toute son étendue, déployée enfin toute sa surface, elle sait ce qu\u2019elle veut.Ce raisonnement, si c\u2019en est un, l\u2019emporte en même temps que la conviction où resurgit un inévitable sentiment de culpabilité.Un solide d\u2019indifférence précède d\u2019habitude une quelconque fraction obtenue.Elle retrouve des morceaux d\u2019elle-même en haut de la pente qu\u2019elle osait à peine aborder tout à l\u2019heure.L'hésitation, retardée, accumule une bonne quantité d\u2019effraction quand ça y est.112 rampéerampéerampéerampéerampéerampéerampéerampée rampée du silence alors long vers le vide le creusant rampée malgré la différence malgré tout vers l\u2019hors dansladévorantedansladévorantedansladévorantedansladév dans la dévorante (durant: durée) revoir issue lors qu\u2019elle a lu \u2014 dans ses yeux?\u2014 la sortie à n'importe quelle heure mais d\u2019où qu\u2019avalanchequ\u2019avalanchequ\u2019avalanchequ\u2019avalanchequ\u2019ava qu\u2019avanlanche dès l\u2019accaparement d\u2019elle seule elle sort, décidément dequilaparledequilaparledequilaparledequilaparledequilap de qui la parle pourtant la respiration.le plan: tournures pertes étonnement contours configurationconfigurationconfigurationconfigurationconfig configuration des autres songe-t-elle fairedirefairedirefairedirefairedirefairedirefairedirefairedire faire dire qu\u2019elle n\u2019y est pas qu\u2019elle n\u2019y est pour rien uneseuletracelelongfilamentdel\u2019écritureuneseuletracelelongf une uneseule uneseuletrace uneseuletracele uneseuletracelelong uneseuletracelelongfilament uneseuletracelelongfilamentde uneseuletracelelongfilamentdel\u2019 uneseuletracelelongfilamentdel\u2019écriture 113 METRE RH MST NIET reluque la dispersée l\u2019attire plutôt qu\u2019à elle tout simplement revenant ou ou lui lance un regard peut-être ici maintenant son regard ou ou (peut-être-non) peut-être cherchant l\u2019occasion simplement l\u2019occasion d\u2019en finir c\u2019est-à-dire de ne plus s\u2019en remettre?plein la vue OUOUOUOUOUOUOUOUOUOUOUOUOUOUOUOUOUOUOUOUOUOUOUO- u débat ça au fond de son approche s\u2019en approche au fond tout OU près le chant malheureux d\u2019un oiseau des battements de coeur qu\u2019il connaît ((oui)) OUOUOUOUQOUOUOUOUOUOUOUOUOUOUQUOUOUOUOUOUOUOUOUO nononononononononononononononononononononononon OUOUOUOUOUOUOUOUOUOUOUOUOUOUOUOUOUOUOUOUOUOUOUO 114 uneclameur(au-dessusdel\u2019autre)glissesurl\u2019apparencesurquo À ipèsentcessoupçonsremuelefondleschosesétantcequ'ellesfon tälalimitesefrottetoutcontretoutabandonnelapartie \u2014 lapar i oipossiblesurlaquelleappuyeral\u2019infinireculefusiblepasseal\u2019é tatnouveausolideseulentrainesursonpassage:pousseapenser rompue 115 Moteur: à la lettre contourne la matière, ramasse sa propre masse.Calcul fait (un acte, un accident), défaite, ce qui reste de cet oubli, s\u2019avoir su son double aperture, aperçu.Questionne ouvertement / carrément qu\u2019est-ce que c\u2019est.D'abord et ainsi de suite jusqu\u2019à encore et toujours.Davantage.L\u2019accommodement parlons-en.De l\u2019eau, tiens, au gaz qui ne s\u2019y laisse pas prendre, pas facilement.De n'importe quoi si dans la région du souvenir ça n\u2019a pas d'importance.Du tout.Pourquoi pas puisque se débarrasser du début elle ne pense qu\u2019à ça.Ce sera, finalement, sa sortie, dénouée de sens.Un dernier, un extrême sentiment d\u2019urgence va l\u2019emporter, l\u2019emportera définitivement.116 states if 4 1! Bl fi fii | Montrez-moi votre pensée Serge Sautreau Estuaire> a publié Geneviève AMYOT, Hugh BARRETT, Michel BEAU- LIEU, Rachid BOUDJEDRA, Jacques BRAULT, Jean- Yves COLLETTE, Alfred DESROCHERS, Gilbert DU- PUIS, Jean-Paul FILION, Claude FLEURY, Jacques GARNEAU, Michel GARNEAU, Roland GIGUERE, Jean-Pierre GUAY, Claude HAEFFELY, Pierre Jakez HELIAS, Christain HUBIN, Pierre LABERGE, Gatien LAPOINTE, Félix LECLERC, Alexis LEFRANCOIS, Clément MARCHAND, Gaston MIRON, Pierre MO- RENCY, Suzanne PARADIS, Pierre PERRAULT, Alain ROBERGE, Jean ROUSSELOT, Frangois ROYER, Jean ROYER, Francine SAILLANT, Frédéric-Jacques TEMPLE, Jean-Gérard THEODORE, Gérard TREMBLAY, Gilles VIGNEAULT.ESTUAIRE Casier postal 828 Haute-Ville ; Québec 4, QUÉBEC G1R 4S7 Je désire souscrire à partir du numéro: _\u20140 D un abonnement de soutien ($25.00/4 numéros) GO un abonnement régulier ($12.00, étranger: $20.00/4 numéros) Nom _______ N.B.Des exemplaires des numéros déjà parus sont encore disponibles au prix de $3.75, frais postaux compris.| LE 1 ll | bulletin d\u2019abonnement O La nouvelle Barre du Jour, C.P.131, Succ.Outremont, Outremont, Qué.H2V 4M8 LA NOUVELLE BARRE DU JOUR VOUS OFFRE GRATUITEMENT DEUX DES LIVRES SUIVANTS: Pulsions, Michel Beaulieu Mécanique jongleuse, Nicole Brossard L\u2019état de débauche, Jean Yves Collette Le petit cathéchisme, Louis-Philippe Hébert Tableaux de l\u2019amoureuse, Paul-Marie Lapointe Lieu de naissance, Pierre Morency 12 numéros, un an, au Canada : $30.un an, à l\u2019étranger : $36.6 numéros, six mois, Canada seulement : $16.Jom adresse Veuillez m\u2019abonner a partir du numéro Seul l\u2019abonnement annuel donne droit aux livres-cadeaux.Livres choisis hi i £ i = os etes \u2014\u2014\u2014 res Soar Era = eee rr Ri es tp ces Cowes L ren = rep ones Ex aoe oo = = A be oo \u2014 TES 3 ae Jats = _< paar prin jas mesa frais ZE creas =a Atay Tn EH oH re ps 7 ro PENSEE Ÿ i rs GIE Guay UE Morin Ty Bertrand Trt 9 Campo Michel Béaulieu Lu | Gâyf Louis: SIT Hébert Adele B UE Elie NII Brossard Pièrre CCE i y ça\u201d | "]
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