La nouvelle barre du jour, 1 janvier 1978, Mai
[" { , / i velle 4 a -10 barre A q iss _ du jour A ( i Ÿ ci ii i it i i li i! th! ) =, | S fe a jt 4 ! \u2018 de f = 98 = AS Ness oot Z » $ S i 1112430 ™ N N \\ 25 IO ee _ == Yi i ae os NA = NA a hd \u2014V pe =A THM = Cg | 66 NS es - aies co ro rar ès es ares es ps STs Ra ot po oy 0e most ce a SEA sir oul SE prep ES ES ld Te BE oo py aria RATE, Ses Pris a Shocks A ONCE ocr SET RAT rr Tr Ere cu rs Tes ras 5 pore Als = me Eat Ts poe A ee pre er Se 15 255 spi ETS se tes Bs ge = ra Ch = br TS ESS Sethe AXES RS So gere PER x Ray Xs a3 KA Ty v Re Le i Bt M 4 his : en I IH I a = 4H 1g \u2014 \u2014- __ _.= poi, pri is, ___ bn \u201cses Las aie, Ré EN cas rs Cee mt mr re RS =A or = wi, = Se rn agile ie _ a PR aan etat 23 5 a es F5 Ar rte ra A i Rte Se Tae TS a te A3 ad tas née x = Ri Ai tt Er a Pat bi = Re [3 1 Pr ci ais RT 33 7 3 ao oy a = 2 3 = ; = e : ; 53 la nouvelle 3 + barre du jour me LA NOUVELLE BARRE DU JOUR NUMÉRO 66 Mai 1978 Secrétaire de la rédaction : Jean Yves Collette Collectif : Nicole Brossard Michel Gay Jean Yves Collette Conseil graphique : Michèle Devlin i.Distribution exclusive : bi Diffusion Dimédia Inc.pu: 539, boul.Lebeau, à Saint-Laurent, Qué.A (514) 336-3941 iB Toute correspondance doit être adressée : 8 La Nouvelle Barre du Jour, Au C.P.131, Succ.Outremont, i Outremont, Qué.H2V 4M8 Les auteurs sont priés de n\u2019envoyer qu\u2019une copie de leur oeuvre, les documents n\u2019étant pas retournés.Les auteurs des textes que nous publions sont seuls responsables des opinions qu'ils émettent.La reproduction des textes et des illustrations paraissant dans la Nouvelle Barre du Jour est strictement interdite.Dépôt légal \u2014 Deuxième trimestre 1978.Bibliothèque nationale du Québec.ISSN 0704-1888 leur rs ds og ls: ric Sommaire Fictions Peu à peu / enrayure Michel Gay Histoire d\u2019écrire L\u2019entropie du désir Renaud Longchamps Essai Paradoxe rex & contexte lex Georges Khal Commentaires Indicatif présent Claude Beausoleil Le signifiant vorace Normand de Bellefeuille Pour une lecture critique ce France Théoret 2 CS \u2014 Ld = © RS = i 5 i = oY * : oi se de® ss PUS es a Ben ne = - .ss i = pe I Ji oy es LT > oe 2 pass Et) me _- Pa ss IE by EER Les PART en Bo \u2014 Ee nn m= Sie FEL ESOL PN pe tete ey SOR po Spices Im EEN ena PA ny phy Pe mR pr er pe pr 2 are des Frio ot ae RE Re phir rr Hall as Xi po Li Gti geil ci is as i : fh i Michel Gay 5 7 & Mh es i Peu a peu Enra ure ; a 4\u2018 ; Ar | i | hic © be! a hc hie Un bégue mental \u2018un rire du À futur et P anonymat étern: # { ab olu, i fini, d\u2019 une.incon tuer ri : ; nue soudain mise i loin des coquetteries de Lin guistic Par I piu erge Sautreau i i hi = en ; i he ney Que Volte-face étincelant, lacté voltage, survole l\u2019eau quand trop.Sur l'épaule toucher marque maintenant le dépit.Où de chagrin mélé froid.Déplaisir.Tout indiquant exactement sinon pourquoi quand.Quel air prendre.Mesure la très longue (dernière) pause, tant de mots à ce moment derrière la langue, apex : quantité longue.Voir dehors ne sachant trop que faire comment refaire surface.À travers vent, en ouvrant bourrasque, et glace.Glisse sur la peau des mots.Glose.Mais pas entre les lignes, entre nous.Avant d\u2019en finir entrouvert à vif.Singulièrement, ce qui suit (cette caméra, ce mouvement).En soi, rien de moins qu\u2019entrevoir, les yeux mi-clos, au loin la fin.La filme ?S\u2019il fait nuit, fixer n'importe quelle étoile qui continue de briller n'importe comment.Un dernier : regard pour la route, sur la carte de celle.Une géographie, une politique du désir comme objet.La chevelure la plus noire la plus loujours-jamais atteinte macule les pensées Sfeuillues sans cette légère catapulte qui permet de s'égarer à volonté au moindre scintillement frais brise le conduit des idées rattachées aux masques perturbant 3 so, .a .l'ordre général particulièrement en cas de vol à vue si c\u2019est de passion qu\u2019on parle.6 (fe | Chine Al ans Msp 4 ad | méme fn ing 10h! | (ent He tant , ; | Infracassable, mentalement, alors écrire main \u2014 déni 2.Co.fi féminin \u2014 ou bras brisé \u2014 m.Lancer une idée puis y van [ | recourir.ne J si Le pouvoir met des bonbons dans les roues du système.| ; LR Calme, claque le passant renversé dans colmate.Non claire ie à sans se lèche la vitrine : ici cerveau.Läâche si brèche.| Plus profond, plus gris, plus probablement gris-gris en \u2018#R cas de mauvais virage assez bien amorcé tout de même WE; même mis sur le compte d\u2019éviter de mal doubler une MR ombre, une autre masse déjà allée.Ça se recouvre.FE Ainsi le pouvoir muet quand il le veut bien ne dit rien he de la boue, labour (toute forme de travail) ; défonce- Wii ment du travailleur.Par exemple, pour en revenir à at cette idée, labour à bras jusqu'à brisé.Enrayure.Giclée traverse l'écran à peu près complètement éteint interrompt le film qui aurait pu s\u2019y coller à cet écran si le détachement de sa pensée (les images qui lui passent par la tête) ne révélait pas un tel renoncement au blanc. D'où d\u2019ailleurs.S\u2019il parle, s\u2019il ose, ça suppose, ce geste, là lui cloue le bec.Ah ! le bec ! Ultime quand si timide tremblement de la luette.Des fois que la littérature prendrait des airs de lutte populaire et s\u2019y obstinerait.Le large.Truqué quand tout tournait si bien rond.Cuir chevelu rasé d\u2019idées blanchies, les mauvais Joueurs se remettent décidément toujours un jour ou l\u2019autre de la partie.« Jouons, voulez-vous.Et s\u2019il nous plaît de tricher, nous sortirons de nos têtes de Turc des trucs que vous n\u2019avouerez jamais avoir vus.Ni vus ni connus.» Alors La plaie \u2014 plaine hémorragie puisque ( presque) brülent une centaine de prés centaine élant un nombre donné au noir ce qui blesse à partir d'appeler d\u2019enfiler décapité le creux toxique le creux argile le creux calme allonge \u2014 profonde \u2014 le creux lout court.8 ir (ut Suite de séquence prise directe \u2014 « position du changement de vitesse dans laquelle la transmission du mouvement moteur est directe » \u2014 de vue \u2014 «entre le déclenchement .et son arrêt ».denteler l\u2019effrayance devant devoir à jamais recommencer devant l\u2019engourdissement progressif la dénivellation blanche (?) de certaines idées (sic) auxquelles il faut continuer croyant encore pouvoir tenir sachant quelle fin nous guette devant l\u2019étau des circonstances anonymes (non latent) moteur dérive renverse moteur émet des bruits étrangement divers selon qu'il se fabrique ici qu'il tourne (dans) nos têtes encombre s\u2019effondre inévitable / devant venir avant la fin véritable.Le précis très droit à force de façon Jente la respiration (l'essouffle) mordant dans poumon mais \u2014 coup cousu \u2014 vacarme la gauche ce qu'au moins la science aurait prévu broyeur grossissant aurait révélé l\u2019autre / l\u2019autre la peau arrachée si touchant cette flèche \u2014 bien entendu bien qu\u2019il parle par lambeaux. Grandeur rature fige, stase la configuration surgie amoncelée/morcelée, puis parcelle espérément l'acier oblique du coefficient-écran.Un tel ralentissement permet de déterminer la nature exacte, la plupart du temps enfouie, intercalée dans précisément l\u2019apparence.De la déchirure.En effleure la chute, suit sa courbe comme si le long du vide avec elle.Le sang écoulé laisse dans l'herbe les taches toujours visibles du piétinement du pouvoir (ceux qui n\u2019est-ce-pas n\u2019y peuvent jamais rien) autour, dans et sur la masse.Recluse se solidifie, se formant, s\u2019informant de ce qu\u2019elle \u2014 cette masse \u2014 constitue matière à révolution.Hors veine la lèvre immobile fruit les aiguilles des nuages qui la mouillent écarte quoi des doigts fleuve les algues épongées enfin lueur (de très près) cette distance contournée.10 (è ile bifurcation foudroyante tandis que, ne cédant en rien la conduite quotidienne du pire, le désespéré qui fait tendre, foudroie l\u2019oeil où il git chassé comme un lièvre du livre qu\u2019il continuerait de fixer si e.La vue élevée par moments, monts, dévale vite ses idées de grandeur quand il s\u2019agit d\u2019y regarder de près.Le peuple, l\u2019amour, ces\u2019 vieilleries poétiques (la poésie, nous en reparlerons).Ce qui tend à nous séparer, couper le coeur, découper le corps social.Biffure sur blanc : nul n\u2019est innocent.Les je sont faits, parfait(s), nous de nouvelles voies.Ce que j'aime en toi, révolution, c\u2019est que tu n\u2019abandonnes pas.« Moment d\u2019un couple : produit de la distance des deux forces par leur intensité commune.Moment magnétique : moment d\u2019un couple nécessaire pour maintenir un aimant perpendiculaire à un champ uniforme d\u2019intensité 1 oersted ».Une certaine détermination : l\u2019art évolue la révolution.Franchir par clignotements successifs les transparences de la ligne tirée l'idée dressée puis ralentie puis dégoulinée de cette seringue uriller par pistolets-contours les doigts sûrs (sûrs ?) salivent les lèvres caressent mettent la bouche dans de beaux draps \u2014 comment accueillant l\u2019idée de révolte la langue s'agite. La même, mettons n'importe quoi, puisque, dès lors, ça n\u2019a aucune importance, apporte la figure par miettes, bris de toutes sortes ; perfore le verre que voilà, d\u2019où s\u2019échappe le reflet de vouloir voir.L\u2019écoulement caché aura agi par procuration, puis par échappée de plus belle : le silence, la fenêtre à coup sûr, le retour plus tard que prévu, l'agitation pure et simple si je pense à toi dans la foule, l\u2019arrêt de respirer qui me revient de moins en moins rarement ; ça coule de secousses.La figure coupée en deux : « l\u2019en dessous l\u2019admirable » (Jacques Brault) / la surface de cette masse.Le déliement des lèvres de celle qui parle, puis des lèvres de l\u2019autre, qui écoute parce que, passe par l\u2019éclatement, en moi d'abord, de l\u2019implicite.Ça file en filigrane sans s\u2019apercevoir que ce pneu est à plat.Pratiquement en tous cas.Se retourner coupe infiniment le regard où il voulait froid refaire la lente sortie.12 L\u2019indéniable face le tremblement, l\u2019oubli projeté sur le déjà/toujours ; le décidément qui en exige un peu plus chaque fois.Chaque fois qu\u2019il arrive qu'il se lève, la levée du vent sur la séance (on imagine qu'il n\u2019est pas seul cette fois-ci) répand une odeur de discours qu'on nous a assez dits.ASSEZ DE TOUT.La poésie, dont nous reparlons, s\u2019insère dans l\u2019espace clos/ouvert, percé de ce nouveau silence.C\u2019est le débat, au fond de la folie d\u2019en sortir, de n\u2019y penser pas, du début à la fin d\u2019écrire des mots pour rien.À la fin, rien.Vraiment rien.Le vrai vide OUI.Absolument jusqu\u2019à, aussi, l\u2019effacement du moindre murmure D\u2019OÙ QU\u2019IL VIENNE EN SORTIR ET Y SAUTER.Sinon le signe de cette définition marquée au coin du déjà dit, d\u2019où \u2014 une dernière fois ?\u2014 l\u2019idée de s\u2019en défaire.Le passé proche : d\u2019une belle secousse.Accès.À venir (en n\u2019empéchant pas, par exemple, que ça continue de passer par ©).Descente-injection geste remué devant mais à l\u2019intérieur de la langue à coups de jeu de clés intervalles échecs envisagé en pleine le code l\u2019écartelé accessoire par opérer. Séquence cette masse de mots.Défaire le rire banderole à même ce qui advient entoure nos têtes un peu tiraillées par la direction que ça veut prendre dérive la couleur \u2014 noir \u2014 d\u2019écrire combien de drapeaux agitent leur urgence (chacun) amour travail révolution entre nous aussi il faut qu\u2019on soulève le sujet chacun rivé à sa rive à regarder flotter - brement la bouée coupure \u2014 bruit pour le moment.Une artillerie d'oiseaux buée du blanc torse la couture sang ouvert farde l\u2019ongle salive laine la couture envol la couture angle de révision abattoir s'noie vers ouverture si ne \u2014 ça suppose le coup.14 PB! i 10.La plongée.Isoler le possible dans cette masse à grande R.Le contact aux exemples de frictions.La promenade du Su.Le délire _\u2014__ s'adresser à elle.« Alors révolution, toi » (Serge Sautreau).Elle entoure tout, en fait, en supposant qu'on ne craigne plus de (se) révéler, (se) développer (dans) son centre.Y revenir, répartir son milieu.Travailler la direction que ça prend.L\u2019humide et la.Vitesse.Quelquefois complicités ce futur en insistance glissé si choc révélateur le film transparent qui laisse enfin tout voir tout regarder de [Histoire sans alibi essayé sans truchement-trébuchement que coulée du terrain coulée de terre la figure équation. | i i i 0 iH i 1 Je i I 4 d .i.a ; \\ he k: iN 1 De i} 3 11.Reprend/répand le tremblement en sorte que.Le moindre, insinuation ou creuser, d\u2019écrivant a chute quand certains signes.L'idée de défaite prend l\u2019eau.Une sorte de folie au fond de folie de fond.Le débordement capté ou non de ce qui irrémédiablement avance avalanche la percée traçante en diable oui le percement de la blancheur innocence l\u2019écran cache-texte de [histoire (qu\u2019on raconte ?) une belle trouée vers l\u2019ombre désordre et donne.16 Li le iin qi mn Tra 12.La figure équation qui aspire en évitant les risques inutiles, l\u2019affolement hasardeux ; l\u2019événement de ça.Ce film qui reste à voir.Cette masse dislocable.Pas moins qu'une émeute à force de certaine poésie.« Feuille mince formant un support souple à la couche sensible ».Tracer ici, pour ici, cette carte.Sur l'épaule toucher marque maintenant le répit \u2014 délai de regard. mone cs oo om a es x ey oo 2 \u2014 2 = 5 iN ose == pager x iS Ser es oe ro assé case es pda ES RE a ss at py = - us Crocs Re ah se igi os tp Ee eee ce Ci 5 p= ew ct xe = TESA [Si = 5 Henri Michaux C\u2019est donc ca une chute ! 3 * Æ wy |\" i ri 4 oF : i A 8 stoire ; iy fa Wo Ef 5 sie pe ss res Be 5 ; St of to ole ; Bi 5 ! ; i 1 it EEE 4% P = | He iL i oF ÿ \u2018 cr ih = > : = = = RES = _ = a _ ach = = re s =k EC > \u2019 = ; ; 4 1 Br hl: 3! i Ÿ \" i | ; i Q OÙ ol he 1 ae oe Eat se a isa LE PTT er SEE S ji hi Re fret 2 ill ae oie, aie Why.ad Roa il In AE ne , a sa te ji ie ar RA re iE ROR 134 Renaud Longchamps : | 4 3 | entropie u désir i d'une encre de P Bolduc | accompag \\ \\ I il 0 3 Claude Robitaille I aux frères Hébert ¢ pour ge rier ne se perd fl hemi 23 \u201crien ne se cree ras § - ae \u2018tout se.: transforme heureusement.I bo | ; 1 arcs « Un poème est avant tout un problème mathématique » Edgar Allan Poe Au premier lieu écrire : FATIGUÉ.Ne pas me plaindre, sinon autres colères idoines.Ne pas me jeter de pierres, sinon je les utiliserai pour revétir ma maison (vrai).Nous subissons la vie sans pouvoir (SAVOIR) la changer.« Nous ne sommes pas au monde », n\u2019est-ce-pas ?Et nos petits textes, serrés comme des riens dans un champ de nulle-part, n\u2019y peuvent rien.Quoiqu\u2019IL en soit, quelquefois écrivant pour la forme, ceci entre autres : | { | | | « Bref, une vie de surface.Ce qui bouge obéit nécessairement au mouvement, au désir.Être efficace, certes, mais avec la consistance et la ductilité des corps neufs, jamais mis en doute par l\u2019entropie des systèmes.Vous verrez, rien, n'est-ce pas pénible, aussitôt remué par le câblage nerveux, à peine son programme sous le bras, sous le pont, avec l'usure de l\u2019eau en plus, comme toutes | les usines réunies en un seul désir de production.Cette inertie flagrante du réel ! 21 Une morale pas comme les autres, on s\u2019y prend aux réactions combien heureuses de l\u2019animal économique.Vous dites : la préhension, c\u2019est une récréation réservée aux masses dans le parc métallique des usines automatiques.Une autre victoire de l\u2019évolution .Qui a dit que le capital brisait la logique de I'identité ?La matière s\u2019use, soit.Elle perd ce qu\u2019elle récupère ailleurs, en d\u2019autres fièvres malignes, l\u2019illusion en plus.Cette matière jaune jamais neuve ! Petit-peu- poussières-hiérarchisées-en-sa-matière- qui-se-fait-matière-animée.Je te formalise : c\u2019est de l\u2019espace illustré pour l\u2019entendement.Tout juste si nous laissons le discours aux usages, à la mentalité précambrienne du désir.Enfin, désirons- nous vraiment ?» Et cet autre texte d\u2019IL, aussi, qui s\u2019écrit dans mon indifférence matérielle, si peu convaincu de son inutilité universelle : la douleur n'utilise-t-on l\u2019inutilité ma- \u2014Hère\u2014 au réel une inutilité de matières la douleur au+réel sera+eHe l\u2019inutilité du réel telle qu\u2019elle à la douleur telle qu\u2019elle à l\u2019inutilité du réel ce qui +eule- dans l\u2019échange par\u2014ce\u2014 frémit en ce corps 22 f La forme me travaille, m\u2019énerve, me sécurise.Foncièrement maternelle, occupée à lier la précision à l\u2019aléatoire, la rigueur à l\u2019indéterminé.La synthèse m'\u2019épuise, l'esthétique se rassure.Une telle gravité façonne la forme qui modèle le fond qui façonne la forme qui .Une telle intensité emballe la réaction en chaîne des sens polyvalents et protéiformes.Les mots reproduisent les mots, et nous sommes l'accessoire, le gadget hasardeux malgré tout nécessaire à la reproduction heureuse (oui, heureuse) de nos/des sens par le jeu de l\u2019échange, cette économie du réel.La masse d\u2019inertie d'un texte serait-elle égale à sa masse gravitationnelle, à sa capacité de conserver et de susciter ordre et désordre ?la douleur telle qu\u2019elle à\u2019inutilité du réel cette \u2014ee-qui frémit l'échange-en-ce-corps\u2014 en ce corps car l\u2019échange sinon produire une +eute-autre histoire \u2014du-rire de Pause.Une heure de travail dans un état voisin de la surexcitation.Ce désir de l\u2019entropie.L'ordre, évidemment, c\u2019est un désordre élégant, avec des manières de comptable ponctuel jonglant avec ses démons de Maxwell.La dernière ligne, curieusement, me vient au crayon d\u2019un seul trait.Elle annonce un déblocage, sinon une nouvelle synthèse, cette illusion qui fait la contradiction. \u2014 id = ee ra ps ve Se sex = pgs fe AE I erred cers) oc OCT mére ace 0 x pres ses sen Les ere a Br - ae es ia ro eq \u2014 era 585 ca Con = eng pa casper ewe > née, re tatrs es ih E ioc soni \u201c@ 7 @ Le a a rn Gor HS SARS Go PE pos A y A Gar ging rapt 63 Gil SU gn IRE, Zi 5 ntl 4 SY A Wn 7 2 7% 7 7 pr 6 be 2 7 a Zo, LY i va cu 4 7 2 7 7 % 3 7% SNE es 1 { 7 > i 7 A 7 Cl dé ZA a 7 } 74 fo 2 on mn ss 3 & \u201cem Mpegs?GS pe Es Hi\u2019 Si GE rit, We Arti 74 vb Aan, wf Vi af a 7% i 2 2.5 % _ 5 SN 2 a a x ! = ri HR Hi oo = ) Fo = a UE i Juco es $555 i dé a & Ge pe 0 yy i 7 PS Wy 7 x 77 Z GE 7 1 5 4 4 yor 40, iia cs 5 ts) +4 + v4 - [ud re Pa a COTE nine, rer rer gist la douleur telle qu\u2019elle cette inutilité du réel qui frémit en ce corps car l\u2019échange sinon produire une autre histoire de rire Pause.Une heure de travail dans un état voisin de la surexcitation.Ce désir de l\u2019entropie.L'ordre, , Pin dis Rature totale.Une synthèse trop brève, sèche, arrogante.Ne peut me convaincre de son poids immédiat de sens, d\u2019intensité.Il me faut l\u2019amener sans faire crouler sous le choc la machine-outil de mes spéculations.à te laisser porter-par\u2014selon-Findustrie\u2014 aux\u2014commerces-tu t\u2019échanges au commerce tu t\u2019échanges etits tas d\u2019indifférence P IL maintenant se formalise.la douleur telle qu\u2019elle cette inutilité du réel qui frémit en ce corps car l\u2019échange sinon produire une autre histoire de rire à te laisser au commerce tu t\u2019échanges petits tas d\u2019indifférence Satisfait ?Insatisfait ?Ne sais.Me voir comme un curieux mécanisme qui ne fonctionne que pour fabriquer le sens, donner du sens ?Oui, ou presque.Car le corps et le langage, forcément, travaillent leurs sens par la correspondance qu\u2019ils EMME établissent avec leur intégrité, leur territoire.Le texte, le corps se transforment en notre absence.Je ne suis pas la matiére brute de mes textes ; je ne fournis pas l\u2019énergie ; je ne suis pas le produit fini : je contrôle.Je me vois économe un peu guindé qui accapare et dépense tout ce qui peut se transformer en sens, en énergies, en nouvelles a.structures auto-régulatrices et auto- reproductrices.Je dévore mes textes pour mieux reproduire d'autres textes.Se dévorer pour mieux proliférer, quoi.D'ailleurs, tout texte doit contenir le principe de sa prolifération.2 Cela écrit, bien sûr, dans l\u2019incertitude entretenue, le vague planifié.Confus.Mais avec la générosité ; du corps qui souffre la vérité de notre condition essentiellement matérielle, la réalité de notre demi- sommeil d'éprouvettes mal lavées.« Toute matière (.) doit être considérée comme une mani- | festation de 'univers plutôt que comme une de ses parties » (Mendel Sachs.La Recherche, no 86, 1 février 1978).Il en est ainsi de nos corps, de nos 4 écritures, de nos illusions.Nous constituons un | aspect particulier de la matière, banal en soi, mais horriblement présent à sa propre matière.Et voici pourquoi, en plongée dans ce déja-écrit, pour illustrer l\u2019entendement, une logique sans pareille : ce qui dort dans les molécules la vie : une probabilité de protéines comme d\u2019hasard ouvrable rar rit TA one AU UE rr sad Mais notre matière avant toute chose.Car la matière seule signifie.Dans l\u2019agitation de son incertitude.Dans l\u2019inutilité universelle de ses raffinements structurels.Pour démontrer, avec l'incertitude patente de l\u2019univers indiffé- rent, l'humain et son intérêt biologique : désirs, plaisirs, émotions.À ceci ajoutons l\u2019écriture poétique, pour la forme.Considérons donc les désirs, les plaisirs, les émotions et l'écriture poétique comme des protéines optiquement actives, des enzymes qui reconnaissent et hydrolisent une matière, elle-même libre d'associations spontanées et prête à structures, agissant directement et rétroactivement sur la qualité de la production et de l'organisation (servitude génétique) de ces mêmes désirs, plaisirs, émotions et écritures poétiques.Considérons donc aussi ces productions hautement spécialisées/hiérarchisées comme une maladie de la matière vieillie que nous illustrerons ici par une thermodynamique usée échappant à l\u2019autorégulation génétique évidente et présente dans toute structure matérielle organisée.Certes, voir la vie comme une maladie essentielle de la matière.La vie n\u2019est pas nécessaire, c\u2019est évident, et nous vivons notre mouvement matériel organisé, nos actions « comme une façon de gâcher quelque force, un énervement ».Banale, la vie se veut une concession temporaire, un bail emphytéotique accordé par la matière, car celle-ci n'apparaît et ne prospère que sur des corps thermodyna- A i un + ou tt A miquement morts, où l\u2019intensité du mouvement et des énergies fait place aux évidents processus de complexification structurelle bio-chimique.Bref, la vie parasite l'énergie et l\u2019humain, par voie de hiérarchisation, parasite la vie.Malgré ces évidences, l\u2019humain, localement raffiné, ne sait faire face à la réalité de son inutilité universelle : la mort, l\u2019indifférence matérielle.Sur la mort, retenons seulement pour l'information quelle ne tient qu\u2019à la chimie thermodynamiquement défaillante des interrelations entre molécules optique- ment actives des acides aminés du noyau cellulaire.Nous appellerons ce phénomène un « accrochage croisé » dans le déploiement de la chaîne de la macro-molécule ADN, ce qui diminuerait l\u2019efficacité des liaisons de synthèse lors de la duplication cellulaire.Ce couplage accidentel de macro-molécules parasite le fonctionnement de la machinerie cellulaire par accumulation de molécules non- fonctionnelles.Ces amas de saletés chimiques réduisent la perméabilité de la membrane cellulaire et précipitent l\u2019engorgement, l\u2019asphyxie et finalement la mort de la cellule.La mort n\u2019est pas programmée : elle est prévisible, évidente.La vie ne peut fonctionner avec une matière défaillante, forcément inadéquate.» Ce long détour physique et biologique, petit peu prétentieux sur les bords, pour avouer ma fatigue du « culturel », du divertissement alimentaire, de 28 l\u2019amuse-gueule littéraire.Pour avouer aussi ma détermination à donner au texte poétique toute la force spéculative et intuitive qui lui permettra enfin de jouer avec le temps en occupant d'avance tous les champs du réel.Ceci dit, en poésie, je ne crois pas en l'efficacité de I\u2019épanchement, du pathos, du déroulement plat et banal des émotions subies, des sentiments de base.Tous ces procédés de faire relèvent d\u2019un état morbide et révolté des hormones, propre à la débilité affective que j'observe chez la plupart des poètes.Bien plus, cela sent la manipulation mésencéphalique, l'esthétique du charbon à la pelle.Nous subissons déjà trop notre matière, notre corps et encore plus nos désirs-plaisirs-émotions sans que nous nous laissions porter pour l'éternité biologique par le seul jeu brouillon de la matière ou la seule certitude scientifique.Pis, le cerveau de nos émotions, de nos désirs et de nos plaisirs (mésencéphale) ne sait pas parler, déforme et rend illusoire toute tentative de pénétration du réel (« Je ne sais plus parler » Rimbaud).Et notre raison raisonnante défaille et avoue son impuissance à comprendre ne serait-ce que l\u2019élémentaire de la matière.Fatigante, cette reproduction protéiforme au hasard ouvrable d\u2019un espace et d\u2019un temps forcément indéterminés, que la relativité des sens réduit chaque fois en événements aléatoires.Desséchante, avouons-le, la découverte scientifique 29 laissée hors du champs spéculatif et intuitif de la démarche poétique.Enervante, enfin, cette mentalité précambrienne du désir.3 Je ne suis pas un littéraire, ni un scientifique.Je suis un humain qui désire avant toute chose l\u2019écriture poétique.Et l'écriture poétique, je la veux spéculative et rigoureuse.Je la veux connaissante et amoureuse, incontrôlable et déterminée dans la prolifération excessive de ses sens.rate AL EE ETS 5 Je suis étrangement matériel, insignifiant dans ma complexité.L'écriture poétique n\u2019exprime que cette insignifiante complexité, ce bruit de fond de la matière primaire qui agit en moi en mon absence.Je veux retrouver dessous la forme, l'agitation. Ce iz r 5 ¥ % SE] ne se se , / É i Of ht pe ; pe i ll i EU Gor i td 8 ; i & ss Tes ih i i Be i i a | Hal 4 fe it I # fr BO Hae J cé er i | A ir Ÿ : \u201c | 3 hi 0 qe th i: i fi === ent as As RE OT I TY YT et Woessner.rp rp im ahh A i dr 77m\u201d re accent.cils, itl i A rR k i 1 SHI.A Le bon flous RES re IY OR HN NY SS.Veer tse.cms Ar.ANN nite ANI.tête ats SIDA rr.EE er arr AER.ctl.A Sessile.Boi.rts tar.I.inc + RIE itn ETN in Sr 8 \u201d i NA TE wo STORE = a B3 0 2 ot i it Hh 3 CE = = Es = Td 5 = Ë i = = ; 5 = E PE = oy = = = = = 5 de 5 = = ! he ès = 7 2 = EL a > = vi = ë = = = 4 i À = 8 = = ue = Ë 5 E x i E = 55 5 = $ = oii 3 z = = 2 == = = i iz = £ = = = z 5 = = = Le = + - a 2 ET = i se = = 5 = = i 5 Ë = = i 5 .5 5, = = ë nik = ce Ex ds = = = Se = = = i i 5 E : = a = i = = i 5 Z + = = À = = : = = 2 i = 5 LE = i iy = Bi i = Be if 5 £ =, = = 3 © : = = = = id 5 = $ = = x 7 = = = 3 i = E i! i Hi i 0 i oy Ji i = 5 a i z i A = aN TE 2a i © ses i i F4 2 4 i Tete es i Fl 5 i a : ne «© La : i Nu he i = Bi 55 ni 0e i i i gi 3 a 5 fb i 4, & wl 2e à by yy ii QU À 3 4 Qu) i i S A à / i i iy fe gi 4 5 Sa ji ill il i il i i hi i i ll de ou ass i Ji i i i Ti i i i i Gi lili Li il: sd i i i sé {i Gig if i Al fal i i id gi i i i i - 5 a pe i La cir a Loti A - > en Be er A = PD NEN een a JO - = za > PE reo = a oh 2 Apts ge sé Gras 3 amie pe eae Pre PR = \u2019 on Pres er, A Sd: je ETAT Eat SEAS lo 2 here Ep eat Td ORR SRI, Prey pere ONE A, 5 TR gives oy re vers el pret SE ANP I.2e pr Aen = oe 8 Py nd yo FE AE 5e = nie es oF sis = ite ee ry] pes aS php ey ER pia SIE AT rt Ed, ESS pers rss POR ER Tirer > = pte 2 Pte BGA ry CELI 5 pte) rhe Rar = dette pee Es 2 Dy ent AE a a Se POR pe CY Pa nee os = Sa 5e 5 > = = = cehé = Ssh 5 pp POTS Es >= rn AT \u201coh pat Kid ty lo es A] pi it of eu tr LR lhe feed saga ar inate humain dr épistémologie du bio \u20acnes odialectiqu er prolégom future rencontres lointaines du 4e degré LR ondula opolo 8! e des ponctuation é l\u2019inte tes pour un calcul intégr Es berné de l\u2019effet torus math qu ; ; or i matique des sol darités a-sémiolo : i confiance labyrinth es certitude escent ance d\u2019information pour un fers ; manife an ih A i! Oub 1ce Souffrant etour se cret d\u2019 ane ntologie du paradoxe métalo : Gh ue de | irrationne engi z pit far l'innocence ; économie politiq th de 1 ch: uverte the dynamique d mour S th | ih 2 at 7 ie {if | { = L'ange ne diffère du démon que par une réflection qui ne s\u2019est pas encore présentée à lui.Paul Valéry L'information est toujours fondamentalement une triade (S, I, R) où S représente la source ou le système qui produit ou fournit l\u2019information, I l\u2019information elle-même, et R l\u2019observateur qui utilise l'information.L\u2019entropie interne de S est la quantité d\u2019information que R possède sur la structure interne de S.L\u2019entropie externe de S est la quantité d\u2019information que S possède sur la structure interne de son environnement, mais telle que mesurée par R.Dans un système linguistique, phrase ou discours, l\u2019entropie interne est sa syntaxe ; son entropie externe, sa sémantique.Guy Jumarie Lire et voyager sont un seul et même acte.Michel Serres / .Je m\u2019invente un cadre.Condition nécessaire.Le monde est narration, l\u2019axe d\u2019un voyage déchire le monde.On ne peut pas ne pas embarquer.Tu peux dormir en paix Pascal, tous les espaces, infinis et abysmaux, se naviguent.Les bateaux de tous les marins, les voiliers de toutes les aventures, les chaloupes de tous les trips, les barques de tous les rêves ont laissé des traces.34 2 » Qui donc nous fera une belle lecture de tout ça ?Qui donc allons-nous envoyer comme explorateur ?Ainsi parlent les dieux et les extraterrestres.Le scénario vient de s\u2019ébranler ; en marche.Je m\u2019avance, je me propose.Je n'en ai aucun mérite ; je m'ennuie tellement là-haut que ma curiosité me sert de courage.De plus, il y a quelqu\u2019un que j'ai laissé en bas dont les larmes appellent les miennes.3 .On me dit c\u2019est ben korrek et tu t'appelleras Orphée.Tu seras l\u2019orphe, l\u2019offre, le rough et le phore.Hmmm.Les instructions, au fond, je m'en câlisse, mais je les emmène quand même.D\u2019autres aventures m\u2019ont appris leur magique utilité.4 .Je descends donc.Je n\u2019arrivai nulle part car je dus voyager partout.Mais je me suis arrété plus longtemps devant les beaux noeuds, j'ai admiré les invraisemblables ganglions de malentendus que l\u2019hyper-complexité a rendu méta-stables.Mais j'ai surtout habité des têtes et des langages, des corps et des danses, aussi des magnificats, des pleurs, des extases, des chutes, des théorèmes, des cris, des honneurs, des douleurs, des courages, des fuites.5 .Et je remontai.Faire un rapport.Fidèle à l\u2019expérience que je viens de vivre, je commence n\u2019importe où.L'\u2019Olympe du Conseil des Médiateurs galactiques est toute oreille.6.Quelques prémisses.Ce que vous avez planté en bas en est au stage de bio-ordinateur auto- 35 réflexif.Le bain collectif est très très chaud : une explosion à retardement semble circuler dans leurs couloirs historiques, ce qui pourtant ne les empêche pas de s'amuser./ .L'acte d\u2019écrire.Décrire.Au début était le Verbe.Ou le Zéro, le Rond, la Sphère, l\u2019Anneau, l\u2019Anus.La Nature se Dit.Mais ça ne peut se dire qu'après : post facto dictu, baby, et a posteriori originel, dig.Usage capital de l\u2019imparfait, une petite merveille ici : IL ÉTAIT une fois.Il a fallu des prodiges de haute technologie mentale pour arriver à créer l\u2019imparfait.Voir Flaubert et Mailer.8 .Ça erre.Perdus, on veut sortir.La colère et la ruse s\u2019allient.Le héros naît.L\u2019Existence devient Combat, Épreuve, Agon, Souffrance.À l\u2019intérieur, Ariane et sa lutte tisse sur son luth les paramètres de l'aventure.Le fil guide, les traits demeurent, l\u2019Écrivain naît.Information, signes, porte-signes, métaphores, stocks, flux, transmissions, livres, bibliothèques, feux, pertes, retours, dictionnaires, encyclopédies, la Mémoire remonte le Temps et l\u2019éclaire.Rien de ce qui est caché qui ne sera livré au grand jour.L'Apocalypse est un livre, hélas.Mais, au deuxième degré, le Système des Écrivains et les Réseaux des Écrits travaille à l\u2019apocatastase, c\u2019est-à-dire la rédemption, l\u2019assomption et l\u2019épiphanie du Bas, au lieu du spectaculaire divorce classique.C\u2019est là une propriété naturelle de l\u2019écriture : dans tout système le gramme est subversif, car il informe. 9 .Théorème cybernétique : dans tout système, le réseau des signes qui y circulent complexifie ce système, le régule et le néguentropise, c\u2019est-à-dire qu'il lui fait remonter la chute de l\u2019énergie qui se dégrade.Déesse Mémoire et ton enfant Sens, vous qui venez de si loin.L\u2019immémoriale Procession.Théorie des Chemins et des Circulations./ 0.Comprendre un texte, c\u2019est le filtrer à travers nous, l'interpréter.Il n\u2019y a plus d\u2019évidences, il n\u2019y en a jamais eu.La Relativité Générale a dispersé tout doute là-dessus.Notre corps est une machine herméneutique : qui va là ?Signaux et signes s\u2019engouffrent dans nos récepteurs qui les transforment en significations dans l'usine neurologique.Et le souverain cerveau y choisit du Sens.1 1 - Et pourtant, il n\u2019y a pas trop d\u2019arbitraire dans tout ça.Quelle chose incompréhensible que nous nous soyons autant compris dans l\u2019histoire.Codes et conventions y veillaient, syntaxes et grammaires, lois impersonnelles, consensus et totem, cycles et méta-systèmes, partout ça se conserve et se répète et s'ajoute.Et, un jour, surprise, c'est le Déluge et c\u2019est Babel.Un surplus d'ordre et de sens entraîne le désordre et la confusion.Nous n\u2019en finissons plus de traduire, trans-ducter, transformer, cartographier, modéliser, paraboler, analogiser, méta-phorer, redire, interpréter, corriger, dénouer, relancer.Je m\u2019essoufle à courir après ta confiance. Pid td AHL ] 2 « Croyance et confiance sont les deux mamelles de l\u2019Acte.(Même dans l'oppression qui force un acte chez l\u2019autre, la victime croit (et très souvent a de bonnes raisons de croire) à la force supérieure du bourreau.) Mais un destin tragique hante la croyance et la confiance.Il n\u2019y a pas de preuves logiques d\u2019une croyance, et il n\u2019y a pas de preuves sémiologiques de la confiance.En ce qui concerne la croyance, c\u2019est pas si grave, on s\u2019arrange toujours de toute façon pour discuter des goûts et des couleurs.Mais c\u2019est horrible pour la confiance.Demandez aux gens dont les meilleurs amis furent des agents doubles et des témoins à charge lors de leur procès.(Il y en eut en Octobre 70.) 13.On peut phraser autrement cette impossibilité sémiologique de prouver la confiance.Il faut étager le phénomène en niveaux distincts.Soit une relation entre A et B ou circule la confiance.Cette dernière n\u2019est pas du même niveau logique que A et B ou la relation AB.La confiance est un commentaire sur la relation, elle vient la cadrer ; c\u2019est un méta-message sur le message AB.Si l'événement de la relation AB utilise un langage pour se maintenir, la confiance elle nécessite un méta-langage.Mais, selon l\u2019espiègle bio-cybernéticien von Foerster, «le mauvais sort de tout méta-langage est le fait qu\u2019il porte les habits d\u2019un langage du premier degré.Ainsi toute proposition transporte avec elle cette fascinante ambiguïté : est-elle prononcée dans un langage méta ou du premier degré ?Il n\u2019y a pas moyen de savoir.Tout essai de parler au sujet d\u2019un 38 méta-langage, c\u2019est-à-dire de parler en méta- méta-langage ne peut que rater.Comme le recommandait Wittgenstein : gardez le silence.» / 4 .Mais on ne le garde pas, car pour conseiller de le garder, il faut justement ne pas le garder et on n\u2019en finira jamais de l\u2019expliquer.Ainsi, une étonnante géologie s'ouvre sous nos mots.Communication, métacommunication, méta- métacommunication, a I'infini (théoriquement) de chaque côté.Tout commente et se fait commenter.Des strates discontinues de niveaux défilent devant nous, reliés les uns aux autres par une implacable hiérarchie logique.À ignorer ses lois, on paie très cher : malentendus, confusions, crimes, schizophrénies, désespoirs ; la peste./ 5 « Une théorie récente s\u2019y est consacrée, celle du Double-bind ou double-contrainte (littéralement : lié-des-deux-côtés).NON.JE RECOMMENCE.16.Un drame singulier hante notre époque.Une descente dans le Labyrinthe nous est proposée où le bio-ordinateur auto-réflexif que nous sommes s\u2019efforce d\u2019affronter sa propre référence sans sombrer dans le suicide logique ou s\u2019abîmer dans une extase démente.Dès l\u2019abord ne prétendons pas que tout cela soit très clair : l\u2019obscurité est ici nourriture, et la complexité notre lumière.39 / / .Proposons un cadre : labyrinthe, descente.Le monstre : le paradoxe.Ariane et son fil : le contexte.Tout ceci est à la fois nécessaire et arbitraire.Quant au problème, il s\u2019agit du merveilleux mind-fuck que génère la méta-logique de tout automate neurologique fini.L'enjeu est énorme car les dangers sont mortels : il y va de l'individu, du social, de l\u2019évolution.Voyons cela comme un examen de fin d\u2019évolution, un rite de passage, une épreuve initiatique, où nous nous forgerons l\u2019outil impossible de l\u2019auto-transcendance.Mais ne doutons pas un seul instant que nous soyons plongés dans une impitoyable guérilla psycho- cosmique où le langage joue à la fois le rôle de poison et de baume./ 8 .La modernité s\u2019est enivrée du paradoxe, c\u2019est bien connu.« Nos contradictions font la substance de notre activité d\u2019esprit » (Valéry).Mais alors que l\u2019opinion courante voulait que le paradoxe soit un produit tardif de la pensée, un certain post-modernisme, s'inspirant de plusieurs disciplines à la fois, le place au centre même de la pensée et du comportement du bio-ordinateur humain.Une théorie récente, en particulier, s\u2019y est consacrée : celle de la double-contrainte (double- bind).Née en 1956, aux États-Unis, elle a depuis envahi et transformé un nombre grandissant de disciplines.19.Elle fut formulée la première fois par quatre auteurs, Gregory Bateson, Don Jackson, Jay Haley et John Weakland, dans un contexte 40 psychiatrique et psychothérapeutique (ce qui, à la fois, est et n\u2019est pas surprenant).L'article en question s\u2019intitulait : « Toward a Theory of Schizophrenia ».Depuis lors, la théorie de la double- contrainte n\u2019a pas cessé d\u2019étre reprise, reformulée, nuancée, complétée, transformée, revue, corrigée, augmentée.Il y va de la fascination : une fois qu\u2019on y a goûté, on ne s'arrête pas d\u2019y penser et de la retrouver partout.20.Avant de l\u2019introduire, précisons que la théorie de la double-contrainte s\u2019articule sur plusieurs concepts tirés de la cybernétique, la théorie des systèmes, la psychanalyse, l\u2019anthropologie, les fondations logiques des mathématiques élémentaires, le positivisme logique, la linguistique, les théories de l\u2019information et de la communication, la psycho-pathologie, une certaine mystique sino-japonaise (tao et zen).21 .Voici quelques exemples simplifiés de D-C, présentés sous formes d\u2019injonctions paradoxales (qui sont l\u2019aspect essentiel de la D-C) : « Ne tenez pas compte de cet ordre-ci » (ou une affiche où on peut lire « Ne tenez pas compte de cette affiche »), «Il est interdit d\u2019interdire », « Haïssez ceux qui haïssent », « Soyez spontanés », etc.On aura reconnu dans ces exemples un air de parenté avec le paradoxe du menteur crétois qui dit : « Je mens » ; s\u2019il dit vrai, il ment ; s\u2019il ment, il dit vrai.La même oscillation insoluble se retrouve dans l'injonction paradoxale : lui obéir, c\u2019est lui désobéir ; lui désobéir, c\u2019est lui obéir.On n\u2019en sort pas.41 EE ES EDR SEAT CE 22.A la base de la D-C, il y a I\u2019hypothése audacieuse de l\u2019origine de la schizophrénie dans la communication pathologique à l\u2019intérieur de la famille.Dans une telle approche phénoménologique de la communication, il est pris pour acquis que « tout comportement est communication » et « on ne peut pas ne pas communiquer ».L\u2019enfant exaspéré qui ne veut pas communiquer et veut s\u2019enfermer dans son mutisme ne peut faire autrement que communiquer par son comportement qu\u2019il ne veut pas communiquer.Il n\u2019y a pas de comportement vide ou nul : la lettre que vous n\u2019avez pas envoyée, la réponse que vous n'avez pas faite, sont en réalité une communication dont les effets peuvent certainement vous être désagréables.À la limite, on ne peut pas ne pas poser.Effrayant, ça.23 « On voit ici que toute communication implique le problème épistémologique du CONTEXTE.Épistémologique, parce que le contexte n\u2019est jamais affaire simple et donnée, elle implique la présence active d\u2019un observateur qui le détermine :« Le comportement de tout système, ouvert ou fermé, informationnel ou énergétique, organique ou inorganique, est fonction de la façon dont l'observateur-participant le PONCTUE.La relation entre « texte » et « contexte » en est une de ponctuation et implique le problème des frontières, la CLÔTURE .La ponctuation peut par exemple concerner l\u2019interférence d\u2019un système avec un autre système.Ainsi, les expressions du visage, le ton de la voix, ponctuent le discours parlé ; la logistique de la page imprimée et de la 42 pagination ponctue le discours écrit ; la mort ponctue la vie.» (Wilden 1972) 24.Ainsi le contexte est un CADRE qui vient ponctuer le système en question.Les arbitres, dans une partie de hockey, ou les signes de ponctuation dans un texte écrit, viennent cadrer le phénomène.Les arbitres sont DANS la partie mais ils ne sont pas DE la partie.Tout ceci a l\u2019air évident ou banal, mais les implications pragmatiques ne le sont pas.Notre culture semble avoir horreur du contexte et oublie systématiquement qu\u2019on ne peut jamais définir ou analyser correctement une communication au niveau où elle a lieu, qu\u2019on doit, pour le faire, se référer aux niveaux de méta- communication, c\u2019est-à-dire, la ponctuation et le contexte (Wilden).25 « La D-C repose sur des conditions logiques.(Ce qui suit est tiré de Wilden 1972.) Sa thèse centrale s'appuie sur la théorie des types logiques (ou classes logiques) du philosophe britannique Russell, selon laquelle : il y a discontinuité entre une classe et des membres.Le mot chat n\u2019est pas un chat.La classe ne peut pas être membre d\u2019elle-même, ni un des membres être la classe, parce que le terme utilisé pour la classe est d\u2019un niveau différent d'abstraction ou de type logique que les termes utilisés pour les membres de la classe.C\u2019est le bris continuel de cette règle, surtout dans les relations de pouvoir, qui entraîne la communication pathologique.Les signaux ou signes qui « cadrent » ou 43 « classifient » un message (ou qui métacom- munique sur la communication dans le message) sont évidemment d\u2019un type logique supérieur aux messages qu\u2019ils classifient.(L\u2019humour est l\u2019exemple parfait de la condensation des types logiques (ou leur confusion volontaire) : le « punchline » d\u2019une blague a cet effet bizarre de nous obliger à ré-évaluer une classification logique antérieure ; c\u2019est l\u2019oscillation entre message et méta-message qui devient amusante.) Les humains peuvent, consciemment ou inconsciemment, FALSIFIER les messages méta- communicationnels qui entourent leur communication.Par exemple, le rire artificiel, la tristesse feinte, etc.La communication et l'apprentissage impliquent des niveaux de typologie logique.Un message qui est simplement reçu représente le premier niveau de l'apprentissage.Identifier un message comme appartenant à un ensemble ou à un contexte implique un second degré d\u2019apprentissage.Le troisième degré est celui où l\u2019on apprend à apprendre, c\u2019est-à-dire où il nous est possible de reprogrammer un message dans un nouveau contexte ou de reclassifier un contexte.La communication schizophrénique se caractérise ou bien par un refus de classifier les métaphores ou les contextes en tant que tels, ou de les classifier (ou étiqueter) de façon non- conventionnelle.Prendre le signifiant pour le signifié, la métaphore pour le représenté.44 2 6 .Voici maintenant les conditions réelles de la D-C.(J'utilise in extenso la traduction française de Watzlawick et al., 1967).I.Deux ou plusieurs personnes sont engagées dans une relation intense qui a une grande valeur vitale, physique et/ou psychologique pour l\u2019une d\u2019elles, plusieurs ou toutes.Les situations caractéristiques où interviennent ces relations intenses comprennent, sans s\u2019y limiter, la vie familiale (notamment l\u2019interaction parents-enfants) ; l\u2019infirmité ; la dépendance matérielle ; la captivité ; l\u2019amitié ; l\u2019amour ; la fidélité à une croyance, une cause ou une idéologie ; des contextes marqués par les normes et traditions sociales ; la situation psycho-thérapeutique.2.Dans un tel contexte, un message est émis qui est structuré de manière telle que a) il affirme quelque chose, b) il affirme quelque chose sur sa propre affirmation, c) ces deux affirmations s\u2019excluent.Ainsi, si le message est une injonction, il faut lui désobéir pour lui obéir ; s\u2019il s\u2019agit d\u2019une définition de soi ou d\u2019autrui, la personne définie par le message n\u2019est telle que si elle ne l'est pas, et ne l\u2019est pas si elle l\u2019est.Le sens du message est donc indécidable.3.Enfin, le récepteur du message est mis dans l'impossibilité de sortir du cadre fixé par ce message, soit par une métacommunication (critique), soit par le repli.Donc, même si, logiquement, le message est dénué de sens, il possède une réalité pragmatique : on ne peut pas ne pas y À 5 iH 4 A réagir, mais on ne peut pas non plus y réagir de manière adéquate (c\u2019est-à-dire non paradoxale) puisque le message est lui-même paradoxal.Cette situation est souvent combinée à la défense plus ou moins explicite de manifester une quelconque conscience de la contradiction ou de la question qui est réellement en jeu.Un individu, pris dans une telle situation de double-contrainte, risque donc de se trouver puni (ou tout au moins de se sentir coupable), lorsqu'il perçoit correctement les choses, et d\u2019être dit « méchant » ou « fou » pour avoir ne serait-ce qu'insinué que, peut-être, il y a une discordance entre ce qu\u2019il voit et ce qu\u2019il « devrait » voir.\u2014 C\u2019est là l\u2019essence de la double- contrainte.27.Voici une autre présentation de la D-C, prise in Wilden 1972, qui énumère ainsi les conditions nécessaires pour qu'il y ait D-C.1.Une « victime » choisie par ceux qui ont le pouvoir de faire un tel choix.2.Que la « victime » soit soumise de façon répétée à des injonctions paradoxales.3.Une injonction négative PREMIÈRE qui définit l'apprentissage ainsi : éviter la punition.La punition peut comprendre l'expression de la haine ou de la colère, se faire battre, une privation de récompense, une « privation » d\u2019amour, ou une attitude de « je ne sais plus quoi faire avec toi » de la part du parent envers l\u2019enfant.4.Une injonction SECONDAIRE qui entre en conflit avec la première à un niveau plus abstrait (non-sémantique), le ton, un regard.46 5.Plus important, une injonction TERTIAIRE, à un niveau encore plus haut, qui défend à la victime d'échapper à la communication pathologique des deux premiers niveaux.26.Wilden poursuit en donnant l\u2019exemple suivant d\u2019une double-contrainte utilisée dans le boudhisme zen.« Le maître tient un bâton au- dessus de la tête du disciple et dit : « Si tu dis que ce bâton est réel, je te frapperai.Si tu dis qu\u2019il n\u2019est pas réel, je te frapperai.Si tu ne dis rien du tout, je te frapperai.» L'importance de l'exemple réside dans la représentation implicite de l\u2019injonction tertiaire, condition no 5.Tant que le maître Zen est défini comme le-sujet-qui-est- supposé-savoir à l\u2019intérieur du pacte qui relie le maître et le disciple, ce dernier se trouve dans une double-contrainte : il ne peut ni obéir ni désobéir au maître.Mais s\u2019il perçoit la vraie nature de la situation, il n\u2019a qu\u2019à métacommuniquer sur elle pour sortir de la D-C.Il peut communiquer avec son maître à un niveau plus haut de communication : il peut se saisir du bâton et l\u2019enlever au maître, ou lui en donner un bon coup sur la tête.Toutes ces injonctions paradoxales qui proviennent des « autres » ou de la culture impliquent une définition d\u2019une relation-de-pouvoir dans laquelle le sujet-qui-est-supposé-savoir est le point focal (locus) de la violence dans la communication.On ne peut faire face à cette violence que par la métacommunication ou la contre- violence.» EE 29.L'exemple précédent de la D-C proposée par le maître zen au disciple a lieu dans un contexte bénévolent où le maître veut enseigner quelque chose au disciple pour son bien.Mais cet usage psychothérapeutique de la D-C est rare.Généralement, le contexte réel et quotidien de la D-C est d'ordre pragmatique, elle intervient dans une situation importante pour la « victime » : le résultat est toujours tragique.La personne soumise à une D-C constante et qui ne peut en sortir se fait lentement habiter par la honte et la rage, poisons qui induisent la schizophrénie.Autrement dit, la schizophrénie est la réaction normale d'adaptation (l\u2019être humain s'adapte à tout, il est même fait pour ça) à une D-C constamment renouvelée.30.Il n\u2019est pas toujours facile de donner des exemples réels de D-C où toutes les conditions ressortent nettement, où l\u2019on puisse retrouver clairement les trois niveaux d'injonction.C\u2019est plus intuitivement que la D-C s'impose à notre compréhension : on la comprend, on ne la comprend plus, on la recomprend, on la reperd.Elle peut prendre tellement de formes quotidiennes et les prendre dans tellement de contextes (philosophie, mathématiques, logique, physique quantique, littérature, société, relations familiales, conscience de soi, relations amoureuses, sexualité, religion, mystique, etc.) qu\u2019on doit se résigner à des approches indirectes, obliques, inductives dont l\u2019une peut tout à coup donner le jackpot et révéler dans une pure évidence cristalline l\u2019invraisemblable et terrible structure de la D-C.48 31.La D-C se distingue par une circularité bizarre qui, à la fois, noue et oppose différentes propositions.C\u2019est un mélié-mélo de connexions de réciprocité, d\u2019inclusion, d'opposition et d\u2019exclusion.Prenons le système d\u2019interrelations que forment l\u2019écologie, la technique, la science, la pollution et la survie.Dans ce cercle, tout effort d\u2019anti-pollution qui veut enrayer les effets négatifs de la technologie sur la biosphère devra nécessairement utiliser cette même technologie : le problème engendre une solution qui provoque le problème qui demande une solution qui augmente le problème.We have met the ennemy and it is us.Ou le trip Sisyphe : on monte la roche pour qu\u2019elle puisse rouler en bas ; elle roule en bas pour qu'on puisse la remonter.Ou bâtir une route pour que puissent y rouler des camions qui amènent la terre et les matériaux pour bâtir la route pour que puissent y circuler des camions, etc.Le champ psycho-magnétique d\u2019une D-C est traversé d\u2019oscillations d\u2019exaspération.32.Un exemple psychologique et politique.Un homme et une femme qui viennent de se connaître baisent ensemble.À un premier niveau, l'homme envoie le message qu\u2019il veut vraiment faire jouir la femme comme une folle.La femme envoie le message que c\u2019est d\u2019accord avec elle.À un deuxième niveau, plus abstrait, plus subtil, l\u2019homme envoie aussi le message que si la femme jouit vraiment avec toute la panoplie des cris, gémissements, râles et contorsions, il la méprisera et la considérera secrètement comme une « putain ».À un premier niveau, circule entre les deux la convention que chacun est libéré et va jouir sans restriction.À un 49 deuxième niveau, la femme si elle jouit sera punie et se verra retirer l\u2019estime de l'homme.Ne voulant pas perdre cette estime, « passer pour une putain », elle essaiera de ne pas jouir ouvertement, ce qui contredira le premier niveau et lui fera aussi perdre l'estime de l\u2019homme qui va alors la prendre pour une mal-baisée, un frigide, une refoulée.Mais de plus, à un troisième niveau, se situe une troisième injonction qui interdit à la femme de communiquer sur cette situation, car si elle en parle à l'homme, celui-ci aura beau jeu à nier toute l'affaire et à traiter la femme de paranoïaque et à rejeter sur elle la responsabilité de cette situation inventée.La femme ne peut avoir de preuves réelles au niveau d\u2019un méta-langage que ce qu\u2019elle saisit de la situation soit vrai.La D-C sera toujours refoulée sur elle qui devra l'intégrer, la revivre, éclater ou disparaître.Ou provoquer une scène épique.33 - Un exemple de relation familiale.Un père signifie à son fils qu\u2019il doit obéir au père ou bien se voir retirer de l\u2019estime, de l\u2019amour ou se faire battre ; c\u2019est le premier niveau.À un deuxième niveau, le père signifie secrètement au fils qui si celui-ci obéit, lui, le père, le prendra pour un être médiocre, une poule mouillée, un non-mâle dépourvu de personnalité.Quoique le fils fasse, il perd.S'il n'obéit pas au père, pour lui prouver qu'il est quelqu\u2019un, il sera puni par le père.S\u2019il lui obéit, il perdra l\u2019estime du père.À un troisième niveau, la relation parentale, relation de pouvoir, interdit au fils de communiquer avec le père sur la situation.S\u2019il osait, le père se fâcherait devant cette 50 arrogance qui l\u2019accuse, lui, le père, de mentir à son fils et de le placer devant une contradiction.Comment le fils ose-t-il penser que le père serait assez méchant pour faire ça à son fils ?Ah mon fils, tu dois être bien méchant pour avoir pensé ça ! Mais non, père, je voulais simplement te faire remarquer que.Ta yeule, vaurien sans-coeur.Et si le fils, devant cet ordre brutal, garde le silence, son père pense : Osti, mon fils est une tapette.Et si le fils ne ferme pas sa yeule, il aura droit à une belle claque mentale ou physique.And that, mesdames et messieurs, is life.3 4 « Un auteur français (professeur à Los Angeles), Éric L.Gans, a récemment reconnu dans le mécanisme de la double-contrainte ou du paradoxe pragmatique le fondement constitutif de l\u2019oeuvre littéraire, l\u2019oeuvre d\u2019art, la mimésis, la subjectivité.S\u2019inspirant des travaux de Watzlawick (qui eux-mêmes continuaient ceux de Bateson) et de l\u2019hypothèse de René Girard sur l\u2019origine du sacré dans la violence (on y reviendra), Gans a mis à jour une étonnante géologie mentale et formulé les premières thèses d\u2019une « esthétique paradoxale ».35 « Ceci ne va pas être facile.Prenons la « mimésis » comme point de départ où un Soi intime un Autre pour accèder à l\u2019Ëtre.Représentons-la par un schéma tripartite : «1 : L'apparence de l'Autre, en tant qu\u2019'apparence concrète, peut être détachée de toute réalité substan- 51 tielle ; elle est donc essentiellement imitable (moment positif ou naturel de la mimésis).2 : L\u2019apparence de l\u2019Autre, en tant que révélatrice de son Etre substantiel, constitue une garantie de celui-ci comme manifestant sa présence à travers elle.Par conséquent l'acquisition de cette apparence doit donner accès à l\u2019Être (moment de la totalité).3 : L'apparence de l'Autre, en tant que dépendant ontologiquement de son Être, est nécessairement postérieure à celui-ci et par conséquent ne peut pas être imitée par un autre qui ne possède pas déjà l\u2019Être (moment négatif ou normatif).3 6.« Ces trois moments constituent un rapport circulaire entre le Sujet et l'Autre .L\u2019apparence est l\u2019unique garantie de l\u2019Être ; posséder l\u2019apparence, c\u2019est donc posséder l\u2019Être ; mais pour que l\u2019Être soit garanti par l\u2019apparence, il doit déterminer celle-ci, auquel cas il est impossible de posséder l'apparence sans d\u2019abord posséder l\u2019Être.Le Sujet imite l'Autre pour lui ressembler ; mais plus il réussit sa mimésis, c\u2019est-à-dire, plus il prend l'apparence de son modèle, plus il s\u2019aperçoit de la différence d\u2019être qui les sépare, plus il s\u2019efforce de perfectionner son imitation, etc.» (Gans 1977) 3 /.On voit que, d\u2019après le moment 1, le Sujet doit imiter pour obtenir l\u2019Être de l\u2019Autre, mais que, d'après le moment 3, son imitation ne peut jamais aboutir.Gans poursuit : « Cependant ces deux moments ne sont que des conséquences pratiques et partielles du deuxième moment qui seul comporte un jugement synthétique.Là, le Sujet 52 s'éloigne de ses propres actes partiels pour se plonger dans l\u2019Être de l\u2019Autre, source à la fois de son espoir et de son désespoir.Cet Etre, nous savons bien qu\u2019il n\u2019existe pas plus chez I\u2019Autre que chez le Sujet lui-même.Cependant, à l\u2019intérieur du cercle mimétique, la fotalisation des apparences de l\u2019Autre dans un être esthétique (fictif ou « imaginaire ») est essentielle .Pour servir de modèle à la praxis mimétique l'Autre doit être constitué en totalité par le Sujet .» Ce deuxième moment de la totalité « consiste en une contemplation fascinée au cours de laquelle toute action est suspendue.Ce moment contemplatif est à son tour analysable en trois éléments distincts qui reproduisent les trois moments de la mimésis .» 3 & .Ce deuxième moment de la mimésis se décompose ainsi : « 1 : L\u2019Être de l\u2019Autre est révélé par des « apparences », c\u2019est-à-dire des manifestations concrètes saisissables indépendamment de l\u2019Être-en-soi.2 : Ces manifestations, dans leur ensemble, constituent une totalité virtuelle, une intuition d\u2019Être .La constitution de l\u2019Autre en totalité est le coeur même de la mimésis.3 : L\u2019Etre de l\u2019Autre s\u2019exprime dans chacune de ses manifestations concrètes, de sorte que celles-ci sont saisies comme dépendantes de l\u2019Être et postérieures à lui.Cependant, ces « apparences » devaient être perceptibles par elles-mêmes antérieurement à la constitution de l\u2019Être total.La saisie primitive des apparences mène par conséquent à leur dissolution au sein de la totalité et à la perte de leur présence au Sujet.Mais cette présence étant en fait la seule garantie de l\u2019Être-Autre, elle se rétablira de né- 53 cessité sous l\u2019oeil du Sujet pour qui cet Être est un objet intentionnel.\u2014 Le « tourniquet » ainsi établi constitue un paradoxe pragmatique dans le sens que les instructions données au Sujet par la situation mimétique sont à la fois contradictoires et mutuellement dépendantes.» 3 9 .Ce paradoxe pragmatique ou double contrainte, Gans la retrouve aussi dans l\u2019expérience esthétique ou la perception par un Sujet- observateur d\u2019une oeuvre d\u2019art.Cette expérience possède trois moments distincts qui s\u2019articulent ainsi : « 1 : Niveau naturel : L'oeuvre esthétique, qu\u2019elle représente ou non un objet d'expérience naturelle, est nécessairement elle-même composée d\u2019éléments d\u2019expérience naturelle.2 : Niveau de la totalité : l\u2019oeuvre, perçue de façon globale, c'est- à-dire d\u2019après son intention fondamentale, est une totalité expérientielle qui détermine le sens des éléments qui la composent.3 : Niveau normatif : l\u2019oeuvre est perçue comme imposant un sens non seulement à son propre contenu, mais à l'expérience naturelle en général.» Le paradoxe, ici, vient du fait qu\u2019au niveau 2, il s'agit d\u2019une expérience immédiate des « signifiés » (contenu) de l\u2019oeuvre, mais qu\u2019au niveau 3, l'expérience « voit dans l\u2019oeuvre plutôt une structure de signifiants, une grille posée sur le monde réel qui lui donne par conséquent une valeur cognitive.\u2014 Mais la cognition fournie par l'oeuvre au niveau 3 concerne le monde de l\u2019expérience « naturelle » qui a fourni les éléments réels de l\u2019oeuvre au niveau 1.Ainsi l\u2019oeuvre « se mord la queue », il y a relation d\u2019inclusion (A génère B génère C qui génère A) entre 54 deux niveaux de l\u2019expérience qu\u2019elle nous propose.» (Gans 1974) 4 0.Ce paradoxe pragmatique propre a l'expérience esthétique, Gans en applique le schéma à la littérature de la façon suivante : « 1 : La littérature est écrite en langage naturel », langage dont les significations préexistent à la production de l\u2019oeuvre.Moment de la lecture naturelle.2 : Au niveau du lecteur normal, le langage de l\u2019oeuvre est lu dans le contexte de l\u2019oeuvre totale (qui) raconte une histoire à laquelle le lecteur est censé porter le même intérêt qu\u2019à un récit d\u2019événements réels.Lecture globale.3 : Mais dans le cas d\u2019une oeuvre littéraire, par contraste justement avec le récit d\u2019un événement réel, nous savons qu\u2019il s\u2019agit d\u2019une création qui vise à révéler à travers « l\u2019histoire », des vérités générales sur la « condition humaine ».Lecture normative.\u2014 L'aspect paradoxal de cette structure vient du fait que la lecture 3, se basant sur l\u2019appréhension des structures du réel en lecture 2, fait de l\u2019oeuvre un modèle du monde réel, et de son langage un méta-langage ; en même temps, d'après la lecture 1, le langage de l\u2019oeuvre est aussi un objet naturel du monde réel, par conséquent recouvert par le méta-langage de la lecture 3.L\u2019oeuvre est ainsi à la fois un modèle d\u2019elle-même (donc une forme abstraite) et un objet d'appréhension imaginaire immédiate (lecture 2), donc un objet concret.» (Gans 1974) 4 / .Soufflons un peu et assurons-nous que rien de ceci n\u2019est facile.Essayer de stabiliser un pa- 55 radoxe pragmatique pour le saisir est singulièrement exigeant pour la tête.Tout ce que Gans raconte sur l\u2019imitation de l\u2019Autre ou la perception d\u2019une oeuvre remonte à cette insensée dialectique multi-dimentionnelle qui relie l\u2019Être et l\u2019Apparaître et qui nous rend fou depuis les débuts de la Conscience.Pas d\u2019 Etre qui ne se fasse connaître à un observateur (même soi-même) sans passer par l\u2019Apparence.Pas d\u2019Apparence sans Être.Le serpent Ouroboros.Cycles et alchimie.In my end is my beginning.42.Tout cela est très clair dans le Jeu.Le jeu est à la fois activité libre et règles sérieuses.On joue très sérieusement sinon il n\u2019y a pas de jeu.Le respect collectif (ou à deux, et même à un) des règles permet l'immersion totale dans le jeu.La liberté (qui fonde le jeu) se nie elle-même en acceptant de croire à des règles et de se limiter.Mais seul ce « suicide » lui permet d'accéder à sa propre jouissance d\u2019activité libre en se soumettant a une praxis (règles et gestes du jeu).On retrouve là cette impitoyable et profondément nécessaire relation entre l\u2019Être et l\u2019Apparaître.To be and not to be, that is the answer.43 .Une telle insistance à cerner la double- contrainte ou le paradoxe pragmatique peut sembler inutile ou hors de proportion.Mais l\u2019hypothèse donne ici la place centrale au paradoxe dont elle fait la structure fondamentale de l\u2019esprit / mind.Depuis Mallarmé, cette bizarre déchi- 56 rure ne fait plus de doute : un coup de dé n\u2019abolira jamais le hasard, mais ce coup-ci de dé, dans son unicité totale, dans son orgueilleuse solitude, l\u2019abolit à jamais.Chaque Un est perdu dans le Multiple mais chacun est Un.Nous sommes centre et périphérie, onde et particule.Métaphysique d\u2019un bio-psycho-ordinateur fini.4 4 - Venons-en à la célèbre hypothèse de René Girard (1972) dont nous essaierons de formuler certains aspects sans trop trébucher.1 : la stabilité sociale d\u2019un groupe n\u2019est possible que grâce à un ordre de différences qui donne à chacun sa place : un système auto-régulé de relations complémentaires.2 : si cet ordre des différences disparaît, chacun devient une entité semblable à l\u2019autre : cette similitude entraîne des relations de symétrie qui dégénère inévitablement en rivalité : ça devient le règne terrible de la violence réciproque où tous sont l\u2019ennemi de tous.3 : cette violence réciproque généralisée, si elle n\u2019est pas arrêtée, consumera le groupe dans un déchaînement irrésistible de vengeances sans cesse répétées.4 : le seul moyen d\u2019enrayer la violence réciproque se trouve dans le mécanisme du bouc émissaire, qui fera violence unanime contre lui et dont le sacrifice va unir le groupe qui retrouvera la paix.5 : ce sacrifice, répété par la suite dans le rituel qui le recommence symboliquement ou réellement, est l\u2019essence même du sacré : l\u2019exorcisation de la violence réciproque par la violence rituelle unanime.Zr A TERE CY ry hi a Ki i Bai Rei i i \"AR at.Ki i i 4 5 .L'hypothèse de Girard dépend, à un niveau très profond, de sa remarquable conception du désir.Pour Girard, le Sujet ne désire pas un Objet, selon la conception courante, il désire ce que l\u2019Autre désire, ce que le Rival désire.« Le sujet désire l\u2019objet parce que le rival lui-même le désire.le désir est essentiellement mimétique ».Cette mimésis portant sur le désir débouche automatiquement sur le conflit.Autrement dit, entre le modèle et le disciple, il y a une profonde rivalité où l\u2019imitation entraîne la concurrence.Cette situation est paradoxale, parce que la différence entre le modèle et le disciple qui permet justement qu\u2019il y ait imitation est aussi ce qui interdit au disciple d\u2019imiter un modèle qu\u2019il n\u2019est pas et qu'il ne peut pas être.| 4 6 .« L\u2019homme ne peut pas obéir à l\u2019impératif « imite-moi » qui retentit partout, sans se voir renvoyé presque aussitôt à un « ne m\u2019imite pas » inexplicable qui va le plonger dans le désespoir et faire de lui l\u2019esclave d\u2019un bourreau le plus souvent involontaire .Loin d\u2019être réservé à certains cas pathologiques ., le double-bind, le double impératif contradictoire, ou plutôt le réseau d'impératifs contradictoires dans lesquels les humains ne cessent de s\u2019enfermer les uns les autres doit nous apparaître comme un phénomène extrêmement banal, le plus banal peut-être et le fondement de tous les rapports entre les humains .Si le désir est libre de se fixer là où il veut, sa nature mimétique va presque toujours l\u2019entraîner dans l\u2019impasse du double-bind.La libre mimésis se jette aveuglément sur l'obstacle d\u2019un désir concurrent ; 58 dl Il À C de elle engendre son propre échec et cet échec, en retour, va renforcer la tendance mimétique .Chaque fois que le disciple croit trouver l\u2019être devant lui, il s\u2019efforce de l\u2019atteindre en désirant ce que l\u2019autre lui désigne ; et il rencontre chaque fois la violence du désir adverse.Par un raccourci à la fois logique et dément, il doit vite se convaincre que la violence elle-même est le signe le plus sûr de l'être qui toujours l\u2019élude.La violence et le désir sont désormais liés l\u2019un à l\u2019autre .La violence devient le signifiant du désirable absolu, de l\u2019auto-suffisance divine, de la « belle totalité » qui ne paraîtrait plus belle si elle cessait d\u2019être impénétrable et inaccessible .Ce désir mimétique ne fait qu\u2019un avec la contagion impure ; moteur de la crise sacrificielle, il détruirait la communauté entière s\u2019il n\u2019y avait pas la victime émissaire pour l'arrêter et la mimésis rituelle pour l'empêcher de se déclencher à nouveau.» (Girard 1972) 47.Depuis Montaigne, toutes les modernités prennent feu au contact de l\u2019auto-conscience.Invraisemblable paradoxe de tout système qui peut réfléchir sur lui-même, se représenter à lui-même, se formaliser pour lui-même.Un mathématicien allemand, Gôdel, en 1931, en a fourni une preuve logico-mathématique dans son célèbre « théo- reme d\u2019incomplétude » aux conséquences « désastreuses » : aucun système d\u2019axiomes ne peut se suffire à lui-même et s\u2019auto-prouver avec une parfaite cohérence : s\u2019il ne fait pas appel à un méta- 59 PRIS Fe a système à l'extérieur de lui, il engendrera tôt ou tard des contradictions insolubles et des propositions dont il ne pourra jamais décider si elles sont vraies ou fausses.4 §.C\u2019est moins le paradoxe logique qui a d\u2019importance ici que le paradoxe existentiel, celui qui rend fou, celui qu\u2019il faut résoudre, celui qui nous fait écrire, notre oxygène.Quelques gros plans : écrire que l\u2019écriture est vaine.Dire qu'il faut garder le silence.« Il ne faut jamais parler ».Dire que je sais que je ne sais rien.Ailleurs : rien de plus bourgeois que d\u2019avoir peur de paraître bourgeois.(Andy Worhol).Rien de plus authen- .8 9 y P\u2019 .- tique que d affirmer que toute authenticité est impossible, que toute affirmation, toute apparence, tout discours est toujours manipulation de médiations sémiotiques et que nous serons toujours enfermés dans la pose.How punk.Montaigne : rien LP punt 8 de plus vaniteux que d\u2019écrire sur la vanité.pP q .« .Groucho Marx : Je ne voudrais jamais faire partie > .A 4 3 .d\u2019un club qui serait prêt à m'accepter.Centraliser le consensus qu\u2019il ne faut jamais rien centraliser.Donner au pouvoir la mission d\u2019empêcher l\u2019existence de tout pouvoir.Avoir peur d\u2019avoir peur.4 9 .T.S.Eliot a formalisé le processus dans ces vers célèbres : « Nous ne cesserons jamais d\u2019errer, et la fin de tous nos voyages sera de revenir à notre point de départ et de connaître l\u2019endroit pour la première fois.» Le contexte nous tient toujours par les gosses.Exemple : si je dis, comme l\u2019ont fait plusieurs cosmologies, « Tout change », je dois, sous peine de sombrer dans une violente con- 60 tradiction, ajouter (et c\u2019est cet ajout qui est l\u2019index d'une sagesse cybernétique du deuxième degré) « SAUF CETTE LOI QUI, ELLE, NE CHANGE PAS ».C\u2019est le mouvement qui est stable en tant que loi qui se commente lui-même.L\u2019inconstance est une constante.5 0.L\u2019art moderne, post-moderne, méta- moderne et what else a pratiqué cette extraordinaire vertu qui consiste à intégrer de plus en plus de contexte dans une oeuvre d\u2019art.A la limite, le cosmos est pacté dans l\u2019oeuvre d\u2019art et l'oeuvre d\u2019art EST le cosmos.Le Tout est Artifice, un show généreux dont nous sommes probablement les transistors de service.Pour l\u2019artiste et l\u2019écrivain, il est devenu éthiquement impératif d'intégrer son propre contexte à son oeuvre et de toujours méta-commenter sa production en introduisant sa propre présence en elle.Question d'authenticité : ne plus mentir et cacher que quel- qu\u2019un est DERRIÈRE cet artifice, ce qui mène inévitablement à DÉNONCER le sujet, à l\u2019éliminer donc.Parti pour l\u2019insérer dans l\u2019oeuvre, on aboutit à l\u2019éliminer.Tout en continuant à produire des oeuvres, anyway.Qui aurait pu penser qu\u2019il puisse exister une si belle chose que le « suicide auto-transcendant ».5 1 .Fellini, avec « 8% », a probablement fait \"oeuvre post-moderne la plus parfaite.Faire un film sur l\u2019impossibilité de faire un film, sur l\u2019inutilité totale de dire quoi que ce soit, et le faire et le dire quand même en exposant la confusion des ténèbres à la pleine lumière d\u2019une méta- 61 communication.Banalement et génialement, le contenant devient le contenu dans un ruban de Moebius à trois dimensions avec champ magnétique s\u2019auto-invaginant dans la plus calme et souveraine fluidité.Il y a ici une merveilleuse tension entre « produit » et « production », « forme » et « formation » qui est une des réussites de notre siècle.L\u2019un n\u2019est pas l'autre, à jamais : la matrice n\u2019est pas l\u2019enfant, les ouvriers qui fabriquent une table ne sont pas la table ; et pourtant, à jamais aussi, pas d\u2019enfant sans matrice.Pas de film sans production filmique qui est totalement invisible autour du film.Les contextes et les infrastructures sont toujours invisibles : où se trouvent, autour de la cigarette que je fume, la terre où a poussé le tabac, l\u2019ouvrier qui l\u2019a cueilli, le camion qui l\u2019a acheminé à ma favorite tabagie ?Nulle part, disparus, gone et pourtant terriblement et implacablement présents.L'ère du soupçon refuse l\u2019OUBLI.Chaque moment, si on le veut, peut être assiégé et envahi de tous les contextes.Vivre l\u2019ici- maintenant, comme on dit, est à la limite une expérience vertigineusement angoissante.52.Dans un livre remarquable, « Point de convergence », Octavio Paz expose les liens contradictoires qui unissent le romantisme à l\u2019avant- garde, et entreprend une profonde analyse de l\u2019auto-référence en littérature.« La littérature moderne, comme il convient à une époque critique (née d\u2019une négation), est une littérature critique.Mais il s\u2019agit là d\u2019une modernité qui, vue de 62 e ; près, se révèle paradoxale.En nombre de ses oeuvres les plus violentes et caractéristiques \u2014 je pense à la tradition qui va des romantiques aux surréalistes \u2014 la littérature moderne est une négation passionnée de la modernité ; par une autre de ses tendances également durable \u2014 tradition qui culmine en un Mallarmé et un Joyce \u2014 notre littérature est une critique non moins passionnée et radicale d\u2019elle-même.Critique de l\u2019objet de la littérature : la société bourgeoise et ses valeurs ; critique de la littérature comme objet : le langage et ses significations.Des deux manières, la littérature moderne se nie et, en se niant, s\u2019affirme \u2014 confirme sa modernité.» 53 « Ce paradoxe, Paz le retrouve dans le couple magie/politique qui déchire la modernité.La poésie moderne propose un retour à l\u2019originelle innocence magique ; mais ce retour ne peut avoir lieu qu\u2019en détruisant la société basée sur l'inégalité, que par la révolution.Ce retour au commencement postule une rupture.« Seule la modernité peut opérer le retour au principe originel, parce que seule l'époque moderne peut se nier elle-même.» De plus, « la poésie moderne affirme être la voix d\u2019un principe antérieur à l\u2019histoire, la révélation d\u2019une parole originelle de fondation.La poésie est le langage originel de la société \u2014 passion et sensibilité \u2014 et c\u2019est par là qu'elle est le vrai langage de toutes les révélations et révolutions.Ce principe est social, révolutionnaire : retour au pacte du commencement, avant l'inégalité ; il est individuel et concerne chaque femme et chaque homme, en tant que reconquête 63 de l\u2019innocence originelle.Double opposition, à la modernité et au christianisme, qui est une double confirmation, aussi bien du temps historique de la modernité (révolution) que du temps mythique du christianisme (innocence originelle).À un extrême, le thème de l\u2019instauration d\u2019une autre société est un thème révolutionnaire qui insère dans le futur le temps du principe ; à l\u2019autre, le thème de la restauration de l\u2019innocence originelle est un thème religieux qui insère le futur chrétien dans un passé antérieur à la Chute.L'histoire de la poésie moderne est celle des oscillations entre ces deux extrêmes : la tentation révolutionnaire et la tentation religieuse.» 5 4 .Double-contrainte historique.En se niant, s\u2019affirmer.À la certitude par l\u2019incertitude.La conscience moderne se met en abyme, et par une totale déconstruction renaît de ses cendres.Point de salut hors du système ouvert, c\u2019est à dire vulnérable, prêt à toutes les transformations.Le système fermé, croyant protéger ce qu'il a de plus précieux en le barricadant impitoyablement, engendre sa propre mort.Le système ouvert, prêt à mourir à lui-même, vit.Exemples de Systèmes Fermés : le christianisme, l\u2019islamisme, le marxisme, la psychanalyse.Aucun de ces systèmes de propositions n\u2019a incorporé à l\u2019intérieur de lui-même un sous- système de sortie qui le nie et lui permette d\u2019échapper à une totalisation qui le ferait s'effondrer sur lui-même.Exemple singulier de système ouvert : la plus haute décoration de l'empire autrichien était l'Ordre de Marie-Thérèse que l\u2019on donnait aux officiers qui avaient activement 64 h e à désobéi aux ordres de leur supérieur lors d\u2019une bataille et dont la désobéissance avait entraîné la victoire.Un sous-système, ici, vient nier et désamorcer le système pour lui permettre de continuer à exister.Rigidité et souplesse.Chez les primitifs, l'échange symbolique qui oblige quiconque qui a reçu à redonner, empêche la valeur de stationner où que ce soit et de se figer en instance totalitaire.(Baudrillard).Autre système ouvert : chez les Mandenka, les parents ont pouvoir sur les enfants, les grands-parents ont pouvoir sur les parents, les enfants et les grands-parents sont alliés et reliés dans des relations « de plaisanterie ».« Le système de parenté à plaisanterie a manifestement pour but d'aménager des voies de feed-back pour contrôler le système hiérarchique autoritaire et pour en éliminer les effets négatifs » (Camara).5 5 .Plusieurs solutions ont été proposées pour désamorcer les situations de double-contrainte et de paradoxes existentiels-pragmatiques.Si la théorie n\u2019a jamais empêché personne de vivre, les paradoxes existentiels peuvent sensiblement l\u2019empoisonner.56.Dans le dernier chapitre de ses « Essais d'esthétique paradoxale », Gans propose la « reconstruction » à partir du raisonnement suivant : « De nos jours, la loi du marché intellectuel valorise chaque pensée en fonction de sa capacité de « déconstruire » toutes les autres.La grande découverte du marché intellectuel contemporain, 65 ae a PLT EN PR EI Sr coupé comme il l\u2019est de l\u2019idéologie pratique, c'est que la pensée qui peut le plus facilement exercer sa domination sur les autres est celle qui nie de la manière la plus totale l\u2019existence même du Sujet, et avec lui le temps de la praxis.Le Sujet le plus puissant est celui qui arrive à nier la réalité du Sujet, ce qui lui permet non seulement d\u2019écraser tous les autres sujets, mais de transcender sa propre subjectivité en la proclamant pure fiction du langage.» Ce processus est sans fin, car toute déconstruction du Sujet s'opère à partir d\u2019un Sujet qu\u2019un autre texte pourra déconstruire.Pire, tout texte oblige son lecteur à « réintroduire tous les attributs totalisants du Sujet dans la tentative de compréhension qui constitue sa lecture.» Il ne resterait, en toute cohérence, qu\u2019à éliminer jusqu\u2019au dernier élément d\u2019intelligibilité dans le texte et aboutir alors au délire.Mais le délire est impra- tiquable parce qu'il nie la nécessité même d\u2019un texte.Il ne reste plus à la pensée moderne qui refuse la construction à atteindre sa cohérence en se servant à rebours des constructions d\u2019autrui.« Au fond tout le monde croit au Sujet.» À la limite, tout texte devrait être auto-critique : « il deviendra lecture (post-classique) de lui-même en temps que classique, c\u2019est à dire simplement en tant que texte.Mais comment étudier son propre texte ?Pour parler de ce que l\u2019on dit il faut toujours l\u2019avoir déjà dit, ne serait-ce que dans la phrase précédente.Autrement la phrase elle- même dégénère en paradoxe.» 57.Et voici le punch-line : « Mais nous découvrons à notre surprise que dès qu\u2019elle se 66 résout à prendre le paradoxe pour son but spécifique, notre écriture n\u2019est plus du tout limitée dans son contenu.Puisque tous les paradoxes se valent, puisque tous se (dé)construisent de la même manière, .il suffit d'affirmer au départ la proposition À : « À est faux », ce qui suffit pour détruire toute pensée, aussi bien occidentale qu\u2019orientale.Le texte se suffit à lui-même ; aux écrivains de tous genres d'étendre à l\u2019infini son exégèse.\u2014 Mais en même temps la révélation du paradoxe cn général ne supprime pas l\u2019unicité de l'expérience de chaque paradoxe particulier.Nous pourrons alors tout recommencer, étudier toutes les expériences et tous les textes, pour découvrir en quoi malgré nous chacune et chacun nous attire, tout en sachant qu\u2019au fond du secret de cette attraction se trouvera toujours le paradoxe.L\u2019INDIFFÉRENCE DU PARADOXE EST LE SEUL POINT D\u2019OÙ NOUS POUVONS PARTIR POUR RECONSTRUIRE LE MONDE DES DIFFÉRENCES.» 56.Octavio Paz, se basant sur l\u2019oeuvre de Marcel Duchamp, propose cette version : « La dualité magie/politique n\u2019est qu\u2019une des oppositions qui hantent la poésie moderne.Le couple amour/humour en est une autre.Toute l\u2019oeuvre de Marcel Duchamp tourne autour de cet axe de l'affirmation érotique et de la négation ironique.Le résultat est la MÉTA-IRONIE, une sorte de suspension de l'esprit, un au-delà de l\u2019affirmation et de la négation .Opération circulaire de la méta-ironie : l\u2019acte de voir une oeuvre d\u2019art 67 devenu un acte de voyeurisme .L\u2019ironie consiste à dévaloriser l\u2019objet ; la méta-ironie ne s'occupe pas de la valeur des objets mais de leur fonctionnement.Ce fonctionnement est symbolique : amour/umour/hamour.La méta-ironie nous révèle l'interdépendance entre ce que nous appelons « supérieur » et « inférieur » et nous oblige a suspendre notre jugement.Ce n\u2019est pas une inversion de valeurs, mais une libération morale et esthétique qui fait communiquer les Opposes .La critique devient création, une création qui consiste à renverser la modernité avec ses propres armes : la critique, l'ironie.» 5 9 « «© Amour/humour et magie/politique sont des formes que prend l\u2019opposition centrale : art/vie, opposition insoluble.Il n\u2019y a d\u2019autre solution que le remède héroïco-burlesque de Joyce et Duchamp.La solution est la non-solution : la littérature est l\u2019exaltation du langage jusqu\u2019à son annulation, la peinture est la critique de l\u2019objet peint et de l'oeil qui le regarde.La méta-ironie libère les choses de leur charge de temps et les signes de leurs significations ; c\u2019est une mise en circulation des opposés, une animation universelle où chaque chose devient son contraire.Le jeu des opposés dissout, sans la résoudre, l\u2019opposition entre voir et désirer, érotisme et contemplation, art et vie.» 6 0 .Autres types de solutions : une dialectique des différences basée sur les leçons de l\u2019écosystème : il n\u2019y a pas d\u2019entités, d\u2019individus, de 68 substances fixes, de stabilités absolues (monades), ce sont là des « fictions », de « l\u2019Imaginaire » ; il n\u2019y a que des interrelations hyper-complexes dont les noeuds forment des « objets », « individus ».L\u2019esprit/mind est un message-en-circuit entre plusieurs différences.Chacun de nous est l\u2019intersection multiple d\u2019une multiplicité de processus.(Voir Wilden et Bateson).6 1 .Comprendre les relations intimes qui circulent entre structure (loi) et liberté, égalité et hiérarchie.Ne pas confondre complémentarité et dominance : la mère et l\u2019enfant sont complémentaires sans être nécessairement dans un rapport dominant-dominé.Chacun de nous a envie quelquefois de prendre, quelquefois d\u2019être pris.Ne pas s\u2019isoler dans les relations symétriques, sous prétexte d'égalité, car la rivalité qu\u2019elles engendrent est féroce.Comprendre la différence entre « digital » et « analogue » : le digital, dès qu\u2019il voit des différences, les oppose ; l\u2019analogue les relie dans un continuum.Prendre garde à toute frontière qu\u2019on aura tracé à l\u2019intérieur d\u2019un système : toute ponctuation est arbitraire et engendre des oscillations insolubles.Entre « moi » et « non-moi », la frontière est idéologique.62 « Pour sortir de la double-contrainte, pratiquer à tout prix la méta-communication et forcer l\u2019Autre (Imaginaire) qui nous Pimpose a faire face au contexte de la situation que la méta- communication a pour but de révéler.Pratiquer, une fois bien compris le théoréme d\u2019incomplétude 69 de Godel, l\u2019auto-transcendance : le recyclage permanent des différents niveaux qui organisent notre être.Et surtout, l\u2019humour : aucun paradoxe ne résiste devant l\u2019extraordinaire solvant qu'est le rire qu'il peut provoquer.63 .A la limite, comme dit Bateson, il nous faut des définitions cybernétiques du mind, de la sagesse et de l\u2019amour qui les sortent d\u2019une banalité du premier degré.Aimer pour Bateson, c'est l\u2019expérience consciente de calculs précis mais inconscients des circuits de relations ; c\u2019est immerger son propre système dans un système plus large et accepter les nouvelles relations qu'il propose, que ce soit avec un autre être humain, un animal, une plante, un objet, un outil, une machine, etc.Seul le circuit n\u2019a de sens ici.64 .L\u2019épistémologue-cybernéticien japonais Magoroh Maruyama a proposé cette définition de l\u2019amour : processus de causalité mutuelle à feedback positif qui amplifie les déviations.Une sym- biotisation des différences dans un réseau harmonique, non-hiérarchique, hétérogène où la causalité mutuelle génère la complexité.1 .Comme l\u2019écrivait Martin Buber : « Au début était la RELATION.Les lignes de toutes les relations, si on les prolonge, se coupent dans le TU éternel.» = LIVRES CITÉS ET CONSULTÉS BATESON, Gregory, Vers une écologie de l\u2019esprit, tome 1, traduit de l\u2019américain, Seuil 1977 BATESON, Gregory, Steps to an Ecology of Mind, Ballantine 1972 BAUDRILLARD, Jean, L\u2019échange symbolique et la mort, Galli- mard 1976 BORGES, Jorge Luis, L\u2019aleph, traduit de l\u2019espagnol, Gallimard 1967 ELIOT, T.S., Selected Poems, Faber 1961 GADAMER, Hans-Georg, Vérité et Méthode, traduit de l\u2019allemand, Seuil 1976 GANS, Eric L., Musset et le drame tragique, José Corti 1974 GANS, Eric L., Essais d\u2019esthétique paradoxale, Gallimard 1977 GIRARD, René, Mensonge romantique et vérité romanesque, Grasset 1961 GIRARD, René, La violence et le sacré, Grasset 1972 JANTSCH, Erich, ed., Evolution and Consciousness, Addison- Wesley 1976 JUMARIE, Guy, À Relativistic Information Approach to the Structural Dynamics of General Systems, Morphogenesis, Cyber- netica, vol.19, no 4, 1976 MARUYAMA, Magoroh, Paradigmatology, Cybernetica, vol.17, nos 2, et 4, 1974 MALLARMÉ, Stéphane, Oeuvres, Pléiade MORIN, Edgar, La Méthode, tome I, Seuil 1977 PAZ, Octavio, Point de convergence, traduit de l\u2019espagnol, Galli- mard 1976 SERRES, Michel, Esthétiques sur Carpaccio, Hermann 1975 SEWELL, Elizabeth, The Orphic Voice, Harper Torchbook 1971 SLUZKI, Carlos, et RANSOM, Donald, Double Bind, Grune & Stratton 1976 SPENCER BROWN, G., Laws of Form, Bantam 1973 VALÉRY, Paul, Oeuvres, 2 vol., Cahiers, 2 vol., Pléiade WATZLAWICK, Paul, et al, Une logique de la communication, traduit de l\u2019américain, Seuil 1972 WATZLAWICK, Paul, How Real is Real ?, Vintage 1977 WILDEN, Anthony, System & Structure, Tavistock 1972 WILDEN, Anthony, L\u2019écriture et le bruit dans la morphogenèse du système ouvert, in Communications 18, Seuil 1972 WOLFE, Tom, The Painted Word, Bantam 1976 Ouvrage collectif, About Bateson, Dutton 1977 Ouvrage collectif, Le récit et sa représentation, Payot 1978 Ouvrage collectif, Essaying Essays, (Richard Kostelanetz, ed.), Out of London Press 1975 CAMARA, Sory, L\u2019idée d\u2019hétérogénéité et de changement chez les Mandenka, article in Cybernetica, vol 18, no 2, 1975 STONUM, Gary Lee, For a Cybernetics of Reading, article in MLN 92, 1977 72 + Le \u201can Ten on cm ame ns = 23 = = vez Sd 5 eee in ge Ses me =, me on a eee oe a Ep Eid pti aie pes isi pia DES = A ES | Ë a 85 À LR x = = tn Ca : 0 IS SSID id .i p ne HR Re y i ne i i x 8 ; as 0 un ne n A v RE À As $ H a i A i Hh Wl et A i A h i He i 5 A ™ i Du n is A A iH 5 as ih ; Un a INDICATIF PRÉSENT Claude Beausoleil Indicatif présent, poèmes de Michel Beau- lieu accompagnés de quatre encres de Carol Dunlop, éditions Estérel, tirage limité, signés par l\u2019auteur et par l\u2019illustrateur.« parmi la fracture des trottoirs » Me voici attablé, à décrire des atmosphères, un texte, un livre.Il existe un réel du texte.On le poursuit dans la fiction.Indicatif d'un présent ce réel du texte se déroule, à la fois signe et sens, à la fois concret et en fuite.Pour en préciser les allusions on peut fouiller « dans les vitrines/ses propres décombres ».La lecture est l\u2019inversion du miroir.On ne se regarde jamais imaginé.On imagine son regard dans l\u2019image.Alors commence le texte lu dans un présent donc sans temps, seulement armé du spécifique d\u2019une mémoire qui voyage, qui voit des pages, des mots, des souffles, des indications.74 «nous voici de nouveau plus proches de la peau que les ombres nous voici lancés dans l\u2019agonie ce temps qu'il reste à vivre » (p.15) Temps de lecture, d\u2019écriture, temps attablé à l\u2019espace du livre, du vivre, « piaffant d\u2019impatience/avec notre colère asthmatique/a bout de poing » (p.15).Ce texte de Michel Beaulieu se trace comme un livre d\u2019heures, pour le décrire, le saisir, il faut le relire, le reprendre par « touches » [expression la plus utilisée par Beaulieu pour parler de l\u2019écriture des autres, donc de la sienne sur laquelle il tente de tout camoufler, de ne rien dire, comme si la fiction ne tolérait pas de distinctions entre le degré second ou premier, comme si l\u2019a-théorique était atopique, s\u2019insinuait « mine de rien » (cf.La N.B.J.no.60)].Donc prendre l\u2019indicatif présent et « une fois de plus circuler » dans ce beau recueil à lire pour « ses failles/ses aspérités ».Singulièrement presque un art d'écrire qui se découpe sans miroir donc du côté de l\u2019imagination avec «la lenteur d\u2019un espace nostalgique ».Un des meilleurs livres de Michel Beaulieu.(Notons que les éditions Estérel ont aussi publié dernièrement : Dire quelque chose clairement de Jean Yves Collette).LE SIGNIFIANT VORACE Normand de Belle- feuille La sourcière de Sylvie Gagné, Les Herbes Rouges, no 58, décembre 1977.Il y a encore des livres, heureusement, dont je ne me sens pas le besoin de dire qu\u2019ils sont bons, neufs ou importants.Ceux-là s\u2019ouvrent et se lisent, et plus ils se lisent et plus ils s\u2019ouvrent tant sur eux-mêmes que sur d\u2019autres possibles du texte.Ce sont des livres de plaisir et de travail.Je ne les qualifie pas, je les lis, ça se lit.La sourcière de Sylvie Gagné (sorcière/souricière bien sûr, mais enfin on n\u2019en est peut-être plus tout à fait là) est un de ces livres qui m\u2019en donne pour mon trouble, « des griffes certains textes résistent d\u2019autres rétrécissent et s\u2019effilent ».Un premier recueil a toujours quelque chose de surprenant et d\u2019un peu indécent, celui- là plus que d\u2019autres.Il liquide du privé, et douloureusement encore.L\u2019arsenal de figures, de symboles plus ou moins psychanalytiques (la fente, le miroir) m\u2019y importe moins que l\u2019« agression rythmique », que l\u2019auto- violence qui s\u2019y exerce : «à deux doigts de la parole, persister ne pas y aller de main morte ensemble ne pas s\u2019économiser s\u2019épargner se fragiliser davantage », que les musiques qui s\u2019y racontent, qui s\u2019y profilent : « Lire L\u2019Irique (c\u2019était le titre initial du recueil) de Sylvie Gagné, le décryptage le cri ponctué jazz, pas de lucide que n\u2019agisse 75 l\u2019irrationnel, le vital ici n\u2019a de sens où tout se joue que l\u2019analyse éprouvée nerfs à vif, décide le style.» (Patrick Straram, Événements pour un film in Chroniques no 29-32).La sourcière est un texte diffus et même « généreux », fait de rencontres, de connivences.« Le signifiant vorace (y) vagabonde » et bien que ce ne soit pas toujours parfaitement heureux (« se penche s\u2019épanche se panse » ; « d\u2019oeil en deuil » ; rimmel/rime elle ; on en a quand même vu d\u2019autres et surtout de semblables) chaque texte s\u2019en sort, « EMAIL DU TEXTE NE RESISTE PAS A LA CHALEUR ».Le dernier texte publié par Sylvie Gagné, Mots d\u2019elle (La Barre du Jour nos 56-57), laissait présager un recueil plus théorique et même didactique, un recueil où l\u2019intertexte, psychanalytique surtout, serait envahissant, déterminant dans l\u2019infrastructure du livre.Il n\u2019en est rien.Le texte psychanaly- 76 tique se lit en filigrane, discrètement, sobrement, la « machine » n\u2019y est ni dominante, ni conceptuelle.La lecture n\u2019est pas facile pour autant.Une ponctuation capricieuse, une syntaxe qui n\u2019est pas sans rappeler, à l\u2019occasion, celle de Mallarmé dans certains textes de prose (Quant au livre surtout) : emboi- tements, décrochages, ellipses font de chacun des trente textes un réseau touffu et déroutant.Mais il y a encore des livres qui « valent la peine », qui motivent, qui incitent à une reconnaissance.Il y a des livres que j'aime.POUR UNE LECTURE CRITIQUE DES TEXTES DE FEMMES France Théoret Le livre d\u2019Annie Le Brun publié aux éditions Le Sagittaire en 1977 est un essai, un pamphlet, une réflexion critique sur l\u2019écriture des femmes.Elle met une majuscule au mot Écriture et parle du féminisme actuel comme d\u2019un « néo-féminisme ».Ce livre s'appelle Läâchez tout.C\u2019est un livre violent.La dureté du texte me semble proportionnelle à l\u2019absence de critique et à l\u2019adulation mème dont ont fait montre certains textes sur les livres de femmes.Je cite entièrement le résumé publicitaire de la page couverture.Les propos extrêmes peuvent empêcher d\u2019avoir le désir de lire le livre.Cependant, on peut être assuré d\u2019y trouver bien d\u2019autres choses.« CE LIVRE EST UN APPEL À LA DÉSERTION.Contre l\u2019avachissement de la révolte féministe avec Simone de Beauvoir, contre le jésuitisme de Marguerite Duras et de Xa- vière Gauthier, contre le poujadisme de Benoîte Groult, contre le débraillé d\u2019Annie Leclerc, contre les minauderies obscènes d\u2019Hélène Cixous, contre le matraquage idéologique du choeur des vierges en treillis et des bureaucrates du M.L.F., désertez, lâchez tout.Le féminisme, c\u2019est fini.» Nous retrouvons aussi à plusieurs reprises d\u2019autres noms : Ti-Grace Atkinson, Julia Kristeva, Luce Irigaray et Madeleine Gagnon.Violence publicitaire ?Probablement, pour ce qui concerne la bande.Quant au texte même, il me semble dur, certes, ironique aussi.Ça peut gêner.Ce ne sont pas des tonalités auxquelles nous ont habitué les textes de femmes.A quoi s\u2019en prend- elle ?A la normalisation, au conformisme, à la banalité.« Les êtres s\u2019usent à se ressembler.» Aux idées qui prolifèrent dans le même sens, au « point de vue de femme » qui autorise à parler au nom d\u2019un nous, empêchant d\u2019entendre le je et la singularité.Cette collec- tivation de la nouvelle écriture empêche l\u2019apparition des passages et des mouvances pour saisir l\u2019identité et le Même.Contre l\u2019hétérogène.Contre l\u2019Autre.À partir de l\u2019élaboration du « point de vue de femme », on assiste à la 77 création d\u2019un nouveau mystère féminin aussi intangible et inabordable que le mystère féminin dont on a toujours parlé dans le passé.Face à cela, elle revendique l\u2019« individualisme forcené » qui « est à l\u2019exacte mesure de tout ce qui travaille à l\u2019interchangeabilité des êtres.» Un chapitre s\u2019intitule : « Jdanov change de sexe.» La question du totalitarisme et du pouvoir est abordée.Le nouveau conformisme draine un nouveau pouvoir, une nouvelle cause à servir : celle de la « femellitude ».Aussi, « toutes les saloperies qui se font.au nom du peuple, se font certes ici au nom des femmes mais avec en prime l\u2019ignominie qui consiste à persuader celles-ci que ce n'est pas seulement pour leur bien mais pour leur jouissance.» Ainsi, le pouvoir prend la forme ou se camoufle dans le rapport a une « irre- présentable » jouissance féminine.78 Face à cela, «il ne s\u2019agit plus de servir mais de partir,» dit-elle.Ce sera difficile.Le dernier chapitre qui enchaîne sur cette phrase s\u2019intitule : « De la femme sans tête à la femme sans jambes.» Il est alors question de l\u2019Écriture.« Le néo- féminisme semble réduit à la génitalisation intensive.» Les femmes s\u2019épuisent à parler de « l\u2019antre sacré de leur ventre.» « La parole féminine se dit normative de tout langage corporel.» Parole de vérité qu\u2019il conviendrait d\u2019interroger.Les écritures de femmes doivent-elles effectivement se porter garante d\u2019une vérité ?Que conserve-t- elle ?Citées Flora Tristan, Louise Michel, Virginia Woolf.Particulièrement Virginia Woolf.Celle-ci, à la lecture du Journal d\u2019un écrivain, d\u2019Orlando et de Trois Guinées, n'apparaît pas comme une femme d\u2019intérieur et encore moins, une femme de chambre.Tout au contraire.Ainsi, dans le Journal, elle dit: « Je veux aller de l\u2019avant, changer, ouvrir mon esprit et mes yeux, refuser d\u2019être étiquetée et stéréotypée.» Place à l\u2019imaginaire, place aux poètes et aux peintres souvent cités dans le livre d\u2019Annie Le Brun qui s'achève sur ceci : « J'ai basé ma cause sur le vide.» Décidément, il reste tout de même un goût d\u2019amertume apres cette lecture.Pas une phrase de nos contemporaines n\u2019est retenue ! Les siennes ?Bien courtes.Les deux cents pages sont probablement insuffisantes pour faire naître une lecture critique des textes de femmes.Il y a trop de mots envenimés.Pourtant, une ou deux bonnes intuitions en filigrane.Ceci : le nous cache trop souvent le je.Droit à la singularité.Ceci encore : droit à l\u2019exploration et à l\u2019errance.Mais Annie Le Brun empêche vraiment qu\u2019on l'écoute.Le mépris est de trop. a an, Nii cars ce Do cor PE 224 = 2a a \u20ac PR oa ns = Brac ot pha = she po ics ue Ta REE Résine pris os Qu pers pads coon eis pate ere oT SE E ic Leu pe or ma ulletin d\u2019abonnemen | Su utre La Nouvel Barr d vous offre gran >me UIV Pulsions, Michel Beaulieu Mécanique jongleuse, Nicole Brossard L\u2019état de débauche, Jean ves Collett Le petit cathéchism uis- s-Philippe Héb Tableaux de amour: ; aul-Marie Lapo nt Lieu de naissanc P \u20ac 12 numéros an, a Canada © $30, n, à l'étranger $36 6 numéros, Si mois, Canada seulemen nome.adresse Veuillez mm abonner à à parti meéro Seul l\u2019abonnement annuel donne droit 2 aux livres.cadeaux.Livres \u2018choisis q jacques brault michel beaulieu jean yves collette michel gay roland giguère pierre morency jean-guy pilon * C'brateÉ est exlrnordinucrement mobele cû no se lucsde fus attraper FH Les numéros 25/26 de cette revue belge sont disponibles seulement par commande postale \u2014 $5.50 port et emballage inclus.Adressez-vous à : La Nouvelle Barre du Jour C.P.131 Succ.Outremont Outremont, Qué.H2V 4M8 Estuairé) a publié Geneviève AMYOT, Hugh BARRETT, Michel BEAU- LIEU, Rachid BOUDJEDRA, Jacques BRAULT, Jean- Yves COLLETTE, Alfred DESROCHERS, Gilbert DU- PUIS, Jean-Paul FILION, Claude FLEURY, Jacques ÿ GARNEAU, Michel GARNEAU, Roland GIGUÈRE, Jean-Pierre GUAY, Claude HAEFFELY, Pierre Jakez HELIAS, Christain HUBIN, Pierre LABERGE, Gatien LAPOINTE, Félix LECLERC, Alexis LEFRANÇOIS, Clément MARCHAND, Gaston MIRON, Pierre MO- RENCY, Suzanne PARADIS, Pierre PERRAULT, Alain ROBERGE, Jean ROUSSELOT, François ROYER, Jean ROYER, Francine SAILLANT, Frédéric-Jacques TEMPLE, Jean-Gérard THÉODORE, Gérard TREMBLAY, Gilles VIGNEAULT.ESTUAIRE Casier postal 828 Haute-Ville ; Québec 4, QUÉBEC G1R 4S7 Je désire souscrire à partir du numéro : O) un abonnement de soutien ($25.00/4 numéros) D un abonnement régulier ($12.00, étranger: $20.00/4 numé- N.B.Des exemplaires des numéros déjà parus sont encore disponibles au prix de $3.75, frais postaux compris. pe pre = 2 _ 2 .BOA .c Are) BOE Lea PR oe Le IR eo © C= on .8 .AE RS .ES ee a PR = ve va ey [RR 2 a Et gad oe > ary = 1 py RI = pes ey ile es on PA wr re oe = J _ A cute bt o ÿ 4 A G be Hid ps 1s a Dei he K 2 S = 3 3 Ë R ; Le x ; 3 x = .3 a es 7563 ey ore RES Ra a I 2 £3 aes i a Ra ze PETER is RS ve sii 2 RS A om x = Es = ES = 2.- pe = 0 ea a 2 ER cs THE sus EEE Ep oh, RI = 0 Toh AA me = aa EY AS ae SE = Éz Se RT 2 AA = + 3 x Evin - | _._ _.Le ace Le ec res pres = ervey A ea ca a = = Ru ces cop 0 es ere boy ~ ret ee.rep Le a arts Deo cra us 5 ca ri 22e Sek popper) 5 és = 2 ith OLE Ra 2 aan SE pe {= se se To x E se Hier Ny ey tin ob, a EE AE Ee rap ee a Te ran A neem = x og PRT Pp SESS = sn = or Zi x az ing 97 se RARES aa 5 = =, re te > ™ x bete este) A Rs q cas ties À ji gs A Gt A À .A na es L = \u2014 = = ~ rrr ee = Ferra Es 53 eo eae res =; a mre ET ES pres =a Pay 2 RE Ea I bee Cr LTT Sec ee 2 de = = EE = a SES = = SIE OO =~ = EE g Pra wes SO me > - irs DEER rR ll 5e ae su es ER ey EE er = res Imprimé au Canada Achevé d'imprimer Saint-Justin - Montréal en avril mil neuf cent soixante-dix-huit sur les presses de l'imprimerie Gagné Ltée J I I I _ BiBLy, % ON 73 «+ fr / : oly à C : PT; = ne > gg 5 8 i fi Lt f __ ee ee _ f ex ie = 3 Br a roy 22 eo 3 2 A A Ë = ¥ iti bi Tree BR To Lo ir: ve ue, QG re pera EE oh = sc as Sr RES ex va Arey SES i re Super = Les Tn = a 3 er EELS: ahaa rts oe ee ery x ri ps Er ee = LIA SHORES cs ne reg 2 re Epi oars ea et Shan rem es cn pe \u2014 CER ant Sor CT nS AE, Rett BO A pe de et x ce Ton Side Er = 7 Nour y Li A 4 \u201c, 7: A hi \" 7 J 3 \\ \\ 20 ote = Cr 7 Ls J Ne AA] ne .0 = 7 5 \\ = \\ | S » ee y fi \u2014 | 5 Pa 7 \u2014 22 Za Z > & | S \\ 3 ze cas = Z x 1% 9 eee id Z | HN | = é 5 | b VOS HAI SI AAs LH TI MMS UGS SL IID ORT fA lg SN, NTA 2 vw = \\ iY | UN 5 ur al Ci ( à $3.00 - \u2014 "]
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