La nouvelle barre du jour, 1 janvier 1979, Juin
[" _ = TERRI a.nouveliey IIE barre ] (© du (Tol - x \u2014 = ed] 3 ! 0 : Hi > { I'l HS ton e Ÿ 3 \u201c 3 + es \u2014 ces \u2014 J ow pa Po ra nee os tae = fn a ry mess ne ye So Lu = -.fre res es xy es i oY i Re rR a1 = 9 est: ez cs fd ba iS pgs RAE EATEN Ww x = des ae enr = TE en Le Cia is 2x2) ps Ta tés Er, SEARS Ai zat RE ee ea frau rs ET er is Bre 8e se a qe ts ere ACR ee ae pe 2 ps; HR c ss ï 5 Rats = FETE di i fos OCT RRC SIRI pie os Bh 7 ete oe ea pith es Aertel A hol KCL cs as: a 2 5 ex ms ès et KH A : A 3 oo ps ER Bi Fe OR bt pe - ol ye i ei = ; 3 = 3 i T= 3 = = = oa 3 i ory Sr Es an = Ce = ri S = = a a À 5 : 3 2 Ti = a eu = Can PA .CHA A À Vis A A i\u201d A me cn jo \u2014\u2014 la nouvelle barre du jour pi iil La réalisation de ce numéro a été confiée a Roger Des Roches et Louis-Philippe Hébert.Ie re ESS Dre UR i i So N \u2018HE 11H tf Hi Ho 0 HR Ve a HE 1H ; 7 Ho Ai i.\u2018HY Un IHN LA NOUVELLE BARRE DU JOUR Numéro 79-80 Juin 1979 Secrétaire de rédaction: Jean Yves Collette Direction: Nicole Brossard Jean Yves Collette Louise Bouchard Michel Gay Distribution exclusive: Diffusion Dimédia Inc.539, bd Lebeau, Saint-Laurent, Qué.(514) 336-3941 Dépositaire en France: Librairie La répétition, 27, r St.-André-des-arts, 75006 Paris Correspondance: La nouvelle barre du jour, C.P.131, Succ.Outremont, Outremont, Qué.H2V 4M8 La nbj est répertoriée dans Radar, dans le Canadian Index et par la Pressothèque de langue française.La nbj est membre de l\u2019Association des éditeurs de périodiques culturels québécois.Les auteurs sont priés de n\u2019envoyer qu\u2019une copie de leur oeuvre, les documents n\u2019étant pas retournés.Les auteurs des textes que nous publions sont seuls responsables des opinions qu\u2019ils émettent.La reproduction des textes et des illustrations paraissant dans la nbj est strictement interdite sans l'accord écrit de l\u2019auteur et de l\u2019éditeur.Dépôt légal \u2014 Deuxième trimestre 1979.Bibliothèque nationale du Québec.ISSN 0704 - 1888 Sommaire 19 53 63 69 73 85 93 La Fiction-science Louis Philippe Hébert Les Faits réels Roger Des Roches % * * L\u2019Oiseau de feu (extraits) Jacques Brossard Répondre aux questions D-C9 à D-C13 Louis-Philippe Hébert Une relation oubliée Germain-Guy Beauchamp L\u2019Oiseau de feu (extraits) Jacques Brossard Surveillants et d ten s Bertrand Bergeron GNAN Johanne de Bellefeuille L\u2019Effet d\u2019irréel Jérôme Elie Strip-tease Bertrand Bergeron Ça luit et ça mange Hugues Corriveau SF: Signifiant Fantaisie Germain-Guy Beauchamp 105 Tous les veilleurs de nuit { Roger Des Roches | 111 Et, apres une nuit de veille Roger Des Roches he ne 119 L\u2019Or, l\u2019encens et la myrrhe Élizabeth Vonarburg mes a 133 Adieu les petites mamans Louis-Philippe Hébert 141 Sans titre | Roger Des Roches 1 143 Cinq ou six morceaux en forme de poire.| Ï Jean-Pierre Vidal 151 Ne faites pas l\u2019idiot, Monsieur Dostoïevski Germain-Guy Beauchamp 155 Orgone \u2014 13 Jérome Elie La Fiction-science Louis-Philippe Hébert ffirmer que l\u2019établissement d\u2019un genre littéraire ne tient qu\u2019à la fortune de son appellation est un raccourci dangereux.Prenons-le tout de go.Affirmons ensuite (en guise d\u2019axiome) que les genres littéraires existent de tout temps, qu'ils font partie de cet inépuisable réservoir de permutations à l\u2019intérieur du discours, que ces permutations se retrouvent ici et là, sur un plan diachronique, et qu\u2019il n\u2019y a pas, à proprement parler, de structures de perception-expression qui soient innovatrices.Le raccourci croise une route bien connue.Il n\u2019y a pas de territoires vierges tant que les trois composantes littéraires ne sont pas modifiées: 1.- l\u2019organisation des sens (hardware); 2.- le matériel de compilation, de commutation et de permutation (software); 3.- le matériel d\u2019écri- ture (la langue et les outils scripturaux \u2014 autre distribution selon le modèle hardware-software).À partir de là, on peut prétendre qu'il existait des textes surréalistes au Moyen Âge.Cliché: la science-fiction a existé de tout temps (attitude Versins).À cette différence près que, à un moment x de l\u2019histoire littéraire, la S-F a été nommée et reconnue, donc différenciée comme un corpus à l\u2019intérieur d\u2019un domaine plus général: les lettres.Aujourd\u2019hui science-fiction, autrefois «littérature non répertoriée» (hors genre, ou sous- groupe d'un genre défini).En écrivant ceci, on s'aperçoit que l\u2019énoncé est fautif; espérons qu\u2019il en est de même à la lecture.Car.La science-fiction, comme genre identifiable et identifié, apparaît au moment même où l\u2019organisation des sens est perturbée (dans notre histoire, dans notre littérature): la télévision, le cinéma, le téléphone, la télégraphie, la mécanisation des véhicules, bref l\u2019accélération des déplacements vient bouleverser la perception.Les mécanismes deviennent plus que des prothèses (i.e.: un artifice permettant de suppléer une déficience sensorielle ou articulatoire); ce sont de nouveaux sens: le cinéma, à titre d\u2019exemple, et la télévision rendent une image immédiate non spéculaire au contraire de toute surface réfléchissante.Le cerveau lui- même s\u2019en trouve affecté: sa chimie est modifiée (notamment par les hallucinogènes mais, sans aller jusque-là, simplement par l\u2019irruption massive de substances chimiques dans les aliments, ou encore, ce qui s'avère moins discutable, disons que, sous l'impact de nouveaux sens, le cerveau se rajuste).Ceci dit, le matériel d\u2019écriture en soi est transformé: on écrit à la machine (normalisation des signes visuels), on imprime selon des procédés de 6 plus en plus flexibles mais de moins en moins sujets à des variations impromptues (la composition photographique remplace le plomb dans les imprimeries \u2014 mieux: des dictionnaires sur mémoire d\u2019ordinateur procèdent à la correction des épreuves, traduisent en d\u2019autres langues ou surveillent la syntaxe).De plus, certains écrivains fabriquent leurs textes à l\u2019aide d\u2019ordinateur soit pour profiter de ses facilités éditoriales, soit pour obtenir de nouvelles permutations, soit pour intercaler des niveaux de discours.Si le contenu de la science-fiction renvoie souvent à de tels procédés en y faisant allusion, son écriture (le «contenant») est à mème aujourd\u2019hui d\u2019en tenir compte.Les règles du jeu littéraire éclatent.L\u2019utopie devient technique.Il fut un temps où la science-fiction ne faisait qu\u2019annoncer (assez pesamment) ces transformations.Maintenant elle les subit.Le genre n\u2019anticipe plus: il témoigne d\u2019un état de fait.Il s'impose dès lors comme écriture d\u2019actualité et non comme exercice prophétique.La science-fiction n\u2019existe plus: il faudra chercher plus loin de nouveaux procédés de divination.Le genre lui-même s'apprête non pas à se fondre dans la littérature générale (comme le souhaitent un bon nombre d\u2019auteurs et de lecteurs pusillamines, soucieux de culture) mais bien à fondre le corpus entier de la littérature en littérature de science-fiction.La phase d\u2019identification du genre n\u2019aura pas duré un siècle.La S-F aura été, comme tous les genres littéraires, une manifestation d\u2019appoint.La S-F était un mal nécessaire.L'évolution du genre est exemplaire; on devrait s\u2019en servir comme d\u2019un modèle à toute organisation sociale: ce modèle affirme son éphé- 7 PSE SRE mérité avant tout.Parce que, «avec les mots de la tribu», la S-F préfigure l\u2019avènement d\u2019une nouvelle tribu \u2014 tout en étant consciente que «nouvelle tribu» mène inévitablement à nouveau langage.Et comment décrire demain avec les mots d\u2019hier?La science-fiction est un genre apparu comme correctif (peut-être en est-il de même pour tous les genres littéraires).Car, à priori, toute littérature est littérature de science-fiction.Du texte scientifique le plus rigoureux au délire le moins contrôlé.Les écrits les plus «fantastiques» (ou les plus «psychologiques») témoignent toujours de la science qui caractérise leur époque.Quand on «fait parler les morts», on se fie à une hypothèse scientifique (mesmérisme ou cryogénisation, peu importe).N\u2019oublions pas que l\u2019alchimie a précédé la chimie; le code a.d.n.est-il philosophal?Il s\u2019est produit ceci qu\u2019avec la réduction de la science à l\u2019expérimental, on tentait d\u2019évacuer la fiction du domaine scientifique (comme si une partie de notre organisme \u2014 cette partie privilégiée qui croyait en Dieu?\u2014 pouvait échapper à la fiction).La science-fiction naissait pour réunir ouvertement (publiquement) ces deux champs que l\u2019on avait établis comme opposés.Pour rectifier temporairement (du côté de la fiction au moins) ce que la croyance populaire tenait pour des divergences inconciliables.Science et fiction, raison et folie, se trouvaient à nouveau réunies.C\u2019était compter sans la perméabilité.La fiction atteint des degrés d\u2019organisation supérieurs à la science, pour devenir elle-même applicable.Alors que la science voit de nos jours son caractère absolutiste contesté, la fiction voit ses «prédictions» se réaliser.De sorte que, sur un plan expérimental, il n\u2019y a que la fiction qui semble se vérifier dans les 8 PEINE TE RE EE PE PP APN BW Bay EL CN [EI A A SEPT ID TR TR ARRIVA ARISTON REP ROE IESE AIME TE OMR TE ve) + ENE «ol 1 ère nat faits.La science échappe toujours à la vérification: E elle sait qu\u2019elle intervient dans le processus de É vérification et qu\u2019elle modifie «le cours des événe- ments»; la science se sait fiction.Nous sommes en plein renversement: la science-fiction parle de fiction-science; la première rejoint la seconde, compléments par excellence.Il s\u2019agit maintenant d\u2019opérer un retournement et d'affirmer qu\u2019il n\u2019y a de vérité expérimentale que dans la technique (c\u2019est-à-dire dans l\u2019application à plus ou moins court terme d\u2019une fiction déterminée).Toutes les fictions deviennent, dès leur émission, plausibles.La question est maintenant d\u2019ordre technique: par quel instrument arriverons- nous à instaurer telle fiction dans l\u2019univers?Entre la conception et l\u2019actualisation, toute une série de moyens (plus ou moins coûteux, plus ou moins laborieux) peuvent être mis en oeuvre: d\u2019une représentation extérieure bi-dimensionnelle, tridimensionnelle mème, jusqu\u2019à une représentation intérieure.La littérature est, à ma connaissance, le moyen le plus rapide d\u2019émettre et de répertorier les fictions (le plus économique certainement en ce qu\u2019il laisse les soins de la représentation extérieure à d\u2019autres arts, à d\u2019autres techniques).Les piétinements du cinéma de science-fiction en sont la preuve.Mais l\u2019écriture doit cesser de se confiner à un domaine où la science n\u2019intervient qu\u2019inconsciemment (comme objet(s)), comme elle doit se méfier des limites de la science de l\u2019écriture.La fiction- science doit prendre la relève de la science-fiction.Le rôle de l\u2019écrivain sera non seulement de confirmer son contexte (la réalité qui l\u2019entoure est une fiction parmi tant d\u2019autres, sauf qu\u2019elle bénéficie d\u2019un certain consensus), non seulement de confir- RU CEE DETENTE OO TN ON iN Li y aa, ih th Qu Bi ft mer sa réalité comme objet écrit (fiction lui aussi, donc transformable) mais aussi de formuler de 4 nouvelles hypotheses (fictions) cohérentes (science).Et Iécrivain, illico, de sappliquer a I'inimaginable, serait-ce un recueil de science- fiction québécoise.Il n\u2019est plus temps d\u2019anticiper.Hf : i Wf 5 iH i 4 i 4 in i 4 Hil il I I A J à | , i | $134) 1 aly tH a i US = i EL ce A I iM a 13 Les Faits réels (En guise d\u2019introduction) Roger Des Roches omme d'habitude, dans ces buildings de grand luxe bâtis à la hâte avec des matériaux innommables, rien ne fonctionnait plus depuis le matin.Le photoascenseur avait matérialisé en plein milieu du lobby (parmi les cris d\u2019intérêt morbide comme de franche horreur), deux paires de jambes encore frémissantes et.un demi sac à main.Le reste des passagers devait donc faire partie de l\u2019air que nous respirions, 1ph-12 et moi, tout en descendant de plus en plus lentement les escaliers plongés dans la demi-obscurité (mais surtout interminables: pensez-y, cinquante-quatre étages!).«Et voila pour les merveilles de la science!» fit 1ph-12, dont les articulations à joint universel semblaient perdre de leur souplesse au fur et à 11 BON aebipiestier \u201d th Jats: au, ni LU recois St TAA EPRI 1 LIME AI ERE HHA en titi HL tis ERNE RH HI BERN ER DETTE POSE ROSE A ts es ut tue mesure que les étages s\u2019additionnaient derrière nous.«Bah, fis-je avec un sourire forcé, j'avais besoin d'exercice! \u2014 Eh bien, pas moi, répliqua mon ami, pas moi!» Et 1ph-12 entreprit de vérifier le débit de sa circulation «sanguine», l\u2019état des piles auxiliaires, la lubrification des parties mobiles auto-régénérables, et ainsi de suite, sur l\u2019écran à cristaux liquides ornant son poignet droit.«Je le savais! fit-il avec une grimace.Descendu de cinq degrés sur toute la ligne!» Je regardais mon ami: dans la pauvre lumière de l'escalier, il me semblait en effet plus pâle qu\u2019à l'habitude et une petite lampe témoin clignotait sous la peau au milieu de son front.«Pourquoi ne mets-tu pas toutes tes fonctions en veilleuse, dis-je alors, et ne conserves-tu que tes centres moteurs: il nous reste encore quinze étages à faire, tu sais!» Iph-12 grogna, sembla réfléchir un instant puis s\u2019exécuta: le reste du voyage se fit en silence, mon ami à ma droite et moi essayant de ne pas trop regarder l\u2019air totalement apathique qu\u2019il arborait maintenant, yeux parfaitement noirs et bouche légèrement entrouverte.On a beau connaître quelqu\u2019un depuis des années, vous savez, le spectacle d\u2019un androïde qui se débranche à moitié n\u2019est jamais particulièrement réjouissant! Nous arrivâmes dans le lobby à temps pour voir les robots-photographes disparaître derrière la police qui terminait tout juste son enquête.Deux agents transportaient une longue caisse de plastique bleu ornée du logotype du Centre de Clonage: c\u2019étaient les deux paires de jambes que la police y transportait; d\u2019ici trois mois, de retour des bacs de 12 culture du Centre, le couple, complètement reformé mais sans un souvenir des tragiques événe- ments, le couple pourrait reprendre possession de son appartement, moyennant un très léger supplément pour bris de bail dû à une mort temporaire.C\u2019était par un bel après-midi de septembre 1939, quelques heures seulement avant que l\u2019Angleterre déclare la guerre au grand Empire catholique d\u2019Amérique centrale.«Science-fiction québécoise.science-fiction québécoise.Est-ce qu'on peut vraiment en parler?» 1ph-12 parcourut rapidement les feuillets métalliques que je venais de lui donner.«Est-ce qu'on peut parler d\u2019une science-fiction vraiment québécoise, comme on parle d\u2019une science-fiction américaine, anglaise, ou même française?\u2014 Non, dis-je sans grande hésitation.Pas du tout, finalement.La pratique de la sf n\u2019est pas courante, elle n\u2019est établie d\u2019aucune manière.De rares textes ici et la depuis quelques années.\u2014 Parlons alors d\u2019une naissance.; \u2014 Un éveil.Plusieurs éveils pour être plus juste.Un éveil à chaque nouveau texte qui nous arrive.» 1ph-12 sourit un peu: «La science-fiction québécoise dort donc d\u2019un sommeil agité! \u2014 Agité de petits sursauts intéressants.Voilà quelques années il n\u2019était question que de littérature enfantine, un très rare roman flottant dans des thèmes incertains et un usage incertain des 13 le termes du genre.Il semble toutefois qu\u2019aujour- d'hui les éveils soient de plus en plus longs, plus colorés; on a abandonné, en bonne partie, la naïveté et la facilité: on s\u2019est vraiment mis à lire\u2026» Je tendais l\u2019oreille distraitement au poste de TSF qui donnait des nouvelles alarmantes: les troupes de l\u2019illustrissime José daVilla venaient de débarquer sur les côtes de l\u2019Angleterre, et le général Blanca y avait planté la croix à triple corne de l\u2019Empire catholique.L'Allemagne se ralliait à l'Angleterre et les armées d\u2019Hitler s\u2019ébranlaient lourdement de Berlin, drapeaux rouges claquant au vent, fiers tambours ouvrant la marche devant les porteurs des livres sacrés de la Tora.Le conflit serait terrible, j'en étais sûr, pire encore que la dernière guerre martienne, ou la fameuse guerre des Imports-Exports, comme on la nommait maintenant, probablement pour désamorcer ses côtés sanglants.On fait souvent ça avec l\u2019histoire, je crois! 1ph-12 ramassa tous les feuillets et en fit une petite pile à sa gauche.«Nous devrions peut-être établir une bibliographie, fouiller la littérature québécoise pour dresser un catalogue de ses textes de science-fiction?demanda-t-il.\u2014 Je ne crois pas, dis-je en buvant une gorgée de Tantoire bien fraiche.Non, justement pas, répétai-je avec un peu plus de conviction.Préparons ce numero spécial comme si.comme si nous exécutions une coupe dans l\u2019épaisseur de la science-fiction, de la littérature puis de la science-fiction.Comme si nous arrivions 2 un moment donné, par surprise, et nous ramassions ce qui s\u2019y trouve.Nous prendrons ce qui nous semble le plus tomber dans quelques-unes des multiples défini- 14 tions de la sf (car il y en a des tas et je ne me sens pas le courage de découvrir quelle est la plus juste!).Étendons donc le champ de la sf pour y inclure le plus possible, un peu de fantastique, un peu de ce que la new wave, ou new thing britannique a amené, le quotidien, le psychologique\u2026 \u2014 Quels seront les autres critères de sélection?\u2014 Le mot est lâché: la qualité! \u2014 Et l\u2019originalité! \u2014 Dans la mesure du possible», dis-je et j'avalai deux comprimés de nicotine en songeant aux rationnements qui ne manqueraient sûrement pas de nous tomber sur la tête très bientôt.«Évidemment, de quoi parlons-nous lorsque nous parlons de qualité et d'originalité?\u2014 Nous parlons de métier.\u2014 Exact.Nous parlons de cet état particulier dont jouissent les écrivains de sf américains et anglais.Qui fait que ces auteurs finissent par nous faire peur avec leur production incroyable et ce qui semble être une imagination de plus en plus débordante\u2026 et professionnelle: ces écrivains sont devenus par la force des choses, par le travail et le métier d\u2019écrivain de sf, des professionnels de l\u2019imagination.C\u2019est ce métier qui a inscrit en eux un genre de catalogue des clichés du genre, de ce qu\u2019il faut et ce qu\u2019il ne faut pas faire, un genre de petite histoire pratique de la sf jusqu\u2019à nos jours, une petite histoire plus ou moins exhaustive selon les individus, mais qui finit tout de même par leur éviter nombre de faux pas, par les empêcher de toucher tel ou tel thème de telle ou telle manière.\u2014 Formation dont très peu d\u2019écrivains québécois peuvent se vanter.\u2014 Il faut encore que le métier rentre, n\u2019est-ce 15 pas, il faut faire là comme ailleurs ses premières armes.Nous ne sommes pas venus à l\u2019écriture surréaliste sans problèmes, c\u2019en sera de même avec la science-fiction.» Je regardais le poste de TSF, d\u2019un modèle à peine différent de ce qu\u2019avaient connu mes parents et mes grands-parents, et je me demandais comment la science, qui nous avait pourtant fait fouler le sol de cent ou cent cinquante nouveaux mondes, n\u2019arrivait toujours pas à nous fournir un moyen de communication plus efficace.Je demeurai songeur quelques instants, mes doigts pianotant sur le verre organique de ma bouteille de Tantoire et j'en vins à croire, sans grande philosophie, que nous vivions dans un monde bien étrange.1ph-12 coupa court à mes réflexions.«Nous présenterons donc un échantillonnage, fit-il en reprenant les manuscrits qui brillaient dans le soleil oblique de fin de journée.Un échantillonnage sans accompagnement critique véritable.\u2014 Le temps n\u2019est pas encore arrivé où nous pourrons former un discours critique valable, et opportun, sur la sf québécoise.Il lui faut encore faire ses preuves, si l\u2019on veut, faire ses preuves de «professionalisme»\u2026 Nous allons donc présenter quelques-unes des directions dans lesquelles la sf s'engage au Québec.Des textes qui essaient, tant bien que mal, de s'intégrer, sans éclat mais avec intelligence, dans l\u2019ensemble de la sf.\u2014 De façon à ce qu\u2019on ne puisse plus les traiter, ces textes, de régionalistes, donc?\u2014 Si l\u2019on veut.De façon surtout à ce que ce mot ne puisse plus venir à l\u2019esprit, pas plus que ce mot ne vient à l\u2019esprit lorsque l\u2019on songe aux textes des américains, des anglais ou des français, même lorsqu'ils sont fortement régionalistes.Des textes 16 qu'on pourra reconnaître, un point c\u2019est tout! \u2014 Des textes qui se défendront.\u2014 Tranquillement, sur un certain pied d\u2019égalité avec ce qui se fait ailleurs.» 1ph-12 sourcillait un peu à mon enthousiasme, mais il ne disait rien; il venait de se plonger dans la lecture de CRASH de J.G.Ballard, fouillant le volume pour trouver les passages pornographiques que J'avais soulignés à l\u2019encre rouge. ca mms Se, pe de = pe ar an PN Fa Aa as?El 2 9 = RR at JN - eer pe te 2 =r = pags es a 25 \u2014 Saeed Reis os se rame.de ass = Eas arog EO) Sn ps ef rs cc dés pore aps i go, AE og ACen Le ki x ses es ae oo, ec ce et AT Ke N Te CED es - 5 ps Re het era a TX 7: Eo rs ait Eos =~ x pay EE RRs es te per Ca res = re 08 EEL: a GE = = oS ight CTE 8 Xe or és fetes : S PE i & : \u201cli o of 3 ; Eh ; a LH N 3 A 5 nu | \u2018 Ë L\u2019Oiseau de feu tome 1.L\u2019Apprentissage d\u2019Adakhan (extraits) Jacques Brossard L\u2019hommage au Roi ccroupis ou prosternés sur le sol de marbre noir, autour de l\u2019autel, les cent vingt délégués de la province de l'Ouest achèvent les litanies qu\u2019ils ont entreprises une heure et demie plus tôt.Les vapeurs d\u2019encens se sont presque entièrement dissipées; les prêtres et les Anciens ont retiré leurs cagoules.Les voix, cependant, sont assourdies par la fatigue, par la torpeur qui s\u2019est emparée des délégués dès le début de la cérémonie.Malgré sa déception, Adakhan, lui, se sent l\u2019esprit aussi lucide qu\u2019après une excellente nuit de rêve.À peine essoufflé par sa longue course hors du temple.S'il a revêtu sa tunique blanche de délégué et se prosterne comme les autres, c\u2019est surtout pour se reposer les mollets et les cuisses \u2014 et pour éviter qu\u2019on le remarque.19 1 v 3 Rires nine He dr ae HES A, dil Pourquoi sa «déception»?Quelle «déception»?Il y a quelques jours à peine, n\u2019avait-il pas abandonné tout espoir de parvenir jusqu\u2019ici?N\u2019avait-il pas renoncé?Or, voilà qu\u2019il a enfin vu le Parc et la Tour de Manokhsor; et voici qu\u2019il attend dans le temple de l\u2019Ouest, accroupi derrière les autres délégués de deuxième classe, non loin de la porte, l'apparition de sa Toute-Puissante et Révérende Majesté le Roi.Qu\u2019espérer de plus?La voix grave, chaude, à peine moqueuse, il répond donc lui aussi, comme tout le monde, aux invocations des grands-prêtres.\u2014 Pour l\u2019eau fraîche et pour le soleil, pour les remparts et pour le désert, pour nos pierres et pour nos briques, pour nos canaux et nos flambeaux\u2026 \u2014 Gloire au Roi immortel! \u2014 Pour nos sociétés et pour nos privilèges, pour nos travaux et pour nos luttes, pour notre survivance et nos cérémonies\u2026 \u2014 Gloire à la Cité des dieux! \u2014 Pour notre présence en ce lieu, Pour notre existence à cette heure, pour notre Roi qui doit venir.\u2014 Gloire aux dieux immortels! Gloire à la Cité des Rous! Dans le silence qui succède aux derniers répons, silence où retentit et meurt le mot «Rois», Adakhan, visage plongé dans les mains, sent qu\u2019on le regarde; il relève la tête; Helmut lui sourit du coin des yeux, l\u2019air narquois.Qu\u2019est-ce qui l\u2019amuse tant, ce cher Helmut?La «cérémonie»?Ou a-t-il remarqué son absence de tout à l\u2019heure?À genoux, Adakhan tente de se glisser entre ses voisins et de se rapprocher de l\u2019Ancien [Helmut].À ce moment précis, les flambeaux s\u2019éteignent et la salle replonge dans l\u2019obscurité.D'une même voix basse, monotone, les quatre 20 grands-prêtres murmurent une brève invocation à la déesse du Silence, une invocation dont personne à part eux ne connaît la formulation exacte.On ne distingue que deux mots: «(le) blanc (des) voix».Puis de nouveau, le calme absolu.Un long silence morne et lourd.Un silence qui s\u2019éternise.[.] Voici la dernière phase de la cérémonie.La plus secrète.La plus fatale aussi pour quiconque y ferait ensuite la moindre allusion, même entre initiés, même entre privilégiés.«Là-dessus, songe Adakhan, ni Lhiane ni Boris ne m\u2019ont jamais rien dit de précis; pas même Boris quand il me vantait à mots couverts les merveilles du Parc afin de m'\u2019attirer à la société de Zéphirod.» Des tintements de clochettes remplissent la salle; les voix lointaines et les grondements confondus des gongs, des cloches, des carillons et des tambours des deux autres temples du Parc leur répondent pendant de longues minutes car voici qu\u2019à la même heure, au même instant, le Roi doit bientôt apparaître aux délégués des trois provinces et des douze quartiers.«Au fond, se dit Adakhan, n'est-ce pas surtout pour cela que je suis revenu au temple au lieu d\u2019essayer de pénétrer dans la Tour: pour voir le Roi \u2014 et tenter de comprendre ce qui va se passer ici aujourd\u2019hui?» Le centre du temple se remplit graduellement d\u2019une sorte de buée lumineuse et transparente qui s\u2019allonge et se déroule en spirales enlacées, de haut en bas, entre la voûte et l\u2019autel.Un bruissement se fait entendre.Cinq jets de lumière jaillissent et 21 CRIN convergent sur l'autel de bronze depuis les cinq ouvertures de la voûte, des rayons d\u2019un feu éblouissant, nets, précis, délimités, soutenus, prolongés qui se regroupent en faisceaux de lumières couleur de topaze, de rubis et d\u2019émeraude et foudroient soudain l\u2019autel en embrasant tout ce qui s\u2019y trouve \u2014 tout ce qui a servi au culte une heure plus tôt: les parchemins se consument, le candélabre, les coupes, l\u2019aiguière et le bassin de cuivre, la pierre noire elle-même se liquéfient comme au creux d\u2019un fourneau cependant que les trois disques de porphyre encastrés dans l\u2019autel brillent d\u2019un éclat insoutenable qui aveugle les délégués.Un silence de mort s\u2019abat sur la salle.Une bonne odeur de métal chauffé monte aux narines.Cette odeur qu\u2019aime Adakhan.\u2014 Le Ror accepte, le Roi veut, murmure enfin la voix éteinte de l\u2019un des grands-prétres, le plus âgé des quatre.\u2014 Demeurez accroupis, levez la tête, ouvrez les yeux, commande son compagnon de droite, d\u2019une voix plus forte.\u2014 Le Roi approche, le Roi vient, le Rot approche, le Roi vient, répètent sourdement les deux autres prêtres.Voici le Roi.Voici le Roi.Les jets de flamme de la voûte ont perdu leur intensité.On dirait maintenant des raies liquides, figées, transparentes et légèrement verdâtres cependant que des lueurs suintent du porphyre et font rougeoyer le bronze de l\u2019autel couvert de cendre (pourtant, l\u2019autel lui-même ne présente aucune trace de brûlure, pas la moindre cicatrice: comme si les flammes avaient coulé sur lui sans l\u2019effleurer).Dans le silence pesant et angoissé, des formes d\u2019abord imprécises se laissent deviner peu à peu au es BE 22 - pe coeur de la buée lumineuse dont les spirales enlacées s\u2019unissent, se confondent puis se condensent lentement au-dessus de l\u2019autel.Voici le Roi! Assis sur un trône de fer poli, étincelant, le buste droit, cuirassé de vert, et les jambes recouvertes d\u2019un long manteau gris pourpre, il tient dans sa main gauche, gantée de cuir écarlate, un orbe de cristal aussi flamboyant que le feu, un feu intense qui paraît émaner du cristal même comme d\u2019un foyer, et il serre dans son poing droit, ganté de cuir violet, un sceptre en fer dont l\u2019éclat surpasse infiniment celui de tous les métaux qu\u2019Adakhan lui-même a jamais plongés dans les fourneaux dévorants de sa propre forge.La tête du Roi, cependant, demeure estompée par la buée lumineuse et scintillante qui s\u2019est enroulée autour de ses yeux.Impossible de distinguer son visage.«Est-il aussi jeune qu\u2019on le prétend?» se demandent les nouveaux délégués, dont les regards inquiets convergent sur lui.Dans la buée qui se dissipe lentement, les traits du Roi se précisent peu à peu.La forme d\u2019une tête, plutôt.Les délégués retiennent leur souffle.Le Roi n\u2019a aucun trait! Sa tête n\u2019est qu\u2019une sphère de bronze doré: une sphère aux yeux globuleux, hérissée de clous.Trois tiges flexibles et vibrantes jaillissent d\u2019une lourde couronne d\u2019or.«Cela ne se peut pas, cela ne se peut pas, se répète Adakhan.Ce n\u2019est pas sa tête, c\u2019est un masque.Ou un casque.C\u2019est sûrement un casque.» Le trône, l\u2019autel lui-même, tournent lentement sur leur axe.Ainsi, par trois fois, le Roi fait face à tous les délégués agenouillés autour de l\u2019autel.On entend la respiration rauque de quelques vieux 23 FL SU PU PE IE TN prêtres.Mème ceux qui ont déjà assisté à cette cérémonie se surprennent à trembler: ils regardent, cette année encore, la sphère de bronze dont les yeux globuleux miroitent sous les rayons de la voûte et dans les lueurs des disques de porphyre.Cette tête qui bientôt\u2026 «Ce ne sont pas de vrais yeux, pense Adakhan, c\u2019est de la vitre.Comme dans les fenêtres des dirigeants de la Cité.Ce sont nos propres yeux que nous y voyons.Le reflet de nos yeux.» Le Roi tend vers les grands-prêtres son sceptre étincelant.Les quatre hommes se lèvent et font signe aux délégués de les imiter.Les Chambanes, les Anciens, les délégués et les prêtres, tous se lèvent en désordre, pourtant figés sur place, comme si leurs pieds nus collaient au sol, et Adakhan ressent maintenant dans ses cuisses, dans ses mollets, dans son dos, la fatigue extrème de sa course vaine de tout à l'heure vers la Tour.(«Vaine?pourquoi vaine?») Sur un autre signe des grands-prêtres, tous les délégués, main ouverte, tendent le bras droit vers le Roi.Puis ils serrent les poings cependant que le Souverain soulève au-dessus de lui l\u2019orbe dont le cristal flamboie.\u2014 Haine au Roi! Mort au Roi! grommellent sourdement les grands-prétres.\u2014 Haine au Roi! Mort au Roi! répondent fermement les Chambanes et les Anciens.Quelques-uns des prêtres et des délégués les imitent, d\u2019abord hésitants, puis ils se rappellent que tout cela fait partie des rites immémoriaux des privilégiés.Et raffermis sur leurs jambes, brandissant le poing, ils se mettent à hurler à leur tour avec un effroi mêlé de plaisir: \u2014 Haine au Roi! Mort au Roi! Haine au Roi! Mort au Roi! Adakhan se souvient de la fête de l\u2019Eau quand il avait quinze ans.Même rite?Il se joint au concert d\u2019imprécations qui vient d\u2019éclater et sa voix forte domine bientôt celle des autres, avec conviction.«Qu\u2019on tue le Roi! Qu\u2019on tue tous les Chambanes!» voudrait-il hurler.En choeur, d\u2019une voix de plus en plus puissante et affirmée, scandée, rythmée, d\u2019une voix de chaos, d'autant plus haineuse qu\u2019elle se gonfle de toutes les peurs rentrées, de toutes les colères retenues, de toutes les rages nourries durant des années d\u2019enchaînement, de répression, d\u2019emprisonnement discret entre les murs et les murailles de la Cité de Manokhsor, de toutes ces rages étouffées et occultes, les cent vingt délégués \u2014 tous les délégués: les prêtres, les Anciens, les Chamba- nes eux-mêmes aussi bien que les délégués de deuxième classe \u2014 proclament leur révolte contre les dirigeants inconnus de la Cité et c\u2019est au milieu des cris de rage ou des éclats de rire nerveux et des ricanements entremêlés qui s\u2019arrachent à leurs gorges et à leurs entrailles que tous ensemble, d\u2019une seule voix où roulent tous les tonnerres de la Cité, ils maudissent enfin leur Roi.Tous ensemble, dans un tumulte grandissant, un tumulte qui les soulève et qui les assourdit eux-mêmes, tapant du pied sur le marbre et brandissant leur poing, ils réclament à tue-tête la déchéance et la condamnation du Roi, son massacre et sa décapitation.Le Souverain à tête de bronze demeure impassible cependant que se poursuit le concert de plus en plus rythmique, violent, tonitruant, des imprécations et des blasphèmes.\u2014 Haine au Roi! Mort aux dieux! Souillez! Souillez le Roi! Mort au Roi! Haine aux dieux! Décapitez! Décapitez le Roi! crient les cent vingt délégués en tapant du pied sur le sol et en agitant leurs poings.Écartelez! Empalez! Décapitez le Roi! Nul, pourtant, ne quitte sa place.Adakhan sent monter sa rage.Une rage qui ne s'adresse pas qu\u2019au Roi.Il voudrait pousser, bousculer ses voisins qui restent là, sans bouger; il voudrait bondir sur l\u2019autel et secouer le Roi, ce Roi de bronze et de fer dont il admire et hait le calme odieux, l\u2019indifférence splendide et cette parfaite et insolente maîtrise de soi.Profiter de l'occasion.Quelle est cette puissance maudite qui le retient sur place, \u2014 mème lui?Et pendant ce temps, voilà que les grands-prêtres se sont mis à virevolter autour de l\u2019autel.Les voilà qui tournoient et tourbillonnent sur soi, les bras en l\u2019air, et les voilà qui chancellent et s\u2019écroulent par terre, au pied de l\u2019autel.Le Roi fait étinceler son sceptre.Les cris s'interrompent.Les hurlements s\u2019étouffent.Les délégués retombent à genoux.Les grands-prêtres demeurent prostrés.Une odeur pénétrante d\u2019encens et de sueur remplit à nouveau la salle.Un silence subit, angoissant, oppresse les délégués et les prêtres.À quatre reprises, le Souverain soulève son orbe vers les quatre points cardinaux, vers les quatre Cham- banes et vers les délégués des quatre quartiers de l\u2019ouest.De nouveau agenouillés sur le marbre, la main droite tendue vers le Roi, d\u2019une voix lasse, morne, égale, les délégués et les Anciens vont maintenant répéter à l'instar des grands-prêtres et des Cham- 26 banes le triple serment d\u2019allégeance, d\u2019obéissance et d\u2019humilité: celui des délégués ordinaires (ainsi Adakhan) envers les dirigeants réels de leurs sociétés, c\u2019est-à-dire les Anciens; celui des Anciens et des prêtres envers les Chambanes des quartiers; celui des Chambanes et de leurs conseillers envers Sa Jeunesse, Sa Grandeur, Sa Terreur et sa Toute-Puissante Majesté le Roi.Ainsi se termine, chaque année, le premier acte de l'hommage au Souverain.Helmut s\u2019est rapproché d\u2019Adakhan.«Ce que toi, tu es venu voir, lui murmure-t-il à l\u2019oreille, ce sera maintenant.Tâche de comprendre au moins cela.Je ne pourrai rien ajouter à ce que je t'ai dit ce matin.Mon collègue Rodrik nous surveille.» Toujours assis, le Roi dépose maintenant sur l\u2019autel, à ses pieds, le sceptre et l\u2019orbe.Il saisit entre ses mains gantées la sphère de bronze qui lui sert de tête.D\u2019une pression forte, il la fait jouer sur son cou, un peu à gauche, un peu à droite, et il la soulève lentement.Ceux-là mêmes.qui tout à l'heure réclamaient sa décapitation le regardent avec frayeur.Le Roi retire la sphère qui lui enserre la tête, et tenant ce heaume sur ses genoux, il sourit et secoue sa chevelure.D'abord muets de surprise, les nouveaux délégués, hommes et femmes, ne cachent bientôt plus leur admiration et vont même jusqu\u2019à la manifester avec enthousiasme.Le Roi est d\u2019une extraordinaire beauté.Il doit avoir quinze ou seize ans.C\u2019est bien le 27 HR Li Li te Roi de la tapisserie du Grand Conseil.Mais ici, il est pale et blond, le visage nu, sans le masque d\u2019or de la tapisserie.Le trône et l\u2019autel pivotent à nouveau sur leur axe, très lentement, et le Roi assis, souriant, les jambes toujours couvertes de son manteau pourpre, se laisse ainsi admirer par ses sujets.Sa chevelure dorée lui tient lieu de couronne.On dirait un dieu! Il paraît lui-même contempler chacun de ses sujets, tour à tour et simultanément.Quelques-uns des plus vieux délégués, ceux qui sont déjà venus, se surprennent à trembler.Le regard bleu-blanc du Roi, son regard direct et froid transperce chacun des témoins, les pénètre jusqu\u2019à la moelle, les glace d\u2019une admiration, d\u2019une terreur sans limite, les transit d\u2019amour.Cent vingt regards convergent vers celui du Roi qui paraît les absorber tous et s\u2019en nourrir.Accroupis, inertes, les délégués ne peuvent plus détacher leurs yeux captifs du regard insatiable de leur jeune Souverain.Le Roi dépose son heaume de bronze, à ses pieds, sur l\u2019autel; puis il porte la main gauche à son front.Son regard se brouille, s\u2019attendrit, se trouble.Ses lèvres charnues sourient avec chaleur et gravité.Quelques délégués soupirent, toussent nerveusement; d\u2019autres bougent un peu, se détendent, respirent profondément, retrouvent leurs regards.L\u2019autel tourne toujours, mais encore plus lentement qu'auparavant.Le Roi se lève avec la même lenteur, au rythme même du mouvement de l'autel.Son manteau tombe à ses pieds.Et tous retiennent un cri de dégoût et d\u2019effroi.Le Roi est infirme.Ses jambes, grêles et torves, atrophiées, presque naines, sont couvertes à moitié d\u2019une toison épaisse, brune, souillée d\u2019écarlate.On 4 $i hale i bot ae a Ce aa dirait des caillots de sang.Il a peine à se tenir debout.Toujours souriant, il vacille, chancelle, doit s'appuyer sur son trône, et il se dresse avec tellement de difficulté.Retombe lourdement sur le trône cependant que l\u2019autel continue de tourner.Il retire ses gants et porte ses longues mains blanches à son visage.Avec ses ongles, il commence à s\u2019en arracher lentement de minces lambeaux de chair.Cette chair n\u2019a ni veines ni sang.«Ce n\u2019est qu\u2019un masque, se dit Adakhan.Un autre masque.» Comme il aimerait le croire! Sous la chair pâle, déchirée, le visage du jeune Roi apparaît couvert de longs poils roux.Son front est bas, fuyant, sa mâchoire saillante; ses yeux bleus-blancs s\u2019enfoncent maintenant dans leurs orbites; l\u2019arcade sourcilière est monstrueusement prononcée; le regard, vide; les narines frémissent et la bouche rose, béante, tremble avec des spasmes.Un peu de bave jaunâtre coule sur le menton du Roi et dégouline sur la cuirasse d\u2019or vert.Il se relève avec agileté, retire ses gants blancs et se gratte sous les bras.Il sautille, trépigne, se trémousse lentement sur ses jambes torves, et il ricane, et de ses longues mains souples et velues, il se bat la poitrine, comme s\u2019il caressait un tambour.Un son rauque se fait entendre.Une voix de gorge, rocailleuse, pleine de sang et de crachats, péremptoire, presque un grognement.\u2014 Le Ror dit qu\u2019il va danser, annonce le plus âgé des grands-prêtres, celui du quartier N.O.Le Roi va danser! La danse du Roi son Père.La danse de tous les Rois, ses aïeux.Le Roi-dieu va danser! \u2014 Prosternez-vous! clament à l\u2019unisson les grands-prêtres de N.N.O., d\u2019O.N.O.et d\u2019O.S.O.Prosternez-vous devant le dieu qui va danser pour vous.29 «Rien de cela n\u2019est vrai», se dit Adakhan, mais il se prosterne comme les autres.«Tout cela est faux: c\u2019est un masque.C\u2019est un costume», se répète-t-il sans conviction, le front collé au sol, sur le marbre.Le Roi esquisse un premier pas.Puis il tape violemment des pieds sur l\u2019autel, commence à rythmer sa danse en serrant les poings, en pliant les bras.Ses jambes torves, si dérisoires, ont la robustesse et la fermeté du fer, la souplesse de l\u2019acier, et le bronze résonne avec la puissance d\u2019un tambour et d\u2019un gong, sous la plante dure de ses pieds nus.\u2014 Regardez! ordonnent les grands-prétres.Regardez de tous vos yeux, privilégiés et initiés, regardez votre dieu qui danse! Regardez-le bien, sinon vous mourrez! Et tous contemplent, stupéfiés, le Roi qui danse pour eux seuls sur l\u2019autel de bronze, entre les lueurs verdâtres de la voûte et les étranges rougeoiements du porphyre.Et ils entendent.Un grondement douloureux, presque un rugissement, s\u2019arrache à la gorge du Roi en même temps qu'un gémissement d\u2019angoisse s\u2019élève au- dessus des prêtres et des femmes délégués: le Roi paraît souffrir d\u2019un mal indicible, venu du fond des âges d'avant la Cité, d\u2019avant la Catastrophe, d\u2019avant ses créateurs et d\u2019avant les géants, d\u2019avant les étoiles et d\u2019avant les dieux qui les habitent.Un gémissement intolérable et déchirant.La plupart des délégués ont fermé les yeux et se bouchent les oreilles.Les plus vieux se surprennent à pleurer malgré tous les interdits de la Cité de Manokhsor et ils respirent tous l\u2019odeur âcre de la sueur et le sang du Roi.Puis dans un long hurlement pareil à celui des 30 R 47 sirènes toujours grinçantes de Manokhsor, au moment du couvre-feu, le Roi titube et cesse abruptement de danser.Sa toison rousse, trempée sur le front, sous les bras, sur les cuisses, fume comme les braises des forges d\u2019O.N.O.Il a le regard vide, l\u2019air épuisé.L\u2019autel tourne toujours au ralenti.Le Roi s\u2019adosse à son trône.Pour la troisième fois, le Souverain porte les mains à son cou.Ses formes pâlissent, sa silhouette se brouille.Voici qu\u2019il retire et soulève lentement sa tête monstrueuse cependant que sa cuirasse d\u2019or vert se rompt, se détache de lui et tombe en pièces, en plaques, avec fracas, sur l\u2019autel de bronze: sa tête n\u2019est plus qu\u2019un crâne aux orbites creuses, d\u2019ombres, le Roi n\u2019est plus qu\u2019un long squelette aux os duquel s\u2019accrochent, comme des pendeloques, des lambeaux de chair molle aux teintes violacées et les vapeurs de l\u2019encens ne parviennent plus à couvrir l\u2019odeur infecte et pénétrante de sa putréfaction.«C\u2019est de la supercherie, se répète Adakhan pour la troisième fois.Comment pourrions-nous voir son squelette à travers son corps?Je ne comprends pas.» Mais un frisson lui parcourt le dos.Un instant immobile, en suspens, la carcasse d\u2019ossements et de lambeaux de chair qu\u2019est devenu le Roi s\u2019écroule sur l\u2019autel au milieu du tintement des clochettes.Les mêmes clochettes rieuses qu'au début.Les ossements se brisent et s\u2019effritent.\u2014 Regardez! s\u2019exclament triomphalement les grands-prêtres.Regardez! C\u2019est maintenant qu\u2019il faut admirer! C\u2019est maintenant qu\u2019il faut contempler \u2014 ou MOUTIT.Adakhan est l\u2019un des premiers à relever les 31 yeux: c\u2019est maintenant, oui, c\u2019est maintenant qu\u2019il va comprendre le pourquoi de cette cérémonie.Chez lui, la curiosité I'emportera toujours sur la peur.Croit-il.Une nuée de spirales entrelacées se dessine au dessus du squelette.D'abord floue, transparente, puis de plus en plus dense et presque opaque, déjà précise: on dirait que le Roi, le Roi à tête de bronze, s\u2019arrache à son squelette et se reforme lentement au dessus de sa propre charogne et de ses ossements.Le voici de nouveau assis sur son trône, comme au début, les jambes couvertes d\u2019un long manteau pourpre, la tête enserrée dans une sphère, mais cette fois, le bronze est noir; il n\u2019y a plus de couronne ni d\u2019antennes, ni d\u2019orbe ni de sceptre: seulement la cuirasse d\u2019or vert et les gants de cuir.L'autel a cessé de tourner.Le Roi demeure immobile.Le regard figé.Fixé vers l\u2019est.Une buée vermeille l\u2019enveloppe d\u2019une mandorle mouvante.Pour la dernière fois, le Roi porte à sa tête ses mains gantées; il en retire la sphère de bronze.Ses traits jeunes sont masqués d\u2019or comme sur la tapisserie du Conseil.La lueur vermeille se met à palpiter.Inclinant alors la tête sur sa poitrine, le Roi s\u2019estompe, s\u2019évanouit et il disparaît.Il n\u2019y a plus sur l\u2019autel, dans les lueurs rouge sang du porphyre, que les cendres des objets du culte, déjà glacées.De la poudre d\u2019os.Et de la charogne dont l\u2019encens chassera bientôt les derniers miasmes.32 (8 i Fini pour cette année.Rendez-vous en 1246-P.Au-dessus du temple, trois anges immobiles cessent de vibrer et descendent rapidement vers le Parc.De grandes bouches s\u2019ouvrent dans la terre.Et elles engloutissent les anges.Assis par terre autour de l\u2019autel, sans bouger, les délégués et les prètres et les Anciens recommencent à psalmodier d\u2019une voix sourde les mêmes litanies qu'avant la visitation du Roi: «Gloire au Roi immortel! Obéissance à la Cité des dieux!» Adakhan, cette fois, se tait.Sa raison refuse d\u2019admettre ce qu'il vient de voir.«Supercherie! se répète-t-il.Mais si le Roi n\u2019est qu\u2019une illusion, une mystification, une sorte de magicien, de saltimbanque, ou de jongleur à métamorphoses, quels sont donc les véritables détenteurs du pouvoir?Les Chambanes qui gouvernent en son nom?Ne serait-ce pas plutôt les inconnus qui dans la Tour\u2026?» «À quel pouvoir songes-tu?murmure une voix tout près de lui, à sa gauche: la voix d\u2019Helmut.La science est jeune, Adekh, aussi jeune que ce Roi; tu la connaîtras un jour; mais la bête humaine n\u2019en finit plus d\u2019agoniser \u2014 de revivre et d\u2019agoniser.» L'Ancien le regarde du coin de l\u2019oeil avec le même sourire un peu narquois qu\u2019au début de la cérémonie.Mais Adakhan ne prête qu\u2019une attention distraite à ce qu\u2019Helmut vient de lui dire, et qu\u2019il n\u2019a pas pu comprendre: sa propre pensée 33 l\u2019obsède, le poursuit, l\u2019accapare.Une pensée qu\u2019il juge beaucoup plus concrète, plus pratique, plus réaliste que les énigmes de l\u2019Ancien \u2014 ses révélations au compte-gouttes.Pendant que les délégués psalmodient interminablement, Adakhan se jure de revenir à cette Fête dès l\u2019an prochain.Il retournera au pied de la Tour.D'ici là, s\u2019il n\u2019a pas encore découvert d\u2019entrée souterraine, il aura appris à nager.Il plongera dans le canal.Il découvrira sûrement quelque entrée sous l\u2019eau.Égoût, soupirail, oubliette: n\u2019importe quoi.Ces grondements sous la terre, tout à l'heure, avant l\u2019hommage au Roi, ne peuvent pas l\u2019avoir trompé.Il pénétrera dans la Tour, il n\u2019en doute pas.Il saura qui est le Roi.Il comprendra ce qui vient de se passer ici, aujourd\u2019hui.Il apprendra qui sont les faux dieux qui gouvernent la Cité de Manokhsor.Même s\u2019il lui faut encore des années pour y parvenir, il connaîtra un jour le secret de leur pouvoir.Adakhan n\u2019a rien compris. Il A, Répondre aux questions D-C9 à D-C13 Louis-Philippe Hébert s-tu déjà risqué gros?As-tu déjà mis ta main droite dans ta main gauche pour la pousser dans le dévoreur?As-tu déjà ouvert une fenêtre de plastibronze parce que tu entendais un coeur battre?As-tu déjà éventré un mur pour voir les intestins de métal?As-tu déjà été surpris en train d\u2019écouter derrière une porte?Je ne répondrai pas à ces questions.En me véhiculant jusqu'ici, j'ai affronté tous les périls qu'entraîne un déplacement personnel.Avoir su qu'on me soumettrait à des formalités idiotes (qui n\u2019ont rien à voir avec le poste affiché, ça crève les yeux), je n\u2019aurais jamais court-circuité le signal d'alarme, cette petite lampe rouge qui s\u2019allumait dès que je pensais au travail.Je me serais conformé au bip avertisseur.Je me serais planifié une boucle 35 Fea LAL eh somnifere.A T'heure actuelle, je serais encore couché et je n'aurais pas en mémoire les événements de la semaine dernière ou de la semaine précédente (depuis combien de temps suis-je enfermé dans cette pièce minuscule?) \u2014 chose certaine, ces événements remontent assez loin dans le passé.À moins que cet interrogatoire continuel et la fébrilité cérébrale qu\u2019il impose ne soient à l\u2019origine d\u2019un vieillissement accéléré\u2026 Y a-t-il un calcul du temps qui soit indépendant de l\u2019accumulation des données ou de leur manipulation?J'ai au poignet une montre-calendrier à circuits autonomes, mais elle n\u2019est d\u2019aucune utilité: elle a été débranchée après cinq jours chronométrés, pour répondre aux exigences du bloc C.Il faut donc compter au moins cinq jours, même s\u2019il m'arrive parfois de penser que je suis ici depuis à peine trois heures et demie.Dix jours.Onze jours peut-être.Quelle est l\u2019approximation la plus juste?Je ne peux même pas donner les décimales: ma calculatrice de poche a été confisquée à la première fouille, bien avant que je réponde à la question A-A1 de ce formulaire.Je savais peu de choses alors de votre agence.Je n\u2019en sais guère plus aujourd\u2019hui.À combien de reprises a-t-on essayé de me faire rebrousser chemin.Quand je suis entré dans I'immeuble, le portier s\u2019est approché de moi avec des gestes mécaniques.Je sentais son haleine froide sur ma nuque.Je crois que je courais.Jouissant d\u2019une vélocité peu commune (qu\u2019on ne s\u2019explique pas, compte tenu de son terrible manque de souplesse), il était parvenu à me rejoindre.Il me serrait le bras.Si fort qu\u2019il m\u2019obligea à me retourner.D'un mouvement des yeux, il m\u2019indiqua 36 a de éta Hd atin I'ascenseur; puis son regard se porta sur moi.À partir de ce moment, ses yeux ne quitterent plus les miens.Les pupilles ne participaient pas aux déplacements de la tête qui pivotait de gauche à droite avec un air qui se voulait réprobateur.Un léger timbre parcourut la salle.Les portes de l\u2019ascenseur s\u2019ouvraient en glissant; il n\u2019y avait personne à l\u2019intérieur.On entendit une note de musique.Est-ce cette note isolée qui attira mon attention sur une statuette à tête animale?Car il ne régnait pas un silence intégral dans le hall, malgré l\u2019obligatoire système d\u2019insonorisation.Synthonisée sur l\u2019indicatif de l\u2019ascenseur, la tête de la statuette (une tête de chat à en juger par les globes oculaires) émettait, à intervalles réguliers, un long soupir mélodique (comme seul ce vieil appareil de musique peut en synthétiser lorsque l\u2019animal est en état de compilation ou lorsqu'il est très irrité).La note était venue ponctuer une de ses phrases musicales.Cette coïncidence plongea le portier dans une frayeur paralysante.Il y eut un long temps mort.Le portier n\u2019ouvrit pas la bouche.Il tenta plutôt d\u2019établir une communication télépathique.Il y mettait l'énergie du désespoir.Je suis un 05; je n\u2019ai aucun don pour ce genre de conversation.Pourtant j'ai tout de suite compris ce qu\u2019il cherchait à me signifier: les questionnaires sont extrêmement orientés.«Biaisés» conviendrait mieux à son expression faciale.Il crut peut-être avoir trouvé le point sensible (celui qui mène directement à la conclusion du programme CARRIÈRES ET PROFESSIONS) puisqu'il me pointa la sortie après avoir effectué une sorte de révérence (position qui venait confirmer son apparence de canif).Les portes de l\u2019ascenseur avaient amorcé le mouvement de fermeture; le chat et le timbre se 37 pi MH qe.EE RL AEE LEONE SE Roald disputait à nouveau l\u2019insonorisateur.Une seconde d'hésitation et j'étais en retard à mon rendez-vous.Je dégageai mon bras et, du même geste, j'envoyai pirouetter la casquette du portier.Mon réflexe avait mis à nu un semi-conducteur logé sur le sommet du crâne, là où le cuir chevelu était scrupuleusement rasé.Je me précipitai dans l\u2019ascenseur, évitant de justesse les touches de sensibilité qui actionnent la réouverture des portes et l'immobilisation de la cage.À mes pieds, le portier tâtonnait le plancher pour reprendre sa casquette.Mon angle de vision rétrécissait.Le portier essayait maintenant de se repeigner à l\u2019aide de sa main libre, et il retroussait les lèvres pour me montrer ses dents.J'imagine qu\u2019il est resté ainsi posté jusqu\u2019au retour de l\u2019ascenseur.Il m\u2019attend peut- être encore à l\u2019heure qu\u2019il est.Le portier ne m\u2019avait rien appris.Je savais que les questionnaires mis au point par le centre de Travail avaient souvent été contestés, et par ceux-là même qui, manifestement, s\u2019y étaient pliés.Des candidats déçus.Pourtant votre publicité affirme qu'à chaque travailleur correspond une occupation adéquate.La formule est extensible et, je m\u2019en aperçois, c\u2019est volontairement qu\u2019elle prête à confusion.La première question du formulaire A portait évidemment sur l\u2019énoncé publicitaire; à partir de là, il a fallu réfuter les ambiguïtés qui allaient se resserrant.Je suis soulagé à l\u2019idée que cette veine soit maintenant épuisée.Mais.Vous avez ouvert le champ de l\u2019interrogatoire en y ajoutant non pas une documentation plus poussée (comme on est en droit de s\u2019attendre dans ce genre d'examen) mais des directives en diagonale: il ne s\u2019agit plus de quelques fils logiques entremêlés.Vous tendez des filets.Je ne parlerai 38 ps ls] (er (or re pas de toutes les propositions réversibles auxquelles j'ai été soumis.Le questionnaire D-C est noué.Certains enchaînements font figure d\u2019extrapolations à partir d\u2019expériences quotidiennes, d\u2019autres relèvent de rapprochements fortuits (créés à l\u2019aide d\u2019un billard) alors que, dans certaines questions, on a affaire à des associations inconscientes \u2014 à preuve la maison devenue matrice, qui ouvre sur le ventre de la mère (D-C12).Or, il est impossible de donner l\u2019une ou l\u2019autre portée à ces questions sans en déterminer automatiquement les réponses.La dissimulation devient impraticable quand l\u2019interrogé décide lui-même de la teneur d\u2019une question.Je crois que cette partie de l\u2019interrogatoire entrerait très facilement sous la rubrique «questions personnelles».Dire que votre réclame parle de notre droit le plus strict, en tant que travailleurs, à une vie privée.Vous êtes en mesure aujourd'hui d\u2019obtenir un questionnatre objectif mais exhaustif.Je ne me suis pas rendu jusqu'ici pour finir mes jours sur une fiche clinique.Vous ne tirerez de moi aucune réponse incriminante.Il y aura des rouleaux entiers de réflexions non pertinentes, s\u2019il le faut! Quand on est chez soi devant son téléviseur, on rêve d\u2019un labeur exigeant.On se laisse convaincre.On risque de perdre son logement au profit d\u2019un squatter.On est attaqué dans les rues.Tout cela pour découvrir que, mème ici, on ne nous accorde pas le privilège de remplir un formulaire à la main.Vous commencez à travailler dès la première journée.Publicité trompeuse.Rediffusion inutile puisque réfutée en A-R4.Entre-temps, détendez-vous.Économisez vos forces.En voyant réapparaître cette rengaine publicitaire, j'en arrive à me demander si je ne présente pas les réactions souhaitées, celles qui motiveront la 39 pul mid jae bout préséance de telle candidature sur telle autre.Seraient-ce les questions éliminatoires?Les toutes dernières, accompagnées d\u2019un rappel qui pourrait vous ramener l\u2019interrogé au formulaire A?Le refus de répondre serait-il la seule bonne réponse?, Si cette imprimante continue de fonctionner, c\u2019est be que je ne suis pas encore entré dans la catégorie des P à postulants rejetés.J'ai longuement réfléchi avant pe g de me présenter a vos bureaux.Je craignais de ne w pas pouvoir supporter le cubicule (je suis un peu or claustrophobe).Mais j\u2019éprouvais aussi cette peur me folle d\u2019avoir enfin trouvé celui qui, par la logique 0 des instruments de détection les plus raffinés, était Ç de tout temps destiné à devenir mon employeur.Je ir ne cèderai pas à quelques micro-secondes même me d\u2019une aussi imprévisible découverte.me Pas plus que je n\u2019ai raccroché, au cours d\u2019une de premiere conversation téléphonique avec votre tl agence, quand j'ai senti de la curiosité dans la voix.ch Je me suis dit que ça pouvait être un répondeur a automatique, et jai demandé l\u2019adresse de votre ie immeuble.Les détecteurs auditifs n\u2019arrivaient pas I a me brancher sur un circuit parallèle, un de ces q circuits où votre message publicitaire se répète i continuellement.Votre secrétaire devait se poser 0 des questions: quel genre d\u2019homme peut échapper aux dépisteurs à distance?Ses yeux devaient briller b sous leurs cils longs comme des antennes: il y a h donc des gens qui ne craignent aucune épreuve?| Elle m\u2019a tout de même soumis aux enquêtes par correspondance.Comment peut-il répondre avec autant de rapidité (le cachet de la poste faisant foi) \u2018 à un courrier aussi abondant?Le matin de la convocation, vous avez sans doute prévenu votre | a secrétaire et vous lui avez recommandé de se i préparer à un choc.Vous lui avez peut-être glissé 40 quelques mots des pratiques sexuelles chez les irradiés.Vous lui avez dit de s'attendre à ce que j'aie un front plat, large et bleuatre, pigmenté de boutons rouges (presque lumineux).Mais vous n\u2019avez certainement pas chuchoté: «C\u2019est peut-être un robot.» Non, l\u2019idée ne vous a pas effleuré l\u2019esprit.Les robots autonomes n\u2019ont pas accès à vos commerciaux.Ils n\u2019entrent pas dans cet immeuble.Ils ne peuvent même pas obtenir de communication téléphonique.Les robots autonomes n\u2019ont pas droit au travail: ils sont condamnés à grossir les rangs de la population inactive.Je sais ce dont je parle.Entre le tapis roulant et l'immeuble, j'ai été agressé par un de ces clochards mécaniques (un ferblank en langage-machine).Il m'\u2019a tiré par la manche.J'ai dû quitter le débarcadère.Il me suppliait à voix basse.C\u2019est fou ce qu\u2019il est difficile de distinguer un ferblank des autres chômeurs.Ils ont les mêmes traits déformés par la fatigue paradoxale (l\u2019absence d\u2019enduit solaire affecte le métal, le rend souple au point de se rider et lui donne cette apparence blanchâtre).Ils savent que les abris sont piégés et ils préfèrent errer ainsi sous un soleil cuisant plutôt que de se retrouver dans une salle de loisirs.À jongler jour et nuit.Le ferblank a tenté de poser ses senseurs buccaux sur ma joue.Ils cherchent tous la chair humaine.En fait, je pense qu\u2019ils vérifient\u2026 Ils ont l\u2019impression qu\u2019elle n\u2019existe plus.Il me tenait par le casque protecteur; de cette manière, il pouvait parler dans l\u2019hygiaphone, sans élever la voix: «Viens, viens faire un tour avec moi, mon beau monsieur.Je connais un petit coin tranquille.Un vieux hangar.Un endroit oublié par les surveillants.Cherchez pas, il n\u2019est pas sur la carte: tu peux éteindre ton cathodique.Un ancien 41 Ein établi, te dis-je, où on peut travailler sans être dérangé par les pisteurs.Je sais aussi comment obtenir des matériaux.Et vous, le sais-tu?J'ai construit une maquette d\u2019aéroplane.Viens, je voudrais tellement te la montrer.Je suis certain qu\u2019elle pourrait voler.C\u2019est pas un grand comme les vrais, c\u2019est nain, mais pas question pour moi de l'emmener sur la place.Je serais repéré, et puis, pfuitt! la débranche\u2026 Vous semblez si sûr de vous, vous pourriez la faire voler la petite chose.Si on te questionne, tu diras que tu l\u2019as bricolé cet appareil.Vous êtes un monsieur assez chic pour bricoler.Je pense bien que vous avez un permis de bricoleur.Que vous pouvez acheter des meccanos.Vous avez peut-être une vis dans la poche du veston.Laisse- moi regarder.» Il avait déjà plongé une tige dans mes vêtements.Il râclait le tissu en criant: «Je l\u2019ai! Je Iai!» Il guettait mes réactions.Si, par le moindre signe, j'avais laissé voir que j'étais en possession serait-ce d\u2019un boulon (même dépareillé), il m\u2019aurait arraché mon habit sur le coup.Trois tiges grouillaient sous ma chemise.Le ferblank était de plus en plus exacerbé et j'avais peur qu\u2019il ne m\u2019entraîne chez un embaumeur illicite (je ne sais quelle est la valeur d\u2019un cadavre sur le marché noir).Une voix.Une seule, Dans l\u2019air.Entre le clochard et la tête dont il embuait les fentes oculaires.Une patrouille, sans doute attirée par les chuchotements, s\u2019interposait.Un ordre bref (codé) avait été lancé.Le robot lâcha prise et se dirigea vers les entrepôts, dégingandé, les épaules rentrées.Je repris ma progression; au bout de quelque temps, je m\u2019aperçus que j'étais complètement désorienté.En fait, je marchais derrière mon agresseur, sans trop savoir où j'allais.Il se frappa au premier mur transversal, et il s\u2019affaissa.Je m\u2019étendis a ses 42 (es fon voi rel pu cul ts Ii côtés.Je fus réveillé le lendemain matin par un commutateur photosensible.Le sien devait être hors d\u2019usage, puisque mon voisin restait immobile, dans une position très inconfortable (qui dut fausser à jamais sa rotule gauche).De toute évidence, il était encore abruti par l\u2019ordre qu\u2019on lui avait asséné.A-t-il été ranimé?Rôde-t-il toujours dans les environs?Est-ce un candidat déchu ou un détective à l\u2019emploi du centre de Travail?Je ne pense pas qu'il soit a la portée de qui que ce soit de simuler le chômage.Ne serait-ce qu'en fonction du risque de rencontrer une patrouille, de voir une dizaine de ses prothèses disjointes ou de se retrouver imperceptiblement attiré sous un abri puis relié à un système central qui réduirait le simulateur à une utilisation minimale comme calculatrice, ou qui l\u2019assimilerait à un rôle de convertisseur.Au point où il n\u2019aurait même plus l\u2019initiative de se regarder fonctionner.Même votre secrétaire doit frémir à cette idée, pourtant vous savez que le nombre de ses circuits en état de marche lui permet à peine d\u2019écouter au téléphone pendant qu\u2019un synthétiseur de voix doté d\u2019un phonocapteur entretient la conversation.Vous savez qu\u2019en prenant ses notes, elle laisse son esprit errer.Si elle ne falsifie pas simplement les résultats de l\u2019appel en coupant la communication ou en croisant les lignes.À moins qu\u2019il n\u2019y ait des gens payés pour engager le dialogue, des gens dont ce serait le travail \u2014 est-ce possible d'imaginer un emploi plus partiel?Travail adéquat.Oui.Je connais le refrain.Mais vous laissez toujours entendre qu\u2019il s\u2019agit d\u2019un emploi à temps plein; je pense que vous vous servez même du mot permanent.Je peux au moins vous dire une chose avant de conclure ma réponse aux questions D-C9 à D-C13.43 EC BT ES test de Il y a un parasite dans le programme de votre secrétaire.Elle ne m\u2019apporte plus de café.Tant que ma montre a fonctionné, elle franchissait le sas à toutes les quinze minutes et elle posait une tasse de café devant moi, rapportant à son bureau la tasse précédente dont le liquide avait refroidi.Je savais, quand j'ai débranché ma montre, qu\u2019elle ne reviendrait plus.Juste à cette manière qu\u2019elle avait de regarder mon poignet, comme si j'avais été en possession de l\u2019objet le plus précieux qu\u2019elle ait vu.Je crus même entendre «d\u2019engin!>» quand elle passa devant moi et s\u2019immobilisa, vous savez le soir où le disjoncteur 04 a coupé la lumière.Le lendemain, l'une des exigences préalables au questionnaire C fut le fonctionnement sans comptabilité de temps.Si son emploi pouvait être de m\u2019alimenter en café (liquide que je n\u2019ingurgite jamais), pourquoi le mien ne serait-il pas de remplir ce formulaire?Et si c\u2019est le cas, pourquoi cherchez-vous maintenant à me faire perdre mon emploi en me posant des questions auxquelles je ne peux répondre?FIN D-Csuppl.Est-ce toi qui grattes le mur avec une ptite pelle dentée?[i \u2014 = 3 = \u2014 J Une relation oubliée Germain-Guy Beauchamp I ST ET a or a RR Hr Sti a ES SE ES or e n\u2019est pas sans réticence que je livre au public-amateur d\u2019histoire cette relation d\u2019un Jésuite inconnu, le Père José- phat Valois.On ne trouve nulle part sa trace dans Les Relations des Jésuites en Nouvelle-France.Pourtant, il nous est apparu intéressant de livrer au public lecteur cette curieuse rencontre avec des extra-terrestres.Ce qui nous permet de croire quelque peu aux prétentions du Père Valois, c\u2019est que les dates indiquées sur le document correspondent avec celles données par le Père Lalement dans ses relations de 1663, où 1l mentionne dans le ciel de Québec l'apparition de «serpents de feu en forme de Caducée» de mème que trois globes de flammes sur le Saint-Laurent.J'ai découvert la relation dans un vieux fond 45 d\u2019antiquaire.Dans la couverture d\u2019un missel, dont j'avais levé la toile pour vérifier l\u2019année d\u2019impression, il y avait quelques feuillets remplis d\u2019une écriture délavée et très fine.Le manuscrit est composé de sept feuillets de parchemins non numérotés.Ils sont datés du 24 de février 1663 après Jésus-Christ.Dans la mesure du possible, nous avons gardé le style archaïque du document et n\u2019avons remis en français moderne que ce qui nous semblait trop ancien.Adrien St-Clair, historien, doct.univ.de Chicoutimi Article Documents retrouvés in Encyclopédie Québécoise, 3° tome, éd.UdC, 1987.Premier feuillet \u2014 En ce jour du vingt-quatre de février de l\u2019an mille six cent soixante-trois après Jésus-Christ, en la fête du très Saint-Sacrement, huis donc est icelle relation pour le bénéfice de mes pères en Dieu, les très révérends supérieurs de notre ordre, que Dieu la préserve dans la tourmente du monde.Icelle relation est faite dans la cabane du cathéchumène Thomas de la tribu des Pieds-Ronds, en cette saison neigeuse où il tomboit grande nappes de neige sur la sylve glacée.Et par grande froidure, il m\u2019échoit de relater aventures merveilleuses et sublimes à moi départies par la volonté du très Haut.Plaise à Dieu que n\u2019oublie point de dire toute vérité malgré la hastivité d\u2019escrire et nil ne cuidrait fol en tromperie ou fausse menterie nihil illusoires songeries.Mesme plaise à Dieu qu\u2019il a voulu faire de son enfant iceluy devenu porteur aux lymbes de la gente nouvelle de la salvation du monde.Devrai-je bouter prime ma cure à narrer brièvement première nuict sans retardement où grande nigreur se fit.Premier que lunaison en son décli- 46 pen salt leur: Deu?lun cel saut ahd Die qu per des tell qu flr mo Vie hi nement rendoit la sylve par tant de l\u2019ombre ains les sauvages refusassent les sorties et cuidraient en leurs tromperies démoniaques.Deuxième feuillet \u2014 Diroi d\u2019abord la grande lumière qui se fit et transperçoi mes paupières en icelle nuict.Thomas cuida voir oeil des esprits sauvages et point ne voulut aller voir hors de la cabane malgré moults exhortations.Jaçoit que Dieu me donna le coeur vaillant, tant la lumière qu\u2019un son estrange comme le sifflement du serpent, ayant connu en doulce France, me parforçai de sus ma couche et allai voir au pertuis.Onc ne vis telle lumière dans sa blancheur au tournoiement du luminaire nocturne.Cuidai assister en signifiances du dernier jugement et incontinent récitai moults oraisons puis clamai secours de Dieu et de la Vierge Marie puis me print la désirance d\u2019issir tant la lumiere gardait son ardeur.La sylve dénudée en son illumination ains que le luminaire diurne au plus fort de l\u2019été à midi, cuidai en un fournel en grande mondification et esblouissement.Par sus la cime des arbres vis, sans faillir par Jésus-Christ, un globe en flambe qui ardoit de manière prédite.Si un soleil venu en bas étage, jaçoit que plus minime.Diroi deüement l\u2019aveuglement et grande frayeur es mon coeur si que l\u2019émerveillable en ses embages sus la sylve.Cuidai être météore comme le translate Aristote en ses livres sur la nature.Ains m\u2019esbahissoi tantost iceluy globe vint devers moi.Troisième feuillet \u2014 Étions voguant es l\u2019âme animée de moults affraiements et ne sachions point si tout irait en dégastement.Iceluy n\u2019est point en sa nativité qui n\u2019aurait eu mesme ébahissement ni ployer en ses genouillères pour prier le Très Haut 47 oy EIEN l\u2019assister et porter secourance.Derechef du globe ardant issir moults petits globes ains semblablement de la femelle ses petits.Sur ce d\u2019une cabane ensuit le sorcier cil es l\u2019engin se remote du Seigneur et ricannant avec moults tremblements et sautillements.Iceluy me quérir des esprits et vu ma honte duement manifeste blasphémer et cuider le Manitou venir me dégaster.Ains derechef un globe sus nous sinistrement s\u2019en venir.Entamions l\u2019oremus et l\u2019exorcisation de ce que le globe chet sus nous.L\u2019air en ses parties s\u2019empreint de fumées souffretantes ainçoit la nive en eau très claire se mit.Le sorcier rugissait dans sa langue fourchue moults folleries.Derechef le globe se pose propinque et s\u2019infixe es icelle clairière si est ce que toute la sylve s\u2019écartoit.Diroi sans jonglerie l\u2019estrange vaissel cy apparu.Iceluy tel une armoirie d\u2019argent-vif ains d\u2019autant qu\u2019en son pourtour quatre yeux de couleur azur.Es sa coquille trois jambes issir pareilles à l\u2019insecte scarabenus.Cuidai démo- niques affaires en train et clamai ma foi en Dieu.Quatrième feuillet \u2014 Cuidai les quatre yeux clignotant pareils à iceux des monstruausités prédites en Jean Apoc.L2-14, jaçoit offrir mon âme à Dieu et print un peu de nive liguéfiée pour en baptiser d\u2019abord le sorcier, iceluy m\u2019envoya sa main dans la face ains quoi le démonique seroit son jugement.Prins le crucifix et le lever vers la bête resplendissante et attendis en oremus le dégaste- ment.Derechef un autre sifflement se fit et es la coquille un pertuis en pleine rondeur bailla sa bouche d\u2019ombre.Cil sorcier se pousse su la bête damnée.Derechef es idoine pertuis issir deux créatures de l'enfer.L\u2019une mâle ci-accompagnée de sa femelle icelle ne cellant point ses attributs ne le mâle.48 Tousjours la raison m\u2019enseigneroit la vérité de mes sens.Ains huis diroi l\u2019émerveillable des créatures, plaise à Dieu me pardonner mon ebahissement nihil coupables engénéries.La femelle tant gracieuse et fine en sa blancheur virginale que j'eus le pensement de l\u2019ange tel à Tobie paru.Iceux propinque de nous venir en semblables vols d\u2019oiseaux et j'assermentois ne point toucher la terre.Icelle apparition me remplir de hautes résolutions pour la fortune à my signament compartie.Cinquième feuillet \u2014 Combien qu'en estonne- ment mon âme fut jetée es cuidance lors la femelle venir sus moi et ci-devant vis ses yeux tels des rubis que nil n\u2019a pu cuider voir de sa vie.Je restoi par immobile cimentation premier qu\u2019icelle vers moi se voisoit.Ains attrementés les sauvages issant de leurs cabanes cheroient et se mirent en adoration.Icelle avoit par devers mon engin grande affluance si tant que es mon esprit ses dicts me parvinrent.Cuidai icelle estoit Lilith jaçoit que ses mains sur moi se posent.Icelle m\u2019ingroit es esprit moults images de cohit.Plaise à Dieu me pardonner, icelles cuidances me remplieroient d\u2019aisance et d\u2019agrément.Si en la froidure radoucie icelle mit sa cure sur mon vêtement et my tel Adam au Jardin apparoit mon dénuement.Diroi cruement es mon coeur ne mon âme nil pensée malséante ne vint nil coupable remords jusque 1celle chut devers mes génitoires en grande excroissance.I diroi la vérité toute nue sans celler nulle expérimentation.Icelle en grand mes- tier me tenoit par en bas et cuider le ciel es la terre s\u2019unifiant.Icelle sus son compagnon se convoya lequel incontinent lui présentoi une fiole es quelle icelle versa le produit de sa queste en mon giron.49 CR Ba ; H Sixième feuillet \u2014 Es mon esprit icelle dicta paroles douces et belles.Icelle m\u2019avertissoit du projet des dits-anges jusque ma semence soye ingrée es matrice de matière noble et illec m\u2019assu- roie de son déploiement par couverture patiente.Cuidai comprendre moults autres merveilles ains my ébahissement l\u2019effaçoit hors la mémoire et la souvenance s'en écarte.Si mon rejeton viendra à son naquissement es les étoiles du Taureau desquels iceux soient venus.I quéroi icelle en son naquissement de l\u2019enfant le prendre et versoir à son front de l\u2019eau et i presentoi es esprit les oraisons baptismaux.I quéroi icelle le nommer Manuel en souvenance de son issue et manière d\u2019amour d\u2019icelle suppéditée.Cil mâle eut grande joie à ces cuidan- ces et 1 cuidai iceluy ourdir ma rusticalité.Tous les sauvages s\u2019y meloient si tant que grande joie fut au campement.Le sorcier se print de trémoussements et de moultes agitations par ses grelots et tambourins.Ja les deux créatures se déviroient au pertuis de leur bête ailée.Derechef s\u2019élevoit en grande ardeur de flambes écarlates.Lors tôt la froidure se mit et le grelottement me prit.Ains restoie debout jusque le globe disparoit tant si vistement par sus la nuict.Lors revint en la cabane, es teste des pensements d\u2019allégresse.Septieme feuillet \u2014 Si sans jonglerie nil flaterie ai translaté mes expériments.Ains cuidai nulle âme non-prête qu\u2019il ne voise les lire.I prions nos frères en Jésus, par Ignace notre bien-aimé fondateur, que nil en fasse lecture publique ou autrement ains my iceux aptes à la vérité et bonne comprenure.I devoir donner aussi l\u2019avertissement à mes frères que ja I ne peut poursuivre la mission chez les RER TRE YPN REA nti FIR RER TR FR HET TU , oe IAT KS (EET Sk BETTI Bhatt +.Goes ac.cH ie sauvages.Pas que I voudroi nonchaloir à mes engagements et promesses ains que la créature coeleste me print a désirer semblables expériments.I trouvoi une sauvageonne pour icelle supplétance.Onc illec un enfant viendra.I diroi ma joie et jaçoit que le service de Dieu soye de grande vertu ains I diroi jusque huis j\u2019ouvroi sans appétance.I Joséphat Valois que nil n\u2019accusoit de macule ou autre souillure par la présente I lutter es un missel mien en la jaquette célée icelle relation en Nou- velle-France.Plaise à Dieu qu\u2019onc on le trouvoit.Dieu soye en vous.FIN 7 RE = = \u2014 rt \u2014 \u2014 \u2014 \u2014 \u2014 _\u2014 oo rere \u2014\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014 - PS ff - M) bete st Lae i : ih i} a EN A Hi 5 ne It » H 0 74 x a = = 3 Te: = 20 58 = x se = 2 = PO a pe po oo = > PR Re pa SN pn Ln Pores a ee es A .- pp prs prs Le a pe pe Ee = = rn ps a rs oy foe pes Bh iy te, prety ST] ee RER oA Cott amd So re ie, Er ut pr phone oe re we or Fr ps eee Era 5 Er oY = Æ = a a ce 5 Lee mr a \u2014 re REE = L\u2019Oiseau de feu tome 2.Le Recyclage d\u2019Adakhan (extraits) Jacques Brossard ette Centrale m\u2019effraie.Ces cours m\u2019inquiètent.Voilà que je me surprends à ral- sonner (à ratiociner) comme toutes ces machines.Que font- elles de nous?Fions- nous aux jours.Te laisser choisir, Adak- han.Te laisser agir, agir, agir.Mais comment te faire sentir et comprendre.T\u2019expliquer quoi?Que l\u2019amour même nous sépare?Que notre union sera d\u2019une autre nature \u2014 ou ne sera pas?Le sais-je moi-même?Et ce n\u2019est pas leur machine-à-réponses qui nous éclairera là-dessus.Ni sur rien de ce qui nous importe.«Sais-tu seulement [lacune] la vraie force: celle qui transformera la Centrale et la Cité?En soup- çonnes-tu seulement l\u2019existence?Qui nous l\u2019apprendra \u2014 sinon la vie elle-même?53 uit ARBRE.RUE, ei Le is «La vie.La vie.Ou est-elle, 1c1, la vie?«Mais tol, tu crois a la Centrale, je sais.Je ne veux pas t\u2019enlever cette foi, tu en as besoin pour vivre et pour agir.Mais agir pour quoi \u2014 et pour qui?Peut-être as-tu raison?Moi, Adekh, je ne sais plus.Je ne sais plus rien.Je sais seulement que je t'aime sans avoir le droit de le dire.» La machine-à-questions [Extrait d\u2019un dialogue entre le Précepteur du Nord-Ouest, COMP-NO-3 et le récupéré de 1'° classe Adakhan Demuthsen, recyclé en sciences.] Q.Pourquoi n\u2019a-t-on pas le droit d\u2019aimer les femmes de son équipe?R.Il est au contraire fortement recommandé de les aimer.Cela contribue à l\u2019efficacité du travail.Q.De faire l\u2019amour, si vous préférez.D\u2019aimer et de faire l\u2019amour.R.Réponse donnée au cours.L'ordre, la paix et la discipline au sein de l\u2019équipe.Q.Et la frustration, qu\u2019est-ce que vous en faites?L'insatisfaction et la dépression?Le désert autour des remparts et de l\u2019enceinte\u2026 R.Réponse donnée au Recyclage.Calmants, euphorisants.Plérômes; Puth sous contrôles.Membres d\u2019autres équipes après quelque temps.Moyennant permission.[Grincement] Désert, enceinte, remparts: comprends pas.Littéral ou figuré?Précisez.(*) * Une fois de plus, je traduis comme je peux à partir des signes/chiffres dont je dispose sur microfilms (N.d.T.).54 Q.Figuré, oui.Laissez tomber.\u2014 Peut-on changer d\u2019équipe?R.Avec l\u2019autorisation du Collège des Patrons.Positif.Posez des questions plus sérieuses, S.V.P.Q.Apres 6 ou 700 ans-P, qu\u2019arrive-t-il?R.La Centrale continue.Q.À nous, qu\u2019arrive-t-il?À chacun de nous?R.La mort.Q.Et la mort, ici, à la Centrale, vous pouvez me dire ce que c\u2019est?R.[Gloussement] Je ne sais pas: je ne meurs pas.\u2014 Rien.\u2014 Une dysfonction.Q.Que nous arrive-t-il après la mort?À nous, les hommes?R.Les femme aussi, je présume?La putréfaction.L\u2019incinération en est une variante, à l\u2019accéléré.\u2014 Grâce à la putréfaction/incinération, les molécules de vos corps se dissolvent dans l\u2019espace; grâce à la respiration, à la nutrition, à la défécation, à la fécondation, une partie de vos atomes passent dans d\u2019autres corps (plus rapidement que durant votre vie) et se transmettent de corps en corps: d\u2019où les mythes de la survie et/ou de la transmigration.Vous pouvez aussi léguer vos organes à la Centrale.Q.Et nos consciences\u201d MA conscience?R.Votre conscience?[Gloussement appuyé] Précisez.Q.Mon intelligence, ma volonté, ma mémoire, mon imagination, mes aspirations, l\u2019amour que j'ai vécu, l\u2019amour que je ressens maintenant pour.R.L'âme, l\u2019esprit?Votre gouttelette du Grand Tout?[Gloussement joyeux] Ils s\u2019éteignent avec le cerveau.Aspirez \u2014 Expirez.La lumière: pfuitt! \u2014 Précision.Extrapolation.Dans 3 siècles-C, on pourra mettre une partie de la mémoire en boîte.55 Q.Je nie cette réponse.Si je mourais maintenant, avant 300 ans-P, où ma conscience irait-elle?R.NIL.\u2014 N/A \u2014 [Borborygme] Ça vous inquiète\u201d \u2014 Des questions plus techniques, S.V.P.Q.[Apres un silence] Comment nos bracelets émetteurs-récepteurs, Cité-Centrale, peuvent-ils fonctionner sans satellites de relais?Et comment.R.Une question à la fois, S.V.P.Répondu en partie au Recyclage.Les agéloptères, la poussière métallique du Nuage.Distances d\u2019ailleurs réduites dans le cas de Manokhsor et de.[Grincement] \u2014 Je répète: pas de questions inutiles, S.V.P.Q.Quy a-t-il dans la Tour?A part [égratignures] surveillance et contrôle?R.Zéro.Q.Comment, zéro?Il n\u2019y a rien?R.Zéro Zéro.Q.C\u2019est quoi, ça, zéro-zéro?Répondez, que je vous comprenne.R.Pas de réponse.Q.Avec toutes nos connaissances, depuis 1255 années-P que la Centrale existe, comment se fait-il que nous ne soyons pas encore plus avancés, qu\u2019il y ait encore tant de retards dans certains domaines?Nos ancêtres.R.Réponse donnée en partie.Principale réponse durant la 3° session du Recyclage.Voir la Loi des Reculs/Régressions périodiques.\u2014 Évitez de dire «nous» et «nos» en parlant de la Centrale.Vous n\u2019êtes pas encore admis.Q.Si nous pouvions.R.Je répète: évitez.Q.Ca va, oui, ¢a va.Si nous.Si la Centrale peut contrôler scientifiquement les pensées et le comportement des Périphériens, pourquoi craint-on de procéder aux expériences nécessaires Br 56 a mé p (on vol il de i me qu il Ie en matière d'astronomie, d\u2019astronautique et de A météo?Il suffirait de les abrutir pour ça comme pour le reste, et ils ne s\u2019en rendraient même pas compte.R.Nos agéloptères nous suffisent.\u2014 J\u2019analyse votre ton, Demuthsen.Q.Non: ils ne nous suffisent pas.En développant l\u2019astronautique, nous pourrions nous rendre de l\u2019autre côté de la planète; autrement qu\u2019en agéloptère, et en plus grand nombre.Peut-être même pourrions-nous aller jusqu\u2019à.R.Votre question?Vous, Demuthsen, c\u2019est les questions; les réponses, c\u2019est moi.\u2014 Et qui cela, «nous»?Les Périphériens de votre espèce?Les récupérés de Manokhsor?Q.Allez au diable.R.Réponse au prochain cours.Q.À quoi bon tous les progrès de la Centrale si nous.Si les Périphériens de Manokhsor n\u2019en profitent pas?Si la Centrale ne redécouvre pas l\u2019autre côté de la Terre?Si nous ne contrôlons pas toute la planète Tout cela fonctionne à vide.Des progrès pour rien.Pourquoi ne pas nourrir les Périphériens aussi bien que nous?Pourquoi ne pas irriguer le désert\u201d Pourquoi ne pas planter d\u2019arbres à Manokhsor, pourquoi ne pas semer d'herbe dans chaque quartier, pas seulement dans le Parc du Centre, si nous avons tellement d\u2019eau souterraine (quittes à inventer une autre monnaie que le Vech et l\u2019Erb)?Pourquoi cette stérilité\u201d Pourquoi cacher nos découvertes?Pourquoi.R.Stop.Terminé?Ne faites-pas l\u2019enfant, De- muthsen.(Effacer les dernières questions) (*) \u2014 * L\u2019ordiwriter central, une fois de plus, a désobéi à cet ordre.[Maître-Ordinateur] s\u2019est contenté d\u2019enregistrer.(N.D.T.) 57 Vous voulez répéter?Une question à la fois, S.V.P.\u2014 Et cessez de dire «nous».Vous n\u2019êètes pas encore des nôtres, Demuthsen.Q.Et ta mémoire?Décompose.Ou réponds en bloc.R.1°\" objectif: la survie de la Centrale et de son acquis.2° objectif: la survivance d\u2019un nombre limité de Périphériens, suivant l\u2019intérêt de la Centrale.Voir les progrès accomplis en matière de santé.3° objectif: tout ce que vous avez dit.Mais après.Quand nous le pourrons.[Gloussement] Nous n'en sommes pas là.Sujet de la 3° session.Q.[Après un silence] Le lézard que j'ai vu dans le désert, quand j'avais sept ou huit ans-P, d\u2019où venait-il?De quoi se nourrissait-il?R.Pas de lézard.Plus aucun animal, vous le savez.Seulement les bactéries autotrophes des pierres (voir le soufre).Et les virus \u2014 viri de laboratoires pour le pétrole.Q.[Après un silence] Citez-moi toutes les sources de l\u2019eau.R.Réponse donnée pendant la 2\u20ac session.Nappes souterraines.À la Centrale: H?+ 0.Demuthsen, vous me faites perdre mon temps.Q.Échappatoire.N\u2019y a-t-il pas d\u2019eau de l\u2019autre côté de la planète?R.Zéro Zéro Zéro.Q.Existe-t-il une Encyclopédie de la Centrale où je pourrais vérifier les réponses à certaines de mes questions de façon plus agréable qu\u2019en conversant avec vous?R.Merci.Vous m\u2019accaparez au détriment des autres.Négatif, il n\u2019y a pas d\u2019Encyclopédie de la Centrale.\u2014 Rectification.\u2014 Il y en avait une, mais 58 elle n\u2019a pas été rééditée depuis plusieurs années.Nous suffisons.Il n\u2019y a plus d\u2019Encyclopédie.Ni sur papyr; ni sur vidéo; ni sur rouleaux; ni sur électrodes.\u2014 Rectification.Précision.\u2014 Positif, il en reste 3 exemplaires imprimés.Mais il n\u2019y a plus d\u2019archives.\u2014 Rectification.\u2014 Très peu d'archives.Q.Tiens, tiens.On se branche?Et où ça, les trois exemplaires?R.JH3-VH9: Cyrius: le Vieux.LC4-FR5: Lokhfer: le Président.Le 3°, je ne sais pas.Q.La mémoire te regrince?Et pourquoi les ont-ils conservés, leurs exemplaires, puisque vous êtes là?R.[Grincements] Au cas ou.Au cas.A cause des Reculs.Vous expliquerons au prochain cours.Terminé.Vous retardez vos collegues.Q.Clest ¢a, va te reposer.R.J'ai votre photo, Demuthsen.Depuis la 1'© fois.Je pourrais vous reconnaître n\u2019importe où.Vous et votre voix \u2014 et votre paume.Q.Mais oui, COMPère NO-3, on pourra se retrouver, demain si tu veux, mais pour l\u2019instant, j'ai mieux à faire, je m\u2019en vais au cinholo.R.Avec Laitha Kabalevna.Q.Avec Haïdé.Tu ne la connais pas.R.Haïdé?Positif, connais pas.Mais cela ne tardera pas.\u2014 Over.[Extrait d\u2019un dialogue entre le même COMP- NO-3 et le récupéré de 1'° classe Ludvik Kartès] Q.Sujet: les couleurs.Je veux savoir pour- quot.R.Ludvik Kartes?Je reconnais votre voix, elle 59 ET EPA DT TETE i me plait, elle ressemble à la mienne.Pourquoi les couleurs?C\u2019est vraiment ce qui vous intéresse?Le blanc pour la glace et pour la lumière.Le bleu pour l\u2019espace et pour la mer d\u2019A.C.Le vert pour les arbres, le sang des archers, le soleil-mort de cette planete.Q.Ce n'est pas.R.Interdit d\u2019interrompre.Le jaune pour le soleil-vie et pour les feuilles mortes de l\u2019automne d\u2019avant la catastrophe.Le rouge pour la flamme et pour le sang répandu au cours des siècles.Le noir pour la mort et les recommencements.\u2014 Je vous observe, Kartès.Écoutez-moi.La somme des couleurs, c\u2019est le blanc; et la somme des mots, c\u2019est le silence.Q.Qu'est-ce que vous me débitez là?Je vous parle de la perception des couleurs et vous me crachez des symboles ou de la mystique au rabais.C\u2019est une blague?Je veux savoir\u2026 R.Maitrisez-vous, Kartes.Le vert et le bleu sont pour le calme; le rouge est pour l\u2019ardeur, et pour l\u2019amour.Q.Vous le faites exprès?R.C\u2019est possible.Nous vous aimons bien.Mais vous n'êtes pas encore complet.Vous non plus.Il vous reste à vous maîtriser, pas seulement à dissimuler.Les couleurs, Kartès, ce sont des vibrations de photons, vous le savez comme moi.Ne tournez pas autour du spot.Ce qui vous intéresse, ce ne sont pas les effets de la couleur, ce sont les lasers, et ça n\u2019est pas pour les spectacles ni pour la médecine.Vous poserez plus tard la question à LC4-FR5.Il est déjà au courant.Ce sera votre Patron.60 Ad Cor ot Po p (of fe de de Jo «On se fiche de nous, pensaient Kartès et Adakhan, chacun de son côté.Le Savoir, la Connaissance.Cette machine-la fait semblant de nous répondre mais nous ne savons rien du vrai Pouvoir, du Pouvoir qui se cache derrière les pouvoirs, ni des hommes (des hommes?) qui contrôlent ou dirigent véritablement la Centrale et la Cité de Manokhsor.Les Chambanes de quartier ne sont que des exécutants.Et nos Patrons d\u2019équipe?Y a-t-il vraiment un «Roi»?Un «College des Patrons»?Nous ne savons rien de la façon de parvenir au Pouvoir.» EE ee Te ES ES RO SE PE ERA en = q a Ari} ER re To iid x Ber es ess 2 Stipe, a os ot xy Re ee ES es ER Et pray oi oe I gts i = rs tea ss csc cac = feats ne] pry = CL 2 > B e = EE Et -_ a, rs Be Gu Surveillants et d ten s Bertrand Bergeron ette fois, dEtenu n\u2019arpenterait pas la pièce.Assis sur le bord de sa couchette, il se tiendrait immobile.Dans le long corridor: silence.Dans les autres petites pièces du même étage (comme si le mot ,; cellule était tombé dans l\u2019oubli): pas le moindre bruit.Pourquoi surVeillant ne vient-il pas marteler le dallage de son pas volontairement sec et lourd?pourquoi n\u2019impose-t-il pas son bruit dans toute l\u2019aile nord?pourquoi ne s\u2019assure-t-1l pas de sa propre présence par le silence rompu?Système subtil: aucune porte.Un courant énergétique de nature kyponétique pour contrer toute tentative de fuite.sUrveillant et surVeillant (collègues depuis une dizaine d\u2019années \u2014 plus n\u2019est besoin de s'adresser la parole) font office de décor.63 Aucun contact, jamais, avec les DÉTENUS.Chacun de son côté du courant kyponétique.Et pourtant, en ce moment même, la sensation d\u2019une rupture discrète dans le rituel de l\u2019Institut: surVeillant ne fait pas les cent pas dans le corridor infiniment propre et blanc.Il n\u2019insiste pas sur sa présence en signe de pouvoir.Cette fois, dÉtenu se lèverait, persuadé de l\u2019inhabituel: avoir la possibilité de quitter la cellule malgré le courant.surVeillant ne m\u2019a jamais empêché de sortir.Il parade symboliquement sur le dallage afin de rassurer chacun sur son état et de se convaincre du sien.Je m\u2019avancerai jusqu\u2019à l'ouverture, me saisirai du premier objet qui me tombera sous la main et le porterai au niveau supposé du courant.L'objet, je le sais, ne sera pas désintégré.Je pourrai sans crainte glisser la main, le bras, puis tout le corps.Quelqu\u2019un \u2014 sUrveillant, surVeillant ou un autre, peu importe \u2014 aura donc débranché le circuit.Au passage, j\u2019apercevrai déteNu, déTenu et mon ami Détenu, chacun dans sa cellule, accroupi sur le bord du lit, l\u2019air absent.Ils ne porteront pas attention à moi.«À mon avis, le prochain à tenter une fuite, ce sera dÉtenu», dit suRveillant à voix haute, comme pour lui-même.survEillant ne se donna pas la peine d\u2019acquiescer.Je me dirigerai vers l\u2019ascenseur; pas la peine d'appuyer sur le bouton de commande puisque la cabine, portes ouvertes, sera à l\u2019étage.Quelqu\u2019un aura donc anticipé ma fuite.La négligence, ici, est un concept dépassé, de même que le hasard.Je parviendrai au rez-de-chaussée lentement, sans être inquiété.«Pourquoi l\u2019observes-tu», demanda survFil- lant?il bye dkten prep Qu du len°68 J cod rede me la le cou aoff tous.pren one droit 1 tel Jig mais ener ep nec dus Soc Hat | tend nm ème Mon fem lon \u2018 suRveillant ne répondit pas.Les yeux fixés sur le petit écran, il était à l\u2019affût du moindre geste de dÉtenu, comme si cela devait l\u2019instruire et lui servir éventuellement.Comme si l\u2019observation d\u2019un geste ou d\u2019une attitude pouvait lui être d\u2019une quelconque utilité, comme si apprendre \u2019homme.survEillant n\u2019insista pas.Jai voulu sortir de ma cellule, longer le corridor, prendre l\u2019ascenseur et descendre au rez-de-chaussée.Personne ne m\u2019en a empêché.On me laissera traverser la grande salle, le crepnen et le couloir principal jusqu\u2019à la sortie.Dehors, raide et officiel, se tiendra surveillanT, le plus démuni de tous.Fait étonnant: je prends conscience pour la première fois qu\u2019il ne peut se trouver ici plus de onze représentants des forces de l\u2019ordre.Le regard droit devant lui, surveillanT me dira sur un ton aussi digne que neutre: «Vous avez quitté votre cellule et parcouru tout ce chemin pour arriver jusqu'ici.Vous avez donc intention de fuir cette maison de détention sans avoir acquitté votre dette envers la société, n\u2019est-ce pas?» Il n\u2019attendra pas ma réponse, mais poursuivra aussi mécaniquement avec un texte appris par coeur, les répliques d'usage requises dans l\u2019exercice de ses fonctions.La société.I'Etat.la justice.la sentence.la réhabilitation.Dehors, tout sera propre, pâle et luisant.Je me rendrai compte que je n\u2019y ai jeté un coup d\u2019oeil, pas même de la fenêtre de ma cellule, depuis quelques années.Puis je sortirai de mon étonnement.«surveillanT?Si je marche en direction du monde libre, par là-bas, d\u2019où je viens et où sont ma femme, mes enfants et mes amis, te serviras-tu de ton arme quand je te tournerai le dos?» surveillanT hésitera.À cause de cette question 65 inhabituelle.Quand on ne sait pas, aussi bien dire ce qui vient à l\u2019esprit, simplement, sans chercher à ruser.«Je ne porte plus d\u2019arme depuis longtemps déjà.» Question idiote, je suis dépassé.Dès mes premiers pas, il dira, je sais, la société, l\u2019État: puis la justice, la sentence\u2026 surveillanT s\u2019en tient aux paroles.Aucune animosité dans son propos.Je l\u2019entends encore malgré la distance.Mais mon regard droit devant moi et la Cité au loin, sorte d\u2019ilôt blanc, propre, éclairée par une lumière froide, issue en quelque sorte des matériaux eux-mêmes, non pas du soleil \u2014 c\u2019est de ce nom qu\u2019on le désignait, me semble-t-il.«Si tu pars, ne reviens plus, dira encore surveillanT.L'Institut te sera fermé.» Quelle importance! La Cité grossit imperceptiblement à la mesure des pas.Désormais on ne s\u2019interposera plus entre elle et moi.Je vais sans crainte.Peu importe SURVEILLANTS, DÉTENUS, SURVEILLANTS, DÉTENUS; je change de monde.Devant moi, a ma rencontre.surveillanT apercevait forme d\u2019homme dans le lointain: dÉtenu.Forcément! À cette distance, on se doit de deviner, tellement petite est la silhouette, un point dans le blafard.surveillanT imaginerait la course, la précipitation vers l\u2019Institut, l'angoisse; dÉtenu, incapable de s'empêcher de raconter.surveillanT (à voix basse, pour lui-même): « Je t\u2019avais prévenu: tu ne peux réintégrer les cadres de l\u2019Institut.Tu ne résisterais pas au désir de raconter aux autres.Inutile de les plonger dans le désespoir.Il fallait rester ici, dans la quiétude de la détention, à nourrir sagement haine et dépit, à élaborer un 66 dire ler a pg Mes ish aux on oie ere aly on Ore projet de vengeance, a mépriser les SURVEILLANTS.» surveillanT s\u2019inquiéterait de sa propre attitude: il confondrait les répliques, les emboîtant les unes dans les autres.Puis, peu à peu, au fur et à mesure de la silhouette grandissante, il retrouva son calme.La véritable cause de ce trouble, c\u2019était cette circonstance exceptionnelle.Un autre jour peut-être, mais beaucoup plus tard, un autre DÉTENU prendrait la fuite, lui aussi, en direction de la Cité.À l\u2019encontre du règlement, contre tout bon sens.D\u2019ici la.surveillanT (un peu plus fort, en direction de dÉtenu qui, vraisemblablement, ne Uentend pas encore) «lu étais prévenu.Nous t\u2019interdirons l\u2019accès maintenant.Le dispositif est de nouveau en opération; il tl'empêchera de revenir.À cause du désespoir! Ne t'avise pas de franchir le mur du courant.» (surveillanT chercherait le qualiticatif habituel de ce type de courant.On ne résiste guère à l\u2019oubli, à moins d\u2019un usage quotidien des mots.) «Tu en mourrais!» Alors surveillanT comprit que dEtenu commençait à l\u2019entendre.surveillanT (sur un ton plus assuré) «Ne t'avise pas de franchir le mur du courant.Tu en mourrais.» surveillanT se protégeait maintenant derrière cette réplique.«Pour un SURVEILLANT, lui avait dit un supérieur, il est préférable de répéter les phrases.» surveillanT se souvenait.C\u2019était avant.Il y avait longtemps d\u2019ailleurs.Dans des circonstances particulières, surveillanT répétait les phrases, se munissant ainsi contre le désespoir.Non pas celui 67 GN | de regarder dEtenu.«Ne t'avise pas.» i dEtenu courait de toutes ses forces.Malgré ces fo avertissements, il allait se précipiter sur le mur du courant kyponétique et se détruire.Pourtant, ce qui préoccupait surveillanT, c\u2019était l\u2019autre désespoir, celui de tous les SURVEILLANTS qui savaient, eux, qu\u2019en la Cité\u2026 iH \" he + di iH ih 14) Un déc che INC de ut a if du i {0 i Ur 143 IF NRE GNAN Johanne de Bellefeuille | est on ne peut plus légitime, en cette époque imprégnée de mysticisme, de désirer le monstre dans son foyer.Le saisir à l\u2019odeur, à ces vapeurs vues et décrites, question de texture également.Établir par le dégoût l\u2019exotisme de la relation.Cette définition de la crainte décrit d\u2019elle-même ma déception à la vue de la chose: ma baignoire abritait désormais une tête inconnue.Soigneusement posée sur le renvoi d\u2019eau, sans éclats, sans âpres émanations, Gnan (affectueusement nommé bien entendu) occupait, avec grâce et discrétion, cet espace angulaire et aseptique.Le visage est passablement humain, paisible et constant.La seule rupture dans cette statique uniformité est la bouche constamment agitée par 69 EERE il un rire embarrassé (il lui suffit de constater l\u2019absurdité de la disposition) et une éloquence ininterrompue (divertissant personnage!).Le cou ii est petit (il va sans dire) et laisse deviner un corps a étroit et tortueux, possiblement sans membres, 0 réellement un simple appendice insignifiant et fi superflu.Mais sous la violente clarté de cet espace = d\u2019examen, le reflet de la forme sur la blanche porcelaine, l\u2019étrange chambreur voit.es Je dois admettre qu\u2019au premier abord, cette tête pour le moins hors contexte compromit dan- 0 gereusement l'intimité du lieu.Par contre, de par | sa perpétuelle loquacité et l'intérêt de ses propos, i Gnan (et son inépuisable discours) devint rapide- | ai ment partie intégrante de la fonction urinaire et | des maintes activités relatives à la situation.L\u2019hor- ( reur devenait domestique.I bt (I1 faut constater que '\u2019horreur s\u2019avere dans un g§ tel cas quelque peu isolée et l\u2019immobilité de sa présence nuit sûrement à l'intensité de l'intrigue.Ainsi, pour remédier à l\u2019incongruité de l\u2019événe- An | ment, jai considéré I'éventualité de retourner ce ûr germe particulier à ses tuyaux à la manière d\u2019un dr insecte liquéfié, rendre aux égouts cet animal équivoque et son rire inopportun.Cependant, la le particularité du rapport me séduisant particuliè- te rement par son caractère captif, je permis à mon ie visiteur inattendu d\u2019occuper ce coin assez peu fréquenté.Les soins à prodiguer à la bête sont û élémentaires et sa taille me permet d\u2019ignorer à de 3 volonté cette excroissance volubile.) It 18 Malgré la complicité qui indiscutablement h i s\u2019établissait, le rire du personnage attaquait vio- 0 i lemment ma sérénité.Ne serait-ce que la i À conscience d\u2019être l\u2019objet de cet humour suspect, I A l\u2019hilarité de notre entente m\u2019échappait.Et il s\u2019es- A 70 RIRE EEE PEER ATEN REIN [EH HII Rn Lu cu NAT TERRY LION 1d die CARAT RAT PMR claffait de ce rire fonctionnel de tout monstre qui se respecte (mais enfin un symbole courant).Décidément, ce délire concentré me troublait.Mais, outre cette allégresse douteuse, la parole constante de Gnan meublait efficacement les intermèdes vacants de mes fréquentes visites du lieu.Ainsi, les épisodes stériles de mes séances d'évacuation devenaient l\u2019occasion de conversations habiles et recherchées.Le monstre déborde de ressources et rien ne compromet l\u2019abondance de son discours.Interrogé sur la paradoxale réalité de son confort, il semble hausser les épaules \u2014 dans un faible mouvement de retrait \u2014 et prétend ignorer même la valeur de ce concept strictement corporel et pour cause, Gnan vénère son immobilité.Seule la friction du cou sur l\u2019aride métal (étrange collier) contraint le balancement approbateur (bien souvent) de la tête soliste.Mais peu importe vraiment ce détail mobilier, le conteur inlassable éblouit.Ainsi, à la suite du récit de ses aventures et selon la chronologie de ses précédentes insertions dans diverses salles de bains (certaines parmi les plus célèbres), il suppose (et je le cite) «l\u2019existence d\u2019un lien plombier unissant les maintes demeures visitées et cette voie \u2014 des plus mal pavées \u2014 constitue l\u2019étroite route à suivre».Gnan n\u2019est que de passage.Et l\u2019intrigue suivie de la narration devait, par la quotidienneté de l\u2019acte, confirmer l\u2019hermétisme de l\u2019échange.Ainsi, la structure routinière de nos rencontres limitait mes déplacements aux rigides frontières du gîte clos.De plus, l\u2019utilité primaire du coin loué restreignant l\u2019_éventuelle possibilité d\u2019une sociabilité même occasionnelle, Gnan ravit toute période disponible.Depuis ce tournant exclusif de notre relation, Ligues ma fascination pour l'étrange voyeur s\u2019intensifie gravement et ce, principalement, de par ma totale ignorance de sa conception même.L'origine de ladite téte demeure un mystérieux phénomene.Le corps possiblement atrophié fut-il déja intégral?Ce crane flexible provient-il d\u2019une formation cellulaire autonome?Ma confusion compromet la logique jusqu'alors inébranlable de mes objectives constatations.Par contre, le récit de Gnan s\u2019expose sans contraintes.En avouant l'attrait de l\u2019ornement désormais familier \u2014 manifestant son euphorique démence \u2014 son emprise se spécifie vaguement (il est tout de même humblement paradoxal d\u2019admettre l\u2019autorité du sanitaire visiteur).Il m\u2019est impossible de nier sa phénoménale versatilité et le charme de son approche.Sa présence premièrement gênante comble dorénavant l\u2019imparfaite fermeture du local privé.À la suite de récentes réflexions relatant la présente étape de l\u2019expérience, l\u2019éventualité de me joindre à cette rapide tuyauterie hâte mon anticipation.Devenir une dense cervelle fuyante: molle. L\u2019Effet d\u2019irréel Jérome Elie je ne puis parler d\u2019une absence de sens sinon en lui donnant un sens qu\u2019elle n\u2019a pas Octavio Paz AA, |! n\u2019y a pas d\u2019ailleurs.1 Ce n\u2019est pas l\u2019en- ty fant qui est pervers et A000099 Polymorphe, c\u2019est le à U néant, exubérant et | 404 sauvage soutien du monde soutenu lui- 2 3489 même par Rien («de- 9 puis le commen- bhbet cement rien n\u2019est», | - Hui Neng) dont Ia conscience actuelle, sombrement contrôlée, ne peut s'approcher qu\u2019en ayant le sentiment de se pulvériser et en lâchant méthodiquement ses ancrages, ses identités de surface, toute cette mécanique d\u2019être immédiatement utile à la survie des diverses dominations mais aveugle à l\u2019insistant trou noir sans nom qui fait son siège devant la pensée et que d'abord et avant tout l'idéologie de la raison répulse pour que le reste morde et morde bien.Un bébé brûle et dans le plan d\u2019intersection de la chair, des cris et du feu passe le tumulte glouton de ce néant.Toute société est un conglomérat violent de boucliers anti-néant que le néant traverse.Un moustachu sud-américain à casquette pratique une amputation à la tronçonneuse électrique sur un autre vivant et le néant fait son beurre quand ça se termine par quelque triomphale tournée papale.Une vieille soudain, corps las d\u2019avoir dû être vierge, mère, putain est saisie de paralysie entre son lit, le mur et le monde qui est plein de rires.Banalité-néant du cortège funèbre.Banalité-néant de tous les matins urbains.Banalité-néant des plaintes montant de l\u2019abîme comme cet abîme lui-même de ne tenir à rien.Mais le monde n\u2019a-t-il pas pour vous aussi cet air d\u2019irréalité, d\u2019absolue démence tranquille intolérable impossible intraver- sable qu\u2019on a de soi-même quand on meurt, maintenant donc?Cette folie non syllabique est le milieu de la pensée.Milieu: centre de la pensée et espace englobant la pensée, point vide qui pousse Iécrivain vrai vers les limites de son langage.Poussée relative, relative à l\u2019expérience du sujet, à la pression des codes et aux exigences commerciales de la communication.C\u2019est ainsi qu\u2019on trouve dans cet arbitraire genre baptisé science-fiction, quoique rarement, des textes qui tiennent à la fois du fonds de représentation classique de la réalité et du mouvement mental qui est le témoin de la flambée de la vieille pensée, à la fois des continuités événementielles du vraisemblable ordinaire et de la discontinuité radicale de l\u2019impensable, sans vérité dernière.Je prends comme référence à ceci une dizaine de romans de Philip K.Dick, écrivain californien de science-fiction.Lundi, tous les lundis, cinq heures moins quart.L\u2019immense bureau sans fenêtre, aux dix- huit allées éclairées à la lumière crue, résonne 74 pr ESS \\J ell m ble an encore du cliquetis des deux cent soixante-dix machines à écrire électriques.Les esclaves irrésistiblement consentants ont encore leurs boules de cire dans les oreilles mais W.M.est de ceux qui se préparent déjà à partir.Il a rassemblé ses affaires, nettoyé son bureau avec trois kleenex trempés dans l\u2019eau et pressés compulsivement sur la surface grise métallique déjà rayée, un bureau tout neuf!, enfourné les dossiers, fermé les classeurs à clé.Il est le premier à se lever, avant-garde du flot des employés à la queue-lo-loque devant les ascenseurs, pieds fatigués glissant sur le granit paternel et s\u2019éjectant comme chaque soir moins deux de l'immeuble, courant faire la queue devant l\u2019arrêt des autobus, se gélatiner sur les quais souterrains, mêlant leurs odeurs, tenant le coup grâce aux promesses de ce qui va advenir bientôt: miam- miam, glou-glou, télévie, dodo et, dans certains cas, coco: cocktail, cocaïne ou coït.W.M.surnage dans le flot, l\u2019oeil sur le visage tiré des filles que la nuit disco redéessera staying alive staying alive staying alive ah! ah! ah! ah!, main au portefeuille, mais ce soir il n\u2019aura pas la force, plus jamais la force de danser, il finira la journée comme un naufragé s\u2019effondre sur une rive aux galets pointus, revivant sans le savoir l'épopée des crossoptérygiens, premiers poissons à s\u2019aventurer hors de l\u2019eau il y a trois cent millions d\u2019années et à se traîner sur les moignons de leurs nageoires comme il se traîne, lui, vers Steinberg\u2019s pour faire son choix à l\u2019étalage des surgelés, hésitant entre les «Hungry-Man Meat-Balls» de Swanson ou la «Flying Mangousta à la Canadienne» de McCain puis entre les «Oatmeal Supreme Cookies» et les yaourts nature, si bons pour la flore intestinale, tant de cancers de tripes, faire un effort, dans l\u2019une des six milliards de directions offertes par la vi(e)lle, faisant la queue à la caisse rapide avec trente autres personnes, main au portefeuille, et repartant dans la gadoue avec ces mots dans la tête vus à la télévision sur la couverture d\u2019un livre, dernière litanie de la protestation résignée: «condition humaine».Et W.M.mange, boule de cire dans les oreilles, noeuds dans l\u2019estomac, pressions sur les tempes et ce barrage interne contre les nostalgies qui bouffe tant d\u2019énergie.Coup d\u2019oeil sur le programme-télé, hésitant entre le Clan Beaulieu, ce soir Marcel tente de retrouver le père de Martine.Éric s\u2019en prend à Geneviève pour avoir provoqué une rupture entre lui et Nathalie, Terre Humaine, ce soir Laurent, furieux, ne veut plus voir un seul membre de la famille Jacquemin chez lui.Pourquoi Léandre a-t-il donné rendez-vous à la veuve Cadieux?L'Homme de $6,000,000, ce soir un savant menace d\u2019exterminer une ville entière si on ne lui verse pas une rançon de $10,000,000 dans les délais fixés, One day at a time, ce soir les dures critiques du professeur rendent Julie très dépressive et Ann et Barbara se sentent impuissantes à l\u2019aider.«Ce que vous voyez est en partie déterminé par ce que vous entendez.j'ai enregistré par exemple une émission, Man From Uncle, puis j'ai utilisé la bande-son avec un autre programme du même genre.Je lai montré à certaines personnes, elles n\u2019ont pas vu de différence.Je ne pouvais pas leur faire croire que la bande-son ne correspondait pas à la bande-image.Enregistrez le discours d\u2019un politicien et substi- tuez-le à celui d\u2019un autre (.)» (W.Burroughs).W.M., déjà substitué et vidé, tourne le bouton du poste, l\u2019image: sur fond bleu nuit, un paquet de quatre rouleaux de papier cul, disposés obliquement en direction de quelque mystère intime tu 76 («Or existe-t-il une pensée qui, dans notre société, ne passe pas la merde sous silence?» (P.Sollers)), et tombant du ciel en vol plané comme les anges, d\u2019impondérables tampons d\u2019ouate blanche viennent délicatement frôler le sol, engendrant des lignes et des dessins de rêve, puis, au centre du monument de papier à se torcher, s'ouvre un médaillon, un bleu sphincter innocenté à l\u2019intérieur duquel vont se succéder quelques visages féminins propres, inentamés, maternels, asexués, non labourés, disant des choses du genre: «Ma mère employait Cotonnelle, alors je l\u2019ai essayé aussi et c\u2019est vrai (petit mouvement de tête mignon vers la droite) que c\u2019est le plus doux et le plus soyeux des papiers hygiéniques», et il devient évident que Cotonnelle réalise le plaisir de se torcher le cul en soi(e) tout en lavant, par le biais des sourires persuasifs des Vierges, la laideur, le dégoût et la culpabilité, effaçant toute réalité, tout étron tombant plouf dans la cuvette, l\u2019anus remplacé par une bouche de mere du ciel.alors, a ce moment, debout devant le poste, les images a hauteur du nombril, le regard enlisé dans le mur, sans même penser à se retenir, il s\u2019effondre de l\u2019intérieur dans la plus formidable cataracte de viandes pourries de protestations inutiles crevées flambantes des cadavres d\u2019êtres chers dans les voltes ricanantes de l\u2019asticotement hargneux de sa volonté par le travail quotidien les haines quotidiennes les séparations quotidiennes d\u2019amour baisers au brasier de ce néant cosmofouillis tourneur d\u2019êtres en bourriques de mythes virils d\u2019étouffement d\u2019enfants par la prière parlementaire et toutes autres ignominies sacramentelles de l\u2019emplâtrage d\u2019état des plaies immortelles du corps de l'homme par dieu et ce pouvoir social indubitablement génétique à si- RER ARR SEE ORACLE RAILS TA TIRE TA AT RAT FH tr phonner son fiel dans nos burnes et nos vulves et nos larmes et tous ces ouragans salement ralentis des feux d\u2019en finir une fois pour toutes avec cette magie qui ne soit pas la mort, «William Montgomery, 1869-1953, was secretary of a Life Insurance Company, in Washington, for 62 years.», Ripley\u2019s Believe It or not, il lâche prise, un monde creux le lâche, tous les mondes sont creux mais certains sont plus gonflés de néant que d\u2019autres, ce qui explique les épuisements psychiques qui accompagnent généralement cette découverte, et la fissure, la voyez- vous?autour, plus de sens, clarté étale, «les plénitudes sont pareilles à des vides» (V.Hugo), plus la force d\u2019accorder les choses, les choses?le présent au futur, le futur au passé, plus capable d\u2019avancer, de vouloir, d\u2019y croire, de regretter, finie la volonté comme aux derniers stades de l\u2019héroïne mais sans l\u2019analgésie douce, tout est irréel, tout est tel que c\u2019est vraiment, maintenant plus moyen de se le cacher cet inouï débinage, mais W.M.ne peut pas le supporter, aucun parachute ne s\u2019ouvre dans le vide, une pédagogie de cette expérience devrait exister, que les vrais sages se montrent, on ne lui avait jamais parlé de cela, d\u2019ailleurs on a beau en parler comment peut-on jamais espérer parler de ça à moins de mettre le feu directement dans les neurones et encore, si bien que notre héros est emporté vers la dépersonnalisation, «la perte du corps vécu» comme c\u2019est fredonné dans des livres savants, et sans doute tentera-t-on de le guérir, de lui rendre ses forces, de le guérir mais en le guérissant de rembobiner le sens, d\u2019éloigner l\u2019impensable qui chez l\u2019homme normal gronde si loin de la conscience que c\u2019est comme si ça n\u2019existait pas au lieu de faire dans la pensée sa niche à l\u2019impensable, au lieu de consolider la raison puis de mettre la 78 RTI TTR HT RTI PO MERE vs dt x ic In ln raison à côté de la pensée.La découverte du trou noir, du trou vide d\u2019étrangeté palpitante du monde ne s'accompagne pas nécessairement d\u2019une maladie de l\u2019esprit.«Le précog a la vision d\u2019une série de futurs rangés les uns à côté des autres comme les rayons d\u2019une ruche.» (P.K.Dick) Façon vraisemblable, propre à l\u2019encodage de ce type de fiction, de présenter simultanément plusieurs possibles narratifs.W.M., dans un autre futur, se resaisit et va voir une amie avec laquelle, après une lente remontée de six heures, 1l fait li,lon,la,les l\u2019amour.Maintenant, vous le voyez couché sur le lit, apparemment endormi mais il ne dort pas, il observe des images de rêve se former contre ses paupières fermées, c\u2019est son moi éveillé qui observe, plongé dans le stade hypnagogique, à mi-chemin entre la veille et le sommeil, appliquant sa conscience à suivre les hiéroglyphes très longs de l\u2019entre-monde, à couler comme une tisane dans les paramnésies, expérience à la portée de tous.Dans le même ordre d'idées: «Les lois d\u2019Exclusion des Orientaux: l\u2019équanimité des Chinois est due bien sûr à leur langue qui permet des périodes de silence et de pensées non-dirigées, lesquelles sont intolérables aux non-rêveurs qui doivent programmer toute pensée (.) la différence entre l\u2019écriture syllabique et l'écriture hiéroglyphique.» (W.Burroughs) W.M.remonte les trajets hypnagogiques (dogmatiques s'abstenir) vers des sources d\u2019irréalité, voyant sans terreur un souverain dédoublement du pensable en impensable.L\u2019inutile mur dans la raison qui bloque la ruée de l\u2019impensable cède.«Impensable» n\u2019est pas ce signe non-marqué où iront s\u2019engouffrer la pitoyable duperie de la pensée de dieu ou incubation rèveuse d\u2019un paradis futur parié pas- calement.«Impensable» désigne un mouvement 79 EAR HHI RC DE OR BA MES organique déroulé comme un orage qui parvient à franchir certaines poternes rationnelles pour rugir dans la pensée comme un inachevable et stupéfiant trou où s\u2019évapore LE SENTIMENT DE L\u2019ÉVIDENCE DU RÉEL sur cette pierre lucide du corps galeux de l'humain.«\u2014 Non, ce n\u2019est pas ce que je veux dire.Il y eut un instant d\u2019attente; maintenant qu\u2019il s\u2019efforçait d'expliquer, la tâche lui paraissait quasiment impossible.\u2014 Je veux dire, bredouilla-t-il, que les choses ne sont pas ce qu\u2019elles semblent.» (P.K.Dick, le Temps Désarticulé) C\u2019est à cette tâche impossible que Dick voue ses fictions qui ont le goût amer et mystique du LSD, l\u2019énigme des rêves et l\u2019intense trépidation des émotions trop longtemps contenues quand elles sortent et se précipitent au-devant du monde.Mais le monde ne veut pas de corps qui se mettent à penser hors du prévisible cirque séché de la loi, le monde dresse son mur jusqu\u2019à l\u2019intérieur du corps et c\u2019est là, au point où ça résiste, que l'irréalité gonfle son chant sacré.Chez Dick, le spectre du devenir-irréel est balayé d\u2019une extrémité à l\u2019autre, tout y passe comme dans la tête des noyés: lieux, temps, conventions, objets, désirs, identités, visages, l\u2019écharpe des codes se déploie, se multiplie de partout et engendre le cancer du vrai, de I'irrétutable.Dans ses meilleurs romans, Dick ne fait rien d\u2019autre que proposer des fictions qui sont des histoires de réel qui tourne en fiction, des histoires de substances mutées en apparences fragiles où les corps malades de leur sexe et de leur mort accélérée viennent tout nus pleurer devant nous comme nos frères et nos soeurs, et bricoler dans des sortes de réduits kafkaïens électroniques bourrés d\u2019androïdes, de petites choses inutiles, tragiques, des fétiches tordus qui miment le cou- 80 I rage sur fond de néant.«J'ai le sentiment profond qu\u2019à un certain degré il y a presque autant d\u2019univers qu\u2019il y a de gens», écrivait Dick quelquepart.Ce qui explique dans ses romans la multiplicité des points de vue narratifs et l\u2019enchevêtrement de l\u2019intrigue, procédé qui ne sert pas tellement à illustrer un relativisme de bon aloi et bien ficelé à la Laurence Durrell qu\u2019à faire miroiter de partout les fils matériels et changeants de l\u2019impensable (dans le matériel de Dick on trouve le Y: King selon lequel tous les événements se permutent les uns dans les autres).De la sorte le linéaire V (Vérité) saute et l\u2019étrangeté grandit à mesure que l\u2019action, entrainée par une imagination et un humour supérieurs, se ramifie et se lézarde.Tout se passe comme si les visions subjectives débordaient sur le monde transformé de ce fait en croisement de réalités et pas seulement en bons vieux conflits d\u2019interprétations laissant intact un consensus portant sur le fond des choses.Ici, c\u2019est le fond qui manque le plus.Certes toutes les faiblesses, les petitesses, les malentendus, les chagrins ordinaires sont présents comme est présente la vie quotidienne (les romans de Dick sont des marées de détails concrets, d\u2019opérations manuelles, d'objets: dans Ubik, la réification atteint son stade ultime.Les objets parlent et imposent leur volonté bureaucratique.Joe Chip (ce nom!) engueule et se fait engueuler par la porte d\u2019entrée de son conapt qui refuse de s\u2019ouvrir car Joe n\u2019a plus de pièces de monnaie à lui glisser dans la fente), mais le train-train est arrivé au bout de l'horloge, on est aux portes de la dernière déglingue, tout cela, toutes ces relations interpersonnages, vu à travers un oeil de lynx sémiotique qui est la source première du tangage.Dick a le don de montrer, 81 [or SAGE EE A i ÿ A n 1% HH TEP api i Ca Dirt pres rT ititn Ob HERETO Hit BOTs ESA POSER NER dans le tremblement de ses histoires qui tiennent des deux Burroughs à la fois, celui de la liane et celui de la seringue, les codes autour desquels se font et se défont les configurations.Dick sent ces codages à l\u2019oeuvre dans tous les domaines.Rappelons que le Maître du Haut Château, par delà le poncif du monde parallèle où les forces nippo- germaniques ont gagné la dernière (!) guerre, met en scène la somme des bruits de code engendrés par le choc des cultures: allemande-japonaise, Japonaise-américaine.«Ces gens ne sont pas exactement des êtres humains», pense Robert Childan du jeune couple japonais qui veut à tout prix être américain, poussant l\u2019imitation jusqu\u2019à n\u2019être plus que machines de langage aux messages archi-pré- visibles; pour Childan, la côte de boeuf et les pommes de terre au four, que lui offrent ses hôtes s'avèrent d\u2019abord délicieuses mais perdent de leur saveur à se révéler si fortement signes.Dick sait que les codes ne sont pas juste des calques plaqués sur l'immuable réalité que livre la perception.La perception est codée, et le cogito.Ce qui caractérise Dick au premier chef est la fabrication de récits portant sur les bruits, les interférences, de ce code-là, de ce code-socle dont les messages visent à engendrer un effet de sens fondamental: l\u2019effet de réel, dans lequel les Norms irréductibles restent enfermés de la naissance à la plonge.Dans ce basculement collectif dans les continuum, rien n\u2019est donné d\u2019avance et les personnages doivent sans répit ajuster leur vision de la réalité et les lois de leur communication.Ces personnages sont une bande de toqués, hein m\u2019sieur Marcel?Sûr, toqués, capotés, drogués, ratés, parce qu\u2019ils ont été arrachés aux simulacres à cocons du pouvoir, qu\u2019ils sont brusquement redevenus aussi vulnérables que les 82 premiers homo sapiens, livrés à toutes les violences, sommés de s\u2019extirper et de devenir responsables.Soit dit en passant, il est vrai que le vocabulaire de la psychiatrie émaille le discours de Dick.Dans les Clans de la Lune Alphane, les classes sociales sont des classes de malades mentaux dûment identifiés.Dans ses oeuvres les plus brûlantes (Au bout du Labyrinthe, Robot Blues, le Maître du Haut Château, Ubik, le Dieu Venu du Centaure, Substance Mort), la névrose vomit et la psychose digère.Toutefois ces drames que désignent les concepts de la psychiatrie, Dick n\u2019en fait pas une affaire exclusivement individuelle de l\u2019homme contre le monde mais l'affaire même du monde.À sa façon, la parole de Dick est politique.Non seulement en ce qu\u2019elle dévoile les simulacres du Pouvoir, et le Pouvoir comme appareil à illusions et à rapines mais en ce qu\u2019elle décrit avec une précision entomologique ce qui advient des sujets dans cette misère.Sujets regroupés, clan de sujets, microcosmes non pas tellement des classes que des noeuds psycho-affec- tifs qui y prennent naissance.La psychologie de Dick est une psychologie qui ne s\u2019appuie pas sur le fantôme d\u2019une santé mentale profilé comme une solution-déja-la analogue au déja-la de l\u2019ordre social.L\u2019équilibre n\u2019est pas a trouver au sein de quelque bon sens républicain traditionnel mais au coeur impossible et déchiré des désirs collectifs que veille, au coin tendre des chapitres, la mélancolique lucidité des êtres lâchés dans l\u2019abîme devant l\u2019ampleur des fondations à venir.Dick, un Jules Verne sans l\u2019euphorie bourgeoise, un Jules Verne who would have put on the scrambled suit of Bob Arctor after meeting him on the Substance Death Day held in Edinburgh in 1859. con A ce x 35 PS SE os oe pt (od cs a .es = a er verrerie Sy FES cn arr == = = e M x cu Et 73 .ros Ak rz ps Ai ee ss Ta Ee Ane i ER fags Ea rn aa ste AT Eos SES Er 3 CP 5 ES = es SEE es = EE PS Cate tes ki fe = 5 = Er rar el: = = Ags Elec go es =: sue RE pe =e dE xe es 2 Sea a 2 fe oer ee ol Be: = = A 5 IHREN : Je S Ë À É A 3 J _\u2014 i. di BGO RGR OH tt HEROS IN EMH SHEN LH (En Strip-tease Bertrand Bergeron À Willy Apollon e n\u2019aime pas beaucoup les faiseurs d\u2019histoires.La plupart de mes contemporains, je le sais bien, se pressent devant les cinémas ou s\u2019engouffrent sous des centaines de pages de romans coûteux.En ce qui me concerne, je préfère une soirée bien à moi, un cigare, un rhum des Antilles\u2026 Mais.je compte parmi mes amis de toujours un romancier dont la profession est d\u2019ennuyer les gens avec des histoires au goût du jour.Comme il ne m\u2019a jamais fait l\u2019affront de me demander si je lis ses écritures ou encore de m'apporter un exemplaire dédicacé de son dernier ouvrage, je le supporte pendant une soirée de temps à autre.D'ailleurs c\u2019est un homme cultivé qui a beaucoup voyagé.Il a rapporté de ses périples des récits 85 PHASER a1 HARM À intéressants, nettement supérieurs aux fadaises qu\u2019on publie ou qu\u2019on porte à l\u2019écran.Or, survint ce fameux soir.Je n\u2019avais pas revu Philippe depuis deux ans au moins.Cela se passait chez lui.Il vivait alors dans un intérieur à la fois confortable et étonnant, conçu en tous points pour témoigner de son originalité sans entrer en contradiction avec ses partis pris idéologiques.Le phono jouait une sonate de Mozart, un peu fort à mon goût.Pendant un peu plus d\u2019une heure, Philippe disserta sur les moeurs des Chinois; ces Chinois que, paraît-il, nous connaissons mal à travers notre presse.Pourtant, depuis le début de son apologie, un détail m\u2019agaçait chez lui: un tic, un geste à l'oreille dont j'avais appris la signification au cours de nos longues années d\u2019amitié: il voulait me parler d\u2019une chose mais n\u2019osait pas.Je glissai donc une allusion fine, une autre, une autre encore.Tout à fait agacé par cette situation artificielle, je le suppliai enfin d\u2019en venir au fait et de me confier la source de ses tracas.Il s\u2019y résolut.Cp der Cela remontait à l'après-midi même.Cet ami, je dois le dire, fait montre de qualités morales un peu douteuses; 1l exerce son célibat avec une ardeur que connaissent peu les gens mariés.Ainsi il n\u2019est pas rare qu\u2019il revienne chez lui avec une inconnue.Dans ces cas, la conversation quitte rapidement le propos littéraire.Philippe appartient à cette catégorie d'individus qui consacrent aux femmes le temps et le dévouement que l\u2019homme met ordinairement au service de sa profession ou de son art.ARO.7 ers À 1 4) 6 3 ; ff au te \u20ac; a ES Deere ER qu 86 ES Sy ER Sa Se He se Donc, il avait ramené une jeune femme, une certaine Jeanne ou Jacynthe, la déesse des déesses, à l\u2019entendre.C\u2019est ainsi qu\u2019il désigne habituellement sa nouvelle conquête.Je me laissai raconter que cette Jeanne aux yeux bleus portait cheveux blonds teints et qu\u2019elle roulait des rondeurs enviables.Ce type de femme ne m\u2019a jamais attiré particulierement.Une jolie brune me plait davantage, surtout si elle porte des verres.Donc cette violoncelliste avait une voix aussi suave que l'instrument avec lequel elle gagnait sa vie.On prend un Cointreau en parlant du début de la carriere de Baudelaire, de la faiblesse des cordes chez Stravinsky, de Duchamp qu'on préfère à Picasso.On se sert un second Cointreau, on passe de Picasso a Kandinsky, du boudoir a la chambre a coucher ou l'on s\u2019entretient maintenant de la difficulté d\u2019établir un contact vrai entre homme et femme, des problemes de communication en général et des yeux de Jeanne en particulier.Et puis on en vient aux baisers de plus en plus prolongés, ces baisers dont Philippe a toujours exagéré les vertus et sur lesquels 1l se plaît volontiers à discourir.Je me souviens même d\u2019une époque, il y a dix ans environ, où 1l avait échafaudé une théorie sur le baiser.Sa classification se fondait sur une division des baisers en dix-huit catégories désignées en fonction de leur ressemblance avec certains animaux.On en trouve un exposé assez détaillé dans la bouche du détective de son avant-dernier roman; cela a d\u2019ailleurs fait l\u2019objet de remarques acides dans les milieux littéraires.Bien sûr, aux dires de Philippe, les critiques n\u2019ont rien compris.Je n\u2019ai jamais jugé utile de lui signaler que J'étais du nombre.On passe donc des baisers aux doigts dans les 87 cheveux, au corps-à-corps léger et aux effleurements accidentels.Alors Philippe, prenant un petit répit, s\u2019informe auprès de Judith des risques qu\u2019elle court et des précautions à prendre.Comme, à son dire, l\u2019enfant Jésus peut arriver sans carte d'invitation, Philippe, subrepticement, se saisit du nécessaire dans sa commode afin qu\u2019à la reprise des ébats, rien ne puisse interrompre l\u2019élan passionnel.Et l\u2019élan passionnel ne se fait pas attendre.De nouveaux baisers, de nouveaux bruits de vêtements qui se frôlent, quelques petits mots chuchotés vieux comme le monde.Dès ce moment, je l'avoue, mon ami commença à m\u2019inquiéter.Non pas qu\u2019il racontait avec ferveur et emportement \u2014 il raconte toujours avec ferveur et emportement \u2014, mais son visage était tendu et je le sentais à l\u2019affût de mes réactions, comme s\u2019il appréhendait quelque plaisanterie de ma part.Et pourtant, je ne le raillais pas.J\u2019écoutais avec cet intérêt un peu religieux que produit le troisième verre d\u2019alcool.Je devinais à son élocution qu\u2019il étirait son récit dans le but de retarder une échéance redoutée.Comme je pressentais aisément la suite, je me plaisais à le laisser louvoyer: Philippe fait partie de ces êtres dans la bouche desquels la plus petite insignifiance prend l'allure d\u2019un événement.Pourtant je sentais chez lui croître une anxiété maîtrisée avec peine.Il faisait les cent pas, bafouillait, lui qui possède un talent reconnu pour les phrases longues, rythmées et musicales.Tout a coup, il s'arrêta.88 «Alexandre, nous nous connaissons depuis fort longtemps.» Le fait d\u2019acquiescer ne suffit pas, il me fallut répondre.Alors seulement il daigna enchaîner: «Malgré les sarcasmes des critiques, je ne suis pas fou, tu le sais bien?» Il n\u2019était pas fou, je l\u2019en assurai.Toutefois, je dois l\u2019admettre, l\u2019ami me paraissait quelquefois plus sain que le romancier.Alors il se leva, traversa le boudoir, ferma la phono et vint s'asseoir en face de moi.Il avait besoin d\u2019être rassuré.Aussi adoptai-je mon regard rassurant du petit garçon qui n\u2019a jamais volé une friandise à l\u2019épicerie.«Écoute», me dit-il avec un geste de la tête du côté de sa chambre.J'écoutai.Je n\u2019entendis rien d\u2019abord, puis je crus distinguer une sorte de froissement de tissus, une voix étouffée, un sanglot ou quelque chose d\u2019approchant.Il s\u2019agissait d\u2019une femme en tout cas.D\u2019abord perplexe, je devins rouge d\u2019indignation et faillis lui lancer des invectives.«Ah non, quand méme Philippe, tu n\u2019as pas.» Quel mauvais goût! il aurait donc ligoté et bâillonné cette Jacynthe sur son lit! «Attends, ajouta-t-il, laisse-moi terminer.» Il ne plaisantait pas, cela tombait sous le sens.Comme 1l n\u2019avait pas dans le passé fait preuve de plus de perversité que la moyenne des hommes, je décidai de le laisser poursuivre.«Les baisers ne nous suffisaient plus, enchaî- na-t-il.Alors, comme pour donner l\u2019exemple, je déboutonnai ma chemise.Jacynthe ne manifestait aucun signe de désaccord.Au contraire! Pourtant, je le sentais, quelque chose l\u2019arrêtait.Timidité, pudeur, phobie, qui sait?Je me penchai, l\u2019enlaçai et glissai une main dans l\u2019ouverture de son col.Elle 39 me laissa faire, comme si ce travail devait échoir à l\u2019homme.J'aime déshabiller, on ne me pria point.Je retirai son chemisier orange, langoureusement, comme il est de bon ton de faire.Dessous, elle portait un chandail noir à manches longues.Sous ses pantalons, elle portait également des collants noirs.J'en fus surpris.» Philippe se tut, visiblement embarrassé.Il reprit: «Tu sais, j'ai déjà fait l\u2019amour avec plusieurs filles!» Il était inutile de me le rappeler.«Mais cette fois, il s\u2019est produit un fait inédit.Je la caressai de nouveau et lui enlevai son chandail et ses collants.Devine ce que je vis?» J'espérais qu\u2019il n\u2019allait pas donner dans le soutien-gorge noir demi-buste et le cache-sexe assorti! «Elle portait encore un chandail à manches longues, bleu pâle cette fois, et des collants de la même couleur.» Entre Philippe et moi s\u2019installa un des plus lourds silences qu\u2019il me fut donné de connaître.Ou bien cette fille était une drôlesse, ou bien Philippe avait des idées qui mènent généralement dans des cliniques d\u2019un genre particulier.«Tu ne me crois pas?\u2014 Mais si, mais si, ajoutai-je.Il ne faut pas m\u2019en vouloir, tu sais.Disons simplement que je ne suis pas habitué à ce genre de.récit.» Il me jeta un regard où se lisait la déception: je ne comprenais rien! «Et ce n\u2019est pas tout, continua-t-il.Elle s\u2019est mise à pleurer en silence et a m\u2019embrasser avec une sorte de passion désespérée.\u2014 Mais elle ne te donnait pas d\u2019explication?» 90 ¥ ; j \"hsiètii ré tètd qv Hit jo Ht gi HRM UBT SOBRO HHH HR UHHH HE I] ne me répondit pas et poursuivit, comme s\u2019il eut été seul.«Je lui enlevai son chandail et ses collants bleus.en-dessous, elle portait un ensemble du même genre\u2026 jaune\u2026 puis un vert.puis un blanc, un vert encore, un violet, un autre blanc, un mauve.» J'eus conscience qu\u2019il me faudrait m\u2019occuper de la santé mentale de Philippe.Le maximum de discrétion serait indiqué afin d\u2019éviter que deux ou trois semaines de surmenage ne ruinent sa réputation et sa carrière.Quelques jours à 'ombre sous les soins d\u2019un médecin efficace et Philippe serait redevenu l\u2019homme que j'avais connu.Pour le moment, il faisait pitié à voir.Les yeux hagards, vides, il se taisait.Je n\u2019existais plus.Il était perdu dans un monde où l\u2019on n\u2019arrive pas à déshabiller une femme.Nous restames ainsi un bon moment sans échanger une seule parole.J'attendais qu\u2019il renoue contact avec le réel pour lui suggérer en douceur une cure.Puis je distinguai de nouveau ce bruit étouffé provenant de la pièce voisine.Je compris la triste tâche qui m\u2019incombait.Je devenais le bon ami de l\u2019artiste tourmenté qui amène la victime à comprendre.Comment s\u2019y prendre pour la persuader de ne souffler mot à personne de cet\u2026 écart, si l\u2019on peut dire.Surtout si elle était ligotée et bâillonnée là depuis le début de l\u2019après-midi.Et encore, en espérant que Philippe s\u2019en soit tenu à ça! Le cognac attisa un peu mon courage.Je me résignai enfin et me dirigeai vers la chambre de Philippe.J\u2019ouvris la porte.Sur le lit et tout autour, par terre, par paquets, par tas, par grappes, en fouillis, gisaient des vêtements de femme.Et 91 Jeanne n\u2019était ni nue, ni ligotée.Sans s'asseoir, elle se redressa un peu.Elle avait le visage bouffi par les larmes.Elle ne pleurait plus cependant, elle geignait, comme si elle était tarie.Tarie et démunie.Elle me dévisagea.Sans doute attendait-elle une réaction de ma part, mais en vain.Alors tout doucement, elle retira son chandail, un chandail blanc à manches courtes.En-dessous, elle portait un autre chandail, un jaune, qu\u2019elle enleva également.Mais elle portait encore un chandail bleu dessous, puis un rose, puis un blanc.Elle continua de se déshabiller ainsi sans y parvenir jusqu\u2019au moment où, affolé, je me précipitai hors de cette chambre, sortis, hélai un taxi et rentrai chez moi.Je n\u2019ai plus rien su de Philippe.Je n\u2019ai jamais osé raconter cette histoire.À quoi bon?RE A EE TEE DERNIER PETER PET AVE FR ASE CCE LEE LCA ACER ET CUIR Ça luit et ça mange Hugues Corriveau \u2018araignée, dans la boîte, au fond, filait.Si lentement, qu\u2019en cela son travail paraissait étrange.Personne n\u2019aurait su dire pourquoi cette sensation.Les cinq têtes, tout au moins.Celles qui regardaient l\u2019araignée lente, sans sourciller, quelque peu ébahies, sans plus.Si lentement.À bien y regarder aussi, les bouches qui s\u2019ouvraient, dans un désir (sans doute, une quelconque avidité de la manger) tout aussi lentement manifesté.Une parenté d\u2019attitude qui laissait perplexe.Pouvait-on savoir si elles bougeaient même.Mais l\u2019immobilité présente dépendait du clignement rapide de mon seul oeil (borgne, depuis que son aiguille à tricoter m\u2019a crevé l\u2019autre par inadvertance).Ainsi, entre cet arrêt de la lenteur et le ralenti du geste des têtes et de la bête, je soupirais tout aussi bruyamment.Sûrement, on aurait pu croire que la scène deviendrait dramatique.Les soupçons peuvent difficilement se contrer.Comment ne pas s'inquiéter de rencontrer ainsi cinq têtes chauves, bavant, les langues pendantes, qui avouent indécemment leur faim.Ne m\u2019y connaissant pas vraiment, je ne pouvais dire si l\u2019objet de cette convoitise collective était une tarentule, une mygale, une argyronète ou une thomise.S\u2019il s'était agi de la première, sans doute cela aurait-il expliqué mon état de surexcitation (qu\u2019on ne saurait négliger puisque toute proximité de la mort, comme toute anticipation de tortures me font jouir, strictement).De toute façon, ce ne pouvait être une mygale puisque le sol est couvert de mica jaune qui étonne.Non plus qu\u2019une argyronète puisque l\u2019eau, rationnée ici, ne peut se boire que deux fois la semaine, et sous stricte présentation de la clé à robinet.Et puisqu\u2019il ne saurait s'agir d\u2019une thomise (la toile au fond de la boîte le prouve hors de tout doute), j'en conclus que les cinq têtes s\u2019attardaient distraitement devant une tégénaire.Cette insignifiance me surprit, car les personnages semblaient, de toute évidence, mériter mieux.Leur allure altière (les cheveux caducs, car ils troublent la concentration), visible dans leur nudité, me laissa soudain sans voix.Je ne pouvais donc pas les prévenir.Bien nerveusement (de cette nervosité intérieure qui fait sursauter les muscles), je ne bougeais pas.Ahuri, ni plus ni moins, de voir les cinq têtes attendre, dans une fébrilité toute contenue, le moment propice.Mais l\u2019insupportable lenteur de leur langue, salivant un peu plus, me faisait souhaiter l\u2019événement.D\u2019où j'étais, je voyais mal, de mon seul oeil, les allées et venues de la bête.J'étais (il faut l\u2019avouer) troublé par la nudité des 94 RE COLNE PEAR SN ATEN A RTO I D A PRE - PRISE SSSR AIRC AL EA ORR LE PUAN WNL} HAS CARH ITH TIER rl ERT! IRR HY} P H RTE RERO Sativa tl [ice ASR 1 catenadtt MIA.lieth, reer crânes.Ces gens étranges luisent dans le noir: sorte d\u2019érotisme igné.Le désir est ici tres intimidant, étant donné qu\u2019il est manifeste.Les lueurs érotiques varient selon l'intensité de l\u2019excitation.Il faudra reconnaître aussi que la propre rougeur de ma peau ne dépendait pas strictement de cette gêne conséquente.Lueur fauve, fascinante.C\u2019est toujours pareil, du moment où vous rencontrez un de ces êtres glabres.Du désir ici.On croirait, incidemment, se méprendre sur leurs intentions.Ils vous gobent en passant, vous rougissez, mais eux (comment est-ce possible?) luisent un peu plus.Le jeu se répète à l\u2019infini.Aucun moyen même de se fixer, puisque leur ressemblance a de quoi affoler.Le modèle se multiplie.Il ne s\u2019agit alors de personne précisément.Aucun choix, donc, puisque inutile.L'identité multiple, comme les salles elles-mêmes, et ce mica.L\u2019étale convenance.La conformité nue.Seule, l\u2019intensité des lueurs corporelles\u2026 mais là, s\u2019agit-il bien d\u2019une différence?Rencontrer ainsi cinq crânes chauves, penchés, heureux, lapant, avait de quoi susciter ma curiosité.La tégénaire elle-même, dans sa fadeur sédentaire, contrastait dans ce décor lisse et métamorphique.Apparence, sans doute.Creaturus et moriturus.Même ici, cette sensation fluide de la mort proche.Un délice, vraiment.Mais rien à faire, je ne pouvais partir, malgré la froide certitude d\u2019une urgence.J'aurais voulu sans doute (je suis un invétéré) continuer ma tournée de reconnaissance, bien que convaincu de la semblable identité de tous ces êtres et de l\u2019invariable conformité des salles qui me restaient à découvrir.D'ailleurs, leur nombre me semblait à ce moment-là illimité et la quantité que J'avais déjà parcourue n\u2019avait plus aucun sens.Je ne sais pas, incidemment, dans quel sens je les ex- 95 plore, ce qui crée, là aussi, une confusion.Chose certaine, il me faut au plus vite bouger.Je m\u2019y applique sans résultat depuis longtemps.Il me semble vraiment que je n\u2019en sortirai pas.Et ces têtes penchées qui ne cessent de grimacer.Si lentement.Suspendues au-dessus, dans une stupeur heureuse.Je les regarde de loin, on croirait vraiment qu\u2019elles viennent de trouver du nouveau.Mais je me dis, absolument, que cela est impossible puisque rien ne peut varier ici.Vais-je assez me le répéter?Donc, rien n\u2019explique ce goût que j'ai de voir ailleurs.Me joindre à elles?C\u2019est sans doute cela.Un goût inavouable de faire la sixième tête.Mais, quelle répugnante perspective! Aurais-je droit à une seule patte?J\u2019en ai des crampes.Il faut absolument.la première langue vient tout juste de frôler mon oeil mort\u2026 _ ; ; ; 4 Tu 1s dH ELAM fh iio fin aii tH (EER SEC Re ttt cl a ol TM SL EE [HAH SF: Signifiant Fantaisie Germain-Guy Beauchamp Le coeur est lent a discerner ce que l'oeil ne voit pas.Michel-Ange \u2018originalité de la SF se confond avec les essais malheureux tentés dans le but de la définir.Il faut entendre par là que la spécificité de la SF ne peut encore se déterminer et que la SF est toujours en devenir.Elle n\u2019est si vivace et si florissante que dans cette durée quelle interroge comme une littérature qui se doit de retrouver l'originalité d\u2019une présence au temps le plus essentiel, celui qui est le germe du futur et qui, tel un grain, pourrit dans nos mémoires pour renaître au nom de la poésie.Il est rare d\u2019ailleurs que les lecteurs assidus de la SF s'interrogent sur la pertinence d\u2019un classement littéraire.C\u2019est que la SF recouvre plusieurs genres dont il est difficile de déterminer exactement la structure commune.Pour un analyste de 97 La ne aA tt py 18 iii in i is + 98 8 PR t i Le de His Bi \"OR i I\u201d ET RCT TTT TT TH IT IT WT TIRE RETRY renom comme Todorov, elle n\u2019est qu\u2019une branche du fantastique qui se ramifie en fantasque et merveilleux.D\u2019autres mettront l\u2019accent sur le moteur du plaisir littéraire et parleront alors de la peur comme sentiment central des mécanismes de l\u2019'étonnement.Il est rare qu\u2019une littérature se reconnaisse sous le signe de deux initiales comme la SF.La définition est rendue encore plus difficile puisque les spécialistes, à commencer par certains auteurs connus comme Harlan Ellison, ne s\u2019entendent pas sur les mots auxquels renvoient les majuscules de la SF.Pour Ellison, si la majuscule F renvoit encore au mot «fiction», le S serait la premiere lettre de l\u2019adjectif «spéculative».En place et lieu du mot «science» qui fut d\u2019abord l\u2019indice principal de la SF.Un basculement s\u2019opéra dans les années soixante qui vit le crédo de la science comme ultime pointe de l\u2019évolution s\u2019écrouler sous les massacres scientifiques au Vietnam et la montée de la conscience écologique.On a d\u2019abord déterminé le genre de la SF par les valorisations scientifiques impliquées dans le récit.Ainsi plusieurs critiques font remonter à Jules Verne les premières oeuvres véritables de science-fiction.On doit retrouver alors quelque chose de scientifique qui alimente le récit soit comme hypothèse soit comme facteur d\u2019explication.En dernier lieu, on peut dire de cette approche qu\u2019elle repose sur la certitude scientifique comme critère ultime de vérité.Cela allait de pair avec le messianisme du progrès scientifique capable de résoudre tous les problèmes engendrés par les espérances de la société technologique industrielle.Il fallait que le récit soit plausible scientifique- 98 EST SE TA IR RE HAINE TEEN RTI posi lt gl ERE ENONCE ONLINE SUR AC née AE ment pour qu\u2019on lui appose le sceau de la SF.Mais ce critère est aujourd\u2019hui mis de côté sinon complètement dévalorisé.Cependant les Américains ont donné le qualificatif de «hard SF» aux récits qui prennent encore pour base un fait ou une hypothèse scientifique reconnus dans les limites du savoir scientifique contemporain.L\u2019astronome anglais Fred Hoyle se range dans cette catégorie avec des romans de facture très classique où il met en jeu des hypothèses invérifiables mais dont les prémisses reposent sur des données rationnellement plausibles (cf.The Black Cloud).L'unanimité d\u2019une définition de la SF comme genre littéraire particulier ne se fera pas tant que nous vivrons dans un monde technologique particulier.On peut toujours donner à S le sens de spéculative comme le fait Ellison: «S'il s\u2019est fait l\u2019idée d\u2019une bête reniflante à neuf têtes, aux yeux à multiples facettes, crachant le feu par ses naseaux et portant des chaussures de basket et un gilet écossais, un auteur crée de la spéculative-fiction.» On voit que le mélange en question fait appel a plusieurs ingrédients et que selon cette définition les salamandres de Cyrano de Bergerac dans ses Voyages aux Etats et Empires de la Lune et du Soleil le range rétroactivement dans la lignée de la spéculation scientifique avec un accent sur le Merveilleux.Maintenant, si nous nous penchons sur l\u2019attrait qu'exerce la SF, plusieurs domaines s\u2019ouvrent à notre investigation.En faisant porter l\u2019accent sur le goût esthétique du dépaysement et le désir de sortir des sentiers battus, on peut trouver dans la SF le champ où est rendue possible la fuite dans l'imaginaire.On peut même mettre à contribution l\u2019Éloge de la Fuite de Laborit, qui, en caractérisant 99 EEE OO AR POINTE RIRE RTE IE A CE les comportements humains par un ensemble de réactions à des situations de stress, oblige l'être humain à trouver des solutions imaginaires quand la réalité ne peut se transformer par l\u2019action directe.Tout comportement imaginaire devient alors substitut d\u2019une action impossible.La SF pourrait donc jouer sa partie dans ce jeu qui implique de prime abord une sorte de fatalité écrasante du système social considéré comme aliénant.Si la SF ouvre à l'imagination la voie des possibilités autres et des conjectures libérantes, elle retrouve la source des utopies où plusieurs analystes décèlent l\u2019origine de la SF.Alors, on remonte jusqu\u2019aux lois de Platon comme aux cités idéales de Campanella et de Thomas More.On place dans un futur lointain ou dans un passé inimaginable une société idéale.De grands écrivains comme E.Junger ou Hermann Hesse ont repris ce procédé dans Héliopolis pour l\u2019un et le Jeu des perles de verre pour l\u2019autre.Mais le moteur de la SF n\u2019est pas seulement à deux temps.Il fonctionne selon des données multiples qui se jouent même de l'utopie.Un roman comme le Maître du passé de R.Lafferty nous montre une société du futur qui envoit des émissaires dans le temps pour retrouver Thomas More.En effet, dans ce lointain futur, on a mis en pratique l\u2019utopie de More et tout s'en va à vau- l\u2019eau.Et l\u2019utopie est confrontée avec son auteur qui ne trouvera d\u2019autres solutions que d\u2019en accélérer la dissolution.C\u2019est donc dire que ce n\u2019est pas un idéal de société parfaite qui caractérise la SF.Il est difficile de classer la SF exactement parce qu\u2019il est difficile aujourd\u2019hui de donner une définition exacte de notre présent historique et qu\u2019il semble impossible de faire le tour de tous les 100 savoirs pendant que l\u2019attitude scientifique est elle- même remise en question.En ce sens-là, et dans cette perspective d\u2019une compréhension de notre temps, la SF est devenue peu à peu un rendez-vous des interrogations sur la validité des normes, quelles qu\u2019elles soient, qui supportent notre civilisation.Elle est donc symptômatique d\u2019un regard sur notre temps en même temps qu\u2019elle ouvre des portes condamnées ou inconnues.Elle est spéculative au sens étymologique du mot, qui vient de speculum, mot latin qui veut dire miroir.Elle renverrait donc une image mais le miroir est brisé et les sept ans de malheur ne semblent pas terminés.La SF est alors moins un genre de littérature qu\u2019une littérature engendrée par le temps.Elle rejoint la poésie par l\u2019intemporel de la créativité en s\u2019encrant pourtant dans le présent: par l\u2019affirmation instantanée d\u2019une marginalité, elle permet, par le biais de la littérature, l\u2019intrusion et l\u2019infusion d\u2019une liberté accessible et renouvelable.On peut peut-être mieux le comprendre en jetant un coup d\u2019oeil sur la SF des pays de l\u2019Est socialiste où chaque récit est souvent un cryptogramme d\u2019une situation jamais dite mais aliénante.Elle permet sous l\u2019affabulation de l\u2019ailleurs une critique acerbe des dogmes figés et normatifs des sociétés totalitaires.Sous le pré-texte divertissant se cache une vision autre qui veut se libérer des oeillères collectivistes.Il faut remarquer aussi que des critiques occidentaux marxisants ne se font pas faute de voir un sens exactement symétrique dans la SF de l\u2019Ouest capitaliste.On y voit une littérature du peuple pour le peuple qui fissure la normalité bourgeoise (cf.Pour une poétique de la science-fiction, Darko Suvin, P.U.Q.1977).Mais la SF dans son éclatement participe d\u2019un M.101 iii ER Ht ae ant OU HIRE TH HAH A OR ES CRG aidib hn, HY 31 tt: di: Soe HN RIN hadith.te Hat SL RSL, at JH SiR mouvement lié à la nouvelle technologie de l\u2019information.Si on va du côté de McLuhan et si l\u2019on privilégie le contenant plus que le contenu, on remarque que le bouleversement de l\u2019information électronique, comme nouvelle approche de récep- tion-participation au monde due à la télévision et à l\u2019ordinateur, fait naître une attitude globale et tribale qui rejette la linéarité de la culture de Gutemberg.La SF s\u2019inscrit directement dans cette nouvelle participation neurologique.Le roman très connu de Frank Herbert, Dune, offre un univers de civilisation grandiose.Nouvelle façon de penser, rituel étrange de l\u2019épice qui permet de voir le futur, mélange d\u2019éléments messianiques et de politique triviale, le roman implique le lecteur dans son dépaysement et par la re-construction d\u2019un monde complet, l\u2019oblige à une participation globale qui le plonge dans l\u2019action du récit et l\u2019invite à passer de lecteur passif à un rôle de témoin actif qui supplée par son propre imaginaire aux relations non-dites entre réel et rêve, où il trouve sa propre imagination.Les univers éclatés d\u2019auteurs comme P.K.Dick ou R.Sheckley, de S.Delany ou P.J.Farmer et de tant d\u2019autres ne reposent plus sur une cohérence d\u2019un espace-temps uniforme mais projettent une conscience héroïque qui se disperse dans les fragments des séquences brisées pour annoncer le temps nouveau de l\u2019homme cosmique.Le renouvellement des connaissances sur la matière et ses constituants, le bouleversement des notions de l\u2019espace et du temps qu\u2019ont entraîné les théories nouvelles de la relativité et de la mécanique ondulatoire comme de la géométrie non-euclidienne, exigent selon leurs fondateurs comme Einstein et Heisenberg une nouvelle philosophie.Elles proposent une image du monde beaucoup 102 TE plus fluide et, des quarks de I'infiniment petit aux trous noirs de l\u2019infiniment grand, l\u2019univers redevient un mystère.Cela peut prendre des siècles avant que l'humanité puisse intégrer et assumer cette nouvelle connaissance du monde.Comme cela arriva au moyen-âge avec la découverte que la Terre tournait autour du soleil.Est-ce que la SF ne pourrait pas être alors un laboratoire d\u2019idées et de comportements neufs nous préparant à une nouvelle façon de vivre qui tiendrait compte des connaissances acquises sur l\u2019espace-temps.Le fait que ces connaissances commandent une vision renouvellée de l\u2019homme annonce peut-être un nouvel espace-temps psychique et mental dont nous ne discernons que difficilement les propriétés.i Ry ASE: gs pe pi REE pe CATS I \u2018 Ie 3 Bh Mi + in i T LE _- a = i SiR, PRN.ei lr >.os ee \u2014 Gem ar Eee DEEL Fa Si te ae a rang pe ASE pe \u2014 oi, Eps oie ne 2 y cut 7 a ET = de R = À = = \u2014 3 = 5 > j ro = ah sr = = i = = = 5 et a pe ; mn y 5, I} + 0} sty A 3 = = = 3 wl 3 I ce iE a Et, après une nuit de Roger Des Roches ême si Régine est enfin là, devant ma fenêtre, flottant dans sa chemise de nuit beaucoup trop courte, je ne dois prendre tout de même aucun risque.Les francs-tireurs et 8 lcs membres de la du | Ul Um Imo Milice sont nombreux, embusqués d\u2019un côté comme de l\u2019autre du Boulevard, se tirant dessus ou préférant attendre qu\u2019une personne distraite s\u2019offre en cible, bien encadrée dans la fenêtre de son living, pour la descendre froidement et avec une précision qui ne fait que très rarement de blessés.Ce genre de pratique est monnaie courante, tout comme beaucoup d\u2019autres aussi étranges et meurtrières, excès que rien ni personne n\u2019expliquent, survenus depuis que Polaris, l\u2019Étoile du nord, est devenue supernova et a éclipsé par l\u2019éclat de son agonie 111 celui de la pleine lune.Malgré l\u2019allure insensée que cette pratique a prise (et malgré le ton insouciant avec lequel j'en parle), elle a aussi pris les allures d\u2019un sport, avec son éthique et ses règles: ni les francs-tireurs, ni la Milice, ne toucheront aux petites filles qui flottent contre les façades des appartements où vivent leurs parents effrayés.J'ai donc éteint toutes les lumières et je ne prends même pas une cigarette, même si celle-ci aiderait peut-être à calmer mes membres agités.Un petit bruit sourd: c\u2019est Régine qui se heurte à la vitre de ma fenêtre.Le vent s\u2019est levé et l\u2019a poussée plus près.Je m\u2019approche discrètement.L'enfant a les deux mains enfouies entre ses jambes, dans les plis de sa chemise de nuit, et ses doigts remuent très lentement.Je ne sais pas, je ne sais vraiment pas à quoi rêvent les petites filles maintenant: elles sont les seules qui auront été affectées par l\u2019apparition de la supernova.Affectées physiquement, s\u2019entend, exhibant maintenant des habitudes aussi extraordinaires que celle de ne plus avaler quelque nourriture que ce soit, sans s\u2019en porter plus mal, semble- t-il.Certaines se sont mises à soudainement parler en plusieurs langues et, enfin, elles ne dorment plus, les unes comme les autres, qu\u2019à l\u2019extérieur, flottant au gré du vent, toutes habillées de chemises semblables, comme si un accord secret avait été conclu entre elles.Si je puis discourir sans me troubler sur ce qui se passe autour de moi depuis que Polaris s\u2019est transformée en supernova, il m\u2019est beaucoup plus difficile de conserver mon sang froid devant ce qui arrive aux enfants comme Régine.Oh! n\u2019y voyez pas un quelconque signe de sensiblerie («Mon- dieumondieu, que sont devenus nos enfants?»).ee ai 112 Non.Les enfants m\u2019ont toujours été étrangers, et je n\u2019ai rarement eu autre chose que des sentiments presque hostiles à leur égard.Comme s\u2019il était question ici d\u2019une autre race et que je fus raciste.Non.Lorsque je songe aux enfants, c\u2019est à Régine que je songe.Je n\u2019essaierai aucunement d'expliquer les liens qui s\u2019établissent de jour en jour entre Régine et moi (unilatéralement, il va sans dire, puisque Régine ne me répond jamais), car vous me jugeriez et que je ne puis supporter le moindre jugement.Un coup de feu.J'entends, porté par le vent, le bruit d\u2019une fenêtre qui éclate, un gémissement très bref, étouffé par la distance, et le cri de joie («Vaincs par l\u2019oeil de Dieu!») que pousse un milicien.J'essaie donc de me rendre invisible, tout près du cadre de la fenêtre, et je tends mon verre de lait à Régine avec un sourire radieux.L'enfant glisse sa main droite plus profondément et je retiens mon souffle.Jamais elle n\u2019a été si agitée et si belle.«Est-ce que je te fais plaisir?» Sa petite voix éclate dans ma tête alors même que je comprends sans m\u2019étonner qu\u2019elle est maintenant télépathe.Je réponds, à voix haute: «Jamais je n\u2019ai été aussi heureux!» Elle tourne la tête vers moi et ouvre les yeux: c\u2019est toute la bonté du monde que j'y lis.«Comme si nous étions seuls», dit-elle, et elle doit avoir raison, car je n\u2019entends qu\u2019à peine le second coup de feu et le blasphème d\u2019un franc- tireur («Crève sous le cul du Diable!»).Le vent remonte sa chemise de nuit le long de ses cuisses et Régine semble l\u2019aider en cambrant légèrement les reins.«Quoi qu\u2019il en soit, je n\u2019ai plus peur et je l\u2019aime», me dis-je tout bas et je bois mon verre d\u2019un 113 hindi: EU RATE IST + pda it us bai TREAT.trait.«Je t'ai attendue plusieurs nuits, depuis les Métamorphoses», dis-je dans un murmure, les yeux perdus dans les jeux de tissus et de chair blanche.«J\u2019ai guetté ton sommeil, essayant de déchiffrer tes rêves.Lorsque tu flottais quelques étages plus haut, J'observais ta silhouette dessinée par les rayons de Polaris.et je m\u2019effondrais lorsque tes parents décidaient, juste avant d\u2019aller dormir, de t'arrimer aux volets de ta chambre.Mais, aujourd\u2019hui tu me visites.» Régine a un large sourire, de dents et de langue.Je fonds de plaisir et je fonds de douleur: ce doit être ça la rémission des péchés! L\u2019éclat maximum d\u2019une supernova ne dure qu\u2019un ou deux mois a peine.D\u2019ici quelques jours, si nous survivons a la flambée de violence qui s\u2019est emparée de la population de la terre (a des degrés moindres selon les endroits, puisque des grandes villes \u2014 où la violence aurait dû rapidement atteindre son paroxisme \u2014 seules New York, Tokyo et Berlin sont tombées), d\u2019ici quelques jours, donc, la supernova va disparaître, ne laissant dans le ciel, à sa place, qu\u2019un très vague nuage lumineux.Qu\u2019adviendra-t-i de nous?Comment nous com- porterons-nous à ce moment-là?Je n\u2019arrive pas à croire que tout redeviendra comme avant, car quelque chose a craqué dans l'équilibre précaire qui maintenait les hommes et les femmes au seuil de la folie et de l\u2019absurde, qui nous faisait encore croire en une quelconque machine humaine ayant atteint la perfection: des chasseurs nous attendent 114 dans les rues, les petites filles ne mangent plus et survivent néanmoins, elles flottent dans le ciel par centaines, la nuit, alors que la physique nous répète inlassablement l\u2019impossibilité de tels actes.Un troisième coup de feu éclate, plus près semble-t-il, et j'ai une manière de réponse: nous continuerons ainsi, jusqu\u2019à l'épuisement, puisque nous avons maintenant le prétexte qu\u2019il nous manquait, qu\u2019il nous fallait, un signe de Dieu ou un signe du Diable, peu importe.Ces signes ne peuvent mentir! «Ne cherchais-tu pas un prétexte, toi aussi, pour m'avoir, murmure Régine.\u2014 Mais je n\u2019ai de pensées que pour toi! dis-je.\u2014 La question n\u2019est pas là.Je n\u2019attends que tes mains \u2014 il y a des siècles que j'attends tes mains, qui sont ni celles de mon père ni celles de ma mère: des mains de désir.» Régine se retourne de tout son long contre la vitre, une joue écrasée et déformée par sa pression sur le verre, et un mince filet de salive coule de ses lèvres entrouvertes.«J'ai peur de te perdre lorsque Polaris disparaîtra», fait-elle dans mon cerveau avec la discrétion d\u2019un chat.«Non! Tu continueras à voler devant mes yeux! \u2014 Jusqu'à ce qu\u2019un franc-tireur ou un milicien me prenne pour cible.\u2014 Ils ne l\u2019ont jamais osé! \u2014 Quel sera leur code lorsque le ciel redeviendra ce qu\u2019il était avant?Qu\u2019inventeront ces vieux pères de famille?Depuis les Métamorphoses, il n\u2019y a pas eu un seul attentat contre un enfant.Lorsqu\u2019il n\u2019y aura plus que la lune dans le ciel.» Ses genoux, sa téte heurtent la fenétre alors 115 qu\u2019elle ferme les yeux et que ses doigts s'exécutent avec douceur et avec diligence.Les coups de feu se multiplient soudain: je n\u2019ose pas imaginer le carnage et quelles en sont les Xe victimes.Il y a des bruits de verre brisé, encore, le A choc mat d\u2019une automobile s\u2019écrasant contre un | mur au bout d\u2019un long crissement de pneus, des cris de guerre qui se répondent.«Ils n\u2019attendront pas que Polaris disparaisse», dit Régine dans un souffle (comme sa voix dans mon crâne ressemble à celle que jimaginais, en temps normal, sortir de ses lèvres magnifiques!).«Je suis pourtant si près de toi.» J'essuie la sueur sur ma lèvre supérieure, et je vois que Régine pleure doucement.«Ramène-moi sur terre», dit-elle.Elle a collé sa bouche contre la vitre.«Écrase-moi sous ton poids!» Si je n\u2019avais, jusqu\u2019alors, basculé dans la folie, eh bien voilà, c\u2019est fait maintenant! Je cours vers mon lit défait et j'enlève le drap.Je l\u2019enroule autour de mon bras gauche et je reviens à la fenêtre qu\u2019il me faudra défoncer, l\u2019ayant condamnée avec des planches et de gros clous au début des Métamorphoses.Il ne faut pas que je blesse Régine: j'allumerai et j'opérerai tres vite; je frapperai vite, faisant voler le verre, a j'attraperai Régine et la ferai pénétrer dans la | chambre d\u2019un seul geste.1 Quelque chose crie en moi alors que je fais la A lumière et que je frappe de toutes mes forces sur À les côtés de la fenêtre, me protégeant contre les morceaux de verre qui tombent déjà.Lorsque la fenêtre est en pièces à mes pieds, Régine me tend la main avec un sourire de fin du monde.Je m\u2019agrippe à son bras puis à sa taille, essayant de ne CE a CET rs pets 116 LN PEDAL pas penser, même là, à la chaleur et aux qualités de E ce corps sous le coton mince et froissé, humide de sueur.Puis quelque chose crie, hurle en moi, alors qu\u2019elle me dit simplement, de sa plus belle voix d\u2019enfant, sans aucun triomphe: ÿ «Pauvre vieux dégueulasse!» ÿ J'ai tout juste le temps d\u2019entrevoir la dizaine E d\u2019hommes amassés de l\u2019autre côté du Boulevard, É qui me crient des obscénités, disent que je n\u2019ai pas i i observé les règlements, et qui déchargent leurs armes d\u2019un coup, sans jamais rater une seule fois.C\u2019est donc ça la rémission des péchés! PON F i UE.BE i BR: Qu 4 i i Co po .a es ss pe: 0 Pee _ re a pie em x aS Fa, a ur = es pra |.or a 203 EAs er pes wo Tes SE re re Te TEE RIT Ce SE een ip Arty rs ra are ES iy 5 Rep a ro oT Ea fos ars Ea EEE eos 3% rx yay ee => és es a ce, os 2 fet Za 5 x = = = = dcr Rar RIG Kh pr ee gh yh HR = ce Pas = = - a : Pa ages d EN .ès - = EE er em, 22253 =e = ss TT TRE TT 7 STAR I L\u2019Or, l\u2019encens et la myrrhe Élizabeth Vonarburg inou! Minou!» De toutes ses forces Félix court derrière le chaton bondissant mais ses petites jambes potelées s\u2019embarrassent dans les hautes herbes, et l\u2019animal arrive avant lui à la route.Le dernier bond du chaton le pose sur l\u2019asphalte, il n\u2019a pas le temps de faire demi-tour: la voiture le happe.Le chaton est si léger qu\u2019il retombe de l\u2019autre côté du fossé; la tête est écrasée d\u2019un côté, et de l\u2019autre l\u2019oeil est sorti de son orbite sous la violence du choc.Félix s\u2019arrête devant le petit tas de fourrure, partagé entre l'horreur et la curiosité; il s\u2019accroupit, touche le poil noir déjà terni\u2026 Oui, oui, c\u2019est bien Minou.Il le prend à pleins bras et se met à hurler en pleurant.Une main le saisit, lui arrache le petit cadavre.C\u2019est Maman, elle est très en colère.«Je t'ai dit de 119 ne jamais aller vers la route!» et une giffle tombe lancée à toute volée.Du coup Félix arrête de hurler.Mais maman le prend dans ses bras, il sent qu\u2019elle n\u2019est pas vraiment fâchée.Elle a eu peur.Tandis qu\u2019ils reviennent vers la maison, Félix se tourne un peu, il regarde par dessus son épaule vers la route rugissante; 1l ne voit plus le petit corps noir enfoui dans les herbes et les ronces.«Méchantes, méchantes voitures! dit Félix tout bas, Méchantes, méchantes! » 2 Le ministre consulta discrètement sa montre et soupira.Onze heures moins le quart; encore une bonne heure et demie avant de pouvoir convenablement partir.Les conversations et les rires montaient de minute en minute parmi les cadavres de bouteilles et les plats ravagés du buffet.Vingt- quatre décembre.Parmi toutes les coutumes idiotes.Un des gardes apparut à l\u2019entrée.Quoi encore?L'homme avait la tête d\u2019un porteur de mauvaises nouvelles.Son regard accrocha celui du ministre, il lui fit un signe urgent et s\u2019écarta de quelques pas.Le ministre jeta un coup d\u2019oeil autour de lui: personne n\u2019avait rien vu.Il se dirigea vers la porte en affectant la nonchalance.Qu'est-ce qui se passe?ne peuvent pas me laisser tranquille un 24 décembre! «Téléphone, Monsieur», dit le garde.Il suivit l'homme dans le bureau et saisit l\u2019appareil avec un soupir exaspéré.«QUOI?\u2026Comment est-il entré là, d\u2019abord?.Eh bien, délogez-le! Comment, pas moyen! 120 .Non, on ne peut pas se le permettre, pas avec ces otages-là\u2026 Très bien.Qu\u2019est-ce qu\u2019il veut?\u2026 Il veut QUOI?» «Donnez-moi ce livre!» Félix baisse la tête et pousse le livre de côté sur son bureau.Le professeur le prend, renifle avec mépris: «De la poésie!» Il détache les syllabes et le mot prend une résonnance obscène; les voisins de Félix ricanent en se poussant du coude.«Confisqué!» dit le professeur.Il retourne à son bureau.«Et vous ferez trois heures de plus à l\u2019atelier.On verra si vous pouvez lire de la poésie en maniant un tour!» À la sortie les autres entourent Félix.En regardant leurs visages allumés de malice 1l sent sa gorge se serrer.Le grand Marc prend une pose provocante, une main sur la hanche, le ventre en avant, il caresse la joue de Félix en disant d\u2019une voix de fausset: «Ma belle poétesse.\u2014 Tu as de jolies fesses!» complete un autre.Ils s\u2019écroulent de rire.4 «On ne sait pas comment il est entré, Monsieur le Président.Votre soeur et son mari ont toujours exigé le minimum de surveillance et.Impossible, Monsieur le président.Bien sur, il y a toujours moyen, mais.Nous avons immédiatement envisagé plusieurs plans d\u2019attaque mais cet homme est tres certainement un maniaque, Monsieur le Prési- = or TRO Tn ERE Refiisnantini nas STRESS PASSE SMTP 3 j ; ji i i DDR Ms AA RO OR ES SON SRR hb Ki TERMS te EE de ds Bat dent, on ne peut pas vraiment prévoir ses réactions.Le plan le moins dangereux implique un risque de 25% pour les otages\u2026 Oui, Monsieur le Président, c\u2019est bien ce qu\u2019il veut.Non, aucune rançon, rien.\u2026Je ne sais pas s\u2019il voudra vous parler à vous, Monsieur le Président.» 5 Il fait une chaleur épouvantable dans la petite chambre.Les autres n\u2019ont pas l\u2019air de s\u2019en rendre compte; ils parlent.Depuis cinq heures ils ont refait le monde au moins cinq fois.Félix ne perçoit plus qu\u2019une sorte de magma verbal, une bouillie monocorde où surnagent parfois quelques débris reconnaissables: «.révolution.masses.capital.».Ou bien: «.surpopulation.tiers-monde.impérialisme.nantis.».Il regarde les bouteilles de cognac et de champagne vides, les restes de pâté de foie gras et le caviar écrasé sur le tapis.«Demain», «demain».Eux, demain, ils seront à leurs cours et lui, il faudra qu\u2019il retourne à l\u2019usine, ou n\u2019importe où, pour gagner de l\u2019argent, pour pouvoir manger.Les mots magiques continuent à flotter: «.\u2026multinationales\u2026 pillage.pollution\u2026».Félix regarde le nuage de fumée bleue qui s\u2019appesantit sur la pièce; il a les yeux qui pleurent, la gorge irritée.« Pollution, marmonne-t-il tout bas, \u2026bandes de cons!» 6 L\u2019homme est adossé au mur, l\u2019enfant sur les genoux.De la main droite il feuillette le livre 122 d\u2019images, de la main gauche il tient le revolver contre l\u2019enfant.À l\u2019autre bout de la pièce les deux adultes ligotés sur le divan regardent l\u2019homme et l\u2019enfant d\u2019un air légèrement hébété.Le téléphone sonne, une fois, deux fois, trois fois.homme ne bouge pas.Les lumieres du sapin clignotent a intervalles réguliers, VERT, JAUNE, BLEU, ROUGE; VERT, JAUNE, BLEU, ROUGE.L\u2019homme murmure quelque chose en montrant une image et l'enfant se met a rire.VERT, JAUNE, BLEU, ROUGE.7 Félix pousse la porte du bar.Ses poches sont vides, mais pour un peu de chaleur.Personne ne remarque son entrée: toutes les têtes sont tournées vers la lueur grise du téléviseur au-dessus du comptoir.Une foule agitée devant le grand escalier de l\u2019Opéra, un service d\u2019ordre presque débordé; des silhouettes en habit commencent à descendre les marches.Gros plan sur un visage long et étroit, aux yeux fixes qui ne scillent pas; la bouche est très large, presque sans lèvres, les joues plates, la peau sans pli d\u2019expression.Les voix des reporters crient des questions incompréhensibles dans le désordre, puis l\u2019une d\u2019elles se détache soudain: «vous de la situation en Afrique du Sud?» La grande bouche s\u2019étire horizontalement, sans se relever aux coins: «L'occasion est quelque peu inadéquate pour me poser une telle question.» Il s\u2019est fait comme une accalmie de bonne volonté dans la masse houleuse des journalistes et 123 la même voix demande encore: «Mais que pensez- vous de nos problèmes raciaux?\u2014 Ils sont certainement sérieux et préoccupants, mais nous ne saurions nous immiscer dans la politique intérieure des pays concernés.» Et la haute silhouette trop mince s\u2019engouffre dans la voiture qui l\u2019attend.Un concert d\u2019appréciations moqueuses s\u2019élève dans le bar: «Ça, c\u2019est enveloppé!» «Ils ont pris le ton drôlement vite!» «Penses-tu, c\u2019est comme ça chez eux aussi, tout simplement!» «Alors, pas la peine de venir ici!» «Ah mais c\u2019est qu\u2019ils ont besoin de nouveaux marchés, eux aussi! La logique du système capitaliste\u2026 dit une vieille voix un peu chevrotante.\u2014 Arrête, grand-père, on ne sait même pas comment ça marche sur leur planète! \u2014 D\u2019après leur comportement depuis qu\u2019ils sont arrivés, en tout cas, c\u2019est pareil qu\u2019ici!» Félix s\u2019assied à une table dans un coin sombre; il étend ses jambes fatiguées; le froid humide du dehors ne veut pas le lâcher.Personne ne fait attention à lui: le serveur écoute, comme tout le monde, un gros homme à l\u2019air important qui s\u2019écoute aussi parler avec satisfaction: «Et moi je dis que ça fait longtemps qu\u2019ils avaient pris contact avec eux, au moins depuis les années \u201870.Les visites et les pourparlers depuis six mois, c\u2019est de la frime.Tout est arrangé depuis longtemps! \u2014 Sur le dos des travailleurs! dit le petit VIEUX.\u2014 Ni plus ni moins que ce qu\u2019on a déjà sur le dos! lance quelqu\u2019un d\u2019autre.Ça n\u2019a rien changé nulle part.Vous l\u2019avez entendu: pas d\u2019ingérence dans les affaires intérieures.124 ey J ERP EE PA EEE 4 Lo A OR TITRE ET RTE RER Er R SET HI TR MEN LT LRMARN.ssatithes cnt, I RE PR PITT TOR PE PIIA CNRS ass SF \u2014 Pardi, c\u2019est le commerce qui les intéresse, pas la politique! dit le gros homme.\u2014 Mais le commerce C\u2019EST la politique!» rage le vieux gauchiste.Personne ne relève ses paroles: le sujet n\u2019intéresse pas la majorité des consommateurs.«Le fait est qu\u2019ils ne sont pas si différents, dit le patron derrière son comptoir, relançant la conversation, même physiquement, somme toute, on s\u2019habitue.» Tout le monde se met à donner son avis en même temps.«Mais ils viennent d\u2019ailleurs!» proteste faiblement Félix.Il a dit cela pour lui-même, mais c\u2019est tombé dans une accalmie: tout le monde l\u2019entend et se retourne; on le dévisage, on le jauge: ce n\u2019est pas un habitué.«Qu\u2019est-ce que ça fait, puisqu\u2019ailleurs c\u2019est pareil qu'ici?» finit par dire le gros homme, avec un vague défi dans la voix.«Mais on ne sait pas si c\u2019est pareil! Ils disent que c\u2019est pareil, les journaux, la télé, mais c\u2019est peut-être seulement ce qu\u2019on leur a dit de dire.\u2014 Ce sont les Goonies eux-mémes qui 'ont dit aux journaux et a la télé! \u2014 «Koonin», rectifie Félix malgré lui, ce sont des Koonin.Leur planete s\u2019appelle Koon.\u2014 Ftalors, c\u2019est eux qui le disent! rétorque le gros homme en gloussant.Pourquoi croire ça et pas le reste?» Félix fait une dernière tentative: «Peut-être que les gouvernements ont intérêt à ce qu\u2019on croie que c'est partout pareil.\u2014 Pas bête, dit un fumeur de cigare à côté du gros homme.Tout ça pourrait être une gigantesque farce montée par les gouvernements, pour nous faire tenir tranquilles.De faux extra-terres- 125 tres, plein de trucages\u2026 Ils peuvent le faire.» Quelques protestations s'élèvent, mais l\u2019idée est trop séduisante, les spéculations reprennent de plus belle.Félix secoue la tête dans son coin.Non, non! Les Koonin sont réels! II FAUT que ce soit autrement quelque part.«Et pour Monsieur, qu\u2019est-ce que ça sera?» Le serveur attend d\u2019un air sceptique en détaillant les habits fatigués de Félix.Félix fait mine de regarder sa montre, se rappelle trop tard qu\u2019il n\u2019en a plus.«j'attendais quelqu\u2019un\u2026», marmonne-t-il en se levant.I quitte le bar.Dehors, le long des rues mouillées et désertes, les gratte-ciel tendent leurs doigts mutilés par le brouillard.Félix marche sans savoir où il va.Une farce! Un trucage! Non, non! 8 «Mais cet homme est dangereux, Monsieur l\u2019Ambassadeur, un dangereux maniaque! Nous ne pouvons vous laisser prendre un tel risque! Les conséquences.» La voix du Président hésite, se perd, devant le visage indéchiffrable et les yeux immobiles de l\u2019ambassadeur koonin.«Alllyhi est un de nos spécialistes.comment dites-vous?«Anti-terrorisme», dit la voix aux 1n- flexions appliquées.\u2014 Mais ce n\u2019est pas un terroriste! proteste le ministre de l\u2019Intérieur.Nous aurions réglé le problème depuis longtemps, sinon! C\u2019est un FOU! \u2014 Parce qu\u2019il veut parler seul a seul avec l\u2019un d\u2019entre nous?» Le ministre et le Président échangent un rapide coup d\u2019oeil déconcerté; il n\u2019y a jamais 126 0 {ol Mi (ot br Qu Eu moyen de reconnaître un accent ironique dans la voix toujours égale des Koonin.«Mais le procédé qu\u2019il a choisi», commence le Ministre.Il se tait, mais déjà le long visage étroit s\u2019est tourné vers lui: «Existait-il d\u2019autres moyens?\u2014 Là n\u2019est pas la question, intervient le Président en toussotant.Êtes-vous vraiment certain que votre spécialiste pourra maîtriser cet homme sans danger pour les otages°» L\u2019ambassadeur fait un signe et un Koonin s'approche; il est semblable aux autres, mince, grand, une silhouette ou l\u2019oeil, vaguement mal a l\u2019aise, s\u2019essaie, mais ne parvient pas à placer les repères familiers, côtes, hanches, articulations.«Un de vos hommes veut-il essayer de frapper Un des gardes s\u2019avance à l\u2019injonction du ministre, hésitant.«Allez!» dit le Président avec impatience.L'homme commence à bouger.et il est par terre, cherchant son souffle.«Mais l\u2019autre a une arme.marmonne le ministre, mécontent.\u2014 Encore devra-t-il toucher un organe vital du premier coup, remarque l\u2019ambassadeur.Il faut une blessure mortelle pour arrêter un de nos spécialistes combattants une fois que leurs réflexes sont déclenchés.\u2014 Une telle spécialisation étonne chez une race aussi paisible que la vôtre, dit le Président.\u2014 Nous ne connaissons pas ce que vous appelez la «folie», réplique l\u2019ambassadeur Koonin de sa voix égale, sans paraître avoir compris l\u2019insinuation, «mais nous savons ce qu'est la violence.» 9 La femme sort d\u2019abord, puis l\u2019homme, avec l\u2019enfant dans les bras.«Il les laisse tous partir?s\u2019étonne un des policiers.Vraiment cinglé, ce type! \u2014 Il ne va pas faire long feu maintenant, si le Goonie est moitié aussi fort qu\u2019ils le disent! \u2014 Mais qu\u2019est-ce qu\u2019il voulait?\u2014 Parler avec.» Le policier secoue la tête: «Vraiment cinglé!» 10 «Avancez lentement, Arrêtez!» L'homme est dans un coin sombre loin de la porte.Alllyhi écoute attentivement la voix: le Terrien est dans un état de forte tension émotionnelle, en effet, mais pas tellement plus que ceux qui ont pris contact avec les Koonin la première fois.Est-ce là ce qu\u2019ils appellent «folie»?Non.C\u2019est le fait de se servir de la vie d\u2019autres humains pour arriver à ses fins, disent-ils.Mais leurs généraux et leurs présidents ne font pas autre chose\u2026 Et le Terrien a laissé partir tous les otages.Il n\u2019a plus de monnaie d\u2019échange.«Déshabillez-vous.» dit la voix avec une ré- sonnance nouvelle, hésitante.Alllyhi tire sur la fermeture de son habit.«Attendez! Êtes-vous.un mâle ou une femelle?» Ah oui.T'abous sexuels.«Une femelle.Mais il n\u2019y a pas de différences pour vous.Et les Voyageurs sont tous.» Elle cherche le mot.«.«neutralisés».» Le silence se prolonge; le Terrien dit enfin d\u2019une voix brouillée: 128 S i .il 11448 ii EE: i céfé séatitititér pt ane soba OEE lsd HEL EEE LEH ER Ls AM GS Hi ta a4 «Il faut.il faut que je sois sûr.Est-ce que cela.vous géne, de vous déshabiller?\u2014 Pas du tout.» dit Alllyhi.Elle finit d\u2019ouvrir sa combinaison, la roule jusqu\u2019à terre, sent le petit micro que les Terriens ont collé sur le revers et s'arrange pour ne pas trop l\u2019enfouir sous le vêtement.L'homme sort de l\u2019ombre.Un adulte, maigre et fatigué.Visage pâle et creusé.Les habits sont de mauvaise qualité, sales, froissés; la main qui tient l\u2019arme tremble un peu.Cet homme n\u2019est pas en état de se défendre, même pas contre un combattant de sa propre race! Sa seule arme véritable était les otages, et il les a laissés partir.C'est étrange.L\u2019homme approche.Il est à portée d\u2019un saut, d\u2019un pas.À portée de la main.Alllyhi ne bouge pas.Que va-t-il faire?Il s\u2019est mis lui-même à la merci d\u2019une attaque.Est-ce cela, la «folie» terrienne, cette imprudence?Les yeux de l'homme parcourent le visage d\u2019AlIlyhi, son corps, reviennent à son visage; la tension semble se relâcher un peu, l\u2019homme murmure: «Je savais bien.je savais bien.» Il secoue la tête: «Mais pourquoi ne faites-vous rien?» Alllyhi le regarde sans comprendre, prête à bondir: la tension est revenue dans la voix de l\u2019homme.Mais le revolver pend au bout de son bras.Et les traits de son visage n\u2019indiquent pas la colère, mais une autre émotion, qui ne menace pas.Alllyhi se détend.«Je ne comprends pas, dit-elle.\u2014 Pourquoi ne les obligez-vous pas à faire la paix?Pourquoi.» L'homme écarte les bras, les laisse retomber le long de son corps.«Pourquoi?» Croit-il donc que s\u2019ils le voulaient, ils le 129 HH ii I fii pourraient?Mais Alllyhi pense au micro, et se tait.«Est-ce que c'est pareil, chez vous?Sur Koon, est-ce que c'est comme ici?» reprend l\u2019homme un ton plus haut, la voix comme étranglée.Alllyhi comprend soudain: l\u2019homme veut être rassuré; ce doit être un de ceux qui ont peur des autres races.«Oui, bien sûr, dit-elle.C\u2019est partout pareil.» Elle va continuer, mais l\u2019homme répète: «C\u2019est pareil!» Quoi, n\u2019est-ce pas ce qu\u2019il voulait entendre?Il dévisage Allyhi et se met à rire.Il n\u2019est pas heureux, mais il rit.Encore la folie?Entre deux rires, il répète: «C\u2019est pareil! C\u2019est pareil! » Et la main qui tient le revolver se lève.Alllyhi bondit automatiquement.Ce n\u2019est que lorsque l\u2019homme est tombé à terre qu\u2019elle réalise: le revolver ne se dirigeait pas vers elle.11 L'homme s\u2019assied en secouant la tête.Il se relève lentement.Tout sa tension a disparu; il regarde autour de lui, il semble plus maigre, plus pâle.Il n\u2019a pas l\u2019air de savoir où il est.Alllyhi fait un pas de côté, pose le pied sur le micro caché et l\u2019écrase sans bruit.«Puis-je me rhabiller?» L'homme regarde Alllyhi comme s\u2019il ne la reconnaissait pas.«Oui, Oui.», murmure-t-il d\u2019une voix indistincte.Allyhi se rhabille; l'homme ne bouge pas, il ne la regarde pas.Il ne regarde rien, ou alors si loin qu\u2019il ne peut rien voir.Alllyhi examine le revolver: il y a une seule balle dans le barillet.«C\u2019est Noël, aujourd\u2019hui», dit soudain le Terrien.Il veut parler.«Une féte.», dit Alllyhi.130 «L\u2019étoile\u2026» La voix se brise, reprend: «L'étoile est descendue sur la crèche.Pour annoncer la venue du Sauveur.Qu\u2019ils disent.» Au bout d\u2019un moment Alllyhi demande: «Qu'est-ce qu\u2019ils vont faire maintenant?» L'homme hausse les épaules: «M\u2019enfermer.La prison, ou l\u2019asile.\u2014 Longtemps?» L'homme hausse encore les épaules: ça lui est égal.«Et apres?\u2014 Ce sera pareil.» dit l'homme au bout d\u2019un long silence.Ils sursautent violemment tous les deux quand l\u2019horloge se met à sonner.Douze coups.«Joyeux Noël», dit Alllyhi.L'homme se retourne vers elle avec un regard un peu surpris.Alors elle tend les bras, elle le prend dans ses mains, et, avec douceur, sans qu\u2019il ait le temps de comprendre, elle le tue.12 Plus tard, lorsqu\u2019elle est revenue parmi les siens, les autres combattants, ils lui disent: «Pourquoi as-tu attendu si longtemps?» Elle ne répond pas; elle a fait son rapport à ses chefs, ils ont été satisfaits de sa manière de procéder, ils n\u2019ont pas posé de questions.Elle retire les lentilles qui protègent ses yeux, respire profondément l\u2019air toujours un peu trop lourd et va vers la fenêtre.T'out en bas, la ville étrangère scintille de plus d\u2019étoiles que le ciel obscur.Un phare pivotant clignote quelque part au sommet d\u2019une tour, très loin, dans la nuit. i we .Are J ai Le J ran A a __ re 2 x oor on Li = na Le nn TAS Lp eri =: RS = = nts a Ses Fs pa Br et ST ces sets ee ee ro es Ee EE i I.Sy es Ree 7 res Sa RO Eee a dress oe rea ips oy ET TT = ae Bo pgp: ce = irs ca = CZ _ x fe ace Tn = x Se a i EEF Pa RT het jeter ce EN SES RS Me a oi ELS = LC Gen pe a rks HN pts Ka Cu 5 Si =: ES 2 EX = & RX i ae À = c'e qe EUEEE TEE Adieu les petites mamans J Louis-Philippe Hébert : on tres cher Claud, il y a un temps fou k qu'une marsupiale a 1 mis les pieds dans Iappartement.Je me | demande même à } quoi elles ressem- 1 blent.Comme au- E cune banque de données n\u2019y fait allusion, je conserverai d\u2019elles une image floue.Ou peut-être oublierai-je tout des marsupiales \u2014 je sais, tu préfèrerais que je les Eg - appelle «les petites mamans».Tu trouves cette expression plus romantique.Je ne crois pas que ce soit l\u2019origine du mot qui te gêne, mais plutôt ses connotations scientifiques et surtout la zoologie à laquelle marsupiale renvoie.Car les marsupiales \u2014 quoi qu\u2019on en pense dans les circonstances que tu connais \u2014 les marsupiales sont des aminaux.Et non des vêtements comme le suppose le passant quand il les observe dans la vitrine du couturier.133 Bien sûr, cette impression tient surtout à l\u2019étalage: les modèles sont toujours présentés debout et la marsupiale est posée sur leur tête soit à la manière d\u2019un chapeau à larges bords, soit un peu distendue et rappelant une cagoule allongée; mais il en émane inévitablement une apparence de lèvres, une suggestion de lèvres puisqu\u2019elles sont invisibles, comme d\u2019une tétine de bébé.Les personnages ne sont pas troublés dans leur immobilité.Ce sont des mannequins en bakélite et la bête (même si elle salive abondamment du corrosif) n\u2019a aucune emprise sur ce matériau.Les mannequins luisent fièrement, l\u2019air un peu hautain sous cette cire brûlante.Quel exemple pour nos minorités! On en est venu à présenter la marsupiale sous le signe de l'élégance.Du bon goût.D'accord, c\u2019est la condition à respecter si l\u2019on veut que la vitrine échappe au mouvement d\u2019ascenseur qui propulse les magasins hors de la vue du client.Sur simple pression d\u2019un bouton, qui ressemble à s\u2019y méprendre à celui d\u2019une sonnette, c\u2019est la glissade en sens contraire.Le retour au bout de la queue.Ainsi le veut la réglementation de l\u2019étalage, qui ne tient même pas compte des consignes de silence émises par la conciergerie.Sans doute, à l\u2019exemple des concierges, suis-je trop sévère.S\u2019il n\u2019en tenait qu\u2019aux concierges, il n\u2019y aurait plus de boutiques.Supprime le commerce, et les marsupiales disparaissent comme par enchantement.Nous ne nous parlons presque plus d\u2019un immeuble à l\u2019autre.Je me demande s\u2019ils n\u2019ont pas déjà trouvé le moyen de nous enfermer.Tu ignores que, quelques jours apres ton départ, ils ont interdit les sorties nocturnes.En deux semaines, la vie est devenue un enfer.On entendait glousser dans la tuyauterie.Et ton voyage qui s\u2019éternisait.Je suis sûr que les concier- 134 ei v AN a 1 ON Hit 1 a Qu RESTE ete ges ont lu toutes tes cartes postales.Il y en a même une qui m\u2019est parvenue avec un timbre-commen- taire.Le lendemain, je n\u2019ai pas pu déposer de plaintes.Je me dirigeais vers la conciergerie quand mon évolution fut compromise.Je n\u2019arrivais plus à me concentrer.À tout moment, je me retrouvais sur une voie de garage.Je n\u2019en croyais pas mes yeux.Pendant la nuit, les marsupiales avaient été placées en vitrine sur des mannequins stationnaires, en position verticale.Comme une casquette! Et personne ne semblait affecté.Les passants cachaient leur étonnement sous un drôle de sourire qui consiste à mordre sa lèvre inférieure et à la sucer.Je ne rêvais pas.La position verticale allait convenir au port de la marsupiale! Je rentrai à l'appartement et je rangeal mes chaussures sous le lit.Je sais qu\u2019on ne doit pas parler de ces cho- ses-là.Encore moins écrire là-dessus.Mais as-tu jamais pu rester debout après que les marsupiales se sont fixées sur ton crâne?\u2014 rappelant les chevelures que portaient les primitifs (et qui coiffent encore, me dit-on, les nomades).En présence des marsupiales, toi aussi, tu te replies sur toi-même, tu adoptes la forme de l\u2019obus (tu ne penses pas du tout à marcher en pliant les poignets) et tu attends que la poche ventrale se dilate.La bête n\u2019est pas nerveuse.Flle a le tour: elle avale doucement, par petites succions répétées.Tu m\u2019objecteras qu\u2019il est tabou de parler du plaisir qu\u2019elle provoque.Je ne t\u2019obligerai pas à lire quelque propos sacrilège.C\u2019est une histoire entre co-locataires, et plus: une question de solidarité à l\u2019intérieur de l'immeuble.Cependant, il n\u2019y a pas d\u2019indiscrétion à révéler que dans l'immeuble voisin, les vitrines offrent une autre sorte d\u2019aminal pour 135 satisfaire la lubricité des occupants.Si j'ai pu passer deux semaines sans la présence d\u2019une marsupiale, c\u2019est que je pense n\u2019avoir plus rien à voir avec le genre d\u2019extases qu\u2019elles me procurèrent.Je me suis fait un nouvel ami depuis ton départ.Nous avons même eu une conversation.Après quoi, il m\u2019a suggéré de lui rendre visite.Il habite au coin de la cinquante-sixième et de la quatorzième.Dans l\u2019immeuble réservé aux ichtyoi- des \u2014 tu sais, ces types qui possèdent de minuscules nageoires dorsales\u2026 Eh bien, ils ont un truc formidable! C\u2019est aussi à moitié électronique, à moitié vivant.Je ne peux t'en dire plus: chez eux, la moindre allusion à (disons) une carpe est interdite.Même au contact de l\u2019aminal, il est prescrit d\u2019agir comme si ce dernier n\u2019existait pas.Le résultat immédiat?\u2014 la «carpe» reste libre de circuler dans la chambre comme elle l\u2019est dans son bassin.J'imagine qu\u2019elle est dépourvue de gravité, lestée uniquement par le sac d\u2019eau qu\u2019elle porte autour de sa personne.Ce n\u2019est qu\u2019une hypothèse.Invérifiable comme tout le reste.Les concierges ont placardé des avis: un seul contact, même visuel, suffit à contaminer les deux protagonistes.Vous devez faire plus qu\u2019affecter l\u2019ignorance sinon vous la portez sur vous, à la manière d\u2019un parasite.Elle se loge parmi les organes de la digestion.Tu comprends pourquoi les aquariums sont fabriqués de verre dépoli.Tu comprends aussi pourquoi les vitrines sont si sombres.Tu ne les as peut-être jamais remarquées: c\u2019est à peine si on distingue la lueur d\u2019un oeil se déplaçant dans des nuages d\u2019encre.On appelle cela une carpe parce qu\u2019il faut bien lui donner un nom.Mais qui a, de nos jours, les connaissances suffisantes pour procéder à la description d\u2019une carpe serait-elle de l\u2019ancienne 136 espèce?Mon ami (qui fait semblant de tout connaître) m\u2019a dit qu\u2019autrefois les aminaux vivaient en liberté (exactement comme nous, tu t'imagines) et qu\u2019ils copulaient entre eux selon des normes et des catégories bien définies.Il est un peu fantasque; il ne faut pas croire tout ce qu'il raconte.J'ai questionné un concierge qui m'affirma n\u2019avoir jamais vu de bête dans l'immeuble, et encore moins dans ce que nous appelons les aquariums, mon ami et moi.Cependant, il a remarqué chez certains locataires une protubérance qui tend leurs pantalons.Il hésite.Ce renflement est-il causé par une mode vestimentaire (ici aussi les tailleurs exercent beaucoup d\u2019influence sur les gens) ou par l\u2019hypertrophie de la prostate?Un autre concierge m\u2019a soutenu avec la dernière vigueur une version contraire (c\u2019est de lui que vient le mot «carpe» pour la désigner).La bête, il la connaît! Il se demande ouvertement s\u2019il a jamais connu autre chose qu\u2019elle sous ses diverses manifestations.C\u2019est un homme sans distinction: on ne remet pas en question son interlocuteur quand on est poli.Mais je l\u2019ai écouté malgré la répugnance que j'éprouvais pour sa boîte noire.Au début, on le croit rebondi, puis on se dit qu\u2019il est vêtu d\u2019un tonneau (il y a toute une mythologie autour de leur prétendue pauvreté, mythologie dont la symbolique est empruntée à l'imagerie populaire); de près, on est bien obligé de constater qu\u2019il vit dans une boîte de plastique noir dont la tête et les mains seulement émergent.Il doit être pendu par le menton et la nuque, puisqu'il parle avec difficulté.Il prétend que sa loge est reliée par des corridors aquatiques aux grands bassins.Par ces canalisations secrètes, les carpes, spontanément, lui rendent visite.Pourtant il n\u2019a pas cet air 137 A HI I ERP AT IIR HN Lite RE A RE extasié des autres locataires, ni leur mutisme (les levres des ichtyoides s\u2019écartent rarement sauf pour manger ou émettre une suite de sons neutres qui ne manque pas de charme).Il donne plutôt l'impression d\u2019être à la recherche du sommeil.Ses mains pianotent nerveusement sur la paroi.C\u2019est ainsi qu\u2019il appelle les carpes.Il dit qu\u2019il peut en immobiliser une entre ses jambes, quand il en a la force.A cette seule idée, il bégaie, ses doigts vibrent et, si on ne parvient pas à l\u2019en distraire, il sombre dans l\u2019inconscience.Tu devrais voir la chambre de mon ami.Je te dis tout de suite que, dans la salle de bain, il y a un rideau de douche en caoutchouc imitation algues.Un tapis de sable (ça existe, mais c\u2019est difficile à nettoyer) couvre le plancher.Près de son lit, il a posé à l\u2019aide d\u2019un trépied une photo gonflable de Paul Spurr.Ne me dis pas que, toi aussi, tu ignores qui est Paul Spurr! Le seul véritable amphibie de toute la planète, et tu ne le connaitrais pas?Dans I'immeuble, tout le monde possède au moins une photographie de Spurr dans une position ou une autre.Gorgée d\u2019un liquide spécial, elle peut occuper jusqu\u2019à trois cents fois sa taille originale.Tu te rends compte.Fort raisonnablement, l\u2019accès à ce liquide est limité.Dans dix ans, Spurr aura une église bien à lui; en attendant, les rituels sont diversifiés.Je trouve que mon ami ressemble un peu à Spurr (le menton, notamment) mais, dans l'immeuble, 1l n\u2019y a personne qui ne se trouve une ressemblance avec ce demi-dieu.Mon ami est plus exigeant que tu ne l\u2019étais: il désire qu\u2019on me greffe deux petites ailes sur les omoplates.Je ne sais pas si jai vraiment un corps a porter des plumes.Jai toujours eu confiance en ton jugement: crois-tu que ce garçon me convienne?Il faut que je 138 RE TL ARSE TL TARTA LLC TREE 01 LEAL he A ot VRE: Cl trouble AO: © TRE m\u2019informe avant l\u2019opération.Est-ce que cela affectera mes ligaments?Tu refuseras à jamais de me saluer.On est loin de la peau gaufrée, que tu voulais voir sur mon ventre et que je t'ai toujours refusée.Penses-tu que je me lasserai des carpes autant que des marsupiales?Quand mon ami m\u2019a présenté à la carpe, la pièce était complètement noire.«Sage précaution: comme cela, tu ne cèderas pas à ta curiosité», m'\u2019a-t-il dit en secouant ses ailerons sous sa chemise.Comme j'aurais aimé que tu sois avec moi.Je n\u2019ai pas vu la bête à l\u2019oeuvre \u2014 pas plus que je n\u2019ai vu les marsupiales.Toi aussi, tu ne libérais la petite maman que dans l\u2019obscurité la plus totale («pour ménager son amour-propre», disais-tu).Le jour où nous fabriquerons un aminal qui ne soit pas photosensible, nous pourrons commencer à discuter ouvertement de ces choses.En attendant, je sais que tu me détestes.J'ai profité de ton absence pour demander un permis de déménagement.Quand tu reviendras (si tu retournes à la dernière date prévue), je serai parti depuis trois jours.Dans quelques moments, mon ami rentrera et ses ailerons me caresseront la poitrine.Nous habitons l\u2019étage au-dessus des bassins réservés aux «carpes».Parfois nous n\u2019avons qu'à souhaiter leur présence et elles montent par une chambre hermétique coulissante, semblable à un ascenseur.Les jours fériés, il faut descendre au bassin public.Mais qu\u2019est-ce qu\u2019un étage à franchir quand toutes les lampes sont allumées, et qu\u2019il fait plus clair qu\u2019en plein jour dans les couloirs inclinés?Cet éclairage violent accentue le contraste quand vient le moment de plonger dans la noirceur.On n'attend jamais longtemps.Dès qu\u2019il fait sombre, une carpe se manifeste.Le plaisir est REL ata parfois instantané: on appuie sur le commutateur et ça y est.On peut ensuite aller au cinéma.Quand on a tout son temps, on fait monter une carpe de dimensions moins modestes, et la nuit n\u2019a plus de fin.En réalité, elles se relaient en s\u2019éjectant de ce qui semble être des bouches d\u2019incendie et il faut toujours leur laisser le temps d\u2019y retourner avant d\u2019ouvrir les yeux.Comme je souhaiterais que tu rencontres mon nouvel ami.Il se montre très précautionneux, c'est ce qui explique qu\u2019il ne soit jamais resté prisonnier d\u2019une carpe et qu\u2019il soit en si bonne santé.De plus, il est très curieux, et il a exprimé le désir d\u2019avoir un contact marsupial.Je crois qu\u2019en souvenir de toi, je ne porterai plus jamais de chapeau, ni de voile.Je n\u2019oublieral pas, non plus, nos longues promenades de leche- vitrines.Quand tu liras cette lettre, tu auras honte de moi \u2014 c\u2019est beaucoup plus qu\u2019un pressentiment: je le devine.Mais j'en avais assez de faire asseoir ces sales bêtes sur ma tête.Je t'en prie, je ne voulais pas te blesser.S'il y a des formalités à remplir, reporte-toi à l\u2019adresse sur l\u2019enveloppe.Ne m'envoie pas de télégramme clignotant.Ils coûtent trop cher et je ne reviendrai pas.Embrasse toutes les petites mamans de ma part.(Signé:) Serge. Sans titre Roger Des Roches ous n\u2019en tirerons aucune conclusion.Nous regarderons, l\u2019oeil droit, froid et sec, alors que tout bougera ou tout ne bougera pas.Les courses dans la ville: si l\u2019on se place au sommet d\u2019un hypothétique gratte-ciel, balancés par le vent et les cheveux emmêlés, c\u2019est une masse sombre que l\u2019on verra tantôt.Voici les pâtés gris et bruns, bien délimités par des bandes grises et brunes, des pâtés et des rues uniformes et propres \u2014 peu importe, peu nous importe, ce que cela veut dire \u2014, quelques objets étincelants dans le soleil de l\u2019après-midi (que sont-ils?ce sont des reliques); que la ville ait un air tranquille, c\u2019est beaucoup présumer, mais l\u2019image est réconfortante.Ceux qui étaient assis se sont levés d\u2019un bond car toutes les horloges et toutes les montres-brace- 141 lets ont avancé brusquement, et il est deux heures déjà (voilà quatre longues minutes qu\u2019il est quatorze heures, réveillons-nous, citoyens!).Et, dans la ville, une coulée noire, comme un jus noir, dans chaque rue, dans chaque ruelle bien nette, et il s\u2019élève jusqu'ici le bruit d\u2019une rumeur \u2014 il n\u2019y a plus rien de précis, évidemment, des pas, du souffle, et des paroles honnêtes comme «bonjour, ça va», «quel temps magnifique pour faire les courses», multipliées a I'infini: on ne peut plus rien lire comme ils ne peuvent plus rien dire (mais ceci est une autre histoire).Oublions ça.Un nombre bien précis de personnes des deux sexes et de tous les ages (il y en a cing, maintenant, je crois) qui marchent et qui courent dans les rues de la cité, d\u2019un point à l\u2019autre, au pas de gymnastique, d\u2019un même point À vers un même point B, d\u2019un commun accord (l\u2019accord «commun»): ils traverseront toute la ville, puis reviendront; ils n\u2019auront rien brisé, rien renversé (ce n\u2019est pas un cauchemar, c\u2019est la vie quotidienne) et tout sera aussi propre qu'avant pour ceux qui suivront.Il n\u2019y aura pas de boue et il n\u2019aura pas de sang, et ce ne sont pas des sourires idiots qui ornent nos figures un peu blanchies par l\u2019effort, rougies par l\u2019effort: c\u2019est un sport agréable et l\u2019air est bleu et frais.Comment dire tout ça de manière à ce qu\u2019aucun jugement ne soit porté et que vous n\u2019envoyiez aucune troupe pour nous libérer?Laissez-nous dormir lorsque sera venue l\u2019heure, soudainement, à toutes nos montres.Nous ne faisons de mal à personne et nous avons eu beaucoup de beaux enfants qui jouent à l\u2019intérieur dans leurs rêves de puissance. Cinq ou six morceaux en forme de poire E d\u2019angoisse, à recoller précautionneusement i Jean-Pierre Vidal i C\u2019est croyance fort répandue es gens de sapience que le si dict de Science-Fiction est estranger à ce païs.Comment dès lors qualifier la fable qui nous dit venus d\u2019un autre i païs de ceste même planète?Par ma foi, c'est pitié.ou Science-Fiction! Be Captain Jack.E.Carter ki Battlestar Erminia, his log.n m\u2019a représenté que dans le «synopsis» du moine fou Noémie le bigle il est au contraire montré que rien ne tourne autour de la terre, que la gi terre elle-méme n\u2019est Eg ni ronde ni plate ni mobile ni immobile DE RCE NES mais hélicoïdale et \u201cA intermittente et que les Dieux s\u2019en amusent encore.BG Tout ce qui est au-dessus de la ligne d\u2019Horizon b (du nom de son inventeur), y compris les arbres, ne E serait qu\u2019un leurre, à vrai dire assez grossier.Il E aurait été mis en place par les Dieux, dans le seul Ë but de nous faire croire aux étoiles et aux extrater- i restres.Avec l\u2019âge, la machinerie qui projette ce 4 cérémonial est devenue plus complexe, plus déli- 143 TR I LO RE ANS NN: iti itis at CIHR =.is i 5 Gl à tu LA SR SE LES SH HEHE LH UT Gt Ra 1 OSH iio EHUB ied AH i 111: RICH cate.Les Dieux eux-mêmes n\u2019y pouvaient plus suffire.Il fallait des servants en plus grand nombre.C\u2019est pourquoi nous avons cru aux voyages spatiaux.Hier, Hémion, le dernier d\u2019entre nous, est monté dans la fusée, pour aller participer au grand labeur.Ce compagnon cher, j'en viens maintenant à douter de son existence.Car il m\u2019apparaît de plus en plus, à ce stade de mes recherches, que les Dieux entretiennent l'illusion jusqu\u2019au dernier homme, l\u2019illusion qu\u2019il y ait jamais eu un entourage: parents, frères, soeurs, villes, civilisations.Quand le dernier s'aperçoit enfin seul, et depuis le début, tout recommence sur une autre planète et l\u2019un des Dieux, jamais le même, n\u2019a plus qu\u2019à éteindre la machine.Nous sommes maintenant sur Mona, dans la constellation de la locomotive (anciennement Orion), mais je sais que c\u2019est la Terre et que j'y suis seul.Avec la foule des Dieux qui, d\u2019une simple pression de mon doigt sur l'interrupteur.BILE i Tr Ene II Décès accidentel d\u2019un de nos confrères (Reuter).C\u2019est par un employé des wagons-lits, M.K.Waldheim, qu\u2019a été retrouvé le corps sans vie de MA.de Saint-Exupéry, dans le compartiment couchette qu\u2019il occupait dans l\u2019Orient-Express, avec son ami le jeune prince de \u2026 D\u2019après une vieille dame, Miss A.C., de Cambridge, Massachusetts, qui partageait avec son pékinois le compartiment voisin, c\u2019est vers 11 heures hier soir qu\u2019aurait éclaté chez M.de Saint-Exupéry une violente querelle.144 La police détient, en rapport avec l\u2019enquête, un adolescent, Wolfgang-Amadeus M., fils d\u2019un ouvrier agricole de la région de Salzburg.D\u2019après Miss C., le jeune homme aurait violemment reproché à M.de Saint-Exupéry un article où il était fait, paraît-il, allusion à sa personne.Wolfgang-Amadeus M.prétend au contraire que c\u2019est au cours d\u2019une violente querelle qui aurait, au sujet de sa personne, opposé l\u2019aviateur au blond éphèbe princier que ce dernier, les tempes battantes et la lippe rageuse, l\u2019aurait étranglé avec les deux jambes nouées de son pantalon de soie verte et odorante.On est sans nouvelles du prince que la police recherche activement.Rappelons que M.de Saint- Exupéry, pigiste et aviateur, était l\u2019auteur de nombreux traités de morale à l\u2019usage des jeunes gens ainsi que d\u2019un certain nombre d\u2019ouvrages consacrés à la navigation sans visibilité.III Chère maman, De toutes les espèces rencontrées sur cette planète, c\u2019est, à coup sûr, celle-ci qui possède les rites nuptiaux les plus surprenants.C\u2019est également elle qui arbore les organes sexuels les plus diversifiés.Après un mois d\u2019observation attentive Je n\u2019ai pu, le croiriez-vous, identifier de façon certaine, l\u2019organe qui leur sert à la génération.Ils ont tant de plis, de creux et de parties du corps dont 1ls semblent se servir indifféremment! L\u2019hypothèse la plus plausible est qu\u2019ils en ont plusieurs et qu\u2019ils choisissent précisément l\u2019un ou l\u2019autre au gré de leur fantaisie du moment ou selon les saisons.145 Chose également fort surprenante, il n\u2019est pas si rare de les voir se livrer à ces ébats à plusieurs, comme pour donner plus de certitude au résultat, et même j'en ai vu qui, sans doute par conviction religieuse, recherchaient pour ce faire d\u2019autres espèces animales.Mais je ne vous ai pas encore parlé des cérémonies dont ils entourent leur nuptialité.Sachez tout d\u2019abord que, quel que soit le nombre des officiants, le nombre des spectateurs est toujours plus grand.Encore faut-il dire qu\u2019il ne s'agit pas, à proprement parler, de spectateurs, mais sans doute d\u2019initiés d\u2019un rang inférieur qui doivent collaborer à l\u2019action, qui en orientant une source lumineuse (éclatante), qui en peignant ou poudrant le corps d\u2019un des officiants, qui enfin en aidant à déplacer un lourd chariot sur lequel se fixe parfois (quand il n\u2019est pas tenu sur l\u2019épaule) l\u2019instrument en fonction duquel tout le rituel semble organisé.Il doit s\u2019agir d\u2019une sorte d\u2019idole de la fécondité car c\u2019est une voix qui provient d\u2019elle, de derrière elle, dirait-on, qui ordonne toute la cérémonie.Voici comment, généralement, tout se passe: la voix de la machine crie «Silence» et chacun des participants reprend en coeur.Puis elle crie «Moteur» et un assistant vient faire claquer devant elle un genre d\u2019ardoise sur laquelle sont griffonnés des signes cabalistiques; l\u2019assistant les lit à haute et distincte voix, toujours dans le même ordre: l\u2019invocation d\u2019abord (mais pourquoi change-t-elle tout le temps?) puis un chiffre (le numéro d\u2019un verset sans doute), alors, et alors seulement, les officiants s\u2019activent, se démènent, passent incessamment par des postures dont l\u2019inconfort semble au contraire leur procurer une joie indicible.146 Cela se termine invariablement de la même façon: celui ou ceux qui semblent de sexe mâle (en autant que je puisse en juger) projettent un liquide sur une partie quelconque du corps de celle ou celles qui semblent de sexe femelle (encore que parfois, le croiriez-vous, il ne puisse s\u2019agir que d'individus de même sexe: ou alors cette espèce a poussé la science du mimétisme à un degré que nous ne pouvons même soupçonner).La machine s'approche alors comme pour boire le liquide qui se répand par saccades.Mais elle n\u2019en fait rien, elle reste là, immobile, jusqu\u2019à ce que sa voix tonitrue «Coupez».Un détail que j'allais oublier: il arrive parfois qu'un mâle (appelons-le ainsi, pour simplifier) ne parvienne pas à projeter de liquide.Alors un assistant vient verser sur le corps de la femelle (tenons-nous-en à cette appellation) un fluide qu\u2019il tire d\u2019un petit pot et qui ressemble à s\u2019y méprendre a l\u2019autre.Ils appellent le substitut du «Fake» et l'original du «Fuck» (je ne m\u2019explique pas les variations de l\u2019orthographe dont pourtant je suis sûr).Et tout le rituel le «Fun».Une chose m\u2019apparaît certaine: cette espèce, pourtant incontestablement animale, se reproduit comme les végétaux.Sinon, comment expliquer cette projection de liquide et surtout le fait qu\u2019il vienne frapper indifféremment n\u2019importe quelle partie du corps de l\u2019officiante.Il vous reste, chère maman, à apprendre le plus surprenant.Car, contrairement à ce que vous pourriez penser, la cérémonie ne s\u2019arrête pas là.Il y a un deuxième acte qui se déroule au contraire (représentation symbolique du jour et de la nuit?) dans l\u2019obscurité la plus complète, devant des publics considérables, dans des lieux consacrés.Il 147 s\u2019agit de la reproduction proprement dite: des images lumineuses sur une paroi blanche.Je n\u2019ai toujours pas réussi à comprendre comment 1l se fait qu\u2019étant donné ce qui se passe dans ces lieux, ils n\u2019en ressortent pas plus nombreux qu\u2019ils n\u2019y sont entrés.Vous dirai-je, maman, que «Coupez.C\u2019est bon».IV Le soleil aux traits d\u2019airain a poussé sur le visage de l\u2019homme des éclats liquides qui, de la visière du casque au menton barré de cuir, dessinent des tracés de poussière sinueuse.Les bras sanglants, les jambes agiles luisent et fument nus.Il jette sa lourde épée sur le sol et détache son casque à l\u2019aigrette rouge comme le vin porteur d\u2019ivresse ou le sang des héros répandu sur la plaine (le sang, dans la poussière, coule lent et noir aux reins de la terre).Au claquement de ses doigts, des esclaves ont surgi sous la tente: la cuirasse qui sculpte les muscles est déliée, les cnémides enlevées et sur sa peau nue l\u2019eau coule, bienfaisante, lumineuse, comme les mains rapides ou attardées.Bientôt, d\u2019huile frotté, à la main une coupe ouvragée, il chasse les esclaves, s'étend en soupirant sur la couche profonde.Il s\u2019est plié en deux, ses mains massent lentement ses chevilles douloureuses.La main droite tâtonne un instant sur son talon gauche et trouve l\u2019endroit précis.Parmi le silence strident et chaud de la plaine d\u2019Illion, le bouillant Achille, le fils semblable aux Dieux de Thétis 'immortelle, presse alors, dans le secret de sa tente dressée au bord de la mer vineuse 148 PO ESR EC 00 HAE qui borde le camp des Achéens aux belles jambières, le bouton couleur chair qui recharge ses piles.Il lui faudra une bonne semaine de colère simulée avant d\u2019être à nouveau prêt à casser du Troyen.Au même moment, un modèle un peu moins perfectionné que ses contemporains nomment Jessie, doit se faire brancher sur un complexe échafaudage, tandis qu\u2019un soldat empanaché, d\u2019une perche pointue, met le contact à sa poitrine.Au moins ne lui faudra-t-il que trois jours avant de fonctionner à nouveau.Il suffit au modèle John Wayne de replacer crânement son stetson sur sa tête.V Le Brnv attend, griffes fichées dans l\u2019arbre, fourrure hérissée, souffle court du chasseur.Il attend, de toute sa patience de prédateur aux aguets, qu\u2019arrive enfin dans la clairière l'animal étrange qu\u2019il s\u2019est résolu à tuer, bien que sa race ait toujours vécu en paix avec lui.Étrange en vérité cet animal qui, non content de saisir des objets et de les façonner avec ses pattes d\u2019en avant, vient, ce matin même, pour la première fois, de se dresser sur ses pattes d\u2019en arrière.Cela, on ne peut le permettre.La menace est devenue trop grande.Le Brnv est bien résolu à sauver sa race, et peut-être aussi, qui sait?, les autres espèces.Dans la clairière des brindilles ont craqué.Il se ramasse sur lui-même.Dans un instant, il n\u2019y aura jamais eu de premier homme.149 EERE VI Je ne peux pas croire qu\u2019ils vont tous nous tuer comme des chiens.Pourtant, des douze que nous étions, serrés semblables dans la même prison transparente au plafond si bas que celui d\u2019en dessus le touche, au plancher si proche que celui d\u2019en dessous s\u2019y écrase, cette prison plus large que haute où nous ne pouvons tenir que couchés, les uns contre les autres, du moins au début car maintenant, des douze que nous étions, nous ne sommes plus que deux.Et cette énorme pince à cinq branches, couvertes d\u2019une végétation clairsemée et d\u2019où sourd un liquide incolore, cette pince qui, chaque fois qu\u2019une VOIX retentit, vient saisir l\u2019un d\u2019entre nous et l\u2019emporte vers cette horrible odeur de chair grillée.Un nouveau jugement vient d\u2019être prononcé: c\u2019est mon compagnon qu\u2019on enlève.Je suis seul et j'ai chaud.Comme un chien.Maintenant ce ne peut être que pour moi que vient de tomber l\u2019étrange sentence: «chou relish». Ne faites pas l\u2019idiot, Monsieur Dostoïevski.Germain-Guy Beauchamp ne femme dit: «Ne faites pas l\u2019idiot, Monsieur Dostoïev- sky!» Le prisonnier sentit couler sur son visage les premières larmes d\u2019une amère défaite.Cette dérisoire affirmation le plongea dans un abime de réflexions inopérantes.Il se retourna vers le miroir de la pièce centrale, près du couloir des cellules et il remarqua qu\u2019une légère buée ternissait le cristal lumineux.La présence invisible lui secoua les sangs.Il était revenu à la Prison des Morts.Les mêmes garde-chiourmes levaient les mêmes knouts.Mais ils ne blasphémaient plus en prenant les noms des saints anges en vain.Fiodor avait peur et il pria son dieu de l\u2019éclairer car cette voix venait d\u2019une ravissante jeune femme blonde dont la blouse blanche sans un faux pli lui semblait 151 étrangement familière.Elle lui dit qu\u2019elle aimait beaucoup le personnage de Stravoguine dans les Démons.Fiodor ne sut si la crise du petit mal qui l\u2019avait terrassé ne serait pas la dernière.Souvent ses crises d\u2019épilepsie l\u2019avaient entraîné en d\u2019étranges contrées.À chaque fois, il était plus ou moins demeuré maître de la situation.Il était maintenant confronté avec un cauchemar propre et terrifiant.C\u2019était donc cela l\u2019enfer de l\u2019avenir qu\u2019il avait voulu dénoncer afin de prévenir ses frères et soeurs du futur, que la Mort de Dieu aurait des conséquences incalculables et désastreuses.Cette femme sèche et belle en était la preuve irréfutable.«Monsieur Dostoïevsky, vous nous avez obligés à intervenir dans le continuum afin de vous interdire à tout jamais ces sorties «astrales» que vous provoquez grâce à vos crises épileptiques.» Fiodor ne sut que dire et balbutia quelques mots incohérents où il était question de la grâce divine et des pouvoirs de l\u2019esprit.Ainsi se dit-il, la Grande Russie devra encore attendre que le ciel naisse de l\u2019enfer concentrationnaire.Et il samusa du fait dérisoire de songer à son dada favori alors que sa situation présente lui «présentait» un magnifique phénomène comme il en avait rêvé dans l'Homme au révolver, là où son héros avait corrompu la pureté d\u2019un paradis, où l\u2019homme n\u2019avait apporté que désolation et mort lente de l\u2019amour.Et devant cette femme en colère qui essayait de le terrifier, il fixa ses yeux sur l\u2019insigne doré accroché à sa blouse.Ainsi parfois réussissait-il à éviter des crises inconvenantes en focalisant son attention sur un reflet lumineux, peu importait alors le support employé.Il se dématérialisa lentement devant les yeux effarés de la femme qui parlait rapidement dans une sorte de petite boîte noire grillagée.152 \u2014 = Fiodor se retrouva en train de changer les linges de son dernier enfant qui le laissait faire en gazouillant.Il viendrait donc ce temps que ses plus sombres visions avaient annoncé et dont il n'avait jamais voulu divulguer les secrets.À peine, dans les Démons en avait-il montré quelques spécimens monstrueux.Ainsi donc, cette Grande Russie chrétienne et civilisatrice dont il entretenait les lecteurs dans sa gazette littéraire ne verrait pas le jour avant longtemps.La Sainte Russie vendrait son âme au diable et à ses suppôts.L\u2019enfant s\u2019endormit alors qu\u2019il le berçait et, se penchant vers son fils, il le regarda intensément en imaginant le fils du fils qu\u2019il aurait peut-être.Fiodor pleurait facilement et il pleura encore une fois.Faudra-t-il que l\u2019homme soit toujours crucifié, humilié et offensé?Et le petit peuple de braves gens dont il chantait les qualités et la bonté naturelle, faudrait-il encore des maîtres cruels pour faire lever le levain qui fermentait dans la pâte russe?Il n\u2019avait que son imagination et sa croyance brûlante en la bonté de l'homme.Oui, il le dirait malgré tout.Il y aurait un être auquel tous ceux qui viendraient pourraient penser avec espoir et compassion.C\u2019est ainsi que naquit l'oeuvre dont il savait déjà la fécondité et l\u2019appel inaliénable.Il sortit un petit calepin ou il indiquait toujours ses intuitions et ses idées nouvelles.Il y traça rapidement le portrait d\u2019un homme jeune blessé perpétuellement par l\u2019amour.Oui, il ferait l\u2019Idiot. 3 2 2 3 & Le 2 2 £3 ae 28 2 2 : 3 re pes ris nn De a en 8 Ea pe 3 BE py no AE Fe a.pg oy pou 9 i AE pe Ze 2 Py Ted Sry rr\u201d 2 58 Le py in pi Sears Pr a .Ao) ish on FP, BEES Ori ee, oe pe YTS Po ARE A ere Crees = Se Tee eee TR a i ces oy £3 Rr SN = aie, RPS pia pra Pts 2 rapids co a = Aor a a = 2 ee Tore se rer Part x XII Zi Orgone \u2014 13 Jérôme Elie ous partez au Vatican demain», ronchonna le rédacteur en chef.Finn écouta, opina et s\u2019en alla.Il avait son après-midi à lui et se rendit dans ce petit bar de la rue Simm- boli qu\u2019il affectionnait à cause de sa lumière diffuse, de ses fauteuils en crusme bio-rythmés, de la réserve de cassettes du patron où revenaient pour son plaisir les noms de Frank Zappa, Mozart, Satie, Lulu Palo et, surtout, à cause de celui qu\u2019il était sûr d\u2019y rencontrer, l'homme en imperméable gris et chapeau mou, le vieil homme aux yeux vifs de guerrier qui parlait à la fois comme un sage et comme un kotique.Dans la rue, il vit des policiers coiffés d\u2019un serre-tête en ivoire sur lequel était fixée une demi-sphère lumineuse qui tournoyait comme un 155 PRS Er = BE ns REET, Noah DEPT TR Uo bes i radar.De loin cela ressemblait aux ostensoirs des porteuses d\u2019hostie guatémaltèques du Vatican.Il n\u2019avait jamais vu auparavant de flics affublés de la sorte.Et puis tous les passants qu'il croisait, étrangement indifférents à ce qui se passait autour d\u2019eux, n\u2019arrêtaient pas de croquer ce qui lui paraissait être des pilules.Tous.Comme une fébrilité à se tranquiliser ou à se survolter.Voilà que ça recommençait: des détails dont le sens lui échappait, et semblait n\u2019échapper qu\u2019à lui seul.Comme le jour où il avait trouvé devant sa porte cette chose duveteuse, noire, luisante, avec ses bras mous qui labouraient lair.L\u2019inspecteur lui avait jeté: «On ne dérange pas la police pour ¢a.» Et ils avaient ramassé «ça» sans qu\u2019il trouve la force de s'imposer, d'interroger, de dire qu\u2019il ne comprenait pas.Ils avaient ramassé «ça» mais lui avait eu beau regarder, il n\u2019avait pas compris, n\u2019avait même pas vu ce qu\u2019ils en faisaient de «ça».Il y a parfois des choses qu\u2019on ne voit pas parce qu'on n\u2019y porte pas attention ou parce qu\u2019elles sont immédiatement refoulées.Finn, lui, ne voyait pas des choses auxquelles il portait une attention extrême, bizarrerie qu\u2019il n\u2019osait confier aux psy de crainte d\u2019échouer dans un centre de kotiques, ni même à ses amis qui disaient souvent de lui qu\u2019il était «parano», et il voyait bien que c'était de ça encore dont il était question, un piège peut-être.Il fallait être prudent.Ne délirait-il pas?Pourtant s\u2019il y avait d\u2019un côté des perceptions, des interprétations anormales, surgissaient, de l\u2019autre, des réactions et des pensées on ne peut plus logiques et fondées, compte tenu des circonstances.C\u2019est pourquoi il pensait que ces circonstances ne dépendaient pas de lui mais de quelque faille objective dans la réalité, aussi objective que la fissure sanglante du 156 i act II AU CTI\u201c TEE Mal.Poussant la porte du bar, il vit son bras disparaître.Mais un autre bras lui poussa aussitôt.C\u2019était le bras de sa mère, il la reconnut, cette main unique.Il alla s'asseoir à la table de l\u2019homme à l\u2019imperméable, le regard rivé à son nouveau bras et à sa nouvelle main qu\u2019il posa bien en évidence sur la table, sous la lampe Tiffany orange.«Voyez-vous ce que je vois?» dit-il d\u2019un air ravagé à l'homme en gris qui abaissa un oeil: «Je vois une main de femme, non, une patte de tigre mais 1l faudra vous y faire, ce n\u2019est qu\u2019un début.» Finn regarda de nouveau.Ce n\u2019était ni une main, ni une patte mais quelque chose de blanchâtre et de mou qui s\u2019étendait sur la table comme un grand champignon liquéfié.Le serveur se tenait debout à côté d\u2019eux.L'homme en gris dont une mèche de cheveux barrait le front, commanda deux Tequilas et pendant que le garcon notait la commande il ajouta a I'intention de Finn: «Il ne voit pas votre nouveau bras, il voit un bras normal.» Silence.L\u2019homme gris gardait un visage impassible mais de très loin venaient des ondes de sympathie.«En ce moment, dit-il, il existe deux catégories de gens.Il y a ceux qui de temps à autre voient le monde partir en lambeaux, en phosphènes, ou se métamorphoser complètement, et ceux qui à leur insu parviennent à le maintenir, à le perpétuer.Vous et moi appartenons à la première catégorie.\u2014 Mais, dit Finn en se sentant les larmes lui monter aux yeux, ça n\u2019est pas supportable! \u2014 Pour eux non plus la vie n\u2019est pas tellement supportable, sauf que le processus est plus lent, ils sont davantage protégés comme s\u2019il y avait en eux, encore, papa et maman pour les rassurer.Chez vous rien de tel mais ne cédez pas à la tentation de faire de moi votre papa 157 ni à celle de remplacer votre mère par l'héroïne.Mais je veux vous aider.Il faut revenir à ce que nous disions l\u2019autre jour pour comprendre ce qui se passe.» L'homme en gris continuait de parler, il était lancé.Mais si Finn comprenait ce qu\u2019il disait, il sentait que quelque chose autour d\u2019eux avait subtilement changé.Il ne voyait pas quoi sauf peut-être qu\u2019il ne saisissait pas le lien entre leur conversation précédente et ce que l\u2019homme débitait maintenant: «\u2026 à la catastrophe, la planète sera un champ de radiations, de famines, de débris, de larmes.Mais viendront les sauveurs.Ils débarqueront d'immenses astronefs silencieux et brillants conformes aux rêves des hommes.Ils auront des encéphales énormes et des yeux doux de Christ.À l\u2019exception des fous de notre espèce, tous vont gober l\u2019illusion.Et les petits extra-terrestres de photo-roman vont relever le monde, ils seront la solution externe de nos contradictions.Il y aura de nouveau des prairies en fleur, des gentlemen en veste de tweed sur les vérandas blanches, des enfants bronzés au bord des océans, des loisirs sans fin, des amoureux le soir sous les tilleuls.Vous voyez le genre.Genre paradis.Les humains ne pourront pas résister puisqu\u2019ils pensent qu'ils sont faits pour cela, le bonheur.Mais c\u2019est faux, l\u2019humanité n\u2019est qu\u2019un clou rouillé dans le cycle cosmique, dans le cycle de Pi, de Hache-Bache, de Falulmve et de \u2019LL.Ces extra-terrestres seront les envoyés de Pi, une ignoble divinité ce Pi, comme toutes les divinités d\u2019ailleurs, de la plus petite à la plus grande.Pi ne fera pas le paradis sur terre pour nos beaux yeux.Savez-vous ce que Pi exigera en retour de ses innombrables bienfaits?Je vous le donne en mille.Il exigera la rétention du pipi.Il exigera que l\u2019homme et la femme se retiennent jusqu\u2019à la douleur et qu\u2019ils ne pissent ensuite que goutte à goutte selon des règles strictes auxquelles il ne sera pas possible de se dérober à cause de l\u2019incroyable système de surveillance mis en place par Pi.Pourquoi Pi agira-t-il ainsi?Parce que Pi se nourrit de la douleur qui provient des sphincters, douleur qui se cristallise au-dessus de la tête et qu\u2019il cueille comme une fleur.D\u2019abord les hommes refuseront le marché puis, plutôt que de perdre la sécurité et la vie, ils finiront par se soumettre à la loi.Ils s\u2019efforceront de la contourner, de l\u2019alléger, en conditionnant leur chien à se retenir à leur place, par exemple, mais pour l\u2019essentiel ils se soumettront.Et c\u2019est ainsi que peu à peu le monde se stabilisera.Apparaîtra alors la deuxième divinité, Hache-Bache (Finn voulut poser une question mais n\u2019en eut pas la force), une divinité célibataire des profondeurs matérielles dont le destin est de s\u2019incarner, de devenir un homme, qui est un peu Dieu en Jésus-Christ, sauf que Hache-Bache peut aussi bien se faire femme, une grande machine molle avec ses pompes organiques qui décimeront les agents de Pi, délivrant l\u2019humanité de la rétention, puis qui se mettront à la tâche insensée d\u2019aspirer tous les excréments humains accumulés dans les égouts et les fosses de la planète.Car c\u2019est par la transsubstantiation de la merde que Hache- Bache se fera homme, par la digestion du digéré humain qui contient un non-digéré qui, digéré par Hache-Bache engendre la forme humaine de l'esprit, et son corps.Cependant cette digestion n\u2019est possible que si elle est fertilisée par une certaine substance que Hache-Bache ne possède pas mais que possède une troisième divinité, divinité de l\u2019énergie sexualisée, Falulmve.Toutefois Falulmve ne donnera la substance à Hache-Ba- 159 che que si ce dernier lui cède l\u2019humanité entière en échange.Hache-Bache acceptera, pensant pouvoir ramener l\u2019humanité sur terre avant que Falulmve, dans une flambée de bonheur sexuel universel, ne consume les humains et fasse la voie libre à \"LL qui se dégagera ainsi de la matière, mettant fin au cycle.Le plan de Hache-Bache échouera, bien sûr.Au moment de la gigantesque fusion orgasmique finale et de la ruée de \u2019LL dans l\u2019espace infini, Hache-Bache se retrouve seul sur terre, le dernier humain, complètement foutu, complètement fou et hagard\u2026 Bois tout salope, régale-toi bien, je suis en train de jouir.c\u2019est fou.ah! Que c\u2019est bon! Comme tu me fais du bien, leche tout.bois tout.mange-moi, chérie.je me donne, tiens.prends.tout mon petit jus, mon petit lait.mon foutre de femme.pour toi.Françoise se pâme a grands coups de cul comme si elle faisait l\u2019amour pour de bon, puis soudain lorsque Brigitte relève la tête, elle l\u2019'embrasse passionnément à pleine bouche, retrouvant les odeurs de sa féminité en émoi sur les lèvres de son amie et son propre parfum sur la langue qui se fiche dans sa bouche après lui avoir fouillé la craquette\u2026» Finn essaya de se lever mais il semblait que le fauteuil de crusme le retenait.Il avait cru que les paroles de l\u2019homme en gris le rassureraient, lui fourniraient le moyen d\u2019y voir clair, mais non, tout repartait à vau-l\u2019eau.Il voulait parler, crier au secours, impossible.Puis, comme assourdie et ralentie par l\u2019air épais, la main de l\u2019homme en gris vint le gifler.Et Finn retrouva la clarté, la netteté des choses.Il raconta à l'homme en gris qu\u2019il avait commencé à perdre pied au moment où celui-ci lui avait parlé de Pi.L'homme en gris, rejetant d\u2019un coup de tête la mèche qui lui barrait le front, lui dit qu\u2019il ne comprenait pas à 160 RER quoi Finn faisait allusion, qu\u2019il n\u2019avait pas parlé de divinités mais de la découverte récente de la présence d\u2019une énergie orgonale spécifique autour des cadavres et des cimetières.Que cette énergie était probablement, c\u2019était l\u2019hypothèse que formait l\u2019homme gris, à l\u2019origine des dérèglements de la perception et/ou de la réalité auxquels tous deux assistaient.Après avoir lu dans Éliphas Lévi que le nombre 13 symbolisait la mort et la naissance, 1l avait baptisé cette énergie: «Orgone-13».«L'orgo- ne-13 agit très activement sur vous en ce moment», précisa l\u2019homme en gris.«Mais comment s'en protéger?» dit Finn, alarmé de voir entrer dans le bar un écureuil géant en smoking.«Il ne faut pas chercher à se protéger, il ne faut pas adopter une attitude défensive.Résister vous épuisera.Il importe au contraire d\u2019utiliser cette énergie et de la contrôler de façon à se maintenir dans la réalité, dans l\u2019un des innombrables possibles de ce qui est, puisque tout existe.Les morts doivent être au courant et se débrouiller correctement, je présume.Pourquoi pas?Mais évidemment je n\u2019en sais rien.Peut-être que ce qu\u2019on appelle la vie n\u2019est qu'un certain ralentissement de la matière et que la mort donne accès à la totalité et aux grandes vitesses.Peut-être que le règne de cette vie tire à sa fin et que l\u2019orgone-13 se déverse dans ce plan-ci et va le transformer.Qui sait?Mais laissez-moi vous dire une chose, Finn, l\u2019orgone-13 n\u2019est pas notre ennemie, elle est neutre, elle n\u2019a pas d\u2019intentions.Les intentions, c\u2019est nous qui pouvons les avoir.De plus l\u2019orgone-13 est contrôlable.Dans une certaine mesure je parviens à la dompter et même à m'en servir.Je suis en train de former un groupe réunissant tous ceux qui sont aux prises avec l\u2019orgone-13 et qui ont besoin d\u2019une thérapie nou- 161 ARTE HEAR PER ne ne A _ A D SL NR le ress es Fe al TT EE NN addi oH «TN RTOS RCE RENE FCN BET EM IL RR RR SHEE IIA ae velle, tout en ayant le goût de l\u2019aventure, de I'aventure vraie.Nous sommes une dizaine pour l\u2019instant, vous compris, trois hommes, six femmes et un enfant.Je pense mème que des animaux devraient se joindre à nous, j'ai d\u2019ailleurs un chien \u20acn vue.» : Apres avoir pris bonne note de certaines techniques de détente, combinant postures yogi- ques et rites magiques bricolés pour les besoins de la cause, Finn quitta l'homme en gris.Il voulut passer d\u2019abord au journal, soupçonnant que l\u2019or- gone-13 lui avait fait mal interpréter les directives de son chef, que ce n\u2019était pas au Vatican qu'il devait se rendre.Que serait-il allé faire là-bas° Depuis la guerre civile italienne, toute la fastueuse architecture du passé avait été détruite.Il ne restait plus qu\u2019un bâtiment de briques rouges surmonté d\u2019une antenne de télévision et entouré d\u2019une cinquantaine de roulottes pourpres où vivaient les zouaves et leur famille, les organisateurs de galas, les domestiques, une poignée de fonctionnaires amaigris, les porteuses d\u2019hosties et l\u2019unique journaliste de l\u2019Osservatore Romano, Tom Sanner, qui publiait péniblement tous les mois une feuille ronéotypée où le pape pronostiquait toutes sortes de bienfaits et de désastres mais de toute évidence sans y croire lui-même.Tout en marchant, Finn cherchait à faire le calme en lui, songeant à son hygiène alimentaire et sexuelle, tirant des plans au sujet du groupe formé par l\u2019homme en gris quand il buta contre le flanc d\u2019un gigantesque chien qui occupait toute la largeur de la rue et dont les yeux arrivaient à hauteur des fenêtres du premier étage de Chez Frimm, le magasin de maisons de poupée.Finn songea d\u2019abord à se glisser sous la mâchoire mais redoutant un mouvement brusque de l\u2019animal 162 endormi et repoussant l\u2019idée de grimper sur son dos pour se laisser choir de l\u2019autre côté à cause des passants du monde normal qui, ne voyant pas le chien, jureraient que Finn s\u2019était envolé en pleine rue, ce qui serait amplement suffisant pour justifier son internement dans le premier centre de kotiques venu, il dut se résoudre a faire un détour par l'avenue du Président Lévesque où il aperçut, tendue par des piquets au milieu de la chaussée, une peau de chien démesurée, de la même couleur que l'autre, et sur laquelle étaient disposées les diverses parties de l\u2019animal.Les dents en tas dans le coin supérieur gauche, les yeux et le museau au centre entourés par la queue, les viscères dans le coin inférieur droit.Mais Finn détourna les yeux.Quoiqu'il ne sentît rien, il savait que la pression de l\u2019orgone-13 augmentait.Il s\u2019appuya contre un mur et demeura immobile.Bientôt il éprouva dans tout son corps un léger mouvement vibratile dont il s\u2019efforça d\u2019évaluer la fréquence et l\u2019amplitude.Mais, sans doute parce qu\u2019il était exceptionnellement calme et concentré, d\u2019un seul coup il sut comment s\u2019y prendre pour agir sur le phénomène.Il était capable de modérer le train d\u2019ondes, donc de faire disparaître la peau de chien et toute occurence qui n\u2019était pas à sa place dans la réalité de référence, ou alors il pouvait avec sa volonté raviver les trains, produire des noeuds, des pressions, sans toutefois avoir la moindre idée de ce qui pouvait advenir.C\u2019est ainsi qu\u2019il vit le chien de la rue d'à côté déboucher dans l\u2019avenue et s\u2019avancer vers lui en souriant de toutes ses dents.C\u2019est ainsi qu'il se retrouva soldat japonais dans la jungle birmane; le temps de constater que la tête de ce soldat était principalement occupée par le visage niais et cruel d\u2019un autre japonais, empereur de 163 surcroît, que c'en était fini de ces tripotages aléatoires.Il entreprit de revenir vers le point zéro, le point du monde normal.Cela lui prit du temps; il n\u2019avait pas encore le doigté du nuanceur d\u2019or- gone de carrière.Les puits d'angoisse et les étendues d\u2019extase le sollicitaient alternativement.Puis, comme les faisceaux s\u2019abaissaient, il reconnut à leur fort parfum de lilas, à leurs rythmes lancinants de tam-tam, à leurs odeurs de femme, de pieds, d\u2019aisselles, de cheveux, de sexe de femme, les vagues oscillantes et bleues du plaisir amoureux.Bien qu\u2019il se limitât à se laisser frôler par les ondes en question, un désir surhumain, un désir total, fixé d\u2019abord sur Lulu Palo, la chanteuse noire qu\u2019il avait rencontrée récemment chez Oncle Frank, se dressa en lui, réclamant tout son être, le tirant de la vie vers la mort, vers la source de l\u2019orgone-13.C\u2019est d\u2019ailleurs par cette voie, par ce couloir de fréquences qu\u2019il allait, plus tard, de concert avec Lulu, entreprendre la première expédition humaine en direction de l\u2019autre côté.Enfin, le retour s\u2019accomplit.L\u2019avenue du président Kennedy avait repris son aspect habituel.Mais il devinait qu\u2019il était possible de ralentir davantage le mouvement de l\u2019orgone-13, de passer de zéro à -1, -2, -n.Que découvrirait-il dans cette direction?Les transformations de la réalité sont-elles du même ordre selon qu\u2019on augmente ou qu\u2019on diminue, au-delà de zéro, la fréquence de l\u2019orgone?La réalité habituelle ne constituait-elle pas une sorte de poste frontière, de seuil, de relais entre les deux groupes de fréquences?T'elles étaient les premières questions théoriques que Finn se posait au sujet d\u2019orgone-13, alors qu\u2019il descendait le boulevard Pécuchet et que de ses yeux et de son ventre jaillissaient les flux de réalité.ine ti NE 8 EEE NE: vv = pere Ea ee hear.oe \u2014 \u2014 Rc mo o_o J \u2014_\u2014 pr \u2014\u2014 parc = rome por \u2014__ pe \u2014 me ph me + 5, __ J ns: oe 2 ra 2; Sa nna _- iy ee.aa rs Lr ve O3 225 recrue Ai as 2 pa Eee ar fyi 25 gs = 25 53 RES prets Frey ot STE ET cm 70 Arte ge ee rere Eee, a os agent facet er Erol == Et XE At Loire a ET ra Se 76 ea = 7e Es re Po TILES prod eid 5 2 tos gi = Es Ha Ec Gs an ee RET Sots Ti a =i Rectan ay EEE ad es = REEL aire As ER a kaye Sate be oS Sr EO Re ai ne Pacs = ee =x x Te ss ek Sh ES en = = RSE B = REC aa Eire SES i LL PE i = 3 1 cr 2 3 a Bulletin d\u2019abonnement @ | La nouvelle barre du jour \\ J C.P.131, Succ.Outremont Nm Outremont, Qué.H2V 4M8 La nouvelle barre du jour vous offre gratuitement un des livres suivants publiés par VLB ÉDITEUR Journal de l\u2019année passée N\u2019évoque plus que le Genevieve Amyot désenchantement.Victor-Lévy Beaulieu Les petits chevals Polyphonie.amoureux Roman d\u2019apprentissage Michel Garneau Philippe Haeck x 12 numéros, un an au Canada : $30.00 a I\u2019étranger : $36.00 nom adresse Veuillez m\u2019abonner a partir du numéro Livre choisi ai al it i Cre Du 2 { i] 0 HH À | À i st j i i Achevé d'imprimer en juin mil neuf cent soixante-dix-neuf sur les presses de l'imprimerie Gagné Ltée ; Louiseville - Montréal.un Imprimé au Québec Mi 120 û i As .A Vu} an iH FHI 0 = = 0 ui 2 i si | RE ni KH RANA TR TY 5 PEER rs Ce ey oe CEE Hope COS SE Ci a eo as Te racy = era Ea > 25 Er pr Ls A, a reg ES rer ee ces re srs Resa pero _.- pet Bi A get 5 x Re ui es JER TT Gers CT Ae pe a pet ERs fred SE SER ea peer pa I - ES 2 re EBEÇ y £ ZU == & A Da £ ?, ze = x i a a) 3 5 D @ 5 des textes de Germain-Guy Beauchamp o Jeux, à IQ rés Brossard I\" 00) Yeau.Mn s ra euille | gp er 0 3 Roches NO Tie Loüi IJ AEE R= =} ve igal Élizabeth NOTA accompagnés d'illustrations de Micheline Lanctbt Lu $6.0( F hy compares ee "]
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