La presse, 21 octobre 2017, Arts - Cinéma
[" ARTS CINÉMA CORNO&WARHOL LE RÊVEDE CORNORÉALISÉ PAGE 3 AGNÈSVARDA / VISAGESVILLAGES L\u2019IMAGINATION AU POUVOIR PAGE 11 JR et Agnès Varda PHOTO FRANÇOIS ROY, LA PRESSE FRANCIS LECLERC / PIEDS NUS DANS L\u2019AUBE AU PAYS DU PÈRE Avec Pieds nus dans l\u2019aube, son quatrième film en carrière, Francis Leclerc plonge pour la première fois dans l\u2019œuvre de son illustre père.Le cinéaste nous a parlé de ce voyage à la charge émotive bouleversante.UNDOSSIER DE JOSÉE LAPOINTE, À LIRE EN PAGE 9 GRANDEENTREVUE YVES BOISVERT RENCONTRE CLAUDE LEGAULT PAGE 7 L A P R E S S E M O N T R É A L S A M E D I 2 1 O C T O B R E 2 0 1 7 UN LIVRE INSPIRANT Un hymne à la beauté des lieux, des maisons, des rues et des villes Dialogues entre François Cardinal et l\u2019architecte Pierre Thibault Offert en librairie ou sur editionslapresse.ca Aussi en format PDF et E-pub 132 ARTS GENEVIÈVE BOUCHARD LE SOLEIL Sept ans après avoir été joyeusement hanté sur scène par l\u2019esprit de grands compositeurs, Edgar Fruitier reçoit la visite de nouveaux spectres dans la deuxième mouture du spectacle Edgar et ses fantômes (présenté à la salle Pierre- Mercure jusqu\u2019au 29 octobre).Verdi, Haydn, Tchaïkovski et Gershwin succèdent à Mozart, Beethoven, Bach et Satie.Et le mélomane de 87 ans peut compter sur sa consœur Catherine Perrin pour l\u2019accompagner dans cette hantise musicale.« C\u2019est une chose qui me réjouit , note M.Fruitier.Évidemment, il y a un certain problème avec l\u2019âge que j\u2019atteins.Je ne pouvais pas prendre la responsabilité de toute la pièce.On a demandé à Catherine Perrin.Elle a été remarquable en répétitions et je suis sûr qu\u2019elle va l\u2019être aussi lors des représentations.» Dans le premier chapitre, les illustres revenants s\u2019invitaient dans le salon du comédien.Cette fois-ci, ils investissent les murs d\u2019une boutique achetée par M.Fruitier pour les accueillir, lui qui n\u2019en peut plus de voir son domicile visité par les esprits.C\u2019est donc là qu\u2019il convie sa «relève», Catherine Perrin, qui se montre d\u2019abord incrédule lorsque Verdi (Sébastien Dhavernas), Haydn (Antoine Durand), Tchaïkovski (Jean- F r a n ç o i s B l a n c h a rd ) e t Gershwin (Gilbert Lachance) débarquent.«Souvent, on connaît leurs œuvres, mais on n\u2019associe pas ça avec la personne, avance la metteure en scène Michèle Deslauriers.Là, on va découvrir non seulement les compositeurs, mais aussi des pans de leur vie : ce qui les a inspirés, leurs chocs, les coups de foudre qui les ont amenés à écrire et à composer.» Enjeux féminins Catherine Perrin ne cache pas qu\u2019elle aurait aimé voir une créatrice parmi les fantômes d\u2019Edgar Fruitier.«C\u2019est surtout parce que les compositrices importantes n\u2019ont pas eu accès à l\u2019orchestre.Jean-Pascal [Hamelin, directeur musical du spectacle] croit en ces femmes-là.Il a fait un spectacle complet sur Clara Schumann.» Mme Perrin dit toutefois avoir été consolée par le fait que le texte aborde plusieurs enjeux féminins.«On parle de la présence de femmes musiciennes dans leur vie.Pas de leurs bonnes ou de leurs femmes au foyer.On parle de musiciennes qui les ont influencés», dit Catherine Perrin.L\u2019animatrice et claveciniste ne nie pas que l\u2019exercice compte un volet pédagogique.«Absolument.Et il faut l\u2019assumer.Mais pour avoir vu le premier, il y a aussi une grande tendresse.Ça se fait avec un naturel.Edgar a le secret de ça.Il dit des choses pédagogiques et on a l\u2019impression de se faire raconter une histoire.» Elle rappelle qu\u2019il n\u2019est pas nécessaire d\u2019être un fin connaisseur pour apprécier la musique classique.«Il faut avouer qu\u2019il y a des mélomanes un peu élitistes qui ont contribué à intimider les gens.Ça, je le regrette profondément.Mais ça commence à être fini.Avec des musiciens comme Marie-Nicole Lemieux, par exemple, on est dans un autre rapport.On n\u2019essaie pas de nous convaincre qu\u2019il faut descendre de l\u2019Olympe pour apprécier ça.» Un orchestre de 27 musiciens et deux chanteurs \u2013 la soprano Myriam Leblanc et le ténor Keven Geddes \u2013 est de la partie.«Ce sont deux chanteurs de très haut niveau qui sont à la veille de s\u2019envoler, confie Catherine Perrin.On les a pris juste à temps.Je ne suis pas certaine qu\u2019on aurait pu les avoir dans deux ans.» À la salle Pierre-Mercure jusqu\u2019au 29 octobre ; au Grand Théâtre de Québec du 28 novembre au 2 décembre.MUSIQUE Les nouveaux fantômes d\u2019Edgar Fruitier En cet âge d\u2019or des téléséries, La Presse décortique une série qui vaut le coup d\u2019œil.Aujourd\u2019hui :Mindhunter.LA SÉRIE DE LA SEMAINE Mindhunter Créateur : Joe Penhall Avec Jonathan Groff, Holt McCallany, Hannah Gross, Anna Torv et Cotter Smith 10 épisodes Sur Netflix LA NOUVELLE SÉRIE DE FINCHER Le réalisateur David Fincher est celui qui a offert à Netflix l\u2019un de ses plus grands succès : House of Cards.C\u2019est même cette série qui a fait de la plateforme le géant que l\u2019on sait, inaugurant un catalogue de productions originales et exclusives qui a séduit de nouveaux abonnés.Sa nouvelle production, Mindhunter, dont il a dirigé le pi lo te e t t roi s aut re s é p i s o d e s , e s t i n s p i r é e des mémoires de John E.Douglas et Mark Olshaker, qui ont raconté dans Mind Hunter : Inside The FBI\u2019S Elite Serial Crime Unit la naissance d\u2019une unité spéciale du FBI consac rée à la psycholo - gie des criminels dans les années 70.SLOW TV Dans Mindhunter, il ne faut pas s\u2019attendre à de l\u2019action et à des courses-poursuites, puisque l\u2019histoi re repose essentiellement sur les entretiens menés avec des tueurs en série par Holden Ford (Jonathan Groff), un jeune enquêteu r ambit ieux , e t Bill Tench (Holt McCallany), un vétéran, tous deux inspirés des agent John E.Douglas et Robert K.Ressler.Et pour de nombreux critiques aux États-Unis, Mindhunter est le meilleur show de slow TV du moment.David Fincher a d\u2019ailleurs confié au magazine Rolling Stone qu\u2019il adore les interrogatoires.« J\u2019aime les scènes où quelqu\u2019un résiste à la tentation de révéler des choses.Une scène de huit pages entre quatre murs de barreaux et une table de pique-nique en métal ?J\u2019en suis.Alors que des cinéastes diraient : \u201cAh merde, ça va être ennuyeux, on doit tourner des f lash- back.\u201d » I l n \u2019 y en a pa s d a n s Mindhunter, une série particulièrement oppressante.TÉLÉVISION /Mindhunter À l\u2019origine des profileurs PHOTO ÉRICK LABBÉ, LE SOLEIL Edgar Fruitier et Catherine Perrin reçoivent des invités de marque dans la deuxième mouture d\u2019Edgar et ses fantômes.PHOTO FOURNIE PAR NETFLIX Un épisode de la série américaineMindhunter présentée sur Netflix TERRA INCOGNITA Ce qui est fascinant dans Mindhunter, c \u2019est que nous assis tons à la na issance d\u2019un champ d\u2019investigation.Jusqu\u2019à la création d\u2019une unité spéciale, les tueurs en série étaient considérés comme des fous incompréhensibles \u2013 le terme même de « tueur en série » n\u2019existait pas ! Mais comment résoudre et prévenir leurs crimes si on ne sait pas comment ils pensent?Dans les années 70, nous sommes aussi en plein développement des sciences sociales et psychologiques et, si l\u2019agent Holden Ford finit par approfondir sa pensée, c\u2019est grâce à deux femmes brillantes et libres : sa nouvelle amoureuse, Debbie Mitford ( H a n n a h G r o s s ) , e t l a Dre Wendy Carr (Anna Torv), inspirée de la DreAnn Wolberg Burgess, pionnière des soins médico-légaux et cofonda- trice d\u2019un des premiers programmes d\u2019aide aux victimes d\u2019agressions sexuelles.TROUVER L\u2019HUMAIN DANS LE MONSTRE En entrevue, David Fincher s \u2019excuse presque d \u2019avoi r contribué à la mythification du tueur en série avec son film Seven (1995).Mindhunter a beaucoup plus de liens ave c s on c h e f - d \u2019œ uv r e Zodiac de 2008, dans lequel Jake Gyllenhaal développait une obsession envers le tueur surnommé Zodiac (qui n\u2019a jamais été découvert).«David nous a dit très tôt et très clairement que le tueur en série spirituel, charmant et super intellectuel, ce n\u2019est pas la réalité, a expliqué le comédien Holt McCallany.La réalité est que la plupart de ces gars sont profondément fissurés.Misanthropes.Tourmentés.Ils n\u2019ont pas tous un gros QI.Alors il vaut mieux être authentique que sensationnaliste.» L a t o i l e d e f o n d d e Mindhunter est celle d\u2019une époque post-« révolut ion sexuelle » qui influence les psychopathes, majoritairement des hommes blancs, dans leurs violences.Ce qui révèle aussi que le corps des victimes, majoritairement des femmes, est malheureusement le champ de bataille des transformations sociales.LE VERDICT Mindhunter est une série qui crée une grande dépendance chez ceux qui aiment les histoires intelligentes, où l\u2019on ne nous prend pas par la main.Le duo d\u2019enquêteurs est irrésistible, Holden incarnant le jeune plein d\u2019idées, que le vétéran Bill encadre de son expérience.Ces deux-là s\u2019enfoncent dans les coins les plus sombres de la psyché humaine, et ce ne sera pas sans conséquence sur leurs propres esprits.On r e t r ouve l a même lenteur contemplative, la même atmosphère lourde et le même souci de reconstitution des années 70 que dans Zodiac, avec un ou deux moments absolument terrifiants sans qu\u2019aucune violence ne soit utilisée \u2013 à ce chapitre, chapeau à l\u2019acteur Cameron Britton, l\u2019interprète du tueur Edmund Kemper, qui vous fera faire des cauchemars.Sachez aussi qu\u2019une deuxième saison a été commandée avant même la diffusion de la première.l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l 2 A R T S L A P R E S S E M O N T R É A L S A M E D I 2 1 O C T O B R E 2 0 1 7 ARTS VISUELS La galerie Corno (anciennement AKA) a lancé hier, dans le Vieux- Montréal, l\u2019exposition Corno&Warhol, dont rêvait la peintre québécoise morte l\u2019an dernier à l\u2019âge de 64 ans.Elle réunit des œuvres originales de Corno, des pochettes de disques et des affiches d\u2019expos d\u2019Andy Warhol qui proviennent de la collection de Paul Maréchal.ÉRIC CLÉMENT « Johanne [Corno] a été influencée par Warhol, dit sa sœur, Line Corneau.On le constate avec ses Marilyn.E l l e r e c on na i s s a i t c he z Warhol une énergie de travail qu\u2019elle avait elle-même.Comme lui, elle était prête à déranger le marché de l\u2019art en faisant ce qu\u2019elle avait envie de faire.» Il y a trois ans, Corno avait demandé à Louis Plamondon, d i r e c t eu r de s a ga le r i e de la r ue Sa i n t- P au l , à Montréal, de pouvoir rencontrer le col lec t ionneur Paul Maréchal, spécialiste d\u2019Andy Warhol.«Elle voulait faire un événement Corno- Warhol à New York », dit M.Plamondon, ex-réalisa- teur à Radio-Canada.Paul Maréchal était intéressé, mais il était alors très occupé par des projets d\u2019expositions et d\u2019écriture.Il connaît l \u2019œuvre de Corno depuis 30 ans.« Je trouvais formidable qu\u2019une Canadienne puisse s\u2019établir à New York et y vivre de son art.Elle donnait tout pour sa peinture, dit Paul Maréchal.«On l\u2019accusait de faire de l\u2019art commercial.En fait, on l\u2019accusait de faire du Corno ! Comme Warhol qui, de son vivant, avait des détracteurs et qu\u2019on accusait de faire du commercial.» Le souhait de Corno a finalement été exaucé.L\u2019exposition a lieu.Mais sans elle, morte d\u2019un cancer le 21 décembre dernier au Mexique.Quand on regarde ses œuvres accrochées près des affiches que Warhol a créées pour annoncer ses expos à Paris, Lyon ou Zürich, on ne peut que convenir d\u2019un trait d\u2019union entre les deux artistes.« Je trouvais ça intéressant d\u2019exposer des affiches de galeries de Warhol dans la galerie d\u2019une artiste qui l\u2019admirait, dit Paul Maréchal.Il y a tant de points communs entre eux.Comme Warhol, Corno aimait utiliser plusieurs médiums et adorait le portrait.Ils étaient tous les deux amoureux de New York.Et ils étaient tous les deux affiliés au pop art.» Affiches et disques Faisant partie de la collection Maréchal, un lot de 26 affiches de Warhol est ainsi exposé pour la première fois tel quel.Parmi ces affiches, celle par laquelle sont a rr ivés le succès de Warhol et une controverse historique : la fameuse boîte de soupe Campbell de 1962.L\u2019époque du premier solo de Warhol à la Ferus Gallery de Los Angeles.Les visiteurs ne pourront acheter ces affiches individuellement.Le bloc est vendu 50 000$, au même prix que le lot de 62 pochettes de disques illustrées par Warhol et exposées sous une vitrine.Des disques des Stones, de Diana Ross, de musiciens de jazz ou encore de musique classique.En parallèle, une quinzaine d\u2019œuvres originales de Corno ayant une certaine pa renté avec Wa rhol es t accrochée, dont un portrait de Warhol, un de Basquiat et un autre de Kate Moss.Il y a aussi un impressionnant tableau (2,44 m x 2,13 m) d\u2019un jeune garçon, Boy 2, et quelques impressions sur plexiglas.Toujours populaire Corno était très populaire à l\u2019étranger.Un grand nombre de ses peintures se retrouve su r tous les cont i nent s .L\u2019a r tiste avait un contrat avec le réseau des galeries Opera, présentes dans une dizaine de capitales de la planète.Mais sa popularité au Québec était aussi immense.À sa mort, la galerie AKA (renommée galerie Corno le 1er octobre dernier) a dû fermer tant il y avait de demandes d\u2019achat.«On a rouvert au mois de mars, et il y avait toujours autant de demandes .On a décidé de conserver une trentaine d\u2019œuvres et même de racheter certaines œuvres importantes pour notre col- lec tion permanente », dit Louis Plamondon.L e s œuv re s de Cor no sont aujourd\u2019hui vendues 25% plus cher qu\u2019avant sa mort.« Trop augmenter les pr ix après le décès d\u2019un artiste n\u2019est pas bon pour le marché, sinon les gens ont tendance à vendre, dit L ou is Plamondon .On a d\u2019ailleurs eu peu d\u2019appels de gens qui voulaient vendre.Les collectionneurs ont tendance à conserver leurs œuvres de Corno.» Actuellement, les petites peintures de Corno se vendent, en galerie, de 10 000 à 42 000 $, mais la galerie Corno vend aussi des esquisses, des sérigraphies et des impressions sur plexiglas à des prix plus accessibles.À la galerie Corno (51, rue Saint-Paul Ouest, Montréal), jusqu\u2019au 23 décembre.CORNO&WARHOL Le rêve de Corno réalisé PHOTOS OLIVIER PONTBRIAND, LA PRESSE Avant le vernissage de l\u2019exposition Corno &Warhol, trois impressions sur plexiglas de Corno (en haut, sur la photo) dominent des affiches d\u2019Andy Warhol encore dans leur plastique protecteur.Louis Plamondon, directeur de la galerie Corno, devant une immense œuvre, Boy 2, de Corno «Je trouvais formidable qu\u2019une Canadienne puisse s\u2019établir à New York et y vivre de son art.Elle donnait tout pour sa peinture.» \u2014 Paul Maréchal, collectionneur l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l A R T S 3 L A P R E S S E M O N T R É A L S A M E D I 2 1 O C T O B R E 2 0 1 7 Prélude 8 novembre Du 17 novembre au 3 décembre Présenté par ARTS Depuis qu\u2019il a intégré l\u2019Académie française, à Paris, l\u2019écrivain montréalais Dany Laferrière a un plaisir coupable : participer à l\u2019écriture du Dictionnaire de la langue française.Une occupation exigeante et passionnante qui lui permet de naviguer dans les nuances de notre langue.ÉRIC CLÉMENT Quand nous avons rencontré Dany La ferrière, l \u2019été dern ier, à l \u2019occasion des Correspondances d\u2019Eastman, nous lui avons demandé où en était la rédaction de la neuvième édition du Dictionnaire de la langue française que prépare l\u2019Académie française.En mai 2015, quand l\u2019écrivain est devenu le premier Haïtien et le premier Québécois à intégrer la prestigieuse assemblée d\u2019immortels, ces derniers se penchaient sur les mots commençant par V.C\u2019est toujours le cas, deux ans plus tard! «Mais ça prend 40 ans pour faireune éditionduDictionnaire ! lâche Dany Laferrière.Nous faisons une cathédrale! Je respecte beaucoup le Larousse et le Robert, qui font une édition annuelle, mais nous sommes la matrice!» Une édition du Dictionnaire de l \u2019Académ ie f ra nça i se est si longue à produi re qu\u2019aucun académicien n\u2019a j ama i s pu a s s i s t e r à l a fois à sa naissance et à sa publication.« Ainsi, il ne peut y avoir de vanité, dit Dany Laferrière.Personne ne peut dire : \u201cJ\u2019ai fait une édition du Dictionnaire.\u201d » «Les doléances et les plaisanteries que suscitent les lenteurs du Dictionnaire sont presque aussi anciennes que l\u2019Académie elle- même», lit-on dans la préface de cette neuvième édition amorcée en 1986.L e s t r a v a u x d e l a Commission du Dictionnaire de la langue française (créée en 1805) avancent à pas de tortue, car la dizaine d\u2019académiciens qui en fait partie ne se réunit qu\u2019une fois par semaine, durant trois heures, le jeudi matin.« C\u2019est un travail collectif de fourmis qui se fait calmement et dans la courtoisie », dit Dany Laferrière.Cette commission, dont a fait partie Voltaire, examine une partie du Dictionnaire tandis que l\u2019ensemble des académiciens (34 personnes, car 6 sièges sont actuellement vacants) en examine une autre pendant la séance plénière de une heure trente, le jeudi après-midi.Langue vivante Le Dictionnaire de la langue françai se contient des éléments de grammaire et réserve une grande place à la l it tératu re .« Quand Monta igne a employé un mot, même si le grand public ne l \u2019emploie plus , on ne l\u2019enlève pas du Dictionnaire, dit Dany Laferrière.L\u2019idée est de retarder le moment où un grand livre devient si difficile à lire pour les contemporains qu\u2019il faille le mettre en français moderne.» Dany Laferrière dit que, chaque année, une « hécatombe de mots» se produit, si bien qu\u2019à un moment donné, on n\u2019est plus capable de lire Rabelais dans son écriture originelle.« Si on continue comme ça , on n\u2019a r r ivera plus à lire Rimbaud, dit-il.Ou il faudra de nombreuses notes en bas de page.Le Dictionnaire de l\u2019Académie française permet de conserver la langue des écrivains.C\u2019est fondamental.» Pour ses premières armes de coauteur du Dictionnaire d e l a l a n g u e f r a n ç a i s e , Dany Laferrière s\u2019était vu attribuer le mot « vaillant ».Puis, il y a eu le mot «valeur».«Valeur est un mot très riche, surtout en ce moment, dit Dany Laferrière.I l ne se pose plus comme avant .Aujourd\u2019hui, c \u2019est un mot lié à l\u2019identité.On lui donne même des significations de droite alors que le mot lui- même n\u2019a pas de signification politique.C\u2019est un mot qui nous a valu beaucoup de discussions.» Dany Laferrière se souvient d\u2019avoir eu bien du plaisir avec «vent».«Le mot paraît simple, mais il fait quatre pages dans le Dictionnaire, dit-il.Parce qu\u2019il faut nommer tous les vents et, quand il y a des mots comme ça, je veille à ce que leur signification en Amérique du Nord et dans les Caraïbes soit prise en compte.Les origines des académiciens permettent d\u2019éclairer le Dictionnaire et de le rendre moins hexagonal et plus universel.» Les débats entre académiciens sont d\u2019autant plus passionnants que ces amoureux de la langue ont tous leur propre histoire par rapport au langage.« Le professeur Marc Fumaroli est peut-être le plus grand spécialiste mondial du XVIIIe siècle sur la question de la conversation et de la rhétorique, dit Dany Laferrière.Il peut trouver une nuance à un mot et l\u2019historien d\u2019art Pierre Rosenberg en trouver une autre.Chaque académicien apporte un éclairage, ce qui donne au mot toute sa variété.» Dany Laferrière adore cet exercice intellectuel.« C\u2019est ex t raord ina i re , d it-i l .Je n\u2019étais pas un fan du dictionnaire, même si je suis écrivain.Et là, je vois que le Dictionnaire de la langue française donne du subversif, ce que je soupçonnais ! Car quand on connaît la signification des mots ! Simplement savoir que l\u2019origine du mot \u201ctravail\u201d vient de torture, ça nous apprend bien des choses ! Et que le mot \u201cprovince\u201d vient du latin pro victis, ce qui veut dire \u201cendroit où l\u2019on repousse les vaincus\u201d, on n\u2019a pas envie de le savoir, vu qu\u2019on est une province ! Si les gens ouvraient le dictionnaire plus souvent, ils auraient ainsi accès au grand roman de l\u2019aventure humaine.Là où l\u2019on a caché toutes les significations secrètes de ce qui nous arrive.» L\u2019ACADÉMIE OFFRE SON AIDE Pour faire «bon usage» de la langue française et user du «mot juste», l\u2019Académie française édite une rubrique intitulée Dire, Ne pas dire, que l\u2019on peut découvrir ici : academie-francaise.fr/ dire-ne-pas-dire Pour poser des questions précises sur l\u2019emploi d\u2019un mot ou la signification d\u2019une expression : academie-francaise.fr/ questions-de-langue «Si on continue comme ça, on n\u2019arrivera plus à lire Rimbaud.Ou il faudra de nombreuses notes en bas de page.Le Dictionnaire de l\u2019Académie française permet de conserver la langue des écrivains.C\u2019est fondamental.» \u2014 Dany Laferrière Une exposition d\u2019œuvres de Kent Monkman est toujours un événement.Surtout quand elle illustre une autre de ses innovations.L\u2019artiste canadien d\u2019origines crie et irlandaise présente, jusqu\u2019au 4 novembre à la galerie Pierre-François Ouellette art contemporain (PFOAC), quatre surprenants tableaux-vidéos encore inédits à Montréal.ÉRIC CLÉMENT Kent Monkman aime varier ses manières de créer.Alliant c la ss ic i sme et te chnolo - gie, peinture et cinéma, ses tableaux-vidéos sont constitués d \u2019une reproduc t ion numérisée d\u2019une de ses toiles \u2013 inspirée d\u2019un tableau européen classique \u2013, la reproduction étant surimposée par des images en mouvement.Il ne faut donc pas être surpris, en arrivant dans la galerie PFOAC, d\u2019apercevoir des fils électriques qui pendent sous des cadres de style XIXe ! Exposés l \u2019an dern ier à New York, ces tableaux-vidéos présentent des saynètes animées et sonores, de trois à six minutes chacune, que l\u2019artiste figuratif de 52 ans a tournées en s\u2019inspirant des drames qui ont touché des autochtones canadiens aux XVIIIe et XIXe siècles, quand ils étaient emmenés en Europe pour être montrés, et parfois abandonnés sur place.« C \u2019e s t l a r a i son pou r laquelle il y a un programme actuellement pour essayer de rapatrier les ossements de ces autochtones, notamment des Innus , décédés en Europe et enterrés dans des fosses », dit le galeriste Pierre-François Ouellette.Avec son humour mêlé de gravité, Kent Monkman est parti de ces douloureuses histoires pour mettre en scène son autochtone fétiche « aux deux esprits » (homme et femme), Miss Chief Eagle Testickle, dans des situations diverses.Dans l\u2019un des tableaux-vidéos, Miss Chief s e r e t r ouve pe rdue su r la place Sa int-P ier re , au Vatican.Usant de son charme exotique, elle réussit à attirer près d\u2019elle.un jeune ecclésiastique ! L\u2019œuvre est osée et drôle à la fois, mais on aurait aimé en voir plus ! Dans La trans f igurat ion , u n au t re t ableau -v idéo , Miss Chief sort d\u2019une voiture de luxe intégrée dans le décor du Palatin romain.Elle se penche sur le corps d\u2019une femme étendue sur le sol, blessée.Cette femme est représentée dans le style cubiste de Picasso, comme si Monkman avait décomposé le personnage de La danse aux voiles que le maître espagnol a peint en 1907, pour évoquer les liens entre les cultures amérindiennes et l\u2019art moderne.Miss Chief réconforte la victime et lui offre de l\u2019encens autochtone.La victime redevient elle-même et s\u2019envole comme un ange.Belle création.Un hommage particulier au Canada Monkman présente aussi des œuvres à l\u2019apparence de planches photo du XIXe siècle.Ce sont, en fait, des mises en scène sophistiquées reliées aux Pères de la Confédération canadienne.Avec des femmes autochtones qui viennent les séduire, dans la peau de femmes fatales \u2013 telles que Dalila, Judith ou la femme de Potiphar \u2013, ou carrément les supprimer, comme dans le cas où un Kent Monkman déguisé en Salomé tient dans ses mains un plateau avec la tête d\u2019un des politiciens.Une création raffinée et toute en nuances.Jambières et peintures La galerie expose aussi les bottes jambières rouges de Miss Chief et un collier de perles inspiré du chapelet catholique, mais ce n\u2019est pas le Christ qui est en croix, mais un castor.L\u2019expo ne serait pas complète sans quelques peintures.On peut en admirer deux.D\u2019abord Kindred Spirits (After Durand), une nouvelle toile inspirée du tableau Kindred Spirits peint par Asher Brown Durand (1796-1886) et dans lequel deux amis discutent au bord d\u2019une falaise dans un lieu enchanteur.Dans la toile de Monkman, un homme bla nc e t un autochtone , flambants nus au bord d\u2019une falaise identique, se battent dans une sor te de danse virile, chacun empoignant la cuisse de l\u2019autre.Un beau tableau.L \u2019 a u t r e t a b l e a u , Weesageechak Teaches Hermes How to Trick the Four Legged, a été exposé en 2010 à la Bienna le de Sydney, en Australie.Un tableau comique et coquin où l\u2019autochtone apprend à Hermès à domestiquer des bisons.Mais la position à quatre pattes de l\u2019Amérindien insinue qu\u2019un aut re apprent issage s \u2019en vient.Du grand Monkman ! Enfin, Pierre-FrançoisOuellette a accroché des esquisses préparatoires au crayon de graphite réalisées par Kent Monkman pour quelques-uns de ses grands tableaux.Des études qui seront bientôt plutôt rares, puisque Monkman utilise désormais des modèles vivants pour ses toiles plutôt que d\u2019avoir recours au dessin académique.À noter que le Boudoir de Berdache, un tipi transformé en salon où sont diffusées deux vidéos, est actuellement exposé au Musée des beaux- arts de Montréal, dans le cadre de l\u2019exposition Il était une fois.le western.Le musée prévoit, de plus, présenter bientôt une œuvre vidéo réalisée le mois dernier quand Kent Monkman s\u2019est symboliquement marié avec le couturier français Jean Paul Gaultier, dans le cadre de l\u2019exposition Love is love : le mariage pour tous selon Jean Paul Gaultier.L\u2019artiste canadien s\u2019était évidemment présenté dans les atours et sous les traits de Miss Chief Eagle Testickle! Le zoo humain, de Kent Monkman, à la galerie Pierre- François Ouellette art contemporain (963, rue Rachel, Montréal), jusqu\u2019au 4 novembre.KENT MONKMAN Miss Chief est de retour ! PHOTO HUGO-SÉBASTIEN AUBERT, LA PRESSE Le galeriste Pierre-François Ouellette devant l\u2019œuvre La transfiguration, de KentMonkman, un écran diffusant, sous la forme d\u2019un tableau, une vidéo dans laquelleMiss Chief Eagle Testickle vient en aide à une figure cubiste étendue au sol.PHOTO EDOUARD PLANTE-FRÉCHETTE, ARCHIVES LA PRESSE « Je n\u2019étais pas un fan du dictionnaire, même si je suis écrivain.Et là, je vois que le Dictionnaire de la langue française donne du subversif, ce que je soupçonnais ! », affirme Dany Laferrière.l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l 4 A R T S L A P R E S S E M O N T R É A L S A M E D I 2 1 O C T O B R E 2 0 1 7 ARTS MUSIQUE Pendant qu\u2019Imagine Dragons atteignait le sommet des palmarès, son leader Dan Reynolds touchait le fond du baril.Ces moments sombres, qui ont teinté le matériel du groupe par le passé, ont fait place à une dose de lumière sur le récent album Evolve.À la veille du passage du quatuor de Las Vegas au Québec, le batteur Daniel Platzman a répondu à nos questions.NICOLAS HOULE LE SOLEIL Le chanteur Dan Reynolds n\u2019a jamais caché ses problèmes de dépression.La dernière tournée, en particulier, semble avoir été un chapitre plus difficile pour lui.Comment avez-vous vécu ça, au sein du groupe?On est plus qu\u2019un groupe, on est une famille.On est toujours ensemble, dans les hauts comme dans les bas, donc il ne vivait pas ça seul.Vous savez, on a tous des moments où on va moins bien et on essaie de prendre soin les uns des autres lorsque c\u2019est nécessaire.Ce n\u2019était pas au point de nuire à nos affaires et qu\u2019on doive annuler des spectacles, mais à la fin de la dernière tournée, il était évident qu\u2019on devait faire une pause.On crée à partir de nos expériences personnelles et on était rendu à un point où on devait vivre nos vies jusqu\u2019à ce qu\u2019on ait de nouveau quelque chose à dire.Evolve est, finalement, un album lumineux et positif.Même la pochette est très colorée.Était-ce un défi d\u2019être positif sans sombrer dans le quétaine?Je crois que si on avait fait un plan méthodique en décidant qu\u2019on ferait un album heureux, ç\u2019aurait pu devenir quétaine, oui.Les gens sont tellement plus sophistiqués en tant qu\u2019auditeurs qu\u2019ils peuvent sentir immédiatement qu\u2019on n\u2019est pas sincère.Heureusement, ce positivisme venait d\u2019une source authentique.Tout ça provenait de cette nouvelle expérience d\u2019avoir fait une pause.Dan s\u2019est retrouvé dans ce contexte très positif et ne pouvait pas attendre avant de le partager.Il est si prolifique.et c\u2019était le jour et la nuit entre ce qu\u2019il a écrit à la fin de Smoke + Mirrors \u2013 quand on a décidé de faire une pause \u2013 et lorsqu\u2019on s\u2019est mis à travailler sur Evolve.Avez-vous poussé un soupir de satisfaction quand Believer est sorti ?Vous êtes-vous dit : on a réussi avec celle-là ?On était très heureux de la réponse à Believer.Je dirais qu\u2019Evolve est vraiment un album de renouveau pour nous.On ne s\u2019est jamais senti aussi confiants et à l\u2019aise avec la façon dont on sonne et avec ce que l\u2019on fait.Auparavant, on avait moins confiance en nous et on se retrouvait avec des décisions prises un peu dans la crainte.Les gens s\u2019attendent à ceci, donc mettons-le et soyons certains que ça sonne de cette manière.[.] Mais cette fois, on croyait profondément en notre musique.On n\u2019avait pas peur de la réaction à Believer [.], mais de voir qu\u2019autant de gens se sentent interpellés par l\u2019album, ça confirme nos choix.On peut trouver sur Evolve des références à la musique des années 80.Est-ce aussi en référence à cette décennie que vous avez recruté Dolph Lundgren, le boxeur russe dans Rocky IV (1985), pour jouer dans le vidéoclip?Quand on planchait sur les idées pour ce vidéoclip, on se demandait qui, dans nos rêves les plus fous, serait la meilleure personne pour jouer dedans et on a tous dit que Dolph Lundgren serait parfait.Mais on ne croyait pas avoir la moindre chance qu\u2019il accepte de le faire.On connaissait quelqu\u2019un qui le connaissait et il est super gentil ; c\u2019est le gars le plus gentil du monde ! Il était d\u2019accord et c\u2019est vraiment lui qui a fait de ce vidéoclip ce qu\u2019il est.Vous avez développé de nouvelles sonorités pour ce troisième album.Comment les chansons récentes se fondent-elles aux plus vieilles en concert ?En tant qu\u2019artistes, on espère que notre vision se précise au fil des albums.Alors on souhaite que ça se mélange de manière naturelle.[.] On a appris beaucoup de choses de notre premier à notre troisième enregistrement.Et on a fini par comprendre est que moins peut signifier davantage.[.] Pour notre deuxième album, Smoke + Mirrors, on avait acheté une maison qu\u2019on avait convertie en studio d\u2019enregistrement alors qu\u2019on était en tournée.L\u2019idée était d\u2019avoir notre studio à portée de main lorsqu\u2019on quittait la route.On avait ce nouveau jouet.On était tellement excités d\u2019avoir tous ces sons qu\u2019on a essayé de faire entrer tout ça sur l\u2019album.Cette fois, on a été plus sélectifs et je crois que ç\u2019a eu plus d\u2019impact.Las Vegas n\u2019est pas la première ville américaine qui nous vient en tête lorsqu\u2019on imagine un groupe qui veut se faire un nom.Comment y avez-vous fait votre chemin?Vegas est un endroit formidable pour un jeune groupe, mais c\u2019est comme un secret.La plupart des gens pensent que si vous démarrez un groupe, vous devez être à New York ou à Los Angeles.Le problème, c\u2019est qu\u2019il y a peu de salles et beaucoup de groupes.À Vegas, c\u2019est le contraire : vous avez le Strip, tous ces casinos et ces bars qui ont besoin de distractions et il n\u2019y a pas tant de groupes.Donc si vous êtes une jeune formation, vous pouvez être payés pour jouer sur scène, faire des erreurs et vous améliorer au fil des performances.Ç\u2019a été tellement précieux pour nous de pouvoir jouer ainsi plutôt que de simplement répéter dans notre local, où rien ne va mal et où on joue avec l\u2019équipement parfait et avec un volume idéal.[.] Sans Vegas, on n\u2019aurait jamais eu toutes ces leçons et ce temps de jeu.Au Centre Vidéotron, le 26 octobre, et au Centre Bell, le 27 octobre.IMAGINE DRAGONS Évoluer vers la lumière Q R PHOTO AMY SUSSMAN, ARCHIVES ASSOCIATED PRESS La formation Imagine Dragons l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l A R T S 5 L A P R E S S E M O N T R É A L S A M E D I 2 1 O C T O B R E 2 0 1 7 Ne manquez pas l\u2019événement chouchou des Fashionistas Montréal 19-20-21-22 OCTOBRE Marché Bonsecours 350, rue Saint-Paul Est Vieux-Montréal CHAMPS-DE-MARS JUSQU\u2019À 80% DE RABAIS ENTRÉE LIBRE Heures d\u2019ouverture : Samedi et dimanche de 10h à 18h Pour plus de renseignements : Tél.: 514 866-2006, poste 300 www.braderiedemodequebecoise.com Veinage Eve Gravel ARTS NATHALIE PETROWSKI CHRONIQUE I l y a une semaine, seulement une semaine, Éric Salvail et Gilbert Rozon étaient les rois incontestés de leur domaine respectif.Ils avaient tout ce qu\u2019un cœur ambitieux peut désirer : de l\u2019argent, du succès, de la notoriété, du pouvoir, beaucoup de pouvoir, sans doute trop de pouvoir.Ils en ont abusé, selon les témoignages recueillis par La Presse, Le Devoir et le 98,5.Il y a un mois, seulement un mois, les personnes (des hommes, pour la plupart) qui ont témoigné contre Salvail et les femmes qui ont témoigné contre Rozon n\u2019auraient jamais accepté de briser le silence.Il y a un mois, la peur et la honte auraient eu raison de leurs aveux.Mais l\u2019affaire Weinstein à Hollywood et la sortie publique d\u2019une trentaine d\u2019actrices connues et adulées a ouvert la voie, ouvert les vannes et subitement créé, pour les victimes anonymes, où qu\u2019elles soient, un terreau fertile pour avouer l\u2019inavouable et dénoncer l\u2019inacceptable.Les langues se sont déliées et, pour une fois, ce sont les femmes qui ont eu le courage de donner leur nom et de montrer leur visage.I l y a u n e s em a i n e , Éric Salvail et Gilbert Rozon étaient des rois incontestés.Du jour au lendemain, ils ont tout perdu ou presque.Perdu les assises de leur pouvoir, perdu leur royaume, perdu leur réputation.Peut-être temporairement, peut-être pour toujours.Qui sait?D a n s l e c a s d e Gilbert Rozon, c\u2019est un film dans lequel i l ava it déjà joué : en 1998, il avait plaidé coupable à une accusation d \u2019ag ression sexuel le su r une croupière de 19 ans du Manoir Rouville-Campbell.Rozon avait obtenu du juge une absolut ion incond i- tionnelle a fin de pouvoir continuer à brasser des affaires à l\u2019étranger.Les féministes de l\u2019époque avaient dénoncé la décision.J\u2019avais défendu Rozon en plaidant qu\u2019il ne s\u2019en tirait pas à si bon compte puisque sa réputation était entachée pour de nombreuses années, sinon à vie.J\u2019ai eu tort.Non seulement il a réussi à rebâtir sa réputation en un temps record, mais il a aussi accédé à des sphères de pouvoir encore plus importantes qu\u2019avant, comme si l\u2019agression de la croupière de 19 ans avait été effacée.On pensait tous que Rozon avait eu sa leçon.Il l\u2019a lui- même affirmé dans le train de Josélito Michaud en 2011.« J\u2019avais fait tellement de conneries dans ma vie.Cet évènement a été comme une sorte d\u2019Act of God.Il y a du bon à aller aussi bas.Après, on fait les choses pour ce qu\u2019elles sont», avait-il admis avec une touchante franchise.On pensait qu\u2019il avait compris, mais si on se fie à certaines femmes qui ont témoigné à visage découvert, il n\u2019a pas compris ni appris grand-chose des évènements de 1998.Du moins pas assez pour ne pas répéter ses mêmes patterns de prédateur.Quant à Éric Salvail, à travers les témoignages de ses victimes se dessine un pattern différent, mais où, une fois de plus, l\u2019abus de pouvoir passe par le sexe.Rozon et Salvail ne sont pas de la même génération.Pourtant, les deux semblent s\u2019être livrés impunément à des comportements qui étaient peut-être perçus comme tolérables, sinon normaux, dans les années 60, 70 ou 80, mais qui ont cessé de l\u2019être.L\u2019époque du tapotage, du tripotage, des mains baladeuses et de l\u2019humour gras et libidineux de mononcle est révolue.Bel et bien révolue.Salvail et Rozon l\u2019ont-ils même remarqué?On ne sa it t rop à quel moment le changement s\u2019est produit.À quel moment les femmes ont commencé à penser qu\u2019assez, c\u2019était assez.À quel moment elles ont senti qu\u2019elles devaient prendre la parole et dénoncer.À quel moment , le ha r cèlement sexuel a cessé d\u2019être une mauvaise blague qui fait rire jaune pour devenir quelque chose de sérieux, qui existe, qui est répandu et qui doit être éradiqué.Le changement a été graduel.Rien n\u2019est arrivé du jour au lendemain.Le temps a fait son œuvre à mesure que des cas d\u2019espèce étaient révélés au grand jour et médiatisés.Les cas de Guy Cloutier, d e M a r c e l A u b u t , de B e r t r a nd Cha re s t e t compagnie.Les cas se sont accumulés et leur accumulation est devenue la preuve que l\u2019exception ne confirmait plus la règle, mais que l\u2019exception était une pratique répandue.C h e z n o u s , l \u2019 a f f a i r e Ghomeshi a été un déclencheur de prise de conscience et le premier signe, avec l\u2019apparition du mouvement #AgressionNonDénoncée, qu\u2019un changement de mentalités était en train de s\u2019opérer.De toute évidence, le message ne s \u2019est rendu ni à Rozon ni à Éric Salvail.Ils ont continué à se croire tout permis, sans voir que tout allait bientôt leur exploser en plein visage.Il suffisait que le contexte se présente.Il n\u2019a pas tardé à se présenter sous les t ra its de Harvey Weinstein et d\u2019une trentaine d\u2019actrices connues qui, pour une rare fois, ont décidé de révéler, voire de crier à tue-tête, les outrages et les agressions qu\u2019elles avaient subis aux mains de Harvey et de ses semblables.Le mouvement #MeToo, #MoiAussi, a creusé un sillon de plus dans ce grand ménage des mentalités.À l \u2019époque de l \u2019a f fa i re Ghomeshi, des noms d\u2019agresseurs dans le showbiz québécois ont c i rcu lé , ma is personne n\u2019a voulu risquer une dénonciation.Cette fois, à cause du contexte, une nouvelle « fenêtre d\u2019opportunité» s\u2019est ouverte, le vent s\u2019est levé et Rozon et Salvail ont été les premiers à tomber : les premiers, mais probablement pas les derniers.D\u2019autres comme eux vont probablement être démasqués dans les semaines à venir.Mais l\u2019important, c\u2019est que les choses sont en train de changer, que les gestes non consentis ne sont plus tolérés ni tolérables et qu\u2019il est trop tard pour revenir en arrière.À partir d\u2019aujourd\u2019hui, ça ne doit plus jamais être comme avant.Plus jamais comme avant AprèsMambo Italiano, Ciao Bella et Chroniques de Saint-Léonard, Steve Galluccio lance un autre pavé dans la mare pour secouer la famille italo-québécoise, avec Les secrets de la Petite Italie.Dramatiquement comique.LUC BOULANGER Décidément, Steve Galluccio en a long à dire (et à écrire) sur les mœurs italiennes.Depuis près de 20 ans, à travers une dizaine de pièces et de scénarios, l\u2019auteur porte un regard à la fois tendre et amusé, critique et satirique, sur la culture méditerranéenne dont il est le fruit.Un univers familial où l\u2019on a du mal à affirmer sa différence.Un monde tricoté serré et névrosé, où tous les personnages sont caractériels et hypersensibles.Steve Galluccio y peint la (sa) communauté italo-cana- dienne à gros traits, avec ses clichés et ses vulgarités.Or, jamais l\u2019auteur ne tombe dans la moquerie, le mépris, la facilité.Probablement parce que Galluccio a un rapport amour- haine avec les siens.Et comme tous les amoureux éconduits, il nous fait rire pour mieux panser ses blessures.«On a tous un jardin secret, des squelettes dans le placard, croit-il.On a tous été blessés à un moment donné.On a tous eu peur ou souffert par moments dans sa vie.» L\u2019ultime tabou À 57 ans, Steve Galluccio vit l\u2019une des périodes les plus belles de sa vie.Marié depuis plus d\u2019un an avec un « pure-laine », il récolte les succès au théâtre comme au cinéma et a même des projets à Hollywood.Le dramaturge dit néanmoins ne pas croire en la ballade des gens heureux, ces gens qui s\u2019estiment au-dessus des épreuves et des échecs.«C\u2019est de la grosse bullshit ! Pour moi, ça sonne comme une personne prise au milieu d\u2019une grosse tempête, d\u2019un ouragan, et qui te dit de voir le côté positif !» Si la vie est un tsunami, les humains sont nécessairement brisés, imparfaits, selon Galluccio.« Je ne crois pas au bonheur.Par contre, je crois à la résilience.À mon avis, les minorités, les immigrants, les LGBT et les artistes sont plus résilients .Pas parce qu\u2019ils sont meilleurs que les autres, simplement parce qu\u2019ils doivent toujours se battre pour s\u2019affirmer », dit Steve Galluccio.Dans Mambo Italiano, son premier succès au théâtre, il abordait la question par l\u2019entremise du coming out d\u2019un fils gai à ses parents italiens et catholiques, parce que l\u2019homosexualité est encore taboue chez les Ita lo-Québécois , comme les mariages mixtes, le concubinage, le divorce.Dans sa nouvelle pièce, Les secrets de la Petite Italie, à l\u2019affiche chez Duceppe dès mardi soir, Galluccio met en scène une femme transgenre qui revient voir son père qui l\u2019a renié, après 10 ans de silence et d\u2019absence.À la suite de la disparition subite de sa femme, Tony convoque les membres de sa famille pour la retrouver.Surgira du passé Ivana (François-Xavier Dufour), une femme marginale que Tony (Roger La Rue) ne reconnaît pas immédiatement, mais qui s\u2019avère être son fils honni.Toute la vérité Débute un drame comique typiquement italien, alors que tous refusent de reconnaître une réalité inacceptable à leurs yeux.Cette galerie de personnages colorés devra faire face à ses mensonges et ses contradictions pour que la vérité (toute la vérité) éclate au grand jour.La Petite Italie va se réveiller avec un méchant mal de bloc.« Depuis les sor t ies de Caitlyn Jenner et Laverne Cox, les transgenres sont devenus ce que les gais étaient dans les années 90, explique Galluccio.Ils sont encore marginalisés, pas tout à fait acceptés.Toutefois, on sent que les mentalités commencent à changer.Tu as le droit de t\u2019affirmer comme tu es.Si les gens t\u2019acceptent, tant mieux ; sinon, tant pis.» « J \u2019a i vu un repor t age d\u2019Oprah Winfrey sur les partisans de Trump à 60 Minutes.Un républicain du Midwest disait accepter les homosexuels parce qu\u2019ils sont nés ainsi, alors que les transsexuels choisissent de changer de sexe.Comme c\u2019est ironique! Il y a 20 ans, cet homme aurait dit exactement la même chose à propos des gais.» Après avoir éventé les secrets de la Petite Italie de Montréal, Galluccio se penchera sur celle de Toronto.Il a en effet coscénarisé la comédie romantique Little Italy, réalisée par Donald Petrie, et mettant en vedette Hayden Christensen, Emma Roberts, Alyssa Milano et Danny Aiello.Le film a été tourné l\u2019hiver dernier à Toronto avec un budget de 30 millions et sortira sur les écrans en 2018.Les secrets de la Petite Italie, chez Duceppe du 25 octobre au 2 décembre.Little Italy, de Donald Petrie, sortira au cinéma en 2018.THÉÂTRE / Steve Galluccio Trans Italia L\u2019époque du tapotage, du tripotage, des mains baladeuses et de l\u2019humour gras et libidineux de mononcle est révolue.Bel et bien révolue.Salvail et Rozon l\u2019ont-ils même remarqué?PHOTODAVID BOILY, ARCHIVES LA PRESSE On pensait tous que Gilbert Rozon avait eu sa leçon.Il l\u2019a lui-même affirmé dans le train de Josélito Michaud en 2011.Mais il n\u2019en est rien.PHOTOOLIVIER PONTBRIAND, LA PRESSE Dans sa nouvelle pièce, Les secrets de la Petite Italie, à l\u2019affiche chez Duceppe dès mardi soir, Steve Galluccio met en scène une femme transgenre qui revient voir son père qui l\u2019a renié, après 10 ans de silence et d\u2019absence.l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l 6 A R T S L A P R E S S E M O N T R É A L S A M E D I 2 1 O C T O B R E 2 0 1 7 ARTS YVES BOISVERT Claude Legault a ouvert la porte et j\u2019ai éclaté de rire.Il portait le t-shirt noir délavé de la défunte Ligue universitaire d\u2019improvisation (LUI), où je l\u2019ai connu, hum, autour de 1985.« T\u2019as encore ça ?» Il a encore l\u2019affiche du spectacle, qui attirait 500 personnes tous les lundis.La LUI était une sorte de ligue junior majeure de l\u2019improvisation.Emmanuel Bilodeau, étudiant en droit à l\u2019époque, avait été un des fondateurs, avec Pierre Paquet, qui allait fonder Voir un peu plus tard.J\u2019y ai joué un an et je suis devenu l\u2019arbitre.Je me souviens d\u2019avoir vu débarquer du cégep Montmorency deux jumeaux un peu cosmiques mais surtout comiques.Ils s\u2019appelaient Michel Cou r temanche et Claude Legault.Courtemanche.Personne n\u2019avait jamais vu une bête semblable, sorte d\u2019évadé des bandes dessinées de Gotlib, et personne n\u2019en a aperçu depuis.« Le meilleur performer que j\u2019aie vu de ma vie », dit Legault, et on est tous d\u2019accord.Mais il n\u2019y avait peut-être que Legault pour jouer vraiment avec lui, comme des joueurs de hockey qui se devinent sans se regarder.Tous les autres étaient comme figés devant lui, comme s\u2019ils assistaient au décollage d\u2019une fusée.C \u2019est d i re le ta lent de Claude Legault à ce jeu- là , c \u2019e s t- à -d i re sa capa - cité d\u2019écouter l\u2019autre et de construire avec lui, en temps réel , une histoi re qui se tienne avec les matériaux narratifs les plus incongrus, comme si tout coulait de source.Il y avait là Sylvie Moreau, Réal Bossé, Didier Lucien, Stéphane Crête , devenus les comédiens que l\u2019on sait, Benoit Chartier, auteur, et à côté de ça, Michel Labrecque, doctorant en biologie, devenu conservateur du Jardin botanique et qui était peut-être le plus pété de la gang.Et il y avait Pierre-Yves Bernard qui, au lieu de devenir sociologue, est devenu coauteur, avec Legault, d\u2019objets télévisuels aussi disparates que Dans une galaxie près de chez vous, Minuit le soir, Le club des 100 watts.! ! ! Claude Legau lt e s t né professionnellement le 20 décembre 1982.Il se demandait quoi faire de sa vie.Il avait décroché du secondaire après des années de dope et de mal-être, il avait essayé une sortie côté « professionnel court », pour devenir cuisinier, mais bof.Et ce soir-là, par hasard, dans l\u2019appartement familial de Montréal-Nord, il tombe sur la télédi f fusion d\u2019un match de la Ligue nationale d \u2019 improv i sa t ion .Ce j eu d\u2019improvisation théâtra le construit sur une parodie de soirée de hockey inventé par Robert Gravel et Yvon Leduc « un soir de brosse », d\u2019abord expérimental, était devenu un phénomène social.Des garderies aux cercles de l\u2019âge d\u2019or, des associations syndicales aux clubs de chasseurs, tout le monde et sa sœur faisaient « de l\u2019impro ».Et ce 20 décembre, un gars un peu perdu a dit : « Je veux faire ça.Exactement ça.» L\u2019humour absurde émergea it , nos idoles éta ient Claude Meunier, Louis Saia, Michel Rivard \u2013 lui-même une des stars de la LNI, avec Claude Laroche, Normand Brathwaite, Sylvie Legault.Après avoir terminé son cours secondaire chez les adultes, Legault est arrivé au cégep Montmorency, dans le programme de cinéma, où il a connu Courtemanche.Ce n\u2019est pas pour rien qu\u2019une salle porte son nom.« On a fondé la l igue d\u2019improvisation du cégep, on a fait rouvrir les vieux studios de télé qui avaient fermé, on était passionnés, on ne suivait aucune consigne dans les cours, mais on faisait de bons films.Notre prof Réal Larochelle se disait qu\u2019il devait nous punir un peu parce qu\u2019on faisait juste à notre tête, mais il était obligé de dire : \u201c Ces p\u2019tits crisses-là, ils font quelque chose de bon.\u201d Il m\u2019a avoué plus tard que les profs nous admiraient déjà.» «Ça m\u2019arrive souvent que des jeunes viennent me voir pour me dire : \u201c J\u2019aimerais ça faire ce que tu fais, comment je peux réussir vite ?\u201d Je leur réponds : \u201cDéjà, dans ta question, il y a un problème.Oublie le mot \u2018vite\u2019.Pis retourne à l\u2019école.C\u2019est là que tu vas te développer, que tu vas rencontrer du monde qui se cherche, comme toi, qui cherche les mêmes choses.Pas dans la rue à niaiser, pas dans une shop en attendant à te faire payer 12,25 $.\u201d Quand j\u2019ai lâché l\u2019école, j\u2019étais comme un bouchon de liège sur l\u2019océan.» Après, il y a eu un bref séjour en histoire (sa grande passion après le hockey), la LUI et, après avoir cogné à la porte plusieurs fois, son rêve : la LNI.Claude Legault rejoignait ceux qu\u2019il admirait et assez vite, il allait trôner au sommet.! ! ! Il avait beau être un futur membre du « temple de la renommée » de l\u2019improvisation, entre les matchs, il n\u2019avait rien.Pas de contrat.Pas d\u2019argent non plus.Dans ce bref « récit biographique », Legault raconte ses années de galère, à vivre avec presque rien, à vendre des bouteilles vides avec Pierre- Yves Bernard, à se faire un bouilli de légumes avec les profits.« Le jour avant que Pierre-Yves vende son char, il n\u2019avait plus d\u2019essence, on n\u2019avait plus une cenne pour prendre le bus, on a fouillé dans les craques des sièges pour que je puisse retourner à Montréal-Nord.» Il rit en racontant ça.« Je ne retournerais pas là, mais, pour moi, cet acharnement à y croire, à travailler 18 heures par jour, ça nous a servis pour tout le reste de notre vie.» « Autant je suis rongé en permanence par le doute, au point d\u2019en être angoissé, autant on était sûrs de notre talent, poursuit-il.On écrivait et on riait comme des fous.On se disait que si deux gars aussi différents trouvaient ça drôle, ça devait l\u2019être.» Et pour lui, tout est né de l\u2019improvisation.Ce gars timide savait qu\u2019il pouvait être drôle \u2013 ce qui lui a permis, à 5 pi 7, d\u2019éviter de se faire casser la gueule à l\u2019école, dit-il.Mais il a vu qu\u2019il pouvait écrire en direct.Et tenir une foule dans la paume de sa main.Ce n \u2019é t a it pas un jeu , c \u2019était une révélation, une manière de se mett re au monde lui-même.« Je viens d\u2019une famille ouvrière, mes parents travaillaient comme des fous , mais le mil ieu culturel, ce n\u2019était pas pour moi.Les seuls livres que j\u2019avais, c \u2019étaient les livres d\u2019école de mes frères.» On ne pa r l a i t pa s de cinéma ni de théâtre.En fait, on ne parlait pas beaucoup chez les Legault.En même temps, son identité a rtistique n\u2019éta it pas claire au départ.Auteur dans sa cuisine avec Bernard de trucs pas encore reconnus, joueur d\u2019impro sans diplôme d\u2019acteur.Maintenant qu\u2019il est un des acteurs les plus célébrés de sa génération, ça paraît moins.Mais c \u2019était un outsider.« Pour moi, c\u2019est Marina Orsini qui a ouvert la porte ; elle ne venait pas de l\u2019École nationale ou du Conservatoi re , ma is el le est devenue une immense actrice.» Pourquoi ce l iv re (que Pierre Cayouette a écrit) ?« Je suis juste un représentant de ce mouvement qu\u2019a été l\u2019improvisation, et ce livre-là, c\u2019est un peu un microscope qu\u2019on braque sur une de ces bestioles pour l\u2019examiner, un gars qui a découvert l\u2019impro au plus bas de sa vie et pour qui ça a tout changé.» Il y a plus que ça dans ce petit bouquin sans ambition littéraire.Il y a son histoire, ses démons exposés pudiquement, lui qui oscille entre « Mickey Mouse et Darth Vader ».Il y a ce jour, quand il avait 5 ans, où il jouait avec Denis, son meilleur ami.La rue qu\u2019ils traversent en courant.mais Denis court plus vite.Le camion qui n\u2019a pas le temps d\u2019arrêter.Le bruit de bouteilles qui tombent, le petit corps sous les roues.Ç\u2019aurait pu être le sien.Ç\u2019a été son ami.Il y a la conscience vive de la mort, du fond de son en fance, et des moments noi r s qu i le hantent , le goût d\u2019en finir en marchant vers un pont.Mais aussi, une fille qui arrive dans sa vie à 16 ans (Martine Francke, une autre joueuse et comédienne).Bref, dans cette impro qui se bâtit devant nous, l\u2019histoire du comédien connu m\u2019a plutôt l\u2019air d\u2019un masque pour raconter l\u2019histoire d\u2019un gars qui cherche la lumière autour de minuit, le soir, et qui la trouve souvent.CLAUDE LEGAULT ENFANTDE L\u2019IMPRO PHOTOMARTIN CHAMBERLAND, LA PRESSE Dans un bref « récit biographique», Claude Legault raconte notamment ses années de galère alors qu\u2019il découvre le monde enivrant de l\u2019improvisation.Pour lui, tout est né de l\u2019improvisation.Ce gars timide savait qu\u2019il pouvait être drôle \u2013 ce qui lui a permis, à 5 pi 7, d\u2019éviter de se faire casser la gueule à l\u2019école, dit-il.Mais il a vu qu\u2019il pouvait écrire en direct.Et tenir une foule dans la paume de sa main.Ce n\u2019était pas un jeu, c\u2019était une révélation, une manière de se mettre au monde lui-même.Claude Legault Improvisations libres Pierre Cayouette Les éditions La Presse l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l A R T S 7 L A P R E S S E M O N T R É A L S A M E D I 2 1 O C T O B R E 2 0 1 7 ARTS LECTURE Les auteurs québécois sont de plus en plus nombreux à atterrir dans les librairies de l\u2019Hexagone.Et ils pourraient l\u2019être encore plus, à voir les récentes d\u2019initiatives d\u2019éditeurs québécois.Quels défis doivent- ils surmonter pour traverser l\u2019Atlantique?Regard sur une invasion espérée.LAILA MAALOUF Pour bon nombre d\u2019éditeurs québécois, la France a longtemps été considérée comme un marché d\u2019exportation où l\u2019on essayait de vendre des titres au prix des mêmes efforts \u2013 et avec l\u2019aide d\u2019agents \u2013 que pour les droits de traduction.« Les livres français se retrouvent dans les librairies québécoises et partout ailleurs dans la francophonie, mais les livres québécois, eux, n\u2019étaient pas dans les librairies françaises, belges ou suisses », déplore Simon Philippe Turcot, directeur et éditeur de La Peuplade.La situation prévalait du moins jusqu\u2019à ce jour, puisqu\u2019une toute récente entente avec un diffuseur-dis- tributeur de Paris permettra désormais à La Peuplade de voir ses livres aboutir directement sur les rayons des librairies outre-Atlantique.«Notre catalogue entier va maintenant être distribué en France, comme en Belgique et en Suisse, en même temps qu\u2019au Québec.Nos auteurs vont ainsi avoir accès à une carrière internationale dans la francophonie.Comme on fait aussi de la traduction, ça devient notre devoir de faire voyager ces livres et de les offrir partout.» Rodney Saint-Éloi, éditeur de la maison Mémoire d\u2019encrier, qui vient elle aussi de s\u2019allier à un diffuseur français, abonde dans le même sens.Selon lui, l\u2019éditeur est « un découvreur » qui a la mission de faire connaître les auteurs qu\u2019il publie.«Avoir un distributeur en France permet de faciliter les rencontres avec les libraires et de développer une stratégie», précise-t-il.« On est actuellement dans une phase d\u2019expansion francophone en Europe pour donner la chance à nos auteurs d\u2019être en librairie en France.On publie des auteurs qui abordent des questions pouvant intéresser les lecteurs de partout», explique-t-il.Selon Rodney Saint-Éloi, la vente des droits privait d\u2019un côté le lecteur du catalogue entier de la maison et, de l\u2019autre, l\u2019éditeur d\u2019origine d\u2019une certaine forme de visibilité.Il donne l\u2019exemple de La femme tombée du ciel, roman de Thomas King paru en France chez Philippe Rey, qui avait fait l\u2019objet d\u2019un long article dans Le Monde sans que ne soit jamais cité le nom de Mémoire d\u2019encrier, pourtant le premier éditeur à l\u2019avoir publié en français.Tous les éditeurs ne choisissent pourtant pas de diffuser directement leurs livres de l\u2019autre côté de l\u2019Atlantique, continuant de faire affaire avec des agents.Antoine Tanguay, des éditions Alto, est l\u2019un de ceux-ci.« En cédant les droits d\u2019édition des romans d\u2019auteurs québécois que je publie en France, je leur ai ouvert une fenêtre [.] Et puis les éditeurs [chez qui ils sont publiés] sont devenus des collègues avec qui je partage un intérêt pour la littérature mondiale et, au fil des ans, j\u2019ai pu publier certains de leurs auteurs.C\u2019est un réel dialogue.» Un intérêt accru?Avec la prolifération des agents qui défendent les auteurs québécois dans l\u2019Hexagone, Simon Philippe Turcot croit que les éditeurs français font peut-être preuve de plus d\u2019ouverture aujourd\u2019hui face à la littérature québécoise qu\u2019il y a 10 ans.Malgré tout, certains titres n\u2019ont pas réussi à trouver preneur en France dans le passé alors qu\u2019ils avaient le potentiel, selon lui, de survivre dans ce marché hautement concurrentiel.L\u2019auteur David Goudreault, qui anime des soirées de slam poésie depuis plusieurs années en France et y sera publié au printemps prochain, constate pour sa part que les Français sont « friands de québécois ».« Je crois qu\u2019ils ont compris qu\u2019on ne parle pas le même français (rires), mais on se comprend et notre français est aussi intéressant que le leur.Je pense que ça va au-delà de la curiosité folklorique ou de l\u2019exotisme de l\u2019accent québécois.» « Si on dresse un portrait de la représentation des auteurs d\u2019ici dans l\u2019Hexagone, ajoute Antoine Tanguay, force est de constater que nous rayonnons beaucoup plus qu\u2019avant et que les succès des Jocelyne Saucier chez Denoël, Audrée Wilhelmy chez Grasset, Anaïs Barbeau-Lavalette au Livre de poche ou celui, impressionnant, de Larry Tremblay chez Folio \u2013 il faut dire que quinze prix internationaux, ça aide ! \u2013 et l\u2019ouverture de plusieurs maisons comme Flammarion [L\u2019année la plus longue de Daniel Grenier] sont des signes encourageants.» Il reste qu\u2019à son avis, il y a encore «du travail à accomplir et des préjugés tenaces à détruire à grands coups de ceinture fléchée et de lampées de caribou».Ainsi, souhaite-t-il, peut-être un jour n\u2019aurons-nous plus droit à des titres qui contiennent les mots «taber- nak (sic), froid ou orignal» lorsqu\u2019on évoque des œuvres québécoises dans les médias français.Exporter le Québec en France PHOTO BERNARD BRAULT, LA PRESSE David Goudreault, auteur PHOTO FOURNIE PAR LE FIL Rodney Saint-Éloi, éditeur de la maison Mémoire d\u2019encrier PHOTO ROBERT SKINNER, LA PRESSE Antoine Tanguay, éditeur d\u2019Alto PHOTO ROCKET LAVOIE, LE QUOTIDIEN Simon Philippe Turcot, directeur et éditeur de La Peuplade DES SUCCÈS QUÉBÉCOIS DANS L\u2019HEXAGONE Bon nombre de Québécois ont été publiés dans de grandes maisons françaises au cours des dernières années \u2013 Dominique Fortier aux Escales, Catherine Leroux chez Denoël ou encore Audrée Wilhelmy chez Grasset.Même sans enregistrer à tout coup des ventes explosives \u2013 à l\u2019image de La femme qui fuit d\u2019Anaïs Barbeau-Lavalette (63 000 exemplaires), certains auteurs ont bénéficié de tirages enviables.Le roman Six degrés de liberté, de Nicolas Dickner, a été publié à plus de 8000 exemplaires aux éditions du Seuil et sera repris chez Points le printemps prochain.«C\u2019est déjà rare qu\u2019un auteur d\u2019ici soit publié en France, encore plus chez Points», se réjouit l\u2019éditeur d\u2019Alto Antoine Tanguay.Karoline Georges sera, quant à elle, la première Canadienne à entrer au catalogue de Folio SF en 2018.«C\u2019est un rêve qui se réalise», ajoute-t-il.\u2014 Laila Maalouf «Je crois qu\u2019ils ont compris qu\u2019on ne parle pas le même français (rires), mais on se comprend et notre français est aussi intéressant que le leur.Je pense que ça va au-delà de la curiosité folklorique ou de l\u2019exotisme de l\u2019accent québécois.» \u2014 David Goudreault, auteur 8 A R T S L A P R E S S E M O N T R É A L S A M E D I 2 1 O C T O B R E 2 0 1 7 l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l «Quand on peut prendre un gag, le sortir de son contexte, le lire et le trouver quand même drôle, c\u2019est qu\u2019on a réussi un bon liner.En voici quelques-uns pas trop ratés, tirés de certains de mes numéros pas trop moches, eux non plus.Eric Godin leur a donné une toute nouvelle vie que j\u2019ai très hâte de vous faire découvrir.» \u2014 Laurent Paquin Un grand petit livre ! Le Petit Laurent illustré LAURENT PAQUIN ERIC GODIN Ce livre peut contenir des traces de gags nuisibles pour les enfants. ARTS CINÉMA JOSÉE LAPOINTE En adaptant Pieds nus dans l\u2019aube, roman autobiographique de Félix Leclerc paru en 1947, Francis Leclerc plonge pour la première fois dans l\u2019œuvre de son père.C\u2019est aussi la première fois que le cinéaste de 46 ans en parle ouvertement.« Je l\u2019avais évité depuis 20 ans.Mais m\u2019as-tu vu aller là?», a lancé le volubile réalisateur au cours d\u2019un entretien- fleuve la semaine dernière.Quand on lui rappelle qu\u2019il nous avait accordé une entrevue à l\u2019occasion des 10 ans de la mort de Félix, il s\u2019étonne.«J\u2019avais accepté?» Oui, mais en précisant qu\u2019il ne parlerait de son père que pendant 10 minutes! «C\u2019est correct, mais je ne pense pas avoir lu ton texte après, dit Francis Leclerc, qui avait 16 ans lorsque son père est mort.Il fallait que je me détache le plus possible.J\u2019étais méfiant sur tout, et je vais l\u2019être encore après la sortie de Pieds nus dans l\u2019aube.Si on me reparle encore tout le temps de mon père, je vais dire: c\u2019est fini là.» CHARGE ÉMOTIVE Pieds nus dans l\u2019aube raconte une année dans la vie du jeune Félix Leclerc, 12 ans, juste avant qu\u2019il quitte La Tuque pour aller étudier au collège à Ottawa.Le film, qui se déroule en 1927, est un récit initiatique d\u2019une beauté lente et qui porte un regard tendre et plein d\u2019humanité sur la famille de Félix, particulièrement sur ses parents, Léo et Fabiola.«C\u2019est un film qui va tranquillement et qui apaise les gens, croit Francis Leclerc.Il dit : viens dans mon monde, viens marcher dans la neige avec nous, entre par la porte d\u2019en arrière et viens voir comment ça se passe.» Le résultat, tout en retenue, porte néanmoins une charge émotive explosive.Pieds nus dans l\u2019aube touche profondément tous ceux qui le voient, à commencer par le réalisateur.«La finale me fait capoter.Je ne la regarde pas; chaque fois, je ferme les yeux.» Après qu\u2019il a montré des extraits du film à son équipe, un technicien est d\u2019ailleurs allé le voir en pleurant.«Ton père, c\u2019est un peu comme notre père à tous», lui a-t-il dit en substance.« Je me rends compte en voyant les réactionsdegensqu\u2019il manque de voix paternelles au Québec, dit Francis Leclerc.Des voix qui viennent nous dire que c\u2019est correct ce qu\u2019on fait, de ne pas avoir peur, d\u2019oser.Il n\u2019y a personne, ni en politique ni en musique, qui joue ce rôle.» Ce n\u2019est pas pour rien qu\u2019il a demandé à Fred Pellerin d\u2019écrire les dialogues du film à partir de la structure qu\u2019il avait établie.«Fred, c\u2019est un fils de Félix.» FIGURE PATERNELLE La figure paternelle est au centre de ce film dans lequel Roy Dupuis, solide et rassurant, incarne Léo, le père de Félix Leclerc.« On n\u2019a pas beaucoup de personnages masculins sains, constate le comédien.Il y a des pères absents, des alcoolos, des hommes qui trompent leur femme, des faibles.Léo est un beau modèle de père, créatif, masculin, positif.C\u2019est un beau bonhomme.» Roy Dupuis est un allié de Francis Leclerc depuis le film Mémoires affectives en 2004.«On est devenus amis en 10 minutes, dit le réalisateur.Il était le seul à comprendre ce que je voulais faire ! » Le comédien ne tourne presque plus \u2013 «Je ne m\u2019ennuie pas de jouer et je refuse presque tous les scénarios que je reçois, dit-il.Je suis rendu à une place où je ne pensais jamais être, de liberté totale» \u2013, mais, «réveillé» par le scénario de Francis Leclerc, il a tout de suite accepté d\u2019incarner son grand-père à l\u2019écran.«Il m\u2019a donné le scénario le jour de ma fête en me disant qu\u2019il m\u2019offrait Léo.Francis a appelé son fils Léo, et je sais combien ce personnage est important pour lui.Je ne pense pas que j\u2019aurais accepté de faire ce film si Francis ne l\u2019avait pas réalisé.» FAMILLE Francis Leclerc est un fidèle, qui s\u2019entoure à peu près de la même équipe technique depuis 20 ans.«Mélanger l\u2019amitié et le travail, c\u2019est le plus beau, dit-il.Si tu regardes mon arbre généalogique, il est gros, mais en tapon!» Il a donc aussi sa famille de comédiens, qu\u2019on retrouve dans Pieds nus dans l\u2019aube : RoyDupuis, bien sûr.Guy Thauvette, qui a joué à peu près dans tous ses projets \u2013 «Pour moi, c\u2019est un grand frère de 70 ans.C\u2019est un Leclerc, il me rassure, ce gars- là».Et Catherine Sénart, qui incarne la mère de Félix, faisait partie de la série Mon meilleur ami que Francis Leclerc a réalisée il y a cinq ans.« Il n\u2019était pas question de fa i re d \u2019aud it ions , d it Francis Leclerc.Je les adore, ces gens! Même Roy, quand il a lu le scénario, il m\u2019a tout de suite dit : oncle Richard, c\u2019est Guy, hein ?Et sérieusement, est-ce qu\u2019il y a une actrice québécoise qui dégage plus de bonté dans son visage que Catherine Sénart?» L a coméd ien ne se d i t d\u2019ailleurs honorée de faire partie de la «famille Leclerc fictive et réelle ».Catherine Sénart a aimé incarner la mère de Félix Leclerc.«Félix et sa mère s\u2019adoraient.Il y a une chaleur, une humanité, de la tendresse dans cette famille et dans ce film qui font du bien.Ce ton enveloppant, c \u2019est presque subversif.» Francis Leclerc estime qu\u2019on a tous un Léo et une Fabiola dans notre famille, et que «c\u2019est l\u2019fun de voir une famille heureuse de temps en temps au cinéma ».Et il confirme que cette harmonie qu\u2019on voit à l\u2019écran vient du regard que Félix portait sur ses parents.« Et c\u2019est le regard que je portais sur les miens.C\u2019est pour ça que j\u2019ai voulu adapter le livre, parce que je me reconnais dans ça.Mon père s\u2019est fâché contre moi deux fois seulement, et après je me suis dit : plus jamais je ne le décevrai.J\u2019ai eu une enfance heureuse, il est juste parti super tôt.En même temps, il ne voulait pas être malade, il ne voulait pas nous embêter et devenir un vieux monsieur.» MENTORS Cet esprit de famille se traduit aussi dans ses relations professionnelles.Francis Leclerc a toujours été entouré de mentors.Robert Lepage, par exemple, qui fait une apparition magique dans le film, a été un des premiers à lui faire confiance, en 1998.«J\u2019avais 23 ans, et c\u2019est lui qui m\u2019avait appelé ! C\u2019est grâce à lui si j\u2019ai fait du long métrage après, et on est restés des amis artistiques.» Il y a aussi André Melançon, qu\u2019il avait rencontré alors qu\u2019il était tout jeune.«J\u2019étais retourné le voir et je lui avais demandé de deveni r son assistant.Il avait refusé, et il m\u2019avait dit de tourner mes affaires à la place, que c\u2019était la seule manière de trouver ma façon de faire.» Aujourd\u2019hui, Francis Leclerc est « entouré de jeunes de 20 ans» et perpétue ce modèle de transmission.«J\u2019ai été bien entouré, mais j\u2019ai osé demander.Dans le fond, si tu veux boucler la boucle, mon père a été mon premier guide.Il a été le premier à me dire de faire ce que j\u2019aime dans la vie.» C\u2019est pourquoi il est devenu réalisateur plutôt que médecin, qu\u2019il a tourné des dizaines de courts métrages et de nombreux clips avant de faire son premier film, Une jeune fille à la fenêtre, en 2001, et qu\u2019il s\u2019est passé neuf ans entre son troisième long métrage, Un été sans point ni coup sûr, et son quatrième, Pieds nus dans l\u2019aube.«J\u2019ai fait de la télé pendant presque 10 ans, par choix.Je n\u2019avais aucun projet de film en développement.J\u2019étais tanné du cinéma, de la longueur des délais, des attentes du box-office.Alors j\u2019ai décidé d\u2019aller parler au monde.J\u2019ai fait Apparences, Les rescapés, Nos étés, Les beaux malaises.Je me suis beaucoup amélioré comme réalisateur: à force de tourner, la mécanique d\u2019un plateau, tu sais c\u2019est quoi.» Francis Leclerc estime qu\u2019il n\u2019aurait pas pu faire ce film il y a cinq ans.Il se considère aujourd\u2019hui comme un meilleur réalisateur, moins prétentieux qu\u2019à ses 20 ans et plus en confiance.«L\u2019expérience, ça fait que les gens de ton équipe te croient davantage quand tu leur demandes quelque chose.Ils savent que tu sais de quoi tu parles.» Il est donc devenu lui-même une figure paternelle aimante et respectée sur les plateaux.«Mais il est toujours aussi fou, dit en rigolant Roy Dupuis.C\u2019est un clown, mais un beau clown.Je pense que c\u2019est lui qui a le plus de fun sur un tournage.» POLITIQUE Avec, en filigrane, les notions d\u2019héritage, de famille et de territoire, Francis Leclerc a l\u2019impression d\u2019avoir fait un film politique.«En parlant français.En travaillant dans ma langue.En restant ici.En voulant parler de nous.C\u2019est ça, mon geste politique, car j\u2019aime profondément notre culture.» Quel avenir souhaite-t-il à son film?«J\u2019ai fait ce film pour les Québécois.Je veux que ce soit un succès de salle.Ça se peut- tu de dire ça?Je ne l\u2019ai pas fait pour faire de l\u2019argent, je n\u2019en ferai pas.Mais je veux qu\u2019il soit vu.» Maintenant, ses projets sont davantage orientés vers le cinéma que vers la télé.Il travaille en ce moment sur l\u2019adaptation du roman Le plongeur de Stéphane Larue et étudie la faisabilité d\u2019un scénario de Fred Pellerin.«Je suis content parce que je n\u2019ai aucune idée de ce que je vais tourner.» Ce qui est certain, c\u2019est qu\u2019il ira là où on ne l\u2019attend pas.«Mon père m\u2019a appris à refuser la facilité.» Le projet qu\u2019il caressait d\u2019adapter un autre livre de Félix, Le fou de l\u2019île, est donc abandonné?«Je ne ferai plus rien sur mon père.Ça a été dur.Je vais aller faire autre chose de dur, mais dans un autre secteur de mon cerveau.Je ne veux pas refaire ça.» Pieds nus dans l\u2019aube prend l\u2019affiche le 27 octobre.FRANCIS LECLERC / Pieds nus dans l\u2019aube De père en fils Seigneur de Kevin Parent (1995) «C\u2019était mon deuxième clip, pour lequel j\u2019ai remporté un prix au gala de l\u2019ADISQ.Imagine, je voulais me détacher de mon père, et là, je monte sur scène et Julie Snyder dit : \u201cC\u2019est drôle, c\u2019est le fils de Félix et il gagne un Félix !\u201d On était partis en petite équipe de huit, on a tourné sur quatre jours, de Québec à la Gaspésie.Déjà, je ne voulais pas faire ça conventionnel.Il y a aussi là le début de mon rapport au territoire, au paysage.Je me suis beaucoup reconnu dans Kevin pendant ma vingtaine.» Une jeune fille à la fenêtre (2001) «C\u2019est mon premier long métrage.Il y a des gens qui ont travaillé avec moi à l\u2019époque qui sont encore là sur Pieds nus dans l\u2019aube : Stéphane Houle, mon preneur de son, Steve Asselin, mon directeur photo, qui s\u2019occupait de l\u2019éclairage dans le temps.C\u2019est là que j\u2019ai compris que je pouvais faire exactement ce que j\u2019avais envie de faire, avec une liberté de moyen.C\u2019est là aussi que j\u2019ai eu envie de voyager dans le temps et les époques.» Mémoires affectives (2004) «Pour moi, c\u2019était all in.J\u2019ai tout joué là-dessus, tout risqué.J\u2019étais écœuré de ce projet.La quatrième fois que je l\u2019ai présenté à Téléfilm, je leur ai dit de faire ce qu\u2019ils voulaient et je l\u2019ai câlissé dans les poubelles.Finalement, il y a un monsieur qui était là depuis longtemps, Jean-Claude Marineau, qui a cru en moi et qui a décidé de me faire confiance.C\u2019est un film qui a ses défauts, je ne l\u2019aime pas, dans le fond.J\u2019aime la prémisse, j\u2019aime la finale, mais je me suis perdu à un moment donné.Mais ce film a été déterminant pour ce que j\u2019ai fait après.» Apparences (2012) «C\u2019est le meilleur scénario que j\u2019ai eu de ma vie.Serge Boucher est un grand dialoguiste.Ça m\u2019a fait un bien fou d\u2019aller dans ses bibittes à lui ! J\u2019ai aussi aimé être celui qui diffusait sa parole.Quand j\u2019étais jeune, mes idoles étaient Charles Binamé et Jean Beaudin, qui faisaient des films et de la télé que j\u2019aimais.C\u2019est exactement ce que je voulais faire ! Quand j\u2019entendais des gens se demander où était passée Manon, je me disais que j\u2019avais réussi ma job.» Les beaux malaises (2014 à 2016) «Quand je pense aux Beaux malaises, c\u2019est à Martin Matte et à François Avard que je pense en premier.C\u2019est la découverte de la comédie, mais dans le plus beau sens du terme.J\u2019aime toujours faire rire, même dans le dramatique.Il y en a qui disent que la comédie, c\u2019est dur, mais dans le fond, c\u2019est tellement simple.Tu as juste à être à la bonne place et à capter ce qui se passe.» FRANCIS LECLERC EN CINQŒUVRES PHOTO FOURNIE PAR LES FILMS SÉVILLE Justin Leyrolles-Bouchard et Roy Dupuis dans une scène de Pieds nus dans l\u2019aube PHOTO FRANÇOIS ROY, LA PRESSE Avec, en filigrane, les notions d\u2019héritage, de famille et de territoire, Francis Leclerc a l\u2019impression d\u2019avoir fait un film politique.l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l A R T S 9 L A P R E S S E M O N T R É A L S A M E D I 2 1 O C T O B R E 2 0 1 7 ARTS CINÉMA PLAN LARGE MARC-ANDRÉ LUSSIER LESAFFAMÉS !!!! Film d\u2019horreur de Robin Aubert.Avec Marc-André Grondin, Brigitte Poupart, Monia Chokri et Micheline Lanctôt.1h40.CHANTAL GUY LE SYNOPSIS Dans un village du Québec, une mystérieuse épidémie transforme les gens en morts-vivants et une poignée d\u2019épargnés tentent de survivre.LA CRITIQUE De Night of the Living Dead du regretté George Romero à The Walking Dead, le zombie a toujours été un prétexte pour ce thème fondamental : la survivance.Et ce thème étant une obsession de la psyché québécoise depuis si longtemps, qu\u2019est-ce que le personnage du zombie, généralement absent de la cinématographie nationale allergique au cinéma de genre et non consensuel, peut-il apporter?Rien, sinon la beauté de survivre.C\u2019est probablement cet angle qui explique l\u2019accueil respectueux fait aux Affamés dans les festivals (meilleur film canadien au Tiff, prix du public au FNC section Temps O, sélectionné à Austin et à Stiges, et ce n\u2019est sûrement pas fini).Chez Robin Aubert, le zombie (d\u2019ailleurs jamais nommé comme tel dans le film) ne révèle ni le pire ni le meilleur d\u2019une société aux prises avec une épidémie effrayante, il confirme plutôt une identité, et peut-être même le fait que cette société était déjà «zombifiée», puisque chacun des personnages semble avoir le regret de ne pas avoir véritablement vécu avant la catastrophe.Nous arrivons dans l\u2019histoire alors que l\u2019épidémie semble récente, dans un village où quelques survivants devront s\u2019unir pour repousser les hordes d\u2019affamés, qui n\u2019ont pas le look des morts-vivants en lambeaux, mais qui ressemblent plutôt à des êtres humains (tous joués par des proches du réalisateur).Il y a Bonin (Marc-André Grondin), qui arpente les routes avec Vézina (Didier Lucien), et ces deux-là sont des experts en blagues tellement nulles et ratées que cet humour qui traverse en filigrane tout le film ajoute à l\u2019absurdité de la situation.Bonin sera entouré de femmes qui savent manier la machette ou le fusil \u2013 sa mère Pauline (Micheline Lanctôt), Thérèse (Marie-Ginette Guay), Tania (Monia Chokri), et en particulier Céline (intense Brigitte Poupart), qui n\u2019a d\u2019autre obsession que de hacher du mort-vivant après avoir perdu toute sa famille, ce qu\u2019elle compte faire jusqu\u2019à la mort.Pas de « scream queen » chez Aubert, que des femmes redoutables qui savent se battre.En entrevue, Aubert a évoqué comme influences Bresson et Tarkovski, reconnaissables dans un parti pris décalé sur le cinéma d\u2019horreur, dans des scènes étranges qui jouent avec les codes du gore, tout en l\u2019assumant totalement.Les affamés n\u2019est pas un un film qui tâte timidement le genre, mais qui en exploite toute les possibilités, et Aubert filme avec beaucoup d\u2019amour son patelin \u2013 Ham-Nord \u2013 dont la beauté naturelle offre un contraste hallucinant avec la tragédie que vivent les êtres humains, revenus à leur statut fondamental: des proies.Ajoutons aussi que le travail sonore, dans ce film plutôt silencieux, est remarquable.Contemplatif, poétique, humoristique, d\u2019une beauté par moments à couper le souffle, avec quelques idées franchement étonnantes (ces amoncellements d\u2019objets autour desquels les morts se regroupent on ne sait trop pourquoi), tout cela fait des Affamés non seulement le premier vrai bon film québécois de zombies, mais aussi une proposition qu\u2019on peut inscrire fièrement et assez haut dans la liste mondiale de ce genre increvable \u2013 du moins tant et aussi longtemps que des cinéastes de la trempe d\u2019Aubert sont capables de lui donner du sens, et ce pur plaisir du cinéma.La terreur est dans le pré PHOTO FOURNIE PAR LES FILMS SÉVILLE Marc-André Grondin joue le rôle de Bonin dans Les affamés.ONLYTHEBRAVE (V.F.:SEULSLES BRAVES) !!! Dramede JosephKosinski avec JoshBro- lin,MilesTeller, JenniferConnelly.2h13.LE SYNOPSIS En 2013, les pompiers d\u2019élite de la ville de Prescott, en Arizona, sont appelés à combattre de grands incendies de forêt non loin de la ville.Ce film est tiré d\u2019une histoire vraie.LA CRITIQUE Ils sont une vingtaine de pompiers.Des gars «ordinaires» issus de l\u2019Amérique profonde qui, quand le devoir appelle, rappliquent en moins de deux pour se transformer en héros anonymes.Le récit d\u2019Only the Brave se concentre principalement sur quelques-uns d\u2019entre eux, notamment le chef de l\u2019équipe locale d\u2019urgence (Josh Brolin), la femme de ce dernier \u2013 une femme qui murmure à l\u2019oreille des chevaux (Jennifer Connelly) \u2013 et la nouvelle recrue de cette équipe d\u2019élite, un jeune homme qui tente de mettre un peu d\u2019ordre dans sa vie mal partie (Miles Teller).Le réalisateur Joseph Kosinski (Oblivion, Tron : Legacy) s\u2019attarde à décrire comment se crée l\u2019esprit de corps d\u2019une escouade d\u2019élite, mais il montre aussi les techniques qu\u2019empruntent ces pompiers pour contenir les incendies de forêt.Visuellement, son film est impressionnant.On ne peut cependant en dire autant sur le plan narratif.On prend ici beaucoup de temps et quelques chemins de traverse avant d\u2019arriver à l\u2019événement \u2013 réellement survenu (l\u2019incendie sur la colline de Yarnell) \u2013 qui a inspiré ce long métrage dont la durée aurait facilement pu être réduite d\u2019une bonne demi-heure.Kosinski a su réunir une distribution tout étoiles (mention à Jeff Bridges), mais celle-ci doit parfois faire passer des dialogues souvent plaqués.Cela dit, l\u2019émotion se pointe quand même parfois au détour.\u2014Marc-André Lussier Hommage à des héros anonymes Lisez toutes nos critiques de films dans La Presse+ et sur lapresse.ca THEFLORIDAPROJECT !!!! Comédie dramatique de Sean Baker avecWillemDafoe, Brooklyn Prince, Bria Vinaite.1h52.LE SYNOPSIS À l\u2019ombre de Disney World, à Orlando, Moonie vit dans un motel bas de gamme avec sa mère, qui l\u2019élève seule.Haley adore sa fille de 6 ans et la gâte à l\u2019excès.Toutefois, elle n\u2019a aucune autorité, étant elle-même une enfant perdue.Alors la gamine et sa bande font les 400 coups.L\u2019univers où vivent Moonie et sa mère est un microcosme des laissés- pour-compte du rêve américain (prostituées, Latinos, travailleurs clandestins, etc.).Or, aux yeux de l\u2019enfant, c\u2019est un terrain de jeu où on peut manger de la crème glacée (presque) tous les jours.LA CRITIQUE Bien accueilli au dernier Festival de Cannes, The Florida Project est un drame social qui se regarde comme un documentaire poétique.En suivant de (très) près les déambulations d\u2019une enfant de 6 ans et de sa bande d\u2019amis insolents, le réalisateur Sean Baker (Tangerine) illustre à merveille le cul-de-sac du rêve américain.Sans jamais appuyer son propos ni verser dans la thèse.Le film se déroule donc à l\u2019ombre de Disney World, dans un no man\u2019s land d\u2019établissements de restauration rapide, de commerces, d\u2019arcades et de motels vétustes.C\u2019est dans ce monde qu\u2019évolue la jeune Moonie, bien loin des considérations adultes.Dans les yeux de Moonie (espiègle Brooklyn Prince), le monde est un terrain de jeu.Il est fait de sucre, de glace, de sodas et de pizzas.Pourtant, le quotidien précaire de sa mère annonce, inexorablement, la fin de l\u2019innocence de son enfance.Caméra à l\u2019épaule, grand- angle et gros plan, le réalisateur nous offre le point de vue fantaisiste des enfants sur la misère adulte.La caméra suit à la trace les protagonistes.Sean Baker a réuni des interprètes inconnus, chez les enfants comme chez les adultes, dont la merveilleuse Bria Vinaite en Haley, son premier grand rôle au cinéma.À une exception notable : Willem Dafoe.Il joue le bon concierge du motel à l\u2019aura paternelle.Un gérant qui entretient la propriété du mieux qu\u2019il peut, en tentant d\u2019insuffler un peu d\u2019humanité à ce motel des rêves brisés.Dans ce pays riche, présidé par un amuseur public, tout (politique, affaires, culture) se résume souvent au divertissement.Il y a (nécessairement) des réalités sociales qu\u2019on préfère cachées, oubliées, ignorées.Comme celle de Moonie et de sa jeune mère rebelle et tatouée.Comme celle de tous les locataires du motel de Florida Project, ce HLM mauve et rose, en marge du Royaume de Disney avec ses fées et ses princes, où la vie est tout sauf un jeu.Parfois, ça prend des enfants pour ouvrir les yeux des grands.\u2014Marc-André Lussier Le motel des rêves brisés KEVIN SMITH: TOUTES SES REDEVANCES À WOMEN IN FILM Dans la foulée de l\u2019affaire Harvey Weinstein, le cinéaste Kevin Smith, dont le tout premier film, Clerks, avait été produit par le bonze déchu en 1994, a annoncé qu\u2019il donnait toutes les redevances de ses films produits chez Miramax et The Weinstein Co.à l\u2019association Women in Film, dont la mission est de mettre en valeur les créatrices afin d\u2019atteindre un meilleur équilibre dans l\u2019industrie.«Ma carrière entière est liée à cet homme, a déclaré le cinéaste dans une baladodiffusion.Ce fut une semaine très étrange.Moi, je veux seulement faire des putain de films, c\u2019est tout.Il n\u2019y a pas un putain de film qui vaut ça.C\u2019est comme, ma carrière entière, je vous la donne.Je sais que je n\u2019y suis pour rien, mais, putain, je n\u2019ai rien fait pour aider.Je me suis écrasé en parlant de cet homme comme s\u2019il était un héros, comme s\u2019il était mon ami, comme s\u2019il était mon père, et toute cette sorte de merde», a déclaré le cinéaste.ELLE A DIT «Je lui ai répondu que je n\u2019étais pas très ambitieuse, ni très intéressé à devenir actrice, ce qui était vrai.Il m\u2019a alors questionnée sur mon militantisme politique et il s\u2019est réinventé en militant de gauche, ce qui fait partie des choses les plus drôles que j\u2019aie jamais entendues!» \u2014 Sarah Polley racontant sa rencontre avec HarveyWeinstein dans une lettre publiée dans leNew York Times.LE CHIFFRE DE LA SEMAINE :80 Nombre de longs métrages originaux que Netflix compte diffuser en 2018.PHOTOMARK BLINCH, REUTERS Sarah Polley PHOTOCHRIS PIZZELLO, AP Kevin Smith LES SORTIES EN SALLE DU 27 OCTOBRE Human Flow d\u2019Ai Weiwei Jigsaw (Décadence: L\u2019héritage) de Michael Spierig et Peter Spierig Loving Vincent de Dorota Kobiela et Hugh Welchman Lucky de John Carroll Lynch Pieds nus dans l\u2019aube de Francis Leclerc Suburbicon (Bienvenue à Suburbicon) de George Clooney Thank You for Your Service de Jason Hall PHOTO AP l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l 10 A R T S L A P R E S S E M O N T R É A L S A M E D I 2 1 O C T O B R E 2 0 1 7 ARTS CINÉMA Agnès Varda et l\u2019artiste JR ont éprouvé un coup de foudre amical si grand qu\u2019ils se sont lancés dans un projet de film documentaire, où le regard de la cinéaste fait corps avec celui du photographe.En sillonnant les routes de France, ils ont dessiné un portrait vibrant des gens qu\u2019ils ont rencontrés.MARC-ANDRÉ LUSSIER Au téléphone, Agnès Varda déplore l\u2019absence de son comparse JR.«Ce film a été fait à quatre mains, si j\u2019ose dire.Nous avons tout fait ensemble.C\u2019est une collaboration artistique complète », dit-elle de Los Angeles, où nous l\u2019avons jointe.Neuf ans après Les plages d\u2019Agnès, la vénérée cinéaste a entraîné son nouvel ami, un trentenaire spécialisé dans l\u2019art urbain, à sillonner avec elle les routes de campagne françaises, histoire d\u2019aller à la rencontre des gens, de leurs histoires, mais aussi pour intégrer dans leur art ces femmes et ces hommes menant des vies en apparence «ordinaires».Ainsi, les habitants de petites villes et villages figurent au cœur de la démarche artistique du photographe JR, et sont partie prenante des installations gigantesques sorties tout droit de son imagination.Rappelons que JR est cet artiste qui, le mois dernier, a exposé la photo d\u2019un enfant de Tecate qui regarde malicieusement les gardes-frontières américains par-dessus la barrière séparant le Mexique des États-Unis.« L\u2019amitié entre JR et moi est née d\u2019un coup, explique la cinéaste.Dès que nous nous sommes vus, nous nous sommes reconnus, on dirait.Nous avons eu envie de travailler ensemble, car nous partageons la même empathie envers les gens, et nous portons en nous l\u2019utopie, le même rêve éveillé.L\u2019art est essentiel, car il nourrit les gens autrement qu\u2019avec les discours et les journaux télévisés.Nous voulions que les gens embarquent avec nous, qu\u2019ils se joignent à notre fantaisie.C\u2019est l\u2019imagination au pouvoir, en quelque sorte.» Une démarche apolitique Alors que la fracture sociale et idéolog ique ne cesse , dirait-on, de se creuser entre les régions et les grands centres, Agnès Varda et JR ont entrepris une démarche apolitique, basée uniquement sur le caractère humain de l\u2019aventure.« Nous n \u2019avons j ama is demandé à ceux que nous croisions leurs opinions politiques.Cela ne nous intéressait pas.Nous avons plutôt établi un contact empathi- que, d\u2019individu à un autre individu, parce que nous c royons au viv re- ensemble et en l\u2019amitié, fût-elle spontanée et temporaire.On ne voulait pas faire un film cucul, mais, franchement, le monde est si dur \u2013 et les nouvelles, si horribles \u2013 qu\u2019on ne veut surtout pas en rajouter.On a vraiment choisi ce sourire permanent, avec cette volonté de mettre en valeur des gens qui n\u2019ont aucun pouvoir.» Pendant plus d\u2019un an, à raison d\u2019une semaine par mois, le tandem a fabriqué Visages villages de façon artisanale et organique, en prenant le temps de bien réfléchir au projet, de bien le préparer, tout en laissant la vie intervenir.« J\u2019ai 89 ans, indique la cinéaste.Je ne peux évidemment pas souteni r le même rythme de trava i l .Avec JR, nous avons essayé de comprendre le monde moderne, avec ses solitudes, ses ambiguïtés.Nous sommes allés à la recherche de ce que les gens avaient envie de dire et nous souhaitions surtout qu\u2019ils aient du plaisir avec nous.Et puis, ils voyaient bien à quel point JR et moi, on s\u2019entendait bien.La différence d\u2019âge était complètement effacée grâce à ce projet.Ça aussi, ça fait du bien aux gens, je crois.Ils constatent qu\u2019on n\u2019est pas obligés de mettre les vieux d\u2019un côté et les jeunes de l\u2019autre.La vieillesse fait peur.Elle est considérée comme une espèce d\u2019horreur.» Un Oscar d\u2019honneur Même si elle estime faire un cinéma «modeste et marginal», qui n\u2019attire pas les foules comme les superproductions, Agnès Varda est largement reconnue sur la scène internationale, particulièrement chez les Anglo-Saxons.Le 11 novembre, l\u2019Académie des arts et des sciences du cinéma lui attribuera un Oscar d\u2019honneur au cours de la cérémonie des Governors Awards (Donald Sutherland fait aussi partie des lauréats de cette année).« Vous savez, je travaille depuis 60 ans.Cléo de 5 à 7 est un film dont on me parle encore très souvent, qui est étudié dans les écoles de cinéma.Qu\u2019on me remette un Oscar m\u2019impressionne beaucoup, car le milieu du cinéma hollywoodien se tourne plus souvent vers des films plus commerciaux.Cet honneur veut surtout dire qu\u2019on reconnaît mon travail , plus en marge.Ça me met à ma vraie place, reconnue, mais sans être mélangée aux stars bankables [rentables].C\u2019est bien, c\u2019est amusant, et ça me surprend un peu.Et comme c\u2019est un cadeau, je ne vais pas dire non.» Après cette cérémonie, la cinéaste compte diminuer ses activités un peu.« J \u2019au r a i s adoré ven i r présenter le film avec JR au Québec \u2013 je sais que les Québécois ont particulièrement aimé Jacquot de Nantes \u2013, mais à mon âge, je ne peux plus cavaler partout.Après ce voyage à Los Angeles le mois prochain, on s\u2019est dit que j \u2019allais me calmer un peu et rentrer au bercail.» AGNÈS VARDA / Visages villages L\u2019imagination au pouvoir VISAGES VILLAGES !!!! Documentaire d\u2019Agnès Varda et JR.Avec Agnès Varda, JR, Laurent Lévesque.1h29.SYNOPSIS À la suite d\u2019un coup de foudre amical, la cinéaste Agnès Varda et le photographe JR entreprennent un projet ensemble : sillonner les routes de France, loin des villes, pour aller à la rencontre des autres et les faire participer à leur démarche artistique.CRITIQUE Il n\u2019enlève jamais ses lunettes noires et ça énerve son amie, de 55 ans son aînée.Cette obstination rappelle à la cinéaste celle du jeune Jean- Luc Godard, dont la présence flottera subrepticement pendant ce documentaire fascinant, où l\u2019art se pratique de façon ludique et très organique.Car au-delà de la rencontre entre deux grands esprits imaginatifs, Agnès Varda et le photographe JR, Visages villages est un vibrant plaidoyer pour l\u2019art, sa pertinence, sa capacité à nourrir les âmes et à extirper la beauté dans les endroits les plus inattendus.Ainsi, ces installations, faites de photos captées d\u2019abord dans le camion «magique » de JR, puis transformées en affiches géantes collées sur différentes structures, ont un caractère très émouvant.Il suffit de voir les réactions pudiques des «modèles » pour comprendre à quel point l\u2019effet est grandiose auprès de gens à qui personne ne prête habituellement attention.Les discussions entre la cinéaste et le photographe révèlent aussi une relation basée sur l\u2019humour, même si celle-ci gagne en profondeur au fil du récit.Le détour par la Suisse, où le tandem a l\u2019intention d\u2019aller saluer le vieil ami JLG, est aussi très touchant.Même si ce film a été réalisé «à quatre mains», il reste que Visages villages pourrait s\u2019inscrire comme le dernier volet d\u2019une trilogie autobiographique d\u2019Agnès Varda, amorcée à l\u2019orée du millénaire avec Les glaneurs et la glaneuse et poursuivie avec Les plages d\u2019Agnès.C\u2019est tout simplement magnifique.\u2014Marc-André Lussier Pour l\u2019amour des gens et pour l\u2019amour de l\u2019art PHOTO FOURNIE PAR MK2 | MILE END Une scène de Visages villages avec l\u2019artiste français d\u2019art urbain JR et la cinéaste Agnès Varda «Avec JR, nous avons essayé de comprendre le monde moderne, avec ses solitudes, ses ambiguïtés.Nous sommes allés à la recherche de ce que les gens avaient envie de dire et nous souhaitions surtout qu\u2019ils aient du plaisir avec nous.» \u2014 Agnès Varda, cinéaste PHOTO FOURNIE PAR MK2 | MILE END Une scène de Visages villages d\u2019Agnès Varda et de JR l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l A R T S 11 L A P R E S S E M O N T R É A L S A M E D I 2 1 O C T O B R E 2 0 1 7 ARTS POUROUCONTRE CHAQUE SEMAINE, UN INVITÉ DE LA PRESSE SE POSITIONNE SUR DES SUJETS QUI MARQUENT SON ACTUALITÉ.POUR CONTRE Il y a 40 ans ce soir avait lieu le premier match d\u2019improvisation.La Ligue nationale d\u2019improvisation (LNI), dont François-Étienne Paré est le directeur artistique, célèbre cet anniversaire par un toast collectif au bar Grenade et sur Facebook.Fin novembre, la LNI s\u2019attaquera aux classiques pour la troisième année ; chaque soir, trois comédiens improviseront une pièce à la manière de dramaturges contemporains.\u2014 Propos recueillis par Frédéric Murphy François- Étienne Paré La reconnaissance de l\u2019impro comme discipline à part entière «C\u2019est une façon de s\u2019assurer que le soutien financier public soit plus important pour tout le milieu de l\u2019impro au Québec.La problématique, depuis l\u2019existence du CALQ [le Conseil des arts et des lettres du Québec], c\u2019est qu\u2019on est évaluées avec les compagnies de théâtre.Or, souvent, ce qu\u2019on fait n\u2019est pas considéré à la hauteur, du point de vue de la qualité artistique.On défend le fait qu\u2019on est une discipline à part entière.La LNI est la seule compagnie d\u2019impro soutenue par le CALQ, alors qu\u2019il y a 70 matchs d\u2019impro par semaine, et je n\u2019ai pas compté les ligues scolaires.» Un changement de ministre à l\u2019aube du dépôt de la politique culturelle « .si elle [la nouvelle ministre de la Culture, Marie Montpetit] travaille dans la continuité.L\u2019important, c\u2019est la continuité.Je trouve ça dommage qu\u2019il y ait un changement, mais si elle respecte et poursuit le travail amorcé [par son prédécesseur, Luc Fortin], je pense que c\u2019est correct.» Des noms d\u2019équipe commandités «[À la LNI], on a la chance d\u2019avoir une mise en scène qui le permet.C\u2019est calqué sur le hockey.Je ne suis donc pas gêné d\u2019avoir des commanditaires sur les bandes, sur les chandails ou associés aux équipes.Honnêtement, on vit tellement un sous-financement chronique qu\u2019on pourrait difficilement s\u2019en passer.Après y avoir beaucoup réfléchi, on a pris la décision de le faire.Par contre, je ne ferais pas de placement publicitaire dans les impros en tant que telles.» Les claques à l\u2019impro «D\u2019ailleurs, c\u2019est un peu moi qui les ai ramenées.Ça fait partie de l\u2019iconographie du match d\u2019impro et de ce que c\u2019est que cette création-là.Je pense qu\u2019à l\u2019origine, il y avait une volonté de permettre aux spectateurs de se prononcer en votant, en se manifestant, mais aussi en ayant la possibilité de dire « je ne suis pas d\u2019accord».Le fait de lancer une claque, c\u2019est aussi ça.Il y a peu d\u2019endroits en art pour faire ça.» L\u2019omniprésence des vedettes à la télé «Surtout dans des cas ou c\u2019est de la vedette pour de la vedette.Je m\u2019ennuie d\u2019avoir des spécialistes à la télé.Quand une vedette parle d\u2019un sujet qui devrait être traité par un psychologue, je trouve ça dommage.On oublie que les experts ont un rôle et une parole importante dans notre société.Je trouve aussi qu\u2019on met trop de vedettes à la télé pour faire des niaiseries.» De la pub pour les tout-petits pour financer les émissions jeunesse «Je pense que le milieu de la télé jeunesse a besoin d\u2019être mieux soutenu.Il y a de moins en moins d\u2019émissions jeunesse originales.Il faut trouver un moyen [d\u2019en ramener].Si la pub en est un, je suis pour.Je ne crois pas qu\u2019on doive faire de la pub destinée aux enfants, je crois que la loi [qui l\u2019interdit] doit demeurer, mais, si on met des pubs destinées aux parents et bien choisies, ça peut être une solution intelligente au problème.» PHOTO BERNARD BRAULT, LA PRESSE l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l 12 A R T S L A P R E S S E M O N T R É A L S A M E D I 2 1 O C T O B R E 2 0 1 7 "]
Ce document ne peut être affiché par le visualiseur. Vous devez le télécharger pour le voir.
Document disponible pour consultation sur les postes informatiques sécurisés dans les édifices de BAnQ. À la Grande Bibliothèque, présentez-vous dans l'espace de la Bibliothèque nationale, au niveau 1.