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Titre :
Album universel
Succédant au Monde illustré (1884-1902), L'Album universel offre des textes variés, abondamment illustrés de gravures et de photographies.
Éditeur :
  • Montréal :Compagnie de photogravure de Montréal,1902-1907
Contenu spécifique :
samedi 5 mai 1906
Genre spécifique :
  • Journaux
Fréquence :
chaque semaine
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseur :
  • Monde illustré (Montréal, Québec)
  • Successeur :
  • Monde illustré (Montréal, Québec : 1907)
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Références

Album universel, 1906-05-05, Collections de BAnQ.

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[" A _-m Montréal, 5 mai 1006 / L > «0 ALBUM UNIVERSEL (Monde Illustré) XXIIIème année No 1149 Fre Hy, 32 AVIS DE L'ADMINISTRATION \u2014 Lea abonnements partent du ler ou du 15 de chaque mois.Les remises d'argent doivent être fuites en mandats-poste, mandata d'express où chèques à 1° de k.Mackay, Boîte postale 755, Montréal, Les manuscrits non insérés ne sont pas rendus.Læ MONDE ILLUSTRE Album Universel Publié toutes les semaines à Montréal, par F.MACKAY, Editeur-Fropriétaire., A.NANTEL, Directeur de la Rédaction.51 rue Sainte-Catherine-Ouest Téléphone EST 4415 Coin de la rue St-Urbain PRIX DE LA REVUE Par abonnements: $2.50 par année, $1.25 pour 6 mois, frunc de port pour tout le Canada, les ltata-Unis, l\u2019Alaska, Cuba, le Mexique, les Îles !awal et les Iles Philippines, Au numéro: 5 cents.Pour les autres pays de l\u2019Union Postale: Abonnements : $3.50 par année, ou 18 francs, RLAURIER | 1906.(TENTE PAGE %95 Les employés des postes, en service sur les trains District de Montréal Sommaire du N° 1149, du 5 mai 1906 Planche hors texte \u2014 Paris, G.A.Nantel \u2014 Langage patriotique\u2014Sa Grandeur Mgr Duhamel, archevêque d'Ottawa \u2014 Chronique \u2014 Les échos de la semaine \u2014 Croisade de la tempérance \u2014 Causerie ecientifique: L'air liquide par H.E.Simard, ptre \u2014 Le cataclysme de la Nouvelle- Californie \u2014 À travers la mode \u2014 Le Château de Ramezay \u2014 Nouvelle: Elle et lui, par L.E.Moreau \u2014 Feuilletons: Sans famille; La Guerre noire \u2014 Musique: Viennoise, valse lente, par E Pessard \u2014 Les origines du café \u2014 Deux pages humoristiques \u2014 Travaux féminine \u2014 Causerie médicale \u2014 Notre courrier, ete, etc.PARIS PHYSIONOMIE GÉNÉRALE \u2014 BUDGET \u2014 DE L'EAU, ENCORE DE L'EAU, POUR FAIRE UNE BELLE VILLE.Je voudrais bien pourtant fairo connaître Paris aux lecteurs de l\u2019Album Universel qui ne l'auraient pas visité.Mais Paris est grand; il faut du temps pour le parcourir et le voir tel qu\u2019il est, tout entier, même dans les livres et les gazettes; il en faut encore plus pour le suivre à travers les âges, de par la France et le monde où il a gravé, depuis les Césars à partir du premier et du plus grand, d'ineffaçables empreintes.ALBUM UNIVERSEL (Monde Illustré) No 1149 Mais il y a le Paris à organisme puissant qui exerce son action sur les points les plus reoulée de sea vastes terrains et souterrains, le Parie du travail tel qu\u2019on le voit, tel qu\u2019il se montre forcément, chaque jour, aux yeux de l'observateur étranger, impartial autant qu\u2019il le pourea pour l\u2019être aimé \u2014 et qui n\u2019aime pas Paris, s\u2019il le connaît 1 Il y a lo Paria pris sur le fait dans l'exercice de ses fonctions de producteur et de consommateur, de créateur dans le domaine de la pensée, de travailleur inlassable dans la poursuite de son industrieuse ingéniosité, dans la fièvre de ses épanchements epontanés, de découvert: insoupgonnables, d\u2019instincts, de goûts et d\u2019envies insatiables de beau et d\u2019idéal.Ce n\u2019est donc pas le Paris des boulevards, des spectacles, des cafés chantants, de ces criardes rencontres \u201c à l'absinthe\u201d; ce n'est as ce monde qui s\u2019amuse ou du moins qui s\u2019esquinte A ee donner l'illusion de gaités de surface, que nous voulons dé- orire, apprécier, réprouver parfois dans toute la candeur d\u2019une âme navrée, mais c'est le Paris qui produit, se soutenant quand ménie contre les ennemis divers du dehors et du dedans, conduisant par la main la France de l\u2019industrie affinée et conviant la monde aux plus grandes comices que la ecience et l\u2019art aient convoquées au cours de la vie humaine, que nous voulons étudier.C\u2019est le Paria du jour que je veux présenter à nos lecteurs, non sous tous see aapects, \u2014 la tâche dépasserait mes efforts, \u2014 mais le Paris tel que j'ai pu le voir pendant mes deux années de séjour et d\u2019observations personnelles au milieu des populations vivant au grand air dans cette merveilleuse cité.* * * Un coin de Paris, & vol d'viseau.Le Trocadéro et la tour Eiffel au fond.Mais Paris est beau, son aspect est grandiose; ses monuments, nombreux, résumant l'effort humain, sous toutes ses formes, à toutes les époques, ont usé la vie des architectes, des eculpteurs qui les ont élevés; ses musées ont hospitalisé l\u2019oeuvre des grands maîtres dès avant la Renaissance et requis tout le travail, tout le talent des connaisseurs qui les ont successivement décrits.Mais Paris est d\u2019une tenue singulière, originale, unique qu'il est difficile de représenter parce que Protée, il dérobe ses traits mobiles rt profonds au moment où vous croyez les saisir, au moment où le peintre s\u2019apprête à les fixer sur Paris ne s\u2019est pas fait en un jour, dit le proverbe, et, ma foi, si Paris est Paris, s\u2019il n\u2019y a au monde qu'un Paris c\u2019est que Paris l'a voulu et dès les temps les plus reculés, a libéralement payé les frais d\u2019une beauté qui serait vite déchue si les contribuables se lassaient de l\u2019entretenir pour regarder à la dépense.Les Parisiens sont fiere de leur Ville-Lumière, et si vous les entendez se plaindre, ce n\u2019est pas de trop payer mais de n'en avoir pas pour leur argent.Le budget \u2014 du vieux mot français \u201c bougette \u201d, transporté en Angleterre où il désigna lc sac du chancelier de \"échiquier et revenu en France, comme tant d\u2019autres, légérement anglicanisé \u2014 le budget de Paris n'est pas ce qu'un vain peuple pense; il dépasee, si je ne me trompe, celui du Canada tout entier avec ses six millions d\u2019habitants, ses nombreux services et ses immenses espaces peuplés ou vagues qr'il faut, tout de même, gouverner.Le Président de la République française, le 18 avril 1901, fixait le budget de la ville de Paris, aux chiffres suivants : en recettes ordinaires à 310,- 950,716.08 france, en recettes extraordinaires à 37.- 387,500; total 348,338,216 francs, soit en dollars, \u2014 la toile par le pincean, où l\u2019écrivain se met en train de reproduire sa physionomie sur le papier.Pour décrire Paris intime il faut le connaître et comment le connaître quand il ne se livre plus qu'aux gens de la famille.Paris est devenu un mou- de fermé depuis bientôt un demi- siècle, m\u2019assurent de vieux Frau- cais et ce qu'il donne de lui, en spectacle ouvert, n\u2019est plus que l\u2019apparence, et combien trompeu- ee! de lui-même, de sa vie vraie, au salon de la grande dame, à la table du financier, au cercle très exclusif des gran !s sports où la concurrence redoutée, non sans raison, fait craindre, comme des trahisons, les indisorétions de l\u2019étranger.Aussi bien, et en face d'une tâche aussi vaste, d\u2019un sujet aussi complexe, n\u2019ai-je pas la prétention de donner Paris, tout Paris, tel qu\u2019il fut aux gen passés, pas plus que le Paris contemporain, vécu vivant a jour le jour, dans l\u2019intimité de ses famil- lee, de ses cercles, de ses organisations intimes qui en font un être moral caché, flottant, presque insai- siecable.+ 3 - La place du Grand Opéra.Le Grand Opéra de Paris, A gauche, le Grand Hôtel, donnant au franc la valeur de 20 cts quand il ne vaut que 10.3 cte \u2014 $69,667,643! (A suivre) Montréal, 5 mai 1906 Langage patriotique L'honorable R.Lemieux & prononcé, le 19 de ce mois, au banquet de l'Association des manufacturiers, à \u2018l'oronto, un discours dont la presse anglaise d'Ontario et de Montréal dit beaucoup de bien.\u201c La Presse\u201d en a publié le toxte, et nous devons reconnaître qu\u2019il respire dans ce morceau d\u2019éloquence fortement documenté, un sentiment de patriotisme comme il plairait d\u2019en trouver dans un plus grand nombre des discours de nos hommes politiques.Il est bon sans doute de ne pas négliger les grands intérêts matériels d\u2019un pays, mais si l\u2019on veut y voir ce quelque chose d'inanalyeable pour lequel on vit et on meurt, qui s\u2019appelle la patrie, il faut s\u2019élever jusqu\u2019à un idéal que ne rendent pas les chemins de fer les plus gigantesques non plus que les plus rapides paquebots océaniques.L'éloge de lu patrie, dans la bouche du brillant et laborieux ministre, commence avec l'héroïsmie des explorateurs de la vieille France religicuse, de ses apôtres, missionnaires, martyrs, de ses défricheurs et de ses soldats, avec l\u2019intrépidité de ses officiers, de ses gouverneurs et de nos \u201c capots bleus \u201d; il se termine par un hymne touchant à la liberté politique que nous apportait la grande charte de la constitution anglaise avec la conquête de ln Nouvell.- France.Il y a assez de gloire dans nos annales pour combler les coeurs des enfants du Canada, issus des L'HosoRAuLE ROboLPHE LEMIEUX, sSolliciteur general du Canada deux plus grandes races du monde.Le ministre est Canadien, descendant de Français, et il s'en glorifie, mais il n\u2019oublie pas qu'il jouit des libertés que lui assure la constitution de l\u2019Angleterre, \u201c cette terre classique de la liberté \u201d.Puis poursuivant sur le terrain du développement matériel la suite de ce puissant plaidoyer \u201c pru patria \u201d, M.Lemieux énumère les progrès accour- plis par le Canada depuis la Confédération et laisse entrevoir, en un saisissant tableau, les progrès qu le présent réserve à notre avenir national.La péroraison du discours est à citer tout eu tière : Oui, Monsieur, si nous sunnmes fidèles à nous-mênu *.si nous profitons de la legun que nos voisins des Etat Unis ont toujours été si avides de nous enseigner, Nc.donnerons au cultivateur cunadien un marché sûr et rv munérateur, sans qu'il ait à dépendre d\u2019un mar be étranger toujours sujet à mille et une fluctuations.En vérité, Monsieur, j'adiuire beaucoup la Republi que américaine; mais j'udmire davantage le Canada ct le grand Empire dont il fuit partie.Oui, le drapeau |! nous abrite et le régime sous lequel nous vivons a pie nement assuré À notre pays ce que les lMomains eu mêmes n\u2019avaient fait qu'entrevoir : \u201cIMPERIUM ET L1B8ERTAS\u201d .La puissance morale de l\u2019Empire ne s\u2019est jamais plus hautement affirmée qu'en ces jours récents, qu\u2019en « moment même, à la Conférence d\u2019Algésiras.Et ce «uit être pour nous, Canadiens, un légitime sujet d\u2019orgueil de constater qu\u2019enfin la Grande-Bretagne et la République française ont conclu une alliance durable pour résister à l\u2019oppression, d\u2019où qu\u2019elle vienne, et maintenir lu paix de l\u2019Europe, L'Entente Cordiale, aht elle fut solennellement proclamée devant l'Univers, certain jour gris © brumeux de décembre dernier, lorsque m'incomba la Ju: gubre tAche de ramener nu Canada les cendres du Fr gretté Ministre de la Marine et des Pôcheries.C'était À Paris, sur le péristyle de ce temple majestueux -\u2014 La Madeleine \u2014 cu fnce dr la Place de la Concorde, d'où s\u2019avançaient, marchant en cadence, au roulement tambours voilés et préctd« de drapeaux cravatés de = REA, oir, l'élite des régimente français.Du fond de ce care unique au monde, l'on apercevait deux groupes : \u2018Ambassadeur anglais et les officiers de sa maison mi- itaire, le Premier Ministre de France et les membres du binet.- Quelques jours plus tard, dans la rade de Cherbourg, je compris combien était vivante oette Entente Cordiale, par les coups de canon tirés de minute en minute et échangés entre la flotie française et ce puissant cuirassé, le \u201cDominion\u201d, que l\u2019Amirauté anglaise avait eu l\u2019ex- tréme obligeance de transformer en chapelle ardente pour ramener A travers l'océan, enveloppée dans les plis du drapeau canadien, la dépouille mortelle du regretté Ministre.Mais, Monsieur, j'ubuse de votre patience; j'ai déjà parlé trop longtemps.Quelques mots encore et j'ai terminé.J'aime l'oronto, centre intellectuel, mais ce qui me plait davantage, c'est le charme de votre hospitalité.Je me surprends aussi à envier l\u2019air que vous respirez et qui, déjà à cet instant, me donne l'illusion de croire que vous vivez, ici, dans un printemps éternel.Oui, du ciel serein, pur comme un joyau étincelant de lumières et à peine estompé de quelques flocons blancs, nous arrive déjà la rumeur harmonieuse des oiseaux.Du midi, souffle une brise légère, toute imprégnée du parfum des roses et du jasmin, dont le bruissement À travers In forêt, semble inviter les bourgeons à éclore.Est-ce l\u2019effet d\u2019un rêve?Je ne sais, mais je crois entendre ici plus que le murmure du vent, plus que le chant du rossignol rythmant sa voix au battement de son aile, Je m\u2019arrête, je prête l\u2019oreille et il s\u2019élève dans lair comme un cantique plein d'harmonie exaltant la liberté, l'union, la force et la justice dont notre Constitution est le symbole.Il me semble entendre aussi monter de la terre au ciel l\u2019hymne immortelle qui ravit le coeur et élève l\u2019Ame, \u2014 hymne d'amour et de reconnaissance envers le Créateur qui nous a dotés, nous, Canadiens, d\u2019un pays si merveilleusement beau et si débordant de vie; une vie \u2014 ne l\u2019oublions pas \u2014 qui, bien qu\u2019elle se révèle sous le souffle divin, n\u2019en réclame pas moins tout notre labeur, puisque son degré d'intensité est en raison directe de nos efforts les plus persistants.Voilà un beau langage, bien français, digne d'un ministre et d\u2019un grand pays de loyauté et de lormatior.\"olitique anglaises.M.Lemieux a parlé de tolérance, en cette circons- tunce délicate, en un foyer où l\u2019intolérance consume plus que sa part des fagots de la discorde.Il a fait preuve du courage de la vérité et du devoir.Nous l'en félicitons, comme Ven féliciteront les Canadiens, d'origine française ou britannique, qui comprennent les droits de tous à tous les respects pour le triomphe de l'unité nationale.G.A.N.Mgr Joseph Thomas Duhamel Monseigneur Joseph Thomas Duhamel, archevêque d\u2019Ottawa, est le fils de feu François Duhamel et de Marie Joseph Lapointe.ll est né à Contrecoeur, le G novembre 1841.La famille Duhamel vint s\u2019établir à Ottawa alors que le futur prélat était encore très jeune.ll fit eon cours d\u2019études au collège de St Joseph dont il devint l\u2019un des plus distingués professeurs.En 1863 il était ordonné prêtre.Curé de Buckingham, puis de St Eugène, il accompagnait Mgr Guigues à Rome lors du Concile Ecunémique.Plus tard, en 1878, il assistait au Concile de Québec, comme théclogien de son évêque auquel il devait bientôt succéder.A la mort de Mgr Guigues l\u2019abbé Duhamel fut nommé évéque d\u2019Ottawa.11 était consacré le 28 octobre 1874.En mai 1886, le diocèse d'Ottawa était érigé en archidiocèse et Mgr Duhamel en devenait le premier titulaire, Sa Grandeur Mgr Duhamel a toujours eu à coeur les grandes causes de l\u2019éducation et de la colonisation.Grâce à son zèle infatigable le nombre de paroisses doubla dans le comté d'Ottawa.En 1889 le collège d'Ottawa devenait université catholique., Le diocèse de Pontiac fut créé et confié à la sollicitude de Mgr Laurin en 1882.Mgr Duhamel a érigé la cathédrale d\u2019Ottawa en Basilique, établi le premier chapitre diocésain et institué les conférences ecclésiastiques par tout son diocèse.Mgr Duhamel est docteur en théologie, Assistant au Trône Pontifical, Grand Croix de l\u2019ordre du Saint-Sépulore, comte romain, et chancelier de l\u2019Université d'Ottawa.Le chapitre d\u2019Ottawa eat composé comme suit \u2014- Chanoines titulaires: Mgr J.O.Routhier, archiprêtre; MM.L, N.Campeau, archidiacre; G.Bouillon, primicier; J.A.Plantin, F.Michel, J.P.Bé- Free S.Philip, F.P.Beauchamp, P.Orokery, oan, - 0 ALBUM UNIVERSREI (Monde Illustré) No 1140 CHRONIQUE Le Roi se promène et s'amuse à En Angleterre sa croisière méditerranéenne.Le dimanche, 22 avril, il ouvrait aveo Sa Majesté hellénique, George les fameux jeux olympiques.Il n\u2019y a plus de préoccupations graves du côté du Maroc; l\u2019Allemagne et la France se sont séparées bonnes amies, pour un temps au moins, et l\u2019on attribue à l\u2019intervention habilement déguisée d\u2019Edouard VII ce triomphe, \u2014 l\u2019un dee plus grands de l\u2019époque \u2014 de la diplomatie, sur les calouls des chercheurs de querelles et de guerres que l'intérêt matériel, s\u2019appuyant eur la fierté nationale savamment exploitée, ne manque pas d\u2019armer contre la paix de l\u2019humanité.On a dit que le Méditerranée est en train de devenir un lac anglais, au lieu de ce lac français, que la nature et la priorité d\u2019ocoupation réservaient à titre exclusif, à la vieille France.Des guorres successives et heureuses, des traités fiévreusement attendue et imposés sous la gueule des canons, en ont décidé autrement.L'Italie, la Grèce, Gibraltar, Malte, Rhodes sont là pour attester la toute puissance anglaise; la Méditerranée est gardée de fait par les escadres d\u2019Edouard VII, qui sont les policiers de cette mer centrale qu\u2019entourent les plages les plus délicieuses du monda Le Roi lui-même n\u2019a pas perdu un instant de vue des délibérations d\u2019Algésiras et il s\u2019en va, comme pour fêter le couronnement de ses voeux, ouvrir de pair, avec son beau-frère royal, les plus grandee comices du sport qu\u2019on ait vues dans les temps modernes, Edouard VII est chez lui à Paris, à Lisbonne, à Madrid, à Athènes; ea politique vient de triompher de l\u2019Allemagne.Et il préside avec le roi des Grecs, à d\u2019ouverture des jeux olympiques qui attirent aujour- d\u2019hui comme autrefois, les athlètes de tous les coins de l\u2019univers.C\u2019est aux joutes pacifiques de l'athlétisme antique que les nations sont conviées par le roi des Hellènes qui associe à cette affirmation de la paix, la personnalité du souverain qui ne cherche que la paix depuis son avènement au trône de l\u2019empire britannique.Edouard VII n\u2019a jamais fait appel à la force des armes et il est entouré du respect de tous les souve- wains et de tous les peuples.Des vainqueurs, aux jeux pacifiques, que l\u2019on acclamera, à Athènes, le plus glorieux parce que le plus pacifique, sera sûrement celui qui a fait la paix en Afrique du Sud, et empêché la guerre entre la France et l\u2019Allemagne.x + + Le roi Alphonse XIII d\u2019Eepagne s\u2019accorde le luxe d\u2019un séjour de repos \u2014 et de doux recoulements, sans doute \u2014 en Angleterre, auprés de sa fiancée, la princesse Ena.A ce propos on dit que le jeune souverain a fait demander en grâce aux reporters et aux \u201c kodakis- tes\u201d de le laisser jouir en paix des derniers jours de sa liberté.Il compte consacrer tout son temps à fixer les derniers détails de son mariage et à diriger la rédaction du contrat qui doit le précéder.Dans ce but, le souverain @est fait accompagner par des membres de sa cour, qui seront en communication télégraphique avec Madrid, où le gouvernement doit également s\u2019occuper de ces mêmes questions.La princesse Ena et sa mère ee rendront à bord du yacht royal espagnol \u201cGiralda\u201d avant qu\u2019Alphonse XITI en soit descendu.- Les dernières nouvelles ne font que confirmer les appréhensions entretenues par les meilleure esprite au sujet d\u2019une jacquerie générale qui s\u2019organiserait pour la fin de ce mois et les premiers jours de mai.Une dépêche du 21, annonce de Lens, château fort des mineurs grévistes, des troubles très graves au cours desquels une collision de ces derniers avec les troupes et la mort violente de plusieurs per- sonnea.| De même à Valenciennes où plusieurs officiers, soldats et grévistes ont été dangereusement blessés.Les grévistes ont élevé des barricades, détruit le chemin de fer et renversé les lignes de télégraphe et de téléphone.Il est pae possible, continue cette dépêche, de douter que l\u2019on va voir se dérouler, ces jours prochain, une crise sérieuse dans les affaires intérieures de la France.\u2018 L'agitation industrielle prend rapidement dre tendances révolutionnaires et le problème.à résoudre qui s\u2019impose au gouvernement en est rendu à ung phase d\u2019acuité, que des hommes avisés comme Olémenceau ne peuvent méconnaître.En France Y 3 Oe dernier « ccsayé d'une politique dapaisement et de modération, mais les foules sont lancées dans le mouvement révolutionnaire et rien ne semble pouvoir les arrêter.JM faudrait une politique de répression et comme le gouvernement s\u2019en trouverait mal à la veille des élections, il tâtonne, il hésite et ses attermoiements ne font que stimuler les agitateure qui y voient une preuve de faiblesse.On redoute tout particulièrement le premior mai, qui se trouve être la fête du Travail ou des Bourses patronnées par le gouvenement et devenues de véritables rendez-vous de l\u2019anarchie et de l'antimilite- rism.Le ministère Sarrien composé des éléments les plus avancés de la franc-maçonnerie, se trouve mal pris entre le prolétariat qui se soulève en évoquant les paroles encourageantes de Briand, l\u2019un des ministres du jour, et les graves intérêts de conservation, \u2014 ne serait-ce que ceux de l'assiette au beurre, pour lui-même que ce serait déjà grave \u2014 d\u2019ordre et de paix qu\u2019il est tenu de défendre à la tête des forces de la France.Ses membres principaux ont déchaîné la tempéte, n'est-il pas juste qu\u2019ils en subissent les coups?* + * Et sait-on bien au moyen de quelles doctrines on a soulevé dernièrement les classes travailleuses ?Un journal, comme il y en a cent autres, organe du Travail: \u201c La Bourse du Travail de Nimes \u201d éorit : La propriété n\u2019est plus individuelle; la terre, les mines, les usines, les moyens de transport sont devenus ropriétés sociales (et non propriétés exclusives et ina- iénables) des travailleurs qui les mettent en valeur.La terre, les industries, les moyens de transport n\u2019appartiendraient pas davantage aux agriculteurs, aux métallurgistes, aux chemineaux, que n\u2019appartiendrait aux ouvriers la verrerie communiste d\u2019Albi.C'est-à-dire que chacun travaillerait pour tous, tous travaillant pour chacun.L\u2019instauration de la société communiste, répondant À notre soif de bien-être, d\u2019idéal pur, ne saurait être, répond le \u201c Syndicat des ouvriers agriculteurs de Mèze \u201d, tentée qu\u2019avec l'appui des paysans, des humbles ouvriers de la terre.Voila, dit l\u2019\u201cEchos de Paris\u201d, quelles sont, sous l\u2019influence des meneurs de la Confédération du Travail, et grâce À l\u2019inertie coupable des politiciens, les idées qui se répandent et se développent dans touu le pays et hantent les cerveaux des 600,000 ouvriers adhérents à lu Confédération générale qui, à leur tour, les colportent et les implantent dans l\u2019esprit des 7,800,000 travailleurs dont se compose le prolétariat français.Ces idées sont, me dira-t-on, irréalisables, et en admettant même que la société communiste puisse être créée, elle durerait à peine l\u2019espace d\u2019un matin.C\u2019est entendu, et je ne prétends pas que nous courrions le danger de voir le communisme s'installer prochainement en France.Je veux seulement attirer l\u2019attention publique sur le danger d\u2019une propagande denature À fausser complètement la raison de toute unité de la nation, et à la précipiter dans une grève générale qui, tout en visant un but impossible à atteindre, est, elle, parfaitement possible.Nous n\u2019aurons probablement pas le communisme ; mais, si l\u2019agitation que j'étudie ces articles continuait, nous aurions certainement une révolution qui détruirait la société actuelle.* * * Le gouvernement francais a décidé de suspendre la prise des inventaires des chapelles et églises catholiques.M.Clémenceau avait pourtant déclaré hautement que rien ne le ferait reculer.TOUT CABINET D'HESITATIONS, DE FAIBLESSE, NE PEUT ETRE, avait-il dit, AUTRE CHOSE, SOUS UN DEGUISEMENT, QU\u2019UN SERVITEUR INCONSCIENT DE LA CAUSE ROMAINE Mais, sur ces entrefaites, des élections, censées appartenir aux radicaux par les résultats antérieurs, furent perdues; et, le Bloc, voyant le danger, fit parvenir un ultimatum du nouveau gouvernement par le comité républicain, composé des radicaux de Meurthe et Moselle, dans les termes suivants: Considérant qu\u2019il importe de ne pas laisser se renouveler l\u2019agitation dont les inventaires ont été le prétexte ; considérant que cette formalité n\u2019est utile qu'aux personnes qui précisément s\u2019opposent à son accomplissement; émet le voeu qu\u2019à l\u2019avenir les inventaires n\u2019aient lieu dans les édifices religieux que sur la demande expresse des intéressés.Le comité de concentration républicaine de Meurthe- et-Moselle, considérant que, selon toute probabilité l\u2019agitation créée À propos des inventaires recommencera 2 propos de la formation des associations cultuelles et de a dévolution .émet le voeu : lo Qu\u2019à défaut d\u2019associætions cultuelles régulièrement constituées, faculté soit laissée aux paroisses de conserver leurs conseils de fabriques, qui pourront en ce cas être considérés comme associations cultuelles au point de vue légal ; .2o Qu\u2019à défaut de toute organisation paroissiale responsable, le ministre du culte desservant la paroisse soit considéré légalement comme ayant assumé personnellement toutes les charges établies par la loi; 30 Que tout édifice religieux, quelles que estent les contestations opposées à l\u2019application de la loi, reste ouvert au libre exercice du culte.Et, monsieur Clémenceau donne l\u2019ordre de surseoir aux inventaires, répétant exactement, en cela, l'acte pour.\u201d lequel le Ministre Rouvier fut défait.: \u201cEt nunc erudimini gentes \u201d.Apprenez, ô pot- ple, quelle sagesse inspire aux princes de la démagogie la crainte de perdre l\u2019assiette au beurre.>\" upper ALBUM UNIVERSEL (Monde Illustré) No 1149 Les échos de la semaine Montréal, 5 mai 1906 N ce moment, on fait quelque A ro one- bruit au sujet de l\u2019uniformité ment 9 des livres dont se servent les gar- çonnete et les fillettes de nos écoles primaires.D\u2019aucuns réclament l\u2019uniformité des textes enseignés, d\u2019autres la réprouvent.Consulté eur cette question, M.Je chanoine Dauth, éminemment bien qualifié pour la considérer, s\u2019est prononcé en faveur d\u2019une uniformité spéciale, demandant un texte particulier pour les garçons et un autre pour les filles.Malgré qu'en certain milieu, plutôt frondeur, on ait récriminé contre cette solution.nous lu trouvons fort sage.Car, nous sommes pi .- suadé que pour aborder le \u201cstruggle for life \u201cun jeune homme a besoin de connaissances dent une jeune fille n\u2019a que faire.Evidemment, nous ne nous plaçons pas du côté des féministes.Nous en vu dront-ils?Nous ne le croyons pas, lorsque, par un exemple choisi entre mille, nous aurons fait ce m- prendre que: si les mystères d'une machine à vapeur, peuvent et doivent captiver l'attention dur adolescent.peut-être futur mécanicien, une écolière est tout excusée de les ignorer.Ce ne sera pas d.- main, cspérons-le du mv-ins, que nous verrons dus juponr sur les tenders de nos trains.La femm chauffeur existe sur un auto de luxe, ce v- cable Le lui sied plus sur une locomotive, ou dans la machinerie d'un transatlantique.Done, M.le charoive Dauth est on ne peut mieux avisé, dans son opini- de fin lettré et de moraliste, et.nous l'en félicitous sincèrement.* * * TANT donnée l'apathie dont ' L'obligation font montre nombre d'élec- des teurs en temps d'élection; le Parle- élestours \u2019 ment canadien se propose, dit-on, de voter une loi qui rendrait le vote obligatoire.Sans vouloir discuter cette mesure législative, nous remarquons qu'elle nous semble vouloir violer le principe fondamental de la liberté individuelle.Par le fait même qu\u2019un électeur a pour devoir de voter, il a le droit de s\u2019en dispenser, si, consciencieusement, il ne se sent pas en état de remplir convenablement son rôle d'électeur.Quel juge condamnerait un citoyen qui déclarerait n'être pas assez renseigné sur le mérite des candidats, pour leur confier un mandat dout peut dépendre l'avenir de notre société?Beaucoup de nos concitoyens sout trop affairés pour bien se tenir au courant de la politique.Faudrait-il pour cela leur en faire un crime?Si tel était le cas, nous aurions quelques bons moments à passer, lorsque, forcément, des professeurs d\u2019économie politique éclaireraient les électeurs timorés par la loi, sur les vertus de tel ou tel candidat, plus ou moins malmené par la presse aux yeux d\u2019argus.| * x + \u2018EST le cas de le dire, nous som- L'automobl- mes dans le mouvement.Et nous insistons d\u2019autant plus sur la Montréal p propriété du terme, qu\u2019il s\u2019agit d\u2019automobiles.Eh! oui, la semaine dernière, à l\u2019Arena, Montréal a ev sa première exposition d'uuios.Le local bien choisi, vaste, et joliment décoré, offrait un agréable coup d\u2019oeil à tous ceux qui, dans les nouvelles machines roulantes, voient autre chose que des engins meurtriers, écraseurs de piétons.Plusieurs des meilleures maisons françaises, anglaises, belges, américaines et canadiennes, étaient représentées à cette exposition.On y voyait depuis l\u2019auto de millionnaires de 85,000, jusqu\u2019à la voitu rette minuscule pour bébés.Il est presque inutile d\u2019ajouter que tout ce que Montréal compte de monde chic a défilé à l\u2019Arera, s\u2019extasiant sur les moteurs, les pneus et les autos, pimpants en leur nouveauté, que les pannes attendent le long de nos chemins, durant la belle saison qui commence.x * # ENDANT que S.A.R.le prince $.M.Arthur de Connaught, neveu Edouard VII de notre Gracieux Souverain, visite et le Canada longuement ce pays, dernièrement, I'honorable N.A.Belcourt a proposé à la Chambre des Communes du Dominion, qu\u2019une supplique soit adressée à S.M.Edouard VII pour l\u2019inviter À venir au Canada.Il est difficile de prévoir ce que Sa Majesté décidera à propos de cette demande.Une chose est certaine, cependant, c\u2019est que les Canadiens, de l\u2019Atlantique au Pacifique, sont contents de la démarche que nous signalons ici.Si notre Roi vous faisait l\u2019honneur de se rendre dans cette colonie, la plus vaste de son empire, il pourrait non seulement constater avec orgueil combien elle a progressé depuis l\u2019inauguration du pont Victoria, mais aussi ee rendre compte de notre attachement et de notre loyauté: et envers son auguste personne, et envers la Couronne britannique.Certes, la réception qui serait faite à notre puissant monarque obèrerait un instant notre budget, mais, en revanche, le Canada en retirerait de réels profits moraux ct pécunianires.Cur, l'affluence des visiteurs étran- purs serait énorme dans nos grands centres et, de la sorte, beaucoup d'argent serait mis en cireuln- tion, Espérons done que Sa Majesté Edouard VII.qui ne déteste pas les voyages, duignera faire parmi nous un séjour dont tous nous serons fiers.Et.nous saurons exprimer la satisfaction que nous proeurerait ectte faveur royale.* + + L' génial littérateur russe Maxi- Gorky me Gorky, et révolutionnaire Etat Uni militant, par dessus le marché, es: tats-Unis ce nn ment aux Etats-Unis, Son voyage qui s'annonçait devoir être quasi triomphal, a subitement changé de tournure, ce dont Gorky West guère satisfait.S'il en est ainsi, C'est bien de par sa faute.Mieux renseigné, il aurait dû savoir que les anglo-saxons ne badinent pas avec les principes sacrés de la famille.Si Gorky n'était pas venu sur ee continent avee une netrice qu'il fait passer pour son épouse.tandis que Mme Gurky et ses .: fants sont en Russie, Gorky eut été chaleureusement reeu.Or.vu sa fausse situation sociale, MAXIME GORKV.dans un pays qui a le bon esprit de ne point croire aux balivernes immorales de l'amour dibre, les portes des grands salons américains lui sont fermées.Tant il est vrai que, quel que soit le talent, le génie et la renommée d\u2019un homme, il est des lois sociales qu\u2019il ne peut enfreindre impunément.On objectera, sans doute, que maints yankees n'ont rien à envier à personne sous le rapport du relâchement des moeurs, il se peut, mais ceux-là aussi ont à tenir compte des lois promulguées dans leur patrie.Il ne faut pas oublier que: \u201c charbonnier est maître chez soi\u201d.Gorky l'apprendra a ses dépens, et à ceux de la cause par trop violente qu\u2019il défend.Quand ou veut être le meneur d\u2019un peuple, il faut d\u2019abord personnellement, savoir guider sa propre barque, sans froisser les lois les plus élémentaires de la morale et de la société établie.* + + Néfaste OMME l\u2019Album consacre une tremble- | des pages de ce numéro au ea- tac ., rs du terre clysme qui, le 18 avril, faillit anéantir San Francisco et plusieurs villes de la Nouvelle Californie, nous ne nous éteu- drons pas ici sur ce sujet.En vérité, nos voisins doivent être touchés des marques de sympathic universelle qu\u2019a provoqué l\u2019infortune du plus riant des Etats de leur pays.Une chose, entre autres, nous chagrine pour eux, c\u2019est que malgré l\u2019étendue trop considérable du malheur qui les frappait, leurs journaux aient encore trouvé moyen de grossir l\u2019horreur des rapports de la première heure.À la satisfaction générale, plusieurs de ces rapports ont été contouvés.C'est pourquoi, en certaines rédactions de l\u2019Unios, ou devrait se souvenir du: \u201cQuillot criait au loup\u201d du bon Lafontaine.Sinon, les pires calamités pourront atteindre les américains, quand ils en parleront sérieusement, nul ne les croire.Il est à remarquer que les constructions en fer de San Francisco, ont admiraldement supporté les effets du séisme qui a si mal mené la villo reine du Pacifique.A l'heure où nous écrivons, la reconstruction de la grande ville est déjà commencée, et le gouvernement américain refuse les fonds de secours étrangers.+ EPUIS qu'il s\u2019est oceupé uctive- M.Roose ô ment de politique internatio- vois nale, agissant en pacifiste convain- en France cu, le Président de Ja République des Etuts-Unis est fort admiré en France, où les partisans de la paix sont nombreux.Aussi, pour prouver à M.Roosevelt que ses efforts n\u2019ont pas été vuins, tant à la conférence de Portsmouth, qu\u2019à celle d'Algésiras et ailleurs, le groupe français de la paix, a-t-il décidé d'offrir un cadeau souvenir au puissant chef d'Etat américain.Ce endeau consiste en un superbe volume des *\u201c Mémoires de Sully\u201d, auquel seront jointes quatre pages de parchemin, culuminées, ct portant les signatures autographes des Français en vue qui ont contribué à ce superbe présent.M.le baron d'Estournelles de Constant, président du groupe dont nous parlons, dans un dao- cument louangeux, félicite chaleureusement M.Roosevelt de ses bons offices en faveur de la paix mondiale.Suivent les signatures de: M.E.Loubet, ancien président de Ja République française; de MM.Léon Bourgeois, Berthelot, Alphonse de Cour- celles, d'Estournelles de Constant, Reuvier, du sé nateur Labiche, de MM.Emile Combes, Aristide Briand, Frédérie Passy, Paul Deschanel, Jules Cla- retie, Jeun Jaurès, Eugène Carrière, Pelletan, Paul Appel, de In cemtesse Mathieu.de Noailles, de la comtesse Grepule, de MM.Louis Barthou, R.Poin- varré, ete, Notons que ces * Mémoires de Sully \u201d ont été spécialement choisis, paree que le fameux ministre de Henri IV fut un des premiers à souhaiter l\u2019union des grandes nations, ou an moins une sage concorde entre elles.* OÙUS ne l'inventons pas, un confrère de Québec nous l'apprend, le cap diamant sur lequel est assise la citadelle de l'ancienne capitule du Bas-Canuda, menace de suivre les lois de da pesanteur et de s'écrouler, au moins en partie.Rappelant l'individu qui voulait mettre l'océan en bouteille, quelques québecquois pensent enrayer le déplacement de la menaçante masse rocheuse en l'entourant d'une clôture.Cela prêterait à rire, si nous ne nous souvenions de l'hécatombe qui, il y a quelques années, se produisit au même endroit.En vérité, les loyers doivent tre pour rien dans la par- tic du quartier Champlain que menace la désagrégation du cap diamant.Pour une épée de Damoclès \u2014 un peu lourde \u2014 sur la tête des citoyens paisibles de l\u2019endroit, c'en est une.On devrait y songer dans le monde administratif de Québce, et savoir que les contreforts betonnés valent, dans ce cas, mieux que des clôtures, sans parler de drainages peut-être tout indiqués, \u2019 * x 0% I brave M.Castro a tellement fait des siennes depuis quelques mois, s'est tellement surmené , Pour grossir son magot et ennuyer quelques puissances par ses injustes procédés dictatoriaux, qu'il n\u2019en peut plus.Aussi vient-il \u2014 temporairement, hâtons-nous de le dire \u2014 de lâcher les rênes du pouvoir aux mains du vice-président du \\ énézuéla, le général Gomez.Gageons que dès que le beau fixe, qu\u2019il a tant compromis au ciel des re lations diplomatiques vénézuéliennes sera revenu, Castro voudra reprendre la présidence.Mais voilà, peut-il assurer, le bouillant homme d\u2019Etat, que son éclipse ne scra que partielle?L'histoire est édifiante sous ce rapport.La plus grande faute d\u2019un politique cst de rentrer dans la coulisse.souvent il n\u2019en sort plus.I! est vrai qu\u2019au Vénézuéla les coulisses Bouvernementales font honte à l\u2019opéra-comique et au gros mélo! Alors, alora, nous verrons.L.d\u2019'ORNANO.Le Cap Diamant Au Vénézuéla RT 0\" ++ 2e rt \u201c22 \u2014\u2014, -\u2014\u2014\"w Sr.«oy \u2014\u2014\u2014\u2014 A nr Cog: ve \u2014 - - \u2014 / Montréal, 5 ruai 1006 Les auberges et nos forces vitales Chaque année, quand vient la fin de juin, nos prédicateurs et nos hommes publics, dans les chaires et sur les \u201c hustings \u201d, parlent avec abondance toujours, et avec éloquence quelquefois, de Ia race dont nous sommes les fils.On chante les haute faits de nos aïeux.On célèbre les poétiques souve- nire de nos temps héroïques, \u201c de ces temps où les feux de la Saint-Jean irradiaient les horizons de la côte de Beaupré et de l\u2019île d\u2019Orléans.\u201d Et tout cela, sens doute, c\u2019est beau et, je le crois, c\u2019est un bon stimulant au patriotieme.Seulement, il y a des gens qui pensent que nous faisons trop de discoura Le fait est que c\u2019est bien là un peu une maladie nationale.Les Canadiens aiment à entendre parler, nos orateurs en vogue eont des demi- dieux; mais nous aimons aussi à parler, beaucoup.Pourtant ce ne sont pas les beaux discours seuls qui eauvegardront nos plus graves intérêts et protégeront sûrement nos forces vitales comme peuple.11 faut autre chose.Et l\u2019une de ces autres choses, l\u2019une des plus importantes, c\u2019est la lutte contre l\u2019alcool, contre les occasions de boire, contre les auberges.Il est nécessaire de le dire et de le redire, de lo répéter et de le répéter encore.L'alcool nous ruine, les auberges nous minent lentement, notre sang s'appauvrit parce qu\u2019il s\u2019alcoolise.\u201c L'intempérance fait au milieu de notre peuple des progrès alarmants \u2014 écrivait Mgr Emard aux maires et conseillers de son diocèse \u2014 et l\u2019alooolis- me menace de devenir une plaie de la race cana- dinne-française \u201d.Comme il a raison l\u2019avisé prélat ! Il écrit que l\u2019al- cuolisme \u201c menace \u201d de devenir une plaie; mais on sent que ce mot \u201c menace \u201d est un euphémisme sous sa plume.Hélas! la plaie existe.Et Mgr de Valley- field le fait voir dans l\u2019une de ces fortes pages qui donnent à ses mandements et lettres pastorales le ton et l\u2019accent qu\u2019on connaît aux Pères de l\u2019Eglise.\u201cIl est établi \u2014 écrit l\u2019évêque \u2014 que la consommation des liqueurs enivrantes, même dans nos campagnes, atteint chaque année un chiffre exorbitant, hors de proportion avec le nombre des familles.\u201cLes auberges, au lieu de diminuer, tendent à augmenter annuellement, et avec elles s\u2019augmente aussi, dans la dépense exagérée de la boisson, la déperdition des forces vitales, physiques et morales des individus et des familles \u201d.\u201c Faisons un simple calcul, mettons a la base le nombre approximatif de douze mille foyers; à côté de ce chiffre, insérez celui de cent cinquante auber- Res et voyez ce qu\u2019il en coûte au diocèse, à ses diverses paroisses, à nos familles pour alimenter, soutenir, faire prospérer, enrichir quatre fois plus d'auberges qu\u2019il n\u2019en faut.Songez en conséquence au montant énorme d\u2019argent, qui s'écoule par cette voie néfaste du commerce exagéré des boissons enivrantes et voyez ce qui pourrait, sans effort, au moyen de tant d\u2019argent gaspillé, «e faire pour l\u2019avantage matériel de la municipalité, pour la fabrique, pour tenir vos écoles sur un pied convenable, pour garder toutes vos familles dans vos paroisses respectives et y maintenir l\u2019aisance, le confort, la paix et le bonheur.La boisson à elle seule, simplement en prenant le surplus de ce qui pourrait raisonnablement s\u2019admettre, coûte plus cher que l\u2019instruction de tous vos enfants, que le soutien de toutes vos maisons de charité, et que l\u2019entretien même de vos églises.Mais ceci n\u2019est qu\u2019un côté et le moins noble de la question.Vous êtes, chacun de vous, messieurs au milieu d\u2019une famille dont vous soutenez l\u2019honorabilité, et que vous cepérez garder longtemps dans la possession des biens que vous lui avez procurés et conservés; c\u2019est votre joie, c\u2019est votre bonheur.Mais regardez autour de vous, parcourez les rues de votre village et les rangs de votre paroisse, refaites par la pensée l\u2019histoire de tant de familles Que vous avez connues, heureuses comme la vôtre, en possession jadis du même bonheur et d\u2019un héritage semblable, Comptez le nombre de maisons désertées, de familles dispersées, jetées aux quatre vents de la mi- \u201cPre et plongées à tout jamais dans la trietesse et le déshonneur.Cherchez les causes de, tant de ruines.Est-ce à À suite de la construction d\u2019une église et d\u2019une ré- Partition trop coûteuse est-ce sour avoir voulu Procurer A leurs enfants une 6ducaticn soignée! est.+ ALBUM UNIVERSEL (Monde Illustré) No 1140 : CROISADE DE LA TEMPERANCE Texte publié sous les auspices d\u2019un comité d'ecclésiastiques désignés par Sa Grandeur Monseigneur l'Archevêque de Montréal ce pour avoir voulu maintenir dans leur maison un confort raisonnable! est-ce pour avoir fourni hon- nétement leur quote-part aux améliorations de la municipalité et au progrès matériel de leur parois- sef Oh non! et vous le savez bien.C\u2019est la boisson, c\u2019est l\u2019intempérance, c\u2019est l\u2019ivrognerie et le cortège de désordres qu\u2019elle traîne après elle qui ont jeté ces familles dans la désolation et la misère \u201d, Nous avons cité longuement.Nos lecteurs sûrement ne le regretteront pas.Le eavant et prudent prélat qu\u2019est l\u2019évêque de Valleyfield, en cette page de faits \u2014 cette tranche de vie, comme dirait un feuilletoniste! \u2014 découpée à même la vie contemporaine, ne tient pas un autre langage d\u2019ailleurs, que celui qu\u2019on retrouve sur les lèvres de tous nos penseurs.Sous ea plume toutefois, les coneeils ont une particulière autorité.C\u2019est pourquoi, nous ne terminerons pas cet article, sans mettre sous les yeux de nos lecteurs, des jeunes surtout, la suite de la lettre de Monseigneur.Cela s\u2019adresse à eux.Qu'ils lisent et par dessus tout qu\u2019ils comprennent ! \u201c Et ces jeunes gens \u2014 continue Monseigneur \u2014 pour qui l\u2019avenir semblait plein de promesses, qui avaient de la santé, du talent et paraissaient appelés à occuper une place enviable parmi leurs concitoyens, combien de temps leur a-t-il fallu pour se perdre?Ila ont commencé par fréquenter les auberges, ils se sont mis à boire, ils sont devenus ivrognes, ils ont gaspillé le bien paternel, ils sont tombés bien bas.ils ne comptent plus, ce sont des alooolisés de vingt-cinq ans!\u201d J\u2019en connais qui sont sur la pente de la ruine, que l\u2019auberge fascine en quelque sorte, qui s\u2019oublient, qui seront bientôt perdus, comme \u201cforces vitales\u201d pour la race.que-ces lignes calmes et froides, mais sinoères et justes, de l\u2019évêque de Val- leyfield pourraient sauver encore peut-être, s\u2019ils les lisaient ?Ah! l\u2019auberge, l\u2019auberge inutile, l\u2019auberge trop facile.quelle cause de désordres pour l\u2019organisme vital d'une race! ° Bienveillance mal placée Ce curé là, dont je veux vous parler, est le meilleur homme du monde.D'un zèle éclairé et d\u2019un abord très facile, il ne peut pas ne pas être aimé de ses paroissiens.Ceux-ci sans doute voudraient bien l\u2019écouter toujours.Mais tant de préjugés aujourd\u2019hui se glissent, on ne sait comment, dans l\u2019âme et dans la vie de nos gens | \u201cEh! oui, comme de raison, disait l\u2019un de ses paroissiens \u2014 un conseiller, s\u2019il vous plaît! \u2014 M.le curé sera opposé à une troisième licence.Mais, si l\u2019on suit toujours les avis de l\u2019Eglise, la paroisse ne progressera pas!\u201d Comme si, vraiment, la saine morale n\u2019était pas la plus solide base du vrai progrès social et de la seule prospérité durable ! + + Je renconcre, l\u2019autre jour, cet excellent curé, et il me dit avec tristesse: \u201c Je n\u2019ai pas eu le bonheur de plusieurs de mes confrères.J'ai pourtant expliqué le moins mal que j'ai pu les instructions de mon évêque à mes paroissiens et je euis convaineu qu\u2019ils ne sont pas plus mal disposés que d\u2019autres.Et voilà qu\u2019au lieu de deux licences j'en aurai trois maintenant dane mon village!\u201d \u2014\u201c Comment cela a-t-il pu se faire?\u201d \u2014\u201c Je n\u2019en sais rien, me répondit-il, ou plutôt oui, je sais pourquoi.Le plus futile prétexte a suffi à changer les dispositions de nos conseillers.L\u2019an dernier, le même individu s\u2019était vu refuser sa licence.On avait jugé à bon droit que deux suffisent au besoin de la localité.Mais il a tenu bon le gaillard, il a cabalé ses amis, il a fait des promesses peut-être, qui eait ?\u201d \u2014\u201c Et vous n\u2019avez pu rien faire?\u201d \u2014# Juequ\u2019au dernier moment j'ai espéré.J\u2019ai fait des démarches respectueuses mais fermes.Si vous saviez quelles réponses parfois je recevais ! \u2014\u201c Par exemple ?\u201d \u2014\u201c Je rappelais à l\u2019un de mes coneeillers que sa conscience ne pouvait pas lui permettre d\u2019augmenter ainsi le nombre des occasions, auxquelles certains résistent si difficilement.\u201c Oui, M.le curé, \u201c peut-être bien.Mais j'ai donné ma parole!\u201d Mon \u201cami, une parole donnée pour mal faire n\u2019oblige \u201cpas, D'ailldure, vdue m\u2019aviés Aünné votre parole, \u201cYan dernier, de voter contre une troisième licen- \u201cce ?e \u2018C\u2019est vrai, aussi j'ai tenu ce que j'avais pro- \u201cmis.Cette année, j\u2019ai promis à l\u2019autre de ne pas \u201clui nuire\u201d.\u201c Impossible, mon cher, de le sortir de là! \u201d * + * \u201c Ne pas lui nuire!\u201d Raison de bienveillance très mal placée assurément.L\u2019un des motifs cependant qui expliquent beaucoup d\u2019attitudes renversantes de la part de ceux qui sont chargée, de par la loi, de réglementer les affaires des licences ! \u201cNe pas lui nuire?\u201d S\u2019i] commençait, votre aol- liciteur de licence, par ne pas se proposer de \u201c nuire À tout le monde \u201d, à la bonne heure! Mais n\u2019est-ce pas un acte de bienveillance fort mal avisée, que de \u201cne pas lui nuire\u201d, quand il veut, lui, \u201cnuire à tous\u201d?De nos jours, on faii la part trop belle aux assas- £ins et aux malfaiteurs.La mode est aux appels à la pitié et aux sensations coûte que coûte, Et c\u2019est là la cause de toutes sortes de concessions regrettables et de laisser-faire ridicules.\u201cNe pas lui nuire\u201d?En voilà une raison pour laisger au voleur son butin, à l\u2019assassin son arme, et \u2014 l\u2019analogie est très juste \u2014 à l\u2019aubergiste inutile sa licence ! Mais il est des gens qu\u2019on n\u2019arrive pas à faire sortir de là.+ # + Cependant de combien de malheurs et de désastres ces licences données ainsi sans raison, pour \u201cne pas nuire\u201d au solliciteur, ne sont-elles pas la cause Î C\u2019est pourquoi, comme l'explique le savant prélat, dans une croisade contre l\u2019intempérance il faut agir sur les âmes par la persuasion, et par conséquent recourir à la religion seule capable d\u2019amener à se repentir et à se corriger, \u201cIl n\u2019en est pas moins vrai, continue Mgr Emard, que les tentations extérieures amènent la chute de la plupart des victimes de l\u2019intempérance, lesquelles auraient peut-être vécu dans la sobriété, seraient restées vertueuses, si les occasions de tomber avaient \u201cté moins nombreuses et moins pressantes \u201d.\u201cEt alors, s'il y'a vraiment moyen de rendre ces tentations moins fréquentes, de diminuer le nombre de ces pièges, est-ce que ceux-là qui peuvent le faire, n\u2019y sont pas tenus absolument, et s\u2019ils persistent à laisser les embûâches ouvertes, quand c'est leur de voir de protéger les faibles et les imprudents, ne sont-ils pas alors de connivence avec l\u2019esprit du mal qui pousse les âmes à la perdition, et précipite les familles dans le déshonneur et ls inisère ?\u201d * * * Mais les \u201clicences\u201d, qui les accorde?Les conseillers.Peuvent-ils se croiser les bras, et, indifférente aux ruines qu\u2019ils causent par leur autorisation de licence, se laver les mains en déclarant qu\u2019ils sont innocents ?\u201c Par notre législation actuelle, argumente le document épiscopal que nous citons, c\u2019est le conseil municipal qui a, d\u2019une façon presque exclusive, l\u2019autorité et les pouvoirs voulus pour règlementer, dans les limites de sa juridiction, le commerce des boissons enivrantes; c\u2019est lui qui accorde les licences, en fixe le nombre, et qui ensuite garde le droit et a le devoir de maintenir les auberges dans l\u2019observance parfaite des lois et des règlements qui les concernent \u201d, \u201c D'un autre côté, il est absolument certain que la consommation des liqueurs enivrantes augmente dans une paroisse avec la multiplication des auberges, et que celles-ci sont elles-mêmes d'autant plus mal tenues, causent d\u2019autant plus de désordres que la concurrence les force, pour ainsi dire, pour gagner leur argent à enfreindre tous les règlements et à mépriser toutes les lois.Ceci est un fait d\u2019expérience qui ne souffre point de réplique, et il ee formule ainsi: les auberges trop nombreuses sont la cause immédiate des progrès alarmants de l\u2019intempérance dane nos campagnes, et ce sont les conseils municipaux qui donnent les licences ou les refusent à leur gré\u201d.* +» + La dernière phrase que nous venons de citer devrait être inecrite sur une large affiche et exposée à la vue et aux méditations de lew citoyens qui ont à cour cb inté/20 3 ut SRE « 11 primer notre me, notre pays! Il y a vraiment des choses qui ne sont pas de ls France, mais qui sont du Canada, et pour les dire, des mots canadiens que la languz française ne connaît pas.Comment donc mettre Jans nos livres, notre histoire, nos 14 gendes, nos moeurs, notre vie, si d'abord nous reje- tone eo mots les mieux imprégnés de V'esprit cana- ien Voilà ce que dit l'éminent québecquois.Et que dis-je autre chose! j'ai demandé pour le canadianisme droit de cité dans le vocabulaire canadien, et pour les peuples et pour nos littérateurs, le droit naturel de parler notre langue.Est-ce si extravagant et ai criminel?A-t-on pesé les conséquences plutôt considérables qui ne manqueraient pas de découler d\u2019une sorte d'autonomie linguistique Ÿ En imprégnant notre paner de l\u2019esprit de chez nous, non seulement nous créerons une tradition littéraire véritablement nationale, maie du même coup, nous produirons une littérature qui, du moins, dans ses formes dialectales, aura une forte couleur d\u2019originalité et qui nous vaudra devant les académies et sur le marché littéraire, de devenir un peu mieux que les émules malheureux et toujours dédaignés des écrivains de France.Pas ne sera besoin de parler le huron ou l\u2019iroquois \u2014 comme se prenait à le souhaiter Crémazie \u2014 pour nous faire lire par nos cousins de là- bas.Il y a dans l\u2019âme, dans la vie, dans les choses canadiennes, assez de sdves originales, d\u2019arômes du terroir, de parfums vierges, pour que les mettant dans nos oeuvres, des lettrés, les délicate et les critiques avertis qui vont à tout ce qui est neuf \u2014 et qui en veulent à tout prix, n\u2019yen eût-il plus en ce bas-monde \u2014 se penchent avec curiosité, sinon avec intérêt, sur les productions de la jeune France d\u2019Amérique, afin de humer les robustes senteurs et les fraîches exhalaisons d\u2019une âme neuve et d\u2019un pays nouveau.Monsieur Rivard va même jusqu\u2019à demander pourquoi le glossaire canadien n\u2019entrerait pas dans la langue française, pourquoi nous qui avons conservé le parler ancestral, l\u2019ancien dialecte de l\u2019Ile-de- France, avec, brochant sur le vocabulaire classique, les formes patoises les plus légitimes, serions exclus de ce concours des peuples à l\u2019enrichissement d\u2019une langue qui est nôtre et qu\u2019on a appelé \u201cla langue humaine\u201d.A coup sûr, nous sommes, autant que ces messieure de l\u2019Afrique et de l\u2019Asie, habiles à donner au français dee mots conformes à son génie.La plus fruste de nos vieilles expressions a meilleure forme encore que les féroces assemblages de consonnes fournis par l\u2019allemand et l\u2019anglais.Horace, dans la création des néologismes, se contentait de réclamer un droit qu\u2019on n\u2019avait pas refusé à ses prédécesseurs.Avec combien plus de raisons nous pourrions réclamer, nous, qu\u2019on ne nous ferme ni l\u2019Académie, ni Larousse, quand nous n\u2019entendons pas y parler un langage barbare, mais rappeler à la France moderne le doux parder des aïeux qu\u2019elle n\u2019a pas su conserver aussi bien que nous?Donc \u2014 pour me borner à une catégorie d\u2019expressions \u2014 nous garderons précieusement chez nous et pour nous, nos \u201c poudreries\u201d, nos \u201cbordées\u201d de neige, nos \u201ccasques \u201d, nos \u201cceintures fléchées \u201d, nos \u201c balises \u201d de chemins d\u2019hiver, nos \u201c traînes sauvages \u201d, nos \u201c souliers mous \u201d, nos \u201c raquettes \u201d qui sont bien de physionomie et de tournure canadiennes, qui appartiennent en droit strict à la langue de notre fier et rude \u201c habitant \u201d, et que n\u2019auraient jamais pu nous donner nos frileux de cousins d\u2019outremer.* + * On me pardonnera d\u2019être revenu deux fois de trop sur une question que je débats ici pour la seconde fois.Ou je me trompe fort, ou je me heurte en cette matière à l\u2019omnipotence d\u2019un préjugé.Et le préjugé! On sait s\u2019il s'enracine dane l\u2019esprit de chez nous \u2014 qu\u2019on me passe l\u2019expression \u2014 avec la ténacité du chiendent, plante graminée bien canadienne par quelques-unes de ses propriétés, et à cause de cela absolument symbolique dans le cas présent.Que la Société du parler français poursuive ferme son projet d'un dictionnaire du français à d'usage des Canadiens; qu\u2019elle nous donne ce dictionnaire où, à côté des mots de la langue académique, nous pourrons trouver tous les bons mots canadiens- français, produits de notre crû ou formes dialectales anciennes, mais d\u2019où sera banni tout anglicisme qui n\u2019est pas absolument nécessaire, qui ne prend pas au dépourvu les ressources linguistes de la langue ou qui résiste à la francisation ; qu\u2019elle ne se croie pas tenre de ne pas dépasser la célérité de l\u2019Académie française dans son travail, et le jour où le livre attendu aura comme consacré officiellement le parler canadien, l\u2019âÂme canadienne-franaise en aura fini avec une tutelle dangereuse et ce sera pour elle Pheure d\u2019une nouvelle émancipation, et elle ee dégagera plus libre, plus originale et plus fidre.LIONEL MONTAL J 19 Montréal, 17 mars 1905.Monsieur, Il est bien étrange de vous écrire! Mais ce man- quemont même aux couvenances et l'imprévu de notre correspondance a ls don de m'uttirer.Il serait tout à fait de cireonstauce, n'est-ce pus, de vous dire : j'ai des yeux bleus ou bruns, une grande ou une petite bouche, cte.Eh! bien non! Il faudra me juger par mon style et beaucoup par mes idées et mes sentiments.J'en ferai de même pour vous.Gardons l'incognito, je vous en prie ! Mais \u201c oui\u201d, et j'ajoute avec plaisir: je vous permets de m'écrire.\u2019 Merci pour les jolies cartes que vous m'avez envoyées.elles ont une place d'honneur dans ma collection, Au revoir.NATHALIE BERNARD.+ Avenida des Arbores, Manille, 2 avril 1905.Mademoiselle, Jai reçu votre aimable lettre, et je vous en remercie bien sincèrement.Puisque vous ne voulez pas que je vous dise si j'ai des yeux bleus ou bruns, une grande ou petite bouche, je vous obéis! Mais quelle antithèse avec le proverbe : * Femme, femme, ton nom est curiosité \u2018 Pardonnez-moi si je vous taquine, et consolez- vous en pensant qu'avant longtemps vous deviendrez curieuse à ce sujet-là ! Me permettez-vous au moins de parler de mon pays d'adoption.Il est enchanteur avec sou éternel printemps.On y aime la vie, on voudrait même qu'elle se prolonge à l'infini, et les jours se passent.je vous l'avoue, dans une paresse déplorable.Ce chaud soleil des tropiques tue toute énergie, Malgré ses beautés, le pays est malsain, et je suis *\u201c presque \u201d résigné, comme à l'inévitable, à mourir un jour ou l'autre des fièvres, Ceci en cas où notre correspondance cesserait inopinément.Qu'allez-vous penser d'un pareil correspondant qui, quelquefois, faute d'énergie, laissera peut-être vos lettres durant des semaines et des semaines sans réponse.Connaissez-vous l'espagnol / cette langue est ravissant : Senorita Natalia, je vous salue ! Sur ce, je vous quitte.MICHEL JACQUES.*% oe Votre nom dans Montréal, 14 avril 1905.Mon cher monsieur, Que vous êtes vilain! Voulvir mourir des fit- vres! Mais avec cela je découvre quelque chose : vous vous résignez \u201cpresque\u201d à mourir, c'est que vous êtes jeune! las vieux s'acerochent avec désespoir & la vie.Li.j'ai honte pour vous ! Su résigner à mourir! Un homme qui doit et peut faire tant de grandes choses avec sa vie! Ce n'est done pas une chose qui en vaut la peine que de se faire une belle place au soleil?Et \u201cmoi\u201d done, je n'aurais plus de correspondant! Assez de gronderie, ce qui ne veut pas dire que vous aurez autre chose.C'roiriez-vous que plus je cherche de choses intéressantes dans ma vie, moins j'on trouve.Je m'en désespère, car cela me laisse sans rien à vous dire, Allons.une longue, longue lettre.A vous, Dites-moi dans votre prochaine lettre si vous croyez à l'amitié.Senorita N.*, oe Manille, 24 avril 1905.Ma chère \u201c Amie \u201d, Vous devez être uno véritable enfant, cela perce au travers de votre dernière lettre.Que vous importe ma mort ?Le titre de correspondant, c'est flatteur ! Se faire une \u201cplace nu soleil \u201d : avez-vous bien pensé à toutes \u2014 je souligne ce mot \u2014 les difficultés qu\u2019il y a à rencontrerf Quel grand nombre de circonstances indépendantes de nous-mêmes il y a à surmonter ?Ce que je pense, ou plutôt si je crois à l\u2019amitié, Y croyez-vous vous-même Ÿ Oui, bien sincèrement, je crois à l\u2019amitié, mais de AT.BUM TNIVERSEL (Monde Illustré) No 1149 2 là à trouver ce que j'appelle une \u201cvéritable amitié , c'est un peu comme.se faire une place au soleil! Voyez comme je suis à plaindre : un homme sans pays, sans ami-e, sans place au soleil, À n'y a qu'une chose qui puisse me cousoler, l'espoir de découvrir lo trésor un jour ou l\u2019autre.Vous vouliez une longue, longue lettre.Celle-ci n'est que longue, Je suis oceupé en ce moment, résultat d'un effort inouï de volonté.J'attends avec impatience une lettre.pas longue, mais relle que le coeur vous la dictera.N'oubliez pas que vos lettres sont pour moi oasis du désert, Lin dépit de notre incognito, et les yeux bleus ou bruns, ce qui ne se voit pas sur une photographie, faites-moi done le plaisir de me faire parvenir la vôtre.Je désire savoir sous quelle enveloppe se cachent\u2026 les idées et le style et les sentiments! Au revoir.MICHEL JACQUES, + Montréal, 30 avril 1905, de ne dis Mon cher monsieur, Votre lettre, je ne sais trop pourquoi, m'a bouleversée, Vous êtes triste, seul dans cet horrible pays.J'ai pensé à vous beaucoup depuis, et je vous demande bien simplement si vous voulez que je sois cet ami-e pour vous?Dites, le voulez-vous?J« peux l'être, et je vous assure que je saurai résister aux tempêtes et aux rafales! Comme * consolation\u201d, ci-inelus ma photographie.Je vous avoue bien franchement qu'elle me flatte ! Envoyez-moi la vôtre très prochainement, et s'il vous plaît, une.aussi laide que vous ! ! ! Tant pis pour notre incognito, mais je ne veux pas un ami que je ne connais pas.J'attends done avec impatience! Vous savez que j'affectionne tout particulièrement les \u201cblonds\u201d, mais.les circonstances peuvent tant changer les goûts ! Moi, je vous écrirai une longue, longue lettre quand j'aurai votre photographie, Voilà ! Votre amie, NATHALIE.* oe Manille, 12 mai 1905, Ma chére amie, Je n\u2019écris qu'un mot \u2014 j'ui bien reçu votre envoi et ce n'est pas pour vous punir \u2014 mais parce que je suis extrêmement occupé en ce moment.Je vous cerirai plus longuement dans quelques jours.Allons, amie Nathalie, ne soyez pas fichée! On ne doit pas se ficher avec ses amis!.en tout cas, «u colère vous devez être ravissante.je n'ai qu\u2019à fermer les yeux.et vous voilà ! Mille remerciements et, Bien à vous, > MICHEL JACQUES, *, + Mon cher ami, J'attends! Je ne reçois rien! Je suis très en colère avec vous ! Mais je vous avertis que j'ai pris la ferme résolution de ne plus vous écrire une seule lettre avant l\u2019envoi de votre photographie.Maintenant, choisissez! Dixi! Ca 1n\u2019est bien égal de lavoir.mais je la veux ! ! N.B.+ Montréal, 4 juin 1905.Ma chère amie, Vous insistez \u2014 il n\u2019y a qu\u2019à rendre les armes ! Je vous en prie, envoyez-moi une lettre.Si je vous disais que j'ai même fait faire une nouvelle photographie, vous seriez plus indulgente ! Un mot, en attendant qu'elle vous parvienne! A vous, MICHEL J.Montréal, 9 juin 1905.Mon rher monsieur, La nouvelle photographie me touche.Mais non! non, non, vous n\u2019aurez pas de lettre avant que je la reçoive.C\u2019est tout ! A vous, N.B.+ Manille, 20 juin 1905.Ma.chère amie, Qu\u2019il soit donc fait comme vous l\u2019entendez.Dans quelques jours vous recevrez ma photographie.Hélas! saurez-vous \u201crésister aux tempêtes\u201d ?L\u2019écorce fera-t-elle disparaître l\u2019homme que vous avez Montréal, 8 mai 1904 connu daus vos lettres Ÿ J'en ai peur! Je ne sais que penser.Screz-vous comme les autres ?, J'espère que vous me pardonunerez ce que, j'en suis certain, dans un moment de colère vous serez teu- tée d'appeler un manque de franchise et d\u2019honnêteté?Là où j'ai été coupable fut de céder à votre eu- price.innis vous comprendrez que c'était au-dessus de mos forces de refuser ce peu de bonheur \u2014 ke seul de ma vie ! Si nous devons briser, amie Nathalie, j'en éprouverai quelque chagrin.Au revoir.Rappelez-vous que jamais, jamais je ne vous oublierai ! MICHEL JACQUES.+ Cette lettre fut la dernière échangée \u2014 car quelques jours plus tard, Nathalie, impatiente, quoique ne soupçonnant rien, reçut enfin la photographie.l\u2019ébrilement, elle déchira l'enveloppe, regarda, contempla.lee yeux agrandis par un sentiment inexprimable, ne trouvant qu'un son, qu'un mot, qu\u2019une angoisse : Lui! Lui! Fa'f River.Mass, LUDGER E, MOREAT, Q LA VILLE AGONISANTE La grande cité repose sous le ciel bleu qui s'éclaire des premières lucurs du jour, Dans le port, l'eau clapote doucement le long des quais; de petites barques se balancent mollement, s'entrechoquant avee un bruit monotone, et les gros Vaisseaux imm biles dorment, cnchaînés par leurs cables d'acier.Tout est paisible ct beau dans l'aube naissante.Aueun bruit ne trouble le profond silence des vastes avenues, et il semble que la ville entière soit peuplée de fantômes.La grande cité sommoille.Cee va a.Tout à coup, épouvantablement, la nouvelle Ba- bylone tressaillo ; dans ses fondations elle a senti passer la mort et elle tremble si fort que ses puissantes assises ne la soutiennent plus, elle s'abat, pantelante, dans un fracas de tonnerre, couvrant de ses gigantesques débris, le sol tourmenté qui frémit et gronde Couchée à terre, elle se tord en d'affreuses douleurs, et chacune de sce convulsions géantes achève de tuer en dle la vie forte qui fuisuit sa gloire.Une clameur éperdue, apocalyptique, s'élève dans l'atmosphère sereine parmi des tourbillons de fu- méc, de poussière ot de feu.ee Cr ee ee .Echevelés, à demi vêtus, hurlant de terreur, des milliers d'êtres humains se précipitent à travers les rues éventrées, le long des maisons croulantes dont \u2018ts débris les écrasent atrocement.ls vont, au hasard de l\u2019affolement qui les pousse, ne sachant comment fuir un danger qui de tous côtés les menace, Ils vont, lamentables pygmées, minuscules victimes de l\u2019immense désastre, et, dans le chaos qui disloque leur grande oeuvre, ils disparaissent, poussières balayées par l\u2019orage, fétus dévorés par la flamme.Mais Dieu a donné à ces malheureux la force de comprendre ct le courage de lutter.Et ils engagent un combat désospéré, héroïque.insensé, avec l\u2019élément dévorant qui consume ce qui reste de leur belle cité agonisante, Le feu a vaincu les hommes, ct son oeuvre destructrice est achevée, Maintenant rien n\u2019existe plus à la placo ou s\u2019élevait la 1iante et florissante ville, Des ruines, des 1uines, encore des ruines.et sur ces noirs amas de pierres calcinées, le profond silence de l\u2019éternel sommeil.Ta grande cité est morte.80 8 8 88 6 0 0 0 0 6 4 0 6 0 0 0 0 0 0 4 4 JACQUES SQUIRE. Montréal, § mai 1900 ALBUM UNIVERSEL (Monde Illustré) No 1140 18 (Suite) Alors jo crois que d'ici deux ou trois jours cela va le décider à m\u2019envoyer A l\u2019hôpital; parce que vous comprenez, un moutard qui crie la nuit, ça gêne les autres, et Garofoli n\u2019aime pas à être gêné.Quel bonheur qu\u2019il m\u2019ait donné ce coup de bâton! Voyons, là, franchement, est-ce que je suis pâle ?Disant cela il vint se placer en face de moi et me regarda les yeux dans les yeux.Je n\u2019avais plus les mêmes raisons pour me taire, cependant je n\u2019osais pas répondre sincèrement ct lui dire quelle sensation effrayante me produisaient ses grands yeux brûlants, ses joues caves et ses lèvres décolorées.\u2014Je crois que vous êtes assez malade pour entrer à l'hôpital.\u2014Enfin ! Et, de sa jambe traînante, il essaya une révéren- cc.Mais presque aussitôt, se dirigeant vers la table il commença à l\u2019essuyer.\u2014 Assez causé, dit-il, Garofoli va rentrer et rien ne serait prêt; puisque vous trouvez que j'ai ce qu\u2019il me faut de coups pour entrer à l\u2019hospice, ce n\u2019est plus la peine d\u2019en récolter de nouveaux; ceux-là seraient perdus; et maintenant ceux que je reçois me paraissent plus durs que ceux que je recevais il y a quelques mois.Ils sont bons, n\u2019est-ce pas, ceux qui disent qu'on s\u2019habitue à tout.Tout en parlant il allait clopin-elopant, autour de la table, mettant les assiettes et les couverts en place.Jo comptai vingt assiettes, c'était donc vingt enfants que Garofoli avait sous sa direction; comme je ne voyais que douze lits on devait coucher deux ensemble.Quels lits! pas de drape mais des couvertures rousses qui devaient avoir été achetées dans une écurie, alors qu\u2019elles n\u2019étaient plus assez chaudes pour les chevaux.- \u2014Est-ce que c\u2019est partout comme ici?dis-je épouvanté, \u2014Où, partout ?\u2014Partout chez ceux qui ont des enfants.\u2014Je ne sais pas, je ne suis jamais allé ailleurs; seuloment, vous, tâchez d\u2019aller ailleurs.\u2014Où cela?\u2018 \u2014Je ne sais pas; n\u2019importe où, vous seriez mieux qu\u2019ici.N\u2019importe où; c\u2019était vague; et dans tous, les cas comment m\u2019y prendre pour changer la décision de Vitalis.Comme je réfléchissais sans rien trouver, bien entendu, la porte s\u2019ouvrit et un enfant entra; il tenait un violon sous son bras, et dans sa main libre il portait un gros morceau de bois de démolition.Ce morceau, pareil à ceux que j'avais vu mettre dans la cheminée, me fit comprendre où Garofol: prenait sa provision, et le prix qu\u2019elle lui coûtait.\u2014Donne-moi ton morceau de bois, dit Mattia en allant au-devant du nouveau venu.Mais celui-ci, au lieu de donner ce morceau de bois à son camarade, le passa derrière son dos.\u2014Ah! mais non, dit-il, \u2014Donne, la soupe sera meilleure.\u2014Si tu crois que je l\u2019ai apporté pour la soupe, je n\u2019ai que trente-six sous, je compte sur lui pour que Garofoli ne me fasse pas payer trop cher les quatre sous qui me manquent.\u2014 n\u2019Y à pas de morceau qui tienne; tu les payeras, va; chacun son tour.Mattia dit cela méchamment, comme s\u2019il était heureux de la correction qui attendait son camarade.Je fus surpris de cet éclair de dureté danse une figure si douce; c\u2019est plus tard seulement que j\u2019ai compris qu\u2019à vivre avec des méchants on peut devenir méchant soi-même.C'était l\u2019heure de la rentée de tous les élèves de Garofoli; après l\u2019enfast au morceau de bois il en arriva un autre, puis après celui-là dix autres encore, Chaoun en entrant allait accrocher son ins trument à un clou au-dessus de son lit; celui-ci un violon, celui-là une harpe, un autre une flâte, ou une \u201cpiva\u201d; ceux qui n\u2019étaient pas musiciens, mais simplement montreurs de bates, fourraient dane pne cage leurs marmottes ou leurs cochons de Bar- arie.Un pas plus lourd résonna dans Pescalier, je sem- tis que o\u2019était Garofoli; et je vis entrer un petit homme à figure fiévreuse, à démarche hésitante; il ne portait point le ccetume italien, il était habillé d\u2019un paletot gris.Son premier coup d'oeil fut pour moi, un coup d'oeil qui me fit froid au coeur.\u2014Qu\u2019est-ce que c\u2019est que ce garçon! dit-il.Mattia lui répondit vivement et poliment en lui donnant les explications dont Vitalies l\u2019avait chargé, \u2014Ah! Vitalis est 4 Paris, dit-il, que me veut-il?\u2014Je ne sais pas, répondit Mattia.\u2014Ce n\u2019est pas à toi que je parle, c\u2019est à ce garçon.\u2014Le padrone va venir, dis-je, sans oser répondre franchement, il vous expliquera lui-même ce qu\u2019il désire.\u2014 Voilà un petit qui connaît le prix des paroles.Tu n\u2019es pas Italien?\u2014Non, je suis Français.Deux emfants s\u2019étaient approchée de Garofoli aussitôt qu\u2019il était entré, et tous deux se tenaient près de lui, attendant qu\u2019il eût fini de parler.Que lui voulaient-ils?J\u2019eus bientôt réponse à cette ques tion que je me posais avec curiosité.L\u2019un lui prit eon feutre et alla le placer délicatement sur un lit, l\u2019autre lui approcha aussitôt une chaise; à la gravité, au respeot avec lesquels ils accomplissaient ces actes si simples de la vie, on eût dit deux enfants de choeur s\u2019empreesant religieusement autour de l\u2019officiant; par là je vis à quel point Garofoli était craint, car assurément ce n\u2019était pas la tendresse qui lee faisait agir ainsi et s\u2019empresser, Loreque Garofoli fut assis, un autre enfant lui apporta vivement une pipe bourrée de tabac et en même temps un quatrième lui présenta une allumette allumée, \u2014Elle sent le soufre, animal! cria-t-il lorsqu\u2019il l\u2019eut approchée de sa pipe; et il a jeta dans la cheminée.Le coupable s\u2019empressa de réparer sa faute en allumant une nouvelle allumette qu\u2019il laissa brûler assez longtemps avant de l\u2019offrir à son maître.Mais celui-ci ne l\u2019accepta pas.\u2014Pas toi, imbécile, dit-il en le repoussant durement, \u2014 puis se tournant vers un autre enfant avec un sourire qui certainement était une insigne faveur : \u2014Ricardo, une allumette, mon mignon.Et le mignon s\u2019empressa d\u2019obéir.\u2014 Maintenant, dit Garofoli, lorsqu\u2019il fut installé ct que sa pipe commença à brûler, à nos comptes, mes petits anges; Mattia, le livre?C\u2019était vraiment grande bonté a Garofoli de daigner parler, car ses élèves épiaient si attentivement ses désirs ou ses attentions, qu\u2019ils les devinaient avant que celui-ci les exprimât.11 n\u2019avait pas demandé son livre de comptes que Mattia posait devant lui un petit registre crasseux.Garofoli fit un signe à l\u2019enfant qui lui avait pré senté l\u2019allumette non désoufrée, celui-ci s\u2019approcha.\u2014Tu me dois un sou d\u2019hier, tu m\u2019as promis de me le rendre aujourd\u2019hui, combien m\u2019apportes-tu ?L\u2019enfant hésita longtemps avant de répondre; il était pourpre.\u20141I1 me manque un sou.\u2014Ah! il te manque un sou, et tu ma die cela tranquillement.\u2014Oe n\u2019est pas le sou d'hier, c\u2019est un sou pour aujourd\u2019hui.\u2014Alors c\u2019est deux sous?tu sais que je n\u2019ai jamais vu ton pareil.\u2014Ce n\u2019est pas ma faute.\u2014Pas de niaiseries, tu connais la règle: défais ta veste, deux coups pour hier, deux coups pour au- jourd\u2019hui; et en plus pas de pommes de terre pour ton audace; Ricardo, mon mignon, tu as bien gagné cette récréation par ta gentillesse; prends les lanières.Riccardo était l\u2019enfant qui avait apporté la bonne allumette avec tant d\u2019empressement ; il décrocha de la muraille un fouet à manche court se terminant par deux lanières en cuir avec un gros noeuds.Pendant ce temps, celui auquel il manquait un sou défaisait sa veste et laiesait tomber sa chemise de manière à être nu jusqu\u2019à la ceinture.\u2014Attends un peu, dit Garofoli avec un mauvais sourire, tu ne eeras peut-être pas seul, et c\u2019est toujours un plaisir d\u2019avoir de Ia compagnie, et puis Riccardo n\u2019aura pas besoin de s\u2019y reprendre à plusieurs fois.Debout devant leur maître, les enfants se tenaient immobiles; à cette plaisanterie cruelle, ils se mirent tous ensemble à rire d\u2019un rire forcé.\u2014Celui qui a ri le plus fort, dit Garofoli, est, j\u2019en suis certain, celui auquel il manque le plus.Qui à ri fort 1 Tous désignèrent celui qui avait arrivé le premier apportant un morceau de bois.\u2014Allons toi, combien to manque-t-il?demanda Garofali.\u2014Ce n\u2019est pas ma faute.\u2014Désormais, celui qui répondra: \u201c Ce n\u2019est pas ma faute\u201d, recevra un coup de lanière en plus de ce qui lui est dû; combien te manque-t-il?\u2014dJ\u2019ai apporté un morceau de bois, ce beau mor- ceau-là.\u2014Ça c\u2019est quelque chose; mais va chez le boulanger et demande-lui du pain en échange de ton morceau de bois, t'en donnera-t-il?Combien te manque- t-il de eous; voyons, parle donc.\u2014J\u2019ai fait trente-six sous.\u2014Il te manque quatre sous, misérable gredin, quatre sous! et tu reparais devant moi! Riccardo, tu es un heureux coquin, mon mignon, tu vas bien t'\u2019amuser: bas la veste! \u2014Mais, le morceau de bois?\u2014Je te le donne pour dîner.Cette stupide plaisanterie fit rire tous les enfants qui n\u2019étaient pas condamnés.Pendant cet interrogatoire, il était survenu une dizaine d'enfants; tous vinrent à tour de rôle, rendre leurs comptes; avec deux déjà condamnés aux lanières, il s\u2019en trouva trois autres qui n\u2019avaient point leur chiffre.\u2014Ils sont done cinq brigands qui me volent et me pidlent ! s\u2019écria Garofoli d'une voix gémissante ; voilà ce que c\u2019est que d\u2019être trop généreux; comment voulez-vous que je paye la bonne viande et les bonnes pommes de terre que je vous donne, si vous ne voulez pas travailler?Vous aimez mieux jouer; il faudrait pleurer avec les jobards, et vous aimez mieux rire entre vous; croyez-vous donc qu\u2019il ne vaut pas mieux faire semblant de pleurer en tendant la main, que de pleurer pour tout de bon en tendant le dos.Allons, à bas les vestes ! Riccardo se tenait le fouet à la main, et les cinq patients étaient rangés à côté de lui.\u2014Tu sais, Riceardo, dit Garofoli, que je ne te regarde pas parce que ces corrections me font mal, mais je t\u2019entends, et au bruit je jugerai bien la force des coups: vas-y de bon coeur, mon mignon, c\u2019est pour ton pain que tu travailles.Et il se tourna le nez vers le feu, comme s\u2019il lui était impossible de voir cette exécution.Pour moi, oublié dans mon coin, je frémissais d'indignation et aussi de peur.C'était l\u2019homme qui allait devenir mon maître; si je ne rapportais pas les trente ou les quarante sous qu\u2019il lui plairait d\u2019exiger de moi, il me faudrait tendre le dos à Riccardo.Ah! je comprenais maintenant comment Mattia pouvait paner de la mort si tranquillement et avec un sentiment d'espérance, Le premier claquement du fouet frappant sur la peau me fit jaillir les larmes des yeux.Comme je me croyais oublié, je ne me contraignis point, mais je me trompais.Garofoli m\u2019observait à da dérobée ; j'en eus bientôt la preuve.\u2014Voilà un enfant qui a bon coeur, dit-il en me désignant du doigt; il n\u2019est pas comme vous, brigands, qui riez du malheur de vos camarades et de mon chagrin ; que n\u2019est-il de vos camarades; il vous servirait d\u2019exemple! Ce mot me fit trembler de la tête aux pieds: leur camarade! Au deuxième coup de fouet le patient poussa un gémissement lamentable, au troisième un cri déchirant, Garofoli leva la main, Riccardo resta le fouet suspendu.Je crus qu\u2019il voulait faire grâce; dais ce n\u2019était pas de grâce qu\u2019il e\u2019agissait.\u2014Tu sais combien les cris me font mal, dit doucement Garofoli en s'adressant à ea victime, tu sais que si le fouet déchire la peau, tes cris me déchirent le coeur; je te préviens done que pour chaque ori, tu auras un nouveau coup de fouet et ce sera ta faute; pense à ne pas me rendre malade de chagrin; ei tu avais un peu de tendresse pour moi, un peu de reconnaissance, tu te tairais.Alone, Ric- cardo! moo 14 Celui-oi leva le bras et les lanières cinglèrent le dos du malheurweux.\u2014Maman! maman! cria celui-ci.Heureusement je n\u2019en vis pas davantage, la porte de l'escalier s\u2019ouvrit et Vitalis entra.Un coup d'oeil lui fit comprendre ce que les oris qu\u2019il avait entendus en montant l\u2019escalier lui avaient déjà dénoncé, il courut sur Riccardo et lui arracha le fouet de la main; puis se retournant vivement vers Garofoli, il se posa devant lui les bras croisés, Tout cela s\u2019était passé si rapidement que Garo- foli resta un moment stupéfait, mais bientôt se remettant et reprenant son sourire doucereux : \u2014N'\u2019est-ce pas, dit-il, que c\u2019est terrible; cet enfant n\u2019a pas de coeur.\u2014C\u2019est une honte! s\u2019écria Vitalis.\u2014Voilà justement ce que je dis, interrompit Ga- rofoli.\u2014Pas de grimaces, continua mon maître avec force, vous savez bien que ce n\u2019est pas A cet enfant que je parle, mais & vous; oui, c'est une honte, une lâcheté de martyriser ainsi des enfants qui ne peuvent pas se défendre.\u2014De quoi vous mêlez-vous, vieux fou?dit Garo- foli changeant de ton.\u2014De ce qui regarde la police.\u2014La police, s\u2019écria Garofoli en se levant, vous me menacez de la police, vous?\u2014Oui, moi, répondit mon maître, sans se laisser intimider par la fureur du padrone.\u2014Ecoutez, Vitalis, dit celui-ci, en se calmant et en prenant un ton moqueur, il ne faut pas faire le méchant, et me menacer de causer, parce que, de mon côté, je pourrais bien causer aussi.Et alors, qui est-ce qui ne serait pas content?Bien eûr je w'irai rien dire à la police, vos affaires ne la regardent pas.Mais il y en a d\u2019autres qu\u2019elles intéressent, et si j'allais répéter à ceux-là ce que je sais, si je disais seulement un nom, un seul nom, qui est-ce qui serait obligé d\u2019aller cacher sa honte?Mon maître resta un moment sans répondre.Sa honte?J\u2019étais stupéfait.Avant que je fusse revenu de la surprise dans laquelle m\u2019avaient jeté ces étranges paroles, il m\u2019avait pris par la main.\u2014Suis-moi.Et il m\u2019entraina vers la porte.\u2014Eh bien! dit Garofoli en riant, sans rancune, mon vieux; vous vouliez me parler?\u2014Je n'ai plus rien à vous dire.Sans une seule parole, sans se retourner, il descendit l\u2019escalier, me tenant toujours par la main.Avec quel soulagement je le suivais! j'échappais done à Garofoli; si j'avais osé j'aurais embrassé Vitalis.XVIII LES CARRIERES DE GENTILLY Tant que nous fiimes dans la rue où il y avait du monde, Vitalis marcha sans rien dire, mais bientôt nous nous trouvâmes dans une ruelle déserte; alors il s\u2019assit sur une borne et passa à plusieurs reprises sa main sur son front, ce qui, chez lui, était un signe d\u2019embarras.\u2014C\u2019est peut-être beau d\u2019écouter la générosité, dit-il, comme s\u2019il se parlait à lui-même, mais avec cela nous voilà sur le pavé de Paris, sans un sou dans la poche et sans un morceau de pain dans l\u2019estomac.As-tu faim?\u2014Je n\u2019ai rien mangé depuis le petit croûton que vous m\u2019avez donné ce matin.\u2014Eh bien! mon pauvre enfant, tu es exposé à te coucher ce soir sans dîner; encore si nous savions où coucher.\u2014Vous comptiez donc coucher chez Garofoli ?\u2014Je comptais que toi tu y coucherais, et comme pour ton hiver il m\u2019eût donné une vingtaine de francs, j'étais tiré d\u2019affaire pour le moment.Mais en voyant comment il traite les enfants, je n\u2019ai pas \u201cré maître de moi.Tu n\u2019avais pas envie de rester avec lui, n\u2019est-ce pas?\u2014Oh! vous êtes bon.\u2014Peut-être le coeur du jeune homme n\u2019est-il pas tout & fait mort dans le vieux vagabond.Par mal- neur, le vagabond avait bien calculé, et le jeune\" homme a tout dérangé.Maintenant, où aller ?I] était tard déjà, et le froid, qui s\u2019était amolli durant la journée, était redevenu âpre et glacial; le vent soufflait du nord, la nuit serait dure.Vitalis resta longtemps assis sur la borne, tandis que nous nous tenions immobiles devant lui, Capi et moi, attendant qu\u2019il eÂt pris une décision.Enfin, il se leva.\u2014Où allons-nous?\u2014ÀA Gentilly, tâcher de trouver une carrière où j'ai couché autrefois.Es-tu fatigué?\u2014Je me suis reposé chez Garofoli.\u2014Le malheur.est que je ne me suis pas reposé, moi, et que je n\u2019en peux plus.Enfin, il faut aller.En avant, mes enfante! ALBUM UNIVERSEL (Monde Illustré) No 1149 C'était son mot de bonne humeur pour les chiens et pour moi; mais ce soir-là il le dit tristement.Nous voila dono en route dans les rues de Paris; la nuit est noire et le gaz, dont le vent fait vaciller la flamme dans les lanternes, éclaire mal la chaussée; nous glissons à chaque pas sur un ruisseau gelé ou sur une nappe de glace qui a envahi les trottoire: Vitalis me tient par la main et Capi est sur nos talons.De temp en temps seulement il reste en arridre pour chercher dans un tas d\u2019ordures s\u2019il ne trouvera pas un os ou une croûte, car la faim lui tenaille ausei l\u2019estomac; mais les ordures sont prises en un bloc de glace et ea recherche est vaine; l\u2019oreille basse, il nous rejoint.Après les grandes rues, des ruelles; après ces ruelles, d\u2019autres grandes rues; nous marchons toujours, et les rares passants que nous rencontrons semblent nous regarder avec étonnement : est-ce notre costume, est-ce notre démarche fatiguée qui frappent l\u2019attention Ÿ Les sergents de ville que nous croisons tournent autour de nous et s'arrêtent pour nous suivre de l'oeil.Cependant sans prononcer une seule parole, Vi- talis s\u2019avance courbé en deux; malgré le froid, ea main brûle la mienne; il me semble qu\u2019il tremble.Parfois, quand il #\u2019arréte pour s'appuyer une minute sur mon épaule, jo sens tout son corps agité d\u2019une secousse convulsive, D\u2019ordinaire je n\u2019osais pas trop l'interroger, mais cette fois je manquai à ma règle; j'avais d\u2019ailleurs comme un besoin de lui dire que je l\u2019aimais ou tout au moins que je voulais faire quelque chose pour lui.\u2014Vous êtes malade! dis-je dans un moment d'arrêt.\u2014Je le crains; en tout cas, je suis fatigué; ces jours de marche ont été trop longs pour mon âge, et le froid de cette nuit est trop rude pour mon vieux sang; il m\u2019aurait fallu un bon lit, un souper dans une chambre close et devant un bon feu.Mais tout ça est un rêve: en avant, les enfants ! En avant! nous étions sortis de la ville ou tout au moins des maisons; et nous marchions tantôt entre une double rangée de murs, tantôt en pleine campagne, nous marchions toujours.Plus de passants, plus de sergents de ville, plus de lanternes ou de becs de gaz; seulement de temps en temps une fenêtre éclairée ça et là et au-deseus de nos têtes, le ciel d\u2019un bleu sombre avec de rares étoiles.Le vent qui soufflait plus âpre et plus rude nous collait nos vêtements sur le corps: il nous frappait heureusement dans le dos, mais comme l'emmanchure de ma veste était décousue, il entrait par ce trou et me glissait le long du bras, ce qui était loin de me réchauffer.Bien qu\u2019il fit sombre et que des chemins se crois- sassent à chaque pas, Vitalis marchait comme un homme qui sait où il va et qui est parfaitement sûr de sa route; aussi je le suivais sans crainte de nous perdre, n'ayant d\u2019autre inquiétude que celle de savoir si nous n\u2019allions pas arriver enfin à cette carrière.Mais tout à coup il s\u2019arrêta : \u2014Vois-tu un bouquet d'arbres?me dit-il.\u2014Je ne vois rien.\u2014Tu ne vois pas une masse noire ?Je regardai de tous les côtés avant de répondre; nous devions être au milieu d\u2019une plaine, car mes yeux se perdirent dans des profondeurs sombres sans que rien les arrêtât, ni arbres ni maisons; le vide autour de nous; pas d\u2019autre bruit que celui du vent sifflant à ras de terre dans les broussailles invisibles.\u2014Ah! si j'avais tes yeux! dit Vitalis, mais je vois trouble, regarde là-bas.Il étendit la main droite devant lui, puis comme je ne répondais pas, car je n\u2019osais pas dire que je ne voyais rien, il se remit en marche.Quelques minutes se passèrent en silence, puis il s'arrêta de nouveau et me demanda encore si je ne voyais pas de bouquet d\u2019arbres.Je n\u2019avais plus la même sécurité que quelques instants auparavant, et un vague effroi fit trembler ma voix quand je répondis que je ne voyais rien.\u2014C\u2019est la peur qui te fait danser les yeux, dit Vitalis, \u2014Je vous assure que je ne vois pas d\u2019arbres.\u2014Pas de grande route ?\u2014On ne voit rien.\u2014Nous sommes nous trompés ! Je n\u2019avais pas À répondre, je ne savais ni où nous étions, ni où nous allions.\u2014Marchons encore cinq minutes, et si nous ne voyons vas les arbres nous reviendrons en arrière ; je me serai trompé de chemin.Maintenant que je comprenais que nous pouvions être égarés, je ne me sentais plus de forces.Vitalie me tira par le bras.\u2014Eh bien! \u2014Je ne peux plus marocher.\u2014Et moi, croistu que je peux te porter! si je me tiens encore debout c\u2019est soutenu par la pensée Montréal, & mai 1906 que si nous nous suseyons nous ne nous relèverons pas et mourrons là de froid.Allons! Je le suivis.\u2014Le chemin a-t-il des oruières profondes ?\u2014Il n\u2019en & pas du tout.\u2014I) faut retourner sur nos pas.Le vent qui nous soufflait dans le dos, nous frappa à la face et oi rudement, qu\u2019il me suffoqua : j'eus la eensation d\u2019une brûlure.Nous n\u2019avancions pas bien rapidement en venant, mais en retournant nous marchâmes plus lentement encore.\u2014Quand tu verras des ornières, préviens-moi, dit Vitalia; le bon chemin doit être à gauche, avec une tête d\u2019épine au carrefour.Pendant un quart d'heure, nous avançâmes ainsi luttant contre le vent; dans lo silence morne de la nuit, le bruit de nos pas résonnait sur la terre durcie: bien que pouvant à peine mettre unc jambe devant l\u2019autre, c'était moi maintenant qui trainais Vitalis.Avec quelle anxiété je sondais le côté gauche de la route ! Une petite étoile rouge brilla tout à coup dans l'ombre.\u2014Une lumière, dis-je en étendant la main.\u2014Où cela ?Vitalis regarda, mais bien que la lumière sein- tillât à une distance qui ne devait pas être très grande, il ne vit rien.Par Ji je compris que sa vue était affaiblie, car d\u2019ordinaire elle était longue et perçante la nuit.\u2014Que nous importe cette lumière, dit-il, c\u2019est une lampe qui brûle sur la table d\u2019un travailleur ou bien près du lit d\u2019un mourant, nous ne pouvons pas aller frapper à cette porte.Dans la campagne, pendant la nuit, nous pourrions demander l\u2019hospitalité, mais aux environs de Paris on ne donne pas l'hospitalité.Il n\u2019y a pas de maisons pour nous.Allons! Pendant quelques minutes encore, nous marchâmes, puis il me sembla apercevoir un chemin qui coupait le nôtre, et au coin de ce chemin un corps noir qui devait être la téte d'épine.Je lâchai la main de Vitalis pour avancer plus vite.Ce chemin était creusé par de profondes ornières.\u2014\u2014Voilà l\u2019épine, il y a des orniéres.\u2014Donne-moi la main, nous sommes sauvés, la carrière est À cinq minutes d'ici; regarde bien, tu dois voir le bouquet d\u2019arbres.11 me sembla voir une masse sombre, et je dis que je reconmaissais les arbres.L'espérance nous rendit l\u2019énergie, mes jambes furent moins lourdes, la terre fut moins dure à mes pieds.Cependant, les cinq minutes annoncées par Vitalis me parurent éternelles.\u2014T] y a plus de cinq minutes que nous sommes dans le bon chemin, dit-il en s\u2019arrêtant.\u2014C\u2019est ce qui me semble.\u2014Où vont les ornières ?\u2014Elles continuent droit.\u2014L'\u2019entrée de la carrière doit être à gauche, nous aurons passé devant sans la voir; dans cette nuit épaisse rien n'est plus facile; pourtant nous aurions dû comprendre aux ornières que- nous allions trop loin.\u2014Je vous assure que les ornières n\u2019ont pas tourné à gauche.\u2014Enfin, rebroussons toujours, Une fois encore nous revinmes en arrière.-\u2014Vois-tu le bouquet d\u2019arbres ?\u2014Oui, là, à gauche, \u2014Et lee ornières?\u2014Îl n\u2019y en a pas.\u2014Est-ce que je suis aveugle?dit Vitalis en pas- sans la main sur ses yeux, marchons droit sur les arbres et donne-moi la main.\u2014ll y a une muraille.\u2014C'est un amas de pierres.\u2014Non, je vous assure que c\u2019est une muraille.Ce que je disais était facile à vérifier, nous n\u2019étions qu'à quelques pas de la muraille.Vitalis franchit ces quelques pas, et comme s\u2019il ne s\u2019en rapportait pas À ses yeux, il appliqua les deux mains contre l\u2019obstacle que j\u2019appelais une muraille ct qu\u2019il appelait, lui, un amas de pierre.\u2014C'est bien un mur; les pierres sont régulièrement rangées et je sens le mortier: où donc est l\u2019entrée ?cherche les ornières.Je me baissai sur le sol et suivis la muraille jusqu\u2019à son extrémité sans rencontrer la moindre ornière; puis revenant vers Vitalis, je continuai ma recherche du côté opposé.Le résultat fut le même : partout un mur ?nulle part une ouverture dans ce mur, ou sur la terre un chemin, un sillon, une trace quelconque indiquant une entrée.(A suivre) 1b WS z\u2014me Montréal , 5 mai 1906- ALBUM UNIVERSEL (Monde Hluotré) No\"1160 15 VIENNOISE Pour Piano EMILE PESSARD Tempo di Mazurka sonore rit aTempo ~ BA PIANO P Sa TF AE ÿ>T rit à Tempo rit Pp S » 52 > 7 Ade pr aTe mpo rit.molto a Tempo PP le J Jr IS J 4h Jr 48 I Qa S JS PRE Montréal, D taui 1 UNIVERSEL Dustré) No 1149 [ 7 rit aTempo dim, rit a Tempo > \"FF\" Ve , , pr T per rit a Tempo rit a Tempo Pp 7 EL v3 i > por Al rit.molto™ a Tempo SF y Ab delicatement P le contre chant bi marque + mnf raf e_ te \u201dy me Meanwéal, § wel 1000 ALUUM UDLYLINEL LBUE) TR Err Sa TT ASE ÿ T rit rit a Tempo ~ aTempo > IEF rp rit a Tempo | y } t?Jr y SE pe rit.molto à Tempo |r JS SF JI Pp J dolce Jr Jr = Montréal, 5 mai 1906 Na Tempo it rT y} F dim.pf rit it a Tempo Pg Y vd \u2014 ÿ nf Pp pr a Tempo \u2014 rit aTempo \u2014 LIT LIv+ ts Jf vr ZA trp\" rit.inolto ~ aTempo fa JS os AA.Presser Pp be Presto ÿ .y y ÿ y 2 \u2018 : JI | Ra ÿ & ÿ ; 2 ÿ ÿ Le \u2014\u2014 \u2014_\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014 * Bed % \"9 Montréal, 5 mai 1906 (Suite) \u2014Si j'avais une de ces lianes en guise de corde à noeuds! murmura-t-il.ah! ma petite hache! voyons si je saurai lancer le \u201ctomahwawk\u201d comme un Indien! Au méme instant, la lame brilla dans l\u2019espace, s'engagea dans les rameaux touffus, et retomba, entraînant avec elle quelques longs filaments qui vinrent caresser Ja tête du Parisien, Il y avait vingt chances de mort contre une de salut, au bout de ce frêle lien suspendu à la crête des rochere.Avec un sang-froid terrible, le Parisien essuya dane la terre sèche ses mains mouillées de sueur, et fit un signe de oroix: \u2014Mon Dieu! dit-il, en ce moment protégez-moi ! Et il s\u2019éleva à force de poignets le long des lianes tremblantes qui s\u2019allongeaient en craquant sous le poids de son corps.CHAPITRE VI \u201c PERDU ! LUI! OH {!\u201d Cette effroyable ascension dura trois mortelles minutes ; le major Spencer, saisi d\u2019une émotion tout- anglaise, les comptait sur son chronomètre.Mais enfin, le courageux grimpeur arriva au sommet sans avoir fait rompre un fil de sa corde végétade.Au moment où sa tête apparaissait au milieu des broussailles, Naïa arrivait sur l\u2019extrême bord du rec à deux pas sur la droite.Si elle faisait un mouvement de plus, l\u2019espace béant l'engloutissait.tant de dévouement était perdu!.\u2014Naïa! dit le Parisien d\u2019une voix forte, mais tranquille, donne-moi donc ta main pour m\u2019aider à monter.Cet incroyable sang-froid eut un plein succès : Naïa s\u2019arrêta comme fascinée par cet appel inat+ tendu; puis, obéissant à une sorte de passivité mécanique, elle vint au Parisien, se baissa vers lui et le tira avec une vigueur fébrille.\u2014 Vous venir du trou noir?Massa, quoi faire là, vous?dit-elle.En même temps, un éclair fauve brilla dans ses yeux caves; d\u2019un brusque mouvement, elle voulut s'échapper ; mais le Parisien n\u2019était pas homme à se laisser surprendre: Il saisit Naïa par les deux mains, et da retenant avec précaution : \u2014Est-ce que tu vas m\u2019abandonner maintenant, tout seul, au milieu du bois?Je croyais que nous étions plus amis que ça.voyons, parle-moi un peu, et allons ensemble à ta cabane.\u2014Moi plus de cabane.plus rien moi sur terre; là-bas, loin.moi voir un rêve qui m\u2019appelle.\u2026 moi, partie en grand voyage, pas me retenir.\u2014Veux-tu que j'aille avec toi; je chasserai pour nous deux?Naïa secoua la tête : \u2014Moi pas besoin.Lui chasser pour moi.\u2014Qui, lui?La pauvre folle chercha un moment dans ses peu- sées errantes, pour trouver une réponse à cette question: mais déjà d\u2019autres idées l\u2019avaient aseail- lie; elle ne s\u2019occupa plus du Parisien, et frappant avec humeur la terre de son petit pied : \u2014Moi bien pressée pourtant.attendue par maîtresse Reillière.\u2014Tu l\u2019as vuel.où?quand?.dis-moi vite, mi- gnonnel s\u2019écria le Parisien, oubliant À qui il parait.Naïa poussa un éclat de rire : \u2014Vous ressembler à un \u201cgoddam\u201d amoureux qui voulait toujours faite visite à madame.mais madame pas vouloir.le goddam me demandait elle toujours, comme vous.plus troublé que vous.mais moi rien dire! allez-vous-en ! \u2014Je veux aussi parler à maîtresse Reillière.\u2026.clle m\u2019attend aussi, tu sais qu\u2019elle m'avait donné une commission pour Tiboé.méne-moi ol elle est.\u2014Moi pas savoir où elle est.moi plus revu maîtresse.\u2014Que viens-tu faire ici?\u2014Moi chercher lui.Et Naïa, se penchant à l\u2019oreille du Parisien, ajouta d\u2019une voix frissosnante : \u2014Lui parti.avec grandes ailes noires.lui \u201cmarron\u201d dans les grands.grands bois.pauvre petite Na\u2019 abandonnée chercher tout le jour, toute la nuit, partout.mais.ALBUM UNIVERSEL (Monde Illustré) No 1149 Fuvir1æton ps L'ALBUM UnsvanseL La guerre noire Par J.B.D'AURIAO Elle #'interrompit pour essuyer une grosse larme.puis elle ajouta : \u2014Mais.rien trouver.perdu lui.oh! A ce cri fatal qui rappelait toutes les terreurs de cette nuit sanglante, le Parisien ne put retenir un frémissement douloureux; la jeune femme se tut subitement, et roula autour d\u2019elle des yeux hagards, comme si elle eût redouté de voir surgir encore cette clameur sinistre.comme si elle eût craint la réponse de quelque funèbre écho.Au même instant, les pentes sonores des hautes collines apportèrent un cri étrange qui, dominant les rumeurs confuses des bois et des eaux, vint se répereuter aux flancs de Ja vallée.Ce n\u2019était pas le cri d\u2019un animal féroce, ce n\u2019était pas un appel sorti de quelque gosier humain; on eût dit une longue plainte surgie des entrailles de la terre, se traînant dans l'espace avec des notes lugubres et prolongées.Na\u2019 et le Parisien demeurérent immobiles, retenant leur respiration pour mieux écouter: au bout de quelques sccondes, le méme cri s'dleva cucore, d\u2019abord bas et tremblotant, puis vibrant et aigu, enr fin sourd, lamentable, sinistre, et s'éteignit lentement au milieu des clameurs confuses qu'il avait soulevées parmi les échos.\u2014Quelle complainte est-ce donc là! murmura le Parisien; j'ai entendu le rugissement nocturne des bêtes fauves; j'ai entendu craquer les arbres et siffler les branches sous la tempête; j'ai entendu, sur *es champs de bataille, gémir les poitrines humaines sous l\u2019étreinte de l\u2019'agonie; j'ai souvent entendu, dans ce désert, des voix inconnues qui n\u2019appartenaient à aucun gosier humain; mais jamais cri semblable n\u2019a frappé mes creilles.as-tu entendu, Na ?\u2014L'oreille des \u201cfaces piles\u201d est faible, murmura près de lui une voix basse et gutturale, elle ne sait pas distinguer le cri du \u201cpipa\u201d (crapaud mous trueux) du sifflement du \u201cbengali\u201d.les voix du désert sont pour elle comme un souffle muet.Le Parisien se retourna surpris, et demeura vou- che béante en présence du spectacle extracrdinaire qui frappa ses regards.Debout, sur le bord d'un bosquet, à demi caché par les branches d\u2019un arbre contre lequel il s\u2019appuyait, Jérémie.Jérémie.mort et enseveli depuis trois jours.Jérémie venait de lui parler! Le Parisien se erut le jouet d'une vision.il ne put trouver aucun son dans son gosier, et demeura muet, fixant sur l\u2019apparition de syeux dilatés par la frayeur.Le fantôme continua en s'adressant à la jeune femme : \u2014Muchacha! me voici.loin.j'étais bien près de toi.pourquoi es-tu pâle?as-tu froid?voilà ta mantille.as-tu faim?voilà des oeufs d\u2019\u201coüjouoû\u201d.nous sommes ensemble.Naïa releva sa tête qu'elle avait penchée pour écouter, ouvrit ses yeux à demi-éteints et brûlés par le feu du délire.A chaque parole que prononçait Jérémie \u2014 son cher Jérem\u2019 \u2014- elle se retournait vers dui lentement comme attirée par une puissance invisible.Avant qu\u2019il eut cessé de parler, elle regarda en en face et resta abîmée dans une contemplation morne et inintelligente; quand il lui présenta la mantille elle tendit la main avec indifférence et jeta le vêtement sur ses épaules sans y faire attention.; mais, lorsqu'elle vit rouler jusqu'à ses pieds le globe blanc et irisé du premier oeuf qu'avait montré Jérem\u2019, elle se baissa vivement, un éclair d'intelligence brilla dans ses yeux, et prenant cette offrande de son mari : \u2014Bon ami! Jérem\u2019!.bon pour sa petite Na\u2019! bon lui.c\u2019est luil.s'écria-t-elle avec explosion.Et, d\u2019un bond fébrile, elle s\u2019élança dans ses bras, en murmurant des paroles ccmfugses; en même temps, un torrent de larmes déborda de ses paupières brûlantes; et cachant sa têté dans le sein du \u2014 bon Jérem, \u2014 elle s\u2019abandonna à une joie silencieuse, Au méme instant les feuillages s\u2019entr\u2019ouvrirent de divers côtés; le Parisien stupéfait vit apparaître successivement Bono-Jocko, Taralcaral, Tsiah et un ecclésiastique aux cheveux blancs, bien connu dans l\u2019île, sous le nom du pèe Ambroise.Ce dernier s \u2018avança rapidement vers le Parisien, en lui faisant signe de garder le silence : \u2014Elle est guérie, lui dit-il à voix basse; elle a tu m'as cherché bien 19 pleuré enfin, la pauvre enfant\u2026 Hélas! il lui faudra pleurer encore, lorsque plus tard elle ne retrouvera plus son Jérem\u2019; mais alors, sa raison revenue I'aidera a supporter sa douleur; \"elle pourra remercier Probado qui, en ce mcment, la soutient dans ses bras.Ne trouvez-vous pas que l'illusion a été aussi complète que salutaire?\u2014Oui !.ouil.padre! reprit le Parisien, encore interdit et troublé de cette acène étrange, oui ! certes, j'y suis pris encore moi-même, ajouta-t-il, en passant dans ses cheveux sa main humide d\u2019une sueur froide.C\u2019est égal, vous avez eu une fameuse idée, padre, car il n\u2019y a que vous pour imaginer des choses semblables; vous êtes comme le bon Dieu, vous faites tout ce que vous voulez.\u2014Ce n\u2019est pas moi, c\u2019est Celui qui est là-haut, notre pére a tous, qu\u2019il faut remercier, mon ami, dit le père Ambroise d'une voix grave.Disparaissez tous! ajouta-t-il vivement en voyant Naïa faire un mouvement pour relever la tête.Alors s'approchant d'elle avec précaution, il prit paternellement sa tête chancelante, et l\u2019attira doucement à lui, pendant que Probado (ou Jérem\u2019) se cachait sane bruit dans les broussailles.Naia se tourna vers le vieux missionnaire, et, le reconnais sant aussitôt, lui sourit au travers de ses larmes.Au moment où elle ouvrait la bouche pour lui parler, le même cri déjà deux fois entendu, surgit dans la forêt: à cette clameur cffrayante, la jeune femme tressaillit; un feu sauvage brilla dans ses yeux.À ce sinistre symptôme, précurseur de la folie, le père Ambroise pâlit, mais ce fut d'affaire l\u2019une seconde ; et comprimant les terribles batte- lents de son cceur, il s\u2019écria d\u2019un \u2018ton calme et pres- aue joyeux : \u2014Ah! Jérem\u2019 a perdu un de ses chiens.je reconnais da voix de Nino; l\u2019entendez-vous qui appelle?Taïaut! Taïaut! ajouta-t-il en jetant sa voix à la manière des chasseurs.Taiaut! Nino!.Naïa sourit de nouveau.elle était hors de danger; l\u2019héroïque sang-froid du missionnaire l\u2019avait sauvée : \u2014Vous savez tout faire, padre, lui dit-clle en prenant ses grosses mains brunies dans ses petites mains tremblantes, vous savez appeler aussi bien ane Jérem\u2019.A ce nom, elle fit une pause et se cacha un instant le visage dans ses mains.Le pére Ambroise, qui, malgré son ccdme apparent, l\u2019observait avec anxiété, vit reluire encore dans ses yeux le même éclair sinistre; il se hâta de lui parler : \u2014Pourquoi ne saurais-je pas ouvrir Ja bouche et crier comme un autre, mon enfant; j'ai de bons poumons.Entendez, s'écria-t-il, entendez! voilà le brave chien, il arrive au Brand galop dans les broussailles!.En effet, un \u2018bruit de branches heurtées, grandissant à chaque seconde, annonçait l'approche d\u2019un animal; bientôt des aboiements brefs et entrecoupés se firent entendre, et Nino, le beau Terre- Neuve de M.de Reillière, fondit vers Naïa, aux pieds de laquelle il se roula avec des gémissements joyeux.Elle jeta ses bras au coup de l'animal fidèle et I'ombrassa, pendant qu\u2019il promenait affectueusement sa large langue sur ses joues encore piles, mais auxquelles commençait à revenir un sang généreux.Le bon missionnaire, appuyé contre un arbe, remerciait Dieu ct souriait, sans s\u2019apercevoir qu\u2019une grosse larme (perle précieuse de la charité) roulait sur le bord de sa paupière.\u2014Mon Dieu! murmura-t-il, Je plus difficile est fait; étendez encore sur nous votre main paternelle.ct aidez-nous À accomplir notre tâche.\u2014Où est le maître?.où est Jérem\u2019{ dit enfin Naïa, faisant au chien une question enfantine.\u2026.appelez maître, Nino?appelez! L\u2019into Migent animal aboya en remuant la queuc joyeusement ; mais, comme si un triste souvenir eût traversé sa pensée, il s\u2019arrêta court ct poussa un demi-hurlement doux et plaintif; puis il redoubla ses caresses, \u2014Appelez! appelez! dit encore Naïa, dui entendre ! Nino fixa ses brands yeux noirs sur la jeune femme; et, après un moment d\u2019hésitation, fit un effort pour aboyer ; puis il se détourna en baissant la tête, et, aspirant lair du côté de la plaine, poussa un ncuveau hurlement bas et prolongé que répétèrent leg collines environnantes. 4 20 I n\u2019y avait pas à e\u2019y tromper; c'était bien cette clameur douloureuse, si bien nommée \u201c hurlement de la mort \u201d, que jettent les chiens lorsqu\u2019ils sont avertis, par leur merveilleux instinct, que leur maî tre va mourir, ou est mort.C'était bien cette plainte lointaine déjà tant de fois entendue dans le désert.Nino, après avoir vainement cherché au milieu des ruines de Port-au-Prince, effrayé et chassé par les noirs, avait suivi la piste de Mme de Reillière, ot sur sa route avait rencontré deux tombes, A la dernière, le désespoir l\u2019avait pris, et il avait huré.huné.grattant la terre pour retrouver l\u2019ami perdu.Mais ses pattes s'étaient ensanglantées contre les lourdes pierres placées pour préserver le corps des bétes carnassidres.Alors le chien avait repris sa course inquiète, jetant, par intervalles, aa voix désolée au silence de la solitude, et cherchant toujours.À l\u2019appel du missionnaire, il était accouru pres que conslé; mais ne trouvant point là, encore ce maître, dont on lui parlait, il se reprenait à gémir, ne pouvant comprendre la joie de sa maîtresse.Naïa pâlit et chercha autour d\u2019elle: le père Ambroise, toujours seul, la regardait d'un air triste et paternel; il avait tiré de sa ceinture son Crucifix noir, seule arme, seule richesse du missionnaire; d'une main il le présenta à la jeune femme.de l'autre il lui montra le ciel.L'affreuse vérité se faisait jour duns son esprit; elle tomba sur les genoux, et élevant au-dessus de sa tête ses mains jointes : \u2014Lui?.demanda-t-elle.\u2014Läà-haut! mon enfant, daus le ciel du bon Dieu\u2018 répondit la voix émue du vieillard.Naïa fondit en larmes et s\u2019affaissa évanouie\u2026.Probado, accouru sur u : signe du missionnaire, la prit doucement dans ses bras et la déposa sur un lit de mousse ; puis, avec la sollicitude d\u2019un père, il s'agenouilla auprès d\u2019elle.\u2014La voilà hors de tout danger, dit le père Ambroise, après lui avoir tâté le pouls; sa faiblesse extrême l'a sauvée en la préservant d\u2019une crise nerveuse que je redoutais.Couvrez-la de vêtements, et que Nino se place auprès d'elle pour la réchauffer : son évanouissement va se terminer par un sommeil salutaire.Aussitôt chacun s'empressa de donner, l'un sa couverture, l'autre son manteau ; le Terre-Neuve n\u2019attendit pas l\u2019ordre de se coucher auprès d'elle.Bientôt un profond silence régna dans le petit bivouac; les hommes gardant ; le chien couvant de l'oeil sa maîtresse; celle-ci dormant; et, à quelques pas, le bon missionnaire priant avec ferveur.Une demi-heure s\u2019était écoulée ainsi, lorsque Jocko, redressant sa grande taille, se mit à prêter une oreille attentive et chercha à sonder de sa vue perçante l\u2019épaisseru des feuillages.Au même instant, Nino leva la tête et poussa un grognement sourd.Chacun aussitôt se mit en observation : \u2014Pas de bruit! dit Jocko d\u2019une voix basse comme un souffle.moi ramper\u2026 moi voir plus luin que les nuages.Il disparut comme une ombre dans les broussailles, sans froisser une branche, sans faire tomber une seule feuille.CITAPITRE VII IIISTOIRE DE TSTAIL Au bout de quelques minutes, Jocko reparut comme un fautôme sortant de terre.et s'assit tranquillement sur la pierre qui lui avait déjà servi de siège.\u2014Les Goddam et Mac-Héron, dit-il, petite troupe, autant de bruit qu\u2019une grande armée! eux boiteux, et penser que tout le monde être sourd.\u2014Qu\u2019allons-nous faire de ces sots compagnons { dit Probado, auquel le Parisien avait déjà rendu compte de ses aventures.\u2014Je m\u2019en charge, répondit celui-ci ; ce soir, ils seront perdus en pleine forêt.La patience leur a manqué là-bas, à m\u2019attendre le nez en l\u2019air, ils ont \u201c filé\u201d tout droit devant eux, et ils arrivent par le \u201c Saut de la Louve \u201d, n\u2019est-ce pas, Bono-Jock\u2019 {.Le nègre hocha la tête affirmativement; le Parisien continua en s'adressant à Tsiah : \u2014Ils en ont pour trois grands quarts d'heure avant d\u2019arriver; \u201c petit \u201d, termine-moi ton histoire.tu me disais qu\u2019après avoir ensevcli ton pauvre père, vous aviez pris le sentier des \u201c Grands-Vents » tournant ainsi, à votre insu, le dos à la mer; puisque, vers le soir, après une dure journée, vous aviez dormi dans uno clairière\u2026.?et le lendemain?.\u2026 voyons {.\u2014Quand le matin est venu, dit Tsiah, j'ai voulu me lever en me réveillant, mais je n\u2019ai pas pu : une corde me serrait le rsu, huit Peaux-Noires nons en- ALBUM UNIVERSEL (Monde Illustré) No 1149 touraient.Castaing était assis A quelques pas.Castaing le chef.vous savez ?\u2014Oui, je ne le connais que trop, grommela le Parisien, mais ma carabine désire faire plus ample connaissance avee lui.continue, Nino, \u2014Fn voyant ces hommes, j'ai compris que tout était perdu.j'ai regardé vite maîtresse Reillière ; elle pleurait à genoux contre un arbre auquel elle était attachée.les petites filles avaient leurs quatre mains prises dans un noeud coulant\u2026 C'astaing les tenait couchées sur l\u2019herbe À deux pas devant lui.\u2014Oh! le gredin! attacher une femme ct des en- \u201cfants.et puisf.\u2014Alors j'ai appelé doucement.\u201c Maftresse! mai- tresse! je suis là! \u201d Tl me semblait que ma voix lui ferait plaisir.mais elle n\u2019a rien dit, elle ne m\u2019a pas regardé ; ses yeux semblaient se fondre à contempler en pleurant ses deux mignonnes.Blanche ne disait rien non plus, ses yeux brillaient comme des lampyres; mais la petite Louise tremblait de tous ses membres; en m\u2019entendant, elle s\u2019est mise À crier : \u201cTsiah! ces cordes font bien mal, viens les couper: je me lèverai pour aller consoler petite maman qui pleure.\u201d Castaing a secoué la corde comme on retire la laisse d\u2019un chien.Louise, épouvantée, n\u2019a plus rien dit.\u2014Oh!.fit le Parisien en se rongeant les poings: oh!.allons! continue!.\u2014Quand le soleil a été levé, poursuivit Tsiah, Castaing a bien déjeuné avec ses hommes ; nous n\u2019avons rien mangé, pourtant j'avais bien faim ; la veille.nous n\u2019avions eu pour nourriture que des bananes trouvées par terre, déjà attaquées par les fourmis.Je voyais bien aussi que les enfants avaient besoin : Touise regardait avidement les bons morceaux que chaque noir portait À sa bouche; une fois, je crus qu\u2019elle allait demander, mais Blanche, qui se tenait raide comme une feuille sèche, lui fit un signe de ses veux noire et brillants: la pauvre petite baisse la tête.et, au mouvement de ses ldvres, je compris qu\u2019elle balbutiait ces mots: \u201cJ'ai faim!\u201d Te Parisien s\u2019arracha une poignée de cheveux qu'il tenait dans la main et chercha autour de lui quelque chose à fracasser\u2026 ce fut un mimosa qui para pour Castaing: il fut déchiqueté en mille mor- FCAUX.Cependant.Tsiah continuait son histoire.\u2014Anrès le déjeuner.Castainæ leva en l\u2019air son grand fouet.ot, en nous menacant, donna le signal du dénart.Nous marchâmes longtemps en silence.nôns dirigeant du côté de la vallée \u201cdel Duende \u201d.Maîtresse Reillière et les petites avaient bien de la peine à marcher: leurs souliers minces étaient tout déehirés: au hout d'une heure, Louise boitait si fort.qu'elle tomba par terre; elle était toujours liée à sn sneur: la mère était à quelques pas en avant, et ne la vit pas tomber.Blanche, les lèvres serrées, marchait sans broncher, quoique laissant à chaque pas une trace sanglante: elle suspendit Louise à son cou ct essava de la porter : mais, an bout de quelques nag, elles tomhdrent toutes deux.Au bruit de leur chute.la mère se retourna et vit que Castaing les tirait encore avec la corde, marchant toujours.Je ne sais pas comment elle a fait.mais tout à coup elle a bondi enr Castaing comme une panthère, et lui a arraché la corde si violemment, qu\u2019il est tombé à la renverse: en même temps elle s\u2019est jetée à genoux pris des enfants, Castaing, furieux, s\u2019est relevé, le fouet en Pair, et il allait en cingler les pauvres créatures; ca m\u2019a fait monter le sang au visage, j'hi pris mon élan, et, saisissant la lanière au vol.je lui ai rompu le manche dans les mains : puis, avee un bon moulinet.je l\u2019ai refoulé à deux pas, en ni disant : \u201c Prends garde, lâche, il y a un homme jei !\u201d \u2014Bien, mon fils! viens que je t'embrasse, brave enfant! s\u2019éeria le Parisien.Et il le serra dans ses bras avec une telle ardeur que Tsiah en perdit haleine.Ft encuite?.dis-moi vite\u2026 que fit-il, ce rrand mannequin?Oh! il faudra qu\u2019on lui mange In coeur !.\u2014 Ensuite, dit Tsiah en reprenant sa respiration, Castaing a voulu me lancer un coup si furieux, nvec le troneon du manche, qu\u2019il a trébuché et s\u2019est blessé le genou sur une grosse pierre tranchante.Moi, toujours en garde, je me tenais droit devant les femmes, Malheureusement, un noir m\u2019a pris en traître.et m'a jeté dans les bras de Castaing.Alors relni-ei, erispant ses grosses mains crochues, m\u2019a élevé au-dessus de sa tête, n couru vers le précipice ct m\u2019a jeté de toutes ses forces.\u2014Brrrr! fit le Parisien, voilà un être que je ferai sauter aussi haut que le Piton des Curidas! Et toi, mon pauvre pepillon noir, À quelle branche t'es-tu raceroché ?\u2014(\u2018omme vous le dites, après avoir tournoyé en l\u2019air, je me suis abattu sur un tamarinier dont les rameaux serrés m\u2019ont retenu; je m\u2019y suis cramponné des mains et des dents, et j'ai assez facilement gagné la terre.Mais que de fois, sur la mousse, il Montréal, 5 mai 1906 m\u2019a semblé que la montagne tournait autour de moi, je suis tombé, puis il m\u2019a semblé que la nuit venait, et j'ai perdu connaissance.Quand je suis revenu à moi, le soleil brûlait ; il paraît que j'étais resté longtemps \u201cendormi\u201d.Aussitôt j'ai fait tous mes efforts pour remonter le flanc de la montagne; mais la chose n\u2019était pas facile, il m\u2019a fallu au moins trois heures pour arriver À la cfme: une fois là, je n\u2019ai plus su me reconnaître, j'ai erré longtemps dans lea bois, cherchant les traces de Cas.taing, je n\u2019ai rien pu découvrir.La nuit venue, je me suis niché dans un arbre creux, où j'ai bien reposé.Le lendemain, j'ai recommencé ma course au hasard, toujours sans trouver aucune trace; vers lo soir, j'ai rencontré Jocko: il était temps, je ne pouvais plus marcher, et je mourais de faim.\u2014Do sorte, ajouta le Parisien, en se parlant à lui-même, que les traces Je madame de Reillière sont jusqu\u2019à présent tout ce qu\u2019il y a de plus inconnues.Mons\u2019 Castaing a fait un retour dans le bois, comme le loup traqué par les chasseurs ; je parierais qu\u2019il a tourné le dos À sa direction première, et qu\u2019il marche au nord maintenant, après avoir visé le midi, Qu\u2019en dis-tu, Bono Ÿ.Celui-ci étendit la main du côté de l\u2019est : \u2014Les \u201c pipas\u201d ne sont pas seuls aux marais de Riquille, dit-il, je regarde, et je vois jusqu\u2019au fond des savanes\u2026 Tl y a loin d\u2019ici au morne des Curi- das ; mais le loup poursuivi fait de grands détours dans In plaine avant de regagner sa tanière.\u2014Ce qui, en bon français, veut dire que Castaing va an more des Ouridas en passant par les marais de Riquille; est-ce ça, Probado! demanda le Parisien.Te Basque hocha silencieusement la tête.\u2014Bien! vous avez vu les traces?\u2014Je le sais! dit sentencieusement Probado.\u2014T1 faut courir l\u2019atteindre, avant qu\u2019il ait mis les fondrières entre lui et nous ! \u2014Les balles siffleront demain soir, mais non dans les marécages\u2026 nous serons sur les montagnes.\u201c Pensez-y bien \u201d.\u2014Ah! j\u2019entends: nous allons prendre les devants ct nous placer en embuscade.C\u2019est une bonne idée, le noir serait capable de noyer dans les \u201c vases \u201d la mère et les enfants, s\u2019il se voyait serré de près.Ah! comme je vais Jui travailler les côtes.En tout cas, je connais une balle qui lui traversera la tête en passant par ses deux vilnines oreilles.vous entendez, Taral | Celui-ci, en forme de réponse.abattit son gros poing sur une pierre, qui s\u2019enfonca d\u2019un demi-pied sous le coup.\u2014Charam ! grommela-t-il, je l\u2019écraserai comme une orange gâtée.Probado ne dit rien, mais il se mit à visiter \u20ac Souffle-dur\u201d avec ardeur et prépara des rondelles de cuir pour envelopper ses balles: ce luxe de précautions était chez lui l\u2019indice de grands projets.Par imitation.le Parisien en fit autant.Tocko, depuis quelques instants, s\u2019occupait d\u2019un affreux mélange bouillonnant dans une coquille de coco, ct destiné À empoisonner les pointes de ses flèches.Taralcaral s\u2019exerçait à casser d\u2019un coup de poing les pierres qui avaient le malheur d\u2019être à sa portée.Te père Ambroise, aidé de Tsiah, avait allumé un petit feu sur lequel il préparait pour Naïa une boisson salutaire.Celle-ci dormait toujours, chaudement blottie contre le brave Nino, qui, lui, ne dormait pas, bâillant pour se désennuyer, mais sans se permettre le moindre mouvement.Sur ces entrefaites, arriva la troupe anglaise, pré- rédée de Mac-Héron.Probado et le Parisien allèrent au-devant des nouveaux venus: après les présentations réciproques et quelques pourparlers, le major Spencer fit camper ses hommes dans un bosquet voisin.n fut résolu qu\u2019on partirait la nuit suivante à minuit; en conséquence, tous se mirent à préparer le repas du soir; les Anglais se livrèrent avec em- porteemnt aux délices d\u2019un rostbeef chaud, burent un bon verre de \u201cgin\u201d et s\u2019apprétdrent à dormir \u201c double \u201d, en prévision des veilles futures.La petite troupe française s\u2019abandonna également au repos.Ceepndant, Probado, toujours sur ses gardes, ne dormait que d\u2019un oeil.Bien lui en prit, car lorsque la nuit fut devenue sombre, des mouvements suspects, partant du bivouac anglais, éveillèrent son attention.Tl mit \u201c Souffle-dur \u201d à l\u2019épaule, et se glissa d\u2019arbre en arbre, après avoir averti le père Ambroise, qui se plaça en sentinelle dans un tronc d\u2019arbre creux.Toutes ces précautions prises, Probado fit le tour du campement, l\u2019oeil au guet, l'oreille tendue, le doigt à la détente de sa carabine.(A suivre) Montréal, 5 mai 1906 ALBUM UNIVERSEL (Monde THustré) No 1149 Les origines du café E café cst servi | Chacun #\u2019appréte A le déguster lentement, et dee exclamations s\u2019entre- L< croisent, admiratives et enthousiastes.Je noir breuvage provoque avant que d\u2019être bu la joie de l\u2019odorat, agréablement caressé par son parfum pénétrant.Sa couleur, plus ou moins sombre, sa saveur, plus vu moins forte, le mélange des différentes variétés d'espèces, combiné avec art pour obtenir un arôme parfait, sont d\u2019interminables sujets de conversation vmnimée entre véritables gourmets amateurs de café.Mais combien parmi ceux qui discutent ainsi, seraient à même de fournir sur les origines du café, sur sa culture, sur la manière dont on le récolte, des renseignements même superficiels ?.Ils sont uniquement dégustateurs, et bornent leur savoir à goûter savamment et à exprimer leur plais\u2018r ou leur mécontentement.Ce sont les papilles de la langue qui se réjouissent ou s\u2019indignent, mais n'en demandez pas davan- {age aux amateurs.Par contre, les producteurs, et tous ceux qui ont affaire à eux, les gros acheteurs, les iraportateurs, s:nt très exactement documentés, et nous croyons avoir été bien avisés en nous adressant à M.Aug.Comte, qui, revenant d\u2019un long voyage d\u2019étude et d'affaires dans toutes les Antilles, a acquis une con- usissance très approfondie sur le sujet que nous voulons traiter aujourd\u2019hui.Marchands de paniers, de la Jamaique M.A.Comte s\u2019est gracieusement mis à notre dis- pusition, et c\u2019est d\u2019après son propre récit que nous vffrons à nos lecteurs les intéressants détails qui suivent, L'origine du café est assez obscure.Un médecin arabe du IXème siècle, Raczès, en fit mention dans un mémoire et en indiqua les propriétés.On attribue sa découverte à un jeune berger, qui aurait remarqué que ses chèvres manifestaient une vivacité ytraordinaire après avoir brouté les graines et, les feuilles de l\u2019arbriseeau appelé \u201c cafier \u201d, Mais ces histoires tiennent trop de la légende peur qu'on puisse y attacher la moindre importance.Le café fut importé de Perse à Aden par Gèmal- liddin, vers 1420; il n\u2019arriva a Constantinople qu\u2019en 1550.Les ambassadeurs de la Sublime-Porte l\u2019introduisirent en France, et Louis XIV en but pour la première fois en 1644.L'usage s\u2019en répandit bientôt en Italie, puis en Angleterre.Les Hollandais plantèrent le caféier à J ava, et en offrirent quelques pieds au Jardin des Plantes de Paris, L\u2019un de ces pieds, donné par Louis XIV au capitaine Du Clieux, fut par ce dernier transporté à la Martinique et planté avec succès.C\u2019est donc de cet unique pied de caféier que naquirent les immenses plantations qui couvrent aujourd\u2019hui une partie de l\u2019Amérique Méridionale.Le nombre est grand des variétés de café, dont les noms rappellent les pays d\u2019origine, Le café \u201c Moka \u201d est le plus estimé, et celui dont I> nom est le plus répandu.C\u2019est cependant une des sortes qui est la plus rare à trouver, car la plus grande partie de la récolte du \u201c Moka \u201d est consommée en Asie Mineure et en Perse.Ce qui n\u2019empêche pas de dire \u201c une tasse de moka \u201d, en parlant de n\u2019importe quel café.Sous les Tropiques le caféier se cultive très facilement, à presque toutes les altitudes.Il aime les regione tempérées, dont la température ne desoend pas au-dessous de 75 degrés Fahrenheit et ne monte pas au-dessus de 20 degrés; le versant des monta- rnes lui convient bien.graines, qui perdent très vite leur pouvoir germinatif, sont semées presque aussitôt qu\u2019on les a recueillies, de préférence à l\u2019équinoxe, dans des pépinières dont le sol, très meuble, doit être souvent arrosé; au bout de neuf ou dix mois, on repique le jeune pied à sa place définitive; la plantation doit être sarclée trois ou quatre fois par an, et protégée par un rideau d\u2019arbres contre le vent et l\u2019ardeur du soleil, La fermentation du café en plein air Lorsque le caféier atteint l\u2019âge de trois ans, il commence à fructifier.Il atteint alors une hauteur moyenne de 15 pieds.En mars, il donne des fleurs blanches dont l\u2019odeur est fort agréable.Le fruit, appelé communément \u201c cerise \u201d, est une syrte de drupe contenant deux noyaux minces, de ronsistance parcheminée, convexes sur leur face interne qui regarde le noyau opposé.Ils enveloppent chacun une graine de même forme (grain de café ou fève) qui porte un sillon sur sa face plane et contient un albumen corné.La récolte du café se fait en deux ou trois fois ; les drupes intactes constituent le café en cerise ; réduites aux noyaux, elles forment le café en parches ; les graines dépouillées de leurs noyaux donnent le café décortiqué; il est dit pelliculé quand elles sont encore pourvues de leur périsperme, et \u201c nu \u201d quand celui-ci a été détruit par le frottement.On se débarrasse de la pulpe du fruit soit par des- sication à l\u2019air libre, soit en laissant les cerises fermenter à l\u2019humidité, soit, ce qui est bien préférable, en grageant le café, c\u2019est-à-dire en soumettant les cerises à l\u2019action de moulins spéciaux qui déchirent la pulpe puis en entraînent les débris par un lavage à eau courante.On sèche ensuite les grains dans une étuve à 52 degrés.Le café est enfin pesé et mis en sacs, barils, ballots.La torréfaction se fait à l\u2019endroit même de la consommation dans des brûleurs tournants qu\u2019un homme expert surveille.M.À.Comte, achetant des fruits à une négresse des Antilles Pour sécher le café brûlant au sortir des brûloirs, on emploie un grand éventail mécanique, puis on le pesse dans un élévateur, afin d\u2019enlever les pierres et autres saletés qui pourraient s\u2019y trouver.Il ne reste plus qu\u2019à le moudre et à le vendre.N\u2019eat-il pas étonnant, nous dit M.Comte après cette longue explication technique, que les prix du café puissent rester si bas après un aussi grand nombre d\u2019opérations ?Le café est soumis à un grand nombre de sophistications, même à l\u2019état de grains.On cherche à donner aux grains, soit cueillis trop tôt, soit altérés, l\u2019aspect, la couleur des grains des espèces recherchées, Le café, comme toute chose supérieure, a ses ennemis, Des gens le calomnient, après en avoir abusé, d\u2019autres dui attribuent à tort une action néfaste sur le système nerveux.Il en est du café comme de tcute autre chose.L'abus ne peut qu\u2019être nuisible, mais, pris à petites doses, après les repas, le café est un stimulant des fonctions stomacales, et ne cause jamais cette dépression fonctionnelle qui accompa- ene inévitablement l\u2019ingestion de l\u2019aleool.Lorsque l\u2019on veut demander un effort supplémen- iaire aux forces physiques, une tasse de café est le meilleur excitant du système nerveux que l\u2019on puisse trouver.Les écrivains, les poètes en firent jadis et en font aujourd\u2019hui un usage constant pour stimuler leurs cerveaux, fatigués par les multiples efforts que nécessitent leurs travaux.Au Canada, comme en tous pays anglais, il est fait une consommation considérable de café, et, à Montréal, les importateurs de cette denrée alimentaire sont très nombreux.Cependant, si, comme nous l'avons dit au début de cet article, rares sont les personnes qui pourraient disserter sérieusement sur les cafés, non La demeure d'un planteur de café moins rares sont celles qui le préparent d'une façon pérfaite.Aussi, en terminant, conseillons-nous aux ména- pères qui nous lirons, de bien se renseigner quant à la façon culinaire de préparer le café, c-ant de blâ- ner, soit le produit lui-même, soit son importateur.En cela comme en bien d'autres choses, c\u2019est le tour de main qui est indispensable au succès.À une vieille chaise (PIÈCE A DIRE) Pauvre chaise branlante, en un coin délaissée, Où s'asseyait toujours notre aïeule, lassée, Quand elle revenait, à petits pas tremblants, Avec son grand foulard serrant ses cheveux blancs, D'une légère course à travers la campagne.Comme tu l\u2019accueillais, ta fidèle compagne, Tendant ton souple jonc vers les membres raidis De la chère grand\u2019mère aux regards attiédis ; Avec quel soin ému, quelle grâce empressée, Tu la laissais s\u2019asseoir encore toute oppressée De l\u2019effort dangereux qu\u2019elle s\u2019était permis Pour aller voir, là-bas, quelques anciens amis !.Mais depuis que la mort vers elle est \u2018accourue, Qu'on n\u2019entend plus son pas trottiner dans la rue, Que tu ne perçois plus son bâton familier Annoncer sa venue au bas de Vescalier, La tristesse te ronge et ton vieux bois s\u2019effrite! Dans ton coin isolé, profané par la mite, Tu he peux supporter le poids de ce malheur - Et te livres, vaincue, à ton âpre douleur.C'est pourquoi, dans la nuit, quand soufflent les ra- Tu laisses s\u2019échapper parfois comme des râles [fales, Et que l\u2019on voit ton dos s\u2019effacer, sombre et las, Car tu sens s\u2019approcher l\u2019heure du noir trépas.Tu t\u2019éteindras soudain dans la flamme bleuâtre ; L\u2019essence de ton bois, en prenant son essor Sur les rayons ardents de tes flammèches d\u2019or, Ira tout doucement se glisser sous sa cendre, Pour la lui rendre encor plus moelleuse et plus ten- Et tu pourras alors, dans ta félicité, [dre, Lui servir de soutien toute l\u2019Eternité ! PAUL PLAN Yi TYGIENE MOPERNE - Te dur - Le (rolcils s nt excellentes.tes poumons fonetior.- rent admirablemert.vons peuvez mettre su four, Un soure- inattendu Un jour que les deux grands musiciens Diszi «1 Rubini donnaient un concert dèins une grande vite de France où.paraît-il, on aimait la bole musique.ils furent furt surpris de ne trouver qu'urs ci quautaine d'auditeurs dans la salle.Faisant contre fortune bon coeur, Rubini chanta de son micax ot Biszt joua de même.Pourtant, l'assemblée semblait distraite et mau- sade; le cé'èbre vivlouiste h Lgrois samêéts ol ors ct dit : \u2014Mussieurs ct madame (il uv avait u's dame), je pense que vous avez assez de musiqu oserai-je maintenant vous prier de vouloir Lien = uo.per svee nous?Les coviés se r.gardèrent fit étonsés, puis.comme la proposition ainsi faite était très cuew g ante, ils ne tardirent pas à accepter.Le souper coûti à Biszt plus de 240 piastres, Seulement.le lendemain, la salle était bondée bien avant le commencement «du ecuecit: ox dut refuser plus de deux mille personnes, que l'espir d'un souxr avait ettirées.Les deux artistes.cncha:ités, se gar rent bien alors de renouveler leur proposition do la veille.Un papetier philosophe \u2014A quand le mariage?demanda le papetier en scuriant à la belle jeune fille qui venait de terminer son emplette.\u2014 Comment pouvez-vous savoir\u2019.demanda la jeune fille en rougissant.\u2014Quand une demoiseMe de votre âge achète cent fouilles de papier à lettre et vingt-cinq enveloppes seulement, c\u2019est que le mariage n'est pas très loin.M.Facheux, on se moque de vous! Pour faire des discours, il n\u2019est pas besoin d'être éloquent, pas plus que, pour faire des romans, il n'est utile d'écrire le bon français! Une voix forte, heaucoup de toupet et peu d'idées: voilà un orateur improvisé | M.Fâcheux, par exemple, qui prit la pirole dimanche dernier au banquet des fabricants ed: noyaux d: pêche, manque moins d'aplomb que d'orthographe! Durant une demi-heure, au dessert, il ennuya ses compagnons par un interminable discours qu'il acheva enfin en un toast bien senti : \u2014Meossicurs, je \u2018 boi-t-aux arts \u201d.Et son voisin lui réplique aussitôt : \u2014Et moi, je \u201c boi-t-aux lettres \u201d ! Préférences peu familliales.Le papa dn petit Pierre lui dit : \u2014T'u as été bien sage, alors maman va aller au marché pour acheter un enfant.Qu'est-ce que tu aimes le mieux, un petit frère ou une petite soeur ?\u2014Moi, dit petit Pierre, si ça ne fait rien à maman, j'aime mieux un petit poney.ce Po TRL IE MA 000 Rial Sa \u2014 ALBUM UNIVERSEL (Monde Illustré) No 1149 POUR RIRE Comment les Japonais s\u2019invitent à diner.Jusqu'à quel point peut aller l'humilité dans la politesse juponuise Ÿ Nos lecteurs s'en rendront conpte par cette curieuse invitation à diner, que nous traduisons le plus fidèlement possible, et dont les termes sont assez fréquemment employés dans les classes moyennes et élevées du Japon : * Je vous demande très humblement pardon si je vous outrage en vous priant de bien vouloir venir dîner chez moi.La maison est petite et très mal tenue.Nos habitudes sont mauvaises et vous h'au- vez probablement rien à manger; et cependant, j'ose >
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