Le Monde illustré, 17 août 1889, Sans mère
[" 1 FEUILLETON DU MONDE ILLUSTRE MUNTRKAL, 17 AOÛT 1889 | : E x 4 ANS MERE QU ATRI ÈME PARTIE LE DEFAUT DE LA CUIRASSE (Suite) = 1, wpheline sentait qu'elle aimait ces Jeux fenines si bonnes, et qui l'enveloppaient l'une comme l'autre des chaudes effluves de leurs regards care- Ant, putant que son Eur pouvait aimer.Adele cependant était sa grande adoration, l\u2019objet du sou culte ; car tout en la jeune femme l'at- Ja charmait, remplissait son être entier d'un tirant, i iss besoin d'expansion toujours prêt a dého.der.Ç Pour Suzanne, elle eprou vait dejà un autre sentiment motn- profond, mais char pan aussi ; elle sentait qu'elle l'aimerait plutôt comme une sœur inée, Une compagne ot une amie.Er puis, était ce la vérité ou uu (ffet de son itmagina tion Elle trouvait à la physionomie brune de la jeune gouvernante bien des points de contact avec cette char wante apparition qui avait mis tant de luwiere et tant de joie dans sa jeu- nes- abandonnée : Madeleine de Doves, Au \"si elle eût su que comme la religieuse, Suzanne avait trouvé qu'elle resseum blut à Pierre |.{ui bruit tres léger area cha «ses réllexions.Elle souleva sa téte encore fatiruée, du grand fauteuil de fer an dossier duquel elle s'ap puv.ut, et regarda devant elle.Les branches du massif voi sin doucement s'écarterent et La silhouette adorée de Robert apparut.Holas \u2018 se Serra, le cœur de Clotilde Robert ee n'était pas, en effet, seulement l'amour ex- clu-if de son cœur qui venait a eile, ais aussi la réalité eruvlle qui arrivait, avec le dur sacrifice à faire.Ele forma les yeux, n'osant les arrêter sur ce visage tant aime, ayant peur en se lais- Fa sant reprendre par le charme son eran qui du jeune homme montait jusquà elle, de ne plus avoir le courage de fre sou devoir, Mais elle sentit quil approchait une chaise tout pres dde son fauteuil, puis très doucement il prit dans les siennes la petite main moite qui pendait morte le long du siège, et la pressa longuement.longuement, Robert, essayn-t elle de murmurer en voulant se dégager, je vous en prie.Eh bien, répondit il très bas, vous le savez maintenant ce secret si douloureux qui nie tuait, \u2018ous avez vu ma cousine, et si vous la connaissez.vous devez comprendre que je ne puis l'aimer, que Je ne l'uimerni jumais |.@ Non, dit-elle d'une voix qu'elle cherchat à ralfermir, je n'ai vu, senti et compris qu\u2019une chose : Mlle Georgette est lu fille de ma bienfaitrice de uN LE MONDE ILLUSTRE celle qui à vous également, Robert, u tenu lieu de mère, Est-ce que, en ne réalisant pas son vœu le plus cher, vous pouvez, vous voudriez ln désespérer dll, Maix c'est vous que j'aime, ma chère petite Clo, si bonne.Vous qui seule au monde, 1v'avez fait deviner ce que c'était que l'affection dainte, unique et absolue qui devait remplir le cœur de l'époux vis-à-vis de celle qui porte son nom et devient la mère de ses enfants.Un foyer où vous he seriez point assise, je ne le comprends pas.Une famille dont vous ne seriez pas la racine et l'âme, me serait indifférente sinon odieuse, C\u2019est vous que je veux pour compagne de route, pour contfidente, pour amie.Vous, point d'autre.Et si Vous ne sentez pas comme moi, si vous me refusez, si vous vous éloignez de moi, j'en mourrai de douleur.Non, Robert, vous vous calommiez.Vous ne Mourrez pas, parce que vous avez une fine droite et vaillante, capable d'accepter le devoir imposé dans ce qu'il a de plus austère et de plus grand.95 sacrifier s'il le faut à la protection adorée, la bienfaitrice, à jamais bénie qui est venue me chercher sur tuon lit d'hôpital, m'a fait tant de bien, pardessus tout n\u2019a nimée, Je ne comprends point encore ce que j'éprouve pour elle, c'est si ardent, si profond, si grand que je ne pourrais pas lui donner Un nom.Mais ce que je suis bien, c\u2019est que ma vie lui appartient, que je mourrais plutôt que de lui cnuser une seconde de douleur ou d'ennui, et que dussé-je n\u2019en aller aux extrémités de In terre, elle ne souffrira jamais par moi.\u2014 Alors vous me quitteriez ?\u2014-Oui.Et je partivrai si loin que vous ne me retrouveriez jamais.\u2014 Mais vous ne parliez pas ainsi avant hier, et vous n'avez rendu si heureux !.Vous saviez bien cependant alors que ina famille voulait me faire contracter un mariage qui me désespérait, et vous acceptiez néanmoins ce délai d\u2019un an que je vous avais demandé.Consentez encore a cela, et Ina tante m'aime tellement qu\u2019elle comprendra ce qui se passe dans mon cœur, peu À peu, sans souffrance, ni déception pour elle, et elle sera la première à 1ne délier de mes promesses.\u2014Parce qu'elle est bonne comme on ne Lest pas.Mais elle souffrirnit, et -moi je ne veux pas qu'elle souffre.Elle veut vous donner sa fille, il faut lui obéir.\u2014Mon Dieu !.uur mura le fils de Pierre en cachant sa tête dans ses mains, vous perdre !.Suis-je assez malheureux !.,.- Vous ne me perdrez pas, Je resterai toujours à vos côtés par la pensée, La douleur du sucritice nous réunira.Souvenez-vous de mon rève, \u2014Et un beau jour, vous vous marierez à votre tour.\u2014Oh ! cela, jamais.Elle inclina doucement sa tète charmante et se mit à pleurer, \u2014 Vous voyez bien que le sacrifice, pour vous aussi, est au-dessus de vos forces, fit-il bouleversé de voir les larmes, de Clotilde mais hésitant et ébranlé déjà tant était impé- ricuse en lui comme en elle, l'idée du devoir à accomplir.\u2014 Eh bien, oui ! dit lajeune tille simplement, je soulfre affreusement, je souflre à en mourir, mais je soutfrirais bien davantage encore par l'idée, plus tard, que je n'ai pas agi comtue je le devais, Et je suis bien sûre que même heureuse à vos côtés, portant votre nom, cette pen- ste me bourrélerait, enléverait lu joie à mon cœur, le sommeil mit pleurer navement.simplement, \u201camour absolu, Unique.un fover où l'on est deux en ne faisant qu'un.les enfants qui sont les deux cœurs réunis en un seul.les conti dences, les consolations, l'amitié tidèle, la protee- tion de l\u2019homme, le dévouement infini de la femme.Quels rêves du ciel que tout cela 1222 Mais nu- dessus encore.plus haut, plus loin, il y a la voix qui chante en nous, qui peut se taire dans les grands bouleversements, mais qui se fait de nouveau entendre imperieuse ot jalouse aux heures de solitude of de rétlexion, celle qui dit : C'est bien ou «est mal.,.et qui seule donne la paix où le remords.C'est à celle-lh, mon Robert, qu'il faut obeir toujours, A moi, aujourd'hui, en dépit de la passion unique éprouvée pour Vous, en dépit de vos supplications, de votre douleur, des Joie divines entrevues à vos côtés, elle me dit qu'une chose doit tout dominer, tout primer : C'est de me Voir page th, col, 5, à mes nuits.Non, pour rien au monde, je ne veux me dire : J'ai pris, j'ai volé à ma bienfaitrice le mari qu'elle destinait à sa fille.Ah ! Robert, je le vois à vos yeux, vous qui aimez tant cette mère adorée, vous pensez comme mot, \u2014C'est vrai, balbutia-t-il éperdu, en sanglotant lui-même.-\u2014Entin, murmura t-elle, je vous retrouve tel que je vous aime, tel que je vous veux, A présent, continua t-elle, consolez-moi à votre tour, parlez-moi du devoir et de l'honneur, pansez Fhorrible blessure de mon âme, car je suis vraiment bien malheureuse de renoncer à vous !.Et elle se mit à pleurer nuvement, silencieuse- went, wads sans dissimuler son désespoir, sentant bien avec cette intuition souveraine de certaines femmes, que rien n'arracherait plus du cœur de Robert le sentiment du devoir qui y était revenu, et qui maintenant dominerait tout en lui, mème des UAL dietitian A wah ce.§ Wak We EN.We LT EN 96 l\u2019idée de la perdre.Dans le massif où elles étaient cachées, Adèle et Suzanne avaient peine à contenir leurs larmes aussi bien que leur admiration pour cette enfant si généreuse et si loyale.Comme elle l\u2019aimait !.Adèle extasiée ne voyait, ne comprenait, ne saisissait rien autre.Tandis que Suzanne murmurait : \u2014Je ne me suis pas trompée : cet héroisme, ce respect presque surhumain du devoir, cette délicatesse qui la pousse à ce sacrifice qui ira peut-être Jusqu'à la tuer, tout cela, c'est de Pierre.de lui seul.\u2014Allons-nous-en, dit à coup Mme Chaniers à su compagne.Mon cwur est sur le point d'éclater de joie.Je ne sais ce que j'éprouve.Je devrais être désespérée car l\u2019une des deux, Georgette ou Clotilde, sern malheureuse.Et je n'ai que du bonheur, mais un bonheur au-dessus de tout, de trouver cette petite si grande, si droite, si bonue.Oh ! elle ne souffrira pas par moi, celle-là, je le Jure bien !, \u2014Qu\u2019allez-vous décider /.lui demanda Nu- zanne en regagnant la maison.\u2014Je ne le sais pas encore.Sans doute, je dirai probablement à Robert que j'ai tout entendu.\u2014Non, ne fnites pas cela.Attendez encore quelques jours.\u2014Mais ils souffriront, jusque-là.C'est possible, mais ils s'aimeront bien plus et seront mille fois plus heureux après ! \u2014 Alors que veux-tu attendre ?.\u2014 Toutes les idées se battent dans ma tête, je suis comme une folle.J'ai besoin de penser et de réfléchir.Mais au nom de l'affection que j'ai pour vous, si jamais vous m'avez aimde, accordez- moi ce que je vous demande |.L'exaltation de Suzan :» épouvanta Mme Cha- niers.Les lèvres de la jeune gouvernante tremblaient, une grande pâleur couvrait son visage sympathique, pendant qu\u2019un large cercle da bistre se creusait sous ses yeux au regard si droit.\u2014Je ferui tout ce que tu voudras, dit Adèle, mais je t'en supplie calme-toi.\u2014 Vous vous tairez pendant quelques jours ?\u2014Oui, absolument.\u2014 Vous ferez vis-à-vis de Robert, vis-à-vis de Clotilde comme si vous n\u2019aviez rien entendu ?.\u2026.\u2014Je te le jure, \u2014 Même si vous voyez souffrir Robert ?\u2014II va être si malheureux !.\u2026.\u2014 Est-ce que le désespoir ne trempe pas les grandes âmes comme le feu trempe l'acier.Voyez Pierre !.\u2014\u2014Tu as raison.\u2014Ah ! Robert est son fils, allez.Avec lui, tien n\u2019est à craindre.tant que l\u2019honneur parle.\u2014Tu seras obéie.Tu me l\u2019as demandé au nom de mon amitié pour toi.Que puis-je lui refuser à cette amitié si dévouée et qui ne s\u2019est jamais lassée ?\u2014Oh ! merci !.merci.vous ne vous en repentirez pas !.\u2014 Que veux-tu dire 1.Tu me fais peur !.\u2026 \u2014\u2014Taisez-vous ! Ne cherchez pas à comprendre, encore moins à deviner, vous n\u2019y réussiriez pas.Laissez-moi carte blanche.Dites-vous que l'amie de toute votre existence, celle qui donnerait pour Pierre et pour vous jusqu\u2019à la dernière goutte de Bon sal, vous veut heureux tous, et qu\u2019elle va travailler pour cela.Je vous demande huit jours pour atteindre mon but, pas davantage.Est-ce trop, pour nous que tant d'angoisses ont dévorés depuis dix-huit ans !.D'ici là, ne vous occupez pas de moi, laissez.noi aller, venir, sortir la nuit s'il le faut, méme partir en voyage.Empêchez les autres, surtout, \u2014 ajouta t-elle avec un regard étincelant de haine, \u2014surtout Jonathan Pierce, de savoir où je suis, et ce que je fais, et croyez au succès.\u2014C'\u2019est juré.Mais tu me promets que mes inquiétudes, mon ignorance ne dureront pas plus de huit jours, car tu me bouleverses, tu sais.\u2014Âyez donc confiance.Et pour commencer, Vous verrez, LE MONDE ILLUSTRE se \u2014- - = mn ITT jo vais aller reconduire Clotilde chez elle, et ce soir, je ne rentrerai peut-être pas, ou fort tard.Couvrez mon absence de tel prétexte que vous voudrez, mais que personne n\u2019y fasse attention, \u2014 C'est entendu.Les deux femmes se montrérent ensemble 4 une fenêtre donnant sur le jardin.us Robert, qui maintenant consolait Clotilde les aperçut le prémier par un petit trou existant entre les branches du massif derrière lequel ln jeune fille et lui étuient nssis invisibles.\u2014Ma tante est rentrée, dit-il, Aussitôt l'or, heline se leva.\u2014 Je vais lu 1- trouver, fit-elle.Puis tendant ses deux mains au tils de Pierre : \u2014 Adieu, moi frère, dit-elle : adieu, et peut-être pour toujours.\u2014Oh ! cela, s'empressa-til de déclarer, non.de veux bien que vous soyez ma sœur : j'ai accepté tout ce que vous m'avez ordonné, même de devenir le mari d'une personne que je déteste mais à une condition, c\u2019est que je vous verrai toujours.Le frère, après tout à bien le droit de veiller sur sa sœur et de Paimer, je suppose |.Elle ne voulut point lui refuser, ainsi brusquement, d\u2019un seul coup, et il fut convenu que de temps en temps, mais pas souvent, une ou deux fois par semaine seulement, il viendrait l'attendre toujours au même endroit, au coin de la rue Tait bout et du boulevard Haussmann.-Peu à peu, et sans le brusquer, se disait-elle très vaillante en allant au-devant d'Adèle, il finira par m'oublier, surtout quand il sera pris par d\u2019autres devoirs, d'autres tendresses, entre toutes, celles de la paternité \u2018.\u2026.N.- LE SIGNE NOIR Mme Chaniers ne put s'empêcher de presser Clotilde sur son cœur avec une tendresse mille fois plus chaude et plus ardente qu'à l'ordinaire.\u2014Nuzanne va vous accompagner chez vous, lui dit-elle, Mon amie veut connaître le nid où vous passez votre vie, mon cher petit oiseau.Pensez bien à moi tous ces jours-ci, et dites-vous qu'une protectrice très dévouée veille sur vous et ne veut pus que vous soyez malheureuse.Le coupé noir dont Adèle se servait pour ses courses était tout attelé depuis l'après-midi ; Suzanne y monta avec l\u2019orpheline.Le cocher était un Lrave homme très dévoué à lu maison, et qui était là depuis les commencements.\u2014 Avez-vous dîné, Grégoire ?lui demanda la Jeune gouvernante.\u2014Non, malemoiselle ; mais il wy a pas de presse, tout de même.Elle lui glissa une pièce d'argent dans ln main.\u2014Je vais rue des Abbesses, dit-elle et comme je resterai longtemps loin de Belleville, car j'ai encore après une très longue course à faire, vous dinerez à Montmartre aux environs de la maison où j'entrerai.Voilà pour boire à ma santé.\u2014Merci, mademoiselle, je n\u2019y manquerai pas.Le cheval très beau et très bon, fut enveloppé d\u2019un maître coup de fouet, et In voiture fila grand train vers le petit appartement qu\u2019occupait Clotilde.Tout le temps du trajet, Suzanne ne parla & la jeune fille que de la famille qui était devenue ln sinene, de la bonté adorable d\u2019Adèle, de la loyauté et des grands sentiments de Pierre.\u2014 Vous les aimez beaucoup, cela se voit, dit l'orpheline.\u2014Oui, répondit l\u2019autre, d\u2019abord parce qu'il n\u2019y a pas sur terre d'êtres aussi parfaits qu'eux tous ; ensuite parce que je suis une de leurs meilleurs actions et que je leur dois tout.Alors elle raconta ce que Pierre avait fait pour elle ; ce qu'avait été Adèle dans sa vie, Adèle qui, non contente de l\u2019aimer, était devenue sa sœur.Lorsque Suzanne parlait de ves choses elle ne s'arrêtait plus.Ce jour-là, bouleversée par les émotions de ln Journée, par tout ce que son esprit lui faisait entrevoir ou pressentir, elle wit à son récit une chaleur particulièrement communicative, tandis que de grosses larmes inondaient son visage.nme eee \u2014 Lorsque le coupé s'arrêta devant la manon de la rue des Abbesses, Suzanne parlnit toujours dy frère et de la sœur.\u2014dJo monte avec vous, dit la jeune gouvernante à Clotilde, Pompon tit ln fête à sa maîtresse, d'autant plug qu\u2019il ne l'avait pas vue de la journée.En haut, dès que les deux femmes furent re sées de lu longue nscension, Suzanne dit à Tou.vrière : -\u2014 Maintenant, chère enfant, je vous ni UBSez ouvert mon cœur pour que vous compreniez \u2018quelle autre amie vous aurez désormais en moi, - Certes ! s'écrin lu pauvre enfant ravie au wij.lieu de son chagrin, je sens bien profondément vos bontés, mademoiselle, croyez le.Et si vous êtes disposée à m\u2019aimer un peu, moi Je sens que je vous aimerai beaucoup.Voilà une bonne parole que je vais ttre sur-le-champ i U'épreuve, - Je ne demande pas mieux.Je vous ni raconté ma vie, dites-moi la vôtre, Pour s'aimer tout à fuit, il faut se connaitre à fond.Ce n'est que qa, l'épreuve ?.Dame !,.Une contiance quelque chose, Dabiord, comment vous appelez-vous / Car je crois bien que Mme Chaniers elle-même nv le sait pas.absolu.c'est Elle ne me l'a janinis demandé, et je n'ai joint songé à le lui dire.Je me nomme Clotilde Cages, 7?Ce nom répondait si biets aux pressentituenuts de l'intelligente tille, qu'elle faillit laisser échapper un eri.Toutefois elle arriva à se contenir au poir que l'orpheline ne devina rien de ln formidable \u201cmo tion qui ln tenait.Au bout de quelques secondes, ce fut méme d'une voix presque tranquille qu\u2019elle lui dit -Votre père était sans doute un paysan nor mand, n'est-ce pas ?Non, Pourquoi me demandez-vous cela - -Parce qu'il me semble avoir appris de Mie Chnniers que vous aviez été élevée dans un orphelinat de Normandie.- C'est vrai : mais je vais vous raconter comment cette chose s'est produite.Mon père était un ouvrier mécanicien de Paris, et s'appelait Eugène Gages.Quand je suis née, comme j'ai coûté la vie à ma mère, mon pire désespéré est parti pour l'Amérique où il est mort depuis.Mais avant de me quitter il avait remis à une voisine nommée Mme Lureau quinze cents franes résultant de prime d\u2019engagement.À vec cette somme, Mme Lureau me plaça jusqu'à l'âge de cinq ou six ans chez une de ses anes d'enfance Martine Fresnay, puis plus tard dans un orphelinat de la Délivrande en Normandie.-Ah ! Et qu\u2019est devenue cette Mme Lureau ?\u2014Elle à été écrasée par un omnibus lorsque j'étais encore toute petite.\u2014 Mais elle avait un mari ?- Oui, et des enfants aussi.-\u2014T'out cela est encore à Paris, sans doute Non.Quand je suis revenue de Caen, il va \u2018quelques mois, j'ai cherché ces gens-là afin d'asvir des renseignements sur la famille qui pouvait rue rester.Le mari, paraîtil, était originaire du Cantal, et il y est retourné avec ses enfants, apres la mort de sa femme.- Et Martine Fresnay 7.-Elle est morte également, tuée par son mar -\u2014Vraiment tout ce qui vous a aimée a done dis paru ?.\u2014 Oui, tout, dit-elle, même la vieille religieuse qui m'avait reçue des mains de Mme Lureau et de Martine, la mère Saint Raphael ; même celle qui m'a élevée et que j'ai tant aimée que je l'appelais Mmatuan : mère Madeleine des Anges !.\u2026.Suzanne la prit dans ses bras.i \u2014Eh bien ! dit-elle, comme vous êtes une vail lante et honnête petite tile, Mine Chaniers et moi nous remplacerons toutes ces excellentes créatures.Nous vous aimerons & nous deux autant qu\u2019elles vous ont Aimée toutes ensembles, soyez bien con vaincue de cela ! Avec un très grand attendrissement, Suzanne tout à coup ajouta : \u2014J'ai même dans l\u2019idée que nous vous nimerons davantage.L'orpheline, extasiée de bonheur, renduit à Suzanne ses baisers et xes caresses en murmurant \u2014 Est-ce que c\u2019est possible ?\u2014C'est vrai, ma mignonne, car je n'ai jamais menti.Je ne vous demande en revanche que de continuer à être honne, honnête et courageuse comme vous l'êtes.Allez, chère petite, avec de la conduite et de In vaillance on se tire toujours d'affaire :.Encore une idée de sœur Madeleine que Suzanne répétait à Clot\u2018.de !.Décidément, le cœur de la petite ouvrière s'ou- veait très grand et très large, pour cette intelligente fille, si franche, si droite, si sympathique.Quand vous reverrrai je 7 osut-elle lui demander, \u2014 Cette semaine probablement, soit chez Ann- ole dans In journée, si j'ai quelque chose à vous dire, soit ici le soir, tout simplement pour vous cinbrasser, \u2014 Que vous étes bonne 1.0 Et comme je vais penser à vous et à Madame, mes deux providen- Ces, En bas, Grégoire, en effet, avait diné, s'il avait hu à la santé de ln jeune gouvernante il l'avait fait assez modérément pour ne rien enlever à sa di- nité de cocher de bonne maison, - A la gare de Vincennes ! lui dit Suzanne en montant «ans le coupé ; mais en route, nrrêtez- moi chez un armurier.Vers le milieu du boulevard Magenta, en effet, Grégoire stoppa devant un marchand d'armes, Suzanne entra, acheta un petit revolver à six coups extrémement solide, elle le fit garnir de ses cartouches, le replaça dans sa gaine de peau de daim et repartit pour la destination désignée au cocher.En arrivant à la gare, elle dit au vieux bon homme : \u2014 À la maison, on vous demandera peut-être où je suis.Dit-s à tout le monde que vous ne le savez pas, excepté toute fois à sir Jonathan Pierce.\u2014 Bien, mademoiselle sera obéie.Et que devrai ge raconter à l'Américain ?\u2014 Lu vérité : Que vous m'avez conduite à la gare de Vincennes où j'ai pris le train de six heures cinq minutes.- Et s'il me demande où madeuioiselle est allée, que devrai je répondre | Un éclair etincela dans l'œil de la gouvernante, vt tout à coup, secouant sa tête intelligente avec une lueur de bataille dans le regard : \u2014A la Varenne-Saint-Hilaire, dit-elle, Ce fut en effet à lu Varenne-Saint-Hilaire que Suzanne descendit du train.11 faisait encore grand jour, et sous les arbres, une fraîcheur.délicieuse régnait, tandis qu'aux revers des fossés, les fleurettes que l'été n'avait pas desséchées tout à fait, émaillaient de leurs corolles blanches ou de leurs taches d'or les gazons soigneusement entretenus des routes, Au bout du chemin, et à un carrefour fait par plusieurs sentiers, Suzanne s'arrêta embarrassée.Tout à coup, elle avisa un © ntonnier : \u2014C'est bien ici que densvure M.Marais ! de- twanda telle \u2014 L'ancien chef de ta sû « +1 \u2014Lui-même.\u2014Oui, c'est bien ici.Montez cette petite cite li-bas, à moitié à peu près, vous tournerez à gauche et tout de suite après des grands arbres vous ver rez un mur blanc, c'est là, Lu jeune gouvernante remercin, et lestement s'éloignu.M.Marais, futiqué de ses ingrates fonctions, avait déjà demandé depuis quelques années un repos qui était dù à sa longue activité.On le lui avait accordé, et dans le calme paisible de cette campagne parisienne, à In fois si près et si loin de ln grande ville sur laquelle il avait si longtemps veillé, il s'était bAti une demeure à la fois d'un penseur et d'un sage.Au milieu d\u2019un pare magnifique, elle s'élevait simple et commode.Des arbres superbes, des buissons fleuris, l'entouraient de leur ombre presque impénétrable LE MONDE ILLUSTRE tandis que des massifs de Cours, les plus rares et les plus belles, l'embaumaient de leurs parfums exquis ct pénétrants.M.Marais, nu milier de ses allées, émondait lui-méênie ses rosiers, relevait les tiges de ses œil- lots, arrosait Res verveines, ses héliotropes et ses pétunias quand Suzanne sonna à lp porte de sa demeure, H alla nussitot voir par un petit guichet grillé placé à h:uteur d'homme, et ayant aperçu une jolie feunue à In tenue correcte et élégante, il ouvrit sans se faire prier.Une des particuliarités de l'ancien chef de la sûreté, c'était qu'il reconnaissait instantanément les personnes qu'il avait déjà rencontrées, ne fut-ce qu\u2019une fois ; de même que, tout aussi rapidement, leur nom remontait à ses lèvres, -= Mademoiselle Suzanne Vergnes, n\u2019est-ce pas ?demanda til en introduisant la jeune femme dans son jardin, Comment.monsieur, fit elle un peu stupéfaite, vous me reconnaissez depuis dix-buit ans bientôt! Depuis le procès de M.de Sauves.Eh oui, ily a bien dix-sept où dix-huit ans environ ! Qu'est-ce qui mie vaut l'honneur de votre visite ! \u2014 Puisque vous avez une si étonnante mémoire, monsieur, vous devez vous souvenir de la confinnce que vous m'avez jadis inspirée ?' \u2014 Certainement, dit-il, je me souviens.\u2014 Eh bien, c'est cette contiance qui me rauuène aujourd'hui auprès de vous, pour vous demander un renseignement et surtout un conseil, \u2014Jene demandé pas mieux que de vous les donner, mais pas en plein air.les fleurs elle- mêmes n'ont pas besoin de savoir ce que l'on vient me dire.Elles pourraient le répéter, et ont peut- être des oreilles, encore plus que les murs, puis- qu'elles sont du sexe féminin, les jolies, Venez avec moi.I marcha devan: Suzanne, dans l'allée étroite, toute débordante des grands glaïeuls aux panaches éclatants, des rosiers nains couverts de leur floraison magnifique, des pois de senteur à l'odeur grisante, des lis blimnes, des giroflées, des floks, des menthes et des sauges, autant de casselettes vivantes, qui, aux approches du soir, enbaumaient.Bientôt, après avoir monté les marches d'un élégant perron recouvert d'une marquise, ils péné- trerent tous les deux dans un vestibule d\u2019abord, ensuite dans un cabinet de travail des fenêtres duquel on avait la vue du pare, puis de toute la vallée de la Marne, à cette époque de l\u2019année, toute fraiche et toute verte.Il tit asseoir Suzanne sur un grand divan bas placé entre la porte et une des verrières, puis s'étant mis lui-méème vis-à-vis d'elle, devant sa table de travail sur laquelle on voyait une belle statue de Marbre blanc, pensive et grave, que lui avaient donnée ses employés le Jour de sa retraite, il lui dit : Mnintenant, wa chère enfant, vous pouvez tout nue confier, je vous écoute.\u2014 Vous vous rappelez bien cle l'affaire de M.de Nauves, n'est-ce pas ?.\u2014- Dans ses moindres détails, oui.\u2014-Vous vous souvenez aussi de ce que je suis venue vous raconter alors, concernant cette apparition mystérieuse d\u2019Eugène Gages, que j'avais cru voir la nuit de la naissance de Mile Chaniers debout contre le berceau sur lequel je veillais 2.\u2014 Comme si vous veniez de me faire ce récit, oui, il est encore présent à ma mémoire.Je me rappelle même, qu'à cette époque je me suis demandé ce que ce misérable avait pu aller faire dans In maison.- Vous n'aviez donc pas pris cette apparition pour un rêve de mon sommeil, ou une illusion de mon cerveau fatigue ! \u2014Oh ! non, par exemple ! Vous êtes bien une fille trop intelligente et trop sérieuse pour cela.\u2014Alors, qu'avez-vous pensé I.- -Le crime ayant été commis par lui, \u2014cela n'a jamais fait un doute pour moi,\u2014dans le cabinet de l\u2019usine, séparé de la maison, ce n'était point pour attendre ou guetter sa victime qu'il était la.J'ai toujours supposé et pressenti qu\u2019il avait cherché à mettre sa petite fille à lui, à In place de celle qui venait de naître chez vous.Suzanne devint livide.-\u2014 Vous avez réellement cru cela ?dit-elle.\u2014 Absolument.Et vous aussi à cette époque vous l'avez un instant pensé, -\u2014Oui, mais j'ai rejeté cette idée comme matériellement impossible.\u2014Et cependant vous aviez constaté que l'enfant de Mme Chaniers avait les yeux bleus en naissant, et que le lendemain, ils étaient noirs La gouvernante sentit an vie s\u2019en aller.\u2014V'ous vous souvenez bien que je vous ai dit cela, H'est-ce pas / demanda-t-elle haletante.Et mon imagination, depuis dix-sept ans, n\u2019a pas fait seule les frais de ce souvenir-là ?\u2014Î me semble vous entendre encore.Vous aviez aussi une histoire de brassière brodée que vous aviez inise la veille à In petite fille et qu\u2019elle n'avait plus au réveil, le lendemain, Bref, vous m'avez si impressionné avec ces détmls, que j'ai alors interrogé Muie Lureau et la sage-femme de Montmartre.\u2014Et que vous ont-elles répondu ?- Qu'elles n'avaient rien remarqué d'anormal chez la petite Gages, ni Pune ni l'autre, et que l'enfant leur paraissait bien être celle que Pauline Gages avait mise au monde, Malgré ces aftirmations, un peu vagues je m'en souviens bien, votre récit à vous nrétait tellement resté dans ln tête que plus j'ai creusé cette histoire plus J'ai été persuadé que l'assassin, avant de s'expatrier, avait voulu arsurer un avenir à sa tille.Je me promettais de tirer cette histoire au clair par la suite, mais Eugène Gages'est mort en Amérique, d'autres afl'aires n'ont pris, je ne m'en suis plus occupé.Maintenant que j'ai bien répondu à toutes vos questions, ajouta-t-il avec un sourire bienveillant, voulez-vous me permettre, mademoiselle, de vous demander quel a été votre but en me les faisant ?\u2014Certumement, monsieur.Et wa contiance en votre perspicacité et en votre caractère n'ayant point diminué depuis autrefois, quand je vous aurai fait ma nouvelle contidence, je vous demanderai le couseil dont je vous ai parlé.-\u2014Je suis à votre disposition.\u2014d'ai élevé l'enfant de Mme Chaniers, et je l'ai aimée comme si je l\u2019avais mise au monde moi-même.\u2014 Alors, vous êtes toujours dans cette maison ?\u2014Toujours, oui, mousieur., Cette famille est devenue la mienne, et le dévouement que je leur ai donné à tous, in\u2019a été payé au centuple par l\u2019affection de sœur que m\u2019a rendue Mme Chaniers.Le regard de M.Marais devint encore plus bienveillant, si c'est possible.Elle continua : \u2014\u2014Mais cette jeune fille, à laquelle je me suis entièrement consacrée depuis sa naissance, notre grande adoration à tous, cependant, n\u2019a point répondu à nos soins et à notre sollicitude.De son père, si droit, s\u2019 expansif, si bon, de sa mère, la perfection incarnée, elle n'a rien, pas plus mor:lement que physiquement.Hs étaient blonds tous les deux, avec de doux yeux bleus, l'un et l\u2019autre, très clairs chez le père, foncés chez la mère ; elle est brune, avec un magnifique regard de diamant noir, mais impérieux et dur.De plus, elle est égoiste, mauvaise, autoritaire, elle n'aime personne.Vous êtes le premier à qui j'avoue ces closes, \"ar elles m'ont fait horriblement souffrir.\u2014 Mais cette jeune tille, n'a-t-elle pas été fiancée il y à quelque temps au fils de M.de Sauves ?.I1 me semble avoir entendu dire quelque chose dans ce genre.\u2014Oui, c'est la vérité.Et c'est même ces fiançailles qui ont en partie amené la complication qui m'a donné l\u2019idée de venir vous trouver aujourd'hui.Robert n'aime pas sa cousine, où sa prétendue cousine.11 aime une jeune fille, une ouvrière rencontrée par lui un soir dans la rue.Or sans qu'il l'ait su, cette enfant est une protégée de Mme Chaniers, laquelle faisant partie des dames de charité qui visitent les hôpitaux, l'a rencontrée un jour, seule et sans ressources, sur un lit de Lariboisière.Lorsque Ia convalescence de cette jeune fille est arrivée, Mme Chaniers ayant acquis la certitude que l'enfant était tout ce qu'il y à au monde de Lu : rg 02000 2 >>.lis Ral 8 Bs NT BAe a 98 plus honnête et de plus sage, l\u2019a fuit entrer duns la maison où elle s'habille, chez Anatole.En môme temps, elle lui louait un logement à Montinartre où elle allait la voir quelquefois ; car par un bizarre sentiment, vrai ou faux, Mme Chaniers trouvait que cette enfant ressemblait étrangement à son mari, Georges Chaniers.Vivement, M.Marais releva ln tête, tandis que ses yeux étincelaient derrière ses lunettes.Est-ce vrai, cela ?demanda-t-il.\u2014 Je l'ai vue aujourd'hui pour Ia première fois ; je vous dirai dans un moment ce que j'en pense Laissez-moi achever mon récit, autrement, je brouillerais tout.\u2014 Vous avez raison, continuez.Mue Chaniers vous avait-elle parlé de sa rencontre ?\u2014Elle n'en avait dit un mot à personne, se trouvant foile d'avoir ces idées-la.Mais en dépit de sa volonte, une invincible sympathie l'attirait vers cette enfant, qu\u2019elle croyait ln fille de paysans normands inorts quand elie était en bas âge, et dont elle savait le petit nom seulement : Clotilde.Aujourd'hui, par un bizarre concours de circonstances, cette jeune fille est venue chez nous a Belle- ville, porter uue toilette à Mlle Chaniers.En la voyant, je suis vestée saisie, sans pouvoir articuler une parole : elle n lu physionomie de M.de Sauves, avec la tournure de Mme Chaniers, sa taille, sa démarche, mnis cela si frappant, qu\u2019en les apercevant de derrière seulement, toutes les deux, on les prendrait l'une pour l\u2019autre.\u2014Et les yeux ?\u2014Bleus comme le ciel : les yeux du pauvre inonsieur, c\u2019est sûr.\u2014C'est bien singulier.\u2014Le plus fort, c'est qu'elle ne savait point que Robert, dont elle était éprise, fût le fiancé de la tille cle sa bienfaitrice.\u2014Et elle l\u2019a appris à Belleville ?-Oui, ce qui lui a donné une syncope, Elle est tombée par terre à la renverse.Robert, en la transportant dans la chambre de Mme Chaniers, l\u2019a embrassée, quand il s\u2019est cru seul avec elle, Mme Chaniers l\u2019a vu ; mais elle aime tellement cette enfant, qu\u2019après avoir fait toute sa vie le rêve de marier son neveu, qu'elle adore, avec Geur- gette, elle n été presque heureuse à l\u2019idée que Robert et Clotilde s'aimaient, \u2014 Est-ce sérieux de la part de ce jeune homme ?\u2014Robert a le caractère de M.de Sauves.Tout est sérieux avec lui.\u2014Et Clotilde ?\u2014 Mme Chaniers s\u2019est arrangée pout laisser les deux jeunes gens seuls dans le parc pendant que toute ln maison était sortie.Elle et moi, nous ¢eoutions leur conversation derrière un massif.\u2014Qu'avez vous entendui.\u2014 l'es choses surprenantes.Ils ne s'aiment pas, ils s'adorent : tmais de l'amour le plus pur, le plus noble, le plus élevé qu'on puisse imaginer.Et cependant, au-dessus de cette affection et du bonheur qu'elle pourrait lui apporter, cette enfant sans fn- mille et sans ressources, seule au monde avec son chien, met le devoir, \u2014Ah bah!.\u2014 J'ai eru entendre Pierre de Sauves, avec les théories de toute sa vie, et c\u2019est bien cela qui w'a persuadée qu'elle avait leur sang a tous deux dans les veines, plus encore que son étrange ressemblance avec eux.Alors, je me suis arrangée pour la reconduire dans son logement à Montmartre, et comme je suis arrivée à lui inspirer confiance, elle m'a dit tout ce qu'elle contiaissait de sa naissance et de sa vie.Or savez-vous qui elle est ?\u2014Clotilde Gages, je le devine.\u2014Oui, Clotilde Gages !.Elle s'arréta, et très grave, presque solennelle, Suzanne ajouta : \u2014Clotilde Gages, non, mais Georgette Chaniers, la seule, ln vraie ; celle qu\u2019Eugène Gages nous avait volée pour nous donner sa fille à lui élever ; celle que sa mère à retrouvée, sans In connaître, à l'hôpital ; celle qu'adure Robert de Sauves, son cousin.\u2014La Providence a quelquefois de ces coups, murmurs M.Marais, convaincu de la vérité de ce que supposait Suzanne Puis plus haut : LE MONDE ILLUSTRE \u2014Que snit Mme Chaniers de tout cela ?de- manda-til, \u2014ltier du tout.\u2014Pas même le nom de ln jeune fille ?\u2014-Elle ne la connaît que sous celui de Clotilde.Pour le reste, elle trouve que l'enfant ressemble à son mari ; cette ressemblance l'attive et la bouleverse, c'est tout.Quant à noi, après ma conversation avec Clotilde, cette conversation qui a assis mes convictions jusque-là hésitantes, je suis venue tout droit vers vous, ayant conservé ma contiance de jadis : ayant besoin de parler à quelqu'un de ces choses qui nu'étouffent et me rendent presque folle, mais ne voulant à nucun prix ouvrir mon cœur à Adèle qui eût tout de suite battu la campagne avec tous mes pressentimients.\u2014Et comme vous avez bien fait\u2018.de Sauves /.\u2014 D'abord, je n'ai pas osé lui en parler, Ensuite à l'époque où la couleur des yeux de la petite me préoceupuit, il était en prison.N'ayant pas counu vette pensée d'alors, it comprendrait moins aujour- d\u2019hui ce que je viens de vous dire.Maintenant, que me conseillez-vous ! \u2014En premier lieu de vous taire, comme vous l'avez fait aujourd'hui.C\u2019est bien grave, cette substitution d'enfant ! Ce qui est grave surtout.c'est de dire à la Georgette Chaniers actuelle : Allez-vous-en, rendez à l\u2019autre la place que vous usurpez.Et tout ce que cette place comporte avec elle de fortune, de bien-être, et le reste.Et celn sans preuves.Nans autre chose que des suppositions et des pressentiments, Non ce west pas possible |.L'ancien chef de la sûreté, les deux coudes appuyés sur sa table de travail, rétléchissait profonde ment.\u2014Fcoutez, dit-il tout à coup ; vous devriez voir le médecien qui à soignée madame Gages, et la sage-femme qui était une de ses amies, autant que Je puis m'en souvenir : \u2014Comment s'appelaient-ils tous les deus Il réfléchit encore, et parut chercher au plus lointain de ses souvenirs.\u2014 Le docteur Larnay, dit-il au bout de quelques instants.I! demeure toujours dans te faubourg du Temple.Quant à ln sage femme, c'était une Mme Amanda Laminois habitant Montmartre.L'un ou l'autre aura peut-être remarqué sur le corps de l\u2019enfant quelque tache, quelque signe qui vous w- deront puissamment, Suzanne poussa un cri.\u2014 Comment n\u2019y ai-je pus pensé plus tot elle.Georgette a sur le bras ga iche un énorme signe brun qui devait être visible à sa naissance quoique plus clair.Si Mine Laminzis l'a remarqué sur l'enfant de Pauline.nous somnnes sauvés \u2018 \u2014- Mettez y beaucoup de prudence, \u2014 Je vos ule promets, Et j'en ai besoin, de prudence en etlet, plus encore que vous ne pouvez le supposer |.Elle s'arrêta tout à coup, comme cnuuyée d'en avoir trop dit.M, Marais s'aperçut de sa réticence, et quoi- \u2018que ses lèvres demeurassent muettes, ses veux lais- séreut voir un certain étonnement.\u2014 Au fait, s'écrin tout à coup Suzanne, J'aime mieux tout vous contier, mes pensées les plus se- crites, les plus absurdes peut-être, Mais c'est si grave |.si grave! \u2014Dites toujours, j'en ai vu bien d'autres : ot avec moi tout s'oublie.\u2014de nose pas, je suis sans doute folle |.\u2014 Je parie que vous croyez Eugène Gages vivant, malgré sa mort si bien établie en Amérique.Suzaune le regarda avec un étonnement extra ordinaire, - Comment devinez-vous cela ?ne put-elle s'em- pecher de s'écrier.\u2014Je ne devine rien du tout, dit-il ; mais comme à votre air je vois qu'il y à quelque pensée énorine dans votre cervelle, je suppose une chose énorme, en effet, et j'arrive à la résurrection d'Eugène Gages.C'est mathématique.Alors vous croyez cette résurrection possible ?Mais M.dit- \u2014Oui, et par lu vaison majeure que sa mort 1, jamais été prouvée.-\u2014Comme je suis heureuse qu\u2019un homtie bol que vous ne trouve pas mes idées absurdes et yo les traite pas d'imagination !.- Je m'en garderai bien, car vous êtes un femme trop sérieuse et trop pratique pour vous laisser impressionner par des niniseries.Ni vous avez été frappée de quelque chose, c'est que ce quelque chose existe, l'un autre côté, avec un individu tel que je me figure l'ussussin de M.Chaniers, tel que me l'ont montré les divers renseignements recueillis sur lui, on peut s'attendre à tout.Vous voyez que vous pouvez tue confier beau coup de choses, -\u2014C'est ce que je vais faire, Nommairement elle raconta le séjour de Raber de Sauves en Amérique, ce qu\u2019était sir James Pembroke, le descendant d'un officier anglais veste aussi noble que grand seigneur loyal et droit, les gens qui l'entouraient, famille et associé.Mais quand elle en arriva à prononcer le nou de Jonathan Pierce, ses yeux eurcnt une telle inter, sité de haine que M.Marais s'en aperqut, -
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