Le Monde illustré, 30 août 1890, samedi 30 août 1890
[" LE MONDE ILLUSTRÉ ABONNEMENTS : Tèux ANNÉE, No 330.\u2014SA non 0 re Si i 81.80 MEDI, 30 AOUT 1890 i _ Annonces: \\ tre mois, 81.00, payadie d'avance BERTHIAUME à SABOURIN, Propr | .ertion + = 107 = emis ° IETAIRES.i.e ew Vendu dans les dépôts - - & cents la copie BURRAUX, 40, PLACE JACQUES CARTIER, MONTREAL.me pa annonces à lang : Fons : ee eye BEAUN ARTS.\u2014 LE PRIX DE SAGESSE.!\u2014 TABLEAU DE M.L.DANT\\ 274 a rer \u2014 == LE MONDE ILLUSTRÉ MONTREAL, 30 AOÛT 1890 SOMMAIRE Taxre : Chronique, par S.du Lary- - L'anglification, par Pierre Bédard.\u2014 Notes et faits, par J.A.Chaussé.\u2014 Poésie : L'âme des nems, par Georges Sylvain.\u2014IDe Bath à Boothhay, par [Louis de Saintes.\u2014 Le la: du fermier (légende italienne), par le comte Richard de Roys.\u2014C'ueillettes et glunures, par Jules Saint-Elme.\u2014Les écrivains le toutes les littératures : M.l\u2019abbé Ferland (avee portrait), par K.Z.Massicotte.-Mai- sou canadienne.\u2014 Deux suicides (nouvelle), par le Dr R.Chevrier.\u2014Erruta.\u2014le pèlerinage au lec des Deux-Montagnes.\u2014 Feuilleton : Le Régiment (suite).GRAVURES : Beaux-Arts : Le prix de sagesse.\u2014 À travers le Canada : La chute Ouiatchouan.\u2014Le lac Saint- Joseph (débarcadère).\u2014 Vues extérieure et intérieure de la maison Allaire & Cie., de Québec.\u2014Gravure du feuilleton.Primes Mensuelles du \u201cMonde Illustré\u201d Ire Prime - .$50 Ome « : - 25 Sme * - .15 me \u201c .- 10 5me « .5 Ame * - - .4 7me \u201c - - - 8 ême « \"= 2 86 Primes, à $1 1 = 86 94 Primes 8200 Le tirage se fait chaque mois, dans une salle publique, par wois personnes choisies par l\u2019assemblée.Aucun prime ne sera payée après les 30 jours qui suivront la tirage de chaque mois.NOS PRIMES QUATRE-VINGT-SEPTIÈME TIRAGE Le quatre-vingt septième tirage des primes mensuelles du MoNpe ILLUSTRE (numéros datés du mois d\u2019AOUT), aura lieu SAMEDI, le ¢ SEPTEMBRE, à 8 heures du soir, dans la salle de l'UNION SAINT-JOSEPH, coindes rues Sainte- Catherine et Sainte-Elizabeth.Le public est instamment invité à y assister.Entrée libre.ES centenaires sont à la mode.On en célèbre partout.Mais encore fau- drait-il que les centenaires eussent le sens commun.Voici qu\u2019en ce moment on parle à Leipzig d'organiser une fête commémorative pour le centenaire de l'invention de la pipe.Voilà-t-il pus, en effet, une belle date à consacrer par des discours, des banquets et des illuminations ! Et d'abord, est-ce que l\u2019on sait au juste où et en quelle année et par qui la pipe a été inventée ?La pipe, où l'a trouvée en honneur chez tou LE MONDE ILLUSTRÉ tes les nations où l\u2019habitude de respirer des stupéfiants s'est répandue.Est-ce que les calumets (les sauvages, ces fameux calumets dont Chateaubriand a fait un si grand abus, n'étaient pas des manières de pipes ?Est ce que c\u2019est nous qui avons apporté le culumet aux sauvages ?Les Indiens ont fumé de tout antiquité, et comme il n\u2019y a pas d'autre moyen, quand on funie, que de faire passer ln fumée par un tuyau, la vipe est contemporaine de l'usage des narcotiques ; elle est née avec lui.Les Orientaux ont toujours fumé, s'ils ont toujours fumé, ils avaient des pipes.C'est une question qui a été agitée de savoir si les anciens connaissaient l\u2019usage du mouchoir.Ceux qui prétendent que c'était là un engin inconnu des Romains et der Grecs s'appuient sur cette particularité qu'il n\u2019est jamais question de mouchoirs dans les auteurs classiques, et.qu\u2019on n\u2019a pas même de mot en latin pour l'exprimer ; car manubrium ne veut pas dire, à proprement parler, mouchoir.Mais il me semble que la discussion se résout aisément : Les Romains se mouchaient-ils ?Les Romains pleuraient-ils ?Apparemment, n\u2019est-ce pas 1 S'ils se mouchaient et s'ils pleuraient, ils avaient besoin d'un mouchoir pour s'essuyer le nez ou les yeux.Ils avaient donc des mouchoirs : ils n'en ont pas parlé, et voilà tout.++ + Le jour où l'humanité s'est avisée de trouver un charme quelconque à respirer une fumée âcre et nauséabonde, la pipe a été inventée.Aussi n\u2019y A-t-il pas dans les annales d'aucun peuple un homme qui en revendique lu découverte.La pipe est une invention anonyme.Il est bien probable, au reste, qu'on n\u2019entend célébrer à Leipzig que l\u2019introduction de la pipe en Europe.Ah! c\u2019est un joli cadeau «qu\u2019on nous a fait là, et il y a de quoi en être fier, en effet ! Il faut bien que je comprenne qu'on fume, puisque je vois tant de gens y prendre un plaisir qui pour moi, c'est inconcevable.Mais faut-il s\u2019en vanter ?C'est un besoin factice que l\u2019on s\u2019est crée, et la satisfaction n\u2019en va pas sans inconvénients.On a beau faire, on s\u2019empeste et l\u2019haleine et la barbe, on est désagréable aux femmes, à qui l\u2019on est obligé de fausser compagnie.Parfois même, on ennuie les hommes qui se sont garés de cette vilaine habitude.+ * * l\u2019aimernis assez faire, de temps À autre, une «descente dans les clubs.Je recule à l\u2019idée d\u2019aller m\u2019enfermer dans une salle empuantée de l'odeur du cigare et de la pipe, où l\u2019air respirable manque vers la fin de la soirée, d\u2019où l\u2019on sort les habits chargés du parfum du tabac et le cœur tout barbouillé.Je ne crois certes pas aux niaiseries que l\u2019on débite contre I'abus «lu tabac.On répand par milliers des fracts où il est prouvé que le tabac est la cause première de toutes nos maladies, que le fumeur incorrigible est un homue voué aux vertiges d'estomac, aux céphalalgies, au chancre, à l\u2019épilepsie, au ramolissement cérébral, et, pour terminer, À la mort, qui est la conclusion de tous les maux, Je hausse les épaules à ces exagérations, qui joignent au tort de passer de beaucoup la vérité celui de ne convaincre et de n\u2019effrayer personne.Mais il est certain que le tabac est, comme l\u2019opium, comme le hatchich, comme la morphine, un stupéfiant, et que tous les stupéfiants, d\u2019où qu\u2019ils viennent et quelque nom qu\u2019ils portent, exercent sur notre économie une action toxique, dont les effets sont plus ou moins longs à se faire sentir.Je n\u2019attribue, pour moi, la robuste santé dont je jouis, dans un âge déjà avancé, à travers un travail enragé et incessant, qu\u2019à mon horreur pour les stupéfiants.Je sais très bien que mon hygiène n\u2019est pas très bonne, puisque je n\u2019ai le temps ni de marcher ni de faire des armes.Mais je ne fume pas, et cela me suflit pour être exempt d'un tas de maux auxquels je vois soumis une foule de gens plus jeunes et tout aussi solides que moi.lls croient que lorsqu'ils ont payé au tabac le tribut de malaise qu\u2019exigent les deux ou trois premières pipes, ils sont en règle avec lui.Ils s'applaudissent de l'avoir vaincu.Le collégien qui est arrivé à fumer une pipe sans éprouver un haut li.cœur est enchanté de lui : il se croit devenu un homme.11 continue.Il ne se doute pas que le poison filtre lentement dans ses veines par des cu.naux invisibles.Un beau matin il s\u2019éveille la tête lourde : -\u2014Tiens ! je no sais pas ce que jai.(\u2018A me bat derrière le front.Tue, toc, toc.La douleur est insupportable.Tu ne sais pas ce que tu ns ?Je le enis bier, moi.C'est que, depuis six mois, tu fumes tous les jours et que tu passes des heures non seulement à respirer ls fumée de ton cigare, mais encore à respirer le tabac des autres.C'est un premier avertissement.\u2018l'u n'en as pas fini.Tu auras comme cela, à propos de tout ot à propos de rien, un tus de malnises que tu ne sauras a quoi attribuer.C'est le tabac, mon ami, et pas autre chose.Comment ! quand tu vois un de tes camarades qui consacre deux heures par jour à battre des absinthes et à les boire, a\u2019il arrive que chez lui le moindre bobo s'aggrave et le mette en danger, tu ne manque pas de t'écrier : \u2014Parbleu ! ce n'est pas étonnant, c\u2019est l'absinthe ! Et toi, tu t'inprègnes de tabne, tu fumes en travaillant le matin, tu fumes aprèsS déjeuner, tu en grilles deux ou trois après dîner, et, quand la tête ou l'estomac se plaignent, tu ne veux pas qu\u2019on te dise : C'est le tabac ! Il en est du tabac comme de l'absinthe.Ce n\u2019est rien que d'en prendre une fois par hasard.Mais en prendre tous les jours et augmenter insensiblement les doses, c'est s'intoxiquer à plaisir.Ils n'en mouraient pas tous, mais tous étaient frapp a.Tous n'en sont pas malades, assurément ; chez tous, la maladie, si elle survient, se complique de ce poison qui a pénétré par tout le corps, altérant les sources de la vie.Et l\u2019on célébrerait l'anniversaire du jour où la pipe a fait son entrée en Europe! * * * Les plus enragés fumeurs m'accorderont lien certainement que si le tabac ne fait pas le mal que nous croyons, au moins ne fait-il aucun bien.C'est une dépense assez grosse, et sans compensation aucune.Elle n\u2019ajoute ni à la santé ni au bien être de la vie.La pipe et le cigare ne sont que des excitants à la réverie, qui est le contraire de l'action, et c'est par l'action seule que vaut l\u2019homme, au moins en Europe.Qu'on ne les proscrive point, à la Lonne heure ! quoique, après tout, je vois que l\u2019on prend des mesures contre l\u2019opium et la morphine, qui n\u2019ont pas des propriétés beaucoup plus malfaisantes.Mais qu\u2019on les honore, mais qu'on célèbre à leur intention des réjouissances publiques, qu\u2019on illumine pour leur fête, voilà qui me passe et me paraît le comble du faux sens et du ridicule.Enfin, c\u2019est à Leipzig que cette bétise aura licu.Laissons les Allemands s'amnser à leur guise.Mais, pour Dieu, si nous fumons, sachons que c\u2019est un vice et cachons-nous en ! \u201c+ + Il est malaisé de comprendre ce qui se passe dans la République argentine.Les dépêches arrivées depuis quelques jours sont pleines de contradictions.\u201c L\u2019insurrection triomphe,\u201d annonçaient les télégrammes.\u201c L'insurrection est réprimée,\u201d disent les autres.On se pille, on se tue, à midi.Tout est arrangé, le calme est parfait, à une heure.Tirez-vous de là comme vous pourrez.Même diversité dans \\es appréciations portées sur les chefs du mouvement par les personnes les mieux renseignées.Ce ne sont, déclarent les uns que de vulgaires mutins et des aventuriers sans scrupules.Ce sont, affirment les autres, des hommes d'Etat dont la distinction n'a d'égal que le désintéressement.Je n\u2019ai pas l'outrecuidante prétention de conci- LE MONDE ILLUSTRÉ \u2014\u2014\u2014\u2014 a lier ces renseignements bigarrés.11 est cependant possible de déméler, derridre ces divergences, une partie de la vérité.+ + * MM.Allem, del Valle, Romero, Lopez et Cau- , qui se sont mis à la tête de l'insurrection, ne sont pus les premiers venus.Ce n'est pas d'hier qu'ils se sont enrolés dans l'o position militante : ce n\u2019est pas d\u2019hier qu\u2019ils ont fait de l\u2019Union civi- ue, dont M.Allem est président, une association de combat.Mais la lutte ne paraît pas avoir eu cette fois, le même cara:tère que les guerres civiles précédentes.Depuis la chute de Rosas, la grande querelle était, comme on sait, entre Unitaires et lFédéraux.C'est entre Unitaires et l\u2019édéraux qu\u2019on s\u2019est battu en 1371, entre Unitaires et Fédéraux qu\u2019on s\u2019est encore battu en 1880.La ville de Buenos-Ayres a été le prix de la réconciliation.On l\u2019a separée de la province à laquelle elle avait donné son nom ; on l'a neutralisée ; on l'a faite cité nationale, capitale de la fédération.Puis, pour dédommager Ia province de Buenos- Ayres ainsi décapitée, on lui a créé le toutes pièces, sur un cinp'acement neuf, un autre chef-lieu, la ville de la Plata.Le principe félératif a été conservé ; les Etats n'ont pas été privés de leur autonomie ; mais le pouvoir central s'est trouvé, en fait, tris fortifié, et cette constitution de l'unité nationale a procuré à la République, pendant la présidence du général Roca, une période de calme et de prospérité.Il était permis d\u2019espérer que M.Celman, beau- frère «t successeur de Roca, achéverait sans encombre un mandat qui, régulièrement, ne doit pas expirer avant 1892.Mais les graves «litlicultés financières que traverse la Iépublique de la Plata ont provoqué à Buenos-Ayres une nouvelle bourrasque.Malgré son nom séduisant et senore, la République Argentine se débat, dequis quelques ois, dans une liquidation de Bourse dont tout le monde connaît les tristes péripéties.Le gouvernement a eté accusé d'avoir fait marcher secrètement la planche aux assignats ; et si sincèrement que, depuis sa nominasion, le ministre des finances, M.J.A.Garcia, se soit efforcé de mettre fin aux émissions clandestines de papier-monnaie, il n\u2019a pu exercer, sur les banques garanties, une surveillance assez rigoureuse pour empêcher la continuation de la crise.L'escompte comuercial a été suspendu sur le marché; les denrées ont renchéri dans des proportions effrayantes ; le malaise est devenu général ; les mécontentements ont éclaté, le sang a could, et le cable nous a transmis les nouvelles incohérentes qui ont fait pendant quelques semaines le bonheur des journaux à court de copie.X, bu Larv.L'ANGLIFICATION J'aborde aujourd'hui une question qui, par son actualité, ses progrès et son importance, mérite d'être prise en très grande considération., Depuis quelques années, une certaine maladie s'est emparée de quelques-uns «le nos compatriotes ; oubliant qu'ils sont d\u2019une race dont le génie et les qualités ont excité chez tous les peuples civilisés la plus vive admiration, ils recherchent, et cela sans raison, à imiter les enfants d\u2019Albion jusque dans leurs coutumes.Voyez ce Canadien-français dont l\u2019aieul est Feut-être mort pour la patrie outragée, sur le champ de bataille de St-Denis ou de St-Charles ; malade de ce que les Anglais, ses voisins, possèdent dans leurs mains la plus grande partie des richesses du pays, il s\u2019imagine qu'en abandonnant ces principes d'honneur et cette langue harmonieuse qui font la gloire de la nation française, pour le langage dur et les maximes égoistes des fils de la Grande-Bretagne, l\u2019argent viendra remplir ses poches et ses coffres.Désormais, descendant avec rapidité sur cette pente dangereuse qu\u2019on appelle l\u2019anglification, les god dum viendront embellir sa phrase et charmer les oreilles de ses amis ; s\u2019il est commerçant, il n'aura rien de plus empressé que de mettre à la porte de son magasin, en grands caractères noirs, rouges ou dorés l'annonce de sa profession, et cela tout en anglais, s'il vous plait, fut-il placé dans la partie-Fst même de cette ville.TI ne lui manquera plus que de longues jambes, de longs bras, un long corps, un long visage, et si dame Nature a été assez indulgente pour lui accorder toutes ces beautés physiques, voilà enfin mon Canadien complètement civilisé, de sauvage qu\u2019il était ! ; Avec le temps, il en viendra À nier même sa nationalité, malgré son baragouinage d'anglais et de français ; être Canadien-français |.Pouah ! c'est commun ! Ami lecteur, promenez-vous par une belle après- midi sur la rue Ste-Catherine ou sur la rue Craig, dans la partie de la ville la plus française, l\u2019Est.Vous y verrez, comme je l\u2019ai vu de mes propres yeux avec étonnement et indignation, des enseignes entièrement en anglais, et le propriétaire du magasin ou de la boutique être Canalien-français, comme vous ct moi.Allons, monsieur l\u2019anglitié, vous qui avez honte d'appartenir à une nation qui fut et est encore la première du globe, à ce peuple français qui marche, aujourd\u2019hui, comme autrefois, à la tête de la civilisation, trouvez-moi un Anglais, dans cette ville, qui ait au l'idée de mettre sur son enseigne un seul mot français, et je vous donne un merle blanc.Messieurs les Anglais n\u2019ont pas seulement le bon esprit de mettre l'annonce de leurs professions ou de leurs métiers dans les deux langues, comme le font tous nos compatriotes intelligents, et vous, Canadiens-Français, vous dont les ancêtres furent des héros, vous êtes assez naifs pour mettre votre enseigne en une langue qui vous est complètement étrangère, soit par la naissance, soit par l\u2019éduca tion ! Certes, si nous agissions tous comme vous, nous ne tarderions pas à être absorbés entièrement par John Bull, et adieu alors le magnifique et brillant avenir prédit tant de fois au peuple canadien- français.Je ne prêche point la haine contre les prétendus conquérants de 1760 ; au contraire, je leur reconnais beaucoup de qualités, et en les coudoyant nous en retirerons avec le temps de grands fruits, car ce qui manque À la nation française, c'est l\u2019esprit d'entreprise, et si nous profitons des leçons que nous donnent tous les jours nos voisins, nous n\u2019en deviendrons que plus forts.Mais prenons garde à l\u2019anglification : si nous voulons devenir un grand peuple, si nous voulons continuer en Amérique le rôle glorieux de notre mère-patrie en Europe, gardons intacts nos institutions, nos lois, nos coutumes, et surtout cette langue si belle et si pure de nos pères.Noyons courtois pour messieurs les Anglais qui se proclament bien modestement devoir être au Canada la race supérieure ; tâchons même de posséder leur estime, mais de grâce restons Français et de cœur et de manières.Je m'explique bien que dans les villes du Haut- Canada ou des Etats-Unis, les quelques Canadiens- français qui y demeurent soient forcés de parler plus souvent la langue anglaise, mais ici, dans cette grande Province de Québec, où nous sommes dix contre deux, ne soyons pas assez insensés pour devenir des John Bull ou des Jonathan.D'ailleurs, les Anglais eux-mêmes sont les premiers À rire de ces Canadiens sans honneur, qui lâchement abandonnent la nation dans laquelle ils sont nés, sous le prétexte absurde que ses compa triotes sont pauvres et qu\u2019ils ne peuvent toujours l'aider dans ses vues ambitieuses.Ah ! messieurs les anglifiés, vous attirez sur vous la haine et l\u2019antipathie «le vos frères, comme vous méritez les moqueries de ceux dont vous vous obstinez à prendre les coutumes et le langage.Comme cette question d\u2019anglification est éminemment sérieuse, et que tous nos compatriotes ne semblent pas connaître les nombreux dangers qu\u2019elle présente, nous reviendrons prochainement sur ce æ1jet qu'aujourd'hui je n'ai fait qu'efleurer.Sd.39.9 LA FAMILLE HUMAINE.\u2014I] y à environ 1,500,- © 000,000 d'habitants sur la terre.!l en meurt chaque année 33,033,033.On compte 3,064, langages et plus de 1,000 religions différentes.Le nombre des hommes et des femmes est à peu près égal, et la moyenne de la durée de la vie est d'environ 33 ans.Un quart des hommes meurent avant d'avoir atteint leur 15e année.Sur 1,000 personnes une seulement atteint l\u2019âge de 100 ans, seulement 6 sur IOU arrivent à 65 ans, et pas plus de un sur 500 atteint la RUe année.33,033,033 personnes mourant chaque année, cela fait un grand total de 91,574 par jour, 3,730 par heure, GU par minute, et un par seconde.Les personnes au teint brun ont plus de chance de vivre longtemps que les personnes blondes, mais elles sont plus exposées à contracter les maladies contagieuses.Une personne née dans les temps chauds supportera mieux la chaleur que celle qui sera née dans les mois froids de l'hiver et vire versa.Les personnes nées le printemps ont généralement une constitution plus robusteque celles qui naissent dans un autre temps de l\u2019année.UN MOT NOUVEAU.\u2014Ordinairement chaque mot anglais trouve un équivalent dans la langue française.Aussi le progrès de la science nous met dans l\u2019obligation d'inventer des mots nouveaux presque chaque jour, par exemple depuis quelques temps, nous voyons dans les journaux des mots tout à fait nouveaux : Electrocution, éleetrocuter, et électrocu- teur, Tl est un mot anglais dont je n'ai jamais vu un mot pour le désigner en français, ce mot anglais, nous lu voyons tous les jours, c\u2019est : T'yepuri- ter qui peut se traduire Machine a écrire, soit trois mots pour désigner une nouvelle invention.Nous avons essayé de réduire ces trois mots à un seul et voici le résultat que nous avons obtenu.Le mot machine vient du mot latin machina, ou du grec : méchané.Maintenant le mot écrire dans cette dernière langue cst graph (j'é ris).Pour former le mot nouveau il suffit de les assembler et la combinaison des deux mots donne : Muchinegraphe (du grec, méchané, machine et grapli j'écris).Machinégra- phier, Machinégraphie, ete.Maintenant si quelqu'un a déjà trouvé un mot français pour T'ypeiwriter et que ce mot convienne mieux que celui que nous trouvons, qu\u2019il nous le laisse savoir afin que nous sachions comment appeler en français cette nouvelle miachine qui est maintenant d'un usage presque général.Parikk MANGEAULE\u2014Un pâtissier des Etats- Unis, pays des inventions par excellence, à trouvé un moyen dont il promet «le tirer un grand bénéfice.Avec une pâte excellente et d\u2019un bon goût, il est parvenu À fabriquer des feuilles très appétissantes d\u2019une couleur juunâtre et semblable à notre papier.Sur ce papier nouveau-genre, il imprime, non pas avec de l'encre d\u2019imprimerie, mais avec du chocolat liquidé, le programme de soirée.Après que ce programme a sufti à sa destination artistique, il est rendu, pendant les entr\u2019actes, à sn vraie destination, à charmer les palais des jolies nisses.Les méchantes langues prétendent même qu\u2019avant de lire, il y a des personnes qui croquent à belles dents leur programme.Celui-ci est remis gratuitement par la direction du théâtre.Ce nouveau genre de littérature est bien yo/é du pu- Llic et constitue une nouvelle attraction qui augmente le nombre des visiteurset.la recette du directeur.J.A.Cuaussé i 3 i EERE L'AME DES NOMS A MLLE HéLÈse R.\u2026.Les noms que l'on nous donne, aingi que nos visages, Sont des flambeaux divins, où l'âme parfois luit Plus clairement aux yeux des réveurs et des sages Que l'étoile qui veille aux portes de la nuit.Il est des noms plaintifs comme lea chants vagues ; J'en connais qui sont doux comme des fiancés ; Quelques-uns ont l'air bon ; d\u2019autres profonds et vagues, Semblent cacher en eux de lugubres pensées.Il en est qu'on croirait nés de l'onde sonore, Dont la fraicheur s'exale en bruits mélodieux, Il en est de moius gais, maie qui, plus frais encore, Ont la langueur de l'aube et lhorion des cieux.Que de noms, que de noms dorment dans ma mémoire ! À l'heure où l'on entend murmurer les roseaux, Je les vois se dresser au fond de la nuit noire, Comme ces feux follets qui dansent sur les eaux \u2018 Lentement jusqu\u2019à moi le cortège s'avance, Vêtu de souvenirs.Ils disent tour à tour Les plaisirs et les jeux de ma rieuse enfance : Les premières rougeurs qu\u2019on prend pour de l'amour : La chasse aux papillons à travers les prairies ; Les rondes, les chansons et les contes du soir.Ils disent ma jeunesse avec ses réveries, Ses ten«res amitiés, ses amours sans espoir ! Ils disent la soirée où, témoin solitaire, La brise recueillit le plus doux des serments : Le ciel était serein, la valse était légère, Et mon Ame chantait avec les instruments *.\u2026 Mais entre tous ces noms qu\u2019une douce chimère, Au gré de mon esprit, sous un masque vivant Me permet d'évoquer, le tien seul, à ma mère, Fait jaillir de mon cœur mes prières d'enfant !.\u2026.GEORGES SYLVAIN, DE BATH A BOOTHBAY Un simple coup d'œil jeté sur la carte vous montrera la côte du Maine avec tous ses détours capricieux, ses baies, ses anses, ses caps et ses ilôts semés ça et là comme des points de broderie sur un canevas gigantesque.Vous croyez peut-être pouvoir vous imaginer tout ce que la nature à prodigué de beautés dans ces recoins favoris ; mais si brillante que soit votre imagination, elle sera toujours, toujours au dessous de la réalité, Le mieux pour vous est donc de vous embarquer sur l\u2019un des élégants petits vapour de I\u2019 Eastern Steamboat Co., qui vont de Bath Boothbay.Vous pouvez à votre choix partir le matin ou dans l'après-midi, et revenir le soir.Ne craignez même pas de vous embarquer seul, et sans biscuits, surtout si vous avez le sentiment artistique et poétique.Le spectacle seul vous enchanters, je n'ose pas vous dire pourtant qu\u2019il ne serait pas plus agréable d'être en compagnie de quelques dames ; mais c\u2019est une affaire de goût personnel.Lr J'étais assis sur l\u2019avant de l'un des bateaux de I'Eastern Steamboat Co., la Wiwurna, le Nahana- da, le Samoset oule Winter-I/arbor\u2014je ne sais pas lequel, et peu importe d\u2019ailleurs\u2014au milieu d'un groupe de dames, Deux avaient un pince-nez et les deux autres n\u2019en avaient pas.De celles ci, la plus jeune avait la figure toute rouge ; l'autre, plus modeste en couleur, souriait d\u2019un bon sourire de contentement.Cependant, l'heure du départ approchait.Le sourire s'était évanoui sur les lèvres de la dame, c'est d\u2019un air presque inquiet qu'elle se mit à LE MONDE ILLUSTRE \u2014Mais Annie ne vient pas ; que peut-elle donc faire 1 \u2014Elle s'est provablement attardée à choisir un ruban chez la modiste, répondit charitablement l\u2019une des demoiselles au pince-nez.L'explication parut plausible ; personne ne protesta.\u2014Pourvu qu\u2019elle arrive à temps au moins, continua la dame.Elle avait à peine achevé, que miss Annie déboucha soudain au détour de la rue, s'avangant de cette démarche assurée et paisible «es personnes qui savent qu\u2019on les attend.La brise fraîchissait.Un souffle, plus violent, faillit enlever le chapeau de la demoiselle aux joues roses, roses maintenant, car le balancement du navire les avait fait pâlir un peu, n'y laissant qu\u2019une légère teinte colorée.Eile eut un cri d'effroi, en portant les deux mains à son chaprau.\u2014 Vite, vite, un galon, un cordon, une ficelle.n'importe quoi., s\u2019il vous plait ! Un marin, empressé, coups un bout de câble woudronné, qu'il lui offrit galamment, entre l\u2019index et le pouce.Elle eut toutes les peines du monde à y ntta- cher son chapeau ; mais elle s\u2019acharna à la tâche, et enfin elle y réussit.Vous savez : ce que femme veut, Dieu le veut.À peine le bateau s\u2019était-il mis en marche qu'une longue carte se déroula comme par enchantement.Je crus un instant que par une fausse mancwuvre, une voile ou une tente venait de s'abattre sur nous ; j'en fus quitte pour la peur.Mais que disje ?une carte ?.non, deux cartes, car sans mentir il y avait deux cartes d\u2019étalées sur les genoux de la compagnie.\u2014Bon, pensai-je intérieurement, me voilà bien tombé ! T1 n\u2019y à pas de doute, je me suis fourvoyé au milieu d\u2019une délégation d'une société de géographie quelconque, chargée probablement de reviser la carte du Maine.Un coup de vent souleva l\u2019une des cartes.\u2014 Attention, mesdames, w\u2019écriai-je galamment, -vous allez perdre la carte.\u2014Il n\u2019y a pas de danger, firent-elles en chœur.Heureusement, elles n'avaient pas saisi le ca- lembourg.J'en esseyai un autre : \u2014Où est Carthagène ?- \u2014La belle question ! Pas ici asaurément ! \u2014C'est ce qui vous trompe, mesdames.(\u2018arte i gêne est tout près de nous.Cherchez.Elles n\u2019ont pas trouvé, je crois.\u2014Tenez, fit l\u2019une d'elles, je vous ferai observer que nous quittons le Kénébec pour entrer dans l\u2019Arrowsic.\u2014(Sic 7) (Sic?) vraiment m\u2019écriai-je sur un ton d\u2019étonnement et d'incrédulité, \u2014(Sic ?) répéta t-elle, avec une légère inclination de tête accompagnée d\u2019un gracieux sourire.Elle avait saisi, et je triomphai avec toute la modestie d\u2019un faiseur de calembourg qui réussit enfin à se faire comprendre.Nous venions de passer un pont.Je ne dirai pas sous un pont ; l'expression ne serait pas exacte ici, car il s\u2019agit d\u2019un pont mobile (draw bridge).Assurémeut ce n\u2019est pas le pont d\u2019Avignon, immortalisé par la chanson : Sur le pont d\u2019Avignon, Tout le monde chante, y danse, Sur le pont d\u2019Avignon, Tout le monde y danse eu rond.Ce n\u2019est même pas le pont de Brooklyn ; mais il vaut la peine de jeter un coup d'œil en passant à ces piles de bois ajourées, solidement plantées dans l\u2019eau et sur lesquelles rampe un tablier aux formes rudes et champêtres.L'ensemble est d\u2019un aspect tout à fait pittoresque.De loin on dirait un reptile colossale aux écailles limoneuses émergeant d'un marais et s\u2019allongeant paresseusement à une pointe de terre à l\u2019autre.De près, et lorsque le monstre ouvre toute béante sa gueule formidable où vient s\u2019engloutir notre bateau, on dirait moins un pont qu\u2019une large porte ouverte sur un monde nouveau, plein de mystères et d'enchantements.Au dessus de nos têtes, le soleil brille de tout 3 n éclat comme une lampe suspendue à une vote \u2018azur ; le ciel arrondit sa large coupole, en courbe graciouses à l'horizon, s'appuyant tour à tour sur la cîme d'une forêt lointaine, sur une masse de ro.hers grisâtres, aur une prairie bleuie par l\u2019éloigne ment ou sur une nappe d'eau dont la ligne indécise se confond avec l'azur.Quelques nuages flottent cà et là comme de légers bouillonnements de gaz jetés aur le fond d\u2019une tenture bleue, pour en briser la monotonie ou en adoucir l'éclat.l'une double gerbe d\u2019eau jaillit de la proue du bateau, toute ruisselante d\u2019or, et va se confondre dans le sillage creusé sous les flancs du navire comme une mine de diamants et de pierres précieuses suite.ment mise à jour.Les eaux, les bois, les ruchers, tout s'allume, tout flamboie autour de nous, dans un immense embrasement.Parfois cependant le spectacle change.Un nuage voile un instant la face du soleil ; l\u2019incendie s'éteint ; une ombre s'allonge de tous les côtés, Sous cette lumière apaisée et plus discrète, le paysage devient plus distinct à l'œil reposé et il emprunte à ce recueillement une teinte mystérieuse, Nous sommes dans un vrai labyrinthe, avec toutes ses incertitudes et toutes ses illusions.Partout autour de nous c\u2019est une confusion, un entrelacement de lignes où le regard se perd.Nous longeons une côte légèrement inclinée où de jeunes pins, pleins de grâce et de coquetterie, semblent se pencher pour mieux se mirer dans le cristal des eaux.De l'autre côté surgit presque à pic un mur de roches grises où des mousses verdoyantes posent de moilleux tapis et que couronne un hou- quet d'arbres.\u2018On dirait le cours régulier d'une rivière.Mais bientôt la vue s\u2019élargit ; les deux rives s'écartent brusquement, et un spectacle magique se déroule devant le regard émerveillé.Par tout, c\u2019est un éparpillement de bras de rivière, de baies, d'îles, de presqu'îles, de lunes, un fourmille ment de verdure, un étalement de rochers, de lon- ques trainées d\u2019eau, s'arrondissant autour d'une langue de terre s'enfonçant sous un bois, pour s'é taler plus loin en une large nappe avant que de disparaître de nouveau ; et cela à l'infini, de tous les points de l'horizon.Souvent le regard déconcerté fouille en vain les plis et replis de la rive sans y trouver un passage, et il semble que le bateau soit au milieu d\u2019un lac sans issue.Cette illusion revient à chaque instant ; mais le capitaine connaît sa route, et le bateau avance toujours au milieu d'un enchantement continuel et d\u2019une surprise sans cesse renouvelée.Malgré moi, je songeais au voyage des Argonautes, partis à la recherche de la toison d'or, et pour compléter l'illusion ma voisine s\u2019écria : \u2014Médée, viens donc m'aider À attacher mon chapeau.Et une autre.\u2014Jasons, jasons, veux-tu ?Cette dernière invitation me parut bien superflue, car ces dames jasaient à qui mieux mieux : mais en toute justice je dois ajouter que leur conversation était très intéressante et pleine de renseignements précieux.\u201c \u2014 Voyez, dit l\u2019une d'elles, ce rocher qui s'élève à pic au bout de cette pointe.Il s\u2019y rattache une magnifique légende.Un homme s\u2019est précipité de là dans l'eau.; \u2014 Vraiment ! fis-je étonné en mesurant de l'vil la hauteur du rocher.Quel beau plongeon il a di faire ! Mais pourquoi ?Sans doute par désespoir d'amour.\u2014-Oh ! nenni ! C'était un indien, poursuivi par un blanc qui voulait le tuer.; \u2014 Bien, bien, je vois cela d'ici ; c'est l'histoire de Gribouille qui se jette à l'eau de peur de 0 mouiller.\u2014Et l\u2019Indien est-il mort ?\u2014C'est probable, intervint une des demoiselles an pince-nez, car le fait a di se passer en 1610.\u2014Maerci, inademoiselle, me voilà bien renseigné.Cependant, le sifflet venait de se faire entendre pour annoncer une station.Je me levai pour 18 chercher des yeux.Je vis devant moi une sorte de pavillon juché sur l'eau au bout d\u2019une longue planche de hois élevé sur pilotis On eut dit une de ces cabanes à cygnes que l'on dispose sur l'eau à quelques distances du bord des étangs ; et en considérant notre bateau, je m'imaginais voir un \u2014\u2014 de ces oiseaux, aux proportions gigantesques, fendant majestueusement la surface limpide d'un lac.Bientôt, nous reprîmes notre route, toujours au milieu de merveilles de plus en plus surprenantes.Nous vimes dans ce voyage Westport Upper, West- port-Lower, Southport, en un mot toutes sortes de ports, Riggeville, Five-lsland.Pour mon compte, je n\u2019ai vu que quatre îles, mais la délégation de la société de géographie m\u2019a assuré qu'il y en avait une cinquième derrière les quatres autres, et je l'ai crue sur parole.Je ne ferai que mentionner Doy- ish Head, Sawyers Liland et Isle of Springs.Quand on voit tant de belles choses pour la pre- mivre fois, il est difficile de se rappeler les détails et surtout les noms ; on ne peut rapporter qu\u2019une impression d'ensemble.Je regrette amèrement À l'heure actuelle de n\u2019avoir pas su mieux profiter du cours gratuit de la uélégation de la société de géographie, ou de ne lui avoir pas au moins emprunté une de ses cartes pour mieux fixer mes souvenirs ; mais c'est trop tard maintenant; versons une pleure de regret et n\u2019en parlons plus.Ce que je n'oublierai jamais, par exemple, c'est que nous sommes passés par toutes les portes de l'enfer, (//ell Gates), car il y en a plusieurs porte d'entrée, porte de sortie, porte de côté.Ce sont, vous l'avez deviné sans doute, des passages où le pilote doit ouvrir l'œil.Instinetivement je cherchais le fameux Cerbère, le redoutable Cerbère ; mais je ne l'ai point vu à son poste.Un indigène à qui je d-mandais des informations à ce sujet, n\u2019a aflirmé, de l'air le plus sérieux du imcnde, qu'il s'était enfui et qu'on ne l'avait pas revu depuis le dernier arrêté du maire de Path sur le musèlement des chiens.Mouse Island, n'est pas comme on pourrait le supposer, d\u2019après son nom, un vulgaire trou de souris ou de lapins ; mais bien une belle île peuplée, en pleine civilisation, avec un collège universitaire sans compter le collège électoral en temps d'élections.Les abords de l'embarcadère sont ravissante.J'ai aperçu là des groupes charmants de jeunes filles qui se promenaient sous la feuillée, égayant de leurs claires toilettes d\u2019été la sombre verdure des pins, tandis que d\u2019autres, assises au pied des arbres, devisaient gaiement ou révaient, les yeux perdus dans Pimmensité du ciel.Séduit par ve spectacle enchanteur, je m\u2019apprè- tais à sauter à terre, lorsque soudain retentit à mon oreille ce cri : \u2014Pie nuts / ie wuts! Ma foi, la gourmandise l\u2019emporta sur la curiv- sité, et je restai à bord du bateau.En un instant, le punt fut littéralement couvert de débris.llen pleuvait de tous les côtés, jusque sur la tête des passagers, au-dessous «le nous, qui reculèrent épouvantés sous cette ondde d'un nouveau genre.A Squirrel Island, deux dames et un jeune garçon vinrent se joindre à notre groupe.Et les fusées de gaieté repartirent de plus belle.A ce que je crois, Squirrel Island est, sinon la plus importante, du moins une des principales Îles de notre voyage.Elle a un journal publié pendant la saison d'été.Nous jetous en passant un coup d\u2019œil 4 ses maisons élégantes, à ses sçracieux chalets assis au milieu des pins sur les pentes gazonées.Nous n'avons pas le temps de nous y arrêter.Nous repartons.Tout autour de nous, ls nappe d\u2019eau s\u2019est élargie, et l'horizon a reculé ses bornes.Des barques se balancent sur l'onde, semblables à des mouettes aux blanches ailes.Au dessus, des nuées flottent dans l\u2019azur comme une autre flotille aérienne, poussée par la brise du soir.Là-bas, il y a une langue de terre qui s'allonge avec une ligne sinueuse de maisons.Plus loin, entre deux pointes s'ouvre une large trouée, comme une vision vaporeuse qui monte dans le ciel, une sorte de porte ouverte à l'horizon.C'est l'océan._ Nous voici à Boothbay.C'est une ville singu- litre, avecses maisons bâties sur pilotis, comme une troupe d'échassiers pdchant au bord d'un lac.JL y a là un hotel magnifique que nous visiterons plus tard.\u2014Allons-nous à /\u2019ig Cove ?demande une voix malicieuse.N on, non, protestèrent toutes les voix en chœur.Qu'est-ce que Pig-Cove peut bien avoir de commun LE MONDE ILLUSTRÉ 217 \u2014 avec nous ?À d\u2019autres, fi donc ! Ce n\u2019est pas là notre place.\u2014Eh bien, alors, mangeons.Un oui unanime acceuillit cette proposition.Nous nous installâmes à l\u2019avant du navire, tout auprès du cabestan et de l'ancre, au milieu d\u2019un fouillis cle ferrailles, de planches et de cordages.Le capilaine, bon enfant, nous regardait faire en souriant dans sa barbe.Alors toutes les mains fouillèrent dans les paniers et en tirèrent des choses exquises : du jambon, du rôti, du poulet, du saucisson, des gâteaux, des fruits, des confitures, et je ne sais quoi encore.Un vrai festin de Gargantua, Il n\u2019y eut qu'un incident ou accident, à votre choix.Une demoiselle qui se pique de connaissances chimiques, voulut nous prouver jusqu\u2019à quel puint va la résistance du verre.Elle frappa sur le bout de l'ancre, un flacon de cornichons, qui naturellement se cassa, Et voilà comment notre menu se trouva subitement enrichi d\u2019un article imprévu : verre pilé.Cependant le bateau filait avec rapidité.Déjà, le disque du soleil, tout rouge, était descendu à l\u2019horison, et se retlétait eu une longue traînée lumineuse sur lu moire de la surface limpide.À l\u2019est, de grandes ombres s'avançaient et montaient dans le ciel, comme un amas de tentures déroulées lentement par une main invisible.Tout s'enfonçait dans l'ombre qui s\u2019épaississait autour de nous, et le silence se faisait plus religieux, on eit dit que la vie se retirait en même tempa que la lumière.Alors eut lieu un spectacle tel que n\u2019en ont jamais rêvé ni les peintres ni les puètes, dans leurs plus sublimes conceptions.Du point où le soleil venait de disparaître, se dessinait toute une série de cercles concentriques de couleurs diverses, mais aux nuances si harmonieusement fondues, aux transitions si délicates que l\u2019œil le plus exercé n\u2019en pouvait saisir ln limite.Le rouge éclatant se fondait peu à peu en un ruse qui devenait de plus en plus pâle, avec des bords jaunes, se prolongeant en franges orange.Tout ce magnifique tableau était retlété sur l'eau dans toute sa pureté et dans toute sa vigueur.C'étaient deux immenses éventails ; l\u2019un penché sur le ciel, l\u2019autre couché eur l\u2019eau.Peu à peu, 1ls se rapetissaient, les couleurs pilissaient.Bientôt il n'y eut plus qu\u2019une tiouée lumineuse comme une prunelle de fauve «lans l\u2019obscurité, paupière d'ombres qui flottait mollement au-dessus s'abaissa d'un mouvement lent et calculé.Alors des flots de ténèlres se précipitèrent de toutes parts, emplissant tous les coins de l\u2019espace.C'était la nuit.Quelques étoiles piquaient ln voûte obscure du firmament.Sirius les avait devancées.La (irande Ourse, la petite Ourse ap- parurenc et le chariot se mit à rouler.Notre bateau filnit toujours avec des glissements d\u2019hirondelle qui rase la surface d\u2019une eau tranquille.Bientôt nous nperçurues des lumières devant nous.C'était Bath dans tout l\u2019éclat de sa toilette de suirée.Notre voyage était terminé, trop tôt, hélas! ++ + On m'avait chargé de transmettre à la postérité la plus reculée le récit de ce mémorable et charmant voyage lien ou mal, mn tâche est achevée.Il ne me reste plus, cher lecteur, qu'à vous souhaiter d'en fuire un semblable.Puissiez-vous alors avoir la chance de tomber sur une délégation d\u2019une société de géographie en expédition et profiter mieux que moi de ses aimables leçons.ist Pi LE LAC DU FERMIER (LÉGENDE ITALIENNE) 1 Giuseppe Dominio était le plus riche fermier de la province de Viterbe.Ses récoltes étaient les plus belles, ses bestiaux les plus gras.Enivré de sa prospérité, Giuseppe oublia Dieu ! 1 cossa d'abord de le remercier de ses bienfaits ; puis il voulut empêcher ses serviteurs de le prier.' Le dimanche, il les faisait travailler pendant l\u2019heure des offices.Ce jour-là il leur donnait à faire une besogne plus rude que de coutume.Beaucoup de ces braves gens quittèrent la ferme de Giuseppe pour ne pas manquer à leurs devoirs religieux.Mais Giuseppe était redouté dans le pays, et personne ne voulait les employer.Le dimanche après la moisson, au lever du soleil, le fermier impie fuisait couvrir son aire de ses belles gerbes et langait tous ses chevaux au galop sur les épis mûrs.Armé d'un long fouet, il les conduisait lui-même.Dans le pays vivait un ermite vénéré : on le nounoait le Pére Ambrosio.Les vieillards l'avaient toujours connu, dès leur enfance, habitant une grotte dans le flane de la montagne.Il était toujours resté le même.Les nnnées semblaient respecter sa tête chenue.Il Un jour, le Père Ambrosio vint trouver Gru- seppe : \u201c Mon fils, lui dit-il, tu insultes la Providence qui te comble de ses bienfaits.Respecte le jour du Seigneur, et laisse tes serviteurs le prier en paix.\u201d Giuseppe se moqua de l\u2019ermite, et le dimanche suivant les chevaux couraient encore sur les gerbes.Le Père Ambrosio revint : \u2018 Mon fils, lui dit-il, tu oublies ton Seigneur, ton Maitre.La main de Dieu s'appesantira sur toi.\u201d \u2014Va-t-en, vieillard de malheur ! s\u2019écrie Giuseppe, et il blusphéma ! Le bruit se répandit dans le pays que Giuseppe avait vendu son ame a Satan.On le voyait toujours heureux, et il ne remplissait pas ses devoirs de chrétien.Le dimanche suivant, l'aire était remplie.Excités par le fouet de Giuseppe, les chevaux gulop- paient sur les épis mûrs.Tout à coup on entendit In cloche de l'église voisine annonçant le commencement de l'office divin.Le Père Ambrosio s'avança, calme, silencieux au milieu de l'aire.11 fit un signe, et les chevaux s\u2019arrétèrent.\u2014Giuseppe, dit-il, il est temps encore.Repens- toi ! Quitte ton travail, et va prier Dieu ! - -Arrière, vieillard ! s\u2019écrie Giuseppe.Il voulut fouetter ses chevaux.Les chevaux demeurèrent immobiles.Ivre de colère, il s'avança, levant son fouet vers le Père Ambrosio.Soudain, au milieu d'un fracas épouvantable, l'aire et les bâtiments, de la ferme s'atluissérent dans les entrailles de la terre \u2018 Homme, chevaux, tout avait disparu.Les serviteurs de Giuseppe, rejetés au loin par une force invisible, tombérent éperdus la face contre terre.Quand ils se relevèrent, un lac aux eaux limpides et calmes occupait tout l'espace autrefois couvert par les gerbes, l'aire, les Lâti- ments.À genoux, sur le bord, le Père Aumbrosio priait.IE Les terres fertiles autrefois cultivées par Giuseppe, abandonnées maintenant comme un lieu maudit, devinrent une épaisse forêt au centre de laquelle se trouve le lac ol fut englouti le fermier impie.Chaque année, au jour anniversaire de cette catastrophe terrible, un grand Lruit se produit au fond du lac.En écoutant, on croit entendre le gulop de plusieurs chevaux foulant des gerbes dans une aire, la voix et le fouet du maître.Les habitants des villages voisins, qui ont su de leurs pères ce grand acte de la justice de Dieu dont leurs an- cètres ont été témoins, prient Dieu qu\u2019il bénisse leurs familles et leurs récoltes.Si quelqu'un leur semblait disposé à violer le saint jour du Seigneur, toutes leurs voix lui crieraient : Songe au chdti- ment de Giuseppe.Conre Ricrarp pr Roys.À chaque traité, on se demande : Qui trompe-t- on ici ?Il y a toujours un trompé ; mais qui était le trompé, il se passe des années avant de le savoir.\u2014 Prince de BISMARCK, 278 LE MONDE ILLUSTRÉ BOUT DE CAUSERIE De quoi vous parler, amis lecteurs, qui vous in, téresse, par ce temps de canicule ?Il semble que tout sujet soit, comme la chaleur, presqu\u2019insupportable.Puisque nous sommes à l'époque des excursions, voyages de plaisirs, parties de bois, parties de pêche, laissez-moi donc vous entretenir d'un joli tour sur l\u2019eau que je faisais, ce matin même, en compagnie d'un ami.Au moins c'est plus frais que de parler villes et rues : Ainsi donc, si vous voulez m\u2019en croire : \u2018* Nous irons sur l\u2019eau nous y prom promener.\u201d Tiens, autant vaut le dire tout de suite, c\u2019est avant d\u2019avoir fini mon petit voyage, sur le bateau même qui nous mène au port, comme on le chanterait de l\u2019aviron, qu\u2019il me prend envie de vous en jaser.Et je cède à la tentation.Après cela on ne me refusers pas au moins le mérite de l'actualité.+ + + Ceci posé, vuici notre itinéraire.C'est sur le St.Laurent, toujours la voie royale des voyages pittoresques, des belles excursions.De Salaberry de Valleyfield à Beauharnois, et retour : vià les rapides du Côteau, de St-Timothée et des Cèdres, avec un bout de navigation sur les lacs St-François et St-Louis, en descendant, puis en remontant le lac St-Louis et le canal de Beauharnois.Mon visiteur de Montréal et moi, nous avions projeté ce petit voyage dès la veille.Sur pied avant six heures, nous étions prêts pour le départ à 61 hrs.L'air du matin, toujours si bon, est encore meilleur sur l\u2019eau que partout.La brise du lac était fraiche et caressante.C'était vraiment plaisir à se tenir debout sur le pont d\u2019avant du bateau et aspirer à pleins poumons, à respirer à pleines narines les senteurs matinales de ce bon petit vent du large.C\u2019est ça qui creuse l\u2019appétit, quand on n\u2019est pas déjà lesté comme nous l\u2019étions d'un copieux déjeû- ner.Mais voici déjà que nous voguons sur le lac depuis plus d\u2019un quart d\u2019heure, loin de Valleyfield, et tout prés du Coteau Landing, a présent.Entin, nous atteignons le chenal de descente, et notre bâtiment, virant bout pour bout, met le cap, cette fois, droit sur Beauharnois.+ + * Nous repassons vis-à-vis Valleyfield, notre point de départ, car nous avons dû monter près de trois inilles plus haut pour atteindre le susdit chenal, à la tête de la Grand\u2019Ile.La descente commence, activée par le courant, et tout de suite prend une allure presque vertigineuse, attirés que nous sommes par les remous du prochain rapide, celui du Côteau.Laissant Côteau Landing à notre gauche, nous passons le grand pont de fer de la compagnie du Canada Atlantique, construit l'année dernière.Il se compose d\u2019une vingtaine d'arches géantes, tout de:fer, reposant sur de solides piliers on maçonnerie et qui servent à relier les deux rives avec deux îles mitoyennes.L\u2019arche qui constitue le pont tournant est longue de deux cents pieds et se meut sur un pivot.On est tout surpris de voir fonctionner aussi facilement cette énorme masse mobile.L'industrie humaine est bien puissante.Le pont du Côteau n\u2019a pas coûté plus de $1,- 200,000 et deux vies d'hommes.Cest un progrès sur ses confrères laurentiens de Lachine et Montréal.Viendra le jour où l\u2019on jettera sur notre grand fleuve d'énormes viaducs avec autant de ilité relative qu\u2019un pouceau sur un fossé, Quelques arpents au-dessous du grand pont, nous sommes en pleins rapides du Côteau.lls sont très courts, ceux-là, mais ils ne sont pas suns émotion.Quand le bateau contourne l\u2019île qui semble se pencher pour sourire pendant que lui se cabre sur la vague ; quand il se fautile entre cette île et le rocher qui lui fait vis-à-vis ; quand la houle, fendue par son étrave, clapote avec fracar le long de ses flancs, on ne peut se garantir d'un certain frisson.C\u2019est là l\u2019agrément du voyage, quoi ! Tout est bien qui finit bien ; nous voilà, tout péril passé, naviguant en eau morte, juste en face du village riverain de Côteau du Lac.Pour un peu plus d\u2019une demi-heure, le voyage se continue en ces cunditions-là.Les deux rives sont élevées et fort jolies.Sur la rive nord, comté de Soulanges, se succèdent de très belles résidences d\u2019été, entre autres le manoir de la famille de Beau- jeu, perdu dans un busquet féerique.Au sud, comté de Beauharnois, In Grand\u2019Ile avec sa garniture de forêts magnifiques est du plus bel aspect.À un certain endruit, spectaclo unique, du milieu du fleuve, quatre clochers d\u2019églises catholiques, avec leurs croix étincelantes au firmament, nous marquent les quatre points cardinaux.Ce sont Saint-Timothée et Sainte-Cécile de Valleytield, au sud ; Saint-Dominique du Côteau du Lac et les Cèdres, au nord.Quelques instants «près, nous arrivons vis-à-vis l\u2019église des Cèdres, et le joli village s\u2019étageant avec une grâce toute champêtre sur la côte escarpée.Puis la Grand\u2019Ile finit et nous voici en face de Snint-Timothée, à l'opposite des Cèdres, un peu plus bas.Encore un endroit que nous frôlons presque.Nous y distinguons clairement au passage, outre l\u2019église si près du fleuve que son ombrage s'y baigne, le presbytère, le couvent, le collège, tous édifices d'un caractère public et très jolis.À peine le village est-il dépassé que nous tilons entre deux îles, et nous nous trouvons soudain à l\u2019entrée des fameux rapides de Saint-Timothée appelés \u201cChûte à bouleaux,\u201d par les anciens voyageurs et les habitants des environs.+ + + Oh ! la fameuse chûte, comme elle apparaît grandiose et menaçante à la fois aux yeux du voyageur qui l'attendait avec anxiété, telle que promise par son guide imprimé ! Son bouillonnement terrible, sa vague immense où le navire tangue et s\u2019agite comme une simple coquille de noix, son mugissement effroyabls, tout annonce aux passagers un spectacle magnifique.ht l'attente générale n\u2019est pas trompée.Notre bateau, cependant, tout en dansant sur la vague une ronde émouvante, obéit docilement à l\u2019habile direction «lu pilote.Il contourne l'insondable abîtne où s\u2019effondrent les flots tumultueux de la chiite, et qu\u2019on à nommé \u201c la cave \u201d.Une fois cela passé, malgré que la vague tienne bon encore pour sept ou huit minutes de marche, le péril parait bien moins grand, la respiration se fait plus libre, et les voyageurs, tout d\u2019abord frappés de mutisme, commençent à se communiquer leurs impressions.La premibre, presque toujours, c'est la satisfaction de voir fuir, par derrière, loin du navire, le redoutable gouffre.C'est alors que chacun, ceux du pays surtout qui la connaissent mieux, rappelle un peu de sa néfaste histoire.Oui, elle a une légende, la grande chûte, une funèbre et bien triste lévende ! Les victimes connues ne sont pas nombreuses, c'est vrai, mais hélas ! c'est toujours trop.Et puis que de pauvres ignorés, parmi les voyageurs qui, depuis tantôt cent ans affrontent ses périls, dornient dans ses cavités, leur somnieil dernier ! * * + Je sais quelques-unw des sinistres dont la \u201c Châte à bouleaux \u201d, si justement terrible au touriste, a été le théâtre.Il y a quelques années, un bateau ayant légèrement dévié de sa route, s\u2019y engloutissait tout entier.Par un miracle inespéré, il revint immédiatement à la surface ; passagers et fret purent être débarqués sains et saufs sur une Île où il alla atterrir et s\u2019échouer.C'était le St-Hélène de la Cie du St-Laurent.Ça ne devait pas toujours finir si bien que cela, Deux ou trois ans plus tard seulement, deux jeunes gens, entraînés loin de la rive par le courant rapide, furent engloutis à tout jamais dans le gouffre sans fond.C\u2019étaient deux écoliers du collège de St-Timo- thée.Un les vit tous deux agenouillés dans leur fréle barque en dérive, 'un d'entre.eux tenant même son chapelet à la main à l'instant où ils disparaissaient sous ls vague meurtrière.Et c'était, quel supplice ! absolument impossible de leur porter secours ! Une année ou deux se passèrent, et la même scène pleine de tristesse se renouvel.Cette fois, ce fut un pauvre jeune homme dont l\u2019embarcation, soudainement défoncée, je ne sais trop par quel malheur, se mit à faire eau pendant qu\u2019il franchissait seul un courant des plus rapides, juste au-dessus de l'effrayante chûte.A son tour, il fut entraîné sans rémission.Quand on l\u2019aperçut, il faisait vainement un appel désespéré à un secours devenu absolument impraticable par la proximité trop grande de l\u2019abîme, le malheureux ! Et lui aussi, on le vit aussi, à e- noux sur l'arrière de sa chaloupe, les bras en croix, oflfrant probablement à Dieu le sacritice généreux de sa vie de vingt ans ! Trois ans plus tard, et dans la même famille, un autre grand garçon de vingt ans se tuait, À la chasse, tout auprès de l'endroit où le frère avait péri, en se déchargeant accidentellement son arme dans le ventre.Triste chûte ! Pauvre mère ! ++ * Mais achevons notre voyage.Tout en jasant nous voici aux Cascades, troisième rapide paré par le canal de Heauharnois.Encore de fortes vagues qui font craquer notre léger navire dans touie ss membrure, des tourbillons tout blancs et surtout un rocher menaçant dont il faut bien se garder.Un le contourne aisément, car notre pilote con- nait tous ses secrets.On double en même terips la Pointe du Buisson, fameuse dans tous les euvi- rons comme endroit de pique-niques, cle pêche et de campements.\u2019 Entin, c\u2019est fini des rapides.On laisse, à druite Melocheville, gros hameau à l\u2019entrée du canal de Beauharnois, douze milles plus bas que Valleyficld, et après trois milles de marche sur le lac Saint- Louis, nous touchons au quai de Beauharnois.Descendons un instant, propose mon compagnon et traversons la ville, Il nous est alloué pour cela une demi-heure, c'est bien, profitons-en.Tel que dit fut fait.Quatre ou cinq rues tra versées à la hâte, l\u2019église visitée en passant, ie cou vent, le collège, lo manoir, examinés à vol d\u2019oiscau deux ou trois manufactures, quelques résidences plus privées relevées au pas de course, nous aviuns vu Beauharnois.De retour, du haut du pont du bateau nous exi- minâmes le reste.Beauharnois n'est pas grand, mais bien joli.Cette petite ville d\u2019été vaut la peine qu'on s\u2019y rende et le bien qu\u2019on en a dit.+ + + Tl passait neuf heures quand, après avoir refait son petit bout de lac Saint-Louis, notre bateau entra dans le canal de Beauharnois.Je glisse \u2018sur cette\u2019 partie du voyage à travers les écluses d'un long canal : car, qui l\u2019a connue peut dire qu\u2019elle n\u2019a guère de poésie.Les neuf écluses du canal de Heauharnois servent à élever graduellement le niveau du lac Saint- Louis à celui cu lac Saint-François.La dépression du fleuve, de Valleyfield à Beauharhois, est de plus de soixante pieds, Trois heures après, vers midi, nous débarquiuns à Valleyfield, mon compagnon et moi, enchantés de notre petit voyage de six heures sur l\u2019eau.Le récit que je viens d'en esquisser vous rendra peut-être mauvais compte de notre satisfaction J mais à qui le pourrait j'ose conseiller de le faire eux-mêmes.Ceux-là sauront, au moins, si nous avions raison.+ + * Mans le vouloir, je me suis tant attardé dans notre petit voyage, qu\u2019il me reste À peine le temps et l'espace de vous dire deux mots sur un sujet qui m'est cher, comuie à vous tous, lecteurs.Je veux parler de nos relations avec la France, la vieille et saine l'rance, celle qui nous reste toujours chère.Elles deviennent, de plus en plus intimes et, comme conséquence, sympathiques de plus en plus, ves relations auxquelles nous tenons tant.On nous connaît bien mieux aujourd\u2019hui que naguère, sur les bords de la Seine et ceux de la Gironde, en Provence comme en Normandie.Il s\u2019en va, il est déjà loin le temps où les prêtres l\u2019rançais partant pour Montréal recevaient les doléances de leurs confrères, d'être forcés d'aller vivre parmi les tribus Iroquoises ; le temps où un célèbre «éographe Français, Wilfrid de Fonvielle, faisait sortir les loups de la forêt avoisinante et venir terroriser les populutions-\u2014horrible «dictu\u2014 jusqu'aux portes de Montréal.Reclus, Itameau, Marmier et Claudio Jannet, par des travaux savants et précis, n\u2019ont pas peu contribué à désabuser leurs compatriotes sur notre compte.D'autre part, nos propres concitoyens, M.le juge itouthier, Mgr Labelle et M.Louis Fréchette, en tête, ont fait beaucoup pour nous révéler, en l\u2018rance, sous notre jour véritable.*,+ A l'heure qu\u2019il est, encore, un des nôtres, un de l'ancienne France, maiscanadiennisé, c'est à-dire naturalisé dans la nouvelle, M.Leblond de Brumath, dans une conférence qu'il vient de faire à Lille, sa ville natale, a dit à nos frères de là-bas ce que nous sommes véritablement.Ce qui m\u2019a inspiré les quelques réfléxions que je faisais plus haut, c\u2019est ce que je viens de lire, à propos de cette conférence, dans deux journaux de Lille, que j'ai sous les yeux, l\u2019Æche du Nord et lu Dépéche.C'est le vendredi, premier du mois d'avût courant, que M.Leblond a entretenu la Société de Géographie de Lille.Chacune des deux
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