Le Monde illustré, 4 octobre 1890, samedi 4 octobre 1890
[" LE MONDE ILLUSTRÉ ABONNEMENTS: Tux ANNÉE, N , No 335 \u2014SAMEDI, 4 OCTOBRE 1890 ANN 2300.«© Si ONCES: Un - : fe mois, 81,00, Fayablo à mois.81,50 La ligne, par insertion - - - - - 10 cents pendre ds doit or BERTHIAUME & SABOURIN, PROPRIETAIRES.Insertions subséquentes - - - - 5 cents - = cents la copie BUREAUX, 40, PLACE JACQUES-CARTIER, MONTRÉAL.Tarif spécial pour annonces à long terme LE MONUMENT N ATIONAL\u2014FAÇADE PRINCIPALE (RUE GOSFORD).\u2014Voir l'article 354 \u2014 LE MONDE ILLUSTRÉ MONTREAL, 4 OCTOBRE 1890 SOMMAIRE & : Nos primes.\u2014Entre-Nous, par Léon Ledieu.\u2014 TE monument national.\u2014Honneur à notre artiste Louis-Philippe Hébert.\u2014 Poésie : Sonnet, par Louis de Saintes.\u2014 Légende canadienne, par, Viator.\u2014 Les écrivains de toutes les littératures : biographie et portrait de Montesquieu, pr Charles Simond.\u2014Eco- nomie domestique, par Ë.M.\u2014Cueillettes et glanures : En descendant l'Ottawa, par J ules St-Elme.\u2014 Astronomie : Idée d'une communication entre les deux mondes, par Camille Flammarion.\u2014 Le Cercle Dollard.\u2014L'anglifieation (suite et fin), par Pierre Bédard.\u2014La maison Bernard, Fils & Cie, \u2014 Feuilleton : Le Régiment (suite).Gravures : Le monument national : Façade principale (rue Gosford) ; Façade de la rue Craig ; Coupe longitudinale.\u2014 Portrait de Montesquieu.\u2014Gravure du feuilleton.Primes Mensuelles du \u201cMonde Ilustré\u201d Ire Prime - .- 850 me = - - - 25 Po 5me .- .< 15 éme % - - - 10 Sme \u201c » - .* 5 âme « .- .4 me « - - - - 3 Sms +1 2 86 Primes, 8 $1 - - - 8 94 Primes 8200 Le tirage se fait chaque mois, dans une salle publique, par crois personnes choisies par l'assemblée.Aucune prime ne sera payée après les 30 jours qui suivront la tirage de chaque mois.NOS PRIMES QUATRE-VINGT-HUITIÈME TIRAGE Le quatre-vingt huitième tirage des primes mensuelles du Monpe ILLU&TRÉ (Numéros datés du mois de SEPTEMBRE), aura lieu samedi, le 4 OCTOBRE à 8 heures du soir, dans la salle de l'UNION SAINT-JOSEPH, coin des rues Sainte- Catherine et Sainte-Elizabeth.Le public est instamment invité À y assister Entrée libre.OTRE bonne ville de Montréal vient de s'offrir une série d'émotions, dont la moindre n'est pas celle qui s\u2019est produite au sujet de l'arrestation d\u2019un journaliste accusé d\u2019avoir fait circuler de fausses nou- SESS velles ; il aurait télégraphié à l\u2019un des journaux de New-York, dont il est le représentant, que le jeune prince Georges de Galles ne s'était pas toujours conduit d'une manière absolument correcte, pendant son séjour à Montréal, ou quelque chose de même sens.À peine la nouvelle fut-elle répandue, que quel- LE MONDE ILLUSTRÉ ques bons sujets de Sa Majesté tressautèrent sur leurs extrémités, crièrent haro sur le coupable et plus d\u2019un journaliste même, .prouva par sa harangue Qu'il fallait dévouer ce maudit animal.Ce pelé, ce galeux d'où venait tout le mal.Quelqu'un se dévoua, en attendant, pour procéder en justice, faire les dénonciations et plaintes prescrites par la loi, eto., etc, toutes démarches pénibles, mais indispensables, pour arriver à priver un citoyen anglais de cette liberté individuelle à laquelle chacun de nous tient avec tant de raison.On s'\u2019assura les services d'avocats éminents, mais comme il fallait les payer, on fit appel au porte- monnaie des gens bien pensants et, tel etait l'enthousiasme ou la colère générale, que l\u2019on réunit un millier de piastres, en moins de temps que n\u2019en met l'hirondelle rapide à porter ls pâture à ses petits affamés, ou qu\u2019un juif n\u2019en dépense À glisser un louis dans son gousset.Si un journaliste s\u2019avisait un jour de nous accuser A tort, vous ou moi, d\u2019un crime quelconque, je doute fort que nous réussissions aussi vite à trouver les fonds nécessaires pour venger notre honneur et faire coucher le coupable sur la paille humide des cachots.*,* De cette aventure, dont j'ignore encore le résultat, puisque le jugement n\u2019est pas encore rendu à l\u2019heure où j'écris, que reste-t-il et que res- terat-il ?Les Anglais, comme tous les peuples du monde, sont divisés ou peuvent se diviser en deux classes d'hommes, au point de vue politique : ceux qui considèrent les roia et les princes comme impeccables, et les autres qui les regardeni comme gens sans raison d\u2019être, se contentant de vivre aux dépens des autres ; on les désigne sous différents noms, selon les pays, mais le sens des mots est toujours le même.Aux premiers, il est impossible de faire entendre que les grands de la terre puissent être sujets aux mêmes travers que le reste de l\u2019humanité ; aux seconde, on ne pourra jamais faire comprendre que rois, reines et princes ne passent pas leur temps à boire la sueur du prolétaire et à mener une vie de bâtons de chaises.Les uns sont persuadés que c\u2019est un crime, un grand crime, que d'oser même admettre la possibilité que le duc de Kent, le prince de Galles ou tout autre prince de sang royal ait pu, l'occasion aidant, prendre un verre de champagne de trop : les autres ont la conviction la plus absolue que ces mêmes têtes couronnées ou à couronner se couchent tous les soirs après avoir absorbé un nombre invraisemblable de bouteilles des meilleurs crûs.Ces deux classes existent, quoi qu\u2019on en puisse dire.Reste l'exception qui se compose de braves gens qui considèrent que les faits et gestes des rois, reines et princes ne les regardent pas, et qui disent en levant les épaules : tout cela nous est bien égal, pourvu qu\u2019on nous laisse tranquilles, que l\u2019on ne nous moleste en rien et que nous vivions libres et à l'aise.Ceci admis, dites-moi à quoi peut servir ce scandale commencé par un journaliste, aggravé par les plaignants en cette cause et continué par les commentaires qu\u2019il fait naître.À rien, qu\u2019a couvrir le premier de honte, les seconds de ridicule, et ceux qui glosent de cette affaire de l'accusation très méritée de ne pas savoir se mêler de leurs affaires.Mais il faut prendre l'humanité telle quelle est et les royalistes trop zélés pour ce qu\u2019ils sont, *,* Je ne fais pas de commentaires, je constate.Montréal et Québec ont offert des bals au petit fils de la reine, ce dont je me garderai Lien de les blâmer, mais je sais aussi que cela a coûté beaucoup et je me demande ce qu'il en adviendrait si nous avions, tous les mois, la visite d\u2019un prince ou d\u2019une princesse, et si cela ne deviendrait pes un peu fatiguant tant pour les jambes que pour l'estomac et le porte-monnaie.Je sais aussi que l'on me pourra répondre que pareille chose ne peut vraisemblablement pas arriver et que la reine elle même s\u2019y opposerait.Du moment où Sa Majesté prononce, je m'in cline.ll en serait peut-être de même également si notre meilleur ami venait nous demander l\u2019hoapi- talité tous les quinze jours.L'humanité est bonne, mais elle ze fatigue vite des meilleures choses.Et puis, souvent, en croyant mieux faire, il ar rive que l'on commet des bourdes énormes.C'est ainsi que j'ai entendu commenter les faits et gestes du jeune prince à propos des bals, soupers et réceptions auxquels il était forcé d'assister puisqu'ils étaient donnés en son honneur.\u2014 Avez-vous remarqué, dit l'un, le prince n\u2019a pas invité madame *** à danser ! \u2014Et il s\u2019est promené, pendant le quart d'heure, avec Mlle X, Mlle Y et même Mlle Z qui valent bien moins que Mlles A, B, C.\u2014Il paraît que c\u2019est la faute de l\u2019aide de camp.\u2014Pas du tout, c\u2019est le gouverneur-général qui est le coupable.\u2014Mais non, c\u2019est un tel, vous savez, qui se mêle de tout et même de ce qui ne le regarde pas.Et je ne dis pas tout.*,* Et moi-même, le soir du bal des citoyens, à Québec, je fus témoin d'un autre fait étrange auquel personne ne fit attention, mais qui n\u2019en existe pas moins, bien que j'ai été probablement le seul à le remarquer.Notez que si je vous en fais part, c\u2019est qu\u2019il est entendu qu\u2019entre nous il ne doit pas y avoir de secrets.Ce soir là, le palais législatif étincelait de mille feux\u2014comme dans //aydée\u2014les uniformes brillaient, les diamants brûlaient, les épaules blanches des femmes éblouissaient, lu foule, heureuse, s\u2019abandonnait à l'ivresse du bal, pendant qu\u2019une assemblée, représentant les plus grands noms de la Nouvelle France s\u2019inclinait devant l\u2019héritier du prince de Galles, prince lui-même, qui mettra peut être un jour sur son front la couronne d\u2019Angleterre et celles des Indes.Et, à la porte, dans un coin, car il aurait pu gêner la circulation, était couché un géant, un général, un homme qui avait fait pâlir la gloire des armes anglaise, qui avait vu fuir toute une flotte devant lui, le défenseur de Québec, Frontenac.FRONTENAC!!! Il y aura deux cents ans dans quelques jours, en 1690, les Québecquois dansaient aussi, mais l\u2019ennemi était aux portes de Québec, et les temps sont changés.*,* Donc, en 1690, vers le 16 octobre, voici ce qui se passait à Québec, alors que Phipps, commandant de la flotte anglaise, se préparait à mettre le siège devant la ville.C'est l'abbé Ferland qui parle : \u201c Jamais le port de Québec n\u2019avait présenté un pareil spectacle : tout était en mouvement sur la flotte : les voiles se serraient, les ancres tombaient à l\u2019eau : les trois mille hommes de troupes examinaient avec inquiétude la place qu\u2019ils venaient attaquer.\u201c Sur les dix heures, une chaloupe se détacha du vaisseau amiral et se dirigea vers la ville ; elle portait à l'avant un pavillon blanc, qui annonçait qu\u2019un parlementaire était à bord.Quatre canots s'avancérent au devant et la rencontrérent À quelque distance du rivage.L'envoyé de Phipps monta sur un des canots, après qu\u2019on lui euv bandé les yeux.Il fut conduit au chateau Saint-Louis, où se trouvaient réunis les principaux officiers de la colonie en grande tenue.Quant on lui eut enlevé le bandeau, il fut tout etonné à la vue de la nombreuse compagnie qui entourait le gouverneur ; de jeunes et brillants officiers étaient groupés autour de leur chef, et semblaient tout joyeux de voir au milieu d\u2019eux un Anglais chargé de les inviter à se rendre ou à se défendre.L'envoyé présenta les dépêches du général Phipps, écrites avec une hauteur peu convenable.\u2018\u201c Après avoir accusé les Français de souffler ls LE MONDE ILLUSTRÈ 355 haine et la division sur le continent de l'Amérique et les avoir menacés de ls vengeance de l\u2019Angleterre, le gouverneur anglais déclare qu\u2019il veut em- her l\u2019effusion du sang humain ; en conséquence, il demande, su nom du roi Guillaume et de la reine Marie, que les Français aient à rendre leurs forts et châteaux, sans les endommager, ainsi que toutes les munitions ; qu'ils délivrent tous les captifs, et remettent leurs personnes et leurs biens à la disposition du général anglais.\u2018\u201c Ce que faisant,\u201d ajoute Phipps, \u2018\u201c comme chrétien, je vous pardonnerai, ainsi qu\u2019il sers jugé à propus pour le service de Leurs Majestés et la sûreté de leurs sujets.Ce que si vous refusez de faire, je suis venu pour venger, avec le secours de Dieu et par la force des armes, les torts et les injures que vous nous avez faits et vous soumettre à ln couronne d'Angleterre.Si vous attendez trop tard à le faire, je vous préviens que vous regretterez de n'avoir pas accepté plus tôt la faveur qu'on vous offre.\u201c Votre réponse positive dans une heure, par votre trompette avec le retour du mien, est ce que je vous demande au péril de ce qui pourrait s\u2019en suivre f \" \u201c Comme l'interprète achevait de traduire cette lettre, écrite en anglais, l'envoyé tira sa montre, et la présenta au comte de Frontenac, en lui faisant observer qu\u2019il était dix heures, et qu'à onze heures il serait prêt à partir avec la réponse qu\u2019on lui donnerait.On conçoit l\u2019indignaticn que durent produire la lettre du chef et la conduite de son envoyé sur tous les assistants ; mais le gouverneur sut réprimer son impatience, et lui répondit avec dignité : \u201c Je ne vous ferai pas attendre si longtemps, dit-il à l'officier anglais : dites à votre général que je ne connais point le roi Guillaume, et que le prince d'Orange est un usurpateur, qui a violé les droits les plus sacrés du sang, en cherchant à détrôner son beau-père ; que je ne connais en Angleterre d'autre souverain que le roi Jacques.Votre général n\u2019a pas dû être surpris des hostilités qu'il attribue aux Français dans la colonie du Massachueet, car il a dû s'attendre que le roi mon maître ayant reçu sous sa protection le roi d\u2019An- sleterre, Na Majesté m'ordonnerait de porter la guerre en ces contrées, chez les peuples qui se seraient révoltés contre leur prince légitime.\u201d \u201c Puis, montrant de la main à l'envoyé les officiers dont la chambre était remplie, le gouverneur ajouta en riant : \u201c _\u2014 Et, quand votre général m'offrirait des conditions un peu plus douces, et que je fusse d'humeur à les accepter, croit-iil que tant de braves gens voulussent consentir et me conseillassent de me fier à la parole d\u2019un homme qui n\u2019a pas gardé la capitu ation qu'il avait faite avec le gouverneur de Port-Royal, et d\u2019un rebelle quia manqué à la fidélité due à son légitime souverain, pour suivre le parti d'un prince qui, en essayant de persuader qu\u2019il veut être le libérateur de l'Angleterre et le défenseur de la foi, y détruit les lois et les privilèges du royaume et renverse la religion anglicane.C'est ce que la justice divine, invoquée par votre général dans sa lettre, ne manquera pas de punir avec sévérité.\u201d \u201c Étonné par la fierté de cette réponse, l\u2019envoyé pris le gouverneur de vouloir bien lui donner une réponse par écrit.« \u2014C'est par la bouche de mes canons ot a coups de fusils que je répondrai à votre général, reprit Frontenac ; ce n'est pas de la sorte qu\u2019on envoie sommer un homme comme moi.Qu'il fasse «lu mieux qu'il le pourra, comme je ferai du mien ! \u201d Le lendemain les Canadiens-françaiss'emparaient d\u2019un drapeau anglais qui resta à la cathédrale de Québec jusqu'en 1759.Le 2: du même mois paru.la flotte anglaise avait dis- *,* Je me souvenais de toutes ces choses, de cette grande époque, de ces hauts faits de guerre, je pensais aux braves tomix\u201cæ dans ces jours de bataille, au vaillant général qui les commandait et, passant près de l'endroit où l\u2019homme de bronze était couché et dont la bouche, muette maintenant, avait prononcé de si fières paroles, je me découvris avec respect, en disant : \u2014Mon général, je vous salue ! Et comme je m'éloignais, la tête en feu et le cœur broyé, la musique du bal lançait par les fe nôtres du palais illuminé les notes lourdes de : \u2018ud sare the Queen.*,* Quelques heures plus tard, il faisait alors grand jour et le soleil illuminait toute la rade et les hauteurs «le Québec, je repassais au même endroit.Le géant de bronze était debout, la statue d\u2019Hé- bert paraissait dans toute sa grandeur, on se disposait à l\u2019élever à l'endruit désigné pour la recevoir, à gauche, au dessus de la portemonumentale, lui, le premier de cette phalange de nos grands hommes qui doit orner le Parlement, et, me retournant je vis la statue de la reine d'Angleterre, déposée près d'un parterre, qui semblait regarder avec étonnement Frontenac prendre place sur son piedestal de gloire et d\u2019immortalité.\u2026.Mais si l\u2019âme des morts, comme on le dit, peut revenir aux lieux où ils ont vécu, et si un atôme du génie guerrier du grand général a.pu s'unir au bronze taillé si vigoureusement, ce dut être un spectacle étrange pour lui de voir une autre flotte anglaise dans cette même rade où deux cents ans auparavant, les vaisseaux de l\u2019amiral Philips éprouvèrent un si grand échec.Tout est changé, Frontenac, cette flotte est chez elle, l\u2019étendard anglais se déploie sur la citadelle, les princes anglais entrent sn maîtres dans Québec, on veut même nous empêcher de parler cette langue dont les éclats faisaient fuir les navires de Guillaume d'Orange, tout est changé, tout, sauf ta gloire et ton grand nom.LE MONUMENT NATIONAL (Voir gravures) Le besoin d'un établissement, spécialement con® sucré aux réunions patriotiques, se taisait sentir parmi nous depuis quelques années.Le peuple avait grandi , ses institutions, pleines de vitalité, étaient \u2018levenues si grandes et si fermes, que les francophobes eux-mêmes ne savaient de quelle manière attaquer ces French C'anadians.Malgré cette force, cette activité étonnante qui donnait à la nation canadienne l'espoir d'un avenir des plus brillants, il fallait un monument quelconque, un lieu spécial où les plus belles pages de notre histoire pouvaient y étre tracées en caractires ineffaçables.A quoi servirait notre ardent patriotisme, si nous ne pouvions pas avoir, dans cette chère province de Québec, un édifice national ?On proclame les exploits de nos héros et l\u2019on ne serait pas capable d\u2019élever des statues à ces hommes illustres qui font la gloire de notre pays.M.L.O.David, le patriote sincère dont nous connaissons tous les nombreux et éclatants services, a compris l'utilité d\u2019un établissement destiné à perpétuer parmi nous le souvenir de nos grands hommes ; alors, travaillant sans relâche au succès de cette idée, il parvint, il y a quelques mois, à faire finir les plans de ce monument dont nous donnons aujourd\u2019hui deux façades et une coupe longitudinale.Les architectes, MM.Perrault et Mesnard, ont choisi le style roman comme se prêtant le mieux aux besoins d'un édifice national.A l\u2019intérieur comme à l\u2019extérieur, ils ont laissé des espaces où pourront être placés plus tard cles statues, (les tableaux, des bustes, des écussons et autres inscriptions.Voici les dimensions : Façade de la rue Gos- ford : longueur, S8,0 ; hauteur, 80,0.Façade de lu rue Craig : longueur, 184,0 ; hauteur, 60,0.Façade de la rue St-Louis : longueur, 132,0.Il y aura au rez-de chaussée des magasins dont le loyer donnera à l'association St-Jean-Baptiste un revenu assez considérable ; leur hauteur sera de 20 pieds.Au premier étage est située une grande salle qui aura avec les galeries une capacité d'au moins 2,800 places ; dans ce vaste appartement, les œuvres de nos premiers artistes canadiens seront disposés dans un ordre régulier ; une scène assez élevée et assez large sera utilisée pour concerts et autres représentations quelconques ; cette salle splendide aura 134,0 x 50,0.L'Association s\u2019est réservée une belle salle pouvant contenir 700 à SUU personnes.Une partie du premier, du deuxième et troisième étages est divisée en quatre autres salles secondaires ayant 47 x 30, et en 10 4 12 bureaux possédant en moyenne 12 x 12.L'entrée principale du monument sera sur la rue Gosford ; l'on se propose d\u2019y faire un magnifique escalier à paliers en bois et fer.L'on peut voir par la donnée de ces quelques dimensions qui ne sont peut être pas rigoureusement exactes, combien les architectes ont pris à tâche de profiter de tout et de bien combiner les divisions, de telles sorte que l\u2019on est étonné, le terrain étant exigie, qu'ils eussent pu trouver lace pour tant de choses.M.L.O.David peut être fier de son œuvre, car ce monument, sans être immense, aura je ne sais quoi de majestueux et de grand qui frappera les regards ; on reconnaîtra à ces ornements, à ces statues entourant le noble édifice comme d'une couronne, le sanctuaire du peuple canadien, le lieu sacré où les beaux-arts se seront unis pour exalter les épisodes sublimes de notre histoire et pour rappeler à ceux qui survivront les traits aimés des défenseurs de nos droits.HONNEUR A NOTRE ARTISCE LOUIS.PHILIPPE HEBERT Le banquet donné la semaine dernière, en l\u2019honneur de M.Hébert, notre vaillant sculpteur canadien, par M.et Mme Victor Roy, a réuni une société des plus choisies.La salle du banquet était décorée avec un goût exquis par les artistes de la maieon Beullac.Une immense table avait été «dressée dans le vaste atelier de M.Roy.Le service, étincelant de lumières de cristaux et de fleurs, était parfait sous tous les rapports.Les hôtes ce M.et Mme Roy ont fait honneur à un menu recherché : dîner exquis, vins généreux, service supérieurement organisé.- Un véritable enthousiasme à régné depuis le commencement jusqu'à Ja fin de cette fète intime, que n\u2019oublieront jamais ceux auxquels il a été donné d'y assister.Tour à tour, les honorables messieurs Chapleau, Taillon et Ouitnet, et messieurs Fréchette, Curran, Préfontaine, de Montigny, Leblanc, etc, ont charmé l\u2019auditoire par leurs gracieux éloyes adressés À notre artiste.On a chanté de gaies chansons canadiennes et la soirée s\u2019est terminée en musique.Les convives se sont séparés enchantés de l'hospitalité cordiale de M.et Mme V.Roy, et emportant de cette fête artistique le souvenir le plus agréable.Voici les noms des invités : W.C.Blumhart, It.Beullac, Rodolphe Beau- dry, hon.J.-A.Chapleau, Stanislas Coté, J.-J.Curran M.P., E.D.Colleret, Moise-J.Dufresne, S.-A.Lrelorimier, Dr J.-A.Desjardins, G.Des- georges, B.-A.-T.De Montigny, Arthur Dansereau, J.-B.Emond grettier de la Court Circuit, Louis Fréchette, L.-Z.Gauthier, honorable L.-O.Taillon, Uhald Garand, Michael Guérin, L.J.O.Hétu, P.Hébert, lieut.-col.G.A.Hughes, H.Julien, hon.L.À.Lavallée, Rév.Chs Larucque, P.E.Leblanc, M.P., Ewile Lavigne, J.F.Loranger, l\u2019hon.M.Mercier, premier ministre, Joseph Melançon, C.Mariotti, consul italien, lieut.-col.J.A.Ouimet, M.P., Dr A.Piché, R.Préfontaine, M.P., M.J.À.Prendergast, Chs Quevillon, 1.Quevillon, Chs Roy, Novl Roy.John Rafter, E.P.Ronayn, hon.J.k.Robidoux, Damien Roland, Rév.À.Séguin, I.X.St-Charles, 8.St-Onge, Em.St-Touis, F.Vanasse, M.P. SONNET LE REVE.\u2014 A MLLE X.Qu'il est doux de rêver à celle qu'on adore Dans le fond de son cœur, vers le soir, au coucher Du soleil rougissant qui de ses rayons dore La cime des hauts monts que la nuit va toucher.Qu'il est doux d'y rèver lorsque la blanche aurore Ouvre un aile languissant qui nous parait loucher, Comme un petit enfant, plein de sommeil encore.Que de soudaines voix viennent d\u2019effaroucher.Qu'il est doux d\u2019y rêver, la nuit, dans un beau songe, Le jour, dans nos travaux, dont le souci nous ronge, Le cœur rempli d'amour, d'espérance et de foi, Car la réalité parfois est bien amère, Dans ce tnonde trompeur où tout est éphémère, Notre vie est un rêve, et mon réve c'est toi ! LEGLNDE CANADIENNE.La famille canadienne française vivait paisible et heureuse, dans un modeste bien être, sur les bords incomparables du Saint-Laurent au majestueux cours.Quand le sir la réunissait autour du poële traditionnel dans lequel pétillait une bonne attisée de bois sec.on commençait la veillée par la prière du soir, faite pieusement en commun.Quelques voisins venaient fumer la pipe.On contait, on causait soit de la France, soit des exploits des aïeux, et, quand les veilleux étaient partis, le père bénissait ses nombreux enfants et se retirait pour le repos de la nuit.Les frères et sœurs renouvelaient l\u2019attisée, se rapprochaient du feu et s\u2019entretenaient encore quelques temps.On parlait des événernents du jour, un tour que l'on avait joué à Pierre, le voisin ; une histoire que l\u2019on avait faite à Mareelline, la jaseuse, toujours avide de nouvelles pour les répandre ; un mariage projeté dans le canton ; une grosse veillés qui se préparait où l\u2019on danserait force cotillons ; mille choses enfin, ou plutôt mille riens qui sont la vie du petit monde où chacun renferme son existence.On badinait, on se taquinait, et le rire était franc ; car on s'aimait tendrement, et la plus cordiale union régnait dans la famille canadienne- française, qui vivait paisible et heureuse, sur les bords incomparables du Saint-Laurent au majestueux cours.Or il advint que le voyageur étranger paesa dans le village, venant de par en haut, et racontant des choses merveilleuses des pays d'Amérique.L'on y travaillait peu, gagnait beaucoup d'argent et vivait comme des princes.Quelles grandes villes il y avait à visiter ! Que de choses nouvelles à voir ! On apprenait l'anglais facilement, et la religion était bien moins sévère de l'autre bord des lignes qu\u2019au Canada, Le voyageur étranger était habillé de drap fin, portant chapeau de castor, bagues, joncs, montre Jaune avec chaîne dorée et breloques éclatantes.Il avait de l'argent dans sa poche et payait bien les services qu'on lui rendait.Quand il sortait pour prendre sa wa k, comme il disait, les enfants chuchotaient : \u201c Voilà le gros monsieur qui passe ! \u201d Quand ils avaient la bonne fortune d\u2019être entendus, 1ls ne recevaient pas moins d\u2019une pièce de cinq sous du gros monsieur.En leur faisant cette larguase, il ne manquait pas de promener autour de lui un sourire protecteur qui signifiait : \u201c Voilà ce que : gta que de voyager ; l'argent ne tient pas aux oi Mais le gros monsieur ne dirigeait jamais sa LE MONDE ILLUSTRE walk vers l\u2019église, et n'allait point à la messe le dimanche.Par en haut, peu de gens allaient à la messe, et lui n\u2019était pas de ces gens là.Et le père et la mère de famille tremblèrent que les discours et les exemples du voyageur ne pervertissent lours fils, et qu'il ne finit par les entraf- ner loin d'eux, loin de Dieu, sur la terre étrangère.Car les colonies canadiennes n\u2019étaient pas organisées.L'émigré canadien, laissé à lui-même, isolé, subissait bientôt la funeste influence du milieu impie où il se trouvait.C'est pourquoi on a réuni, dans les principaux centres américains, autant que possible, les Canadiens autour de leur église.L\u2019émigré trouve ainsi, dès son arrivée, des parents, des amis, une petite patrie qui I'accueille avec bonté.Tout y est canadien : le prêtre, l'école, le journal ; il y a même une société Saint-Jean-Baptiste, et autres associations de bienfaisance,heureuse contrepartie dus sociétés secrètes.Mais alors, rien de tel ; tout était danger.Et c\u2019est avec raison que ie père et ls mère de la paisible et heureuse famille canadienne francaise s\u2019alarmaient à la pensée de voir leurs fils partir pour la terre étrangère.Ils avaient vu le voyageur leur parler longuement à plusieurs reprises ; toutefois, l'attachement filial de leurs enfants et leur piété calimèrent peu à peu leurs inquiétudes et dissipèrent leurs alarmes.Quelques jours après, une place était vide à la, table de la famille canadienne-française, hier encore si heureuse sur les bords du Saint-Laurent au majestueux cours.Le cadet de la famille s'était laissé gagner par le pervers étranger, et avait fui le toit paternel, sans adieu, sans un baiser À sa tendre mère.Qui pourrait dire les inquiétudes du père et les angoisses de la mère de famille! Un nuage de tristesse s\u2019'étendit sur la maison ; le chagrin et la douleur vinrent occuper la place de I'absent, et le pain quotidien fut trempé de pleurs amers.On se demandait tous les jours : \u201c Ecrira t-il ?.Reviendra-t-il jamais ?.Qui prendra soin de lui sur la terre étrangère 1\u201d., Et les larmes coulaient plus abondantes.Plus de veillées charmantes au coin du feu, plus de gais propos, plus de joie dans la famille vivant naguère encore, paisible et heureuse, sur les bords incomparables du Saint Laurent au majestueux cours.Or, un dimanche, revenant de l\u2019église, le fils aîné rapporta de la poste une lettre d\u2019une écriture connue.Pleins d'émotion, l\u2019on fit cercle, grands et petits, autour du père de famille afin d\u2019en entendre la lecture.Le pauvre exilé était rendu bien loin, là-bas, dans l'ouest américain.Il n\u2019avait point annoncé son départ, disait il, afin «le causer moins de peine À la famille, recommandait À ses frères, en termes émus, de ne jamais abandonner leurs bons parents et espérait revenir bientôt.Puis, pour adresse, il leur donnait un nom anglais, ridicule traduction du sien.Le père seul en comprit la signification, et en fut affligé profondément ; mais il garda la chose secrète de peur d'ajouter encore à la douleur de la famille.Cette lettre redoubla les angoisses de la mère, \u2014Que va-t-il devenir, répétaitelle, le pauvre enfant, isolé, loin des siens, loin de Dieu, sur la terre étrangère?Et elle se dérobait aux regards de ses enfants pour pleurer.Secrètement, elle envoya de l\u2019argent à son cher fils, afin qu\u2019il pût revenir ; car son cœur de mère avait lu dans cette lettre que l\u2019infortuné était dans le dénûment et n'avait pas de quoi payer son retour.Elle ne reçut point de réponse.Deux années se passèrent.deux années bien longues et bien sombres pour la famille canadienne, autrefois si heureuse, sur les bords incomparables du Saint-Laurent au majestueux cours ! Les cheveux de la pauvre mère avaient blanchi.Ses yeux avaient perdu leur flamme éteinte dans les larmes, et deux profonds sillons descendaient sur ses joues ridées.Le père était vieilli, cassé, et son visage portait constamment une expression pénible de tristesse.On prisit beaucoup pour l'exilé.Il ne reparaissait point, Enfin, une seconde lettre arriva.\u2014 \u2014_ Elle était tracée d\u2019une main tremblante.L'infortuné relevait d\u2019une terrible maladie.TI ne envait combien de temps il avait été privé de ses sens ; mais il avait souffert ; il avait été À un cheveu de sa mort; car la cruelle maladie qu\u2019il venait d'essuyer n'a pas coutume de pardonner, Il n\u2019aurait pas voulu, diuait-il, paraître devant le bon Dieu tel qu'il était.Mais enfin, il était mieux; il était debout.Cette lettre était triste comme le remords.Qui eût vu le pauvre jeune homme en eût été profondément ému de pitié.Si sa tendre mère eût connu sa malheureuse histoire, elle fât morte de douleur.Que de ruines il avait amasgsées dans ces quelques années ! Ruine de sa vertu, dans les maisons de l\u2019ivrognerie et de la débauche ! Ruine de sa foi, dans la société d\u2019impies et par son afliliation aux sociétés anti-catholiques et secrètes ! Ruine des bons principes et des habitudes chrétiennes par l\u2019oubli de tout «levoir religieux ! Enfin, ruine complète de sa santé, auite et cha timent de ses désordres ! Non corps n\u2019était plus qu\u2019un squelette ambulant: son Ame et son cœur des puits de vices.Pauvre et infortuné jeune homme ! égaré loin des siens, loin de Dieu sur la terre étrangère.Que de maux il s'était faits! Que de peine il avait causée À sa famille ! Les larmes de la mère ne tarirent plus.Sans cesse, elle revoyait son fils, cloué sur son lit de douleur, et se débattant sans secours, ni humains ni religieux, dans une pénible agonie, hantée par le remords.Il n\u2019écrivait point.Au Lout de quelques mois, le deuil de la mère gagna les autres : \u201c Qu'allait-il devenir ?\u201d.On attendit des mois.des années.Point de lettre.La mort I'avait-elle frappé loin des siens, loin de Dieu, sur la terre étrangère ?Quand donc reviendraient ils, ces beaux jours d'autrefois, au foyer si heureux alors de la famille canadienne-française, sur les bords incomparables du Saint-Laurent aux majestueux cours ?Hélas ! la dernière lueur d\u2019espérance s\u2019y était éteinte ; car sept années.sept siècles.s\u2019étaient écoulées depuis le jour funeste qui avait brisé son honheur.Malgré le temps qui détruit si vite le souvenir des absents, il était ici aussi vivace, aussi douloureux qu\u2019au premier jour.Rien ne peut arracher du cœur de la mère la sollicitude qu'elle a pour ses enfants, la sollicitude de la mère était à la fois l'âme et l'aliment de la douleur des autres dans la famille canadienne-française.La bonne mère, dans l\u2019héroïsme de son amour maternel, fit un jour à Dieu cette prière : \u201c Seigneur, sauvez l'âme de mon enfant et prenez ma vie.\u201d Soudain elle tomba inalade.Les soins du médecin furent inutiles.Elle était tout consolée ; car elle était sûre désormais que l'ame de son fils serait sauvée de l\u2019enfer.La mort fit son œuvre, et la famille autrefois si heureuse s'achemina vers le cimetière à la suite du plus poignant de tous les cortèges, le cortège funèbre d'une mère.Et pour longtemps encore la joie fut bannie du foyer de la famille canadienne-française, jadis si heureuse sur les bords du Saint-Laurent au majestueux cours.Or la mère, du haut du ciel, priait pour son fils égaré, loin des siens, loin de Dieu, sur la terre étrangère.Quelques semaines plus tard, l\u2019infortuné rentrait sous le toit paternel.Comme il était changé ! On le recannaissait à peine.Ce n\u2019était plus ce noble adolescent à la figure ouverte et candlide, reflétant la paix du cœur et de l'âme.Ses joues étaient pâles et creuses, ses yeux fauves, et tous ses traits portaient l'empreinte si triste d\u2019une conscience bourrelée par le remords.Il parlait peu, évitait la rencontre de son vieux père, recherchait peu la compagnie de ses frères et LE MONDE ILLUSTRÉ 857 sœurs, et surtout, ne voulait pas voir le vieux curé ui l'avait baptisé et l'avait admis jadis au festin des anges\u2014la première communion.Une semaine se passa.Soudain, une hétmorrha- gie abondante survint, et le pauvre homme fut conduit aux portes du tombeau.Le vieux prêtre vint le voir, lui rappela les beaux jours de son enfance, où il était pieux, où sa famille était si heureuse.Puis, il lui révéla l'héroïque dévouement de sa mère, offrant sa vie en sacrifice pour le salut de lui, son enfant, qu\u2019elle avait tant pleuré pendant sept ans.Le malheureux tenta d\u2019abord de maîtriser son émotion, et de résister.Mais, du haut du ciel, la mère prisit plus fort pour le salut de son cher fils, qui était égaré loin des siens, loin de Dieu, sur la terre étrangère.Après quelques hésitations (car il en coûte toujours de quitter la voie du mal), il se confessa et mourut en bon chrétien.Le lendeniain, le père de famille, miné par le chagrin, et accablé par les coups que la mort venait de frapper sur deux êtres qui lui étaient si chers, expira en bénissant ses enfants.Et, tout en remerciant Dieu de sa miséricorde infinie envers le malheureux voyngeur, les frères et sœurs reconnurent intérieurement que son égarement était la triste cause de leur affliction et de leur infortune.Et de nouveau ils s'acheminèrent en pleurant vers le cimetière, à la suite de deux cercueils.Et la joie disparut pour toujours du foyer de la famille, autrefois paisible et heureuse, sur les bords incomparables du Saint-Laurent au majestueux cours.VIATOR, toutes les littératures Les écrivains de Montesquieu (Charles de Secondat, baron de la Brède et de) naquit au château de la Brède, près de Bordeaux, le 18 janvier 1689.Non père était fils d'un président à mortier du Parlement de Bordeaux et le destinait, suivant la tradition de sa famille, à la magistrature, voulut s'occuper lui- même de son éducation.Nous cette direction, son intelligence très ouverte, tris prompte, se forma rapidement, d\u2019une manière à la fois solide et brillante.Il avait d\u2019ailleurs la passion de l'étude et de la lecture.Tous les grands auteurs de l\u2019antiquité et des temps moderses l\u2019attirnient et le captivaient.À vingt-cinq ans, il était reçu conseiller au Parlement de Bordeaux.Le 13 juillet 1716, il y devint président à mortier ; mais, répugnant à la procédure, il ne montra qu'un goût modéré pour ses fonctions.Ses premiers essais furent la politique des Romains dans la Religion, qui pré- uda, en quelque sorte, à ses études plus approfondies de l'histoire romaine ; puis un Eloye du duc de la Force et une Vie du Maréchal Berwick, qui témoignent d'une lecture attentive et réfléchie de Tacit, lo Projet d'une Histoire physique de la terre, qui fat imprimé & Bordeaux, en 1719, et où l\u2019on peut déjà retrouver la trace de ses idées sur les lois et la politique.Comme Voltaire et Rousseau plus tard, il voulut s'attaquer, mais avec plus de modération, aux principes prédominants dans les institutions politiques et sociales.11 avait de l'esprit d'observation, un grand sens critique, une tournure d'idée vive, originale, caustique.Il avait trente-deux ans environ quand la lecture des Amusements sérieux et comiques, de Dufresny, lui donna la pensée d'écrire leu Lettres l'ersanes où, sous une forme piquante et frivole, il discute au fond très sérieusement les questions les plus graves de philosophie politique et sociale, tout en exerçant sa verve satirique sur les travers et les ridicules du temps.Les lois, les idées, les mœurs de la France y sont passées en revue.En même temps l\u2019auteur, pour soutenir l\u2019intérêt, y introduit une histoire de harem licencieuse, qui interdit la lecture de l'ouvrage à la jeunesse.Les Lettres persanes firent sensation.Elles parurent en 1721, anonymes, mais on en connut vite l'auteur, et son talent lui ouvrit les portes de l\u2019Académie française, où il fut reçu le 24 janvier 1728, en rem placement de Saci.Voulant se consacrer désormais tout entier aux lettres, Montesquieu donna sa démission de magistrat, et, dans le but d\u2019étudier de près les mœurs et les gouvernements, il visita successivement l\u2019Alle mayne, la Ilongrie, l'Italie, la Suisse, la Ilollande et enfin l\u2019Angleterre, où il resta deux ans.À son retour au château de la Brède, en 1731, il écrivit à loisir le plus remarquable de ses ouvrages, les Considérations sur les causes de la grandeur des Romains et de leur décadence, qui parut en 1734, et que d\u2019Alembert a appelé \u2018* une histoire romaine à l'usage des Etats et des philosophes \u201d ; Montesquieu y fait preuve d'une grande supériorité de vues, expliquant l'enchaînement des faits sans les raconter, les rattachant à leurs origines, aux événe- ments qui les ont déterminés, et donnant ainsi par l'exemple du passé un enseignement à l'avenir.En 1748 parut son Æsprit des lois, œuvre de vingt ans d'études patientes et de longues méditations, composition vaste et hardie, dans laquelle l\u2019auteur recherche la nature des législations, leur dépendance du climat, du sol, du caractère des na tions, l'influence qu\u2019elles exercent sur la destinée des peuples, et qu\u2019elles subissent sous l'empire des diverses formes de gouvernement dont le meilleur est, pour lui, le régime constitutionnel.Dans ce livre, souvent cité, mais peu lu aujourd\u2019hui, Montesquieu est à la fois hardi et réservé ; i! a ce que l'on pourrait nommer des audaces tempérées par les circonstances atténuantes de son époque.\u201c\u2018Il est, comme on l'a dit avec justice, le Voltaire et le Rousseau de la Révolution \u201d.Llencyclopédiste helvétien combattit les idées de Montesquieu dans son livre intitulé l'Æsprit.À part les trois grands ouvrages que nous venons de nommer, et auxquels Montesquieu doit son renom littéraire, on a de lui deux fragments remarquables, le Dialogue de Sylla et d'Eucrate, tableau éloquent de la terreur produite à Rome par la dictature, et Lysimaque, page émouvante sur le stoicisme.On lui doit aussi un Essai sur le got et un petit roman oriental, Arsace et Jsménie, un poème, Le Temple de tinide, d'une immortalité voulue, «t du reste sans mérite, quelques Chansons en vers galants et une centaine de Lettres.Tous les écrits de Montesquieu n\u2019ont pas été publiés.Atteint d\u2019une fièvre inflammatoire résultant de l\u2019excès du travail, Montesquieu s'alita au commencement de 1755, et mourut la même année à Paris, le 10 février.\u201c Montesquieu est le premier en date des classiques du XVIIIe siècle, il occupe un rang éminent parmi nos prosateurs.Non style a de la vigueur, de la précision.Il excelle à saisir les nuances les plus délicates de la pensée, à leur donner une forme incisive et à condenser ses idées dans des phrases courtes qui frappent l'attention et provoquent la réflexion ; c'est l'un des écrivains qui font le plus penser.Il y a chez lui des obscurités caloulées.I ne dit pas toujours toute sa pensée (Urban et Jamey.Ætudes historiques et critiques).* Une admirable modération d\u2019ame, d'esprit et de caractère, régiait en lui et pondéruit les unes par les autres des qualités très diverses que la nature associe rarement en un même homme.Ces qualités ne sont pas tout le génie de ls France, mais elles sont toute le raison et l\u2019esprit français \u201d.(Albert Sorel.Montesquieu, dans la collection des lirands écrivains français, 1887), À ces éloges, il convient d\u2019opposer les critiques, et après avoir signalé les qualités, d\u2019indiquer les défauts.\u2018 On & reproché à Montesquieu d'assez nombreuses erreurs historiques, et il n\u2019est pas étonnant qu\u2019il en ait cominis, tant était vaste le sujet qu\u2019il avait embrassé, surtout dans son Æsprit des lois.Il à aussi plus d\u2019une fois manqué de sens critique en accordant sa confiance à des récits d\u2019autorité suspecte, ou en donnant à des anecdotes plusd'importance qu\u2019elles n\u2019en méritaient (Mac Au- lay).Cette connaissance imparfaite des faits l'a entraîné à des erreurs de priucipes, surtout dans les questions religieuses, et alors d'autant plus facilement qu\u2019il conclut du particulier au général.Il a eu tort aussi de sacrifier aux goûts licencieux de son temps, en insistant trop sur certains détails de mœurs scabreux \u201d.CuARLES SIMOND.ÉCONOMIE DOMESTIQUE La mollesse doit être combattue sans relâche ; c'est une ennemie qui met obstacle à la réussite de bien des projets, de bien des travaux.C'est la mollesse qui retient la femme au lit plus tard qu\u2019elle ne le devrait et l'empêche par là d'exercer sa surveillance dès le matin, c\u2019est-à-dire à l\u2019heure où elle serait plus utile.C'est Ja mollesse qui lui fait prolonger un temps de repos dans un fauteuil ou Voisivité lui prendra des instants précieux.C\u2019est encore ce funeste défaut qui l'empêchera de donner un coup de main À certains travaux de ménage, toujours mieux exécutés s'ils le sont par la main d\u2019une maîtresse de maison.Fuyez donc ce triste penchant, Ô jeunes filles, qui me lisez ! vous avez la force, la vigueur, l\u2019entrain de belles années ; utilisez-les donc dans vos intérieurs, afin de devenir plus tard des menagères actives et laborieuses.Le temps c'est de l'argent, dit-on, et on & raison, ne le gaspillez donc pas; occupez vos moindres instants ; les femmes vraiment laborieuses font une foule de choses dans ce qu\u2019on appelle vulgairement les moments perdus.Le jour baisse-t-il, et par économie, ne veut on point allumer encore la lampe ! Vite un tricot facile se trouve dans leurs doigts.Le dimanche ne leur permet pas Jes travaux manuels ; elles en profitent pour faire une visite éloignée qui leur ferait trop perdre de temps un jour de semaine, soit à mettre à jour une correspondance en retard.Vive, alerte, la maîtresse de maison trouvega souvent qu'il est plus rapide et meilleur de se servir soi même que d'appeler une domestique, et surtout si celle-ci est occupée à un travail sérieux et qui demande toute son attention.La bonne ménagère ne comptera jamais ses pas pour aller d'ici, de là, vérifiant d\u2019un côté, aidant de l'autre, portant à tous et partout l'exemple de son activité.La cave, le grenier, l\u2019écurie, si on habite la campagne, auront, quand besoin sera, 8a Visite et ses suins.Travaillant beaucoup, la ménagère travaillera vite et bien.L'ouvrage ne \u2018rainera pas sous ses doigts et sa dextérité à tous les travaux féminins sera une source d'économie pour son ménage.Elle prendra l'habitude de donner rapidement à sa toilette les soins qu\u2019exigent l'ordre et la propreté, elle ne s\u2019attardera pas devant son miroir.Sans agir avec une précipitation regrettable, elle n'aura point une démarche languissante et des mouvements pleins de mollesse.En un mot elle aura ce qu'on appelle une vie bien remplie, son activeté aidera au bien être des siens et pourra, en maintes occasions, réparer la négligeance des autres.E.M.Celui qui ne connaît pas les nuances n\u2019est pas Parisien, fût-il né en plein boulevard.\u2014G.-M.Val- tour. EN DESCENDANT L\u2019UTTAWA C'est à St-André d'Argenteuil que nous avions interrompu notre voyage, de descente d'Ottawa à Montréal ; c\u2019est de là que nous repartirons, si je puis compter sur la faveur de votre compagnie, mes chers lecteurs, pour le reste du trajet.Nous quitterons St-André sans que j'en dise rien ou presque rien présentement, j'ai l\u2019intention d\u2019y revenir plus tard.Par les souvenirs de famille qui m'y rattachent, les parents et amis que j'y retrouve encore, cette vieille paroisse est un petit monde pour moi.Je lui duis une visite spéciale, ce me semble : un jour ou l'autre, je vous prierai, peut-être, de vouloir bien la faire avec moi.Ainsi donc, aujourd\u2019hui, je ne vous ferai pas encore connaître le grand et pittoresque village, la jolie petite rivière du Nord.Je ne vous parlerai même pas de l\u2019église, du couvent, du coquet presbytère, des cimetières, de la splendide allée de sapins, tous sujets si alléchants de description.Je ne vous introduirai pas dans la salle de l\u2019hôtel-de- ville (Town Hall) où, le 22 mai dernier, au soir, j'avais le plaisir d'assister à une très jolie séance, dramatique et musicale, organisée par les élèves des dames de la Providence, à St-André.Je ne me confesserai même pas d\u2019avoir cédé à de trop bienveillantes sollicitations et pris une part active à la susdite séance, par un discours d'occasion.//or- resco referens /.Péchés de jeunesse : pitié, mon Dieu ! Non, ce n'est point ici ni le temps, ni le lieu.Il s\u2019agit pour le moment, de retourner à Carillon, d'où nous sommes venus hier, et de s\u2019y embarquer pour Montréal.Cependant, et comme malgré soi, l'on diffère le départ de St-André, tant nos hôtes, ici encore, sont charmants ! * » * Deux heures moins dix minutes de l'après diner.La pluie commence à tomber, fine et serrée.Par bonheur, nous sommes à l'abri dans le magnifique vapeur Sovereign, où nous voilà installés depuis quelques instants.A ce moment, deux coups de sifflet déchirent, presque simu!tanément, les échos des falaises élevées, aux entours de l\u2019embarcadère de Carillon.C'est le train de Grenville qui entre en gare ; c\u2019est en même temps notre navire qui démarre, Tout cela c'est l'affaire de deux minutes, à peine si nous avons eu le temps de jeter à ceux qui restent nos derniers saluts, nous voguons déjà en plein large.A l'arrière, voici Carillon qui fuit grand train ; à notre droite, la Pointe Fortune, son vis-à-vis, qui s\u2019efface peu à peu dans le brouillard soulevé par la chiite de Carillon qui l'avoisine.Enfin, un mille plus bas environ et à notre gauche, cette fois, l\u2019église de St-André et son couvent se dressent sur la côte.Sur le bateau comme sur la rive, les mouchoirs s\u2019agitent au vent.Mais bientôt l'horizon terne de ce jour pluvieux reprend ses droits, et l'on ne distingue plus rien, rien.L'Ottawa s\u2019élargit, à ce point qu'on n'apergoit que vaguement ses rives à travers la brume.Sans peine cependant, notre navire y retrouve sa route, et après une demi-heure d\u2019une marche emportée, nous touchons au quai de Rigaud.* * * Grâce aux indications d\u2019un de mes compagnons de route, plus families que moi avec le pays que nous côtoyons, j'ai pu apercevoir Rigaud, là-bas, assez loin du rivage.Un large pâté de maisons avec une église, c'est tout ce qu\u2019on distingue du village.Tout auprès, sur la colline, apparaît la petite chapelle de N.D.de Lourdes, en voie de devenir célèbre par les nombreux pèlerinages qui LE MONDE ILLUSTRE s'y font déjà, entre autres celui de Montréal tout dernièrement.Sur la petite montagne la chapelle se détache, parmi les arbres, comme le ferait une fleur aux couleurs pâles dans un bouquet de verdure.Ni je mentionne encore les vastes bâtiments du collège Bourget, j'aurai signalé les principaux traits du spectacle qu'on peut avoir de Rigaud de dessus le pont du bateau.Quant à deviner Rigaud a cette humble jetée, où l\u2019on ne fait que toucher en passant pour y débarquer un voyageur, y prendre un sac de malle et en repartir aussitôt, j'y serais bien difficilement parvenu, je le confesse, Dsns un estuaire est sis le prétendu quai de Ri- gaud.Cette baie sert d'embouchure à la petite rivière à la Graisse dont les ondes baignent Rigaud.Juste on face de Rigaud la fameuse île Jones, le royaume des piques-niques et zampements, l\u2019éden des chasseurs et pêcheurs à ln ligne, émerge du sein des flots.On la contourne presque en se rendant au quai de Rigaud, et en s\u2019en retournant.Si j'en juge par ce que je vois, même sans être connaisseur, je puis dire qu\u2019elle m\u2019a l'air de répondre à sa réputation.* +* * En partant de Rigaud, notre vapeur a mis le cap sur la Pointe aux-Anglais, un peu plus bas sur la rive nord.Au dessus de ce dernier endroit et plus vis-à vis Rigaud, brille le clocher de St-Placide, tout auprès de la rive.Notre navire ne fait point escale à ce joli village, Cependant la pluie a cessé, et malgré le vent qui fait fureur, me voilà seul sur le pont d'avant du bateau ; seul à m'inonder les poumons de l\u2019air humide et frais du large, seul à scruter jusqu'en ses moindres détails le panorama splendide qui se déroule autour de nous.Nous sommes en plein lac «les Deux-Montagnes, vaste nappe d'eau où se reposent un peu les ondes de l'Ottawa rapide avant que d\u2019aller s'incorporer aux flots mouvants du grand fleuve.Pareil au renne dans la steppe immense qui fuit sous son pied agile, notre vaisseau passse comme un trait à travers la liquide plaine.Déjà nous avons abordé la Puinte-aux-Anglais, et puis, du côté sud de la rivière, Hudson dans le comté de Vaudreuil, nous voilà à Oka ou La Mission du Lac, le dernier asile des derniers Iroquois.Ce port-ci est au Nord, comté des Deux-Mon- tagnes.Les messieurs de Saint Sulpice, seigneurs de l'ile de Montréal et de la réserve d'Oka, ce qui ne les empêche pas de se faire les humbles desservants des pauvres Sauvages, ont construit ici une splendide maison d'été.Splendide non pas tant par le bâtiment lui-même qui ne vise pas au luxe tant s'en faut, que par le site et l'installation qui sont des mieux choisis, C'est cette demeure qu'on aperçoit là, non loin du quai, tout au bord du beau lac, vaste corps de logis qui semble fier, dans sa noble simplicité, de s'entourer de si jolis parterres, de si larges allées, de si frais ombrages.L'église et le village de la mission qui se groupent à l'entour jouissent encore de cet air dégagé, de ces tons proprets qui distinguent le vieux manoir seigneurial.Oka possède en plus deux grandes sources d\u2019attractions pour tous les touristes, mais pour ses visiteurs catholiques surtout.C'est le pèlerinage, déjà fameux, du Calvaire du Lac et le monastère de la Trappe, qui de fondation récente encore et due à la générosité des Sulpiciens, attire fortement l'attention et des gens du pays et des étrangers.* * * D'Oka à Como, rive sud, ce n\u2019est quasi qu\u2019une simple traversée de la rivière, bien vite effectuée.En laissant Como on entre dans la branche droite de l'Ottawa, celle qui arrive au St-Laurent de chaque côté de l'île Perrot, tandis quo l\u2019autre branche, celle de gauche, va marier ses flotsavec les ondes du beau fleuve au pied de l'île de Montréal.Une autre demi-heure de course, à pou près dans cette direction, et nous arrivons À cet endroit où la rivière se rétrécit entre la pointe sud ouest du comté de Jacques-Cartier (île de Montréal), et les falaises nord est de l\u2019île Perrot (comté de Vau- dreuil).C\u2019est l'écluse de Ste-Anne de Bellevue qui permet à la navigation du nord de descendre autrement que par les rapides du niveau de l'Ottawa à celui de St-Laurent.On vient de longer les côtes de Vaudreuil, si pittoresques, et qui sont devenues de plus en plus à la mode ces aunées dernières.Cachées derrière les hauts terrassements des chemins de fer du Grand-Trone (ligne de Montréal et Narnia) et du Pacifique Canadien (ligne courte de Smith's Falls), qui se rapprochent ici pour atteindre l'île Perrot, on aperçoit à présent les jolies maisons de Ste-Anne, avoisinant l'écluse.C'est au sortir de la susdite écluse que notre bâtiment baisse la tête, c\u2019est-à-dire qu\u2019il décapite as double cheminée et sa mature, et se glisse doucement sous les deux ponts des voies ferrées sis à quelques pieds l'un de l\u2019autre, lesquels comme deux jumeaux de fer relient ensemble les deux îles.Puis adieu Ste-Anne et l\u2019île Perrot ; après un assez long détour pour atteindre le chenal, voilà que nous filons à toute vapeur.Au bout d\u2019un large estuaire où vient perdre son nom le bel et poétique Ottawa, l\u2019on entrevoit déjà la vastitude du St-Lau- rent.C'est le beau lac St-Louis où nous voguions quelques minutes plus tard, après avoir contourné la Pointe Claire, comté de Jacques-Cartier, pour toucher à Lachine sur les cinq heures du soir.+ + + Le temps s'était remis au beau fixe, ou à peu près.Poussés par un vent frais du sud-ouest, les nuages encore gros d\u2019une pluie menaçante s\u2019éloignaient rapidement.Ils allaient d\u2019une course folle, comme le troupeau qui fuit devant les chiens du berger, s\u2019éventrer sur les cîmes des Laurentides et s\u2019anéantir dans leurs vallées profondes.Le soleil encore timide et trop discret se laissait deviner pourtant dans un coin de l'horizon et promettait pour le lendemain un beau jour de congé.C'était la veille du 24 mai, fête de notre gracieuse souveraine.Aussi, ne fâmes-nous pas surpris de voir un grand nombre de citadins montréalais s'embarquer pour Beauharnois, sur le vapeur local, déjà amarré au quai de Lachine où nous venions de toucher.Ils avaient chosi cette petite ville d'été, si fraîche et si coquette, pour y célébrer, à leur façon, l'anniversaire de notre bonne dame Victoria.On vit déjà plus mauvais goût.Bien du plaisir, mes amis ! Du même train qui avait amené de la métropole ces excursionnistes, descendaient aussi quelques touristes amateurs qui vinrent se joindre à nous pour passer les rapides de Lachine ou sault Saint-Louis.C'était de la saison le premier voyage que le navire de l'Ottawa faisait jusqu\u2019à Montréal vi les rapides : nous assistions à une première.On l'avait annoncé à grand renfort de réclame ; car chacun sait que ce tour-là est à la mode dans le haut sport de Montréal.Et puis ma foi, c'est à bon droit.Dix minutes après, nous étions dans les premiers remous du terrible rapide et notre bâtiment charrié au fil de l'eau comme un fétu de paille, se tordait sous la main sûre du pilote, tel qu'un coursier emporté se cabre sous le frein.* » + La traversée du sault Saint Louis, c\u2019est toute une phase de navigation ! Mais j'ai dit déjà, l\u2019an dernier, dans les colonnes même du Monpx ILLUs- TRÉ, ces éniotions et ces beautés ; je ne les répète- rai pas ici ; à d\u2019autres la marge, ils le feront mieux.Simplement signalerais-je le fait que ce jour-là, l'énorme crûe printannière des eaux qui subsistait encore, dissimulait en bonne partie aux voyageurs étrangers les dangers réels que présente ce trajet.Ainsi se fit-il que le révérend Père Babonneau, qui était des nôtres, crut ne devoir pas s\u2019émerveiller sur le compte de notre fameux rapide, \u201c Si ce n'est que ça, remarqua-til, d\u2019un air de quasi dé- sers: vera mea eme {= i rte A mee = = LE MONDE ILLUSTRÉ ; 350 es pret re te dain, ce n\u2019est guère la peine d'en parer.En vain nous efforçâmes-nous de faire entendre à l\u2019éminent prédicateur les\u2019 raisons naturelles qui empéchaient le sault Saint-Louis d\u2019être aussi grandiose que d'habitude d'angoisse et de stupeur, il ne voulait point comprendre.En poète qu\u2019il est, il avait cherché les émotions poignantes et ne les trouvait point.La vague elle-même, immense et moutonneuse, nous hissant sur son dos d'un mouvement vertigineux, puis nous laissant glisser bien bas, bien Las, dans le creux de sun sein, ne le consolait qu\u2019à demie du rocher menaçant qui persistait à ne se pus montrer.Il s\u2019en allait désanchanté, trompé dans son espoir ! Auditeurs anxieux, suspendus à ses lèvres, deux messieurs prêtres Sulpiciens, qui me l'avaient fait connaître, et l\u2019humble soussigné, nous écoutions avec intérêt ses duléances confinant au reproche.Dans toute la sincérité de son Ame de poète, l\u2019orateur distingué de Notre-Dame nous avoua alors qu\u2019un incident bien simple en apparence, presque trivial pour le vulgaire, resterait un des plus charmants souvenirs de son petit voyage.C'était d\u2019avoir pu contempler à loisir ces tourbillons épais de noire fumée s'échappant comme des flacons d\u2019une laine à la couleur très sombre des cheminées de notre bateau, pour se répandre aux quatre vents.Il nous fit sur ce sujet de tris jolies réflexions ! Et je compris, ce soir-là, comme un spectacle de nature bien infime peut inspirer à une belle âme de bien riches sentiments ! Tant est profonde ot admirable l'harmonie qu\u2019a établie entre tous les êtres, le Dieu, suprême in- tolligence, dont la miséricorde les créa ! * * + La demie de 6 heures sonnait à l'horloge, lorsque nous prîmes terre à Montréal.Je me séparais bien à regret du noble fils de St- Dominique, et j\u2019acceptai avec empressement son invitation d'aller l'entendre à St-Jacques de Montréal, le dimanche suivant.Effectivement je m'y trouvais et il me fut donné de savourer les délices de sa conférence admirable sur le grand dogme de l\u2019Eucharistie.Oh ! je garderai bien longtemps et précieusement le souvenir de notre double entrevue ! À présent, si je ne regrette pas tout à fait autant de me séparer ici de vous, mes bons lecteurs, c'est que je crains de n'avoir été déjà que trop long et importun à vous narrer, par le détail, le joli voyage qu\u2019il me souvient d'avoir fait Æn des:en- dant l'Ottatwa.a L'ANGLIFICATION ÉTUDE\u2014(suite et fin) Après l\u2019anglification de nos coutumes, vient celle de notre langue.Cette dernière est la plus sérieuse, celle dont nous avons le plus à craindre, parce que la perte de ce langage noble et harmonieux que nous a légué la France serait pour nous la destruction entière de toute idée nationale, l'ancantissement de tous nus principes religieux et la ruine de toutes nos institutions.La langue française, par sa pureté et sa richesse, n été de tout temps proclamée la plus belle du globe ; aussi les premières cours d'Europe l\u2019ont- elles adoptée, et cela depuis un grand nombre d'années, comme langage diplowatique.; Illustrée par les plus grands génies qu'ait produits l\u2019humanité, elle est devenue en quelque sorte une langue classique, où tout, mots, expressions, tend à la plus haute perfection.La littérature française est la première du monde ; ses écrits sont pour les Anglais comme les Espagnols une mine inépuisable dans laquelle ceux-ci ne cessent de puiser, mes ee eme ee Se ee Les fils d'Albion savent que leur langue, froide comme leur caractère et sèche comme leurs manières, ne peut leur fournir les expressions voulus pour parler avec avantage de ce qui est beau et de ce qui est grand ; alors ils sont bien forcés d\u2019emprunter à la langue française cette chaleur de style, cette noblesse de pensée, cette richesse de mots qui leur manquera toujours.Certes, je ne veux pau médire de la langue an glaise qui, malgré tant de défauts, possède une concision et un caractère vraiment énergique, qualités remarquables qui l'ont fait proclamer la langue d'affaire par excellence.Mais mon esprit se refuse à croire qu\u2019elle puisse être autre chose ; l'Anglais, le langage des nobles sentiments du c«rur, allons-donc ! Nous, Canadiens-Français, nous qui sommes les fils de cette France si grande et si noble, les descendants de cette nation chevaleresque où l'honneur et le devoir étaient choses sacrées, nous serions capables de rougir d\u2019une langue que parle notre mère-patrie ! Parceque les affaires se fout en anglais, est ce une raison d\u2019angliciser notre langage ?N'est-ce point assez qu'on soit obligé d'apprendre et de parler l'anglais, sans que la nôtre, celle que nous a légué les 60,000 braves de 1760, diminue de valeur à nos yeux ?Parceque nous sommes les sujets de l'Angleterre, cesserions-nous d'être les enfants de la France ! Nous sommes les premiers et véritables habitants du Canada, et nous adopterious la langue des envahisseurs ! La majorité, dans cette belle et grande province de Québec, est canadienne-française, et la minorité aurait plus de prestige ! Mais, c'est ridicule \u2018 Si l'anglais est devenu parmi nous la langue du commierce, c\u2019est beaucoup de notre faute.Allez dans les plus beaux magasins ou dans les bicoques de l'ouest, tous les commis, à quelque exception près, parlent l'anglais et pas un seul mot de français, ce que je trouve étonnant et invraisemblable pour une ville comme Montréal aux trois quarts canadienne-française ! Allez dans l\u2019Est, presque tous parlent le français et l'anglais.Les fils de John Bull trouvent affreux que quelques-uns de nos marchands ou commis-marchands ne connaissent point leur langue ; mais demandez à ces messieurs qu\u2019ils apprennent la nôtre, ah ! ça, ce n\u2019est plus la même chose ! \u2018Quels sont les coupables ?Ce sont nous, et ce sont eux ! Nous, parceque si nous avions montré plus d'énergie, plus d\u2019orgueil national, les anglais feraient aujourd\u2019hui ce que nous faisons tous, ap prendre les deux langues ! Eux, parce qu'ils ne veulent point admettre le français dans leurs affaires et qu\u2019ils montrent là clairement leur égoisme et leur manque de noblesse ! Cet état de choses ne peut durer : jusqu'ici, le français et l'anglais ont été également parlés dans cette province, mais viendra un temps où les affaires et la population ayant considérablement augmentées, une de ces deux langues devra céder sa place à l'autre ; ce sera d\u2019ailleurs comme le flamand et l'irlandais, deux beaux langages dont il ne restent plus que des débris ! Laquelle aura la préséance ?Mélas ! nous ne pouvons connaître les mystérieux desseins de la Providence ! Espérons qu\u2019un jour l'élément saxon ayant été refoulé dans les provinces voisines, le drapeau national tlottera librement sur tous nos édifices, et qu\u2019alors notre province deviendra un pays pouvant jouir des mêmes droits que l\u2019Angleterre ou toute autre nation.Si des petits peuples comme les Chiliens, les Boliviens, ont pu devenir indépendants, est-ce un crime pour nous de rêver à l'indépendance Ÿ Si l'Australie, pays anglais, songe elle-même à briser ses liens, serions-nous coupables de penser peut- être à briser les nôtres ?Uertes, nous jouissons, quoique sujets, d'une grande liberté, : pas loin, où, bapé révolution, sans effusion de mais le moment viendra, et il n'est pê ov sang, la Grande Bretagne perdra l'Amérique du Nord.Je ne sais si ln chose, tout en étant possible, peut devenir probable, toujours est-il que souvent ma pensée se reportant à cent ans d'ici, Je vois au Canada deux pays distincts : l'un français, l'autre anglais ; le premier jouant en Amérique le rôle glorieux de la France, l'autre étonnant le monde par la grandeur de son commerce.L'Europe tombera comme ces puissants et riches pays d'Orient dont ile ne resteut plus que le souvenir de leurs actes fameux et les ruines de quelques-uns de leurs palais gigantesques ! L'Amérique, jeune, pleine d'avenir, fière d\u2019une civilisation qui lui est propre, deviendra ce qu'est aujourd\u2019hui l\u2019Europe, grande, riche, redoutable et recherchée.Nous, Canadiens, nous avons notre place marquée sur cette terre que Jacques Cartier donna à la France ; mais, aide-toi le ciel t'aidera, dit le proverbe, et certes si nous ne prenons point garde aux nombreux dangers de l'anglification, malheur à nous ! Il est temps, grandement temps, de réagir de toutes nos forces contre cet entrainement fatal de plusieurs d\u2019entre-nous à singer John Bull.Tout le monde parle d\u2019annexion, d'indépendance, de fédération impériale, de ceci, de cela, très bien, mais pour le présent on devrait plutôt penser à l\u2019anglification, à ce mal affreux qui nous ronge, à cette gangrène horrible qui finira par nous perdre si jamais Dieu cesse de veiller sur nous ! Faisons une guerre à mort À l\u2019anglicisme, cet ennemi mortel de notre langue.Parlons correctement ; suivons la route que nous trace Buies et Lusignan ! Encourageons nos arts, notre littérature, nos industries : préparons-nous ainsi à l'avenir brillant qui nous attend, au rôle sublime qui nous est dévolu sur le continent américain.Sd).B3.9 ang.CORRESPONDANCE A monsieur le directeur du MoxbE ILLUSTRÉ, Monsieur, Comme la traduction du mot typewriter semble être à l\u2019ordre du jour, je me permets de vous présenter, moi aussi, quelques observations.Graphotype, à mon avis, n\u2019est pas la traduction la plus fidèle de type-writer ; ce serait typographe.Mais ce mot a déja une signification qu'il ne convient pas de changer.Clavigraphe, proposé par M.Louis Fréchette, est plus court et plus doux que mackinégraphe ou mécanigraphe, et a en outre l'avantage de bien spécifier le genre de machine qui est un clavier.Remarquez que l'expression anglaise, type-uriter, est vague.Elle se traduit littéralement par écrivain avec type.Cet écrivain peut être aussi bien un homme qu'une machine, et si c'est une machine, de quel genre est-elle 7 Le seul mot Clavi- graphe, au contraire, indique une machine à clavier qui sert à écrire.Il est par luimême une définition courte, claire et précise, conforme au génie de la langue française.Et voila pourquoi, M.Louis Fréchette, qui a si brillamment conquis les suffrages de l\u2019Académie française, a, selon moi, gagné les cinq sous que celle-ci adjuge à tout inventeur d\u2019un nouveau mot qu\u2019elle adopte.Louis DE SAINTES.Cri du cœur : \u2014 Avant notre mariage, tu me faisais souvent des cadeaux.Maintenant, tu ne m'apportes jamais rien.Pourquoi ?\u2014Pourquoi ?As-tu jamais entendu dire qu\u2019un cheur faisait avaler des amorces aux poissons qu'il avait déjà attrapés ? 360 LE MONDE ILLUSTRE LP f = + - | i 0 _ y ha { CC
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