Le Monde illustré, 4 septembre 1897, samedi 4 septembre 1897
[" | LE MONDE ILLUSTRE ABONNEMENTS: On $3.00 s 81.50 | | 14m ANNÉE, No 696.SAMEDI, 4 SE PTEMBRE 1897 ANNONCES: | any 99.- 0.Six mos $1.0 \u2014\u2014 ee 0 La ligne, \u2019 = parinsertion - - - - - 10 cent Quatre mois, 81.00, puyuble d'acance | BERTHIAUME à & | SABOURIN, PROPRIETAIRES.Insertions subséquentes .- - 6 cent.Vendu dans les dépôts - - 5 cents lu copie | Bu REAUX, 42, PLACE JACQUES: ARTIER, MONTREAL, Tarif spécial pour annonces à long terme # A vi pu D I a ei oi i AHN ol Ÿ {| | h RR N AE Mel js \u201cAE ' i j by LE gy ; , al ih ; i CEE Rye A LA CAMPAGNE.\u2014Dans lalgrange 200 LE MONDE ILLUSTR MONTREAL.+ SEPTEMBRE 1897 SOMMAIRE Texre.\u2014 Une promenade en champagne, par Myr L.d'Orouze.\u2014Ce qu\u2019on voit ls nuit, par EP Labat.\u2014 Divorçons, par V.de Prairie.\u2014 Dans lu range.\u2014 Poésie : Orgueil et doute, par J.Fleury.Premier et dernier baiser, par A.Ginyras.Les étudiants à la Grosse-Iale, par F.Picard.L'adieu, pur P.Herda de Croix.\u2014Petite poste en famille.\u2014 Poésie : Chute du jour, par L.Paradis.Souvenirs de voyages : Ie Klondyke, par F.Picard.L'empereur d'Allemagne en Russie.- Le vieux mendiant, par G.Bonnerve.\u2014Canovas del Castillo.\u2014 Cadeau à Mine Laurier.\u2014 Théâtres.\u2014Jeux et amusements.\u2014 Nouvelles à la main.\u2014 Choses et autres.\u2014 Feuilletons : Les deux Gosses, par P.de Courcelle.\u2014Mariannic, par André l'heuriet.GRAVURES.- À la campagne : Dans la grange.\u2014 Ex- eursion des étudiants en médecine de Québec à la Grosse-Isle.\u2014 Portrait de M.Canovas del Castillo, assassiné.\u2014 Dans l'Alaska : Portraits des premiers explorateurs canadiens du Klondyke.\u2014 Visite des souverains allemands à la cour de Russie : Arrivée de Guillaume II au débarcadère Pe- terhof, \u2014Gravures des feuilletons.- Rébus.\u2014 Devinette, PRIMES A TOUS NOS LECTEURS LE MONDE ILLUSTRÉ réserve à ses lecteurs mêmes l'escompte ou la commission que d'autres journaux paient à des agents de cireu- lation.Tous les mois, il fait la distribution gra- truite, parmi ses clients, du montant ainsi économisé.Les primes mensuelles que notre jour nal peut, de cette sorte, répartir parmi ses lecteurs sont au nombre de 94 ; soit, 86 de une piastre chacune, et puis un des divers prix suivants : 82, $3, &4, $5, £10, $15, 825 et 850.Nous constituons par là, comme les zélateurs du MoNDE ILLUSTRÉ, tous nos lecteurs, et pour égaliser les chances tous sont mis sur le même pied de rivalité ; c'est le sort qui décide entr\u2019eux.Le tirage se fait le ler samedi de chaque mois, par trois personnes choisies par l'assemblée.Aucune prime ne sera payée après les 30 jours qui suivront chaque tirage.UNE PROMENADE EN CHAMPAGNE C'est toujours une bonne fortuns, lorsqu\u2019ou peut, de temps en temps, fuir la vie trop mouvementée de la grande ville pour aller se reposer, pendant quelques jeurs, en pleine campagne, dans un de ces sitos délicieux qu'on rencontre si souvent dans notre chère\u201d France.C\u2019est au fond des bois, dans un charmant vallon, que je frappai à la porte du vieil et cher ami qui m'avait offert l'hospitalité.Je trouvai là un joli pavillon de maître, assis au milieu de dix ou douze corps de bâtiments nécessités par l'importance de la ferme.La petite cloche qui domine toutes ces constructions, salua non arrivée, me souhaitant joyeusement la bienvenue, au nom des aimables hôtes de la maison.Pendant quelques jours, je goûtai dans cette paisible et si douce retraite un repos qu\u2019on apprécie davantage, lorsqu'on est victime, pendant des mois ou des années, des agitations d\u2019une immense capitale.Les bouquets de buis, les belles prairies, les riches champs de blé et de seigle vous reposent et calment tout doucement votre pauvre système nerveux, innocente victime de la vie fiévreuse que vous menez inalgré vous.J'aurais voulu rester là toujours pour y gcûter, toujours aussi, cette tranquillité que les villes nous refusent ; car j'aurais été sous la protection de N.-D.de Mantarah, la vierge miraculeuse de Sidon, établie LE MONDE ILLUSTR gardienne de ces lieux bénis ; pusterunt me custodem, et que j'appris à aimer, lors de mon heureux voyage en Terre Sainte.Mais, le plus souvent, on vs ou l'on ne voudrait pas aller et l'heure sonne, hélas : qui marque la tin du repos et qui vous dit : reprends le chemin des dures ot apres luttes et des cruelles déceptions, reviens au milieu des hommes pour continuer auprès d'eux la difficile mission de faire entendre quelquefois In vérité par la parole et par la plume.Je repris dune mon bâton de voyage ; c'était le 13 juillet.Comme j'allais tomber en plein Paris pour la fête nationale et que je ne tensis pus le moins du monde à me trouver, ce jour-là, au milieu d'une foule agitée, je vins tout simplement passer quarante-huit heures auprès d\u2019un autre ami, dans un joli petit pays de trois centa habitants.Cet ami est prêtre et prélat de là maison de Sa Sainteté Léon XIII : il remplit, par pure complaisance, et par dévouement, les fonctions de curé ; ot, de plus, chose assez rare, il est maire de la commune de Mortiers.Et la commune ne s'en porte pas plus mal, je vous assure, à en juger par l\u2019air de contentement que respirent les figures de ses heureux administrés.C'est lien avec intention que je dis : heureux administrés : car notre prêtre-maire n déjà signalé son passage n la mairie par d'utiles réformes, et, ce qui est à apprécier, par des dons généreux auxquels les braves gens de Mortiers n'étaient guère habitués.Comme don de joyeux avénement, Mur Lesur, le nouveau tuaire, dotait une partie très aride du territoire d'un puits de grandes dimensions, placé à égale distance des conununes de Mortiers, de Dercy.de Crécy et de Bois.L'année suivante, le distingué prélat faisait mieux encore : il offrait à la commune une superbe horloge de deux mille francs, à quatre cadrans extérieurs.Je vous demande si la population est enchantée ! ce fut même une très belle fête que l'inauguration de ce:ce précieuse horloge, suivie, deux jours après, d'une fête d'un autre caractère, mais non Imoins intéressante.Mgr Lesur, dans un but patriotique et pour aider à cette fraternité inscrite au frontispice de 1.08 monuments, invita a un concours toutes les compagnies de pompiers du canton de Crécy-aur-Serre.Sept répondirent à son appel.M.Castelin, le sympathique député de l'arrondissement, présidait cette fête ; il avait offert gracieusement le prix d'honneur et plusieurs médailles.Une très agréable surprise avait été ménagée à la population par son dévoué maire : sur sa demande, Monsieur le général, conimandant les troupes de la région, voulut bien autoriser une section importante de la musique du 45e de ligne à se rendre à Mortiers, et à donner ainsi à la réunion un éclat et un cachet inattendus.On conçoit aisément que la population de Mortiers et des pays voisins ait goûté avidenient le rare plaisir d'une exécution musicale très soignée.Au banquet-\u2014car il y eut banquet\u2014Myr Lesur remercia dans un langage chaleureux tous ceux qui avaient bien voulu concourir À ces fêtes.Une triple salve d'applaudissements salua les paroles patriotiques du dévoué prélat ; pnis, on y répondit par : Vive monseigneur \u2018 vive monsieur le maire ! Arrivons au grand jour.Le soir du 13 juillet, le bourdon annonçait la fète nationale ; un peu plus tard, la nuit venue, une retraite aux flambeaux\u2014tout comme dans une capitale, s'il vous plait-\u2014inaugurait le programme des réjouissances : nous avions le tambour, les fifres, les lanternes vénitiennes, de joyeux couplets chantés par tous les enfants du village, très fiers d'entourer le drapeau ! tout cela avait un charme particulier.Le cor- tége s'arrêta devant la maison de monsieur le maire ; le tambour fit enteudre un triple roulement ; les futurs conscrits entonnèrent ln Moraeilluise ; on but un petit verre en l'honneur de la République et de M.le maire ; puis on continua la promenade dans le village que nos jeunes enthousiastes parcoururent plusieurs fois.Le lendemain, 14, dès l'aurore, le bourdon envoyait de nouveau dans les airs ses notes joyeuses pour inviter la population à la réjouissance.Le programme officiel ne vianit que lo côté purement civil de la fête.La population pensa, toute fois, qu'il était bon de venir, dès le commencement de la journée, re recueillir sous le regard de Dieu, afin d'appeler aur notre chère patrie les bénédictions d'en haut.A onze hevres, lo conseil municipal, à la tête duquel marchait Mgr Lesur, faisait son entrée dans l'église, entouré dos sapeurs-pompiers, d\u2019eus l'honneur d'officier, et je fus très heureux de pouvoir prononcer une courte allocution pour féliciter les honorables vonseillers, les pompiers si dévoués, tout ce bon potit peuple, enfin, qui me semblait mieux comprendre ses devoirs que les esprite forts de nos grandes villes.TI m'était agréable, surtout, de voir ces chers travailleurs réunis autour de leur prêtre, qu'ils avaient eu le courage d'honorer de leur confiance et qui proclamaient bien haut, par leur présence à l'église, que la religion n'est pas l\u2019ennemie du peuple, mais, au contraire, sa force et son soutien.Où donc, en effet, est le pasteur qui nv donne pas sa vie pour le troupeau qui lui est contié - Où donc est le prêtre qui ne donne pus de sages con.svils au père de famille dans l'intérêt de res enfants / Où donc est le prêtre qui n'invite pas les enfants à être pleins do respect, d'amour et de reconnaissance envers leur père / Où done est le prêtre qui n'invite pas les citoyens à honorer l'autorité qui gouverne L pays ?.L'exemple, d'ailleurs, vient de haut : le plus illustre de tous les rois, le saint et glorieux pontife qui gouverne l'Eglise et qui aime tant la France, à fau entendre sa parole à tous les pastours et à tous les fidèles.Il nous a dit : ** Soyez unis pour le bonheur de la France ! \u201d Que cette parole auguste soit entin entendue ! Pour célébrer le * jubile de diamant \u2018 de la reins d'Anuleterre, toutes les populations de cet immense empire se sont trouvées réunies dans le temple ; li nations catholiques aurnient-elles moins de foi que le nations protestantes / Je n\u2019oxerais le dire : car je er le contraire.Mais, alors, trouvons-nous donc réunis nous aussi, dans nos églises, pour chanter tous cn semble le Dumine, salvam fac remprblicom ! atin que sous le régime de la République, comme sous le yu.vernement des Rois, nous puissions dire : ** Dieu pr tège la France ! Inmédiatement après la cérémonie religieuse, | autorités se rendaient sur la place ; les pompiers rangeaient en bataille et M.le maire passait la revi (Jue dites-vous du spectacle { N'est-ce pas qu'il ava un certain petit cachet swi generis?Un prétre, revi: de ses insignes prélatices, portant sur sa ceinture v lette l'écharpe tricolore, et félicitant les braves sapeu sur leur bonne tenue et sur leur dévouement ; tu.c'est tout simplement ravissant par le temps qui cour J'imagine même que ce spectacle curieux, intéressa: et unique, aurait peut-être tenté le pinceau d'u peintre, si un peintre s'était trouvé là ! Pour moi, n'ai pu que graver dans mon esprit ce tableau au - original que pittoresque : Les petits, me disais-je donnent, quelquefois, des leçons aux grands et ñ ce «qui se croient les sages ! Je félicite Mgr Lesur, mon vénéré ami et l'heure: inaire de Mortiers, d'avoir de tels administrés : ho.neur aux braves habitants do Mortiers \u2018 dl.PRY EP; eu Protonotaire apostolique \u2014\u2014 3! 3 M) I Ww Wo A of) AN \\ Sk \\ 1H CE # = ot EN 8 RN Ah N NE Nt \u2018a \\ NN SN = \\ oN Ta.(a NY \\ \\ N Fahd => S SS RN NS % Là > (FE LE Ÿ ed A dis \u20ac Es | >; 2e \\ Wt Fr - À A ES \\ Tm =p 2 SN NN | ES ét pou mé à 4] \"dt NY Wi 4 A N\\ \\ i ARS In = pes 47 i) a VISITE DES SOUVERAINS AILEMANDS A TA COUR DE RUSSIF z\u2014 | 4 4 i \\ = 4 x ; \\ \\ == \u2014 Le i = = == : - ic) < i! ih \\ / NY = Puf À - = == Es = = = wi q A = = XX Ww =| = Ni A == | =.= x 6 À I === = 14 = A \" h, hy La) « 2 w = » A wd | 3 Wed IN AN i ht | Te ray AN; N Da \"x pr Ng Q gi Py > NS reais $ Ÿ Co LS = ho WN Wy f re 7 y \u2018+ S 9 «NB Ny 7 | ry, % PAM > PRIE 0; case 3 Æ- > : EY N IR A | iQ pest oY (2 N N mn » ae PLATA 3 A ES pa ue A \\ 4 di i on IB > N 4 AY A ens ; à 5g, go N 1,25 Nu Arrivée de Guillaume II au débarcadére Peterhof Ei A N og i S # 2er = = BR aE Fh LA w N N ; \\ ) A W Ve WN # A aN NO \\ ~ N \\ E = ~~ Le 4 9 N S NS WN iN en A AYN XN NN Ÿ pre = N\\ az es Le FE ih \\ J Ë 1 5 es \\ ve 3 w Pi ; + A LH Der 3 3 A Æ : 8 w w Ry ! at ¥ : + Les \u2018 fal urge = = mi SE » mand Bogs 73 _ SR \u2018ag in PR: oh, an ad Fy aay wv ¥ 2 é Ë a » > Fa 3 % 16 et i.I\" LA % LS os ec ES me 14 ES ERY x G Na 2 rod _ PSE - a cs, pu, on RAGE WY pi À CS i \u2014 \u2014\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014 » we | * Ra J dE] = Ly nee Apa + hd 1 ar aL) Lv a te Ÿ ay rs oe \u201c > x #4 WF 5 2% oN Ed) RE wre Lin Nn À rene $2 Nas = * PVC Te a 3 V4 oy HI 4 mé c aS es + R > > reset ; à Lo Ed »- 5 C A .XG _\u2014 Ÿ \u2018 es \u2014\u2014 3! Pp) A 0 M.Michel 1.M.Moise Mercier : 2.Mgr Clut, M.Fes Mercier cogorad'hne 13.M.Nap.Robert -~ 4.M.Ephrem Gravel ; 5, M.Frs Mercier, cders Laberge ; \u2018 Groupe de l'eaux-Rouges ; 8.Station Mercier (Station Tanana) DANS L'ALASKA.\u2014Scènes du Klondyke (Voir l'article) wv lls wn wail 298 LE MONDE ILLUSTRE PON DES DAMES DE QUEBEC A LADY LAURIER CADEAUX A Mme LAURIER A son arrivée d'Hurope, sir W.Laurier n été l\u2019objet de manifestations rappelant quelque peu et de loin, celles des Russes lors du voyage du président de la République française.Mais on n'avait pas oublié, soyez-en sûrs, l\u2019excellente compagne de cet homme d'Etat.On sait combien elle est bonne, secourable, et avec quel tact, quelle délicatesse ! Aussi, de nombreux cadeaux lui ont-ils été offerts par les dames.cependant, un peu avec la complicité de leurs maris, n'est- ce pas, Mesdames ?Parmi ces cadeaux, mentionnons le superbe piano dont nous donnons une gravure.Comme les petits enfants auraient du plaisir, de jouer là-dessus «des morceaux à quatre.puttes ! S'ils sont bieus sages, ils en auront un.plus tard ! \u2014\u2014 >. compte les miens par dizaines, je trouve le w surplus de 7.On demande combien chacune d'œufs ¢ SOLUTIONS DES PROBLÈMES PARUS DANS LE NUMFKO Enigme.Ligne.Logogriphe.\u2014 Poire, pore, vie, or.Ont deviné : A.W.LaVallière, Mlle Exilda | humeur, Montréal : MHle F.Huot, Lachine.\u2014 \u2014\u2014 RÉBUS \u2014 2 GRAVURE-DEVINETTE Il y avait la un botaniste, tantôt ; peux-tu, mw petit garçon, le retrouver / SEE Te ES DEUX GOSSES PREMIÈRE PARTIE CE QUE DURE LE BONHEUR DANS LA NUIT -\u2014Si tu gueules, nous allons t fuire passer le goût du pain, \u2014 Au secours ! à moi ! cria la jeune fille, d'une voix encore plus vibrante que la première fois.La Limace abattit sa main sur l'épaule de la fugitive qui tomba à genoux.\u2014Ton foulard, Zéphyrine, cria le gredin, que je lui ferme le hurloir.La somnambule se mit en devoir d\u2019obéir.Tout à coup, un poignet solide s'ubattit sur elle, en même temps ue La Limace recevait un magistral coup de bâton \u2014Canailles ! s\u2019écrin un jeune inconnu qui venait de surgir ; j'arrive à temps ! Mademoiselle de Sainclair, surprise de cette assistance inespérée, accepta la main que lui tendait le nouveau venu pour l'aider à se relever.La Limace et sa compagne étaient restés un moment interdits \u2018le cette intervention providentielle.Ce fut Zéphyrine qui reprit la premiere son aplomb, Elle posa sa lampe sur le palier de l'entresort, et résolument : \u2014Il n'est pas accompagné, souffla-t-elle à l'oreille d'Eusèbe.Toumbons dessus.\u2014Ne fais pas d\u2019hormnune, répondit l'autre ; À quoi ça nous avan- cerait-il ?\u2014T'u lnisses manguer de respect à ton épouse ©.\u2014Que veux-tu ?Quand y à pus moyen de frire autrement ! Mariana, pendant ce temps, remerciait chaleureusement son sauveur.\u2014Sans vous, monsieur, ces misérables, qui m'\u2019avaient attirée chez eux pour me dévaliser, allaient me tuer.Rapidement, elle lui raconta ce qui s'était passé.L'inconnu répliqua en agitant son baton de cornouiller \u2014Ne craignez rien, mademoiselle, je vais leur faire rendre ce qu'ils vous ont volé.Et il s'avança vers les deux bandits qui discutaient toujours sur les chances de succès d'un nouvel attentat.La Limace avait beaucoup de peine à contenir Zéphyrine.\u2014Pas de bêtises, disait-il ; l'homme est solide.Je ne tiens pas à recevoir de nouveaux cuups de matraque.J'ai cru qu'il m'avait cassé un abatis.\u2014Capon ! \u2014Et puis, tu sais bien que je ne travaille pas à la dure.Je n'aime pas le raisiné.\u2014Nous avons toute la nuit pour nous esbigner.\u2014Jamais cette rosse de Troppmann n'aurait le trot assez solide pour nous permettre de dépister les\u201d curieux.Le jeu n'en vaut pas la cabonibe, il vaut mieux battre comto s.Le jeune homme s'était avancé ; il dit d'un ton péremptoire : \u2014 Vous allez restituer immédiatement ce que vous avez pris à votre victime.Zéphyrine poussa un grognement formidable.Elle ne s'attendait pas à cette dernière humiliation.Eusébe, lui aussi, fit une horrible grimace ; muis il ne manquait pas «le décision.A voix basse, il fournit à ln mégère les dernières raisons qui les obligeaient à capituler.; \u2014Le chopin est raté, quoi ! Tâchons que ce mec-là ne nous empé- che pas de travailler À Brest.Tu sais bien que notre caisse est vide, Et comme chef de communauté il répondit tout haut : \u2014Pardon, monsieur, vous fuites tort à vos connaissances, ou madame se met le doigt dans l'œil.; \u2014 Vraiment ?riposta l'inconnu d'une voix brève ; vous ne lui avez pas enlevé son argent et ses bijoux ?; \u2014C'était pour lui rendre service, affirma tranquillement La Limace.No 3 FEUILLETON DU MONDE ILLUSTRÉ 290 \u2014Bien sûr ! renchérit sa moitié.Voilà comment on est récompensé d'une bonne netion.Cette jeunesse était égarée, malade ; mon mari la soutient et l\u2019amène ici.Elle tombe de son digue-digue ; nous nous mettons en quatre pour In soulager ; et pour lu peine, on nous mécanise, on nous colle des gnons sur In trompette ! Et ce qui est pire pour des cœurs bien placés, on nous prête des vilains sentiments! Ah!.on ne nous y réchappera plus à soigner les duchesses qui se promènent dans les bois quand les gens comme il faut roupillent.Ce n\u2019est pourtant pas une heure à voir la feuille à l'envers, \u2014\u2014 Vous avez une singulière façon de venir en aide à votre prochain, riposta le jeune homnne.\u2014Permettez ! reprit La Limace, ce que vous a dit mon épouse est lu vérité du bon Dieu ! nous voulions coucher madame ; alors pour ça, on lui avait enlevé ce qui pouvait lu gêner.\u2014Et comment m'expliquerez-vous votre attitude et vos menaces que j'ui entendues ?\u2014Ah ! voilà ! repartit Eusèbe : pour nous remercier, madame nous a insultés ; chacun a son amour-propre ; nous sommes du pauvre monde, mais ça n'empêche pas les sentiments.D'ailleurs, nous ne voulions pas In brutaliser : nous sommes incapables de faire du mal à une mouche, seulement.nous tenions à lui démontrer son erreur.\u2014 Voulez-vous, oui où non, maintenant, lui remettre ce qui lui appartient ?\u2014Ah! malheur! grommela Zéphyrine, ils ne valent pas si cher, les fameux bijoux.Ils sont peut-être en toc ; quant à la bourse, elle ne pèse pas des livres.La Limace, tout en grinçant des dents, alla chercher les objets ct les apportn à Mariana Celle-ci vint au pied des marches et constata, it la faible lueur de la lampe, qu'il ne lui manquait rien.Zéphyrine étoutinit de rage.Eusèbe impassible en apparence, murmura : \u2014Ne te fais pas de sang : on se retrouvera peut-être.Le monde est pas si grand qu\u2019il en a l'air.Mariana était rentrée en possession du peu qui lui appartenait.Il ne lui restait plus qu\u2019à quitter cet endroit qui avait failli lui être fatal.\u2014A la revoyure ! cria In somnambule en lui voyant faire mine de s'éloigner.Quand vous repasserez, vous paierez au moins le vulnéraire qu'on vous a offert.L'incunnu se retourna, lança une pièce de cinq francs, qui vint tomber dans la roulotte en rendant un son argentin : puis il rejoignit ln jeune fille.Après quelques minutes de marche côte à côte, Mariana rompit la première le silence : \u2014Ah ! monsieur, fit-elle de sa voix chaude et mélodieuse, conibien je vous suis reconnaissante de m'avoir arrachée des mains de ces misérables ! \u2014 Vous êtes saine ct sauve, madetnoiselle ; ne nous occupons plus des dangers que vous avez courus.Et comme il est malséant de faire route à côté d\u2019une jeune fille sans être connu d'elle, permettez- moi de me présenter moi-même : Paul Vernier, seulpteur.La jeune fille n'avait aucune raison de garder l\u2019incognito : elle répondit : \u2014Je m'appelle Mlle de Sinclair.Et je vais a Brest.\u2014Alors, mademoiselle, vous allez me permettre de retourner au village de Kernéis dont je viens, et où j'espère, malgré l'heure un peu tardive, trouver une voiture à mettre à votre disposition.La nuit était trés noire ; et bien que le couple eût cessé de marcher sous les arbres, ni l'un ni l'autre ne distinguait le visage de son interlocuteur.L'entresort de Zéphyrine et de La Limace était campé presque à l'orée du bois.Les lumières du pays que l'artiste venait de nommer piquaient l'obscurité à une faible distance.\u2014Et si vous n'en trouvez pas, comme cela est prob ble ?reprit Mariana.Nous aurons perdu une demi-heure, peut-être duvantage.Il vaut mieux que je continue tout droit mn route sur Brest, où j'arriverai encore à une heure possible, \u2014Vous ne vous rendez pas compte de la distance, mademoiselle.\u2014It doit y avoir environ six kilometres.\u2014Et cela ne vous effraie pas ?\u2014Nullement.Je suis très bonne marcheuse.Il reprit après une légère bésitation : \u2014C'est que, moi aussi, je vais à Brest.\u2014Eh bien ! fit-elle avec beaucoup d'aisance, cela tombe à merveille.Au moins je suis sûre de ne plus faire de mauvaise rencontre, Cependant Vernier voulut se justifier immédiatement, comme s\u2019il craignait d'être soupçonné d\u2019un subterfuge propice à quelques banales galanteries, Combien d'hommes à sa place eussent songé peut- être à exploiter ln situation romanesque où il se trouvait vis-à-vis de Mariana et à abuser du rôle de sauveur qu\u2019il venait de jouer \u2019 300 \u2014J'ui diné chez Hot out, lu cure de he radi ) le recteur, si Vois le préférez.J'ai résolu de rentrer à pie, à travers la campagne et les bois, en amoureux de la nature que Je suis.; Il parlait d\u2019un ton ferme, nuancé pourtant d'une légère émotion, qui ne pouvait échapper à Mlle de Sainclair.© Evidemment il aurait développé plus brillamment ses idées s'il n'avait été paralysé par une timidité native.| | Elle lui sut gré de sa délicatesse.Au peu de paroles qu'il avait dites elle le jugenit enthousiaste, épris du beau, de l'idéal : elle le soupçonna aussi d'être un peu naïf ; et de fait, entre ee jeune howe et cette jeune fille, l'ingénuité n\u2019était peut-être pas du côté que lon pouvait croire, Désireuse de le voir se départir de toute contra nte, Mariana chercha à provoquer la confiance de son compagnon en se montrant très affable, mais sans se départir de cette pointe de condescendance aristocratique que les femmes d'un certain rang abdiquent rarement.Sous le prétexte de la difficulté que présentait In route obscure, elle lui demanda le secours de son bras, que le jeune homme lai tendit avee un empressement qui n'était pourtant pas exempt d'une certaine gêne, Hne tremblait cependant pas, une demi-heure plus tôt: quand il Eu Canailles ! s'écris un jeune inconnu ; j'arrive à temps.\u2014Puge 1, col, 1 tenait tête au couple hideux qu'il vennit de dompter ; il avait In voix énergique et se sentait prêt à risquer sn vie pour protéger celle de Mariana.Sans «loute, ce contraste parut piquant aux yeux de Mile de Sinclair, et sa vanité de jolie fille en fut flattée, nu point que son imagination très vive se prit à vagabonder bien loin des sinistres perspee- tives ou In fatalité l'avait entraînée quelques instants plus tôt.\u2014Savez-vous, M.Vernier, dit elle, que vous ne n'êtes pas inconnu ?Il se récrin : \u2014 Mon nom est bien obseur pourtant, mademoiselle.\u2014Cependant j'ai déjà pu apprécier votre talent.\u2014C'est impossible ; je n'ai aucune réputation.-\u2014Je vais faire cesser votre étonnement : je vous ai vu au château de Kerlor.IF eut un mouvement de joie.Mariana continua : \u2014Vous y avez restauré la galerie d'honneur, et duns la chapelle, vous avez rendu la vie À un Saint Yves qui avait été fort maltraité par le temps.\u2014C'est vrai, tindemoiselle : minis comment pouvez-vous connaitre ces détails ?FEUILLETON DU MONDE ILLUSTRE \u2014\u2014l\u2019aree que qe suis Une parenté de fn comtesse de Kerlor ob que j'arrive précisément du château.Vous pourriez me demander maintenant pourquoi je me suis tise en route si tard pour aller à Brest, je vous répondrais que j'ai voulu satisfaire une pure fantaisie, et cela vous suffirait.Les artistes ne sont-ils par capricieux nussi / \u2014Jene me permettrais pas une telle indiseretion, Vous auriez le droit de tue questionner, monsieur ; après votre vaillante conduite, je reste à jamais votre obligée.Plus tard, si vous V tenez Valls saurez à quoi vous en tenir, Vernier tadbutin : Je pourrais done espérer avoir l'honneur de vous revoir ?Elle eut un petit rire.Me revo Mais Vernier.Les artistes ont souvent le don de doulde vue, et peut-être que sans Vous connaitre, je vous devine.H Seuhardissait subitement.connue tous les timides.Mariana Einterrompit cu ramenant la conversation sur le terrain purement esthétique.\u2014 L'art sacré a sn grandeur, et nombreux sont les maîtres qui l'ont illustre mais avez-vous réellement une prédilection pour les sujets religieux / Pas du tout mademoiselle ! d'estime que les travaux que vons contetissez ne sont pas indigenes de moi Mnis je veux créer, cesse dde se montrer timore 2 ct s'exprimant avec la chaleur conntutunicative que donne à tout véritable artiste La passion de son Inbeur : -Vous le trouverez ambitieux, sans doute, le pauvre praticien echone dans un leuneau breton Mais ee n'est pas en doutant de soi que Von réalise les chefs-d'euvre Certes je suis loin de posséder le talent que je révez n'est-il defendu de chercher à l'aequerir en y Consacrant toutes mies forces, toute run Volonté, toute mon existence \u2018 Non certes.Cela s'appelle le feu sacré ! Et c'est l'âme de l'artiste, cela.\u2014Et quand je serad parevenn ace hut, poursuivit-il.ge croi rai encore qu'il me reste quelque chose à apprendre, Vous voyez mademoiselle, que si je suis ambitieux, je ne suis pas orgueilleux.\u2014Quelle beaute proférez-vous ?Vos aspirations d'artiste sont cles en rapport avec Vox goûts personnels ?Il répondit avec Une sorte de ferveur : En ninspiruit des maîtres anciens, de ceux de la Rentuissancee peur suivre ceux des AVI\" et AVE siècles, je voudrais tailler dans !- tucrire Une figure qui réunit la perfection du prissé aux raffinement.de ta modernité contemporaine, Oui, je reve de ercer la nouvelle Eve, et je souhaiternis gue eet.merveille plastique fut antnéèe et retflétät nos plus ardentes passions Elles sont adimirables, les œuvres d'autrefois : il leur mangue géndéra lement ame, et eo sent les seulptenys de notre temps qui sont les veai- magiciens du ciscau - aujourd'hui La matière n'est plus inerte : elle vit elle souffre elle aime 1222 La legende de Prométhée est devenue de l'histoire.Mariana trouvait au charme tout particulier à cette conversation qui tui permettait d'éloigner momentanément ses cruels soucis.Elle répliqua avec une petite commisération railleuse : \u2014Vatre marbre, fat Al de Carrare, restera toujours du marbre.\u2014 Hélas ! Vous avez raison, et les peintres sont plus heureux que nous, ear sil leur manque la poésie du relief, ils ont pour eux la magie de lu couleur Ok\" nu statue *.Je la vois, vivitide, cwbellic par le pinceau d'un crand maitre.Jde haiserais In chair mate et chaude de son visage ambré.je plongerais mes doigts dans les ondes de sa chevelure noire comme l'Erèhe piuen : je tremblerai- devant ses grands yeux bleus aux reflets de saphir et de clair lune.Oh\" comme je l'adorerais ! Elle sarréta bausquement surprise, car ils étaient arvivés à Recouvrance, le vieux Brest.sans qu'ilsse fussent rendu compte du trajet parcourt, Soudain ai aussi en levant In tête eut un tressaillement ; et sa surprise se changea bientôt en extase, A la tueur du premier réverbère, 1} venait de constater que Mlle de Sainelair réalisait en tous points lu into ul venait d'évoquer dans la fougue de son enthousiaste juvénile, vous he nave pas eneors vue, M L'esprit de Mariana fut délicieusement inpressionné en devinant Fefet qu'elle praduisait eile ne douta plus de la sincérité du jeune sculpteur, et son cour aurait peut-étre battu plus fort, si l\u2019image de (Georges n'etait revenue ty ranniquentent s'inposer à son esprit.La com queraison qu'elle établissant forcément entre les deux hommes ne pouvait guère tourner à l'avantaze du dernier venu.-Voici notre Voyage terminé, dit-elle, Dissimulant son trouble, Paul Vernier s'inelina et pressa la nmin qu'elle lui tendait.Au revoir ! tit-clle gracieusement.PiënrEe DECOURCELLE.(A suivre) MARIANNIC PAR ANDRE THEURIET (Suite) \u2014dJe viens d'arriver à Paris, reprit-elle, et je n'ai pu résister au désir de vous faire visite.Ah! j'ai eu bien du mal à vous trouver! Figurez-vous que je m'étais procuré à Quimper un vieux livret du Salon où l\u2019on donnait votre adresse © rue Ampère, dans le quartier Monceau.J'y suis allée tout droit.tmais votre ancienne munison était oceupée par des étrangers.Le concierge ne connaissait pus votre nouveau domicile, Uma engagée seulement à tie renseigner chez un certain huissier, nommé M.Landare Mors je me suis fait conduire à l'étude de ce monsieur.Là, en effet, un clore tn appris que vous demeuriez rue Notre-Damue-des-( Tunps, me voici.Elle releva vers Yves ses limpides veux pers ct une angoisse lui serra le cœur ; Une rougeur de honte et de vexation envnhissait le visage du peintre.Sans le vouloir, en racontant ingénument ses courses à la recherche du logis de Cormier, elle avait fait saicner les blessures de son orgueil et les avait exaspérées Certes, oui, cet huissier connaissait l'adresse et l'artiste 112 Il y avait assez souvent instrumenté, \u201c parlant à la personne du concierge\u201d et les papiers timbrds on il avait minuté ses sommuations, et ses sicnifientions de jugements, encombraient tout un tiroir de la commode où Yves serrait ses nippes.En entendant Mariannie prononcer le nom de cet officier extrajudiciaire, le peintre se mmordait les lévres 5 il songeait aux indiserètes et humilinntes vevelations que les cleres de Landaré avaient dû faire à Mlle de Tromeling et son malaise augmentait.La visiteuse eut l'intuition qu'elle venait de commettre une maladresse, Elle rougit à son tour, baissa les veux et se hâta de changer de conversation.; \u2014Oui, conttnua-t-clle précipittmmient oh\" oui, le temps s'envole.ll a des ailes de goéland, 1 Ce qu'il va de pis, est que nous ne nous apereer ons pus de la fuite des annees, Une semble que c'était hier que vous peigniez mon portrait dans notre jardin de Kerdouar- nee.Et cependant que de choses se sont prissées depuis.depuis le soir oÙ DOUS NOUS sommes quittés dans les hétres de Fadlée 2,00 Vous navez pas idée de ec que jal southrt alors, dans cette maison où J'avais été trois mois si heurense et où tout me parlait de vous.Je n\u2019y retrouvais isolée, désorientee, on butte aux reproches et à la mauvaise humeur de mon père, qui s'indimmait de ma\u201c folie \u201d et cherchait à m'en guérir, en ue présentant à chaque jour un nouveau perte C'étaient des luttes pénibles et des accès de colère eha- que fois que je mn\u2019entétais dans mon refus.Au commeneement, je me consolais en pensant à vous et en vous écrivant.mnais.Vous ne me répondiez pas.N'Avez-Vous pas regu mes lettres \u2014Si fait, répliqua Cormier en haissant la tête .seulement le refus de M.de Troinelin m'avait teFement huvailie et irrité, que je ne me sentais plus ln force de vous répondre Trailleurs, votre père m'avait fait promettre de ne point enconrager ec qu'il appelait dédaigneusement * un enfantillage \u201c2 160me disus que l'incertitude de mon avenir m'interdisait de songer à vous ot je cherchais à vous oublier.Pardonnez-le moi.\u2014Je ne vous ouhlinis pas, moi Connie qe Vous l'avais déclaré en vous quittant, aueune volonté ne pouvant vous arracher de tion cour, Ah! votre silence m'a été nue peine plus eructle que les colères ot les exigences de mon père !.À travers toutes ces épreuves, les années passaient.Mon père vieillissait sa santé s'altérait et il me suppliait toujours de me marier.L'idée de me laisser seule à Ker- douarnee, s'il venait à mourir, le tourmentait tellement pendant sa maladie, que je finissais par faiblir.J'étais sans nouvelles de vous : je supposais\u2014et c'était vrai que vous ne n'aioiez plus, que je ne vous reverrais jamais à Douarnenez.Alors je ne résignai à épouser un de nos voisins de campagne, M.de Plonéis, qui avait plus du double de ton âge.Je ne pouvais pas nimer M.de Ploneis et je Pen prévins Franchement ; mais je lu promis que je serais une femme dévouée, fidèle et bonne, et je crois que je lui ni tenu parole : j'ai véeu près de lui, à Coat-an-air et je lui ai rendu la vie aussi douce que possible.C'est un peu de temps après mon mariage que j'ai recommenced i entendre arler de vous.Chaque fuis que le Salon de peinture s'ouvrait, je me Jetais sur les journaux.J'ai appris ainsi d'année en année le succès de vos tableaux, votre décoration.cntin tout ce qui vous arrivait FEUILLETON DU MONDE ILLUSTRÉ 301 d\u2019heureux.Je m'en réjouissais tout bas et je me sentais très fière d\u2019avoir été la promière À vous prédire un brillant avenir: J'avais, naturellement, emporté avec moi mon portrait.celui qui me représentait en artisanne allant au noces ; chaque fois que je le regardais, mes yeux se mouilluient et, en dépit de mes serupules de conscience, je ne pouvais m'empêcher de penser à vous et de souhaiter de vous revoir encore nne fois.Elle s'arrêta un moment.En recevant ces naïves confidences, Yves était vivement remué.Sa mauvaise humeur se dissipait.Il prit l\u2019une des mains de Mariannic ct la serra : \u2014Ah ! s'écria-t-il, combien vous valez mieux que moi ! Il regardait plus attentivement son ancienne amie, pâle et svelte dans sa robe de enchemire noir.Il remarqua qu'elle était également coiffée d\u2019une enpote de crêpe noir, et lui demanda : \u2014Vous êtes en deuil ?.Est-ce que.?\u2014Oui, répondit-elle, je suis douldement en deuil, car j'ai perdu successivement mon père et mon mari.lls sont morts à un an de distance.que Dieu leur fasse paix !.Après mon veuvage, je suis retournée à Kerdouarnec et j'y suis moi-même tombée malade.J'étuis dans un état cle langueur et je dépérissais petit à petit.Mon médecin m'a conseillé de changer d'air et de voyager Alors je me suis décidée à visiter laris que je ne connaissais pas.Je me disais que peut-être j'aurais la chance d'y revoir l'ami d'autrefois, et cela me rendait des forces.Mais une fois arrivée au tuilieu de cet énornie en- tussement de maisons, au milieu de cette foule grouillant par les rues, le découragement nn prise.Je n\u2019osais plus me mettre à votre recherche ; je me demandais avec terreur comment je me présenterais à vous.Je ne savais si vous étiez marié et si vous consentiriez & me recevoir.Entin, j'ai surmonté ma peur et je suis venue.Cu n\u2019est pas très correct, ce que j'ai fait.Mais, à nos âges, je pense bien que personne n\u2019y trouvera à redire.Yves ressaisit In main de Marinnnic et In buisa.\u2014Vous avez eu raison de venir, murmura-t-il d'une wlée, votre visite m'a fait du bien.Elle leva vers lui ses yeux reconnaissants, où le contentement mettait un rayon de j unesse.Puis, après avoir observé de nouveau In figure lusse et ravagée du peintre ainsi que le délubrement de l\u2019atelier, une angoisse embua ses claires prunelles et un imperceptible frisson courut sur ses épaules.\u2014Parlez-moi de vous, reprit elle ti + idement, tant de choses vous sont arrivées depuis notre séparation.Racontez-moi tout, le bon et le mauvais.Un sourire amer crispa les lèvres de Yves Cormier.\u2014Le bon et le mauvais ! répéta t-il surcastiquement, en affectant un ton gounilleur : pour le quart d'heure, il y n, mu foi ! plus de mauvais que de bon : je suis forcé d'en convenir et, quand je voudrais vous le dissimuler, le taudis où vous me trouvez me donnerait un cruel démenti.Votre père avait raison jadis de me congédivr, en déclarant que le métier d'artiste était trop aléntoire.Un jour, en haut de la roue de Fortune, et le lendemain, tont en bas.La chance w'a d'abord traité en enfant gâté : mais depuis quelque temps elle s'est fatiguée de me sourire et elle m'a lâché.(Vest une série & ln noire ; espérons qu'elle passera !.En tout cas, j'ai encore de l'œil et de In patte, et il suttit d'un bon tableau pour me relancer er plein azur.Tenez, je suis certain que votre visite me portera bonheur et que je vais pouvoir travailler avee plus de cœur, nutintenant que voix étran- je vous ai revue.Il s'etfforçait de parler d'un ton léger et insouciant autant pour abuser Marinnnie que pour sauvegarder son amour-propre ; mais il avait beau s'évertuer à jouer l'homme contiant et sûr de remonter le courant, quelque chose sonnait faux dans son accent, et la veuve ne s'y trompa point.Comme Yves le craigmut, l'huissier avait jusé et d'ailleurs, avant son départ, Mariannie avait lu dans les journaux certaines allusions, peu charitables, à la décontiture d'Yves Cormier.\u2014Assurément, soupira-t-elle, ce n'est qu'une crise passagère.Avee votre talent ot votre force de volonté, je suis convaincue que vous parviendrez à triompher d'une injuste défaveur.Seulement, cela peut durer quelques mois encore et dans l'intervalle, il est néces- suire que vous ayez toute votre tranquillité d'esprit ; il me semble qu'on ne doit bien travailler que lorsqu'on n'a de soucis d'aucune sorte.Et, à ce propus, je voudrais vous prier d\u2019une chose.Elle s'arrêta, hésitante, visiblement troublée, et toussa comuie pour dissiper un subit enrouement.\u2014D'abord, continua-t-elle, permettez que j'ugisse avec vous en amie.en vicille amie, et promettez-moi de m'accorder ce que je vous demanderai.Il sourit tristement, comme quelqu'un qui n'est plus guère habitué à se voir demander un service.\u2014Niil est en mon pouvoir de vous étre utile en quoi que ce soit.c'est chose faite d'avance.\u2014A la bonne heure :.Me voilà tout à fait à l'aise, car cette chose dépend uniquement de vous.Maintenant, écoutes moi!.Alors, avec mille délicates précautions, avec le tact exquis d'une 302 FEUILLETON DU MONDE ILLUSTRE main féminine pansant une blessure, elle lui expliqua que M.de Plonéis l'avait instituée sa légataire universelle et que, possé lnnt déjà une fortune assez ronde du chef de son père, elle avait vendu les propriétés cle son mari.Lu vente avait eu lieu au comptant et elle se trouvait à la tête de capitaux dont le placement l\u2019embarrassait.\u2014J'ai entre les mains, ajouta-t-elle, un argent dont je ne sais que faire.Or, tandis que tout à l'heure vous confessiez vous-même que vous vous trouviez momentanément à court, l'idée m'est venue que vous consentiriez peut-être à m'aider à placer mes fonds, en «e- venant mon débiteur, et.et.Entin vous me rendriez bien heureuse en acceptant une vingtaine de mille franes que je mets de grand cœur à votre disposition.A mesure qu'elle balbutinit cette offre de service, Yves éprouvait à la fois un sentiment de honte et d'admivation attendrie.Marinnnie, venant le chercher dans ce misérable atelier où il cachait sa détresse, lui rappelait la touchante légende d\u2019Edith au cou de cygne, «devenue vieille et allant retourner les morts sur le champ de bataille d'Hustings, afin de retrouver le corps d'Hérald, son amoureux d'autrefois.Son cœur s'émut, mais il avait trop d'orgueil pour laisser paraître son\u2018émotion, et pour avouer une misère plus affreuse que ne e croyait Mariannic de Tromelin D'ailleurs, il se faisait conscience de recevoir l'argent de cette chère créature qui l'avait jadis si généreusement aimé et qu\u2019il avait, lui, si brutalement oubliée.Il porta une seconde fois à ses lèvres lu main de Mariannie, puis secoua négativement la tête : \u2014Non, ma chère amie, votre argent serait trop mai placé et je me ferais scrupule de l\u2019accepter.Je ne vous en suis pas moins reconnaissant d\u2019avoir pensé à moi et je vous promets que.si j'ai jamais besoin d\u2019un service de ce genre, c'est à vous que je m'\u2019adres- 8! \u2014\u2014 I s\u2019agenouilla aux pieds de la chere créature Page $02, col, 2 ; serai.Mais je n\u2019en suis pas là ; PCI er _ Jde vous le répète, quelque chose me ior.Sane (dit qu'avant peu je serai haut In côte.Il formulait son refus d'un air dégagé, d\u2019un ton enjoué ; néanmoins son regard géné fuyait celui de la veuve.Ses yeux se tournaient vers la fenêtre ouverte.et se fixaient obstinément, farouchement sur la barre d'appui.\u2014D'ailleurs, continua-t-il d\u2019une voix moins assurée, en admettant que la guigne me poursuive, elle ne mettrait que moi dans l\u2019embarras.Je n\u2019ai ni femme ni enfants qui puissent souffrir de ma malechance, et on trouve toujours un moyen de sortir du pétrin La pieuse Mariannic I'écoutait d\u2019un air scandalisé ; sans bien comprendre le sens mystérieux de ses paroles, elle y devinait je ne sais quoi d'omineux et «le peu orthodoxe.Elle secouait chagrinement la tête et hasardait de timides objections.\u2014Bah ! s\u2019écrin Yves, ne parlons plus de ça !.Je suis trop ravi de vous revoir pour perdre le temps à me noircir vilainement l\u2019esprit.Laissez-moi m'asseoir près de vous, Mariannic, et enusons de notre pays de Bretagne.Alors, près de la fenêtre où le bourdonnement du grand Paris arrivait comme le bruit sour« de l'océan, comme sous les châtnigneraies de Ploa-ré, ils remuèrent avec délectation les douces cendres du passé.Bien qu'elle fat consternée du refus opposé par le peintre, et bien que la façon dont ce refus avait été formulé fût loin de calmer ses inquiétudes, Mariannic se prétait complaisamment à ce rappel cles choses d'autrefois.Elle le provoquait même, espérant que la griserie de cette évocation imuditiernit les dispositions d'esprit d\u2019Yves Cormier.\u2014Vous ne reconnaitriez plus le pays, disait-elle ; tout y est bien changé depuis vingt ans.On nous a fait un chemin de fer qui va jusqu'à Audierne et qui n bouleversé nos habitudes.Les jeunes gens d'à présent méprisent les costumes et les usages d'autrefois ; les bra- gou-bruz et les longs cheveux ont disparu ; avant peu, il ne restera plus rien de la vieille Bretagne que nous aimions.\u2014Et Kerdouarnec, questionnait le peintre, j'espère bien qu'il a échappé à la contagion et ne s'est pas transformé ?\u2014Dieu nous en préserve !.Pas un clou n\u2019a été changé.J'ai exigé qu\u2019on ne touche à rien.Si vous revenez jamais à Ploa-ré, vous retrouverez tout à la même place, comme le château de la belle au boi dormant.Le salon a conservé ses verdures et ses fauteuils de lampas ; le jardin contient toujours un fouillis de plantes qui sentent bon, et le long du vivier lu vigne vierge ombrage encore la terrasse.Je vis toute seule au milieu de mes reliques, et autour de moi la phy- siunomie des choses s'est maintenue si intacte, si pareille.que, par moment il me semble que le temps n\u2019a pas marché et que je vais vous voir descendre du perron où grimpe le même pied de jasmin.\u2014Le vivier endormi à l\u2019ombre des lauriers-roses, la vigne-vierge ! s'écrinit Yves, comme tout celu me revient à l'esprit.en vous écoutant!.Je nous revois tous deux, appuyés au parapet du vieux mur tapissé de cupilluires et regardant onduler la lande grise et verte.Ah! si l\u2019on pouvait recommencer sa vie:.Si l'on savait d'avance que l'ambition, les désirs de succès et de fortune sont des fruits pleins de cendre !.Quand on s'en aperçoit, il n'est plus temps, la journée est quasi finie, ln nuit tombe et on demeure fourvoyé duns des fondrières d\u2019où l\u2019on ne peut plus sortir.11s étaient devenus silencieux.Enfoncés et comme perdus dans ces ressouvenances, ils n'avaient plus la notion de l'heure.Et le jour tombait réellement ; l'atelier s\u2019obscurcissait, et le soleil de septembre avait déjà disparu derrière l'Observatoire.Mariannic se leva comme à regret.\u2014Il est tard, murmura-t-elle, il faut que je parte.Je suis contente de vous avoir retrouvé, mon ami : vous me permettrez de revenir vous voir, n'est-ce pas ?\u2014Sans doute, nous nous reverrons, «lit-il en détournant les yeux.Mnis intérieurement il songeait : \u201c l\u2019ourquoi la revoir ?Je ne puis être pour elle qu\u2019un objet de pitié et je ne veux pas lui donner de nouveau le spectacle de ma déchéance.Demain sera peut-être encore plus désastreux, plus lamentable qu'hier : je suis à bout d\u2019expédients, à bout de force.Ne vaut-il pas mieux que nous re.tions tous deux sous la consolante impression d'aujourd'hui ?On ne rêve pas deux fois le même rêve : je préfère ln quitter et m'en aller de ce monde avant que je ne lui fasse honte et qu'elle ne se dégoûte de moi\u201d Inquiète de son mutisme Mariannie le considérait à ln lueur trouble du crépuscule et, avec la divination pénétrante de ceux qui aiment, il lui semblait, duns les yeux farouches de Cormier, lire de funèbres et tragiques résolutions.-\u2014Si je ne vous dérange pas, insista-t-elle, je reviendrai demain à la même heure.\u2014 Non, répondit-il brusquement, pas demain ! trouveriez pas ici.C\u2019est moi qui irai vous voir.descendue ?Elle lui donna son adresse d'une voix tremblante, mais elle crut s'apercevoir qu\u2019il l\u2019écoutait à peine, il se hâta de répondre distraitement : \u2014Bien !.Je passerai demain à votre hôtel.votre visite et permettez-moi de vous embrasser.Is étaient déjà près de In porte : elle inclina vers lui sa tête ct il init un baiser sur les beaux yeux couleur de mer.\u2014 Maintenant, soupira-t-il, adieu Marinnunic!.Mais.comme il entr'ouvrait la porte, elle ln referma vivement et, lui saisissant les mains, elle le ramena jusqu\u2019au milieu de l'atelier.\u2014 Non, s\u2019écria-t-elle énergiquement, je ne partirai pas ainsi !.Quelque chose me dit que vous tne trompez et que je ne vous reverrai plus.Ne mentez pas, Yves, avouez que vous roulez dans votre tite de inauvaises pensées ct que vous voulez vous tuer.Il haissait le front et gardait un morne silence.\u2014Oh ! Yves, vous, un Breton et un chrétien, vous méditez de sortir de la vie sans la permission de Dieu ?.Faut-il que votre Paris vous ait perverti à ce point, et n'avez-vous pas honte ?.Sainte Vierge, est-il possible que je sois venue ici pour vous voir tomber dans le puits de l'enfer ?Elle s'était assise sur le vieux divan ct, le visage dans les mains, elle fondit en larmes.En entendant les reproches qu\u2019elle lui adressait dans sa langue maternelle, Yves avait déja été violemment secoué :; ais devant In douleur «de la seule amie qui lui fût restée fidèle, son cœur endurei se brisa, un sanglot se noua dans sa gorge ct son orgueil chancela.Il s'agenouilla aux pieds de la chère créature et lui saisit les mains : Vous ne me Où êtes-vous Merci encore de ANDRE THEURIET.Let fin au prochain numéro Br\" + mah eee = N'EN PRENEZ PAS D'AUTRE Avec le Buume Rhumal on guérit ra- diealement : rhume, grippe, toux, bronchite, sans s'astreindre à un régime spécial qui débilite l'untomae et offaiblit le malade.La guérison est certaine.ret © Ap CHOSES ET AUTRES Les journaliers sont rares, au Mani- ha.On en demande plus de 5,(M0 our sider a faire In récolte de blé, qui st surabondante.Le piédestal de la nouvelle statue iv Pierre le Grand, récemment érigée à -+ Pétersbourg.consiste en un bloc du ranit qui pèse 1,217 tonnes.le juge Wellhouse du Kansas, est pelé le roi des pommes.Non verger à he étendue de 1,630 acres, sur lesquels - urissent plus de 100,000 pommiiers.Depuis l'ouverture de ls navigation isqu'au 31 juillet, il» été exporté du -vt de Montréal pour l\u2019Europe : 22,302 voutons, 56,647 bêtes cornes, et 4,788 hevaux.\u2014Une longue sécheresse, suivie de aluies, à compromis la récolte, en Angle- torre.Mais en définitive, on espére un rendement moyen.Pour faire régner l'ordre et la paix et observer les règlements, le gouvernement canadien va envoyer 100 hommes de la police montée dans la région auri- -re du Yukon.Dans la ville de Vienne, Autriche, trouve la plus grande maison du .mde.Cette habitation contient 1,400 bre, divisées en 400) logis de 4 à 6 vces chacun, abritaut 2,112 personnes.Le foin est tellement abondant en rtaines localités de l'Ontario oeciden- Je, qu'on peut en acheter tant qu'on at pour 82 le voyage.les fermiers nt pas de place pour tout l'engranger.La récolte de blé sera presque com- tement nulle, cette année, en France, Russie et en Autriche Hongrie.Ces vs s'approvisionneront en conséquence \\ Etats-Unis et en Canada dont la ré- Îte promet beaucoup.UN NÉGLIGENT V\u2019elui qui tousse est un négligent s'il fait pas usage du Bavme Rhumal qui guérir en quelques jours.Le comte de T'urin, qui s'est battu duel avec le prince Henri d'Orléans, manche, à échappé à un furieux coup «pée grâce à l'un de ses houtons de talon.En effet, sans ce fameux bou- u il efit peut-être été transpercé de «rt en part ; car le contact avec l'éjée - prince Henri fit recourber l'arme de coil au point de la mettre hors de
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