Le Monde illustré, 25 mars 1899, samedi 25 mars 1899
[" LE MONDE ILLUSTRÉ ABONNEMENTS: 15x ANNÉE, No 777.\u2014SAMEDI, 25 MARS 1899 ANNONCES 3 Un an, 8300 - - = Six mois, $1.50 | La ligne, par insertion ~~ - - 10 eents Quatre mois, $1.00, payable d\u2019avance BERTHIAUME & SABOURIN, Proprictalres Insertions subséquentes - .5 cents Vendy duns les dépôts - - 5 cents la copie | Bureaux : No 42, PLAGE JAGQUES-CARTIER, MONTREAL Tarif spécial pour annonces à long terme { » J J rhe PARIS : MANIFESTATION DE M.DEROULEDE ET MARCEL HABERT.\u2014La rentrée du gén.Roget à la caserne 738 LE MONDE ILLUSTRE MONTRÉAL, 25 MARS 1899 SOMMAIRE TEXTE.Cadeau à nos lecteurs.\u2014Causerie, par F.Picard.\u2014 le déserteur.\u2014Iustantanés, par Paul et Victor Margueritte.Sémida, par Haude.\u2014 Poésie : Que diront, par Nicostrate Le Veilleux, \u2014 Le contrat social, par Kmery Beaulieu \u2014L'armée américaine.\u2014 l'uésie : Dame nvige, par Mare Le- grand.-Souverir de l'année terrible, par Jules Hirtz.Fantaisie, par Janviere \u2014Diguité du cultivateur, par Mine Dandurand.\u2014La prière, ur Lanmennais.La manifestation Deroulède.\u2014 J'erreur foudlamentale, par Pol Demade.\u2014 Notes et faits.\u2014 Primes du mois de février.\u2014Théâtre.\u2014 Jeux et amusements.\u2014Le billard.\u2014Gravure- devinette.\u2014 Choses et autres.Manifestation de Paul Déroulède et Marcel Habert : La rentrée du gén.Roget à la caserne.\u2014 Portrait de Mlle Lucie Faure.Punition corporelle dans l'armée américaine.\u2014 Paris : Le président Loubet quittant le palsis de Ver- ssilles, après son élection.\u2014 La mude.\u2014(Gravure comique.\u2014 Dillard.- Devinette.GRAVUREs.\u2014 Paris : CADEAU À NOS LECTEURS Grande innovation, innovation heureuse, au journal des familles LE Mosnbe ILLUSTRÉ.Déjà, LE MoNvE ILLUSTRÉ distribue chaque mois, en espèces, et par un tirage public au sort, une forte somine entre tous ses abonnés.Aujourd'hui, à cette prime goûtée et loyalement payée chaque mois, LE MosbE ILLUSTRÉ en ajoute une nouvelle, qui fera sensation.Toute personne qui enverra à l'administration, place Jacques-Cartier, à Montréal, le prix d'un abonnement d'un an, aura le droit de choisir, dans la liste ci-dessous, une prime de la valeur d'un dollar, prime qui peut étre composée au gré de cette persunue, pourvu que le chiffre d\u2019un dollar ne soit pas dépassé.Deux abonnements d'un an, payés, donnent droit à choisir une valeur de deux dollars, et ainsi de suite.Un abonnement de six mois, payé, donne droit, par faveur spéciale, à un ou plusieurs objets formant un chiffre de cinquante centins.MoniFicaTioN : L'administration de notre journal décide que la prime, dans les conditions que nous venons d'exposer, sera donnée à n'importe quelle per- sonne\u2014abunné «ancien ou nouveau-\u2014envoyant le prix de son abonnement d'avance et qui ne devra rien, ou qui aura payé tout compte en retard.Ainsi, si quelqu'un de nos fidèles abonnés nous envoie d'avance le montant, non seulement de son abonnement, mais encore celui d'un autre abonnement pour un de ses amis, cet ancien abonné, pour les 86.00, qu'il nous envoie, à droit à 82.00 d'objets.S'il n'envoie que son abonnement d'un an, &3.00, il a droit à la valeur d\u2019un dollar, et ainsi de suite.Voici la liste des objets à choisir : > - Prix Boîtes de papeterie de fantaisie, Imitation alligator $1.00 Boîtes de papeterie de fantaisie, couvertes en peltiche ornemenls Aargentes LLL.1.60 Boîtes de papeterie de fantaisie, avec glace biseautee.175 Hoîtes de papeterie de fa-itaisie, avec glace biscautée 2.40 En-vriers Majolika (artistiquel 1.25 Statuettes bronze, sur pedestal, (sujets div ers) su Memorandum, cuir, avec fermoir et crayon 25 Guerard & Sardou.Dictionnaire général de la langue française TW pages, relid voile.0 8 Bescherelle.\u2014 Petit dictionnaire national.540 pages, relie toile.FU 45 Clifton.\u2014Nouveau dictionnaire anglais- français et françuis-anglais, relié toile .Lo.+20 Albert Ferland Les Melodies Poétiques\u2019 eee 0 Antoinette de Mirecourt.par M Mme Leprohon Le areas El Le Loup Blanc.par Paul Feval 60 Une de perdue, deux de retrouvées, par a de \u201cBoucherville(2 vol).LLL LLL 1.00 Chansonnter de« Familles, relié 40 Paroissien romain, tres vomplet, 1000 priges, \u201creliure ne, ornements dorés, tranche dorée 1.25 Paroi-sien romain, No 114, reliure mouton, relief, 2 fermoirs, tranche dorée - 90 Recueil de Jricres No 57, reliure, Imitation cuir de Russie, glacée, capitonnée, trancha dorée.\u2026.8 Paroissien Fonvair, No 53, petit format, reliure, imitation cuir de Hussic, glacée, capitonnée, tranche Chapalets nacre de \u2018perle, No 7316, + monture cuivre 1.50 AY nacre de perle, cercle argenté No 40 Coles.oa N.-D.de Lourdes, 15x 23.,.4.10 LE MONDE ILLUSTRE Nous éprouvons un réel bonheur à annoncer à tous ceux qui nous lisent qu'un nouveau motif de gratitude nous unit plus fort au Saint-Siège, en même temps qu'un nouveau lien de respectueuse et filiale affection nous lie davantage au prêtre vénérable que Sa Grandeur Mgr Bruchési avait bien voulu s\u2019adjoindre comme vicaire-général : le Souverain lontife vient d'élever à la prélature M.le chanoine Zotique Racicot, récompensant sinsi de ses vertus, de ses grands mérites, le zélé prêtre, honoraut par là la patrie à laquelle tous nous sommes tant attachés.Nous ne pouvons, on le comprend aisément, offrir des félicitations à Mgr Racieot : celu n'appartient point aux luiques, si haut qu'ils soient.Mais nous protestons de notre amour, de notre soumission envers lui, nous prenons part à son bonheur, nous lui offrons tous nos vœux, redisant Ad multos auvos | \u2014et nous remercions le Saint Pere de toute l'effusion de notre âme.Tout le monde a lu les entrefilets parus dans les journaux à diverses reprises concernant l'archidue Jean d'Autriche, parti depuis plusieurs années en rebonçant à ses titres, à res honneurs, pour s'embarquer enfin à bord d'un navire marchand qui, dit-on, à dû faire naufrage daus les environs du Cap Horn.L'archidue ne portait plus que le nom de Jean Orth, Depuis quelque temps.les journaux de Paris, puis ceux d'autres pays, ont éniis des doutes sur la mort de Jean Orth.La Crowe de Paris annonçait il ÿ a quelques semaines qu'un marin engagé à bord du navire du mystérieux Jean avait écrit à ses parents, en Hongrie, disant que l'archiduc est vivant ; un correspondant du grave Times de Londres, correspondant parait-il habitant la République Argentine, écrivait récemment a ce jourual que l'archiduc vivait tranquillement à Parana, exploitant une ferme qu\u2019il n achetée dans les environs.L'Etat de Parana, au sud des Etats-Unis du Brésil, est trés salubre, et son climat rappelle les meilleurs climats de l\u2019Europie : le sol y est très fertile, et produit abondatument tous les légumes d'Europe : cependant, ce n\u2019est pas, on en conviendra, une raison suffisante pour que l'archiduc y ait planté sa tente\u2014 et il doit bien rire dans sa barbe de tout ce qui s'écrit sur son compte.Le correspondant argentin du Times le dit plus décidé que jamais dans sa résolution de renoncer à tous ses titres, à tous les honneurs dus à son rang : le Times doit savoir qu'un vrai chevalier reste fidèle à sa parvle, dût-il en souffrir.Qu'on cesse de s'occuper de lui : vivre ignoré.il ne demande qu'à La Chambre des Communes s'est ouverte le 18 de ce mois.Le discours du trône a été prononcé dans les deux langues par le gouverneur-général, Lord Minto, Le discours ne contient aucun projet important ; si le texte (ue nous avons sous les yeux est complet, nous constatons avec regret que Lord Minto est tout aussi peu soucieux «le la Divinité, que [ord Minto en 1848 était peu soucieux de son honneur en fraternisant avec les Ciceruacchiv et autres handita italiens de bas étage complotant contre le Pouvoir Temporel du saint Pontife Pie IX en pleine Rome.Il est utile d'ajouter que le maître ordonnant cette triste besugne au Lord Minto d'alors, c'était Palmerston, qui eût pu revendiquer la définition de Bismarck : \u2018* La politique, c'est l\u2019art de mentir.\u201d Car jamais homme d'Etat ne fut plus fourbe que Palmerston.Il est impossible de donner une définition vive, sentie, palpitante, de la hideur qui a nom : dguisme, Car l'égoïsme n'est jns seulement l'unique amour de soi-même ; c'est encore le composé le plus bizarre, le plus hétéroclite de méchanceté à l'égard de tous, de t yrannie mesquine mais cruelle à l'égard de ceux qu'on emploie, de malice et de malhonuêteté à l'égard du public.Celui qui veut sffermir une croyance, s'efforce de voir, quand l'objet proposé à la croyance peut être vu .on ue nie pas, ou effut, l'évidence.Or, celui qui veut voir l'éguisme, s'on reudre compte, le voir de ses propres yeux, peut aisément le faire, et nul dictionnaire, nulle explication, nul volume fût-il in-folio ne pourras mieux lui faire comprendre la vilenie, la basnesse, In lâcheté, la puanteur de ce sen tunent, que la vue do omnipotente compagnie des tramways de Montréai.Et, ce qui fait rougir, cette compagnie est puissante puisqu'elle terrorise même une Chambre de Députés, même un Conseil Législatif 1-11 eat vrai qu\u2019on est si habitué aux palinodiee, en notre fin de siecle !.\u2026.sur tout parmi ces gouvernants, qu'un irrévérencieux inconscient, j'ose l'espérer pour lui, appelait les.émanalions du peuple ! Cette compagnie traite ses employés comme nous traiterions pas nos chiens ; non contente de cela, elle ubuso de ces pauvres malheureux qui ne peuvent se défendre, en ne leur payant pas le salaire que lui im pose le cxhier des charges : aussi, la municipalité vs: elle complice de cette mauvaise action puisque, | pouvant, elle ne l'empêche pas ; la puissante compa guie abuse de ses employés, en leur prenant du temp qu\u2019elle n'a aucun droit de leur prendre ; en lex ren dant responsables des accidents fortuits se produisai en cours de route aux moteurs électriques dex tran ways, et décomptant au receveur\u2014qui n'a absolumen: rien à y veir\u2014tout autant qu'au conducteur-mécan: cien- ce qui est une vilenie- , le tempr d'arrêt for.jusqu'à la remise en marche ; elle en abuse en leu: faisant payer trop cher des uniforunes qu'elle a pri que pour rien et qui ne valent rien, d'ailleurs ; elle « abuse en les obligeant d'acheter des uniformes dont n'ont pas besoin.Elle abuse du public, en ne lui donnant pas le = vice qu\u2019elle s\u2019est obligée à donner et qu'elle pout d.tuer.Elle abuse du pauvre ouvrier, en lui refusant : Lonnement de semaine & prix réduit qui existe ;- tout en Europe sur les chamins de fer.Elle trompe la province, en faisant exécuter ne f ce qu\u2019une seule voiture, en dehors de la province.Dans les pays étrangers, du moins dans beaucour pays, le citoyen a le droit de déposer plainte devs: les tribunaux quand une compagnie de Lransports vis une loi, un règlement ou une des clauses de son cali des charges : pourquoi n\u2019en est-il pas de même ici \u2018 J'ai eu deux fois a me plaindre de procédés pu courtois d'employés des tramways - deux fois, depu' le temps que la compagnie existe, ce n'est pas une »: faire ' Ja vous avouerai qua je tiens à être aussi pr envers les employés, les ouvriers, les pauvrea, quel prétend que je le suis ailleurs : mais creyez-vous je voudrais me plaindre auprès de la compagme d'ur- vivacité, peut-être d'une grossièreté d'un de sen et: ployés { Non, mille fois non ! Cette horrible che qu'on appelle l'administration serait capable de des: tuer le pauvre employé ou de lui retenir une partie salaire qu'il gagne si durement.Et j'entendrais, en vous écrivant, en parlant, marchant, et jurque dans mon sommeil, les pleurs d- chirants des petits enfants auxquels, par ma plaint j'aurais enlevé la nourritvre, peut-être la santé ! ! Non : j'aime mieux, malgré mon orgueil et mon v- prit malheureusemment trop autoritaire, dévorer lu! front en silence, pourvu que le pauvre homme 1 souffre pas davantage.Que l'on trouve cela ridicule tant qu'on le voudra je m'en moque, et continuerai mon système.Mais, Ô compagnie des tramways ! que vous avez tr chance de n'être point en certains pays d'Europe ou même au diable, que vous servez avec tant dem pressement ! S'il m'était permis de demander une faveur au pu blic, ce serait d'être bon, poli, conciliant avec lvs pauvres employés des tramways : j'ai été plusieurs fois témoins de scènes indignes de la part de [certains voyageurs, Quoi qu'il en soit, je tiens à prévenir publiquement les receveurs, comme je l'ai souvent fait en particulier, qu'ils peuvent compter sur moi devant les tribunaux dans les cas où ils y appelleraient une personne brutale, ou que cette personne les y attrairait : il n'y a rien de cel que les situations nettes et franches.À propos de situations nettes et franches, nous avons écrit, il y plus de deux ans, un article sur les Syriena et leurs bons amis, les Druses, assassins de profession, marchande ambulants ou pedillers d'occasion.Les Syriens vienneut définitivement de se démasquer : aprés plusieurs tentativesjinfructueuses, ils unt enfin réussi & faire venir un prétre schismatique.Foulant aux pieds leurs serments devant Mgr notre Révérendissime Archevêque ; voulant témoigner au bon père Chamy, qui s'est ancrifié pour les retirer de prisons dans tout le Canada (car ils ne sont guère bons qu'à la prison), voulant témoigner, disons-nous leur gratitude au bon père ; voulant enfin montrer aux Canadiens comment eux, Syriens, se moquent de notre brave et catholique population, ils ont repris publiquement le schieme qu'ils avaient abjuré (j'ai été miélé à leur abjuration : je le sais donc de bonne source !), ils ont osé le faire publier par un de nos grands confrères donnant même les portraits de l'évêque schismatique ayant ordonné le prêtre schismatique arrivé ici ces jours derniers.Règle générale pour notre bonne population : Ne recevez donc aucun peddlivr Syrien ; défiez-vous-en ! Chassez-les de vus villages, afin d'éviter les malheurs qu'ils amènent à leur suite : les mères de famille nous comprendront.Règle particulière à cotte même bonne population : Si un Syrien vous moutre une attestation signée du bon père Chamy et portant le scene de l'Archervéché, vous pouvez acheter.Nous ne voulons soulever aucun préjugé, ni exciter aucun sentiment bas : le devoir de l'écrivain chrétien est de signaler le danger, tout en restant scrupuleusement obéissant à la direction de son évêque.Aussi, sommes-nous prét i désavouer tout ce que Monseigneur voudrait nous voir désavouer, et à suutenir malgré qui que ce suit tout ce que Monseigneur nus dirait de soutenir.Nos aimables lectrices et nos bienveillants lecteurs pourront se donner l'illusion de voir le défilé des troupes, à Versailles, après l'élection du president de Ia République : notre gravure en double page donne une assez bonne idée et de ce défilé, et de la façade du superbe palais des ruis.Un adimirera la mâle prestance des hommes composant le célèbre corps des cuirassiers dont la bravoure légendaire a été tant relevée par le sanglant combat de Bapaume, celui de Reis\u2014 choffen et tant d'autres oi les cuirassiers ont eu une part glorieuse.Si quelqu'un encore aime la charité il aurs du plaisir à contempler le portrait de Mlle Lucie Faure, tille de l'ex-présidont de la République, jeune personne dunt l'unique pensée est de venir en aide aux malheureux.\u2014 «pe PR\u2014 LE DESERTEUR: Un soir, dans un village de Normasdie, un jeune homme, un soldat échappé du camp et ramené par la nostalgie au foyer paternel, frappe à ls porte d'une cabane.\u2014 Qui est là ?demanda la mère, réveillée en sursaut.\u2014Ouvrez ! c'est moi, votre fils.\u2014Vous, mon fils ?vous mentez ! Mon enfant est à la frontière, il défend la PaTRiE.LE MONDE ILLUSTRÉ INSTANTANÉS LER FONDIS Ils aont la grâce, familière ou farouche, de la douce Touraine.Tout le coteau de pierre tendre, fouillé, creusé, raviné en caves, en souterrains, en grottes, parfois crève, béant, vers l'azur.On marche à travers champs, on traverse des vignes, on se promène dans un jsrdin : tiens ! des herbes vives, des mûres dans les épines ! On se penche.Il y a le vide, le fondis.Le fondis est un grand trou, un gouffre en miniature.Une carrière abandonnée où & poussé l'herbe, où s\u2019est suspendu un tapis de verdure grimpante, voilà le fondis.Il y en & d'énormes, il y en a de tout petits.Une basse-cour tient daus l\u2019un ; dans l'autre, une maison, avec son aire où on bat le blé, son verger de choux.Quand la paroi n\u2019est pas à pic, mais fait rampe ou escalier, les propiétaires sément, plantent, gagnent jusqu'au dernier pouce sur la pierre.Par des arches de voûtes, le fondis communique avec la route qui borde le bas du coteau, le fleuve.D'en haut, à moins de 5e pencher sur le fondis, on ne le voit pas ; les verdures le cachent, les murs.On entend tout à coup des roues grinçantes de chariots.Des voix montent, des rires de jeunes filles, des querelles.On regarde autour de soi.\u2018Qui à parlé ?Où grincent ces roues ?ces voix { Les enfants, inquiets, se regardent.Y a-t-il quelqu'un daus le jardin / Au crépuscule, il semble qu'on marche.Ce chant ?Une vie sourde se meurt sous la terre.Ces voix, cette vie, ce chant, c'est le fondis.En voici un.Les arbres l'enserrent, l'étouffent ; il est si bien caché dans l\u2019ombre des taillis qu'il faut le découvrir.Les branches vous cinglent le visage, vous agrippent le bras ; le fondis se dissimule, se terre.Tout d'abord même on ne le voit pas, dans un moutonnement de feuillage qui fait rebord, toit, parasol.Il faut écarter la mouvante toison, épaisse et fraiche, surprendre, comme si on violait un secret, le fondis obscur.1] est noir, il est nu, il est froid.Mas un bloc rouge y pétille sous le marteau qui l\u2019aplatit.Un soufflet gigantesue s'enfle et se dégonfie en une respiration de bête.Le fundis est une forge.Rudes, les voix qui en partent ; la colère y frappe sur l\u2019enclume.Des étincelles craquétent, la voûte est noire.Mais quand le cyclope qui peine dans cet autre, quand le forgeron borgne lève en l'air son œil morne, il aperçoit, à travers le manteau troué du feuillage, dans l'ombre frémissante des arbres, à l'aube un cvin du ciel bleu, à la nuit une étoile.Cet autre fondis est large, vaste : le soleil y descend et le coupe en diagonale ; la lune, de sa clarté de lait, le baigne.Il y fait plein jour.Sur le revers, haut de vingt-cinq mètres, la verdure fait draperie, tombe en cascade.Au sommet, un moulin à vent ressemble à un jouet d'enfant.Jouet compliqué, le plus souvent im- mubile, écartelant ses bras maigres en croix.Puis, un jour de fantaisie, les bras de planches s'élargissent, se distondent, et leur larges triangles opposant leurs pointes, gravement, se mettent à tourner.Dans ce fondis, il y a toutes sortes de choses, une petite maison que garde un chien jaune ; trois petite chats jouent sur le fumier, car il y a un fumier.une petite mare où barbotent des canards, où picurent des poules.La femme, une jeune et grande blonde, entre et sort, va et vient.L'hommie part tous les matins, rentre et repart {tous les après-midi sur ra charrette attelée d'un cheval rouan, qui secoue un collier de grelots.L'homine est un petit gaillard sec, brun, agile ; il fait de la besogne pour trois, rentre ses foins, va le samedi au marché de la ville ; le dimanche, habil- 16 de Hoir comme s'il était de noce ou d'enterrement, il va faire la partie au café avec les camarades.Deux enfants jouent daus le grand fondis.Ils sont blond chanvre, roses et joufflus, avec des mines étonnées et graves.Îls se tiennent par un doigt et marchent bien sages, côte à côte, sans tomber.Ils ne parlent pas, ne pleurent pas, ne rient pas.C'est le petit frère et ln petite mwur.Ils ont l'air de comprendre que ce fondis où l'un ne voit que du ciel au hout de l'entonnoir de craie, plus haut que le rideau de feuillage et le moulin & vent, n'est pas une chose naturelle.Le mystère les enveloppe et ils le contemplent de 739 leura prunelles bleues, parfois assis sur lu pierre du seuil, un doigt dana leur bouche.Dans le fondis, il y & un autre étre aussi ; un vieux, le vieux, le père de la femme.T'out le jour, incapable d'agir, il reste, perclus de rhumiatismes, assis sur une chaise.Son horizon est court, c'est la roche crense de la paroi avec ses blocs nouvux, ses lames ligneuses, ses trous d'éponge.Depuis qu\u2019un pan de muraille entière, un jour, s\u2019est écroulé, s'émiettant âses pieds, le frôlant d'un vent de mort, 11 contemple fixement cette pierre qui tue.L'autre jour, dans un autre fondis, un homme a eu les deux jambes écrasées par la chute d'une ruche, détachée soudain, sans cause, comme cela.Et il a l'air, immobile ainsi de l'aube au crépuscule, d'attendre quelque chose qui ne vient pas.Les enfants le regardent.Une poule parfois vient piquer un grain entre ses jambes.Le chien jaune ne se dérange même pas pour le caresser.Il est seul ; on dirait quelqu\u2019un qui doit partir et qu'on a oublié.Il reste dans le coin ou le soleil ne vient pas.Il vit dans l'ombre du fondis, en attendant une autre ombre, immense, éternelle Part ET Victor MARGUERITTE.\u2014l +-e a SÉMIDA De nombreuses lumières jetaient leur douce clarté dans la chambre où brûlaient de captieux parfums.Silencieuse était la maison, silencieuse était Salomé qui, anéantie, abimée dans une profonde douleur.veillait près du lit funèbre où reposait Sémida, sa fille unique.Sur ce front pâle, ses yeux demeuraient attachés : ils cherchaient les roses de Saron, qui autrefois vrusient sa chevelure.hélas ! plus de parure joyeuse ! la mort était venue éteindre l\u2019aurore brillante de cette jeune vie, et fauchée comme les lis blanes qui ornaient sa couche, sa belle tète brune se penchait duucement.La porte s'ouvrit ; Salumé immohile ne tourna pas la tête.Jaire entra, et après lui, vêtu d'un long manteau, un jeune homme au regard profound et fascinant, et dont la longue chevelure tombait sur ses épaules.Tous deux s'avancèrent jusqu'au lit de la jeune morte, et Jaire tombant à genoux devant l'étranger, s'écria d\u2019une voix chaude de confiance, vibrante de supplication : \u2014Seigneur \u2018 ma fille n'est plus ; mais si vous le voulez, elle vivra.C\u2019était le Credo sublime de la fui la plus ardente, la sincérité la plus vraie de la douleur paternelle dans un espoir suprême ! L'étranger le comprit : de son regard perçant, il lut dans le cœur du cet homme, dont la simple mais touchante prière, avait jeté l\u2019émoi dans cette salle de veilles funèbres, où toute une foule anxieuse se pressait.Il prit la main de Sémida ; son clair regard s'abaissa sur elle, et de ss voix douce mais grave il dit : \u2014Ma fille, levez-vous\u2026 Et le corps tout-à-l'heure immobile et glacé, s'anima ; les membres raidis s'assouplirent et la fille de Jaire ouvrant les yeux, se leva et tendit les bras en disant : \u2018* Ma mère \u2018\u201d Salomé enlaça la frèle enfant ; la vie lui revenait avec les baisers de sa fille ! L'ivresse de son bonheur effaçait les puignantes tortures passées, elle ne voyait plus que sa fille qui lui souriait ! Et l\u2019heureux pére encure à genoux, baisait le bord de la robe de son Maître ! LE ' * Au milieu de la foule entiévrée, enthousiasmée du miracle, une jeune femme refoulant les larmes qui l'étouffaient, regardait toujours cet homme qu'elle voyait pour la première fois, en une circonstance si étrange et dunt le beau visage était d\u2019une sénérité si suave ' Mais soudain, elle le chercha vivement, anxieusement\u2026 plus rien.il était disparu ! ! ! Le soir même, Claudia Proculs raconta à son mari la scène dont elle avait été témoin le matin, et comme elle lui demandait le nom de cette homme si puissant, Pontius lui répondit d\u2019une voit lente et basse : ** Vous avez vu celui qui se nomme Jésus de Nazareth ! Hauve. 740 QUE DIRONT 2.A Mme Add.Pendant que nous allons tous derex et que tu penches Ton beau front fier et doux, Que pleure done l'automne ?et que pleurent les branches Qui frémissent ster nous ?Les branches tristement, suns feuilles et moroses, Pleurent des nids brisés les murmures perdus : L'automne tristement pleure la fin des roses Qui ne sont plus.Quand nous irons tous deve aux brises rmbaumers Qui joueront dans tes beuux cheveux, Qu'aver mai renaitront ves choses tent aimées Que tout en semble plus heureux, Que diront done alors, dans leur appel sepréme, Ces grands cris éperdus du révril des beaux jours ! ls te diront, à toi : * Fleur de printemps toi-même, Aîme done avec nova, à toi que la vie aime !.\u201d À moi : ** Nouffre toujours.\u201d NicostraTE Le VEILLEUX.\u2014 >.tr LE CONTRAT SOCIAL (Suite ct fin) Je ne suis soumis à aucune obligation, sans ma volonté expresse / A la bonne heure ! Alors, qu'importe que mes grands-pères aient passé un contrat statuant que l'homme devrait vivre en société ?Il est bien évident que je n'ai pas donné mon consentemet.t A ce pacte, passé quelque six mille ans avant ma nais- rance.Parfaitement étranger à l'acte, je suis donc parfaitement à l'abri des obligations qui en découlent.Qu\u2019on ne vienne donc plus me parler de respect envers les princes ; qu'on n'attende pas de moi la soumission aux lois établies : je n'ai pas signé de contrat.L'Etat a besoin d'argent, on impose des taxes ; moi je ne paierai vas de taxes.L'ennemi est aux frontières ; on ordonne à tous les citoyens de prendre les armes pour défendre la patrie : moi je ne prendrai pas lesarmes.\u2018Qui donc m'obligernit à me battre ?Qui peut s'arroger un droit sur moi ; puisque personne ne peut me commander sans que je lui en aie donné le pouvoir, et que ce pouvoir je ne l'ai donné à personne.Mais J.-J.Rousseau avait prévu cet inconvénient : il en avait mime sugyéré le remède.Pour obvier à toute difficulté, dit-il, il suffit que le genre humain se réunisse tous les vingt ans, dans une vaste plaine- l\u2019endruit n\u2019y fait rien\u2014 ct que la, tous et chacun renouvellent les serments sociaux prêtés par les ancètres.Ainsi chacun n'étant soumis qu'à sa propre volonté, l'aucorité n'en pourra pas moins subsister de génération en génération.Vous le voyez, rien de plus simple ! Grâce au télégraphe.au téléphone, aux bateaux rapides et aux machines à vapeur, on se représente facilement le genre humain assemblé dans une plaine du Manitoba, par exemple.Mais ceux qui naîtront le lendemain de ce solennel engagement, ceux qui ne pourront pas se rendre à ces comices universels, ceux qui ne voudront pas s\u2019y rendre, et ils peuvent être légion ; tous ceux-là seront donc libres de toute entrave, exempts de toute loi, indépendants de toute auforité.Ils pourront done, quand il leur plaira, venir piller nos villes, incendier nos villages, massacrer nus concitoyens.Qui les condamnerait, qui les ferait monter sur l'échafaud ?Mais on ne condamne pas, on ne pend pas un homme sur lequel on n'a aucune autorité, et nul ne peut avoir autorité sur ces heureux dissidents du Contrat social.N'alluns pas nous imaginer que nous avona désarçonné J.-J.Rousseau pour si peu.Oh ! non, c'est un fameux équilibriste.Messieurs, nous cruyions notre siècle très avancé parce qu'il a mis en pratique l'enseignement obliga- tuire, le service militaire obligatoire et tant d'autres choses ubligatuires.J.-J.Rousseau fit mieux : il imagina\u2026 le libre consentement obligatoire ; il proclama a lu face du monde, à grand renfort de trompettes et d'acclamations enthousiastes l'alliance, l'union, l'hymen, de la liberté et de la nécessité, de la liberté et de la cuaction, de la liberté et de la violence.LE MONDE ILLUSTRÉ ** Afin que lo Coutrat social, dit-il, no soit pas un vain formulaire, il renferme tacitement cet engagement, qui weul peut donner de ls force aux autres, que quiconque refuse d'ubéir à la volonté générale sera contraint par tout le corps : ce qui ne signifie autre chose sinon qu'on le forcera d'être libre\u201d 11 est bien vral que toute dépendance provient du libre consentement de l'homme, seuloment co libre consentement on peut le lui arracher.Aucune autorité ne peut subsister sahis le bon vouloir des citoyens, mais l'autorité peut prendre les mosures nécessaires pour cbtenir ce bon vouloir indispensable.*(Crois ou moeurs \u2018 disait Mahomet ; Mahomet était trop bon, il Inissait à l'homme la faculté de choisir.* Mort ou vif, dit Rousseau, tu es un partisan du Contrat social,\u201d et nous sommies aussi nécessairement que librenient obligés d'en passer par la.Messieurs, voyez-vous ces deux nations cunemies sur le champ de bataille, sabre au poing, prêtes à r'entr'égorger / Eh ! bien, le croiriez-vous, au plus fort même de la mélée, chacune est prête, si toutefois elle est vaiucue, à se courber volontairement sous le talon de sa rivale : ** Car, dit Burlamaqui, les vaineus sont censés avoir préalablement prôté un consentement tacite aux conditions que leur imposera le vainqueur.\u201d Sans quoi, voyez-vous, ce pauvre vainqueur ne pourrait rien exiger comme prix de sa victoire, puisque toute obligation doit être volontaire.Ah | nous ne savions pas qu'avant la guerre de 1870 la France avait préslablement consenti à céder à l\u2019AI.lemagne l'Alsace et la Lorraine : qui d'entre nous se serait jamais douté que la pauvre Espagne s'était préa- inblement décidée à livrer aux Américains Cubas Porto-Rico et les Philippines / Burlamaqui nous Uap.prend : ce que c'est que la science ! Ce n\u2019est pas tout : ces bandits qu'en conduit au bagne, c'est librement qu'ils y vont ; sans quoi, l'action de la justice serait contre nature.Ce meurtrier que l'on traine au gihet, c'est sa volonté souveraine qui l'y pousse.Il marche à la mort la plus honteuse qu'on puisse imaginer, mais il y marche en roi : et tandis qu\u2019on lui passe au cou le nœud fatal, il à toujours la consolation de se dire : C\u2019est de pac ma volonté que je meurs, je meurs libre tel que la nature m'a fait.Est-ce un habitant des petites-maisons, qui vae soutenir une pareille sottise / Oh ! non, Messieurs, c'est un grand homme, un grand Italien, un grand philosophe : Spedalieri.Et il explique s« proposition : ce qui prouve qu'il ne badine pas.Veuillez me prêter toute votre attention, c'est un peu.compliyné : Considérant.dit il, que par le pacte aocial, moi, personne réelle, ai passé contrat avec moi, être abstrait et cul- lectif, et que c'est moi qui juge, veux, et agis dans le jugement, il s'ensuit de manière à n'en pouvoir douter \u2018que les susdits moi, étant en même temps, exécuteurs et victimes des hautes œuvres, le moi abstrait fera Justice du moi concret \u2018\u2026 Et voilà justement ce qui fait que votre fille est muette !.Vous le voyez, il suffit de presser légerement le Contrat social, pour en faire jaillir une absurdité.Eh \u2019 bien, cependant, supposons que je n\u2019aie rien prouvé jusqu'ici, ou plutôt, ce qui me plairait duvan- tage, supposons que les inconséquences relevées daus le susdit systeme, soit imputables à l'inexpérience politique de nos ancêtres ; du moins me semble-t-il tres raisonnable d'exiger de M.Itousseau, l'exhihition des documents qui étallissent l'existence du Contrat social.** Vous me parlez d'an pacte d'une importance capitale pour moi, puisque de lui découlent tous mes droits et tous tnes devoirs sociaux ; encore aimerais-je à le consulter pour connaitre cxactement ou finissent mes droits, où commencent mes obligations.Montrez- moi Vos papiers et je me rends armes et bagages.\u201d Et Rousseau se tait cette fois ! il n'a rien à montrer.Du malus indiquez-moi duus quelle tradition vous avez puisé cotte magnifique idée d'une assemblée const'tuante dis le berceau du genre humain ; et Rousseru se tait encore : il a créé la tradition en même temps que le système.Enfin, expliquez-moi comment un fait aussi important que la passation de cet acte n'ait laiasé aucutie trace dans la mémoire der peuples / Et Rousseau se tait toujours.J'ai votre affaire, s'écric joyeusement Burlamaqui, venant à ls rescousse do son vénéré maitre.Kt lui, Burlmnaqgui, déroule devant nos yeux étunnés, un antique parchemin ; un vrai parchemin, ratatiné, moisi, et portant des traces évi denten du déluge universol.Je regarde, curieux, vous comprenez, de connuitre l'alphabet et surtout l'orthographe de nos premiers pères.\u2019l'iens ! c'est écrit en latin !.c'est étrange * Jo regarde de plu- près, de trés près.Mais, M.Burlamaqui !.vou ue savez donc pas le latin { Mais nous sommes loin du pacte primitif ! C'est tout simplement un acte attes tant que les Roniains à l'origine, firent une convention en vertu de laquelle ils furent forcés d'obéir.Mai ce même acte nous apprend qu'a l'époque où ils pas serent ce contrat, les Romains étaient une coton fondée par Nunmitor, roi des Albaine ; que, loin d'êtr.sans souverain, ils en avaient deux, deux frere Jumesux ; et que, loin de se donner une forme de vou vernement, ils protestaient ne pas vouloir changer ! forme du gouvernement léguéo pur leurs ancétres.11 avaient donc une forme de gouvernement | i! wétaient done pas dans ce glorieux état sauvage - goûté, si vanté de J.J.Rousseau, et qui faisait du à Voltaire : ** Mon cher M.Rousseau, Rif vous pres fantaisie, à votre âge.de brouter l'herbe de n- prairies, suivez tout à votre aise vos penchants lier! vores, moi je ne m'en sens pas la vocation : Quand on défend une bonne cause, on ne se las pas rebuter pur ut premier échec, et voilà pour quoi Spedalieri revient ici à la charge avec unie arde- nouvelle.Du premier mot, il nous apprend que « Contrat social, il n\u2019y en à jamais eu.Quelle franch: admirable | Seulement, ajoute-t-il, il aurait dix avoir un * D'où il ressort jusqu'à l'évidence, que suis lié par ce contrat qui surat di exister, t- conne s'il existait réellement.De ce qu'il a conn, Ia faute de ne pas voir le jour, il ue s'en suit pas y Je soin exempté des obligations qu'il contient, aurait dû contenir.Ainsi done c'est sur une hypothèse, une sin ; hypothèse, que reposent les devoirs les pp: sacrés des citoyens envers l'autorité légitime : \u20ac « sur une hypothèse que les hommes se fondent pr réclamer les droits imprescriptililes de ln liber civile et personnelle : c'est par hypothèse que !- citoyens sont tenus de défendre la patrie en dang par hypothèse que l'on condamne les voleurs à prison, et les meurtriers à l'échafaud ; c'est par Ly) thèse que les uns sont juges.les autres victimes, : uns gouvernants, les autres gouvernés ; c'est par hyy- thèse, que noi, né par hypothèse dans une colo.britannique, je suis soumis à notre (Gracieuse Sous: raine ; c'est pur hypothèse que j'agis, par hypothe- que ju m'abatiens d'agir, et jo ne vivrai hiertot pli que d'hypothèses et par hypothèse.Réunissez toutes les absurdités qui ont cté dit: depuis le commencement du monde jusqu\u2019a nos joi: sur l'origine et lu nature de l'autorité ; jetez les pui mêle dans une urne ; agitez fortement, et tirez hasard ! vous tenez une clause du Contrat social.Et pourtant, l'on ne saurait trop appuyer sur © absurdes principes qui font tant de mal aux sociéte Plät au Ciel qu'au I&me siècle, on eût réfuté pl souvent le Contrat social! Rappelons-nous toujou.que c\u2019est à J.-J.Rousseau, l'auteur du Contrat souci\u201d.que doit étre attribué en grande partie, ln pater de ln Révolution française.Rappelons-noux qu\u2019un d.premiers actes de l'émeute triomplisnte, fut de pr clamer Rousseau père et patron du mouvement rés lutionnaire.C'est le Contrat social qui a enfanté lu fameuse \u20ac.claration des droits de l'hounue, c'est en vertu ©: Contrat social qu'on asa jeter à la face du meilleur ds + princes, lu sanglante épithète de tyran.N'était-il pus tyran, cet homme qui détenait l'autorité sans ave préalablement consulté messieurs les Jacobins ?|! c\u2019est encore le Contrat social qui fit tomber la tite de Louin XVI sous le couteau de la guillotine, Cur.puisque le peuple possède l'autorité suprême, puisque la somme des volontés forme un pouvoir sans\u2019 bornes. LE MONDE ILLUSTRÉ 741 qui vserait dire que les démagogues ont dépassé leurs droits en immolant l'affreux despote, héritier d'une tyrannie tant de fois wéculaire ?Oui, les sane-culottou avaient le droit de mansacrer comtes et barons, marquis et princes du sang ; ils avaient le droit incontestable d'emprisonner, de noyer, de fusiller les prêtres, le droit de voler les biens ecclésiastiques, lu droit d\u2019outrager les religieuses, le droit de profaner les temples, puisqu'ils étaient la somme den volontés et que la somme dea volontés est Dieu.Et de nus jours, Messieurs, quelle n'est pas encoru In déasatreuse influence du systeme de Rousseau sur les sociétés contemporaines { Quel peuple n'a pas son petit Contrat social plus ou moins mitigé ?La révolte érigée en droit imprescriptible, l'enseignement obligatoire, frappant l'enfant à l'eftigie de l'Etat, c'est-à-dire donnant à l'Etat plein pouvoir sur la conscience même de l'enfant ; le droit de vote étendu indistinctement aux prolétaires comme aux propriétaires, aux ignorants comme sux lettrés, en attendant qu'il le soit aux femmes et aux enfants : voilà autant de fruits gâtés du Contrat social.FL que penser de cet immense effort vers la démocratie universelle / Ici, Messieurs, je m'arrète presque effrayé de ce qu\u2019 me reste à dire.Aurai-je le courage de froisser les sentiments les plus intimes de presque tous mes a\u201cdi- teurs ! Il y n à peine quelques jours, lors de l'élection de M.Loubet, un journal bien connu de cette ville répondait vigoureusement aux sarcasmes que Le Cau- teis lançait contre l'origine plébérenne du nouveau piré- sident ; et dans un magistral article il apprenait à l'organe royaliste, aux grands applaudissements de tout le peuple, que chez nous les privilèges de race étaient inconnus, que nous étions un peuple démocrate ; oui, tous, jeunes et vieux, Nous sonimes naturellement, instinctivement démocrates.Et pourtant, si l'on considère les choses au point de vue de la simple logrque, si méme on examine froidement les effets désastreux produits dans les sociétés par l'esprit démocratique moderne, où ne peut s'empécher de regretter cet engouement excessif pour la démocratie.Naus doute, ln démocratie est une forme légitinie de gouvernement ; mais la proclamer comme seule léyi- time, c'est encore là l'esprit du Contrat social.Or, que voyons-nous aujourd'hui Ÿ À mesure que les pays de l'Amérique du Sud se furent émiancipée du joux de l'Espagne, ils se hâterent de proclamer le gouvernement populaire.La Bolivie, l'Equateur, le Vénézuéls, ln République Argentine, autant de démocraties, ** pus une de ces Républiques dont lu naissance n'ait été saluée par quelques déclamations sur le Contrat social.Lorsque nus voisins se furent révoltés victorieusement contre l'Angleterre, qui donc osa proposer la monarchie comme forme de gouvernement / Flire un roi, ¢'efit été retourner aux âges de barbarie \u2018 Et 81 nous reportons nos regards vers l'Europe, que remarquons-nous / Excepté la Russie dunt le climat rigoureux «à empéché l'éclosion du Contrat social, partout ls démocratie sinon triomphante, du moins grandissante.Là où la république dévineratique n'est pas encore proclamée, nous - vons des royaumes constitu- tiounels, c'est à dire des républiques où le président He nomme roi, des royaumes où le roi règne et ne gouverne pas.Qu'est-co qu'un roi d'Italie, un roi de Suède, un empereur d'Autriche ?Tous peuvent résumer leur vie et leurs occupations dans ce mot de Napoléon III : \u2018* Quand mes ministres ont lu majorité, je vais me promener ; et quand ils n'ont plus ls majorité, je lus envoie xe promener.\u201d De nos jours on à pour de l'autorité, on ne veut pas Ia condenser en un corps compact de peur qu'elle ne retombe sur le peuple et ne l'écrase.Pas un bourg, pas un village, dont l'autorité municipale, si limitée pourtaut par une centralisation exagérée, ne soit encure partagée entre quelque vingt conseillers.Mettre toute cette autorité en une seule imain, certes ce serait trop dangereux.Et encore ces vingt conseillers pourraient à la longue devenir tyranniques : on » vin de les remplacer le plus souvent possible.Par crainte de la tyrannie, on divise l'autorité en particules infiniment petites, on la réduit en molécules, en atomes, on en fait un je ne sais quoi d'inconsiatant, d'éthéré, de volatil, noumie à toutes les fluctuations des passions politiques et emporté au premier vent de révolution.I! faut qu\u2019il y ait le plus possible de gouvernants, le moins possible de gouvernés, il faut que la multitude se gouverne par elle-méme, et tous ne pouvant avoir l'autorité eu méme temps, la fréquence les élections doit permettre \u2018que tous la possèdent successivement, Bientôt sonnera l'heure où nul ne pourras mourir sans avoir été au moins conseiller dans son village.D'où vient cette soif de domination qui dévore jusqu'aux dernières classes de la population / D'où vient cette impatience do tout joug, cette haine de toute autorité / Du Contrat social, Messieurs.Non, jamais écrivain t'a répandu plus d'erreurs et d'erreurs dangereuses que J.-J.Rousseau.Jamais philosophe n\u2019a su si bien infiltrer le venin de sa doctrine jusque dans les profondeurs des couches populaires.L'Europe trenible sur ses bases, les czars eux-mêmes sentent leur trône vaciller, les chefs d'Etat, que leur tête soit ornée de la couronne ou du bonnet phrygien, voient chaque jour leur vie en danger, et chaque jour emporte une partie du peu d'autorité qu'on leur avait contiée.C'est le peuple qui veut gouverner ; c\u2019est le peuple qui veut être Dieu.Kt Rousseau se soulovant dans sa tombe, embrasse l'univers d'un regard seruta- teur, sourit, et se recouche satisfait.Estery BEACLIEU.\u2014
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