La Tribune : journal hebdomadaire, 1 juillet 1898, vendredi 1 juillet 1898
[" ee > 0008 ae Le gislative Yol.11.Yendred: ler Juillet 1398.FEUILLETON VIEILLE HAINE IV TRAVAUX D'ATTAQUE ET DE DEFENSE Pendant quinze jours Roussel supporta courageusement cette contrainte si nouvelle et s1 pénible.Il se disait : \u201c C'est le premier moment, cela se passera.Un nouveau caprice remplacera cette fantaisie, et il n\u2019en sera plus question.Nous pourrons respirer alors, loin de l\u2019horrible Clémentine, et vivre en paix.\u201d Mais ses prévisions optimistes ne se réalisèrent pas.Etait-ce quo Maurice avait été plus sérieusement touché qu'il n\u2019avait dit?Prait-ce que la violence faite A ses sentiments en avait augmenté la force, au lien de l\u2019atténuer?Mais il chaugeait beaucoup physiquement et.mo- ralemeat.Lai, qui était l\u2019activité même, il passait des journées entières, sur le divan de son atelier, à fumer des cigarettes.Il ne touchait plus un pinceau.L'esquiese de la Vierge à la broderie, le tableau des \u201c Mariés \u201d avaient été retourués du côté de la muraille.Il avait abandonné les études commencées pour la décoration de la salle des mariages de l'hôtel de ville de St Denis, travail très Important, obtenu de haute lutte dans un concours auquel avaient pris part des peintres renommés.ltien ne l'intéressait.Il traversait une crise de découragement et de dégoût.Pour la première fois Roussel le voyait ainsi, et il s'en inquiétait sérieusement.Pourtant il tenait bon, ne le questionnait pas, dans la crainte d\u2019une réponse qui rouvrirait le débat.Il cs- pérait tonjours que ça passerait, mais il voyait bien que ça ne passait pas.Daus l'après-midi, Maurice sortait souvent seul.Les premières foie, Roussel lui avait dit: Où vas-tu ?Le jeune homme lui avait montré uu album et répondu: Je cherche des motifs.Il n\u2019avait point offert.à son tuteur de l'accompaguer, il avait même paru craindre que celui-ci le lui proporât, et s'était presque sauvé.Roussel n\u2019avait point renou | velé son interrogation.Mais un | IIermine.Il espérait l'apercevoir Jour que l\u2019album aux croquis fla- nait sur une table en l'absence du peintre, il avait soulevé la couverture, tourné les pages, et acquis la preuve qu'elles étaient toutesimmaculées Alors, à quoi Maurice passait-il ees journées ?Aurait-il manqué à sa promesse, et serait-il retourné chez Mlle Guichard ?Roussel ne l'en soupçonnait même pas.Il le savait incapable de no pas tenir un en- gagèment pris.Cependant que faisait-il 2 Jl résolut de ie suivre.Et un après midi que Maurice était sorli par le chemin de St-Cloud, avec le fameux album aux feuilles blanches, Fortuné se risqua de loin à sa suite.Il put sans difficulté ne point le perdre de vue.Le jeune homme allait tout droit devant lui, sans défiance.Pas une fois il ne se retourna, et, sur cette route poudreuse, il se détachait visible à cinq cents pas de distance.Il tourna sur la droite, prit un sentier de traver se qui conduisait aux boir, et, arrivé sous le couvert des arbres, il s\u2019assit, son album sur les genoux, et resta plus d\u2019une heure sans bouger, comme s\u2019il attendait quelqu'un.Muis personne ne vint.Il sortit de sa rêverie, et à pas lents, poursuivant sa promenade, il se dirigen vers La- Celle-Saint-Cloud.Fortané eat un frémissement Est-ce qu'il s'était trompé ?Est- ce que Manrice était capable de tant de dissimuiation ! Quoi ! il irait chez Mlle Guichard ?Non ! impossible.Et pourtant il prenait une direction qui n\u2019était point douteuse.À un carrefour aboutissait la ruelle dans laquelle le jeune homme avait été renversé.Mais Maurice, au lieu de hâter le pas, comme quelqu'un\u2019 qui se sait attendu, ralentissait sa marche.Il tourna dans la ruelle, au coin de laquelle son tuteur s'arrêta, Il s'avança jusqu'à ce qu'il pût découvrir la petite terrasse de la villa, et là à l'abri derrière une touffe de sureaux qui poussait à travers la clôture d\u2019un jardin, il attendit.De son poste d'observation, Roussel le voyait regarder avec persistance du côté de la propriété de Mlle Guicharé.Il distinguait mêmo assez son visage pour en remarquer la proionde tristesse.C'était donc là le but de ses secrètes promenades ?Il venait regarder la place où il avait vu pour ls première fois de loin, ei elle venait à passer dans l'allée aux branches pendantes.l\u2019eut être se montrerait- elle aussi triste que lui, alors cette communauté de regrets lui serait un soulagement à sa peine Et le vieux cœur de Fortuné se serra en recevant cette nreuve du chagrin réel et cuisant de l'enfant qu\u2019il aimait tendrement.Une grande mélancolie s'em - para de lui: Il se devina destiné au plus cruel des sacrifices: celui de la tranquillité de ses der- riers jours.Entre sa douleur et celle de Maurice, il sentit qu\u2019il n'hésiterait pas Il estima qu'il ne serait point juste d'accepter la souffrauce de cette jaunesse pour prix de la quiétude de sa vieiliesse à iui.11 ay avait point d'égalité entre la vie de l\u2019un, à son aurore, et celle de l'autre, à son déclin Enfin, il craignit que Maurice ne le jugeat égoïste, et n'eût de Clémentine meilleure opinion que de lui.Il voulat montrer la différence qu\u2019il y avait entre eux, et faire appré- cler son abnération comparée à l'inflexibilité de Mile Guichard.Maurice quittait la place, lentement, comme à regret.Hermine ce jour-là n'avait point paru dans le jardin.Il reprit la route des bois, la tête basse, et comme 1l arrivait au carrefour, il s\u2019arrêta brusquement, poussa un cri étouffé, pâlit: son tuteur éteit devant lui.Le vieillard était grave, un peu pâle, mais sa physionomie et son attitude ne témoignaient aucun mécontentement.Voyant Maurice interdit, il s'avança sans parler, le prit aftectueusement par le bras, et marcha à son côté dans la direc: tion de Montretout.Au bout de quelques minutes de silence, il leva la tête, regarda son fils adoptif avec douceur, et, d'une voix attendrie : \u2014Eh bien! mon pauvre petit, c'est donc plus fort que toi?Il laut absolument que tu la revoies ?À ces paroles si aflectueuses, ei vraiment paternelles, Maurice bouleversé balbutia d\u2019une voix étranglée : \u2014Oh! mon cher parrain, par- donnez-moi, mais j'ai tant de chagrin! \u2014Allons, mon enfant, tu as fait ce que tu as pu, je le vois bien.A moi de faire le reste.\u2014 Mon parrain.\u2014 Est-ce que tu as pensé que je t'avais élevé, depuis vingt ans comme je l'ai fait, pour, un beau jour, chauger subitement, et te rendre malheureux ?Non ! non ! je l'aime pour toi-même ct non pour moi, ct ja ne puis supporter la pensée que tu endures un chagrin que d'un mot il m'est facile de dissiper.\u2014Oh! mais je n'accepterais pas que vous eussiez ie moindre ennui à cause de moi, interrom- 1 it Maurice avec force.Je suis un lâche de n'avoir pas su mieux supporter cette déception, Mais je mettrai bon ordra à ma faiblesse.Il y a longtemps que je projette un voyage en Espagne.Je partirai.nous partirons ensemble, \u2014Non! dit tristement Rous- sel.Car tu emporterais le souvenir d'Hermine avce toi, et tu serais plus malheureux encore, étant loin d'elle lit moi j'aurais la double tristesse de te voir souffrir et de penser que c'est parce que je suis un égoïste que tu souffres.Ce qui me retenait, vois-tu, de te laisser libre d'aimer cette petite, qui est sans conteste adorable et qui sans doute est bonne.\u2014Ah! mon cher parrain, si vous causlez seulement un quart d'heure avec elle, vous en seriez sûr.La douceur de sa voix, la grâce de son regard, tout atteste un cœur exquis.\u2014Je pense bien que si tu test mis à l'aimer si vite, c\u2019est qu\u2019elle a un charme irrésistible, \u2014C'est qu'elle est si modeste avec cela, a1 bien élevée, \u2014Oh ! je m'en rapporte à Clémentine.Mais j: te disais que ce qui m'avait retenu c'était la crainte que tu fasses la victime de Mlle Guichard comme je l'ai été.J'ai pensé beaucoup à toutes ces choses depuis que je suis de retour, et je auis arrivé à la certitude que tu pourrais échapper au danger En somme, qu'est-ce que tu veux?Une femme que tu aimes, et non une fortune ?Eh bien ! épouse Hermine, et si Mlle Guichard te tourmente, prends ta femme par le bras, et emmène-là.Tu seras toujours indépendant.Si donc Hermine t'aime.\u2014Elle m'aimera.\u2014Elle doit t'aimer déjà ! Mais Mlle Guichard est certainement furieuse de ne pas l'avoir vu depuis deux semaines Il va donc falloir jouer serré avec cette gail- larde-là.Es-tu disposé à suivre le plan que je vais te tracer ?\u2014Aveuglément.\u2014Eh bien, écoute.Si tu avais l\u2019imprudonce de te présenter demain à la Celle-Saint-Cloud, l\u2019air radieux, en disant à Clémentine : \u201c Me voilà ! Mon tuteur consent à ce que j'épouse votre nièce, voulez-vous m'accorder sa main ?tu pourrais être sûr d\u2019être mis à la porte dans les deux heures qui suivraient, avec tous les honneurs dus à la situation do fils adoptif d\u2019un homme exécré.Il faudra donc que tu te présentes la mine contrite et l'air inquiet, que tu demandes à Mlle Guichard de lui parler en particulier, et que tu lui racontes que je t'ai surpris allant chez elle, et qu\u2019il y a eu entre nous deux une scène violente dont la conclusion a été cet ultimatum formulé par moi: d'avoir à cesser toutes relations avec mon ennemie ou d'avoir à déguerpir de chez moi.Comment! il faudra que je vous quitte ?\u2014Pendant le temps nécessaire anx accordailles et jusqu\u2019au mariage.Si Mlle Guichard te voyait continuer à vivre auprès de moi, elle est fine, elle soupgon- cerait quelque ruse, et t\u2019éconduirait.La seule chance que tu aies de réussir auprès d'elle, c\u2019est de paraître brouillé avec moi, et que je eois censé en souffrir.Elle accueillera en toi un allié, car c'est triste à dire, mais ce n\u2019est bas à un gentil garçon capable de faire le bonheur d\u2019Hermine qu\u2019elle donnera sa nièce, c'est à un fils ingrat, risquant de briser ma vie.No proteste pas ; je saurai à quoi m'en tenir, et l'apparence de la faute suffira.Tu continueras à m'aimer d'autant plus que mon sacrifice te paraîtra plus grand.Mais ne laisse pas soupgonner noire accord, ve trahis pas ton affection du jour où Clémentine ne verrait plus en toi un instrument de rancune, elle te haïrait, et tout serait rompu.\u2014Mais après ?\u2014Oh ! après, c'est là que les véritables difficultés (commenceront.Tu aurais beau te montrer plein de déférence pour Mlle Guichard, si tu ne fais pas cause commune avec elle contre moi, si tu avoues une réconciliation avec ton tuteur, la diablesse se déchaînera, et tu sauras alors ce qu'elle est réellement.Car, mon ami, tu ne peux la juger, tu ne la connais pas.\u2014Vous êtes d'une \u2018bonté si parfaite, dit Maurice en s\u2019arrêtant, que je vais me hasarder à \u2019 quelques diffionltés.- mr «&- Le divorce Une revue américaine s'occupe du divorce aux Etats-Unis, et constate qu\u2019un des faits les plus frappants dans la condition- des Américains, c'est la fragilité des liens du mariage, la fréquence du divorce.Un trouve, par exemple, 1 di- Vorce sur 10 mariages dans l'E- tat du Connecticut, 1 sur 14 dans le Vermont, 1 sur 21 dans le Massachusetts, 1 sur 13 dans le Rhode-lsland.Eu 1891, on a compté, à Chicago, 1 divorce sur 8 mariages.On se met peu en peine, dans la grande république, d'\u2019obéir aux lois de l'Evangile.Jésus- Christ a dit lui-même: \u201c Que l'homme ne sépare pas ce que Dieu a uni.\u201d Mais il paraît qu\u2019 au pays de la liberté les jugés sont plus forts que les commandements évangéliques.Par suite de l'autonomie législative des divers Etats de l'Union, la loi du divorce varie d'une région à l\u2019autre.Dans la plupart des Etats, on à pris soin de définir les motifs de divorce.Mais il en est où cette pensée n\u2019est pas venue au législateur.Dans le Maine, par exemple, la loi autorise les juges à prononcer le divorce \u201c pour les motifs qui peuvent, à leur avis, le justifier.\u201d Et, dans l'Orégon, une loi ré- ceute proclame que \u201c la séparation volontaite de deux époux aura, en droit, les effets d\u2019un divorce.Dans de semblables conditions, le lien conjugal perd toute espèce de valeur, et les juges mêmes considèrent ce genre d'affaires comme totalement dénué d'intérêt et le traitent en conséquence.Il y a quelque temps, une dame introduit une demande de divorce devant les tribunaux de Brooklyn.Le juge renvoie 1m- médiatement la deman de devant un avocat faisant fonction d'arbitre, qui instruit la cause dans l'après-midi, ot dépose son rapport le lendemain matin.Séance tenante, le juge approuve et rend son arrêt.Tout avait été terminé en un pou moins de vingt-quatre heures.L'an dernier, à l'ouverture de la cour de Boston, le prétoire fut encombré pendant trois jours de la foule des gens, hommes et femmes, qui dimandaient le divorce.Dans la première semaine, 5 couples farent ainsi désunis.Aussi les agences de divorces prospèrent-elles sur tout le terri toire américain de la façon la plus scaudaleuse.Les journaux sont pleins d'annonces d'agences de divorce.Vive la France À propos de plusieurs condamnations récentes iniligées en Al- sace-Lorraine à des personnes qui ont poussé le cri séditieux de Vive la France! le Journal de Colmar rappelle une plaisante histoire qui s'est passée, il y a quelque temps à Mulhouse : Une brave femme du peuple paria un jour qu'elle crierait dix fois de suite live la France! à la barbe d'un gondarme, sans qu'il lui en adviut aucun mal.Le pari fat teuu par les assistants, et la femme s'approchant d'un sévère gardien de la loi lui tint à peu près le discours suivant : On vient de condamner, monsieur le gendarme, uu pochard qui avait crié: Vive la France! Pourquoi cet animal criait-il : Vive la France! Il devait savoir que quand on crie: Vive lu France on est fourré au bloc.La loi est formelle Pas de cris de: Vive lu France! Car pour crier: live la France! nos tribunaux donnent toujours trois mois de prison pour le moins.Voilà pourquoi un hommas raisonnable ne criera jamais Five la Lrance ! Les Vive la France! sont le fait des pochards et des paresseux qui, par leur Vive \u2018a France! veus lent se laire héberger pour rien en hiver.À la place des juges j'acquitterais ceux qui crient: Vive la France! pour ce dernier motif; les coupables scraient punis plus sévèrement pour leur Vive la France! par un acquittement que par.\u2014Halte-là, bonne femme, s'écria tout à coup le gendarme.Voilà bien assez de Vive tu France! poussés à pleins poumons eur la voie publique.Si vous continuez, je vous mettrai la main au collet.La femme s'éloigna, empochant les cinq marca quelle venait de gagner, elle rit de bon cœur avec les perdants amusés.\u2014
Ce document ne peut être affiché par le visualiseur. Vous devez le télécharger pour le voir.
Document disponible pour consultation sur les postes informatiques sécurisés dans les édifices de BAnQ. À la Grande Bibliothèque, présentez-vous dans l'espace de la Bibliothèque nationale, au niveau 1.