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Le devoir
Quotidien montréalais indépendant et influent, qui informe rigoureusement et prend part aux grands débats de la société québécoise [...]

Fondé à Montréal par l'homme politique québécois Henri Bourassa, le quotidien Le Devoir paraît pour la première fois le 10 janvier 1910. Bourassa rassemble autour de lui une équipe de rédaction fort compétente. En font partie Olivar Asselin, Omer Héroux, Georges Pelletier, Louis Dupire et Jules Fournier.

Dès ses débuts, Le Devoir se veut patriotique et indépendant. Résolument catholique, il est partisan de la doctrine sociale de l'Église et appuie un encadrement catholique des mouvements associatif, syndical et coopératif. De tout temps, il défendra la place de la langue française et sera des débats sur la position constitutionnelle du Québec.

Au cours des années 1920, le catholicisme du directeur se dogmatise, ce qui rend plusieurs journalistes inconfortables, mais l'orateur demeure une figure très en vue qui permet au journal d'amasser des fonds. Grâce à lui, Le Devoir pourra toujours s'appuyer sur des donateurs privés, dont certains siègent à son CA. Des journalistes tels Fadette, Jeanne Métivier et Paul Sauriol y font leur marque à la fin de la décennie.

Proche des cercles intellectuels influents, Le Devoir a une vocation nationale. Une grande part de son tirage est tout de même acheminée dans les milieux ruraux. Le journal offrira d'ailleurs un vif appui à l'organisation de l'agriculture québécoise. Il ne pénétrera que tardivement, mais sûrement, le lectorat de la zone métropolitaine.

Au départ de Bourassa en 1932, Georges Pelletier prend la direction du journal. Un regard d'aujourd'hui sur l'époque des décennies 1930 et 1940 révèle une phase plutôt sombre, empreinte d'antisémitisme, le Juif représentant à la fois la cupidité du capitalisme et le péril athéiste lié au communisme.

Durant la Seconde Guerre mondiale, Le Devoir lutte contre la conscription et rapporte les injustices faites aux Canadiens français dans les corps militaires. Sur le plan politique, bien qu'indépendant, le quotidien appuie la fondation du Bloc populaire, parti nationaliste, et se rapproche parfois de l'Union nationale.

Gérard Filion prend la direction du journal en avril 1947. Il en modernise la formule et attire de solides jeunes collaborateurs, dont André Laurendeau, Gérard Pelletier et Pierre Laporte. Le journal prend alors définitivement ses distances de l'Union nationale, critiquant l'absence de politiques sociales, l'anti-syndicalisme et la corruption du gouvernement québécois, et dénonçant la spoliation des ressources naturelles.

À partir de 1964, le journal est dirigé par Claude Ryan, qui en base l'influence sur la recherche de consensus politique, entre autres sur les sujets constitutionnels. Sous sa gouverne, Le Devoir sera fédéraliste pendant la plus grande partie des années 1970.

Bien qu'il soit indépendant des milieux de la finance, Le Devoir est le quotidien montréalais qui accorde la plus grande place dans ses pages à l'économie, surtout à partir des années 1980. En 1990, l'arrivée de Lise Bissonnette à la direction redynamise la ligne éditoriale et le prestige du journal. Le Devoir appuie résolument la cause souverainiste.

Au XXIe siècle, sous la gouverne de Bernard Descôteaux, puis de Brian Myles, Le Devoir continue à informer les Québécois, à donner l'ordre du jour médiatique, à appuyer l'émergence des idées et à alimenter le débat social. C'est pourquoi il faut regarder ailleurs que dans ses données de tirage, relativement plus basses que celles des autres quotidiens montréalais, pour mesurer la force de son influence.

Sources :

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise des origines à nos jours, Sainte-Foy, Presses de l'Université Laval, 1979, vol. 4, p. 328-333.

BONVILLE DE, Jean, Les quotidiens montréalais de 1945-1985 : morphologie et contenu, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 1995.

LAHAISE, Robert (dir.), Le Devoir : reflet du Québec au 20e siècle, Lasalle, Hurtubise HMH, 1994.


Éditeur :
  • Montréal :Le devoir,1910-
Contenu spécifique :
Cahier F
Genre spécifique :
  • Journaux
Fréquence :
quotidien
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Le devoir, 2013-01-26, Collections de BAnQ.

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[" Stéfani Meunier, un point de non-retour Page F 3 Mil Joëi Dicker, crime, amour, f écntme Page F 4 LIVRES CAHIER F .LE DEVOIR, LES SAMEDI 26 ET DIMANCHE 27 JANVIER 20IS Jean Echenoz devant rinouï Sa renommée le précède.Avec quinze livres et plusieurs prix \u2014 le Médicis pour Cherokee et le Concourt pour Je m\u2019en vais, où il partait du Québec pour se rendre au pôle Nord \u2014 et ses 65 ans d\u2019expérience, Jean Echenoz est un homme réservé et courtois qui préfère se laisser surprendre à disserter.Avec élégance et chez lui, il s\u2019entretient de l\u2019inouï.Qu\u2019il soit l\u2019inconnu, la belle affaire ! Tant de mystères semblent plus captivants pour un romancier.GUYLAINE MASSOUTRE Dites à Jean Echenoz que son s^le naturel, son aisance à saisir simplement les faits, les êtres et les lieux recèle un secret, et il vous dira: «Pour construire un récit, je pars de ce qui m\u2019intéresse pour des raisons accidentelles, de ce que je veux apprendre et connaître: un métier, une région, une situation.Cela suppose un travail de recherche dans des livres, des photographies, des films, des interviews que je retranscris.J\u2019amasse avant d\u2019écrire.» Pour cela, il ne ménage ni son temps ni sa peine: «Je dois trouver comment entrer dans mon récit et faire en sorte que la lourdeur du travail d\u2019écrivain disparaisse.Ma première version est toujours une catastrophe.A la relecture, je dois remonter à l\u2019origine d\u2019un mauvais énoncé.La construction d\u2019un livre n\u2019est pas un flot, mais exige une précision telle qu\u2019on ne puisse ni ajouter ni Retrancher à la fin.» A cet art, il allie la mise à distance, l\u2019humour où réside sa force critique.D\u2019où provient ce détachement subit?«C\u2019est une question de regard.Comme au cinéma, il faut savoir changer la caméra de place, faire des plans et des cadrages différents.Truffaut disait que faire un film, c\u2019est sauver les meubles, balancer les bibelots et garder l\u2019essentiel, ce à quoi on tient.» L\u2019émotion déboule alors: «Le plus excitant, c\u2019est partir de rien et cadrer là, trouver le mouvement, construire nécessairement une image mentale, comme un cinéaste.» De la même manière, ses personnages gagnent en humanité : «Au départ, ce sont des idées de personnages, puis, la mise en scène aidant, leur silhouette se précise, leur apparence prend le dessus, et ils emportent l\u2019écriture avec eux.» La musique des mots Echenoz a consacré Au piano et Ravel à la musique et aux musiciens, sensible qu\u2019il est au corps des interprètes, à leur discipline et aux notes justes : «J\u2019ai la préoccupation de faire des choses sonores.Il y ale rythme intérieur d\u2019un livre, ses phrases, ses assonances.Ma langue, à l\u2019état intuitif, a sa vitesse propre, mon obsession personnelle.J\u2019ai dû tellement refaire la première phrase de Ravel.' VOIR PAGE F 2 : ECHENOZ ROLLAND ALLARD AGENCE VU F 2 LE DEVOIR LES SAMEDI 26 ET DIMANCHE 27 JANVIER 20IS LIVRES LETTRES ERANCOPHONES Maryse Condé, l\u2019Afrique et ses fantômes LISE GAUVIN Dans cette autobiographie consacrée à la période africaine de sa vie, Maryse Condé décrit, avec une honnêteté indiscutable, les années passées en Côte d\u2019ivoire, en Guinée et au Ghana, années marquées par des amours tumultueuses, mais aussi par la naissance de ses trois filles venues rejoindre dans le portrait de famille un fils né d\u2019une liaison avec un étudiant haïtien.Parcours chaotique, semé d\u2019embûches et de privations, mais aussi de solidarités et de générosités aussi étonnantes qu\u2019imprévues.Arrivée à Paris pour y poursuivre ses études, la jeune Guadeloupéenne fait la connaissance d\u2019un Haïtien mulâtre, Jean Dominique, qui la quitte alors qu\u2019elle est enceinte: il est impératif pour lui de retourner dans son pays afin de s\u2019opposer au nouveau dictateur, François Duvalier.Première blessure, dont elle aura du mal à se remettre.Elle n\u2019arrive pas à partager l\u2019admiration vouée par les siens à ce journaliste militant qui n\u2019a jamais voulu voir son fils.Elle rencontre ensuite un comédien d\u2019origine guinéenne, Mamadou Coudé, qu\u2019elle épouse.Mais après quelques mois de vie commune, elle accepte un emploi comme enseignante en Côte d\u2019ivoire, puis dans la Guinée de Sékou Touré.De nouveau enceinte lorsqu\u2019elle arrive à Abidjan, elle met au monde une fille, qui sera suivie de deux autres, ^ors que le mari est venu la rejoindre en Guinée.Naissances difficiles, qui n\u2019arrangent en rien sa situation matérielle.C\u2019est m THONY BELIZAIRE AGENCE ERANCE-PRESSE Maryse Condé a joué sa vie sur fond de détresse et de désenchantement, sachant toutefois obstinément garder le cap sur des rêves d\u2019autant plus tenaces qu\u2019ils étaient inachevés donc accompagnée de ses quatre enfants que, de Guinée au Ghana, puis en Angleterre, et de nouveau au Ghana puis au Sénégal, elle arrive à trouver des postes qui lui permettent tout juste de survivre.Ce qui ressort de cette étrange destinée est l\u2019inaltérable désir d\u2019Afrique qui anime Maryse Condé, un désir que les nombreux abus dont elle est victime, jusqu\u2019à l\u2019emprisonne- ment injustifié au Ghana, n\u2019arrivent pas à annihiler.Désir sans cesse confronté au fait que, dans ces pays du continent noir, comme dans les autres d\u2019Europe, la jeune femme se sent à jamais étrangère, éternelle exilée en des lieux et des cultures qui restent pour elle énigmatiques.D\u2019où également ce désir de comprendre, d\u2019expliquer, de raconter ce qu\u2019elle perçoit et ce qu\u2019elle observe.D\u2019où enfin ce témoignage de première main sur ces années des indépendances africaines marquées au sceau d,es dictatures et des coups d\u2019Etat.Lectrice passionnée Celle qui ne sait pas encore qu\u2019elle sera romancière est d\u2019abord une lectrice passionnée des oeuvres de Senghor, de Cé-saire, de Fanon, mais aussi des classiques de la littérature an- glaise, dont elle empruntera le sujet de certains d\u2019entre eux, suivant en cela une tradition de cannibalisme littéraire assumé.Elle fait sienne la définition de la culture énoncée par Fanon, une notion qui rejette tout essentialisme et ne s\u2019appuie pas sur la réactualisation des traditions passées.Elle observe aussi que certains Africains-Américains, comme certains Antillais, se comportent en Afrique comme s\u2019ils faisaient partie d\u2019une caste supérieure, «protégés qu\u2019ils étaient par les postes considérables qu\u2019ils occupaient et leurs hauts salaires.Plus j\u2019allais, plus je constatais que la Négritude n\u2019était qu\u2019un grand beau rêve.La couleur ne signijîe rien.» De ces confessions, on retient un incroyable appétit de vivre et une capacité phénoménale à rebondir chaque fois qu\u2019une situation devient intolérable.Celle qui avoue que «l\u2019Afrique ne [V]a jamais considérée comme sa fille» est une mère courage aux multiples ressources qui rencontrera finalement au Sénégal celui qui deviendra son compagnon et mari, Richard Philcox.Maryse Condé a joué sa vie sur fond de détresse et de désenchantement, sachant toutefois obstinément garder le cap sur des rêves d\u2019autant plus tenaces qu\u2019ils étaient inachevés.Comme Proust, elle peut dire en fin de parcours, en se référant à son besoin d\u2019Afiique: «Dire que j\u2019ai gâché des années de ma vie, que j\u2019ai voulu mourir, que fai eu mon plus grand amour pour une femme qui ne me plaisait pas, qui n\u2019était pas mon genre.» C\u2019est pourtant cette Afiique et ses fantômes qui ont donné naissance à une oeuvre singulière, arrimée aux diverses cultures fréquentées et soutenue par une prose directe, sans fards, comme la vie à laquelle elle renvoie.Collaboratrice Le Devoir LA VIE SANS FARDS Maryse Condé JC Lattes Paris, 2012, 334 pages Un trésor de perversion 5 millions de dollars pour racheter 7/^5120 journées de Sodome FRANÇOIS LEVESQUE Célèbre pour être l\u2019un des ouvrages les plus pervers de la littérature.Les 120 journées de Sodome du marquis de Sade (1740-1814) serait sur le point d\u2019être déclaré «trésor national» par le gouvernement français.C\u2019est Bruno Racine, directeur de la Bibliothèque nationale de France, qui en a convaincu les ministères de la Culture et des Affaires étrangères.Avec le concours financier de donateurs privés, une somme équivalant à 5 millions de dollars canadiens a été amassée afin de racheter le manuscrit original à un collectionneur suisse.Récit cru de quatre libertins retranchés dans un château isolé en compagnie de 46 victimes, Les 120 journées de Sodome décrit des actes de pédophilie, de nécrophilie, d\u2019inceste, de meurtre et de bestialité tous azimuts.Sade le rédigea en 1785, en 37 jours, sur un étroit rouleau de parchemin artisanal alors qu\u2019il était détenu à la Bastille.Soucieux de ne pas le voir confisqué, il dissimulait le manuscrit au fond d\u2019un interstice entre deux pierres de l\u2019un des murs de sa cellule.Juste avant la prise de la Bastille le 14 juillet 1789, on transféra le marquis de Sade dans un asile d\u2019aliénés.11 mourut en 1814 convaincu que le manuscrit était perdu.Or celui-ci passa de mains en mains jusqu\u2019à ce qu\u2019il échût, en 1929, entre celles de l\u2019une des descendantes de Sade, la vicomtesse Marie-Laure de Noailles.En 1982, le précieux rouleau fut confié par la famille à l\u2019éditeur Jean Grouef qui s\u2019enfuit en Suisse où il vendit l\u2019œuvre à un collectionneur de textes érotiques, Gérard Nordmann, pour AGENCE ERANCE-PRESSE Le marquis de Sade rédigea Les cent vingt journées de Sodome en 1785, en 37 jours, sur un étroit rouieau de parchemin artisanai aiors qu\u2019ii était détenu à ia Bastiiie.la somme de 60000$.En 2007, après deux procès, l\u2019un en France en faveur des héritiers de De Noailles et l\u2019autre en Suisse en faveur de M.Nordmann, Bruno Racine entama des procédures afin que l\u2019ouvrage fû( reconnu trésor national par l\u2019Etat français.De l\u2019avis même du directeur de la BNF, il s\u2019agit d\u2019une œuvre dépravée.«Ce document contient le travail le plus atroce, extrême et radical de Sade», soutient-il, avant de préciser que les démarches de la Bibliothèque nationale de France ne constituent pas un assentiment moral quant au contenu du manuscrit.Honni par les uns, célébré par les autres.Les 120 journées de Sodome fut notamment défendu par Simone de Beauvoir dans son essai Faut-il brûler Sade ?, publié en 1972.En 1975, le cinéaste italien Pier Paolo Pasolini transposa l\u2019intrigue dans l\u2019Italie fasciste de Mussolini.Pasolini fut assassiné quelques mois avant la sortie de Salà ou les 120 journées de Sodome.Au cours des dernières années, Bruno Racine a notamment retrouvé et rassemblé les archives du philosophe français Michel Foucault ainsi que celles du théoricien marxiste, auteur et réalisateur Guy Debord.A terme, le directeur de la BNF espère être en mesure d\u2019exposer le manuscrit des 120 journées de Sodome avec d\u2019autres écrits du marquis de Sade lors d\u2019une grande exposition qui marquera le 200® anniversaire de sa mort en 2014.Le Devoir ECHENOZ SUITE DE LA PAGE F 1 Quand Ravel sort de son bain, tout est là, dans l\u2019énoncé le plus simple, le plus musical.» Les corps sont donc au premier plan.«Dans Au piano, fai suivi des interprètes de concert.Comment se débrouillent ces corps qui créent et recréent?Le pianiste, comme corps au travail, est mené par la peur, pas seulement par le trac, de son corps marqué.Visitant la maison de Ravel, la salle de bains m\u2019a troublé.Ce lieu est chargé de l\u2019histoire de son corps et fai commencé mon livre par cela.» Pourquoi notre époque boude-t-elle cet art?Pourquoi écrire des romans?«Si la fiction pure n\u2019existe pas, tous les trente ans, le roman prend un coup de vieux et renaît ensuite.Il est vrai que la dimension arbitraire du roman, ce qui donne du plaisir, se fragilise de plus en plus.Mais le roman est la forme idéale pour moi.Après un détour duns le passé, je veux renouer en écriture avec le présent.» Etre romancier donne-t-il un statut social?«Ecrire est une activité amoureuse, pas un métier.» Cette petite musique, il la connaît depuis toujours.«J\u2019ai eu une enfance banale, occupée par les livres.J\u2019ai écrit des sottises, puis, duns la trentaine, je me suis lancé dans le roman.Ce désir était physique.J\u2019ai le souvenir d\u2019avoir écrit mon premier livre dans une liberté absolue.C\u2019est plus difficile maintenant; malgré mes schémas inconscients, j\u2019aimerais me déconcerter, ne pas risquer de me parodier!» Une œuvre de plaisir Devenu écrivain sans étudier la littérature, il vagabonde.«Je ne voulais pas que cette passion passe par les professeurs.L\u2019institution risquait de geler ma liberté.J\u2019ai fait des études de diversion, pour me cultiver.Même au secondaire, je refusais de lire ce qu\u2019on m\u2019imposait par programme.» Son père, psychiatre, lui a-t-il montré le chemin?Pas davantage.«J\u2019ai passé une bonne partie de ma jeunesse duns des hôpitaux psychiatriques, mais c\u2019est la souffrance qui domine ces vies, cela ne fait pas rêver.» 11 s\u2019est donc écarté de la psychologie, refusant tout lyrisme par-dessus le marché.«Je lis Proust et James, mais comme écrivain f évite les états d\u2019âme et je travaille sur les comportements.Je sous-entends ce qui pèse et je regarde l\u2019aspect physique.» Echenoz n\u2019est donc ni historien ni biographe, mais un savant dosage et un doigté.Son Zatopek, son Ravel, il les a romancés sans les trahir: «Dans Courir, j\u2019ai travaillé sur une activité physique qui m\u2019était étrangère, en plus d\u2019un athlète légendaire.J\u2019ai eu la certitude de tenir un héros singulier, fidèle à ma propre liberté.Dans Ravel, fai fait passer le musicien parmi mes personnages de fiction, et sa vie m\u2019a paru plus intéressante, il m\u2019a piqué mon projet.J\u2019ai écrit un troisième livre sur Tesla, presque par hasard, parce que ce savant m\u2019a ému.» Ce génial inventeur de Des éclairs est devenu Gregor, un autiste de haut vol né d\u2019un regard concret.Et le courant passe Son dernier roman, 14, raconte la camaraderie et la grande horreur de la première guerre industrielle, un drame français, allemand, mondial.Tandis que la France repasse son histoire, Echenoz travaille à son rythme.«Je suis tombé sur des papiers de famille, les carnets de mon grand-oncle.Je les ai transcrits, puis j\u2019ai retracé le contexte.J\u2019ai lu pendant deux ans pour comprendre cette guerre.Mon dé- sir de raconter était là.» 11 se laisse alors imprégner par des livres comme La peur de Gabriel Chevalier, A l\u2019Ouest rien de nouveau d\u2019Erich Maria Remarque, L\u2019acacia de Claude Simon, Le feu d\u2019Henri Barbusse, mais pas Jùn-ger.«14 est un roman rose par rapport à la réalité insoutenable des combats! C\u2019est la manière de raconter maintenant la tragédie de la guerre qui compte.» Un souci écologique contemporain y transparaît: «J\u2019aime avoir décrit la situation des animaux.Autour de Verdun, il reste dans la nature comme une cicatrice, une marque physique.» Le document retraité a gagné en portée collective.Avec l\u2019auteur, chacun reconstruit la fiction jusqu\u2019au désenchantement suivant la machine qui broie les destins.«Par la maladie, la politique, la guerre, mes personnages chutent sans que je l\u2019aie prémédité.J\u2019assiste à la montée de la mélancolie par la dégradation et la déchéance de leur corps.» Ses livres ont tous ce ton, cette manière de saisir les vies comme elles se présentent, sans plan.Echenoz a parcouru le monde de son bureau.Après Je m\u2019en vais, la vie des autres a dominé son imaginaire ; il y a trouvé son mode d\u2019interlocution, son système romanesque qui est l\u2019objet AAu piano.Ses derniers romans forment un autre pan de la réalité.Pour l\u2019heure, il se heurte à l\u2019inouï: «Je veux revenir à des histoires contemporaines, qui se passeront duns le temps où je les écris.» Collaboratrice Le Devoir 14 Jean Echenoz Editions de Minuit Paris, 2012,124 pages REPLIS jfsNiauUnes LIBRAIRIE Rencontre littéraire librairie Paulines Jeudi 31 janvier 19 h 30 Avec deux poètes éditeurs: Paul Bélanger Célyne Fortin Beaucoup plus qu'une librairie! 2653 Masson, Montréal, Qc 514 849-3585 SODEC Contribution suggérée : 5 $\tQuébec^ mu POETIQUES MAISONdela P©ESIE IgRÉCF 11 dsMontréal ^\t- -\t1= Persistance des avant-gardes 31 janvier, à 18 h 30 \u2014 Table ronde précédée de la projection du film Les nuits de la poésie avec Michèle Lalonde, Danny Plourde et Claudine Vachon et le réalisateur Jean-Nicolas Orhon.1°' février, à 20 h 30 \u2014 Table ronde précédée de la projection du film Vanier présente son show de monstres avec le réalisateur Charles Binamé, Jonathan Lamy et Richard Gingras.À ia Cinémathèque québécoise 335, boul.De Maisonneuve Est, Montréal Billets de 5 à 8$ M CONSEIL DES Am Québec¦ M Alternatives CONSTRUIRE ENSEMBLE un monde différent Pour nous appuyer : www.alternatives.ca \u2022 514.982.6606 LE DEVOIR, LES SAMEDI 26 ET DIMANCHE 27 JANVIER 2013 F 3 LITTERATÜRE Le point de non-retour Le cinquième roman de Stéfani Meunier magnifie son style et son univers A Danielle Laurin Ce climat particulier qui s\u2019installe peu à peu, qui nous enveloppe de la tête aux pieds.Ces lieux qui deviennent vivants, qui nous aspirent comme par enchantement.Ces personnages graves, suspendus entre passé et présent, qui nous insufflent ce qu\u2019il faut bien appeler un supplément d\u2019âme.Tout cela, c\u2019était déjà dans les quatre livres précédents de Stéfani Meunier, d\u2019une façon ou d\u2019une autre, à divers degrés.Tout cela revient dans son roman On ne rentre jamais à la maison, mais magnifié.Finis les moments d\u2019égarement qui nous guettaient, parfois, au tournant: l\u2019écrivaine maintenant dans la jeune quarantaine offre cette fois un récit tissé serré.Ses personnages ont beau se chercher, s\u2019égarer en cours de route, ce qui les rend d\u2019ailleurs plus humains, l\u2019histoire, elle, suit son chemin.La preuve qu\u2019on peut imprimer sa marque comme écrivain, imposer son style, son univers, sans pour autant s\u2019y complaire.Sans lever le nez sur l\u2019histoire comme telle, sans la perdre de vue pour se regarder écrire, ici, le dosage apparaît presque parfait.C\u2019est dense comme roman, c\u2019est riche, il y a de l\u2019étrangeté.Une grande part de mystère.Et beaucoup de nostalgie.Tout cela, en condensé.Le nœud de l\u2019histoire : une disparition.La petite Charlie avait 12 ans lorsque sa mère, un matin, au réveil, a constaté qu\u2019elle n\u2019était pas dans son lit.On ne l\u2019a jamais retrouvée vivante, ni morte.il y a la mort, il y a la disparition.La disparition n\u2019est-elle pas pire que la mort?Et puis il y a ceux qui partent, il y a ceux qui restent.Ceux qui restent, leur dévastation devant la disparition d\u2019un être cher: c\u2019est de cela surtout qu\u2019il est question dans On ne rentre jamais à la maison.Deux points de vue nous sont donnés: celui de l\u2019ami d\u2019enfance et celui de la sœur.née après la tragédie.Mais on peut porter le poids de la disparition de quelqu\u2019un qu\u2019on n\u2019a pas connu, n\u2019est-ce pas?L\u2019ami d\u2019enfance, d\u2019abord.Pierre-Paul.C\u2019est lui qui raconte, au début.Lui qui, en faif était amoureux de Charlie et se voyait plus tard former un couple indestructible avec elle, être vieux avec elle.La dernière fois qu\u2019il l\u2019a vue, la veille de sa disparition, en 1980, elle était chez lui, dans son lit.Rien de sexuel ici.Ils jouaient.Ils jouaient aux détectives.Ils cherchaient à percer le secret de la maison de Pierre-Paul.Une maison magique, selon leur perception.Selon la perception du garçon, surtout.La nuit, il rêvait qu\u2019il y avait % MARTINE DOYON Les personnages de Stéfani Meunier ont beau se chercher, s\u2019égarer en cours de route, ce qui les rend d\u2019ailleurs plus humains, l\u2019histoire, elle, suit son chemin.dans sa maison une autre maison.11 s\u2019y promenaif la peur au ventre, pressentant un danger.Se pouvait-il que dans la réalité, en plein jour, on puisse trouver cette autre maison dans sa maison?Un jeu d\u2019enfant, quoi.Ce jour-là, la veille de la disparition de Charlie, les deux amis ont d\u2019abord joué à explorer la maison, ses combles.Charlie, elle-même fascinée par tous les phénomènes mystérieux, inexpliqués, était aussi excitée que Pierre-Paul.Mais ils en sont venus à se dire que la seule façon de venir à bout d\u2019une explication était d\u2019avoir recours au rêve.De revoir la maison dans la maison, en rêve.Ils se sont endormis.Ensuite, Pierre-Paul s\u2019est persuadé que Charlie qtait disparue à cause de lui.A cause de son rêve à lui.Trente ans plus tard, il est toujours hanté par cette disparition.Une part de lui continue à croire que Charlie est prisonnière de cette maison dans la maison de son enfance, dont il a gardé la clé et qu\u2019il voudra revisiter.Entre-temps, nous aurons fait la connaissance de la sœur de Charlie, Clara, 26 ans.Nous aurons entendu sa voix, à elle aussi.Elle aussi, hantée par la disparition de Charlie.Mais autrement Comment ne pas se sentir imposteur quand on a l\u2019impression qu\u2019on est né pour remplacer quelqu\u2019un de disparu?Quand on a l\u2019impression que jamais on ne sera à la hauteur?Quand on ne se sent pas regardé, aimé pour qui on est, par ses parents?D\u2019un point de vue comme de l\u2019autre, du côté de l\u2019ami, du côté de la sœur, le ravage est immense.Mais exploré avec finesse, doigté, par la romancière.Pas de misérabilisme.Ce qui rend ce roman prenant, c\u2019est que tout en étant dans la situation concrète d\u2019un cas de disparition d\u2019enfant, nous sommes amenés à aller bien au-delà.Au-delà, aussi, des conséquences précises, sur les personnes qui restent, de la disparition jamais éclaircie de l\u2019amie, de la sœur.Ce sont tous les deuils impossibles à faire qui parsèment le récit.Et toutes ces pertes auxquelles nous sommes confrontés dans la vie, à commencer par la perte de l\u2019enfance.11 y a ce qui ne reviendra jamais.11 y a ce temps qui passe, qui avale tout.Même le sourire d\u2019un petit enfant qui grandit trop vite.En arrière-plan, il y a, comme toujours chez Stéfani Meunier, la présence de la musique.Ce qu\u2019elle évoque, les souvenirs qu\u2019elle fait affluer.11 y a aussi toutes sortes de références cinématographiques qui s\u2019insèrent magistralement dans l\u2019histoire.11 y a, par-dessus tout, une imagerie forte, signifiante.Jamais plaquée, elle opère de façon sous-jacente dans le roman.11 y a l\u2019image de la vague scélérate, entre autres, qui revient souvent.Cette vague immense, mystérieuse, qui emporte tout sur son passage, traduit bien, à elle seule, l\u2019atmosphère générale qui se dégage du livre.Attention, on ne voit rien venir, et soudain elle est là, déchaînée.ON NE RENTRE JAMAIS A LA MAISON Stéfani Meunier Boréal Montréal, 2013, 160 pages Varin dans le Québec en éveil MICHEL LAPIERRE Presque par choîx, Roger Varîn (1917-2007), homme de théâtre, animateur culturel passionné, cofondateur des Compagnons de Saint-Laurent, pionnier de Radlo-Ca-nada, reste un Illustre Inconnu.Sa fille, la romancière Claire Varin, nous le présente dans Un prince incognito, biographie où on le trouve jouant dans un film de 1956 aux côtés d\u2019un acteur aussi Inattendu que son ami Gaston Mlron et d\u2019une adolescente qui s\u2019appelle Denise Bombardier.Ce film.Le cas Labrecque, traduit l\u2019esprit bon enfant et provincial d\u2019un Québec artistique digne des audaces extrêmement mesurées de la Jeunesse étudiante catholique d\u2019alors.Comme les autres, absent du générique par humilité, Roger Varin Incarne un curé qui, ouvert d\u2019esprit, dé- fend le chômeur Labrecque, victime des bien-pensants.Idéalisme, ferveur, abnégation, altruisme, beau langage caractérisent d\u2019ailleurs les Compagnons de Saint-Laurent, qui dédaignent le théâtre burlesque à l\u2019américaine ou vaudevlllesque à la française.Cette troupe, le jeune Varin la fonde, en 1957, avec un prêtre, Emile Legault, pour donner le jour.Ici, au «grand» théâtre, celui des classiques, comme Molière et Racine, de même qu\u2019à la dramaturgie quasi Jlturglque héritée du Moyen Âge et Illustrée, en France, par Henri Ghéon, ami converti de Gide.Gardant ses distances du milieu qu\u2019elle dépeint avec verve, la biographe fait de son livre une longue et vibrante lettre Imaginaire, teintée d\u2019humour, à un père chéri et ad- miré.Qn rit avec elle lorsque Emile Legault, pourtant «amateur de femmes», exige, ra-conte-elle, le «vouvoiement entre gars et filles» au nom de la décence chrétienne.Elle ajoute: «Au cours des tournées, les membres de la troupe récitaient le chapelet en voiture, à la demande du père Legault, pour conjurer le danger de l\u2019entassement dans l\u2019habitacle.» Quel drôle de petit monde ! Le 24 juin 1941, Varin met en scène, au pied du mont Royal, devant une foule Immense, le jeu scénique Dollard des Ormeaux, sur le héros national (aujourd\u2019hui contesté) qui affronta les Iroquois en 1660, avec, dans le rôle d\u2019un méchant Amérindien, nul autre que Pierre Elliott Trudeau ! Perdu dans les nuages, l\u2019homme de théâtre Ignore qu\u2019il fait là une caricature de notre aliénation collective.Il avait proclamé en 1939 : «Seuls les poètes ont le droit de parler.» Pas étonnant que ce soit chez lui, en 1953, à Cartier-ville, que l\u2019on célèbre la naissance des éditions de l\u2019Hexagone, foyer de poésie animé par Mlron avec qui 11 s\u2019est lié dans l\u2019Qrdre de Bon Temps, troupe de danse folklorique qu\u2019il avait fondée pour remédier à l\u2019altération de notre culture populaire par l\u2019Influence yankee.Aussi le poète Michel Garneau, pourtant adversaire de toute droite, saluera-t-11 en lui le traditionaliste «fier de la vieille culture» et V«être de bonté».L\u2019amour fou de la poésie avait fini par éloigner Varin du culte Infantile de la tradition.Le Devoir UN PRINCE INCOGNITO, ROGER VARIN Claire Varin Fides Montréal, 2012, 312pages f\tf LITTERATURE QUEBECOISE Un souper presque parfait Un 32® roman fidèle à la manière de Gilles Archambault CHRISTIAN DESMEULES Ghlslaln, acteur octogénaire depuis longtemps sur le déclin, est un vieux beau qui ne vit que dans le regard des autres \u2014 et en particulier dans celui des femmes qui se font de plus en plus rares dans sa vie.Il lui vient l\u2019Idée d\u2019inviter quelques amis dans un modeste restaurant chinois de Montréal, autant pour conjurer la solitude que pour souligner les quinze ans de la sortie d\u2019un film qui les lie tous d\u2019une façon ou d\u2019une autre.Roman choral Introspectif, la narration de Lorsque le cœur est sombre, le 32® livre de Gilles Archambault, romancier, nouvelliste et chroniqueur né en 1933, alterne ainsi entre les consciences de ces cinq convives d\u2019un souper presque parfait \u2014 au moyen de monologues Intérieurs à la tonalité uniforme.Faisons les présentations: le «petit Luc», début de la quarantaine, qui a connu mille petits métiers, un peu instable aussi dans sa vie sentimentale.Marie-Paule, comédienne dans la soixantaine et ex de Ghislain, jamais vraiment sortie de l\u2019emprise du vieux comédien.Annie, fille d\u2019un ami du vieil homme, aussi sa filleule, a 35 ans et travaille dans une galerie d\u2019art.Puis il y a Yves, 70 ans, écrivain qui enseigne la création littéraire dans une université montréalaise.Lui qui ne jurait que par l\u2019amour et l\u2019écriture pour essayer de conjurer l\u2019absurdité de la vie, il est en panne d\u2019écriture et son couple bat de l\u2019aile.Il est lucide {«Je suis irrécupérable.Seule Valé-ria m\u2019empêche de désespérer tout à fait») et sait que le cœur n\u2019y est plus, ni en amour ni en littérature.«Style vieillot, monde suranné, misérabilisme de l\u2019âme», lui a reproché la critique au sujet de son dernier roman.Il s\u2019en formalise un peu, mais il l\u2019avoue lui-même: «J\u2019aurai traversé la vie sans en tirer le moindre agrément.» Comment s\u2019étonner, dès lors, que cette grisaille laisse des traces sur les pages de ses propres livres?Qde à l\u2019amitié.Lorsque le cœur est sombre?Gui et non.Malgré l\u2019attirance réciproque, malgré les pâles indices d\u2019une certaine solidarité, chacun se surveille, médit en secret des autres, compte ses sous.Et outre leurs liens avec ce vieil acteur mis sur la voie de garage, le point commun de tous ces personnages qui laissent agir l\u2019attraction terrestre semble être leur immobilisme.Décrépitude conjugale et physique, angoisse sexuelle masculine, lamento varié : le parfum des regrets flotte ainsi un peu partout.«Comment puis-je oublier que la mort est au bout, que tout espoir est un leurre ?», constate l\u2019écrivain du groupe.Roman exempt de mélancolie et de misanthropie.Lorsque le cœur est sombre?Allons donc.Assombri et immobile, pas gaulois pour deux sous, fidèle en cela à la manière Archambault.Et qui nous laisse avec une image qui s\u2019impose : un homme seul qui vacille au bord d\u2019un précipice, et qui se demande ce qu\u2019il fait là sans savoir ce qu\u2019il pourrait faire de plus ailleurs.Collaborateur Le Devoir LORSQUE LE CŒUR EST SOMBRE Gilles Archambault Boréal Montréal, 2013, 232pages R ?I^Gaspard-LE DEVOIR ALMARÈS Du 14 au 20 janvier 2013 \t\t \t\t Romans québécois\t\t 1 Enterrez vos morts\tLouise Penny/Llammarion Québec\t3/2 2 La fiancée américaine\tÉric Dupont/Marchand de feuilles\t4/12 3 Ce qui se passe au Mexique reste au Mexique !\tAmélie Dubols/Éditeurs réunis\t1/11 4 Lhistoire de Pi\tYann Martel/XYZ\t5/13 5 La dernière saison \u2022 Tome 3 Les enfants de Jeanne\tLouise Tremblay-D'Esslambre/Guy Saint-Jean 2/10\t 6 Au bord de la rivière \u2022 Tome 4 Constant\tMichel David/Hurtubise\t6/10 7 Léiicité \u2022 Tome 3 Le salaire du péché\tJean-Pierre Charland/Hurtubise\t10/2 8 Princesse Yennenga\tRéjean Tremblay/Homme\t7/14 9 Les délaissées\tDenis Monette/Loqlques\t-/I 10 Les sœurs Beaudry \u2022 Tome 2 Les violons se sont tus\tMicheline Dalpé/Goélette\t9/4 Romans étrangers\t\t 1 Cinquante nuances plus sombres \u2022 Tome 2\tE.L.James/Lattès\t1/2 2 Cinquante nuances de Grey \u2022 Tome 1\tE.L.James/Lattès\t2/16 3 La vérité sur l'Affaire Harry Quebert\tJoël Dicker/Lallols j Âqe d'homme\t4/5 4 Le siècle \u2022 Tome 2 Lhiver du monde\tKen Lollett/Robert Laffont\t3/13 5 Dévolle-mol\tSylvia Day/Llammarlon Québec\t5/4 6 La faille souterraine, et autres enquêtes\tHennlnq Mankell/Seull\t6/11 7 La liste de mes envies\tGrégoire Delacourt/Lattès\t-/I 8 Le prisonnier du ciel\tCarlos Ruiz Zafén/Robert Laffont\t7/10 9 Une place à prendre\tJ.K.Rowling/Grasset\t8/17 10 Le 10'anniversaire\tJames Patterson | Maxine Paetro/Lattès\t9/3\t Essais québécois\t\t 1 De quel le Québec a-t-ll besoin en éducation?\tJ.Barbe j M.-L.Bazzo j V.Marissal/Leméac 6/11\t 2 Gouvernance.Le manaqement totalitaire\tAlain Deneault/Lux\t-/I 3 Design?\tLrédérlc Metz/Llammarlon Québec\t4/15 4 Brève histoire des femmes au Québec\tDenyse Balllaroeon/Boréal\t-/I 5 Leftres à un jeune politicien\tLucien Bouchard j Pierre Cayouette/VLB 5/19\t 6 Des femmes au printemps\tDjemlla BenhabIb/VLB\t9/10 7 Carré rouge.Le ras-lelrol du Québec en 15D photos\tJacques Nadeau j Jacques Parizeau/Lldes 2/22\t 8 La mafia Irlandaise de Montréal\tD'Arcy O'Connor/La Presse\t3/7 9 Année rouge.Notes en vue d'un récit personnel.\tNicolas Langeller/Ateller 10\t-/I 10 Lavenir de la vie sur la Terre\tHubert Reeves/Bayard\t-/I Essais étrangers\t\t 1 Le livre du temps\tAdam Hart-Davls/Broquet\t1/10 2 Les lois fondamentales delà stupidité humaine\tCarlo M.Clpolla/PDL\t7/23 3 La réalité cachée\tBrian Greene/Robert Laffont\t-/I 4 La cassure.Létat du monde 2013\tCollectif/La Découverte\t2/11 5 Reflets dans un œil d'homme\tNancy Huston/Actes Sud\t-/I 6 Baltimore.Dne année dans les rues meurtrières\tDavid SImon/SonatIne\t-/I 7 Le prix de l'inéqallté\tJoseph Euqene Stlqlltz/les Liens qui libèrent 6/3\t 8 La fin de la croissance\tJeff Rubin/Hurtubise\t5/12 9 Dne histoire populaire de l'humanité\tChris Harman/Boréal\t8/7 10 Congo.Dne histoire\tDavid Van Reybrouck/Actes Sud\t-/I La BTLF (Société de gestion de la Banque de titres de langue française) est propriétaire du système d\u2019infoimation et d\u2019analyse Gdspdnl sur les ventes de livres français au Canada, Ce palmarès est extrait de Sdspdid et est constitué des relevés de caisse de 215 points de vente, La BTLF reçoit un soutien financier de Patrimoine canadien pour le projet Bdspdré.© BTLF, toute reproduction totale ou partielle est interdite. F 4 LE DEVOIR, LES SAMEDI 26 ET DIMANCHE 27 JANVIER 2013 LITTERATURE Crime, amour, écriture SUZANNE GIGUERE De passage au Québec ces jours-ci, le Suisse Joël Dicker a séduit les jurys littéraires et les jeunes lycéens français, remportant coup sur coup le Grand Prix du roman de l\u2019Académie française et le prix Concourt des lycéens 2012 pour son roman La vérité sur l\u2019affaire Harry Quehert, un pavé de presque 700 pages, à la fois thriller, roman psychologique et roman de mœurs qui a pour toile de fond l\u2019Amérique d\u2019aujourd\u2019hui.Malgré un accueil très chaleureux, le roman a suscité une certaine polarisation chez les critiques.Par articles interposés, défenseurs et détracteurs ont affiché leur engouement ou leur déception.Souffle romanesque et histoire puissante pour les uns, style indigent, clichés et naïvetés pour les autres.Qu\u2019en est-il au juste ?Dès qu\u2019on plonge dans ce roman ample et foisonnant, on est emportés.Impossible de se déprendre.Nous sommes à New York à l\u2019été 2008, en campagne préélectorale.Marcus Goldman, écrivain trentenaire dont le premier roman a connu un succès critique et public, est en panne d\u2019inspiration.Pressé par son éditeur, il voit sa vie basculer quand Harry Que-bert, son ancien professeur de littérature et un des écrivains les plus respectés du pays, est accusé d\u2019avoir assassiné en 1975 Nola Kellergan, une adolescente de quinze ans, avec qui il aurait eu une liaison.Le cadavre de Nola est découvert dans la propriété du professeur «par des jardiniers venus à sa demande planté des hortensias bleus».Elle tient entre ses bras le manuscrit d\u2019un roman d\u2019amour qui lui est dédicacé.Convaincu de l\u2019innocence de son mentor, Marcus Goldman quitte New York pour la petite ville d\u2019Aurora m PATRICK KO VARIK AGENCE ERANCE PRESSE Joël Dicker a remporté le Grand Prix du roman de l\u2019Académie française et le prix Concourt des lycéens 2012 pour son roman La vérité sur l\u2019affaire Harry Quebert.dans le New Hampshire et décide de mener une enquête pour déterminer le fil des événements de l\u2019été 1975.Derrière ce roman gigogne (nous lisons trois romans écrits par des mains différentes) où les récits s\u2019emboîtent, où les époques se chevauchent, où le lecteur est tenu en haleine jusqu\u2019à la fin avec un suspense rempli de fausses pistes, de retournements et de rebondissements spectaculaires, se profile une fresque sociale et hyperréaliste de l\u2019Amérique : la puritaine et la permissive ; la progressiste et l\u2019ethnocentriste ; l\u2019Amérique de la violence et des familles dys- fonctionnelles et celle des petites gens à la vie paisible et heureuse ; celle des excès religieux, judiciaires, médiatiques.Joël Dicker connaît bien ce pays pour y avoir beaucoup voyagé et longuement séjourné.Les compagnons littéraires qui l\u2019ont inspiré et avec lesquels il a écrit sont là, dans les marges du livre: Philip Roth, Jonathan Franzen, Vladimir Nabokov, Dennis Lehane.D\u2019amour et d\u2019écriture Le polar peut être lu sous d\u2019autres angles.Une histoire d\u2019amour triste, comme dans l\u2019opéra Madame Butterfly, le traverse.Une à une, Joël Dicker soulève les couches de mensonge qui recouvrent l\u2019histoire de Nora et Harry.Des secrets inavouables, psychose et imposture, remontent à la surface.L\u2019analyse des ondulations psychiques de ces deux personnages fascine.La vérité sur l\u2019affaire Harry Quebert est aussi un roman sur l\u2019écriture, la fonction de l\u2019écrivain et de la littérature.Dans une des 31 leçons d\u2019écriture enchâssées dans la trame narrative, Harry Quebert dit à son élève Marcus Goldman: «Si les écrivains sont des êtres si fragiles, Marcus, c\u2019est parce qu\u2019ils peuvent connaître deux sortes de peines sentimentales, soit deux fois plus que les êtres humains normaux: les chagrins d\u2019amour et les chagrins de livre.Ecrire un livre, c\u2019est comme aimer quelqu\u2019un: ça peut devenir très douloureux.» On peut reprocher au livre des longueurs dans son dénouement, une démesure dans le pathos (on pense ici au roman d\u2019Harry Quebert, Les origines du mal), des dialogues voisinant ceux des soaps américains, des descriptions banales, une langue simple, convenue.En revanche, on appréciera la légèreté du style, le rythme des phrases qui témoigne d\u2019une sensibilité musicale, une bonne dose d\u2019humour et de joyeuses fulgurances.Somme toute, La vérité sur l\u2019affaire Harry Quebert est un bon roman et un vrai plaisir de lecture.Mais il n\u2019est ni surprenant ni audacieux, et loin de la maestria célébrée par de nombreux critiques européens.Collaboratrice Le Devoir LA VÉRITÉ SUR L\u2019AFFAIRE HARRY QUEBERT Joel Dicker Éditions de Fallois/L\u2019Âge d\u2019homme Paris, 2012, 672 pages Les blogues de PANEL Le site Internet de l\u2019Association nationale des éditeurs de livres (ANEL) s\u2019ouvre aux blogues sur l\u2019édition.Cette semaine, le président de PANEL, Jean-François Bouchard, aussi des éditions Novalis, a lancé ses prœ miers billets sur l\u2019utilité du livre et sur le silence relatif des gens du livre.De son côté, Marc Haentjens, des éditions David, blogueur invité, y relate sa participation aux préparations des rencontres littéraires québécoises en Haiti.Le délégué à la recherche et au développement de PANEL, Stéphane Labbé, y joindra prochainement sa plume, en pensant l\u2019édition numérique.Le microsite, tout nouveau, devra gagner en convivialité \u2014 la navigation est loin de faciliter la lecture, comme l\u2019aride présentation \u2014 avant qu\u2019on puisse juger si l\u2019outil sera utile, comme le désire PANEL, pour alimenter les débats autour de l\u2019édition et du livre.A découvrir déjà à anel.qc.ca.Le Devoir Rendez-vous poétiques La Maison de la poésie de Montréal a dévoilé, en collaboration avec le Regroupement des éditeurs canadiens-français, le volet hiver-printemps de ses Rendez-vous poétiques.Fre-mières marques à faire à l\u2019agenda: la table ronde autour du mythique texte Speak White de Michèle Lalonde, le 31 janvier, avec la poète ellœmême, Danny Plourde, Claudine Va-chon et le réalisateur Jean-Nicolas Orhon.Juste avant la discussion, sera projeté le film Les nuits de la poésie (2011), d\u2019Orhon.Au tour de l\u2019œuvre de Denis Vanier de passer le lendemain, 1®*'février, sous le scalpel d\u2019une table ronde, après vision-nement de Vanier présente son show de monstres, du réalisateur Charles Binamé.Ce dernier sera de la partie, avec Jonathan Lamy et Richard Gingras.D\u2019autres rencontres, lectures poé tiques et hommages à des poètes auront lieu au fil du printemps, jusqu\u2019en avril.Les ii4or-mations détaillées se retrouvent au www.maisondelapoesie.qc.ca Le Devoir POESIE Pierre Ouellet ou le ravage intérieur HUGUES CORRIVEAU 550 pages de poésie, en deux volumes, en une ardente logorrhée qui met les mots à mal, l\u2019âme à l\u2019avenant, et rend le désir forcené, effréné.Avec cette démesure, les œuvres se construisent dans l\u2019étonnement, en une telle détermination que c\u2019est à peine supportable, à peine pensable.Difficile aussi d\u2019en cerner les limites, de percevoir les chemins droits qui nous mèneraient au direct fil du sens, puisque l\u2019auteur ne se contente pas de multiplier les pistes mais les morcelle, les casse à mesure, se perd peut-être lui-même, forcément, pour entraîner les lecteurs dans les traverses presque furieuses qui déferlent.Tant de Buées brouillent la vue, empêchent le poète de bien voir la réalité défiler sous l\u2019œil du dieu, le «tueur à gages», tant de Huées pour repousser la haine, enfler le remugle sous la surveillance nocturne des oiseaux de proie.Le poète ne cache pas une am-bition mégalomane, lui qui cherche à traduire l\u2019humanité tout entière, sa désespérante dissolution, son avatar de bonheur.Les textes englobent le réel entièrement resserré entre les pages des recueils, miroirs déformants de ce qui se met en marche, emporté par le cataclysme ordinaire.Recueils désespérants, brutalement conscients, radicaux.Difficiles, absolument.Strictement imprenables.Aucun compromis n\u2019est ici consenti aux lecteurs.Nous sommes dans le catastrophique.Le poète coupe les syllabes, torture les vers, comme bien souvent dans ses recueils antérieurs, mais, ici, cette fragmentation tient le rôle même du propos, traduit au plus près ce qui s\u2019y dit du désespoir, de l\u2019âme brisée: «des pages et des pages de phrases et de mots dans lesquels on peut se délester du poids du monde en en chargeant la langue [.] », tel qu\u2019écrit dans Buées.Le poète appelle cette entreprise une «épopée de la banalité», cette fois dans Huées.Vingt ans d\u2019écriture pour parvenir à saisir le délitement qui.Pierre Ouellet 1 Hexagone Pierre Ouellet Huées au fil du temps, fait se craqueler le glacis du monde.«J\u2019ai tenté, dit-il encore dans Buées, d\u2019élever au rang de poème épique ce qui ne cesse de tomber ou de retomber des amours misérables de notre Temps, qui sont les péripéties anodines d\u2019une éternité à jamais précipitée, déposée au fond des âges.» La souffrance incantatoire du poète, lancinant lamento, soulève le souffle si court de Le poète ne cache pas une ambition mégalomane, lui qui cherche à traduire Fhumanité tout entière la peine: «le cœur: une tu- / mescence gorgée d\u2019amour dont on ne / veut pas.Qui reste là / coincé en soi.Puis sort en haine / au bout d\u2019un temps.Les balles chauffent / dans le pistolet.C\u2019est de la poudre / qui bout.La mort / y cuit.Mijote.Un jour / ça vous enflamme: le cœur et l\u2019âme sous la /poche gauche.On n\u2019en / peut plus: ça brûle les doigts et la / cervelle.On est/ comme fou: on sort son cœur on tire / partout.Ça fait scandale: il y a plein de gens / qui tombent autour qui ne s\u2019en relève- / rontpas.» {Buées) Ainsi creusée, la conscience entraîne inéluctablement vers le fond, non pas du désespoir, mais d\u2019une fulgurance émotive qui dévore sous le noir toute beauté.Jamais le regard ne se baisse, jamais la vérité n\u2019est tue, jamais le réel n\u2019est obvié.Nous sommes confrontés à la plus éclatante fosse qui puisse s\u2019imaginer: rien n\u2019est sauf, sauf la vie, ellœmême trop précaire pour être certaine.Trouble incessant des textes qui cumulent l\u2019amour et le fracas, la tendresse et les violences, fragments de haine et de fraternité, debout face à ce qui est.De ce réel-ci ne reste que cette terrible confidence du poète : «je me/souviens comme si c\u2019était / hier.Et c\u2019est encore / demain.Tous ces souvenirs: / des désirs qui durent / inassouvis.Des dé- / sirs purs que le temps / salit.Nulle part réa- / li-sés.Que dans sa / mémoire qui a- / vint tout ce / qui vient ce qui / revient l\u2019abâ-/tar-dit et le / flétrit» {Huées).Le Cap au pire de Samuel Becket n\u2019est pas loin, inéluctable regard, irrépressible gouffre.Des recueils d\u2019une redoutable exigence, mais dont le parcours laisse en nous des éclats de conscience d\u2019une rare nécessité.Collaborateur Le Devoir BUÉES Pierre Ouellet L\u2019Hexagone Montréal, 2012, 216 pages HUÉES Pierre Ouellet avec des œuvres de Marigold Santos Éditions du Noroît Montréal, 2012, 336 pages La Vitrine Nath.-ilio Kuperman m ROMAN LE CONTRETEMPS Nathalie Kuperman Éditions des Busclats Paris, 2012,116 pages Qui s\u2019intéresse à l\u2019écriture des femmes tiendra ce roman pour exemplaire.Publié il y a 22 ans, alors son premier, Kuperman le reprend, le récrit, passe la passion qui en est l\u2019objet au crible du temps.Cette empoignade avec l\u2019écriture est toute féminine, quand le corps est commis par la langue et par le sens de l\u2019imperfection qui touche toute parole, toute expérience, toute vie engagée dans les forces vives de la métaphore et de la folie.Michèle Gazier et Marie-Claude Char sont derrière cette publication, qui dit à la première personne un amour lucide et implacable, qui arpente les sentiments et les jeux scabreux des excès vécus en sachant que rien de bon ne peut en sortir.Les tableaux sont brefs, précis comme l\u2019écriture du nouveau roman, prêts pour une lecture scénique, tant la solitude à deux peut provoquer une hallucination incarnée.Guylaine Massoutre Joseph Ratzinger Benoît XVI Lenfance deJésUS ESSAI THEOLOGIQUE L\u2019ENFANCE DE JÉSUS Joseph Ratzinger - Benoît XVI Flammarion Québec Montréal, 2012,192 pages Il n\u2019y a pas de doute : Benoît XVI connaît les Écritures sur le bout des doigts et est un savant exégète.Troisième et dernier volet de son œuvre maîtresse consacrée à Jésus de Nazareth, L\u2019enfance de Jésus veut interpréter les récits §ur l\u2019enfance du Christ qu\u2019on retrouve seulement dans les Évangiles de Matthieu et de Luc.Interpréter, pour Ratzinger, cela veut dire chercher à savoir ce que les auteurs originaux ont voulu dire, mais aussi faire ressortir la vérité et la pertinence de ces textes pour le lecteur d\u2019aujourd\u2019hui.S\u2019il propose quelques pistes brillantes et originales (notamment sur la vérité du christianisme comme opposition aux critères dominants), le pape, dans cet ouvrage, manque d\u2019élan, de lyrisme.Sa lecture des récits en question reste si froide qu\u2019elle ennuie au lieu de convaincre.De plus, les exégètes contemporains auxquels il est ici fait référence sont presque tous des Allemands, ce qui limite la perspective.En comparaison, le Jésus Q\u2019ai lu, 1999) du journaliste français Jacques Duquesne apparaît comme une œuvre nettement plus inspirante.Louis Cornellier RECIT ILLUSTRE JOSEPH FIPPS Nadine Robert et Geneviève Godbout La Pastèque Montréal, 2013, 68 pages Gentil et sans malice, Joseph Fipps est un petit garçon de cinq ans qui pourrait être comme les autres, sauf qu\u2019il vit dans un livre.Du coup, sa mère l\u2019appelle «grippon», parce qu\u2019il se rêve souvent en griffon, cet animal fabuleux à moitié lion, à moitié aigle.De temps en temps, il fait des conneries, est envoyé dehors pour réfléchir et finit par se lier d\u2019amitié avec une maman morse \u2014 oui, le mammifère marin \u2014 qu\u2019il voudrait prendre pour sa génitrice.Pas banal, le p\u2019tit bonhomme, on disait.Deuxième livre de Nadine Robert (qui a signé récemment Le puits chez le même éditeur), ce récit illustré a tous les ingrédients qu\u2019il faut pour divertir les enfants sans emmerder les parents.L\u2019histoire est subtilement décalée, mais surtout en symbiose avec les pastels de l\u2019illustratrice Geneviève Godbout, une spécialiste du livre jeunesse et du dessin de mode qui vit aujourd\u2019hui à Londres.Le tout pour un livre élégant.Forcément.I Le Point «?\u201c¦Historia Fabien Deglise BANDE DESSINEE LES PERSONNAGES DE TINTIN DANS L\u2019HISTOIRE Les événements qui ont inspiré l\u2019œuvre d\u2019Hergé, Volume 2 Historia et Les éditions La Presse Montréal, 2012,130 pages Les lecteurs de Tintin devenus grands se régaleront avec ce deuxième tome des Personnages de Tintin dans l\u2019histoire.On y trace donc, dans la vraie vie, les personnages qui ont inspiré les désormais célèbres titres Tintin au Tibet, L\u2019étoile mystérieuse.Coke en stock ou L\u2019affaire Tournesol, pour ne nommer que ceux-là.L\u2019illuminé professeur Philippulus, de L\u2019étoile mystérieuse, serait par exemple calqué d\u2019un authentique prophète de malheur, Philippe Gérard, ami d\u2019enfance d\u2019Hergé qui lui aurait prédit un châtiment.On apprend aussi qu\u2019Hergé aurait souhaité consacrer une plus grande part de Tintin en Amérique aux Amérindiens, comme en témoigne la couverture de l\u2019album.Mais, en 1932, le gangstérisme était plus vendeur.«Du moins la page 29 de l\u2019album rend-elle compte du peu de cas que faisait l\u2019Amérique pour les Indiens, surtout si «leurs» terres s\u2019avéraient gorgées de pétrole», écrivent les auteurs.Hergé se buterait sans doute au même problème aujourd\u2019hui.Caroline Montpetit LE DEVOIR LES SAMEDI 26 ET DIMANCHE 27 JANVIER 20IS F 5 LIVRES Aventures séparatistes Quand les bonnes idées ne font pas forcément de la bonne littérature Louis Hamelin Le lendemain des dernières élections américaines, le vieux Hunter S.Thompson a dû exécuter une petite danse de guerre dans sa tombe, et fpmer quelques pissenlits par la racine.Deux Etats de fUnion, le Colorado et le Washington, venaient d\u2019approuver par référendum la légalisation de l\u2019usage du cannabis à des fins récréatives.Dans ce même Colorado, au tournant des années 70, Thompson, à la tête d\u2019une coalition baptisée Freak Power, était passé à un cheveu pouilleux de réussir à se faire élire shérif d\u2019As-pen.Les usages récréatifs de tout un spectre de substances allant de la bonne herbe verte à l\u2019acide lysergique étaient une cause qui lui tenait à cœur.Ce quasi-succès lui donna envie de tâter de la politique nationale et, en 1972, ce défoncé notoire débarqua avec toutes ses fioles de carburants dans la campagne présidentielle la plus à gauche de l\u2019histoire du Parti démocrate, celle de George McGovern, que Nixon allait aplatir par une marge historique.C\u2019était le Ijon temps.Depuis, on appelle socialiste aux Etats-Unis tout ce qui se tient au centre droit de l\u2019échiquier politique, et la contestation du pouvoir a été abandonnée aux milices patriotiques et aux intégristes religieux.Parfois, un centre-ville déshérité, peuplé de Noirs, explosait.On ramassait une quarantaine de morts et le monde pouvait recommencer à regarder ailleurs.Puis, il y eut Seattle.Les al-termondialistes et les anars.Bien avant eux, les Wobblies (International Workers of the World) avaient répandu sang et larmes sur cette portion de, la côte du Pacifique.Tout le nord-ouest des Etats-Unis possède une longue tradition de pensée indépendante et contestataire («la véritable ligne de front du radicalisme en Amérique», écrit Keith Scribner).De visées sécessionnistes, aussi, mais ça, c\u2019est déjà moins original : depuis la réélection d\u2019Obama, la Maison-Blanche a reçu des pétitions d\u2019environ 200000 citoyens étasuniejis demandant la sécession d\u2019une trentaine d\u2019Etats, dont l\u2019Ore- JACQUES NADEAU LE DEVOIR Dans L\u2019expérience Oregon, des épisodes de matraquage et de gazage de foules rappelleront aux Québécois quelques souvenirs.gon, mais aussi le Texas et l\u2019Alabama.Aujourd\u2019hui, Wobblies est le nom d\u2019un groupe punk basé à Corvallis en Oregon, ville qui a servi de modèle, dit-on, à Douglas, où Scribner a situé l\u2019action de L\u2019expérience Oregon, son roman traversé par les tendances contestataires \u2014 anarchisme, séparatisme, écologisme, communautarisme et progressisme en général \u2014 qui poussent sous ce climat pluvial comme la mousse verte dans les craques de trottoir.Bouleversements mous C\u2019est l\u2019histoire de Scanlon, personnage dont le caractère un peu incolore semble hésiter à chaque page entre la bonne conscience tourmentée, teintée d\u2019arrivisme petit-bourgeois, du héros normal d\u2019un roman de prof et la complaisante faiblesse morale d\u2019un individu vraiment trop ordinaire pour être qualifié d\u2019antihéros, de Scanlon, donc, professeur d\u2019université en socio et spécialiste des mouvements radicaux, exilé dans cet humide coin de pays faute d\u2019avoir pu décrocher un poste dans l\u2019Esf et de sa femme Naomi, enceinte de ses œuvres et propriétaire d\u2019un nez dont il n\u2019est pas exagéré de dire que, lorsqu\u2019il change, la face de la terre est différente.Un nez, Naomi.Star de la parfumerie, elle possédait un odorat exceptionnel, mais l\u2019a perdu avant le début du roman.Elle est venue sur la côte ouest de reculons, mais le changement de décor lui fait du bien : elle retrouve son sens de l\u2019olfaction, ce qui nous vaudra, au fil des 500 pages à venir, beaucoup de paragraphes du genre de celui-ci : «L\u2019odeur de son corps était entêtante, entièrement boisée: cannelle, bois de santal, pain cuit au four, lactation, aisselles, et les huiles sucrées et pleines de sève de son cuir chevelu.» On se dit: elle ne va quand même pas se mettre à flairer toutes les personnes qu\u2019elle rencontre et à poétiser ses sensations comme un bobo qui débouche une bouteille de vin?Ça peut devenir long.Et, de fait, le roman de Scribner devient vite long.Pour ma part, je l\u2019ai commencé en septembre 2012 et ne l\u2019ai terminé que mercredi matin.Autant la situation de départ, avec cette mouvance séparatiste libertaire et cette graine d\u2019écoterrorisme favorable au recyclage d\u2019engrais (nitrate d\u2019ammonium -i- nitrométhane = boum!) au pays de Kurt Cobain et du vieux Ken Kesey, m\u2019apparaissait prometteuse, autant la prose droite et égale du romancier, s\u2019étalant laborieusement ligne après ligne en un mouvement aussi prévisible et passionnant à suivre que la vue d\u2019un tracteur avançant au milieu des labours (ou alors cette pesanteur viendrait de la traduction ?) m\u2019a rappelé que les bonnes idées ne font pas forcément de la bonne littérature.Individualisme Il manque au style de Keith Scribner une nervosité capable d\u2019entrer en phase avec la violente ferveur des bouleversements sociaux qu\u2019il décrit.Certains épisodes de matraquage et de gazage de foules par les habituels bras armés du statu quo caparaçonnés de matières plastiques incassables, qui rappelleront aux Québécois quelques beaux souvenirs, ne sont pas trop mal narrés.Mais l\u2019ensemble est d\u2019un manque d\u2019agilité narrative assez désespérant.L\u2019histoire, elle, ne pourrait pas être plus convenue: monsieur travaille à l\u2019avancement de sa carrière pendant que madame rêve de la sienne en donnant le sein; monsieur trompe madame; madame trompe monsieur (encore que sous une forme assez originale, puisqu\u2019elle allaite son amanf sans lui ouvrir ses jambes).Les élans collectifs ambiants n\u2019affecteront pas en profondeur ce couple chez qui, au-delà de l\u2019exotisme politique local, l\u2019intérêt personnel continue de prédominer: Scanlon se sert du groupe séparatiste appelé Expérience Oregon et de la familiarité de son épouse avec un inquiétant anarcho-terroriste \u2014 qui le semi-cocufiera en retour \u2014 pour obtenir sa titularisation et ses quinze minutes de gloire sous la forme d\u2019un papier dans les pages d\u2019un grand magazine national.Après quoi, la petite famille peut enfin habiter dans le New Jersey et mener carrière bat-taqte dans l\u2019orbite de la Grosse Pomme.A certains moments, on a moins l\u2019impression d\u2019être dans un roman que dans la bible d\u2019une série télévisée, ce vade-mecum où chaque personnage traîne derrière lui son profil psychologique détaillé en forme de lourd boulet (un frère mort dans ses bras, un enfant abandonné) censé éclairer ses comportements à la lumière rassurante de la logique causale et débité comme de la saucisse à fiction.On voudrait que l\u2019auteur se contente d\u2019imaginer des situations et d\u2019y plonger ses personnages.Leur passé n\u2019est pas notre problème.L\u2019EXPÉRIENCE OREGON Keith Scribner Traduit de l\u2019anglais (américain) par Michel Marny Christian Bourgois éditeur Paris, 2012, 527pages L\u2019enigme du retour Un roman qui prolonge l\u2019essai de Maaloufte identités meurtrières LISE GAUVIN Un homme exilé en France depuis vingt-cinq ans se rend aux funérailles d\u2019un ami resté au pays qui lui avait lancé un appel depuis son lit de mourant.Le message restera sans réponse puisque l\u2019homme en question, prénommé Adam, arrivera trop tard pour une réconciliation tardive.Il n\u2019en décide pas moins de demeurer quelques jours sur les lieux qui l\u2019ont vu naître et entreprend un périple dans le monde de son enfance et de son adolescence.Tel est l\u2019argument d\u2019où se développe le dernier récit d\u2019Amin Maa-louf romancier d\u2019origine libanaise récemment élu à l\u2019Académie française et lauréat du prix Goncourt pour Le rocher de Tanios en 1993.La femme du disparu, Tania, fait promettre à Adam d\u2019organiser une rencontre des anciens amis de son mari afin d\u2019honorer sa mémoire.Ce qui oblige le visiteur à reprendre contact avec l\u2019un et l\u2019autre des copains de jadis.Le roman se déroule en seize journées, dont chacune retrace en flash-back l\u2019itinéraire emprunté par l\u2019un ou l\u2019autre de ceux qui formaient dans leur jeunesse ce qu\u2019on appelait le Cercle des Byzantins : Mourad, dont on célèbre les funérailles, Nairn, Albert, Ra-mès, Ramsi et Bilal, tué par une bombe dès le début de la guerre.Sans compter les femmes, Tania et Sémiramis, la belle hôtelière d\u2019origine égyptienne avec qui Adam aura une aventure.On passe ainsi de l\u2019histoire du Juif Nairn installé au Brésil à,celle d\u2019Albert émigré aux États-Unis, où il travaille pour le Pentagone, jusqu\u2019à celle d\u2019Adam lui-même, historien réputé installé à Paris.Parmi ceux qui sont restés au pays, se trouve Ramès, qui dirige une lucrative société d\u2019ingénieurs, et Ramsi, depuis quelques années réfugié dans un monastère.Chaque portrait est élaboré longuement, à la façon d\u2019un film au ralenti avec de nombreux plans fixes restituant les correspondances échangées assorties des commen- ERANCOIS GUILLOT AGENCE ERANCE-PRESSE Amin Maalouf, romancier d\u2019origine libanaise, a été récemment élu à l\u2019Académie française.taires en voix hors champ du narrateur.Partir, revenir La structure globale du roman est constituée d\u2019un récit cadre enchâssant autant de microrécits plus ou moins interdépendants.Microrécits qui tiennent davantage du dialogue philosophique que de l\u2019intrigue sentimentale, celle-ci étant d\u2019ailleurs elle-même soigneusement encadrée par la distance réflexive des protagonistes.Les parcours individuels sont abondamment expliqués, justifiés et discutés.Ainsi, le choix d\u2019Adam de partir, de quitter un pays en guerre qu\u2019on reconnaît être le Liban mais qui n\u2019est jamais nommé, est-11 remis en cause par la femme de Mourad, l\u2019ami d\u2019enfance avec qui 11 s\u2019étalt brouillé.Il est facile, selon Tania, d\u2019accuser ceux qui sont restés de corruption quand les autres, ceux qui sont partis, ont pu l\u2019éviter en fuyant les conflits : «La question n\u2019est pas de savoir ce que toi tu aurais fait si tu étais resté.La question est de savoir ce que serait devenu ce pays si tout le monde était parti, comme toi.Nous aurions tous gardé les mains propres, mais à Paris, à Stockholm, à Montréal ou à San Francisco.Ceux qui sont restés se sont sali les mains pour vous préserver un pays, pour que vous puissiez y revenir un jour, ou tout au moins le visiter de temps à autre.» Le pays que retrouve Adam n\u2019est pas celui qu\u2019il avait quitté, alors que les amitiés étalent possibles entre musulmans, chrétiens et juifs : la religion y est désormais devenue envahissante, se substituant à la morale et justifiant les pires excès.Devant chacun de ses Interlocuteurs, Adam adopte une position d\u2019écoute, cherchant à comprendre plus qu\u2019à juger.Car cet historien de formation croit qu\u2019en toute chose «les torts sont partagés», ce qui lui vaut l\u2019agressivité d\u2019un Islamiste.Les désorientés, roman dont le titre renvoie à la fols à la diaspora orientale et à l\u2019effacement, chez ceux qui sont partis, de certains repères de la civilisation levantine, prolonge l\u2019essai d\u2019Amin Maalouf Les identités meurtrières (1998), vibrant plaidoyer pour la tolérance et l\u2019acceptation d\u2019une Identité composite, excluant toute forme d\u2019intégrisme.Mais ce roman est d\u2019abord un éloge de l\u2019amltlé, car «l\u2019amitié sert à préserver nos illusions» et, sans ces Illusions, «on perd le courage de vivre».Collaboratrice Le Devoir LES DÉSORIENTÉS Amin Maalouf Grasset Paris, 2012, 520 pages Spirale et la librairie Olivieri présentent : Le prix de la CRITIQUE ÉMERGENTE En partenariat avec les Éditions Nota bene, FIGURA, le CRILCQ, le Département d'études françaises de l'Université Concordia, le Département de littérature comparée et le Département des littératures de langue française de l'Université de Montréal Quel regard critique porte aujourd'hui une nouvelle génération de lecteurs et de spectateurs sur les plus récentes productions culturelles ?Quels discours, quelles réflexions la relève propose-t-elle sur le monde qui nous entoure ?Par ce concours, destiné aux étudiant(e)s inscrit(e)s dans un programme universitaire de premier ou de deuxième cycle, le magazine culturel Spirale et ses partenaires souhaitent encourager l'émergence, chez la relève, d\u2019une critique culturelle qui ne renonce pas à l\u2019invention et au risque de la pensée, et qui sait trouver dans l'actuel ce qui peut correspondre au développement et à la création d\u2019une culture riche.LE PRIX Le ou la lauréate du « Prix de la critique émergente » se méritera un certificat d'une valeur de 1,000 $ de la Librairie Olivieri, un abonnement de deux ans à Spirale, et verra son texte publié dans le numéro 245 du magazine (été 2013).COMMENT PARTICIPER Les étudiant(e)s qui souhaitent participer au concours doivent respecter le protocole qui est disponible sur le site www.spiralemagazine.com INFORMATIONS Visitez le site du magazine au www.spiralemagazine.com ou contactez-nous via courriel à l'adresse spiralemagazine@yahoo.com Date limite 29 mars 2013 F 6 LE DEVOIR, LES SAMEDI 26 ET DIMANCHE 27 JANVIER 20IS LIVRES ESSAI André Lussier, psychanalyste contestataire \\r .} Louis CORNELLIER n France, les psychanalystes publient beaucoup et participent sans retenue au débat public.Au Québec, ils sont plus discrets.L\u2019écrivain Maxime-Olivier Mou-tier, qui fait occasionnellement entendre sa voix à l\u2019extérieur de son cabinet, fait figure d\u2019exception dans les rangs des disciples québécois de Freud.Aussi, la publication, il y a quelques mois, d\u2019Un psychanalyste dans son siècle, un essai autobiographique du freudien André Lussier, peut être considérée comme un événement.Aujourd\u2019hui nonagénaire, Lussier en a long à dire sur son riche et captivant parcours.Formé à Londres, dans les années 1950, par Anna Freud et par le grand pédiatre et psychanalyste Donald Winnicott, Lussier a aussi fréquenté des maîtres comme le jésuite dissident François Her tel, rhistorien français Henri-Irénée Marron et le philosophe Paul Ricœur.En racontant sa vie à partir d\u2019un angle psychanalytique, il nous plonge dans une aventure intellectuelle originale et méconnue.Né à Montréal dans une famille qui comptera douze enfants, Lussier se souvient d\u2019abord dp quelques épisodes marquants de sa jeunesse.A quatre ans, il a les mains recouvertes de verrues, une affection qui s\u2019explique peut-être par une réaction à la naissance d\u2019un petit frère qui lui vole l\u2019attention de sa mère.Un guérisseur du quartier lui parlera en lui touchant les mains avec confiance et le guérira.Cette «opération psychosomatique magique» aura-t-elle une influence sur le futur choix de carrière de l\u2019enfant?Au même âge, le petit André, qui vit près d\u2019un pénitencier, tente de faire tomber les murs de la prison en projetant sur eux une simple cartouche d\u2019arme à feu.«C\u2019était, écrit-il, leur condition d\u2019hommes enfermés qui me hantait.» Un désir de libération est déjà en germe.r Contre une Eglise dominante Dans le Québec des années 1920 et 1930, ce % AGENCE ERANCE-PRESSE Sigmund Freud, avec sa fille Anna, qui a enseigné à André Lussier.désir se heurte toutefois à une Église dominante qui infantilise la population.Alors qu\u2019ils ont respectivement huit et cinq ans, Lussier et son petit frère décident d\u2019un commun accord de se dénuder pour se regarder.Un prêtre confesseur, apprenant la chose, menace Lussier des flammes de l\u2019enfer.Ce traumatisme, et quelques autres du même genre, marquera l\u2019enfant.Devenu un homme, il n\u2019aura de cesse de vilipender, notamment dans Cité libre, ce catholicisme contrôlant, caricatural et maladivement obsédé par le sexe.«Je ne me considère pas comme un adversaire inconditionnel du fait religieux; je m\u2019en prends à ce qui est trompeur et j\u2019offre mon témoignage», précise le psychanalyste.Très sévère à l\u2019endroit du fameux cours classique de l\u2019époque \u2014 des professeurs jésuites dévoués mais sans culture solide pour la plupart, une lourde atmosphère de refoulement sexuel, des cours de philosophie nuis \u2014, Lussier s\u2019épanouit à l\u2019Institut de psychologie de l\u2019Université de Montréal, de 1946 à 1950, au contact, notamment, du père Noël Mailloux, un spécialiste de Freud et de Thomas d\u2019Aquin, pour qui il n\u2019a que des éloges.C\u2019est là que Lussier découvre vraiment la psychanalyse et a «un coup de foudre» pour l\u2019œuvre de Freud.De ses années de formation en Angleterre, il retient la rigueur et l\u2019intelligence d\u2019Anna Freud, le génie et la bonhomie de Donald Winnicott et l\u2019intransigeance prétentieuse de Melanie K,lein, une «femme cyniquement dominatrice ».A son retour au Québec, Lussier enseignera la psychanalyse pendant 35 ans dans les départements de psychologie et de psychiatrie de l\u2019Université de Montréal, de même qu\u2019à l\u2019Institut de psychanalyse.Ce fut, écrit-il, «une expérience privilégiée, irremplaçable », qui n\u2019a toutefois pas été sans frictions.Au moment où la psychologie cherche à obtenir ses lettres de noblesse scientifiques et où la psychiatrie se biologise, tenir le fort freudien n\u2019est pas de tout repos.La psychanalyse dans la caverne La psychologie, en se tournant vers le quantifiable et le mesurable, et la psychiatrie, en devenant «de plus en plus l\u2019étude de l\u2019influence du physique sur le psychique», en partant en quête des gènes qui expliqueraient tout, de l\u2019homosexualité à la criminalité en passant par les troubles affectifs des enfants, «se détournent résolument de ce qui nous ramène sans cesse à l\u2019essentiel chez l\u2019homme, c\u2019est-à-dire son vécu tragique en vertu des forces pulsionnelles qui le déchirent, forces caverneuses qui ne cesseront jamais de le poursuivre et qui constituent ce vers quoi se tourne la psychanalyse».Cette défense de la discipline freudienne, contre le réductionnisme physiologique ou statistique, s\u2019avère le moment fort de ce solide essai.«L\u2019animosité, l\u2019hostilité, les tourments causés à la fin du XIX' siècle par l\u2019entrée en scène des découvertes de Freud se poursuivent de plus belle, constate Lussier avec raison.C\u2019est tellement plus simple et moins dérangeant émotionnellement quand il n\u2019y a que le physique en cause, le physique et le neurophysiologique comme facteurs responsables de tous les maux.» Un des principaux aveuglements de notre époque est résumé dans cette phrase.Lussier aurait pu, aurait dû même, s\u2019arrêter là.Son ouvrage, alors, n\u2019aurait mérité que des éloges.Il tenait, pourtant, à le terminer sur une centaine de pages dans lesquelles il dénonce encore le refus de la sexualité et de la femme qui caractérise les grandes religions (c\u2019était déjà fait), démolit quelques dogmes catholiques (en confondant, d\u2019une étonnante manière, l\u2019immaculée Conception avec la conception virginale) et exprime son refus du Dieu amer et colérique de l\u2019Ancien Testament.Tout, dans ces pages, n\u2019est pas mauvais, loin de là, mais les critiques pertinentes qu\u2019on y trouve sont aujourd\u2019hui des évidences pour les catholiques progressistes.C\u2019est quand il rappelle que «la psychanalyse est subversive», parce qu\u2019elle ne renonce pas, elle, à «l\u2019étude du psychisme proprement dit, [à] l\u2019étude de l\u2019âme, de la vie affective», qu\u2019André Lussier fait œuvre utile.UN PSYCHANALYSTE DANS SON SIÈCLE André Lussier Préface d\u2019Yvan Lamonde Del Busso Montréal, 2012, 302 pages Hitler de retour ?Un roman comique sur le leader nazi fait fureur en Allemagne YANNICK PASQUET Berlin \u2014 «Il est de nouveau là» : 80 ans après l\u2019accession d\u2019HiÜer au pouvoir, un roman ra-contant son retour en 2011 à Berlin est un best-seller en Allemagne, mais un Führer de comédie n\u2019est pas du goût de tous.«Soldat des Jeunesses hitlériennes Ronaldo! Indiquez-moi la rue!» 30 août 2011.Adolf Hitler se réveille soudainement siu un terrain vague de Berlin sans avoir la moindre idée de ce qui lui est arrivé depuis 1945.Déboussolé, le Führer, qui en réalité s\u2019est suicidé dans son bunker le 30 avril 1945, demande le chemin de la chancellerie du Reich à des jeunes qui portent le maillot de la star brésilienne du foot.«C\u2019est qui le pépé, là ?», se demandent les garçons, éberlués.«Ça va, t\u2019es sûr, Man ?» Le ton de l\u2019œuvre du journaliste Timur Vermes, 45 ans, est donné.Durant près de 400 pages, le dictateur nazi découvre une Allemagne gouvernée par une femme, où vivent plusieurs millions de Turcs.Une société régie par les taux d\u2019audience, où la célébrité se conquiert sur YouTube et se mesure en clics «j\u2019aime/j\u2019aime pas» siu Facebook.Très vite repéré par une société de production, Adolf Hiüer devient la vedette d\u2019une émission télévisée de divertissement animée par un Truc.Bild, quotidien le plus lu d\u2019Europe, titre : «Il a assassiné des millions de personnes.Aujourd\u2019hui des millions de personnes l\u2019acclament sur YouTube.» «Vous valez de l\u2019or, mon cher! On n\u2019en est qu\u2019au début, croyez-moi!», lui lance son producteru.Au fil des pages, le lecteru suit Hiüer déifichant « des pantalons de coton bleus qu\u2019on appelle des dchjins», tentant désespérément de se créer une adresse e-mail {«Hitler89 est déjà pris [.] Vous pouvez avoir \u201cQueuedeloupG\u201d»), découvrant les émissions de cuisine à la télévision («Je pris le petit appareil en main, appuyai sur le premier bouton [.] Je vis un cuisinier en train de hacher menu des légumes.»).1 w m CHRISTOE STACHE AGENCE ERANCE-PRESSE Le livre du journaliste Timur Vermes est déjà promis à une carrière internationale : il va être publié en français et en anglais ainsi qu\u2019en 15 autres langues.Farce de mauvais goût pour les uns, satire politique pour les autres, Er ist wieder da (« Il est de nouveau là») est un gros succès de librairie.Imprimé à 360000 exemplaires, il vient d\u2019entrer dans la liste des meilleures ventes.Le livre est déjà promis à une carrière internationale : il va être pu-blié en français et en anglais ainsi qu\u2019en 15 autres langues.Son auteur affirme avoir «voulu présenter Hitler sous un nouvel angle».«Nous avons trop souvent l\u2019attitude de refus des gens qui ne conçoivent Hitler que comme un monstre pour se sentir mieux, confie-t-il à l\u2019AFP.Or je trouvais important de montrer comment il fonctionnait et comment il agirait aujourd\u2019hui.» Le récit \u2014 à la première personne \u2014 est entrecoupé de longs monologues intérieurs aussi ennuyeux que Mein Kampf le pamphlet rédigé par Hitler en 1924 et dont l\u2019Allemagne envisage la réédition dans deux ans pour la première fois depuis 1945.Tout est fait pour attirer le lecteur.La couverture en noir et blanc façon ombre chinoise présente uniquement la mèche de chevçux caractéristique d\u2019Hitler.A la place de la moustache apparaît le titre du roman.Il est vendu 19,33 euros, en référence à l\u2019année où le Führer est devenu chancelier.Er ist wieder da est «la dernière excroissance d\u2019une machine de commercialisation d\u2019Hitler qui brise tous les tabous pour faire de l\u2019argent», critique l\u2019hebdomadaire Stern.Alors que cela était impensable il y a dix ans encore, Hitler est aujourd\u2019hui recyclé par les humoristes et les artistes.Un film humoristique réalisé par un Juif et une comédie musicale biulesque ont été présentés ces dernières années.Un phénomène que Daniel Erk, journaliste et spécialiste du dirigeant nazi, n\u2019hésite pas à qualifier de «banalisation du mal».«C\u2019est une bonne occasion pour les Allemands de se dédouaner de toute faute et de toute responsabilité, analyse-t-il.Cet Hitler-là est le seul et unique responsable de la guerre et du génocide.» Agence France-Presse Le dictateur nazi découvre une Allemagne gouvernée par une femme, où vivent plusieurs millions de Turcs.Une société où la célébrité se conquiert sur YouTube et se mesure en clics «j\u2019aime/j\u2019aime pas» sur Facebook.Deneault démasque la gouvernance La gouvernance serait-elle une intériorisation de la tyrannie ?ALAIN DENEAULT MICHEL LAPIERRE Depuis son accession au pouvoir, Pauline Marois affirme exercer une « gouvernance » souverainiste.Est-elle consciente que le mot « gouvernance », emprunté au management vers 1980 par les technocrates de Margaret Thatcher, suggère une privatisation néolibérale de la politique ?Alain Deneault publie Gouvernance.Le management totalitaire pour prouver que ce terme souple, à première vue inoffensif, cache une main de fer dans un gant de velours.Adopté par la Banque mondiale dès 1989, ce mot «gouvernance» (de l\u2019anglais governance) exprime à partir de 1995, grâce à un rapport international, l\u2019une des idées clés de la mondialisation, avant d\u2019entrer dans le vocabulaire officiel de l\u2019Union européenne en 2001.Pour Deneault, il se définit sourqoisement, dans le cadre d\u2019un État, comme l\u2019art de déréglementer l\u2019économie, de privatiser les services publics, de mater les syndicats.Le politologue québécois exagère-t-il en insistant sur le sens que donnent à la gouvernance ses adeptes les plus machiavéliques, distincts de ceux qui, comme Pauline Marois, se gargarisent d\u2019un simple mot avec innocence (ou presque) ?Non.Il montre que, justement, par un emploi répété, ce terme vague, ambigu, artificiel, propre à une novlangue orwel-lienne, finit, à cause de son faux éclat, par remplacer, dans notre conscience anesthésiée, les mots gouvernement, politique, critique, démocratie.Deneault souligne qu\u2019au Canada le principal théoricien francophone de la gouvernance, Gilles Paquet (né à Québec en 1936), avoue candidement que, même en 2011, la «bonne» organisation des «principes» du système reste à trouver! Comme par hasard, cet économiste et historien de droite fut, dès 1999, l\u2019auteur d\u2019un livre qui nia l\u2019importance de notre Révolution tranquille.Jongleur de sophismes, comme les autres maîtres de la langue désincarnée de la gouvernance.Paquet, explique Deneault, rêve «d\u2019un monde où les dirigeants seraient supprimés, non pas en vue d\u2019une émancipa-tion des dominés mais parce qu\u2019ils régne-ynumiiitiHI raient en le for inté-rieur de ceux-ci ».Sou-vent, les théoriciens de cette intériorisation de la tyrannie dé-Lux clarent bénéficier de la caution prestigieuse de Jürgen Habermas.Qr il n\u2019en est rien.En 2011, ce philosophe allemand, que le charme des néologismes n\u2019arrive nullement à éblouir, a déclaré : «Le joli mot de «gouvernance» n\u2019est qu\u2019un euphémisme pour désigner une forme dure de domination politique.» Le terme suppose un système dont le fonctionnement, digne de l\u2019efficacité de l\u2019entreprise privée, fait de l\u2019inégalité sociale une réalité qui va de soi, mais qui ne se laisse pas trop voir! Én favorisant, comme Deneault le perçoit de ses yeux de lynx,, la privatisation en douce de l\u2019État par le partenariat public-privé (PPP), la gouvernance use d\u2019une langue astucieuse pour maquiller en évolution de la pensée critique un retour à l\u2019élitisme du passé.Collaborateur Le Devoir GOUVERNANCE lÆ MANAGEMENT TOTALITAIRE Alain Deneault Lux Montréal, 2013, 200 pages "]
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