Le devoir, 2 février 2013, Cahier F
[" LIVRES CAHIER F > LE DEVOIR, LES SAMEDI 2 ET DIMANCHE 3 EEVRIER 2013 Lire Tremblay, Pivot, Jardin, Thùy et Mavrikakis en 140 caractères FABIEN DEGLISE Le message est entré dans une boîte de courriel un matin de novembre, en avance de plusieurs jours sur ce qu\u2019avait annoncé son auteur, le rornancier Michel Tremblay.A l\u2019écran, les caractères portaient une bonne nouvelle, une nouvelle littéraire inédite, promise la veille au téléphone, après une courte conversation et surtout un éclat de rire.H y avait là un brin d\u2019humour, beaucoup de sentiments, de la finesse, et surtout, surtout une économie tellement contemporaine de mots : « Il n\u2019aurait pas dû me rappeler.Surtout pas prononcer cette phrase : « On peut tout effacer et recommencer à neuf.» Je l\u2019ai envoyé paître.Pardonner oui, oublier, jamais ! ».Tout était là.A l\u2019invitation du Devoir, le romancier et dramaturge québécois a accepté dans les dernières semaines une drôle de rencontre avec le présent : imaginer une histoire complète ne pouvant pas dépasser 140 caractères, espaces compris.La limite s\u2019inspire du format de communication imposé par Twitter, un espace qui depuis 2006 cultive la dictature de l\u2019instant, l\u2019obsession de la concision et influence désormais notre façon de nommer notre époque.Michel Tremblay n\u2019est d\u2019ailleurs pas seul à avoir accepté cette création avec contrainte.Au total, 25 auteurs d\u2019ici et d\u2019ailleurs y ont pris part, dont Yann Martel, Kim Thùy, Nadine Bismuth, Jacques Godbout, Bernard Pivot, Alexandre Jardin, Catherine Mavrilkakis, Fred Pelle-rin, Tahar Ben Jelloun, Samuel Archibald, pour ne nommer qu\u2019eux, avec quelques constantes d\u2019ailleurs : les vieux routiers de la littérature ont façonné leur récit plus rapidement que les jeunes, les précis sont revenus plusieurs fois sur leur nano-oeuvre, les insécures ont douté, reculé, certain on même tenté de s\u2019échapper et les percutants ont trouvé un carré de sable idéal pour leur art.Au final, l\u2019aventure forme désormais un recueil de nouvelles inédites, dans un format improbable, qui, en cherchant à coller de près à la modernité, vient aussi explorer les frontières d\u2019une littérature en mutation.À l\u2019image de l\u2019environnement culturel et social dans lequel cette littérature est façonnée.Forcément.Le Devoir Une époque obsédée par la concision et les formats courts FABIEN DEGLISE Il y a eu des courriels, une visite à sa résidence \u2014 où il n\u2019était pas ! \u2014, mais rien n\u2019a été fructueux.Le romancier-flibustier Victor-Lévy Beaulieu a, après plusieurs invitations restées lettres mortes, refusé de faire entrer son univers littéraire en moins de 140 caractères.Et il s\u2019est justifié, devant notre insistance, avec la franchise qui est la sienne.«Je suis du côté de la surabondance, a écrit le barbu grincheux de Trois-Pistoles.faguis tous les rapetisseurs de tête, car en rapetissant la tête c'est l\u2019esprit aussi qu\u2019ils rapetissent.Les peuples primitifs s\u2019y livraient précisément pour cela.Rendre sénile une société précoce n\u2019est donc pas mon affaire.» Le monde carbure de plus en plus à la concision et aux petits formats.VLB, lui, reste fier dans la marge, au risque d\u2019y être de plus en plus à l\u2019étroit.C\u2019est que la modernité n\u2019a pas juste le dos large pour expliquer les travers de notre époque.Elle est aussi en train de modifier en profondeur notre façon d\u2019appréhender le présent, de le nommer, de le construire, de l\u2019imaginer, mais également, n\u2019en déplaise à VLB, d\u2019influencer la création artistique, par des contraintes d\u2019espace et de temps qui, au cours des dernières années, sont passées d\u2019anecdotes à normes.Avec obsession.«Les environnements numériques dans lesquels nous nous trouvons ont cette caractéristique d\u2019encourager la concision, résume à l\u2019autre bout du fil le philosophe Mi-lad Doueihi, auteur du bouquin Pour un humanisme numérique (Seuil), une brique dans les circonstances avec ses 177 pages.Cette contrainte est inscrite dans la nature des objets numériques conçus pour partager, pour retransmettre, mais aussi pour le faire dans cette logique de flux et dans la tentation de l\u2019instant.Le fragment, le contenu concis, le mini-format sont les plus appropriés pour alimenter ces réseaux et le faire aussi de manière quasi naturelle» en imposant au passage une dictature du court qui va au-delà des espaces de communication qui, bien souvent, les ont fait émerger.Une culture du lien Le mimétisme est fort.Il trouve aussi un terreau fertile dans un contexte social VOIR PAGE F 2 INÉDITES Des nouvelles inédites ¦140 ca '^^Ères Enfin, elle partit pour Death Valley.A Zabriskie Point, la Terre s\u2019était encore durcie.La planète semblait souffrir du même mal qu\u2019elle.Catherine Mavrikakis La bouilloire sifflait à rendre l\u2019eau.Dehors, l\u2019été; dans la fenêtre, de la neige lumineuse.Tous figés.La première tévé au village.Fred Pellerin Il s\u2019est réveillé plein de tristesse.On lui a dit: «Tes pas drôle.» Le lendemain, un homme s\u2019est réveillé plein de tristesse.C\u2019était pas le même.Tahar Ben Jelloun La Terre ?Nous l\u2019avons mangée hier.Yann Martel Entre toi et moi, il y eut un coup de foudre suivi d\u2019une vie; ses hauts, ses bas.Désormais la mort, il ne reste que l\u2019amour; l\u2019éternel.Kim Thüy Passionnante histoire de la gauche américaine Page F 5 Le zombie comme guide et révélateur Page F 6 Un point final kEntre les lignes! Le magazine littéraire Entre les lignes, axé depuis neuf ans sur la présentation de coups de cœur, de suggestions et de plaisirs de lecture, de dossiers sur le monde de la littérature et d\u2019entrevues, a annoncé cette semaine la suspension de sa publication.C\u2019est par lettre que la rédactrice en chef, Colette Lens, a fait connaître la situation.Dans «le contexte de précarité et d\u2019insécurité financières qui touche le milieu de la culture, écrit-elle, et en particulier les revues culturelles, notre modèle d\u2019affaires basé sur le dévouement et l\u2019engagement de quelques personnes n\u2019apparaît plus viable à moyen et à long terme.C\u2019est pourquoi la décision de prendre du recul pour repenser l\u2019avenir d\u2019Entre les lignes s\u2019est imposée à nous.Depuis plusieurs mois, nous nous sommes employés à rencontrer des acteurs du milieu culturel et à penser à de nouveaux paradigmes qui permettraient de poursuivre l\u2019aventure sous une forme ou une autre.Ce processus est toujours en cours.» Le Devoir Dante anx enfers FRANÇOIS LÉVESQUE Deux nouveaux suspects ont été arrêtés dans l\u2019affaire du saccage de la bibliothèque des Cirolamini, une institution napolitaine qui a été détroussée d\u2019environ 4000 de ses joyaux littéraires.Digne d\u2019un roman d\u2019Umberto Eco, cette étrange histoire a débuté en juin 2011 avec la nomination de Marino Massimo De Caro au poste de directeur de la bibliothèque.Après avoir désactivé le système de surveillance, De Caro entreprit de dégarnir les rayons de leurs ouvrages pré cieux en les transportant de Naples à Vérone.C\u2019est un professeur d\u2019histoire de l\u2019art de l\u2019Université de Naples, Tomaso Montanari, qui a sonné l\u2019alarme au printemps 2012 lorsque, visitant l\u2019auguste lieu, il trouva fort curieux qu\u2019on lui refuse l\u2019accès aux archives.Plus stupéfiantes s\u2019avérèrent les vidéos clandestines captées par un aide bibliothécaire suspicieux.Marino Massimo De Caro a été incarcéré le 15 mai 2012.À ce jour, 2327 livres anciens et manuscrits inestimables ont pu être retrouvés.Laissés à eux-mêmes.De Caro et ses complices, dont un prêtre, ont littéralement mis à sac la bibliothèque, dont les quelque 160 000 ouvrages n\u2019ont jamais été dûment répertoriés.Au nombre des portés disparus: l\u2019original enluminé de La divine comédie de Dante.Le 29 janvier dernier, un relieur et un coursier ont été interpelés.Des mandats d\u2019arrêt ont en outre été lancés contre quatre autres personnes, dont Marcello Dell\u2019Utri, un politicien proche de Sylvio Berlusconi qui a connq sa part de démêlés avec la justice.A ce chapitre, la feuille de route de Marino Massimo De Caro était entachée de tellement de controverses que sa nomination apparaît a posteriori aberrante.Le Devoir F 2 LE DEVOIR, LES SAMEDI 2 ET DIMANCHE 3 EEVRIER 2013 LIVRES EN APARTE Des nouvelles de la lune de miel f ^ ^ Jean-' François Nadeau Il en met bien du temps à crever, François Cavanna! D\u2019ailleurs, on l\u2019en remercie.Cavanna a toujours pesté contre la mort.On se dit, le voyant toujours vivant, que ce n\u2019est peut-être pas pour rien: elle a peur.En 1960, ce grand gaillard au trente-six métiers que l\u2019on reconnaît à ses moustaches gauloises fonde Hara-Kiri, une feuille irrévérencieuse qui se transforme en Hara-Kiri, Hebdo, puis en Charlie Hebdo.On reprochera au journal son goût pour la scatologie et les caricatures assassines.La censure s\u2019en mêle et s\u2019emmêle à son sujet.Le canard finit par battre de l\u2019aile et s\u2019effondre avant d\u2019être repris en 1992.Depuis, il soutient l\u2019attention.Voici d\u2019ailleurs que paraît sous cette enseigne une Vie de Mahomet, des dessins de Charb qui menacent de soulever encore les passions.Car remarquez que la dernière fois où ce journal s\u2019est avancé de ce côté-là, ses locaux ont flambé.Rien que ça.Mais revenons à Cavanna.Né en 1923, ce costaud qui ressemble à son ami Georges Brassens est tombé tout jeune dans le vice de l\u2019imprimé.Lire, écrire et dessiner constituent les extases et les paradis de ce mécréant impénitent.Bien sûr, il y a eu aussi des femmes.Maria, Liliane, Béa-trix, et d\u2019autres après.Et les après d\u2019après.Comme le signale son ami Jean Teulé en présentation d\u2019un livre hommage qui vient,de paraître aux éditions Les Echappés, Cavanna applique encore à la lettre des mots qu\u2019il écrivait en 1976: «Ou bien on se laisse crever, et on crève.Ou bien on se bagarre, et peut-être qu\u2019on crève quand même.Mais peut-être que non.» Voilà sans doute pourquoi Cavanna ne crève pas et qu\u2019il ne crèvera jamais.Je ne vais pas vous raconter sa vie.Car vous feriez mieux de la lire sous sa plume.Il en a parlé cent fois, avec ce style unique et engageant qui a fait sa renommée.Elle est à nouveau au cœur de ce livre intitulé Cavanna raconte Cavanna.A lire Cavanna, il me fait décidément penser plus que jamais à Jules Vallès.De cet écrivain turbulent, il tient en effet beaucoup.Même haine des conventions ridicules, même rage de vivre en tout librement, même volonté de voir les hommes vivre à hauteur d\u2019homme, égaux entre eux.Si Jules Vallès s\u2019est raconté t- -4 4 ARCHAMBAULT LORSQUE LE CŒUR EST SOMBRE «Il fouille le jardin secret de ses cinq personnages.Il y a une certaine jeunesse dans son écriture, dans l'orchestration du roman.» Danielle Laurin Radio-Canada «C'est une écriture prenante, significative.Un roman d'une honnêteté à la fois émotive, affective et intellectuelle.» Patricia Powers Radio-Canada Gilles Archambault! LORSQUE LE CŒUR H\tEST SOMBRE 50 Roman 232 pages \u2022 22,95 $ PDF et ePub : 15,99 $ www.editionsboreal.qc.ca CAVANNA RACONTE CAVANNA Dans ses chroniques à Charlie Hebdo, les textes pointaient toujours dans une direction, celle de la liberté.surtout dans L\u2019enfant, Le bachelier et L\u2019insurgé, François Cavanna l\u2019a fait un peu par- tout, au fil de son œuvre, dans des livres autant que dans des chroniques.Mais pour appren- dre à le connaître, il faut d\u2019abord, je crois, lire son Lune de miel (2011), même avant son célèbre Ritals.Dans Lune de miel, Cavanna rend compte de ses souvenirs sur fond de maladie de Parkinson, laquelle finira bien par l\u2019emporter.Je l\u2019ignorais avant de le lire sous sa plume: la «lune de miel» est le terme que l\u2019on emploie pour décrire ce répit plus ou moins vivable que laisse l\u2019ogre Parkinson avant de vous engloutir à jamais dans son antre.Cavanna a écrit partout, toute sa vie.Et voilà qu\u2019il n\u2019arrive plus qu\u2019à gribouiller des caractères à peine lisibles, des mots que même ses intimes peinent à déchiffrer.Même assis, il ne tient plus debout, si je comprend bien.Il déboule les escaliers.Et il manque sans cesse de se tuer à force de voqloir continuer d\u2019exister.A cause de la maladie, depuis un moment déjà, on ne lit plus ses textes dans Charlie Hebdo.Dans ses chroniques à Charlie, ses textes pointaient toujours dans une direction, celle de la liberté, sans qu\u2019il défende pour autant une vision précise d\u2019un quelconque engagement politique.Il se jetait dans l\u2019écriture d\u2019abord de bon cœur, en écrivain.Et c\u2019est son cœur, bien grand et bien placé, qui finissait par donner chez lui un sens à tout, même quand il faisait fausse route.Permettez une anecdote.Il y a plusieurs années déjà, à l\u2019occasion d\u2019une foire du livre en France, Normand Baillargeon et moi avions été invités à pren- dre la parole avec l\u2019équipe de Charlie Hebdo après avoir passé un moment avec eux.La salle était archi-pleine, enthousiaste au possible.Ce beau monde, on le comprenait tout de suite, ne s\u2019était pas déplacé pour entendre «les amis canadiens», mais pour voir le vieux lion nommé Cavanna rugir encore.Comme tout le monde, je fus stupéfait de l\u2019entendre, en oubliant du coup presque tout à fait que je devais aussi parler.Malgré sa gloire dans ce milieu-là, cet écrivain provocateur ne se faisait pourtant pas d\u2019illusions sur lui-même, ni sur le monde.Il dit et répète: «Toute vie est ratée, et ratée d\u2019avance, puisque vouée à la mort.La première vie non ratée sera celle du premier type à ne pas mourir dans les temps assignés, c\u2019est-à-dire à ne pas vieillir.Jusque-là, il faut bien se résigner.» Et d\u2019ici ce temps-là, on pourra au moins lire.Alors, bien que je sache parfaitement comme vous qu\u2019un nouveau livre grandiose de Denise Bombardier paraîtra de façon imminente, vous ne m\u2019en voudrez pas de vous encourager à lire du Cavanna en attendant.Et pourquoi pas du Vallès, tant qu\u2019à faire.jfnadeau@ledevoir.com CAVANNA RACONTE CAVANNA François Cavanna Préface de Jean Teulé Les Echappés Paris, 2012,144 pages INEDITES SUITE DE LA PAGE F 1 OÙ le lien \u2014 celui sur lequel on a commencé à cliquer avec l\u2019apparition du Web \u2014 est désormais valorisé.«Le mini-format, c\u2019est un lien, c\u2019est un concentré qui contient un référant renvoyant à autre chose, dit M.Doueihi.Plus on fait dans les petits formats, plus on entretient cette structure caractéristique de la vie en réseau.» Concision, urgence et instant.Le présent semble avoir trouvé son triptyque fondateur, même si pour cela il ne regarde pas seulement sur l\u2019écran d\u2019un téléphone dit intelligent, mais également vers le passé où cette quête du format court, de la pensée exprimée avec économie de lettres, a finalement commencé.«La concision n\u2019est pas née avec le réseau Twitter [cet espace de microclavardage qui contraint la communication dans des messages de moins de 140 caractères], résume Jean-Yves Fréchette, cofondateur de l\u2019Institut de twittéra-ture comparée, un organisme qui explore, analyse et enseigne les mutations littéraires induites par les temps modernes.Elle est à l\u2019origine de l\u2019écriture, elle est portée par une multitude de figures de style, comme la litote, l\u2019allusion, l\u2019asyndète.Ce qui est nouveau toutefois, c\u2019est l\u2019obsession qu\u2019elle nourrit» et qui s\u2019impose désormais dans un paradoxe que les amateurs de lignes temporelles, les «timeline» comme on dit sur Face-book, vont sans doute trouver amusant.«Par le passé, les petits formats ont émergé pour une question de rareté, dit Milad Doueihi, faisant référence, entre autres, à la difficulté de trouver du papier et à la lourdeur de l\u2019écriture sur des blocs de granit.Aujourd\u2019hui, c\u2019est l\u2019inverse, c\u2019est en raison de l\u2019abondance», de la vitesse, du manque de temps, du culte de la performance.«La fragmentation de nos échanges, de nos créations, la fragmentation de nos points de vue sur le présent va de paire avec la sollicitation médiatique qui va en s\u2019accentuant, résume Guillaume Latzko-Toth, chercheur au Groupe de recherche et d\u2019observation sur les usages et cultures médiatiques de rUQAM.Notre budget temps n\u2019a pas augmenté, contrairement aux sources qui nous permettent désormais de le dépenser.Pour s\u2019en sortir, il faut fragmenter», attisant parfois les critiques et les reproches sur une concision restant parfois et en certains lieux sur la surface des choses.«C\u2019est en partie vrai, dit Jean-Yves Fréchette.Il y a une a Pour écrire court, il faut prendre le temps de le faire.Cela donne au final une densité àla communkaUon.yy Jean-Yves Fréchette, cofondateur de l\u2019Institut de twittérature comparée généralisation d\u2019une écriture de l\u2019épiderme.Chaque chair de poule devient le prétexte d\u2019une expression.» Et c\u2019est sans doute pour cela que la twittérature a décidé d\u2019exister.Bref, mais dense «Dans ce format, la littérature vient ralentir le flux de la publication », poursuit l\u2019homme de lettres, qui invite ses contemporains à « twitter peu, mais à twitter mieux».«Pour écrire court, il faut prendre le temps de le faire.Cela donne au final une densité à la communication.La brièveté va commander un plus grand travail chez le récepteur.Et cela installe une complicité dans le décodage qui n\u2019a rien de superficiel.» Dans le lot des nouvelles littéraires collectées au cours des dernières semaines auprès de 25 romanciers, auteurs et dramaturges de la francophonie (voir autre texte), plusieurs de ces fragments de présent en font facilement la démonstration, comme celle de Bernard Pivot, grand ambassadeur de la littérature et de la langue française, dont le peu de lettres cherche finalement à déjouer la facilité du présent.Son titre : «Eatale méprise».Lanouvelle: «Il la croyait, riche, douce et cultivée.Dès leur nuit de noces, il sut que c\u2019était un homme pauvre, brutal et borné.» Il y a beaucoup avec peu, mais il y a surtout une virgule de trop, un titre calculé et le choix d\u2019un pronom personnel qui, en laissant perplexe, suscite questions, débats et réflexions, comme pour mieux déjouer la vacuité du présent en passant par ses outils et ses formats de prédilection.Chapeau.Le Devoir A Des nouvelles inédites en[40 ca TdÇgre «Par le passé, les petits formats ont émergé pour une question de rareté» 25 auteurs pour uue contrainte lY Voir aussi > Ils sont 25 et on les nomme : Alexandre Jar-\u201d din, Michel Tremblay, Perrine Leblanc, Fanny Britt, Tonino Benacquista, Louis Hamelin, Kim Thùy, Patricjc Se-nécal, Stéphane Bourguignon, Olga Duhamel-Noyer, Elisabeth Vonarburg, Samuel Archibald, Nicolas Dickner, Monique Proubc, Fabien Cloutier, David Homel, Patrick Nicol, India Desjardins, Fred Pellerin, Nadine Bismuth, Yann Martel, Tahar Ben Jelloun, Jacques Godbout, Bernard Pivot et Catherine Mavrikakis ont fait entrer leurs univers créatifs en moins de 140 caractères.L\u2019intégral de cette création dans la contrainte est désormais accessible dans un recueil inédit téléchargeable gratuitement sur le site Internet du Devoir (ledevoir.com) ainsi que sur le iBookStore d\u2019Apple (itunes.com/140ca). LE DEVOIR, LES SAMEDI 2 ET DIMANCHE 3 EEVRIER 2013 F 3 LITTERATURE Tout est possible avec Ying Chen Danielle Laurin Comment aborder ce roman?Comment le lire ?Comment en parler?La rive est loin, de Ying Chen, ne se laisse pas saisir.Nous sommes dans le flottement, le mystère.Nous sommes dans un temps immatériel, dans un ailleurs qui pourrait ressembler à l\u2019éternité.C\u2019est comme s\u2019il nous fallait lire entre les lignes.Ça nous échappe, ça demeure indéchiffrable.Un peu comme dans les rêves, quand les morceaux se mettent en place selon leur propre logique interne.Mais tandis que l\u2019on cherche des repères, que l\u2019on cherche à comprendre ce qui se passe, ce qui s\u2019est passé, ce qui s\u2019en vient, un envoûtement opère à notre insu.Très étrange expérience.Ce n\u2019est pas nouveau.Qui a lu les romans précédents de cette écrivaine canadienne d\u2019origine chinoise, surtout depuis Immobile, paru en 1998, s\u2019attend à faire face à l\u2019insaisissable, à l\u2019inexplicable.Il faut accepter, quand on ouvre un livre de Ying Chen, d\u2019entrer dans une autre dimension.Déjà, dans L\u2019ingratitude, son troisième roman, celui qui lui a valu d\u2019être reconnue ici et en France il y a 18 ans, elle faisait parler une morte.Une morte qui réglait ses comptes avec le monde des vivants, avec sa société, son village, avec sa mère, en particulier.Mais cette morte restait ancrée dans une certaine réalité, ce qu\u2019elle racontait pouvait apparaître plausible, jusqu\u2019à un certain point.Avec Immobile, la romancière a franchi un pas de plus.Elle a totalement brouillé les frontières entre le monde des morts et le monde des vivants, entre le rêve et la réalité.Depuis, le même personnage revient, de livre en livre.Cette femme, jamais nommée, mène une vie asociale TIE-TING SU Il faut accepter, quand on ouvre un livre de Ying Chen, d\u2019entrer dans une autre dimension.dans un village qu\u2019elle n\u2019aime pas, où on ne l\u2019aime pas.Elle est mariée à un archéologue, A., qui collectionne les ossements dans son sous-sol.Elle-même se voit souvent comme un squelette.L\u2019est-elle vraiment?Elle est morte plusieurs fois et elle vit avec la mémoire de ses vies antérieures.Elle s\u2019est même métamorphosée en chatte dans Espèces, le roman qui a précédé La rive est loin.C\u2019est dire à quel point Ying Chen se permet tout.Mais même quand on a l\u2019impression que l\u2019écrivaine va trop loin, qu\u2019elle nous entraîne dans le délire, elle parvient à nous garder sous son emprise.Quelque chose opère, on se demande quoi.De livre en livre, le mystère demeure entier.C\u2019est peut-être de cela qu\u2019il s\u2019agit: le mystère que Ying Chen insuffle à ses livres se trans- SALON DU LIVRE JEUNESSE DE LONGUEUIL Les dragouilles s\u2019amènent FREDERIQUE DOYON Si elles voyagent beaucoup d\u2019une ville du monde à l\u2019autre, Les Dragouilles aiment bien aussi la vie de salon.Surtout s\u2019il s\u2019agit du Salon du livre jeunesse de Longueuil (SLJL), qui débute mercredi, où les petites bêtes voyageuses, mi-dragons, mi-patates (!), risquent d\u2019attirer leurs petits lecteurs en grand nombre.«On a développé une relation avec les lecteurs, dit au Devoir Karine Gottot, auteure de la collection publiée aux éditions Michel Quentin et invité d\u2019honneur du SLJL avec son comparse illustrateur Maxime Cyr.Comme on change de ville à chaque nouveau livre, ils nous proposent des destinations, des sujets, des blagues.Ils sont un peu créateurs de la série avec nous.» Il faut dire que les deux créateurs entretiennent aussi un blogue (lesdragouilles.com) en parallèle à leurs livres, où les enfants peuvent envoyer commentaires et photos, et sont invités à réaliser toutes sortes de dragouilleries.Lancée en 2010, la collection compte 10 titres qui font voyager les lecteurs de New Delhi à Barcelone en passant par New York et.Montréal.Le dernier-né, Les orangées de Tunis, invite le petits à pénétrer dans la médina et l\u2019univers des souks, à découvrir les chéchias, contrer le mauvais œil, cuisiner un couscous et fabriquer un dromadaire à partir d\u2019une boîte d\u2019œufs! «La belle surprise qu'on a avec les dragouilles ce sont les enfants qui viennent de ces pays ou dont les parents sont de cette origine et qui sont fiers après d'amener ça à l'école», rapporte Mme Gottot, qui, à défaut de visiter toutes les cités, fait beaucoup de recherche, qu\u2019elle valide auprès de ses amis étrangers ou expatriés.Au Salon du livre de Saguenay, une grand-mère est venue raconter que son petit-fils, né d\u2019un père sénégalais et d\u2019une mère québécoise, avait été ravi de pouvoir montrer le livre Les orangées de Dakar à ses amis.Le duo mène aussi des ateliers dans les écoles pour lesquels il a développé des fiches de lecture à l\u2019intention des professeurs du primaire des 2e et 3e cycles.Un biais pédagogique qui vient naturellement à Karine Gottot, ex-professeure et détentrice d\u2019un baccalauréat en enseignement de la géographie et de l\u2019histoire.«f essaie de présenter l'histoire de façon un peu plus anecdotique, c'est ma façon de leur faire connaître l'histoire des villes.» Le meilleur exemple?Le côté patate totalement assumé des Dragouilles, même si on apprend dans la série «que les Dragouilles sont plutôt les cousines des gargouilles et chimères qui, comme elles, vivaient sur les toits des grandes villes du monde».Les bêtes sont ainsi devenues un de^ meilleurs vendeurs des Editions Michel-Quentin, avec 55 000 copies vendues pour les 10 titres.Pas mal pour des patates.Le Devoir forme en envoûtement.Ça ne veut pas dire qu\u2019il y a absence totale de repères, de faits concrets auxquels se raccrocher.On sait, par exemple, que l\u2019héroïne a eu un enfant, ou, plutôt, qu\u2019elle a découvert un jour à sa porte un enfant, qu\u2019elle l\u2019a élevé comme s\u2019il était le sien, mais qu\u2019elle a échoué, qu\u2019elle n\u2019a pas su être une mère à la hauteur: l\u2019enfant s\u2019est enfui.Tout cela, c\u2019était la trame d\u2019un autre roman de Ying Chen, Un enfant à ma porte.On sait aussi que la vie de couple de l\u2019héroïne et de son mari s\u2019effrite depuis longtemps.Ils vivent ensemble comme deux étrangers.Pas de tendresse, de gestes amoureux.On se demande pourquoi ils restent ensemble.Mais peu importe ce que l\u2019on sait déjà ou pas en ouvrant La rive est loin.L\u2019essentiel de ce qui s\u2019est passé avant est habilement mis en perspective.Tout en n\u2019étant jamais expliqué par A + B.On peut très bien entrer dans le nouveau roman de Ying Chen sans avoir lu les précédents.Honnêtement, ça ne changera pas grand-chose.Bien sûr, les lecteurs familiers de son œuvre feront des rapprochements, des recoupements.Mais la même ambiance brumeuse demeure, on avance sans tout comprendre.Le plus grand changement, par rapport aux autres romans de l\u2019auteure depuis Immobile, c\u2019est qu\u2019on a maintenant droit à la voix du mari.Jusqu\u2019ici, seule la femme relatait les faits, décrivait leur vie de couple décevante, usée.Elle seule donnait sa version.On pouvait se demander si tout ce qu\u2019elle racontait n\u2019était pas imaginaire, rêvé, si elle était saine d\u2019esprit, étant donné ses errements, ses rappels P Il Gaspard* Le Devoir 1ALMARÈS Du 21 au 27 janvier 2013 \t\t \t\t Romans québécois\t\t il Enterrez vos morts\tLouise Penny/Fiammarion Québec\t1/3 2 La fiancée américaine\tÉric Oupont/Marchand de feuiiies\t2/13 3 Ce qui se passe au Mexique reste au Mexique !\tAméiie Oubois/Éditeurs réunis\t3/12 4 L\u2019Orphéon.Quinze minutes\tPatrick Senécai/VLB\t-/I 5 La dernière saison \u2022 Tome 3 Les enfants de Jeanne\tLouise Trembiay-O\u2019Essiambre/Guy Saint-Jean 5/11\t 6 L\u2019histoire de Pi\tYann Martei/XYZ\t4/14 7 Au bord de ia rivière \u2022 Tome 4 Constant\tMichei Oavid/Hurtubise\t6/11 8 Lorsque ie cœur est sombre\tGiiies Archambauit/Boréai\t-/I 9 L\u2019Orphéon.Coïts Véronique\tMarcotte/VLB\t-/I 10 Les sœurs Beaudry \u2022 Tome 2 Les vicions se sont tus\tMicheiine Oaipé/Goéiette\t10/5 Romans étrangers\t\t il Cinquante nuances pius sombres \u2022 Tome 2\tE.L.James/Lattès\t1/3 2 Cinquante nuances de Grey \u2022 Tome 1\tE.L.James/Lattès\t2/17 3 La vérité sur i\u2019Affaire Harry Quebert\tJoëi Oicker/Faiiois | Âqe d\u2019homme\t3/6 4 Oévoiie-moi\tSyivia Oay/Fiammarion Québec\t5/5 5 Le siècie \u2022 Tome 2 L\u2019hiver du monde\tKen Foiiett/Robert Laffont\t4/14 6 La iiste de mes envies\tGrégoire Oeiacourt/Lattès\t7/2 7 Le prisonnier du ciei\tCarios Ruiz Zafôn/Robert Laffont\t8/11 8 La faiiie souterraine, et autres enquêtes\tHenning Mankeii/Seuii\t6/12 9 Une piace à prendre\tJ.K.Rowiing/Grasset\t9/18 10 Le 10'anniversaire\tJames Patterson | Maxine Paetro/Lattès\t10/4 Essais québécois\t\t il La juste part\tOavid Robichaud | Patrick Turmei/Ateiier 10\t-/I 2 La cuiture recyciée en dix chapitres réutiiisabies\tPhiiippe St-Germain/Liber\t-/I 3 L\u2019état du Québec 2012\tCoiiectif/Boréai\t-/I 4 Oe quoi ie Québec a-t-ii besoin en éducation?\tJ.Barbe | M.-F.Bazzo | V.Marissai/Leméac\t1/12 5 Gouvernance.Le management totaiitaire\tAiain Oeneauit/Lux\t2/2 6 Le printemps des carrés rouges\tAndré Frappier | Bernard Rioux/M éditeur\t-/I 7 Carré rouge.Le ras-ie-boi du Québec en 150 photos\tJacques Nadeau | Jacques Parizeau/Fides\t7/23 8 L\u2019histoire nationaie à i\u2019écoie québécoise.Regards.\tCoiiectif/Septentrion\t-/I 9 Oesign?\tFrédéric Metz/Fiammarion Québec\t3/16 10 Chemins perdus, chemins trouvés\tJacques Brauit/Boréai\t-/I Essais étrangers\t\t il L\u2019empire de i\u2019iiiusion\tChris Hedges/Lux\t-/I 2 Refiets dans un œii d\u2019homme\tNancy Huston/Actes Sud\t5/2 3 L\u2019anarchie\tErrico Maiatesta/Lux\t-/I 4 Le iivre du temps\tAdam Hart-Oavis/Broquet\t1/11 5 Les femmes et ia droite\tAndrea Oworkin/Remue-ménage\t-/I 6 La cassure.L\u2019état du monde 2013\tCoiiectif/La Oécouverte\t4/12 7 Un siècie de Goncourt\tRobert Kopp/Gaiiimard\t-/I 8 Bouddha rebeiie.Sur ia route de ia iiberté\tOzogehen Poniop/Beifond\t-/I 9 Les iimites à ia croissance dans un monde fini\t0.H.Meadows | 0.L.Meadows | J.Randers\t-/I 10 L\u2019ordre mendiai américain.Les conséquences d\u2019un déciin\tRobert Kagan/Nouveau Monde éditions\t-/I La BTLF (Société de gestion de ia Banque de titres de iangue française) est propriétaire du système d'infonnation et d'anaiyse Bssjisril sur ies ventes de iivres français au Canada.Ce paimarés est extrait de Baspanl et est constitué des reievés de caisse de 215 points de vente.La BTLF reçoit un soutien financier de Patrimoine canadien pour ie projet Basparl © BTLF, toute reproduction totaie ou partieiie est interdite.constants des vies antérieures l\u2019habitant.Cette fois, le mari parle.Remarquez que lui-même se demande si sa femme n\u2019est pas folle.Remarquez aussi qu\u2019on sera à même de se demander de notre côté s\u2019il n\u2019est pas en train de devenir fou lui aussi.Mais comme ils racontent tour à tour ce qui leur arrive, nous sommes à même de confronter leurs versions.Même si, dans les deux cas, rien n\u2019est jamais dit clairement.Ce qui semble sûr : il y a eu un tremblement de terre; le couple, terré au sous-sol de la maison avec les ossements collectionnés par l\u2019archéologue, est enfoui sous les décombres.A et sa femme n\u2019ont jamais été si proches.Dans les mois qui ont précédé, le mari est tombé malade.Tumeur au cerveau.Allait-il survivre?Sa femme a eu peur de le perdre.Et ayant peur de le perdre, elle a pris conscience qu\u2019elle tenait à lui.Le mari aussi s\u2019est mis à voir sa femme autrement.Et maintenant ils sont là, ensemble, tandis que tout s\u2019écroule, que tout le village autour est dévasté.On pourrait résumer le livre ainsi.Mais c\u2019est ailleurs que ça se passe.C\u2019est de façon souterraine que ça agit.Même quand on a l\u2019impression d\u2019être totalement perdu, les images parlent.Elles sont fortes, prégnantes.Elles provoquent parfois des illuminations.Et ce qui nous semblait si loin de nous, si abstrait, prend tout son sens.Un sens métaphorique.Voilà, c\u2019est dans la métaphore que ça se passe.Métaphore de notre condition d\u2019être humain.De ce pourquoi on vit, on meurt, on aime, on a des enfants.De comment on donne pn sens à sa vie, à sa mort.A ce qui pourrait ressembler à l\u2019éternité, dans un temps suspendu.Et, de façon plus large, métaphore d\u2019une société hypocrite, déshumanisée, en perdition.Métaphore d\u2019un monde qui court à sa perte, qui est en train de disparaître : un monde où ne subsisteront peut-être que des fan-tôrpes errants.À moins que je n\u2019aie rien compris?Tout est possible avec Ying Chen, je vous dis.LA RIVE EST LOIN Ying Chen Boréal Montréal, 2013,144 pages ON NE RENTRE JAMAIS À LA MAISON «Quel beau roman ! Un roman qui commence tout doucement et qui va nous entraîner dans un univers d'émotion.Une écriture absolument magnifique.J'ai adoré.» Patricia Tadros Radio-Canada Stéfani Meunier ON NE RENTRE JAMAIS À LA MAISON «Beau et émouvant.» Josée Lapointe La Presse 50 Roman 160 pages \u2022 20,95 $ PDF et ePub : 14,99 $ www.editionsboreal.qc.ca F 4 LE DEVOIR LES SAMEDI ET DIMANCHE EEVRIER 20IS LITTERATURE Rivalité amoureuse Jacques Lemarchand (1907-1974), romancier NRF touche à tout, publiant sous des pseudonymes des bluettes et autres libertinages, pigiste auprès des collabos et plus tard à Combat, serait un auteur oublié si on ne pouvait l\u2019apprécier dans une réédition soignée de Geneviève, un petit roman écrit en 1943 dans le style perlé de ce temps-là.GUYLAINE MASSOUTRE C> était la période noire, l\u2019Occupation, le système D de ceux qui restaient à Paris, sans entendre le Général ni écouter le Maréchal.Enfin, on le suppose, car Lemarchand menait plutôt la belle vie, ce séducteur, cet habitué des bonnes tables qui sentaient le marché noir et les affaires louches.Mais qui ne fut pas hypnotisé par le fascisme, le césarisme et la dissociation que les actes racistes, illégitimes autant qu\u2019odieux, imprimèrent par la force sur une société plutôt homogène ?Pétrification dérisoire, quand d\u2019autres, au même moment, voyaient plus loin, plus grand funivers ! L\u2019homme Lemarchand est toutefois secret.Le voici appelé par Paulhan, remplaçant Drieu à la barre de la Nouvelle Revue française, puis la revue cesse de paraître, et le voilà au comité de lecture chez Gallimard, assis à côté de Camus.Lequel fera de lui un bon critique de théâtre après la Libération.Pas d\u2019embrouille à ce moment, mais plus de roman sous son nom.Portrait d\u2019un homme jaloux Geneviève est un prénom générique chez ce tombeur de femmes.Dans son roman Geneviève, une femme résiste, obscur objet du désir.rendant le narrateur complètement fou.Or ce n\u2019est pas elle l\u2019héroïne, mais lui, et l\u2019autre, le maudit.Le fantasme inassouvi, devenu obsessif nœud de la crise, polarise la rivalité fraternelle entre le narrateur et Jacques, séducteur de Geneviève.Le soupirant éconduit perd royalement la raison, mais il s\u2019accroche à ses valeurs : rester fidèle, même af faibli, aux conventions entre hommes.On est frappé, aujourd\u2019hui, par la différence entre ceux qui connurent la barbarie et qui l\u2019affrontèrent et ceux qui fixaient les yeux ailleurs.Rien ne manque au jaloux de Lemarchand, qui déploie son talent \u2014 l\u2019ouvrage est dédié à Jean Tardieu \u2014, ni les mots, ni les détours acé- On est frappé, aujourd\u2019hui, par la différence entre ceux qui connurent la barbarie et qui l\u2019affrontèrent et ceux qui fixaient les yeux ailleurs phales dans la puérilité innocente et souffrante de l\u2019impossible possession, et de son corollaire, la détestation de soi et de son rival.La jalousie empoisonne la vie quotidienne, les relations, aveuglant à l\u2019extrême le jeune homme tordu par sa Jacques Lemarchand Genevieve faiblesse intenable, par cette humiliation insoutenable.Effondré lamentablement, il est malade d\u2019un an de honte.Jacques, vecteur de sa souf france, fait ressortir par contre l\u2019ami torturé par la fidélité et par les confidences, qui se déploient méticuleusement dans l\u2019ardeur et la sympathie.Authentique et dépouillée, l\u2019écriture Cette crise passionnelle raconte donc un drame de la vie privée, dont on trouvera d\u2019autres belles illustrations chez Sagan et dans les scénarios de la Nouvelle Vague, 10 ans plus tard.De cette période où le roman est monopolisé par des hommes, la femme occupant le rôle de faire-valoir dans la fiction, on retient la perfection stylistique et lexicale, l\u2019équilibre des paragraphes, la beauté lisse, et le basculement brusque et réversible du bonheur en malheur.Lemarchand est en dedans et en dehors de cette situation bien décrite.La phrase est limpide, exempte de la débauche proustienne dans les sensations, plus sculptée par la leçon de Gide que par celle de Bernanos.On ne vous dira pas la fin, seule l\u2019ambivalence de la grâce, moins complaisance littéraire qu\u2019équilibre sur un fil, à la manière sensible de Cocteau.Nul doute qu\u2019à côtoyer les grandes personnalités de ses contemporains, l\u2019écrivain a concrétisé ainsi l\u2019adieu à son double, l\u2019autre qu\u2019il connaissait de l\u2019intérieur, son fantôme débauché, son adolescent attardé, son angoisse volubile.Créées en 2010, les éditions Rue Lromentin, diffusées par Volumen-Le Seuil, présentent trois collections : «Essais et documents», «Liction» (romans internationaux) et « La contre-allée » (littérature plus expérimentale et textes inclassables).Lemarchand, qui avoisinera à « La contre-allée » un hommage à Roger Nimier, signé Massin, directeur artistique de Gallimard pendant plus de 20 ans, est bien sûr hors tracé, mais dans le droit fil du,genre.A signaler, en complément, que Lemarchand rédige un Journal 1942-1944, miroir des années sombres ; Véronique Hoffmann-Marti-not le publie en ce début de 2013, aux éditions Claire Paulhan.Collaboratrice Le Devoir GENEVIÈVE Jacques Lemarchand Editions Rue Fromentin Paris, 2012,151 pages Spirale se penche sur l\u2019édition À l\u2019heure du passage au numérique et des mégaconglomérats de maisons d\u2019édition, la revue Spirale se penche, dans son plus récent numéro, sur la chaude question des nouveaux enjeux de l\u2019édition.Dirigé par Pascal Genêt et Patrick Poirier, le dossier arrive au moment où se prépare une commission parlementaire pour examiner la pertinence du prix unique du livre, question de l\u2019heure au Québec.Malgré les points de vue nombreux, c\u2019est pourtant un dossier fort généraliste qui est livré ici.L\u2019observateur pourra prendre le pouls du retard de l\u2019édition francophpne en édition numérique (Edouard Bourré-Guilbert et Jean-Michel Sivry), des agitations scandalisées récurrentes du milieu littéraire (Marie-Andrée Lamontagne), de la drôle de façon de débattre du prix unique (Patrick Poirier) ou de la publication des livres savants aujourd\u2019hui (Benoît Melançon).Est-ce parce que les articles sont courts?Les artisans du milieu, qui réfléchissent depuis un certain temps à nombre de ses questions, risquent de rester sur leur faim devant ce survol fait peut-être d\u2019un peu trop haut.Catherine Lalonde LITTERATURE QUEBECOISE Lettre à un fils CHRISTIAN DESMEULES Du fond de sa solitude, un vieil homme entreprend d\u2019écrire une lettre à un fils qu\u2019il n\u2019a jamais connu et ne connaîtra probablement jamais.Aussi bien autobiographie que testament et récit de sa quête, son texte, qui se confond avec le second roman de Laure Bouvier, est une bou-teijle à la mer.A l\u2019aube de ses 18 ans, avec déjà une prédisposition à «prendre le large», Pierre Gauthier, le héros de Tanisi, n\u2019a pas mis longtemps pour fuir et son petit village du Québec et la Conscription à la fin de l\u2019été 1944.Sans trop de mal, il aboutit après quelques semaines dans l\u2019Quest canadien, sur les rives du lac Manitoba, où il est tout de suite accueilli par Joachim, un Métis qui n\u2019avait pas peur des «zombies », comme on appelait les déserteurs.Aux yeux du vieillard qu\u2019il est devenu, ce séjour au Manitoba occupe le cœur de son existence.Une vie qu\u2019il divise entre un avant et un après, surtout, marqué au fer rouge de sa trop courte histoire d\u2019amour avec une jeune Crie \u2014 une nièce de la femme de son bienfaiteur.rhîlieGuilbeault-Cayer Déjà en librairie La Crise 4]9ka Au-delà des barricades Quelques années plus tard, après avoir pu retourner là-bas, avoir constaté la disparition de tout le monde et appris qu\u2019un enfant aurait survécu, il entreprend des recherches malgré de bien maigres indices, allant jusqu\u2019à faire publier des petites annonces dans les journaux d\u2019un peu partout: «Père recherche son fils né à Winnipeg.» Alors, il se raconte à cet enfant qu\u2019il imagine être le sien.Sa fuite dans l\u2019Quest, ses amours trop brèves avec Amélje, sa vie de déserteur aux Etats-Unis, son travail comme typographe dans le Montréal multiculturel des années 50.Ce long récit est, on le comprend, le seul héritage qu\u2019il puisse laisser à ce fils métis.Et parce qu\u2019il refuse que la vie ne soit qu\u2019une impasse, il éprouve le besoin de transmettre sa vision du monde.Le besoin de réparer une erreur et de lui prouver par-dessus tout son humanité, lui qui fait partie de la «race des Tourmenteurs».Mais surtout, cette culpabilité intime se double d\u2019une couche supplémentaire : celle de l\u2019homme blanc envers tous les peuples autochtones d\u2019Amérique du Nord.Née en 1945 à Saint-Boni-face, au Manitoba, Laure Bouvier place au cœur de Tanisi, tout comme dans Une histoire de Métisses (Leméac, 1995), Tanisi LAURt SOUVilR son premier roman, un voyage vers l\u2019Quest canadien.Tenant beaucoup du roman d\u2019apprentissage, Tanisi \u2014 un joli mot un peu fourre-tout qui sert de salutation en langue crie, et qui signifie, il me semble, aussi bien « bonjour» que «Comment vas-tu?» \u2014 est aussi une patiente remontée aux sources de l\u2019histoire et de l\u2019identité métisse.Un petit roman sympathique, parfois un peu didactique, débordant de bons sentiments.Collaborateur Le Devoir TANISI Laure Bouvier Marchand de feuilles Montréal, 2012, 264 pages Aimer.enseigner Invitation librairie Paulines Jeudi 7 février 19 h 30 Aimer, enseigner Le risque de la relation maître-disciple Avec Yvon Rivard, romancier, essayiste, scénariste.Professeur de littérature durant 35 ans.Animateur : Nicolas Levesques, psychologue, psychanaliste, essayiste Beaucoup plus qu'une librairie! 2653 Masson, Montréal, Qc LITTERATURE QUEBECOISE Morts absurdes SEPTENTRION.(iC.CA LA RÉFÉRENCE EN HISTOIRE AU QUÉBEC UsNtauHnes LIBRAIRIE 514 849-3585 Contribution suggérée : 5 $ CHRISTIAN DESMEULES Ticket pour l\u2019éternité rassemble une quinzaine d\u2019histoires qui appellent autant de morts un peu absurdes.Des morts qui ressemblent souvent à des remboursements de dettes ou qui s\u2019accomplissent selon le principe de l\u2019arroseur arrosé.Qu\u2019il s\u2019agisse d\u2019une opération clandestine qui tourne mal, d\u2019un pédophile puni ou d\u2019une mutinerie qui déraille.Qu passe ainsi de la Lrance au désert des Touaregs, de Hong Kong à Malaga.Qu «crashe» près du réservoir Gouin.Les époques où sont campés ces moments d\u2019éternité sont le plus souvent incertaines.Vieux pays, vieille Lrance, vieux pistolets.Qu y tue ainsi à coups de tromblon, de Beretta, de Luger.Pierre-Yves Pépin, qui est né en 1930, avait déjà, au milieu des années 1980, publié coup sur coup deux titres de fiction chez Triptyque, La terre émue et Le diable au marais.Le style est impeccable, sans aspérités, les nouvelles distillent un lexique suranné parfaitement maîtrisé: «Des ânes ployaient sous leur charge de sacs en jute rebondis et de dames-jeannes clissées de joncs.Ils trottaient sous les coups de baguette assenés par de vieilles femmes aux lèvres minces ombragées de duvet.» Mais imaginons un écrivain comme Jean Echenoz qui repasserait derrière Pierre-Yves Pépin pour revoir sa copie de premier de classe et semer ici et là des questions, introduire une perspective oblique.Pour y ajouter un rien d\u2019inquiétude ou un humour qui résonne vraiment.Malgré de réelles qualités, on l\u2019aura compris, il est difficile de voir en Ticket pour l\u2019éternité plus qu\u2019un exercice de style habile mais faible en substance.Collaborateur Le Devoir TICKET POUR L\u2019ÉTERNITÉ Pierre-Yves Pépin Triptyque Montréal, 2013, 112 pages Pienr-Yvo Pépin POESIE René Lapierre dans la déroute du siècle HUGUES CORRIVEAU René Lapierre combat la désespérance en nommant et en racontant la nature au plus près, les gestes quotidiens, ce qui s\u2019engouffre dans l\u2019œil.Mais l\u2019inquiétude reste, la peur aussi.Il lui faut des assises plus rationnelles pour ne pas succomber, il lui faut la science pour asseoir ses incertitudes.Il cite ainsi, et entre autres, tout au long de son recueil écrit Pour les désespérés seulement, Louis-Marie Lalonde (père Louis-Marie, Q.C.S.Q) et sa Flore-manuel de la province de Québec.Son recueil s\u2019avère un curieux mélange de prose analytique et d\u2019errance poétique.Un certain miracle opère grâce à l\u2019exactitude minutieuse de l\u2019écriture de Lapierre qui impose cette concentration avec une habileté raffinée.Tout chez ce poète tient d\u2019une rare précision de la langue, sans effet, attentive à l\u2019émotion, à l\u2019intuition, à la méditation sinueuse de la pensée pénétrante.Tout de même, précisons que ce recueil va dans des directions peu balisées.Nous sommes parfois entraînés dans un passé apocalyptique alors qü\u2019«en ce temps-là les familles / se préparaient au pire: / armées jusqu\u2019aux os, retranchées / dans des bris nucléaires / des cuisines vert lime / des La-Z-Boy de béton».Nous sommes ainsi conviés au temps de sa naissance, quand les curés imprégnaient les pensées ou que les publicités et les gadgets commençaient à s\u2019imposer.Le narrateur, contraint, souffrant de cet étouffement imparable, se trouve déchiré ainsi entre une botanique structurante et une conscience imaginative.Au fil des pages, nous serons carrément emportés par l\u2019exaltation, la transe, à bout de souffle.Ce n\u2019est pas que cela non plus car, en fait, il s\u2019agit d\u2019un inventaire, d\u2019un herbier réunissant souvenirs et angoisses, joies et déboires, faux et vrais souvenirs, en une tentative de mettre de l\u2019ordre dans le vécu, l\u2019imaginé, le craint ou l\u2019espéré.Mais l\u2019herboriste-poète est désordonné, prend tout, mélange tout, les fleurs trop belles et l\u2019histoire trop moche, les objets de culte ou de consommation, les êtres et les anges : on peut s\u2019égarer vraiment à travers les ruptures de ton qui n\u2019éclaircissent pas vraiment ce monde fragmenté.Ainsi, «sous la flore-poison, un feu de pétrole em- brase / les Dunkin Donuts / les rouges à lèvres bon marché / les téléphones détraqués, les excuses minables.// L\u2019état dernier des choses s\u2019étiole / dans le sens de la déroute: / le café froid, la faim / les poupées russes et les caniches.» Soit, admettons.A travers le questionnement intrinsèque de ce recueil, je n\u2019ai pas pu m\u2019empêcher de penser à un errant que tout intrigue, que tout rebute, que tout étonne.Des restes d\u2019inquiétudes élémentaires s\u2019imposent: «Actuellement, présentement/en ce moment même: / qui aimes-tu ?// Qu\u2019est-ce que la réalité ?» Nous sommes aussi au seuil du dépressif, de la neurasthénie.Terrible déroute ontologique, l\u2019âme à mal.Le propos embrasse le consumérisme, le mystique tout aussi bien que l\u2019angélique, la mémoire comme le témoignage: «Le voilà, le monde: la peur / et les déités sombres.» Voici la confession d\u2019un enfant du siècle avec ce que ce siècle a eu de beau et de fragile, voici un recueil qui fient compte de ces aspérités.Et c\u2019est, à la fin, I\u2019nlfime et très difficile confidence: «Le moment est venu.Je vous lègue / ce que je n\u2019ai pas compris /pas achevé \u2014 tout mon amour / si je puis dire devant vous / dignement cette chose-là.// Pourquoi ne le pourrais-je ?/ Je ne sais pas.» Lra-gile, je vous disais; étrange aussi, quand on ose le pathétique.Collaborateur Le Devoir POUR LES DÉSESPÉRÉS SEULEMENT René Lapierre Les Herbes rouges Montréal, 2012, 152 pages RENÉ LAPIERRE POUR LES DÉSESPÉRÉS SEULEMENT LES HERBES ROUGES / POÉSIE Kl LE DEVOIR LES SAMEDI ET DIMANCHE EEVRIER 2013 F 5 LIVRES La Vitrine EAN-LOUIS ROY ESSAI CHERS VOISINS Ce qu\u2019on ne connaît PAS DE l\u2019Ontario Jean-Louis Roy Stanké Montréal, 2013, 376 pages Ancien directeur du Devoir (1981-1986), Jean-Louis Roy a parcouru l\u2019Ontario pendant trois ans et a parlé à ses gens.Il livre le fruit de ses pérégrinations et de ses rencontres dans Chers voisins, un «grand reportage sur la société ontarienne d\u2019aujourd\u2019hui».Emballé par son expérience, Roy s\u2019extasie presque devant cette société d\u2019immigration qui vit au diapason d\u2019un «postmulticulturalisme qui ne fait plus de la volonté de la majorité la source de la reconnaissance et du statut des diverses communautés», qui jouit d\u2019une «économie solide» et s\u2019impose, sur le plan culturel, comme «l\u2019une des sociétés les plus attrayantes du continent».Instructive, cette visite guidée manque toutefois de caractère et s\u2019apparente trop souvent à un fastidieux publireportage qui aurait été commandé par l\u2019État ontarien.Louis Cornellier STÉPHANE DONIPIERRE I CHR( /\\ / ACHE OR CHRONIQUE FÂCHÉ NOIR Stéphane Dompierre Québec Amérique Montréal, 2013, 176 pages Quand on a offert au romancier Stéphane Dompierre d\u2019écrire une chronique sur le portail de Yahoo ! Québec, il a refusé.N\u2019y a-t-il pas déjà, s\u2019est-il dit, trop de chroniques de ce genre ?Il a toutefois fini par se raviser, en proposant une chronique décalée, une sorte de «parodie d\u2019éditorial sur des sujets dont personne ne s\u2019occupe», comme les chats, les photos de voyage (toujours plates à regarder, note-t-il), le culte du moment présent (une niaiserie), le paranormal et la « croissance personnelle » (d\u2019autres niaiseries).Sur un ton ironique, Dompierre s\u2019adresse directement à son lecteur en lui servant de petites colères nappées de cynisme.Dans l\u2019art de faire du mauvais esprit, l\u2019écrivain s\u2019avère divertissant, gentiment provocateur, mais reste, malheureusement, inoffensif.Louis Cornellier REVUE JET D\u2019ENCRE Numéro 021 : Josée Yvon Sherbrooke, 2012, 102 pages Il y a depuis quelques années, dans le petit milieu poétique et littéraire, un ramdam pour redécouvrir la poète Josée Yvon, décédée en 1994, peut-être une des plumes les plus radicales \u2014 beatnik, féministe, marginale à l\u2019os \u2014 poussées ici.Autour de la préparation, éternelle semble-t-il, d\u2019une anthologie et d\u2019un ensemble d\u2019essais qui paraîtront aux Herbes rouges, des poèmes sont relus, des photos ressortent des archives, on décolle Yvon de l\u2019ombre de son amoureux et complice Denis Vanier.En attendant que ces projets voient le jour, la revue Jet d\u2019encre, sous la direction de Jonathan Lamy et Amélie Âubé Lanctôt, consacre son dernier numéro à cette femme aux mots missiles.Une relecture de Erance Théoret {«fréquenter ses livres exaspère, rend hors de soi, d\u2019où qu\u2019on puisse se situer»), des créations entre autres de Mathieu Arsenault, de Catherine Cormier-Larose, de Eernand Durepos, de Caroline Rivest, de Martine Delvaux et d\u2019Yves Boisvert, des reproductions des œuvres visuelles de Gabriel Lalonde et de Guy Boutin sont de cette trame qui veut «trouver une manière originale de relire Josée Yvon et de montrer l\u2019actualité de son œuvre», ainsi que son influence.Catherine Lalonde Jean-Pierre Clerc Fidel Castro une* vie BIOGRAPHIE FIDEL CASTRO UNE VIE Jean-Pierre Clerc Editions de l\u2019Archipel Paris, 2013, 542 pages En soi, le parcours de cette biographie illustre la longévité de son protagoniste.Car ce Fidel Castro.Une vie est la troisième mouture de ce qui fut d\u2019abord publié sous les titres Fidel de Cuba en 1988, puis Les quatre saisons de Fidel en 1996.On pourra désormais considérer cette nouvelle mise à jour comme étant définitive, le Lider Maximo n\u2019exerçant plus de pouvoir direct sur Cuba \u2014 et étant dans une santé apparemment fragile, à 86 ans.Déjà largement célébré il y a une quinzaine d\u2019années pour sa composition vivante, rigoureuse, lucide et fort bien documentée, l\u2019ouvrage de l\u2019ancien collaborateur du Mowcfg Jean-Pierre Clerc complète aujourd\u2019hui un tableau sans complaisance du géant politique cubain.L\u2019ajout de quelque 75 pages pour couvrir la période 1995-2012 permet de survoler (un peu rapidement) les années du chant du cygne et de la passation des pouvoirs vers Raùl Castro, il y a cinq ans.Une somme comparable à l\u2019incontournable Castro.30 ans de pouvoir de Tad Szulc (Payot, 1987).Guillaume Bourgault-Côté Passionnante histoire de la gauche américaine CHRISTIAN NADEAU Selon Eli Zaretsky, la gauche, aussi étonnant que cela puisse paraître, est constitutive de l\u2019ÂDN politique des Américains.Mais elle s\u2019est constamment définie, et c\u2019est là la thèse centrale du livre, moins en opposition à la droite (comme c\u2019est le cas en Europe) qu\u2019en référence au libéralisme, au sens réel du terme, soit la tradition politique selon laquelle les droits et libertés des individus ont priorité par rapport à d\u2019autres types de préoccupations politiques.Le libéralisme s\u2019oppose à toute intrusion dans la vie privée des individus, et à toute tentative de contrôler les mœurs pour des raisons politiques.Le propre de la gauche serait de rappeler que cette primauté accordée aux droits et libertés ne peut avoir de sens dans une société profondément inégalitaire.Le livre d\u2019Eli Zaretsky, passionnant du début à la fin, se divise en trois grands chapitres qui sont les trois moments charnières que l\u2019auteur associe à l\u2019histoire de la gauche américaine dans son rapport avec le libéralisme.Chaque moment correspond à une période de crise profonde de la société améri-cainç.Pour l\u2019auteur, la gauche aux États Unis se distingue précisément dans ce rapport particulier à ces situations de crise.Le premier moment est justement celui des luttes radicales contre l\u2019esclavage, qui ont pris fin avec la guerre de Sécession.C\u2019est le moment abolitionniste de la gauche américaine.Le second moment est celui du New Deal, mais là encore avec la manière dont les gauches se sont solidarisées avec les travailleurs noirs et où les luttes syndicales ont été menées de concert avec les luttes antiracistes.C\u2019est le moment socialiste de la gauche américaine.Le dernier moment est celui des années 60, et surtout des mouvements civiques pour les droits des Noirs, ce qui correspondait aussi aux manifestations contre la guerre du Vietnam.Cela correspond à ce qu\u2019on désigne généralement par l\u2019expression «nouvellegauche» (NewLeft).Le premier moment, le moment abolitionniste, suit une vague de prospérité liée aux nouvelles technologies pour l\u2019exploitation des champs de coton.Rapidement, entre 1815 et 1825, la production de coton est multipliée par quatre.Dès lors, c\u2019est aussi le prix des esclaves qui augmente en flèche.Au XK'\" siècle, avoir un ou plusieurs esclaves est l\u2019équivalent aujourd\u2019hui de posséder une voiture de luxe ou, plus précisément, un tracteur ou une machi- DOROTHEA LANGE Selon Eli Zaretsky, la crise économique des années 1930 constitue un des temps forts de la constitution d\u2019une pensée de gauche aux États-Unis.C\u2019est à cette époque que la photographe Dorothea Lange documente la misère rurale qui sévit dans différents États.Ici, une jeune femme et son enfant partis du Dakota du Sud en 1939 dans l\u2019espoir de trouver des jours meilleurs en Californie.nerie agricole très onéreuse.L\u2019expansion du système esclavagiste ne pouvait qu\u2019entraîner une remise en question fondamentale des principes d\u2019égalité et de liberté, car il devenait impossible de feindre l\u2019ignorance devant une telle contradiction des valeurs universelles de liberté politique.Ceux qui étaient vus comme les extrémistes sont d\u2019abord marginalisés, voire persécutés, comme ce fut le cas pour l\u2019abolitionniste John Brown, mais les idées antiségrégationnistes font leur chemin jusqu\u2019à ce que l\u2019idéal d\u2019égalité raciale soit vu comme constitutif même de l\u2019identité nationale.Ce mouvement égalitariste conduisit également à d\u2019importantes revendications féministes.Le second moment, celui du New Deal, survient à la suite d\u2019une profonde perturbation sociale liée à l\u2019après-guerre et à la crise.Dans les années 30 apparut le Eront populaire, distinct de ses cousins européens, mais représentant lui aussi une al- liance entre les libéraux et la gauche.On identifia rapidement deux fronts de lutte: d\u2019une part, le Sud, où régnait une ségrégation raciale très proche d\u2019un apartheid, et d\u2019autre part, l\u2019organisation des mouvements syndicaux, qui représentaient des groupes d\u2019immigrants européens sous-payés et des membres de la communauté noire.L\u2019objectif de ces mouvements sociaux était de faire du syndicalisme plus qu\u2019un simple pouvoir de négociation des salaires, mais un véritable outil de transformation sociale.Le dernier moment, celui des mouvements civiques, allait poursuivre le travail pour l\u2019égalité en élargissant le domaine de la lutte : des combats sociaux pour les droits civiques des Noirs, on passe ainsi aux luttes des droits des homosexuels, à celles contre l\u2019impérialisme militaire, sans oublier les luttes féministes.L\u2019assassinat de Kennedy allait donner lieu, paradoxalement, à un très grand nombre de réformes so- ciales, comme le Civil Right Act de 1964, qui met fin à toute forme de discrimination officielle, entérinée par la loi.Il reste que, si l\u2019establishment américain était d\u2019une certaine manière prêt à reconnaître le caractère inéluctable des droits civiques des Noirs, il n\u2019en allait pas de même quant à sa volonté de dominer le monde.Pour l\u2019auteur, il faut rappeler ces trois étapes historiques pour comprendre le sens et la continuité des luttes de la gauche américaine, à l\u2019époque d\u2019Occupy Wall Street et au moment où un premier président noir est au pouvoir, et dont le programme est profondément centriste et réclamé comme tel.Collaborateur Le Devoir LEFT Essai sur l\u2019autre gauche aux Etats-Unis Eli Zaretsky Traduit en français par Marc Saint-Upéry Seuil Paris, 2012, 300 pages Les pillages d\u2019Hitler SEBASTIEN VINCENT 1940, le 14 juin.Les troupes allemandes entrent triomphalement dans Paris.L\u2019occupation de la Ville lumière, avec ses somptueux musées, ses galeries d\u2019art de la rue de la Boétie où exposent les peintres les plus connus de l\u2019époque et ses maisons de vente aux enchères, fournit à Adolf Hitler ainsi qu\u2019aux nazis «une occasion historique inédite de faire proprement main basse sur un butin de guerre virtuellement inépuisable».Dans les jours suivants s\u2019organise la confiscation systématique d\u2019œuvres d\u2019art menée principalement auprès de collectionneurs juifs français, dont Paul Rosenberg, des membres de la dynastie Rothschild, les familles Schloss, David-Weill et Bernheim-Jeune.Au total, plus de 100000 œuvres d\u2019art, 500000 pièces de mobilier et plus d\u2019un million de livres et de manuscrits auraient été dérobés au patrimoine français durant l\u2019Occupation.«La France fut, de tous les pays d\u2019Europe, la principale victime de la rcipine allemande.» Un scandaleux pillage organisé, soutient le journaliste indépendant Hector Feliciano dans cette passionnante enquête rééditée en format poche.Feliciano s\u2019est attelé à la difficile tâche de reconstituer le mode de confiscation allemand structuré autour de la Direction militaire pour la protection de l\u2019art du Reich, de l\u2019am- bassade d\u2019Allemagne à Paris et du Détachement spécial du Reichsleiter Alfred Rosenberg pour les territoires occupés.De tristes noms y jouèrent un important rôle.Outre l\u2019ambassadeur Otto Abetz, Hermann Goering a été un «collectionneur vorace».Il bénéficia «le plus directement des confiscations d\u2019œuvres d\u2019art en France».Au terme de huit années de tumultueuses recherches dans les archives et d\u2019entrevues avec des victimes des spoliations et leurs familles, auxquelles les historiens avaient porté peu d\u2019attention avant lui, Feliciano a aussi retracé les péripéties de certains tableaux perdus ou volés.Parmi ces derniers: L\u2019astronome de Vermeer qui, après avoir été dérobé aux Rothschild, a brièvement fait partie de la collection personnelle d\u2019Adolf Hitler.Un véritable casse-tête dont l\u2019assemblage a permis la restitution de centaines d\u2019œuvres dérobées depuis la parution initiale de l\u2019ouvrage en espagnol en 2001.C\u2019est encore trop peu, car de 20000 à 40000 œuvres disparues depuis la guerre resteraient à ce jour égarées dans la nébuleuse du marché de l\u2019art en Europe et aux États-Unis.Cette investigation apporte une contribution originale à l\u2019histoire de l\u2019Occupation et à l\u2019histoire de l\u2019art.Il montre que Hitler, passionné d\u2019art jusqu\u2019au dernier jour, et les nazis ont accordé autant d\u2019importance et de valeur idéologique au pillage artistique et culturel qu\u2019aux victoires militaires et aux conquêtes territoriales.Collaborateur Le Devoir LE MUSEE DISPARU Hector Feliciano Gallimard Paris, 2012, 495 pages olivieri Librairie Bistro Au cœur de la littérature Mardi 5 février à 19 heures A Entrée libre/réservation obligatoire RSVP : 514 739-3639 Bistro : 514 739-3303 5219, Côte-des-Neiges Métro Côte-des-Neiges Causerie Pour souligner la parution de l\u2019ouvrage de Lise Gauvin (éd.Honoré Champion, 2012) Aventuriers et sédentaires.Parcours du roman québécois « .une invitation à lire le roman québécois davantage qu\u2019une histoire de son évolution.Entre le désir d\u2019enracinement et le besoin de nomadisme s\u2019inscrivent les étapes d\u2019un parcours qui passe du roman paysan au roman urbain, de la traversée de la ville à celle du continent américain.» Avec Lise Gauvin Écrivaine, critique littéraire et professeure à l\u2019UdeM, elle a publié plusieurs ouvrages consacrés à la littérature québécoise et francophone.Animée par Gilles Dupuis F 6 LE DEVOIR, LES SAMEDI 2 ET DIMANCHE 3 EEVRIER 2013 ESSAIS Le zombie comme guide et révélateur Louis CORNELLIER Cm est la deuxième ^ fois que l\u2019essayiste Maxime Cou-lombe me fait le coup : me captiver en traitant d\u2019un sujet qui, a priori, ne m\u2019intéresse pas du tout.La première fois, c\u2019était au printemps 2010, avec Le monde sans fin des jeux vidéo, publié aux prestigieuses Presses universitaires de France (PUF).Dans cet ouvrage, Coulombe expliquait que certains jeux vidéo «s\u2019offrent comme une façon d\u2019apaiser, pour le sujet, les symptômes de notre (post) modernité»; ils «ne visent pas à donner sens aux angoisses de la réalité en proposant une nouvelle transcendance, mais à les fuir», tout en permettant la construction d\u2019une «sorte d\u2019idéal du moi».Sans me convaincre, la réflexion m\u2019était apparue solide et stimulante.Cette fois, Coulombe, qui est sociologue et professeur d\u2019histoire de l\u2019art contemporain à l\u2019Université Laval, rapplique, toujours aux PUF, avec une Petite philosophie du zombie.Or, encore une fois, le sujet ne m\u2019inspire pas.J\u2019ai beau lire, sur la quatrième de couverture de l\u2019ouvrage, que «les zombies sont partout, au cinéma, à la télévision, dans nos rues, chez notre libraire», je ne vois pas l\u2019intérét de l\u2019affaire, que je considère comme une simple mode régressive.Toutefois, en jetant un œil à la bibliographie, dans laquelle figurent les noms de Bakhtine, de Deleuze, de Freud et de Kant, je me dis qu\u2019il ne doit pas y avoir que de banals zombies dans cet essai, et je ne me trompe pas.Un produit psychique Dès les premières pages, en effet, Coulombe annonce qu\u2019il va faire du zombie «un guide pour regarder notre société occidentale», qu\u2019il traitera le zombie comme un «symptôme de ce qui taraude la conscience de notre époque», comme une «métaphore de notre condition», comme, finalement, «le révélateur de notre époque».Le zombie, suggère-t-il, est notre double ; il incarne nos refoulements et révèle la pulsion de mort qui nous habite.Le zombie, en d\u2019autres termes, n\u2019est pas qu\u2019un «produit typiquement commercial de notre époque»', il en est YURI CORTEZ AGENCE ERANCE-PRESSE EILMS SEVILLE ET RALA RIVAS AGENCE ERANCE-PRESSE Figure « extrême et décalée » de notre culture, le zombie contemporain est partout.Il a ses défilés annuels, comme ci-haut au Mexique, est un habitué des écrans des multiplex.Le film Warm Bodies (à gauche) vient de prendre l\u2019affiche au cinéma et, depuis le succès de Thriller, il est indissociable de l\u2019œuvre de Michael Jackson (à droite une promotion d\u2019une comédie musicale sur le roi de la pop).aussi un «produitpsychique».Le zombie, au XIX® siècle, est d\u2019abord une créature mythique haïtienne.Il s\u2019agirait d\u2019un individu drogué par un prêtre vaudou qui, une fois privé de sa subjectivité, serait réduit en esclavage.Le cinéma des années 1960 déplace le sens de la figure.Le zombie n\u2019est plus un vivant presque mort, mais un mort presque vivant et cannibale, qui ne veut que dévorer des vivants «sur fond d\u2019univers dévasté».Plus récemment, à l\u2019ère du sida, le zombie a été présenté comme un mort-vivant qui contamine les vivants en les mordant.«La figure du zombie a changé, s\u2019est transformée, a évolué, s\u2019est adaptée aux différentes cultures qui l\u2019auront invoquée», écrit Coulombe.Or les zombies reviennent à la mode en Occident depuis quelques années.De quoi, peut-on alors se demander, sont-ils le symptôme?Le zombie, explique Coulombe, est d\u2019abord notre dou- ble.Il est presque un humain sans en être vraiment un, raison pour laquelle sa figure suscite un sentiment «d\u2019inquiétante étrangeté».Capable d\u2019action (il poursuit les humains pour les manger), mais souvent réduit à l\u2019attente (laissé seul, il répète machinalement des gestes anciens), il n\u2019a plus de conscience.Ce zombie de l\u2019attente, ce «vivant absent de lui-méme», n\u2019est pas sans évoquer l\u2019individu contemporain traumatisé, brisé par un drame et, ajou- terais-je, assommé par les psychotropes, privé de sa capacité de penser.Une société désolidarisée On pourrait se rassurer en se disant que de tels individus gravement traumatisés demeurent l\u2019exception dans nos sociétés, mais Coulombe, en s\u2019appuyant sur les thèses de Freud, de Benjamin et d\u2019Agamben, vient briser notre quiétude.«Ll y aurait toutefois, écrit-il, au cœur de la modernité, quelque chose comme un devenir-zombie.» Le rythme de la vie moderne, en Occident, nous imposerait une suite ininterrompue de chocs traumatiques qui mènerait à une «corrosion progressive du caractère» et à une «dissolution de la subjectivité», c\u2019est-à-dire de la capacité de penser.Le cerveau du zombie est mort, sauf dans la portion qui alimente ses pulsions agressives.Imaginer un devenir-zombie pour l\u2019humain nous force donc à appréhender un retour à l\u2019état de nature, dans lequel l\u2019homme serait un loup pour l\u2019homme, c\u2019est-à-dire une société radicalement désolidarisée.La crainte, reconnaissons-le, n\u2019est pas folle.Dans ses représentations contemporaines, le zombie n\u2019est pas qu\u2019un double; c\u2019est aussi un monstre, un être abject qui nous dégoûte en nous jetant à la figure ce que nous avons dû refouler \u2014 la mort, la maladie, la sexualité brute, notre animalité, quoi \u2014 pour instaurer une société humaine, un ordre symbolique viable.Or, comme ce qui nous dégoûte est une part de ce qui nous constitue, nous conservons une curiosité un peu coupable à l\u2019endroit de ce refoulé que nous revisitons avec amusement, sur le mode grotesque, par la figure du zombie, «symptôme, non seulement du déni de cette mort et de la chair dans notre culture, mais encore de notre incapacité à réver un autre futur pour l\u2019homme».Cette incapacité s\u2019accompagnerait, par conséquent, d\u2019un imaginaire de la fin, alimenté par les craintes environnementales et économiques dont on nous bombarde quotidiennement.Voir, sur écran, la «sublime» destruction de notre civilisation par des zombies aurait pour effet paradoxal de nous apaiser.«La fin de l\u2019humanité serait notre revanche, écrit Coulombe, nous n\u2019en serions plus victimes, car nous l\u2019aurions, du moins imagi-nairement, révée, souhaitée.» Figure «extrême et décalée» de notre culture, le zombie, «en étant ainsi distant de notre quotidien, en choquant notre imaginaire, voire notre société, s\u2019offre donc comme un détour pour la regarder».Et me voilà à philosopher avec les zombies ! Maxime Coulombe m\u2019a encore eu.louisco@sympatico.ca PETITE PHILOSOPHIE DU ZOMBIE Maxime Coulombe PUF Paris, 2012,160 pages Sagesse verte MICHEL LAPIERRE En 1972, date clé de l\u2019écologisme, des scientifiques, les Américains Dennis et Do-nella Meadows ainsi que le Norvégien Jorgen Randers publièrent Limits to Growth qui, traduit partout, fit scandale en soutenant que l\u2019on devait arrêter la croissance économique pour éviter la ruine de la planète.Depuis 1992, ils affirment que les limites de cette croissance sont déjà dépassées.Aujourd\u2019hui, ils ne discernent qu\u2019une lueur d\u2019espoir née à Montréal.Dans la préface de la version française tant attendue de l\u2019actualisation de leurs recherches, Les limites à la croissance, le sociologue montréalais Yves-Marie Abraham envisage «l\u2019effondrement de l\u2019espèce humaine avant même la fin du XXL siècle».Pourtant, les auteurs, aussi alarmistes, rappellent que la signature du Protocole de Montréal sur la couche d\u2019ozone (J987) par plus de 40 pays (les Etats-Unis de Reagan y compris !) marqua un pas dans la bonne direction.Après un long combat, notamment contre DuPont, géant de l\u2019industrie chimique, les écologistes avaient réussi à faire interdire en 1978 par Washington les chlorofluorocarbones qui, dans les bombes aérosol, endommageaient la couche d\u2019ozone stratosphérique, nécessaire à la préservation de Dennis Meadows Donella Meadows Jorgen Randers Les limites à la croissance K Préface d\u2019Yves-Marie Abraham écosociété ^TIt.01TVa.EE.Z.X:£» la vie sur terre.Malgré cela, Dennis Meadows et ses collaborateurs estiment que «la consommation actuelle de ressources par les humains dépasse de quelque 20 % la capacité de charge mondiale».D\u2019abord liés au Massachusetts Institute of Technology et mandatés en 1972 par le Club de Rome (groupe international de réflexion), ils proposent, à l\u2019heure présente, grâce à des modèles mathématiques, « 10 évolutions possibles» du monde.Encouragés par le précédent de 1987, üs espèrent convaincre les Etats «d\u2019inverser les tendances et de ramener l\u2019empreinte écologique» humaine à de justes proportions pour qu\u2019elle se limite à un développement aussi équilibré que durable.Les économistes conservateurs ont critiqué leur catas- trophisme.En réalité, la lucidité de Dennis Meadows et de son équipe s\u2019accompagne de prudence et d\u2019un certain scepticisme.Les auteurs reconnaissent que leur analyse prospective suppose «que les meilleures conditions sociales possibles prévaudront».A la différence de tant d\u2019écologistes, ils ne voient pas dans l\u2019exploitation des sources dites renouvelables (énergies solaire, éolienne, hydraulique, énergie de la biomasse) une panacée.Ces sources, osent-ils affirmer, «ne sont ni sans conséquence sur l\u2019environnement ni illimitées».Leur réflexion sur le réchauffement climatique n\u2019a rien de doctrinaire.Ils admettent que de «grandes incertitudes demeurent».La belle «révolution de la durabilité» qu\u2019ils suggèrent repousse à la fois le leurre de la croissance et l\u2019obsession de la catastrophe.Elle s\u2019inspire, comme chez Emerson et Tho-reau, d\u2019un culte raisonnable de la nature, celle qui aura le dernier mot.Collaborateur Le Devoir FES LIMITES A LA CROISSANCE Dennis Meadows, Donella Meadows et Jorgen Randers Écosociété Montréal, 2013, 432 pages \\ Le juste retour des choses « [Dans] cette méditation - qui n\u2019est jamais lourde - sur le sens de la vie et la rareté de l\u2019amour [.], [l\u2019auteur] a surtout mis une bonne dose d\u2019autodérision.C\u2019est, entre autres choses, ce qui contribue au charme du livre et qui fait de David Gilmour un écrivain auquel on s\u2019attache.Cela et cette manière simple et humaine, plus rare qu\u2019on ne le croit, de raconter des histoires.» Christian Desmeules, Le Devoir 514 524-5558 lemeac(§ lemeac.com "]
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