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Le devoir
Quotidien montréalais indépendant et influent, qui informe rigoureusement et prend part aux grands débats de la société québécoise [...]

Fondé à Montréal par l'homme politique québécois Henri Bourassa, le quotidien Le Devoir paraît pour la première fois le 10 janvier 1910. Bourassa rassemble autour de lui une équipe de rédaction fort compétente. En font partie Olivar Asselin, Omer Héroux, Georges Pelletier, Louis Dupire et Jules Fournier.

Dès ses débuts, Le Devoir se veut patriotique et indépendant. Résolument catholique, il est partisan de la doctrine sociale de l'Église et appuie un encadrement catholique des mouvements associatif, syndical et coopératif. De tout temps, il défendra la place de la langue française et sera des débats sur la position constitutionnelle du Québec.

Au cours des années 1920, le catholicisme du directeur se dogmatise, ce qui rend plusieurs journalistes inconfortables, mais l'orateur demeure une figure très en vue qui permet au journal d'amasser des fonds. Grâce à lui, Le Devoir pourra toujours s'appuyer sur des donateurs privés, dont certains siègent à son CA. Des journalistes tels Fadette, Jeanne Métivier et Paul Sauriol y font leur marque à la fin de la décennie.

Proche des cercles intellectuels influents, Le Devoir a une vocation nationale. Une grande part de son tirage est tout de même acheminée dans les milieux ruraux. Le journal offrira d'ailleurs un vif appui à l'organisation de l'agriculture québécoise. Il ne pénétrera que tardivement, mais sûrement, le lectorat de la zone métropolitaine.

Au départ de Bourassa en 1932, Georges Pelletier prend la direction du journal. Un regard d'aujourd'hui sur l'époque des décennies 1930 et 1940 révèle une phase plutôt sombre, empreinte d'antisémitisme, le Juif représentant à la fois la cupidité du capitalisme et le péril athéiste lié au communisme.

Durant la Seconde Guerre mondiale, Le Devoir lutte contre la conscription et rapporte les injustices faites aux Canadiens français dans les corps militaires. Sur le plan politique, bien qu'indépendant, le quotidien appuie la fondation du Bloc populaire, parti nationaliste, et se rapproche parfois de l'Union nationale.

Gérard Filion prend la direction du journal en avril 1947. Il en modernise la formule et attire de solides jeunes collaborateurs, dont André Laurendeau, Gérard Pelletier et Pierre Laporte. Le journal prend alors définitivement ses distances de l'Union nationale, critiquant l'absence de politiques sociales, l'anti-syndicalisme et la corruption du gouvernement québécois, et dénonçant la spoliation des ressources naturelles.

À partir de 1964, le journal est dirigé par Claude Ryan, qui en base l'influence sur la recherche de consensus politique, entre autres sur les sujets constitutionnels. Sous sa gouverne, Le Devoir sera fédéraliste pendant la plus grande partie des années 1970.

Bien qu'il soit indépendant des milieux de la finance, Le Devoir est le quotidien montréalais qui accorde la plus grande place dans ses pages à l'économie, surtout à partir des années 1980. En 1990, l'arrivée de Lise Bissonnette à la direction redynamise la ligne éditoriale et le prestige du journal. Le Devoir appuie résolument la cause souverainiste.

Au XXIe siècle, sous la gouverne de Bernard Descôteaux, puis de Brian Myles, Le Devoir continue à informer les Québécois, à donner l'ordre du jour médiatique, à appuyer l'émergence des idées et à alimenter le débat social. C'est pourquoi il faut regarder ailleurs que dans ses données de tirage, relativement plus basses que celles des autres quotidiens montréalais, pour mesurer la force de son influence.

Sources :

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise des origines à nos jours, Sainte-Foy, Presses de l'Université Laval, 1979, vol. 4, p. 328-333.

BONVILLE DE, Jean, Les quotidiens montréalais de 1945-1985 : morphologie et contenu, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 1995.

LAHAISE, Robert (dir.), Le Devoir : reflet du Québec au 20e siècle, Lasalle, Hurtubise HMH, 1994.


Éditeur :
  • Montréal :Le devoir,1910-
Contenu spécifique :
Cahier F
Genre spécifique :
  • Journaux
Fréquence :
quotidien
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Le devoir, 2013-03-02, Collections de BAnQ.

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[" LIVRES CAHIER F > LE DEVOIR, LES SAMEDI 2 ET DIMANCHE 3 MARS 2013 >Ae=^ Efe\"' iLt;\t-f r MARIE HELENE TREMBLAY LE DEVOIR L\u2019écrivain devant l\u2019édifice qui a abrité l\u2019École du meuble à Montréal jusqu\u2019à la fin des années 1960.La tragédie juive de Claude Jasmin LOUIS CORNELLIER Elle s\u2019appelait Anita Geller.Elle était belle, jeune, rieuse et affamée.Elle était, aussi, juive, et Claude Jasmin, oui, oui, le vrai, celui qui deviendra romancier, en çtait fou.Il l\u2019avait rencontrée à l\u2019École du meuble, alors qu\u2019ils y étaient tous les deux élèves.Ce fut une intense et magnifique histoire d\u2019amour, mais aussi une tragédie.Aujourd\u2019hui, 65 ans plus tard.Jasmin, dans la plus belle forme littéraire de sa vie, raconte cette passion.Présentée comme un récit, Anita, une fille numérotée est en fait une autofiction revendiquée comme telle par l\u2019auteur.C\u2019est, surtout, et je pèse mes mots, le chef-d\u2019œuvre de Claude Jasmin, une œuvre forte, fervente, bouleversante et dévastatrice.A la fin de son adolescence.Jasmin, après un échec en mathématiques, est exclu de son cqllège.Il s\u2019inscrit donc à l\u2019École du meuble, qui vient de congédier Borduas, pour y étudier la céramique.Dès la première semaine de cours, il se retrouve dans un champ près de Dorval à pelleter de la glaise.Une seule fille fait partie de l\u2019équipée : Anita Celler, « cette fille aux longs cheveux blonds qui manie la pelle comme un gars».Jasmin est subjugué.Qui est cette beauté aux yeux bleus et à la «voix grave, comme vieillie, bizarre»\"^ Il apprend d\u2019un ami qu\u2019il s\u2019agit d\u2019une réfugiée de guerre d\u2019origine polonaise, orpheline de mère, qui a transité par la Erance avant d\u2019aboutir au Québec.Il l\u2019aime.Un monde entre eux Cette passion naissante n\u2019est toutefois pas très bien accueillie par la famille du jeune homme.Le père Jasmin invite son fils à tuer dans l\u2019œuf cette aventure.«Il y a un monde entre eux, les Juijs, et nous», martèle-t-il à Claude.Plus tard, il sera même odieux en crachant son antijudaisme chrétien au visage de la jeune fille.La mère, elle aussi rétive, s\u2019efforce néanmoins de surmonter ses préjugés.Le père d\u2019Anita, quant à lui, distant envers Jasmin, reste plutôt à l\u2019écart de cette idylle, mais à une condition: que le jeune homme n\u2019essaie plus de se rendre sympathique à ses yeux en lui parlant des fêtes juives.«Personne, ni Jehovah ni Satan, n\u2019est venu à Auschwitz pour nous secourir», lance-t-il au prétendant.«C\u2019est fini à jamais, ces croyances nigaudes», ajoute-t-il pour bien se faire comprendre.Tout ce que Jasmin comprend, lui, c\u2019est la beauté d\u2019Anita, le rire en cascade, les chemises de garçon, le mystère et l\u2019appétit fou-elle «mange sans cesse» \u2014 de son amoureuse.Aujourd\u2019hui, à plus de 80 ans, l\u2019écrivain retrouve les mots et le rythme de la jeunesse éternelle pour rendre l\u2019ardeur de sa passion.«C\u2019est moi qui l\u2019avalerai un de ces jours, écrit-il.Je l\u2019aime trop.Je soulève sa main, embrasse tous ses doigts, l\u2019un après l\u2019autre.Maintenant, c\u2019est moi, oui, oui, qui ai une grande envie de la manger.Fou d\u2019amour.» Son emportement ne trouve que la poésie pour se dire, au détour d\u2019une envolée: «Parle, poète Rimbaud: On divague; on « Personne, ni Jehovah ni Satan, n\u2019est venu à Auschwitz pour nous secourir » se sent aux lèvres un baiser/Qui palpite là, comme une petite bète.» Et plus loin : « Ce lundi matin-là, ma gracieuse Anita marche devant moi, parle donc Aragon: Elle avait la marche légère/et de longues jambes de faofi.» C\u2019est gravement beau.A la fin des années 1940, les élèves de l\u2019École du meuble sont des artistes.«Le pays, se souvient Jasmin, nous semblait une colonie rétrograde.» Ces jeunes, pourtant, vivent de culture.Ils vont voir des films de Wells et de Cocteau, des pièces de théâtre mettant en vedette Louis Jouvet et Gérard Philippe, ils vont entendre Mouloudji au cabaret de Jacques Normand, se rêvent en Picasso ou en Braque et suivent avec intérêt les polémiques entre Pellan et Borduas, en prenant parti pour ce dernier.Jasmin, encore une fois plein d\u2019élan juvénile, redonne vie avec brio VOIR PAGE F 2 JASMIN L\u2019amant du lac de Virginia Pésémapéo Bordeleau Page F 3 Catherine Voyer-Léger, biogueuse deluxe Page F 6 Combat de boxe philosophique La Grande Bibliothèque propose samedi 2 mars, à compter de 18 h, une nuit blanche «complètement» (vraiment?) philo.Animateur de la soirée, l\u2019humoriste et comédien Christian Va-nasse fera vibrer les noctambules au rythme des mots, de la musique, des images, des débats et des pas de danse de 10 zones philosophiques qui traduisent autant de façons de penser le monde.Notamment au programme: un «tournoi de boxe philosophique».Sur le ring s\u2019affrontent des idées et sans doute beaucoup d\u2019opinions.Les noms au programme?Mathieu Bock-Côté, Sophie Cadieux, Christopher Hall et Catherine Pogo-nat.Il y a aussi un volet danse et des jeux-questionnaires.Tous les détails sur le site Internet de l\u2019établissement: www.banq.qc.ca.Le Devoir La maison d\u2019édition Les 400 Conps change de main Eondée en 1993 par Pierre Belle et Serge Théroux, la maison d\u2019édition Les 400 Coups vient d\u2019être achetée par Simon de Jocas.Par voie de communiqué, le nouvel acquéreur affirme vouloir consolider le programme éditorial déjà en place tout en travaillant à une meilleure diffusion des œuvres.Port d\u2019une expérience de 15 ans dans le domaine du livre, Simon de Jocas, un ancien enseignant et conseillé pédagogique, entend ainsi maintenir le cap dans la division jeunesse, qui compte à ce jour plus de 700 titres, dont plusieurs primés.Le volet adulte sera pour sa part rassemblé sous l\u2019enseigne Éditions Somme toute, qui publiera des ouvrages consacrés à la société, à la création, ainsi qu\u2019à l\u2019histoire culturelle du Québec.Enfin, le département Mécanique générale sera relancé et logera à la même enseigne.Cette branche des 400 Coups sera dédiée au développement de nouveaux projets en bande dessinée.Auparavant, une division des 400 Coups, la collection « Coups de tête », q pour sa part été rachetée par les Éditions de Tête, propriété de Laurence-Aurélie Théroux-Marcotte et Michel Vézina.Ce dernier est le fondateur de Coups de tête et un animateur culturel bien connu.Le Devoir ^ F 2 LE DEVOIR LES SAMEDI ET DIMANCHE 3 MARS 2013 LIVRES EN APARTE Entendre Serge Bouchard Jean- François Nadeau Serge Bouchard dit que sa voix endort.Il l\u2019écrit et il le dit.Moi, il ne m\u2019endort pas du tout, Serge Bouchard.Au contraire.Sa voix me fait plutôt songer avec bonheur à celle, chaude et riche, de Garrison Keillor, l\u2019animateur de Prairie Home Companion, la mythique émission diffusée à la radio publique américaine.Remarquez qu\u2019on a souvent dit aussi de cette voix-là qu\u2019elle était soporifique.Question de musicalité pour les oreilles ou simple affaire de capacité d\u2019écoute ?Ceux qui disent cogner des clous devant les propos de ces deux-là, je les soupçonne d\u2019être au préalable bien assommés par le monde waltdys-néifié qui nous entoure.Plus que Keillor encore.Bouchard parle de la vie ordinaire, du monde où nous sommes, du territoire et des gens qui l\u2019habitent, des profondeurs d\u2019un pays qu\u2019on connaît moins que les plages du Sud.Des propos qui s\u2019accordent mal aux tapages publicitaires de toutes nos lucioles qui se croient lucides.J\u2019aime Serge Bouchard.Je l\u2019aime même beaucoup.D\u2019abord parce qu\u2019il écrit encore mieux qu\u2019il parle.Ces jours-ci, je me replonge avec plaisir dans ses textes.rÆià.i.' / » MARIE-CHRISTINE LÉVESQUE À la radio, Serge Bouchard est formidable.Il est tout à fait unique.Mais à l\u2019écrit, croyez-moi, il est encore mieux.Des ethnologues-poètes, nous n\u2019en avons pas beaucoup.Vient de paraître en format de poche son dernier recueil.C\u2019était au temps des mammouths laineux.Jetez-vous là-dessus.Mais jetez-vous-y doucement, si j\u2019ose dire.Les sujets qu\u2019il y aborde invitent à la patience : les épinettes noires, la forêt blanche, les autochtones, le Nord, la vie sur les routes d\u2019Amérique, la mort de sa femme, le destin de héros oubliés, la mémoire de ce que nous sommes, de ce que nous aurions pu être.J\u2019aime Serge Bouchard.Mais je dois dire aussi qu\u2019il m\u2019énerve parfois.Tenez, l\u2019été dernier.Je roule sur l\u2019autoroute.Entre deux cahots.j\u2019écoute Serge Bouchard.Il est question du vent.Du vent de son enfance.Du vent qui souffle.Du vent qui vente, là, dans l\u2019est de Montréal.Du vent des moulins qui n\u2019existent plus.Ses histoires de vent traînent et me gonflent.Elles m\u2019énervent d\u2019autant plus que je sais pertinemment que Bouchard peut passer encore une heure à brasser de l\u2019air ainsi et que je resterai là à l\u2019écouter encore.Sur la route, à moins de vouloir se faire la violence d\u2019écouter des radios d\u2019opinions qui vont et qui viennent, on en revient toujours aux Chemins de travers de Serge Bouchard.Dans un monde qui n\u2019a plus le temps pour rien, c\u2019est bien sûr un crime que de l\u2019entendre parfois s\u2019écouter un peu et allonger la sauce.Ce criminel se déploie comme un chat sauvage dérangé dans sa sieste.Il fait le dos rond.Il tourne autour de son sujet tandis que ses auditeurs doivent patienter avant qu\u2019il daigne faire parler ses invités.On l\u2019attend parfois ainsi un peu trop, mais on sait au moins qu\u2019il finit toujours par bondir sur son sujet et par le prendre à bras-le-corps, popr notre plus grand plaisir.A la radio, Serge Bouchard est formidable.Il est tout à fait unique.Mais à l\u2019écrit, croyez-moi, il est encore mieux.Des ethnologues-poètes, nous n\u2019en avons pas beaucoup.Voilà bel et bien un trésor qu\u2019il convient de se partager entre nous.Jetez-vous sur ses livres, vous dis-je.Adieu le pape ! Alors que nous sommes assaillis par les images de cet homme supposé infaillible, pourquoi ai-je envie de relire Voltaire au moins autant que Serge Bouchard ?Côté pape et papesse, ce mécréant de Voltaire portait une affection toute particulière à la dynastie des Borgia.Les Borgia ont fourni à la chrétienté quelques empoisonneurs ainsi que deux papes.Ce n\u2019est pas rien comnie matière pour un écrivain.Evidemment, les mauvaises langues diront que Voltaire n\u2019avait pas pu connaître la famille Johnson qui, elle, fournit trois premiers ministres au Québec en moins de quarante ans.Ce qui n\u2019est pas rien non plus.Mais ne dévions pas de notre sujet.Donc Voltaire aimait beaucoup parler des Borgia.Il en parle notamment dans son amusant Dictionnaire philosophique.De Lucrèce et de Rodrigo en particulier.Rodrigo devint pape en 1492, comme chacun le sait, sous le nom d\u2019Alexandre VL Lucrèce était sa fille.Voltaire parle de leurs orgies, de leurs crimes, de leurs forces autant que de leurs faiblesses.Le lisant, on croit voir exposé le pire.Qui pourrait bien croire que d\u2019autres choses du genre ont pu se produire depuis à l\u2019ombre du Vatican ?Que de mauvaises langues, sûrement.Et qu\u2019irnporte d\u2019ailleurs puisque l\u2019Église sait tout se pardonner.jfnadeau@ledevoir.com C\u2019ÉTAIT AU TEMPS DES MAMMOUTHS LAINEUX Serge Bouchard Boréal, «Compact» Montréal, 2013,222 pages Les attentats poétiques du festival Dans ta tête Du 6 au 17 mars prochain, le festival littéraire Dans ta tête prendra d\u2019assaut le Café Chaos et le Club Lambi.Initiative des Productions Arreuh, un organisme voué à mettre en avant les pratiques poétiques et la performance artistique et enfantine dans l\u2019espace public.Dans ta tête propose des lectures de même qu\u2019un «attentat poétique».Le 6 mars, le spectacle d\u2019ouverture devrait donner le ton: Viens! On trashe ton Chaos! se déroulera au café du même nom dès 20 h.Au menu: déclamations avec une douzaine de poètes et musique «punkirockgara-gehardcoretrash ».Suivra, le 12 mars.Méfaits littéraires et contrebande du collectif Gang de truands, puis, le 15 mars, la soirée Les anges de la rénovation littéraire, sous l\u2019égide d\u2019Erika Soucy, toujours au Café Chaos, toujours à 20 h.Le 17 mars aura lieu le gala de clôture Académie littéraire au tournant du XXL siècle.Sur scène, le trio féminin Propofol veillera, paraît-il, à ce que les corps s\u2019agitent.Au Club Lambi à 20 h.Pour information: http.V/www.productionsar-reuh.com/.Le Devoir POLARS En direct du toit du monde MICHEL BELAIR Le journalisme mène à tout.Si certains collègues choisissent de faire le saut en politique, d\u2019autres, moins ambitieux peut-être, se réfugient plutôt derrière leur écran d\u2019ordinateur et se mettent à écrire des romans.Olivier Truc est de ceux-là.Correspondant du Monde et du Point à Stockholm depuis près de 20 ans.Truc est reconnu comme un spécialiste des pays nordiques et il signe ici un premier roman tout simplement époustouflant.L\u2019histoire se passe en Laponie, au-delà du cercle polaire arctique.Plus précisément en territoire sami où les frontières se chevauchent de l\u2019océan Arctique à la Russie en passant par la Norvège, la Einlande et la Suède.Même ici, sur le toit du monde, les Lapons sont parvenus difficilement à résister, depuis le XVIL siècle, aux envahisseurs venus du Sud.Avec les années, les Samis ont acquis de plus en plus d\u2019autonomie, leur Parlement déborde des frontières artificielles et, comme ici, plusieurs voient d\u2019un mauvais œil la moindre de leur revendication, on le verra rapidement.Il fait évidemment -340 ° C et le soleil va enfin ré-apparaître après une absence de 40 jours, alors qu\u2019un tambour sacré est dérobé au musée de Kautokeino.L\u2019affaire est délicate à quelques jours d\u2019une conférence de rONU sur les cultures nordiques, et la police des rennes est chargée de l\u2019enquête.qui se compliquera bientôt puisqu\u2019on découvre le cadavre mutilé d\u2019un éleveur de rennes obsédé par les tambours samis.Dans ce pays rude, à côté duquel le Québec apparaît comme une oasis verdoyant, Olivier Truc nous fait rencontrer des personnages vrais, souvent attachants, plus grands que nature, et une culture millénaire en accord parfait avec son environnement.Il met aussi en scène une intrigue fort bien ficelée, aux rebondissements multiples, tout en plantant son récit dans des paysages fabuleux qui parviennent presque à nous faire grelotter d\u2019extase.On se souviendra longtemps de la scène où un vieux poète sami déchiffre les images ornant le fa- Olivier Truc Le dernier Lapon Métailié J N O I R n meux tambour volé.Un livre aussi qu\u2019exigeant.magnifique Collaborateur Le Devoir LE DERNIER LAPON Olivier Truc Métailié Noir Paris 2012, 453 pages Fraude au 221b Baker Street ERANÇOIS LEVESQUE La Haute Cour de justice d\u2019Angleterre entend ces jours-ci une affaire de fraude impliquant le célèbre Musée Sherlock Holmes.Inusité, le litige oppose les membres d\u2019une même famille, dont la société Sherlock Holmes International possède le musée.Grace Aidiniantz, qui dirige la société, poursuit son fils John pour la somme de 2 millions de livres (3,12 millions $CAN), montant généré par le musée et sa boutique de souvenirs qu\u2019aurait détourné ce dernier.De son côté, l\u2019accusé soutient qu\u2019il a cessé ses paiements à la suite de la disparition de 4000001ivres (625000$), méfait qu\u2019il attribue à ses deux demi-sœurs, lesquelles travaillent avec leur mère à la société Sherlock Holmes International.Insatisfait par ces explications, le juge saisi de l\u2019affaire a maintenu plus tôt cette semaine une injonction en vertu de laquelle tous les comptes de John Aidiniantz sont gelés.L\u2019entreprise florissante qui loge le Musée Sherlock Holmes a été fondée en 1990 par M.Aidiniantz grâce au soutien financier de sa mère.Le Devoir JASMIN SUITE DE LA PAGE E 1 à cette époque de bouillonnement culturel qu\u2019une chape de plomb conservatrice essaie de refroidir.Une cruelle révélation Lors d\u2019une visite au musée, quand le professeur vante les vertus des fours à céramique orientaux, Anita n\u2019en peut plus.Les fours la tuent.Elle s\u2019inscrira donc à l\u2019école du Musée des beaux-arts.L\u2019amour, lui, ne meurt pas, et Jasmin, lyrique et inquiet, continue de vouloir en savoir plus sur sa belle qui, quand elle l\u2019accompagne à la plage et doit se mettre en maillot, recouvre son bras gauche d\u2019un «large bracelet de fleurs de coton».Au compte-gouttes, pudeur oblige, Anita racontera un peu ses années dans le ghetto de Varsovie et la mort de sa mère et de ses deux grandes sœurs, emportées par la faim, peut-être, dans un camp nazi.Jasmin, qui a peur de devenir fou depuis son enfance, ne la bouscule jamais, l\u2019écoute, l\u2019aime, s\u2019émeut de l\u2019entendre chantonner en yiddish et comprend l\u2019appétit inassouvissable de cette «fille numérotée» qu\u2019il voit plutôt comme la «Vénus de Botticelli».Un jour, un de ses confrères de classe lui dit qu\u2019il a un ami juif qui sait des choses sur Anita et qui veut absolument lui parler.Jasmin rencontre ce Bronfman.La révélation de ce dernier, que je ne peux dévoiler ici, le détruit.Tragiques, cruelles et inhumaines, les suites de ce coup de théâtre font découvrir à Jasmin «que le mal [est] une réalité» et éclairent d\u2019un coup, d\u2019une violente lumière, la citation de Cioran mise en exergue de ce récit: «Les sources d\u2019un écrivain, ce sont ses hontes.» Jamais Jasmin n\u2019a été aussi grave, aussi magnifique.Stupéfiant, ce récit ravageur au rythme nerveux et à la respiration passionnée est une grande œuvre qui mérite tous les prix.Assez! le snobisme de prétentieux à l\u2019endroit de Jasmin, capable d\u2019être à la fois populaire et artiste.L\u2019homme, ce récit le prouve une fois pour toutes, est un grand écrivain québécois.Collaborateur Le Devoir ANITA, UNE EILLE NUMEROTEE Claude Jasmin XYZ Montréal, 2013,188 pages HH éditeur ÜG ^ Également disponible en version numérique www.editionsxyz.com François Hébert De Mumbai à Madurai de t'atrÂ'éeci de raprès-midi François Hébert De Mumbai à Madurai Partir pour mieux revenir.uand nnrserai François Gravel rC ^.Irphanr Jorinrh HiJrtiJbiK ?Hurtubise www.editionshurtubise.com Les Éditions Hurtubise félicitent Stéphane Jorisch récipiendaire du Prix Illustration Jeunesse 2013.STEPHANE JORISCH FRANÇOIS GRAVEL LE DEVOIR, LES SAMEDI 2 ET DIMANCHE 3 MARS 2013 F 3 LITTERATÜRE Déterrer la graine de la joie Danielle Laurin ares sont les romans qui parviennent vraiment à faire vibrer par écrit le désir brûlant des amants, à l\u2019exprimer crûment sans tomber pour autant dans la surenchère.Rares sont les auteurs qui parviennent à détailler ouvertement la gestuelle sexuelle sans la transformer en une mécanique froide et répétitive.En ce sens, L\u2019amant du lac, de Virginia Pésémapéo, est une rareté.Rareté, aussi, parce que, dans la relation entre l\u2019homme et la femme mis en scène dans ce roman, il n\u2019y a rien de tordu, de malsain.Pas de rapports de domination.Pas de culpabilité, de tabous, non plus, qui freineraient l\u2019abandon des corps dans la jouissance.Rareté, encore, parce que l\u2019exultation des corps se vit au milieu de la nature sauvage, en harmonie avec elle.Ce n\u2019est pas plaqué, c\u2019est organique, organiquement charnel.En fait, la sensualité est partout, et pas seulement dans le corps à corps amoureux.Elle est dans un bruissement d\u2019ailes, un gazouillement d\u2019oiseau, une herbe fraîche qui chatouille des pieds nus, une brume diaphane, des clapotis sur le lac Abitibi.Rareté, surtout, parce que, dans cette histoire d\u2019amour torride, Virginia Pésémapéo Bordeleau, d\u2019origine crie et métisse, réunit une Algonquine et un Métis : une Algonquine aux cheveux roux qui n\u2019appartient pas tout à fait à son clan et un Métis de père blanc qui vit dans une communauté de Blancs oû les autochtones sont mal vus.Présenté comme le «premier roman érotique écrit par une auteure amérindienne du Québec», L\u2019amant du lac se passe dans les années 1940.Et ce n\u2019est pas innocent, comme le précise la romancière dans le prologue.Nous sommes «dans un monde qui n\u2019a pas encore connu les pensionnats pour Autochtones et les abus multiples des religieux sur les enfants».Nous sommes «avant le clivage des esprits chez les Amérindiens».Nous sommes «à une époque où il était encore possible de vivre libre dans une nature vierge et grandiose, en Abitibi».Après avoir exploré, dans son premier roman.Ourse bleue, le déchirement intérieur d\u2019une femme née d\u2019une mère crie et d\u2019un père québécois métissé, sous forme de voyage initiatique sur les traces des ancêtres, Virginia Pésémapéo Bordeleau poursuit d\u2019une certaine façon sa remontée dans le temps.Elle recrée une sorte de paradis perdu, dans une harmonie idyllique.Elle ne cache pas son objectif, au contraire : « Ce roman existe, je le souhaite, afin de déterrer la graine de la joie enfouie dans notre culture, profondément vivante, échappée du brasier de l\u2019anéantissement annoncé par la Loi sur les Indiens, mise en œuvre par les Oblats de Ma-rie-Immaculée.» Cette graine de la joie, elle éclôt ici dans le désir brûlant des amants, dans leur sexualité li- SOURCE MEMOIRE D\u2019ENCRIER L\u2019amant du lac deVirginia Pésémapéo Bordeleau est présenté comme le « premier roman érotique écrit par une auteure amérindienne du Québec».bre, libératrice.On peut voir là effectivement une recherche d\u2019épanouissement général dans la sexualité sans entraves.Mais ça va plus loin.Jusque dans la sensualité qui enveloppe tout le récit.Jusque dans le langage poétique dont il est empreint, aussi.Et dans les dessins de l\u2019auteure, par ailleurs artiste multidisciplinaire, qui parsèment le texte.On se croirait par moments dans un conte mythique.On est dans une bulle de beauté.Et pourtant, on ne perd jamais de vue la réalité, dans toutes ses déclinaisons.On est à la fois dans la nature enchanteresse, généreuse, nourricière, oû les humains font partie d\u2019un grand tout, et dans le déchaînement des éléments qui peuvent tout emporter sur leur passage, provoquer la mort.On est le plus souvent au bord du lac Abitibi.Au sein du clan de l\u2019Algonquine.On y passe plusieurs nuits sous la tente avec les amants, on assiste à leurs ébats, à leurs orgasmes bruyants, non pas comme des voyeurs mais en frémissant intérieurement.On assiste à leur déchirante séparation, on espère ensuite leurs retrouvailles.On est parfois dans le passé plus ancien.Celui de la grand-mère de l\u2019Algonquine, violée à 16 ans par une Robe noire.On est parfois dans le village du Métis, rejeté par la famille d\u2019une jeune fdle blanche pourtant amoureuse de lui: «Même en ce pays de nouvelle colonisation, selon une loi municipale votée au gré des élus, les Autochtones n\u2019avaient pas le droit de vivre au milieu des Blancs.L\u2019union avec un métis pour Rose-Ange tenait de l\u2019utopie, même si le père du métis était de sa race.» On est aussi dans la guerre.En Europe.En 1942.Jusqu\u2019à 1945.Mais par petits morceaux.Les scènes sont brèves, intenses.Tueries, boucherie humaine.Et, au retour, choc post-traumatique, même si ce n\u2019est pas dit comme ça.On est aussi bien à Paris, dans l\u2019allégresse de la Libération.Ce qui n\u2019empêche pas la violence intime, le viol, pour tout dire : «Il vivait la face noire de l\u2019amour, celle de la trahison, de la confiance piétinée, plus forte que la haine, plus profonde que le goût de tuer pour survivre.» L\u2019amant du lac ne fait pas l\u2019économie du laid, du sordide, de l\u2019abêtissement.11 y a du romantisme, du lyrisme, une certaine candeur, oui, mais pas à tout prix.Parfois, une tendance à la binarité Blanc-autochtone.Et, il faut le dire, un petit penchant prêchi-prêcha.Pas du côté de la sexualité, pas du tout, au contraire, mais dans la façon de magnifier les coutumes autochtones versus la culture des Blancs.Mais du fait que les deux protagonistes sont eux-mêmes des «sang-mêlé», on est surtout du côté de l\u2019hybridité.Chose sûre, on n\u2019est pas ici dans la victimisation.Ni dans le manichéisme.Pari réussi : la joie prend le dessus.UAMANT DU LAC Virginia Pésémapéo Bordeleau Mémoire d\u2019encrier Montréal, 2013, 144 pages LITTERATURE CANADIENNE Miriam Toews, ventriloque CHRISTIAN DESMEULES Pour écrire Jamais je ne t\u2019oublierai, Miriam Toews s\u2019est inspirée des nombreux carnets de notes remplis tout au long de sa vie, jusqu\u2019à son suicide, par son père.Mieux: elle s\u2019est glissée dans sa peau, comme elle le faisait parfois pour lui lorsqu\u2019il était à l\u2019hôpital et qu\u2019il lui dictait ses pensées, pour nous livrer au «je» ce devoir de mémoire plein de compassion.On imagine que c\u2019était une façon, pour l\u2019écrivaine, de surmonter cette mort.D\u2019appréhender toutes les questions soulevées par le geste de son père et de se rapprocher, par-delà sa disparition, de cet homme qui à la fin de sa vie croyait n\u2019avoir absolument rien accompli.Diagnostiqué bipolaire à l\u2019âge de 17 ans, au début des années 1950, il avait été informé par le psychiatre qui s\u2019était occupé de lui qu\u2019il avait peu de chances de mener une vie « normale», de se marier, de fonder une famille, de conserver un emploi.Sa vie qura pourtant fait mentir cette prédiction.Epoux, père, enseignant puis directeur d\u2019école durant 40 ans, jusqu\u2019à son suicide il aura joué parfaitement son rôle au sein de la communauté mennonite de Stein-bach, au Manitoba \u2014 une curieuse secte protestante anabaptiste née en Suisse au XVP siècle.Peut-être surtout en raison de sa forme même \u2014 cette incarnation de sa propre fdle, mouton noir de la famille \u2014, Jamais je ne t\u2019oublierai est un livre qui étonne et qui touche.La romancière de Drôle de tendresse et des Troutman volants (Boréal, 2005 et 2009) répand un peu partout dans ces pages le jegard clair et altruiste qu\u2019on lui connaît.«A la fin, les mots se sont révélés impuissants à sauver mon père, nous dit-elle, mais la foi qu\u2019il a toujours mise dans la lecture et l\u2019écriture lui survit.» Collaborateur Le Devoir JAMAIS JE NE T\u2019OUBLIERAI Myriam Toews Traduit de l\u2019anglais (Canada) par Ij)ri St-Martin et Paul Gagné Boréal Montréal, 2013, 272 pages r-|-i ivuiiam loews Jamais je ne t\u2019oublierai Boréal LITTERATURE FRANÇAISE Sellers, autoportrait en femmes CHRISTIAN DESMEULES Toute son œuvre pourrait être lue comme un commentaire en marge de l\u2019éternel féminin.D\u2019Une curieuse solitude à Femmes, jusqu\u2019à ses derniers romans, parfois plus faibles, oû il semble souvent se contenter d\u2019avancer en roue libre et de faire entendre sa petite musique, Philippe Sellers a ses fidélités.Qu\u2019elles soient muses, «artistes de la vie» ou «femmes-miracles», elles prennent ici et là sous sa plume, depuis 50 ans, la forme d\u2019une véritable obsession \u2014 dans le meilleur sens du terme.De celles qui vous font vivre des nuits blanches, vous poussent à vous lever le matin ou vous font écrire.D\u2019accord, ce Portraits de femmes sent parfois un peu le réchauffé \u2014 on a l\u2019impression par moments de lire le verbatim d\u2019une série radiophonique diffusée sur Prance Culture à l\u2019été 2010.11 est un temps, sans doute, dans la vie d\u2019un écrivain oû l\u2019invention (quand elle a existé) se fait moins radicale.Oû on a tout dit et de toutes les façons.Mais cet écrivain né en 1936 manie toujours la provocation et l\u2019ironie avec autant de brio.Elle recouvre quelques passages lumineux, colore des réflexions pleines d\u2019humour, de sensibilité et d\u2019intelligence.Sellers y convoque les femmes de sa vie : sa mère, Eugenia l\u2019anarchiste basque (et bisexuelle), initiatrice amoureuse d\u2019Une curieuse solitude, Dominique Rolin, Julia Kristeva.¦ BERTRAND GUAY AGENCE ERANCE-PRESSE Philippe Sollers, né en 1936, manie toujours la provocation et l\u2019ironie avec autant de brio.Des portraits de femmes, oui, mais c\u2019est surtout un portrait de lui-même que trace ce «réfractaire de naissance».« On ne naît pas homme, écrit-il, on le devient, la plupart du temps à ses dépens.C\u2019est un long chemin dangereux qui, le plus souvent, ne mène nulle part.» Un petit livre chargé de lucidité et de liberté.La jalousie?«Je n\u2019ai jamais compris ce que signifiait la fidélité sexuelle, et je trouve lumineuse la distinction sartrienne entre amours nécessaires et amours contingentes.» En Occident, le mariage, autrefois instrument de l\u2019oppression des femmes, semble aujourd\u2019hui servir au contrôle des hommes.«Quelque chose est retombé, écrit l\u2019auteur de Passion fixe.on ne s\u2019amuse plus, la gratuité s\u2019est évaporée, sale temps pour la liberté.» Suite forcément « logique » de La guerre du goût, à\u2019Éloge de l\u2019infini et de Discours parfait (Gallimard, 1994, 2001 et 2010), un nouveau volume de textes de Philippe Sollers reprend des trucs parus en revues, quelques inédits, une improvisation dans un taxi à Rome.11 y a à boire et à manger dans ces Fugues.Et on y retrouvera sans déplaisir quelques vieux dadas de fauteur \u2014 Lautréamont et Sade, Mozart et Debord, la langue.Des pages consacrées aux femmes, bien sûr, toujours, réelles ou romancées.Sur Molly Bloom ou sur les photos de Willy Ronis.Et puisque Sollers a tout compris de la Chine, et depuis longtemps, ce sera «L\u2019évidence chinoise» et «Comment être Chinois».De nombreuses transcriptions d\u2019entretiens, aussi, qui donnent un vernis vaguement, disons, hagiographique à ces Fugues.Et quelques vieilles choses aussi, exhumées des années 70 et 80.Mine de rien, Sollers est en train de nous servir ses œuvres complètes.Collaborateur Le Devoir PORTRAITS DE FEMMES Philippe Sollers Flammarion Paris, 2013, 160 pages FUGUES Philippe Sollers Gallimard Paris, 2012, 1120 pages P 0GaspardLE DEVOIR 1 ALMARÈS Du 18 au 24 février 2013 \t\t \t\t Romans québécois\t\t 1 Gaby Bemier \u2022 Tome 2\tPauiine Giii/Québec Amérique\t1/2 2 Ce qui se passe au Mexique reste au Mexique !\tAméiie Oubois/Éditeurs réunis\t3/16 3 La fiancée américaine\tÉric Oupont/Marchand de feuiiies\t2/17 4 Enterrez vos morts\tLouise Penny/Eiammarion Québec\t4/7 5 Bébé boum\tJosée Bournivai/Hurtubise\t8/2 6 LOrphéon.Quinze minutes\tPatrick Senécai/VLB\t5/5 7 Lhistoire de Pi\tYann Martei/XYZ\t6/18 8 Le petit prince est revenu\tMarc Eisher/Un monde différent\t-/I 9 Gaby Bemier \u2022 Tome 1 1909-1927\tPauiine Giii/Québec Amérique\t9/2 10 La dernière saison \u2022 Tome 3 Les enfants de Jeanne\tLouise Trembiay-O'Essiambre/Guy Saint-Jean\t7/15 Romans étrangers\t\t 1 Cinquante nuances pius ciaires \u2022 Tome 3\tE.L.James/Lattès\t1/3 2 Cinquante nuances de Grey \u2022 Tome 1\tE.L.James/Lattès\t2/21 3 Cinquante nuances pius sombres \u2022 Tome 2\tE.L.James/Lattès\t3/7 4 La vérité sur i'Affaire Harry Quebert\tJoëi Oicker/Eaiiois | Âge d'homme\t4/10 5 Vert-de-gris\tPhiiip Kerr/Ou Masque\t-/I 6 Dévoiie-moi\tSyMa Oay/Eiammarion Québec\t6/9 7 Les enquêtes du département V \u2022 Tome 3 Déiivrance\tJussi Adier-Qisen/Aibin Michei\t5/4 8 Le siècie \u2022 Tome 2 Lhiver du monde\tKen Eoiiett/Robert Laffont\t7/18 9 Je vais mieux\tOavid Eoenkinos/Gaiiimard\t8/2 10 Une seconde chance\tNichoias Sparks/Michei Lafon\t10/3 Essais québécois\t\t 1 Journai d'un écrivain en pyjama\tOany Laferrière/Mémoire d'encrier\t1/2 2 Vieiiiir avec grâce\tOenise Bombardier/Homme\t2/2 3 En terrain miné.Correspondance en temps de guerre\tRoxanne Bouchard | Patrick Kègie/VLB\t-/I 4 Eâché noir.Chroniques\tStéphane Oompierre/Québec Amérique\t3/4 5 Tous fous?Linfluence de i'industrie pharmaceutique.\tJean-Ciaude St-Qnge/Écosociété\t4/3 6 Une idée de i'université.Propositions.\tMichei Sepour/Boréai\t6/2 7 Gouvernance.Le management totaiitaire\tAiain Oeneauit/Lux\t5/6 8 Lettres à un jeune gauchiste\tMartin Lemay/Accent grave\t-/I 9 Chers voisins.Ce qu'on ne connaît pas de i'Ontario\tJean-Louis Roy/Stanké\t8/4 10 Les dessous du printemps étudiant\tGérard Beaudet/Nota bene\t9/2 Essais étrangers\t\t 1 Les moissons du futur.Comment i'agroécoiogie.\tMarie-Monique Robin/Stanké\t1/4 2 Ein de i'Occident, naissance du monde\tHervé Kempf/Seuii\t4/2 3 Le iivre du temps\tAdam Hart-Oavis/Broquet\t3/15 4 Tous cobayes! OGM, pesticides, produits chimiques\tGiiies-Éric Séraiini/Eiammarion\t-/I 5 Peut-on encore sauver i'Égiise ?\tHans Küng/Seuii\t-/I 6 La guérison du monde\tErédéric Lenoir/Eayard\t2/4 7 Une autre vie est possibie\tJean-Ciaude Guiiiebaud/i'iconociaste\t5/3 8 La passion suspendue.Entretiens avec.\tMarguerite Duras | Leopoldina Pallotta Della Torre/Seuil\t10/2 9 Les iimites à ia croissance dans un monde fini\tDonella H.Meadows | Dennis L Meadows | Jorgen Randers/Ecosoaété\t7/2 10 Reflets dans un œii d'homme\tNancy Huston/Actes Sud\t-/I La BTLF (Société de gestion de la Banque de titres de langue française) est propriétaire du système d\u2019infoimation et d\u2019analyse Gdsjdn! sur les ventes de livres français au Canada, Ce palmarès est extrait de Bdspdn! et est constitué des relevés de caisse de 215 points de vente, La BTLF reçoit un soutien financier de Patrimoine canadien pour le projet Bdspdré.© BTLF, toute reproduction totale ou partielle est interdite. F 4 LE DEVOIR LES SAMEDI ET DIMANCHE MARS 2 O I S LITTERATURE Vous êtes juif, vous avez peut-être de l\u2019humour GILLES ARCHAMBAULT Combien de fois plusieurs d\u2019entre nous, sortant d\u2019un film de Woody Allen, n\u2019ont-ils pas proclamé que l\u2019humour juif qu\u2019il mettait en lumière était le fin du fin ?Le personnage du super-analysé qui se plaint de tout, des autres et de lui, qui parvient difficilement à aimer et à être aimé, s\u2019inscrit dans une tradition.Judith Stora-Sandor publie une anthologie de l\u2019humour juif dans la littérature mondiale.Divisée en cinq parties, la famille tout confort, les héros non héroïques, juifs et goyim, secrets de fabrication de l\u2019humour juif et l\u2019humour juif en Israël, ce choix de textes commentés démontre comment s\u2019est manifesté à par- à lire, mais elle est tout à la fois drôle et inquiétante.«Rien n\u2019arrête l\u2019œil scrutateur d\u2019une mère angoissée, c\u2019est-à-dire aimante», rappelle l\u2019auteure.Elle ajoute : «Le plus petit malaise exige de faire appel au DOCTEUR qui jouissait jusqu\u2019à une période très récente de l\u2019admiration générale de la famille.Présenter \u201cmon fils, le DOCTEUR\u201d, est l\u2019accomplissement du rêve de toute mère juive ! » Dans la famille juive traditionnelle, comme la décrit la littérature, le père est un être studieux qui se penche sur l\u2019interprétation des livres saints pendant que la mère voit à régler les problèmes domestiques.Les enfants grandissant, c\u2019est elle qui s\u2019occupe d\u2019approuver la jeune personne La description qui est faite de la famille juive et du rôle qu\u2019y tient la mère est peut-être amusante à lire, mais elle est tout à la fois drôle et inquiétante tir du dix-neuvième siècle un type bien particulier d\u2019attitudes humaines par rapport à la yie.Ecrites en hébreu, en yiddish ou dans des langues européennes, ces pages extraites d\u2019œuvres diverses ont une constante.Elles décrivent des univers qui, tout en étant fort dissemblables, finissent par se ressembler sur plusieurs points.Et ce, même si Philip Roth, Saul Bellow et Bernard Malamud, comme le rappelle Judith Stora-Sandor, ont toujours tenu à être lus comme des auteurs américains et non comme des auteurs juifs.Le rire élu n\u2019est surtout pas un recueil d\u2019histoires juives que l\u2019on raconterait pour rigoler entre amis, à la façon des histoires belges d\u2019il y a quelques décennies.La description qui est faite de la famille juive et du rôle qu\u2019y tient la mère est peut-être amusante que la fille ou le fils aimera.Avant tout, il faudra qu\u2019il ne s\u2019agisse pas d\u2019une non-juive.Les goys ne sont pas tolérés.Le fils à qui on interdit de suivre son penchant amoureux est un être malheureux.C\u2019est dans la description de ses états d\u2019âme que se déploie l\u2019humour.Le jeune homme a l\u2019habitude de s\u2019en remettre à sa maman.C\u2019est elle qui l\u2019a gavé, car une mère juive craint toujours que sa progéniture meure affamée, c\u2019est elle qui s\u2019énerve au moindre signe de danger.11 y a donc maman d\u2019un côté, omniprésente, cas-tratrice, et l\u2019aimée qu\u2019il lui faudra abandonner à moins de devenir le mauvais fils.On a là une situation favorable à l\u2019exercice de l\u2019humour juif.Mais si le titre de l\u2019anthologie évoque le rire, c\u2019est bien souvent le sourire que provoque la lecture de la plupart des pages citées.Vivre, pour ces gens, cela s\u2019est donc résumé à cette triste réalité, se dit-on, et le sourire se transforme en une sorte de compassion.Si les auteurs appelés à illustrer l\u2019humour bien particulier dont il est ici question sont en priorité américains, c\u2019est bien de la littérature universelle que proviennent bon nombre de textes.Italo Svevo, Albert Cohen, Erica Jong, Grace Paley côtoient Isaac Babel, Isaac Ba-shevis Singer et Karl Kraus.Des signatures connues, incontournables, Kafka, Romain Gary, Amos Oz, mais aussi bon nombre d\u2019écrivains de l\u2019ombre.On y apprend qu\u2019on peut s\u2019amuser même après Auschwitz.Très utile, un glossaire en fin de volume nous aide à nous débrouiller sommairement dans les désignations en yiddish contenues dans certains des textes.A retenir de toute urgence le terme de schlemiel, qui décrit le malchanceux congénital, la victime permanente qui n\u2019en finit pas de se lamenter.Je ne crois pas qu\u2019il faille prendre ce livre, tout passionnant qu\u2019il est, pour autre chose qu\u2019une invitation à connaître des écrivains que ne réunirait finalement qu\u2019une attitude par rapport à la vie, celle du désarroi amusé ou non.Selon ses inclinations, on pourra toujours aller plus à fond et parfaire sa connaissance d\u2019un monde littéraire d\u2019une étrange richesse.Collaborateur Le Devoir LE RIRE ÉLU Anthologie de l\u2019humour juif DANS LA LITTÉRATURE MONDIALE Edition établie par Judith Stora-Sandor Gallimard, «Du monde entier» Paris, 2012, 413 pages SOURCE TELE-QUEBEC Le personnage dépeint par Woody Allen du super-analysé qui se plaint de tout, des autres et de lui, qui parvient difficilement à aimer et à être aimé, s\u2019inscrit dans une tradition.POESIE Mario Brassard, corps à vif HUGUES CORRIVEAU Jeune auteur de 35 ans, précédé d\u2019une réputation enviable, Mario Brassard nous invite à ouvrir son Livre clairière qui «cherche avec urgence le passage, l\u2019éblouissante brûlure ».Retenons que ses deux premiers recueils.Choix d\u2019apocalypse et La somme des vents contraires, ont été finalistes à sept prix littéraires différents, dont le Prix de poésie du Gouverneur général du Canada à deux reprises, respectivement en 2004 et en 2007, et le Grand Prix du livre de la Ville de Montréal en 2004.Dans la première partie de ce troisième ouvrage, «le nœud d\u2019énigmes se resserre», à n\u2019en pas douter.On entre en maladie dans ces pages souffrantes, comme en religion du corps las, soumis à l\u2019examen et au supplice de l\u2019inquiétude.Avec une grande force d\u2019évocation, le poète s\u2019approche de la douleur et de la soumission de l\u2019autre, le cœur en berne, la voix cassée : « Sous ta peau, le mal s\u2019écrit comme il se prononce.Tu demandes à l\u2019infirmière que l\u2019on effeuille les nuages, de grâce des astres à l\u2019épreuve des éclipses.Désolée, je ne suis pas d\u2019ici.Le ciel est ce livre ouvert à la mauvaise page.» Confrontés à la mort, les humains régressent au temps premier des singes et des plaines nues.Ce qu\u2019on entend, dans cette prose serrée, «c\u2019est la langue des oiseaux qui tremblent à la vue de l\u2019encre».Le poète veille le corps MARIO BRASSARD LE LIVRE CLAIRIÈRE LES HERBES ROUGES / POÉSIE mourant qui pourrait tout aussi bien être le sien propre avec une aménité si précieuse que la poésie tient lieu de chant funèbre dans ce mou-roir enveloppant.Dans la seconde partie.Le cahier blanc, le poète passe du «tu» initial à un «nous» qui confronte le malheur sous toutes ses formes avec une lucidité tranchante.«Nous n\u2019avions pas rêvé, nous ne rêverions plus», avoue-t-il poète devant les guerres et les terreurs.Le texte passe alors d\u2019un mal individuel à une catastrophe collective ravalant les beautés du monde, irradiant le souffle et l\u2019espace : « C\u2019est assis que nous attendions de l\u2019accident le parcours, la fin de l\u2019équation.Nous avions abusé du soleil.Nos peurs, limpides, ne séchaient plus.Les éclairs de l\u2019orage dénouaient nos certitudes.Nous pensions dinosaures, nous disions pétrole; la mémoire nous coulait entre les doigts./ Nous serions ces fossiles aux veines fuyantes, les hommes qui vivaient de pansements.» Nous ne sommes pas loin de La route de Cormac McCarthy ou des recueils de Marcel Labine : une même évidence apocaljq)-tique plane sur les nuits humaines et les jours terrestres.Vient enfin le «je» de la troisième et dernière partie.Autoportrait à la clairière, qui cherche obstinément une résurrection des sens, une beauté franche aux aspérités du monde: «Murmure une histoire du monde sans compte à rebours, claire comme de l\u2019eau vive», se dit le poète.Mais lucide, il ajoute: «j\u2019entends le ressac d\u2019une phrase qui finit dans le sang.» IJn seul espoir peut ouvrir encore l\u2019avenir : «Au nord de toute chose, je peins le tableau de la pire espèce, j\u2019énumère la noirceur au bout de l\u2019œil nuit repoussée d\u2019heure en heure en heure jusqu\u2019à ses premiers aveux de lumière.Encore un peu de fatigue, et la fenêtre débouchera peut-être sur une clairière où rendre les armes.» Encore une fois, la poésie actuelle prend le pouls de la précarité des êtres, de la fragilité de cette terre qui ne tient que bien peu en orbite.Voilà un recueil d\u2019une grave lucidité qui ne craint ni le noir sous le sens ni la lumière qui irradie du noir.Collaborateur Le Devoir LE LIVRE CLAIRIÈRE Mario Brassard Les Herbes rouges Montréal, 2012, 80pages Un combat pour les livres L\u2019Institut de recherche et d\u2019informations socio-économiques 0RIS) garde l\u2019œil ouvert sur la bataille que livrent les opposants à l\u2019implantation d\u2019une politique de prix plancher pour les nouveautés en librairie.Dans un texte publié le 27 février sous la plume de Simon Tremblay-Pépin, riRIS affirme que l\u2019inflation du prix des livres est moins forte en Erance, où une telle politique existe, qu\u2019en Angleterre, où elle a été abandonnée en 1997.Entre 1996 et 2007, l\u2019inflation du prix des livres serait de 30,3% en Angleterre contre 11,9% en Erance pour un taux d\u2019inflation générale sensiblement pareil pour les deux pays, soit respectivement 18,8% et 19,5%.L\u2019IRIS note en conclusion qu\u2019une réglementation du prix du livre au Québec ne réglerait pas tous les problèmes de ce secteur, loin de là, mais que «les tentatives d\u2019adaptation déjà en cours seront mieux à même de fonctionner si nous préservons la richesse et la diversité du milieu du livre».Le Devoir Le miroir de Julie Wolkenstein Julie Wolkenstein a publié un bel essai sur les rêves dans la fiction, en 2006.Puis elle a traduit Gatsby de Fitzgerald et relu Henry James, signant L\u2019excuse, roman de 2008.Voici Adèle et moi, un sixième titre chez P.O.L., volumineux récit plein d\u2019images et d\u2019intériorité, qui s\u2019inscrit joliment dans la continuité.GUYLAINE MASSOUTRE Apparemment, Adèle et moi est un récit de vie, consacré à l\u2019arrière-grand-mère de l\u2019auteure.Il s\u2019étend sur un siècle et débute par la mort du père, Bertrand Poirot-Delpech, chroniqueur au Monde, écrivain et académicien, lequel n\u2019avait rien écrit sur sa famille, mais conservé un journal intime hérité d\u2019Adèle, figure dont il est ici question.Professeure, romancière et traductrice, Julie Wolkenstein a grandi dans l\u2019amour du théâtre, du roman du XIX® siècle et de l\u2019admiration prous-tienne.En écriture, elle penche du côté maternel anglais, vers cette littérature qu\u2019elle dit volontiers plus romanesque que dans la tradition française.Elle joue beaucoup, allant jusqu\u2019à adjoindre des photos à son roman, fausses, pas du tout de famille, mais des portraits de grands peintres, et même une carte teintée d\u2019imaginaire, pour ouvrir la lecture au rêve.Apparemment, donc, Adèle ressemble à une héroïne d\u2019Henry James, lequel s\u2019inspira d\u2019Emma Bovary pour l\u2019Isabel de son Portrait de femme-, trouvant Emma un rien bébête, il la dramatisa et rendit Isabel responsable de son malheur: ne pas avoir réalisé ses rêves.Question, au vu de la lignée remarquable de Wolkenstein : son histoire, avec ses références, cache-t-elle un bovarysme invétéré ?Renouveler un genre En réalité, Adèle et moi n\u2019a rien d\u2019un livre d\u2019histoire.Adèle est plus fictive que liée au journal de la vraie aïeule et à l\u2019enquête.La romancière préfère l\u2019imaginer, concevoir une biographie qui relèverait Jitfk Woilriisfein Adèle et moi davantage de l\u2019autobiographie, et faire qu\u2019il soit possible de replier un temps sur l\u2019autre, pour les traverser comme une actrice jouant son rôle.Pas de doute, elle rêve autour du matériau réel, prêtant à Adèle une partie de ses propres goûts, ces livres du XIX® siècle et du tournant du XX® siècle qui lui plaisent tant.L\u2019époque est musicale, la musique siéra donc à Adèle.Pait d\u2019échos et d\u2019allers-retours, d\u2019où le titre miroir, Adèle et moi, ce roman va de la bibliothèque rose aux romans anglo-américains, sans naïveté, avec élégance et joyeuse manigance.Sans faire l\u2019économie de la grande histoire, filtrée par un milieu aisé, l\u2019enfance de Wolkenstein se prolonge, communicative et heureuse, dans l\u2019art du roman.C\u2019est un livre «auto-héréto-biographique », a-t-elle, dit, légère, en entretien.À l\u2019évidence, elle aime les biographies, les autobiographies, les autofictions, à condition que tout plonge dans la fiction.Ce qu\u2019Adèle ht, vit, fait est hautement hypothétique, relevant du plaisir d\u2019écrire et de jongler avec un peu de véracité.De même, Cécile, psychanalyste inventée pour parfaire l\u2019illusion, s\u2019introduit dans les lieux réels pour les habiter, comme Proust faisait vivre Balbec avec ses jeunes filles en fleur.Les générations se tissent.Et la plage normande, réelle, de Saint-Pair, adjacente à la jolie station de Granville, fait ici une belle apparition littéraire, très inspirante, sur le fond de ces jeux clairs et miroitants.Une plage de fraîcheur et de gaieté Là est le théâtre du livre, dans la fresque à maints personnages, tous reliés à la vraie famille.Des photos de Caillebotte glissent dans le texte des images qui ne lui correspondent pas; la typographie même surligne et grossit certains mots, à la manière de Joyce Carol Gates, dit-elle, pour travailler l\u2019oralité.Ces procédés coulent avec le ton fantaisiste, et si littéraire, de traiter la vie, les êtres perdus et retrouvés dans les mots.Adèle et moi mélange le naturel et un réel impréparé, quasiment brut et direct, qui nous est livré avec charme, spontanéité, force parenthèses et surprises bien distillées.La force d\u2019un écrivain vient de l\u2019impact qu\u2019il crée à la lecture.Qu\u2019une chanson de Véronique Sanson s\u2019y glisse d\u2019une pirouette anachronique, que des mots décalés dans le temps \u2014 du présent au passé \u2014 fassent sourire, tel est le but: truquer, charmer, entraîner légèrement le scénario ludique vers une parenté moins vieillotte qu\u2019amusante, insolente, dépoussiérée.Gn croirait passer un après-midi à la Grande Jatte, en compagnie de Seurat : plaisir de lire garanti.Collaboratrice Le Devoir ADÈLE ET MOI Julie Wolkenstein P.O.L.Paris, 2013, 599 pages LE DEVOIR LES SAMEDI ET DIMANCHE MARS 2013 F 5 LIVRES La Vitrine Kohcri EipLintc Co qui cliorclic naître ESSAI CE QUI CHERCHE À NAÎTRE Robert Laplante L\u2019Action nationale Montréal, 2012, 208 pages Avec constance, avec acharnement même, dans un style passionné aux accents tragiques qui n\u2019est pas sans rappeler celui de Lionel Grouk, Robert Laplante, directeur de la revue L\u2019Action nationale, mène avec noblesse le nécessaire combat contre «la minorisation définitive du Québec» et pour la liberté qui «vaudra toujours plus et mieux que la plus docile des soumissions».Recueil de chroniques d\u2019abord parues dans L\u2019Action nationale, cet ouvrage fougueux, qui constate que «le cycle de la soumission ouverte vient d\u2019être inauguré» et qu\u2019«f/ n\u2019y a plus de destin pour le Québec dans le Canada sinon [.] celui de la régression ethnique folklorisante», veut «identifier les avenues de la résistance», en prônant notamment une alliance des forces souverainistes.L\u2019intransigeance, nous fait comprendre Laplante, peut être une vertu.Louis Cornellier ROMAN LA LÉGENDE DE SARILA Marielle Bernard Editions Bayard Montréal, 2013, 216 pages (roman), 48 pages (album) Tirés du film d\u2019animation 3D, sur les écrans depuis vendredi, l\u2019album et le roman jeunesse La légende de Sarila font surtout écho à la belle épopée cinématographique, la première de cette envergure technique à être complètement produite au pays.Le récit campé dans le Grand Nord relate l\u2019aventure de trois Inuits partis ,à la recherche de la vallée mythique de Sarila.Seul ce jardin d\u2019Éden nordique aux inépuisables ressources pourrait sauver leur village acculé à la famine.si l\u2019Esprit du Mal n\u2019entrave pas les cœurs purs.L\u2019adaptation pour en faire un album souffre des raccourcis imposés au scénario original, que le roman a pu éviter.A vous de décider s\u2019ils prépareront vos enfants à l\u2019épopée 3D ou, à l\u2019inverse, s\u2019ils en prolongeront le plaisir.Frédérique Doyon BANDE DESSINEE lavé™ ULTIME LE CQNCQMBRE MASQUE LA VERITE ULTIME Mandryka Dargaud Paris, 2012, 48 pages Depuis le temps qu\u2019on l\u2019attendait.La vérité ultime, oui celle-là même, vient enfin d\u2019être révélée à la face du monde et, sans surprise, c\u2019est par le Concombre masqué, célèbre personnage de bédé imaginé par Mandryka, que la chose se devait d\u2019être amenée au grand jour.Difficile d\u2019en être autrement Depuis son apparition en 1965 dans les pages du journal Vaillant\u2014l\u2019ancêtre de Pif Gadget\u2014, la délirante cucurbitacée aime dire n\u2019importe quoi, ce qu\u2019il fait encore avec brio et méthode dans ce dernier album dont l\u2019absurde délicieusement ancré dans le présent risque à nouveau de régaler ses fans.Le légume met d\u2019ailleurs le paquefi pas seulement en prenant l\u2019avion pour Casablanca avec des éléphants qui traversent une «sorte de crée intellectuelle et théorique grave».Il va aussi devoir composer avec une buUe financière, palpable celle-là, détruire des paradis fiscaux, mais également trouver son salut dans les stock-options et un parachute doré pour ralentir une inéluctable descente.Tout ça est bien sûr vrai, à moins qu\u2019il ne s\u2019agisse plutôt de «glarquitude» et de «porquerie»! Qui sait?Fabien Deglise Ce qu\u2019il reste des auteurs que l\u2019on a longtemps fréquentés L\u2019Instant même publie les essais d\u2019un auteur flamand à découvrir PAUL BENNETT En cet âge de l\u2019information où «apprendre à apprendre» tend à remplacer l\u2019acquisition de connaissances, où la notion même d\u2019érudition est devenue suspecte, le recueil d\u2019essais de l\u2019intellectuel flamand Luc Devoldere, En attendant les Barbares, est la preuve qu\u2019un ouvrage ______ érudit peut encore être lu avec profit et plaisir.En attendant les Barbares aurait pu s\u2019intituler « Ce qu\u2019il reste des écrivains et des philosophes après une longue fréquentation».Luc Devoldere, qui a longtemps enseigné les langues anciennes \u2014 et non mortes, précise-t-il \u2014, y prend congé de tous les auteurs qu\u2019il a aimés ou enseignés, de Marc-Aurèle et Quin-tilien à Montherlant, Yource-nar et Cioran, en passant par Dante, Érasme et Nietzsche.Il nous les présente avec une telle ferveur et une telle fraîcheur que même le lecteur qui ignore tout d\u2019Ératosthène de Cyrène, un des «bâtisseurs» de la bibliothèque d\u2019Alexandrie, ou du poète latin Horace en retirera l\u2019impression d\u2019avoir fait un merveilleux voyage guidé dans le temps.L\u2019essayiste n\u2019hésite pas à régler ses comptes avec certains auteurs, par exemple Érasme, mais la plupart du temps il tente simplement de «mesurer la distance» qui le sépare des idoles de sa jeunesse, ou des écrivains et philosophes qui ont illuminé sa vie.Que reste-t-il par exemple de Nietzsche, lu à 17 Luc Devoldere détachée et (trop) contemplative», autrement dit (trop) classique ?Devoldere soutient que « c\u2019est précisément dans l\u2019impersonnalité qu\u2019elle atteint sa propre personnalité.Son détachement se double paradoxalement d\u2019un engagement intense».En sa compagnie, le lecteur a l\u2019impression de retrouver.« Quoi ?\u2014 L\u2019Eternité», comme dans le poème de Rimbaud.Le plus grand danger pour la culture occidentale est de tomber dans r«accidia» des Grecs ans, «ce prophète que l\u2019avenir a dépassé» ?Ni le libre penseur, ni le démolisseur des vieilles certitudes, ni le philosophe du langage, «mais bien le style avec lequel il est et fait tout cela: l\u2019écrivain».Et le grand Montherlant, monument littéraire dont les pièces, même les meilleures {La reine morte, La ville dont le prince est un enfant), ne sont guère plus jouées?Demeure «une tentative orgueilleuse d\u2019être à la fois lucide et passionnée», répond Devoldere.Et que dire de Yourcenar, à qui on a souvent reproché «d\u2019être (trop) réservée, (trop) Et Cioran, ce «toréador du Nihilisme» qui a trouvé asile dans la langue française ?Pour notre essayiste, il n\u2019en subsiste plus que le style éblouissant de l\u2019écrivain.«Lorsque Cioran tourna le dos à la carrière de philosophe, il ne lui resta plus qu\u2019à devenir écrivain.Il troqua la Vérité pour le style», commente-t-il.Pour celui qui a pulvérisé toutes les valeurs, que reste-t-il d\u2019autre qu\u2019un «nihilisme blasé» et qu\u2019une solution: attendre les Barbares.Ainsi Devoldere revient-il au titre du recueil, tiré d\u2019un poème de Constantin Kavafis.Car à quoi bon lutter dans une Europe sur le déclin, menacée de toutes parts par les «Bar- bares»\u2019) Ceux que Devoldere appelle les «pessimistes culturels», aussi bien les nostalgiques d\u2019un âge d\u2019or de la culture européenne que ceux qui sont paralysés par la peur des clandestins ou de l\u2019islam, ont tort de jeter l\u2019éponge.Ne vaudrait-il pas mieux, demande Devoldere, faire un bilan des gains et des pertes de la culture européenne, et tenter plutôt de consolider ces gains?«Qui attend les Barbares, conclut Devoldere, découvrira avec Kavafis qu\u2019il n\u2019y en a pas, et qu\u2019il devra se tirer d\u2019affaire tout seul.» Le plus grand danger pour la culture occidentale est de tomber dans V«accidia» des Grecs, cet amalgame débilitant d\u2019inertie, de négligence et d\u2019indifférence.Et merci aux éditions québécoises L\u2019Instant même de nous avoir fait connaître le Belge Luc Devoldere.Collaborateur Le Devoir EN ATTENDANT LES BARBARES Luc Devoldere Essais traduits du néerlandais par Monique Nagielkopf L\u2019Instant même Montréal, 2013, 252 pages Oka et Octobre 1970, ces crises sœurs MICHEL LAPIERRE La crise d\u2019Oka, essai d\u2019Émi-lie Guilbeault-Cayer, tombe pile.Il réinterprète les événements de 1990, les compare à ceux d\u2019Octobre 1970 et dévoile un Québec où les rapprochements dépassent les différences.La jeune historienne a donné à son livre un sous-titre inspirant: Au-delà des barricades.Elle y souligne qu\u2019à Oka, en banlieue de Montréal, l\u2019extrême tension de 78 jours, durant l\u2019été 1990, entre des Warriors mohawks masqués, lourdement armés, et les forces de l\u2019ordre (la Sûreté du Québec, puis un régiment francophone de l\u2019armée canadienne), devint, grâce aux médias, «le symbole mondial des revendications autochtones et de l\u2019incompréhension régnant dans ce domaine».La mort d\u2019un agent de la SQ, la participation au conflit des Mohawks de Kanesatake (Oka), de Kahnawake, sur la Rive-Sud, et d\u2019Akwesasne (Saint-Régis), les dissensions entre les Warriors (liés à la contrebande, aux casinos) et les traditionalistes qui, pacifiques, se réclament de la spiritualité iroquoise, entremêlent violence, solidarité amérindienne et désunion des protestataires.Les relations entre l\u2019État québécois et les autochtones, pourtant prometteuses sous René Lévesque (de 1976 à 1985), sont bouleversées.Réforme La reconnaissance en 1983 par le gouvernement péquiste des peuples aborigènes comme «nations distinctes» et de leurs «droits de souveraineté», à l\u2019intérieur du Québec, ne pouvait se concrétiser à moins d\u2019une réforme de la Constitution canadienne, puisque la question autochtone est de compétence fédérale.Comme Lévesque était en froid avec Ottawa depuis le rapatriement en 1982 de la Constitution sans l\u2019aval du Québec, toute évolution constructive devenait impossible.Émilie Guilbeault-Cayer a l\u2019intelligence d\u2019établir que les deux grandes revendications identitaires dans la Confédération canadienne, l\u2019autochtone et la québécoise, sont si stratégiquement reliées qu\u2019elles paraissent empiéter l\u2019une sur l\u2019autre.Elle fait un parallèle au symbolisme puissant : à Oka et en octobre 1970, un groupe revendicateur et violent se heurte au gouvernement québécois du libéral Robert Bourassa et à son grand frère l\u2019État canadien, un homme meurt, l\u2019armée intervient.En Nouvelle-Erance, surtout après la Grande Paix de Montréal (1701), les ancêtres des Amérindiens et ceux des Québécois cheminèrent côte à côte, mais la Conquête britannique rompit cet équilibre.Tirant leçon de la crise d\u2019Oka, un gouvernement péquiste signe en 2002 la paix des braves avec les Cris.«Excellent exemple» de progrès, note Émilie Guilbeault-Cayer.Deux nations dominées sont faites pour se comprendre.La plus humiliée reste tou- Émilie Guilbeault-Cayer La Crise d'Oka Au-delà des barricades ) SEPTENTRION jours le miroir subliminal de l\u2019autre.Collaborateur Le Devoir LA CRISE D\u2019OKA Emilie Guilbeault-Cayer Septentrion Québec, 2013, 204 pages vieNt De paRaitRe Dossier Le racisme à découvert Numéro 763 \u2022 mars 2013 Les auteurs sont: Aurélie Arnaud, Emiliano Arpin-Simonetti, Étienne Balibar, Marie-Thérèse Chicha, Paul Eid, Micheline Labelle, Ricardo Lamour, Georges Leroux et Marie-Blanche Tahon.À lire aussi : le carnet de José Acquelin, la chronique littéraire de Virginia P.Bordeleau, une analyse sur le Paraguay, un regard sur le 30^ anniversaire du Centre justice et foi, ainsi qu\u2019un débat sur les salons du livre.Artiste invité: Olivier Hanigan Sommaire détaillé et abonnement en ligne : www.revuerelations.qc.ca 1 RcLâtiONs qui veut une société juste\t^ Le racisme à découvert Un racisme sans races Vers une politique québécoise antiraciste.\u2019 Egalité des sexes et stigmatisation L'islamophobie au Québec Trente ans d'engagement solidaire ARTISTE INVITÉ; OLIVIER HANICAN 8 NUMÉROS PAR ANNÉE, 44 PAGES Un an 140$ Deux ans 170$ À l\u2019étranger (un an): 55 $ Étudiant: 25 $ (sur justificatif) Abonnement de soutien : 100 $ (un an) 514-387-2541 p.226 I relations@cjf.qc.ca Relations : 25, rue jarry Ouest Montréal (Québec) H2P 1S6 EN VENTE DANS LES KIOSQUES ET LIBRAIRIES 6,00 $ -i- TAXES Oui, je désire un abonnement de.NOM _______________________ .an(s), au montant de.CODE POSTAL je paie par chèque (à l\u2019ordre de Relations) CH ou carte de crédit CH NUMERO DE LA CARTE EXPIRATION I_____I___ JEAN-JAOQUES PELLETIER Extreme jusqu\u2019au bout La Prison de rurgence n^^urtubise Egalement disponible en version numérique wvvvv.editionshurtubise.com HurtiÉnse Yvon Pare éditeur ;¥^ll Tare Üljsse Le voyage d\u2019Ulysse Une odyssée autour du Lac.Également disponible en version numérique www.editionsxyz.com 725274858798 F 6 LE DEVOIR, LES SAMEDI 2 ET DIMANCHE S MARS 20IS ESSAIS Catherine Voyer-Léger, biogueuse de luxe Louis CORNELLIER Catherine Voyer-Léger est une drôle de fille.Brillante, informée et énergique, elle blogue et twitte compulsivement avec intelligence et style, naviguant entre les grands enjeux sociaux et culturels et des considérations très intimes.«Ces allers-retours entre le Moi et le Monde, entre le chatoiement de références pop, de noms à la mode, et de fulgurantes plongées dans les abysses de l\u2019âme : c\u2019est son système, sa manière, son pari», écrit Marie-France Bazzo dans la préface de Détails et dédales, un recueil des meilleurs textes de Catherine Voyer-Léger.Politologue de formation \u2014 elle a notamment étudié avec Thierry Hentsch \u2014, la biogueuse est une intellectuelle féministe qui ne craint pas de bousculer les idées reçues.Allergique à «l\u2019idée que toutes les opinions et, par le fait même, toutes les expertises se valent», à l\u2019idée que «la parole expé-rientielle», fondée sur le vécu, vaut plus que celle des spécialistes, des penseurs ou des bons chroniqueurs, Voyer-Léger défend la nécessité d\u2019une parole intellectuelle.«Or, penser, écrit-elle, ça s\u2019apprend aussi.Et certaines personnes sont plus qualifiées, cultivées, outillées, douées, tout simplement, que d\u2019autres.Ça ne veut pas dire qu\u2019elles ont toujours raison, mais ça pourrait mériter qu\u2019on leur accorde un certain crédit.» Très critique envers la tendance au «tout à l\u2019individu et au vécu [qui] tend à nous faire \u201cpsychologiser\u201d n\u2019importe quoi et à centrer toute analyse sur l\u2019expérience individuelle », Voyer-Léger rappelle que «la première règle lorsqu\u2019on analyse des phénomènes sociaux, c\u2019est de comprendre qu\u2019un tout t JAKE WRIGHT Politologue de formation la biogueuse, Catherine Voyer-Léger est une intellectuelle féministe qui ne craint pas de bousculer les idées reçues.n\u2019est pas seulement l\u2019addition de ses parties» et, par conséquent, que «ce n\u2019est pas parce que des hommes sont gentils que le patriarcat n\u2019a pas de poids, ce n\u2019est pas parce que certains individus réussissent à sortir du lot qu\u2019il n\u2019y a pas d\u2019atavismes de classe».La question de l\u2019intimité Actuellement directrice du Regroupement des éditeurs canadiens-français, Catherine Voyer-Léger vit désormais surtout en Ontario, mais elle reste branchée sur les médias québécois (Le Devoir, La Presse, Radio-Canada, Télé-Québec), qu\u2019elle aime et critique avec passion.Des émissions de la radio de Radio-Canada, par exemple, elle dit qu\u2019elles pèchent par un ton un peu trop estival, qu\u2019elles «sont sur le party» et qu\u2019un peu de calme et de sérieux leur ferait du bien.«Je rêve, écrit la biogueuse, d\u2019une radio qui se prendrait juste assez au sérieux pour réduire un peu le rythme et devenir, un moment, contemplative.[.] Une radio d\u2019hiver qui tue la morosité en la regardant dans les yeux plutôt que d\u2019essayer, en vain, de la contourner.» Fine lectrice et cinéphile, Catherine Voyer-Léger est obsédée par la question de l\u2019intimité.Aussi, elle invite le lecteur dans la sienne, mais elle se sert d\u2019un détour par les oeuvres pour «transformer l\u2019anecdote en une parole plus englobante».Quand on lit ses textes qui traitent de culture et de société, on imagine Catherine Voyer-Léger en intellectuelle forte, volontaire et pétante de santé.Quand on entre dans son intimité, on la découvre fragile, ultrasensible et blessée.Elle fut, en effet, une enfant trop grande et trop grosse trop vite, avec une «peau de guenon» (elle souffrait d\u2019hirsutisme), ce qui ne facilite pas la drague adolescente.Elle aurait voulu être belle, c\u2019est-à-dire avoir un autre corps, jusqu\u2019à ce qu\u2019une femme lui fasse comprendre qu\u2019on ne se divise pas ainsi.«Je ne voudrais être personne d\u2019autre, écrit Voyer-Léger.Je voudrais une autre apparence, mais être encore moi pour le reste.Or, \u201cmoi\u201d n\u2019existe qu\u2019avec mes peurs, mes douleurs, mes angoisses, mes rejets et mes victoires.Avec aussi mes rondeurs et mon corps difficile.\u201cMoi \u201d se construit sur ce corps imparfait, par ce corps imparfait.» L\u2019envie de mourir Cette prise de conscience, sans illusion \u2014 la biogueuse rejette l\u2019hypocrisie du discours selon lequel la seule vraie beauté qui compte est à l\u2019intérieur \u2014, ne résout pas le problème du difficile rapport au corps.Voyer-Léger raconte par exemple que Paris, cette capitale intellectuelle «obsédée par l\u2019apparence», lui «fait mal à [son] corps» et elle aborde à plusieurs reprises ses malaises relationnels liés à son apparence.«L\u2019envie de mourir, avoue-f elle-même, a longtemps été chez moi un compagnon de voyage, une partie de la vie.Aujourd\u2019hui, elle s\u2019apparente à un vague malaise qui laisse un étourdissement passager.Mais elle n\u2019est pas complètement partie.Il m\u2019arrive de croire qu\u2019elle ne partira jamais.[.] Je suis prête à vivre avec cette idée d\u2019un constant combat: moi vs moi.» [sic] Ça pourrait être pathétique.Ça pourrait s\u2019accompagner d\u2019un discours larmoyant, visant à culpabiliser les méchants qui entretiennent une conception superficielle de la beauté.Qr, ce n\u2019est pas ça.Catherine Voyer-Léger, qui ne tombe à peu près jamais dans le cliché, veut la lucidité, clame «qu\u2019il n\u2019y a rien de plus beau que les gens qui assument leurs blessures», mais ne fait pas semblant que la tristesse n\u2019existe pas, explore sa «peur du rejet», confesse qu\u2019elle a «envie qu\u2019on [la] choisisse» et constate avec un certain apaisement (\\\\i\u2019«une des belles choses qui distinguent la vie adulte d\u2019une cour d\u2019école, c\u2019est que nous sommes absolument libres de choisir avec qui nous souhaitons jouer.J\u2019avoue un faible pour les gens un peu dépeignés».Voilà: cette femme cultivée est adulte et libre, raison pour laquelle sa parole porte.«Annie Emaux, écrit la biogueuse, dépasse l\u2019anecdote malgré le caractère intime de son écriture.» Catherine Voyer-Léger aussi.louisco @sympatico.ca DÉTAILS ET DÉDALES Catherine Voyer-Léger Préface de Marie-France Bazzo Hamac-Carnets Québec, 2013, 340 pages Richesse de Ricœur MARTIN BUREAU AGENCE ERANCE-PRESSE Paul Ricœur est la figure de l\u2019herméneutique française auXX® siècle.LOUIS CORNELLIER L> immense philosophe ' français que fut Paul Ri-cœur (1913-2005) aurait eu 100 ans le 27 février dernier.Pour souligner l\u2019événement, la collection « Que sais-je ?» lui consacre son 3952® numéro, une prestigieuse mission brillamment assumée par le philosophe québécois Jean Grondin.Penseur chrétien (protestant) socialement engagé à gauche, Paul Ricœur est la grande figure de l\u2019herméneutique française au XX® siècle.Discipline qui s\u2019intéresse d\u2019abord «aux méthodes et aux règles de l\u2019interprétation correcte», l\u2019herméneutique, avec Heidegger, explore la question «de savoir comment nous devons nous comprendre nous-mêmes».Ricœur, lui, combine ces deux écoles, en faisant de l\u2019herméneutique «le nom d\u2019une écoute raisonnée et réfléchie des récits et des approches qui reconnaissent un sens et une direction à l\u2019effort humain d\u2019exister», résume Grondin.La philosophie, disait Socrate, constitue l\u2019effort que l\u2019homme met à se connaître lui-même.Elle est, ajoutait Augustin, «la question que je suis pour moi-même».Ricœur, qui intègre aussi Descartes et Kant à son panthéon, définit à son tour la philosophie, selon les mots de Grondin, comme «l\u2019affaire d\u2019un ego qui s\u2019interroge sur lui-même» dans le but de f «éclairer sur lui-même», mais elle tient compte du fait «que le cogito est un cogito brisé, fragile, vulnérable, qui ne peut pas servir de fondement inébranlable».Aussi, dans cette quête de compréhension de lui-même, c\u2019est-à-dire de l\u2019humain, le philosophe doit explorer toutes les perspectives afin «de rendre justice à la complexité des phénomènes humains en les éclairant sous tous les angles possibles».Fin connaisseur de l\u2019œuvre de Ricœur, Grondin montre ici, de fort belle et savante façon, que le maître français, préférant «la synthèse à l\u2019antithèse», a ratissé très large dans sa mission interprétative.D\u2019abord inspirée par la tradition réflexive française, le personnalisme et l\u2019existentialisme, la philosophie de Ricœur emprunte ensuite les sentiers de la phénoménologie, de la psychanalyse, du structuralisme et de la philosophie analytique anglo-saxonne pour en arriver à une herméneutique qui «enseigne que nous ne pouvons nous connaître que par l\u2019interprétation des symboles et des œuvres par lesquels s\u2019est exprimé notre effort d\u2019exister».On retrouve là le concept-clé ^\u2019«identité narrative», selon lequel «la compréhension que nous avons de nous-mêmes provient des récits qui nous constituent et que nous nous sommes appropriés».Savante, complexe et foisonnante, la philosophie de Paul Ricœur veut dépasser la fixation sur «notre angoissante mortalité» pour restaurer, écrit Grondin, «quelque chose comme une confiance en la vie et ses possibilités ».Que la tâche de la présenter à toute la francophonie ait été confiée à un éminent philosophe québécois devrait nous ravir.Collaborateur Le Devoir PAUL RICŒUR Jean Grondin PUF Paris, 2013, 128 pages LIBRAIRIE Rencontre avec Louise Forestier, artiste et auteure de Forestier Selon Louise, Éd.La Presse, 2013 Jeudi 7 mars 19 h 30 Animation: Claudia Larochelle Contribution suggérée : 5 $ Beaucoup plus qu\u2019une librairie! 2653 Masson, Montréal, Qc 514 849-3585\t^o^ec:.olivierî Librairie & Bistro Au cœur de la société Mercredi 6 mars à 19 heures Alternatives CONSTRUIRE ENSEMBLE un mondedifférent Pour nous appuyer : www.alternatives.ca \u2022 514.982.6606 Déjà en librairie Lise Ravary Pourquoi moi ?Raymond Ouimet UAfFaire des Crucifiés Un récit qui ne manque pas d\u2019atmosphère SEPTENTRION.(iC.CA LA RÉFÉRENCE EN HISTOIRE AU QUÉBEC Entrée libre Réservation obligatoire RSVP : 514 739-3639 Bistro : 514 739-3303 5219, Côte-des-Neiges Métro Côte-des-Neiges À l\u2019occasion du lancement de Pourquoi moi?Ma vie chez les Juifs hassidiques Libre expression Causerie avec Lise Ravary La journaliste et biogueuse Lise Ravary est tombée amoureuse du Judaïsme au point de vouloir se convertir.Ce sont des Juifs ultra-orthodoxes de Montréal qui l'ont éduquée.Ce récit raconte les cinq années que Lise Ravary a passées au sein de deux communautés hassidiques de Montréal, dans les années 1990.Animée par Sonia Benezra r Centre I\tCONSIIITATIF DES I\tRELATIONS I Juive s et Israéliennes "]
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