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Le devoir
Quotidien montréalais indépendant et influent, qui informe rigoureusement et prend part aux grands débats de la société québécoise [...]

Fondé à Montréal par l'homme politique québécois Henri Bourassa, le quotidien Le Devoir paraît pour la première fois le 10 janvier 1910. Bourassa rassemble autour de lui une équipe de rédaction fort compétente. En font partie Olivar Asselin, Omer Héroux, Georges Pelletier, Louis Dupire et Jules Fournier.

Dès ses débuts, Le Devoir se veut patriotique et indépendant. Résolument catholique, il est partisan de la doctrine sociale de l'Église et appuie un encadrement catholique des mouvements associatif, syndical et coopératif. De tout temps, il défendra la place de la langue française et sera des débats sur la position constitutionnelle du Québec.

Au cours des années 1920, le catholicisme du directeur se dogmatise, ce qui rend plusieurs journalistes inconfortables, mais l'orateur demeure une figure très en vue qui permet au journal d'amasser des fonds. Grâce à lui, Le Devoir pourra toujours s'appuyer sur des donateurs privés, dont certains siègent à son CA. Des journalistes tels Fadette, Jeanne Métivier et Paul Sauriol y font leur marque à la fin de la décennie.

Proche des cercles intellectuels influents, Le Devoir a une vocation nationale. Une grande part de son tirage est tout de même acheminée dans les milieux ruraux. Le journal offrira d'ailleurs un vif appui à l'organisation de l'agriculture québécoise. Il ne pénétrera que tardivement, mais sûrement, le lectorat de la zone métropolitaine.

Au départ de Bourassa en 1932, Georges Pelletier prend la direction du journal. Un regard d'aujourd'hui sur l'époque des décennies 1930 et 1940 révèle une phase plutôt sombre, empreinte d'antisémitisme, le Juif représentant à la fois la cupidité du capitalisme et le péril athéiste lié au communisme.

Durant la Seconde Guerre mondiale, Le Devoir lutte contre la conscription et rapporte les injustices faites aux Canadiens français dans les corps militaires. Sur le plan politique, bien qu'indépendant, le quotidien appuie la fondation du Bloc populaire, parti nationaliste, et se rapproche parfois de l'Union nationale.

Gérard Filion prend la direction du journal en avril 1947. Il en modernise la formule et attire de solides jeunes collaborateurs, dont André Laurendeau, Gérard Pelletier et Pierre Laporte. Le journal prend alors définitivement ses distances de l'Union nationale, critiquant l'absence de politiques sociales, l'anti-syndicalisme et la corruption du gouvernement québécois, et dénonçant la spoliation des ressources naturelles.

À partir de 1964, le journal est dirigé par Claude Ryan, qui en base l'influence sur la recherche de consensus politique, entre autres sur les sujets constitutionnels. Sous sa gouverne, Le Devoir sera fédéraliste pendant la plus grande partie des années 1970.

Bien qu'il soit indépendant des milieux de la finance, Le Devoir est le quotidien montréalais qui accorde la plus grande place dans ses pages à l'économie, surtout à partir des années 1980. En 1990, l'arrivée de Lise Bissonnette à la direction redynamise la ligne éditoriale et le prestige du journal. Le Devoir appuie résolument la cause souverainiste.

Au XXIe siècle, sous la gouverne de Bernard Descôteaux, puis de Brian Myles, Le Devoir continue à informer les Québécois, à donner l'ordre du jour médiatique, à appuyer l'émergence des idées et à alimenter le débat social. C'est pourquoi il faut regarder ailleurs que dans ses données de tirage, relativement plus basses que celles des autres quotidiens montréalais, pour mesurer la force de son influence.

Sources :

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise des origines à nos jours, Sainte-Foy, Presses de l'Université Laval, 1979, vol. 4, p. 328-333.

BONVILLE DE, Jean, Les quotidiens montréalais de 1945-1985 : morphologie et contenu, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 1995.

LAHAISE, Robert (dir.), Le Devoir : reflet du Québec au 20e siècle, Lasalle, Hurtubise HMH, 1994.


Éditeur :
  • Montréal :Le devoir,1910-
Contenu spécifique :
Cahier F
Genre spécifique :
  • Journaux
Fréquence :
quotidien
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Le devoir, 2013-03-09, Collections de BAnQ.

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[" LIVRES CAHIER F .LE DEVOIR, LES SAMEDI 9 ET DIMANCHE 10 MARS 2013 Thérèse Forget-Casgrain, le 8 avril 1939, impériale devant l\u2019objectif du célèbre photographe Yousuf Karsh.Les contradictions de Madame Casgrain La biographe Nicolle Forget fait revivre la «sufragette en chef» sous les traits d\u2019un personnage fascinant, ombragé YOUSUF KARSH/ FONDS THERESE CASGRAIN SOPHIE DOUCET Thérèse Casgrain est née en 1896 avec une cuiller d\u2019argent dans la bouche.Fille d\u2019un des premiers millionnaires canadiens-fran-çais, l\u2019original Rodolphe Forget (ayant fait fortune notamment dans les tramways et l\u2019électricité et ayant poursuivi sa carrière comme député fédéral conservateur de la circonscription de Charlevoix), elle a grandi dans un château avec d\u2019innombrables domestiques autour d\u2019elle.Quatre-vingt-cinq ans plus tard, elle est morte dépendante financièrement de ses enfants, ayant passé sa vie à tirer le Québec vers le progrès social ; reconnue, respectée, mais tristement seule.Celle que fait revivre Nicolle Forget dans la biographie de près de 500 pages Thérèse Casgrain.La gauchiste en collier de perles est un personnage fascinant, ombragé.Morte en 1981, Thérèse Casgrain avait publié son autobiographie en 1971 {Une femme chez les hommes aux éditions du Jour dont la recherche et la rédaction seront faites par Shirley Thomson), mais elle restait une femme peu comprise, peut-être en raison de son parcours alambiqué (elle est associée au Parti libéral et au CCF, au fédéralisme, aux Yvettes, à la grande bourgeoisie, mais aussi à la gauche).Nicolle Forget, qui n\u2019est pas historienne de formation, mais administratrice diplômée en droit et en bioéthique, s\u2019est emparée de la mission de faire mieux comprendre cette femme qu\u2019elle a croisée au cours de sa vie, notamment lors de la fondation de la Fédération des femmes du Québec en 1966, et qui l\u2019a intriguée.Mais peut-on jamais bien comprendre un individu ?Nicolle Forget, qui a aussi publié en 2006 une biographie de Ludmilla Chiriaeff (Chiriaeff.Danser pour ne pas mourir, Québec Amérique), admet d\u2019entrée de jeu que les maigres archives laissées par Thérèse Casgrain ne permettent pas d\u2019approcher de très près le personnage privé.Néanmoins, grâce â quelques lettres et â un journal intime tenu épisodiquement, on a parfois l\u2019impression, en lisant cette biographie, de toucher â quelque chose de l\u2019âme de Thérèse Casgrain, dont la carapace épaisse a peut-être â voir avec le drame de ses 17 ans : la mort tragique de son fiancé, qui s\u2019est jeté hors d\u2019une fenêtre lors d\u2019une crise de somnambulisme.Les nombreuses entrevues orales que l\u2019au-teure a menées avec des gens qui ont connu Thérèse Casgrain permettent aussi de saisir certains pans de la personnalité de ce personnage qui n\u2019a jamais fait l\u2019unanimité: une femme pas très encline â consulter les autres, «fatigante», ne s\u2019embarrassant pas toujours des règles â suivre, mais qui savait presque toujours, d\u2019un coup de téléphone â la bonne personne, obtenir ce qu\u2019elle voulait.Thérèse Casgrain est surtout connue pour son implication dans la cause des femmes.Effectivement, c\u2019est beaucoup grâce â sa ténacité, â ses contacts dans le milieu politique VOIR PAGE F 2 : CASGRAIN Madeleine Monette plonge plus loin que le souvenir Page F 3 Tania Longpré plaide pour un «nous» décomplexé Page F 6 Bédéis Causa 2013: la course est ouverte Des albums intenses et remarqués.La mauvaise fille (Glénat Québec) de Philippe Girard vient de faire son entrée, aux côtés de Jane, le renard et moi (La Pastèque) d\u2019Isabelle Arsenault et Fanny Britt, ou encore de French Kiss 1986 (Glénat Québec) de Michel Falardeau, dans la course au prestigieux prix Bédéis Causa 2013.Sophie Bédard, avec son Glorieux printemps (Pow Pow), et Jean-Sébastien Bérubé, pour le tome IV de Radisson (Glénat Québec), sont également au nombre des finalistes dont les noms ont été dévoilés cette semaine par les organisateurs du 26® Festival de la bande dessinée de Québec, qui, depuis sa création, orchestre la remise de ces prix.Au total, une quinzaine d\u2019auteurs dans quatre catégories ont été placés cette semaine sur la ligne de départ pour la cuvée 2013 des Bédéis Causa.Jacques Lamontagne pour son Van Helsing contre Jack l\u2019éven-treur (Soleil), Chester Brown pour son Vingt-trois prostituées (Cornélius) et Emmanuel Guibère, auréolé du Grand Prix de la critique décerné par l\u2019Association des critiques et journalistes en bande dessinée (ACBD) pour L\u2019enfance d\u2019Alan (L\u2019Association) en décembre dernier, sont parmi eux.Les grands vainqueurs vont être couronnés le 12 avril prochain â Québec dans le cadre du Festival.Le Devoir Les filles, ces créatures extrêmes En Inde, on dit qu\u2019élever une fille revient â arroser l\u2019arbre du voisin.En Chine, on compare les filles â de l\u2019eau renversée.Ici, l\u2019écrivaine Martine Delvaux a lu, dans un magazine, un dialogue dans lequel une fille demandait â sa mère : «Maman, c\u2019est quoi une fille ?» Et la mère lui répondait: «Quelqu\u2019un qui ne le restera pas longtemps.» C\u2019est la prémisse, pour le moins dure et confrontante, à\u2019« Hello girls! Les filles, ces créatures extrêmes», la conférence que prononcera Martine Delvaux, pro-fesseure au Département d\u2019études littéraires â l\u2019Université du Québec â Montréal.La conférence, qui s\u2019inscrit dans la série Salon double, aura lieu le mercredi 13 mars â 17 h â L\u2019Amère â boire.Le Devoir F 2 LE DEVOIR LES SAMEDI 9 ET DIMANCHE 10 MARS 20IS LIVRES Relâche et relâchements Jean-François Nadeau Chaque année, ils sont quelques-uns à perdre la vie sur les pentes de ski.Pour avoir déjà passé une longue soirée dans un hôpital situé près d\u2019un centre de sports d\u2019hiver, je peux dire qu\u2019il est impossible de ne pas constater à quel point ce sport contribue à l\u2019achalandage des urgences.J\u2019ai souvenir à jamais d\u2019un pauvre petit qui hurlait à mort à cause d\u2019une jambe cassée, et d\u2019un plus grand, le même soir, dont l\u2019orgueil était victime d\u2019une douloureuse foulure.Vous vous souvenez peut-être de l\u2019histoire d\u2019une belle Anglaise du vouées nom de Natasha Richardson.Elle était tombée au mont Tremblant durant des vacances de ski avec sa famille.Une très mauvaise chute.Les journaux en avaient beaucoup parlé, tout comme la radio et la télé.L\u2019histoire était somme toute banale, parce qu\u2019hélas très courante.Sur le coup, elle ne s\u2019était pas sentie très bien, selon mon souvenir.Ce n\u2019est qu\u2019après un moment qu\u2019il avait fallu l\u2019hospitaliser.Un hématome épidural faisait son oeuvre.Commotion cérébrale sévère.Elle ne s\u2019en remettait pas.Si bien que sa famille, en désespoir de cause, l\u2019avait transférée en avion-hôpital à New York, près de chez elle.Là, il avait fallu se rendre à la triste évidence.Elle est morte le 19 mars 2009.Ne reculant jamais devant le projet perpétuel de rendre compte de l\u2019inutile, les journaux avaient beaucoup parlé de cette jolie dame.Pourquoi spécialement elle puisque les accidents de ski sont légion?Tout simplement parce que Natasha Richardson était l\u2019enfant d\u2019une célèbre famille du cinéma anglo-américain.Sa mère, l\u2019actrice Vanessa Redgrave, et son père, le producteur Tony Richardson, voyaient graviter autour d\u2019eux toute la planète cinéma.Dans Le bleu de la nuit, un récit qui vient de paraître chez Grasset, Joan Didion raconte la mort de sa propre fille, mais elle donne aussi à lire, entre parenthèses, des pages sur la mort Je n\u2019aime pas les vies à devenir leur propre décoration, leur propre bibelot de Natasha Richardson, enfant d\u2019un de ses plus proches couples d\u2019amis.Didion a fait ce livre en continuité de L\u2019année de la pensée magique, récit du décès de John Dunne, son mari, l\u2019homme de sa vie.Je répète que Natasha Richardson se trouve seulement en marge de ce nouveau livre de la star des lettres américaines.Complètement en marge, pour tout dire, mais tout en illustrant à merveille le cœur de son travail.Je vous en parle donc comme si c\u2019en était le cœur puisque, dans ce genre de livre, le cœur dégouline partout au point où il finit vite par être confondu avec la sauce.Encore un peu de sauce ?Tout le monde l\u2019appelait Tasha.Quand elle avait dix-sept ans, raconte par exemple Didion, Tasha passait l\u2019été au Nid du Duc, « le village inventé par son père, une petite fantaisie de son cru, une facétie de réalisateur, dans les collines du Var au-dessus de Saint-Tropez».L\u2019été, c\u2019étaient surtout les plages de Saint-Tropez qui retenaient l\u2019attention.A cause des garçons.Les jeunes hommes cueillis par les jeunes femmes du riche clan étaient présentés l\u2019un à l\u2019autre plus formellement au cours d\u2019un «déjeuner aux longues tables sous les citronniers du Nid du Duc».La belle Tasha s\u2019employait à faire une excellente sauce au beurre pour les poissons frais.Elle inventait des fables, des histoires, écrivait en quelque sorte les romances de l\u2019été.Encore ?Pour son premier mariage, Tasha avait demandé à ce que toutes les pièces de son appartement soient remplies de fleurs de cognassiers.«Les fleurs avaient fini par se faner mais les branches étaient restées, cassantes et poussiéreuses, brindilles brisées, sans pour autant perdre de leur qualité décorative dans le salon.» Tout ce livre est plein de qualités décoratives, si j\u2019ose dire.Comme les vies qui s\u2019y trouvent exposées, il déborde de touches fines liées à de la décoration, celle de l\u2019âme peut-être.Je n\u2019aime pas les vies vouées à devenir leur propre décoration, leur propre bibelot.Je n\u2019arrive pas à comprendre ceux qui voudraient nous faire porter les breloques de leur existence comme s\u2019il s\u2019agissait de pendentifs nécessaires à la nôtre.J\u2019écris ces lignes depuis les îles de la Madeleine.Les coupes à l\u2019assurance-emploi mises en avant par le gouvernement Harper y sont vécues comme du sel jeté sur les plaies vives m CONNAITRE.DIFFUSER ET AGIR Essais sur l'éducation scolaire Antoine Baby Préfaoâ de Guy Rocher f PrMÉs d« l'Untvpnlt^ du Qu4Ihc QUI A EU CEHE IDEE FOLLE?Antoine Baby « [.] avec le temps, le rôle de lecole s'est élargi au point que, selon une formule qui m'est chère, la cour de l'école est devenue le site d'enfouissement sanitaire par excellence de toutes les vicissitudes des premiers âges de la vie, offrant ainsi à la famille moderne débordée une occasion de se défiler et de tout refiler (ou presque tout) à l'école.» Antoine Baby, docteur en sociologie de La Sorbonne et professeur émérite de l'Université Laval, signe ce recueil d'essais sur l'éducation empreints d'authenticité et d'originalité.324 pages | 978-2-7605-3619-7 PDF EPUB \u2022\u202200.C4 «Ê Presses de l'Université du Québec SETH WENIG ASSOCIATED PRESS Dans Le bleu de la nuit, Joan Didion raconte ia mort de sa propre fliie.d\u2019une histoire d\u2019exploitation de père en fils.Malgré tout, je vois ces gens continuer de regarder au large.Disons que je ne suis pas trop dans une situation favorable à la réception chaleureuse de récits de vies pour bien nantis.Ce nouveau livre de Joan Didion m\u2019ennuie, même si en principe sa matière me touche.Comment être insensible en effet à la perte d\u2019un enfant, peu importe son âge ?L\u2019agacement tient ici au fait surtout que la langue apparaît tel un simple moyen de faire reluire davantage un monde social qui s\u2019aveugle lui-même tant il se croit brillant.Ce qui me fait penser à Marc Lévy, prochain président d\u2019honneur du Salon du livre de Québec.Un salon doit en principe s\u2019occuper de littérature, à la rigueur de livres.Le voici qui s\u2019éblouit de la vie de Marc Levy au point de confondre son intérêt avec le leur.Qn ne parle pas de ses livres, de la valeur de cet ensemble, mais bien du nombre d\u2019exemplaires qu\u2019il a vendus.Dans une lettre ouverte publiée ces derniers jours, Marc Lévy va jusqu\u2019à brosser un portrait de lui où il affirme que des libraires québécois le classent dans leurs rayons d\u2019ouvrages locaux.Qn voudrait bien savoir où ! Plus encore, on voudrait savoir quels critères font en sorte qu\u2019aujourd\u2019hui on doive tout recouvrir de la même sauce avec laquelle on noie tant de cœurs.jfnadeau@ledevoir.com LE BLEU DE LA NUIT Joan Didion Grasset Paris, 2013, 232 pages CASGRAIN SUITE DE LA PAGE E 1 (son mari, Pierre Casgrain, était député libéral fédéral), au respect qu\u2019elle savait inspirer et à sa capacité de persuasion que les femmes du Québec ont obtenu le droit de suffrage en 1940.Après avoir tout essayé (des années de pèlerinages annuels à Québec, des lettres écrites à des gens influents, des interventions à la radio), Casgrain a réussi en 1938 à faire inscrire le suffrage féminin au programme du Parti libéral.C\u2019est elle aussi, rappelle Nicolle Forget, qui, grâce à une de ses interventions en coulisses, a permis aux Québécoises de recevoir leur chèque d\u2019allocations familiales à leur nom à partir de 1945 (le chèque devait être libellé au nom du père seulement dans la province de Québec).Elle a aussi milité activement pour l\u2019amélioration de la condition juridique des femmes mariées et participé à la fondation de la Fédération des femmes du Québec.Mais Thérèse Casgrain, ce n\u2019est pas que la cause des femmes, montre bien cette biographie.Après avoir évolué pendant des années dans l\u2019entourage des libéraux fédéraux, y occupant une place d\u2019influence avec son mari, elle délaisse ce parti qui n\u2019a pas voulu de sa candidature comme députée et se tourne vers le CCF, un parti de gauche, qui ne réussira jamais à marquer beaucoup de points au Québec face à l\u2019Union nationale de Duplessis.Pour le CCF, elle se présente six fois aux élections, sans jamais être élue, engloutissant dans ses campagnes électorales \u2014 au grand dam de ses enfants \u2014 beaucoup de son argent personnel.C\u2019est durant cette période, montre Nicolle Forget, qu\u2019elle acquiert son image de gauchiste au collier de perles, tou- Durant cette période, elle acquiert son image de gauchiste au collier de perles, [.] haranguant les ouvriers pour qu\u2019ils fassent entendre leurs voix face aux propriétaires de compagnies ou de mines dans lesquelles.elle détient elle-même parfois des actions héritées de son père! jours bien mise, sobre et coiffée de chapeaux, haranguant les ouvriers pour qu\u2019ils fassent entendre leurs voix face aux propriétaires de compagnies ou de mines dans lesquelles.elle détient elle-même parfois des actions héritées de son père ! 11 y a loin entre une Thérèse Casgrain et les autres femmes de gauche simples et proches des gens que sont par exemple Idola St-Jean et Léa Roback.Dans les années 1960, en pleine guerre froide, Thérèse Casgrain devient militante pour La Voix des femmes, une organisation pacifiste, ce qui l\u2019amène à voyager notamment en Europe, en Asie, au Moyen-Qrient.En 1970, elle est nommée sénatrice indépendante Forget Thérèse CASGRAIN La gauchiste en collier de perles PKLhACt Ut MOKIQUE lÉeiN par Pierre Elliott Trudeau, une fonction qu\u2019elle n\u2019occupera que pendant un an, car elle atteindra l\u2019âge de la retraite.Dans la dernière décennie de sa vie, elle s\u2019engagera pour les droits des femmes amérindiennes, participera à la campagne du non au référendum de 1980 et à la bataille des « Yvettes ».Elle terminera sa vie, montre Nicolle Forget, couverte de doctorats honorifiques et d\u2019autres reconnaissances, mais un peu isolée.Agréable à lire, fort bien documentée, cette biographie nuancée ne donne pas toutes les clés pour comprendre la vie et le parcours de Thérèse Casgrain, mais elle offre un voyage stimulant dans l\u2019histoire politique du XX® siècle, à travers ce personnage de femme originale et batailleuse comme son père, têtue et malcommode, qui a cru à la justice sociale malgré ses origines bourgeoises et qui a utilisé les moyens qui étaient à sa disposition pour faire valoir ses idées.Collaboration spéciale Le Devoir THÉRÈSE CASGRAIN La GAUCHISTE EN COLLIER DE PERLES Nicolle Forget Fides Montréal, 2013, 534 pages LE DEVOIR, LES SAMEDI 9 ET DIMANCHE 10 MARS 2013 F 3 LITTERATÜRE Plus loin que le souvenir Madeleine Monette revisite l\u2019inimaginable avec le recueil Ciel à outrances LAURENCE CORNET à New York Madeleine Monette explore la matière littéraire avec une exigence sans cesse renouvelée: «J\u2019écris des romans avec des lenteurs et des impatiences de poète», admet-elle.Son premier roman, Le double suspect, qui tient de l\u2019enquête psychologique, a peu à peu laissé la place à des sommes sociales dont Les routeurs, publié en 2007, était un aboutissement maîtrisé.Aujourd\u2019hui, c\u2019est avec un recueil de poésie qu\u2019elle aborde un sujet aussi personnel qu\u2019universel, celui du désastre du monde moderne, dont le point de bascule est le 11-Septenibre.«Le poème Elan vital nous fait passer du jour même aux jours qui suivent, à \u201cla fidélité des lendemains \u201d, puis fait place au zoom out du poème Le ressac des sens où il est question des premières réactions, de l\u2019indignation unanime où l\u2019on voyait des foules amoureuses se rassembler, mais aussi du traitement de l\u2019événement par les médias, les hommes politiques, etc.», explique l\u2019écrivaine, qui vit à New York.Le lecteur passe de l\u2019histoire de personnages affectés indirectement par l\u2019événement, en périphérie de la catastrophe, à des situations concrètes qui nous amènent au cœur de la tragédie, au centre même de la mort.Cette alternance rythme le récit, faisant de cette suite poétique une narration fluide dont les fragments divisibles sont autant d\u2019expériences contemporaines reflétant une certaine tragédie du quotidien.Mélodie vibrante de la ville, le texte frémit, parsemé d\u2019interjections anglaises échappées sous le coup de l\u2019intensité émotionnelle, des paroles que l\u2019on s\u2019entend dire sans les comprendre, les mots de l\u2019expérience non digérée, celle, brute et accablante, que l\u2019écrivaine retrace 10 ans plus tard en s\u2019appuyant sur ses souvenirs et sur la fiction afin d\u2019aller au cœur de la sensation.«Ce recueil est une avancée en poésie où fai essayé de m\u2019approcher de l\u2019inimaginable.L\u2019imagination vient à la rescousse du souvenir et la poésie vient à la rescousse de l\u2019imagination.Après des événements comme celui-là, on dit: \u201cOn n\u2019oubliera jamais.\u201d Mais pour moi, il faut aller plus loin que le souvenir.Limagination redonne de l\u2019intensité à l\u2019événement.Elle recrée cette urgence, cette immé-diateté de l\u2019expérience.Et l\u2019on trouve un réconfort dans un face à face avec la douleur.» C\u2019est d\u2019ailleurs ce qui amène l\u2019auteure à s\u2019inscrire explicitement dans le texte : «Elan vital est un poème charnière.Il se termine en faisant place à l\u2019écriture, à l\u2019écrivaine.J\u2019ai I FRANÇOIS PESANT LE DEVOIR C\u2019est avec un recueil de poésie que Madeleine Monette aborde un sujet aussi personnel qu\u2019universel, celui du désastre du monde moderne, dont le point de bascule est le 11-Septembre.poussé plus loin que jamais le processus d\u2019identification de la romancière à ses personnages parce que je voulais être là, dans cette violence inexplicable, dans cette douleur intolérable.C\u2019est un recueil très personnel où je me révèle avec plus de vulnérabilité que dans les romans précédents.» On y rencontre un amoureux abandonné qui se venge de sa séparation par un tatouage indélébile, une jeune immigrée sur le point d\u2019être licenciée, une veuve dévorée par la surprise d\u2019une mort tout sauf spectaculaire, une vieille femme submergée par le dés- ordre de ses émotions auxquelles répond le soudain chaos.C\u2019est une réflexion sur l\u2019événement tout autant que sur la vie, le monde, l\u2019immigration, l\u2019amour, le travail, les médias, une expérience précise autant que le récit d\u2019aventures individuelles et des drames qui bousculent le monde.La confusion de flammes aveuglantes, de poussière asphyxiante, de métal suintant, d\u2019angoisses indomptables et d\u2019immeubles mouvant dans un anthropomorphisme poignant est parfois autant celle du New York de 2001 que celle de l\u2019Alep de 2012.Loin d\u2019un pathos qui nierait la souffrance par sa superficialité, le recueil succombe à un réalisme du trouble, réveillant une compassion essentielle.Si l\u2019écriture s\u2019efforce de raviver l\u2019empathie, il s\u2019en dégage une émotion épaisse concentrée dans la densité de l\u2019écriture : un style économe mais précis où le jeu sur les proportions bousculées rend compte de la démesure de l\u2019événement, de son outrance, comme le titre l\u2019indique.De ses outrances, même, ses excès qui s\u2019animent dans des images fortes.Les métaphores s\u2019enchaînent sans se répéter, passant du champ minéral aux références naturelles dans un rythme aussi vertigineux que les tours effondrées, le ciel y est omniprésent, comme si sa profondeur reflétait l\u2019abysse du carnage, le martèlement des mots résonne en nous autant que le drame retentit dans nos consciences.Collaboration spéciale Le Devoir CIEL À OUTRANCES Madeleine Monette Editions de l\u2019Hexagone, coll.«Ecritures» Montréal, 2013, 112pages L!appel du large, Vappel du gun Danielle Laurin arbelés est un objet rare.C\u2019est un livre imparfait, inégal.Mais vibrant, bouleversant.Choquant, dur, cru.Confrontant.On y vit de l\u2019intérieur le quotidien dans une prison.On y vit à l\u2019intérieur des tripes d\u2019un prisonnier.L\u2019auteur de ce récit autobiographique, Pierre Ouellet, a 63 ans; il a passé 40 années derrière les barreaux.Ses premiers larcins remontent à l\u2019adolescence.Dès l\u2019âge de 13 ans, c\u2019est la valse des centres de rééducation.Il s\u2019évade, il commet d\u2019autres crimes, il est repris, et ainsi de suite.Période d\u2019accalmie, puis il remet ça.Il a 23 ans quand, en 1972, il est incarcéré pour vol à main armée.Ce n\u2019est que le début.Il multiplie les tentatives d\u2019évasion, en réussit quelques-unes.En 1986, il est condamné à la prison à perpétuité pour tentative de meurtre et complot pour meurtre contre des policiers.En 2001, il prend la clé des champs pendant quatre mois, puis il est arrêté de nouveau, pour vols à main armée : retour à l\u2019établissement à sécurité maximale de Donnacona.C\u2019est alors qu\u2019il entreprend la rédaction de Barbelés, sorte de journal de détention, de livre de confessions, d\u2019autocritique.Le tout parsemé de souvenirs, de fantasmes.Et de réflexions existentielles, nourries par des lectures compulsives d\u2019ouvrages poétiques, littéraires, philosophiques.Se côtoient allègrement dans Barbelés des références à Baudelaire, Rimbaud, Nelli-gan, Paul-Marie Lapointe.A §artre, Njetzsche, ^ocrate.Epicure.A Prévert.A Marie Cardinal, Nelly Arcan, Nancy Huston.Beaucoup, beaucoup de citations.Parfois plaquées, parfois utilisées comme s\u2019il s\u2019agissait d\u2019arguments d\u2019autorité.Un côté surfait, patenté, du genre travail scolaire.Mais.Mais derrière tout cela, une quête d\u2019authenticité, une vraie recherche, une réelle tentative de mise à nu.Et une voix littéraire qui se pointe.C\u2019est ce qu\u2019on se dit.Alors, on continue.On est captivé, dans tous les sens du terme.On comprend vite que la lecture est pour ce prisonnier un moyen d\u2019évasion, une façon de rêver, de transcender sa dure réalité quotidienne, où «les insignifiances verbales prennent parfois des proportions démesurées et deviennent des arguments qui, à travers la violence physique, justifient tous les déversements de haine et de refoulement».Il y a les lectures, il y a aussi les rêves éveillés.Rêves de douceur, de tendresse.De sexe, beaucoup : «Le cul c\u2019est comme la poésie: ça vous emmène ailleurs.» Très important, le sexe.Mais pas à tout prix.Pas avec n\u2019importe qui.Pas avec les autres gars de la prison, tout autant en manque que lui, qu\u2019il entend parfois se satisfaire entre eux.Très important, le manque de sexe en prison: «Je me demande parfois quel peut être l\u2019impact d\u2019une longue carence de relations sexuelles et affectives sur l\u2019appareil psychique.» Mais lui, il préfère se satisfaire lui-même, en attendant mieux.C\u2019est ce qu\u2019il confie.Ou alors, il repense aux femmes qu\u2019il a aimées.Il revit dans le présent les moments d\u2019extase passés.«Bien que je sois conscient du passage des années, dès que je réveille en moi un souvenir, il me revient toujours avec les émotions qui lui sont associées.Je les ressens comme si fêtais en train de vivre le moment.» Le souvenir, comme le fantasme, tout comme la lecture, pour se «libérer des barbelés».Mais ça ne suffit pas.Bien sûr que non.' «Barfois, fen ai plein le cul des livres, poètes, philosophes et compagnie.J\u2019en ai ma ration d\u2019écœurement des mots tant le désir de sentir la peau d\u2019une femme sur la mienne DUELLET Barbelés me prend aux tripes.» L\u2019écriture dans tout ça?Elle permet de passer le temps.Elle sert de soupape à l\u2019agressivité, à la haine, à la folie.Et elle provoque, nécessairement, un retour sur soi-même.Ecrire, pour comprendre ses crime^, pour tenter de s\u2019en libérer.Ecrire pour se com- II a 23 ans quand, en 1972, il est incarcéré pour vol à main armée.Ce n\u2019est que le début.prendre soi-même: «Écrire, c\u2019est prendre le risque de savoir à quoi je ressemble.» Comment expliquer, pour commencer, qu\u2019à 13 ans, il ait opté pour la délinquance ?Son explication, tortueuse, vaut ce qu\u2019elle vaut : incapacité à formuler ses émotions qui s\u2019est transformée en révolte, et absence de modèle masculin dans sa famille : un père qui a combattu contre les Allemands durant la Deuxième Guerre mondiale, qui ne s\u2019est jamais remis des horreurs qu\u2019il a vues, qui était plein de rage, de peine, le plus souvent imbibé d\u2019alcool.Mais ça ne suffit pas, ce n\u2019est pas si simple que ça.Creuser, chercher encore.Surtout, ne pas chercher à se justifier.«Mes crimes, je les ai faits sciemment.Je savais que je ferais du mal aux autres.Mais le sachant, pourquoi les ai-je commis ?Savoir que nous pouvons faire le mal ne suffit pas à nous empêcher de le faire.» Assumer ses responsabilités, faire son mea-culpa.«D\u2019avoir tiré sur un policier ou d\u2019avoir braqué une caissière de banque n\u2019a jamais été une erreur.C\u2019était un acte prémédité, un choix délibéré, tout le contraire d\u2019une erreur.C\u2019est pour cette raison que l\u2019acte est plus grave, parce qu\u2019il est réfléchi.» Se morfondre.S\u2019en vouloir.Avoir des regrets, se dégoûter soi-même.Détester l\u2019homme qu\u2019on a été.Rêver de pouvoir se délester de son passé.Et écrire, écrire encore.En pensant à l\u2019avenir.Son récit sq termine au printemps 2010.A l\u2019idée de sortir de prison après 40 ans de captivité, c\u2019est-à-dire à l\u2019approche de sa demande, devant la Commission des libérations conditionnelles, pour être placé dans une maison de transition, Pierre Ouellet livre ses états d\u2019âme et ses intentions: «Je ne ressens aucune angoisse, aucune inquiétude.Je suis en paix avec moi-même et les autres.Ma seule motivation est de réussir ma vieillesse, c\u2019est-à-dire attendre ma mort tranquillement sans faire de tort à personne.Jamais plus je ne toucherai à une arme de ma vie.» Il insiste : «Jamais plus je ne toucherai à ça.Je le sais dans ma chair.J\u2019y ai trouvé ma force et ma raison.» En refermant Barbelés, on a presque envie de le croire.Mais qui tentait-il de convaincre au Juste?Un leurre, tout ça.A l\u2019automne 2012, après 10 mois de liberté conditionnelle, Pierre Ouellet s\u2019est évadé d\u2019une maison de transition.Il a commis deux vols à main armée.Dans l\u2019attente de son procès, reporté en mai, il est de nouveau en prison.BARBELÉS Pierre Ouellet Sémaphore Montréal, 2013, 340 pages :P ^Gaspard-LE DEVOIR \u201d1 ALMARÈS Du 25 février au 3 mars 2013 \t\t \t\t Romans québécois\t\t 1 Félicité \u2022 Tome 4 Une vie nouvelle\tJean-Pierre Charland/Hurtubise\t-/I 2 Gaby Bernier \u2022 Tome 2\tPauline Gill/Québec Amérique\t1/3 3 Lhistoire de Pi\tYann Martel/XYZ\t7/19 4 Ce qui se passe au Mexique reste au Mexique !\tAmélie Oubois/Éditeurs réunis\t2/17 5 La fiancée américaine\tÉric Oupont/Marchand de feuilles\t3/18 6 Le petit prince est revenu\tMarc Fisher/Un monde différent\t8/2 7 LOrphéon.Quinze minutes\tPatrick Senécal/VLB\t6/6 8 Enterrez vos morts\tLouise Penny/Flammarion Québec\t4/8 9 Bébé boum\tJosée Bournival/Hurtubise\t5/3 10 LÉtoile enfant\tNicola Ciccone/Libre Expression\t-/I Romans étrangers\t\t 1 Cinquante nuances plus claires \u2022 Tome 3\tE.L.James/Lattês\t1/4 2 Cinquante nuances de Grey \u2022 Tome 1\tE.L.James/Lattês\t2/22 3 Cinquante nuances plus sombres \u2022 Tome 2\tE.L.James/Lattês\t3/8 4 Un sentiment plus fort que la peur\tMarc Levy/R.Laffont | Versilio\t-/I 5 Vert-de-gris\tPhilip Kerr/Ou Masque\t5/2 6 La vérité sur l'Affaire Harry Quebert\tJoël Oicker/Eaiiois | Âge d'homme\t4/11 7 Uévoile-moi\tSylvia Oay/Plammarion Québec\t6/1Q 8 Les griffes du mensonge\tJames Patterson | Michael Ledwidge/Archipel\t-/I 9 Uélivre-moi\tJulie Kenner/Michel Lafon\t-/I 10 Les enquêtes du département V \u2022 Tome 3 Oélivrance\tJussi Adler-Qlsen/Albin Michel\t7/5 Essais québécois\t\t 1 Journal d'un écrivain en pyjama\tOany Laferriêre/Mémoire d'encrier\t1/3 2 Vieillir avec grâce\tOenise Bombardier/Homme\t2/3 3 En terrain miné.Correspondance en temps de guerre\tRoxanne Bouchard | Patrick Kêgle/VLB\t3/2 4 Fâché noir.Chroniques\tStéphane Oompierre/Québec Amérique\t4/5 5 La juste part\tOavid Robichaud | Patrick Turmel/Atelier 1Q\t-/I 6 Libérez-vous des syndicats!\tEric Ouhaime/Genex\t-/I 7 Gouvernance.Le management totalitaire\tAlain Oeneault/Lux\t7/7 8 Tous fous?Linfluence de l'industrie pharmaceutique.\tJean-Claude St-Qnge/Écosociété\t5/4 9 Québec cherche Québécois pour relation â long terme.\tTania Longpré/Stanké\t-/I 10 Une idée de l'université.Propositions.\tMichel Sepour/Boréal\t6/3 Essais étrangers\t\t 1 Fin de l'Occident, naissance du monde\tHervé Kempf/Seuil\t2/3 2 Indignez-vous! (Édition revue et augmentée)\tStéphane Hessel/Indigêne\t-/I 3 La guérison du monde\tErédéric Lenoir/Eayard\t6/5 4 Jours de destruction, jours de révolte\tChris Hedges | Joe Sacco/Euturopolis\t-/I 5 Peut-on encore sauver l'Église ?\tHans Küng/Seuil\t5/2 6 Léternité dans une heure.La poésie des nombres\tOaniel Tammet/Les Arènes\t-/I 7 Occupy\tNoam Chomsky/Herne\t-/I 8 Les moissons du futur.Comment l'agroécologie.\tMarie-Monique Robin/Stanké\t1/5 9 Le livre du temps\tAdam Hart-Oavis/Broquet\t3/16 10 Une autre vie est possible\tJean-Claude Guillebaud/I'lconoclaste\t7/4 La BTLF (Société de gestion de la Banque de titres de langue française) est propriétaire du système d\u2019infoimation et d\u2019analyse 6 sur les ventes de livres français au Canada, Ce palmarès est extrait de 5js/»rfetest constitué des relevés de caisse de 215 points de vente, La BTLF reçoit un soutien financier de Patrimoine canadien pour le projet Bdspdré.© BTLF, toute reproduction totale ou partielle est interdite.L\u2019AGENDA L\u2019HORAIRE TELE, LE GUIDE DEVOS SOIRÉES Gratuit dans Le Devoir du samedi F 4 LE DEVOIR, LES SAMEDI 9 ET DIMANCHE 10 MARS 2013 LITTERATURE La Vitrine RECIT POURQUOI MOI?Ma vie chez les juies hassidiques Lise Ravary Libre Expression Montréal, 2013, 248 pages La biogueuse du Journal de Montréal et journaliste d\u2019expérience Lise Ravary s\u2019est convertie au judaïsme à la suite d\u2019un voyage en Israël.Dans ce récit, dont la forme bifurque parfois vers l\u2019essai, parfois vers le « Que sais-je ?», elle raconte dans le détail son expérience de conversion au judaïsme orthodoxe et sa vie pendant cinq ans dans une communauté loubavitch montréalaise.Des premiers instants de cet appel à cette foi peu commun jusqu\u2019à la rupture avec la communauté qui l\u2019a accueillie et qu\u2019elle a tenté de faire sienne.Lise Ravary relate avec beaucoup de générosité et tout en nuance ce parcours spirituel laborieux et complexe qui se lit comme un roman.Au-delà du témoignage personnel, qui tisse la trame principale de cet ouvrage, l\u2019auteure dresse un portrait instructif des communautés juives orthodoxes et démystifie leurs traditions et leur mode de vie de façon fort éclairante.Amélie Gaudreau LITTÉRATURE FRANÇAISE AINSI SOIT OLYMPE DE GOUGES La déclaration des droits de la EEMME ET AUTRES TEXTES POLITIQUES Benoîte Groult Grasset Paris, 2013,206 pages 1791.Olympe de Gouges présente sa Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne après avoir « sévi» auparavant avec plusieurs écrits en faveur des droits civils et politiques, de même qu\u2019en faveur de l\u2019abolition de l\u2019esclavage.Benoîte Groult, lumineuse féministe française, rend hommage à son courage dans cet ouvrage.Le nom de ce dernier est inspiré d\u2019ailleurs de son essai sur la conditipn des femmes, qui fit grand bruit en 1975, Ainsi soit-elle.A 93 ans, elle n\u2019en démord pas et fustige sans remords la misogynie d\u2019hier à aujourd\u2019hui.Elle demande d\u2019entrée de jeu : «Jusqu\u2019où faut-il aller pour mériter un nom dans l\u2019Histoire de son pays quand on est née femme ?» Dans nos pages, l\u2019été dernier, on pouvait encore lire que l\u2019inclusion d\u2019une femme dans l\u2019histoire de Montréal tenait du «véritable détournement à des fins idéologiques».Pas étonnant donc que la figure d\u2019Olympe de Gouges demeure plutôt méconnue, quoiqu\u2019elle soit plus connue que celles de nombreuses féministes mentionnées tout au long du livre et que nous découvrons avec ravissement.Citons seulement Thé-roigne de Méricourt, trop brièvement abordée.Il est d\u2019autant plus surprenant de constater le rejet d\u2019Olympe aux oubliettes quand on s\u2019attarde, en deuxième partie du livre, à ses écrits politiques visionnaires.Une des phrases les plus célèbres de cette polémiste acharnée sera en effet prophétique : «Les femmes ont le droit de monter à l\u2019échafaud.Elles doivent également avoir celui de monter à la tribune.» La grande Olympe fut guillotinée en novembre 1793, en plein cœur d\u2019une Révolution qui n\u2019a provoqué aucun changement dans la vie des femmes.Il fallut attendre plus d\u2019un siècle et demi avant que ses écrits viennent éclairer ce combat pour l\u2019égalité des sexes, qui demeure, hélas, toujours d\u2019actualité.Marie-Pier Frappier SlRl HUSTVEDT Vivre Penser Regarder ESSAI VIVRE, PENSER, REGARDER Siri Hustvedt Traduit de l\u2019américain par Christine Le Bœuf Actes sud/Leméac Montréal, 2013, 509 pages Remonter le fil des essais de l\u2019écrivaine américaine Siri Hustvedt, de 2006 à 2011, c\u2019est plonger dans un monde aux multiples et infimes tonalités où se croisent tant Freud que Winni-cott, Montaigne ou Merleau-Ponty.Dans l\u2019univers de celle qui se décrit comme une vagabonde intellectuelle, épouse à la ville du romancier Paul Auster, la littérature est partout, éclairant aussi bien la philosophie que les neurosciences ou la psychanalyse, donnant à ses réflexions sur l\u2019être-au-monde une vraie profondeur.Il est difficile de rester de glace devant la chaleureuse érudition de la romancière de Tout ce que f aimais et d\u2019Élégie pour un Américain, qui, dans sa quête de vérités faites de «brouillards et de brume», arrive à cultiver l\u2019ambiguïté dans ce qu\u2019elle a de plus fécond.Son Vivre, penser, regarder, fin alliage de logiques et d\u2019intuitions, est un ouvrage éminemment personnel qui ouvre la voie à une conversation assez prégnante pour que ses traces restent une fois les pages refermées.Louise-Maude Rioux Soucy Beckett de la ruche au bowling GILLES ARCHAMBAULT Selon l\u2019adage qui veut qu\u2019on ne prête qu\u2019aux riches, il ne faut pas s\u2019étonner outre mesure que la figure de Beckett intéresse les romanciers.La nature même de l\u2019œuvre, son aspect volontiers énigmatique, l\u2019écriture exigeante qui la porte, de même que la personnalité peu flamboyante de son auteur contribuent à nourrir le mythe.S\u2019inspirant d\u2019un fait véridique, le projet de monter à l\u2019intérieur d\u2019un établissement carcéral suédois une mise en scène d\u2019En attendant Godot jouée par des prisonniers, Martin Page invente une courte fiction qui ne manque pas de séduction.Sous forme d\u2019un journal tenu de juin à octobre, un chargé de cours désargenté raconte comment il a fait la connaissance du fameux Irlandais.Un libraire de Saint-Ger-main-des-Prés lui signale que Beckett a besoin d\u2019un assistant pour l\u2019aider à trier ses manuscrits.L\u2019assignation durera dix jours.Il s\u2019établit toutefois une étrange complicité entre les deux hommes.C\u2019est l\u2019intrigue du roman.Des dix jours prévus, les dissemblables collaborateurs feront une affaire de près de quatre mois.Quelle est la part de l\u2019invention dans ce faux portrait?Sauf Martin Page, bien malin qui le saurait.Et à vrai dire, peu nous chaut.Commodité littéraire, Suzanne, la compagne de Beckett, n\u2019apparaît pas.Le pauvre thésard peut donc à sa guise profiter du contentement qu\u2019il y a parfois à frayer avec les grands hommes.Beckett apparaît comme un excentrique ennuyé par sa gloire littéraire.Il affectionne les chocolats chauds, ne déteste pas se promener dans les magasins à grande surface, joue au bowling et, suprême fantaisie, récolte son miel à même les ruches qu\u2019il a installées sur le toit de l\u2019immeuble qu\u2019il habite.FRED TANNEAU AGENCE FRANCE PRESSE S\u2019inspirant d\u2019un fait véridique, Martin Page invente la séduisante courte fiction Uapiculture selon Samuel Beckett.L\u2019auteur de Molloy est un être débordé par sa réputation.Il ne s\u2019occupe que distraitement des demandes d\u2019entretiens ou de reportages qui lui parviennent du monde entier.Il n\u2019en sera pas tout à fait de même pour le projet suédois évoqué plus haut.Se pose pour lui un problème moral.En donnant à ces prisonniers l\u2019illusion de la liberté, car jouer sur une scène, n\u2019est-ce pas déjà être libre, n\u2019est-on pas d\u2019une insigne cruauté ?Il fau- drait plutôt qu\u2019ils jouent hors les murs.Permission qui ne sera pas accordée.Pour s\u2019amuser, pour se moquer à sa façon des universités en général américaines à la recherche de documents, d\u2019arté-facts le concernant, il s\u2019en fabrique, allant même dans des sex-shops.Cette démarche est à peu près semblable à celle de Martin Page, qui invente lui aussi des situations pittoresques dans lesquelles se démène l\u2019écrivain plus que se- cret qu\u2019était Beckett.Le lecteur se demande : et si c\u2019était vrai ?Contentons-nous de dire que c\u2019est au moins vraisemblable.Amusant en tout cas.Encore une fois, on ne prête qu\u2019aux riches.C\u2019est à un travail tout autre que se prête Pascal Bonafoux dans son Dictionnaire de la peinture par les peintres.Pas d\u2019imagination délirante ici.Que des faits.Mais le résultat est le même puisqu\u2019il s\u2019agit aussi dans ce cas du concept d\u2019œuvre.Que pensait Picasso de Cézanne?Marcel Dû-champ ne croyait-il pas qu\u2019on pouvait se servir d\u2019un Rembrandt comme d\u2019une planche à repasser?Ingres ne considé-rait-il pas que Delacroix était V«apôtre du laid»?Pour un ignare de ma sorte, ce dictionnaire permet d\u2019apprendre plusieurs choses sur l\u2019art pictural et de vérifier comment a fluctué à travers les âges le concept d\u2019œuvre.Si le Beckett apiculteur d\u2019occasion fait figure de créateur écrasé par sa réputation d\u2019écrivain no-bélisé, l\u2019histoire de la peinture (et de la littérature) a été écrite par des artistes qui, dans le doute ou non, ont édifié une œuvre inspirée par l\u2019admiration pour des prédécesseurs ou, à l\u2019inverse, suscitée par le refus de ce qui a semblé leur être de la supercherie.Ces deux livres, tout dissemblables qu\u2019ils sont, parlent d\u2019une même chose, de la création et de ce qui peut arriver à ceux qui se mêlent d\u2019en faire.Collaborateur Le Devoir UAPICULTURE SELON SAMUEL BECKETT Martin Page Les éditions de l\u2019Olivier Paris, 2013, 87pages DICTIONNAIRE DE LA PEINTURE PAR LES PEINTRES Pascal Bonafoux Les éditions Perrin Paris, 2012, 397pages POESIE Les fêlures d\u2019Alexie Morin Son recueil Chien de fusil constitue une superbe entrée en poésie HUGUES CORRIVEAU Chien de fusil, premier recueil réussi d\u2019une jeune au-teure de moins de 30 ans, est constitué de poèmes en vers libres comme de proses plus ou moins longues.Le monde concret qui s\u2019y déploie s\u2019avère opaque, oblige d\u2019y pénétrer en se faufilant entre des interstices minuscules, mus par un désir de découvertes progressives et inquiètes.Dès le premier texte, on suit l\u2019auteure dans son exploration d\u2019une maison soit abandonnée, soit ressurgie des souvenirs d\u2019un passé flou.De minutieux dérapages nous mènent droit en poésie chaque fois qu\u2019on se croirait happés par une description romanesque.Ainsi, d\u2019entrée de jeu, des gens ont quitté une maison dans laquelle on pénètre alors que «les branches l\u2019enserrent jusqu\u2019aux fenêtres, les feuilles entrent par les carreaux brisés et meurent par manque de lumière des raisons pour l\u2019aimer et s\u2019enfuir.Nous n\u2019avons pas peur d\u2019elle, comme nous connaissons tous ses tremblements».Tentaculaires, les chemins pris pour accéder à un intangible fragment de soi traversent ainsi des corridors, des sentiers, des forêts et des ruisseaux.Portefaix, l\u2019auteure ploie sous le fardeau car, en marche, dit-elle, «nous attachons des couvertures à nos sacs à dos» ou encore «nous courons en portant des branches étroitement serrées contre nos corps, retenues par unç corde, passée au dos».A l\u2019image de la première maison, le monde se fracture, s\u2019encombre de bpis mort et d\u2019éclats multiples.A la peine, la poète traverse pièces et sous-bois, se fraie tant bien que mal un chemin confus pour accéder tout à la fois à la vie et à la mort, formes hybrides du réel.Elle souffle, elle touche, elle fuit et désire dans le désordre émotionnel qui fait craquer le palpable des choses.Rien n\u2019est sûr, rien ne tient sur ses assises.«J\u2019arrache aux pierres un peu d\u2019elles / et j\u2019avalç», dit-elle, quêteuse d\u2019âme.A fleur de peau, à fleur de sens, avec l\u2019au-teure, on écoute ici rien moins ALEXIE MORIN CHIEN DE FUSIL tr QLTAtTAWtKR que l\u2019âme souffrante de la terre, des anciens foyers détruits, des sentes coupées de branches et d\u2019orties.Et il y a cet autre, appelé Vincent, qui serait peut-être cet homme qui vit en forêt et qu\u2019elle rejoint, effrénée, anxieuse devant sa sauvagerie.L\u2019auteure se disloque à l\u2019approche des sentiments friables, côtoie les corps, avec en elle une crainte absolue que tout explose, car, comme un rêve d\u2019enfant assouvi et floué, «le futur est arrivé et il durera toute la vie».Entrer dans la terre en «chien de fusil», en position fœtale, pour retrouver l\u2019espoir ou le désespoir d\u2019une pçnsée tellurique obsédante.Ecou-tons-la : « Chaque battement de mon cœur fait vibrer les feuilles, et moi je suis immobile, j\u2019ai envie de vivre mais je ne sais plus me lever, inspirer fort et avoir faim.Inspirer fort et avoir faim.Avoir.Eaim.Je vais me lever un oiseau près de mon cœur, c\u2019est la première fois.Un oiseau-mouche attiré par le rouge.Tout a cessé de bouger.» Mais la voix poétique reste, intense et belle.Une superbe entrée en poésie, un ton prenant, inquiet et dense, qu\u2019il faudra suivre.Collaborateur Le Devoir CHIEN DE EUSIL Alexie Morin Le Quartanier, série «QR», m 62 Montréal, 2013, 74 pages UTTERATURE QUEBECOISE L\u2019exil et le feu des questions CHRISTIAN DESMEULES Cy est une sorte de face-à-face entre un frère et une sœur, un grand écart un peu bancal entre le passé qui nous hante et le présent qui nous glisse entre les doigts.De l\u2019Algérie à Pointe-aux-Trembles en passant par les forêts du Maine, Montréal et Chicago, le premier livre de Julia Pawlowicz est un roman familial traversé par le sentiment de l\u2019exil.Enfants d\u2019un couple d\u2019immigrants polonais.Maria etTomek Wolski se rendent une dernière fois, après la mort récente de leur père, au petit chalet du Maine où ils ont passé plusieurs étés de leur enfance.En pleine nature, dans la transparence de Crystal Lake, ils en profiteront pour «se parler et se retrouver et se sentir plus forts».Essayer d\u2019exorciser les fantômes du passé qui souhaitent occuper tout l\u2019espace.Poser les conditions pour que se déploie la mémoire.Même si «la famille n\u2019a jamais été leur fort».Le frère est une sorte de copie carbone de leur père pragmatique et taiseux, il «ne s\u2019interroge pas sur l\u2019avenir et sur le passé».Alors que la jeune femme, au contraire, est plus extravertie : «Elle écrit, elle peint, elle se souvient, elle pleure, elle parle.» De la couleur de ses cheveux jusqu\u2019à celle de son âme, elle se sait un peu le portrait de leur mère «folle» partie il y a des années et dont ils sont toujours sans nouvelles.Un couple dépareillé, à l\u2019image de celui que formaient leurs parents, où chacun poursuit côte à côte et à sa façon un voyage amorcé longtemps, bien longtemps avant lui.Puisque c\u2019est l\u2019histoire et le point de vue de la jeune femme de 35 ans qui dominent.Maria pourrait être la narratrice de cette fiction à la troisième personne qui alterne entre l\u2019autrefois et l\u2019aujourd\u2019hui.L\u2019horreur (violente, dévastatrice) que lui inspire le Pointe-aux-Trembles où elle a traversé l\u2019adolescence.Le souvenir nostalgique et parfumé des quelques années passées en Algérie avant d\u2019arriver au Québec.Sa double qualité d\u2019étrangère.Comme un grain de sable dans l\u2019engrenage des souvenirs, la rencontre d\u2019un amoureux d\u2019adolescence, revu au Maine puis à Chicago (aujourd\u2019hui marié et père de famille), lui renvoie l\u2019image de sa propre vie: «une ligne droite vers nulle part».Un flottement amoureux et sensuel propre aux trentenaires urbains, mélange de solitude et d\u2019espérances inavouées.Julia Pawlowicz, elle-même d\u2019origine polonaise, livre avec Retour d\u2019outre-mer une méditation sensible sur le passage du temps.Une tentative personnelle, tout de même un peu écartelée, d\u2019élucider par l\u2019écriture les circonstances d\u2019une émigration.Collaborateur Le Devoir RETOUR D\u2019OUTRE-MER Julia Pawlowicz Triptyque Montréal, 2013,168 pages LE DEVOIR, LES SAMEDI 9 ET DIMANCHE 10 MARS 201 F 5 LIVRES Andreï Makine plonge dans le grand cirque de Thistoire Son dernier roman revisite l\u2019avant et l\u2019après-Révolution russe à travers la figure de la tsarine Catherine II GUYLAINE MASSOUTRE Avec Une femme aimée, Andrei Makine continue sa fresque du XX® siècle.Il relie rhistoire de la Russie et la vie concrète des gens ordinaires, aux destins tracés par les aléas du pouvoir.Et s\u2019il s\u2019intéresse aux aspects méconnus de la féminité, on peut en dire autant de l\u2019identité masculine.C\u2019est lors d\u2019un tournage de film, en 1975, à Peterhof, dans l\u2019ancienne résidence de Pierre le Grand, qu\u2019une femme est sortie pour fumer: Makine, qui avait 18 ans et se trouvait là, crut alors saisir une vérité.De cette impression serait né ce roman, qui met en scène Catherine II, tsarine implacable, philosophe et femme libre, autocrate, adversaire politique et amante redoutables.Qu\u2019on la dise héroïque, paradoxale ou nymphomane, Catherine II est impériale.On suit sa vie, racontée sous divers modes par Oleg, un scénariste pour le cinéma, puis la télévision.On voit alors le matériau historique au service moins du passé que du vrai monde, taillé à coups de serpe russe dans l\u2019humain.De ces deux époques superposées a jailli la double trame romanesque.Oleg, qui au début charrie des carcasses dans un abattoir, fera quantité de métiers sans perdre sa fidélité à Catherine et son goût des archives.Selon lui, elle a jeté les bases d\u2019une démocratie qui tarde à porter ses fruits.La Messaline russe Quand l\u2019Allemande Catherine épouse le futur Pierre III, elle n\u2019a pas 15 ans.Elle enrichit immédiatement la bibliothèque impériale d\u2019ouvrages philosophiques.Mais on découvre aussi son appétit sexuel.Qu\u2019elle caracole devant la garde, elle montre en tout son caractère d\u2019homme.Ne fait-elle pas assassiner le fluet UANDERSEN Lors d\u2019un tournage, en 1975, dans l\u2019ancienne résidence de Pierre le Grand, une femme est sortie pour fiimer : Andreï Makine, qui avait 18 ans et se trouvait là, crut alors saisir une vérité.Pierre III, qui a pris le pouvoir sans régner sur son lit, afin d\u2019exercer son potentat?Elle fait bâtir des villes, des écoles, réunit des états généraux, écrit une constitution, signe des traités, annexe la Crimée, une grande partie de la Pologne.Et elle collectionne les amants.Elle a dressé des listes méticuleuses de ses exploits, des sommes versées aux amants, elle tient correspondance, parle plusieurs langues, écrit des pièces de théâtre.Elle est démesurée, grande, sauvage, éclairée par plus de lumière que les folies de folies de Voltaire, bref Makine l\u2019admire.Catherine croit aimer des fa- voris sincères.Dans l\u2019alcôve, c\u2019est une farandole théâtrale, assortie de crimes.La plume de Makine valse, sans linéarité historique: n\u2019a-t-on pas déjà tout dit, et tout contredit?Makine veut cerner l\u2019utopie, ces idées sans frontières nécessaires à chacun, grand ou petit, et vécues si diversement.Tout le reste est cinéma, ce XVIIP siècle comme ce qui se passait en Erance, à la Révolution, où les actes posés ont dépassé en barbarie les bornes de l\u2019humain.Relativisme critique Depuis qu\u2019il a écrit sous un autre pseudonyme, Gabriel Osmonde, Makine a changé BANDE DESSINEE Des ours et une danseuse nue FABIEN DEGLISE Elle était dans la marge il y a 28 ans au Québec.Désormais, elle est une attraction littéraire en Erance.Avec des planches et des bulles dont beaucoup là-bas avaient entendu parler, sans avoir vraiment eu la chance, jusqu\u2019à aujourd\u2019hui, de pouvoir y toucher.Une provocation, un titil-lement textuel qui vient de prendre fin en ce début d\u2019année avec cette remise au goût du jour par la maison d\u2019édition Ego comme X, d\u2019Angoulême, du roman graphique Melody, imaginé dans les années 80 à Montréal par la jeune auteure Sylvie Rancourt.Cette série autobiographique met en vedette l\u2019auteure dans sa vie et sa carrière de danseuse nue dans les bas-fonds de la métropole.Sans fard, mais avec plein d\u2019humanité.L\u2019objet chatouille la curiosité du bédéphile français mâle depuis qu\u2019un certain Thierry Groenstreen en a fait l\u2019éloge dans Les Cahiers de la bande dessinée en 1987.La chose a été suivie d\u2019une entrée en règle de Mélody dans le Larousse de la BD en 1998, rappelle-t-on dans la préface.L\u2019intimité mise en dessin, l\u2019existence mise à nu sur une planche était à l\u2019époque un phénomène très nord-américain et plutôt émergent.Aujourd\u2019hui, tout ça est une norme.Sans surprise, Sylvie Rancourt trouve donc facilement sa place dans ce présent qui aime carburer au voyeurisme et se divertir en contemplant les destins décalés.Cet assemblage de planches replonge dans son passé d\u2019effeuilleuse et de bédéiste qui, entre deux tours de poteau, a posé sur papier, avec humour, honnêteté et une très grande sensibilité, tout le sordide et la tristesse Sylvie rancourt melody ego comme x nadja le cœur sanglant delarêalitâ \u2014 parfois \u2014 de sa condition.Ces récits autopubliés se vendaient à la sauvette dans les bars de la métropole.Ils se sont déclinés en plusieurs épisodes aux titres évocateurs: Mélody et ses poupées, Mélody et la police, Mélody et son orgie, Mélody dans un trou.pour ne nommer qu\u2019eux.Avec ses lignes claires, ses perspectives incertaines et ses visages découpés par un coup de crayon plutôt enfantin, l\u2019univers de Rancourt est présenté ici pour la première fois dans une version intégrale de 350 pages qui fait passer ce fragment d\u2019existence de simple anecdote, de fanzines pour initiés, à pièce intrigante du patrimoine bédéesque.Une danse de crayon à la fois.Ma vie, c^est d^la gouache D\u2019une autobiographie à une autre: celle de la jeune bédéiste Nadja, qui a décidé de poursuivre l\u2019exploration de son existence dans Le cœur sanglant de la réalité (L\u2019Apocalypse), une sorte de suite logique à Comment ça se fait, sorti en 2006 chez Cornélius.On s\u2019y promène de Paris à la Bretagne, les deux environnements de la créatrice, en passant par des cases très sombres montées à la gouache noire et blanche.Dans ces cases, les humains peuplant son quotidien s\u2019incarnent en ours, comme pour mieux faire ressortir leur côté primitif.Introspective, hautement critique, plutôt cruelle envers les autres, envers elle-même et envers le monde des arts, cette incursion dans la vie de celle qui a mis au monde dans les dernières années L\u2019homme de mes rêves (Cornélius) et Les filles de Montparnasse (Olivius) expose cette même intelligence dans la façon qu\u2019a Nadja de mettre en image la condition humaine.Même en passant par des ours.Charmant.Le Devoir MÉLODY Sylvie Rancourt Ego comme X Angoulême, 2013, 350 pages LE CŒm SANQLANT DE LA REALITE Nadja L\u2019Apocalypse Paris, 2013, 176 pages de style.Une femme aimée rappelle la manière Osmonde, plus familière, légère et enlevée que la veine précédente, tissue d\u2019intériorité et de minimalisme.Ici, tout rebondit et interpelle le lecteur.Le roman bascule lorsqu\u2019Oleg se voit interdire son scénario.L\u2019impératrice avait des idées libérales?Le dire n\u2019est pas politiquement correct.Il reprendra son scénario en 1994, pour une série télévisée.Là, on veut du sexe, de l\u2019audimat.Jamais la vérité.Aussi la violence des caractères, du verbe, des révolutions, des répressions avale-t-elle le temps personnel.Mais pour Oleg, Catherine reste femme, tandis qu\u2019il plonge dans ses propres racines, allemandes.Ainsi, la Russie ancienne rejoint l\u2019ère moderne, et inversement.En se rapprochant, le champ de vision s\u2019élargit.On constate la maîtrise admirable de Makine, sa capacité de rapprocher le lointain et de retourner les idées préconçues, tel jadis le cinéma politique de Wajda.Le résultat fait penser à une partition pour grand orgue : truculent et alerte, il campe une petite histoire dans la grande Histoire distancée d\u2019avant et d\u2019après la Révolution.Collaboratrice Le Devoir UNE FEMME AIMÉE Andreï Makine Editions du Seuil Paris, 2013, 363 pages POLARS Une tristesse infinie MICHEL BELAIR Comme s\u2019il était un véritable personnage de chair et de sang, le commissaire Erlendur, de la police de Reykjavik, semble avoir la faculté d\u2019échapper à l\u2019attention de son auteur.Arnal-dur Indridason vient en effet de publier trois romans sans que l\u2019on y aperçoive le commissaire, «en voyage dans les jjords de l\u2019Est», a-t-on pu lire autant dans Rivière noire et La muraille de lave que dans le très étonnant Betty.Mais le temps est venu de remettre les pendules à l\u2019heure et de replonger au cœur des obsessions de cet homme étrange : Erlendur est de retour.Enfin, presque.Dans les faits, il est toujours dans la région des fjords de l\u2019Est, «en vacance», mais nous le suivons alors qu\u2019il arpente la lande.Pour découvrir bientôt que, en plus de marcher là au milieu de souvenirs douloureux, le commissaire est obsédé, comme les gens du coin, par l\u2019histoire de Matthildur, une jeune femme disparue à la fin de la ^erre un soir de tempête soudaine qui emporta aussi un groupe de soldats anglais.Avec lui, on se retrouvera bientôt sur ses traces.Dans ces coins perdus de l\u2019Islande \u2014 même si l\u2019on y construit maintenant des barrages et des usines \u2014, rien ne s\u2019oublie, semble-t-il.Voilà donc Erlendur à la recherche du souvenir de ce fantôme comme de son jeune frère disparu lui aussi, on le sait, dans une terrible tempête à laquelle il n\u2019a lui-même échappé que de justesse.La nuit, il dort à la dure au milieu de ses mauvais rêves à Bakkasel, la ferme en ruine où il habitait avec sa famille; et le jour, il remonte le fil du temps tout autant que celui de sa mémoire en parcourant la lande.Ce qui nous donne un récit d\u2019une beauté et d\u2019une tristesse infinies.Tout au long de sa quête, Erlendur nous fait rencontrer des personnages étonnants et démesurés.Comme Hrund, la sœur de Matthildur, qui vit toujours en refusant le changement qui défigure l\u2019Islande qu\u2019elle a toujours connue.Comme le violent et trouble Jakob aussi, le mari de Matthildur, et surtout le touchant Ezra, un vieil homme très proche de la disparue et qui la pleure encore un demi-siècle plus tard.Couche par couche, un soup-çon à la fois, Erlendur mettra au jour avec eux des histoires de violence tues qui s\u2019emmêleront jusqu\u2019à devenir de plus en plus troublantes.Quand les vivants comme les morts viennent d\u2019abord dire la difficulté de subsister dans un environnement aussi rude, tout peut arriver.Même l\u2019impensable.C\u2019est ainsi que le commissaire déterrera littéralement une histoire que personne n\u2019avait jamais vraiment vue jusque-là.En de si étranges rivages, bien des choses se cachent parfois sous le silence de la mort.Un livre qu\u2019on n\u2019oubliera pas de sitôt, dense comme un champ de glace et bouillonnant comme la vérité.Collaborateur Le Devoir ÉTRANGES RIVAGES Arnaldur Indridason Traduit de l\u2019islandais par Eric Boury Métailié, «Noir» Paris 2013, 300 pages RENCONTRES D'ÉCRIVAINS DU PRIX LinÉRAIRE DES COLLÉGIENS Le Centre de recherche interuniversitaire sur la littérature et la culture québécoises (CRILCQ), grâce au soutien du Conseil des Arts du Canada, est heureux de vous inviter à une table ronde où sont invités les finalistes du Prix littéraire des collégiens : -\tGilles Archambault QUI DE NOUS DEUX?(Boréal) -\tSophie Bienvenu ETAU PIRE, ON SE MARIERA (La Mèche) -\tÉric Dupont LA FIANCÉE AMÉRICAINE (Marchand de feuilles) -\tÉric Plamondon MAYONNAISE (Le Quartanier) -\tLarry Tremblay LE CHRIST OBÈSE (Alto) À QUÉBEC, le lundi 11 mars à 19h00 Le Studio P (280, Saint-Joseph Est) RSVP À LA LIBRAIRIE : 418 694-9748 À TROIS-RIVIÈRES, le mardi 12 mars à 19 h 00 Librairie Clément-Morin (4000, boul.des Forges) RSVP À LA LIBRAIRIE: 819 379-4153 À MONTRÉAL, le lundi 18 mars à 19h00 Librairie (Dlivieri (5219, Côte-des-Neiges) RSVP À LA LIBRAIRIE : 514 739-3639 Avec la participation de Stanley Péan et de Tristan Malavoy-Racine à l'animation littéraire ^COLLÉGIENS LIRE délivre prixlitterairedescollegiens.ca Les rencontres sont gratuites et ouvertes à tous ! POUR INFORMATION CRILCQ / Université de Montreal Tel 514 343 7369 Courriel crilcq@umontreal ca Site www cri Icq erg Culture et Communications Québec E3 El LE DEVOIR Marc BounqiE Éducation, Loisir et Sport QUEBEC Quebec E9 El BECpB^ lettres Québécoises crIlco ^fASSOOATION m^DES ÉTUDES ^QÜÊHÉCOiSES F 6 LE DEVOIR, LES SAMEDI 9 ET DIMANCHE 10 MARS 20IS ESSAIS Pour une meilleure intégration au «nous» québécois Tania Longpré défend la nécessité d\u2019un modèle plus nationaliste, ouvert et décomplexé Louis CORNELLIER ania Longpré aime le Québec et les gens venus d\u2019ailleurs qui le choisissent.Fille d\u2019un Québécois d\u2019origine canadienne-française et d\u2019une Italienne devenue québécoise, la jeune femme a choisi d\u2019œuvrer en francisation des immigrants pour transmettre le goût du Québec aux nouveaux arrivants.«Peu importe d\u2019où viennent les immigrants ou ce en quoi ils croient, écrit-elle, l\u2019important est qu\u2019ils aient le désir de se joindre à nous, de s\u2019acclimater au Québec, d\u2019adopter nos modes de vie, de manifester leur intérêt à devenir québécois ainsi que de partager nos projets d\u2019avenir, quels qu\u2019ils soient, et qu\u2019ils souhaitent s\u2019intégrer au \u201cnous\u201d québécois, tout en ayant comme premier objectif l\u2019amélioration de leur qualité de vie.» Qr, constate-t-elle, ce beau projet se heurte à certains obstacles qui rendent sa réalisation difficile.Dans Québec cherche Québécois pour relation à long terme et plus, Tania Longpré se sert de son expérience d\u2019intervenante de terrain pour «relater les succès et les échecs» du modèle québécois en matière (^\u2019intégration des immigrants.A l\u2019aide d\u2019une multitude d\u2019exemples très concrets, elle tente de montrer qu\u2019un «accueil adéquat de nos immigrants pour leur assurer un bon départ dans la vie québécoise demanderait [.] d\u2019adapter notre capacité d\u2019accueil en fonction de notre capacité d\u2019intégration», ce qui, selon elle, n\u2019est pas le cas à l\u2019heure actuelle.Une francisation déficiente Le Québec accueille environ 50000 immigrants par année.La majorité d\u2019entre eux appartiennent à la catégorie des travailleurs qualifiés.Les autres arrivent ici grâce au ?(! MARIE-HELENE TREMBLAY LE DEVOIR Fille d\u2019un Québécois d\u2019origine canadienne-française et d\u2019une Italienne devenue québécoise, Tania Longpré a choisi d\u2019œuvrer en francisation des immigrants pour transmettre le goût du Québec aux nouveaux arrivants.programme de regroupement familial ou avec le statut de réfugiés.Premier défi: environ 35% de ces immigrants ne connaissent pas un mot de français.Même parmi ceux qui ont été sélectionnés sur la base de leur connaissance du français, nombreux sont ceux qui le baragouinent à peine.Tania Longpré raconte d\u2019ailleurs que certains de ses élèves lui ont même confié avoir fait leur entrevue visant à évaluer leur connaissance du français «entièrement en anglais ou dans leur langue d\u2019origine » ! Leur intégration au Québec exige donc un sérieux effort de francisation qui, selon la jeune enseignante, n\u2019est actuellement pas à la hauteur.Les demandeurs d\u2019asile, par exemple, ne reçoivent aucun financement en ce sens.Les autres peuvent être financés, mais les programmes offerts sont chiches, raison pour laquelle les immigrants les boudent souvent pour leur préférer un emploi, même de misère, qui n\u2019exige aucune connaissance linguistique ou quelques rudiments d\u2019anglais.Comme mesures d\u2019intégration, ce n\u2019est pas riche.«J\u2019estime, écrit Longpré, qu\u2019il ne serait pas radical d\u2019exiger de nos immigrants une connaissance dite \u201csuffisante\u201d pour se débrouiller dans la langue nationale de leur terre d\u2019accueil, tout en ayant la possibilité d\u2019augmenter leur capacité langagière une fois arrivés», notamment grâce à des programmes gratuits de francisa- tion.Qr, évidemment, tant que le Québec n\u2019a pas les pleins pouvoirs sur son immigration, une telle solution (exiger une connaissance préalable du français) est impossible à mettre en place, déplore avec raison l\u2019enseignante.Un modèle plus nationaliste Ces choses ont déjà été dites et répétées, mais elles sont présentées ici d\u2019une façon simple et concrète qui les rend plus prégnantes.Et Tania Longpré va plus loin.La francisation, selon elle, est nécessaire, mais pas suffisante.«Nous devons favoriser, pro-pose-felle, un modèle plus nationaliste, ouvert, intégrateur et décomplexé dans l\u2019intégration à une nouvelle société.» La francisation doit donc s\u2019accompagner d\u2019une introduction aux codes culturels québécois.«Comment l\u2019immigrant peut-il aspirer à devenir québécois, demande justement Longpré, s\u2019il ne sait aucun refrain de chanson, n\u2019a jamais vu de film québécois ou ne connaît aucune des personnalités artistiques qui font la richesse de notre culture ?» Dans ses classes, l\u2019enseignante rencontre des gens qui, même après des années passées au Québec, continuent de se présenter comme turcs, algériens, chiliens ou vietnamiens, sont capables de nommer le premier ministre de leur pays d\u2019origine mais pas celui du Québec, ne savent rien du printemps 2012, ignorent que Montréal, où ils vi- vent, est une île et n\u2019ont jamais entendu parler de la question nationale québécoise.«Si nous ne nous affirmons pas et n\u2019insistons pas sur le respect de nos valeurs, explique Longpré, nos immigrants ne comprendront jamais l\u2019importance de se joindre à nous, puisqu\u2019ils ne comprendront pas ce que nous sommes.» Qpposée aux accommodements raisonnables qui encouragent la ghettoïsation et nuisent à l\u2019intégration, aux cours d\u2019anglais offerts aux immigrants par les commissions scolaires anglophones qui font concurrence aux programmes de francisation, et favorable à la régionalisation de l\u2019immigration (elle propose Boucar Diouf en exemple), à l\u2019application de la Charte de la langue française aux entreprises de 50 employés et moins (plusieurs immigrants s\u2019y retrouvent), de même qu\u2019à une francisation bien financée qui comporte aussi un volet social (laïcité, égalité hommes-femmes, droits des homosexuels) et culturel, Longpré conclut son éclairant essai-témoignage sur une déclaration d\u2019amour aux immigrants de bonne foi, la majorité, dit-elle, qui font de gros efforts d\u2019intégration.Notre «nous», insiste-t-elle, «n\u2019est pas exclusif, mais [.] ouvert à tous ceux qui désirent l\u2019utiliser».Nous avons donc le devoir d\u2019accueillir l\u2019immigrant «à bras ouverts en l\u2019invitant à devenir l\u2019un des nôtres plutôt que de le laisser s\u2019enfermer dans sa différence», et ce dernier a le devoir de s\u2019intégrer.C\u2019est théoriquement simple, pratiquement exigeant, mais moralement et politiquement nécessaire.louisco@sympatico.ca QUÇBÇC CHERCHE QUEBECOIS POUR RELATION A LONG TERME ET PLUS Comprendre les enjeux de l\u2019immigration Tania Longpré Stanké Montréal, 2013, 200 pages Le Québec vaincra-t-il sa peur ?Jocelyn Caron réveille de belles hardiesses politiques MICHEL LAPIERRE Enfin, un souffle de jeunesse chez un de nos analystes politiques ! L\u2019essai Choisir le progrès national, de Jocelyn Caron (né en 1982), ne craint pas d\u2019évoquer «le plus limpide» des démissionnaires d\u2019une députation péquiste usée par la compromission, Jean-Martin Aus-sant (né en 1970), fondateur d\u2019Option nationale, parti qu\u2019appuie Jacques Parizeau, et de citer {\u2019«exemple éclatant» de la mobilisation des jeunes lors du printemps érable.Honoré de deux préfaces, l\u2019une de Claude Béland, exprésident du Mouvement Desjardins, et l\u2019autre du député péquiste Léo Bureau-Blouin, exleader étudiant, le livre du politologue est d\u2019une audace certaine mais inégale.Il regorge de données pertinentes et, «tirant leçon des forces et des faiblesses» des essais Sortie de secours (2000), de Jean-François Lisée, et De la nation à la multination (2007), d\u2019Alain-G.Gagnon et Raffaele lacovino, il préconise une solution à l\u2019impasse constitutionnelle.Au lieu d\u2019un référendum sur la souveraineté-partenariat, comme en 1995, Caron souhaite que l\u2019on organise une consultation populaire sur les réformes constitutionnelles susceptibles de rallier le plus grand nombre de Québécois.Appuyées idéalement par une coàition de partis, les propositions se situeraient entre deux extrêmes, le statu quo et la souveraineté, en accordant plus de pouvoirs au Québec.Si le référendum est positif, notre gouvernement les soumettrait au reste du Canada pour que celui-ci les adopte en SOURCE DRUIDE Jocelyn Caron préconise une solution à l\u2019impasse constitutionnelle.l\u2019espace de deux ans, car, explique le politologue, il faut éviter les «aléas d\u2019une élection générale québécoise qui pourrait déstabiliser le processus».Qn devine l\u2019astuce de Caron : «Dans le cas où le Canada répondrait par une fermeture totale, il s\u2019exposerait à une explosion des appuis à la souveraineté, comme ce qui s\u2019est vu à la suite de l\u2019échec de l\u2019Accord du lac Meech.» Alors, un autre référendum portant, cette fois, sur la souveraineté donnerait peut-être le résultat rêvé par ceux qui, comme l\u2019essayiste, visent «le progrès national ».Mais ce n\u2019est pas tant «la peur de l\u2019échec» qui, selon la thèse fragile de Lisée reprise par Caron, paralyse les Québécois que le manque de détermination, de courage, qu\u2019ils perçoivent chez tant de politiciens souverainistes.Si ces derniers avaient l\u2019audace d\u2019Aussant, économiste émule de Parizeau, il y a fort à parier qu\u2019ils réduiraient la peur du risque financier qu\u2019un peuple historiquement dominé, aliéné, associe à l\u2019indépendance.Malgré la pusillanimité qu\u2019il partage avec Lisée, Caron ne serait pas loin de faire sienne cette hypothèse.Ne s\u2019indigne-t-il pas qu\u2019au Québec «26,5 % des non-francophones ne comprennent pas le français»?En Grande-Bretagne ou en Allemagne, une telle incompréhension de la langue commune serait, juge-t-il, «tout simplement loufoque».En décelant, chez nous, les vestiges du colonialisme, Caron réveille de belles hardiesses politiques.Collaborateur Le Devoir CHOISIR LE PROGRÈS NATIONAL Jocelyn Caron Druide Montréal, 2013, 480 pages BIOGRAPHIE Bookchin, père de l\u2019écologie sociale MICHEL LAPIERRE On imagine mal au Québec, en songeant par exemple à la fermeture de la centrale nucléaire Gentilly-2, que l\u2019écologie et la société soient dissociables.Cette évidence n\u2019en fut pas toujours une.Dans sa «biographie intellectuelle» de Murray Bookchin, Vincent Gerber révèle qu\u2019à partir de 1964 l\u2019Américain propagea l\u2019idée d\u2019écologie sociale : le déséquilibre de la nature résulte des luttes sociales.Une révolution.Le jeune historien, qui vit en Suisse, consacre à l\u2019essayiste Murray Bookchin (1921-2006), né à New York et mort, près d\u2019ici, au Vermont, le premier ouvrage substantiel dans la Ifancophonie, où cet anarchiste Murray Bookchin et l\u2019écologie sociale en rupture de ban, pionnier d\u2019une pensée politique verte, reste si peu connu.L\u2019un des Québécois que l\u2019écologiste autodidacte, très porté sur la polémique, a influencé, Jean-François Filion, professeur de sociologie à rUQAM, préface la biographie nourrie d\u2019une interprétation aussi pénétrante que nuancée.Gerber insiste sur le mot-clé qui permet de comprendre les idées de Bookchin: domination.L\u2019écologie sociale se résume à merveille par la formule de l\u2019historien : «La domination de l\u2019humain sur la nature découle de la domination dg l\u2019humain sur l\u2019humain.» À l\u2019opposé du marxisme mais en accord avec Rousseau, dompter la nature, loin de faire progresser l\u2019humanité, reflète les déchirements qui rongent cette dernière.Voilà pourquoi Bookchin oppose l\u2019écologie sociale à l\u2019envi-ronnementalisme.Celui-ci vise, hélas, à résoudre les dommages infligés à la nature en ne remettant pas en cause les structures sociales d\u2019un capitalisme tourné vers le seul profit! Bookchin a élargi la portée de l\u2019écologie en évitant toutefois d\u2019adhérer au courant extrémiste de la «Deep Ecology» qui fait de la nature l\u2019éternelle victime d\u2019une humanité aveugle.Il savait que l\u2019équilibre de notre raison est ce qui se rapproche le plus de celui de la Terre.Collaborateur Le Devoir MURÇAY BOOKCHIN ET L\u2019ECOLOGIE SOCIALE Vincent Gerber Ecosociété Montréal, 2013, 184 pages www.editionsxyz.com Également disponible en version numérique Claude Jasmin Anita, une fille numérotée SVK « Jamais Jasmin n\u2019a été aussi grave, aussi magnifique.» Le Devoir "]
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