Le devoir, 13 avril 2013, Cahier F
[" LIVRES CAHIER F » LE DEVOIR, LES SAMEDI 13 ET DIMANCHE 14 AVRIL 201 LITTERATURE QUEBECOISE \u2014 ENTRETIEN Pierre Samson : pour la suite du monde CHRISTIAN DESMEULES Le jour de notre rencontre, dans un café de Montréal, les cerisiers étaient «officiellement» en fleurs à Tokyo.Une semaine plus tard, Pierre Sam-son s\u2019envolait pour le Japon avec armes et bagages pour y rejoindre son amoureux.Si tout va bien, il y sera pour au moins deux ans.«J\u2019ai tout liquidé», confie l\u2019écrivain de 55 ans, un éclair dans les yeux.La maison des pluies, son sixième roman, construit autour d\u2019un personnage d\u2019ethnolinguiste de Montréal qui découvre qu\u2019il aurait eu un fils avec une femme rencontrée il y a longtemps au Japon, est hanté par les questions de filiation et de transmission du savoir.Le Brésil lui a déjà inspiré une trilogie: Le Messie de Belém, Un garçon de compagnie et II était une fois une ville (Les Herbes rouges, 1996, 1997 et 1999).Mais après avoir occupé durant six mois le studio du Québec à Tokyo en 2011, c\u2019est aujourd\u2019hui le Japon qui veut se faire unp place dans son œuvre.Et dans sa vie.A l\u2019écrit, on sent une colère sourde \u2014 un mélange de cynisme, de déception et d\u2019aquoibo-nisme \u2014, plus directement lisible, peut-être, dans les Lettres crues qu\u2019il signait avec Bertrand Laverdure à l\u2019automne 2012.On a ainsi toujours un peu l\u2019impression qu\u2019il s\u2019agira chaque fois de son dernier livre.«Ah bon ?Moi aussi, c\u2019est ce que je me dis! Écrire un livre, c\u2019est pour moi toujours beaucoup de travail.Je fais énormément de recherches, je ne suis jamais satisfait, je remets les choses constamment en question, je repasse, je corrige, j\u2019élimine.Au bout du compte, c\u2019est beaucoup de travail pour les résultats que ça donne.» Arabesques, son roman le plus ambitieux, une œuvre touffue et protéiforme, lui avait ainsi demandé neuf ans de travail.Résultat?Silence radio.Ou à peu près.Même après avoir obtenu le Prix littéraire des collégiens deux ans plus tôt avec Catastrophes.«C\u2019estpassé dans le beurre, ré-sume-t-il.Et en un sens, ç\u2019a été salutaire pour moi, j\u2019imagine.Ça m\u2019a inculqué la sagesse de ne rien attendre.Bien sûr, je me demande chaque fois à quoi ça sert.C\u2019est la grosse question.Mais je persévère: écrire est encore ce que je fais de moins pire.» Ambitions et édition Qu\u2019est-ce qui sépare l\u2019écrivain du Messie de Belém de celui de La maison des pluies\"! «À part la maturité ?Je pense que j\u2019ai un plus grand contrôle de la langue.Le Messie de Belém, je n\u2019aime pas parler comme ça, mais ça sortait littéralement de mes tripes.Je suis ailleurs, j\u2019ai vieilli, je ne suis plus tout à fait le même homme.Et c\u2019est normal.Comme écrivain, mon combustible est aujourd\u2019hui différent.J\u2019ai des ambitions, disons, plus intellectuelles.» Et comme écrivain ou comme lecteur, il a aussi la linéarité en horreur et se dit heureux de publier depuis ses débuts aux Herbes rouges, une maison d\u2019édition qui possède l\u2019aura d\u2019une secte dans le petit milieu littéraire québécois.«C\u2019est une grande maison.Et Erançois Hébert est le meilleur œil éditorial que je connaisse, considère Pierre Samson.C\u2019est aussi quelqu\u2019un qui est capable de dire non.Ça, c\u2019est extrêmement précieux pour moi.Même si, quand je sors de son bureau, j\u2019ai toujours l\u2019impression d\u2019être devenu un cendrier sur deux pattes», ajoute-t-il en riant.Au chapitre du «niet», Samson n\u2019est pas non plus en reste et raconte avoir refusé une offre de traduction anglaise pour l\u2019un de ses livres, VOIR PAGE F 2 SAMSON I k Pierre Samson est l\u2019auteur de La maison des pluies, son sixième roman.FRANÇOIS PESANT LE DEVOIR Déni Y.Béchard hors du père Page F 3 Diane Boudreau: Comment va l\u2019école québécoise?Page F 6 La chute L\u2019Agence fédérale pour la dotation nationale dans les arts américains (NEA) s\u2019est inquiétée à raison depuis une décennie de la régression de la lecture au pays de l\u2019oncle Sam.Selon certaines études, moins d\u2019un Américain sur deux aurait lu un livre au cours de l\u2019année.Mais la chute semble s\u2019arrêter.Pour la première fois depuis des décennies, le taux de lecteurs remonte même la côte.Les principaux bénéficiaires de ce retour en grâce de la lecture sont les établissements de prêt, bibliothèques et autres.Ces établissements ont continué de se développer entre 2000 et 2009, mais à un taux sept fois moindre que l\u2019accroissement de la population (1,7 contre 11,7).Le Devoir VALERIE PAQUETTE Daniel Lavoie Campagne de la Maison de la poésie La Maison de la poésie de Montréal, qui n\u2019a toujours pas pignon sur rue, a lancé sa campagne de financement annuel.L\u2019objectif: amasser 25 000$ afin que l\u2019organisme puisse continuer sa mission de diffusion et de promotion de la poésie québécoise.Pinacle des activités de financement, un cabaret autour des chansons de Gilbert Langevin auquel participera Daniel Lavoie, porte-parole de cette campagne.Au nombre des invités, on trouve notamment Jessica Vigneault, Joe Bo-can, Gilles Bélanger et Sylvie Paquette.Le spectacle sera présenté le 29 mai à l\u2019Espace La Eontaine.Billets au coût de 20$.Les détails au www.maisondelapoesie.qc.ca Le Devoir présente ISALON INTERNATIONAL pu LIVRE IDE QUÉBEC 10 AV 14 avril ms WWW.centre DESCONGRÈS pEQUÉBEC Entente développement citturel VILLE DE\tQU^ Hentape canadien QUEBEC ^Quebec F 2 LE DEVOIR, LES SAMEDI 13 ET DIMANCHE 14 AVRIL 2013 LIVRES Les chevaux de Guérin 9 ^1, Jean-François Nadeau ÜL' A l\u2019hippodrome Blue Bonnets, il y avait encore quelques chevaux qui hennissaient çà et là en attendant leurs courses.Dans les paddocks, quelques vieux entraîneurs se rappelaient l\u2019époque pourtant pas si lointaine où leurs hêtes soulevaient des foules et amassaient de l\u2019argent pour des financiers comme Jean-Louis Lévesque et Paul Desmarais.Mais il n\u2019y avait plus personne.Loto-Quéhec avait pris soin de faire galoper le peuple jusqu\u2019au dépanneur du coin plutôt qu\u2019aux courses, sachant qu\u2019une Poule aux œufs d\u2019or, surtout si elle est privée de tête, est toujours plus facile à suivre qu\u2019un cheval fringant.C\u2019était donc le désert dans les estrades de Bine Bonnets.Néanmoins, le vaste restaurant vitré et étagé continuait d\u2019offrir un énorme huffet comme aux temps de ses années les plus fastes.J\u2019étais allé voir le champ de courses avec quelques amis mexicains curieux d\u2019apercevoir de plus prés l\u2019un des gros fantômes qui hantent Montréal.Au restaurant, nous étions seuls, ou presque.Un garçon en livrée se promenait pour recueillir les paris avec un terminal portatif.La voix métallique de l\u2019annonceur maison occupait tout cet espace où autrement on aurait pu entendre voler une mouche.«Mesdames et messieurs, ladys and gentlemen, attention! attention!» A peine deux ou trois tablées, ici et là, pour l\u2019écouter piaffer devant son micro.Prés des immenses haies vitrées, un homme seul, un carnet de notes posé devant lui.Sa grosse tête lisse, auréolée d\u2019une couronne de cheveux gris, laissait paraître de trois quarts le profil d\u2019un herbivore dont la corpulence générale permettait d\u2019assurer que celui-ci mangeait beaucoup de viande.C\u2019était l\u2019éditeur Marc-Amé Guérin, décédé le 1®\"^ mars dernier.\u2014 Que faites-vous ici, M.Guérin?\u2014 Je viens voir courir mes chevaux! Il en possédait plusieurs dizaines.Des chevaux de course, mais aussi, à une époque, des percherons, de puissants chevaux de trait.De beaux chevaux d\u2019airain.Il aimait les chevaux de longue date, selon une vieille culture équestre qui est à peu prés disparue aujourd\u2019hui.Chaque homme a sa danseuse.Pour Guérin, c\u2019étaient d\u2019abord les chevaux.Il en connaissait le prix autant que la valeur.L\u2019éditeur possédait notamment le trotteur Val Taurus, qu\u2019il avait offert à sa fille.Cette bête avait remporté la finale de la Coupe des éleveurs en 2006, tout en décrochant le titre de cheval de l\u2019année.Mis au départ dans huit épreuves à l\u2019hippodrome de Montréal, Val Taurus n\u2019en perdit aucune.Aux courses, devant moi, Guérin a gagné ce jour-là quelques milliers de dollars.Chaque fois, il était très sûr de lui au moment de parier.Marc-Amé Guérin affectait cette même assurance dans l\u2019édition, ne doutant de rien, surtout pas de lui.Quelque temps plus tôt, à table au restaurant Gutenberg, il m\u2019avait déjà raconté ses débuts d\u2019éditeur scolaire.Lié au monde de l\u2019éducation des adultes, il avait su profiter de l\u2019encre noire d\u2019une vieille presse offset A B Dick pour publier d\u2019abord des petits cahiers d\u2019étude.Dans les années 1960, après deux siècles de retard, le monde de l\u2019éducation se développait enfin au Québec.L\u2019éducation devenait accessible.On en comprenait mieux l\u2019importance et la portée.Aussi la demande était-elle grande pour du matériel pédagogique.Il n\u2019y avait rien ou si peu.Tout était à faire.Et on fit en conséquence du meilleur comme du pire.Chose certaine, la vente de manuels scolaires rendait son homme prospère.Une vraie manne.Dictionnaires, manuels, papeterie.Guérin «l\u2019éditeur des écoles» eut la mainmise durant nombre d\u2019années sur un des secteurs les plus payants de l\u2019édition.Au début des années 1970, l\u2019incendie de son immeuble de la rue Saint-Denis, loin d\u2019être fatal à ses affaires, lui permit au contraire de toucher une substantielle prime d\u2019assurance qui lui donna un nouvel élan, m\u2019expliqua-t-il.Les étages abîmés par le feu ne furent pas reconstruits entièrement.Encore aujourd\u2019hui, on voit bien que cet immeuble est plus bas que ceux voisins: on a tout juste reconstruit un toit sur ce qui restait de l\u2019immeuble.Avec le temps, Guérin avait acheté plusieurs immeubles du Plateau Mont-Royal, de même qu\u2019une imprimerie.Depuis le temps, l\u2019allure des différents magasins du libraire-éditeur avait beaucoup vieilli, comme celle de leur fondateur, lequel se manifestait désormais beaucoup moins que par le passé.En 2012-2013, paraît-il, «aucun livre de Guérin éditeur n\u2019apparaît sur la liste des manuels approuvés par le ministère de l\u2019Education du Québec pour le primaire et le secondaire».A 84 ans, l\u2019éditeur venait d\u2019être reconnu inapte à comparaître devant la cour dans des histoires de mœurs impliquant une mineure entre 1969 et 1972.Après avoir raconté des histoires scabreuses aux accents chevalins auxquelles l\u2019éditeur l\u2019aurait mêlée, la plaignante vient d\u2019annoncer qu\u2019elle poursuivrait désormais la succession.Entre 1998 et 2002, Marc-Amé Guérin avait par ailleurs offert des cadeaux d\u2019une valeur d\u2019environ 2 millions de dollars à une ancienne danseuse érotique du cabaret Chez Parée.L\u2019affaire se retrouva devant les tribunaux et la belle fut acquittée.Il n\u2019en demeure par moins que les quelques milliers de dollars de bijoux provenant de chez Birks, la Mercedes de location, les huit manteaux de fourrure, le joli voyage de même que quelques autres babioles du même genre offertes à cette dame donnent une bonne idée des moyens de l\u2019éditeur.Marc-Aimé Guérin se piquait de beaucoup fréquenter les classiques de la littérature, tout en pestant contre ce qu\u2019il considérait comme la déchéance générale de notre monde, qui plongeait selon lui du côté de la vulgarité.Après un échange vigoureux entre lui et moi où il m\u2019avait plaidé l\u2019à-propos de favoriser des m.m i 1% M JACQUES GRENIER LE DEVOIR Décédé le 1\u201c mars, l\u2019éditeur Marc-Amé Guérin ne doutait de rien, siutout pas de lui.pouvoirs forts, ce généreux éditeur m\u2019avait gentiment fait envoyer par sa secrétaire un exemplaire original des Cahiers de la Quinzaine de Charles Péguy, un auteur qu\u2019il affectionnait à sa façon.C\u2019était un bien curieux personnage, ce Marc-Aimé Guérin.Un homme digne à tout le moins d\u2019un roman.?Qu\u2019est-ce qu\u2019un classique?George Steiner s\u2019est employé à l\u2019expliquer au fil de milliers de pages, lesquelles sont souvent géniales même si elles ne sont pas toujours spécialement digestes.Steiner a montré à quel point un classique n\u2019a de cesse d\u2019être vivant.Viennent de paraître ses œuvres réunies sous une même couverture, dans la collection « Quarto ».Autant j\u2019arrive à aimer Steiner à la pièce, autant le fait de l\u2019avoir devant moi en bloc m\u2019assomme.Génial passeur des cultures, ce polyglotte très finement lettré me semble néanmoins parfois tourner quelque peu en rond.Il n\u2019en reste pas moins un maître.Parlant de la lecture des classiques, une amie historienne était plongée ces derniers jours dans Tacite aux fins de recherches.Elle tombe ainsi sur un passage d\u2019une formidable actualité qu\u2019elle m\u2019envoie en riant autant que j\u2019ai ri en écoutant la députée anglaise Glenda Jackson pester contre les thuriféraires de lady Thatcher.Nous sommes en 50 après Jésus-Christ.C\u2019est Tacite qui raconte.Gnaeus Domitius Corbulo, consul et général romain, fils d\u2019une famille de magistrats de la République, peste contre la dégradation de ce qui constitue alors l\u2019Italie.Corbulo ne cesse de dénoncer l\u2019état pitoyable des infrastructures.Corbulo, écrit Tacite dans ses Annales au livre III, «ne cessait de dénoncer le mauvais état des chemins, qui, par la fraude des entrepreneurs et la négligence des magistrats, étaient rompus et impraticables dans presque toute l\u2019Italie.II se chargea volontiers d\u2019y pourvoir; ce qui tourna moins à l\u2019avantage du public qu\u2019à la ruine de beaucoup de particuliers, auxquels il ôta la fortune et l\u2019honneur par des condamnations et des ventes à l\u2019encan.» Tiens, tiens.Vous y croyez, vous, à Denis Coderre en consul romain ?jfnadeau@ledevoir.com S Rue des voleurs « De sa prose ample, Enard mele comme nul autre le lyrisme a la langue de la rue, en poète des bas-fonds qui crée des atmosphères de polar puis des poèmes philosophiques sur la responsabilité, la religion et la violence.[.] Brillantissime ! = Eisa Pépin, Le libraire r\\ >\\ Eaei ^ Quebec ca n @ 514 524-5558 lemeac@lemeac.com fmÊ SAMSON « C\u2019est sûr qu\u2019en tant qu\u2019homme et écrivain, je me demande ce que je vais laisser derrière moi » SUITE DE LA PAGE E 1 SOUS prétexte que l\u2019éditeur canadien-anglais ne lui semblait pas être à la hauteur.Il ne voulait pas prendre le risque d\u2019aliéner ses droits pour le monde anglo-saxon.«Moi, je vise haut.Pis, coudonc, je m\u2019écraserai de haut, lâche-t-il à la blague.Ça fera moins mal.» L\u2019héritage de l\u2019écrivain ?Le motif de la « filiation » au sens très large \u2014 ou de l\u2019héritage \u2014 traverse le roman : enseignement, paternité, transmission du savoir, persistance dqs langues et des cultures, héritage familial.A l\u2019évidence, ce sont des questions lourdes qui le hantent.Evoquant la genèse de son nouveau roman, il raconte qu\u2019une amie lui avait demandé il y a quelques années de lui faire un enfant, en le forçant à renoncer à l\u2019avance à tous ses droits de paternité.Il avait vite refusé, en fait depuis le deuil d\u2019être père un jour, mais ce thème, chargé aussi de la mort de son père, a continué à le travailler.«C\u2019est sûr qu\u2019en tant qu\u2019homme et écrivain, je me demande ce que je vais laisser derrière moi.» «Si, par exemple, quelqu\u2019un dans le futur se mettait en tête de savoir quelle a été la vie de Pierre Samson, je me suis demandé quel chemin il prendrait.Et dans tous les cas, le tableau final risquerait d\u2019être très loin de la réalité.» C\u2019est ce que fait le personnage du fils prodigue dans La maison des pluies, parti sur les traces de son père sans jamais chercher à le rencontrer, en choisissant d\u2019interroger plutôt une ancienne blonde du protagoniste ou un de ses oncles.Une institutrice, aussi, beau personnage largement inspiré par une enseignante qui a marqué profondément la vie de l\u2019écrivain au primaire.« Une des grandes richesses du roman, comme genre, ce sont les digressions, croit Pierre Sam-son, qui revendique entièrement cette liberté.Pour moi, c\u2019est là qu\u2019est la vie.Parce que la vie est faite de digressions.» Ce lieu de toutes les tricheries sert de terrain de jeu à sa plume dense et recherchée, un peu nabokovienne.«C\u2019est mon écrivain fétiche», reconnaît-il.Exigeant?«Mon grand défaut, ou ma grande faiblesse, poursuit Samson, c\u2019est peut-être de considérer les lecteurs comme étant au moins aussi intelligents que moi.Ce qui donne des romans qui exigent un petit peu de travail.La lecture, c\u2019est aussi une création.On y recrée un monde à notre manière.Et pour moi, c\u2019est ce qui est tellement riche dans la littérature.» Collaborateur Le Devoir Jean-Claude Germain « Chaque page est un véritable bonheur.» Jean-François Nadeau Sur le chemin de la Roche percée Dernières historiettes de la bohème \u2022Hurtubise ?Hurtubise www.editionshurtubise.com LE DEVOIR, LES SAMEDI 13 ET DIMANCHE 14 AVRIL 2013 F 3 LITTERATÜRE Hors du père ^1; Danielle t Laurin K Lm appel de railleurs.Le ^ mouvement, constant.Le besoin de bouger, d\u2019errer, de fuir.De s\u2019affranchir.C\u2019était omniprésent dans Vandal love ou perdus en Amérique, le roman qui a révélé Déni Y.Béchard il y a quelques années.C\u2019est la toile de fond de son deuxième livre.Remèdes pour la faim.Dans les deux cas, la soif de liberté, d\u2019absolu, est primordiale.La quête identitaire aussi.Mais ça se traduit autrement.Vandal love.s\u2019avérait une épopée proche de la fable, mettant en scène des géants et des nains.Remède pour la faim se présente comme des mémoires, où un fils rend hommage à son père.Encore que, du point de vue métaphorique, on puisse y voir l\u2019histoire d\u2019un fils qui, devant son père qu\u2019il considérait comme un géant, se voyait comme un nain.Déni Y.Béchard a entrepris l\u2019écriture de ce livre en 1995, peu après le suicide de son père.11 venait d\u2019avoir 20 ans.11 a longtemps cru qu\u2019il était en train d\u2019écrire un roman.Le fait est que son père tient du personnage romanesque et que sa vie a été rocambo-lesque.11 était aussi un conteur né, qui abreuvait son fils de récits relatant ses frasques avec fracas.Comment démêler le vrai du faux dans tout ça?Jusqu\u2019à quel point cet homme qui a vécu la majeure partie de sa vie sous une fausse identité était-il un affabulateur ?Le fait est qu\u2019André Béchard, né en Gaspésie en 1938, a tourné le dos très tôt à la pauvreté de sa famille et à l\u2019emprise de la religion pour réaliser ses ambitions.Le fait est qu\u2019il a traversé l\u2019Amérique, exercé trente-six métiers, avant de se spécialiser dans les vols de banque, ce qui lui a valu de faire de la prison.Le fait est que ce grand gaillard qu\u2019on voit sur la page couverture de Remèdes pour la faim, ce casse-cou impénitent à la brutalité indéniable qui mordait dans la vie, a fini ses jours comme poissonnier dans la région de Vancouver.11 est mort sans le sou.«Mon père est mort dans une maison vide, où il ne restait plus une seule chaise.» Habité par un sentiment d\u2019échec terrible, il avait annoncé son sui- I FRANÇOIS PESANT LE DEVOIR C\u2019est le caractère insaisissable de son père qui a conduit Déni Y.Béchard à vouloir écrire sur lui.eide à son fils.«Je vois le monde autour de moi, et je n\u2019en fais pas partie», lui disait-il.Au-delà du fait que son père lui paraissait hors norme, plus grand que nature, c\u2019est le caractère insaisissable du personnage qui a conduit Déni Y.Béchard à vouloir écrire sur lui.C\u2019est son désir de le comprendre.Et de se comprendre à travers lui.Cette double quête traverse Remède pour la faim.Si c\u2019est la figure du père qui semble à l\u2019avant-plan, c\u2019est le fils qui, au final, se dévoile le plus.Tout s\u2019emboîte comme des poupées gigognes, les histoires que le père raconte à son fils prenant place à l\u2019intérieur des histoires que raconte lui-même le fils sur son père, et sur lui-même.C\u2019est d\u2019ailleurs ce qui, au bout d\u2019un certain temps, alourdit le récit.Comme si le fils ne voulait rien perdre, rien oublier des histoires de son père et de ses histoires à lui, quitte à multiplier les détails, les redites.A force de vouloir tout dire, ça stagne.Et puis non, soudain il se rattrape, il nous rattrape, ça repart.Moments de grâce, moments magiques où l\u2019écriture se déploie, prend le dessus, magnifique.Derrière la figure omniprésente du père, c\u2019est la voix du fils qui nous touche.C\u2019est la façon qu\u2019il a de se positionner vis-à-vis de son héros.Tout en tentant de départager les sentiments contradictoires par lesquels il est passé par rapport à lui depuis qu\u2019il est petit.Enfant, Déni Y.Béchard était déchiré entre son père fan- QUAND ON AIME UNE FOIS, EST-CE POUR TOUJOURS?-O- Un roman sincère et sensible sur l'éternel premier amour Camille Bouchard ?E PARTOUT © l\u2019Hexagone Une société de Québécor Média edhexagone.com tasque sans éducation et sa mère tout aussi marginale, mais fleur bleue.Cetfe Américaine qui avait fui les Etats-Unis au moment de la guerre du Vietnam fréquentait une «église psychique» et carburait à l\u2019ésotérisme.Mais elle n\u2019en assurait pas moins la bonne marche du foyer, encourageait ses enfants à lire et à se scolariser.Déchirure Quand ses parents se sont séparés, Déni hésitait à choisir son camp : «Même si c\u2019était agréable de passer du temps avec mon père, j\u2019étais incapable d\u2019imaginer une journée sans ma mère.Mes vêtements pueraient, je n\u2019aurais plus que des F à l\u2019école et je mourrais de faim.Mais il est vrai que la vie avec lui pourrait être très amusante.» C\u2019est sa mère qui a gagné finalement.Elle a quitté Vancouver avec les enfants, s\u2019est enfuie avec eux aux Etats-Unis, où le père ne pouvait pas mettre les pieds à cause de son passé criminel.Elle a fini par obtenir légalement la garde complète des enfants.A partir de ses 10 ans, il n\u2019a plus revu son père pendant près de cinq ans.11 ne l\u2019a alors que davantage magnifié.Surtout après avoir appris qu\u2019il avait dévalisé une cinquantaine de banques dans une autre vie.Pour l\u2019adolescent, qui s\u2019es- sayait déjà à l\u2019écriture et dont le principal moyen d\u2019évasion était la littérature, «la vérité dépassait [ses] espérances».Mais il a déchanté ensuite quand il a côtoyé à nouveau son père de trop près.Toute sa vie, en fait, il a oscillé entre la fascination et la déception.Cet homme, il Ta adoré, et haï.11 a voulu être comme lui: libre.11 a erré sur les routes, comme lui.11 a aussi plongé dans la délinquance, commis quelques (petits) vols.11 a voulu se mesurer à lui.Puis s\u2019en affranchir.Après sa mort, il est retourné sur ses traces, jusqu\u2019en Gaspésie, pour comprendre d\u2019où il était parti.Même en voulant s\u2019éloigner de lui, il a marché dans ses pas.11 continuait à le chercher.C\u2019est encore à travers son père, paradoxalement, qu\u2019il se cherchait lui-même.Peut-être l\u2019écriture a-t-elle permis à Déni Y.Béchard de parvenir à ses fins, de revenir vers sa vie.Quoi qu\u2019il en soit, ce livre étincelle, il est brillant.REMÈDE POUR IA FAIM Déni Y.Béchard Traduit de l\u2019anglais par Dominique Fortier Alto Québec, 2013, 584 pages Déni Y.Béchard est au Salon du livre de Québec samedi et dimanche.P 0Gaspard-LE DEVOIR 1 ALMARÈS Du 1\u201d au 7 avril 2013 \t\t \t\t Romans québécois\t\t 1 mân\tKim Thriy/Libre Expression\t-/I 2 Les héritiers d'Enkidiev \u2022 Tome 7 Le conquérant\tAnne Robillard/Wellan\t1/2 3 Félicité \u2022 Tome 4 Une vie nouvelle\tJean-Pierre Charland/Hurtubise\t2/6 4 Ce qui se passe au Mexique reste au Mexique !\tAmélie Oubois/Éditeurs réunis\t5/22 5 Souvenirs de la banlieue \u2022 Tome 4 Junior\tRosette Laberge/Éditeurs réunis\t4/5 6 La fiancée américaine\tÉric Oupont/Marchand de feuilles\t3/23 7 Mâle, femelle et autres espèces animales\tEvelyne Gauthier/Éditeurs réunis\t9/2 8 Le petit prince est revenu\tMarc Fisher/Un monde différent\t7/7 9 Gabv Bemier \u2022 Tome 2\tPauline Gill/Québec Amérique\t6/8 10 Ce pays de rêve \u2022 Tome 4 Le mouton noir\tMichel Langlois/Hurtubise\t8/2 Romans étrangers\t\t 1 Cinquante nuances plus claires \u2022 Tome 3\tE.L.James/Lattès\t1/9 2 Cinquante nuances plus sombres \u2022 Tome 2\tE.L.James/Lattès\t3/13 3 Cinquante nuances de Grey \u2022 Tome 1\tE.L.James/Lattès\t2/27 4 Demain\tGuillaume Musso/XO\t4/4 5 Un sentiment plus fort que la peur\tMarc Levy/R.Laffont j Versilio\t5/6 6 22/11 /63\tStephen King/Albin Michel\t7/3 7 Crossfire \u2022 Tome 2 Regarde-moi\tSylvia Oay/Flammarion Québec\t6/5 8 Crossfire \u2022 Tome 1 üévoile-moi\tSylvia Day/Flammarion Québec\t8/15 9 La vérité sur l'Affaire Harry Quebert\tJoël Dicker/Fallois j Âge d'homme\t9/16 10 Vert-de-gris\tPhilip Kerr/Du Masque\t-/I Essais québécois\t\t 1 À brûle-pourpoing\tNormand Lester/Intouchables\t1/2 2 Libérez-vous des syndicats!\tEric Duhaime/Cenex\t2/6 3 Vieillir avec grâce\tDenise Bombardier/Homme\t4/8 4 Journal d'un écrivain en pyjama\tDany Laferrière/Mémoire d'encrier\t3/8 5 Zombies.Sociologie des morts-vivants\tVincent Paris/XYZ\t7/2 6 Le printemps québécois.Une anthologie\tCollectif/Écosociété\t5/2 7 Hérésies\tJacques Brassard/Accent grave\t6/4 8 En terrain miné.Correspondance en temps de guerre\tRoxanne Bouchard I Patrick Kègle/VLB\t10/2 9 Fâché noir.Chroniques\tStéphane Dompierre/Québec Amérique\t-/I 10 üe l'école â la rue.Dans les coulisses de la grève.\tR.Poirier St-Pierre | P.Éthier/Écosociété\t8/3 Essais étrangers\t\t 1 Adolf Hitler.La séduction du diable\tLaurence Pees/Albin Michel\t1/5 2 1493.Comment la découverte de l'Amérique.\tCharles C.Mann/Albin Michel\t2/4 3 üestruction massive.Géopolitique de la faim (Édition revue) Jean Ziegler/Points\t\t-/I 4 Fin de l'Occident, naissance du monde\tHervé Kempf/Seuil\t3/8 5 Les moissons du futur.Comment l'agroécologie.\tMarie-Monique Robin/Stanké\t-/I 6 Occupy\tNoam Chomsky/Herne\t8/3 7 La guérison du monde\tFrédéric Lenoir/Fayard\t10/10 8 Lordre libertaire.La vie philosophique d'Albert Camus\tMichel Onfray/J'ai lu\t-/I 9 Indignez-vous! (Édition revue et augmentée)\tStéphane Hessel/Indigène\t6/6 10 No steak\tAymeric Caron/Fayard\t-/I La BTLF (Société de gestion de la Banque de titres de langue française) est propriétaire du système d\u2019infoimation et d\u2019analyse Gdspdnl sur les ventes de livres français au Canada, Ce palmarès est extrait de Bdspdn! et est constitué des relevés de caisse de 215 points de vente, La BTLF reçoit un soutien financier de Patrimoine canadien pour le projet Sdspsrd © BTLF, toute reproduction totale ou partielle est interdite.Jean-Claude Germain, conteur de la matière MICHEL LAPIERRE Et si le rocher Percé était beaucoup plus qu\u2019une at-traefion tourisfique de la Gaspésie.Maître dans Tart de Thîs-torîette, Jean-Claude Germain arrive à nous convaincre que cette «roche païenne», célébrée en 1947 par le poète français Yvan Goll, cosmopolite et surréaliste, permet à la nature nord-américaine «de modeler une explication du monde» en corrigeant le «retard historique du Québec».La mer y aurait sculpté notre Intériorité.Pourquoi s\u2019en surprendre?Avant la fittérature, la philosophie et les sciences sociales, avant la politique, ce sont des prolongements de la nature, les arts de la matière, en particulier la peinture, qui ont révolutionné le Québec.Dans Sur le chemin de la Roche percée, ses «dernières historiettes de la bohème» montréalaise des années 50 et 60, Germain rappelle que nous étions «les fils tardifs du surréalisme».L\u2019essayiste conteur fait sienne Texplîcation éclairante que Paul-Emile Borduas fournît en 1947 : «Des fils illégitimes peut-être, dont la filiation se fit à distance, non volontairement de notre part, mais par la force des choses.» A sa manière une expression spontanée du corps, la peinture, surtout dans les œuvres abstraites, a sur l\u2019écrit deux avantages souverains: elle obéit, de façon plus Immédiate, à la nécessité de sentir la nature et traduit plus aisément la vie énigmatique de la matière.Cette réflexion sur Tart se devine à partir des textes de Borduas, mais, vers 1960, elle reste confuse dans l\u2019esprit de Germain.Ce n\u2019est qu\u2019aujourd\u2019hul que Técrlvaln en saisit toute la portée.Dans Le théâtre et son double, d\u2019Antonln Artaud, qu\u2019il Ht à l\u2019époque dans une traduction américaine (l\u2019original français n\u2019étalt pas disponible à Montréal), le jeune homme s\u2019efface à une redoutable leçon d\u2019art vivant.Artaud lui enseigne ceci: «Si la foule ne vient pas aux chefs-d\u2019œuvre littéraires, c\u2019est que ces chefs-d\u2019œuvre sont littéraires, c\u2019est-à-dire fixés; et fixés en des formes qui ne répondent plus aux besoins du temps.» Avec le recul, Germain fait une amusante constatation qui montre à quel point, en une dizaine d\u2019années, les lectures peuvent faire germer une pensée sans que Ton s\u2019en rende compte.A la fin des années 60, «fai usé, remarque-t-îl, des mêmes arguments pour défendre le besoin impérieux que nous avions collectivement d\u2019établir une dramaturgie québécoise, s\u2019exprimant dans une langue populaire».Dévolution, chez lui, de Tldée d\u2019art vivant, qui le pousse à devenir dramaturge et, plus tard, à cultiver Thîstoriette, cette subtile théâtralisation de Tessal, lui vient surtout de son amitié, 11 y a plus de 40 ans, avec des figures de la bohème montréalaise.Le photographe John Max, le sculpteur Robert Roussll, ceux avec qui 11 a voyagé en Gaspésie (le peintre Jacques Hurtublse et d\u2019autres amis) ont contribué à faire de lui un artiste, vrai comme un rocher.Collaborateur Le Devoir SUR LE CHEMIN DE IA ROCHE PERCEE Jean-Claude Germain Hurtubise Montréal, 2013, 192pages olîvieri Librairie & Bistro Au cœur de la société Lundi 15 avril à 18 h30 Entrée libre/réservation obligatoire RSVP : 514 739-3639 Menu végé au bistro! Bistro : 514 739-3303 5219, Côte-des-Neiges Métro Côte-des-Neiges Causerie À l\u2019occasion du passage à Montréal du journaliste Aymeric Caron No STEAK CHEZ Fayard Bientôt, nous ne mangerons plus de viande.Nous cesserons définitivement de tuer des êtres vivants - 60 milliards d'animaux chaque année - pour nous nourrir.Aymeric Caron a mené l'enquête pour décrire, avec verve et humour, tous les aspects de notre étrange rapport à la viande.Lui-même végétarien depuis plus de vingt ans, il nous explique de manière limpide pourquoi, un jour, la viande disparaîtra.Aymeric Caron fait partie de l'équipe d'On n'est pas couchés sur France 2 et diffusée à TV5.Animée par Sophie Ginoux Faites imprimer votre propre livre Votre roman, votre récit, vos souvenirs.25 copies, 500 copies, une seule copie.C'est vous qui décidez.Qualité librairie bouquinplus Serrice de livre i la demande Pierre Larochelle plarochelle@bouquinplus.com 514 277-6022 poste 231 F 4 LE DEVOIR LES SAMEDI IS ET DIMANCHE 14 AVRIL 2013 LITTERATURE Je partirai pour Québec « L Louis Hamelin e Chantauteuil ferme ses portes» (Radio-Canada, 24 février 2013).Pour un salonnard aguerri, c\u2019est comme apprendre que le Château Frontenac vient de s\u2019effondrer.Où donc donner rendez-vous à Stan, à Lemelin, à la jolie tenancière de stand rencontrée un peu plus tôt et à tous les autres, désormais?Bon, je ne serai pas au Salon du livre de Québec cette fin de semaine, vous chercherez sans moi ce troquet où les pichets de Belle Gueule dansent la samba jusqu\u2019à plus d\u2019heure.Une absence physique qui ne m\u2019empêche d\u2019ailleurs pas d\u2019aller faire mon petit tour sur la terrasse Dufferin, de longer les vieux remparts.Lorsque plus de gens auront compris que lire est de loin la meilleure manière de voyager en produisant zéro tonne de gaz à effet de serre, nos routes et nos ciels bleus ne s\u2019en porteront que mieux.Mais comment lire Québec?Par où commencer?Les Plouffe?Jacques Poulin?Le premier jardin de madame Hébert?Qu bien, pour les masochistes, le grand Perron et son magnifique ratage de grand roman intitulé Le ciel de Québec ?Peut-être que les choses ont changé depuis que l\u2019imaginaire collectif de la capitale a troqué Anne Hébert et Roger Lemelin contre Madonna et McCartney.Mais quand on lit des phrases comme: «Prenez-les et essayer de leur faire une vie cérébrale, après trois siècles d\u2019atavisme terrien ou forestier.Vous faites d\u2019eux surtout des égarés.» Qu bien : «Après leur vingtième année, ils n\u2019apprennent plus rien que la routine de l\u2019expérience et ils ne pensent plus à rien qu\u2019à ce qu\u2019on leur a dit de penser.» Quand on lit, bref, Les demi-civilisés, on se dit qu\u2019un certain Français de passage avait sans doute raison d\u2019écrire que «rien ne doit changer au pays du Québec.», mais que ça n\u2019a jamais été une raison pour ne pas essayer.En quelques heures fiévreuses, je suis passé hier à travers ce roman qui fut d\u2019abord mal famé, puis simplement fameux, et dont le destin (mise à l\u2019index par le cardinal Villeneuve, gros scandale, auteur qui se fait sortir de la ville par le Cheuf de la province en personne.) a eu tendance à occulter tant l\u2019écriture que le r ! i JERRY DONATI ARCHIVES LE DEVOIR Jean-Charles Harvey (1891-1967) avec Alain Stanké, son jeune éditeur, vers 1962, époque où il publie notamment un énergique pamphlet antiséparatiste.contenu à nos yeux de lointains habitants du millénaire suivant.Grey Owl J\u2019étais arrivé à Harvey en suivant à rebours la piste qui mène à la fruste cabane des parages de Cabano où vécut et écrivit, un temps, le pas-en-core-mondialement-célèbre Grey Qwl.Passionné de pêche et de chasse, Harvey, alors rédacteur en chef du Soleil, s\u2019était lié avec celui qu\u2019il appelait le Hibou gris à l\u2019occasion d\u2019une chasse au chevreuil dans le Témiscouata.Qu a pu dire de lui qu\u2019il fut le découvreur de cet Indien transidentitaire (au sens non sexuel du terme), premier journaliste à écrire sur le phénomène Grey Qwl.Si le naturaliste fascina l\u2019amant de la nature, Harvey, en homme à femmes réputé, ne se montrait pas non plus insensible \u2014 cela transpire d\u2019un bout à l\u2019autre des quelques écrits consacrés à son ami demi-sauvage \u2014 à la compagne mohawke du Hibou, la belle Anahareo, alias Gertie.«Grande et svelte fille dont chaque mouvement [fait] battre le cœur», «sauvagesse d\u2019une incomparable beauté» : la prose de Jean-Charles s\u2019emballe chaque fois qu\u2019apparaît cette Pocahontas iroquoise.Dans une lettre à sa maîtresse, loin des yeux du cardinal Ville-neuve, il l\u2019appelle «la belle Ger- tie aux splendides nichons».Dans une chronique parue en livre deux ans avant sa mort, ce chasseur qui voue un culte à la beauté où qu\u2019elle se trouve (dans la nature, dans l\u2019art, chez la femme), désormais septuagénaire, n\u2019a apparemment toujours pas décroché.- «depuis, chaque fois que, fusil au bras, je foule du pied le tapis orange et or des feuilles d\u2019automne, f évoque cette heure de soleil et d\u2019ombre où l\u2019inaccessible amour marchait devant moi.» Inaccessible?H se serait donc trouvé, en ce monde, une créature pour résister à cet homme aimé des femmes et les aimant?Gu alors, il fut tout simplement incapable de trahir un ami?De toute manière, ce n\u2019est pas le problème de Max Hubert, son alter ego des Demi-civilisés, qualifié par la belle Dorothée de collectionneur de filles.La liberté de pensée et de moeurs qu\u2019on rencontre dans ce roman paru en 1934 est rien de moins qu\u2019étonnante.« Certains soirs, les environs de Québec ne sont que d\u2019interminables baiso-dromes.» Cette phrase-là figure réellement dans un roman québécois publié à l\u2019époque où ma grand-mère Rosa avait autour de 35 ans?Incroyable.Le cardinal pouvait bien s\u2019inquiéter, et ce, dès l\u2019incipit, où le narrateur revendique bien haut son métissage, ce «mélange de nor- mand, de highlander, de marseillais et de sauvage » qui lui fait bouillir le sang.Et puis, Harvey, formé par les Jésuites, a chargé son livre jusqu\u2019à la gueule d\u2019une très nette apologie du défroquage.Le refoulement sexuel systématisé qui produit le genre d\u2019abus qui aujourd\u2019hui dépassent de Iq soutane, très peu pour lui.A travers la figure de Max, il ne se reconnaît qu\u2019un triple dieu : «En dehors de la pensée, de la beauté et de l\u2019amour, c\u2019est-à-dire de la vie, rien n\u2019a d\u2019importance à mes yeux.» Un Balzac de la Vieille Capitale Comparé à Menaud, paru trois ans plus tard, et qui semble bien lourd et pataud en comparaison.Les demi-civilisés semble avoir été écrit par un Balzac de la Vieille Capitale, et ensuite réécrit par Denys Arcand.H est d\u2019ailleurs assez ironique de voir ce dernier s\u2019aventurer dans les terres de Ringuet : la touche d\u2019Arcand, sa culture, le brillant cynisme teinté d\u2019idéalisme de ses dialogues, son intelligence jouisseuse, c\u2019est chez le Harvey des Demi-civilisés qu\u2019ils sont, pas dans Euchariste Moisan.Parmi les romans dont faction se situe à Québec et que j\u2019ai lus.Les demi-civilisés est, de très loin, le meilleur.Dans mon paysage littéraire personnel, il va désormais dominer la première moitié du vingtième siècle jusqu\u2019au Survenant.Sauf que, petit problème : les étudiants de cégep le trouvent paraît-il bien ennuyant.Trop loin d\u2019eux.Trop différent.Je ne saurais mieux clore cette chronique qu\u2019en citant un article paru dans les pages «Idées» du Devoir sous la plume du prof lan Murchison : « Twitter a remplacé l\u2019Eglise, l\u2019iPhone le chapelet, et vous pourriez écrire un livre intitulé Les nouveaux demi-civilisés demain matin, [.] personne ne le bannirait, ce livre, [.] il tomberait dans les limbes d\u2019une société où l\u2019indifférence profonde combinée à l\u2019individualisme irréfrénable et à la consommation soporifique ont un jour eu raison du rêve que certains visionnaires comme Harvey brandissaient, celui de voir un monde où les gens seraient libres et intelligents.» hamelin.lou@gmail.corn DES BOIS, DES CHAMPS, DES BETES Jean-Charles Harvey Editions de l\u2019Homme, 1965 (épuisé) Claude Simon ou les fragments romanesques GILLES ARCHAMBAULT Cela a dû se passer vers 1972.Je m\u2019entretenais à Paris avec Carlos Fuentes, le grand romancier mexicain.De dire que j\u2019étais impressionné serait mentir.J\u2019étais terrorisé.L\u2019homme, pourtant, était on ne peut plus amène.Je me souviens d\u2019avoir abordé avec lui le sujet du nouveau roman alors régnant.Y avait-il, ai-je insinué, une attitude de crainte qui se développerait chez les écrivains qui pratiquaient un esthétisme moins dans l\u2019air du temps, ces derniers avaient-ils la tentation d\u2019abdiquer?Fuenfes m\u2019avait répondu tout de go.A son sens, ceux qui étaient remplis de frayeur devant ce qui paraissait être le courant littéraire dominant en France étaient plus doués pour la reddition que pour l\u2019écriture.Une quarantaine d\u2019années plus tard, les choses ont évolué.Pas toujours dans la bonne direction, il est vrai.L\u2019austérité et le dogmatisme du nouveau roman ont heureusement laissé des traces dans la façon dont la plupart des romans sont écrits.La fiction s\u2019accommode de plus en plus d\u2019un compagnonnage étroit ou non avec l\u2019autobiographie, la littérature donne souvent à voir plutôt qu\u2019à penser, le langage est trituré, le verlan y côtoie la langue spécialisée.Mais le nouveau roman?Qui lit Pinget, Sarraute, Robbe-Gril-let?Cet état de chose ne nous permet pas de çonclure à la mort du genre.A la fin de son hégémonie peut-être.Mais nous arrive le deuxième tome des Œuvres de Claude Simon dans La Pléiade.Un ami à qui je disais que je rendrais compte de cette publication m\u2019a regardé comme si je lui annonçais que j\u2019étais atteint d\u2019un mal incurable.Claude Simon n\u2019est tout simplement pas un écrivain qui fait rêver.On ferait volontiers confiance aux universitaires et aux critiques qui voient en lui un écrivain de haut vol.Simon avoue quelque part avoir lu la plupart des romans de La comédie humaine, patiemment, sans plaisir.Y a-t-il du plaisir à lire l\u2019auteur de La route des Elan-dresl Je le crois, mais il s\u2019agit d\u2019une sorte de délectation qui ressemblerait à celle que ressent un amateur de grands vins.11 ne faudrait pas vider le litre trop goulûment.Alastair B.Duncan, qui a établi cette édition, rappelle dans son introduction cette phrase de Raoul Duty.Alors que Simon, son ami, le regardait peindre, il avait dit: «Il faut savoir abandonner le tableau que l\u2019on voulait faire au profit de celui qui se fait » Simon, qui dans son jeune âge avait songé à devenir peintre, écrit par petites touches.11 compose un tableau qui ne cesse d\u2019évoluer.Au lecteur de s\u2019adapter à une écriture changeante, créant des pistes pour mieux les abandonner.Les références autobiographiques sont loin d\u2019être absentes dans les romans de notre auteur.Mais si elles existent, elles n\u2019ont rien à voir avec les confessions intimes.Grand lecteur de Rousseau, Simon décourage rapidement le lecteur avide d\u2019aveux.Ses maîtres sont Joseph Conrad et William Faulkner.Ne pas oublier que ce fils de famille a étudié en Angleterre.11 a lu Dostoïevski et, quoi qu\u2019il en semble, ses personnages à première vue si peu intériorisés, si changeants, nous amènent à une complexité humaine qui n\u2019est pas sans rappeler celle du grand romancier russe.Claude Simon avait lui-même choisi les romans qu\u2019il souhaitait être inclus dans le premier tome de ses Œuvres.Sa mort en 2005 ne lui permit pas d\u2019en voir la réalisation.Prévoyait-on alors la parution d\u2019un deuxième tome?Ce qui apparaît toutefois, c\u2019est que L\u2019herbe, Les géorgiques et L\u2019acacia sont des textes majeurs.Et que fou a respecté la volonté de l\u2019auteur qui refusait voir réapparaître ses quatre premîers romans.Dès que l\u2019on a compris que Claude Simon construit des fragments romanesques plutôt que des romans proprement dits, que ton accepte que ses récits sont avant tout des compositions picturales relevant de l\u2019art abstrait et que l\u2019on s\u2019astreint à une lecture patiente, presque studieuse, on est récompensé.11 y a effectivement du plaisir à lire cet auteur pour qui l\u2019Histoire a été un matériau.11 n\u2019est toutefois pas ce genre d\u2019écrivain que ton aime aimer.Qn ne lui écrirait pas des témoignages d\u2019admiration.Est-ce bien important?Qn peut toujours inonder les vedettes de l\u2019édition des temps présents.Elles adorent ça.Collaborateur Le Devoir ŒUVRES II Claude Simon Gallimard, «Bibliothèque de la Pléiade» Paris, 2013, 1656 pages La Librairie Gaiiimard de Montréal propose, le 18 avril, à compter de 18 h 30, une rencontre autour de Claude Simon avec Bernard Andrés et Bernard Beu-gnot, respectivement professeurs à fUQAM et à l\u2019Université de Montréal.L\u2019entrée est libre.JttUi Le jardin de ton enfance « Fascinant, Le jardin de ton enfance.Et touchant.Avec des pointes d\u2019humour ici et là, quelques piques de temps en temps.L\u2019écriture est sobre.Sans enfiure, sans pathos.Le regard est iucide, le ton juste.» Danielle Laurin, Le Devoir LES PUBLICATIONS DU QUÉBEC Le plus grand DÉFILÉ DE MODE jamais présenté au Québec 514 524-5558 lemeac@lemeac.com < I E9 E3 Quebec ES Q ® À la mode de chez nous 1860-1980 L\u2019industrie de la beauté fièrement exposée et racontée www.publicationsduquebec.gouv.qc.ca 418 643-5150 ou 1800 463-2100 \u2022 en librairie www.tacebook.com/PublicationsQuebec Centre de services partagés Québec HH Le prix Adrienne-Choquette à Charles Bolduc Le Centre Aude d\u2019études sur la nouvelle (CAEN) a annoncé que l\u2019auteur Charles Bolduc est le lauréat 2013 du prix Adrienne-Choquette pour son recueil Les truites à mains nues, publié chez Leméac.Le jury a rendu un verdict unanime dès le premier tour, saluant une «plume précise, généreuse, presque exubérante par endroits, réservée, sage et maîtrisée pourtant».Dans Le Devoir, Christian Desmeules concluait ainsi sa critique : « Un subtil amalgame de lourdeur et de légèreté, toujours attentif à ce qui manque.Car le manque, n\u2019est-ce pas, c\u2019est là oà \u201cse concentre le mouvement de la vie.\u201d» Le prix littéraire Adrienne-Choquette, qui récompense le meilleur recueil de nouvelles et s\u2019accompagne d\u2019une bourse de 1000$, a été créé en 1981 par Simone Bussières.Le CAEN, qui l\u2019administre, relève du cégep Fran-çois-Xavier-Garneau.Le Devoir GUY E RAYMOND Charles Bolduc LE DEVOIR, LES SAMEDI 13 ET DIMANCHE 14 AVRIL 2013 F 5 LIVRES Dans l\u2019utopie des mondes infinis GUYLAINE MASSOUTRE Il est rare qu\u2019un romancier s\u2019intéresse à la physique et aux mathématiques.C\u2019est pourtant l\u2019aventure que propose Le chat de Schrodinger, de Philippe Forest, fasciné par l\u2019équation d\u2019onde du savant Schrôdinger, théoricien de la vie, de la mécanique quantique et de l\u2019évolution de la fonction d\u2019onde, mieux connue sous l\u2019expérience vulgarisée de pensée dite «Le chat de Schrodinger».Enfermez un chat dans une hoîte où il court le risque de s\u2019empoisonner mortellement.Est-il vivant?Est-il mort?Tant qu\u2019on l\u2019ignore, le chat est à la fois vivant et mort.Dans cette logique du point de vue, les contraires ne s\u2019opposent pas, sauf qu\u2019à l\u2019évidence on ne saurait dire ce qu\u2019il en est réellement de ce chat.Si ce n\u2019est qu\u2019il est vivant-mort et mort-vivant.Eorest s\u2019empare de l\u2019idée, et le voici appliqué à considérer toutes les situations vécues où les superpositions du génial Prix Nohel expliquent hel et bien que la vie et son contraire peuvent être vrais ensemble.Les propriétés d\u2019un objet quantique, chères à Schrôdinger et à son ami Einstein, se vérifient-elles mieux dans le monde psychique que dans celui de l\u2019intuition sensible, à qui le paradoxe répugne ?Délices de l\u2019autocontradiction Quantité d\u2019écrivains et de créateurs de jeux ont transformé cette idée, encore débattue par les scientifiques, en leur fantôme favori, leur héros virtuel, leur visiteur immortel de mondes parallèles.L\u2019infini ÜÉ Quantité d\u2019écrivains et de créateurs de jeux ont transformé l\u2019idée de l\u2019expérience du chat de Schrôdinger, encore débattue par les scientifiques, en leur fantôme favori, leur héros virtuel, leur visiteur immortel de mondes parallèles.justifie l\u2019utopie, et cela est encore plus fort au pluriel.Eorest, lui, se penche sur le cas d\u2019un matou de ruelle qui s\u2019installe chez lui, disparaît à sa guise, revient «cultiver son jardin» tel Candide, pour hanter la conscience de Eorest, volontiers séparée des choses, des gens, de l\u2019ordinaire.Un chat métaphysique en somme, un vecteur poétique aurait la propriété capitale d\u2019être là où on ne l\u2019attend pas, avec son charme incomparable, sa félinité irrésistible, son ronron insistant et son aisance sans gêne, vous escamotant votre chez-vous au moment précis où, d\u2019ordinaire distrait et peu regardant, vous entendez affirmer votre droit de propriétaire.C\u2019est dans ce «nulle part» du vide, par excès de flottaison du tout au rien, que Eorest habite, intérieurement, depuis toujours sans doute, et surtout depuis la mort de sa fillette et bien des livres profonds, qu\u2019il a écrits pour affronter cette perte, ce trou dans les fleurs, la nuit, les maisons où camper plus que vivre.Dans l\u2019année du chat Au-delà du pensable se tient encore «un rideau de rien»: «Le monde sens dessus dessous, sa profondeur de gouffre s\u2019écar-quillant au-dessus de soi lorsque le haut, le bas paraissent avoir échangé leur place et qu\u2019on se trouve devant un trou qui se creuse et s\u2019élargit à l\u2019infini.» L\u2019inouï, c\u2019est alors que ce chat se glisse dans ce brouillard matriciel, avec sa matière fluctuante de bête mi-sauvage, mi-domestique, identique à la conscience qui, en toute probabilité, ne se fixera jamais sur un objet nécessaire, avec toutes les chances de cor- respondre au «principe d\u2019indétermination » de Heisenberg.Cette réalité qui bifurque, somme infinie de peut-être, a de certain qu\u2019il n\u2019est pas inutile de savoir quand faire le mort pour rester en vie, et que l\u2019écho du lointain dans le vide n\u2019est ni fantasque élucubration, ni ambiguïté velléitaire, ni métempsychose du Nouvel Âge empruntant «au vieux fond increvable des pires superstitions».Ce réel est un splendide invisible.Eorest enchante avec son spiritisme télépathique, ses «conciliabules» intimes, sa mémoire résistant aux savoirs glorieux, ressassant notre condition catastrophique d\u2019humains physiques et relatifs.Sa spéculation tient à sa langue ample et sensible, ondulant du concret à l\u2019idée avec la facilité d\u2019une devinette, une bouche chatoyante de Sphinge, un art digne de Schrôdinger.Les vérités de Eorest sont légendaires.Le grotesque uni à l\u2019espérance et le funèbre à la joie y démultiplient le bonheur de lire.Brillant esprit! Le littérateur, prenant sa revanche sur les disputes de mathématiciens, force l\u2019évidence : réunir des parallèles est un exploit rendu possible par une démonstration faillible.Dans cette histoire, le moqueur est un merveilleux fabuliste qui, par de brèves fictions, fait que la certitude d\u2019être soi «se dissipe enfin».Collaboratrice Le Devoir LE CÜÂT DE SCHRODINGER Philippe Forest Gallimard Paris, 2013, 334 pages Sylvain Lelièvre, le beau portrait composite SYLVAIN CORMIER C> était au théâtre Outremont.Une soirée de chansons et de témoignages à la bonne et belle franquette.C\u2019était pas très longtemps après avril 2002, quand il est parti sans prévenir personne (pas même lui-même), là-haut tout là-haut.Je me suis retrouvé sur scène, pas trop préparé, souvenirs à vif.Le verbatim de ce qui me sortit du ventre est dans ce livre.Une page sur 240 bien tassées, pleines à ras bords de photos, de manuscrits, de lettres, d\u2019articles de toutes époques, d\u2019extraits de journal personnel, d\u2019affiches, de documents, d\u2019objets reproduits, et surtout d\u2019écrits d\u2019amis, d\u2019élèves, de compagnons de musique, de proches et moins proches, du public aussi, à propos de l\u2019ami Sylvain Lelièvre.Cent regards, dessinant un portrait composite saisissant.Vivant, surtout.C\u2019était l\u2019objectif de la compagne de Sylvain, Monique Vaillan-court-Lelièvre, et de l\u2019animatrice Elizabeth Gagnon.Que l\u2019on trouve quelque part entre tout ce monde réuni autour de lui un Sylvain Lelièvre en pied, sorte d\u2019hologramme en livre, «l\u2019homme complet», comme dit Elizabeth.Bien sûr qu\u2019il manque à tous, cet homme entier et si entièrement chansonnier, musicien, prof, écrivain, poète, parent, ami.Bien sûr que le choc demeure choc, rapt, vol qualifié.Mais avec le temps, une sorte de poésie s\u2019est immiscée : même la mort a son versant jazz.Eeu Jean-Guy Moreau raconte qu\u2019après une «semaine extraordinaire aux îles-de-la-Made-leine à l\u2019occasion d\u2019une rencontre-atelier avec des jeunes au-teurs-compositeurs-interprètes émergents [.] l\u2019avion jazz s\u2019envolait [.] et l\u2019âme heureuse de Sylvain aussi».C\u2019est la beauté de l\u2019affaire, chacun a sa manière d\u2019arriver à Sylvain: même Sylvain avait plusieurs truchements pour arriver à lui-même.Ici un commentaire sur Portnoy et son complexe de Philip Roth qui se termine sè- TOI L'AMI k SYLVAIN LELitVRE \u2022 jL:Ljfe chement: «Dès qu\u2019une lecture nous rend moins con, c\u2019est pour mieux mesurer l\u2019immensité de la connerie qui nous habite.» Là une note sur le pianiste jazz Eddy Duchin, qu\u2019il aimait tant: «J\u2019aime imaginer que c\u2019est le romantisme de Mozart, sa façon de faire éclater, non pas les formes, mais le conformisme harmonique de son temps, qui a pu séduire le jeune Duchin.» On découvre Sylvain Lelièvre fan fini de Janis lan, sur la page qui suit celle de Duchin.On a dans le détail la création en commun de Petit matin, racontée par Stéphane Venne, qui sait raconter.Beaucoup de gens sachant raconter dans le même livre, je trouve.On a l\u2019entourage qu\u2019on mérite, et Sylvain Lelièvre n\u2019aimait rien de plus que de discuter écriture avec des gens qui écrivaient.Ou musique avec des musiciens.L\u2019enfance qui lui inspira Old Orchard, l\u2019amour qui lui inspira Au milieu de nous deux, la mer qui lui inspira Je descends à la mer, le métier de chanteur qui lui inspira Le plus beau métier, il y a des témoins pour tout ce qui lie l\u2019homme aux chansons, des Vigneault Qessica, Gilles) à Bourgault, de Pierre Barouh à.Prançois Millette, «voisin et gardien des enfants».Témoins à discrète distance, témoins de proximité.Son fils Eric: «Au fait, je t\u2019avoue: j\u2019ai toujours la version non autorisée de Moon River enregistrée sous ton piano à ton insu, à moins que tu ne l\u2019aies toujours su.» Dorénavant, nous savons aussi ça.Généreux livre.La vie d\u2019un homme aimé à tous points de vue.Même par-dessous.Collaborateur Le Devoir TOI L\u2019AMI Cent regards SUR Sylvain Lelièvre Recueil de documents et témoignages colligés par Elizabeth Gagnon et Monique Vaillan-court-Lelièvre L\u2019Instant scène/Productions Basse-ville Québec, 2013, 240 pages La Vitrine CVIÎOI.K TIÎK\\IIÎL\\^ SIX MOIS SANS PAMPLEMOUSSE LITTERATURE QUEBECOISE SIX MOIS SANS PAMPLEMOUSSE Carole Tremblay La Courte Echelle Montréal, 2013, 304 pages Vous vous souvenez de Thelma & Louise ?C\u2019est à ce film que fait parfois penser Six mois sans pamplemousse.Les deux jeunes femmes ici en cavale cherchent à tromper la mort qui guette Rebecca, atteinte d\u2019un cancer incurable.Son amie Charlotte a concocté le programme VIA, pour «vie intense accélérée», et toutes deux mettent le cap sur le Grand Canyon.Beaucoup plus drôle et léger que son thème ne l\u2019annonce, ce roman est surtout une ode à l\u2019amitié et un appel à vivre pleinement le moment présent.Au fil du périple et de sa préparation, quelques désirs enfouis explosent au grand jour.Un road-trip jalonné de petits doutes existentiels et d\u2019espoirs, de plaisirs qu\u2019on ne veut plus coupables, et surtout de franches rigolades.Tour à tour auteure, libraire, directrice littéraire et longtemps critique de littérature jeunesse au Devoir, Carole Tremblay se lance dans un premier roman dédié à un public adulte.Frédérique Doyon ROMAN QUEBECOIS GABY BERNIER Tome II Pauline GUI Québec Amérique 2013 Pauline Gill s\u2019est fait l\u2019apôtre des personnages féminins oubliés par l\u2019histoire.Sa dernière trilogie, Gaby Bernier, non seulement fait sortir de l\u2019ombre une pionnière de l\u2019univers de la mode, elle campe aussi les personnages dans une période fascinante de l\u2019évolution du Québec.Avec, à la clé, une incursion dans la jet-set montréalaise.Le deuxième tome, qui vient de paraître, couvre les années 1927 à 1940 pour celle qu\u2019on a surnommée rien de moins que la «Coco Chanel du Québec».N\u2019a-t-elle pas été la première, entre autres audaces, à populariser le pantalon pour dames ?Sans compter sa propension marquée pour le féminisme avant la lettre et une liberté de mœurs avant l\u2019heure.Si l\u2019intrigue du tome 2 s\u2019avère plus prévisible que dans le premier livre, le propos n\u2019en porte pas moins l\u2019écho de la vie d\u2019une créatrice, d\u2019une famille, d\u2019une société, d\u2019une époque.Même le monde du hockey n\u2019y est pas en reste, avec la présence de Bit Lépine, ce joueur du Canadien qui sera l\u2019amant de Gaby Bernier.Diane Précourt Anticosti UNIQUE AU MONDE VOYAGE ANTICOSTI UNIQUE AU MONDE Textes: Yves Quellet Photographies : Alain Dumas Editions de l\u2019Homme Montréal, 2013, 207pages Anticosti, île mythique ! Le richissime chocolatier Henri Me-nier voulut y établir son paradis personnel.Les nazis songèrent à s\u2019en emparer pour y établir un point de chute à une éventuelle guerre sous-marine.Des centaines de navires se brisèrent contre ses récifs, comme de vulgaires noix séchées.Qu\u2019adviendra-t-il de l\u2019île d\u2019Anticosti à l\u2019heure où l\u2019on songe à l\u2019exploiter pour son pétrole ?S\u2019appuyant sur des photos à l\u2019allure de cartes postales \u2014 couleurs saturées et hyperdéfinition de l\u2019image \u2014, ce livre dresse un portrait global de ce joyaux du Saint-Laurent.Eaune, flore, histoire, témoignages, hiver ou été, tout y passe, depuis le château Menier jusqu\u2019à l\u2019exploitation forestière en passant par les plaisirs sportifs ou contemplatifs qui ont fait la renommée de cette île qu\u2019on ne peut qu\u2019admirer encore et encore pour la majesté de ses paysages prodigieux.Le Devoir pieuvre verte Hachette et le Quebec depuis 1950 « Rigoureux mais jamais aride, l\u2019ouvrage de Frederic Brisson permet surtout de jeter un regard rétrospectif équilibré sur une époque trouble de l\u2019industrie du livre au Québec.Une leçon à méditer ! » Paul Bennett, Le Devoir Société\tC de développement\tçO des entreprises\t'co eulturelles\tO Québec H H 0 514 524-5558 lemeac@lemeac.com PRIX DES LECTEURS RADIO-CANADA 2013 pour une littérature franco-canadienne IUDI0|TtL£VISI0N|lN1ERNET ''^plancher DU 25 MARS AU 18 AVRIL 2013 COUREZ LA CHANCE DE DÉCOUVRIR BUENOS AIRES ET SA POÉSIE URBAINE en participant au concours mettant en vedette les auteurs franco-canadiens de l'heure.feRECF F 6 LE DEVOIR, LES SAMEDI 13 ET DIMANCHE 14 AVRIL 2013 ESSAIS Comment va l\u2019école québécoise\u2019i Louis CORNELLIER Cm est une tradition ^ occidentale, à laquelle le Québec n\u2019échappe pas : tous les quatre ou cinq ans, un enseignant publie un pamphlet pour dénoncer le piètre état de l\u2019école et l\u2019inculture des jeunes qui, notamment, ne sauraient plus écrire.Le modèle du genre, au Québec, demeure bien sûr Les insolences du frère Untel (1960).Plus récemment, on a pu lire, dans cette lignée.Le grand mensonge de l\u2019éducation (Lanctôt, 2006), des enseignants Germain, Papineau et Séguin, et Pourquoi nos enfants sortent-ils de l\u2019école ignorants ?(Boréal, 2008), du professeur Patrick Moreau.Cette saison, l\u2019enseignante retraitée Diane Boudreau ajoute sa voix à ce chœur d\u2019indignés avec Une éducation bien secondaire, un bref pamphlet qui brosse un «tableau peu reluisant de notre système éducatif québécois».Si on peut se réjouir du fait que ces ouvrages brassent, à raison à certains égards, la cage de notre école, on doit toutefois veiller à faire la part des choses.Les enseignants, ce n\u2019est pas les insulter que de le noter, ont depuis toujours une propension à noircir le portrait et à entretenir l\u2019idée que le niveau de leurs élèves baisse.Les faits imposent pourtant un regard plus nuancé.Enseignante pendant une trentaine d\u2019années dans des écoles secondaires publiques, Diane Boudreau affirme avoir pris une retraite prématurée parce qu\u2019elle ne supportait plus le climat général qui règne dans le système scolaire.«La fameuse réforme pédagogique, la périclitation [sfc] &u système éducatif québécois et la dévalorisation de la profession enseignante auront eu raison de ma passion et de ma patience», confie-t-elle.Déprimant portrait Elle trace un déprimant portrait des élèves québécois.«Nos adolescents de 15 ans peinent à écrire autant qu\u2019ils éprouvent des difficultés en mathématiques, en histoire, en anglais, en sciences physiques, etc.», résume-t-elle.Leurs modèles ne sont pas des penseurs ou des scienti- ANNIK MH DE CARUFEL LE DEVOIR Diane Boudreau a été enseignante pendant une trentaine d\u2019années dans des écoles secondaires publiques.fiques, mais «des vedettes américaines».Passons rapidement sur l\u2019engouement pour les vedettes populaires de nos jeunes, une étape de la vie à laquelle nul d\u2019entre nous n\u2019a échappé, sans qu\u2019elle nous transforme tous en béotiens, et concentrons-nous sur la première partie de la critique.Nos jeunes sont-ils si nuis?L\u2019enquête PISA 2009, un programme international qui vise à «déterminer dans quelle mesure les jeunes de 15 ans ont acquis certaines des connaissances et compétences essentielles à une pleine participation à la société moderne», classe les élèves québécois parmi les meilleurs du monde (5®® en mathématiques, 14®® en sciences et 10®® en lecture).Ce programme, reconnaissons-le, a beaucoup de limites et n\u2019évalue pas la culture générale des élèves, mais il fournit néanmoins des indications très intéressantes qui relativisent fortement le constat catastrophique dressé par les plus féroces critiques de l\u2019école québécoise.Les élèves québécois, donc, manquent de culture, comme une majorité de leurs compatriotes, d\u2019ailleurs, mais ils ne sont pas nuis.Ils sont toutefois élevés dans un climat social qui encourage la contestation systématique de l\u2019autorité enseignante et qui tolère les incivilités.Diane Boudreau a raison de déplorer la complaisance des dirigeants scolaires et des parents envers l\u2019impolitesse des jeunes et la culture de remise en question des enseignants.Des parents qui font manquer des jours de classe à leurs enfants pour les amener en voyage font preuve d\u2019un inacceptable mépris envers l\u2019école et la dévalorisent aux yeux de leurs jeunes.Outils techniques et réforme Boudreau a raison, de même, de dénoncer la bureaucratisation de la gestion de classe et de l\u2019évaluation des apprentissages, c\u2019est-à-dire le fait que «directions d\u2019école, fonctionnaires du MELS, commissions scolaires, parents, élèves, tous s\u2019arrogent le droit de s\u2019immiscer dans la pratique professionnelle des enseignants» et de leur dire comment enseigner et évaluer.Sa critique de l\u2019engouement des dirigeants scolaires pour les outils techniques est aussi juste.Comme le constate une récente étude, résumée dans Le Devoir par Fabien Deglise et citée par Boudreau, «les étudiants apprécient davantage les méthodes d\u2019enseignement traditionnelles » et déclarent que les meilleurs outils pédagogiques, ce sont des enseignants stimulants.L\u2019étude porte sur la perception des étudiants universitaires, mais on peut présumer que celle des élèves n\u2019est pas très différente.Il ne s\u2019agit pas, écrit Boudreau, d\u2019être contre la technique, mais d\u2019avoir les bonnes priorités.En ce sens, réduire le nombre d\u2019élèves par classe serait un meilleur investissement que d\u2019acheter des tableaux blancs interactifs.La réforme est-elle l\u2019échec que diagnostique Boudreau?De récentes études, dont les résultats ont été rapportés par la journaliste Daphnée Dion-Viens du Soleil, proposent des conclusions partagées sur le sujet.D\u2019abord, il convient de noter qu\u2019une forte majorité d\u2019enseignants concluent à l\u2019échec de la réforme.Une étude à paraître, dirigée par le chercheur Simon Larose, de l\u2019Université Laval, démontrerait que la réforme aurait nui olîvierî Librairie Bistro Au cœur de la littérature Vendredi 19 avril, 17h00 Le savoir capital Une table ronde sur la marchandisation de l'éducation et la dérive des universités Une présentation du magazine Spirale et du Centre de recherche interuniversitaire sur la littérature et la culture québécoises (CRILCQ) 5219, Côte-des-Neiges [Métro Côte-des-Neiges] Entrée libre Réservation obligatoire RSVP :\t514.739.3639 Bistro: 514.739.3303 LE SAVOIR CAPITAL Table ronde et lancement Dans la foulée des événements du « Printemps québécois » et du récent Sommet sur l'éducation supérieure, le magazine Spirale propose, dans son plus récent numéro (n° 244), un dossier sur « Le savoir capital ».Soucieuse de poursuivre la discussion, l'équipe de Spirale, en collaboration avec le CRILCQ, organise une table ronde sur la marchandisation de l'éducation et la dérive des universités.Avec la participation de : Gérard Boaudot (université de Montréal) AnnG-MariG David (Université de Montréal) MartinG-EmmanuGllG LapointG (crilcq) PÎGrrG Popovic (Université de Montréal) Animation : GGorgGS LGroux (uqam) La rencontre sera suivie du lancement du numéro de printemps 2013 [n°244] de Spirale, dont le portfolio est consacré à l'artiste Pierre Dorion.=CRILCQ CENTRE DE RECHERCHE INTERUNIVERSITAIRE SUR LA LITTERATURE ET LA CULTURE QUÉBÉCOISES Spirale) aux résultats des élèves en difficulté, ceux qu\u2019elle avait pour mission d\u2019aider.Les résultats en français feraient toutefois exception et se seraient améliorés.Une autre étude, menée par Patrice Potvin (UQAM), conclut que «les élèves de la réforme sont significativement meilleurs en sciences».On peut se demander, toutefois, si la réforme est en cause dans tous ces résultats contradictoires puisqu\u2019une étude de Suzanne-G.Char-trand et Marie-Andrée Lord conclut, elle, que «l\u2019enseignement du français a peu changé depuis 25 ans » et que la réforme n\u2019est pas vraiment appliquée.Le seul fait que les enseignants perçoivent cette dernière comme un échec impose toutefois une révision fondamentale de ce modèle pédagogique.L\u2019école ne peut réussir si ceux et celles qui la font ne croient pas en ce qu\u2019on leur demande de faire.Ces enseignants, écrit d\u2019ailleurs Boudreau, ont toutefois eux aussi des torts : ils maîtrisent souvent mal le français et manquent de culture.Leur formation est trop axée sur la pédagogie et pas assez sur les contenus disciplinaires.Diane Boudreau, somme toute, noircit trop le portrait de l\u2019école québécoise, mais plusieurs de ses critiques font mouche.louisco@sympatico.ca UNE ÉDUCATION BIEN SECONDAIRE Diane Boudreau Poètes de brousse Montréal, 2013, 124 pages Contre le populisme LOUIS CORNELLIER Le populisme, explique Philippe Bernier Arcand, est un antiélitisme qui oppose le peuple, la «majorité silencieuse» considérée comme un bloc homogène, aux dirigeants déconnectés des «vraies affaires».Pour parler au «vrai monde», qui vivrait dans «les régions» plutôt qu\u2019en ville, les populistes prétendent lui «dire tout haut ce que celui-ci pense tout bas», se réclament du «gros bon sens», négligé par les élites, et proposent des solutions simplistes qui flattent «les sentiments plutôt que la raison».Les populistes de droite attribuent tout ce qui va mal à la gauche dépensière, multiculturelle, prétentieuse et, souvent, aux étrangers, surtout d\u2019origine arabe, qui mineraient nos valeurs.Les populistes de gauche, Chavez par exemple, pensent par slogans pour déponcer le capitalisme et les États-Unis.Deuxième essai de Bernier Arcand, La dérive populiste diagnostique une montée du populisme, en Europe, aux États-Unis et au Québec, principalement dans sa version de droite, et en propose une critique.Le rôle des élites et des intellectuels, rappelle l\u2019essayiste, n\u2019est pas d\u2019être aveuglément et par opportunisme au service de «l\u2019opinion du peuple», qui, de toute façon, n\u2019est jamais homogène, mais de «défendre l\u2019intérêt général et d\u2019être des militants de la raison».Au passage, dans cet essai LA DERIVE POPUUSn dont le propos reste souvent trop général et navigue de façon un peu confuse entre les populismes européens, américains et québécois, Bernier Arcand critique nommément quelques pqpu-listes (Maxime Bernier, Éric Duhaime, Stéphane Gen-dron, le maire Jean Tremblay, les journaux de Québécor) et des partis politiques (les conservateurs et leur tendance monarchiste, l\u2019ADQ et le PQ tentés par un discours identitaire simpliste, la CAQ et son illusoire troisième voie) l^ien de chez nous.Étonnamment, il ne dit rien de la gestion très populiste de la crise étudiante par les libéraux de Jean Charest.Dans l\u2019ensemble, cependant, cet essai joliment écrit, qui identifie un problème réel menaçant la qualité de notre vie démocratique, s\u2019en tient un peu trop à des généralités.En ciblant plus spécifiquement le populisme québécois, il aurait gagné en précision et en efficacité.«Le populisme québécois, note l\u2019essayiste, est après tout bien timide lorsqu\u2019on le compare au populisme [sfc] américain et européen.» Bernier Arcand veut donc «sonner l\u2019alarme avant qu\u2019il ne soit trop tard».Il a raison.Collaborateur Le Devoir LA DÉRIVE POPULISTE Philippe Bernier Arcand Poètes de brousse Montréal, 2013, 170 pages LE LIVRE CHOC QUI REMET EN QUESTION LA LÉGALITÉ DU RAPATRIEMENT CONSTITUTIONNEL Vt/ LA BATAILLE DESSOUS, SECRETS ET COULISSES DE LONDRES DU RAPATRIEMENT CONSTITUTIONNEL Ce livre lève le voile sur des jeux de pouvoir dont on n\u2019était pas tout à fait conscient.Il y a des bombes là-dedans, des révélations chocs.C\u2019est gigantesque.René Homier-Roy, S RC Un bouquin fort intéressant.Les amateurs de politique vont adorer.Alec Castonguay, L\u2019actualité Ça se Ut presque comme un roman politico-judiciaire.Anne-Marie Dussault, RDI Frédéric Bastien est le premier historien qui se penche sur le rapatriement constitutionnel en s\u2019appuyant sur une étude systématique des archives, notamment les documents secrets du Foreign Office.480 pages \u2022 Cahier photos \u2022 32,95 $ \u2022 PDF et ePub : 24,99 $ www.editionsboreal.qc.ca 50 "]
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