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Le devoir
Quotidien montréalais indépendant et influent, qui informe rigoureusement et prend part aux grands débats de la société québécoise [...]

Fondé à Montréal par l'homme politique québécois Henri Bourassa, le quotidien Le Devoir paraît pour la première fois le 10 janvier 1910. Bourassa rassemble autour de lui une équipe de rédaction fort compétente. En font partie Olivar Asselin, Omer Héroux, Georges Pelletier, Louis Dupire et Jules Fournier.

Dès ses débuts, Le Devoir se veut patriotique et indépendant. Résolument catholique, il est partisan de la doctrine sociale de l'Église et appuie un encadrement catholique des mouvements associatif, syndical et coopératif. De tout temps, il défendra la place de la langue française et sera des débats sur la position constitutionnelle du Québec.

Au cours des années 1920, le catholicisme du directeur se dogmatise, ce qui rend plusieurs journalistes inconfortables, mais l'orateur demeure une figure très en vue qui permet au journal d'amasser des fonds. Grâce à lui, Le Devoir pourra toujours s'appuyer sur des donateurs privés, dont certains siègent à son CA. Des journalistes tels Fadette, Jeanne Métivier et Paul Sauriol y font leur marque à la fin de la décennie.

Proche des cercles intellectuels influents, Le Devoir a une vocation nationale. Une grande part de son tirage est tout de même acheminée dans les milieux ruraux. Le journal offrira d'ailleurs un vif appui à l'organisation de l'agriculture québécoise. Il ne pénétrera que tardivement, mais sûrement, le lectorat de la zone métropolitaine.

Au départ de Bourassa en 1932, Georges Pelletier prend la direction du journal. Un regard d'aujourd'hui sur l'époque des décennies 1930 et 1940 révèle une phase plutôt sombre, empreinte d'antisémitisme, le Juif représentant à la fois la cupidité du capitalisme et le péril athéiste lié au communisme.

Durant la Seconde Guerre mondiale, Le Devoir lutte contre la conscription et rapporte les injustices faites aux Canadiens français dans les corps militaires. Sur le plan politique, bien qu'indépendant, le quotidien appuie la fondation du Bloc populaire, parti nationaliste, et se rapproche parfois de l'Union nationale.

Gérard Filion prend la direction du journal en avril 1947. Il en modernise la formule et attire de solides jeunes collaborateurs, dont André Laurendeau, Gérard Pelletier et Pierre Laporte. Le journal prend alors définitivement ses distances de l'Union nationale, critiquant l'absence de politiques sociales, l'anti-syndicalisme et la corruption du gouvernement québécois, et dénonçant la spoliation des ressources naturelles.

À partir de 1964, le journal est dirigé par Claude Ryan, qui en base l'influence sur la recherche de consensus politique, entre autres sur les sujets constitutionnels. Sous sa gouverne, Le Devoir sera fédéraliste pendant la plus grande partie des années 1970.

Bien qu'il soit indépendant des milieux de la finance, Le Devoir est le quotidien montréalais qui accorde la plus grande place dans ses pages à l'économie, surtout à partir des années 1980. En 1990, l'arrivée de Lise Bissonnette à la direction redynamise la ligne éditoriale et le prestige du journal. Le Devoir appuie résolument la cause souverainiste.

Au XXIe siècle, sous la gouverne de Bernard Descôteaux, puis de Brian Myles, Le Devoir continue à informer les Québécois, à donner l'ordre du jour médiatique, à appuyer l'émergence des idées et à alimenter le débat social. C'est pourquoi il faut regarder ailleurs que dans ses données de tirage, relativement plus basses que celles des autres quotidiens montréalais, pour mesurer la force de son influence.

Sources :

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise des origines à nos jours, Sainte-Foy, Presses de l'Université Laval, 1979, vol. 4, p. 328-333.

BONVILLE DE, Jean, Les quotidiens montréalais de 1945-1985 : morphologie et contenu, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 1995.

LAHAISE, Robert (dir.), Le Devoir : reflet du Québec au 20e siècle, Lasalle, Hurtubise HMH, 1994.


Éditeur :
  • Montréal :Le devoir,1910-
Contenu spécifique :
Cahier B
Genre spécifique :
  • Journaux
Fréquence :
quotidien
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Références

Le devoir, 2013-04-27, Collections de BAnQ.

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[" Philosophie : Pour en finir avec Tironie, Deleuze parlait de la pop philosophie Page b 6 Michel David observe que Tobjectif de la CAQ sur la loi 14 est ambigu Page b 3 Manon Cornellier note que seul le Québec a débattu de la mort assistée Page b 2 PERSPECTIVES CAHIER B .LE DEVOIR, LES SAMEDI 27 ET DIMANCHE 28 AVRIL 2013 COMMISSION CHARBONNEAU La vérité ou la vérité vraie ?Gérald Tremblay a livré un témoignage entre la vérité et la vraie vérité, jeudi à la commission Charbonneau.Pour son dernier acte public, l\u2019ex-maire de Montréal reprend une recette éculée.BRIAN MYLES DA entrée de jeu, Gérald Trem-^ blay a pris des libertés avec la vérité lors de son témoignage à la commission Charbonneau.Frank Zampino ?Il faisait «l\u2019unanimité» parmi les maires des anciennes villes de banlieue.Sans lui, redresser les finances de Montréal au-raif été «une mission impossible».A en croire M.Tremblay, Frank Zampino était le candidat idéal pour la présidence du comité exécutif.En 2001, alors qu\u2019il réfléchissait à l\u2019opportunité de se présenter à la mairie pour «sauver Montréal», une ville minée par son déficit démocratique et ses finances précaires, Georges Bossé, le maire de Verdun, lui a recommandé de rendre visite à ce cher Frank Zampino.Le maire de Saint-Léonard était fhomme du consensus au sein des villes de banlieue intégrées à la nouvelle métropole.M.Tremblay a omis de dire que MM.Bossé et Zampino, ses deux hommes de confiance, avaient été engagés dans une âpre dispute pour écarter Vera Danyluk de la présidence de la Commu-qauté urbaine de Montréal (CUM) en 1998.Emue aux larmes, elle avait arraché un second mandat après trois mois de tractations de coulisses.M.Bossé n\u2019était même pas resté pour le dépouillement du vote, tandis que Frank Zampino, dauphin potentiel, protestait avec énergie.Si on oublie un peu ces vieilles histoires avec Vera Danyluk, alors oui, il y avait unanimité derrière Frank Zampino.Si elle était encore de ce monde, l\u2019ex-mairesse de Mont-Royal, réputée pour son intégrité, offrirait certainement une autre lecture de l\u2019histoire.Elle caressait d\u2019ailleurs la présidence du comité exécutif, tout comme M.Bossé, mais Gérald Tremblay leur a préféré Frank Zampino, un homme dont il avait pu saisir les valeurs au terme d\u2019un entretien de trois heures à peine.Gérald Tremblay est bien préparé pour son témoignage à la commission Charbonneau.Dans la mesure où la mémoire est une faculté qui oublie, il peut substituer sa vérité à la vraie vérité.S\u2019il est capable d\u2019autant d\u2019abstractions et de restrictions mentales sur des questions aussi banales que le statut irréprochable de Frank Zampino, imaginez un peu la forme des idées qui se bousculent dans sa tête lorsqu\u2019il est question d\u2019épisodes plus sombres, tels que le congédiement de Robert Abdallah, de Bernard Trépanier, ou la démission honteuse de Frank Zampino.Les compteurs d\u2019eau A la commission Charbonneau, Gérald Tremblay s\u2019est fait une fierté d\u2019avoir résilié le contrat de 356 millions pour l\u2019installation des compteurs d\u2019eau qui avait été accordé au consortium formé de Dessau et de Simard Beaudry, propriété deTony Accurso.De nombreuses irrégularités ont marqué l\u2019octroi du contrat, à commencer par les séjours de Frank Zampino sur le Touch, le bateau de Tony Accurso, en compagnie du bras droit de l\u2019entrepreneur, Frank Minicucci, et du vice-président de Dessau à l\u2019époque.Rosaire Sauriol.Quand le maire se décide enfin à annuler le contrat, en novembre 2009, le scandale court depuis déjà deux ans.En décembre 2007, Le Devoir révélait l\u2019existence d\u2019un conflit d\u2019intérêts dans l\u2019octroi du plus gros contrat dans l\u2019histoire de la Ville.BPR, qui accompagnait la Ville dans le processus de sélection, entretenait d\u2019importants liens d\u2019affaires avec Dessau.Il faudra un rapport accablant du Vérificateur général, en septembre 2009, pour que le maire se décide enfin à annuler le contrat.A sa décharge, les relations de proximité entre Rosaire Sauriol, Tony Accurso et Frank Zampino lui ont été cachées.jusqu\u2019à la tenue de la commission Charbonneau.C\u2019est seulement en mars 2009 que La Presse a fait état des croisières de luxe de M.Zampino.Celui-ci a confirmé les faits en avril 2009, alors qu\u2019il avait déjà quitté la vie politique.Ces voyages lui coûteront d\u2019ailleurs son nouveau poste chez Dessau.En 2006, M.Tremblay avait déjà des indices de proximité anormale entre Tony Accurso et son directeur général, Robert Abdallah, tel qu\u2019il l\u2019a révélé en primeur à la commission.Les deux hommes mangeaient régulièrement ensemble dans le salon privé d\u2019un restaurant du centre-ville, en plein cœur des préparatifs pour le lancement du contrat des compteurs d\u2019eau.De telles relations méritaient des vérifications m /a U -r\t\u2022 JACQUES NADEAU LE DEVOIR Uancien maire Gérald Tremblay a témoigné cette semaine devant la commission Charbonneau.plus poussées, mais M.Tremblay s\u2019est contenté de montrer la porte discrètement à Robert Abdallah.Il ne lui a même pas expliqué sa décision, il n\u2019a même pas voulu entendre ses «1001 excuses».S\u2019il l\u2019avait fait, peut-être que M.Abdallah lui aurait parlé des liens entre Frank Zampino et Tony Accurso, pour se justifier.Après tout, les trois comparses avaient fait une virée à Las Vegas et au Grand Canyon.Rien de plus normal entre amis de longue date.Peut-être que M.Abdallah n\u2019aurait rien dit.En ne posant pas de questions, le maire s\u2019est assuré de ne pas avoir de réponses.C\u2019est là une manie récurrente chez lui: en savoir le moins possible, et agir a posteriori.Dès 2003, M.Tremblay aurait pu se poser des questions sur la nomination de Robert Abdallah.L\u2019ex-directeur des finances, André Delisle, était entré en coup de vent dans son bureau pour lui dire, en présence de M.Zampino, qu\u2019il allait démissionner s\u2019il devait être forcé de travailler avec M.Abdallah.M.Delisle avait pu observer ses méthodes à Hydro-Québec, et il n\u2019en avait pas gardé un souvenir heureux.Ni le maire ni son bras droit n\u2019ont cherché à le retenir.M.Tremblay «était très surpris et contrarié», a dit M.Delisle en entrevue à La Presse.Avec Bernard Trépanier, ce fut le même scénario.Le maire l\u2019a viré pour la forme en février 2006, après avoir appris qu\u2019il aurait réclamé un pot-de-vin de 1 million de dollars à Smart Centres.Il n\u2019a pas expliqué ses raisons à «Monsieur «Je ne suis pas naïf, je suis une personne qui fait confiance » 3%», mais il a tout raconté à son bras droit, Frank Zampino.Sa seule question?Est-ce qu\u2019il y a une enquête criminelle en cours?Voilà une curieuse question qui invite à la suspicion, mais non.Le maire a bu les paroles empoisonnées de Frank Zampino jusqu\u2019à la lie.Cet homme épris des valeurs d\u2019intégrité, d\u2019honnêteté et de justice sociale n\u2019a pas manifesté un grand zèle pour que les écarts de conduite de M.Trépanier soient sanctionnés.Au-delà de deux conversations avec son chef de police Yvan Delorme, il n\u2019a pas transmis les informations à la Sûreté du Québec, qui détient la compétence exclusive des enquêtes en matière de corruption politique.M.Delorme a nié les paroles que lui attribue le maire, soit qu\u2019il n\u2019y avait pas matière à enquête parce qu\u2019aucun crime n\u2019avait été commis.Ainsi va le monde selon Gérald Tremblay.«Je n\u2019ai jamais fait d\u2019aveuglement volontaire, je ne suis pas naïf, je suis une personne qui fait confiance, a-t-il dit lors de son témoignage.À toutes les fois que j\u2019ai été informé d\u2019une situation, j\u2019ai agi.» Il en a vu si peu, et il a agi si tardivement, qu\u2019il est difficile de l\u2019imaginer en contrôle de la ville.Les membres du cartel des ingénieurs ont dit vrai lorsqu\u2019ils ont décrit M.Zampino comme l\u2019homme le plus puissant à Montréal, et le véritable patron à l\u2019hôtel de ville.Le Devoir ESPAGNE L\u2019économie souterraine comme amortisseur SANDRINE MOREL Comment l\u2019Espagne n\u2019implose-t-elle pas avec un taux de 27,16% de sa population active au chômage au premier trimestre ?Chaque fois que paraissent les chiffres relatifs aux demandeurs d\u2019emploi, la même question revient.Et la même réponse est faite par les sociologues, économistes et politiques : la solidarité familiale empêche de nombreuses personnes de se retrouver à la rue; et, surtout, l\u2019économie souterraine joue les amortisseurs, représentant, selon les estimations, entre 20% et 25% du produit intérieur brut espagnol.Selon l\u2019enquête de population active, publiée le jeudi 25 avril par l\u2019Institut national de statistiques, 6,2 millions d\u2019Espagnols, sans emploi, cherchent un travail.Et 1,9 million de familles comptent tous leurs membres au chômage.Mais combien d\u2019entre eux ont un travail non déclaré ?La question est taboue en Espagne, comme si en parler revenait à nier le drame, bien réel, d\u2019un chômage massif.Et pourtant, l\u2019emploi au noir s\u2019affiche au grand jour.«Sur les lampadaires ou sous les abris de bus», a rappelé récemment le président de l\u2019Association des travailleurs autonomes (ATA), Lorenzo Amor, se plaignant de la «compétition déloyale» que ces travailleurs non déclarés infligent aux autres.Offres de service Partout dans la rue, de petits bouts de papier collés sur les murs ou le mobilier urbain interpellent le passant à coups d\u2019offres de services \u2014 «Travaux d\u2019intérieur, peintures, parquet», «Ménage à domicile», «Cours d\u2019anglais», «Taxi à l\u2019aéroport» \u2014 suivies d\u2019un numéro de téléphone portable.Et, à Madrid, par exemple, quand les chefs d\u2019entreprise de construction ont besoin d\u2019un travailleur docile, qui ne demandera pas de papiers ni de protection sociale, ils n\u2019ont qu\u2019à se rendre le matin, à partir de 7 heures, sur la place Eliptica, dans le quartier populaire de Carabanchel.Des dizaines de travailleurs, presque tous d\u2019origine étrangère, attendent, debout, qu\u2019il pleuve ou qu\u2019il vente, qu\u2019une fourgonnette s\u2019approche et leur offre un petit boulot de quelques heures, quelques jours, voire, pour les plus chanceux, quelques mois.Ils acceptent de donner leur prénom.Pas plus.Tous regardent du coin de l\u2019œil une voiture de police stationnée non loin, plus intéressée à traquer les sans-papiers qu\u2019à arrêter ce trafic de salariés.«Il faut s\u2019armer de patience», souligne Dagoberto, un Colombien de 47 ans installé depuis sept ans en Espagne.Pendant quatre ans, il a travaillé comme peintre sur des chantiers, «déclaré, avec des papiers».Mais cela fait deux ans et demi qu\u2019il est au chômage et qu\u2019il vient place Eliptica tous les matins.VOIR PAGE B 3 : ESPAGNE B 2 LE DEVOIR LES SAMEDI 27 ET DIMANCHE 28 AVRIL 20IS PERSPECTIVES Les lâches pr Manon CORNELLIER à Ottawa Au début d\u2019avril, Susan Griffiths a pris l\u2019avion alors qu\u2019elle le pouvait encore pour se rendre en Suisse mettre fin à ses jours.Elle est morte jeudi, entourée de quelques proches, dans un lieu paisible, sans soqffrir.Agée de 72 ans, Griffiths a appris il y a deux ans qu\u2019elle souffrait d\u2019atrophie multisysté-matisée, une maladie dégénérative très rare qui la rendait graduellement invalide.11 était inconcevable pour elle de simplement attendre la mort, accrochée à des machines.Son seul regret était de devoir mourir plus tôt qu\u2019elle ne l\u2019aurait peut-être voulu à cause des contraintes imposées par le long voyage outre-mer.Cette Winnipegoise aurait pu se faire discrète, mais elle a refusé.Elle a même écrit aux 308 députés fédéraux pour leur enjoindre de se mettre à sa place et de revoir leur position sur le suicide assisté.«J\u2019aurais de beaucoup préféré mourir au Canada », leur a-t-elle dit.La réponse du gouvernement n\u2019a pas tardé.Ce fut non.Pour le ministre de la Justice, Rob Nicholson, le dossier est clos puisque les députés fédéraux ont rejeté en 2010 un projet de loi en faveur du droit de mourir dans la dignité piloté par la députée bloquiste Erancine Lalonde.Qu\u2019il y ait eu une élection depuis, que le tiers des députés aient changé, cela n\u2019y change rien.C\u2019est non.Alors, avec leur courage habituel, les élus fédéraux vont se cacher derrière la robe des juges, en espérant que ces derniers trancheront à leur place une question difficile.Comme ils l\u2019ont fait dans le dossier de l\u2019avortement.Ou celui du droit de refuser des traitements, même si cela peut conduire à votre mort (cas Nancy B.).Ou encore dans le dossier du mariage entre conjoints de même sexe.(Les libéraux se vantent d\u2019avoir agi, mais ils l\u2019ont fait après y avoir été forcés par les tribunaux.) Le gouvernement aura beau se mettre la tête dans le sable, la question du suicide médicalement assisté va rebondir un jour ou l\u2019autre.La Cour suprême de Colombie-Britannique revoit actuellement une décision d\u2019une cour inférieure qui a invalidé les dispositions du Code criminel interdisant cette aide.En juin dernier, la cour provinciale a donné un an au fédéral pour revoir la loi, mais a immédiatement levé l\u2019interdiction du suicide médicalement assisté pour la plaignante, Gloria Taylor.Cette dernière ne s\u2019en est toutefois pas prévalue, ayant été emportée par une infection en octobre dernier.Le reste du jugement tenant toujours, l\u2019appel se poursuit, mais tout le monde s\u2019attend à ce que l\u2019affaire atterrisse à la Cour suprême du Canada.Ce ne sera pas la première fois.En 1993, cette dernière a rendu une décision dans le cas de Sue Rodriguez, elle aussi de Colombie-Britannique.Cette femme souffrait de la maladie de Lou Gehrig et ne pouvait mettre fin à ses jours sans aide.La plus haute cour du pays avait rejeté sa requête, mais de justesse.Cinq juges lui avaient dit non et quatre, le contraire, dont factuelle juge en chef Beverley McLaughlin.Cette dernière avait conclu qu\u2019interdire l\u2019aide au suicide était discriminatoire envers des handicapés comme Rodriguez puisqu\u2019on les empêchait d\u2019exercer l\u2019autonomie dont jouissaient les autres.Rodriguez a quand même mis fin à ses jours en 1994 avec l\u2019aide d\u2019un médecin que la province n\u2019a pas poursuivi.Presque 20 ans plus tard, le législateur refuse toujours, non seulement de changer la loi, mais même d\u2019en débattre.Sauf au Québec.Et c\u2019est tout à l\u2019honneur des députés de l\u2019Assemblée nationale.En 2009, ils ont unanimement accepté de créer une commission qui a pendant des mois entendu les Québécois sur ce que veut dire mourir dans la dignité.Suggérée par une députée péquiste (Véronique Hivon), mise sur pied sous un gouvernement libéral, cette commission voit aujourd\u2019hui un gouvernement péquiste prendre le relais ahn que tout ce travail, fait sans partisanerie et avec doigté et maturité, ne reste pas lettre morte.Le gouvernement québécois promet d\u2019aller aussi loin qu\u2019il le peut, mais au final, c\u2019est le gouvernement fédéral qui écrit le Code criminel.Tant qu\u2019il ne bougera pas, le suicide médicalement assisté, aussi bien balisé soit-il, restera un crime.Pour cette raison, une personne qui souffre et qui n\u2019a plus l\u2019autonomie nécessaire pour s\u2019enlever la vie n\u2019a actuellement que deux solutions légales à sa portée.Elle peut se laisser mourir de faim et de soif, une tin atroce.Qu, si elle dépend d\u2019appareils pour rester en vie, refuser tous ces traitements.Mais au prix de quelles souffrances ?Susan Griffiths, Sue Rodriguez, Gloria Taylor, Nancy B.n\u2019ont jamais suggéré qu\u2019on force les gens malades à mettre fin à leurs jours.Elles voulaient plutôt que ceux qui résistent à perdre contact avec la réalité dans un coma ar-tihciel ou qui refusent d\u2019aller au bout de la souf france, de la dépendance et de la vulnérabilité ne soient pas forcés de subir un tel parcours.Vivre dans la dignité suppose qu\u2019on ait le pouvoir de faire certains choix, mais encore faut-il que le choix soit possible.Pour l\u2019instant, lorsqu\u2019il est question de notre propre mort, nos élus nous le refusent.Nous mourrons tous un jour.Est-ce vraiment nécessaire que ce soit dans la détresse ?mcornellier@ledevoir.com Des Mayas Ixils ont manifesté récemment devant la Cour suprême du Guatemala.JOHAN ORDONEZ AGENCE ERANCE-PRESSE La difficile convalescence du Guatemala La suspension du procès pour génocide du dictateur Efrain Rios \u201d met à l\u2019épreuve la recherche de la vérité Des «interrogatoires» pendant lesquels on coupait la langue ou les oreilles, ou arrachait les ongles de la personne interrogée.Des enfants mayas font office d\u2019animaux de compagnie des militaires.Viols, saccage et destruction d\u2019habitations, incendie des récoltes.toutes ces atrocités, et bien plus encore, étaient fréquentes durant la guerre civile au Guatemala au début des années 80 sous le règne d\u2019Efrain Rlos Montt, dont le procès vient d\u2019être suspendu et remis entre les mains d\u2019une juge qui exige de tout reprendre depuis le début.MARIE-PIER ERAPPIER Les guérilleros sont le poisson, la population est la mer; si vous ne pouvez attraper le poisson, il faut assécher la mer», disait le général Montt en 1982 à propos de sa politique de la « terre brûlée » pratiquée à l\u2019encontre notamment des Mayas Ixils, accusés de soutenir les guérilleros de gauche.Cette «logique» a justifié ainsi l\u2019éradication de plus de 440 villages mayas où des dizaines de milliers de personnes furent massacrées ou jetées par hélicoptère dans l\u2019océan Pacifique.Près de 30 ans plus tard, en mars dernier, Montt, à 86 ans, comparaissait devant la Cour de justice guatémaltèque après des années de combats juridiques.11 devait répondre, avec son chef des services secrets José Mauricio Rodriguez Sanchez, aux accusations de génocide et de violations des droits de la personne, notamment à l\u2019encontre de 1770 Mayas Ixils massacrés dans le département du Quiché en 1982.Vingt-deux jours d\u2019audiences plus tard, ponctués d\u2019une centaine de témoignages, le procès se voit remis entre les mains d\u2019une juge qui exige qu\u2019il soit repris depuis le début.La juge Carol Patricia Plores, qui avait présidé l\u2019audience d\u2019avant-procès, puis avait été remplacée en février 2012 au moment où la défense avait argué son manque d\u2019impartialité, a été étrangement renommée à ce poste la semaine dernière.Elle a alors demandé à annuler tous les événements survenus depuis son départ, en novembre 2011.Qn ne parle pas d\u2019annulation du procès \u2014 le New York Times s\u2019est par ailleurs rétracté à ce sujet cette semaine \u2014, mais la confusion et la suspension qui découlent de cette décision constituent de nouvelles mises à l\u2019épreuve pour le système judiciaire du Guatemala et pour tous ceux touchés de près ou de loin par ce procès extrêmement polarisé.De l\u2019espoir «C\u2019est se moquer des survivants des massacres, de toutes les victimes!», confiait cette semaine Mateo Pablo, un Montréalais ayant survécu aux massacres perpétrés durant la guerre du Guatemala, qui a fait environ 200000 morts de 1960 à 1996.Mateo a été directement touché par un des épisodes les plus sanglants de ces affrontements, commis sous la gouverne de Montt: le 14 juillet 1982, il a perdu sa femme, ses enfants, ses parents et ses amis dans la tuerie toujours impunie perpétrée au hameau maya de Petanac.«Mais attendez, il y a de l\u2019espoir», nous dit tout de suite le directeur général d\u2019Avocats sans frontières Canada (ASPCÇ M® Pascal Paradis.«Il faut d\u2019abord se souvenir que c\u2019est le premier procès pour génocide à se tenir devant un tribunal national.C\u2019est historique.Le Guatemala sera un exemple pour d\u2019autres pays; la justice est en marche.» Le Bureau du Haut-Commissariat aux droits de l\u2019homme des Nations unies a cependant manifesté sa «grande préoccupation » cette semaine devant la suspension du procès.«On ne peut pas remettre en question tout un système politique, un régime militaire, parler de la politique de terre brûlée, à son paroxysme sous le régime Montt, et régler la question à vitesse grand V», insiste M® Paradis.Certains cyniques prédisaient que l\u2019immunité parlementaire ne Rlos Montt pendant son procès tomberait jamais pour cet ex-président; pour-tanf ASPC et les parties civiles guatémaltèques sont arrivés à la faire tomber le 14 janvier 2012.Pourquoi les nouvelles qui nous parviennent sont-elles donc aussi pessimistes ?«La classe politique guatémaltèque est l\u2019une des plus réactionnaires au monde.Ce sont même des diplomates canadiens qui me Vont confié.Ils sont en lutte politique constante pour conserver leurs acquis», soutient Nancy Thede, professeure de développement international et de relations internationales à l\u2019UQAM.Elle reconnaît avoir mis beaucoup trop d\u2019espoir dans la Commission pour l\u2019éclaircissement historique pour demeurer optimiste par rapport à la suspension du procès de Montt.Lui reviennent notamment en tête nombre d\u2019assassinats perpétrés à la suite de la parution du rapport de la Commission, intitulé Guatemala: mémoire du silence, en février 1999.Nancy Thede pense que ce procès de Rios Montt ne prend son sens qu\u2019en comprenant le jeu politique contemporain en trame de fond.D\u2019ailleurs, Dominic Voisard, sur le site Internet d\u2019ASEC, cite un des derniers témoins au procès de Montt, Hugo Ramiro Leonardo Reyes, qui incrimine dans sa déclaration factuel président du Guatemala, Qtto Pérez Molina.M\u201c® Thede estime que les obstacles, déjà nombreux depuis le début du procès, ont pu se multiplier depuis lors.Molina, général du ca-drede réserve dans la région de Nebaj, au Quiché, durant la guerre civile, maintient qu\u2019««7 n\u2019y Rios Montt 7 ijiars 1982 : prise de pouvoir par un coup d\u2019Etat.11 met en place les Patrouilles d\u2019autodéfense civile composées de miliciens recrutés de force par l\u2019armée et ayant comme objectif d\u2019éradiquer la guérilla.Août 1983 : MontJ est à son tour renversé lors d\u2019un coup d\u2019Etat.Député de 1990 à 2004, il est élu en 1994 président de la chambre unicamérale.1999: la Prix Nobel de la paix Rigoberta Menchù et d\u2019autres militants portent plainte contre lui.2000: Rios Montt devient président du Congrès.2003: candidature à la présidentielle.26 janvier 2012 : audience préliminaire devant une cour de justice du Guatemala pour répondre des accusations de génocide et de violations des droits de la personne portées contre lui.Rios Montt est assigné à résidence.JOHAN ORDONEZ AGENCE ERANCE-PRESSE a pas eu de génocide au Guatemala ».«Personnellement, dit-il, je n\u2019ai jamais reçu l\u2019ordre d\u2019aller massacrer une population.» Certains stratèges de l\u2019ancienne et toujours puissante classe politique et militaire multiplient cependant les actions ces derniers jours.La coordonnatrice du Projet accompagnement Québec-Guatemala (PAQG), Marie-Dominik I^nglois, porte à notre attention le publireportage de 20 pages de la « Pondation contre le terrorisme», qui a paru dans El Periodico le 21 avril dernier.Intitulé La farce du génocide au Guatemala : conspiration marxiste depuis l\u2019Eglise catholique, le document a assurément des relents de la guerre froide.Alarmant Selon le coordonnateur du Centre interdisciplinaire de recherche en développement international et société de l\u2019Université du Québec à Montréal, Etienne Roy Grégoire, la suspension du procès est alarmante.«L\u2019âge des témoins, l\u2019âge des accusés, les victimes de violences sexuelles atroces qui auraient à témoigner à nouveau, tout ça exige une rapide fermeture de boucle juridique.» Nancy Thede abonde dans ce sens : «La suspension accroît inéluctablement la vulnérabilité des victimes qui viennent témoigner.» Elle menace aussi d\u2019en faire d\u2019autres.«On note dans les journaux des appels à peine dissimulés à l\u2019attentat contre ceux qui participent au processus juridique », mentionne M.Roy Grégoire, qui a accompagné les victimes ixiles dans le début du dépôt de la plainte contre M.Montt il y a dix ans.La suspension du procès de Rios Montt est actuellement contestée, et les procureurs estiment pouvoir casser cette décision d\u2019ici quelques jours.«Tout ce que fespère, c\u2019est qu\u2019il ne devienne pas le deuxième Pinochet de l\u2019Amérique latine», laisse tomber Marie-Dominik Langlois.Cette dernière était au Chili en 2006 quand l\u2019ancien dictateur est mort à Santiago, le 10 décembre.Journée internationale des droits de l\u2019homme.«Je souhaite vraiment que Montt soit condamné, dit aussi Mateo Pablo.On ne peut pas acheter cette souffrance que j\u2019ai, ce que les gens de mon pays ont vécu.Tout l\u2019argent du monde ne pourrait pas racheter toutes ces vies perdues.C\u2019est la justice que f exige.» Pour Nelly Marcoux, du PAQG, qui était présente à l\u2019ouverture du procès le 19 mars et qui accompagne depuis dix ans des victimes de la guerre civile, «la justice, pour les Mayas, c\u2019est aussi avoir le droit de vivre leur culture [.] La plupart veulent tout simplement savoir où et pourquoi mettre une chandelle pour les disparus.» Le Devoir ^ LE DEVOIR LES SAMEDI 27 ET DIMANCHE 28 AVRIL 20IS B 3 PERSPECTIVES INTEGRATED COMPUTER SYSTEMS ClLLliAOEB E JACQUES NADEAU LE DEVOIR Le projet de loi contient notamment Tinclusion du droit de travailler en français dans la Charte des droits et libertés de la personne.Du plomb dans l\u2019aile Le gouvernement Marois ne se fait guère d\u2019illusion sur la volonté de la CAQ d\u2019adopter le projet de loi 14 Au terme de la commission parlementaire sur le projet de loi 14 visant à renforcer la place du français au Québec, la ministre responsable de la Charte de la langue française, Diane De Courcy, refusait «d\u2019envisager le scénario de catastrophe», c\u2019est-à-dire le rejet du projet de loi par une majorité de parlementaires.Selon toute vraisemblance, elle devra s\u2019y résigner.ROBERT DUTRISAC Correspondant parlementaire à Québec C> est une tâche à la fois herculéenne et délicate que Pauline Marois a confiée à Diane De Courcy, une ministre néophyte, rappelons-le, malgré ses longues années passées à la présidence de la Commission scolaire de Montréal.Elle a promis une réforme «costaude» de la Charte de la langue française, mais pas seulement de la Charte.Le projet de loi contient diverses dispositions, notamment l\u2019inclusion du droit de vivre et de travailler en français dans la Charte des droits et libertés de la personne, la remise en question du statut bilingue de certaines municipalités à majorité francophone et l\u2019abolition du droit des militaires francophones d\u2019envoyer leur progéniture à l\u2019école anglaise.D\u2019entrée de jeu, le gouvernement Marois a tout de même voulu présenter un projet de loi modéré à ses yeux, compte tenu de son statut minoritaire.Ainsi, l\u2019application de la loi 101 aux cégeps anglais, une promesse électorale, fut écartée.Malgré tout, tout au long de la commission parlementaire, le projet de loi 14 a soulevé les passions, surtout chez les représentants de la communauté anglophone.On a appris l\u2019existence de regroupements d\u2019anglophones, comme l\u2019Office québécois de la langue anglaise ou Droits des Canadiens au Québec, qui revendiquent le droit des Canadiens anglais de vivre au Québec comme des Canadiens anglais, ce que leur garantit pourtant la Charte canadienne des droits et libertés.Ils ont proposé d\u2019abolir la loi 101 ou de faire de tout l\u2019ouest du Québec et de l\u2019Estrie un territoire bilingue.Ils ont suggéré que les Québécois francophones abandonnent leur langue pour adopter la langue anglaise.Pour qualifier l\u2019action du gouvernement péquiste, l\u2019apartheid en Afrique du Sud et le racisme des nazis ont été évoqués.Chez les fervents défenseurs de la langue française, la proposition la plus radicale vient sans doute d\u2019impératif français, qui a suggéré que tous les hôpitaux soient «québécois» afin d\u2019en finir avec les établissements anglophones ou juifs.11 existe une «inquiétude mutuelle», a convenu Diane De Courcy.Au terme de l\u2019exercice, la ministre a fait d\u2019autres concessions afin de rallier la Coalition avenir Québec.La question des militaires disparaît pour être reprise dans le projet de loi sur les écoles passerelles qu\u2019elle entend déposer plus tard ce printemps.Elle ne parle plus d\u2019accorder une priorité aux étudiants du réseau anglophone pour l\u2019admission au cégep anglais.Elle tiendra compte de «l\u2019autonomie» des municipalités en ce qui a trait à leur statut bilingue.Elle s\u2019est dite prête à proposer une «réglementation intelligente» dans le but de franciser les petites et moyennes entreprises.Des conditions A l\u2019issue de la commission parlementaire, la CAQ, tout en acceptant d\u2019adopter le principe du projet de loi et d\u2019en permettre ainsi l\u2019étude détaillée, a posé d\u2019autres conditions.La position de Erançois Legault sur la loi 101 et les petites et moyennes entreprises est pour le moins ambiguë.11 s\u2019est dit en faveur d\u2019une application plus sévère de factuelle Charte de la langue française: c\u2019est le programme du parti.Or les entreprises qui fonctionnent entièrement en anglais, quelle qpe soit leur taille, ne respectent pas la loi.A l\u2019égard de ces contrevenants, le chef caquiste répugne à appliquer la loi et n\u2019oppose que des mesures incitatives.La CAQ ne veut pas que l\u2019enjeu de la langue soit l\u2019apanage du PQ.Pour accéder au pouvoir un jour, le parti compte sur le votq nationaliste de la couronne de Montréal.Echaudée par sa tentative de séduction lors de la dernière campagne électorale, la CAQ a fait une croix sur le vote des anglophones, confirme-t-on.Mais voilà, le parti est tiraillé entre l\u2019impératif de séduire l\u2019électorat nationaliste qui a voté pour le PQ à la dernière élection et celui de conserver ses acquis dans la région de Québec.La présence au sein de son caucus de «royalistes», pour employer,une expression qui a cours au PQ, comme Eric Caire et Gérard Deltell qui ont le mot Canada tatoué sur le cœqr, contribue à l\u2019écartèlement de la CAQ.Eric Caire ne manque aucune occasion de «retwitter » les articles de journaux anglophones dans lesquels Erançois Legault « blasts Bill 14».Dans la région de Québec, l\u2019électeur caquiste est fédéraliste et de droite.Et foncièrement anti-péquiste.De son côté, le Parti libéral n\u2019a pas à se cas- PEDRO RUIZ LE DEVOIR Diane De Courcy ser la tête.Son rejet total du projet de loi 14 le confirme comme étant le seul paçti capable de représenter les anglophones.A la dernière élection, plus de 40% des votes récoltés par le PLQ provenaient d\u2019ailleurs d\u2019électeurs dont la langue d\u2019usage est l\u2019anglais.Philippe Couil-lard joue la carte du bilinguisme individuel, «un atout absolument indispensable ».11 s\u2019attriste de voir des jeunes Québécois au Lac-Saint-Jean ou ailleurs qui ne parlent que le français.Tout le monde est pour la vertu et les libéraux ont sans doute d\u2019éloquents sondages qui montrent que les Québécois francophones sont en faveur du bilinguisme individuel.D\u2019ailleurs, selon Statistique Canada, déjà 61% des jeunes francophones au Québec se déclarent capables de soutenir une conversation en anglais.11 ne resterait plus que 39% d\u2019attardés.Dans l\u2019entourage de Pauline Marois, on ne croit plus à l\u2019adoption du projet de loi 14 par la CAQ.On est passé à autre chose.C\u2019est Pierre Curzi qui avait raison en commission parlementaire : mieux vaut attendre d\u2019obtenir une majorité au heu d\u2019adopter un projet de loi vidé de sa substance.Entre-temps, le PQ cherchera à placer la CAQ devant ses contradictions.On croit que les caquistes sont profondément divisés sur la question identitaire.La « catastrophe » appréhendée par Diane De Courcy risque de se produire.Mais on ne pourra pas l\u2019accuser de ne pas avoir essayé.Le Devoir ESPAGNE SUITE DE LA PAGE B 1 «En ce moment, il n\u2019y a pas grand-chose, mais, en 2012, j\u2019ai bossé presque toute l\u2019année pour une grosse boîte.On était une vingtaine au noir.Je touchais presque MOOeuros [1850$ par mois], plus les indemnités de chômage, de 950euros [1257$].C\u2019était bien», avoue-t-il.Alberto, jeune homme de 30 ans, originaire de Bolivie, n\u2019est pas aussi positif.«Depuis le début de l\u2019année, j\u2019ai travaillé seulement 20 jours, payés entre 20 et 30euros, dit-il.Heureusement, je touche encore le chômage: SOOeuros [1060$].» Alex, 37 ans, charpentier ukrainien, intervient: «Ici, tout le monde projîte de la situation: les patrons et les chômeurs.» 11 a perdu son emploi stable dans une entreprise de construction il y a trois ans, mais n\u2019a jamais touché le chômage.Et pour cause.«Je n\u2019ai jamais été déclaré», dit-il.Non loin, Camara, un Malien de 39 ans, originaire de Bamako, pense repartir dans son pays.11 travaille dans un hôtel quatre heures par jour.«On me paie SOOeuros [660$].Ce n\u2019est pas assez pour nourrir ma famille.Alors, je cherche un petit complément comme plombier, mon premier métier.» Dans la cafétéria de la place Eliptica, Vicente, serveur depuis 15 ans, a toujours vu des travailleurs au noir «attendre les fourgonnettes».«Avant, il en passait cinquante par jour.Maintenant, il y en a trois ou quatre par semaine», raconte-t-il.Lutte contre la fraude Accoudé au comptoir, Juan Sanchez prend un café.11 possède une petite entreprise de construction mais nie embaucher au noir.Pendant qu\u2019il raconte comment certains travailleurs ont essayé de monter dans sa fourgonnette pour travailler «gratuitement, en échange d\u2019un repas», il compte les billets de 50 euros d\u2019une liasse que lui a donnée un «collègue».«Ce n\u2019est pas parce qu\u2019on me paie en liquide que c\u2019est du noir.Jusqu\u2019à 2500euros [3310$], c\u2019est légal», précise-t-il avec un sourire ironique.La construction n\u2019est pas l\u2019unique secteur à employer des travailleurs au noir.Ni le plus important, depuis que la bulle immobilière a explosé.«On calcule que de 20% à 30% de l\u2019économie du secteur de l\u2019hôtellerie et de la restauration est souterraine, souhgne Gonzalo Euentes, secrétaire général du syndicat des Commissions ouvrières en Andalousie.Le plus commun, ce sont les contrats mixtes, de quelques heures, alors que le salarié travaille à temps complet Le patron complète son salaire au noir, ce qui lui permet de déjouer plus facilement les inspections.» En février, plusieurs salariés d\u2019une société de restauration appartenant au vice-président de la Confédération espagnole des organisations patronales, Arturo Fernandez, ont dénoncé publiquement qu\u2019ils recevaient jusqu\u2019à 50% de leur salaire au noir.L\u2019inspection du travail a ouvert une enquête et, en attendant, le Parlement, qui payait ses services de restauration, a décidé de ne pas renouveler la concession.Mais l\u2019image s\u2019est imposée d\u2019un travail au noir tellement généralisé qu\u2019il n\u2019épargne ni les patrons des patrops ni, de manière indirecte, les institutions de f Etat.Conscient de ce problème, le gouvernement a fait de la lutte contre la fraude une de ses priorités.Son plan de lutte contre l\u2019emploi irréguher a permis de faire affleurer plus de 91000 emplois non déclarés en 2012,12% de plus qu\u2019en 2011.Mais cela reste une goutte d\u2019eau par rapport à l\u2019ampleur du problème.Le président du Syndicat des techniciens du ministère des Finances, Carlos Cruzado, a assuré, en mars, que l\u2019économie souterraine représente «240 milliards d\u2019euros [320 milliards $CAN] qui échappent au contrôle du fisc» et 60 milliards [8Q milliards $CAN] qui devraient être versés à l\u2019Etat.«Sans parler des cotisations sociales, a-t-il déclaré.Le niveau de la fraude en Espagne est le plus élevé d\u2019Europe après la Grèce.» «Sans l\u2019économie souterraine, il y aurait déjà eu une révolution ici», conclut M.Euentes.Le Monde Une question de fierté Michel David Il y a deux semaines, François Legault s\u2019était attiré les foudres de Lucien Bouchard pour avoir banalisé les révélations de l\u2019historien Frédéric Bastien sur les indiscrétions commises par l\u2019ancien juge en chef de la Cour suprême, Bora Laskin, lors du rapatriement de la Constitution.«Ça change quoi, demain matin ?», avait demandé le chef de la CAQ.Mercredi, M.Legault a encore réussi à poser la question la plus déprimante de la semaine, qqand il a demandé combien il en coûterait à l\u2019État pour mettre en œuvre les dispositions du projet de loi 14 sur la langue.Doit-on comprendre qu\u2019à ses yeux de comptable, il y a un seuil financier au-delà duquel la protection du français au Québec ne vaudrait pas le coût?11 y a certaines choses qui n\u2019ont tout simplement pas de prix, par exemple la liberté et la démocratie.La préservation du français peut être rangée dans cette catégorie.Son coût ne peut d\u2019aucune façon servir d\u2019argument.La négociation d\u2019amendements à un projet de loi fait partie du processus législatif normal, mais la façon dont le projet de loi 14 est en voie d\u2019être littéralement éviscéré pour satisfaire la CAQ a quelque chose de morbide.Jeudi, on avait la désagréable impression de se retrouver dans un souk, oû des maquignons marchandaient un troupeau de chèvrçs, plutôt qu\u2019à l\u2019Assemblée nationale du seul État français sur le continent nord-américain.M.Legault a dénoncé l\u2019absolue fermeture du PLQ à toute possibilité de renforcer la Charte de la langue française, mais il ne manifeste lui-même qu\u2019une ouverture de façade.Aussi détestable qu\u2019elle puisse être, la position libérale a au moins le mérite de la franchise.L\u2019objectif de la CAQ est pour le moins ambigu.Si le gouvernement maintient sa position, elle l\u2019accuse d\u2019intolérance.S\u2019il accepte de la revoir, elle crie au recul.Que cherche-t-elle au juste?Avant même sa présentation, la ministre responsable du dossier, Diane de Courcy, avait retiré de son projet de loi deux mesures importantes promises par le PQ auxquelles s\u2019opposait la CAQ : la suppression des écoles passerelles, qui né-\u2019\tcessitait le recours à la on a eu la clause nonobstant, et l\u2019ex-tension au niveau collégial désagréable des dispositions de la loi 101 imoression de écho des attentats de Boston s\u2019est fait ' entendre indirectement toute la semaine à Qttawa et dans les journaux du Canada anglais.Entre Justin Trudeau et le projet de loi S-7, il y a eu amplement matière à discussions, et à controverses.Dans le Calgary Sun (QMI), Lorrie Goldstein est revenu pour une deuxième semaine sur les propos de Justin Trudeau concernant les «roots causes» (les causes profondes, l\u2019origine) des événements de Boston.M.Trudeau avait soutenu à la CBC que les auteurs devaient se sentir exclus de la société et qu\u2019il ne fallait pas exacerber ce sentiment de rejet.Goldstein rappelle que ce n\u2019est pas la première fois que Trudeau étale son «relativisme culturel» \u2014 probablement le pire défaut des libéraux pour le mouvement conservateur.En mars 2011, les médias anglophones s\u2019étaient enflammés parce que Trudeau s\u2019était dit mal à l\u2019aise avec l\u2019usage de l\u2019expression «pratiques culturelles barbares» utilisée dans le guide pour les nouveaux citoyens pour décrire les crimes d\u2019honneur, les mutilations génitales et les mariages forcés.Le député avait suggéré que les mots «totalement inacceptables» seraient aussi clairs, sans pour autant braquer des gens avec un jugement sur leur culture.Rappelant cela, Goldstein conclut que «Trudeau croit qu\u2019il faut perpétuellement marcher sur des œufs pour ne pas risquer d\u2019offenser des terroristes potentiels, de crainte qu\u2019ils se sentent exclus de la société.Ce n\u2019est pas seulement ridicule, c\u2019est naïf», parce que les terroristes ne sont pas nécessairement des marginaux.Et même si c\u2019était le cas, demande Goldstein, pourquoi faudrait-il que ce soit la faute de la société ?Dans le National Post, Andrew Coyne écrit pour sa part qu\u2019il n\u2019y avait rien de «terriblement choquant» dans ce qu\u2019a dit Justin Trudeau.Tout au plus a-t-il parlé trop vite, écrit Coyne.«Il n\u2019a pas dit ce qu\u2019il croyait être les causes explicatives, seulement que nous devrions tenter de les trouver.Et il a désavoué les tirades blâmant l\u2019Occident de quelques prédécesseurs opportunistes.» Au final, M.Trudeau a été là comme ailleurs plutôt vague.Sans plus, suggère Coyne.S-7 Qpportunistes?Le mot a été largement employé pour décrire la décision des conservateurs de subitement étudier et adopter le projet de loi S-7 contre le terrorisme.Les partis d\u2019opposition \u2014 et plusieurs articles \u2014 ont dénoncé le fait que les conservateurs ont voulu profiter de la vague de sympathie populaire antiterroriste suivant l\u2019attentat de Boston.S-7 ressuscite deux mesures instaurées après septembre 2001 : l\u2019obligation faite à des individus de participer à des interrogatoires préventifs et l\u2019autorisation des détentions préventives.Ces mesures étaient arrivées à échéance en 2007 et n\u2019ont jamais été utilisées.Du pur opportunisme politique, a soutenu le Globe and Mail en éditorial.«Le débat politise l\u2019attentat de Boston alors qu\u2019on connaît mal les motivations des auteurs.» Selon le Globe, le «seul objectif apparent est d\u2019essayer d\u2019embarrasser Justin Trudeau et de tirer profit des craintes du public».Il est vrai, comme le disait Vie Toews dimanche, qu\u2019il y a toujours des enseignements à tirer de tels attentats.«Mais il est trop tôt pour tirer quelques leçons que ce soit de Boston», pense le quotidien.Le Globe aurait souhaité que le projet de loi soit au contraire étudié plus tard, sans émotion, parce qu\u2019il s\u2019agit d\u2019un important débat de sécurité publique.Dans le Toronto Star, Heather Mallick juge sévèrement le projet S-7 (une véritable dérive, suggère-t-elle) et s\u2019étonne surtout de l\u2019étrange synchronisation des événements \u2014 qui ont fait en sorte que le gouvernement ramène ce projet de loi le jour même où la Gendarmerie royale du Canada annonçait qu\u2019elle avait déjoué un complot terroriste projeté contre un train de Via Rail.Vraiment?demande Mallick.La police avait les informations en main depuis un an.Le gouvernement avait de son côté le pouvoir d\u2019étudier le projet de loi depuis plusieurs mois.Difficile de ne pas être C5mique dans ces circonstances, dit-elle.Michael Harris écrit sur le site iPolitics que S-7 sent la politique à plein nez.Il rappelle que le ministre de la Sécurité publique, Vie Toews, n\u2019a pas été capable de donner un seul exemple d\u2019une situation où les lois actuellement en vigueur ont été inefficaces et où les mesures de S-7 auraient aidé.« C\u2019est normal, écrit Harris.' il n\u2019y en a pas.» Harris se demande en,quoi cela rendra le Canada plus sûr : aux États-Unis, toutes les mesures post-ll-Septembre n\u2019ont pas empêché l\u2019attentat de Boston.«La probabilité d\u2019être tué dans un attentat terroriste est la même que d\u2019être tué par une tornade.Or le département de la Sécurité intérieure dispose d\u2019un budget 50 fois plus élevé que celui des services météo », dit-il.Mini-campagne Dans le Toronto Star de vendredi, Tim Harper posait un regard sur les deux dernières semaines politiques et concluait que le Canada a assisté à une «mini-campagne électorale » ayant permis d\u2019évaluer les forces et les faiblesses de chacun des grands partis, surtout les conservateurs.D\u2019une part, ceux-ci ont montré «qu\u2019ils font de la politique comme les goons jouent au hockey», selon Harper.La preuve étant ces publicités anti-Trudeau payées à même les fonds publics (par les envois postaux des députés) et cette utilisation partisane de l\u2019attentat de Boston et des arrestations antiterroristes à Montréal et à Toronto.Mais Stephen Harper n\u2019a pas été malhabile dans ce contexte, estime le chroniqueur.Sa réaction forte au complot contre Via Rail et ap suicide d\u2019une jeune fille de la Nouvelle-Écosse victime de harcèlement a présenté deux visages du premier ministre : le dirigeant ferme et le père de famille préoccupé.Et ça, dit-il, c\u2019est toujours payant. LE DEVOIR LES SAMEDI 27 ET DIMANCHE 28 AVRIL 20IS B 5 IDEES réplique à Guy Saint-Pierre Il y a assez de compétence féminine pour peupler nos C.A.! Nul besoin d\u2019embrigader « cousines » et « copines » des dirigeants pour tendre vers la parité CHRISTIANE BERGEVIN Administratrice, Montréal Saint-Pierre, j\u2019ai énormément de respect pour votre vision de dirigeant et vos accomplissements exceptionnels.Je suis particulièrement fière d\u2019avoir pu vous côtoyer professionnellement durant plusieurs années.J\u2019ai apprécié, il y a un an, votre nomination en tant que coprésident, aux côtés de madame Jé-rôme-Forget, du comité de réflexion mandaté par le gouvernement pour promouvoir la place des femmes au niveau exécutif et aux conseils d\u2019administration (C.A.) des grandes entreprises.Permettez-moi cependant de relever les propos que vous avez tenus lorsqu\u2019on vous a questionné durant la conférence de presse de ce comité, le vendredi 19 avril.Vous affirmiez alors qu\u2019en exigeant «d\u2019avoir immédiatement un certain nombre de femmes, on risque d\u2019avoir la sœur, la cousine du président de la compagnie ou du Chairman of the Board.C\u2019est qu\u2019il y en a qui ne sont pas préparées pour atteindre cette tâche-là».Je n\u2019ai pu que tracer un parallèle avec de pareils propos alarmistes tenus par la firme Jaris-lowsky en 2006 lors des audiences gouvernementales, à savoir que la parifé aux conseils d\u2019administration des sociétés d\u2019Etat «ferait baisser le niveau de compétences de ces sociétés», et par une sortie subséquente de son fondateur sur le même sujet, cette fois à la tribune du Cercle de la finance.Ayant été nommée au C.A.de la Caisse de dépôt après l\u2019épisode du papier commercial, à la suite de l\u2019application de,la Loi sur la parité sur les C.A.des sociétés d\u2019Etat, et siégeant à d\u2019autres C.A.de sociétés publiques au Canada, je ne peux que vous rassurer, monsieur Saint-Pierre, sur la qualité des candidates québécoises et canadiennes.Je n\u2019ai constaté aucun besoin de nominations de cousines ou de copines.Au contraire, l\u2019arrivée de nouveaux visages, de femmes éminemment compétentes même si moins connues souvent que leurs contreparties masculines, a justement contribué à agrandir le bassin de référence, à faciliter la transparence des échanges et leur enrichissement.La Norvège, petit pays de population comparable au Québec et riche producteur de pétrole, qui a été précurseur en légiférant en 2003 pour la parité dans les C.A., n\u2019a pas vu d\u2019écrasement de son PIB ni de sa production.Au contraire.Appuyée par un dynamique programme de prépa- i ikH Le quartier des affaires à Montréal ration, elle a pu pourvoir 900 postes avec succès, faisant passer la représentation féminine de 3% à 40% en seulement quatre ans aux C.A.des quelque 400 sociétés cotées à la Bourse d\u2019Oslo, dans une économie fort robuste.Dans la foulée, plusieurs pays, notamment la France, l\u2019Espagne, la Malaisie et Hong Kong, ont emboîté le pas.L\u2019Union européenne vise 40% d\u2019ici sept ans.Le 10 avril 2013, le gouvernement britannique a admis que sa politique volontaire visant les entreprises au FT^E n\u2019a pas apporté les résultats escomptés jusqu\u2019ici et que des mesures additionnelles, dont des quotas, pourraient devoir être considérées.11 faut croire qu\u2019il y a des motivations sérieuses ailleurs dans le monde quant à la nécessité d\u2019accélérer significativement l\u2019intégration des compétences féminines.Le temps des récoltes Cela fait plus de 30 ans que les femmes occupent 50% ou plus des bancs à l\u2019université, notamment dans nos facultés d\u2019administration et de droit.Vous n\u2019y êtes pas étranger, puisque ç\u2019est justement lorsque vous étiez ministre de l\u2019Éducation dès 1970 que les investissements requis ont été faits pour démocratiser l\u2019accès à l\u2019éducation supérieure, avant nos voisins américains et européens.Étant donné votre sens aigu des af- JACQUES NADEAU LE DEVOIR faires, vous aviez sûrement misé sur le rendement futur de ces investissements pour le Québec.Le temps des récoltes n\u2019est-il pas venu?Vous savez bien que les études du Conference Board, de Catalyst et de chercheurs internationaux ont clairement établi que les sociétés les plus diversifiées à leur palier de direction génèrent un rendement supérieur.Les 50 plus grandes sociétés québécoises cotées en Bourse ont une moyenne de 17 % d\u2019administratrices, selon les chiffres publiés.Pour atteindre un équilibre respectable, on parle d\u2019environ une centaine de postes, ce qui permettrait d\u2019améliorer la performance de nos entreprises, selon des statistiques comparables.Un nombre croissant de grandes organisations canadiennes, en particulier dans le secteur financier, se rapprochent de cet objectif en recherchant d\u2019abord des compétences, et elles n\u2019ont pas pour autant épuisé le réservoir de candidates.J\u2019espère donc ardemment que le comité que vous coprésidez puisse définir des mécanismes qui feront en sorte que le Québec utilise tout son bassin de compétences, et ce, avant 2030, en s\u2019inspirant davantage du leadership de certaines économies qui nous ressemblent et de la parité si aisément atteinte dans le domaine des sociétés d\u2019État du Québec.Réplique Retourner au Parti libéral n\u2019est pas la solution En optant pour un parti fédéraliste comme le NPD, les Québécois ont voulu tourner la page sur les vieilles chicanes et les vieux partis J ERANÇOISE BOIVIN Députée NPD de Gatineau e sens le besoin d\u2019intervenir à la suite de la lettre d\u2019un ex-employé de mon parti publiée dans vos pages {«Le NPD alimente sa propre chute dans les sondages», 25 avril 2013).Bien que celui-ci ait droit à son opinion, tout comme n\u2019importe quel citoyen, j\u2019aimerais préciser que ses propos ne reflètent pas du tout l\u2019état d\u2019esprit du congrès national du parti qui s\u2019est tenu à Montréal il y a deux semaines et qui a réuni plus de 2000 militants.Cette missive me donne l\u2019occasion de réitérer tout l\u2019enthousiasme et la fougue des membres de notre équipe, qui comprend non seulement quelque 100 élus de partout au pays, mais aussi des centaines d\u2019employés qui ont en commun une vision optimiste de l\u2019avenir et de tout ce que l\u2019on peut accomplir collectivement quand on travaille ensemble.Les néodémocrates forment une opposition officielle solide, sérieuse et structurée comme jamais à Qttawa.Près de deux ans après la vague orange, notre équipe est soudée et nous demandons fièrement au gouvernement de rendre des comptes au nom de tous les Canadiens.Chaque jour, Thomas Mulcair tient tête à Stephen Harper et à son gouvernement qui met les intérêts d\u2019un petit groupe devant ceux du plus grand nombre.Chaque jour, mes collègues et moi nous battons bec et ongles pour dénoncer les politiques insensées des conservateurs, pour jeter la lumière sur leurs nombreux scandales et pour démontrer que les Québécois et les Canadiens méritent mieux.Les Québécois nous ont fait confiance et ils ont tourné le dos au Bloc québécois et aux libéraux.Pour la première fois en deux générations, les Québécois ont choisi de se faire représenter à Qttawa par un parti fédéraliste.Ils ont ainsi choisi de tourner la page sur les vieilles chicanes et les vieux partis.Ce n\u2019est pas rien.Et c\u2019est avec humilité et un sens du devoir sans cesse renouvelé que les députés du Québec et du reste du Canada se battent pour protéger les emplois des gens d\u2019ici contre l\u2019utilisation malsaine du programme des travailleurs étrangers temporaires ou pour préserver les services essentiels sur lesquels les citoyens comptent, comme les comptoirs postaux et de Service Canada.Nous nous battons également contre la réforme éhontée de l\u2019assurance-emploi qui nuira à des régions tout entières, contre le retrait injuste et dogmatique du crédit d\u2019impôt pour les fonds de travailleurs, contre le saccage des normes et protections environnementales qui seront dommageables pour nos lacs et nos rivières.Et la liste est encore longue.Le NPD croit encore et toujours qu\u2019il est possible de faire la politique autrement.Nous croyons qu\u2019il est possible d\u2019avoir une économie et des finances publiques en santé, tout en nous assurant que personne n\u2019est laissé de côté.Nous croyons que le gouvernement fédéral doit être un partenaire des provinces, qu\u2019il doit agir dans la transparence et avec éthique.Nous croyons qu\u2019il est possible de gouverner avec honneur et que les Canadiens sont mûrs pour une vision plus progressiste axée sur des valeurs plus humanistes.Depuis notre élection, nous travaillons d\u2019arrache-pied pour remplacer les conservateurs de Stephen Harper en 2015.Nous proposons des solutions pratiques pour bâtir une société plus juste, plus verte et plus prospère.Pour atteindre notre but, nous préconisons une approche équilibrée, durable et prudente.Nous sommes, par exemple, convaincus qu\u2019il n\u2019était pas dans notre intérêt de signer un Accord sur la promotion et la protection des investissements entre le Canada et la Chine.Le NPD a été le seul parti national à se lever et à dénoncer haut et fort cette entente négociée en secret qui nous liera avec la Chine pendant 31 ans et qui va avoir pour effet de brader nos ressources naturelles.Comme dans le cas de la vente de Nexen à une entreprise étatique chinoise, nous croyons que c\u2019est une erreur.Le NPD souhaite bien évidemment accroître les échanges commerciaux et les investissements avec la Chine et d\u2019autres économies émergentes, mais nous voulons le faire en négociant des accords équitables qui nous permettront de conserver le contrôle de nos ressources naturelles.Nous ne sommes pas à vendre au plus offrant.Les Québécois se reconnaissent dans la vision progressiste du NPD et nous leur disons qu\u2019ils ne peuvent pas se permettre d\u2019attendre le Parti libéral.Les libéraux viennent tout juste de choisir un septième chef en neuf ans.Le NPD, lui, est mené par Thomas Mulcair, un chef qui possède expérience et leadership, un chef qui a déjà démontré qu\u2019il est un gestionnaire public prudent et compétent, un chef qui est déterminé et qui a à cœur la prospérité et la postérité des générations futures.Les vertiges et Vinnocence David Desjardins La fille avec sa tuque de Schtroumpfette penche un peu la tête, sa main posée sur celle de son chum.Le visage encadré par une casquette, des boucles de cheveux et un capuchon, il lui embrasse la joue.Qu les dirait seuls au monde, et en même temps baignés par cette même lumière qui chauffe la foule au milieu de laquelle ils sont plantés.Ce sont les sujets d\u2019une photo de Pedro Ruiz en une du Devoir de lundi : un couple \u2014 des jeunes, je dirais 18 ans \u2014 maquillé en vert pour la Marche de la Terre.Vous les avez remarqués aussi, j\u2019ai vu.Sur mon fil Facebook, le cliché n\u2019a cessé de réapparaître cette semaine, accompagné d\u2019un commentaire analogue à celui que je m\u2019étais fait en les voyant: hon, sont donc ben beaux.Mais puisqu\u2019ils sont peinturlrués en vert, qu\u2019ils étaient de ce grand rassemblement écolo, m\u2019est aussi venue l\u2019idée qu\u2019ils devront résoudre un immense problème si le sort du monde les intéresse: réconcilier l\u2019écologie et l\u2019économie.Qu comment être, comme le suggère leur photo, seul au monde et au milieu de celui-ci en même temps.Seul, parce que l\u2019économie trouve son carburant dans l\u2019assouvissement de désirs qui renvoient toujorus à soi.Au milieu du monde, parce que l\u2019eau, la terre, l\u2019air, toutes les merdes qu\u2019on met dedans au nom de cette même économie.Puis aussi la pauvreté, l\u2019indigence intellectuelle.Et toutes les cochonneries avec lesquelles on se divertit pour éviter d\u2019avoir à réfléchir à ceci: no man is an island, comme disait le poète.Personne n\u2019est une île.Un défi pour eux, donc, ainsi que pour tous leurs contemporains qui héritent de ce climat schizophrène.Ces jeunes que les chroniqueurs décalés du réel sont si prompts à montrer du doigt.Comme si la jeunesse avait forgé les contradictions de la société dans lesquelles elle doit se dépêtrer.11 y a quelques semaines, ma fille de huit ans avait comme devoir d\u2019inventer un jeu de société fabriqué avec des objets recyclés.Ce genre d\u2019activité est au programme dans toutes les écoles, cela permet d\u2019inculquer aux enfants des notions anti-gaspillage, de réutilisation et de recyclage des matières.C\u2019est très bien.Mais comment le début de cette prise de conscience peut-il faire contrepoids devant l\u2019effarant effort du marketing à fabriquer de l\u2019envie polu des choses qui doivent être immédiatement remplacées par d\u2019autres?Comment exposer que recycler, c\u2019est une goutte dans l\u2019océan d\u2019un consumérisme aussi aveugle que destructeru?Comment dire que, s\u2019il fallait vraiment prendre un tournant significatif, c\u2019est tout notre mode de vie qui devrait prendre la tangente ?Et qu\u2019il faudrait donc renoncer à tous les cossins qu\u2019on achète poru acheter, parce que le geste d\u2019appropriation nous procure un sentiment de bien-être.Comment dire au monde qu\u2019il est dans l\u2019erreur quand il assure la prospérité de la société dans laquelle il vit, et dont l\u2019économie repose essentiellement sru son envie d\u2019avoir plutôt que d\u2019être?Comment, oui, quand les racines sont si loin en terre que la souche ne veut pas bouger ?Tenez.Qn n\u2019a jamais autant parlé de pollution des villes, de transport en commun.Chaque année, on fait la coruse entre voitures, vélos et autobus.L\u2019auto arrive presque toujorus dernière.Et pourtant, entre 2006 et 2011, le parc automobile de la région de Québec a augmenté deux fois plus vite que la population.Comprenez-vous ?L\u2019écologie ne peut pas gagner parce que la prise de décision, pour le moment, ne s\u2019appuie sur aucune logique.Qn est dans l\u2019émotion.Dans la satisfaction immédiate.Et aussi dans la volonté de maintenir la stabilité d\u2019un système, faute de pouvoir s\u2019imaginer le monde autrement.Les terres agricoles deviennent des parcs à condos.Les centres commerciaux sont bondés tous les jours.Des villages \u2014 comme le Dix30 \u2014 se créent autoru de la seule idée du commerce.Et dans cette foulée, nous produisons toujours plus de déchets dont une partie se retrouve dans le bac à recyclage poru apaiser nos consciences.La moindre bouderie des consommateurs menace de se transformer en récession qui, elle, dévisage l\u2019équilibre social.Lorsque, en décembre dernier, les consommateurs ont été plus sages, on a vu les économistes faire la moue et pronostiquer avec morgue le ralentissement des marchés.Et moi, comme tant d\u2019autres, je me suis mis à grincer des dents.Parce que chaque aimonce de la plus petite secousse économique met en péril ma quiétude, je suppose.Si j\u2019ai trouvé ces jeunes si beaux sur cette photo, ce n\u2019est pas parce que je les imagine en train de tout régler, réconciliant l\u2019épargne et le consumérisme, choisissant entre la faillite de l\u2019économie et celle de notre écosystème.J\u2019aime songer qu\u2019ils croient à une autre voie.Et que c\u2019est de cette foi en eux-mêmes qu\u2019ils tirent leru quiétude.En proie à mille vertiges, j\u2019envie leur innocence.L\u2019EQUIPE DU DEVOIR REDACTION Antoine Robitaille (éditorialiste, responsable de la page Idées), Jacques Nadeau (photographe), Michel Garneau (caricaturiste) ; information générale : Marie-Andrée Chouinard {chef de division), Dominique Reny (adjointe au directeur de l\u2019information), Caroline Montpetit (affaires sociales), lisa-Marie Gervais (éducation), Alexandre Shields (environnement), Amélie Daoust-Boisvert (santé), Pauline Gravel (sciences), Fabien DegliseésoceéféJ et Jean Dion (sports) ; information politique : Marco Fortier (chef de division), Michel DaN\\d(chroniqueur), Hélène Buzzetti et Marie Vastel (correspondantes parlementaires à Ottawa), Robert Dutrisac et Jessica Nadeau (correspondants parlementaires à Québec), Jeanne Corriveau et Brian Myles (affaires municipales, Montréal), Isabelle Porter (affaires municipales, Québec), Guillaume Bourgault-Côté (reporter) ; information culturelle : Louise-Maude Rioux Soucy (chef de division), Odile Tremblay (cinéma), Stéphane Baillargeon (médias), Frédérique Doyon et Isabelle Paré (reporters), Julie Carpentier (pupitre) ; information économique : Gérard Bérubé (adjoint au directeur de l\u2019information), Marco Bélair Cirino, François Desjardins et Eric Desrosiers {reporters), Gérald Dallaire (pupitre) ; information internationale : Serge Truffaut (éditorialiste), Claude Lévesque et Guy 'TeàWeier (reporters), Jean-Pierre Legault (pupitre international, page éditoriale et cahier Perspectives)-, section art de vivre: Diane Précourt (responsable des cahiers Week-end et Plaisirs), Emilie EoUe-Boivin et Louis Gagné (pupitre) ; équipe internet: Laurence Clavel, Marie-Pier Erappier, Benoît Munger et Philippe Papineau, (pupitre), Sophie Chartier, Karl Rettino-ParazelH et Geneviève Tremblay (assistants) ; correction : André^ne Bédard, Christine Dumazet et Michèle Malenfant ,\u2022 soutien à la rédaction: Amélie Gaudreau (secrétaire)-, Elorence Eerraris (commis).DOCUMENTATION Gilles Paré (directeur) (bAeaxoxv Derome (Montréal), Monique Bhérer (Ottawa), Dave Noel (Québec).PUBLICITE Céline Benoît, Claire Breton, Jean de Billy, Jean-François Bossé, Marlène Côté, Evelyne De Varennes, Amel EUmam, Amélie Maltais, Claire Paquet, Catherine Pelletier, Chantal Rainville, Nadia Sebai, Ousmane C.Touré (publicitaires), Sylvie Laporte (avis légaux), Elise Girard(secrétaire).PRODUCTION Christian Goulet (directeur), Olivier Zuida (directeur adjoint), Michel Bernatchez, Danielle Cantara, Richard Des Cormiers, Donald EiUon, Caroline Guimond, Yannick Morin, Nathalie Zemaitis.INFORMATIQUE Yanick Martel (administrateur web), Hansel Matthews (technicien informatique).PROMOTION, DISTRIBUTION ET TIRAGE Jean-Robert Divers (responsable de la promotion),ls/iaxira-Oh.\\içT Leclerc (responsable duservice à la clientèle), Manon Blanchette, Nathalie EiUon, Marie-Lune Houde-Brisebois, Isabelle Sanchez.ADMINISTRATION Stéphane Roger (contrôleur), Olena Bilyakova (reponsable des services comptables).Claudette BéUveau (adjointe administrative), Moïse Bastien, Claudine Chevrier, CéUne Euroy, Ghislaine Lafleur et Véronique Pagé. B 6 LE DEVOIR, LES SAMEDI 27 ET DIMANCHE 28 AVRIL 2013 PHILOSOPHIE Le Devoir de philo Pour en finir avec l\u2019ironie: la pop philosophie Deleuze désignait ainsi un mouvement qui fait référence à la culture populaire, s\u2019adresse au commun des mortels et contribue à faire éclater la « majorité », c\u2019est-à-dire tout ensemble de forces qui ont un rôle d\u2019oppresseur Deux fois par mois, Le Devoir lance à des passionnés de philosophie, d\u2019histoire et d\u2019histoire des idées le défi de décrypter une question d\u2019actualité à partir des thèses d\u2019un penseur marquant.PIERRE-ALEXANDRE ERADET Titulaire d\u2019une maîtrise en philosophie de l\u2019Université de Montréal, l\u2019auteur s\u2019apprête à amorcer un doctorat à l\u2019Université Laval et à l\u2019École normale supérieure (ENS) de Lyon Depuis que la génération Dollaraclipi a atteint l\u2019âge mûr, la vie en société s\u2019annonce comme une immense accumulation de poses ironiques.Qu\u2019on songe au port du «chandail de loup», au retour de la moustache en guidon, au regain d\u2019intérêt pour le kitsch ou à la réappropriation de la musique country, une conclusion s\u2019impose : l\u2019individu contemporain ironise, parfois à son propre endroit, souvent à l\u2019égard de la culture populaire.L\u2019un des principaux représentants de cette tendance est le coloré MC Gilles.Bien que sa fascination pour la pop culture semble de plus en plus sincère, il est vrai de dire que cet animateur prend un malin plaisir, depuis plusieurs années, par ses tenues vestimentaires rétro et la musique qu\u2019il diffuse, à en exposer le côté ringard.L\u2019ironisation de la culture de masse n\u2019est toutefois pas l\u2019affaire d\u2019un seul homme.Au Québec, différentes soirées thématiques alimentent ce phénomène.L\u2019Igloofest de Montréal organise une compétition de One-Piece Suit ; bon nombre de films gore ironiques sont projetés annuellement ; Total Crap déniche et diffuse, lors d\u2019une soirée psychotro-nique qui en attire plus d\u2019un, les pires désastres télévisuels et cinématographiques, issus en partie de la pop culture.Ce genre d\u2019événements est-il couronné de succès ?Oui, sans doute, si l\u2019objectif est de provoquer du plaisir au second degré.Mais l\u2019attitude ironique a acquis une si grande importance qu\u2019on est en droit de se demander, aujourd\u2019hui plus que jamais, quelles implications philosophiques elle a sur nous et quelles possibilités d\u2019existence elle recouvre.Un nouveau dualisme Faire appel à l\u2019ironie, c\u2019est signifier le contraire de ce qu\u2019on dit au sens littéral.Lorsqu\u2019on enfile ironiquement un chandail de loup, on laisse donc entendre qu\u2019il est inélégant, incongru, déplacé de porter ce vêtement.Le recyclage ironique d\u2019objets associés à la pop culture ne fait pas que susciter le rire : il crée aussi une frontière.D\u2019un côté, il y a les gens « branchés » qui portent le chandail de loup et le tournent en ridicule, et de l\u2019autre, les « démodés » qui le revêtent sans ironie.L\u2019érection de cette frontière n\u2019est pas sans inconvénient : elle instaure un dualisme, donne lieu à une confrontation plutôt qu\u2019à une rencontre.Là où l\u2019ironiste pourrait entrer en dialogue avec ses têtes de Turc afin de leur expliquer leurs faux pas ou de s\u2019efforcer de les conduire, à leur insu et clandestinement, à changer (Deleuze et Parnet, Dialogues, p.167), il ne fait que dans la moquerie.Là où il pourrait tenter de comprendre les raisons d\u2019être des phénomènes qu\u2019il ridiculise et s\u2019en imprégner lui-même afin de transfigurer son moi, il regarde ces phénomènes de haut, se pose en marginal suffisant, s\u2019abîme dans le narcissisme.La musique country est considérée comme quétaine et associée à des chanteurs blancs.Elle est pourtant née de la rencon- Le pop philosophe met en interaction l\u2019espace savant et l\u2019espace vulgaire tre entre différents groupes ethniques et ses manifestations sont des plus variées.Véritable réflexe des années 2000, l\u2019ironie nous le fait oublier ; elle s\u2019interpose entre nous et la culture populaire et nous incite à la déprécier sans même avoir cherché à en saisir la valeur possible.Une vision post-ironique Ironie, autodérision, détournement de sens : on ne compte plus les moyens par lesquels l\u2019art contemporain attire l\u2019attention sur des phénomènes de masse afin de les stigmatiser.Le geste n\u2019est pas nouveau et remonte au pop art.Apparu en Grande-Bretagne dans les années 1950, puis redécouvert aux Etats-Unis dans la décennie suivante, ce mouvement, du moins dans son versant classique, appelle l\u2019appropriation d\u2019objets du quotidien et une mise en évidence de leur vacuité.A l\u2019opposé de cette forme d\u2019art se trouve un tout autre régime dépensée, la pop philosophie.A quelle époque ce sous-domaine a-t-il vu le jour ?Bien difficile de le dire.On sait que Deleuze a étrenné l\u2019expression et qu\u2019il s\u2019en est réclamé lui-même.Par ce terme, il désignait une philosophie qui fait référence à la culture populaire, s\u2019adresse au commun des mortels et contribue à faire éclater la « majorité », c\u2019est-à-dire tout ensemble de forces qui ont un rôle d\u2019oppresseur, qu\u2019elles soient présentes en grand ou en petit nombre {Pourparlers, p.16 ; Kafka.Pour une littérature mineure, p.49 ; Mille plateaux, p.586).Bien d\u2019autres auteurs ont proposé une pop philo avant la lettre.D\u2019Aristote à Bourdieu, en passant par Descartes, Thomas Reid, G.E.Moore, Gramsci, Adorno, Wittgenstein et Schütz, nombreux sont ceux qui ont réfléchi sur le rapport entre le savoir et le sens commun.Ce foisonnement pop philosophique paraît d\u2019autant plus grand de nos jours que diverses initiatives sont apparues, dans le sillage des Cultural Studies, afin de réfléchir sur les phénomènes de masse : la Semaine de la pop philosophie en France, la revue Pop-en-stock, les collections « Quand la philosophie fait pop ! » (PUL), « La série des séries » (PUF), « Culture pop » (Ellipses), «The Blackwell Philosophy and Pop Culture Series ».Le pop philosophe met en interaction l\u2019espace savant et l\u2019espace vulgaire.Au moins deux possibilités s\u2019offrent à lui.Ou bien il regarde le commun des hommes de haut en désavouant leurs croyances et en cherchant à les transformer : ainsi font ceux qui adhèrent à une théorie de l\u2019aliénation et qui voient dans la culture populaire l\u2019expression simple d\u2019un abrutissement.Tantôt optimistes, tantôt pessimistes, ils aspirent à diffuser au grand nombre un savoir transcendant ou désespèrent de réaliser leur projet pédagogique.Ou bien, à l\u2019inverse, le pop philosophe refuse de se placer au-dessus de la mêlée : il soutient que l\u2019espace vulgaire témoigne de ressources insoupçonnées et qu\u2019il peut instruire la philosophie, malgré la pression commerciale qui le régit en partie.Cette seconde posture est moins répandue que la première ; elle fait contrepoids à la déferlante ironique actuelle.L\u2019ironie versus l\u2019humour Entendu dans la seconde acception, le pop philosophe ne méprise pas le sens commun à la manière du pop art clas- ILLUSTRATION TIFFET il LES EDITIONS DE MINUIT Le philosophe Gilles Deleuze en 1991.sique, mais en exhibe le potentiel propre.C\u2019est donc sans le moindre soupçon d\u2019ironie qu\u2019il serait susceptible de porter un chandail de loup.Quels penseurs classiques auraient été prêts à enfiler ce chandail ainsi, c\u2019est-à-dire au premier degré, sans aucune ironie ?Certainement pas Socrate, ironiste par excellence de la tradition occidentale, mais peut-être bien Deleuze et Cavell.Comme le suggère Deleuze {Dialogues, p.82-83) dans les traces de Bergson {Le rire, p.97), il existe une différence de taille entre l\u2019ironie et l\u2019humour.L\u2019ironie s\u2019accompagne d\u2019un rire intérieur et cruel.Elle se déploie à travers une critique implicite de l\u2019objet jugé, et puisque toute critique repose sur des principes, c\u2019est- ANNIK MH DE CARUFEL LE DEVOIR Pierre-Alexandre Fradet : « La pop culture, il faut lui reconnaître des bienfaits et s\u2019en inspirer, et lutter contre ses aspects délétères.» à-dire sur des propositions jugées évidentes, elle suppose l\u2019identification d\u2019un ou de plusieurs principes premiers.Il en va tput autrement de l\u2019humour.Eloigné des querelles de principes, l\u2019humour est exploratoire : il surgit au moment où se rencontrent un ensemble de forces, singulières mais non hiérarchisées, il fait naître un rire autonome de jugement critique.Mettre en évidence les contrecoups néfastes de l\u2019ironie ne signifie donc pas qu\u2019il faille congédier toute forme de rire : l\u2019esclaffement reste souhaitable si l\u2019on s\u2019en tient à l\u2019humour.Cet humour, c\u2019est celui vers lequel tendent depuis quelque temps certains organes de publication, dont Urbania.Bien que ce magazine adopte un ton qui frise souvent l\u2019ironie et qu\u2019on ait dit de lui qu\u2019il « n\u2019a jamais quitté sa phase anale », ses rédacteurs délaissent de plus en plus le ton satirique afin de composer avec et à partir de la culture populaire.Ainsi, dans un article du 7 août 2012, Judith Lussier mentionnait qu\u2019au-delà des blagues mesquines que suscite la moustache de Manon Massé, on doit voir dans ce système pileux un véritable acte de résistance, « une profession de foi contre la normativité sexuelle ».Au lieu d\u2019ironiser à propos des poils de Manon Massé, il est donc possible d\u2019en dégager une petite leçon politique, laquelle ne force aucunement à faire une croix sur l\u2019humour.D\u2019autres leçons peuvent être tirées de certains phéno- mènes populaires.Pensons simplement au cinéma.Selon Stanley Cavell, philosophe américain, le cinéma hollywoodien se démarque par l\u2019enseignement qu\u2019il livre au sens commun et au sujet du sens commun lui-même.Au moins deux contributions majeures découlent du septième art : en plus de rejoindre une vaste partie de la population et de « démocratiseir] le savoir » {Le cinéma nous rend-il meilleurs ?, p.36), il pose le problème du scepticisme et y apporte une solution.Le scepticisme se définit chez Cavell comme une mise en doute de la réalité du monde, mais aussi et surtout comme l\u2019impossibilité d\u2019entrer en contact avec autrui.Tant et aussi longtemps qu\u2019on essaiera de démontrer la réalité du monde extra-mental, on restera sur sa faim.Cette réalité ne doit donc pas faire l\u2019objet de preuves ; elle doit plutôt être acceptée comme on l\u2019accepte au quotidien, dans l\u2019expérience ordinaire, sans justification.Cinéma et scepticisme Comment le cinéma nous invite-t-il à surmonter le scepticisme ?Davantage une condition vécue qu\u2019une menace épistémologique, le scepticisme est mis en scène et combattu par les comédies du remariage (Capra, Cukor, Hawks.), où deux amants font l\u2019expérience d\u2019un éloignement, puis d\u2019un rapprochement.Bien plus, la passivité propre à la posture spectatorielle fournit, d\u2019après Cavell, une solution au scepticisme.Devant un film, l\u2019être humain retrouve son statut de spectateur, il reprend contact avec l\u2019impuissance, la passivité.Loin d\u2019être fâcheuse, cette passivité constitue la condition même par laquelle il peut se réconcilier avec le monde et les autres ; elle implique une réceptivité du monde plutôt qu\u2019une mise en doute.Si le cinéma contribue à la philosophie selon Cavell, c\u2019est donc notamment par son pouvoir de révéler un problème (la difficulté à entrer en contact avec autrui et à reconnaître l\u2019existence du monde) et de mettre en évidence une issue possible.Le cinéma a cette particularité de nous faire renouer avec l\u2019expérience ordinaire passive et de nous montrer que la passivité présente un intérêt philosophique.Un frein à la création Non pas que l\u2019expérience ordinaire et la culture populaire soient immunisées contre toute critique.Deleuze le dit sans détour dans Différence et répétition (p.175) : le sens commun, entendu comme la faculté contraignante qui s\u2019exprime, entre autres, à travers la culture populaire, s\u2019érige trop souvent en frein à la création.Un tri s\u2019impose donc devant la pop culture : il faut tour à tour lui reconnaître des bienfaits et s\u2019en inspirer, et lutter contre ses aspects délétères.La culture de masse n\u2019est pas apte à instruire la philosophie en tout temps, sous tous les rapports possibles.Mais à voir de quoi sont capables certains phénomènes populaires lorsqu\u2019on les considère à leur juste valeur, sans aucune complaisance, les ironistes n\u2019ont qu\u2019à bien se tenir ! 1.Murphy Cooper, nightlife.ca/ divertissement/le-detesteur-la-surconsommation-de-lauto derision.Des commentaires ?Écrivez à Antoine Robitaille : arobitail le@ledevoir.com.Pour lire ou relire tous les anciens textes du Devoir de philo ou du Devoir d\u2019histoire depuis 2006 : ledevoir.com/societe/le-de voir-de-philo."]
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