Le devoir, 27 avril 2013, Cahier F
[" LIVRES CAHIER F > LE DEVOIR, LES SAMEDI 27 ET DIMANCHE 28 AVRIL 2013 ILLUSTRATION CHRISTIAN TIFFET Figure majeure de la littérature latino-américaine, Eduardo Galeano poursuit depuis plus de 50 ans récriture d\u2019une œuvre inclassable, traitant d\u2019histoire et d\u2019humanité, éclatante de réalisme mais frôlant la fiction.Le Devoir l\u2019a rencontré en Uruguay, dans sa petite maison entourée d\u2019un grand jardin, où il rassemble ses histoires et songe aux nouvelles à cueillir.LISA-MARIE GERVAIS à Montevideo, Uruguay Petite et charmante, sa maisonnette est plantée dans un décor vert et fleuri d\u2019une rue tranquille et résidentielle de Montevideo, en Uruguay.On sonne une fois.D\u2019un pas lent, dans un silence solennel, l\u2019auteur et essayiste Eduardo Galeano s\u2019avance jusqu\u2019à la porte grillagée.Son visage, d\u2019abord fermé, s\u2019illumine.Pas facile de rencontrer l\u2019un des écrivains les plus influents de l\u2019Amérique latine.Auteur d\u2019une trentaine d\u2019ouvrages, parcourant le monde et ses salons du livre, l\u2019homme est aussi occupé que sollicité.Après un échange de courriels diligent et un rendez-vous, c\u2019est le silence radio.C\u2019est l\u2019ami Pablo, qui sait où il habite, qui insiste et sonne chez lui à répétition.La porte finira par s\u2019ouvrir toute grande.Généreux en tête à tête, Galeano dira plus tard sa haine du téléphone et autres machines.«J'ai semé, de par le monde, une de mes calomnies préférées à leur sujet, qui est que les machines vivent de nuit et profitent du fait que personne ne les voit pour boire de l'alcool.C'est pour ça que le lendemain elles font des choses inexplicables», raconte l\u2019écrivain de 72 ans, l\u2019air d\u2019y croire.«Elles le savent.C'est pour ça que nous nous détestons.» Ainsi va le monde de l\u2019auteur des Veines ouvertes d'Amérique latine \u2014 grande fresque racontant l\u2019exploitation et le pillage du continent américain, qui a connu un regain de popularité lorsque Chavez l\u2019a offert à Obama en 2009 \u2014 baigné dans une sorte de réalisme magique souvent associé à la littérature latino-américaine.Chaque objet, chaque tableau au mur, chaque arbre et fleur de son jardin ont une histoire.«Cet arbre ginkgo biloba, c'est l'arbre de la mémoire.Quand tout est cendre, il renaît», explique Galeano, en pointant le colosse qui pousse dans son jardin.L\u2019immense ancre de bateau accotée au mur de sa maison est le fruit d\u2019un pari avec un capitaine.Plus loin trône un grand soleil de métal à côté duquel il pose fièrement pour l\u2019appareil photo.L\u2019intérieur de sa maison, véritable musée reflétant ses pè- lerinages et ses amitiés profondes, recèle des œuvres latino-américaines, surtout autochtones.Ici un tableau d\u2019un ami haïtien, là une étrange gravure qui mélange le profane et le sacré d\u2019un ami analphabète qui n\u2019a «lu » dans sa vie que les images des magazines des salons de coiffure.Même les biscuits de dulce de leche en forme d\u2019étoile qu\u2019on nous sert avec le café viennent de la pluie qui tombe sur Montevideo.D\u2019histoires et de silence Galeano parle de chaque chose avec émotion et respect, leur valeur venant davantage de l\u2019histoire que chacune porte.Et il en fait des livres.«Il s'agit de garder les yeux ouverts et l'oreille tendue pour écouter et voir ce qui normalement ne s'écoute et ne se voit pas», note l\u2019écrivain de sa voix caverneuse et réconfortante.Les histoires à raconter sont partout; elles peuvent frapper à la porte, mais le plus souvent elles se cachent.Il faut les traquer jusqu\u2019au fond des bibliothèques.C\u2019est ainsi que l\u2019Uruguayen a découvert, dans le lexique d\u2019un ouvrage écrit par un prêtre espagnol, que les Chiriguanos, Indiens du nord de l\u2019Argentine, avaient savamment nommé un livre «peau de Dieu» dans leur langue, le guarani.«Je tombais tout le temps sur ce genre de merveilles, se réjouit Galeano, au sujet de ces \u201ccadeaux de Dieu\u201d./^ n'ai jamais manqué d'histoires à raconter.» VOIR PAGE F 2 GALEANO Eduardo Galeano 1940: naissance à Montevideo 1960: rédacteur en chef de l\u2019hebdomadaire Marcha, puis directeur d'Epoca en 1964 1971: publication des Veines ouvertes de l'Amérique latine, œuvre majeure \u2014 parmi une trentaine d\u2019ouvrages \u2014 traduite en 18 langues.1973: emprisonnement et exil en Argentine en raison de la dictature, puis en Espagne en 1976 1985: retour à Montevideo sous un gouvernement démocratiquement élu En aparté : Clément Marchand (1912-2013) Page F 2 Lori Saint-Martin, le couple passé au Page F 3 Dracula se fait les dents Le site Slate a révélé cette semaine une feuille de notes rédigées par Bram Stoker en préparation à la rédaction de son roman Dracula, publié en 1897.Initialement nommé «comte Wampyr», qui signifie vampire en allemand, le célèbre buveur de sang a bien failli être d\u2019ascendance germanique avant que son créateur se ravise en optant plutôt pour des racines roumaines, plongeant du côté de la Transylvanie.Sur le brouillon, le nom «Wampyr» a été raturé et remplacé par «Dracula», un nom qui devait passer à l\u2019histoire.Mort avant que son œuvre connaisse le succès phénoménal que l\u2019on sait, l\u2019écrivain irlandais ne sut jamais que sa création avait, comme dans son roman, accédé à l\u2019immortalité.Le Devoir Les finalistes du prix Émile-Nelligan connus Les organisateurs du prix Émile-Nelligan, qui récompense le meilleur recueil d\u2019un poète de moins de 35 ans, ont révélé jeudi les trois finalistes pour l\u2019année 2012.Il s\u2019agit de Mario Brassard pour Le livre clairière (Les Herbes rouges), de Erançois Guerrette pour Pleurer ne sauvera pas les étoiles (Poètes de brousse) et de Catherine Harton pour Erancis Bacon apôtre (Poètes de brousse).La remise aura lieu le 13 mai à 17 h 30 à la Grande Bibliothèque après une lecture de poésie.Le lauréat ou la lauréate remportera une bourse de 7500$ ainsi qu\u2019une médaille en bronze à l\u2019effigie du poète.Les finalistes recevront 500$ chacun.Le Devoir Les représentations de Maurice Richard dans la culture québécoise Benoît Melançon Les yeux de Maurice Richard Une histoire culturelle IBLIO ¦ F I D E S BIBLIO-FIDES livres de poche ^\t-s ' F 2 LE DEVOIR LES SAMEDI 27 ET DIMANCHE 28 AVRIL 2013 LIVRES EN APARTE Clément Marchand ( 1912-2013) Jean-François Nadeau Plus de 200 titres, environ 30 ans d\u2019éditions, les livres entre autres des jeunes Alphonse Fiché, Yves Préfontaine, Gérald Godin, ceux aussi de Jacques Perron, de Marie Lefranc et de Félix Leclerc : ce fut là une part importante de l\u2019œuvre du poète Clément Marchand, décédé cette semaine plus que centenaire.Marchand était éditeur à l\u2019enseigne du Bien public, qui fut aussi, jusqu\u2019en 1978, le titre d\u2019un hebdomadaire de Trois-Rivières.Mais il était d\u2019abord écrivain.Les soirs rouges et Courriers des villages constituent ses deux livres majeurs.Le premier, tout particulièrement, offre les signes d\u2019une transformation poétique qui prend en compte un important changement social.Marchand «soumet la vie rurale à un regard neuf, quoique brutal et noir».Le livre reçoit le prix Athanase-David en 1939, plus importante récompense littéraire remise par le gouvernement québécois.Dans les années 1930, le thème de la ville est encore nouveau dans nos lettres, même si les urbains, depuis le début du XX® siècle, sont plus nombreux que les campagnards.La ville est encore présentée comme un péril.Elle est tenue à distance par un nationalisme de survivance qui, en cette époque de crise profonde, mise son va-tout sur les vertus alléguées de la campagne.Dans ce monde très particulier de l\u2019entre-deux-guerres, les mots de Fiché forment un pont original entre les gratte-ciel et les ouvriers, ces nouveaux paysans réduits à n\u2019être qu\u2019un maigre blé que l\u2019on cueille sur le béton.«Là-bas, aux noirs retraits des quartiers, hors des bruits.Au long des vieux pavés où la gêne chemine.Voici leurs toits groupés en essaim, que domine Le jet des gratte-ciel immergés dans la nuit» L\u2019œuvre de Marchand ne se détache pas tout à fait de ce monde de vieilles choses et de vieilles gens que le nationalisme de la survivance tend à magnifier.Son Courriers des villages, illustré par Rodolphe Duguay, s\u2019attache à un certain univers régionaliste, mais comme pour mieux en signifier la fin.Un peu, toutes proportions gardées, comme le grand livre de Cervantès annonce, avec le personnage de Don Quichotte, la fin des romans épiques attachés aux récits de chevalerie.Chez Marchand plane un lourd spectre au-dessus de nos campagnes, ce qui écarte d\u2019emblée du pittoresque convenu.Malgré des premières impressions qui peuvent être trompeuses, l\u2019écrivain ne s\u2019emploie pas à éclairer les champs sous l\u2019angle d\u2019un idéal patriotique.Rien ne doit bouger, rien ne doit mourir, entendait-on au pays de Maria Chapdelaine.La vie terrienne immuable, exprime Marchand, tient plutôt d\u2019un secret difficile, quasi insoutenable.Four pénétrer ce secret du monde paysan, disait-il, «il faut partager cet ensemble de re- noncement, de sagesse et de satisfaction dans le travail qui sont les raisons de la vie terrienne».Mais l\u2019instant d\u2019après, dans sa courte nouvelle intitulée Villages immuables, Marchand nous annonce le suicide du fermier.En 1942, pour son Courriers des villages, il reçoit à nouveau le prix Athanase-David.Je me souviens de la première fois où j\u2019ai rencontré Clément Marchand.C\u2019était il y a longtemps déjà.J\u2019étais jeune, tout jeune.Il était vieux déjà, très vieux.Et on me poussait dans le dos en disant: «Vas-y! C\u2019est peut-être ta dernière chance de lui parler.C\u2019est un monument.Marchand.» Je n\u2019aime pas beaucoup déranger les monuments.D\u2019ordinaire, je le fais surtout lorsque mon travail m\u2019y oblige.Les monuments sont à leur affaire.Ils nous regardent de loin les contempler.Alors, pourquoi les emmerder?Puis, lorsqu\u2019on bouge les statues, on court toujours le risque de s\u2019apercevoir que des vers grouillent en dessous.Aussi bien s\u2019en tenir à les regarder de loin, tout en admirant de près leurs œuvres.Mais Clément Marchand était un monument à taille humaine.Un être d\u2019une politesse et d\u2019une correction parfaite.Qu\u2019aurais-je pu reprocher à cet aimable monsieur d\u2019un autre temps ?Le vouvoiement chez lui, avais-je tout de suite remarqué, évoquait moins une distance qu\u2019impose le langage qu\u2019une forme d\u2019éducation qui nous tirait jusqu\u2019à elle avec douceur mais fermeté.Et cela menait loin.Il suffisait d\u2019écouter.Parler est parfois un art, mais savoir écouter est toujours une richesse, disait sûrement Confucius.Nérée Beauchemin, médecin de village, poète, disciple de Louis Fréchette, avait commenté les premiers poèmes de Clément Marchand.Pour Marchand, Nérée Beauchemin était à rapprocher de nous parce qu\u2019il s\u2019atta- chait à chercher l\u2019expression juste d\u2019une réalité sans tomber dans l\u2019emprunt d\u2019un langage forcé, celui du rimeur des salons officiels.Beauchemin travaille, rature, revient sur son ouvrage jusqu\u2019à trouver sa voie, quitte à susciter de la sorte une certaine incompréhension autour de lui.Il fait ce qu\u2019il a à faire.C\u2019est le premier mérite d\u2019un écrivain : ne pas se tromper lui-même., Marchand s\u2019était entretenu un jour avec Emile Nelligan.Il faut dire que bien d\u2019autres que lui rendaient visite au poète dans son asile.Les pèlerinages aux grands monuments ont toujours constitué un loisir fort populaire.Nelligan le savait bien et passait en conséquence une partie de ses journées à retranscrire patiemment ses poèmes, la calligraphie appliquée, confondant parfois son œuvre avec celle des autres, mais heureux en définitive de pouvoir offrir des feuilles volantes à quelques-uns de ses visiteurs éblouis par l\u2019aura de sa gloire passée.Clément Marchand entretint aussi une correspondance avec Alfred DesRochers, l\u2019auteur d\u2019À l\u2019ombre de l\u2019Orford, de 1931 à 1959.En 1935, le journaliste et pamphlétaire Qlivar Asselin l\u2019accueille au journal L\u2019Ordre.Cet ancien du Devoir, quelque peu difficile à suivre, ouvre alors bien grands les bras à nombre de jeunes gens qui marqueront durablement leur époque.En discutant de tout et de rien avec Clément Marchand, je m\u2019étais répété plusieurs fois en moi-même que je me trouvais en quelque sorte à une poignée de main de distance dans le temps de Louis Fréchette, d\u2019Émile Nelligan et de tant d\u2019autres.Une pensée absurde, quand on y pense, mais qui donne quand même la mesure de ce drôle de pays qui est le nôtre : on y vit toujours à très faible distance de nos classiques, ce qui rend encore plus inouï le fait que nous les connaissions si mal.jfnadeau @ledevoir.corn GALEANO SUITE DE LA PAGE F 1 Sur une trame politique et historique qui sert à décrire foppression, l\u2019injustice, mais aussi la beauté du fütbol, ses ouvrages se présentent souvent sous forme de courts textes qu\u2019on devine arrondis de fiction, comme autant de fragments qui dépeignent une réalité, même un continent.Son esprit de synthèse s\u2019est forgé dans ses années de jeune adulte, alors qu\u2019ü embrassait la carrière journalistique.Déjà, à 14 ans, il «Mes années de journalisme empêché de tomber dans ce j\u2019appelle r\u201cinflation verbale» goûtait à la censure du président de l\u2019époque pour avoir brossé la caricature d\u2019hommes politiques dans le journal socialiste pour lequel il travaillait.«Mes années de journalisme m\u2019ont empêché de tomber dans ce que f appelle l\u2019\u201cinflation verbale\u201d, qui est pire que l\u2019inflation monétaire en Amérique latine.[.] Elle se justifie souvent par la prétendue complexité du message mais, en réalité, c\u2019est le déguisement du vide.Quand quelqu\u2019un dit quelque chose, il doit le dire en peu de mots.Ne serait-ce que pour le respect qu\u2019on doit au silence qui dit en taisant, contrairement aux autres langages qui disent en parlant.Et il gagne toujours.Parce qu\u2019il est plus profond.» Ces sages enseignements lui viennent d\u2019un de ses maîtres, le romancier uruguayen Juan Carlos Qnetti (1909-1994), avec qui il partageait le mauvais vin, les cigarettes et le silence.«Onetti passait sa vie couché.Il ne sortait jamais.Et m\u2019ont pour donner du prestige à ce qu\u2019il disait, il que avait l\u2019habitude de l\u2019attribuer à des grandes civilisations, par exemple les Chinois.Un jour, il m\u2019a dit un proverbe chinois très important dont fai su plus tard qu\u2019il n\u2019était en rien chinois, c\u2019était probablement une pure invention.N\u2019empêche, je l\u2019ai toujours eu en mémoire.Il m\u2019a dit: \u201cLes seuls mots qui méritent d\u2019exister sont les mots qui surpassent le silence.\u201d Ça a guidé pour toujours mes pas sur le terrain de la littérature.» Galeano, l\u2019inclassable Très critique, l\u2019œuvre littéraire de Galeano est néanmoins à des lieues du pamphlet.Il refuse d\u2019ailleurs toute étiquette, se vantant d\u2019être inclassable, au grand dam des libraires qui vendent aujourd\u2019hui des livres «comme ils vendraient des caleçons», déplore fécri-vain.«Notre monde a cette mauvaise habitude de vouloir catégoriser les choses, mettre une étiquette dans le front de chacun.Ecrivain, avocat, fasciste, de gauche, catholique, et quoi encore ?» Four son plus grand bonheur \u2014 mais à son plus grand étonnement aussi \u2014, son livre Patas arribas, qui fait dans la satire et la critique des sociétés par l\u2019absurde et est illustré par le graveur mexicain José Guadalupe Fo-sada, s\u2019est retrouvé classé dans la section «humour» des librairies en Espagne.«Ils ont vu les dessins de Posada et ont pensé que c\u2019était un livre de blagues! Je l\u2019ai laissé là où il était», rigole le fier inclassable.Galeano s\u2019en fait peu.Le bonheur se trouve dans les petites choses.Sur le sort de l\u2019humanité \u2014 rien de moins \u2014, il dit que tous ceux qui font des bulletins quasi météorologiques sur l\u2019humeur du monde dans v-x 'Aj.1 Dits et inédits « Entre dialogues bien carrossés et joyeux coups de théâtre, entre pensées sérieuses et diableries potaches, Nyssen s'empare de son passé et de ses personnages, dignes de contes fantastiques [.].Ce livre est exactement comme [lui].On le parcourt avec respect.Tendresse.Et émerveillement.» Marine de Tilly, Le Point eduârdo galeano Mémoire du feu U&mittaMes \u2022Itt tt lu impiw UfiMtéWvvil Une histoire populaire de l'Amérique latine les journaux et magazines sont de fieffés menteurs.«D\u2019abord parce que l\u2019espoir est une chose qui ne peut pas se mesurer et aussi parce que les vrais changements ne se font pas en dix minutes, ni en dix jours, dit Galeano.On est trop habitué à confondre la réalité avec le spectaculaire, la grandeur avec ce qui est simplement grand.La grandeur est cachée dans les petites choses et n\u2019a rien à voir avec le vide de ce qui est grand.» Le grand dans le petit, donc.Comme cette autre histoire, qui est venue à lui récemment lors d\u2019une interminable séance de dédicaces dans une foire du livre à Madrid.«Il y avait une file de je ne sais trop combien de kilomètres et je me disais que je n\u2019allais pas m\u2019en sortir vivant.J\u2019y avais passé quatre cruelles heures, mais toute chose pénible a sa compensation.Et fai été récompensé parce que, dans cette file de gens qui me faisaient signer des livres pour l\u2019oncle Ma-nolo et la tante Pepa, il y avait un jeune homme, un peu timide, mais avec une bonne tête, qui s\u2019est avancé vers moi.Je lui ai demandé à qui il offrait le livre.A sa mère, son père ?Et il m\u2019a répondu: au fleuve Paranâ.J\u2019ai signé et il est parti sans rien dire d\u2019autre, tant il était timide.Moi, je suis demeuré coi mais ravi.C\u2019était la première fois de ma vie que je dédicaçais un livre à un fleuve.» Ne reste qu\u2019à en faire une histoire plus belle que le silence.Le Devoir MÉMOIRE DU FEU Trois tomes : NAISSANCES, LES VISAGES ET UES MASQUES, LE SIECLE DU VENT Eduardo Galeano Lux éditeur Montréal, 2013, 916 pages TA Voir aussi > La galerie \" photo dans la section ledevoir.com/cultureAivres Euchartste Moisan LIBRAIRIE Entretien avec Denys Arcand, cinéaste et auteur.Jeudi 2 mai 19 h 30 Denys Arcand évoque fidèlement le personnage principal du célèbre Trente arpents de Ringuet.Animation : Françoise Guénette, journaliste Beaucoup plus qu\u2019une librairie! 2653 Masson, Montréal, Qc 514 849-3585\tJ Contribution suggérée : 5 $\tQuébecnn Triptyqt WWW.triptyque, qc.ca 514 524-5558 lemeac@lemeac.com Ba Ea Quebec ta H « Lun des plus beaux ouvrages qui allie poésie et image jamais imprimés au Québec.» - Bernard Lévy.Vie des arts, n° 230.Rlohabêtes Patrick Coppens ALPHABÊTES de Patrick COPPENS Bestiaire, 120 pages, avec 56 dessins de l\u2019auteur.30 $ Mémoire dufeu^ la trilogie Mémoire du feu est une trilogie dans un seul grand volume.Et 20 ans de recherche, et d\u2019exploration, et d\u2019écriture.«Ça a été beaucoup de travail, mais ça en a valu la peine.Les livres que fai écrits par la suite sont plus travaillés, plus polis, mais Mémoire du feu a été ma première tentative de secours des voix non écoutées.Celles des vaincus, des perdants.Les Noirs, les Indiens, les femmes, les rebelles.», raconte Eduardo Galeano.Série de fragments d\u2019humanité tout en poésie.Mémoire du feu a été écrit dans les années 1970, ce que l\u2019auteur doit à la dictature qui lui a fait la faveur de l\u2019expulser du pays.«Je me suis retrouvé avec beaucoup de temps libre et fai fini par écrire 1000 pages!», raconte-t-il en rigolant.Mais pour la première fois au Québec, l\u2019œuvre est publiée dans un seul et imposant volume, comme pour montrer tout le poids de l\u2019œuvre dans le temps, qui couvre le continent américain de l\u2019époque précolombienne jusqu\u2019en 1984.Retour de La Promenade des écrivains La capitale nationale sera de nouveau l\u2019hôte cette année de La Promenade des écrivains, une série de balades littéraires commentées se déroulant dans cinq quartiers de la ville de Québec.En tout, neuf parcours thématiques seront proposés aux lecteurs randonneurs : Montcalm: souvenirs d\u2019hier et d\u2019aujourd\u2019hui, Jacques Poulin : les sentiers du réconfort, Le premier jardin d\u2019Anne Hébert, Le petit monde de Roger Lemelin, Sur la piste de Chrystine Brouillet, Le polar à Québec, Romans-fleuves : les sagas historiques de Québec, Un dimanche à la rivière Saint-Charles et, enfin, le populaire Parcours exploratoire du mythe de Québec, dont la nomenclature s\u2019étend de Camus à Lovecraft.Du 11 mai au 27 octobre.Pour réservations et information : www.promenade-ecrivains.qc.ca Le Devoir Chrystine Brouillet LE DEVOIR, LES SAMEDI 27 ET DIMANCHE 28 AVRIL 2013 LITTEUTURE Loti Saint-Martin: le couple passé au scalpel Danielle Laurin Qu\u2019est-ce qu\u2019un couple?Qu\u2019est-ce qui fait qu\u2019il dure ou pas ?Et qu\u2019est-ce que l\u2019amour au juste ?Ce sont les questions soulevées par Les portes closes.Rien à voir avec un manuel psycho-pop, pas de réponses faciles ici.Rien d\u2019idyllique non plus, pas une once de lyrisme rose bonbon.Prenez une femme et un homme qui vivent ensemble depuis longtemps.Demandez-leur, en catimini, chacun pour soi, quel est le secret de leur longévité.Pariez qu\u2019ils vont se confier sans mentir, sans vouloir épargner l\u2019autre ni se mettre individuellement en valeur.Romantiques s\u2019abstenir.Attendez-vous au pire.C\u2019est ce que fait Lori Saint-Martin dans son roman, le premier que publie cette profes-seure de littérature, après deux recueils de nouvelles, quelques essais.Elle a aussi traduit, avec son complice Paul Gagné, une foule d\u2019ouvrages littéraires (de Neil Bissoon-dath, de David Homel, d\u2019Ann-Marie MacDonald.), ce qui leur a valu plusieurs prix.La plume de cette auteure est minutieuse, appliquée.Elle atteint parfois ce qu\u2019on pourrait appeler la perfection.Elle est ciselée, mais sans pardon, tout en aspérité, acérée.Elle atteint parfois ce qu\u2019on pourrait confondre avec de la froideur.Le couple mis en scène dans Les portes closes vit ensemble depuis 35 ans.A quel prix?Nous aurons les deux côtés de la médaille : tour à tour, elle et lui se délesteront de leurs non-dits.Ils entrouvriront la porte que pour l\u2019autre ils tiennent fermée.Comment leur couple pourrait-il survivre autrement?Ils sont peintres tous les deux.Lui, Philippe, est plus célèbre.A-t-il plus de talent pour autant?Nul ne saurait le dire.Mais, contrairement à elle, Catherine, qui s\u2019occupe de la maison, des repas, qui a pris soin de leurs trois filles devenues grandes, il a toujours pu consacrer tout son C ARIANE GIBEAU Lori Saint-Martin publie son premier roman, Les portes closes, après deux recueils de nouvelles.temps à son art.Un jour elle lui dira: «Tous les jours, on commence à peindre à la même heure et je m'arrête une heure avant toi pour préparer à manger Combien penses-tu que ça fait d'heures, depuis le temps ?» Sa réaction à lui \\ «Tu es devenue comptable tout à coup ?» Mais tout n\u2019est pas noir ou blanc.S\u2019il lui arrive de trouver injuste cette situation, si le « carcan féminin » lui pèse parfois, elle y trouve aussi son compte comme artiste: «c'est peut-être dans les heures perdues que se trouvent les ta- je vraiment été différente ?Que veut dire aussi qu'il m'a vue jeune, moi qui maintenant suis presque vieille, qu'il s'est réveillé à mes côtés, est resté avec moi sans m'être fidèle, m'a soutenue, m'a trahie?» Car Catherine est une femme trompée.Dans l\u2019atelier de son mari, où elle n\u2019a pas le droit de mettre les pieds même si elle a la clé, de petites jeunesses défilent pour faire la pose comme modèles.Après quoi Philippe les «baise», comme il dit.Comme il le lui dit à elle, Catherine, ensuite.Car: «J'ai découvert tôt la vo- La plume de Lori Saint-Martin est minutieuse, appliquée.Elle atteint parfois ce qu\u2019on pourrait appeler la perfection.bleaux, dans les gestes calmes de la cuisine claire».Catherine est à l\u2019heure des bilans.Autour d\u2019elle, des couples se font, d\u2019autres se défont.Elle ne voit plus clair en elle, elle n\u2019arrive plus à savoir ce qu\u2019elle veut, elle ne sait plus pourquoi elle reste là, à ses côtés, ce qu\u2019elle attend de plus.Elle a perdu peu à peu ses illusions, elle a compris depuis longtemps que «s'expliquer, entre mari et femme, est toujours une erreur».Elle a ce genre de réflexion : « Un vieux mariage, c'est ainsi, une série de gestes définitifs qu'on n'accomplit pas.Un couloir de portes fermées.» Elle se pose toutes sortes de questions.«Qiue veux dire: passer toute sa vie avec quelqu'un ?Avec un autre, ou seule, aurais- lupté de la confession.Je les baisais en songeant, déjà, au récit.Aux larmes de Catherine, à son pardon.Elle était là, entre nous, donnant d'emblée son absolution.» Tordue, comme situation.Mais elle a fini par s\u2019accommoder de tout cela.Et puis, elle a ses secrets de son côté.Un, à tout le moins, qu\u2019elle garde bien enfoui, et qui la fait encore sourire.Mais la lassitude la guette.Elle rêve d\u2019une autre vie.C\u2019est la valse-hésitation continuelle dans sa tête.Comment renoncer à lui, à leur belle et grande maison de riches, à leurs voyages, leurs petits plaisirs partagés, toute cette complicité établie au fil des années et qui n\u2019appartient qu\u2019à eux?Lui n\u2019est pas à l\u2019abri non plus des remises en question.Et d\u2019une certaine lassitude.«Des absents tendres, voilà ce que nous sommes devenus, après tant d'années.Nous avons trouvé le calme, ou un faux-semblant.» C\u2019est là qu\u2019ils en sont.Heureusement, il y a l\u2019art.Car Les portes closes c\u2019est aussi ça: une réflexion sur l\u2019art comme nécessité, comme échappatoire, exutoire.Et repoussoir, qui empêche de passer à l\u2019acte.Lui, parlant de ses modèles-maîtresses: «Je les baise à mort, je les peins à mort.Puisque c'est interdit de tuer, je peins.» Puis : «La peinture, c'est tout ça: s'évader, voler, ouvrir des portes interdites.» Elle, de son côté : «Ma rage passe dans mes tableaux, comme un ouragan passe au large de la côte et épargne les maisons de la rive.» Puis: «C'est la peinture qui m'a retenue du bon côté des choses.» Un personnage mystérieux apparaît par petites touches dans l\u2019histoire.Une femme, qui appartient au passé.Et dont on ne découvrira qu\u2019à la fin le rôle qu\u2019elle a joué dans la vie du couple.Ce qui ajoute une petite note de suspense plutôt bienvenue: on commençait à s\u2019ennuyer un peu à les voir tourner en rond tous les deux.On aura eu droit entre-temps au récit d\u2019enfance de chacun.Parfois, l\u2019impression de s\u2019égarer un peu.Mais, au final, on n\u2019en comprendra que mieux les deux protagonistes.Sa violence contenue à lui, sa crainte à elle de se retrouver à la rue.On saisira mieux pourquoi ils en sont venus là.Ce qui tient leur couple ensemble, malgré tout.On aura même une petite surprise à la toute fin, une ouverture qui laisse entrevoir que la donne pourrait (peut-être) changer.Mais qu\u2019est-ce que l\u2019amour au juste ?Les portes closes ne répond pas à cette question.On ne sent pas vraiment l\u2019amour dans ce couple.On sait que le désir a déjà été là, brûlant, qu\u2019il existe encore, mais l\u2019amour?A moins que ce soit ça, justement: cette soudure, cet attachement fait de replis nécessaires ?LES PORTES CLOSES Lori Saint-Martin Boréal Montréal, 2013,224 pages UTTERATURE QUEBECOISE Prendre l\u2019eau CHRISTIAN DESMEULES Sur papier, bien sûr, l\u2019idée était séduisante.S\u2019embarquer à Barcelone sur un porte-conteneurs flambant neuf en direction du Brésil.Mais, seule passagère sur le Cala Lucinda en compagnie d\u2019un équipage tout philippin, d\u2019un capitaine qui garde ses distances, d\u2019un premier officier croate qui prend plaisir à lui distiller ses remarques misogynes, la narratrice de Dix jours en cargo finit vite par déchanter.Devant elle, une dizaine de jours pour faire le point, remet- Ces dix jours à bord de cet «amas de fer» seront pour elle une expérience faite de temps et de vide tre la machine en marche, prendre l\u2019air.Peu de bagages l\u2019accompagnent, mais elle porte avec elle un attirail tout de même lourd: un projet d\u2019écriture en mer et une blessure amoureuse encore à vif.Et l\u2019espoir, surtout, de reconquérir «cette conscience fauve de la vie» qui a fini par lui échapper au seuil de la quarantaine.Ces dix jours à bord de cet «amas de fer» seront pour elle une expérience faite de temps et de vide, où elle réfléchira à voix haute sur la création et la procrastination.Car le roman se refuse à elle.«Rien ne vient.» Son «grandiose voyage vers le Brésil» chavire, ses relations avec le capitaine et le Croate tournent un peu au vinaigre, elle s\u2019enferme de plus en plus dans sa cabine et en vient à remettre en question cette aventure qui prend de plus en plus la couleur sombre de l\u2019échec.«Il y a, dans ces voyages que je m'entête à faire seule, une relation étroite avec le Rien.» Ainsi va Dix jours en cargo, premier roman autofictif d\u2019Isabelle Miron, poète, essayiste et professeure de littérature à l\u2019UQAM.Pendant dix jours, l\u2019univers se scinde en deux: le dehors et le dedans.Côté hublot, la vue, l\u2019infini de l\u2019océan, les poissons volants, de rares albatros.Côté cabine, l\u2019immobilité, les tensions avec l\u2019équipage, quelques rêves agités et un «magma gluant» qui finit par tout envelopper.Elle réalise vite que la liberté est souvent une illusion \u2014 que l\u2019on soit en mer ou sur la terre ferme.L\u2019écrivaine-passagère devient bel et bien sa propre geôlière, enfermée dans sa cabine et incapable d\u2019écrire une «vraie» ligne ailleurs que dans son carnet de notes.En recyclant les pages de son journal de bord, Isabelle Miron récupère en quelque sorte sa mise.En collant au plus près de l\u2019expérience, elle nous livre le récit magnétique d\u2019une trajectoire accidentée qui nous entraîne de l\u2019enthousiasme à la désintégration lente jusqu\u2019au souffle libérateur du Brésil.Collaborateur Le Devoir DIX JOURS EN CARGO Isabelle Miron Leméac Montréal, 2013,112 pages D fl Gaspard LE DEVOIR i.ALMARÈS Du 15 au 21 avril 2013\t\t \t\tIII \t\t Romans québécois\t\t 1 mân\tKim Thûy/Libre Expression\t1/3 2 Les héritiers d\u2019Enkidiev \u2022 Tome 7 Le conquérant\tAnne Robiüard/Weüan\t2/4 3 Ce qui se passe au Mexique reste au Mexique !\tAméiie Dubois/Éditeurs réunis\t5/24 4 Féiicité \u2022 Tome 4 Une vie nouveiie\tJean-Pierre Chariand/Hurtubise\t3/8 5 La fiancée américaine\tÉric Dupont/Marchand de feuiiies\t6/25 6 Les deux saisons du faubourg\tMyiène Giibert-Dumas/VLB\t4/2 7 Gaby Bernier \u2022 Tome 2\tPauiine Gi!!/Québec Amérique\t7/1D 8 Mâie, femeiie et autres espèces animaies\tEveiyne Gauthier/Éditeurs réunis\t8/4 9 Souvenirs de ia baniieue \u2022 Tome 4 Junior\tRosette Laberge/Éditeurs réunis\t9/7 10 Ce ne sera pas si simpie\tAnnie Litaiien/Druide\t-/I Romans étrangers\t\t 1 Cinquante nuances pius ciaires \u2022 Tome 3\tF.L.James/Lattès\t1/11 2 Cinquante nuances pius sombres \u2022 Tome 2\tF.L.James/Lattès\t3/15 3 Cinquante nuances de Grey \u2022 Tome 1\tE.L.James/Lattès\t2/29 4 Demain\tGuiüaume Musso/XO\t4/6 5 Un sentiment pius fort que ia peur\tMarc Levy/R.Laffont | Versiiio\t5/8 6 22/11 /63\tStephen King/Aibin Miche!\t6/5 7 Crossfire \u2022 Tome 1 Dévoiie-moi\tSyivia Day/Fiammarion Québec\t8/17 8 Crossfire \u2022 Tome 2 Regarde-moi\tSyivia Day/Fiammarion Québec\t7/7 9 Remèdes pour ia faim\tDéni Yvan Béchard/Aito\t-/I 10 La vérité sur i\u2019Affaire Harry Quebert\tJoë! Dicker/Faiiois | Âge d\u2019homme\t9/18 Essais québécois\t\t 1 La bataiiie de Londres\tFrédéric Bastien/Boréa!\t1/2 2 À brûie-pourpoing\tNormand Lester/intouchabies\t2/4 3 Libérez-vous des syndicats!\tEric Duhaime/Genex\t3/8 4 Journa! d\u2019un écrivain en pyjama\tDany Laferrière/Mémoire d\u2019encrier\t5/1D 5 Le printemps québécois.Une anthoiogie\tCoiiectif/Écosociété\t6/4 6 Vieiüir avec grâce\tDenise Bombardier/Homme\t4/1D 7 Où vont ies États-Unis?\tDonaid Cuccio!etta/M éditeur\t1D/2 8 Charies Sirois, i\u2019homme derrière François Legauit\tRichard Le Hir/Miche! Brûié\t7/2 9 En terrain miné.Correspondance en temps de guerre\tRoxanne Bouchard | Patrick Kègie/VLB\t-/I 10 Zombies.Socioiogie des morts-vivants\tVincent Paris/XYZ\t-/I '?'Essais étrangers\t\t 1 Fin de i\u2019Occident, naissance du monde\tHervé Kempf/Seui!\t5/1D 2 No steak\tAymeric Caron/Fayard\t8/3 3 Les miüiardaires.Comment ies uitra-riches.\tLinda McQuaig | Neii Brooks/Lux\t1D/2 4 Une autre vie est possibie\tJean-Ciaude Guiiiebaud/i\u2019iconociaste\t6/2 5 Confessions d\u2019un jeune romancier\tUmberto Eco/Grasset\t-/I 6 1493.Comment ia découverte de i\u2019Amérique.\tCharies C.Mann/Aibin Miche!\t1/6 7 Adoif Hitier.La séduction du diabie\tLaurence Rees/Aibin Miche!\t2/7 8 Dr House, i\u2019esprit du shaman\tMartin Winckier/Boréa!\t-/I 9 La passion suspendue.Entretiens avec.\tMarguerite Duras | Leopoldina Pallotta Della Torre/Seuil\t-/I 10 indignez-vous! (Édition revue et augmentée)\tStéphane Hessei/Indigène\t-/I La BTLF (Société de gestion de la Banque de titres de langue française) est proprietaire du système d\u2019information et d\u2019analyse Bsspsnl sur les ventes de livres français au Canada Ce palmares est extrait de Bsspsnl et est constitue des releves de caisse de 215 points de vente La BTLF reçoit un soutien financier de Patrimoine canadien pour le projet Bsspsnl © BTLF, toute reproduction totale ou partielle est interdite 75 ANS DE SPIROU Dans les archives d\u2019un incubateur d\u2019imaginaire collectif EABIEN DEGUISE Le secret était bien gardé.Alors que Spirou \u2014 le personnage et le journal qui porte son nom \u2014 célèbre en ce moment son 75® anniversaire de naissance.Le Devoir a découvert un trésor insoupçonné pour les amateurs de bande dessinée et d\u2019histoire du 9® art dans une des bibliothèques de l\u2019Université du Québec en Ou-taouais (UQO), seul établissement universitaire à posséder un programme de formation en bédé : les archives intégrales du journal Spirou, du 21 avril 1938, jour de sa mise au monde, à aujourd\u2019hui.Une collection d\u2019originaux, unique en Amérique du Nord, qui permet, à condition de porter des gants blancs \u2014 au sens propre \u2014, de faire un étonnant voyage dans le temps à bord de cet incroyable incubateur d\u2019imaginaire collectif.« C'est un privilège d'avoir une collection comme celle-là, résume Sylvain Lemay, spécialiste du 9® art et professeur à l\u2019Ecole multidisciplinaire de l\u2019image de l\u2019UQO.Nous en avons hérité par un heureux hasard: c'était la propriété d'un avocat de Montréal [Serge de Gagné] décédé au début des années 2000.Son fils a voulu en faire don à la Bibliothèque nationale du Québec qui n'en a pas voulu.Alors, il nous l'a offerte.» Complète et surtout en parfait état, l\u2019intégrale du Journal de Spirou \u2014 désormais appelé seulement Spirou \u2014 entre dans plus de 520 boîtes.Il contient toutes ces pages historiques sur lesquelles plusieurs fQ jouknai du Al lit MAI® l'IlIX 11 ïr Le premier Journal de Spirou publié par Dupuis en Belgique en 1938.Etrangement Spirou, un jeune enfant, y fume le cigare.grands noms de la bédé franco-belge ont fait leurs premiers pas, avant de marquer le reste de la francophonie: de Lucky Luke à Gaston Lagaffe en passant par Natacha, les Schtroumpfs, Benoît Brisefer, Yoko Tsuno, Papyrus et les autres.Ce patrimoine, que Le Devoir a exploré cette semaine, contient également une pièce rare : L'espiègle au grand cœur, un vrai-faux Spirou publié pendant la Deuxième Guerre mondiale pour contourner un interdit de l\u2019occupant allemand.Le Devoir rv Lire aussi > Un reportage complet sur les archives de Spirou au Québec à ledevoir.com/culture/livres y TANGUY rv CHATEL- Conférence Mercredi Vma\\ 19 h 30 «Accompagner la souffrance spirituelle enfin de de » À LA LIBRAIRIE PAULINES 2653, rue Masson à Montréal, (514) 849-3585 Contribution suggérée: 5 $ TANGUY CHATEL .Vivants jusqu\u2019à la Mort ^Vc^^mgnerlasouffrance '^P^ntueüeenftndenT LIBRAIRIE Beaucoup plut qu\u2019une librairie ALBIN MICHEL F 4 LE DEVOIR LES SAMEDI 27 ET DIMANCHE 28 AVRIL 20IS LITTERATURE Une journée américaine « L Louis Hamelin e football américain, c\u2019est de la stratégie, de la tactique, et en plus d\u2019étre de la putain de poésie en mouvement, c\u2019est un jeu pour des gens qui pensent», lance un des personnages du roman de Ben Fountain.Et il a raison, ce gars.Poésie?Je n\u2019ai qu\u2019à fermer les yeux pour revoir Santonio Holmes, étiré de tout son long comme une danseuse de ballet, attraper du bout des doigts, sur le bout des orteils, la passe victorieuse du gros Ben avant de plonger en touche avec un type sur le dos pour mettre fin au Superbowl de 2009.Au même moment, ailleurs sur le terrain, un ailier défensif ou un secon-deur extérieur est sans doute en train de foncer vers le quart-arrière avec la ferme intention de l\u2019expédier à l\u2019infirmerie sur une civière.Le football américain est à la fois le plus gros show du monde du sport organisé et le plus militarisé des jeux d\u2019équipe, dans son esprit, çians son principe même.A la guerre, vous avez en face de vous quelqu\u2019un qui veut vous tuer.Au football, il rêve seulement de vous infliger un traumatisme crânien.Faire se rencontrer, sur un même terrain, la guerre et le football américain était donc une bonne idée qui est venue à Ben Fountain, impossible de trouver meilleur observatoire où se pencher sur les moeurs belliqueuses de l\u2019empire, impossible de trouver meilleur microscope qu\u2019un grand stade le dimanche après-midi pour disséquer la vie contemporaine de ce pays qui demeure le point de mire du monde.Et si vous vivez dans cette antithèse de Boston, dans cette cité emblématique du côté sombre de la force qu\u2019est Dallas, et que vous avez le front de vous approprier, à des fins romanesques, deux institutions nationales : l\u2019équipe locale, la vache sacrée, America\u2019s Team elle-même, j\u2019ai nommé les Cowboys, et le Thanksgiving Day, alors, d\u2019un point de vue strictement litté- raire, tous les espoirs semblent permis.Le romancier, c\u2019est sa chance et son bonheur, est un travailleur essentiellement solitaire qui n\u2019est pas tenu de soumettre ses idées de livre à un quelconque comité de lecture pour approbation préalable, comme ça peut arriver dans le business du cinéma.J\u2019imagine assez bien Fountain s\u2019adressant à un tel comité : Voyez-vous, c\u2019est l\u2019histoire de Billy, un des huit soldats survivants d\u2019un régiment engagé en Irak qu\u2019un récent fait d\u2019armes devenu viral sur internet a catapultés au rang de héros de la nation.On accorde à ces braves une permission de deux semaines pour une tournée triomphale des States, une apparition à David Letter-man, toute la sauce, et aussi, une invitation au Texas Stadium de Dallas pour le classique match de Thanksgiving, où ce qui reste du régiment Bravo doit être présenté à un public patriotique et reconnaissant.Et là, ben, pour faire court : Billy va avoir une aventure avec une des pom pom girls des Cowboys.Désolé mais, si je siège à ce comité, je donne aussitôt un coup de poing sur la table.Voyons donc.Fountain! Pensez-vous vraiment que vos lecteurs vont gober un aussi gros cliché?Les pom pom girls des Cowboys de Dallas, rien de moins ! Les créatures les plus siliconées et les moins accessibles de l\u2019univers ! Et vous dites qu\u2019elle s\u2019appelle Manon, en plus?Là là.Allez faire vos devoirs, mon vieux, et vous reviendrez nous voir.De fait, le héros étasunien dénommé Billy a bel et bien, dans un recoin de vestiaire, un flirt poussé jusqu\u2019au petit coup de tampon avec une de ces formidables filles court vêtues.C\u2019est important pour Billy, anecdotique pour nous.L\u2019essentiel est ailleurs \u2014 mais pas invisible pour les yeux, n\u2019en déplaise à Saint-Exupéry, lequel, ça paraît, n\u2019a jamais regardé les pom pom girls des Cowboys comme il faut.L\u2019essentiel est, comment dire?Assez voyant merci, spectaculaire, comme le décolleté en cuir de Beyoncé.La description du spectacle de la mi-temps du match fictif mis en scène par Ben Fountain, qui semble anticiper sur celui du Les truites à mains nues PRIX ADRIENNE-CHOQUETTE 2013 Leméac Éditeur offre ses félicitations à Charles Bolduc, lauréat du prix Adrienne-Choquette 2013 pour le recueil de nouvelles Les truites à « Les mensonges du masque social, \u201cl\u2019imposition des orthodoxies\u201d, comme les émerveillements du quotidien et la fascination pour la beauté des femmes, tout cela est convoqué dans ce recueil à la plume précise, généreuse, presque exubérante par endroits, réservée, sage et maîtrisée pourtant [.].» \u201c La voix de Charles Bolduc est une voix singulière, une voix vraie, une voix mature qui livre ses hantises du temps qui passe sans aucun artifice.Un recueil marquant.» Jury du prix Adrienne-Choquette 2013 Superbowl de 2013, avec la même chavirante Beyoncé en vedette, est un jubilant morceau de bravoure où l\u2019écriture colle jusqu\u2019au vertige à la folle démesure de son objet.«Non pas un spectacle, mais un instrument en vue de quelque chose, un vœu, une invocation.[.] sorte de porno soft sous un vernis martial.A moins d\u2019un sacrifice humain ou de vrai sexe pratiqués sur le terrain, on ne pourrait pas concevoir meilleur spectacle pour faire monter la température.» «Se pourrait-il que la publicité soit le but de toute l\u2019opération ?Que la partie ne soit qu\u2019une pub pour les pubs?» «Heureusement, il y a des stands dans tous les coins, de sorte que la foule ne manque pas de tentations, et ça a été pareil partout où les Bravo sont passés, aéroports, hôtels, stades et palais des congrès, dans les centres-villes comme dans les banlieues, les stands dominent le paysage.Quelque part en chemin, l\u2019Amérique est devenue un gigantesque centre commercial auquel s\u2019est greffée une nation.» il y a aussi ce personnage qui, au milieu du théâtre d\u2019apparences frappé de gigantisme qui les submerge, rappelle avec à-propos à son pote: «Tu es en train de vivre une journée américaine normale.» Tous ces extraits rendent compte, chacun à sa manière, encore trop faiblement peut-être, du caractère époustouflant et implacable de cette prose.Ajoutez-y un producteur de cinéma qui suit les Bravo comme leur ombre, avec en poche un scénario pas encore écrit et en bouche un contrat.Quant au football, équipe mythique ou pas, sa mystique guerrière et la monstruosité de ses délires anatomiques n\u2019avaient aucune chance d\u2019échapper à la vision acérée de l\u2019auteur: «Où ce sport pourrait-il fleurir sinon en Amérique, l\u2019Amérique et ses millions d\u2019hectares fertiles plantés de maïs, de soja et de blé, ses lacs entiers de lait, ses montagnes de fruits et de légumes cultivés à longueur d\u2019année, [.] ce pipeline formidable qui crache bœuf poulet, poisson et porc gavés et engraissés dans les parcs, bourrés de vitamines et de vaccins, ces usines bourdonnantes qui produisent des protéines en accéléré, le tout culminant après plusieurs générations d\u2019alimentation gargantuesque en cette souche d\u2019humains de calibre industriel.» Et il ne parle même pas de la pharmacie ! Billy, lui, embrasse sa cow-girl et retourne casser de l\u2019Irakien.Comme le dit le sergent: «Donnez-leur des armes automatiques et quelques produits énergisants, et ils feront sauter tout ce qui bouge.» L\u2019homme fabriqué en usine est aussi un rêve de généraux.FIN DE MI-TEMPS POUR LE SOLDAT BILLY LYNN Ben Fountain Traduit de l\u2019anglais par Michel Lederer Albin-Michel Paris, 2013, 403 pages BIOGRAPHIE Flaubert, les œuvres et pas autre chose GILLES ARCHAMBAULT \\ Atout écrivain à ses débuts, je recommanderais la lecture de la Correspondance de Flaubert.En son entier.11 y apprendrait comment un homme épris de littérature dès ses premières années se débrouille comme il peut avec sa passion de l\u2019œuvre à faire tout en vivant dans le siècle.Flaubert à sa table de travail, tout à son gueu-loir, reprenant sans cesse une phrase, écrivant vingt pages pour finalement ne garder qu\u2019une ligne ou deux, telle est l\u2019image qu\u2019il convient de garder quand il s\u2019agit de, l\u2019auteur de Madame Bovary.Evidemment, il y a plus.Michel Winock, essayiste du Siècle des intellectuels, a lu et relu la Correspondance de l\u2019ermite de Croisset.C\u2019est elle qui est à la source de passionnante biographie.A l\u2019annonce de cette parution, je m\u2019étais demandé pourquoi il avait décidé de se pencher après tant d\u2019autres sur ce destin exemplaire d\u2019un écrivain qui écrivait à son ami Ernest Feydeau : «L\u2019artiste ne doit pas exister.Sa personnalité est nulle.Les œuvres! Les œuvres! et pas autre chose.» L\u2019artiste existait bel et bien.Du moins dans le cas de Flaubert.«L\u2019idiot de la famille», si on se fie à Sartre, a eu dès l\u2019enfance tendance à ne voir, comme il l\u2019écrit, dans les gens qui l\u2019entouraient que des personnages de livres à écrire.Ce qui ne veut pas dire qu\u2019il n\u2019a pas été un ami sincère, que la compagnie des femmes lui était indifférente, qu\u2019il n\u2019était pas un homme dont on disait qu\u2019il était bon.Que cet homme qui détestait les bourgeois ait eu une vie de bourgeois n\u2019est pas contestable.Fils d\u2019une sommité de la médecine, directeur de l\u2019hôpital de Rouen, il n\u2019a jamais eu à gagner sa croûte, choisissant très tôt la voie étroite.Quand, ayant lu à ses amis sa Tentation de saint Antoine, il s\u2019aperçoit de son échec, il est terrassé.Mais pas au point de rentrer dans le rang, de se caser.11 ira plutôt en Qrient avec Maxime du Camp.Très tôt, il y a l\u2019attaque d\u2019épilepsie.Très tôt, aussi, le bel homme qu\u2019il était dans sa jeune vingtaine se transforme en une sorte de géant au front dégarni et au ventre proéminent.L\u2019adolescent qui a été bouleversé par la vue d\u2019Elisa, la belle baigneuse aperçue àTrouville, se transforme en célibataire endurci qui craindra toujours les amours trop ardentes, qui ne souhaitera jamais être père et qui demandera au travail d\u2019écriture ce que la vie ne lui apporte pas.Pourtant, cet esthète rébarbatif a connu auprès de George Sand une très riche amitié.Qn sait aussi qu\u2019il a entretenu une correspondance avec une lectrice, célibataire sans charme et aux velléités littéraires, ayant des convictions opposées aux siennes.11 a été un compagnon fervent de sa sœur Caroline, a beaucoup aimé sa nièce, acceptant d\u2019être ruiné pour lui venir en aide.Des femmes, il craignait l\u2019amour, ce ROBERT FRANÇOIS AGENCE FRANCE-PRESSE La version manuscrite du Madame Bovary de Flaubert.sentiment qui le détournerait de l\u2019écriture, mais recherchait leur amitié et ne dédaignait pas de certaines d\u2019entre elles les rapports amoureux.«Ah ! comme je suis las de Vignoble ouvrier, de l\u2019inepte bourgeois, du stupide paysan et de l\u2019odieux ecclésiastique ! » Ce à quoi George Sand lui répond: «Tu affirmes que le peuple a toujours été féroce, le prêtre toujours hypocrite, le soldat toujours brigand, le paysan toujours stupide ! Tu dis que tu savais tout cela dès ta jeunesse et tu te réjouis de n\u2019en avoir jamais douté parce que l\u2019âge mùr ne t\u2019a apporté aucune déception: tu n\u2019as donc pas été jeune! Ah nous différions bien, car je n\u2019ai jamais cessé de l\u2019être si c\u2019est être jeune que d\u2019aimer toujours.» A ce compte, Flaubert n\u2019a jamais été jeune.Qn voit que Flaubert atteint par l\u2019art des sommets que ne frôle même pas son amie dans ses romans, mais que cette dernière a une conscience sociale et politique nettement plus avancée que la sienne.En 1848, elle est nettement pour la République alors que le partisan de l\u2019art pour l\u2019art qu\u2019est Flaubert en a même contre le suffrage universel! Lorsqu\u2019en 1870 Paris est envahi par les Prussiens, Flaubert quitte sa réserve, soudainement devenu presque patriote.Lui qui n\u2019avait jamais vu la nécessité des guerres est même prêt à prendre les armes.Dans la lutte des Communards contre les Versaillais, il opterait pourtant pour ces derniers.11 est de ceux qui voient dans la loi du nombre une menace.Flaubert a souvent répété que «les honneurs déshonorent, le titre dégrade, la fonction abrutit».Quand il apprend que son ami Renan se meurt d\u2019être élu à l\u2019Académie, il dit: «Quand on est quelqu\u2019un, pourquoi vouloir être quelque chose?» 11 ajoute ailleurs que «les gens de lettres sont des putains qui finissent par ne plus jouir».Quand arrive la célébrité à la suite de la publication de Madame Bovary, Flaubert se rend de plus en plus fréquemment à Paris, connaît la vie des salons, se lie avec Edmond de Concourt, Zola, Daudet, Victor Hugo.Au restaurant, à l\u2019écart dans un salon par- ticulier, il se déchausse, plus Viking que de raison.Quand arrive la ruine, il finit par accepter, après de multiples hésitations, un poste honorifique à la Bibliothèque nationale qui lui assurera une modeste pension.C\u2019est pour lui une ultime reddition.La biographie de Michel Winock est exemplaire à plus d\u2019un titre.Pour commencer, il y a le cas Flaubert.Comment une œuvre d\u2019une telle importance a-t-elle pu prendre naissance chez un homme que rien ne prédisposait à une telle réussite?Qn pourrait se dire que la lecture de la Correspondance de l\u2019auteur suffit à se faire une juste idée de son parcours.Winock enrichit cette vision par le recours au Journal des Concourt, les citations extraites d\u2019œuvres du temps et la fréquentation d\u2019archives.Si Flaubert n\u2019avait pas détruit la presque totalité des lettres que lui avait adressées Louise Colet, nous en saurions davantage sur une liaison qui avait fini par le lasser des attaches trop prenantes.Mais est-ce si grave?Jamais les attitudes de Flaubert, ses partis pris politiques, ses emportements à l\u2019emporte-pièce n\u2019ont été analysés, à ma connaissance, avec autant de perspicacité.Winock situe avec intelligence le contexte social dans lequel se sont déroulés les enjeux politiques importants du XIX® siècle.11 montre la grandeur et les limites d\u2019un des créateurs importants de la littérature française.Devant une figure de l\u2019importance de Flaubert, on est constamment devant l\u2019hyperbole.Que vaut son combat de l\u2019art pour l\u2019art?Le bourgeois qu\u2019il était le rendait-il imperméable à l\u2019amour de l\u2019humanité ?11 n\u2019y a pas de réponses nettes à ces questions.11 y a des analyses qui nous passionnent justement parce qu\u2019elles n\u2019apportent pas de réponses.Collaborateur Le Devoir FLAUBERT Michel Winock Gallimard Paris, 2013, 534 pages CLAIRE LEGENDRE Faites imprimer votre propre livre Votre roman, votre récit, vos souvenirs.25 copies, 500 copies, une seule copie.C'est vous qui décidez.514 524-5558 lemeac@lemeac.eom Québec \u201c\u201c Librairie & Bistro Vérité et amour Au cœur de a itterature Lundi 29 avril.17h00 Lancement Qualité librairie En collaboration avec le Centre de recherche interuniversitaire sur la littérature et la culture québécoises (CRILCq) et le Département des littératures de langue française de l'Université de Montréal «La vérité et I amour doivent triompher du mensonge et de ia haine.» Université A de Montréal iCRILCQ Par ce slogan célébré, Vaclav Havel résuma l'esprit de la Révolution de velours.Dans son plus récent roman, Claire Legendre, auteure des romans Viande (1999), La Méthode Stanisiavski (2006) L'Ecorchée vive (2009) aux Éditions Grasset, a tenté de faire résonner ces mots dans l'intimité de nos vies.5219, Cote-des-Neiges [Métro Côte-des-Neiges] bouquinplus Service de livre à la demande Entree libre Réservation obligatoire RSVP :\t514.739.3639 Bistro :\t514.739.3303 Pierre Larochelle plarochelle@bouquinplus.com 514 277-6022 poste 231 LE DEVOIR LES SAMEDI 27 ET DIMANCHE 28 AVRIL 20IS F 5 LIVRES Le tour du Québec.en surnoms PAUL BENNETT Savez-vous pourquoi le village de Guyenne, en Abitibi-Té-miscamingue, est surnommé «la Petite Russie» et Saint-Henri-de-Taillon, au Lac-Saint-Jean, «la Pipe» ?Et pourquoi le Saint-Laurent est appelé «le Chemin qui marche» et l\u2019île d\u2019Orléans, «l\u2019île des Sorciers» ?Voilà quelques-unes des énigmes que les auteurs du Québec autrement dit, le géographe Henri Dorion et l\u2019historien et photographe Pierre La-houd, soumettent à l\u2019attention des curieux de toponymie.Car de nombreuses villes et régions du Québec, comme ailleurs dans le monde, se sont vues affublées de drôles de surnoms, forgés par les légendes, la petite histoire ou l\u2019imagination populaire.Si les «perles», «reines» et «capitales» de ci et de ça pullulent sans surprise, d\u2019autres surnoms témoignent de l\u2019invention langagière ou du sens de la métaphore des gens du coin.Comme dans le cas de «la Pipe» pour désigner Saint-Henri-de-Taillon: autrefois, une pipée désignait le temps qu\u2019on mettait à fumer une pipe et la distance parcourue pendant ce temps.Saint-Henri a donc été surnommé la Pipe «du fait qu\u2019autre-fois les canotiers y faisaient traditionnellement escale, le temps d\u2019une pipée».Dans la même région, Chambord, Royaume de la ouana-niche, est aussi connue comme «Chambord-Boucane».Vous devinez pourquoi?C\u2019est que dès 1888, mais durant seulement cinq ans, ce village fut le terminus du chemin ferroviaire et que le ciel de Chambord était PEDRO RUIZ LE DEVOIR Le fleuve Saint-Laurent s\u2019est vu attribuer plusieurs surnoms, dont « le Chemin qui marche ».«emboucané» par la vapeur des locomotives.Si le village de Guyenne, en Abitibi, a pris le nom de «Petite Russie», ce n\u2019est pas en raison d\u2019un climat qui évoquerait la Sibérie, mais parce que le Syndicat coopératif des pionniers, fondé en 1947, y était particulièrement actif.« Une vingtaine d\u2019agriculteurs, raconte Dorion, renonçant à l\u2019entreprise privée, décidèrent de mettre leurs efforts en commun, sur une base égalitariste, pour former une des plus célèbres coopératives agricoles du Québec.» Si cette initiative rappelant les kolkhozes russes n\u2019a pu résister à l\u2019épreuve de la réalité, elle a toutefois imprégné les esprits puisqu\u2019encore au début des années 1970, le journal local s\u2019appelait La Mini Pravda! Le fleuve Saint-Laurent, quant à lui, s\u2019est vu attribuer plusieurs surnoms, dont le plus évocateur est «le Chemin qui marche», traduction de l\u2019algon-quien Magtogoek, évoquant l\u2019impression des canoteurs d\u2019être stationnaires par rapport à l\u2019eau quand ils se laissent emporter par le courant.Et pourquoi File d\u2019Orléans est-elle connue comme «l\u2019île des Sorciers»?Certains racontent que des sorciers autochtones auraient prédit l\u2019arrivée des premiers navires français, tandis que d\u2019autres soutiennent qu\u2019un sorcier local, un certain Lavallée, aurait fait échouer une partie de la flotte anglaise en 1711.Le lecteur fera bien d\u2019autres découvertes dans Le Québec autrement dit.Les auteurs auraient pu cependant nous épargner beaucoup de ces «capitales» de l\u2019acier ou de la pomme, surnoms fades qui découlent le plus souvent d\u2019une décision des autorités ou, pire, des agences de publicité.Bien que le contenu de l\u2019ouvrage demeure le plus souvent anecdotique, la comparaison avec les surnoms d\u2019autres villes et régions dans le monde lui ouvre des horizons.Et l\u2019inventaire de quelque 600 surnoms en fin d\u2019ouvrage, sans être exhaustif, a le mérite de déblayer un domaine peu exploré jusqu\u2019ici.Collaborateur Le Devoir LE QUÉBEC AUTREMENT DIT ET UN TOUR DU MONDE EN SURNOMS Henri Dorion et Pierre Lahoud Editions de l\u2019Homme Montréal, 2013, 271 pages Louis Cornellier, l\u2019archer du peuple MICHEL LAPIERRE Il y a chez Louis Cornellier, même dans sa chronique du Devoir, un accent populaire discret d\u2019une grande force de persuasion.Cet accent fait, en particulier, le charme du nouveau livre du chroniqueur: Dans mon carquois.Cornellier y attaque le «discours de droite», digne d\u2019un Richard Martineau ou d\u2019un Mario Dumont, «matraqué dans presque tous les médias québécois ».Contre la caricature du peuple, il est la voix réservée du vrai génie populaire.Dans l\u2019ouvrage, préfacé par Jean-Erançois Nadeau, son collègue du Devoir, il rassemble ses «dernières chroniques de L\u2019Action» (2011-2012), publiées avant qu\u2019il n\u2019ait cessé de collaborer à l\u2019hebdomadaire lanaudois.Indépendantiste et social-démocrate d\u2019une persévérance rare, Cornellier réfute l\u2019idéologie cucul la praline selon laquelle «le Québec va très mal, souffre d\u2019immobilisme économique, est un enfer fiscal et est mené par les syndicats».Avec une limpidité qui lui vient de son deuxième métier, celui d\u2019enseignant, il explique qu\u2019à cause d\u2019une meilleure répartition de la richesse, le niveau de vie de la plupart des Québécois dépasse celui du commun des Américains, ces modèles sacrés brandis par notre droite idolâtre.Louis Cornellier Dans mon carquois Dernières chroniques de LTVctiôrv ïDCrACEDC lEAhFUHCOlirUOCAU Sa cible politique favorite, le «mononcle» caquiste Erançois Legault, qui voit le cégep comme «une maudite belle place pour apprendre à fumer Contre la caricature du peuple, il est la voix réservée du vrai génie populaire de la drogue», lui rappelle la rusticité du créditiste Camil Samson (1935-2012).Que ceux qui croient que la fraîcheur populaire et l\u2019enracinement de l\u2019intellectuel joliet-tain cachent un conservatisme larvé se détrompent! Au cégep régional de Lanaudière, Cornellier se range du côté de ses élèves lors du printemps érable.11 est même disposé à dire oui, dans le contexte québécois, à la gratuité de l\u2019enseignement qui, tient-il à préciser, «ne coûterait qu\u2019entre 176 et 405 millions».Sa résistance instinctive au conservatisme se manifeste aussi lorsqu\u2019il rêve «d\u2019un Plan Nord humain, plutôt que minier», pour réconcilier les Amérindiens et les autres Québécois.Exaspéré par une marotte de la droite sur la langue, il s\u2019écrie: «Et qu\u2019on ne vienne pas me dire que si le français recule au Québec, c\u2019est parce qu\u2019on le parle mal!» 11 sait trop que la vigueur d\u2019une langue dépend de l\u2019importance socioéconomique de ce moyen de communication et que l\u2019on doit, par conséquent, renforcer la loi 101.Le sort du français, il l\u2019identifie tellement à l\u2019ascension du peuple québécois qu\u2019il le place au cœur de notre avenir politique.Une formule émouvante tombe de sa plume: «Ce n\u2019est pas l\u2019indépendance, mais bien la dépendance qui est dépassée.» Le mot surprendra, de Erançois Legault à Denis Coderre, les serviteurs populistes de la domination, ces « mononcles » encroûtés dans les vieilles habitudes, mais réjouira ceux qui, spontané- ment, à l\u2019instar de Cornellier, distinguent la démagogie de l\u2019authentique cause du peuple : celle du progrès et de la liberté.Collaborateur Le Devoir DANS MON CARQUOIS Louis Cornellier PUL Québec, 2013, 180 pages La Vitrine Les trésors de M.Monsieur Geneviève CôJé LITTERATURE JEUNESSE LES TRÉSORS DE M.MONSIEUR Geneviève Côté Editions Scholastic Montréal, 2013, 32 pages L\u2019indépendance souveraine \u2014 et douillette \u2014 du chat sied à merveille au personnage de M.Monsieur, seul au milieu de tous ces objets neufs dont il aime s\u2019entourer.Sitôt usés, maître chat les balancent dans son étang.Ni vu ni connu.Jusqu\u2019à ce qu\u2019un jour, taquinant le poisson, il repêche un monstre englouti.façonné de tout ce qu\u2019il a jeté par le passé.Un monstre qui se révélera un véritable trésor à partager avec ses amis, dont M.Monsieur deviendra le plus ardent recycleur.Cette chouette petite fable écologique, mise en mots et en dessins expressifs par Geneviève Côté, plaira aux parents en panne d\u2019inspiration pour aborder les dérives de la consommation à outrance.L\u2019aspect leçon, ordinairement lassant, est ici agréablement soluble dans l\u2019amitié et la créativité.Frédérique Doyon SPIROU btFANTASIO BANDE DESSINEE LES AVENTURES DE SPIROU ET FANTASIO Tome 53 : D,ANS LES GRIFFES DE LA VIPERE Yoann et Vehlmann Dupuis Bruxelles, 2013, 46 planches Après Spirou en loup-garou dans un Luna Park de milliardaires, revoici pour la 53® aventure de la série notre groom en baskets dans le quartier des Marolles de Bruxelles, aux mêmes puces du Jeu de balle où Tintin, naguère, acheta la Licorne.Point de départ d\u2019une aventure bien plus terrifiante que la précédente, où un vilain maître du monde à tête de Bowie s\u2019achète par caprice le Journal de Spirou, la marque Spirou et Spirou lui-même « avec accessoires » (Spip !) en prime.Entre lubie de collectionneur fou, arrogance de l\u2019argent au pouvoir, affres de la mondialisation et périls de la géolocalisation, c\u2019est à une sacrée course-poursuite que le tandem Yoann-Vehlmann nous convie, où le salut passe par l\u2019amitié, la débrouillardise et, coup de génie du scénario, le concours d\u2019une jeune lectrice du Journal de Spirou.Mieux, tout ce qui nous lie à la mythique série est brillamment revisité, des décors rétro-futuristes à la Eran-quin au petit monde de Champignac-en-Cambrousse.Après 75 ans, belle démonstration, le slogan d\u2019origine de l\u2019hebdo belge tient bon.« Spirou, ami, toujours.» Pour ceux qui l\u2019auraient manqué, voir le texte de Fabien De-glise sur les archives du journal Spirou en page P 5 et sur notre site Internet à ledevoir.com/culture/livres.Sylvain Cormier 1 ^C/i H Q ce > O < , \u2022fOAf M , 3 8e 4 MAI MEGAVENTE DE LIVRES USAGES POUR JEUNES ET ADULTES À 3,00$ LE KILO.PLUS DE 50 000 LIVRES, REVU ES CD.DVD ET AUTRES.« [Marie-France] Bazzo, Vincent Marissal et Jean Barbe donnent [.] la parole à onze personnes proches du milieu [.], qui posent des diagnostics justes et partagent leurs vues, parfois très pratiques, sur ie système idéai.Décrochage, écoies privées versus écoies pubiiques, cuiture généraie.ies thèmes sont écuiés (peut-être pas, au fond), mais ie iivre a ie mérite de les revisiter inteiiigemment, en aiiant à l\u2019essentiei.» HEURES D\u2019OUVERTURE VENDREDI3MAI: 17HÀ21H SAMEDI 4 MAI: 9HÀ17H ARENA CART ER Lisa-Mane Gervais, Le Devoir 100, rue Major, Laval-des-Rapides laval 311 OU 450 978-8000 (de l\u2019extérieur de Laval) www.ville.laval.qc.ca (onglet Culture) r\\ \u2018\\ rata Quebec ta Ea @ 514 524-5558 lemeac@lemeac.com F 6 LE DEVOIR LES SAMEDI 27 ET DIMANCHE 28 AVRIL 2013 ESSAIS La Vitrine H\u2019-' v Lacafô'e Saint^Lujc^ L\u2019odyssée d'i^snoble, I7il\u2018l7tw HISTOIRE LACORNE SAINT-LUC L\u2019Odyssée d\u2019un noble 1711-1784 Marjolaine Saint-Pierre Septentrion Québec, 2013, 404 pages C\u2019est par l\u2019entremise d\u2019un documentaire américain que Maijo-laine Saint-Pierre a découvert le Montréalais Luc de La Corne Saint-Luc, dont elle relate la vie mouvementée.Ce capitaine d\u2019infanterie, qui s\u2019est enrichi dans le commerce des fourrures, fait office d\u2019interprète auprès des nations amérindiennes au cours de la guerre de la Conquête.En 1761, il s\u2019embarque à bord de XAuguste à destination de la France afin d\u2019assurer l\u2019avenir de ses enfants.Le navire se brise toutefois sur les côtes du Cap-Breton dans ce que l\u2019auteure décrit comme le «plus lugubre épisode de l\u2019émigration canadienne» de l\u2019après-guerre.Endeuillé par la mort de ses deux fils et de son frère, le quinquagénaire parcourt près de 1000 kilomètres en raquettes pour rejoindre Québec en passant par l\u2019ancienne Acadie.Installé à Montréal, il encourage la révolte amérindienne de Pontiac en alimentant la rumeur d\u2019une reconquête française du pays et également un rôle ambigu en 1775 lors de l\u2019invasion américaine, avant de combattre les révolutionnaires aux côtés de l\u2019armée britannique.Un différend avec le général Burgoyne l\u2019amène à publier le récit de son naufrage afin d\u2019attirer la sympathie de l\u2019opinion publique.Il s\u2019agit du premier texte original canadien imprimé sous forme de livre au Québec.Dave Noël JEAN-CLAUDE michea nn a'^aucI^ ESSAI LES MYSTERES DE LA GAUCHE De l\u2019idéal des lumières au triomphe DU CAPITALISME ABSOLU Jean-Claude Michéa Climats Paris, 2013, 133 pages Le nom de «gauche» est-il encore aujourd\u2019hui capable de fédérer tous ceux qui sont indignés par les dérives des élites capitalistes?Pas selon le philosophe Jean-Claude Michéa, pourfendeur depuis plusieurs années des partis dits de gauche, qui auraient renié les idéaux socialistes et trahi les classes populaires en défendant des valeurs de plus en plus individualistes et libérales.Dans son plus récent ouvrage, très collé sur la réalité française, il dénonce «le ralliement, aujourd\u2019hui universel, de la gauche moderne au culte de la croissance, de la compétitivité et de la mondialisation».Des regroupements compie ceux des indignés en Europe ou d\u2019Qccupy Wall Street aux Etats-Unis sont plus susceptibles de rallier ce qu\u2019il appelle «le petit peuple».Une critique fine, éclairante, mais parfois désincarnée des égarements de la gauche telle qu\u2019incarnée par le Parti socialiste français en particulier.Paul Bennett ARCHITECTURE tree Eiouses MAISONS DANS LES ARBRES Taschen Philippe Jodidio Paris, 2012, 350 pages L\u2019architecture contemporaine investit le fantasme de la maison dans les arbres, transformant ces refuges issus de la nostalgie de l\u2019enfance en toutes sortes de structures futuristes, aussi belles qu\u2019insolites.Au contraire des nombreux livres publiés sur le sujet ce dernier ouvrage compile les projets les plus avant-gardistes réalisés par des architectes, utopistes de la forme.Dôme géodé-sique, structure de verre soutenue par des câbles, cabine oblongue accrochée aux cimes: la maison perchée du troisième millénaire se raffine et prend les contours les plus inédits.Taillée dans la tôle ondulée, la fibre de verre, le plexiglas ou juchée sur pilotis d\u2019acier, l\u2019icône se métamorphose en d\u2019étranges vaisseaux suspendus, dotés de hublots ou de toits amovibles, flottant dans l\u2019air parmi les arbres.Ce bouquin présente un concentré des gîtes, refuges, hôtels, restaurants et autres refuges nés de cette quête de l\u2019oasis perchée, chez qui le modernisme fait désormais irruption.Isabelle Paré HISTOIRE Itz,' LA GUERRE DES CANADIENS Jacques Mathieu et Sophie Imbeault Septentrion Québec, 2013, 270 pages À l\u2019instar des conflits modernes, la guerre de la Conquête a entraîné des «dommages collatéraux» dont on a sous-estimé l\u2019ampleur.Les milliers de vies brisées par le changement d\u2019empire sortent de l\u2019anonymat dans La guerre des Canadiens de Jacques Mathieu et Sophie Imbeault L\u2019ouvrage porte principalement sur les campagnes de 1759 et de 1760 qui se sont déroulées au coeur de la vallée du Saint-Laurent Qn assiste alors à la mobilisation de la quasi-totalité des hommes en état de porter les armes, dont des vieillards et des adolescents.A la bataille des plaines d\u2019Abra-ham, c\u2019est près de la moitié de l\u2019armée française qui est composée de Canadiens.Ces derniers affrontent également les Britanniques en périphérie de Québec, où les altercations font de nombreuses victimes répertoriées par les auteurs.Au-delà des combats, c\u2019est par les maladies épidémiques et les privations que la guerre fait des ravages.En témoignent les pointes de mortalités enregistrées dans les mois qui suivent la chute de la capitale.Mathieu et Imbeault évoquent également les difficultés de «réinsertion sociale» des membres de la noblesse canadienne émigrés en France au terme du conflit Cet ouvrage permet de relativiser la thèse de la Conquête providentielle.Dave Noël Le nouveau pape en livres Louis CORNELLIER Alors, ce méconnu Bergoglio devenu pape, qui est-il, qu\u2019annonce-t-il, à quoi doit-on s\u2019attendre de sa part?Comme il fallait s\u2019y attendre, depuis le 13 mars dernier, l\u2019activité éditoriale autour du nouveau et inattendu souverain pontife bat son plein.Les catholiques, comme les autres, veulent savoir à qui ils ont affaire, au-delà des rumeurs qui courent sur le personnage depuis son élection.Le pape François, en effet, n\u2019était pas élu depuis dix minutes que, déjà, des accusations fusaient à son endroit.Ce pape, entendait-on, aurait eu un comportement condamnable à l\u2019époque de la dictature argentine (1976-1983Ç Rapidement, dans la soirée du 13 mars, cette affirmation, en plus de celle selon laquelle le nouveau pape serait un conservateur rigide en matière de morale sexuelle, s\u2019est imposée comme une vérité dans certains milieux, pendant que des catholiques enthousiastes s\u2019extasiaient devant ce pape des pauvres.Qu\u2019en est-il, dans les faits?Est-il possible, dans ce dossier, d\u2019éviter autant la mauvaise foi que la complaisance pour se faire une idée juste du 266® pape ?Difficile synthèse Dans François.Pape du Nouveau Monde, un des premiers livres présentant ce pape à paraître en français, le journaliste catholique français Michel Cool propose un chaleureux portrait du successeur de Benoît XVI.Il évoque son «style inédit, à la fois dépouillé et recueilli», caractérisé par la «sobriété».Polanski, Lucas et les Coen FRANÇOIS LÉVESQUE Trois nouveaux titres dans la collection «Les maîtres du cinéma».Consacrés à Roman Polanski, à George Lucas et aux frères Coen, ces ouvrages jouissent d\u2019une illustration abondante, mais de qualité inégale, celle-ci déployée au sein d\u2019un graphisme guère stimulant.Le contenu critique, en revanche, reste valable et intéressant, quoique parfois chiche.Fidèles à la formule établie, les trois livres privilégient une approche chronologique.C\u2019est le cas de Roman Polanski, dans lequel David Ehrenstein subdivise beaucoup tout en passant à côté \u2014 étonnamment \u2014 du thème fédérateur de l\u2019enfermement qui marque entre autres les fameux «films-appartements» du cinéaste {Repulsion, Rosemary\u2019s Baby, Le locataire, Carnage, wowQ Cul-de-sac, What?et Death and the Maiden).Chantre d\u2019un tout autre type de cinéma, mais figure non moins marquante du septième art.George Lucas voit sa vie et son oeuvre plus relatées qu\u2019explorées dans le livre du même nom, travail de Karina Longworth.Dans ce cas-d, on ne sent guère la passion de l\u2019auteure pour son sujet, s\u2019en remettant souvent davant^e à l\u2019anecdote qu\u2019à l\u2019analyse.Et lorsqu\u2019elle se risque à la seconde, ses assertions laissent parfois perplexe.«Par sa morale didactique tout à fait consciente.Star Wars va à l\u2019encontre du mode de pensée de nombreux films hollywoodiens», affirme-t-elle par exemple.Avec Joel et Ethan Coen, on a un portrait exhaustif et, pour le compte, plus dense sur le plan de l\u2019analyse signé par lan Nathan.Un chapitre entier dévolu à Barton Fink, lauréat de la Palme d\u2019or, et à The Hudsucker Proxy, une satire aussi brillante que mal aimée, est en cela représentatif de la qualité supérieure (toute relative s\u2019entend) de ce troisième ouvrage.Le Devoir Selon Cool, il ne fait pas de doute que François est aussi «intransigeant sur la doctrine morale catholique» que^ «sur la doctrine sociale de l\u2019Eglise».Radicalement opposé à la léga-lisation du mariage homosexuel, au sujet duquel il a des mots d\u2019une inquiétante dureté {«une tentative de destruction du dessein de Dieu »), Bergoglio, tout en étant contre la théologie de la libération parce qu\u2019elle politise la foi, est aussi très engagé dans la lutte contre la pauvreté.«Son principal atout, explique donc Cool, est d\u2019incarner une synthèse entre les tenants du conservatisme doctrinal opposés à une libéralisation sans crin des mœurs dans la société et les hérauts du catholicisme social dressés contre les dérives d\u2019une mondialisation débridée à la solde des puissances financières.» Abusivement présenté comme une biographie, le livre de Cool est plutôt un portrait journalistique du pape, un travail qui, tout en faisant la part des choses, s\u2019inscrit dans une approche d\u2019accompagnement bienveillant.Cool, par exemple, cite l\u2019artiste et défenseur des droits de la personne argentin Adolfo Perez Esquivel, Prix Nobel de la paix en 1980, pour laver Bergoglio «de toute espèce de soupçon de complicité avec la junte militaire».Une hagiographie Traduite de l\u2019italien par le théologien québécois Jean-Pierre Prévost, François, le pape des pauvres, qui se veut la première biographie du nouveau pape à paraître en français, est plutôt une hagiographie.Vaticaniste au quotidien La Stampa {La Presse, en italien), Andrea Tornielli ne cache pas son admiration pour Bergoglio, ce pape des pauvres qui se déplace en bus et en métro, qui aime le football et le film Le festin de Babette et qui, en tout, se fait proche des humbles.Tornielli, qui raconte que sa femme a pleuré de joie en apprenant la nomination de Bergoglio, consacre de longs passages de son livre à réfuter les accusations formulées à l\u2019encontre du pape quant à sa servilité envers la junte militaire argentine.Depuis la chute de la dictature, écrit-il, de nombreuses enquêtes ont été menées et aucune charge n\u2019a éfé retenue contre Bergoglio.L\u2019Eglise d\u2019Argentine a eu des complicités avec le régime de Videla, mais le comportement de Bergoglio, lui, aurait été irréprochable.Rédigée à la gloire de François par un journaliste ouvertement catholique, cette biographie au style simple et fluide a, comme le nouveau pape, des charmes, mais, par excès d\u2019enthousiasme, elle fait l\u2019impasse sur certains sujets qui fâchent.La source principale Source principale des deux ouvrages précédents,/e crois en l\u2019homme, un livre de conversations avec Bergoglio, est assurément l\u2019ouvrage à lire pour bien connaître le pape.Menés en 2009 et 2010 par les journalistes Francesca Ambrogetti (une Italienne) et Sergio Rubin (un Argentin), ces entretiens offrent le meilleur résumé de la vie et de la pensée de Bergoglio.Qn comprend, en le lisant, que ce pape est bel et bien conservateur sur le plan de la doctrine morale (avortement, homosexualité, célibat des prêtres) , même s\u2019il affirme (dans le livre de Tornielli) que «nos certitudes peuvent devenir un mur, une prison qui enferme l\u2019Esprit saint».Eh oui! On comprend aussi, cependant, que François souhaiterait surtout insister sur le ké-rygme, c\u2019est-à-dire l\u2019annonce de Jésus-Christ, Dieu fait homme, contenu essentiel de la foi catholique, et sur le fait que la doctrine sociale ne se résume pas à faire l\u2019aumône, mais impose d\u2019engager la lutte contre des structures socioéconomiques injustes et contre une «éthique du gagnant».Tout compte fait, c\u2019est le dominicain français Alain Durand, cité par Michel Cool, qui résume le mieux les attentes que l\u2019on est en droit d\u2019avoir quant à ce nouveau pape : rien de nouveau, malheureusement, en matière de doctrine morale, mais une nouvelle fermeté en matière de doctrine sociale.«Pour lui, dit Durand, la pauvreté est une violation des droits de l\u2019homme.Il ne s\u2019agit donc plus de célébrer le pauvre en prônant une attitude admirative et quasi contemplative à son égard, comme cela semble de plus en plus à la mode chez les chrétiens [.], mais de lutter avec les pauvres contre la pauvreté.» Si François allait en ce sens, on pourrait le suivre sur ce terrain et s\u2019occuper sans lui du reste.louisco@sympatico.ca FRANÇOIS Pape du Nouveau Monde Michel Cool Salvator/Yves Briend Paris, 2013, 128 pages FRANÇOIS, LE PAPE DES PAUVRES Andrea Tornielli Traduit de l\u2019italien par Jean-Pierre Prévost Bayard Paris, 2013, 200 pages LE PAPE FRANÇOIS Je crois en l\u2019homme Conversations avec Jorge Bergoglio Franscesca Ambrogetti et Sergio Rubin Flammarion Paris, 2013, 240 pages Au hasard la chance « A travers ce quintuple portrait de l\u2019emouvante et arrogante Ti-Lou, ou flotte un capiteux parfum fatal sur le pittoresque Montréal des années 20, Tremblay se prête à une réflexion four à tour grinçante, mélancolique et lucide sur la vieillesse, la solitude et la mort.» Manon Dumais.Voir « Impossible de ne pas aimer Ti-Lou, en lutte contre un monde d hommes et une société hypocrite.[.] Toute la Diaspora des Desrosiers est un hommage à ces femmes qui n\u2019ont pas eu le choix d\u2019être courageuses, mais du lot, c\u2019est Ti-Lou peut-être qui est la plus consciente de son combat.» Chantal Guy, La Presse 514 524-5558 lemeac@lemGac.cotn "]
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