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Le devoir
Quotidien montréalais indépendant et influent, qui informe rigoureusement et prend part aux grands débats de la société québécoise [...]

Fondé à Montréal par l'homme politique québécois Henri Bourassa, le quotidien Le Devoir paraît pour la première fois le 10 janvier 1910. Bourassa rassemble autour de lui une équipe de rédaction fort compétente. En font partie Olivar Asselin, Omer Héroux, Georges Pelletier, Louis Dupire et Jules Fournier.

Dès ses débuts, Le Devoir se veut patriotique et indépendant. Résolument catholique, il est partisan de la doctrine sociale de l'Église et appuie un encadrement catholique des mouvements associatif, syndical et coopératif. De tout temps, il défendra la place de la langue française et sera des débats sur la position constitutionnelle du Québec.

Au cours des années 1920, le catholicisme du directeur se dogmatise, ce qui rend plusieurs journalistes inconfortables, mais l'orateur demeure une figure très en vue qui permet au journal d'amasser des fonds. Grâce à lui, Le Devoir pourra toujours s'appuyer sur des donateurs privés, dont certains siègent à son CA. Des journalistes tels Fadette, Jeanne Métivier et Paul Sauriol y font leur marque à la fin de la décennie.

Proche des cercles intellectuels influents, Le Devoir a une vocation nationale. Une grande part de son tirage est tout de même acheminée dans les milieux ruraux. Le journal offrira d'ailleurs un vif appui à l'organisation de l'agriculture québécoise. Il ne pénétrera que tardivement, mais sûrement, le lectorat de la zone métropolitaine.

Au départ de Bourassa en 1932, Georges Pelletier prend la direction du journal. Un regard d'aujourd'hui sur l'époque des décennies 1930 et 1940 révèle une phase plutôt sombre, empreinte d'antisémitisme, le Juif représentant à la fois la cupidité du capitalisme et le péril athéiste lié au communisme.

Durant la Seconde Guerre mondiale, Le Devoir lutte contre la conscription et rapporte les injustices faites aux Canadiens français dans les corps militaires. Sur le plan politique, bien qu'indépendant, le quotidien appuie la fondation du Bloc populaire, parti nationaliste, et se rapproche parfois de l'Union nationale.

Gérard Filion prend la direction du journal en avril 1947. Il en modernise la formule et attire de solides jeunes collaborateurs, dont André Laurendeau, Gérard Pelletier et Pierre Laporte. Le journal prend alors définitivement ses distances de l'Union nationale, critiquant l'absence de politiques sociales, l'anti-syndicalisme et la corruption du gouvernement québécois, et dénonçant la spoliation des ressources naturelles.

À partir de 1964, le journal est dirigé par Claude Ryan, qui en base l'influence sur la recherche de consensus politique, entre autres sur les sujets constitutionnels. Sous sa gouverne, Le Devoir sera fédéraliste pendant la plus grande partie des années 1970.

Bien qu'il soit indépendant des milieux de la finance, Le Devoir est le quotidien montréalais qui accorde la plus grande place dans ses pages à l'économie, surtout à partir des années 1980. En 1990, l'arrivée de Lise Bissonnette à la direction redynamise la ligne éditoriale et le prestige du journal. Le Devoir appuie résolument la cause souverainiste.

Au XXIe siècle, sous la gouverne de Bernard Descôteaux, puis de Brian Myles, Le Devoir continue à informer les Québécois, à donner l'ordre du jour médiatique, à appuyer l'émergence des idées et à alimenter le débat social. C'est pourquoi il faut regarder ailleurs que dans ses données de tirage, relativement plus basses que celles des autres quotidiens montréalais, pour mesurer la force de son influence.

Sources :

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise des origines à nos jours, Sainte-Foy, Presses de l'Université Laval, 1979, vol. 4, p. 328-333.

BONVILLE DE, Jean, Les quotidiens montréalais de 1945-1985 : morphologie et contenu, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 1995.

LAHAISE, Robert (dir.), Le Devoir : reflet du Québec au 20e siècle, Lasalle, Hurtubise HMH, 1994.


Éditeur :
  • Montréal :Le devoir,1910-
Contenu spécifique :
Cahier B
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  • Journaux
Fréquence :
quotidien
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Références

Le devoir, 2013-05-04, Collections de BAnQ.

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[" n- -r I \\4^ Mathématiques : Ingrid Daubechies en explique les applications courantes Page b g Michel David se penche sur les états d\u2019âme de la première ministre Page b 2 Manon Cornellier observe des failles en Alberta dans la loi électorale Page b 2 PERSPECTIVES CAHIER B .LE DEVOIR, LES SAMEDI 4 ET DIMANCHE 5 MAI 2013 à i JACQUES NADEAU LE DEVOIR Réunis de manière exceptionnelle sur une même tribune en février dernier, les recteurs \u2014 et une rectrice! \u2014 des neuf établissements montréalais se côtoient ici dans une apparente collégialité, universités membres du réseau UQ aux côtés des universités de recherche.Conflit des genres à la CREPUQ Les jours de la Conférence des recteurs sont comptés.Les difficultés financières du réseau universitaire conjuguées à une année 2012 haute en couleur ont miné une collégialité déjà fragile chez les recteurs d\u2019établissement.En menaçant de renier cette CREPUQ porte-voix depuis 1963, les recteurs plaident pour la diversité des universités.MARIE-ANDRÉE CHOUINARD Ctt est le recteur de l\u2019Université La-^ val, Denis Brière, qui a ouvert le bal des portes qui claquent en confirmant à la mi-avril qu\u2019il ne souhaitait plus que la Conférence des recteurs et principaux d\u2019université du Québec (CREPUQ) parle en son nom.Mais c\u2019est son homologue de l\u2019Université de Montréal, Guy Breton, qui a le mieux résumé les raisons qui poussent aujourd\u2019hui 12 des 18 universités québécoises à remettre en question leur adhésion à leur association.«Au Québec, nous avons longtemps regardé les universités comme un groupe homogène», a-t-il écrit ce jeudi dans son Carnet du recteur.Mais «on l\u2019oublie souvent: les universités ne sont pas toutes coulées dans le même moule».Entre autres pots cassés résultant du printemps étudiant, où les dirigeants d\u2019université ont plaidé pour un refinancement passant par la hausse des droits de scolarité, faudrait-il ajouter la fin de la CREPUQ ?«La crise était latente, elle couvait depuis un bon moment», confirme la présidente de la CREPUQ et rectrice de l\u2019Université de Sherbrooke, Luce Samoisette.Les gestes d\u2019éclat de MM.Brière et Breton, et enfin de 10 des 11 constituantes du réseau de l\u2019Université du Québec (UQ), n\u2019ont pas étonné la présidente, qui précise d\u2019entrée de jeu ceci: malgré les hauts cris poussés sur la place publique, tout le monde paie encore sa cotisation à la CREPUQ, bénéficie de ses précieux services, et confirme sa participation à une réunion de haute importance appelée pour le 6 juin prochain.«C\u2019est une journée de réflexion stratégique dont on a convenu après le Sommet [sur l\u2019enseignement supérieur, fin février], en voyant justement que ça ne tournait pas rond.Je ne comprends pas pourquoi on ne se laisse pas la chance de se rendre jusqu\u2019à ce moment avant de dire qu\u2019on quitte la CREPUQ», critique le recteur de l\u2019UQAM, Robert Proulx, affirmant non seulement qu\u2019il ne voit aucun intérêt à ces déchirements publics, mais qu\u2019il voit au contraire «un intérêt à ne pas le faire, pour protéger la transparence de cette réunion».L\u2019UQAM participera à cette rencontre et n\u2019adhère pas à la menace formulée en bloc cette semaine par les autres constituantes du réseau UQ de claquer la porte.11 fut une époque, pas si lointaine, où les consensus n\u2019étaient pas si difficiles à obtenir pqur des recteurs soucieux de convaincre l\u2019État d\u2019un sous-financement chronique.«S\u2019entendre sur le sous-financement, c\u2019était la partie facile», rappelle Robert Lacroix, ancien recteur de l\u2019Université de Montréal et ex-président de la CREPUQ, aujourd\u2019hui fellow au CIRANO.«Les problèmes ont commencé quand il a été question de regarder comment on allait financer l\u2019écart: par des droits de scolarité ou une augmentation de la participation de l\u2019Etat?La zizanie a commencé.Et le partage entre les universités des nouvelles ressources a été un autre problème: tout le monde s\u2019est mis à tirer la couverture de son bord.» C\u2019est justement au nom de la diversité du réseau universitaire que la fonction lobby de la CREPUQ n\u2019est tout simplement plus possible.«Qu\u2019on garde les services qu\u2019elle offre, car ils sont essentiels, dit Robert Lacroix.Mais la fonction de porte-parole pour tous ?Ce n\u2019est plus viable.C\u2019est pour cela que certaines veulent reprendre leur droit de parole pour dire: arrêtez de dire que toutes les universités sont pareilles !» Le recteur de l\u2019UQAM abonde en ce sens.«La CREPUQ ne peut pas parler pour tout le monde sur tout, et je n\u2019ai d\u2019ailleurs jamais compris qu\u2019elle pouvait parler en mon nom.Eorce est d\u2019admettre qu\u2019à partir du moment où il y a des divergences de vue sur la conception même d\u2019une université, on n\u2019arrive à aucun consensus», dit Robert Proulx.UQ contre U8 ?En filigrane de cette implosion possible se profile en effet une guerre des genres.Universités du réseau UQ versus universités à charte, ce fameux groupe des universités à charte présenté comme fUS, voilà les deux camps qui se présentent comme s\u2019il n\u2019y avait plus rien de réconciliable entre les deux.«Qu\u2019on dise les choses franchement: il n\u2019y a rien de tel qu\u2019un réseau public et un réseau privé au Québec, affirme Pierre Lucier, professeur associé à l\u2019Institut national de la recherche scientifique.Toutes les universités sont financées par des fonds pu- Qu\u2019est-ce que la CREPUQ ?«La CREPUQ ne peut pas parler pour tout le monde sur tout» blics, mais une portion a été créée à partir d\u2019une loi publique [Loi sur l\u2019Université du Québec, 1968] et les autres par une loi privée, une charte.Mais ce ne sont pas des universités d\u2019Etat versus des universités privées.» Pierre Lucier a été sous-ministre de l\u2019Éducation, de l\u2019Enseignement supérieur aussi, président de l\u2019UQ, président de la CREPUQ, et a aussi dirigé feu le Conseil des universités, que Québec entend maintenant faire revivre sous une forme moderne.Peu importe où il siégeait, il a toujours jugé la CREPUQ essentielle.« Vu du ministère comme de la CREPUQ, c\u2019était un rouage essentiel.Un lien qui permettait de parler aux universités en bloc; sinon, vous imaginez un peu ?» Sans la CREPUQ, chacun brandit son porte-voix?«Comme si la Eé-dération des cégeps disparaissait et que les 48 établissements se mettaient à faire leur lobby?Ce n\u2019est pas possible.» Aussi incontournable que lui paraisse ce maillon de la chaîne éducation, M.Lucier n\u2019en comprend pas moins comment l\u2019éclatement s\u2019est tranquillement composé, jusqu\u2019à cette implosion imminente.«La CREPUQ s\u2019est peu à peu isolée des autres partenaires de l\u2019enseignement supérieur», explique-t-il, rappelant l\u2019époque où étudiants, syndicats et recteurs faisaient front commun auprès du pre-mier,ministre Lucien Bouchard et sa ministre de l\u2019Éducation.Pauline Marois pour promouvoir l\u2019importance d\u2019un réseau public.« Cet isolement l\u2019a menée à des stratégies suicidaires, comme carrément demander de taxer les étudiants pour renflouer les coffres des universités.» Les germes de la dissension Le conflit étudiant a en effet conduit les recteurs à une audace inégalée dans l\u2019histoire.Le 3 décembre 2010, quelques jours avant la Rencontre des partenaires présidée par Line Beau-champ et Raymond Bachand, Le Devoir titre : «Aux étudiants de payer, disent les recteurs».VOIR PAGE B 3 : CREPUQ Créée en 1963, la Conférence des recteurs et principaux d\u2019université du Québec regroupe sur une base volontaire les dirigeants des 18 universités, dont 12 remettent en question leur appartenance au groupe privé.Le rôle pour lequel le public la connaît le mieux est celui de porte-parole du groupe des 18, et d\u2019interlocuteur désigné avec le gouvernement pour les dossiers touchant la vie universitaire.On connaît moins toutefois le volet coopérative de services communs assurant des écono- mies d\u2019échelle.Une vingtaine ont été mis en place depuis la création du secrétariat général de la CREPUQ, en 1968.Achats en commun dans les secteurs des assurances (9 millions en primes en 2012-2013) et des bibliothèques (8,4 millions), gestion de programmes d\u2019échange d\u2019étudiants à l\u2019international (9200 étudiants au cours des cinq dernières années), banques de données conjointes avec Québec, évaluation des programmes, comités d\u2019experts en affaires juridiques, lieu de réflexion et d\u2019échanges, transmission des dossiers scolaires pour le passage du collégial à l\u2019université constituent quelques exemples des activités de la Conférence, qui compte près d\u2019une quarantaine d\u2019employés.Sur une base individuelle et volontaire, les dirigeants d\u2019université adhèrent à la CREPUQ, paient une cotisation qui est fonction du nombre d\u2019étudiants inscrits à leur établissement, tout comme leur droit de vote d\u2019ailleurs, ainsi pondéré.FRANCE L\u2019année de toutes les déceptions Un an après l\u2019élection de Erançois Hollande, la crise ne montre aucun signe d\u2019apaisement.Un président peut-il encore gouverner avec seulement 25% d\u2019opinions favorables?CHRISTIAN RIOUX Correspondant à Paris Faut-il vraiment parler d\u2019un anniversaire ?Lundi prochain, il y aura un an que François Hollande a été élu.Normalement, l\u2019occasion serait belle de souffler quelques bougies.Mais il n\u2019y aura pas de gâteau, et encore moins de chaiiipagne.Parmi les rares activités prévues, l\u2019Élysée réunira le gouvernement pour un séminaire de travail.Une façon de montrer que l\u2019heure n\u2019est pas aux réjouissances alors que le chômage atteint ,des sommets et que la popularité du chef de l\u2019État n\u2019a jamais été aussi basse.Même le Parti socialiste n\u2019a pas vraiment le cœur à la fête.11 organisera bien un forum à Souston, dans les Landes, mais seuls six ministres ont annoncé leur présence.Et pourtant, pendant la campagne électorale, François Hollande n\u2019avait-il pas mis le doigt sur le bon mot, la «croissance»?Alors que, cinq ans plus tôt, Nicolas Sarkozy avait de manière opportuniste promis une «augmentation du pouvoir d\u2019achat».Hollande, lui, ne s\u2019était pas laissé prendre au jeu.En martelant systématiquement la nécessité de la croissance, il pratiquait une pédagogie qu\u2019avait toujours refusée son adversaire.La crise Mais il ne suffisait pas de prononcer le mot.La France traverse sa deuxième année de croissance quasi nulle.Le nombre de chômeurs a dépassé le chiffre symbolique des trois millions.Pour la première fois, le gouvernement doit admettre qu\u2019il ne pourra pas réduire son déficit comme prévu sous la barre de 3 % cette année.C\u2019est ce que lui avaient annoncé depuis des mois tous les experts.Difficile pourtant de dire que le gouvernement a attendu les bras croisés.On n\u2019avait jamais vu un président français appeler à un «pacte de compétitivité » et consentir un crédit d\u2019impôt de 20 milliards aux entreprises créatrices d\u2019emploi afin de réduire les coûts du travail.La publication du rapport Gallois, du nom de l\u2019ancien président d\u2019EADS, marqua «incontestablement un tournant», selon les mots de l\u2019économiste Nicolas Baverez, qui avait inspiré le programme de Nicolas Sarkozy et que personne ne soupçonne de sympathies à gauche.François Hollande a aussi brisé le tabou français des allocations familiales universelles puisque, pour la première fois, celles des plus riches seront réduites.Et que dire de cette franchise étonnante d\u2019un président socialiste qui annonce qu\u2019il faudra augmenter la durée du travail afin de financer les retraites ?La décision de rameper le taux de croissance des dépenses de l\u2019État à 0,4% est aussi un record comparativement au 1,7% des années Sarkozy.François Hollande Les promesses Trop peu trop tard, diront les sceptiques.Du côté des promesses demeurées sans suite, rappelons que François Hollande avait promis de renégocier le traité européen afin d\u2019y inclure un volet destiné à favoriser la croissance.Les modifications ne furent que cosmétiques, l\u2019Allemagne n\u2019entendant pas se laisser dicter une autre politique que celle de la rigueur, qui est en train de tuer tout espoir de reprise, admettent aujourd\u2019hui de nombreux experts.Il ne faudra que quelques semaines au nouveau président pour constater que, à cause de son anémie économique, «le poids de la Erance dans la détermination des politiques européennes est devenu très faible», constate le politologue Yves Mény.«Le problème de Hollande, c\u2019est que tout le monde trouve que sa politique économique est ratée, ce qui est trop sévère, selon Dominique Nora, rédactrice en chef du secteur économique du Nouvel Qbservateur.Mais c\u2019est parce qu\u2019il n\u2019est pas sorti de ce qu\u2019un de ses conseillers a appelé \u201cl\u2019ambiguïté durable\u201d, c\u2019est-à-dire du \u201dni-ni\u201d, ni gauche classique, ni réellement social-démocratie moderne.» VOIR PAGE B 2 : HOLLANDE B 2 LE DEVOIR LES SAMEDI ET DIMANCHE MAI 2 O I S PERSPECTIVES Une autre élection volée ?Manon CORNELLIER à Ottawa Lm affaire se résume ainsi.Un entrepre-^ neur, qui espère l\u2019aide du gouvernement pour son projet d\u2019amphithéâtre, accepte de soutenir financièrement un premier ministre provincial qui se débat pour se faire réélire.Sept jours avant le scrutin, une de ses entreprises verse au parti de ce politicien la rondelette somme de 430000$.Ne craignez rien, il ne s\u2019agit pas d\u2019un nouvel épisode de la commission Charbonneau.Cette histoire s\u2019est plutôt passée en Alberta, en avril 2012, alors que la première ministre Ali-son Redford risquait de perdre au^ mains du Wildrose Party de Danielle Smith.A l\u2019époque, personne n\u2019en a rien su.Ce n\u2019est que l\u2019automne dernier que des médias ont découvert qu\u2019une des entreprises de Daryl Katz, propriétaire entre autres choses des Oilers d\u2019Edmonton, avait fait cette contribution représentant presque le tiers des dons récoltés par le Parti progressiste-conservateur durant la campagne.Ce fut les hauts cris.Le directeur général des élections de la province a rapidement annoncé la tenue d\u2019une enquête indépendante que tous les partis réclamaient.Ses conclusions ont été dévoilées cette semaine et, à l\u2019indignation générale, les trois commissaires ont déterminé qu\u2019il n\u2019y avait eu aucun accroc à la Loi électorale.La loi albertaine est la plus permissive au pays.Elle autorise aux particuliers et aux entreprises de verser jusqu\u2019à 30000$ à un même parti durant une année électorale.Mais 430000$?On peut voir qu\u2019il n\u2019y a pas qu\u2019au Québec où on fait preuve d\u2019imagination.M.Katz n\u2019a pu enfreindre la loi, dit le rapport, car son entreprise Katz Group Properties inc.n\u2019a pas fait de don au Parti progressiste-conservateur.Le chèque de 430 000 $ était fait au nom de 17 donateurs (qui s\u2019adonnaient être des amis, des proches et des relations d\u2019affaires de M.Katz).La liste de ces contributeurs a été immédiatement remise au parti pour l\u2019émission des reçus de circonstance, et KGPl s\u2019est fait rembourser la totalité de la somme par les 17 personnes en question.(La seule infraction a été commise par un de ces donateurs, qui n\u2019était pas résidant de la province.) Le stratagème a toutes les apparences d\u2019un recours à des prête-noms.Le rapport d\u2019enquête écarte cependant cette hypothèse parce que les protagonistes auraient prouvé avoir payé leur contribution.Certains l\u2019ont pourtant fait une fois l\u2019élection passée.Ça ne change rien, de dire les commissaires.Laut-il comprendre qu\u2019à l\u2019avenir, un politicien albertain pourra garnir sa caisse électorale en se tournant vers une entreprise ou un partisan richissime qui, lui, se chargera de trouver assez de gens pour éponger la facture sans contrevenir à la limite permise ?Le directeur général des élections qui a commandé le rapport a pris sa retraite et ne répond plus aux questions.L\u2019indépendance des commissaires a été mise en doute par certains, les trois ayant certains liens avec les conservateurs.(Mais qui n\u2019en a pas parmi l\u2019élite administrative et politique de cette province, où les conservateurs sont au pouvoir de façon ininterrompue depuis 42 ans ?) Ce rapport a suscité un tollé.Les adversaires de M\u201c® Redford, le Wildrose Party en tête, réclament une réforme en profondeur de la Loi régissant le financement des partis politiques et des campagnes électorales.On veut limiter les dépenses et les contributions.Officiellement blanchie, Alison Redford, qui a vu sa cote baisser ces derniers mois, n\u2019en voit pas vraiment la nécessité.11 est vrai que voilà une échappatoire alléchante dans une province où les campagnes électorales provinciales coûtent cher et même très cher.En avril 2012, un bon nombre de candidats albertains ont dépensé plus de 70000$ pour se faire élire.Plusieurs ont même franchi la barre des 100000$.La course la plus coûteuse a eu lieu dans la circonscription de M\u201c® Redford, elle-même dépensant plus de 154000$.C\u2019est plus que la limite imposée lors d\u2019une élection fédérale alors que les circonscriptions sont plus grandes et le nombre d\u2019électeurs plus important.En 2011, le plafond moyen était de 91879,64$.Et ça, pour un nombre d\u2019électeurs inscrits trois ou quatre fois plus important que dans la circonscription d\u2019Alison Redford.Cette histoire illustre combien les systèmes de financement des partis politiques sont vulnérables au recours à des prête-noms.L\u2019albertain est pourtant très laxiste, ce qui pourrait faire croire que la manoeuvre est inutile.Après tout, on dit souvent que si cette pratique prévaut au Québec, c\u2019est parce que la loi est quelque peu irréaliste dans un contexte où les campagnes coûtent une fortune.Mais on doit aussi se demander s\u2019il n\u2019y a pas une raison plus fondamentale.Si, finalement, notre culture politique n\u2019a tout simplement pas suivi l\u2019évolution des lois et des attentes du public en matière d\u2019éthique.Une culture politique qui n\u2019arrive pas à se délester de ses travers et qui, en rebutant les citoyens, nous piège dans un cercle vicieux.Plus elle est sale, moins on a envie de s\u2019en mêler.Moins on s\u2019en mêle, plus elle reste à la merci des magouilleurs et pénalise ceux qui s\u2019y engagent de bonne foi.mcornellier@ledevoir.com \\ ADRIAN WYLD LA PRESSE CANADIENNE Thomas Mulcair est revenu sur le devant de la scène fédérale cette semaine.COUR SUPREME Mulcair le funambule GUILLAUME BOURGAULT-COTE Beaucoup moins visible que Justin Trudeau dans les médias depuis un mois, Thomas Mulcair a pu goûter à un certain retour à l\u2019avant-plan cette semaine.Mais pas nécessairement de la manière dont il l\u2019aurait souhaité.Le chef du Nouveau Parti démocratique (NPD) s\u2019est en effet surtout attiré des critiques pour ses commentaires sur la Cour suprême, un enjeu qui illustre le difficile travail d\u2019équilibriste auquel il est confronté : répondre aux préoccupations du Québec sans s\u2019aliéner l\u2019opinion publique du reste du Canada.Des commentateurs de la presse anglophone n\u2019ont pas aimé la sortie de M.Mulcair contre la Cour suprême.Les bbéraux ont aussi emboîté le pas, soulignant à grands traits que le chef du NPD joue un jeu dangereux en s\u2019intéressant au débat soulevé par la publication du livre La bataille de Londres \u2014 à savoir que l\u2019ex-juge en chef de la Cour suprême aurait confié certains détails sur les délibérations de la Cour à l\u2019époque où elle étudiait le rapatriement de la Constitution.«Ne soyons pas naïjs, écrivait le député libéral Stéphane Dion mardi dans un communiqué.Les leaders indépendantistes ont tout intérêt à ancrer la thèse de la machination dans la tête des Québécois, afin de ternir dans leur esprit la Cour suprême, le Canada et la Charte des droits et libertés.» Thomas Mulcair en allié des indépendantistes?En fait, M.Dion oublie de préciser dans sa lettre que ce sont tous les partis présents à l\u2019Assemblée nationale, souverainistes comme fédéralistes, qui ont adopté une motion demandant au gouvernement fédéral de «donner accès à toute l\u2019information contenue dans ses archives» pour que la lumière soit faite sur «les événements qui ont conduit à la proclamation de la Loi constitutionnelle».r Equilibre Un chroniqueur du National Post a néanmoins déduit des événements que l\u2019engagement de Thomas Mulcair envers le fédéralisme était «aussi mince qu\u2019une feuille de papier», entre autres.«C\u2019est un peu toujours la même affaire avec une partie du Canada anglais, confie un stratège néodémocrate.Dès que tu soulèves la moindre interrogation sur le Québec, tu es un traître à la patrie.Au Québec, les fédéralistes ont le sens des perspectives, il y a moyen de débattre.» Pour deux analystes interrogés cette semaine, le geste de M.Mulcair n\u2019était pas innocent.«Il ne faut pas exagérer la réaction du Canada anglais, qui n\u2019en a pas tant parlé, ni l\u2019importance de tout ça, estime Peter Graefe, professeur de sciences politiques à l\u2019Université McMaster.Mais on peut très bien voir dans la sortie de M.Mulcair contre la Cour suprême une intention de jouer sur le terrain du Bloc québécois.En portant le consensus québécois à Ottawa, il vient parler à la base de son électorat [60% du caucus néodémocrate étant québécois].» Le geste n\u2019a pas échappé au Bloc non plus, le chef Daniel Paillé ayant souligné à plusieurs reprises cette semaine que c\u2019est son parti qui a le premier défendu le dossier à Qttawa.«M.Mulcair est venu montrer une certaine empathie et un réel intérêt pour le Québec», ajoute Antonia Maioni, politologue à l\u2019Université McGill.Mais ce faisant, il suscite aussi une forme de méfiance au Canada anglais.C\u2019est en ce sens qu\u2019il faut comprendre la réaction des libéraux de Justin Trudeau, dit Peter Graefe.«Leur choix de ne pas toucher au dossier n\u2019est pas innocent.Ils ont compris qu\u2019il n\u2019y a pas de réel gain à faire avec ça, que c\u2019est plus néfaste qu\u2019autre chose.A mon sens, cela indique aussi subtilement que la stratégie de reconstruction du Parti libéral va passer davantage par Toronto et Vancouver que par Montréal.» Antonia Maioni se demande toutefois si le désintérêt de Justin Trudeau est bien calculé.«Les Québécois voient ce qui s\u2019est passé en 1981 et 1982 d\u2019un œil très différent du reste du Canada [RQC], dit-elle.C\u2019est pourquoi c\u2019est délicat pour Thomas Mulcair de jauger jusqu\u2019où il peut aller pour répondre aux préoccupations des Québécois et convaincre en même temps le ROC que c\u2019est une situation qu\u2019il faut examiner.» «Mais je ne suis pas sûr que Justin Trudeau se tient loin du dossier parce que les libéraux veulent tourner la page et ne pas ranimer un vieux débat, ou simplement parce qu\u2019il ne comprend pas à quel point ce fut un épisode sérieux, dit M\u201c® Maioni.J\u2019attends de voir.» Mini-examen Dans la foulée des révélations de La bataille de Londres, Thomas Mulcair a réagi par étape.Quand la Cour suprême a annoncé qu\u2019elle mè- « Dès que tu soulèves la moindre interrogation sur le Québec, tu es un traître à la patrie » nerait un «examen» pour «examiner la teneur des allégations» du livre (parce que son «indépendance institutionnelle» était remise en question), le chef du NPD a applaudi, tout en soulignant qu\u2019il serait préférable que ce ne soit pas la Cour qui enquête sur elle-même.11 n\u2019a pas abordé le sujet de front à Qttawa.Mais lorsque la Cour a dévoilé le résultat de son examen \u2014 à savoir que ses archives ne contenaient rien sur le sujet en cause, dossier clos \u2014, M.Mulcair s\u2019est montré déçu.Voir fâché.La Cour n\u2019a pas fait une «enquête sérieuse», a-t-il dit en dénonçant le manque d\u2019intérêt apparent du plus haut tribunal du pays.«La première chose à laquelle je me serais attendu, disait le chef du NPD vendredi dernier, c\u2019est que la Cour demande au gouvernement d\u2019obtenir les documents non caviardés» pour compléter l\u2019examen.Mais non.Thomas Mulcair a alors promis de porter le dossier à la Chambre.La démarche officielle de l\u2019opposition a toutefois été modeste (signe, selon Peter Graefe, que le NPD est conscient de la sensibilité de ce type de dossier) : le NPD a approché les quatre autres partis pour voir s\u2019il y aurait moyen que tous s\u2019entendent sur le contenu d\u2019une motion demandant au gouvernement «d\u2019annoncer dans les plus brejs délais les mesures qu\u2019il entreprendra pour répondre à la motion adoptée unanimement par l\u2019Assemblée nationale du Québec».Sans surprise, la réponse a été négative (la motion a été rejetée jeudi).Les libéraux ont notamment fait vioir que le gouvernement a déjà indiqué qu\u2019il ne fera rien pour répondre aux demandes de Québec \u2014 Qttawa a plutôt suggéré à Québec d\u2019utiliser la Loi d\u2019accès à l\u2019information.Mais plus largement, Stéphane Dion a pris le soin d\u2019indiquer dans son communiqué que les libéraux se «dissocient complètement des commentaires irresponsables et infondés» de Thomas Mulcair contre la Cour suprême.«Il n\u2019y a aucun doute dans notre esprit que la Cour a fait l\u2019enquête qu\u2019elle devait faire», a-t-il dit.Dans les coulisses, le NPD rappelle de son côté qu\u2019il serait bénéfique «de faire la lumière, parce que tant que ce n\u2019est pas fait, le Parti québécois peut faire du millage là-dessus».Et ça, ça n\u2019aide pas Thomas Mulcair.Le Devoir HOLLANDE SUITE DE LA PAGE B 1 Pour les sociaux-démocrates, il y a eu ces accords sur la flexibilité du travail et la sécurité d\u2019emploi négociés le 11 janvier dernier.Une première en Prance.Mais, pour les socialistes purs et durs, il y a aussi eu ces «emplois d\u2019avenir» qui reprennent la vieille recette des emplois subventionnés.Qr, ce faisant, Prançois Hollande a réussi à mécontenter tout le monde.Sans compter que l\u2019une et l\u2019autre mesure prendront des mois avant de produire des résultats visibles.Plus le temps passe, plus la promesse d\u2019une inversion de la tendance de réemploi d\u2019ici la fin de l\u2019année paraît s\u2019éloigner.À gauche comme à droite, on l\u2019encourage à trancher.Mais l\u2019ambiguïté a toujours été une caractéristique de Prançois Hollande.Elle serait même un des secrets de sa longévité politique.Du moins, jusqu\u2019à maintenant.Fini le président normal À 25% d\u2019opinions favorables, ce caméléon politique n\u2019a plus le loisir de jouer au «président normal».En un an, le capital de sympathie de Prançois Hollande a fondu de plus de la moitié.Seule l\u2019intervention victorieuse de la Prance au Mali avait permis de stabiliser la courbe en février 2012, soulignant d\u2019ailleurs une action internationale plutôt réussie.Peu importe, Prançois Hollande bat même les records d\u2019impopularité de Jacques Chirac (en 2006) et de Nicolas Sarkozy (en 2011).Comme pour ce dernier, la descente aux enfers est proportionnelle à la hausse du chômage.Alors que les Prançais mettaient directement en cause la personnalité de Sarkozy, c\u2019est plutôt le manque d\u2019autorité de Hollande qui est aujourd\u2019hui montré du doigt.Même l\u2019indépendance de la justice, qui tranche pourtant radicalement avec son prédécesseur, semble se retourner contre lui avec la démission-choc, le 19 mars dernier, de son ministre du Budget, Jérôme Cahuzac, à qui les juges ont découvert un compte à l\u2019étranger.Résultat : seuls 14 % des Prançais jugent que leur président a suffisamment d\u2019autorité.Et pour cause, de plus en plus de membres du gouvernement, comme le ministre du Redressement productif Arnaud Montebourg, réclament ouvertement un changement de cap économique.Le président de l\u2019Assemblée nationale, Claude Bartolone, est allé récemment jusqu\u2019à souhaiter «une confrontation» avec l\u2019Allemagne.Des critiques aussitôt écartées par le président et qui créent un sentiment de cafouillage, mais dont il ne serait pas mécontent qu\u2019elles soient entendues après les élections allemandes en septembre prochain.11 se pourrait en effet qu\u2019une partie de la solution à la crise française se trouve outre-Rhin.Le secrétaire américain au Trésor, Jack Lew, n\u2019est-il pas récemment venu à Bruxelles prêcher le soutien à la croissance?Selon lui, le début de reprise américaine a absolument besoin de mesures de soutien à la consommation dans les pays «qui en ont la capacité».Qr qui d\u2019autre que l\u2019Allemagne est aujourd\u2019hui en mesure de le faire?Peut-il rebondir?En attendant, faut-il croire ceux qui annoncent en Prance une crise politique semblable à celle que connaissent l\u2019Italie et la Grèce?Ceux-là oublient que la situation économique est difficile- ment comparable.La Constitution de la Ve République protège aussi Pjançois Hollande mieux qu\u2019aucun autre chef d\u2019Etat ou de gouvernement en Europe.«Sous la Ve République, le Président n\u2019est jamais désarmé, même lorsqu\u2019il est assiégé », écrivait l\u2019ancien directeur du Monde, Jean-Marie Colombani.D\u2019autres avant lui ont su serrer, les dents en attendant des jours meilleurs.À commencer par Prançois Mitterrand.Sans minimiser l\u2019action souvent confuse du gouvernement, la virulence des critiques qui s\u2019abattent sur Hollande s\u2019explique aussi en partie par l\u2019éclatement de la droite depuis le départ de Nicolas Sarkozy.Sans chef, les prétendants se livrent à une véritable surenchère.Sans oublier le style encore plus virulent de Jean-Luc Mélenchon, le leader de l\u2019extrême gauche.S\u2019il serait exagéré de dire que Prançois Hollande a encore quatre ans pour se relever de cette première année catastrophique, on peut du moins présumer qu\u2019il jouit encore d\u2019au moins un an de grâce pour redresser le cap, jusqu\u2019aux élections municipales de 2014.C\u2019est le premier ministre suédois Gôran Persson qui disait qu\u2019il ne fallait «jamais laisser perdre la chance d\u2019une grande crise».Et l\u2019économiste Nicolas Baverez d\u2019ajouter que «les gouvernements de gauche sont souvent mieux placés pour faire les réformes de structure», comme ce fut le cas en Allemagne, en Suède, au Canada, en Autriche et en Nouvelle-Zélande.Sans oublier le virage radical que prit Prançois Mitterrand moins de deux ans après sa première élection et qui annonça un véritable rebond.Nul doute que Prançois Hollande doit méditer cet exemple historique.Le Devoir LE DEVOIR LES SAMEDI ET DIMANCHE MAI 2 O I S B 3 PERSPECTIVES COMMISSION CHARBONNEAU La classe politique sous le choc Gilles Cloutier a ébranlé la classe politique cette semaine à la commission Charbonneau en reliant les élections clés en main à la collusion.Que d\u2019illusions perdues avec cet organisateur aux méthodes fourbes.BRIAN MYLES Il y a un peu du personnage joué par William Holden dans The Wild Bunch, un western classique de 1969, en Gilles Cloutier.La scène finale où il mitraille un bataillon jusqu\u2019à la mort ressemble à la posture adoptée par l\u2019organisateur politique à la commission Charbonneau.Agé de 73 ans, l\u2019ancien vice-président de Roche et de Dessau est un homme diminué qui réclame de longues pauses pour se reposer entre deux rafales de révélations assassines.Il ne ressemble en rien à l\u2019homme en contrôle de ses élus qui fraternisait avec l\u2019ex-maire de Montréal, Gérald Tremblay, il y a à peine neuf ans lors du cocktail annuel de Roche, au Stade olympique.A l\u2019instar du protagoniste de The Wild Bunch, M.Cloutier, dos au mur, tire sur tout ce qui bouge dans un dernier baroud d\u2019honneur.En l\u2019espace de trois jours, le spécialiste du « développement des affaires » a entraîné vers les bas-fonds de la collusion et du financement illégal une impressionnante brochette d\u2019élus et de partis politiques, dontvoici quelques noms, si l\u2019on se fie à son témoignage.Marc-Yvan Côté.Le patron de M.Cloutier chez Roche était au courant de ses activités et a approuvé les versements d\u2019argent comptant.C\u2019est pour ses talents d\u2019organisateur d\u2019élections clés en main que l\u2019ex-ministre libéral l\u2019a recruté.Frank Zampino.L\u2019ex-président du comité exécutif a demandé à M.Cloutier 100000$ pour la campagne d\u2019Union Montréal en 2001.Il lui a même montré une feuille avec le nom de cinq firmes de génie-conseil prêtes à participer au financement occulte du parti en échange d\u2019une mainmise sur les contrats (Dessau, SNC-Lava-lin, BPR, CIMA + et Génivar) .M.Cloutier a remis une tranche de 25000$ à un intermédiaire de M.Zampino, l\u2019ex-conseiller de Saint-Léo-nard, Alex Pacetti.Gérald Tremblay.L\u2019ex-maire ne pouvait ignorer le rôle d\u2019organisateur d\u2019élections clés en main de Gilles Cloutier, un homme connu comme Barabbas dans la Passion.Il lui a demandé «un coup de main» pour la campagne de 2001 en le mettant en contact avec Frank Zampino.Vers 2004, M.Cloutier a aussi averti le maire, «un gars honnête», qu\u2019il ne devait pas faire confiance à Bernard Trépanier.Michel Déziel.Selon M.Cloutier, l\u2019avocat lui a demandé de l\u2019aide pour «blanchir» un don illégal de 30000$ de Dessau pour la campagne du maire de Blainville, Pierre Gingras, en 1997.Nommé juge à la Cour supérieure en 2003, Michel Déziel fait maintenant l\u2019objet d\u2019une enquête du Conseil canadien de la magistrature, et il risque la destitution pour cette affaire.Jean-Marc Fournier.Le nouveau ministre des Affaires municipales a assisté au cocktail de Roche en 2004.M.Cloutier finançait les partis provinciaux pour «avoir les contacts nécessaires» à Québec afin d\u2019accélérer le traitement des demandes de subventions de ses clients du monde municipal.Une subvention attendue depuis un an par la municipalité de Saint-Stanislas-de-Kostka, pour la construction d\u2019une usine de traitement des eaux, est venue quatre ou cinq mois après que M.Cloutier a rencontré le ministre en lui disant: «Jean-Marc, fais ton possible.» Lucie Papineau.La députée du Parti québécois (PQ) a pu compter sur l\u2019aide de M.Cloutier pour organiser un cocktail de financement où le ministre des Transports, Guy Chevrette, servait d\u2019appât pour attirer les entrepreneurs en construction, parmi lesquels figuraient Giuseppe Borsellino (Garnier Construction), Joseph Carolla (Beaver Asphalte), Jacques Desjardins (Desjardins Asphalte) et René Mergl (Nepcon).Michéle Courchesne.L\u2019ex-ministre libérale a pris des arrangements pour que M.Cloutier, déjà reconnu coupable de collusion, organise la première campagne de l\u2019ex-policier Guy Ouellette dans la circQnscription de Chomedey.Jean Charest.A son insu, le premier ministre a bénéficié du financement illégal de Desjardins Asphalte pour son congrès au leadership de 1997.M.Cloutier dit avoir tenu une double comptabilité pour cet événement, en cachant ses combines au Parti libéral.Guy Chevrette.L\u2019ex-ministre des Transports a été impliqué dans «une magouille» pour que le contrat du prolongement de la route 125, JACQUES NADEAU LE DEVOIR Gilles Cloutier témoignant cette semaine devant la commission Charbonneau Il est difficile de saisir les motivations de Gilles Cloutier dans les Laurentides, tombe dans les mains de Roche.M.Cloutier affirme qu\u2019un ami de Guy Chevrette a exigé 100000$ pour lui ouvrir la porte du bureau du ministre.Il a fait un paiement de 25000$, et Roche a obtenu son contrat.Simulacre de démocratie En 2005, lorsque Gilles Cloutier a quitté Roche, la firme a étendu ses tentacules dans 160 municipalités grâce à ses stratégies agressives de « développement des affaires ».Concrètement, selon Cloutier, le DDA autorisait l\u2019envoi de cadeaux aux élus, les invitations au restaurant, aux matchs du Canadien, dans un chalet de Pointe-au-Pic, les voyages de chasse et de pêche, le golf.Sans oublier, bien sûr, les contributions illégales, clef de voûte de «l\u2019empire malfaisant » décrit par l\u2019ancien patron de l\u2019Unité anticollusion, Jacques Duchesneau.Le député caquiste évaluait à 70% la part du financement illégal dans les élections.Gilles Cloutier lui donne entièrement raison.Le stratège évalue la part réelle du financement populaire entre 5 et 10% dans les élections municipales, et entre 15 et 20% dans les élections provinciales.La Loi sur le financement des partis politiques de René Lévesque, dont l\u2019élite politique se gargarise quant à l\u2019efficacité pour niveler les chances entre les formations et circonscrire le pouvoir de l\u2019argent, n\u2019est rien de plus qu\u2019une fiction juridique.Deux ou trois ans après son entrée en vigueur en 1977, la loi interdisant les contributions d\u2019entreprises a été habilement contournée par le recours aux prête-noms.Comble de l\u2019insulte, M.Cloutier recrutait sans peine les donateurs en leur faisant miroiter le crédit d\u2019impôt auquel ils auraient droit.Voilà pour le « modèle » québécois.Grâce à l\u2019expertise des Gilles Cloutier de ce monde \u2014 il y en a une douzaine comme lui, a-t-il dit \u2014, les municipalités ont été transformées peu à peu en filiales des firmes de génie-conseil.Selon le témoin.Roche possédait tellement d\u2019influence qu\u2019elle pouvait «placer» des directeurs généraux dans les municipalités où elle s\u2019était déjà assurée de la fidélité de maires élus par le miracle du clé en main.Motivations ?Il est difficile de saisir les motivations de Gilles Cloutier.C\u2019est un mélange de vengeance et de contrainte.Vengeance contre l\u2019ex-vice-pré-sidente de Roche, France Michaud, et d\u2019autres associés avec lesquels il entretenait un conflit ouvert vers la fin de sa carrière.Contrainte de la Sûreté du Québec (SQ), avec laquelle le témoin a collaboré.Condamné à de lourdes amendes en 2001 pour avoir été le chef du cartel du déneigement à Montréal, M.Cloutier a fait l\u2019objet d\u2019une nouvelle enquête pour collusion, toujours dans le déneigement, il y a quelques années.Le sujet a été effleuré à la commission Charbonneau, juste assez pour donner à penser qu\u2019il était dans son meilleur intérêt de collaborer.Gilles Cloutier a fait trembler l\u2019Assemblée nationale, sauf Québec solidaire, toujours loin des réseaux occultes de financement.Au lendemain des allégations concernant Guy Chevrette, la première ministre Pauline Marois et le vice-premier ministre François Gendron ont jugé que la commission allait trop loin et qu\u2019elle devait faire preuve de prudence.L\u2019indignation à géométrie variable du Parti québécois, trop content de voir les libéraux traînés dans la boue à la commission, est symptomatique d\u2019un problème de fond.Ce n\u2019est pas tant parce qu\u2019il tire sur tout ce qui bouge, mais plutôt parce qu\u2019il atteint la cible que Gilles Cloutier est un homme dangereux.Cet organisateur qui est au cœur de la machine infernale à fabriquer des maires, des députés, des élections et des référendums volés depuis l\u2019ère de Duplessis expose une culture de proximité qui s\u2019ignore entre la politique et le génie-conseil.Le Devoir CREPUQ SUITE DE LA PAGE B 1 Sous un consensus apparent, mais dont plusieurs doutent dans les coulisses, les recteurs proposent alors une augmentation annuelle de 504$ pendant trois ans.Le gouvernement n\u2019adhère pas à cette idée et amoindrit la hausse, faisant porter l\u2019odieux de l\u2019appétit le plus vorace aux dirigeants d\u2019université.Certains disent que ce fut le début de la fin.On connaît la suite : douloureux bras de fer entre étudiants et gouvernement, avec des recteprs bien accrochés aux flancs du gouvernement.A la veille de déposer sa loi spéciale, le 16 mai 2012, le premier ministre Jean Charest s\u2019est présenté devant la presse flanqué des représentants «patronaux», dont la rectrice Luce Samoisette.Cette présence sjmbolique forte fut notée.Jugés grands perdants du printemps, les recteurs ont voulu jouer ensuite la carte de la diversité, histoire de convaincre.Au Sommet sur l\u2019enseignement supérieur, on a nettement senti l\u2019espace occupé par le réseau UQ, avec une place de choix réservée à la table.Le discours sur les étudiants de première génération, abondamment repris par le ministre Pierre Duchesne, était intimement lié à la réalité des universités en région.Cela non plus n\u2019a pas échappé aux critiques, qui ont vu là une autre preuve de schisme.«Les universités ne sont pas toutes du pareil au même!», tonne Robert Lacroix, qui adhère tout à fait au désir de FUS de vouloir parler hors CREPUQ pour mieux défendre ses intérêts.«Les grandes universités de recherche sont sur la ligne de front, en concurrence avec le Canada anglais, les Etats-Unis, le monde.Et puis, les universités régionales, avec peu de programmes contingentés et une clientèle à temps partiel, ne peuvent pas jouer la bataille des droits de scolarité aussi fort que les autres, c\u2019est sûr! Arrêtons de jouer le modèle unique, il n\u2019existe pas.Dans cette fausse unité, il n\u2019y a que des pseudo-consensus.» Exit la CREPUQ?La présidente Luce Samoisette concède que le rôle de lobby sera dhficile-ment récupérable, mais elle tient à la coopérative de services.«Nous avons 18 réalités différentes, mais je plaide pour un consensus sur des principes de base communs, ce qui permettrait après de faire nos plaidoiries individuelles.» En observateur attentif de la scène extérieure, Robert Lacroix ne donne pas cher de la CREPUQ, après tous les déchirements des derniers mois.«Ce tabou de l\u2019uniformité des universités a assez duré.» Pierre Lucier n\u2019a pas la même lecture.«C\u2019est quand même aberrant qu\u2019à l\u2019heure où tous parlent de concertation universitaire, on applaudit tout à coup à la fin d\u2019un élément essentiel de cette concertation.» Le Devoir Le poids des mots - Michel ^ é David La semaine dernière, le ministre des Finances, Nicolas Marceau, s\u2019est rendu à New York pour assurer les agences de notation que la détermination du gouvernement Marois à atteindre le déficit zéro était inébranlable, malgré les états d\u2019âme de la première ministre, qui n\u2019en finit plus de souffler le chaud et le froid.Cela n\u2019a pas empêché M\u201c® Marois de réitérer cinq jours plus tard aux dirigeants des centrales syndicales que le retour à l\u2019équilibre budgétaire pourrait être reporté si les revenus escomptés de la croissance économique n\u2019étaient pas au rendez-vous, tout en assurant qu\u2019il n\u2019y avait aucune indication en ce sens.Dans son souci d\u2019être «rassembleuse» au sein d\u2019un parti où la division est généralement la règle, la chef du PQ a toujours eu tendance à vouloir ménager la chèvre et le chou, ce qui implique une certaine ambiguïté, mais elle ne semble pas être consciente du poids des mots qui sortent de la bouche d\u2019un chef de gouvernement.La commission Charbonneau n\u2019a sans doute pas été très impressionnée par son invitation à «faire son travail avec prudence», mais elle a bien maladroitement prêté flanc à des accusations d\u2019ingérence et de «hvéûymg politique» qui n\u2019étaient que trop prévisibles.Jusqu\u2019à ce que des péquistes soient mis sur la sellette, M\u201c® Marois n\u2019avait pourtant rien trouvé à redire aux méthodes de la commission.Qui s\u2019était soucié de la crédibilité de Martin Dumont quand il avait accusé Gérald Tremblay d\u2019avoir volontairement fermé les yeux sur l\u2019existence d\u2019une double comptabilité à Union Montréal?Surtout pas le gouvernement, qui avait sauté sur l\u2019occasion pour crucifier le maire de Montréal.Cette fois-ci, c\u2019est le ministre de la Justice, Bertrand St-Arnaud, qui a dû rappeler sa patronne à l\u2019ordre, assurant que la commission était «maître des témoins qu\u2019elle appelle et maître de sa façon de procéder».Hier, M\u201c® Marois a senti le besoin de «préciser» sa pensée.La commission doit « continuer son travail comme elle le fait», a-t-elle déclaré.Le mal était cependant fait.De plus en plus, la première ministre fait penser à Carey Price.On dit que le gardien du Canadien doit être le meilleur de l\u2019équipe pour que celle-ci puisse l\u2019emporter, mais il finit toujours par accorder quelques mauvais buts qui gâchent tout.En bon libéral, le témoin-vedette de la semaine, Gilles Cloutier, responsable du « développement des affaires » au sein du Groupe Roche, a réservé ses révélations les plus percutantes au PQ.En comparaison, ce qu\u2019il a reproché à Jean-Marc Fournier était relativement bénin.Peu importe le parti au-De plus\tquel il appartient, un minis- .\ttre est constamment accosté en plus,\tpar des quémandeurs de la nrPTtiîprp\tsubventions sans que leur ^\tintervention soit nécessaire- ministre\tment décisive.Forte de l\u2019expérience du fait penser\ttémoignage de Martin Du- , P P .mont, on ose croire que la a Carey rnce\tcommission s\u2019est assurée que les graves allégations faites à l\u2019endroit de Guy Chevrette, qui a tout nié, seront corroborées.Encore une fois, elle a ajourné ses travaux après avoir lancé une véritable bombe.Si les réactions ont été aussi vives au sein du gouvernement, c\u2019est qu\u2019on est parfaitement conscient du tort immense que cette affaire risque de lui causer.Pendant trois ans, l\u2019intégrité a été le cheval de bataille du PQ.Depuis l\u2019élection du 4 septembre, c\u2019est presque le seul domaine dans lequel il a marqué des points.Déjà, les nominations partisanes des dernières semaines avaient laissé une désagréable impression de déjà vu, mais ce qui est reproché à M.Chevrette est le crime suprême en politique : utiliser sa fonction pour s\u2019emichir personnellement.Même si la commission n\u2019est pas un tribunal, elle doit lui permettre de s\u2019expliquer dans les meilleurs délais.Il était normal que les partis d\u2019opposition en profitent pour accabler un parti toujours empressé de donner des leçons de morale, mais la façon dont François Legault a donné le coup de pied de l\u2019âne à son ancien collègue n\u2019était pas très édifiante.Dans une entrevue à une radio poubelle de Québec, le chef de la CAQ s\u2019est souvenu d\u2019avoir entendu M.Chevrette discuter d\u2019une subvention de 100000$ avec le maire de Sainte-Julienne dans les toilettes d\u2019un club de golf.Bien entendu, même si Sainte-Julienne était située dans sa circonscription de Rousseau, M.Legault avait trouvé cette «proximité» déplorable.Le nouveau chef du PLQ, Philippe Couillard, s\u2019est fait le plus discret possible, et pour cause.Dans une entrevue accordée mercredi au 98,5, il a dû se défendre d\u2019avoir eu recours aux services de l\u2019ancien ministre Marc-Yvan Côté, qui était le supérieur de Gilles Cloutier chez Roche, durant la course à la succession de Jean Charest.«B n\u2019a aucun rôle dans mon organisation», a-t-il assuré.H est vrai que M.Côté est un bon ami de M.Couillard, qu\u2019il souhaitait voir devenir chef du PLQ depuis plusieurs années, mais on avait convenu que sa présence serait gênante.mdavid@ledevoir.com B 4 LE DEVOIR LES SAMEDI ET DIMANCHE MAI 2 O I S EDITORIAL OACI Rien n\u2019est acquis L\u2019offensive du Qatar pour ravir le siège social de l\u2019Organisation de l\u2019aviation civile internationale (OACI) à Montréal a forcé les trois ordres de gouvernement à mettre leurs différends de côté pour faire front commun.Nous n\u2019en attendions pas moins de la part de nos élus, toutes allégeances confondues.Reste à voir si cela suffira ?0 n entend rarement parler de l\u2019OACI, dont les activités spécialisées sont moins connues que celles d\u2019autres créatures de l\u2019ONU comme le Conseil de sécurité (New York) etl\u2019UNESCO (Paris).L\u2019OACI est la seule organisation de l\u2019ONU à avoir pignon sur rue au pays.Fondée à Cuba en 1945, c\u2019est à Montréal qu\u2019elle a tenu sa première assemblée générale, cette même année.Selon la firme de recherche SECOR, la présence de l\u2019OACI entraîne des retombées économiques de plus de 100 millions de dollars grâce aux quelque 500 employés et aux nombreux visiteurs qui y viennent chaque année.De plus, parce que le siège social de l\u2019OACI est ici, d\u2019autres organisations ont choisi Montréal comme port d\u2019attache.On pense notamment à l\u2019IATA Qnternational Air Transport Association), qui compte 240 transporteurs commerciaux.» Jusqu\u2019au mois dernier, rien ne permettait de croire qu\u2019une bataille se préparait autour du choix de la ville hôte du siège social de l\u2019OACI.Son conseil d\u2019administration avait même dé-i ^ V.¦ cidé de reconduire pour 20 ans l\u2019entente en vi-Æ.\tgueur avec le Canada.C\u2019est alors qu\u2019on a ap- pris l\u2019existence d\u2019une offre très généreuse du Qatar (immeuble neuf, loyer gratuit, exemp-Jean-Robert tion de taxes, etc.), sur laquelle les membres Sansfaçon\tseront appelés à se prononcer lors de la pro- chaine assemblée générale, à l\u2019automne.Le Qatar a beau n\u2019être qu\u2019un petit pays, il ne faut pas sous-estimer sa capacité de rallier plusieurs des 191 pays membres.L\u2019émirat est imniensément riche grâce à ses réserves gazières, et son chef d\u2019Etat, cheikh Hamad Ben Khalifa Al-Thani, est quelqu\u2019un qui voit grand.Trop grand peut-être mais, pour l\u2019instant, cela lui permet de jouer de séduction.Récemment, il a été reçu par le président Obama et les deux hommes ont discuté du problème sj^ien.Le Qatar est de plus en plus présent en Europe, où les conglomérats associés à la famille royale participent au capital de grands groupes comme Volkswagen-Porsche, La Gardère, Vinci et Véolia.Ils sont propriétaires des magasins Le Printemps et on les retrouve dans le monde du sport à la tête du mythique Paris-Saint-Germain (PSG), dans lequel ils ont investi une petite fortune.Même si le Qatar n\u2019a pas que des amis, la position commune des pays arabes et de l\u2019Iran à l\u2019égard d\u2019Israël les éloigne du même coup du Canada, dont l\u2019engagement inconditionnel aux côtés de l\u2019Etat juif a de quoi nuire à la campagne diplomatique en faveur de Montréal.Grâce à l\u2019argent, l\u2019émir et ses alhés sont en mesure d\u2019acheter le vote de plusieurs diplomates et politiciens, à qui on n\u2019hésitera pas à promettre investissements et avantages personnels.Compte tenu du peu d\u2019intérêt, voire du mépris manifesté par le gouvernement Harper envers l\u2019institution qu\u2019est l\u2019ONU ces dernières années (retrait de Kyoto et de l\u2019accord sur la désertih-cation, absence du premier ministre à l\u2019ouverture de l\u2019Assemblée générale au proht d\u2019une visite chez Tim Horton, défaite de la candidature canadienne au Conseil de sécurité.), il ne faudra pas se surprendre d\u2019assister à un vote serré lors de l\u2019Assemblée générale de septembre.Front commun local ou pas ! DROITS DU FOETUS Une juste retenue Josée Boileau outes les parties en convenaient: il n\u2019était pas ques-rr tion d\u2019avortement dans cette cause.Et pourtant, la décision de la Cour suprême, priée de se pencher sur le cas d\u2019Ivana Levkovic, accusée d\u2019avoir fait disparaître le cadavre de son bébé, était attendue avec curiosité.Il suffirait de si peu pour enflammer le débat sur l\u2019avortement, contre lequel une manifestation est encore prévue à Ottawa la semaine prochaine.Vendredi, la Cour a évité l\u2019écuell, s\u2019en tenant au strict examen de l\u2019article 243 du Code criminel, qui rend passible de deux ans d\u2019emprisonnement celui ou celle qui tente de cacher la naissance d\u2019un enfant en en faisant disparaître le cadavre, «que l\u2019enfant soit mort avant, pendant ou après la naissance».Mme i^vkovlc plaidait l\u2019Imprécision de l\u2019article : une femme ne peut-elle donc faire une fausse couche tardive, la vivre dans son coin, sans qu\u2019on la soupçonne de crime ?Il faudrait, plaidait l\u2019accusée, des critères pour déterminer le moment précis «où un foetus devient un enfant».Le juge Morris Flsh, qui signe cette décision unanime de la Cour, a à juste titre refusé de se lancer dans de telles démarcations.L\u2019enjeu, Ici, ce ne sont pas les fausses couches, c\u2019est ce qui se passe au moment de la naissance : cherche-t-on à faire disparaître un enfant sur le point de naître vivant?L\u2019objectif de l\u2019article 243, c\u2019est de «faciliter les enquêtes sur les homicides éventuels».S\u2019il y a des doutes quant à la viabilité du foetus, on réglera cela au procès, avec des experts.Juger autrement aurait été un véritable piège pour le droit à l\u2019avortement.Dès qu\u2019un article de loi, peu importe son objet, décrétera que la vie commence à un moment-clé avant la naissance, il s\u2019en trouvera pour vouloir élargir la brèche, reculer dans le temps de gestation, comme le veut l\u2019argumentaire du député conservateur Stephen Woodworth, qui pousse pour que les Communes «modernisent» le statut du foetus dans le Code criminel qui, dans notre droit, date du XIX® siècle.Et pourtant, c\u2019est le XIX® siècle qui fait preuve de sagesse.«Aucune limite précise ne peut être attribuée à la période au terme de laquelle il commence à y avoir une chance de vivre», écrivait le juge Erie en 1854, dans l\u2019arrêt Berriman, qui sert depuis de référence.L\u2019évolution scientihque, comme la récente montée en ce pays de l\u2019infanticide féminin, plaide encore plus en faveur du flou, qui permet, sans contradiction, à la fois de respecter le choix des femmes de disposer de leur corps, le désir de parents de sauver un petit prématuré et la nécessité d\u2019enquêter quand un nouveau-né meurt dans des «circonstances suspectes».Et justement, quand un gérant d\u2019immeubles trouve dans un appartement vacant un sac contenant des restes d\u2019un bébé à terme, il y a toutes les raisons de s\u2019inquiéter \u2014 ce que tranchera le procès auquel M\u201c® Levkovic devra maintenant faire face.LE DEVOIR FONDÉ PAR HENRI BOURASSA LE 10 JANVIER 1910 > FAIS CE QUE DOIS ! Directeur BERNARD DESCÔTEAUX Rédactrice en chef JOSÉE BOILEAU Vice-présidente, finances et administration CATHERINE LABERGE Directeur de l\u2019information ROLAND-YVES CARIGNAN Directeurs adjoints de l\u2019information PIERRE BEAULIEU, LOUIS LAPIERRE, JEAN-ERANÇOIS NADEAU, PAUL CAUCHON Directeur artistique CHRISTIAN TIEEET Vice-présidente, ventes publicitaires LISE MILLETTE tÇÇ CouRf\tt>U\tiBLoU LfÇ .U Pt'riK fr MO' AUoi^Ç LA BATAitL^ Pt £l.£vt fous Aôt foP'tPEl CftTf CCmT fûî5, WnDAijT Cluf LETTRES L\u2019assurance autonomie et les proches aidants: des alliés naturels Le docteur Réjean Hébert, ministre de la Santé, des Services sociaux et des Aînés, a annoncé en mars dernier le projet sur l\u2019assurance autonomie pour les personnes en perte d\u2019autonomie.L\u2019Association des proches aidants de la Capitale-Nationale tient à apporter son soutien au principe de l\u2019assurance autonomie.Elle se réjouit de cette annonce qui donnera enfin une place prépondérante aux proches aidants.Depuis plusieurs années, notre association régionale se consacre à l\u2019amélioration des conditions de vie des aidants, et de ce fait, souhaite participer activement aux consultations qui suivront le dépôt du « hyre blanc ».A nouveau, dans l\u2019histoire du Québec, on prévoit que le maintien à domicile devienne une préoccupation majeure et centrale et que les proches aidants soient au cœur de ce virage et, ainsi.Incontournables.Depuis toujours et bénévolement.Us sont les piliers du soutien à domicile.Leur apport financier pour la société est assumé bénévolement majoritairement par des femmes.Ce virage annoncé comme une Innovation sociale du XXT siècle est déjà mis en place dans d\u2019autres pays, dont les Pays-Bas depuis 1968, pour faire en sorte que les soins et le soutien à domicile deviennent un droit et non plus un privilège.C\u2019était une obligation familiale et ça deviendra une politique sociale.Les craintes émises concernant ce projet sont à notre avis prématurées.Nous pensons qu\u2019il faut d\u2019abord attendre le dépôt du livre blanc et participer aux consultations qui suivront, ce qui contribuera au succès de ce projet pour le plus grand bénéfice des aidés et des aidants.Suzanne Girard Présidente de l\u2019Association des proches aidants de la Capitale-Nationale Québec, le 2 mai 2013 Le Parti québécois, l\u2019image et la ciguë Les récentes déclarations entendues dans la commission Charbonneau, ces jours-ci, arrosent abondamment des membres du PQ.Des esprits furent froissés, faut-il croire ! Pourtant, piqués au vif les péquistes ont tous, selon le cas, fourbi leurs armes avec joie dans ce sens envers leurs ennemis.Par contre, lorsque ce petit jeu \u2014 qui, tristement et allègrement, installe un climat de frayeur aux lendemains difficiles \u2014 est tourné vers nous, on s\u2019élève avec véhémence pour dénoncer ce vil arrosage nocif qui indispose la classe politique.Tiens donc ! On désire alors protéger notre sainte image sans tache et défendre les dernières barrières de l\u2019honneur et ainsi éviter les blessures narcissiques.Les politiciens, à l\u2019instar de Socrate, accepteront-ils de boire la ciguë ?Michel Beaumont Québec, le 2 mai 2013 REVUE DE PRESSE Dépenser mieux ou moins ?GUILLAUME BOURGAULT-COTE Pour l\u2019opposition, c\u2019est du bonbon.Chaque fois qu\u2019un rapport du vérihca-teur général est annoncé, elle se frotte les mains : qu\u2019est-ce qu\u2019on aura cette fois ?Un scandale de quelques milliards?Un jus d\u2019orange à 16 $?Peu importe, c\u2019est la fête : il y aura à dénoncer.Et franchemenf qui peut être pour la mauvaise gestion et le gaspillage ?C\u2019est Andrew Coyne qui faisait ce constat cette semaine dans un texte partant du dernier rapport du VG.Le chroniqueur du National Post ne s\u2019étonne pas que l\u2019opposition (au sens large) réagisse ainsi.«Ce sont des gens qui demandent chaque jour au gouvernement de dépenser plus, plus vite, et préférablement dans leur circonscription », estime-t-il.Dans son texte, Coyne plaide pour qu\u2019op tienne un véritable débat sur le rôle de l\u2019Etat et le conservatisme fiscal.Au heu de se demander comment dépenser mieux, il serait temps que le Canada se demande comment le gouvernement pourrait dépenser moins, dit-il.Coyne souligne que la dette de quelque 600 milliards que traîne le Canada n\u2019a rien à voir avec de l\u2019Inadvertance, du gaspillage ou de la mauvaise gestion.Cette dette vient de choix délibérés et conscients, dlt-11.Comme avoir de gros programmes où on perd le hl de l\u2019argent (tels les 3,1 milliards de dollars de dépenses antiterroristes que le VG cherche).Comme maintenir des sociétés de la Couronne (11 fait référence à Via Rail, à Postes Canada et à CBC, visées par une disposition du projet de loi C-60 \u2014 le gouvernement pourra surveiller les négociations de leurs conventions collectives) sans s\u2019interroger sur la pertinence de ces modèles.Le rapport du VG a tout de même été ac-cuellh avec Intérêt par le Toronto Sun, qui juge Inacceptable la réaction désinvolte du ministre Tony Clement.En éditorial, le quotidien écrit que les explications données par Clement sur le trou de 3,1 milliards relèvent de la fanfaronnade.«Oups ?Ce n\u2019est pas le genre d\u2019excuses que l\u2019Agence du revenu accepte si un citoyen remplit mal sa déclaration de revenu et perd ses documents», soutlent-on.Les révélations concernant l\u2019Incapacité du ministère des Ressources humaines à récupérer des prestations d\u2019assurance-emplol versées en trop prouvent elles aussi que le gouvernement a des carences en gestion, dit le Sun.Travailleurs étrangers Le gouvernement s\u2019est attiré de meilleurs commentaires grâce à son intervention dans le dossier des travailleurs étrangers temporaires (TET).Ottawa imposera notamment aux entreprises qui veulent embaucher des TET l\u2019obligation de présenter un plan démontrant qu\u2019elles pourront à terme se doter d\u2019une main-d\u2019œuvre toute canadienne.Les frais de traitement des demandes et des permis de travail seront augmentés.Il était temps, estime le Toronto Star.En éditorial, le journal évoque un programme qui était devenu incontrôlable et qui contribuait à laisser 1,4 million de Canadiens sans emploi.Les changements proposés sont les «bienvenus», écrit-on.Le quotidien critique tout de même la gestion de ce programme par les conservateurs, soulignant qu\u2019au mieux, ils ont manqué de vigilance en ne relevant pa^ tous les problèmes du programme.A moins qu\u2019ils n\u2019aient sciemment encouragé les entreprises à utiliser le programme de manière à diminuer la qualité des conditions de travail au Canada?Le Star pose la question, mais conclut en disant qu\u2019au moins, le nouveau régime est prometteur.Banque du Canada La nomination du nouveau gouverneur de la Banque du Canada, Stephen Poloz, a surpris pas mal tout le monde jeudi.Mais la décision du gouvernement s\u2019explique ai-^émenf selon John Ivison {National Post).A ses yeux, cette nomination est essentiellement politique, malgré les mécanismes mis en place.L\u2019homme est qualihé, pas de doute là-dessus.«Mais la principale qualité qu\u2019il a aux yeux de Stephen Harper et Jim Flaherty, c\u2019est qu\u2019il comprend d\u2019où le gouvernement vient et où il désire aller.» Selon Ivison, Poloz partagerait en tout point la vision hscale, monétaire et économique du gouvernement.Il sera indépen-danf oui.Mais il s\u2019entendra de toute façon très bien avec M.Flaherty.Ivison soutient qu\u2019à la hn du processus de sélection, «ce sont les signaux envoyés par Poloz selon lesquels il saura s\u2019accommoder du programme du gouvernement qui l\u2019a fait gagner.Car rien n\u2019impressionne plus les membres de ce gouvernement que ceux qui sont d\u2019accord avec eux».On se paie la une Quelques lignes pour souligner un débat qui a animé la campagne électorale provinciale en Colombie-Britannique mercredi, et qui met en cause à la fois le comportement publicitaire des médias et les stratégies politiques des partis.En retard dans les sondages, le Parti hbé-ral de Christy Clark s\u2019est en effet offert une fausse première page du journal 24 Ours (Québécor).La une publicitaire \u2014 très semblable aux unes quotidiennes \u2014 montrait M\u201c® Clark triomphante, bras en l\u2019air, sous le titre «Comeback kid».Un sondage favorable (alors qu\u2019elle tire de l\u2019arrière par au moins dix points, globalement) accompagnait la présentation.De la désinformation?Oui, mais surtout du désespoir, a souligné le Nouveau Parti démocratique local.«Les libéraux doivent payer pour revendiquer des victoires», a dit leur chef Adrian Dix.Le Devoir Les liens vers les textes originaux sont disponibles sur notre site Internet. LE DEVOIR LES SAMEDI ET DIMANCHE MAI 2 O I S B 5 IDEES Contre la fermeture de Fécole Waldorf de la Roselière Non seulement les élèves qui bénéficient de cette pédagogie alternative ont-ils un parcours plus riche et plus joyeux que ceux du public, mais en plus, ils réussissent leurs examens NANCY HUSTON Écrivaine, dernier livre paru : Reflets dans un œil d\u2019homme (Actes Sud) yant pris connaissance ces der- Âniers temps de la controverse autour de l\u2019école Waldorf de la Roselière à Chambly, j\u2019éprouve le besoin de vous faire part de mon point de vue.Je ne connais pas personnellement cette école, ni les gens qui l\u2019ont créée, ni aucun des - élèves qui y ont été inscrits.L\u2019école Waldorf à laquelle j\u2019ai moi-même étudié n\u2019était pas de niveau primaire mais secondaire : j\u2019y ai passé mes 11® et 12® années voici déjà quatre décennies.Mais cette expérience a changé ma vie \u2014 en bien \u2014 et je voudrais essayer de dire en quoi.En 1968, ma famille a quitté l\u2019ouest du Canada pour la Nouvelle-Angleterre car mon père avait été engagé comme prof de matbs et de physique à la High Mowing School (Wilton, New Hampshire).En taut qu\u2019enfant d\u2019enseignant, j\u2019ai eu la possibilité d\u2019y étudier gratuitement (jamais ma famille n\u2019aurait pu payer les droits de scolarité !).Difficile d\u2019imaginer deux univers pédagogiques plus différents que l\u2019école publique de Calgary (Queen Elizabeth), où j\u2019avais passé les cinq années précédentes, et High Mowing.Mes préoccupations à QE étaient simples : je voulais avoir de bonnes notes et séduire des garçons.J\u2019étais dans une rivalité maniaque avec le monde entier sur les deux plans.Quand je n\u2019étudiais pas, seule dans ma chambre en écoutant les Beatles, je faisais du magasinage au centre-ville, passais des heures à changer de maquillage, de coiffure et d\u2019habits, buvais des bières en me laissant peloter par des «vieux» de vingt ans.Deux ans plus tard, j\u2019étais une autre personne.Nous étions environ 80 élèves en tout, sru quatre promotions.L\u2019école se situait au milieu des superbes forêts de cette région que je découvrais pour la première fois.C\u2019étaient les années de la ^erre au Vietnam, des émeutes, des protestations.et voilà que, dans un cadre bucobque, guidés par une professeru quinquagénaire aux longs cheveux noirs et à la voix mélodieuse, garçons et filles dansaient ensemble avec grâce et lenteur, formant voyelles et consonnes avec leur corps, transformant leur corps en langage.C\u2019est ridicule, vous en êtes sûrs?11 eût mieux valu que ces jeunes se jettent dans l\u2019activisme pobtique, achètent Playboy et Cosmopolitan, se préoccupent des examens nationaux qui les attendaient poru leur entrée à l\u2019université?Les souvenirs affluent.Erançais : chansons de Piaf et de Vian, pièces de Sartre et de Camus! Théâtre: décorticage fascinant de tirades shakespeariennes, montage du Songe d\u2019une nuit d\u2019étél Atelier d\u2019écriture: haïkus sru la campagne électorale de Richard Nixon! Botanique: balade dans la forêt pour relever des échantillons des différentes espèces végétales! Maths: apprentissage de l\u2019élégance des équations; étoimement devant le nombre limité de solides réguliers.Histoire de l\u2019art: découverte des merveilles de l\u2019art de la Renaissance ! Littérature : lecture à voix haute, par la directrice de l\u2019école, de VEnfer de Dante ! Chimie : expériences décoiffantes en laboratoire! Et ce ne sont là que quelques exemples.Je me rappelle chacun des quinze professeius, chacun des 80 élèves \u2014 j\u2019ai l\u2019impression de tout me rappeler de ces années-là, alors que la décennie précédente à l\u2019école publique n\u2019a laissé dans ma mémoire qu\u2019un mélange confus de noms et 1 I 1 JOHN FOLEY OPALE Nancy Huston a étudié dans une école Waldorf au New Hampshire après avoir quitté Calgary.de visages, d\u2019élans et d\u2019humiliations, de petites vengeances et de rivalités mesquines.L\u2019enseignement lui-même ne comportait pas d\u2019éléments directement religieux, même si Rudolf Steiner, le fondateur des écoles Waldorf, était chrétien.(Eaudrait-il, pour être bien certain d\u2019éviter la contamination de nos enfants par cette religion, cesser d\u2019écouter la musique de Bach et de regarder l\u2019art de Michel-Ange ?) Partout et depuis toujours, les humains ont compris le monde à travers des systèmes religieux.L\u2019enseignement Waldorf, «tourné vers la nature et le rythme des saisons», valorisant le bois et les «matières nobles», rendant hommage à la terre, fêtant les récoltes à l\u2019automne et l\u2019éclosion de la vie au printemps, ne ressemble-t-il pas davantage aux religions des autochtones du Canada qu\u2019à celles de ses colonisaterus?La pédagogie contemporaine des écoles publiques, elle, par contre, est l\u2019héritière directe, inavouée et inavouable, de l\u2019éthique protestante : individualisme forcené, compétition, scission du corps et de l\u2019esprit avec l\u2019impérative pour celui-ci de contrôler, diriger, dominer et réprimer celui-là, surtout travail, gagner sa vie à la sueur de son front.et si les faibles tombent en chemin, eh bien.Dieu ou Wall Street l\u2019ont voulu.Les écoles d\u2019aujorud\u2019hui forment la société de demain, et un coup d\u2019œil sur nos méthodes d\u2019enseignement nous donne une bonne idée de la société dont on rêve.Qublier le corps pendant les heures de classe.Ne faire aucune pause, aucun arrêt, ne marquer aucune transition.Ne pas s\u2019aider les uns les autres, ne pas discuter de ce que l\u2019on apprend poru le digérer, en considérer l\u2019utilité, l\u2019importance.Non: prouver qu\u2019on est dans le coup, avec les technologies de pointe, dès que possible.Lire plus vite, écrire plus vite, répondre plus vite aux questions à choix multiples poru les tests de Ql, finir l\u2019école plus vite, décrocher une job plus vite, partir à la retraite plus vite et moruir plus vite.Quf, c\u2019est fini.Et avec ça, puisqu\u2019on est contre la religion, on ne croit même pas au paradis ! Ql faut lire, sru le rapport pathologique de notre société au temps, le beau roman de Peter Hoeg sru l\u2019enfant inadapté qu\u2019il fut: Borderliners) Peu à peu, au cours de mes années High Mowing, j\u2019ai glané les principes de base de l\u2019anthroposophie [.].L\u2019anthroposophie n\u2019est pas directement enseigiiée dans les écoles Waldorf (pas plus qu\u2019on n\u2019enseignait naguère, dans les écoles religieuses au Québec, les principes fondamentaux de la théologie catholique) \u2014 cela n\u2019en fait pas un «culte»! La grande idée de Steiner, c\u2019est la primauté du spirituel (ce qui n\u2019est pas du tout la même chose que le religieux), et il est très significatif que dans toutes les activités des écoles La grande idée Waldorf, la voie vers cette spiritualité passe par le corps.de Steiner\tImmense découverte, encore incom- \u2019 plètement assimilée, de la neruologie et c\u2019est la\tde la biologie contemporaines : l\u2019esprit fait partie du corps, n\u2019est pas autre primauté\tchose que lui, ne lui pré-existe ni ne lui sruvit.Si nous voulons norurir notre es-du spirituel prit, le rendre sain, fin et humain.eh bien, il nous faut nous occuper de notre corps.De ses rythmes, de ses besoins, de ses élans.11 faut, oui, apprendre à nous servir de nos mains, de nos yeux, de nos oreilles, de notre peau.11 faut apprendre à aimer apprendre, plutôt qu\u2019à être le premier de la classe.Les critiques de l\u2019école de la Roselière affirment que «de grands pans de certaines matières obligatoires ne sont pas enseignés»*.Qr, non seulement ces élèves ont-ils un parcours plus riche, plus harmonieux et plus joyeux que le parcours typique des élèves du public, mais en plus \u2014 ce qui doit en énerver plus d\u2019un \u2014 ils réussissent lerus examens mieux qu\u2019eux! Les chiffres sont là pour le prouver.Ces élèves ne sont pas devenus des drop-outs, des baba-cool, des débiles mentaux qui passent leur vie à jouer avec des poupées de chiffon et à tricoter.Dans l\u2019ensemble, ils se débrouillent et sont bien dans leur peau.Je me dis que c\u2019est cela qui dérange.Les critiques des écoles Waldorf voudraient que tout le monde soit logé à la même enseigne qu\u2019eux : celle du ressentiment, de l\u2019exigence, de l\u2019obéissance et du conformisme \u2014 justement l\u2019éthique protestante du «succès grâce au travail» qui, en ce début du XXI® siècle, est en train de détruire les ressources de la Terre.et celles de ses habitants.Il y a un an, l\u2019émente de Victoriaville Je ne regrette pas d\u2019y être allé, d\u2019avoir perdu mon œil et frôlé la mort.Il faut continuer à dénoncer une répression qui s\u2019inscrit dans un cadre social beaucoup plus large MAXENCE L.VALADE Étudiant en sociologie à l\u2019UQAM et un blessé parmi d\u2019autres à Victoriaville.Le texte qui suit est un extrait d\u2019un texte complet qu\u2019on peut lire sur LeDevoir.com.1 y a de cela un an, j\u2019ai perdu l\u2019œil gauche et subi un traumatisme crânien sévère en raison de la répression.C\u2019était lors des affrontements de Victoriaville en marge du Conseil général ________ du Parti libéral du Québec.Je porurais décrire en détail la violence policière que nous avons subie lors de cet événement.Cependant, cette répression s\u2019inscrit dans un cadre social beaucoup plus large.11 m\u2019apparaît crucial de revenir sru l\u2019événement tout en cernant le système en-toruant la répression.La direction que nous prenons m\u2019inquiète.Les gouvernements en place, libéraux, péquistes, conservaterus et autres, répriment systématiquement la contestation.L\u2019application méthodique des règlements P-6 sru l\u2019île de Montréal (interdiction de manifester avec un masque, ou encore sans avoir dévoilé l\u2019itinéraire de la manifestation) et 500.1 à l\u2019extérieru de la métropole (interdiction de bloquer la circulation) témoigne d\u2019une volonté de pacifier l\u2019atmosphère afin d\u2019accomplir le programme néolibéral sans embûches.Les diverses mesrues des gouvernements visant à contraindre toute prise de position menacent l\u2019engagement citoyen.La liberté de manifester et la liberté d\u2019association sont attaquées, et puisque la répression relative à la participation politique ne s\u2019arrête pas aux contraventions et aux coups de matraque, la réponse populaire ne vient pas, le système capitaliste qui applique sa norme sur les individus ins-taïue un climat de peiu.[.] Notre classe politique se transforme quant à elle en simple technocratie ou classe gestionnaire qui ne réfléchit plus, ne discute plus, mais gouverne.Elle répond à des critères dictés par le marché pour le marché.[.] De fausses vérités économiques sont en même temps créées.Elles forcent les gouvernements à prendre des décisions antisociales en recherchant le profit du marché.Ainsi, les impératifs économiques ont supplanté le politique en le soumettant à sa logique opérationnelle.(Jes réflexions me hantent d\u2019autant plus compte tenu du souvenir de Victoriaville mais aussi de la brutalité quotidienne que nous subissons via les conditions judiciaires, les coups, les amendes, la peru et la méfiance.11 est important de se rappeler Victoriaville et de dénoncer la brutalité quotidienne.Je ne regrette pas d\u2019y être allé, d\u2019avoir perdu mon œil et frôlé la mort.J\u2019y étais pour me battre contre un système fondamentalement violent.La lutte pour l\u2019émancipation collective m\u2019apparaît comme un acte essentiel et cette lutte passe par la mémoire, la réflexion et l\u2019action.(Je que je regrette, c\u2019est qu\u2019après plusierus mois de révolte, de prise de conscience commune, de démocratie populaire active, tout semble avoir disparu.Je suis répugné par la société dans laquelle on empêche les manifestations, dans laquelle nous sommes si peu à pouvoir réa^ et dans laquelle, finalement, tout cela semble si normal.Le système et l\u2019élite à son service veulent nous empêcher de réfléchir, ils ne veulent pas que nous agissions; ils ne veulent que l\u2019extrapolation de ce qui est en place et la passivité imposée au peuple la rend possible, tout le reste stagne, tout le reste est subordonné à cette logique.Grosse fatigue à Labeaumeland David Desjardins Poruquoi ai-je l\u2019impression qu\u2019au moment de terminer cette chronique parfaitement nouvelle, j\u2019aurai le sentiment qu\u2019elle est déjà vieille ?C\u2019est sans doute la faute à la parade qui passe sous nos fenêtres, et repasse encore.Ces nouvelles qui reviennent en boucle et qui font que l\u2019actualité radote.Alors le chroniqueur aussi, forçément.A la différence, cette fois, que la colère devant la niaiserie est désormais remplacée par une grosse fatigue.Et cette semaine, particulièrement, par une envie de déménager n\u2019importe où pour échapper à la parade de la fièvre bleue qui défile de nouveau dans ma ville.Est-ce que c\u2019est beau, Ham-Nord?Consacré mois du retoru des Nordiques à Labeaumeland, mai ramène ce hoquet médiatique qui fait dire tout et son contraire aux politiciens, chroniqueurs de sports et personnalités publiques à propos du retoru d\u2019une franchise de la ligue nationale à Québec.Les autres nouvelles sont ainsi déclassées par l\u2019espoir frétillant des amaterus de sports.Quoi?La firme Roche est sur la sellette à la commission Charboimeau ?Qui s\u2019en soucie quand les Nordiques s\u2019en vieiment?«Ne doutez plus», a lancé un Marcel Aubut assuré, laissant entendre qu\u2019il serait peut-être dans le secret des dieux et qu\u2019une franchise de la Ligue nationale de hockey porurait enfin nous échoir.En phase avec l\u2019habituel registre de celui qui aime trop s\u2019écouter parler pour s\u2019infliger le supplice d\u2019avoir à réfléchir avant d\u2019ouvrir la bouche, la déclaration nous arua toutefois permis d\u2019assister à un superbe moment d\u2019humour involontaire lorsque le maire de Québec a rabroué ce bon Marcel parce qu\u2019il.parle trop.Je suis comme ça, moi aussi.Mes propres défauts sont généralement ceux qui me sont insupportables chez les autres.Mais bon, il n\u2019y a pas que M® Aubut qui jacasse pour dire n\u2019importe quoi à propos des Nordiques.Tandis que les convoités Coyotes de Phoenix agonisent pour une énième fois, tous les médias se sont mis en mode bleu.Comme la marche, comme les pelles, comme ce Kool-Aid que tant de gens semblent avoir avalé et qui, dès qu\u2019il est question de hockey, rend un peu idiot.Les quotidiens locaux savent que cette porno sportive qui pige dans les zones obscrues du désir est extrêmement lucrative.Alors, ils s\u2019y remettent, comme chaque fois qu\u2019ils en ont l\u2019occasion.C\u2019est ainsi que, cette semaine seulement, on a eu droit au dévoilement du design intérieru du nouvel amphithéâtre, qu\u2019on semble avoir confié au type chargé de la décoration de la moitié des restes de m\u2019as-tu-vu sur Grande-Allée.Aussi, il y a cet hiuluberlu qui s\u2019est faufilé jusqu\u2019en page couverture pour avoir coulé une rondelle à l\u2019effigie du Canadien dans les fondations de l\u2019amphithéâtre.Sans parler du maire qu\u2019on a vu conduire de la machinerie sur le chantier.Mais la palme revient sans conteste aux animateurs de radio qui, mardi, ont savamment décrypté l\u2019entrevue d\u2019un bonze de la LNH au réseau Sportsnet.11 fallait les entendre, se retenant à peine d\u2019analyser jusqu\u2019aux silences, cherchant avec ferveur dans le non-dit, les nuances ou un lapsus quelque preuve du fléchissement de Gary Bettman, et donc du retoru du hockey professionnel dans la capitale.Dans le lot, c\u2019est eux qui m\u2019ont semblé le plus affligeants.Pendant longtemps, je me suis shooté à la radio d\u2019opinions et son prêt-à-penser.J\u2019y ai tout analysé, j\u2019ai relevé ses contradictions, sa mauvaise foi.J\u2019ai dû écrire 150 chroniques sru le sujet.Et puis, un beau matin, j\u2019en ai eu assez de me taper leurs conneries : j\u2019ai tout simplement cessé d\u2019écouter.J\u2019y suis brièvement revenu cette semaine.Je suppose que j\u2019étais curieux de voir où ils en étaient, mais pendant mes quelques jorus à leur antenne, j\u2019ai eu le sentiment qu\u2019on y frelatait une sorte d\u2019ennui.Une manière de provoquer et de racoler l\u2019auditeur qui serait devenue une posture risible, une caricature.J\u2019ai senti qu\u2019il n\u2019y avait pas d\u2019envie.Pas de désir.Pas un soupçon de vérité dans leru spectacle.Alors que, dans les autres médias, la fièvre bleue m\u2019exaspère, je sais qu\u2019elle n\u2019y est qu\u2019une locomotive.Elle vend autre chose.Parfois même de la nouvelle de qualité.Mais dans ces radios, c\u2019est beaucoup devenu une raison d\u2019être.Et ça torune en rond.J\u2019ai eu le sentiment, en l\u2019écoutant, qu\u2019il y avait là un élan désespéré.C\u2019est mon imagination qui parle, évidemment.Ces animateurs ne soupçonnent pas qu\u2019ils sont en train d\u2019épuiser le potentiel d\u2019espoir qu\u2019ils distillent quotidiennement pour des auditeurs qui ont envie de croire : en n\u2019importe quoi, du moment qu\u2019ils croient.Jusqu\u2019à ce qu\u2019ils passent à autre chose.J\u2019y pensais quand la fatigue m\u2019a soudainement quitté.Et j\u2019ai revu mes plans de déménagement.Je veux être là le joru où cette radio, qui n\u2019est déjà plus qu\u2019une vieille pute, aura fini d\u2019épuiser son dernier truc.ddesjardins@ledevoir.com L\u2019EQUIPE DU DEVOIR REDACTION Antoine Robitaille (editoriahste, responsable de la page Idees), Jacques Nadeau (photographe), Michel Garneau (caricaturiste) , information générale : Mane-Andree Chouinard {chef de division), Dominique Reny (adjointe au directeur de l\u2019information), Caroline Montpetit (affaires sociales), Lisa-Mane Gervais (education), Alexandre Shields (environnement), Amehe Daoust-Boisvert (santé), Pauline Gravel (sciences), Fabien DeghseésoceefeJ et Jean Dion (sports) , information politique Marco Fortier (chef de division), Michel Dav\\d(chroniqueur), Helene Buzzetti et Mane Vastel (correspondantes parlementaires a Ottawa), Robert Dutnsac et Jessica Nadeau (correspondants parlementaires a Quebec), Jeanne Cornveau et Bnan Myles (affaires municipales, Montreal), Isabelle Porter (affaires municipales, Quebec), Guillaume Bourgault-Côte (reporter) , information culturelle Louise-Maude Rioux Soucy (chef de division), Odile Tremblay (cinema), Stéphane Baillargeon (médias), Fredenque Doyon et Isabelle Pare (reporters), Jubé Carpentier (pupitre) , information économique Gerard Berube (adjoint au directeur de l\u2019information), Marco Belau* Cinno, François Desjardins et Enc Desrosiers {reporters), Gerald Dallaire (pupitre) , information internationale Serge Truffaut (éditorialiste), Claude Levesque et Guy 'TaxWeier (reporters), Jean-Pierre Legault (pupitre international, page editoriale et cahier Perspectives), section art de vivre: Diane Precourt (responsable des cahiers Week-end et Plaisirs), Emihe Eohe-Boivm et Louis Gagne (pupitre) , équipe internet: Laurence Clavel, Mane-Pier Erappier, Benoît Munger et Philippe Papineau, (pupitre), Sophie Chartier, Karl Rettino-Parazelli et Genevieve Tremblay (assistants) , correction : Andre^ne Bedard, Christine Dumazet et Michele Malenfant, soutien à la rédaction: Amehe Gaudreau (secretaire), Elorence Eerrans (commis) DOCUMENTATION Gilles Pare (directeur) fbAasxoxv Derome (Montreal), Monique Bherer (Ottawa), Dave Noel (Quebec) PUBLICITE Cehne Benoît, Claire Breton, Jean de Billy, Jean-François Bosse, Marlene Côte, Evelyne De Varennes, Amel Ehmam, Amehe Maltais, Claire Paquet, Catherine Pelletier, Chantal Rainville, Nadia Sebai, Ousmane C Toure (publicitaires), Sylvie Laporte (avis legaux), Ehse G\\rard(secretaire) PRODUCTION Christian Goulet (directeur), Ohvier Zuida (directeur adjoint), Michel Bernatchez, Danielle Cantara, Richard Des Cormiers, Donald Eihon, Carohne Guunond, Yannick Monn, Nathahe Zemaitis INFORMATIQUE Yanick Martel (administrateur web), Hansel Matthews (technicien informatique) PROMOTION, DISTRIBUTION ET TIRAGE Jean-Robert Divers (responsable de la promotion),ls/iaxiYsi-0\\LviçT Leclerc (responsable duservice a la clientèle), Manon Blanchette, Nathahe Eihon, Mane-Lune Houde-Bnsebois, Isabelle Sanchez ADMINISTRATION Stéphane Roger (contrôleur), Olena Bilyakova (reponsable des services comptables).Claudette Behveau (adjointe administrative), Moïse Bastien, Claudine Chevner, Cehne Euroy, Ghislaine Lafleur et Véronique Page B 6 LE DEVOIR, LES SAMEDI 4 ET DIMANCHE 5 MAI 2013 SCIENCES Les mathématiques, une équation vitale La scientifique Ingrid Daubechies illustre les multiples applications courantes de cette discipline, dont 2013 est l\u2019année internationale La construction mathématique qu\u2019elle a découverte, et qui porte son nom, est utilisée pour réaliser les applications les plus diverses, dont la compression d\u2019images en format JPEG 2000 qui s\u2019affichent sur Internet.La présidente de l\u2019Union mathématique internationale, Ingrid Daubechies, était récemment de passage à Montréal pour donner une conférence au Cœur des sciences, dans le cadre de l\u2019Année internationale mathématiques de la planète Terre 2013.Rencontre.PAULINE GRAVEL Discrète, la mathématicienne Ingrid Daubechies parle d\u2019une voix douce, mais son discours n\u2019en est pas moins passionné, animé par le plaisir de comprendre et le désir de montrer l\u2019importance des mathématiques dans toutes les activités humaines.En entrevue, elle confie que son intérêt pour les maths ne s\u2019est déclaré qu\u2019à la suite de son doctorat en physique théorique obtenu à TUniversité libre néerlandophone de Bruxelles (Vrije Universiteit Brussel) en 1980, à l\u2019âge de 26 ans.«Pendant longtemps, dit-elle, j\u2019ai cru que j\u2019allais devenir ingé-nieure comme mon père.Mais à l\u2019université, je me suis rendu compte que j\u2019àais davantage intéressée par les fondements de la chose que par le travail d\u2019ingénieur.Puis, en terminant ma thèse, j\u2019ai réalisé que les outils mathématiques que j\u2019avais étudiés en profondeur avaient des applications dans d\u2019autres domaines que la physique.J\u2019ai alors décidé de m\u2019y concentrer», raconte Ingrid Daubechies, qui a été profes-seure de mathématiques à l\u2019Université Princeton de 1994 à 2010, avant de rejoindre l\u2019Université Duke en Caroline du Nord.« Il est de la responsabilité de la communauté mathématique de souligner davantage le lien entre les maths et cet instinct très humain de vouloir raisonner » , En 1987, elle émigre aux Etats-Unis pour rejoindre son futur mari, un mathématicien d\u2019origine britannique, qui fait alors des recherches aux Laboratoires Bell dans le New Jersey.C\u2019est dans cet établissement réputé que la scientifique élabore sa méthode de décomposition en ondelettes reconnue mondialement.Contrairement à la vague qui ondule à l\u2019infini, l\u2019ondelette correspond à une seule déclinaison d\u2019un patron d\u2019oscillations dans un espace fini ; ce patron peut toutefois être contracté ou dilaté, pour représenter des détails plus ou moins précis d\u2019une image, par exemple.Les ondelettes de Daubechies sont utilisées pour décomposer des signaux (spectres sonores, ondes sismiques, etc.) ou des images en éléments plus simples qui décrivent l\u2019objet à plusieurs échelles différentes.Toute image qu\u2019on envoie par Internet doit être comprimée.Pour ce faire, elle est décomposée rapidement en une superposition d\u2019ondelettes à l\u2019aide d\u2019un algorithme.Une fois traduite en ondelettes de Daubechies, l\u2019image comporte alors un volume de données à transmettre beaucoup moindre que celui occupé par l\u2019image elle-même, mais qui permet néanmoins de reconstituer à l\u2019autre bout une image de qualité équivalente, presque identique.Découverte à Montréal C\u2019est en février 1987, lors de son passage à Montréal pour donner une conférence sur son travail qui portait alors sur un tout autre sujet, que la mathématicienne découvrit la première d\u2019une famille d\u2019ondelettes de Daubechies.«De retour chez moi, j\u2019ai trouvé les autres ondelettes de la famille, qui en compte une infinité car elles ont une caractéristique qu\u2019on peut décliner à l\u2019infini», se souvient M™® Daubechies, qui s\u2019est alors attelée à la rédaction d\u2019un article pour un journal de mathématiques.«J\u2019ai insisté pour y inclure des tables de nombres pour implémenter l\u2019algorithme.Normalement, la façon d\u2019écrire un article pour les mathématiciens n\u2019aurait pas dû comprendre tous les calculs explicites qu\u2019ils pouvaient déduire eux-mêmes.Aussi, il n\u2019était pas évident qu\u2019un journal de mathématiques accepte de consacrer un grand espace à des tables de nombres qui ne leur apportaient rien de plus.Mais ils ont accepté, et je crois que c\u2019est cela qui a fait la différence pour les ingénieurs.» En effet, ces derniers ont été nombreux à percevoir le potentiel immense des ondelettes de Daubechies.Les ondelettes du FBI Les premiers à s\u2019être servis de ces ondelettes pour une application concrète furent probablement les ingénieurs du Federal Bureau of Investigation (FBI), qui voulaient informatiser les empreintes digitales conservées par l\u2019organisme sur quelques centaines de millions de cartons, classés dans des tiroirs d\u2019armoires occupant un espace immense.Un jour, Daubechies reçoit un coup de fil du FBI lui demandant une précision sur sa méthode de décomposition en ondelettes, laquelle, lui apprend-on, a remporté le concours lancé par l\u2019organisme pour trouver une façon de représenter et de comprimer d\u2019un facteur 20 les empreintes digitales.La méthode devait aussi permettre de reconstruire les images de façon à ce que soient conservées toutes les caractéristiques importantes pour vérifier la similarité d\u2019une empreinte à une autre.«Les empreintes digitales comportent des détails importants à diverses échelles, précise M™® Daubechies.Il y a évidemment toutes ces lignes noires, mais à l\u2019intérieur de chacune, de petits îlots plus clairs qui sont les pores de transpiration.Entre certaines lignes se trouvent parfois des îlots qui sont des amorces de lignes non réalisées.Or les ondelettes permettent de reconnaître ces caractéristiques à différentes échelles.» Derrière JPEG 2000 La décomposition en ondelettes de Daubechies a également servi à accroître les performances en compression de la norme JPEG.La norme JPEG 2000, transformée en ondelettes, non seulement permet une plus grande compression des photos, mais rend aussi les contours plus nets et contrastés.Cette norme est utilisée pour les applications sur Internet et les films numériques en Amérique du Nord et en Europe.La chaîne de télévision sportive américaine ESPN l\u2019emploie aussi pour la diffusion des matchs de football.La méthode des ondelettes est automatique, rapide et fiable.L\u2019image qu\u2019elle permet de reproduire n\u2019est jamais complètement identique à la photo originale.Elle comporte de légères différences.«Il n\u2019est pas nécessaire de reproduire exactement toutes les petites subtilités parce qu\u2019elles n\u2019ont souvent aucune importance pour reconnaître l\u2019objet ou saisir l\u2019essentiel de ce qu\u2019on photographie, explique la mathématicienne.Quand on comprime une image, l\u2019important est d\u2019avoir, partout où il le faut, assez de détails afin d\u2019obtenir la même impression nette de l\u2019image à l\u2019œil.Une décomposition en ondelettes procède en enlevant toutes les redondances au sein de l\u2019image à r\u2019\" / comprimer, c\u2019est-à-dire les endroits où les pixels sont presque identiques à ceux du voisinage.Par contre, lorsque ceux-ci ne sont pas tout à fait semblables, les ondelettes gardent toute l\u2019information.L\u2019outil choisit lui-même où il mettra son énergie pour coder une transition brusque.» L\u2019oxygénation du cerveau Daubechies a aussi collaboré avec des chercheurs en neuropsychologie qui voulaient analyser des enregistrements de l\u2019oxygénation du cerveau, obtenus par la technique d\u2019imagerie par résonance magnétique fonctionnelle pendant que des individus devaient réaliser une tâche particulière.Ces chercheurs devaient mesurer l\u2019oxygénation supplémentaire du sang générée localement par le processus mental lié à la tâche à exécuter.«Déjà, la lecture de ce signal est très bruitée, explique-t-elle.En plus, le signal lui-même est de faible intensité et donc difficile à séparer des autres signaux émis par l\u2019ensemble du cerveau, qui fait des tas de choses en même temps.Il faut donc procéder à une analyse du signal extrêmement fine et poussée pour l\u2019extraire de façon aussi fiable et reproductible que possible.Or il s\u2019avère que la méthode des ondelettes aide à voir plus de choses.» La paléontologie La mathématicienne travaille également avec des paléontologues qui comparent les molaires de mammifères de différentes espèces disparues dans le but d\u2019élucider des 0 ANNIK MH DE CARUFEL LE DEVOIR Ingrid Daubechies: « Pour que les maths demeurent une discipline vivante, nous avons besoin de diversité.Les mathématiques pures édifient le bâtiment, les cages d\u2019ascenseur pour aller d\u2019un étage à l\u2019autre.Ceux qui utilisent ces ascenseurs, qui donnent une vie au bâtiment, sont les mathématiciens appliqués.» questions d\u2019évolution.Son équipe a développé une méthode de calcul des similarités et des dissemblances entre deux surfaces dentaires.Une impression de la dent est réalisée avec une résine dentaire.L\u2019empreinte très détaillée ainsi obtenue est analysée en microtomographie, donnant une représentation topographique de la dent avec des monts et des vallées.«Il s\u2019agit de caractériser d\u2019une part le paysage de la dent en chaque point et d\u2019autre part de montrer comment ces différents monts et vallées s\u2019intégrent dans le tout, car l\u2019aspect local et l\u2019intégration dans le tout jouent un rôle dans la similarité et les dissemblances.A nouveau, il y a des éléments cruciaux à différentes échelles.L\u2019idée est de réduire la topographie à une représentation où il est plus facile de déterminer la similarité ou la dissemblance et qui aura une signification biologique.» L\u2019histoire de l\u2019art Ingrid Daubechies a récemment amorcé une collaboration avec des historiens de l\u2019art belges, néerlandais et états-uniens, qui désiraient mieux comprendre les techniques de différents artistes à partir des images obtenues lors de l\u2019examen d\u2019une peinture par rayons X, infrarouge et luminescence.«Chacune de ces trois propriétés donne une information fragmentaire, un aperçu différent de la même chose cachée.Il s\u2019agit d\u2019intégrer ces différents fragments et aperçus pour obtenir une vue d\u2019ensemble plus nette du travail ir i.^Les maths aident à développer la logique, la déduction, une gymnastique mentale qui nous sert dans tout yy de l\u2019artiste avant l\u2019application de la couche finale: de petites corrections ou, parfois, des changements radicaux comme l\u2019a fait Vincent van Gogh dans 20% de ses toiles.«Notre cerveau fait constamment ce genre d\u2019intégration à partir d\u2019images fragmentaires.Nous essayons maintenant de faire un travail similaire de façon mathématique, dans des circonstances pour lesquelles notre cerveau n\u2019a pas d\u2019expérience.» On traduit ces vues fragmentaires obtenues à partir de modalités différentes en ondelettes, puis on les fusionne à l\u2019aide d\u2019un algorithme.Ce qui permet d\u2019arriver à une reconstruction plus précise des images sous-jacentes et d\u2019avoir une meilleure idée de la méthode de travail de l\u2019artiste.Les ondes sismiques En outre, Ingrid Daubechies a mis son expertise à la disposition de géophysiciens qui voulaient mieux comprendre l\u2019origine et la localisation des panaches volcaniques, ces remontées lentes de matériaux très chauds provenant vraisemblablement du manteau de la Terre.«L\u2019analyse des ondes sismiques permet de voir dans les entrailles de la Terre.Nous avons donc étudié ces ondes générées lors de grands tremblements de terre et qui ont été enregistrées par les stations sismiques d\u2019Amérique du Nord au cours des dernières décennies», a-t-elle expliqué dans sa conférence à Montréal.L\u2019enseignement Ingrid Daubechies est très préoccupée par l\u2019enseignement des mathématiques à travers le monde et déplore le fait que beaucoup de jeunes les découvrent par le biais de professeurs qui n\u2019en sont pas vraiment passionnés.«Ce n\u2019est pas la faute des enseignants, mais parce que nous avons trop peu de professeurs.Nous n\u2019encourageons pas suffisamment les bons étudiants qui ai- CAROL ET MIKE WERNER NEWSCOM ment cette discipline à devenir projs de maths.» Et peu importe le genre qu\u2019on enseigne, la matière elle-même est importante.«Les mathématiques aident à développer le raisonnement logique, la déduction, une gymnastique mentale qui nous sert dans tout, rappelle la scientifique.Les journaux ne publieraient pas de sudokus si les lecteurs n\u2019aimaient pas cela.Résoudre un sudoku fait appel à un vrai raisonnement mathématique.Il est de la responsabilité de la communauté mathématique de souligner davantage le lien entre les maths et cet instinct très humain de vouloir raisonner.» Mais, pour transmettre ce plaisir que l\u2019on tire d\u2019un raisonnement logique bien construit, on ne doit pas voir les maths comme une série de recettes.«Il est beaucoup plus efficace d\u2019en comprendre vraiment les principes sous-jacents: cela permet de reconstruire toutes les formules, et ce, même des années plus tard, tandis que les recettes, on les oublie», poursuit-elle.Du plaisir «Souvent, les cours de maths sont construits de telle façon qu\u2019on demande aux étudiants d\u2019avoir confiance : faites l\u2019effort maintenant, vous verrez plus tard comment c\u2019est utile.Une partie d\u2019entre eux acceptent parce qu\u2019ils ont déjà un goût pour la chose.Mais pour tous les autres, c\u2019est un pas trop difficile à franchir.Il faut concevoir des cours de manière à ce qu\u2019un plus grand nombre de jeunes y trouvent du plaisir.Les liens avec la vie courante peuvent être une des façons d\u2019y arriver.«Et bien que je sois une mathématicienne appliquée, je défends ardemment les mathématiques pures.J\u2019apprécie leur valeur, d\u2019autant plus que j\u2019ai fait moi-même usage de constructions qui avaient été élaborées en mathématiques pures.«Pour que les maths restent une discipline vivante, nous avons besoin de diversité, de mathématiciens qui élaborent de très belles théories, de très beaux théorèmes, de très beaux cadres.Ces mathématiciens purs édifient le bâtiment, les cages d\u2019ascenseur pour aller d\u2019un étage à l\u2019autre.Ceux qui utilisent ces ascenseurs, qui donnent une vie au bâtiment, sont les mathématiciens appliqués.» Lorsqu\u2019on aborde avec Ingrid Daubechies le titre de baronne que lui a décerné le roi Albert II de Belgique en 2012, elle lance sans l\u2019ombre d\u2019une prétention: «Tant mieux si cela peut servir à faire parler des maths !» Le Devoir "]
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