Le devoir, 18 mai 2013, Cahier E
[" Michel de Broin, portrait d\u2019un électron libre auMACM Page E 3 Les deux visages de Manon à l\u2019opéra Page E 5 CULTURE DEVOIR, SAMEDI DIMANCHE MAI 2013 i i 'm ANNE-CHRISTINE POUJOULATi Une scène de la pièce Un ennemi du peuple, qui ouvre le Festival TransAmériques avant de prendre la route du Carrefour international de théâtre.) Tous coupables tous corrompus L\u2019Allemand Thomas Ostermeier revisite Ibsen pour mieux lire les contradictions de notre époque PAOLO PELLEGRIN Thomas Ostermeier, directeur de la Schaubühne de Berlin.CHRISTIAN SAINT-PIERRE à Berlin Depuis qu\u2019il a été nommé en 1999 directeur de la Schaubühne, haut lieu du théâtre berlinois, Thomas Ostermeier entretient avec le théâtre d\u2019Henrik Ibsen une relation soutenue.«Il y a deux ou trois grands classiques auxquels il faut sans cesse revenir, explique le metteur en scène sur la terrasse du Radialsystem V, un espace de création, de débat et de représentation emblématique du nouveau Berlin.A mon avis, parmi ces quelques classiques, il y a Ibsen, dont les pièces font beaucoup penser à notre époque.On y trouve les contraintes de la société bourgeoise, le souci de la perte du statut social, ces pressions publiques et privées qui sont encore aujourd\u2019hui au cœur de nos questionnements sur le bonheur.J\u2019oserais même dire que, de nos jours, pour apaiser nos inquiétudes, celles suscitées par la chute des utopies, nous avons tendance à revenir à cet esprit du XIX\u201dsiècle où les valeurs de la nation, de la religion, de la famille et de la carrière dominent.En fait, il est presque scandaleux que les pièces d\u2019Ibsen nous parlent encore à ce point.» Du monument norvégien, Thomas Ostermeier a déjà monté Une maison de poupée et Hedda Gabier, mais aussi des pièces moins connues comme So{ness le constructeur et John Gabriel Borkman.A l\u2019invitation du Festival TransAmériques et du Carrefour international de théâtre, il arrive chez nous avec Un ennemi du peuple fort d\u2019un terrible constat: intégrité et argent sont des notions tout à fait irréconciliables.«Dans cette société, explique Ostermeier, on ne peut pas vivre sans être coupable, sans être corrompu par cette manière dont on vit ensemble, par cette manière dont on exploite les autres.En fait, tout est une question de degré.Il y a des gens qui sont responsables de la misère à un plus haut degré et d\u2019autres qui le sont en se taisant, en adoptant un silence qui les rend coupables.Cela dit, il ne faut pas être trop déprimé par rapport à ça.Parce que c\u2019est aussi une tactique de la politique de nous faire penser que nous sommes le problème, alors que c\u2019est la structure corrompue dans laquelle nous vivons qui est la source de tous ces dérèglements.» La pièce, d\u2019abord montée l\u2019été dernier à Avignon, raconte le combat d\u2019un homme, le docteur Stockmann, qui découvre que les eaux thermales de son village natal sont contaminées par des micro-organismes pathogènes.Sa découverte, qui menace la prospérité économique de la ville, agit comme un révélateur, posant crûment la question de l\u2019espace qui reste à la vérité dans une société où tout est dicté par l\u2019économie.«Il y a des vérités qu\u2019on ne peut pas remettre en question, estime le metteur en scène.Des vérités qui méritent qu\u2019on se batte pour elles.C\u2019est ce que choisit de faire Stockmann.Il faut croire que la pièce exprime quelque chose d\u2019universel, ou à tout le moins d\u2019international, parce que des gens de partout dans le monde se sont reconnus.Ils disent que ça décrit parfaitement ce qui se passe dans leur pays.» Pour Ostermeier, le succès du spectacle tient en partie dans l\u2019expression «Penser globalement, agir localement».«Ce spectacle est très berlinois.Les costumes, les gens, l\u2019ambiance, l\u2019esthétique de la scénographie, la musique, tout cela est très berlinois.Cette expression locale, spécifique, celle d\u2019une certaine ville, d\u2019une certaine époque, et même d\u2019une certaine troupe, c\u2019est ce qui m\u2019intéresse, comme créateur aussi bien que comme directeur de théâtre.Ça ne m\u2019intéresse pas du tout de voir une espèce de Cirque du Soleil au théâtre.» Politisés mais inactifs La musique en direct est l\u2019un des éléments les plus remarquables de cette production.Les pièces pop-rock aux accents électroniques disséminées dans le spectacle font progresser l\u2019action, tout en disant quelque chose des personnages, de leur attachement à l\u2019art et même de leur soif de communion.«La musique occupe une place métaphorique dans le spectacle, explique Ostermeier.Elle évoque les autres arts, les autres disciplines créatives, très importantes â Berlin, comme le multimédia ou le design.Cet attachement des personnages â la musique traduit quelque chose de leur conscience libérale, de leur engagement et de leur clairvoyance.» VOIR PAGE E 4 : OSTERMEIER FESTIVAL TRANSAMÉRIQUES DANSE + THÉÂTRE 22 MAI - 08 JUIN 2013 QUELQUES INCONTOURNABLES.DÈS MERCREDI AU #FTA2013 « Un spectacle joyeux, assure avec sincérité et belle authenticité.» Mae centre i _________ _____ CRÉATION MONDIALE BOULEVERSANT L'ensorceleuse Marie Brassard § propose un voyage envoûtant.I EXCEPT ONNEL /in a Un theatre courageux, confrontant intelligent et magistralement réfléchi The Saturday Age « Une cérémonie chorégraphique sombre et belle, hypnotique.» La Libre Belgique INFO-FESTIVAL\tPLACE DES ARTS 514 844 3822\t514 842 2112 1 866 984 3822\t1 866 842 2112 BILLETS AU FTA.QC.CA LAPLACEDESARTS.COM 'ÉBar BEAUTY REMAINED FOR JUST A MOMENT.ROBYN ORLIN / JOHANNESBURG 23, 24 MAI / MONUMENT-NATIONAL TRIESTE MARIE BRASSARD / MONTRÉAL 25, 26, 27 MAI / USINE 0 BIRDS WITH SKYMIRRORS LEMI PONIEASIO/TLES SAMOA 29, 30 MAI / PDA - THÉÂTRE MAISONNEUVE GANESH VERSUS THE THIRD REICH BAOK TO BAOK THEATRE / MELBOURNE 30, 31 MAI, 1, 2 JUIN / USINE 0 E 2 LE DEVOIR, LES SAMEDI 18 ET DIMANCHE 19 MAI 2013 CULTURE.ARTS DE LA SCENE Theatre-reftige pour les naufragés du monde Un an après avoir galvanisé les spectateurs du FTA Alexis.Una tragedia greca, la compagnie Motus repense l\u2019espace commun ayec Nella tempesta ALEXANDRE CADIEUX Enrico Casagrande et Daniela Nicolô, têtes pensantes de Motus depuis 1991, en sont à leur quatrième visite au FTA.L\u2019année dernière, alors que Montréal était chaque nuit le théâtre d\u2019affrontements entre manifestants et forces de l\u2019ordre, ils nous avaient offert Alexis.Una tragedia greca, à la fois réflexion contemporaine sur la figure d\u2019Antigone et théâtre-documentaire sur les nombreux soulèvements populaires qui ont ébranlé la Grèce, mais aussi d\u2019autres pays européens ces dernières années.Secoués par cette adéquation montréalaise entre la scène et la rue, le metteur en scène et la dramaturge, basés â Rimini dans le nord de l\u2019Italie mais nomades de nature, ont choisi de donner ici les premières représentations de leur nouvelle création.Nella tempesta constitue le croisement d\u2019une réflexion sur La tempête de Shakespeare et le concept d\u2019hétérotopie, la théorie des «lieux autres» chère au philosophe Michel Foucault.Si le monde fait naufrage, le théâtre peut-il être cette île où artistes et spectateurs seraient forcés d\u2019inventer les règles d\u2019un nouveau vivre ensemble ?Ce qui est plus crucial encore, les éventuels apprentissages émanant de a.Cette crise, je peux bien le dire, moi Je Vaime, Elle peut forcer la population à se réunir et à expérimenter, à décider ce qu^elk veut pour elle-même, )) Enrico Casagrande, metteur en scène cette petite utopie pourront-ils réellement être exportés au-delâ des limites de la salle ?Un naufrage bienfaiteur?L\u2019Italie, on le sait, traverse une importante crise financière et politique entraînant une grande instabilité institutionnelle.« C\u2019est tout le système de représentation qui doit être repensé», déclare Daniela Nicolô, rencontrée avec son collaborateur au lendemain de leur descente d\u2019avion.«La loi électorale a pratiquement annulé la possibilité pour les citoyens de choisir leurs propres représentants; ce sont les partis qui sélectionnent de l\u2019intérieur qui formera le gouvernement.Avec en plus tous les scandales de corruption, la distance entre la population et la classe politique devient énorme.» Les risques â moyen terme de cette crise de confiance sont principalement, selon elle, une montée de l\u2019individualisme et une résurgence de l\u2019intolérance envers les immigrants, boucs émissaires idéaux dans un pays où le taux de chômage dépasse les 12%.Néanmoins, Enrico Casagrande soutient que ces périodes troubles que traversent en ce moment plusieurs démocraties occidentales peuvent aussi donner lieu â des remises en question ainsi qu\u2019au développement d\u2019initiatives innovantes.« Cette crise, je peux bien le dire, moi, je l\u2019aime.Elle peut forcer la population à se réunir et à expérimenter, à décider ce qu\u2019elle veut pour elle-même, à se constituer en microsociétés.» Occupation culturelle Les artistes de Motus citent comme exemple le vaste mouvement d\u2019occupation des théâtres et autres lieux publics inspiré par la prise en charge communautaire du vénérable Teatro Valle de Rome, prestigieux bâtiment inauguré au XVIIL siècle que la Ville souhaitait vendre â des intérêts privés désireux de le convertir 14® FESTIVAL La Capitale Groupe financier CARREFOUR INTERNATIONAL DE THÉÂTRE 21 MAI AU 8 JUIN 2013 QUÉBEC 700 représentations, 17 pays, adapté en 6 langues DANIELE FINZI PASCA / 22 au 25 mai Grand théâtre de Québec «[.] Icaro, c\u2019est de la magie sur scène, une magie fine, souriante, impalpable, une poudre de perlinpimpin que Daniele, l\u2019auteur et l\u2019acteur de l\u2019enchantement, vous jette aux yeux dans un éblouissement de grâce.» J.Mayencourt.L\u2019Express, Suisse.(à ?- 2 BILLETS POUR LE PRIX DE BILLETS____________________ .418(1 888)529-1996 *\t369, rue de la Couronne, 4® étage *\tcarrefourtheatre.qc.ca \u2018\u2019Offre valide pour une durée limitée.Uniquement à la billetterie du Carrefour.DU COMMERC UN ENNEMI DU PEUPLE JOEL POMMERAT/ Paris 2, 3, 4 juin THOMAS OSTERMEIER / Berlin 27 mai BILLETS ET ABONNEMENTS \u2022\t418(1 888)529-1996 \u2022\t369, rue de la Couronne, 4® étage, Québec \u2022\tcarrefourtheatre.qc.ca Et toute la programmation: \u2022\tLundi au vendredi : 10 h à 18 h Samedi: lOh à 17h \u2022\tTarifs de groupes : 418 692-3131 carrefourtheatre.qc.ca Québec ! Québec Cwitell dM Al «lu Canada LE DEVOIR PEDRO RUIZ LE DEVOIR Basés à Rimini dans le nord de TItalie mais nomades de nature, la dramaturge Daniela Nicolô et le metteur en scène Enrico Casagrande ont choisi de donner ici les premières représentations de leiu-nouvelle création, Nella Tempesta.en restaurant-cabaret.Lancées en juin 2011 et soutenues par des artistes de la trempe de Dario Fo, Nanni Moretti, Roberto Benigni et Erri De Luca, l\u2019appropriation illégale et la gestion démocratique du lieu ont fait des émules.«Il y a des tentatives très vivantes de chercher de nouvelles formes de partenariat où l\u2019on est moins préoccupé par la rentabilité, comparativement à un théâtre plus traditionnel ou bourgeois qui semble parfois fonctionner uniquement par et pour lui-même et qui donne peu de chances aux nouvelles générations», avance Nicolô.Motus multiplie les résidences, ateliers et collaborations avec ces inspirants îlots de résistance culturelle.Casagrande se sait choyé de bénéficier d\u2019un financement public et de nombreuses possibilités de coproductions internationales.«Nous ne nous inscrivons pas totalement en dehors du système, reconnaît-il, car nous apprécions les possibilités qui nous sont offertes d\u2019aller à la rencontre d\u2019un public parfois très loin de chez nous; c\u2019est aussi important de faire circuler les idées, de tenter de comprendre les autres.» Shakespeare comme cadre utopique Librement inspirée de la Tempête originale ainsi que de la réécriture qu\u2019en proposa Aimé Césaire en 1969, Nella tempesta propose entre autres une version du personnage d\u2019Ariel comme métaphore de l\u2019artiste, toujours pris entre une volonté de rompre sa relation avec le pouvoir et son in- capacité â s\u2019imaginer en dehors de cette forme de dépendance.Incarnée par l\u2019incandescente Silvia Calderoni, que les adeptes du FTA connaissent déjà, Ariel dialoguera avec Caliban, Ferdinand et Miranda, personnages retenus par Casagrande, Nicolô et les comédiens comme meilleurs véhicules pour explorer les thèmes qui leur sont chers.Collaborateur Le Devoir NELLA TEMPESTA D\u2019après La tempête de William Shakespeare.En italien, avec sous-titres français et anglais.Une production de Motus présentée à la Cinquième salle de la Place des Arts dans le cadre du Festival TransAmériques, du 24 au 27 mai.Tragédie amoureuse pour dandys du XXP siècle FREDERIQUE DOYON Ttêve de Festival TransAmériques, l\u2019OFFTA, qui navigue dans les créations plus risquées, hors genres, que son aîné, sort littéralement du cadre pour son coup d\u2019envoi, le 24 mai.Au départ du Théâtre d\u2019Au-jourd\u2019hui, port d\u2019attache du festival, un contingent d\u2019autobus jaunes emmènera le public dans un lieu secret.La scène de Détruire, nous allons prendra des dimensions de Colisée grec, et la pièce, des allures de tragédie héroïque pour dandys du XXL siècle.«Je trouve que c\u2019est tellement esthétiquement beau, un terrain de football!», s\u2019exclame au bout du fil, â propos du site choisi, le concepteur du spectacle, Philippe Boutin, qui s\u2019est adjoint pour sa première création, produite sous la bannière de Couronne Nord, le chorégraphe au parcours de comète Dave St-Pierre.Le jeune comédien et metteur en scène veut ainsi sortir le théâtre de ses petites habitudes et surtout le rapprocher de monsieur et madame Tout-le-Monde, de sa «gang de soccer» qu\u2019il aimerait bien voir partager le même rituel que sa «gang de théâtreux».«Dans le milieu, on se plaint que les salles sont vides.Le problème, c\u2019est l\u2019artiste, il doit tendre la main au public, aller vers lui plutôt que de rester dans sa boîte noire.» Mais surtout, ces dimensions démesurées permettent «de faire les choses vraies», estime ce sportif romantique qui boude le théâtre trop verbeux et intellectuel, le préférant quand il traduit «le mot poétique enjeu corporel».«On a la longueur de 100 verges! dit celui qui exploite le terrain sur sa longueur, campant son public dans la zone d\u2019un but.Donc on voit arriver un personnage du bout du terrain, en courant et vraiment essoufflé.» Du trop rarement vu au théâtre, selon lui.Il a découvert le vertige de ses authentiques états limites sur scène \u2014 s\u2019en étonne-t-on ?\u2014 auprès de Dave St-Pierre dans la pièce Foudres, qui s\u2019est DOMINIC BERTHIAUME La pièce de danse-théâtre Détruire, nous allons est sise dans un terrain de football qui sert de salle.promenée en Europe l\u2019an dernier, et voulait offrir cette expérience â son tour.Triangle amoureux Pour habiter et donner vie â cet immense espace, la pièce de danse-théâtre met en jeu 36 comédiens-danseurs.«Ce ne sont pas des personnages, c\u2019est un chœur», précise-t-il.Parmi eux évolue un triangle amoureux élargi â quatre protagonistes, dont une seule femme Üean-François Casa-bonne, Christophe Payeur, Emmanuel Schwartz et Marie-France Marcotte), et quelques personnages satellitaires (dont un cupidon incarné par Gabriel Szabo et l\u2019animateur Hermaphrodite alias Alexandre Lavigne).« C\u2019est l\u2019histoire de deux âmes sœurs qui ne se rencontreront jamais», résume-t-il.Un match nul qui promet.Le Devoir DÉTRUIRE, NOUS ALLONS De Philippe Boutin et Dave St-Pierre, le 24 mai à 19 h et le 25 mai à 20 h.Départ: Théâtre d\u2019Aujourd\u2019hui.OFFTA: rendez-vous choisis Dors, de Jacques Poulin-Denis, explore la nuit et la logique surréaliste du rêve.Le chorégraphe se révèle aussi un redoutable performeur et comédien.Les 25 et 26 mai au Théâtre d\u2019Aujourd\u2019hui.Eden Motel, de Philippe Du-cros, explore de manière scénique les thèmes de son roman : le bonheur déchu, marchandé et médicamenté de l\u2019Amérique, en mode laboratoire.Le 27 mai au Théâtre de la Licorne.Mix-off, soirée type de l\u2019OFFTA, mêle ï\u2019univers de la chorégraphe Marie Bé-land â celui d\u2019Olivier Choi-nière.Les 28 et 29 mai au Théâtre d\u2019Aujourd\u2019hui.DVoir aussi > La vidéo de présentation de Détruire, nous allons, ledevoir.com/ culture/danse LE DEVOIR, LES SAMEDI 18 ET DIMANCHE 19 MAI 2013 E 3 CULTURE.ENTREVUE Un électron libre aux confins des genres Michel de Broin célèbre ses 20 ans de carrière avec un solo majeur au MACM Esprit libre, Michel de Broin trace depuis 20 ans une ligne d\u2019œuvres cohérente, animée par la résistance aux courants dominants et par la transgression des limites.Dessins, vidéos-performances, maquettes, sculptures monumentales.Il y aura de tout ça au Musée d\u2019art contemporain de Montréal (MACM), qui lui consacre sa plus grande exposition.L\u2019expo est portée «par la nécessité essentielle de réinventer le monde», confie Michel de Broin JÉRÔME DELGADO En ce lundi de mai où la grêle s\u2019abattait sur la Petite Italie, peu de vélos s\u2019aventuraient dans le trafic.C\u2019est pourtant sur son deux-roues que Michel de Broin s\u2019est pointé au rendez-vous.Ça caractérise bien son anticonformisme, qui avance à contre-courant des normes, se pose comme un des électrons les plus libres du Québec de l\u2019art actuel.Celui qui s\u2019est déjà mis dans la tête de faire rouler une Buick 1986 à propulsion humaine \u2014 l\u2019œuvre Shared Propulsion Car (2005), constituée d\u2019une carrosserie et de quatre pédaliers, lui a valu un imbroglio judiciaire à Toronto \u2014 ne prétend pas provoquer pour provoquer.Son leitmotiv, admet-il une fois attablé au Caffè Italia: «réinventer le monde».Révélé en 1993 à la défunte galerie Yves Leroux, Michel de Broin célèbre ses 20 ans de carrière par un solo majeur au MACM, le premier chez lui depuis Machinations (2006-2007), que présentaient le Musée national des beaux-arts du Québec et la galerie de l\u2019UQAM.L\u2019expo Michel de Broin qui s\u2019ouvre vendredi marque le retour d\u2019un artiste qui, jusqu\u2019en 2011, passait une grande partie de son temps en Europe.La trentaine d\u2019œuvres réunies, dont plusieurs inédites, montrera l\u2019étendue d\u2019une pratique marquée par la subversion et par la question de la résistance.Au cœur de ce premier bilan, une pièce emblématique, tirée de la lointaine époque chez Yves Leroux: Embrase-moi (1993-2013), réalisée avec un «élément chauffant» et rerpise au point pour l\u2019occasion.A l\u2019époque, Michel de Broin n\u2019a que 23 ans, mais sa signature est déjà là.Une pointe d\u2019humour, un clin d\u2019œil séducteur et, surtout, cette volonté de révéler un élément discordant à l\u2019intérieur d\u2019un système.Avec Embrase-moi, il se penche sur la résistance électrique, instant où «les électrons se mobilisent pour produire un dégagement de chaleur».«La chaleur est une perte, qui échappe au circuit électrique, explique-t-il.Je la vois comme une métaphore de la résistance sociale.La résistance est liée au système, au pouvoir.Et le pouvoir sans résistance ne peut pas circuler, n\u2019agit pas.On l\u2019a vu avec le printemps arabe.» Non politique Michel de Broin refuse d\u2019être qualifié d\u2019artiste politique.Créer des images qui cherchent l\u2019acquiescement ne l\u2019intéresse pas.«Il faut renouveler, remettre en question», résume-t-il.«Chaque oeuvre est une facette de cet uni- vers que j\u2019essaie de mettre en place.Je ne cherche pas à faire de la représentation politique, à faire du sens, à dire ce qui est bien, ce qui est mal.Je ne m\u2019intéresse pas à la morale.Ce que j\u2019aime, c\u2019est mettre en jeu des forces, des conflits, des paradoxes, des pensées.» La Buick à pédales, comme toute sa production, sculptures cinétiques ou non, œuvres 2D ou 3D, que ce soit la piste cyclable au tracé digne d\u2019un dessin automatiste {Entrelacements, 2001) ou le conteneur à déchets transformé en spa {Monochrome bleu, 2003), appelle à corrompre l\u2019ordre, à rompre avec le confort.«Je m\u2019intéresse au danger, au risque, dit celui qui a déjà voulu suspendre une roulotte au bout d\u2019une grue, pour y habiter quelques jours.Cet esprit rebelle l\u2019habitç depuis l\u2019enfance.A neuf ans, il fabriquait des go-karts et des cabanes avec des déchets.Il voulait devenir éboueur.L\u2019école lui a été pénible ; il ne rentrait pas dans le moule.«Le système d\u2019apprentissage est plutôt axé sur la répétition, le par cœur.Moi, il fallait que je fasse les choses pour les comprendre.» C\u2019est un ami militant et un autre poète qui lui montrent d\u2019abord la voie.Puis des «profs brillants» au cégep, où il est entré, dit-il, «par erreur», sans diplôme secondaire.H y découvre la philo, la littérature et un univers avec du «contenu», qui lui permettent de s\u2019émanciper.La renommée Tout s\u2019est placé par la suite.Prix Sobey 2007, fort d\u2019un curriculum où s\u2019entremêlent les expositions dans des lieux les plus prestigieux, de la Villa Merkel, en Allemagne, au MAC-VAL, musée en région parisienne, Michel de Bjoin est aujourd\u2019hui apprécié.A ses yeux, ce sont deux solos dans des centres d\u2019artistes montréalais, L\u2019opacité des corps (Circa, 1997) et Matière dangereuse (Skol, 1999), qui lui valent sa renommée.Présent dans l\u2019espace public, au Canada comme en Europe, il avoue avoir souvent échoué dans les concours.«A Montréal, je n\u2019ai gagné que deux concours sur 14», dit l\u2019auteur de Révolutions (2003), à la station de métro Erontenac, et de L\u2019arc (2009), au parc Jean-Drapeau.Ses prochains^ coups d\u2019éclat pointeront à l\u2019île-du-Prince-Edouard et à Berlin, à l\u2019ombre du Reichstag.La nouvelle expo aura, elle, sa couleur.Contrairement à tous ses autres solos, aucun thème n\u2019aura orienté la sélection d\u2019œuvres, menée par l\u2019artiste et par Mark Lanctôt, conservateur du MACM.Seul un souhait de «construire une narration» les aura guidés.L\u2019expo sera la plus libre, la Michel de Broin en six dates 1970: naissance à Montréal.1993: première exposition individuelle, galerie Yves Leroux.2000: L\u2019éclaireur éclairé, première œuvre publique.Centre de formation Daniel-Johnson, à Pointe-aux-Trembles.2002: Epater la galerie, premier solo en Europe, Villa Merkel, à Esslingen am Neckar.2007: prix Sobey.2009: La maîtresse de la tour Eiffel, intervention lumineuse lors de la Nuit blanche, à Paris.-\t-\tÆ.' -sgïl I si FRANÇOIS PESANT LE DEVOIR Michel de Broin refuse d\u2019être qualifié d\u2019artiste politique.Créer des images qui cherchent l\u2019acquiescement ne l\u2019intéresse pas.$ VOèr.AVEC L\u2019AIMABLE PERMISSION DE LA GALERIE DIVISION/GUY L\u2019HEUREUX L\u2019abîme de la Liberté, 2013, acier COLLECTION DU MUSEE D\u2019ART CONTEMPORAIN DE MONTREAL Deadstar, 2008, piles usagées, uréthane et polystyrène plus de Broin finalement, portée, dit le principal intéressé, «par la nécessité essentielle de réinventer le monde».Certains objets significatifs du cheminement entamé en 1993 auront été remis à jour.Comme Embrase-moi on Objet perdu (2002-2013), «une sculpture qui se cache quand les gens arrivent dans la salle, qu\u2019on ne verra presque jamais, parce qu\u2019il y a toujours du monde au musée, contrairement à ce que certains disent», Keep on Smoking (2005- 2010), autre œuvre réévaluée, se présente sous la forme d\u2019un vélo qui rejette, une fois actionné, de la fumée.«L\u2019œuvre reprend l\u2019idée du green bashing, mais à l\u2019envers, dit l\u2019artiste.On peint tout en vert, mais en réalité on continue à détruire l\u2019environnement.» Parmi ses œuvres récentes, de Broin évoque L\u2019abîme de la Liberté (2013) \u2014 titre emprunté à feu Michel Ereitag, le professeur de philo qui a marqué le sculpteur pendant ses études à l\u2019ÛQAM.Ce bronze représente la statue de la Liberté à l\u2019envers.«En la retournant, je présente la Liberté pour ce qu\u2019elle est, c\u2019est-à-dire une prouesse, un exploit, un défi à la gravité, alors que la Liberté de Bartholdi est une image de l\u2019institution, rigide, très lourde.J\u2019expose l\u2019abîme, le vide, le creux, une notion de liberté plus près du défi.» Libre et prompt à relever les défis, Michel de Broin est reparti sur son vélo, en sens contraire de la circulation.L\u2019atelier l\u2019appelait.A une semaine et demie du vernissage, il lui restait quelques dessins à terminer.Sans doute un autre plat de résistances insoupçonnées.Collaborateur Le Devoir MICHEL DE BROIN Au Musée d\u2019art contemporain de Montréal, du 24 mai au 2 septembre.D Voir aussi > D\u2019autres œuvres tirées du solo de Michel de Broin au MACM.ledevoir.com/culture/arts-visuels Hydro Québec Festival international du\tdu\tà Masque Québec Saint-Camille du 23 mai au 2 juin 2013 présente\t¦ '% Muffi Eji coproduction a ORCHESTRE SYMPHONIQUE DE MONTRÉAL Présenté pâr Hydro-Quét Série LES RECITALS 3e édition Spectacles Expositions Conférences Ateliers Rendez-vous festifs Théâtre Nô (Japon) Série PIERRE-ROLLAND Bread & Puppet A) LE DEVOIR S O J CONSEIL\tCRE DE LA CULTURE Libre de penser DE L\u2019ESTRIE Série DOMINICA Réservations en ligne 819-200-4397 www.masqalors.ca © mBttâ Saison 2013-2014 Pour renseignements : .jr Pro 514845 0532 iViUSlCâ www.promusica.qc.ca Pour acheter des billets : ©laplacedesarts.com 514 842 2112 /1 866 842 2112 Québec î Québec' canadien Heritage FSH d:»::!:\u2019.\u2019»\"?» InScena Musicale E 4 LE DEVOIR, LES SAMEDI 18 ET DIMANCHE 19 MAI 2013 CULTURE >MEDIAS Tout le monde tout nu ! Une websérie comique campée dans le milieu de la porno STEPHANE BAILLARGEON Des étalons hétéros d\u2019un studio de production porno québécois répètent une toune country en bedaine, avec chapeaux et bottes de cow-boy: «On va baiser/toute la journée.», reprend le refrain.De la grande classe.Le réalisateur arrive et annonce que, pour «stimuler les marchés émergents», il va falloir «tourner une scène à la Brokeback».Le plus dodu demande des précisions et on les lui donne: «Le film, les deux cow-boys, la tente, les doigts mouillés.» Deux malins se défilent {«Je ne score pas dans mon but»', «J\u2019ai les hémorroïdes»).avoir rechigné, deux autres tirent à pile ou face qui sera «sur le top».Ainsi va la vie délirante des stars du XXX dans la nouvelle websérie Les tout-nus.tv qui arrive en ligne mardi.Les 24 courts épisodes (entre une et deux minutes chacun) seront mis en ligne à la queue leu leu, au rythme d\u2019un par jour, du lundi au jeudi, avec un supplément le vendredi.Une autre capsule bientôt diffusée met en scène une «hardeuse» qui a de la difficulté à se mettre dans la peau de son personnage.Une autre encore traite de l\u2019arrivée BANANA PRODUCTIONS La série ne dévoilera rien de brut et d\u2019explicite puisque le Web en montre déjà énormément.d\u2019un petit nouveau généreusement doté.Ces zigotos du zob ont des noms de circonstance : Dick Dumbo, Luicy Juice, Carlos Canada, Sushi et.Patrick Sauvé (c\u2019estle dodu).L\u2019idée de la rigolo-porno n\u2019est pas nouvelle, mais c\u2019est la première fois qu\u2019elle inspire une fiction québécoise.«Nous cherchions un sujet quand nous avons vu Kink, qui a été pré- «Nous avons utilisé un univers irrévérencieux et nous avons profité de la liberté que nous offre le Web» senté au Festival Sundance, un documentaire sur l\u2019univers sadomasochiste, explique en entrevue téléphonique le réalisateur Benoît Lach, coscénariste des Tout-nus.tv avec Vincent Lafor-tune, qui joue dans la production.«Le décalage entre la normalité des gens et l\u2019anormalité de leur comportement sadomasochiste nous semblait intéressant, poursuit ce dernier.Il y avait un levier comique à exploiter.» Le sujet permet en plus de sortir des sempiternelles histoires de couples qui maculent ORCHESTRE MÉTROPOLITAIN YANNICK NÉZET-SÉGUIN I Desjardins ACCÜEILÜR ABONNEZ-VOUS A PARTIR DE 124$ la fiction québécoise, peu importe l\u2019écran.«Nous avons utilisé un univers irrévérencieux et nous avons profité de la liberté que nous offre le Web», poursuit M.Lafortune.Leur fabrique à fictions paillardes a été baptisée Banana Productions, évidemment.Les apprentis licencieux ont cassé leur gros cochon (en fait, ils ont sorti leur REER) pour financer les tournages.Et si le sujet est hyper-salé, la note de frais comme le traitement ne le sont pas.Le choix assumé de cette petite forme permet en clair de rire du cul sur le Web sans en montrer, puisque le Web en montre déjà énormément.«B n\u2019y a pas d\u2019organisme réglementaire sur Internet, dit le réalisateur, mais nous allons quand même placer un avertissement sur le site.Notre production pourrait être jugée pour 14 ans et plus, et encore.Disons que c\u2019est de la porn pour tous.» La massification de la production et de la consommation du matériel pornographique permet de jouer avec les codes.Il faut que le public connaisse assez finement une situation pour lire de son pastiche.«Il y a une énorme hypocrisie et une culpabilité autour de la porno, commente M.Lafortune.Personne n\u2019en regarde et pourtant c\u2019est une industrie de plusieurs dizaines de milliards par année.Quelqu\u2019un de 15 ans sait ce qu\u2019est un gang bang et quelqu\u2019un de 65 ans aussi.» Les deux comparses dans la trentaine, originaires du monde de la pub et pas particulièrement coincés, notent que, sur le plateau de tournage, les plus jeunes tout juste sortis de l\u2019adolescence avaient un rapport très franc et très libre au sujet.Les énormes succès populaires de certaines émissions à la sexualité assez crue pointent aussi vers une tolérance sociale généralisée des fictions ayant un thème sexuel.Le réseau HBO, qui a ouvert la voie vers le nouvel âge d\u2019or de la fiction télévisuelle avec The Sopranos ou Sex and the City, repousse sans cesse les limites en multipliant les scènes de plus en plus explicites dans ses séries comme Game of Thrones.Ça parle cul parfois ici, mais on le voit peu.Le tandem Lach-Lafortune attend le financement pour une série pour la télé intitulée C\u2019est si bon, produite par Solo film, qui a déjà donné CA, dernière création québécoise sur un thème sexuel.Le drame comique va proposer de suivre cinq personnages, cinq patients d\u2019une sexologue, chacun avec ses « petits travers » : un polygame, un célibataire obstiné, un couple branché, une couguar, etc.«Là encore, la sexualité sert à parler de tout ce qui l\u2019entoure, explique Vincent Lafortune.La sexualité mène à une gamme d\u2019émotions très, très large.Cette réalité concerne un dénominateur commun de l\u2019humanité tout en ouvrant sur le plus intime de chacun.» Là encore, les téléspectateurs ne verront rien parce que la série ne dévoilera rien, de brut et d\u2019explicite s\u2019entend.«C\u2019est rendu tellement banal de voir des corps nus que ç\u2019a perdu de son impact, dit M.Lach.C\u2019est devenu beaucoup plus difficile et porteur de ne pas montrer la sexualité tout en en parlant.» Son compagnon de création enchaîne et conclut: «Si les gens regardent Les tout-nus pour voir des tout-nus, ils ne sont pas à la bonne place.Bs n\u2019ont qu\u2019à aller à la source d\u2019inspiration, c\u2019est facile, la fenêtre est ouverte.Ce sera pareil avec C\u2019est si bon, parce qu\u2019il n\u2019y a rien dans l\u2019exposition de la pornographie pour allumer la création originale.Ce qui est intéressant, c\u2019est d\u2019explorer ce qui se passe à l\u2019intérieur des personnages, tout l\u2019univers des émotions et des rapports humains.La sexualité, c\u2019est notre lentille pour parler de la vie.» Le Devoir DVoir aussi > Un extrait de la nouvelle websérie Les tout-nus.tv.ledevoir.com/ société/médias orchestremetropolitain.com 514 598-0870 COflSM tfMVtS etMÜSIQUE CLASSIQUE Les deux visages de Manon L\u2019Opéra de Montréal clôt sa saison avec l\u2019opéra phare de Massenet CHRISTOPHE HUSS Manon, opéra phare de Massenet, met un point final à la 33® saison de ropéra de Montréal (OdeM), qui mise ici sur des valeurs sûres en recourant au cadre de sa production de 1999: les décors de Bernard Uzan et les costumes maison.Uensemble servira de cadre à une mise en scène du Canadien Brian Dee-drick, un professionnel aguerri, dont la dernière présence à rOdcM remonte kAïda en 2006.Deedrick a déjà mis en scène Manon à Calgary en 2009.Le rôle de Manon sera incarné par la soprano québécoise Marianne Fiset, qui a connu la gloire dans ce rôle à l\u2019Opéra de Paris en 2012.Fiset, doublure de Natalie Des-say, y a profité des ennuis vocaux et des annulations de cette dernière pour assurer la majorité des représentations et attirer l\u2019attention des critiques français.Succès immédiat Jules Massenet (1842-1912) est le petit dernier d\u2019une famille de douze enfants.Natif d\u2019un village près de Saint-Etienne \u2014 ville dont l\u2019Opéra effectue depuis 1989 un phénoménal travail de perpétuation et de redécouverte de son œuvre \u2014, il sera formé à Paris.Devenu un protégé d\u2019Ambroise Thomas, Massenet écrit son premier ouvrage lyrique, La grand'tante, un opéra-comique en un acte, en 1867, à l\u2019âge de 25 ans, après avoir obtenu le Prix de Rome.Dans son parcours de compositeur, Manon se situe 17 ans plus tard (1884).Deux ouvrages majeurs séparent La grand'tante de Manon.Il s\u2019agit du Roi de Lahore (1877), un opéra exotique à mi-chemin chronologique entre Les pêcheurs de perles de Bizet et Lakmé de Delibes, et d\u2019Héro-diade (1881).Dans la vague du monumentalisme de l\u2019époque.qui, comme Le roi de Lahore, cultive le spectaculaire, Héro-diade est avant tout une suite de sept tableaux musicaux.C\u2019est avec Manon que Massenet passera de la peinture musicale au vrai théâtre chanté.Tout d\u2019abord parce que le sujet, le drame, ne mérite pas autre chose.Mais aussi parce que, sur le plan musical, Massenet use habilement de codes, repères et motifs récurrents qui campent une situation dramatique et amplifient l\u2019action théâtrale.Manon sera un triomphe populaire immédiat.Les critiques embrayeront par la suite.Mais le premier grand succès de Massenet parvient à conquérir les grandes scènes européennes en une année.Une adaptation fidèle A Amiens, à l\u2019arrivée de la diligence, Lescaut attend sa cousine Manon, en route vers un couvent.Manon, d\u2019une confondante beauté, se fait courtiser.Elle admire aussi des jeunes femmes alentours et préférerait leur liberté à la vie qui l\u2019attend au couvent.Apparaît le jeune chevalier des Grieux.Le coup de foudre est si instantané que tous deux s\u2019enfuient à Paris.Ils y vivent pauvrement.Manon se fait courtiser depuis quelque temps par le riche Brétigny.Ambivalente, car attirée par le luxe, elle consent à ouvrir la porte à des hommes du comte des Grieux venus enlever le chevaliçr pour lui donner une leçon.A l\u2019acte III, Manon mène grande vie entretenue par Brétigny et courtisée par d\u2019autres riches mondains.Pendant ce temps, le chevalier des Grieux s\u2019est fait abbé, mais il n\u2019a pas encore prononcé ses vœux.En fait, le comte espère en secret que son fils rencontrera une jeune fille de bonne famille, mais c\u2019est Manon qui apparaît et ils repartent ensemble pour un tour.Les deux amoureux se retrouvent dans une maison de jeu où Grieux, qui joue le reste de sa fortune pour faire vivre ANNIK MH DE CARUFEL LE DEVOIR Bruno Ribeiro et Marianne Fiset, en répétition pour l\u2019opéra Manon.Manon au « niveau » qu\u2019elle escompte, est arrêté pour tricherie.Grieux, libéré grâce à son père, tente de sauver Manon, condamnée à l\u2019exil.Au moment où il la retrouve, dans un bateau au Havre, elle meurt dans ses bras.Puccini VS Massenet Massenet et ses librettistes choisissent de coller au plus près de l\u2019histoire écrite en 1731 par l\u2019abbé Prévost.Neuf ans plus tard, Puccini composera Manon Lescaut.Outre le fait que chez Puccini Manon se retrouve dans un désert, la Manon de Massenet est plus «vraie», car elle préserve l\u2019équilibre entre «l\u2019éducation sentimentale» imposée à Grieux et la description du parcours, des ambivalences et dualités de Manon.Puccini, lui-même inspiré par l\u2019œuvre de Massenet, a comparé les deux approches en disant que Massenet traitait le sujet «avec de la poudre et des menuets» alors que lui-même le chargeait d\u2019une «pas-siop désespérée».A Montréal, dans le rôle du chevalier des Grieux, nous ferons connaissance avec le ténor portugais Bruno Ribeiro.Le reste de la distribution puise dans le vivier local.Le baryton Gordon Bintner, en Lescaut, tiendra son premier rôle à l\u2019OdeM après son succès au concours OSM-Stan-dard Life en 2011.Alain Cou-lombe sera le comte des Grieux et Alexandre %lvestre incarnera Brétigny.A la tête de l\u2019Orchestre métropolitain, Fabien Gabel, directeur musical de l\u2019Orchestre symphonique de Québec, dirigera pour la première fois à l\u2019OdeM.Le Devoir Manon, la crème en CD et en DVD Pour qui veut se préparer au spectacle, signalons qu\u2019en disque la grande version avec Ileana Cotru-bas, Alfredo Kraus, Gino Quilico et José van Dam se retrouve désormais avec 14 autres opéras à peu de frais (moins de 3 $ le CD !) dans un coffret sans concurrence ni équivalent Michel Plasson et l\u2019opéra français (FMI 38 CD 50999 636363 2).En DVD, le spectacle du Liceu de Barcelone en juin 2007 est vraiment recommandable, avec Natalie Dessay en Manon, Rolando Villazon (avant la catastrophe vocale) en Grieux, Manuel Lanza en Lescaut et Samuel Ramey en comte des Grieux (Virgin 50999 5050689).Manon est très bien servie par la vidéo, qui a préservé les incarnations de Renée Fleming à l\u2019Opéra de Paris et d\u2019Anna Netrebko à l\u2019Opéra national de Berlin, sous la direction de Daniel Barenboim.Ce dernier spectacle, une intéressante transposition dans les années 50 avec une Manon-Marilyn, existe aussi en Blu-ray.MANON Opéra de Jules Massenet (1884) sur un livret d\u2019Henri Meilhac et Philippe Cille, d\u2019après L\u2019histoire du chevalier des Grieux et de Manon Lescaut de l\u2019abbé Prévost (1731).Salle Wilfrid-Pelle-tier de la Place des Arts les 18, 21,23 et 25 mai 2013 à 19 h 30.514 842-2112.DVoir aussi > Un aperçu de la production de l\u2019Opéra de Montréal, ledevoir.com/ culture/musique appaSSionata Harmonies du soir Un soir seulement ! 70 artistes sur scène avec les VCU Commonwealth Singers (É.-u.) Solistes : Nathalie Paulin, soprano Michelle Sutton, mezzo David Menzies, ténor Cairan Ryan, baryton OLIVER JONES aTce JOSÉE AIDAIVS -reSlLADY Appassionata reçoit les VCU Commonwealth Singers, choeur américain dans l'interprétation de la Messe Lord Nelson de Haydn, sous la direction de Daniel Myssyk.Un concert grandiose aux couleurs nocturnes ! 22 m a i Salle Pierre-Mercure 2013 300 de Maisonneuve E 20 h Montréal 514 388-5876 appassionata.ca M- ^ Sérénades tchèques en magasin et en ligne LE VIOLON nuiiifl , \\ LA CHAPELLE DE QUEBEC BERNARD LABADIE SAISDN 2D12.2D13 La première québécoise de [\u2019un des plus grands oratorios de Handel, avec une distribution cinq étoiles ! W ABONNEZ-VOUS ^ SAISON 2013-2014 À QUÉBEC THEODORA HANDEL 23 ET 24 MAI A 20 h PALAIS MONTCALM 25 MAI A19h30 MAISON SYMPHONIQUE DE MONTREAL BERNARD LABADIE, CHEF KARINA GAUVIN, SOPRANO (THEODORA) lESTYN DAVIES, CONTRE-TÉNOR (DIDYMUS) MARIE-NICOLE LEMIEUX, CONTRALTO (IRENE) ALLAN CLAYTON, TÉNOR (SEPTIMIUS) ANDREW FOSTER-WILLIAMS, BARYTON-BASSE (VALENS) AVEC LE CHŒUR LA CHAPELLE DE QUÉBEC PALAIS MONTCALM />iaiSon de.ta /yii^Si^Ue 1 877 641-6040 ©laplacedesarts.com 514 842 2112/1 866 842 2112 PARTENAIRE MEDIA O^^Québec LaCapitale\tfjGazMétro LE DEVOIR Groupe financier\t7 Vie en bleu OLIVE JONES DISPONIBLE MAINTENANT « Oliver Jones, le maître de la constance Just For My Lady est un album joyeux de bout en bout » - Serge Truffaut - LE DEVOIR En vente chez -f.Justin Time CanadS EAÇIQR ARCHAMBAULT Une société de Québécor Média E 6 LE DEVOIR, LES SAMEDI 18 ET DIMANCHE 19 MAI 2013 IDE VISU La compacité du vide Michael A.Robinson remonte à l\u2019origine des idées THE ORIGIN OF IDEAS Michael A.Robinson Galerie Antoine Ertaskiran, 1892, rue Payette, Montréal Jusqu\u2019au 8 juin MARIE-ÈVE CHARRON La question des origines \u2014 du monde, de l\u2019espèce humaine ou de îa création \u2014 en est une vaste et, de surcroît, truffée de pièges, comme l\u2019a révélé la philosophie poststructuraliste.Quand Michael A.Robinson aborde une telle question, il parvient à en traduire la teneur, mais sans les contraintes de la démonstration détaillée.L\u2019artiste emprunte plutôt un langage plastique évocateur à propos de ce qui est en fait un thème récurrent dans son travail.The Origin of Ideas, le titre de l\u2019exposition en cours chez Antoine Ertaskiran, la première de l\u2019artiste dans la galerie qui désormais le représente, réaffirme l\u2019intérêt pour cette question avec des œuvres inédites.Le cœur de cette exposition se compose de deux installations spectaculaires qui sont complétées par une série de tableaux minimalistes, dans la palette de prédilection de l\u2019artiste, le noir et le blanc.Une des installations reprend un mode souvent emprunté par l\u2019artiste qui consiste à assembler des objets dans une forme suggérant une explosion.Il s\u2019agit cette fois d\u2019une multitude de trépieds et de caméras qui s\u2019étoile depuis le mur.Certains des appareils s\u2019actionnent, faisant entendre leurs cliquetis et flashant en direction du mur où ils composent une masse compacte.La réflexivité induite par cet assemblage en dit long sur la culture du regard à une époque où les caméras sont des réquisits de tous les instants, dans le monde des paparazzis comme dans le phénomène du culte de soi.L\u2019absurdité de ces caméras f 1 Â \\ t r J V PHOTOS DENIS FARLEY Deux installations spectaculaires forment le cœur de l\u2019exposition : l\u2019une avec des lampes, Panoptic Illumination, l\u2019autre avec des trépieds, Subject to Scrutiny.qui se regardent elles-mêmes est soulignée par le fait que ce sont les trépieds qui se propulsent vers l\u2019extérieur, comme si les appareils boudaient tout le reste, puisqu\u2019elles sont inopérantes à capter ce qui se passe autour.L\u2019autre installation, plus saisissante encore, reprend le motif du repli vers l\u2019intérieur, mais sans la poussée dispersée des objets vers l\u2019extérieur.Les innombrables STEPHEN PON, VERRIER D\u2019ART LES NAVIGATEURS DE DESTINÉE JUSQU\u2019AU 15 JUIN 2013 PHOTO : FABIENNE CARBONNEAU O GUILDE CANADIENNE DES METIERS D\u2019ART 1460-B, SHERBROOKE OUEST 514.849.6091 www.guildecanadiennedesmetiersdart.com lampes qui composent l\u2019assemblage sont organisées en une sphère suspendue dans l\u2019espace tandis que les tiges, les pieds et les fils courent verticalement vers le sol.La forme circulaire et le titre de cette œuvre, Panoptic Illumination, font référence au panoptique, ce type d\u2019architecture conçu au XVIIL siècle pour assurer une surveillance visuelle dans les prisons, dispositif que le philosophe Michel Foucault a d\u2019ailleurs analysé.L\u2019artiste opère une sorte de renversement symbolique du dispositif en retournant l\u2019éclairage vers le centre, lieu, au contraire, depuis lequel devrait s\u2019effectuer le contrôle par le regard.Les deux installations mettent en scène le regard d\u2019une telle façon que l\u2019on pourrait oublier qu\u2019elles métaphorisent aussi le geste de création, thème qui traverse toute la production de l\u2019artiste, qui a d\u2019ailleurs déjà plus littéralement traité du sujet en impliquant dans ses œuvres des outils de travail artistique traditionnels (chevalets, pinceaux, peinture, crayons.) ou en recréant l\u2019espace mythique de l\u2019atelier en lui donnant souvent la forme d\u2019un cube blanc muséal, cette instance qui ultimement légitime l\u2019art et l\u2019artiste, sans qui finalement l\u2019art n\u2019existerait pas.22-23 juin : VERMONT Domaine de la Famille Trapp The Green Mountain Opera Festival Il reste 5 places! 13 juillet :JOLIETTE Festival international de Lanaudière Alain Lefèvre joue Maurice Ravel jf' peaux idetours www.lesbeauxdetours.conn 514-352-3621 En collaboration avec Club Voyages Rosemont Titulaire d\u2019un permis du Québec Les œuvres aux murs sont des tableaux qui tendent fortement au statut d\u2019objet en trois dimensions.Les supports se détachent légèrement du mur et sont en fait des moulages réalisés avec du ciment dans lequel l\u2019artiste a fait des incisions délicates dont les motifs rappellent beaucoup ses dessins au Letraset réalisés dans le passé.D\u2019une grande élégance, les monochromes blancs ou noirs, mâts et dans un cas légèrement brillant, rappellent la tabula rasa supré-matiste de Malevitch, pour qui la peinture ne devait plus avoir de lien mimétique avec le réel.Les traits multidirectionnels ou les trouées pratiquées par Robinson dans la matière réitèrent le leitmotiv de son travail voulant que le geste de création émane d\u2019un chaos et d\u2019un vertige en apparence très proche de la destruction.Le motif de l\u2019explosion évoque bellement ce moment où la pensée rencontre le monde matériel pour en faire des œuvres.Cette exposition, malgré ses attraits, confirme surtout la direction déjà empruntée par l\u2019artiste.Elle coïncide justement avec la sortie d\u2019une monographie sur son travail, la plus importante à ce jour à, y jeter un regard rétrospectif Edité par le centre Plein Sud à Longueuil, l\u2019ouvrage comporte de nombreuses illustrations des œuvres de l\u2019artiste depuis 1994 avec les textes d\u2019André-Louis Paré et de Marcel Blouin qui en font des analyses fouillées.Collaboratrice Le Devoir lA Voir aussi > D\u2019autres pho-\" tos tirées de l\u2019exposition The Origin of Ideas, ledevoir.com/culture/arts- visuels GALERIE BERNARD ANDRE JASMIN Exposition du 23 mai au 29 juin 2013 Vernissage le 22 mai de 17h à 20h 3926, rue Saint-Denis, Montréal 514 277 0770 \u2014 galeriebernard.ca ARCHITECTURES IMAGINAIRES Mettez le Centre Phi à votre horaire de mai.Cinéma >\tDu 23 au 28 mai MARTIN SCORSESE PRÉSENTE.1 films entièrement restaurés par la World Cinema Foundation, une fondation qui se consacre à la restauration et la préservation du patrimoine cinématographique mondial GRATUIT >\t23 mai à 21 h Soirées V.l.Films Voyez le film avant tout le monde ! PIETÀ de Kim Ki-Duk (Corée du Sud, 2012) Lion d'or de la Mostra de Venise 2012 En collaboration avec Métropole >\t24 mai à 20 h FISHING WITH JOHN de John Lurie (États-Unis, 1992) Cette projection sera suivie d'une séance de questions-réponses avec John Lurie Une présentation de Bonsound Concerts et du Centre Phi Projection seulement: 13,75$ Projection + échange avec John Lurie: 24,75$ Spectacles >\t30 mai à 21 h RADIO RADIO Arthur Comeau (Alex pour les intimes) sera de la fête.20$ (taxes et frais inclus) >\tDu au 3 juin WHATWE ARE SAYING d'Ame Henderson/Public Recordings Danse + performance Dans le cadre du Festival TransAmériques Billets en vente sur fta.qc.ca Expositions >\tDu 4 au 18 mai CEREUS : REINE DE LA NUIT Un système vidéo interactif de Philomène Longpré Dans le cadre du Festival Elektra GRATUIT >\tDu 4 au 25 mai WONDERS OF A TRANSIENT UNIVERSE Un système vidéo interactif de Gabriel Coutu-Dumont Une exposition où l'audible devient visible, et le visible, audible.GRATUIT À ne pas manquer > Du 5 au 12 juin LA SEMAINE DE 8 JOURS de Renata Morales, commissaire invitée 8 jours de shopping jusqu'à minuit 7 soirs de fête jusque tard dans la nuit Tous les films sont à 11,25$ (taxes et frais inclus), sauf indication contraire Programmation sujette à changement sans préavis.Consultez notre site Internet pour les dernières mises à jour.Centre Phi-407, rue Saint-Pierre (angle Saint-Paul), Vieux-Montréal-centre-phi.corn phi ¦ TOU$ LE$ TOU$ LE$ LIEUX DE L'ART LE DEVOIR LES SAMEDI 18 ET DIMANCHE 19 MAI 2013 E 7 CULTURE>CINEMA Méfiez-vous des banlieusards THE ICEMAN Réalisation : Ariel Vromen.Scénario : Morgan Land, Ariel Vromen, d\u2019après le livre d\u2019Anthony Bruno.Avec Michael Shannon, Winona Ryder, Ray Liotta, Chris Evans, David Schwimmer.Image: Bobby Bukowski.Montage: Danny Rafic.Musique: Haim Mazar.États-Unis, 2012, 106 min.ANDRÉ LAVOIE Ennuyeux, les banlieusards?11 suffit de se tourner vers Laval ou le New Jersey pour découvrir une faune tranquille qu\u2019en apparence.Un de ces spécimens se nomme Richard Ku-klinski, conjoint exemplaire, père de deux filles adorables, qui, pendant près de deux décennies, a tué plus d\u2019une centaine de personnes.Certaines ont fini au fond d\u2019une ruelle, d\u2019autres au fond d\u2019un congélateur, et toutes furent exécutées sans états d\u2019âme par ce tueur professionnel emprisonné en 1986 et décédé derrière les barreaux en 2006.Son histoire est celle d\u2019un fils d\u2019immigrants polonais dans le New York de l\u2019après-guerre, élevé à la ceinture et à la dure, travaillant dans le milieu du film porno avant d\u2019être recruté par un petit parrain de la mafia pour transmettre des messages, disons, percutants.Dans The Iceman, Ariel Vromen retrace son ascension et sa chute, s\u2019attardant à la dualité mystérieuse de cet homme capable de liquider un clochard ou un pornographe le jour et de ras- FILMS SEVILLE Une scène de The Iceman surer tendrement ses enfants le soir.Cette dextérité morale est parfaitement illustrée dans la manière dont Kuklinski (foudroyant, et dont il faut retenir le nom) tente de séduire Deborah (Winona Ryder en subtile beauté désespérée), une catholique de bonne famille, il le fera avec douceur, en peu de mots.et quelques mensonges.La scène suivante, il va régler vite fait le cas d\u2019un arrogant dans une salle de billard, premier meurtre à ponctuer le récit mais, à la façon dont il est exécuté, certainement pas le premier de son auteur.Son aplomb sera détecté par un caïd local, Roy (Ray Liotta, solide mais sans surprises), qui en fera son homme de main.Aux yeux de sa famille, et d\u2019une épouse qui pratique l\u2019aveuglement volontaire, il travaille dans la finance, offrant aux siens un luxe douillet qu\u2019il n\u2019avait jusque-là jamais connu.Tout va basculer lorsque son patron décide de le mettre sur la touche, Kuklinski se retrouvant alors sans revenus.Pour maintenir son train de vie, et contre l\u2019avis de Roy, il va se tourner vers un autre meurtrier aux allures de clown (Chris Evans, stupéfiant d\u2019aplomb), agissant en solitaire.Cette décision ne sera pas sans conséquences dramatiques, dont certaines spectaculaires.Cette vie de meurtres et de mystères est enrobée d\u2019une esthétique quasi crasseuse, le cinéaste et son directeur photo Bubby Bukowski composant une image granuleuse et blafarde.Nous avons ainsi droit à une véritable galerie de tronches inquiétantes ou cadavériques, hommage grinçant au mauvais goût des années 1970.Plusieurs acteurs connus (dont Stephen Dorff, James Franco et David Schwimmer) sont d\u2019ailleurs si bien camouflés sous des moustaches et des costumes hideux qu\u2019ils semblent invisibles, au service de leur personnage, jamais de leur ego.Certains diront que The Iceman fréquente des sentiers déjà bien balisés par Martin Scorsese (la présence de Liotta renforce cette perception), mais cette histoire, tout à la fois authentique, scandaleuse et palpitante, exerce un véritable pouvoir de fascination.Et donne souvent froid dans le dos.Collaborateur Le Devoir Tel beau-père, tel beau-fils LES GAMINS Réalisation : Anthony Marciano.Scénario : Max Boublil, A Marciano.Avec Alain Chabat, Max Boublil, Sandrine Kiber-lain, Mélanie Bernier.Photo : Jean-Paul Agostini.Montage: Virginie Bruant, Samuel Danési.Musique: A.Marciano.France, 2012, 95 min.FRANÇOIS LÉVESQUE Thomas, 30 ans, est sur le point d\u2019épouser Lola, la fille de Suzanne et Gilbert.Or voilà que ce dernier, qui a l\u2019andro-pause désabusée, entreprend de dissuader son futur gendre de convoler.Le mariage, ça met fin à la romance et ça réduit le sexe à néant.Ça tue les rêves.Le concept psychanalytique de projection lui étant peu familier, Thomas gobe le tout, peut-être inconsciemment soulagé de pouvoir reporter l\u2019âge adulte à plus tard.On pense à la série-culte Les invincibles lors de la scène pivot du film Les gamins.Vous vous souvenez de cette scène où le père de Lyne-la-pas-fine (Donald Pilon) conseille la fuite à Carlos (Pierre-François Legendre) à l\u2019annonce des fiançailles de ce dernier avec sa fille ?Imaginez que le jeune homme ait suivi son conseil et soit parti en vadrouille avec son beau-père.C\u2019est peu ou prou ce qui se produit dans Les gamins, une comédie française solidement arrimée à l\u2019école de pensée et à la manière de l\u2019Américain Judd Apatow {Knocked Up, Forgetting Sarah Marshall), nouveau pape du genre.C\u2019est dire que l\u2019on rit ferme et fréquemment devant un humour couvrant la gamme du subtil au potache et une sensibilité mariant rocambo-lesque et pathos.Le tout sans négliger la psychologie de ces messieurs-dames, lesquels bénéficient du travail impeccable d\u2019une distribution qui l\u2019est tout autant.En conjointe qui n\u2019entend pas jouer le jeu de l\u2019épouse abandonnée, Sandrine Kiberlain {Mademoiselle Chambon) s\u2019avère impayable.Au final toutefois, c\u2019est Alain Chabat {Gazon maudit) qui emporte le morceau en quinquagénaire qui essaie maladroitement de se réinventer.Le rôle ouvrait la porte à l\u2019excès ; l\u2019acteur privilégie la retenue.Certes, l\u2019ensemble n\u2019est pas dénué de quelques facilités et, pour l\u2019essentiel, on ne peine guère à anticiper le fil des événements.La réalisation d\u2019Anthony Marciano maintient cela dit un rythme allègre collé à des images pimpantes, de telle sorte qu\u2019on constate les faiblesses du film a posteriori davantage que pendant le vision-nement.11 en résulte une comédie qui se situe un cran, voire deux, au-dessus de la moyenne de l\u2019offre actuelle.Le Devoir à MÉTROPOLE FILMS Instituteur modèle mais mauvais mari, Lucas, qui se débat pour obtenir la garde de son fils, est plongé dans la tourmente lorsqu\u2019une élève de l\u2019école confie à la directrice qu'il a eu des gestes déplacés à son égard.Palpitant bas-les-masques à rebours LA CHASSE De Thomas Vinterberg.Avec Mads Mikkelsen, Thomas Bo Larsen, Annïka Wedderkopp, Lasse Fogelstrom, Susse Wold.Scénario : Tobias Lindholm, Thomas Vinterberg.Image: Charlotte Bruus Christensen.Montage: Janus Billeskov Jansen.Musique: NikolajEgelund.Danemark, 2012, 111 minutes.MARTIN BILODEAU Parce que l\u2019instinct de survie nous suggère toujours de craindre le pire, la nature humaine est prompte à l\u2019accepter lorsqu\u2019il survient.Et à réagir.Le personnage principal de La chasse, campé avec une émouvante retenue par Mads Mikkelsen (prix d\u2019interprétation à Cannes l\u2019an dernier pour ce rôle), en fait les frais dans ce palpitant bas-les-masques à rebours sur le mensonge et la peur réalisé par celui qui a inauguré le mouvement Dogma 95, le Danois Thomas Vinterberg {Fête de famille).Depuis L\u2019affaire Dumont à l\u2019automne jusqu\u2019à Blackbird sorti la semaine dernière, en passant par le récent opus de Robert Redford (fThe Company You Keep), les tribunaux populaires sont dans l\u2019air.Et le faux coupable, le héros du jour.Lucas (Mikkelsen, qu\u2019on peut voir présentement à la télévision dans la série Hannibal), enseignant à la maternelle, allonge la liste dans ce qui reste la plus convaincante variation sur le sujet.Instituteur modèle mais mauvais mari, il se débat pour obtenir la garde de son fils lorsque le pire survient: Klara (Amfika Wedderkopp, stupéfiante de vérité), la fille de son meilleur ami Théo (Thomas Bo Larsen), confie à la directrice de l\u2019école que Lucas lui a montré ses parties génitales.Le spectateur sait çe que tous les autres ignorent.A savoir que l\u2019en-fanÇ négligée par ses parents en duel permanenÇ est amoureuse de Lucas.Et que son mensonge est la conséquence de sa peine d\u2019amour, après que Lucas l\u2019eut gentiment repoussée dans le royaume des enfants dont elle avait essayé de sortir en l\u2019embrassant.Mais déjà, lorsque Klara tente de renverser la vapeur, le mensonge ne lui appartient plus.11 est devenu vérité dans la bouche des adultes mêlés à l\u2019affaire, lesquels vont entraîner leur petite ville du Danemark dans une spirale dantesque contre laquelle les protestations de l\u2019innocent resteront sans effet.Mis à pied, rejeté, tabassé, le martyr exposé à toutes les intempéries n\u2019obtiendra que de rares appuis au long de son chemin de croix : son fils à la foi inébranlable et son parrain, un châtelain qui organise des parties de chasse sur ses terres.La tentation de croire au pire, nous disent Vinterberg et son coscénariste, est plus forte que la volonté d\u2019y renoncer.Ainsi, La chasse condense dans son macrocosme une humanité écartelée entre instinct et raison, appétit animal et organisation sociale.Intemporel par son décor mais très ancré dans le présent, le film tient de la parabole sur la vérité.Toujours inspiré par la prière esthétique de Dogma 95 (caméra à l\u2019épaule, décors et éclairages naturels, etc.), appliquée ici avec laxisme (la musique intervient sans que sa source se trouve dans l\u2019image), Vinterberg signe une œuvre puissante et dérangeante.Sa caméra mobile englobe dans le champ tout ce qui est invisible : la conscience muette du personnage, la position objective du réalisateur et, bien entendu, l\u2019espace subjectif du spectateur sur qui la toute première scène du film \u2014 une baignade dans un lac glacé \u2014 aura l\u2019effet souhaité d\u2019une mise en condition.Collaborateur Le Devoir Un musulman au confessionnal THE RELUCTANT FUNDAMENTALIST Réalisation : Mira Nair.Scénario : William Wheeler, d\u2019après le roman de Mohsin Hamid.Avec Riz Ahmed, Liev Schreiber, Kate Hudson, Ki^vr Sutherland.Image: Declan Quinn.Montage: Shimit Amin.Musique: Michael Andrews.États-Unis-Grande-Bretagne-Canada, 2012, 130 min.ANDRÉ LAVOIE Chaque attaque terroriste suscite son lot d\u2019explications psychologiques pour tenter de comprendre l\u2019innommable, question d\u2019aller au-delà du manichéisme.C\u2019est la posture adoptée par la cinéaste indienne Mira Nair {Salaam Bombay, Vanity Fair) dans cette adaptahon d\u2019un roman de Mohsin Hamid, The Reluctant Fundamentalist.Le titre est en soi un programme, celui d\u2019un homme tout à la fois prisonnier de ses valeurs, de ses origines, de ses ambitions.et des préjugés de son entourage.Par rapport à l\u2019Amérique, Changez (Riz Ahmed, solide) affiche une foule de conceptions favorables.Fils d\u2019un poète pakistanais, étudiant modèle à Princeton, c\u2019est dans la haute finance de Wall Street qu\u2019il veut faire sa marque.Un patron ambitieux (Kiefer Sutherland, toujours sur la même note) capable de repérer ses semblables recrute le jeune homme, vite doué pour imposer les règles sans pitié du capitalisme.Or les rêves de Changez s\u2019effondrent en même temps que les deux tours du World Trade Center et, à partir de là, la couleur de sa peau et sa confession religieuse deviendront des enjeux qui vont bousculer sa copine OCate Hudson, une désinvolture préfabriquée), susciter du mépris, et le forcer à retourner à Lahore.Dix ans plus tard, un correspondant étranger (Liev Schreiber, confesseur at-tentiO tente de comprendre le METROPOLE FILMS Le film se déroulant aux États-Unis, au Pakistan et en Turquie met en vedette les acteurs Riz Ahmed et Kate Hudson.parcours de cet universitaire que l\u2019on soupçonne d\u2019être impliqué dans le Iddnapping d\u2019un collègue américain, lui dont les allégeances et les haines semblent à la fois sélechves et ambiguës.Les règles du thriller sont-ehes compatibles avec celles qui dictent le comportement de personnages aux contours flous, parfois bavards, parfois douloureusement silencieux, jonglant avec des concepts al- lant bien au-delà du bien et du mal?Mira Nair prouve que ce n\u2019est pas toujours chose facile, du moins dans la manière respectueuse et appliquée dont elle transpose ce roman.Sans compter que le scénario affiche lourdement ses origines littéraires, souvent plombé qu\u2019il est par des dialogues qui n\u2019allègent en rien la démonstration.Son approche visuelle méti- culeuse s\u2019affirme une fois encore (dans ce film se déroulant aux États-Unis, au Pakistan et en Turquie (un lieu hautement symbolique dans l\u2019évolution psychologique du héros), le plus souvent dans des intérieurs élégants ou aseptisés.Même le café bondé où Changez livre sa longue confession au journaliste, amorce d\u2019un long flash-back et procédé narratif en rien original, respire rarement la suspicion et le désordre.Mira Nair cherche ici à faire œuvre utile en nous mettant en garde contre le caractère réducteur des étiquettes, donnant à ses héros des zones d\u2019ombre, des contradictions, voire des secrets inavouables (sur leur appartenance religieuse, leur allégeance politique ou leur orientation sexuelle).Une noble ambition parfois incompatible avec les impératifs du thriller enlevant, et qu\u2019elle ne réconcilie jamais totalement dans The Reluctant Fundamentalist.Collaborateur Le Devoir EXCBNTRIS LA CHASSE THOMAS VINTERBERG, 111 MIN - V.O.DANOISE S.-T.F.BILLETTERIE : 514 847-2206 3536, BOULEVARD ST-LAURENT, MONTRÉAL QQ CINEMAEXCENTRIS.COM ET AUSSI A L\u2019AFFICHE: MUD : SUR LES RIVES DU MISSISSIPPI JEFF NICHOLS - EN ATTENTE DE VISA LA NOUVELLE RUPERT NICOLAS RENAUD - EN ATTENTE DE VISA LAYLOU PHILIPPE LESAGE - EN ATTENTE DE VISA DANS LA MAISON FRANÇOIS OZON NO NICOLAS RENAUD DEUXJOURS ET DEMI PABLO DICONCA-EN ATTENTE DE VISA CINE-CLUB : TOUT CE QUE TU POSSEDES BERNARD EMOND - JEUDI 23 MAI A 1$H DOCVILLE : SE BATTRE COMME DES SOLDATS, MOURIR COMME DES ENFANTS PATRICK REED - JEUDI 23 MAI À 19H sounesoun un nouveau comptoir I '\t' SOUPESOUPÀEXCENTRIS i\tTOUS LES JOURS! http://cinemaexcentris.com E 8 LE DEVOIR LES SAMEDI I ET DIMANCHE 19 MAI 2013 CULTURE >CINËMA MC2 COMMUNICATIONS La nouvelle Rupert est un document sociohistorique important de par la somme d\u2019informations qui s\u2019y trouve colligée.Les vies d\u2019une rivière LA NOUVELLE RUPERT Scénario et réalisation : Nicolas Renaud.Québec, 2012, 67 min.FRANÇOIS LÉVESQUE Une route, la nuit.Sur fond de ciel bleu cobalt, un timide croissant de lune découpe les silhouettes des épinettes et, surtout, des lignes électriques.Car c\u2019est jusqu\u2019à l\u2019origine de ces dernières que l\u2019on remonte.Direction: la rivière Rupert.Ou plutôt ce qu\u2019il en reste puisqu\u2019en 2007, le cours d\u2019eau fut détourné dans le cadre du projet hydroélectrique Eastmain-IA-Sarcelle-Rupert.La nouvelle Rupert a été présenté aux Rendez-vous du cinéma québécois, aux Rencontres internationales du documentaire, au Dok.fest de Munich, ainsi qu\u2019aux HotDocs de Toronto, où Nicolas Renaud (La bête du lac) a reçu le prix du meilleur réalisateur canadien émergent.On l\u2019en félicite, d\u2019autant que son œuvre parvient à instruire autant qu\u2019à intéresser, une réussite, mine de rien, digne de mention.L\u2019approche privilégiée allie pédagogie, dynamisme et un souci marqué d\u2019objectivité.De fait, bien que toutes les complications écologiques encourues soient abordées (et elles sont nombreuses et souvent inattendues), chaque parti a voix au chapitre : un représentant cri désabusé, un contremaître d\u2019Hydro-Québec enthousiaste, un archéologue chargé de fouiller un site sur le point d\u2019être inondé, etc.Fascinantes sont les réflexions et confidences de lan Diamond, le fils du défunt chef Billy Diamond (l\u2019un des acteurs majeurs de la Convention de la Baie-James et du Nord québécois en 1975 et de la paix des braves en 2002).Plus fascinantes encore s\u2019avèrent les photos de la Rupert prises par le jeune homme depuis 2005.Images à l\u2019appui, la démonstration de l\u2019avant et de l\u2019après se révèle saisissante.Document sociohistorique important de par la somme d\u2019informations qui s\u2019y trouve colligée, La nouvelle Rupert vaut le coup d\u2019œil.A noter qu\u2019Excentris projette la version longue; un montage abrégé sera diffusé par TV5 le 28 mai prochain.Le Devoir Trois fois passera LA VERITE SI JE MENS! 3 Réalisation: Thomas Gilou.Scénario: GérardBitton, Michel Munz.Avec Richard Anconina, Gilbert Melki, Vincent Elbaz, José Garcia, Bruno Solo, Aure Atika, Amira Casar, Léa Drucker.Photo: Robert Alazraki.Montage: Catherine Renault.Musique: Hervé Rakotofiringa.France, 2011, 121 min.FRANÇOIS LÉVESQUE Le 4 mai dernier, dans ces pages, on écrivait ceci: «À Hollywood, l\u2019évolution d\u2019une série de films à succès tient généralement à trois mots: plus, toujours plus.Plus de quoi?Plus de gags s\u2019il s\u2019agit de comédie, plus de trucages répugnants si l\u2019on parle d\u2019horreur, plus d\u2019explosions s\u2019il est question d\u2019action.Plus de quoi?Plus d\u2019argent dans le tiroir-caisse! Malheureusement, avec cette formule toute-puissante, la somme d\u2019originalité déployée est généralement inversement proportionnelle à la quantité de dollars amassés.» Ce qui nous amenait alors à Iron Man 3.Et k La vérité si je mens! 3 cette semaine, un rappel dur, mais nécessaire, que la tyrannie des suites est l\u2019apanage de l\u2019industrie cinématographique au grand complet, et pas que d\u2019Hollywood.Mea culpa.Eddie, Serge, Yvan, Dov et Patrick sont donc de retour pour une troisième aventure qui consiste grosso modo en un décalque de la seconde.D\u2019où le recyclage critique offert en introduction, histoire d\u2019être dans le ton.Pour mémoire, la saga débuta en 1997 par l\u2019association de jeunes gens d\u2019affaires débrouillards dans le quartier du Sentier, dans le 2® arrondissement de Paris.En 2001, la suite vit leur petite entreprise devenir grande et leurs soucis croître au même rythme.Dans La vérité si je mens! 3, réalisé en 2011, nos joyeux lurons résident à présent à Aubervilliers et envisagent de se «mondialiser».Entre contrôle fiscal et faillite qui guette, le quintette monte une ultime combine qui le conduira en Extrême-Orient (avec quelque retard sur les protagonistes de Hangover Part II).Le 4 mai encore, on se permettait d\u2019affirmer que, «hormis de rares exceptions, peu de longs-métrages flanqués d\u2019un chiffre supérieur à 2 valent le déplacement».Le spectacle ringard et paresseux proposé par La vérité si je mens! 3 renforce ce constat.Aux guichets, le premier volet de la série a attiré cinq millions de spectateurs et le deuxième, près de huit millions.Avec 4,5 millions d\u2019entrées, le troisième opus représente donc un succès aigre-doux.N\u2019empêche: ce sera sans doute suffisant pour que les producteurs se trouvent justifiés de remettre le couvert.S\u2019ils pouvaient de nouveau attendre une décennie avant de procéder, on ne serait pas contre.Le Devoir \\ y PRESENTEMENT A lAFFICHE! f^uA^ilRa rCINEMA BEAUBIEN] lE 514 721 60601 Quand la téléréalité fait son cinéma Les travers italiens dans l\u2019œil du cinéaste Matteo Garrone ANDRE LAVOIE DU sang romain coule dans les veines du cinéaste italien Matteo Garrone, mais, à voir ses deux derniers films, le puissant Gomorra et maintenant l\u2019énigmatique Reality, en salle le vendredi 24 mai, on pourrait croire qu\u2019il est originaire de Naples tant il sait filmer les beautés et les laideurs de cette capitale de la mafia.et des ordures rarement ramassées.Ce n\u2019est pas le seul paradoxe de celui qui a longtemps résisté au septième art alors qu\u2019il est issu d\u2019une famille d\u2019acteurs, d\u2019écrivains et de techniciens du cinéma, passant du tennis à la peinture avant de prendre la caméra.Un choix qu\u2019il ne semble pas regretter à la lumière des consécrations que Cannes lui a apportées, deux fois lauréat du Grand Prix du jury, en 2008 pour Gomorra, un portrait implacable de la mafia, et l\u2019an dernier pour Reality, radiographie d\u2019une Italie gavée de téléréalité.Le sujet n\u2019est pas nouveau, Matteo Garrone en est conscient, mais, au bout du fil à Rome, dans un anglais mâtiné de sonorités italiennes, il dit avoir trouvé l\u2019angle approprié pour égratigner les travers de ses compatriotes.Et il n\u2019a pas cherché très loin la trame de fond de Reality, s\u2019inspirant des fantasmes de son beau-frère napolitain, poissonnier de son état et désireux de participer à Grande Fratello, l\u2019équivalent italien de Big Brother ou de notre Loft Story.Les bureaux du cinéaste à Cine-città ne sont pas très loin de ceux des producteurs de cette émission; le beau-frère y VALERY HACHE AGENCE ERANCE PRESSE Le cinéaste italien Matteo Garrone a reçu les honneurs de Cannes à deux reprises, en 2008 pour Gomorra, et Fan dernier pour Reality, voyait là un signe du destin.Matteo Garrone n\u2019hésite pas à reconnaître sa dette envers lui, source d\u2019inspiration.et conseiller sur son film, guidant l\u2019acteur Aniello Arena dans le rôle de celui qui est prêt à tout, mais vraiment à tout, pour faire partie des rats de laboratoire de cette émission à succès.Le cinéaste précise toutefois «qu\u2019il fut très discret pendant quelques mois après la sortie, à cause de certains pans de sa vie un peu douteux que j\u2019illustre dans le film; il voulait se faire oublier.Maintenant, il n\u2019hésite pas à m\u2019accompagner dans les tournées de promotion.» D\u2019autres ont la conscience plus tourmentée.C\u2019est le cas d\u2019Aniello Arena, qui mène une grande carrière d\u2019acteur.en prison.Cet ancien mafieux accusé du meurtre de membres d\u2019un clan rival vit derrière les barreaux depuis une vingtaine d\u2019années et défend les plus grands rôles du répertoire pour une compagnie parmi les plus respectées en Italie, la Compagnia della Fortezza.Matteo Garrone est d\u2019ailleurs un inconditionnel de leurs spectacles.Constamment sous l\u2019œil de la police pendant le tournage, toujours de retour dans sa cellule le soir venu, la présence d\u2019Aniello Arena valait bien ces inconvénients.«Il n\u2019a pas le droit d\u2019aller à l\u2019étranger \u2014 d\u2019où son absence à Cannes l\u2019an dernier \u2014 mais il peut circuler en Italie, bien sûr sous haute surveillance.Il pourra sortir de prison d\u2019ici quelques années, et un brillant avenir s\u2019annonce pour lui, car il est un acteur talentueux et doué.» Le cinéma italien a-t-il un avenir aussi lumineux?Alors que certains critiques voient en Reality une métaphore du déclin de cette cinématographie jadis florissante, Matteo Garrone croit plutôt qu\u2019il s\u2019inscrit dans une continuité.«Vous avez vu Le cheik blanc, de Fellini ?C\u2019est un film réalisé dans les années 1950 sur l\u2019illusion et le vedettariat, tout comme Reality.Je me souviens du tournage de la scène où l\u2019on voit une longue file d\u2019attente pour les auditions de Grande Fratello devant Cine-città [les studios de l\u2019émission sont situés dans ce lieu mythique].Des passants insultaient les figurants, croyant qu\u2019ils allaient auditionner, tandis que d\u2019autres les enviaient.Ça montre tout le côté paradoxal de l\u2019Italie.C\u2019est un sentiment universel mais, dans mon pays, il se vit de manière explicite et flamboyante.» Collaborateur Le Devoir Instant de choc, moment de grâce MUD (MUD-SUR LES RIVES DU MISSISSIPPI) Ecrit et réalisé par Jeff Nichols.Avec Matthew McConaughey, Tye Sheridan, Reese Witherspoon, Sam Shepard, Jacob Lofland.Image: Adam Stone.Montage : Julie Monroe.Musique: David Wingo.États-Unis, 2012, 130 minutes.MARTIN BILODEAU AU carrefour de Robinson Crusoe, de Huckleberry Finn et de John Sayles (Lone Star), Mud nous transporte dans ce lieu, ou plutôt cet état d\u2019esprit, où l\u2019imagination et l\u2019innocence des enfants durcissent et s\u2019effritent sous l\u2019impact des faits et vérités des adultes.Un instant de choc et de grâce en somme, dans un film qui produit, dans son ensemble poétique et malgré quelques complaisances, le même effet.Avec Matthew McConaughey dans le rôle-titre, la tentation était forte de passer à côté de Mud.Mais l\u2019acteur au registre limité et à l\u2019accent prononcé avance ici en terrain de connaissance.Lui-rnême issu du Sud profond des Etats-Unis, il a compris ce que Jeff Nichols (Take Shelter) attendait de son EILMS SEVILLE Lui-même issu du sud profond des États-Unis, Facteur Matthew McConaughey, dans le rôle-titre, avance ici en terrain de connaissance.Robinson du Mississippi: un candide mythomane qui surchauffe du plafond, en somme un vrai personnage de cinéma, dans un film qui est en soi un vrai film de cinéma.Comme on en voit peu.Mud est un fugitif, réfugié sur une île de l\u2019Arkansas, au miliçu du fleuve qui traverse les États-Unis du nord au sud.Dans les premières minutes du film, Ellis (Tye Sheridan) et Neckbone (Jacob Lofland), 14 ans, accostent à la recherche d\u2019un bateau perché dans un arbre depuis un plus ou moins récent déluge (pre- mière d\u2019une longue série de métaphores bibliques), puis tombent sur Mud, qui Fhabite.Cette rencontre, d\u2019abord méfiante, se mue en amitié grâce à la fascination que ce personnage exerce sur eux, et plus particulièrement sur Ellis, le Vendredi de Fhistoire.Le scénario complexe et riche, avec abymes et jeux de miroirs, sème sans crier gare des graines qui vont pousser plus en amont, comme ce scaphandrier pêcheur d\u2019huîtres, incarné par le toujours stupéfiant Michael Shannon, qui était au centre de Take Shelter et qui évolue ici dans la marge.Habilement, mais parfois de façon insistante, Nichols met en parallèle Faventure amoureuse de son fugitif, qui attend le retour dans ses bras de celle (Reese Witherspoon, également en terrain de connaissance) dont il a tué l\u2019amant violent, et le premier émoi d\u2019Ellis auprès d\u2019une adolescente plus âgée qui lui laisse croire qu\u2019elle est sa petite amie.Les femmes, il faut le dire, n\u2019ont pas le beau rôle dans Mud.Au nombre de trois et ce n\u2019est pas un hasard, elles arrosent le sol vaseux sur lequel les héros romanesques glissent avant de s\u2019y enliser.Elles promettent l\u2019amour, livrent la trahison, jouent les sirènes dans ce tableau picaresque assombri par des chasseurs de prime à la solde d\u2019un fou de Dieu meurtrier qui va faire basculer le film, au dernier acte, dans un fulgurant O.K.Corral.Sur l\u2019état psychologique de son pays gangrené par la Bible et les fusils, bref par l\u2019ignorance, Jeff Nichols a tant de choses à dire que son film au désordre contrôlé donne le vertige.Collaborateur Le Devoir I MEGA PLEX™ GUZZO\u2014i i-CINEMA-1 i\u2014 MEGA PLEX™ GUZZO \u2014i I JACQUES CARTIER 14 | | ST-EUSTACHE 11 PONT-VIAU 16 | G| CINEMA CAPITOL 1 i MAISON DU CINEMA \u2014 IdrummondvilleI [sherbrooke LE CLAP I-CINEPLEX ODEON-1 n I FORUM CINEMAS | CONSULTEZ LES GUIDES HORAIRES DES CINEMAS MADS MIKKEiSEN : plus prenants avec jouleversant! » LA CHASSE UN FILM DE THOMAS VINTERBERG WA ^ WA l'iM/L.métroggle s A L'AFFICHE! c V O AVEC SOUS TITRES FRANÇAIS EXC3NTRIS \u2014II\u2014-^CINEMA- -CINEMA-1\tI-CINEPLEX ODEON-1 LE CLAP\tI\tIFORUM CINEMAS I ['\"metropolefi lms.com CONSULTEZ LES GUIDES HORAIRES DES CINEMAS ?«Fascinant de bout en bout.»^ Ecran Large «Un filmitouchant.» JEANNE MOREAU LAINE MAGI PATRICK PINEAU a UN FILM DE ILMAR RAAG A L\u2019AFFICHE!\t| LE CLAP | CONSULTEZ LES GUIDES HORAIRES DES CINEMAS "]
Ce document ne peut être affiché par le visualiseur. Vous devez le télécharger pour le voir.
Document disponible pour consultation sur les postes informatiques sécurisés dans les édifices de BAnQ. À la Grande Bibliothèque, présentez-vous dans l'espace de la Bibliothèque nationale, au niveau 1.